Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !

Couple : Harry/Draco.

Rating : T.

Cet OS écrit pour Flopit28, sélectionnée parmi les reviews que j'ai reçues, sur le challenge "Grandparents". J'espère que cet OS te fera plaisir !


Ah, si tu nous voyais, Harry…

La nuit était tombée depuis deux bonnes heures. À travers la vitre, il pouvait admirer Londres, cette ville qu'il connaissait si peu, ayant grandi en pleine campagne et ne s'y étant rendu que pour fréquenter les rues commerçantes sorcières ou bien accompagner ses frères aînés à King Cross. En somme, ce n'était pas que de bons souvenirs : faire les courses n'était jamais un moment agréable, car souvent ce n'était pas pour lui, et quand c'était le cas, il n'avait droit qu'à de l'occasion ou du rabais. Et quant à la gare… Il avait certes été heureux d'y aller, mais ces moments étaient si courts, et dans sa tête, il n'y avait que le train, les calèches et puis le château.

Ce n'était pas que Ron n'aimait pas Londres, c'était juste qu'il n'avait aucune affinité avec cette ville, ses immeubles, ses autos, tout ce bruit incessant et les difficultés que les sorciers avaient à s'y déplacer. Peut-être que si ses parents avaient été plus riches, ne faisant pas leurs courses uniquement dans les boutiques du coin ou au marché local, et s'il n'était pas né comme ses frères et sœur au Terrier, comme ça se faisait pour ceux qui n'avaient pas les moyens de se payer une chambre à Sainte Mangouste, il aurait peut-être été un peu plus attiré par la capitale et ses infrastructures.

Planté devant une des fenêtres de l'hôpital, qui avait le mérite d'avoir été construit non pas uniquement au sous-sol mais en plein milieu de Londres, l'homme pouvait donc laisser son regard se perdre dans la ville, sans avoir à se dire que ce paysage n'était qu'un sortilège lancé à une vitre, pour cacher le mur de pierre juste derrière. Ça avait quelque chose de réconfortant. D'apaisant. Cela rendait tout ceci moins artificiel, irréel.

Tout comme ce petit être blotti dans ses bras, dormant comme un bienheureux, du sommeil du juste.

Lentement, Ron leva les yeux de la ville qui s'étendait sous ses yeux et regarda le ciel d'un noir d'encre, dont il ne percevait aucune étoile à cause des lumières artificielles. Il poussa un léger soupir, alors que quelque chose se serrait en lui.

« Tu sais quoi, Harry ? »

Se serrait…

À lui faire mal.

« Ce soir, je suis grand-père. »

Ses paupières s'abaissèrent, alors que deux larmes coulaient sur ses joues. Un léger sourire se forma sur ses lèvres. Nerveux, tendu, un peu grimaçant sur les bords. Le genre de sourire un peu irrésistible, qu'on ne pouvait guère réprimer, mais douloureux, malgré tout.

« Tu te rends compte, mon pote ? J'ai trente-quatre ans, et je suis grand-père. »

Il rouvrit les yeux, ses grands yeux bleus, humides et pétillants. Il avait toujours cet espèce de sourire douloureux sur les lèvres, qu'il tentait de conserver, même si personne ne pouvait le voir. Et dans ses bras, il tenait fermement ce petit enfant, ce nourrisson qui venait de voir le jour, quelques heures auparavant.

« La vie est bizarre, tu trouves pas ? »

Et puis…

Son sourire s'effondra, et il baissa les yeux. Vers le bord de la fenêtre. Vers le bébé. Vers ce chemin sinueux qu'il allait devoir parcourir. Encore.

« Dis, Harry… Tu ferais quoi, à ma place ? »

Et ses larmes redoublèrent.

« J'ai tellement besoin de toi… »

OoO

Elle était arrivée peu de temps après la fin de la guerre. C'était imprévu, presque impossible à croire. En comptant bien, Hermione était déjà enceinte avant que Voldemort ne périsse, le triste été de leurs dix-huit ans. Ils ne l'avaient pas vue venir, quand un jour Hermione avait soudain eu des nausées assez violentes, qu'on avait cru d'abord être des symptômes d'une dépression, qui rendait son alimentation très difficile. Puis, il fallut se rendre à l'évidence : elle attendait un bébé.

Sur le coup, Ron n'avait pas su comment réagir. Fuir, assumer ses responsabilités, refuser cette grossesse, s'en réjouir ?

Il n'avait que dix-huit ans et son monde s'était effondré quelques semaines auparavant, quand son meilleur ami avait disparu, emportant le Lord Noir avec lui. Ce vide qu'il avait laissé derrière était comme un fossé que Ron était incapable de franchir, de combler, de surmonter. C'était comme si on lui avait retiré une de ses jambes, un pilier de sa vie.

Son frère.

Ce garçon auquel il avait tourné le dos, par égoïsme, parce que la guerre lui faisait peur et perdre sa famille le terrifiait encore plus.

Ce garçon qu'il avait soutenu de toutes ses forces, malgré tout, parce que plus qu'un ami, il était comme son frère, un membre de sa famille, et il ne devait pas subir tout ça tout seul.

Ils s'étaient rencontrés sur le quai de la voie 9 ¾, étaient devenus amis dans un des wagons tout en mangeant les bonbons les plus farfelus, et les années étaient passées… Des années qu'ils avaient passées ensemble. Des années de complicité, de joies, d'échecs, de souffrances… et d'amour.

L'abandonner était la pire bêtise qu'il ait faite, mais il avait su se faire pardonner.

Et puis…

Le vide.

Et tous les souvenirs.

Tous ces putains de souvenirs, qu'il avait tenté de gérer, de trier, de ranger… En vain.

Comment accueillir un bébé, qu'il n'avait ni désiré, ni envisagé ? Un bébé dont il ne voulait pas, parce qu'il était jeune, parce qu'il avait grandi dans une famille trop nombreuse, parce que rien, ni personne, ne pourrait jamais remplacer ce qu'il avait perdu. Ni Hermione, qu'il aimait, ni cet enfant, qu'il chérirait comme jamais.

Ce bébé, il avait grandi dans le ventre de sa mère en silence. Sans amour, sans attente. Il était là, donc il avait poussé, tranquillement, puis il était sorti, parce que c'était la suite logique des choses. Sa naissance n'avait pas été un électrochoc, ni pour elle, ni pour lui. Juste une libération. Et une nouvelle raison de vivre.

Pour lui, du moins.

Car s'il ne s'attachait pas à Rose, cette petite fille si chétive, si délicate et fragile, ce précipice que Harry avait laissé derrière lui, Ron s'y serait jeté, tête la première. Alors il était tombé amoureux de sa fille, et son fils Hugo, né deux plus tard, les chérissant et les gâtant de façon démesurée. Il leur donna tout ce qu'il n'avait pas eu, mordant la vie à pleines dents, profitant de ce qu'elle lui offrait plutôt que de se morfondre dans son coin.

Ses enfants, cela avait été la plus belle chose qui lui était arrivée, et ça, il le comprit quand Hugo eut un an et qu'il se rendit compte, le jour de son premier anniversaire, que la disparition de Harry était plus facile à vivre. La dépression, les idées noires et la peur du lendemain, tous ces vieux démons tapis dans un coin de son esprit… Rien de tout cela n'avait disparu. Mais c'était supportable. Il savait au fond de lui qu'il ne se remettrait jamais de sa mort, qu'il ne parviendrait jamais à apaiser son esprit, à se pardonner ses erreurs passées, et encore moins à faire son deuil.

Harry était là, quelque part, dans son cœur, et bien qu'il soit mort, il y tenait autant de place que son épouse et ses deux enfants.

Il était le fantôme de sa vie, celui qui le hantait et qui ne l'abandonnerait qu'à sa mort, quand il le rejoindrait.

C'était peut-être ça qui avait détruit son couple. Cet amour purement fraternel qui refusait de s'éteindre et d'accepter la dure réalité des choses, qui empiétait sur son état de santé et ses sentiments envers sa femme.

Elle, elle s'en était remise. Hermione avait toujours été plus forte. Elle était plus réaliste, terre à terre. Elle avait accepté les choses plus rapidement, pour éviter de souffrir et de gâcher sa vie. Au fond d'elle, Hermione était persuadée que Harry, où qu'il soit, aurait préféré qu'elle vive pour lui, qu'elle profite de ce qu'il n'avait plus et qu'elle réalise tous ses projets sans laisser son souvenir assombrir son existence. Ron avait beau savoir ce qu'elle pensait, et partager son avis à propos de leur ami, il ne parvenait pas à comprendre comment elle pouvait rebondir, après tout ce qu'ils avaient vécu ensemble, et aussi rapidement. Le travail l'éloignait de ses préoccupations, de ses souffrances. Il le savait aussi. Mais pour lui, c'était comme une forme d'oubli. Il ne lui en voulait pas, mais il ne comprenait pas.

À vrai dire, depuis son décès, Ron ne la comprenait plus. Il l'aimait, mais il savait plus pourquoi. Peut-être parce qu'elle lui rappelait Harry, leur complicité d'autrefois, peut-être parce que c'était plus simple, pour la famille, les enfants… peut-être parce qu'il l'aimait quand même, même s'il oubliait au fil des années ce qui l'avait attiré chez elle et ce qui avait fait d'elle une femme différente des autres. D'autant plus que c'était difficile de vivre avec elle, car elle savait où appuyer pour faire mal. Et il avait beau tout faire pour être un mari exemplaire, ce n'était jamais assez.

Après la guerre, il avait repris la boutique de farces et attrapes de ses frères jumeaux, essayant d'aider Georges à faire son deuil et remonter la pente. Il n'avait jamais été capable de quitter la boutique, se rapprochant considérablement de son frère et de sa petite famille. Hermione avait mal digéré qu'il s'enlise ainsi dans une carrière qui n'aurait jamais dû être la sienne. Elle suivait des études de droit sorcier et était en passe de devenir avocate quand il avait décidé définitivement de tenir cette boutique avec son aîné, au grand soulagement de ce dernier, qui n'aurait jamais été capable de la tenir seul à cause de tous les souvenirs qu'elle renfermait.

Le fait que Ron revive grâce à ce travail, qu'il prenne du plaisir à tenir la boutique, qu'il regarde ses enfants y grandir passait complètement par-dessus la tête de son épouse, qui aurait préféré le voir entamer une carrière d'auror ou quelque chose de tout aussi valorisant, vu son statut de héros de guerre. Le pire, c'était sans doute de voir Ron s'épanouir dans son travail, alors qu'elle s'enfonçait dans ses dossiers insipides, gagnant le double de son salaire, alors que lui se satisfaisait d'un rien, et qu'il se fichait bien que ce soit elle qui ramène le plus d'argent à la maison.

Ils n'avaient jamais eu les mêmes conceptions sur ce qui avait trait au travail, à la vie de famille et sur l'éducation de leurs enfants. Leurs différences avaient été une force à une époque, et puis elles étaient devenues des facteurs de conflit, et de rupture. Ils ne se comprenaient plus. Ne s'aimaient peut-être plus.

Ron n'en savait rien.

C'était pas important.

Le principal, c'était le bonheur de ses enfants. Il les avait vus grandir, lui. Il les avait vus marcher à quatre pattes dans la boutique, les genoux et les mains grises de poussière. Il les avait vus jouer avec les farces et attrapes, manger des bonbons, tenir la caisse, conseiller les clients, vivre dans cette boutique qui était devenue comme une seconde maison pour eux.

Oui, il avait été un père trop laxiste et généreux. Oui, il était complice avec ses enfants, mais l'autorité et la rigueur dans les devoirs, c'était pas son truc. Oui, il était un papa cool, mais ce n'était pas ça qu'on attendait de lui.

Oui, il n'était pas un père modèle, celui que Hermione aurait voulu pour ses enfants. Il était celui qui remettait en cause son autorité, car il s'en occupait du matin au soir, quand ils étaient petits d'abord, et puis quand ils étaient rentrés à l'école, c'était lui qui les nourrissait. Il était celui qui les emmenait faire les courses, leur offrant tout ce qu'ils voulaient, alors qu'elle imposait sans cesse des restrictions quand c'était elle qui les baladait. Il était celui qui n'avait pas besoin d'acheter leur affection et d'exiger des câlins, alors qu'elle se contentait parfois de les border, parce qu'elle rentrait tard… ou parce qu'elle ne savait plus quoi faire d'autre.

Il avait grandi dans la misère. Avoir un bon travail et gagner plein d'argent, c'était son rêve, mais il avait réalisé, à dix-huit ans à peine, que le plus important, c'était d'être heureux, et de regarder ses enfants grandir plutôt que de passer sa vie le nez dans ses parchemins. On pouvait vivre sans tout le confort que Hermione avait eu, chez elle, et qu'elle avait désiré pour sa famille.

Ron savait qu'il avait des torts et qu'il était égoïste, et qu'Hermione, de son côté, n'était guère mieux. Ils étaient quittes. Chacun avait fait leur choix.

Son principal tort avait sans doute été d'avoir trop couvé ses enfants, d'avoir été trop permissif, comme sa mère, qui gueulait beaucoup mais punissait peu.

Surtout sa fille. Sa petite fille.

Qui était tombée enceinte à quinze ans à peine.

OoO

Après de nombreux débats et disputes, Hermione avait obtenu gain de cause et avait accouché à Sainte Mangouste, alors que Molly et Ron auraient voulu qu'elle le fasse chez eux, au Terrier. En dépit de leur notoriété et de l'argent qu'ils percevaient du Ministère, au vu des services rendus à la communauté sorcière, ils étaient bien jeunes se permettre un tel luxe. Tout ce qu'ils recevaient était consacré à leur loyer, leurs besoins, leurs études et enfin leur enfant qui allait naître. À quoi bon dépenser cet argent dont ils avaient tant besoin inutilement ? À bout de nerfs, la future mère avait demandé de l'aide à ses parents qui lui avaient payé la chambre, mettant fin aux discussions.

Assis dans le couloir sur un banc peu confortable, Ron était penché en avant, les avant-bras sur les genoux et les mains croisées. Autant avait-il discuté le choix de Hermione quand elle avait mis au monde leurs deux enfants, Rose et Hugo, car ça allait contre les traditions de sa famille et c'étaient des dépenses inutiles, autant n'avait-il émis aucune résistance quand elle lui avait suggéré à mi-mots de faire accoucher leur fille à Sainte Mangouste. Forcément, sa mère lui avait pris la tête. Forcément.

Mais Ron s'en fichait.

Parce que Rose n'avait que quinze ans quand elle était tombée enceinte. Elle était jeune, insouciante, et amoureuse. Premier rapport, pas de protection, ni pour lui, ni pour elle. Alors un polichinelle lui tomba dans le tiroir, sans qu'elle ne s'en rende compte, jusqu'à ce que ses nausées et sa soudaine prise de poids deviennent trop évidentes pour qu'elle se voile la face. Alors elle en parla à sa meilleure amie, qui, aussi stupéfaite que dégoûtée, en parla à tout Poudlard, avant même que Rose n'ait le temps de passer voir l'infirmière pour lui avouer la vérité et songer à aborder le sujet avec ses parents.

Un sujet difficile.

Car chez les sorciers, on ne tombait pas enceinte à cet âge-là, pas à notre époque, celle où les protections existaient et où on ne pouvait pas avoir d'enfant sans mari. C'étaient les traditions, on ne pouvait guère aller à leur encontre. Cet enfant, il n'aurait sans aucun doute jamais de père, ce dernier serait trop honteux et trop jeune pour accepter une telle charge, et quant à son avenir, il serait aussi incertain que l'existence de sa mère, qui porterait à jamais l'étiquette écornée de fille facile. Rose le savait, tout ça. Elle n'avait que quinze ans mais savait ce qui l'attendait.

Le rejet.

La honte.

Le dégoût.

Elle s'attendait à voir tous ceux qu'elle aimait lui tourner le dos, détourner les yeux d'elle, faire comme si elle n'était pas là, alors que le nœud du problème se trouvait en son sein. Que ce soient ses amies, ses proches, sa famille, et même ses parents. À vrai dire, au sein du château, il n'y avait bien que son frère qui la soutenait, du haut de ses treize ans, se laissant entraîner dans des bagarres qui le rendirent de plus en plus fort, quand on sait s'en prendre à sa sœur.

McGonnagall convoqua rapidement les parents de Rose, qui s'attendait au pire. Les mains sur son ventre, son frère à son côté, elle s'était rendue au bureau de la directrice de Poudlard en trainant les pieds, ne sachant à quoi s'attendre. Quelle ne fut pas sa surprise quand sa mère exigea un abandon de l'enfant qui finirait dans un orphelinat, l'avortement étant trop dangereux, et son père lui hurler qu'à moins que Rose ne décide de laisser son bébé à un couple, il était hors de question que cet être ne soit pas un Weasley.

Rose était son bébé, à lui. Bien que l'annonce de sa grossesse, que McGonagall leur avait apprise dans son bureau, ne pouvant se résoudre à le faire dans son courrier, l'avait profondément choqué, il ne pouvait se résoudre à imposer cela à son enfant. Oui, il avait eu honte, profondément honte, et oui, il savait que le chemin serait long et difficile, que la vie de sa fille serait très dure, celle de l'enfant également, et peut-être que Rose ne trouverait jamais d'homme capable de l'aimer. À moins qu'elle laisse son enfant derrière elle. Quelle qu'en soit l'issue, Ron ne voulait pas de ça. Il s'en occuperait, de ce môme, il l'élèverait comme s'il était de sa chaire.

Le débat avait été long et douloureux. Presque une déchirure, entre lui et son épouse. Cette dernière s'était trop imprégnée de la culture sorcière pour accepter que son aînée les déshonore ainsi, qu'elle couche avec le premier venu et gâche sa vie avec cet enfant qu'elle n'avait pas désiré et qu'elle ne saurait élever. Comment ferait-elle, après ? Ses parents s'en occuperaient quand elle serait à Poudlard, elle rentrerait le week-end pour s'en occuper, et puis voilà ? Était-ce cela qu'ils désiraient pour leur fille ?

Ce n'était pas que Hermione était méchante, égoïste, orgueilleuse ou bien intolérante. Elle pensait simplement comme la majorité des sorciers. Comme Ron aurait dû penser. Pourquoi était-il différent d'elle ? Parce qu'il avait perdu son meilleur ami, son frère, et tant d'autres personnes qu'il avait aimées sans s'en rendre compte, et l'idée d'abandonner son petit-fils ou sa petite-fille, de pousser Rose à abandonner son enfant, alors qu'elle ne le désirait peut-être pas, était comme une déchirure pour lui. Il ne voulait pas penser à cet enfant comme à un mort, se dire qu'il avait bien fait, que c'était mieux ainsi. Harry en aurait sans doute été triste. Il aurait eu honte de lui.

La vie à Poudlard n'avait pas été simple, surtout que Rose avait décidé de garder l'enfant plutôt que de le faire adopter. Elle ne lui disait pas tout, mais le fait qu'elle se renferme de plus en plus sur elle-même était révélateur, d'autant plus que Hugo, lui, passait son temps dans les bureaux de ses directeurs de maison et d'école, enchaînant les bagarres dans les couloirs et les prises de bec avec ses camarades. Petit à petit, certains de ces cousins et cousines se rallièrent à sa cause et firent front ensemble, mais la majorité d'entre eux tournèrent le dos à Rose, cette espèce de petite traînée qui attendait un bébé.

Et du côté de la famille, ce n'était guère mieux. Molly avait très mal pris cette annonce, la rejetant en bloc. Elle n'avait pas réagi aussi violemment quand on avait su que Hermione était enceinte, et pourtant, elle était bien jeune et loin d'être mariée à Ron, mais les circonstances étaient différentes, et amoureux qu'ils étaient à l'époque, il était évident pour la famille que cet enfant ne serait pas un bâtard et qu'il grandirait dans une famille saine.

Cependant, visiblement, ce qu'avait fait sa mère avec elle se reproduisait, à la différence que Rose ne vivait rien de sérieux avec son petit copain et que ce dernier n'avait aucunement l'intention de l'épouser. Comment le lui reprocher ? Se disait Ron, qui à son âge n'aurait certainement pas voulu d'un bébé. Mais pour Molly, c'était impardonnable. Un véritable choc. Et sa colère empira quand Ron lui avoua que l'accouchement aurait lieu à Sainte Mangouste, en raison du jeune âge de sa fille : elle ne mettrait pas au monde son bébé au Terrier, comme une Weasley. C'était le second affront que cette canaille lui infligeait, en si peu de temps.

Dire qu'ils furent rejetés de tous était un bien grand mot. Il y avait ceux qui les aimaient assez pour regarder cette affaire avec les yeux du cœur, et ceux qui ne cherchèrent même pas à comprendre. Il y avait ceux qui voyaient Ron comme un imbécile fini, sa fille comme une traînée et cet enfant comme une abomination, et ceux qui voyaient ce héros de guerre comme un papa comme les autres, qui aimait sa fille et qui voulait son bonheur. Et son bonheur, elle le voyait avec ce bébé. Son bébé.

Ron avait appris à se séparer des gens, à se rapprocher d'autres, à se refermer sur lui-même et gérer seul les conflits. Il avait l'habitude. C'était presque une routine.

Mais pas pour sa fille.

Pas pour elle.

OoO

La veille, Rose s'était enfermée dans les toilettes des filles, sans que personne ne le sache. Elle avait sorti les grandes aiguilles à tricoter de sa grand-mère et s'en était enfoncé une dans le vagin. L'interruption de grossesse, forcée ou non, était un moment extrêmement dangereux, surtout à son âge, à cause de toute cette magie qui reliait l'enfant à sa mère. On ne touche pas à une femme enceinte, et encore moins à ce qui se lovait dans ses tripes.

Tout s'était bien passé, pour le moment. Une amie à elle, se doutant peut-être de quelque chose, l'avait retrouvée dans un bain de sang dans une cabine dont elle avait défoncé la serrure. Ils avaient pu l'emmener à l'hôpital, appelant en catastrophe ses parents qui avaient attendu de longues heures dans ce sinistre couloir, et extraire le nourrisson de son ventre. C'était un petit garçon, Timothy. Un tout, tout, tout petit garçon, trop petit pour sortir de cet hôpital… Trop petit pour être déjà arraché à sa mère, qui depuis ce matin, était entre la vie et la mort. Cette aggravation de son état, les médicomages l'avaient prévue, ça arrivait souvent, malheureusement. Trop souvent.

Hermione n'était pas là. Cela faisait bien une heure que Ron était prostré dans le couloir, la tête basse et le corps douloureux, et elle n'était toujours pas là. Un peu plus tôt, il était allé à la cabine téléphonique la plus proche, n'ayant jamais eu de portable en dépit des plaintes de sa femme, et l'avait appelée à son travail pour la prévenir. D'abord, il y avait eu le silence, à l'autre bout du fil. Un silence révélateur, plein de souffrance, d'angoisse et de larmes qui ne tarderaient sans doute pas à couler sur ses joues. Pourtant, ce fut avec une voix claire qu'elle lui répondit qu'elle avait du travail et qu'une lourde affaire l'attendait le lendemain.

Quelques années auparavant, Ron aurait pris cela pour de la cruauté. Mais il connaissait suffisamment son épouse pour y voir de la culpabilité. Et une souffrance sans nom. Elle n'avait jamais pardonné à sa fille cet écart et lui avait reproché sa volonté de garder cet enfant qui ferait son malheur. En ce moment même, Rose était en train de mourir parce qu'elle avait fauté. Que lui était-il donc passé par la tête, à trois mois du terme ? Personne ne le savait, pas même cette amie terrorisée et en larmes. Attendre sa mort dans un couloir de Sainte Mangouste, à quelques pas d'elle, sans jamais pouvoir lui demander pardon et la serrer une dernière fois dans ses bras, était sans doute insurmontable pour elle. Elle devait se sentir coupable. Il s'était passé quasiment la même chose avec son père, quand il avait subi un accident de voiture qui avait manqué de lui être fatal, le lendemain d'une dispute avec sa fille unique, quelques années auparavant.

Alors Ron attendait seul, comme un con, le cul posé sur un banc trop dur, seul dans ce couloir où quelques médicomages passaient de temps en temps, sans jamais lui adresser un regard. Il avait le cœur au bord de l'explosion, les mains moites, et la force serrée à se déchirer. Il avait espéré que Hermione vienne quand même, mais visiblement, c'était trop pour elle. Elle devait être dans son bureau, recroquevillée dans un coin, pleurant comme une perdue. À se faire du mal, peut-être. Comme pour son père.

Ron ne parvenait même pas à la haïr.

Sans doute parce qu'au fond de lui, il y avait encore de l'espoir. Un maigre espoir.

Quand les médicomages lui avaient annoncé que l'état de Rose était catastrophique et qu'elle ne survivrait sans doute pas, après avoir appelé Hermione, il avait pris un bout de parchemin et avait écrit une lettre qu'il s'était empressé d'envoyer à la seule personne qui aurait pu la sortir de là : Draco Malfoy. Lui écrire quelques mots lui avait écorché les doigts et il avait malgré lui senti les larmes lui monter aux yeux, une sorte de colère sourde grondant en lui. Il savait que Malfoy refuserait, que jamais il ne viendrait à son secours, et encore moins que la lettre arriverait à temps. Il avait beau avoir demandé le coursier le plus rapide qui soit, Malfoy ne serait jamais là à temps, dans le coup où il accepterait de venir.

Pourquoi viendrait-il, de toute façon ? Il était l'un des meilleurs médicomages de sa génération et avait sauvé à plusieurs reprises des femmes qui avaient procédé à des interruptions de grossesse, ou qui avaient subi un accident, comme une chute. Il était le seul homme qui pourrait sauver sa fille, mais il était aussi avant tout son ennemi. Enfin, il l'avait été. À une époque. Une époque révolue, mais la rancune était tenace. Pas pour Ron, qui avait tiré un trait sur tout cela. Mais lui…

Lui…

Il était… un héros de guerre. Pas celui que tous attendaient, pas celui qu'il aurait voulu être, mais un héros quand même. C'était lui qui avait mis fin aux jours de Lord Voldemort. Dans le plus grand secret, en pleine nuit, Harry avait rejoint le mage noir dans la forêt interdite, sans doute pour une dernière confrontation. Au cours de cette fameuse nuit, Ron et Hermione découvrirent une lettre que leur ami leur avait écrite avant de partir, qui leur expliquait où il était, pourquoi il avait décidé de l'affronter seul, et qui faisait aussi figure de testament. Le temps qu'ils préviennent l'Ordre et qu'ils sortent du château, ils virent une fumée noire s'élever au-dessus des arbres, là-bas, au plus profond de la forêt.

Quand ils parvinrent à cette clairière d'où s'élevait le feu, il n'y avait plus qu'un grand brasier dont les flammes d'un vert étrange s'élevaient très haut au-dessus d'eux, Voldemort raide mort non loin, et Malfoy avachi contre un arbre, le teint affreusement pâle, blessé et complètement hagard. Il mit plusieurs heures à s'extraire de cet état de choc et à leur raconter ce qui s'était passé : Voldemort avait torturé Harry, puis l'avait exécuté en l'envoyant dans ce grand feu dont les flammes émeraude ne laisseraient plus rien de son corps calciné.

Ainsi prit fin l'existence de Voldemort, la courte vie de Harry Potter, et cette guerre civile qui avait fait tant de ravages. Plutôt que de traiter le jeune Malfoy comme un héros, ce qu'il était, Ron en était absolument persuadé en dépit de l'étrangeté des faits, on l'enferma jusqu'à l'aboutissement de l'enquête : avait-il vraiment tué Voldemort ? N'avait-il pas mis fin à la vie de Harry Potter pour en récupérer tout le mérite ? N'était-ce pas lui qui avait déclenché ce feu maléfique, bien que sa baguette n'en porte aucune trace ? Comment avait-il été au courant ? Tant de questions, auxquelles Malfoy tenta de répondre, sans que jamais personne ne le croie vraiment.

On adopta sa version, faute d'en avoir une autre, mais il ne fut jamais considéré comme un héros de guerre. Alors que c'était ce qu'il était. Bien qu'il n'ait jamais parlé avec lui, Ron le croyait sur paroles. Il ne savait pas vraiment pourquoi, mais il avait assisté à des interrogatoires, et le visage de son pire ennemi était trop tiré, trop nerveux, trop fatigué pour qu'il puisse mentir et inventer une fausse version. Il l'avait entendu s'énerver, les insulter, tous, hurler qu'il haïssait Potter mais que, par Merlin, jamais il ne lui aurait arraché son mérite, il l'avait vu brûler, hurler à la mort, il avait vu sa chair fondre et son visage défiguré par la souffrance. Il cauchemardait, piquait des crises dans sa chambre, suppliait qu'on le laisse sortir, et répétait toujours la même version, toujours, toujours, toujours…

Il était traumatisé.

Il l'avait tué, ce salopard, parce que c'était la meilleure chose à faire.

Une fois qu'il fut libéré, il prit ses clics et ses clacs et s'enfuit à l'étranger. Il avait un peu de famille en Australie alors il s'y logea, emportant sa tante Andromeda et son petit Teddy avec lui, la vieille dame avait perdu son mari et sa fille unique ainsi que son gendre, il ne lui restait plus que son neveu, qu'elle aimait tendrement. Elle avait préféré élever son petit-fils au soleil, loin de tout ce qui lui rappelait sa vie d'avant et ceux qu'elle avait perdus.

Depuis, Malfoy était devenu un médicomage reconnu dans son nouveau pays. Ron sut plus tard qu'en réalité, faute de preuves, le Ministère lui avait imposé un exil de dix ans, lui interdisant de remettre les pieds en Angleterre durant ce laps de temps. Cependant, à la fin de cet exil non officiel mais non moins forcé, il n'avait pas remis les pieds en Angleterre, à part peut-être pour rendre visite à ses parents, Malfoy Senior étant condamné à demeurer dans son Manoir avec son épouse, qui cependant avait été innocentée.

Malfoy devait détester l'Angleterre et très certainement les Weasley qui n'avaient rien fait pour l'aider. Ron était trop affligé par les évènements pour réellement réagir, et il avait rapidement compris que de toute manière il ne pourrait rien faire pour lui, étant l'un des seuls, avec Hermione, à croire en son innocence et sa bonne foi. Ainsi, l'espoir qu'il puisse apparaître ici, après avoir reçu sa lettre et forcé les douanes, était bien maigre. Il aurait fait n'importe quoi, pourtant. Il était prêt à le payer, à faire tout ce qu'il voulait… juste pour que sa fille ait une chance de survivre. Juste une chance de plus. S'il ne pouvait rien faire, il ne lui en voudrait même pas. Ce n'était pas de sa faute.

Les larmes dévalèrent ses joues.

Il avait la sensation de mourir à petit feu.

Comme quand il avait regardé la forêt, la lettre de Harry dans les mains, et qu'il avait vu cette fumée noire s'en échapper…

OoO

Deux heures. Deux heures qu'il attendait, là, le derrière douloureux, la tête au bord de l'explosion, les mains moites et le regard fixé sur le carrelage gris du couloir. Il avait envie de hurler, de pleurer, de s'arracher le cœur… Tout était vide dans sa tête. Il ne parvenait pas à visualiser sa fille, sa toute petite fille, ni l'avenir qui l'attendait si jamais elle ne se réveillait pas.

C'était comme un puits sans fond dans lequel il se cassait la gueule. Elle allait mourir, il le savait. Si personne n'était venu le voir, c'était qu'il n'y avait aucune amélioration, et de toute manière, ils n'avaient pas été très encourageants. Ses chances de survie étaient trop minces. C'était déjà un miracle que le bébé survive.

Timothy…

Comment allait-il pouvoir l'élever ? Comment allait-il l'appeler ? Papa, Papy ? Comment lui parler de sa maman, morte à cause d'un geste stupide et sans aucun sens ? Comment élever un bâtard que tous regarderaient de travers, qui tournerait peut-être mal, parce que ses parents ne l'avaient pas désiré et l'avaient abandonné avant même qu'il ne vienne au monde ?

Qu'allait-il faire de ce môme ?

« Qu'ai-je fait, Harry ? Qu'ai-je fait pour mériter ça ? »

Il n'arrivait même pas à se lever. Il avait songé à aller voir son petit-fils, mais son corps ne lui répondait plus. Pourtant, ça lui aurait fait du bien de tenir le bébé dans ses bras, comme il l'avait fait dans la nuit, le berçant contre son torse comme il l'avait fait tant de fois avec Rose et Hugo.

Il en était tombé amoureux dès qu'il l'avait vu. Ses petits cheveux roux, ses yeux plissés, ses mains fragiles et son corps tout mou… Oh oui, par Merlin, il en était tombé amoureux de ce gamin, comme à chaque fois que ses yeux s'étaient posés sur ses propres enfants. Il n'était pas sale, il n'en avait pas honte, au contraire.

Mais là, tout de suite, il n'avait pas la force de se lever pour le bercer. Il avait mal partout, au cœur, surtout. Il était nauséeux, aussi, et il avait l'impression que s'il se levait, il s'effondrerait. Alors il restait là, prostré sur son banc, la tête dans ses mains et les yeux rivés sur le sol.

Avec son envie de hurler.

« Je vais la perdre, Harry… Je vais perdre ma p'tite fille… Et t'es pas là… Si seulement tu pouvais être là… Je ne serais plus tout seul… »

Il entendit vaguement les claquements d'une paire de chaussures sur le sol. Un médicomage, encore. Peut-être celui qui s'occupait de Rose. Le cœur serré, il n'osa lever la tête et affronter la triste réalité, si cet homme était bien là pour réduire ses espoirs à néant.

C'était trop dur.

Trop dur de se dire qu'elle l'avait quitté, pour de bon.

« Ne me laissez pas tout seul… »

Le médicomage s'arrêta juste devant lui. Ron ferma les yeux. Il était au bord du gouffre.

« Weasley ? »

Et son cœur, son petit cœur maltraité et comprimé dans sa poitrine, sembla s'en décrocher et y tomber…

« Ça va pas ? »

Ron leva la tête. Il avait l'impression que son corps se liquéfiait, et quand ses grands yeux bleus rencontrèrent ceux du médicomage, les larmes dévalèrent ses joues sans qu'il ne puisse les retenir. Tout se crispa en lui, alors que son corps se mettait à trembler, furieusement, ses mains cachant sa bouche déformée par une grimace de souffrance.

La souffrance…

Du soulagement.

« J'ai fait aussi vite que j'ai pu. Je vais essayer de la sauver, ta môme. »

Il ne put que secouer la tête, alors qu'il dévorait des yeux ce visage qu'il avait honni toutes ces années, ce visage qu'il avait tant souhaité revoir deux heures auparavant, alors que sa vie menaçait de basculer. Tout était embrouillé dans sa tête, il ne savait pas ce qu'il faisait là, pourquoi il se tenait devant lui, il ne savait pas s'il était mort de tristesse, tout seul, là, sur son banc, ou s'il était en plein rêve, écroulé sur un lit et en plein fantasme.

Tout ce qu'il savait, là, tout de suite, c'était que son pire ennemi du collège se tenait devant lui, le visage pâle et froid, comme toujours, avec une sorte de compassion au fond de ses yeux gris.

C'était comme si un ange venait de descendre du ciel.

Comme si cet ange, qui avait déposé Rose dans leur vie, faisait tout pour qu'elle y reste.

OoO

À la différence de ce couloir sinistre où il avait bien passé trois heures, la salle de restauration réservée aux malades et à leurs familles, où on ne servait guère plus que des boissons chaudes accompagnées de pâtisseries ou sandwichs, était extrêmement bruyante. Cependant, cela avait quelque chose de réconfortant, tout ce bruit autour de lui, cette vie qui semblait animer ce lieu, pourtant remplis de patient dans des états plus ou moins jolis à voir.

Un quart d'heure auparavant, une infirmière était venue le voir pour lui dire que sa fille était hors de danger. Elle ne quitterait pas l'hôpital tout de suite et les séquelles de son acte seraient peut-être irréversibles, vu la méthode qu'elle avait employée pour interrompre sa grossesse. Peut-être serait-elle stérile, et peut-être ne s'en remettrait jamais. Sur le coup, Ron n'avait pas réagi : tout ce qui comptait pour lui, c'était que son bébé aille bien. Il l'aiderait, elle s'en sortirait. Elle était forte, comme sa mère.

Il n'avait pu la voir, pas plus que Malfoy, dont il ne se remettait toujours pas de la venue. Il avait dit à l'infirmière qu'il allait voir son petit-fils, puis il irait voir un café en bas. Il avait serré longtemps le nourrisson dans ses bras, tout en lui murmurant des paroles rassurantes au creux de l'oreille, puis il était descendu. Ron avait songé un instant de prévenir Hermione, mais il se dit qu'après le temps qu'il avait passé là à se ronger les sangs, elle pouvait bien souffrir un peu plus de son côté.

Ainsi, assis à une table au fin fond de la salle, dans un petit coin tranquille, une tasse de café devant lui, il se reposait la tête, toute angoisse glissant tranquillement en dehors de son corps. Il bénit Malfoy, son acte généreux, dont il ne connaissait pas encore les conséquences et encore moins les raisons. Ce n'était pas grave. Quelles que soient les exigences du blond, Ron s'y plierait. Il aurait aimé savoir pourquoi il avait fait ça, pourquoi il l'avait aidé, après toutes ces années et cette rancune tenace qui devait encore demeurer en lui. Mais qu'importe… Qu'importe…

La vie était le cadeau le plus précieux. Il paierait. Il paierait, quel qu'en soit le prix.

« Je peux m'assoir ? »

Ron fit un bond de deux mètres quand il entendit sa voix, grave et trainante. Il leva les yeux vers Malfoy, qui haussa un sourcil, son gobelet de café à la main. Il portait une robe noire taillée sur mesure, ses cheveux étaient un peu plus longs qu'auparavant, noués derrière sa nuque comme le faisait son père autrefois, et il avait toujours cet air arrogant, pédant sur le visage. Cependant, son expression était un peu adoucie. Elle était plus mature, aussi.

C'était un homme, et non plus un gamin de dix-huit ans, qui avait commis un meurtre et vu son camarade de classe brûler dans les flammes.

« Heu… oui, bien sûr. Merci Malfoy, merci d'être venu et d'avoir sauvé ma fille. Je t'en serai éternellement reconnaissant, dis-moi ce que tu veux, je…

- Ola, Weasley, calme-toi sinon tu vas t'étouffer. J'ai pas sauvé ta gamine pour que tu me claques entre les doigts. »

Il prit place devant lui gracieusement, le visage toujours neutre. Il but une gorgée de café avant de poursuivre.

« Je ne suis pas venu par intérêt. Je passe la semaine chez mes parents et j'ai reçu ta lettre tout à l'heure. Tu étais tellement désespéré que j'ai fait le déplacement. Si j'avais été à ta place et que ma fille était aux portes de la mort, j'aurais aimé qu'on me tende la main. »

Ron déglutit difficilement. Ces mots sonnaient en lui comme un reproche.

« Tu… Tu n'étais pas… obligé. »

Les mots étaient difficiles à prononcer.

« Tu me détestes, je n'ai rien fait à l'époque…

- À l'époque, tu venais de perdre ton meilleur ami. Tu ne l'as pas vu partir, ni mourir, tu n'as pas pu lui dire au revoir. Je ne t'en veux pas. Même à l'époque, je ne vous en voulais pas. Tu n'as jamais craché sur moi, ce qui aurait pu compromettre mes chances de m'en tirer.

- Ils n'ont pas été bien avec toi.

- Non.

- Tu vis toujours en Australie ?

- Toujours. Tu sais, quand on vit dix ans dans un pays, c'est difficile de le quitter. Surtout quand là-bas, tu n'es absolument personne. »

Le rouquin secoua la tête, compréhensif. Une étrange atmosphère régnait autour de la petite table. Bizarrement, il se sentait bien, et quand il regarda un peu plus Malfoy, il se rendit compte qu'il avait les traits tirés et qu'il devait être fatigué.

« Parfois, je me dis que c'est ce que j'aurais dû faire : partir. Quand Rose est tombée enceinte, j'ai pensé à le faire. Mais c'est compliqué, avec Hermione, tout ça…

- J'ai été surpris quand j'ai reçu ta lettre. Erreur de jeunesse ?

- Ouais. Et tu sais ce que c'est, quand elles ne sont pas mariées et que le garçon ne veut pas assumer… »

Malfoy secoua la tête, son gobelet au bord des lèvres. Ron réalisa soudain qu'il était prêt à ouvrir son cœur au sauveur de sa fille. Et que ce qu'il semblait prêt à lui dire, il n'en avait parlé à personne, pas même Georges, avec qui il partageait tant de choses et qui l'avait tant soutenu dernièrement.

« Mais quand elle est tombée enceinte, je n'ai pas pu l'abandonner. C'est ma fille, tu comprends ? Je l'ai eu quand Harry est mort, et…

- Elle est devenue ta raison de vivre.

- Quelque chose comme ça, oui. J'ai qu'une fille, je ne voulais pas la perdre ou la rendre malheureuse. »

Son discours était décousu. Il n'avait jamais parlé de ça, de tout ce qu'il gardait en lui. Parce que c'était trop intime, parce qu'il avait la sensation que personne ne pourrait comprendre, parce qu'il savait qu'il ne marchait pas dans le droit chemin, dans celui qu'on lui avait montré toutes ces années et qu'il refusait d'emprunter, par amour.

« Enfin, je ne pense pas que tu puisses comprendre…

- En effet. Je n'ai que des garçons. »

Ron eut un regard surpris et Malfoy eut un léger sourire. Très léger. Presque complice.

« Mais je pense que si ça m'était arrivé, j'aurais tout fait pour le bonheur de ma fille, quelle que soit sa décision. Je suis de la vieille école, mais je connais la valeur de la vie. Lui prendre son enfant, si elle désire le garder, c'est lui infliger des souffrances qu'elle n'oubliera jamais. Elle portera à jamais ce fardeau, mais si elle veut le garder et l'aimer, il n'en sera plus un.

- C'est bizarre. C'est la première fois qu'on me dit ce genre de choses. J'aurais pensé le contraire venant de toi.

- Un an après que je sois parti en Australie, Pansy est tombée enceinte d'un homme qui en a épousé une autre. Forcément, ses parents ont très mal réagi et l'ont fait culpabiliser. Elle a fait la même chose que ta fille, pour se débarrasser du bébé. Elle a failli en mourir. Depuis, j'ai une autre vision des choses, dirons-nous. C'est en partie pour ça que je me suis spécialisé dans ce domaine-là. J'en avais marre de voir des mômes se faire du mal et mourir parce qu'elles ne peuvent pas garder un enfant. En Australie, c'est moins compliqué pour ces filles-là qu'en Angleterre, mais il y a de vieilles familles conservatrices qui refusent parfois le métissage.

- J'aurais dû aller vivre en Australie.

- C'est un beau pays. Mon fils aîné aura onze ans dans deux mois, il va rentrer à Poudlard, ça va lui faire tout drôle.

- Ah bon ? Il n'y a pas d'école en Australie ? Enfin…

- C'est sentimental. Et puis, lui aussi a envie d'aller dans l'école où j'ai étudié.

- Ta femme n'aurait pas préféré que…

- Elle s'en fiche. Tout ce qu'elle sait, c'est que son bébé va partir et elle ne s'en remet pas. »

Ron eut un rire, alors que le visage de Malfoy se détendait. Il se dit que, dans le fond, tous les parents étaient les mêmes : on avait beau se préparer au départ de ses enfants, c'était toujours dur de les voir partir et faire leur vie, là où eux-mêmes avaient fait la leur.

« J'ai pleuré comme une madeleine quand Rose est allée à Poudlard la première fois et Hermione a été insupportable pendant une semaine. Ça a été pire encore quand Hugo est parti à son tour.

- Je n'ose imaginer ce que ce sera quand mon aîné va s'en aller. J'essaie de me préparer psychologiquement.

- Tu as combien d'enfants ?

- Trois. Que des garçons. Le dernier a trois ans.

- Tu peux pouponner.

- On les a faits de façon à ce qu'il y en ait toujours un à la maison.

- T'es pas sérieux ?!

- Moi aussi, j'ai eu cette réaction quand elle m'a parlé de faire un troisième enfant. »

Cette fois-ci, Ron éclata de rire, toute tension envolée. Malfoy, lui, avait l'air un tantinet agacé, comme s'il pensait à sa compagne et à ses lubies. Il tenta de l'imaginer avec une belle Australienne à la peau bronzée, blonde, peut-être, d'un blond éclatant, avec ses trois enfants, un savant mélange des deux genres.

« Et Teddy ? Et Andromeda ?

- Ils vont bien. Mais Teddy a le même âge que Rose, non ?

- Oui, mais il est tellement discret avec sa vie privée… et puis, il parle très peu à Rose en plus, ils ne sont pas dans la même maison et n'ont pas le même caractère.

- C'est pas faux. Il a toujours eu un côté réservé et un autre assez déluré.

- Ça n'a pas été trop dur, avec lui ?

- Je l'ai élevé comme mon fils. Avec elle.

- Elle a été comme sa mère ?

- On peut dire ça comme ça. Rien ni personne ne pourra jamais remplacer ses parents. Ni elle, ni moi. Mais ça lui a permis d'avoir une vie plus équilibrée. »

Ils parlèrent longtemps. De Teddy, qui comptait devenir médicomage comme son père de substitution, de Rose qui était une gentille fille mais assez réservée, pleine d'amour et de générosité, d'Andromeda qui se faisait vieille mais qui avait retrouvé une seconde jeunesse avec toute cette marmaille, de Hugo qui était une vraie tête brûlée, de la femme de Draco, dont il ne prononça jamais le prénom, qui semblait lui avoir redonné le goût de vivre, toujours là dans les moments difficiles.

Ils se parlèrent comme de vieux amis, qui ne se seraient pas vus depuis longtemps, pleins de souvenirs à partager et de nouvelles à donner. Ron découvrit à quel point Malfoy avait changé et à quel point il aimait ses fils, et à quel point il admirait et respectait sa compagne pour lui avoir offert de tels présents.

Pour la première fois depuis des mois, peut-être même des années, Ron eut la sensation d'être compris. C'était un sentiment assez réconfortant qui lui mit du baume au cœur. C'était Malfoy, pourtant. Mais cela lui fit du bien. Il était devenu quelqu'un de tellement bien…

Il avait sauvé sa fille.

Il était un héros. Un vrai.

Comme Harry.

« Ah, si tu nous voyais, Harry… Tu rigolerais bien. »

OoO

Rose sortit de l'hôpital une semaine plus tard et il fallut attendre un mois pour qu'elle puisse récupérer son bébé. Elle ne retourna pas à Poudlard, trop fragile pour cela, et commença à suivre des cours par correspondance. Ses amis lui manquaient, mais elle-même savait qu'elle n'était pas capable de retourner à l'école, trop instable émotionnellement et psychologiquement.

Ce fut Ron qui lui annonça, après une étreinte solide à lui briser les os, des larmes et des baisers, qu'elle risquait d'être stérile. Sa fille pleura, longtemps, mais lui dit qu'elle ne ferait plus jamais de bêtises. Voir son père et sa mère dans un tel état de souffrance et de désespoir, même si elle était bien en vie, avait été comme un électrochoc. Même Hugo s'était mis à pleurer, alors qu'il avait tout fait pour se retenir. Elle leur avait juré qu'elle ne recommencerait plus jamais, qu'elle regrettait, et qu'elle aimait son bébé.

Étrangement, Rose s'en sortit plutôt bien. Elle apprit un mois après sa sortie, après quelques tests, qu'elle pourrait finalement avoir des enfants plus tard, que ce serait compliqué mais que ce n'était pas impossible, qu'elle avait eu de la chance. Elle récupéra son enfant et s'en occupa aussi bien que n'importe quelle mère, lui offrant tout l'amour que son cœur lui permettait de donner. Timothy devint le centre de son univers, l'objet de toutes ses attentions.

Et celles de son père, aussi. Une fois le choc passé, Ron avait finalement bien accepté l'idée d'être grand-père, bien qu'il soit très jeune, et il s'occupait de son petit-fils comme s'il était son propre enfant. Cela soulageait un peu sa fille, maladroite et qui ne savait pas toujours comment gérer son bébé. Ils faisaient des bourdes ensemble, les réparaient ensemble, jouaient avec la petite merveille et la pourrie gâtait comme jamais.

Rose allait bien. Parfois, elle était morose, un peu triste, mais la majeure partie du temps, elle allait bien. Quand quelque chose ne tournait pas rond, elle en parlait avec son père : il était le seul à vraiment la comprendre et à la soutenir, il était son confident. Hugo était trop jeune pour avoir un rôle pareil.

Et puis sa mère…

Hermione était celle qui allait le plus mal depuis que le petit était arrivé à la maison. Autant son état s'était-il amélioré quand elle avait récupéré sa fille, inondant la boite aux lettres de leur sauveur de présents, sans l'avoir jamais rencontré car il était rentré en Australie le lendemain de l'intervention, autant être confronté au bébé fut une expérience douloureuse. Il était la cause principale de tout ce désordre et ce qui avait failli tuer son enfant. Non pas qu'elle lui en veuille, il n'était responsable de rien, et Ron savait qu'elle aimait son petit-fils. Le problème, c'était la culpabilité qu'elle ressentait envers lui, envers sa fille, qu'elle n'avait pas soutenue. Plus que toutes les difficultés qui s'abattaient sur leur chemin, c'était l'idée que Rose avait failli mourir à cause de ces mœurs sorcières qu'elle avait épousées sans discussion qui lui faisait le plus de mal.

Elle n'avait pas été là pour sa fille. Et alors que tout s'arrangeait, et que tout se compliquait, elle avait la sensation d'être toujours absente.

Elle le fut encore quand Malfoy leur donna ses dates pour passer les voir. Ron avait insisté, à la fin de leur discussion, pour qu'il passe un jour chez eux pour rencontrer Rose : elle devait le rencontrer et le remercier, elle lui devait la vie. Malfoy n'avait pas paru particulièrement contre cette idée, il était juste très occupé et, autant le dire, passer les frontières était une prise de tête monstre. Cependant, deux mois après la sortie de Rose, il lui envoya un courrier pour le prévenir qu'il débarquerait à Londres le mois suivant avec son fils aîné : il avait quelques petites affaires à régler et devait emmener son garçon au chemin de Traverse lui acheter quelques petites bricoles. Il comptait loger la semaine chez ses parents, comme il le faisait toujours.

Ils avaient donc choisi un après-midi, qui correspondait autant à l'emploi du temps de Ron que du médicomage. Forcément, comme d'habitude, Hermione dut annuler à la dernière minute. Ron lui en voulut. Beaucoup. Et le lui fit sentir. Deux jours avant, quand elle lui dit qu'elle pourrait essayer de se libérer, le rouquin l'envoya bouler : la vérité, c'était qu'elle avait peur de rencontrer Draco et elle était tellement traumatisée qu'elle se réfugiait dans son travail plutôt que d'aller consulter. Il refusait de l'avoir à la maison de tout l'après-midi, qu'elle aille donc à ses affaires et qu'elle les laisse tranquilles. Blessée, elle s'en était allée travailler. Malgré tout.

La maison était en effervescence. C'était les vacances d'été, Hugo était rentré de Poudlard, et il était aux petits soins avec son neveu, le trimballant partout avec lui. Ça lui faisait repenser à l'an passé, quand le compagnon de son frère Charlie avait mis au monde leur premier enfant que Hugo, du haut de ses douze ans, emmenait partout le bébé avec lui, comme s'il était sa mère, alors que visiblement il avait des choses plus intéressantes à faire. Pendant ce temps-là, sa sœur préparait le thé et les gâteaux, heureuse d'accueillir celui qui avait été le pire ennemi de son père et qui lui avait permis de vivre. Ron tentait de donner un aspect convenable à sa petite maison et de la faire aussi propre que possible. À croire qu'ils recevaient un invité important…

Mais en quelque sorte, c'était le cas.

Pourtant, il n'avait échangé quasiment aucune lettre avec Malfoy, ces derniers mois, sauf pour fixer un rendez-vous. Il avait encore cette sensation un peu étrange de vieux camarades qui se retrouvaient. Une sensation qu'il n'avait même plus avec ses anciens camarades de chambrée, qui avaient été très étonnés, pour ne pas dire stupéfaits, d'apprendre que c'était Malfoy qui avait sauvé sa fille. À croire qu'il était en train de leur jouer un vilain tour, à jouer les philanthropes… Hermione l'avait pensé aussi, sur le coup. Que ça cachait quelque chose. Ron, lui, avait décidé de jouer les simples d'esprit. Il avait trop souffert en vingt-quatre heures pour se malmener le cœur et l'estomac avec ces choses-là.

Il était bientôt quinze heures, heure à laquelle Malfoy devait arriver en compagnie de son fils aîné. Ron se demandait bien quelle tête il pouvait avoir. Il s'était fait la réflexion après coup que Malfoy était bien pâle pour quelqu'un qui vivait depuis quinze ans en Australie, il se demandait si ses fils étaient plus habitués au soleil et s'ils avaient un teint plus basané. Ça devait être de beaux gamins. Et la dame… Il aurait bien voulu la rencontrer, aussi. Madame Malfoy. Celle qui avait fait plier cet homme si froid et réservé, qui avait su l'attendrir, lui offrir une famille et l'aider à supporter cet exil…

À quinze heures tapantes, on sonna à la porte. Rose se précipita pour aller ouvrir, alors que Ron terminait de changer son petit-fils dans la salle de bain. Il entendit sa fille accueillir joyeusement le médicomage, de même pour Hugo qui venait de passer dans l'entrée. Alors qu'il sortait de la salle d'eau, son petit-fils dans les bras, Ron entendit la voix trainante de Malfoy, et celle plus claire de celui qui devait être son fils. Le cœur battant, il arriva à son tour, un léger sourire aux lèvres.

Qui s'effondra.

C'était un peu comme si son cœur venait de s'arrêter, pour la seconde fois. C'était comme si, soudain, il revenait quinze ans en arrière. Il se revoyait dans leur dortoir, assis sur leurs lits, à essayer de rire pour oublier ce qui les attendait le lendemain, leur couverture sur les genoux et leur pyjama sur le dos.

C'était comme si soudain, cette lettre qu'il avait retrouvée sur son lit n'avait jamais existé…

Malfoy se tenait dans l'encadrement de la porte, le visage un peu crispé, un peu brouillé. Une de ses mains était posée sur l'épaule de son fils de onze ans, qui arborait une chevelure noire et sauvage, deux yeux d'un vert pétant plantés au milieu de son visage rond et doux.

Un visage qu'il ne reconnaissait pas tout à fait, mais dont il pouvait retracer quelques traits.

Son cœur tomba sur le sol…

« Bonjour, Weasley. Je te présente James-Sirius, mon fils aîné.

- Bonjour Ron ! »

Il avait son sourire. Cette petite fossette, au coin de sa bouche. La même étincelle dans ses grands yeux verts, la même malice. Et ces cheveux, ses indomptables cheveux…

Plus tard, il comprendrait.

Plus tard, il saurait que tout n'avait été qu'une vaste farce. Que cette baguette qui avait appartenu à Malfoy n'était pas dans sa main quand le sort fatal avait été jeté. Que ce grand feu, c'était lui qui l'avait allumé, avec la baguette de ce monstre qui venait de mourir.

Et que toute cette histoire…

De mort…

De cris et de visions d'horreur…

De cauchemars à répétition…

De procès et de jugements…

D'exil…

Tout cela…

N'était qu'une vaste blague.

Mais pour le moment, il était effondré sur le sol, son petit-fils dans les bras, quinze ans de manque, de nostalgie et d'incompréhension coulant sur ses joues, alors que des sanglots douloureux secouaient son corps gémissant.

Mais pour le moment, il pleurait à ce qu'il avait perdu…

Et à ce qu'il retrouverait.

FIN