Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !

Couple : Harry/Draco.

Rating : T.

Cet OS écrit pour Vampire1803, sélectionnée parmi les reviews que j'ai reçues, sur le challenge "Rainbow". Crois-moi, il m'a donné du fil à retordre... J'espère que ça te plaira :)


L'homme arc-en-ciel

Sa vie sentimentale avait toujours été compliquée. La plupart du temps, il passait pour quelqu'un d'anormal, parfois catalogué d'asocial, de non sentimental, voire de frigide. Harry n'avait jamais été dans la norme, de toute manière, que ce soit dans sa vie sentimentale, privée ou professionnelle. Certaines mauvaises langues disaient que c'était à cause du décès de ses parents quand il était très jeune, son manque de repères fixes et l'éducation plutôt laxiste de son parrain, homosexuel assumé et propriétaire d'un bar gay.

Pour résumer, Harry était mal fichu. Il l'était tout petit, quand il se faisait embêter dans la cour par des garçons plus grands ou quand on l'insultait parce que son tonton était pédé. Il l'était quand il était entré au collège, car c'était un enfant réservé avec de nombreuses difficultés en français mais des capacités déjà remarquables dans les sciences. Il l'était toujours quand il passa son bac, après trois années de lycée où il était connu pour son amour des sciences, sa bisexualité qui ne semblait effrayer ni ses admiratrices, ni les mecs les plus virils de l'école, et son sens de la fête. Et à vingt-cinq ans, alors qu'il était devenu ingénieur dans la robotique, certains se permettaient encore de dire qu'il était mal foutu, que sa vie n'avait pas été facile, qu'il en avait encore des séquelles et qu'il n'était pas heureux.

C'était le genre de baratin qu'on lui répétait depuis qu'il était môme. Les gens n'acceptaient pas l'idée qu'il puisse être heureux. Oui, son parrain était gay, oui, il était fou amoureux d'un homme qui avait en partie élevé Harry, lui donnant le goût des sciences, et oui, il avait grandi au-dessus d'un bar gay, bercé par le bruit des voix, des cris, voire de la musique à fond les ballons les jours de fête. Non, Harry Potter n'avait pas eu une vie normale, mais il n'en était pas malheureux. Il ne l'avait jamais vraiment été, et parfois, il se demandait pourquoi les autres se permettaient de le juger, alors qu'il était un homme équilibré, avec un travail plus que correct et une vie sentimentale assez clean.

Il avait fini par se résoudre à l'idée que les autres savaient toujours mieux que lui et qu'il ne pourrait rien y faire.

Cela dit, il pouvait concevoir que sa vie sentimentale demeure un véritable mystère pour ses amis et qu'ils cherchent par tous les moyens à se l'expliquer.

Harry aimait les hommes, mais il détestait les gays.

Cette phrase résumait assez bien son ressenti et toutes les contradictions qui allaient avec.

Au fil du temps, Harry était devenu suffisamment sûr de lui-même pour ne plus cacher sa sexualité et personne à son travail n'ignorait qu'il chassait le même gibier que les demoiselles, ni même s'il avait grandi au-dessus d'un bar gay. Assez beau garçon, il n'avait jamais vraiment eu de difficultés à avoir ce qu'il voulait ou à attirer le regard des hommes sur lui. Cela tenait sans doute au fait qu'il ne faisait pas « tapette », comme il disait, qu'à moins de le savoir personne n'aurait vraiment pu soupçonner au premier coup d'œil qu'il aimait les hommes.

Ingénieur dans une grande entreprise, Harry s'habillait de la même façon que ses collègues de travail, et même au quotidien, il n'admettait aucune exubérance, portant des couleurs assez sobres en accord avec sa personnalité. Il n'avait aucun piercing, aucun tatouage, et les seuls bijoux qu'il portait étaient une gourmette que son parrain lui avait offerte à ses quinze ans et la chaîne de son père. En somme, rien d'extravagant. Enfin, il n'avait pas cet espèce d'accent gay qui lui avait toujours hérissé les poils et il n'était en rien maniéré. En somme, c'était un homme comme les autres, et en dépit de sa petite taille, la plupart de ses collègues le trouvaient plutôt virils, loin de l'image mignonne qu'il avait reflétée plus jeune, et pourtant, on ne pouvait pas dire que Harry s'entretenait particulièrement, détestant le sport et ses cheveux noirs partant dans tous les sens.

Souvent, cette attention particulière à demeurer « dans la norme » avait été perçue par ses proches comme une volonté de se perdre dans la masse et de se différencier complètement des gays. Cette vision des choses avait tendance à mettre Harry hors de lui. Comme si tous les gays étaient des gonzesses maniérées, avec le dernier slim à la mode et un sac à main pendu au coude… Et puis, Harry n'avait jamais ressenti le besoin de se faire oublier ou de paraître normal, car de toute manière, il ne l'avait jamais été et ne le serait jamais aux yeux des autres. Il n'aimait tout simplement pas ce genre d'excentricités, encore plus sur lui que sur les autres. Il n'avait pas en lui ce côté féminin qui semblait être l'apanage des gays ni même l'envie de s'entretenir.

Il était comme ça, point. Il aurait été hétéro, personne ne lui aurait fait de remarques sur ses vêtements, mais voilà, son truc, c'était les mecs, donc qu'il soit aussi neutre semblait en déranger plus d'un.

Et le fait qu'il déteste les gays les dérangeait encore plus.

Pour le coup, Harry ne pouvait guère nier que la cause venait du bar de son parrain, dans lequel il avait passé une bonne partie de sa vie. Il était connu de tous les clients qui avaient le plus souvent agi de façon protectrice à son égard. Il avait toujours aidé son parrain, d'une part parce qu'il adorait l'aider au travail, apportant des boissons aux clients ou leur apportant la note, ce qui avait tendance à les faire sourire. Plus il grandit et plus il s'investit dans le bar, afin de gagner un peu d'argent. Il eut droit à toutes les soirées, les gay prides et il ne savait quel évènement où Sirius avait besoin de son aide…

Il baignait depuis son enfance dans ce milieu.

Et le moins qu'on puisse dire, c'était que les gays, ce n'était pas son truc.

La vérité, et ça ses tuteurs étaient les seuls à l'avoir vraiment compris, c'était que Harry avait du mal avec l'engagement et avec les hommes trop… gays. L'extravagance, les manières, les fringues, le parfum, les sacs à main… Le ton de la voix, le maquillage, les sujets de conversation, les petits surnoms… Visiblement, Harry avait trop vécu dans ce milieu ou être capable d'envisager une relation longue avec homme un tantinet efféminé, que ce soit dans le ton de sa voix et les mots qu'il employait, son mode de vie ou encore son attitude. Et il en allait de même avec les « dominateurs », qui le regardaient comme s'il n'était qu'un chaton. Évidemment, c'étaient des stéréotypes, tous les homos n'étaient pas comme ça, mais malheureusement, c'étaient ceux-là que Harry attirait comme un aimant, et ceux qui étaient à son goût étaient dans la majorité des cas hétéros purs et durs.

Ou bisexuels.

Ou des gays refoulés.

Et apparemment, le fait qu'il ne sorte qu'avec cette catégorie d'hommes en faisait quelqu'un de très bizarre, d'anormal. Et le fait qu'il ne les garde pas plus d'un mois le rendait instable, incertain, peut-être même indigne de confiance. Il n'était pas fichu de créer une relation longue et d'aimer correctement.

Définitivement, la vie de Harry Potter était compliquée. Et elle aurait été dix fois plus simple si les autres pensaient autrement…

OoO

La fête battait son plein. À peine mit-il un pied dans la boite de nuit que la musique explosa ses oreilles, l'emportant dans un tout autre univers. Il était encore tôt mais les clients semblaient déjà déchaînés, une bonne partie déjà bien emportée par l'alcool qui coulait à flot et la musique très branchée. Les lumières, qui changeant de couleur et de rythme au fil des minutes, balayaient la foule, s'arrêtant parfois sur un couple ou un groupe.

Sur le coup, Harry ne sut où aller. Il connaissait pourtant bien cette boite de nuit, tenue depuis un an par sa meilleure amie Luna qui s'était mise en couple avec le nouveau propriétaire des lieux. Il l'avait aidée à réaménager les lieux et en moderniser le matériel afin d'en faire une boite de nuit branchée. Depuis, ce lieu faisait un carton, les jeunes attirés par la bonne musique et l'animation orchestrée par la gérante délurée. C'était devenu un lieu de rencontre pour les jeunes de la capitale.

Et, accessoirement, un terrain de chasse gratuit et de qualité correcte. De quoi passer une bonne nuit.

Quoiqu'un peu sonné, Harry s'avança dans la pièce. Il était entré par l'accès VIP, comme d'habitude, les vigiles le connaissant très bien depuis le temps. Il se glissa jusqu'au bar, un peu surélevé par rapport à la piste, puis jeta un regard circulaire à la pièce immense où se déhanchaient de jeunes et charmants mâles chauds comme de la braise, draguant à droite et à gauche ou se mouvant sensuellement contre leurs partenaires. La chaleur autour le fit suffoquer quelques instants, son corps emprisonné par les murs épais et la musique qui y tapait violemment. Cela faisait bien un mois qu'il n'était pas sorti en boite et il fallait croire qu'il s'était rouillé. En même temps, il ne s'y rendait que quand il était vraiment en manque, car cette masse de jeunes en ébullition qui avaient laissé leur cerveau au vestiaire, ce n'était pas vraiment son truc.

Il n'aimait pas les gays.

Il n'aimait pas cette foule d'hommes en débardeurs et pantalons ou shorts moulants qui se déhanchaient sur la piste, les mains baladeuses, les yeux trainants et la langue pendue. Ça ne le faisait pas rêver, ni même fantasmer. Mais parfois, ç'avait du bon, quand le manque se faisait sentir et qu'aucun homme à son goût ne se présentait à lui.

Son regard tomba sur un groupe d'hommes qui semblait clairement s'éclater, remuant sur la piste. Au milieu d'eux, un grand blond au visage expressif se dandinait les bras en l'air, semblant jouer avec ce qui devait être un ami. Dans le cas contraire, l'autre se serait fait plus proche, plus insistant, plutôt que de rire aux éclats comme un abruti. À moins qu'il soit intéressé, et que le grand blond ne le sache pas… Il finit par baisser les bras, un large sourire sur les lèvres, et continua à bouger, le visage plein de lumière, ses cheveux blonds partant dans tous les sens.

C'était un homme arc-en-ciel. Un de ces gars que les filles mataient allègrement dans la rue avant de déchanter, car il chassait le même gibier qu'elle. Un de ces mecs beau comme un dieu, le corps travaillé et bien foutu, les yeux perçants, le sourire à tomber et des promesses plein la bouche. Un de ces gays passe-partout, qui auraient pu avoir tout ce qu'ils voulaient et qui demeuraient d'éternels célibataires.

Le genre de mec à vous en faire voir de toutes les couleurs.

Une sorte d'inaccessible.

Comme les arcs-en-ciel. On a beau les suivre et avoir l'impression d'être prêt à les toucher, ils demeurent une espèce de rêve, d'impression fugace. Presque un mythe.

Lentement, Harry détourna les yeux et s'accouda au bar. Le serveur, un jeune éphèbe d'une vingtaine d'années, ne tarda pas à venir le servir, le sourire aux lèvres. Le brun le lui rendit avant d'attendre sa boisson, toujours la même. Le jeune homme ne tarda pas à lui apporter son verre, puis il retourna à ses occupations.

« Bonsoir, Harry. »

En arrivant à la boite de nuit, Harry s'était dit qu'il aurait besoin d'un bon verre avant de se lancer sur la piste. Au final, ce serait plutôt pour supporter les boulets qui allaient l'aborder qu'il avait besoin de sa dose d'alcool…

« Bonsoir Zach.

- Ça fait un bout de temps que je ne t'ai pas vu. Qu'est-ce que tu deviens ? »

L'homme installé à côté de lui était pile le genre de type qui aurait pu l'intéresser pour une nuit, mais ils s'étaient déjà fréquentés, et après une séance de jambes en l'air des plus intenses, Harry avait été déçu en découvrant à quel point ce type était une guimauve, collant et mièvre au possible. Il fallait dire, depuis le temps qu'il le matait de loin, Zacharias avait cru toucher le gros lot et avoir enfin accès à son rêve sur pattes. Leur histoire n'avait pas duré plus de vingt-quatre heures, mais l'espoir, semblait-il, existait toujours.

« Oh, toujours pareil. J'ai une vie assez calme, rien de palpitant. Et toi ? Tu bosses toujours dans ta librairie ? T'avais pas envie d'ouvrir ta boite ?

- Si, mais ça coute bonbon. »

Il avait le visage détendu et un sourire satisfait, sans doute parce que Harry s'était rappelé de son projet. Ce qui était un miracle, se dit le brun en buvant une gorgée. Tout en lui expliquant le pourquoi du comment son projet trainait en longueur, Zacharias se rapprocha un peu de lui. Il lui proposa un autre verre, ce que Harry accepta sans hésitation, et continua à l'écouter d'une oreille, sans vraiment imprimer ce qu'il lui disait. Inactif, le verre au bord des lèvres, la musique était en train de l'assourdir, s'emparant de lui petit à petit. Il ne fit même plus attention à Zacharias. Et puis…

« Je vous dérange, Messieurs ? »

Le visage de son voisin se crispa et il perdit son sourire alors qu'il tournait la tête derrière eux. Harry eut un léger sourire.

« Bonsoir à toi aussi, Draco. »

Puis, il se tourna et croisa les yeux bleus ciel, envoutant du grand blond. Un débardeur blanc sur le dos et un jean serré noir autour des hanches, il était juste un appel au viol. Un vrai canon, comme on en faisait plus. Il avait le regard braqué sur lui, un léger sourire sur les lèvres.

« Salut Zach. Bonsoir, beau gosse. »

Et aussitôt, Draco s'imposa entre eux, poussant l'autre sans ménagement, faisant sourire le brun. Sourire qui disparut sous sa bouche chaude et tendre, et durant quelques secondes, tout disparut autour de lui. La boite, le bruit, l'odeur de sueur, la chaleur, ce crétin à côté d'eux et son verre devant lui. Il n'y avait plus que ses lèvres contre les siennes, son corps près du sien et ce sentiment de soulagement de l'avoir près de lui. Au moins, il n'aurait pas à aller le chercher au milieu de la foule.

« Dépêche-toi de finir ton verre, t'es à la bourre.

- J'ai dû passer chez une copine, elle avait sa machine à laver qui déconnait.

- Si je ne te connaissais pas autant, je penserais que tu te fous de ma gueule.

- J'oserais jamais. »

Harry finit son verre puis se tourna vers son petit ami qui lui prit directement la main avant de le traîner derrière lui. Ils entrèrent dans la foule, se faufilant jusqu'au groupe d'amis de Draco. Et la fête commença.

Il n'aurait su dire combien de temps dura la fête ni à quelle heure exactement ils quittèrent la boite de nuit. Avec déjà deux verres dans le nez, Harry se laissa aller dans les bras de son petit ami qui s'amusa à le titiller, l'émoustiller. Au début, le brun joua avec ses nerfs en se montrant plutôt réservé histoire de l'attirer un peu plus loin du groupe et l'avoir tout à lui. Puis, Draco et leur corps à corps eurent raison de lui.

OoO

L'appartement était silencieux. Les yeux clos, blotti dans un cocon de chaleur, il pouvait entendre vaguement un bruit de couteau venant de la cuisine, peut-être même une légère musique. Harry lutta contre lui-même pour ouvrir les yeux et son regard tomba sur le réveil, qui lui indiqua une heure des plus tardives. Le genre d'heure qui vous faisait sauter le petit-déjeuner… Bien qu'il ne soit pas sûr que son estomac soit capable d'avaler quoi que ce soit. Il avait bien bu la veille, plus que de raison, entraîné par les amis de Draco qui s'était bien plus déchiré la gueule que lui, cela dit… et eux n'avaient pas forcément la chance d'avoir un petit ami attentionné qui avait fait attention à ne pas boire de la soirée pour conduire sa voiture.

C'était bien pour ça qu'il acceptait de sortir le soir à chaque fois qu'il le lui demandait : se déplacer en voiture en ville, quelle que soit l'heure, ne le dérangeait pas et il ne buvait jamais quand il devait prendre le volant. Contrairement à Harry qui envisageait rarement une soirée sans un ou plusieurs verres d'alcool, histoire de tenir. Ce n'était pas sa faute s'il avait du mal avec la plupart des amis de Draco et si passer des soirées en boite ou ailleurs avec eux le gonflait terriblement.

Harry se redressa dans son lit où il s'assit avant de se frotter les yeux. Quand il les rouvrit, il regarda à nouveau l'heure et remarqua un verre d'eau à côté d'une boite de comprimé. Avec un léger sourire face à l'attention, il avala son verre et un comprimé antigueule de bois en quelques gorgées, puis il se leva pour enfiler mécaniquement un peignoir par-dessus son pyjama. Il faisait pourtant bon, dans l'appartement, mais Harry était assez frileux. Et puis, il aimait bien porter le peignoir de Draco, dix fois trop grand pour lui et imprégné de son odeur.

Dans la cuisine, en jean et débardeur, Draco était en train de préparer le repas d'un air concentré, la radio diffusant en sourdine une musique douce et relaxante. Le blond leva les yeux en l'entendant arriver puis il lui fit un léger sourire, sans doute en le voyant encore à moitié endormi et encaisser une gueule-de-bois peu sévère mais inattendue.

« T'es déjà habillé, toi ?

- Ça fait une heure que je suis debout, tu sais.

- T'aurais dû me réveiller. »

Disant ces mots, Harry glissa son bras sur ses hanches et leva son visage vers lui pour l'embrasser. Le blond se baissa sans attendre pour planter un baiser appuyé sur sa bouche.

« J'avais pas de raisons de te réveiller. Mais je l'aurais fait si tu ne t'étais pas levé dans les dix minutes. »

Alors que l'ingénieur lui répondait qu'il aurait pu l'aider à préparer le repas, même si tous deux savaient que Draco était le plus doué des deux, Harry se servit et s'installa à table. Draco lui proposa quelque chose à manger, se doutant d'avance que son petit ami déclinerait, vu l'heure : ils allaient sans doute manger dans l'heure à venir, il se contenterait d'un café.

C'était agréable de se réveiller le matin et de ne pas être seul dans son appartement. Ce genre de bruit lui avait manqué quand il avait enfin déménagé de chez son parrain, ayant besoin d'un peu plus d'espace à lui et souhaitant se rapprocher un peu plus de son lieu de travail. À côté de ça, il passait très régulièrement au bar, sans doute trop, mais il n'avait jamais réussi à vraiment couper le cordon. Cet endroit, c'était toute son enfance et son adolescence, et Harry était trop fusionnel avec Sirius pour se contenter de coups de téléphone quelques fois par semaines.

« Bien dormi ?

- Très bien. J'étais étonné d'être habillé, ce matin…

- Arrête chéri, t'étais trop arraché pour…

- J'ai été dans des états pires que ça, et ça ne t'a jamais empêché de me sauter dessus quand t'en avais envie. Et t'étais très motivé hier à la boite, si je me souviens bien.

- Si on l'avait fait hier soir, pas sûr que t'aurais pu marcher correctement aujourd'hui.

- Depuis quand l'état de mes reins t'intéresse ?

- Harry ! J'ai toujours…

- Draco, toi qui te fous de moi à chaque fois que j'ai le malheur d'avoir une démarche de canard, surtout un samedi matin, pourquoi tu t'es retenu hier ? »

Le blond lui tournait le dos. Il lui fallut quelques secondes pour répondre, toujours en fuyant son regard.

« Blaise et Ron viennent déjeuner.

- Pardon ?

- Ils viennent déjeuner.

- Merci Draco, j'ai compris. Tu comptais m'en parler quand ? Quand tu aurais compris que j'étais bien décidé à passer la journée en pyjama et que ce n'était pas possible pour recevoir tes potes ? »

Harry sentit l'agacement poindre le bout de son nez, avec tout ce que cela allait impliquer pour la suite. Lui avait espéré avoir un samedi pépère et une soirée devant la télévision à attendre patiemment qu'il rentre du boulot, l'accueillir comme il le méritait et passer une nuit débauchée dans ses bras… Il pouvait toujours aller se rhabiller.

Pourtant, Dieu savait ce qu'il avait pu l'attendre, ce week-end. Dernièrement, leurs emplois du temps avaient du mal à coïncider, et bien qu'il soit prévu que le blond reprenne le boulot en fin d'après-midi, il aurait tout son dimanche de libre. Et voilà qu'il gâchait leur samedi matin avec ça…

Depuis trois ans, Draco bossait en temps que serveur puis barman pour son parrain. En apprenant son homosexualité, son père l'avait jeté dehors avant de couper les ponts et les vivres. Il s'était donc retrouvé plus ou moins à la rue, enchaînant les petits boulots avant d'être embauché par Sirius qui s'était attaché à ce garçon au caractère parfois difficile mais attachant, et depuis, le jeune homme avait signé un contrat à durée indéterminée.

Cela faisait donc trois ans que ce grand blond était entré dans sa vie, d'abord en temps que nouvel employé râleur et dragueur avant de devenir un barman efficace et professionnel, cessant de chasser ou de se faire chasser à longueur de journée. Ses relations avec Draco étaient plutôt tendues au début, de par leurs caractères surtout son côté pédé qui le révulsait à un point qu'il n'aurait su imaginer. Il puait le gay dans chacun de ses mouvements… Il n'était pas maniéré mais il y avait des gestes qui ne pardonnaient pas, même pour un dominant, il avait parfois cet accent gay qui vous trahissait au premier mot, et ne parlons même pas de ses fringues près du corps et ses cheveux blonds impeccablement coiffés.

Peu à peu, leurs relations s'étaient améliorées, quand Draco comprit que Harry n'était ni hétéro, ni frigide, quoiqu'un peu homophobe sur les bords, et surtout quand il devint un véritablement membre de l'équipe. Il mûrit un peu et apprit à connaître le filleul de son patron, voire à bosser avec lui les jours de grande affluence. Ils s'apprivoisèrent, en quelque sorte. Difficilement. Mais Harry ne le détestait pas vraiment. Et puis…

Il était tout à fait dans les goûts de Draco, qui mit plus d'un an à se décider à le lui faire comprendre. Sans doute parce qu'il avait plus ou moins comprendre que Harry n'aimait pas les gays et que les types comme Draco, qui le portaient sur lui, ce n'était absolument pas son genre. Même s'il était beau et même s'ils s'entendaient bien. Alors après s'être reçu quelques râteaux, plus humiliants les uns que les autres, il avait fini par laisser tomber l'affaire, en se disant que ce garçon qui osait draguer devant lui ou se laisser approcher, cet homme qui se déhanchait sur les tables avec des clients les soirs de grandes fêtes, il n'était définitivement pas pour lui.

De plus, Draco n'était pas le seul employé de son parrain à s'intéresser à lui. À la fin du mois, cela ferait un an que Blaise travaillait pour eux. C'était un ami d'enfance du blond que ce dernier avait réussi à faire rentrer pour une durée un de un an, Blaise étant à la recherche d'un job étudiant pour payer son loyer et ses frais. Il avait espéré jusqu'au bout que son contrat soit renouvelé mais Sirius en avait déjà assez de ce joli cœur au bout de trois mois, et s'il avait pu, il s'en serait déjà débarrassé. Pour Harry, il était dans le même registre que Draco : beau black, assez grand, un visage carré et viril, et enfin une musculature de rêve. À la différence que le blond lui paraissait moins excessif et un peu plus fin. Après quelques tentatives infructueuses, il avait porté son dévolu sur un client régulier du bar, peut-être pour rendre Harry jaloux, et sans doute s'y était-il attaché.

« Blaise va pas bien en ce moment…

- Comment ça, il ne va pas bien ? Quand je suis passé chez Tonton mercredi, il allait l'air très bien !

- Y'a de l'eau dans le gaz en ce moment avec son copain. Je l'ai invité à déjeuner avant d'aller bosser pour essayer de détendre un peu l'atmosphère, tu vois ?

- En quoi ce déjeuner…

- Harry, j'avais simplement envie de leur changer les idées. Blaise ne va pas bien en ce moment vu que Sirius refuse de renouveler son contrat et c'est tendu avec Ron en ce moment, donc voilà, y'a pas à chercher plus loin.

- T'occuper de la vie sentimentale de tes potes, ça ne te ressemble pas vraiment, Dray…

- Blaise est mon ami d'enfance, Harry ! Je sais que tu l'aimes pas, comme la plupart de mes amis, à quelques exceptions près, même essaye de comprendre que je me fais du souci pour lui, qu'il est important pour moi ! Il a été là quand j'ai eu besoin d'aide, c'est normal de… Oh et puis merde, de toute manière t'en as rien à faire, tu n'aimes personne, ça a toujours été comme ça, tu…

- Je t'aime. »

Son visage en colère se brouilla aussitôt qu'il entendit ces mots, dont Harry avait articulé distinctement chaque syllabe, ses yeux verts plantés dans les siens, le visage des plus sérieux. Il y eut un silence, Draco ne sachant apparemment plus quoi dire.

Non, il n'aimait pas ses amis, ou du moins ceux qui se prétendaient l'être, le fréquentant parce que c'était classe de sortir avec un canon déconneur comme lui, ou bien espérant un peu plus de sa part, comme de l'argent, du sexe ou des petits avantages au bar. Oui, Blaise l'insupportait, avec ses airs supérieurs de conquérant, de dominateur qui allait bien s'occuper de son petit cul et lui faire connaître le vrai sexe entre hommes, de manipulateur qui jouait avec ce garçon timide et tentait de se servir de Draco, encore et toujours. Et non, il n'arriverait peut-être jamais à se faire à l'idée qu'un type aussi génial que lui puisse s'embarrasser de boulets dans ce genre.

Et pourtant, il l'aimait. Ce n'était pas qu'il n'en avait rien à faire de sa vie, c'était juste qu'il n'aimait pas cette partie-là de son existence.

Draco finit par tendre le bras vers un torchon pour s'essuyer les mains, puis il s'avança vers lui, se mit dans son dos et ses bras musclés se refermèrent sur lui, alors que sa bouche venait se poser sur sa joue. Harry ferma les yeux, savourant cette solide étreinte, tout en caressant ses cheveux puis sa joue d'une main. Il sentit ses lèvres s'éloigner de sa peau et son souffle contre son oreille, où le blond glissa quelques mots.

« Je t'aime aussi, mon cœur. »

Dans un sens, Draco était tout ce qu'il avait toujours détesté. Un homme trop beau pour être vrai, qui s'entretenait tous les jours dans une salle de sport ou devant son miroir, à muscler son corps, chasser les imperfections de son visage et ordonner ses cheveux sur sa tête. Un gay pur et dur, charmeur, séducteur, qui n'avait peur de rien. Le genre de type qui alterne constamment entre votre prénom et des surnoms tous plus niais les uns que les autres, qui vous cajole et laisse sans cesse ses mains voyager sur vous.

Le genre de garçon qui devient une vraie gonzesse quand il parle de vous, son petit ami, son homme, son chéri.

La caricature même du pédé.

Tout ce que Draco pouvait être, en quelque sorte. Tout ce que Harry fuyait depuis des années, parce qu'il ne parvenait pas à envisager une relation avec un homme comme ça, trop narcissique, maniéré et… pédé.

Et il était tombé amoureux de cet homme, meurtri par le rejet de ses parents, l'abandon de certains de ses amis et une vie sentimentale chaotique. Harry n'aurait su dire à quel moment exactement ce qui l'ennuyait chez Draco était devenu quelque chose qu'il aimait. Cela faisait six mois qu'ils sortaient ensemble, trois qu'il squattait son appartement chaque nuit et deux qu'il lui avait enfin retourné ses sentiments. Une demi-année où il avait goûté aux joies d'une relation longue et posée, avec tout ce que cela impliquait, entre les sorties à deux, les engueulades, les week-ends en amoureux où plus rien n'existait, les soirées couples à rallonge, la jalousie de Draco, leurs corps à corps enflammés et ces putains d'après-midis shopping d'où Harry sortait lessivé…

« Alors arrête de me prendre la tête comme ça. À quelle heure ils arrivent ?

- Dans une demi-heure.

- Je vais tarder à aller me laver, alors. »

Après un dernier baiser dans ses cheveux noirs, Draco se redressa et s'en alla poursuivre sa préparation, tandis que Harry terminait sa tasse de café, se motivant à aller se laver, ce dont il n'avait pas vraiment envie, là, tout de suite.

« Au fait chéri, n'oublie pas que le week-end prochain…

- Et c'est parti…

- Qu'est-ce que tu peux être grognon, le matin…

- Je ne suis pas grognon, excuse-moi de ne pas être motivé à l'idée d'aller fêter l'enterrement de vie garçon de Colin.

- Arrête, ça va être sympa.

- Sympa ? On va boire comme des trous, se faire servir par un mec taillé comme un dieu et le regarder se désaper devant nous ?

- Par moments, je me demande vraiment si tu es gay… Si tu n'étais pas aussi bon au lit, je me poserais des questions.

- Arrête de te foutre de moi, tu veux ? Je ne vois pas l'intérêt d'aller fantasmer sur un type que tu n'auras jamais et le tripoter alors que ton mec, à toi, il est à la maison et tu vas te pacser avec dans les prochains jours. »

Ce n'était pas la première fois que Harry avait affaire à ce genre de truc. Deux mois auparavant, un autre ami de Draco avait décidé de se pacser avec son copain et cela avait donné lieu à une soirée dans un bar gay où ils avaient eu droit aux services d'un strip-teaseur. Il fallait vraiment avoir des goûts de chiotte pour ne pas apprécier un minimum la vue, mais Harry n'avait jamais fantasmé sur ce genre d'hommes. Ses copains étaient en général plutôt bien faits, mais jamais aussi musclés que Draco. Bien que ce soit très agréable au toucher, le brun lui avait fait comprendre qu'il avait raison de tailler ses muscles mais que la gonflette ne l'intéressait absolument pas. Le blond avait donc abandonné cette idée absurde. Qu'il n'avait nourri que pour lui faire plaisir…

En somme, Harry gardait un assez mauvais souvenir de cette soirée, où il avait quand même donné le change, comme toujours. Les amis de Draco avaient essayé de jouer avec lui et de le provoquer : le blond était un sacré fêtard quand il avait un coup dans le nez et il perdait une bonne partie de sa pudeur. Harry put donc le voir danser sur la table basse avec le strip-teaseur qui semblait clairement intéressé par le jeune homme, et bien que les autres sifflent et tentent d'attiser son hypothétique colère, le brun préféra ne rien dire.

De toute manière, contrairement à Draco, il n'était pas d'un naturel jaloux. De plus, il avait compris depuis un bout de temps que son petit ami se fichait bien qu'il soit là ou non, il s'amusait de la même manière, et cette espèce d'honnêteté les avait rendus plus forts. Et puis, ce n'était pas bien méchant. Harry s'en fichait complètement. Mais les gamineries de ses amis avaient tendance à rendre les choses moins simples.

C'était compliqué de leur faire comprendre qu'il se fichait bien que Draco, allumé par l'alcool, se mette à se dandiner collé-serré avec un strip-teaseur quelques minutes pour mettre de l'ambiance, rapidement suivi par d'autres qui voulaient tâter ses muscles et profiter de ce beau morceau. Harry était complètement différent de ce genre d'homme physiquement, ce n'était un secret pour personne et encore moins pour Draco. Le brun était pile son genre d'hommes, plutôt petit, les cheveux noirs, le visage doux et des lunettes sur le nez. Le barman en était tombé amoureux et il savait très bien ce qui l'attendait tous les soirs : un homme loin d'être parfait, avec ses défauts et ses qualités. Un être humain, tout simplement.

Au final, Harry ne voyait pas pourquoi il aurait dû se renfrogner ou piquer une crise à cause du comportement de son petit ami, qui quelques minutes plus tard, s'était réinstallé à côté de lui, bien décidé à lui faire comprendre qu'il adorait sa bouche et son corps. Et la nuit qu'ils avaient passée ensemble fut mémorable…

« Ne cherche pas à comprendre.

- J'ai laissé tomber l'idée depuis longtemps.

- T'as pas intérêt à faire ta mauvaise tête.

- Je l'ai déjà fait à l'une de tes soirées ?

- Non, c'est vrai. »

Le blond lui fit un petit sourire. Il savait que Harry ne voulait pas le mettre dans l'embarras et qu'il avait toujours été assez patient pour l'accompagner à chacune de ses sorties, que ce soit à deux ou à plusieurs, même quand ça ne lui plaisait pas. À moins d'avoir une raison valable, Harry ne lui disait jamais non.

La tasse au bord des lèvres, Harry vit son amant le regarder, comme s'il faisait un blocage sur lui. Il avait toujours un couteau dans la main pour couper ses tomates et ses yeux bleu clair ne le quittaient pas. Le brun le laissa le détailler et retint un sourire victorieux quand le blond s'essuya une nouvelle fois les mains avant de s'avancer vers lui, le forcer à reculer sa chaise et l'enjamber. Enfin, il prit son visage dans ses mains et l'embrassa tendrement. Baiser tendre qui ne tarda pas à devenir des plus langoureux, plus suave.

« Du calme, Dray, je te rappelle qu'on a des invités qui arrivent.

- Je sais. »

Sa bouche embrassait son cou et ses mains descendaient le long de son corps. Il semblait bien parti pour le coincer contre la table de la cuisine et lui faire subir les derniers outrages, mais Harry n'avait pas dit son dernier mot : hors de question de faire ça à la va-vite parce que Môssieur Blaise venait déjeuner.

« Si tu veux quelque chose, joli blond, tu as tout intérêt à annuler ce repas.

- Je peux pas, ils arrivent dans…

- Tu sais aussi bien que moi que Blaise est systématiquement en retard. Alors, annule.

- Non. »

Il allait devoir jouer le tout pour le tout… Gentiment, Harry le repoussa puis le regarda d'un air provocateur.

« Alors tu auras la gentillesse de bouger tes jolies fesses, que je puisse aller me changer.

- Harry…

- Et tu iras calmer ce que je sens contre mon ventre. Il est hors de question qu'on fasse ça comme des sauvages juste parce que ton pote vient bouffer. Tu sais ce qu'il te reste à faire… »

D'un geste rapide, Harry sortit son portable de sa poche et le lui montra. Quelques secondes, Draco considéra son téléphone, puis, tout d'un coup, il attrapa la tasse que Harry tenait toujours pour la poser par terre. Il se leva enfin, faisant froncer les sourcils du brun, qu'il força à son tour à se lever. Il comprit un peu mieux quand Harry le poussa contre la table et l'y assit avant de commencer à lui retirer son peignoir et son haut de pyjama.

Il avait vaincu.

Le sourire aux lèvres, alors que son amant était en train de dévorer le creux de son cou, ses mains entreprenantes caressant son corps, Harry écrivit rapidement un SMS au gêneur pour annuler le déjeuner. Puis, il glissa le téléphone dans la poche du jean de son petit ami avant de lui retirer son débardeur. Les mains sur ses fesses, Draco l'attira contre lui, collant leurs bassins et leurs torses. Il planta son regard bleu dans le sien, et comme souvent, Harry se sentit bien petit face à lui. Leurs corps étaient si différents, niveau musculature, taille… Draco avait un beau corps, c'était agréable de laisser ses mains s'évader sur son torse, de voir ses yeux s'assombrir de désir et d'excitation. D'envie, pour lui. D'envie de le plaquer contre cette table, de lui faire l'amour comme un damné, de le combler comme jamais personne ne l'avait jamais fait.

Harry se sentait presque beau quand il le regardait.

Et Draco avait la sensation de ne pas être qu'un beau morceau quand il posait ses yeux sur lui.

Le blond posa sa bouche sur la sienne, s'en emparant peu à peu, alors que ses bras se refermaient sur lui. Harry se laissa allonger sur la table, sa bouche toujours contre la sienne, possessive, chaude, quémandeuse de plus. Beaucoup plus.

C'était le genre de baiser qui lui donnait l'impression de revivre, d'exister… d'être aimé.

C'était le genre de baiser qui avait ce goût…

Ce goût d'arc-en-ciel.

FIN