Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !

Couple : Harry/Draco.

Rating : K+.

Cet OS a été écrit à l'occasion des 10 ans du site d'Absolute Harry Draco que je publie ici. Une review sera sélectionnée parmi celles laissées pour cet OS et le prochain.


Cher Harry

Cher Harry,

Nous sommes aujourd'hui le 31 juillet 2018. Ou du moins au moment où je t'écris, et j'ignore à quel moment te parviendras cette lettre, si elle arrive à toi un jour. Aujourd'hui, donc, c'est le jour de ton anniversaire, et tu as trente-huit ans.

Trente-huit ans… Tu as certainement dû changer, pendant toutes ces années. Ton corps a dû mûrir, peut-être grandir… Sans doute as-tu perdu les dernières rondeurs adolescentes de ton visage et peut-être que tu as un peu épaissi, toi qui a toujours été si maigre, flottant dans tes robes de sorcier pourtant à ta taille. Ou peut-être les prenais-tu un peu plus grandes, parce que tu as toujours été habitué à porter des vêtements trop grands pour toi. Je demande si tu as réussi à discipliner tes cheveux, ou s'ils sont toujours aussi désordonnés, partant dans tous les sens, comme un nid de corbeaux.

Je me sens un peu stupide. Te parler de tes robes de sorciers et de tes cheveux, alors que je devrais te souhaiter un bon anniversaire, une bonne santé et beaucoup de bonheur. Mais j'ai du mal à le faire, à l'écrire, et même à le penser, car cela fait trop longtemps que je ne t'ai pas vu, et je ne sais même pas si cette lettre te parviendra. Et si jamais c'était le cas, si tu la liras… Car j'ignore où tu es, et tu n'as jamais répondu à mes missives.

Tu me manques. Pas tous les jours, car parfois j'arrive à oublier que tu n'es plus là, parfois plusieurs semaines d'affiler, puis je tombe sur une photo, un article, ou j'entends ton nom prononcé dans la rue ou au bureau. Et là, les souvenirs me submergent, je sens mon univers vaciller, et parfois même, les larmes me montent aux yeux. Car je revois ton sourire, trop peu dirigé vers moi pendant toutes ces années que nous avons passées ensemble, dans cette même école, je te revois petit garçon perdu avec tes vêtements moldus et débraillés, tes lunettes rondes abimées sur le nez, puis adolescent, continuellement blessé, et enfin jeune adulte, affrontant ce destin que tu n'as pas choisi et qui demeurait sans doute encore un mystère pour toi.

Tu étais un mystère à toi tout seul… J'avais beau te connaître, du moins en façade… Non, en fait, je ne te connaissais qu'en façade. Je ne voyais qu'une partie de toi que tu voulais bien me montrer, celle que tu montrais à tous : un garçon un peu timide, qui s'enflamme quand le pousse dans ses derniers retranchements, mais qui n'a pas le fond mauvais et qui ne se destine pas à faire du mal. Je te croyais fort, je pensais que tu nous sauverais tous, car tel était ton destin, tu en avais les moyens et la volonté… alors qu'en réalité, tu demeurais un collégien comme les autres, avec ses peurs, ses angoisses, son envie de tout foutre en l'air… Après coup, je me dis que j'aurais voulu te protéger de tout ça. T'écarter du monde, du regard des autres, pour qu'ils t'oublient, et que tu dois libre… Mais je n'en avais pas la force, à l'époque. Ni moi, ni personne, à vrai dire… mais moi moins que tous les autres…

Je suis pitoyable, n'est-ce pas ? Tu dois le penser, si tu lis cette lettre. Tu dois rire de ma bêtise, de ces souvenirs que je couche sur le papier, un peu comme si j'essayais de t'atteindre. Cela ne me fait ni du bien, ni du mal. J'ai toujours la sensation que tu es trop loin de moi, de nous, et à chaque fois que je termine une de ces nombreuses lettres que je t'envoie, je me sens vide. Vide de toi, vide de ces moments qu'on aurait pu passer ensemble… si les choses avaient été différentes…

Si je t'avais protégé. Si j'avais su te tenir loin de tous, loin de toute cette misère, cette souffrance et ce crime atroce que tu as été obligé de commettre pour nous sauver…

J'aurais voulu te protéger… plutôt que ce soit toi qui me protège, moi, dont la fierté n'a guère de limites. Je ne voulais pas qu'on me protège, je pensais que je parviendrais à me battre, à me défendre… On fait tous des erreurs, n'est-ce pas ? Je n'ai pas su ouvrir les yeux, voir mes faiblesses et regarder notre avenir en face. J'avais des images, des rêves plein la tête. Je pensais à un avenir meilleur, où je serais libre. Libre de faire ce que je veux, avec qui je veux… avec toi… sans doute t'aurais-je enfin avoué mes sentiments ? Depuis le temps qu'on se tournait autour…

Te dire à quel point je t'aimais, que tout ceci n'était pas un mensonge, un béguin, un amour superficiel dû seulement à l'image que tu donnais de toi. J'aurais voulu te dire à quel point tu étais important pour moi… J'aurais voulu faire ma vie avec toi, te rendre heureux… Notre histoire avait à peine commencé, qu'elle était déjà terminée… Et j'en ai pleuré, de tout ça. De tout ce temps perdu, où j'ai essayé d'attirer ton regard vers moi, et à te repousser, pour essayer à nouveau de t'attirer… Un peu comme le jeu du chat et de la souris.

Je te voulais.

Je t'aimais.

Pas comme il faut… pas assez…

Tu me manques.

J'ai refait ma vie, pourtant… J'ai essayé de t'oublier, avec un mariage plus ou moins arrangé, sans beaucoup d'amour. J'ai même eu un enfant, un petit garçon qui a mes cheveux et mes yeux. Tu aimais mes yeux. Mes yeux bleus… Ils te faisaient rêver. Mais ils ne sont certainement pas aussi beaux que les tiens, d'un vert émeraude, brillant de mille feux derrière les verres trop épais de tes lunettes.

Tu étais beau, Harry. A ta manière. Tu n'avais rien d'un athlète, ni même d'un sex symbol. Tu n'étais pas grand, tu ne savais pas t'habiller et tes cheveux te donnaient du fil à retordre. Mais tu étais beau. Quoi que tu penses. Quoi que tu penses encore aujourd'hui, si jamais tes yeux se sont posés sur cette lettre. Tu es le plus bel homme que j'ai connu dans ma courte vie. Le seul que j'ai véritablement aimé, et que j'aimerai toute ma vie.

Et dire que tu as trente-huit ans aujourd'hui… Trente-huit… Cela fait vingt ans que je ne t'ai pas vu. Et dix que tu as disparu…

J'ai toujours cru en toi, en ta force, qu'elle soit physique ou morale. J'ai toujours cru que, une fois Voldemort vaincu, la vie reprendrait son cours normal. Mais ta vie, à toi, était-elle normale ? Ta vie d'orphelin guidée par ce destin impitoyable, l'était-elle ?

Non.

Tu n'étais pas normal. Tu ne l'as jamais été, et tu ne le serais jamais.

A vrai dire, tu faisais peur.

Tu les terrorisais.

Alors, ils ont fait la chose la plus terrible qu'on puisse faire à un héros, à un être humain…

Ils t'ont enfermé.

Pas à Azkaban, mais dans une sorte d'appartement, aménagé à Sainte Mangouste, étroitement surveillé d'où tu ne pouvais pas t'enfuir. Et personne, mis à par les médicomages, ne pouvaient entrer dans cette cellule où tu avais tout le confort et de quoi t'occuper, pour toutes les années qu'il te restait à vivre.

Tu as été interné, comme un malade mental, soigné par des gens soigneusement sélectionné et dont on effaçait la mémoire avant qu'ils ne te voient, pour qu'ils ne te reconnaissent pas, et qui récupéraient leurs souvenirs une fois sortis.

Ils t'ont fait croire fous. Ils t'ont fait avaler des drogues, pour que tu oublies. Oublies cette vie que tu as menée, oublie les personnes qui t'étaient chères… Pour que tu ne sois plus une menace, et que ce vide autour de toi te fasse moins mal… Que tu ne sois plus qu'une coquille vide, un corps sans âme…

Nous n'avons rien pu faire. Ni moi, ni personne d'autres. Tu nous avais sauvés, et personne n'est parvenu à changer les directives de l'état vis-à-vis de toi. Je te l'ai répété dans mes lettres, sans arrêt… tu dois en avoir marre, d'ailleurs, que je répète sans arrêt la même chose. Mais crois-moi, je t'en prie, crois-moi… J'ai tout fait pour te sortir de là, tout, absolument tout… On s'est battu, chacun de notre côté, puis tous ensemble… Tu ne méritais pas cela. En dépit de la rancœur que j'avais envers toi, pour le mal que tu m'avais fait, en me quittant, j'ai lutté pendant des mois et des mois… sans résultat.

Tu as été enfermé pendant dix ans. Dix ans où des nouvelles de toi nous parvenaient par des rapports des médicomages. Tu n'avais pas le droit de nous écrire, vu que tu n'étais pas censé savoir que tu nous existions réellement, tout étant dans ta tête. Ils étaient envoyés chez Ronald et Hermione, qui les faisaient publier dans Le Chicaneur, qui est devenu, comme tu le sais peut-être, un journal assez sérieux depuis que Luna Lovegood le tient. Chaque mois, nous avions le déplaisir de lire un rapport sur toi, et les ventes explosaient… les manifestations, aussi… les larmes, la colère, l'horreur…

Les remords…

Mais tout ça, tu le sais. Je t'en ai parlé, sur des pages et des pages… Pendant des années.

Pendant dix ans…

Ca fait dix ans que je t'envoie des lettres. Te parviennent-elles ? Je n'en sais rien, et peut-être que je le saurai jamais. Tu ne m'as jamais répondu, jamais donné un signe. Es-tu même vivant ? Je me refuse à penser que tu es mort. Tu es trop jeune pour cela… mais dans quel état es-tu ? Es-tu capable de lire ces lettres ? De me répondre ? Ou les drogues t'ont-elles abruti au point que tu n'en es plus capable ?

Comment es-tu, Harry ? As-tu toujours tes cheveux noirs de jais indomptables, ton corps trop mince et tes yeux couleur menthe à l'eau ? Arrive-tu encore à réfléchir, à penser, à sourire ? Es-tu capable de te gérer seul, sans assistance ? Es-tu toujours aussi libre et débrouillard qu'autrefois ?

Tu ne me réponds pas. Tu es libre, vivant sans doute, mais tu ne me réponds pas. Car tu ne peux pas me répondre, car tu ne veux plus avoir le moindre contact avec moi ? Parce que tu me méprise, parce que tu crois que je t'ai trahi ? J'ai été là, Harry… J'ai toujours été là, à penser à toi. Et je t'aime encore. Te rappelles-tu des premières lettres que je t'ai envoyées ? Te rappelles-tu de ces déclarations d'amour que je t'ai faites, de mes souffrances, quand je t'ai dit que j'allais me marier, parce que c'était la seule manière de continuer à vivre et essayer de tourner la page, mon bonheur et mes regrets quand j'ai eu mon enfant ? Te rappelles-tu de ces lettres, les as-tu lues ?

Te les a-t-il fait lire ? Lui, celui qui t'a emmené, qui a réussi ce que nous n'avons jamais réussi à faire : te sortir de cet enfer. Celui qui t'a fait disparaître, après dix ans d'enfermement… et qui t'a caché, et qui te cache encore, depuis dix autres années.

Dix ans qu'on t'attend. Qu'on ignore où tu te trouves. Qu'on te cherche, sans relâche. Dix ans que je t'envoie des lettres, espérant une réponse, même un mot griffonné en bas du parchemin. Les hiboux parviennent parfois à te trouver et te laisser une missive, mais parfois, ils reviennent bredouille, le parchemin accroché à la patte. Aucune réponse. Ni à moi, ni à tes meilleurs amis… ni à personne. Même pas moi… Je t'ai supplié, pourtant… mais rien. Rien…

J'en maudirais presque cet homme qui t'a sorti de là. Oui, tu es dehors, tu es libre, mais dans quel état ? Avant, tu nous étais presque accessible… Nous savions comment tu allais… ou ces rapports étaient-ils faux ? Cette santé qu'ils décrivaient si bien était-elle factice, ou du moins plus que nous le pensions ? Que t'ont-ils fait, Harry ? Ca me tue de ne pas le savoir, ton silence et ton absence sont aussi cruelles que douloureuses. J'ai parfois la sensation de mourir, en pensant à toi, que je ne peux toucher ni atteindre de quelque moyen que ce soit.

Et quand je pense à la manière dont il t'a sorti de là… Le seul moyen auquel nous n'avions pas pensé. Pourtant, nous savions que les médicomages subissaient un faible sortilège d'amnésie, le temps de leur consultation, puis qu'ils récupéraient leur mémoire. Nous savions qu'ils étaient fouillés, testés avant et après leur visite, et qu'ils étaient changés tous les ans. Mais lui, il y a pensé, à ce moyen-là. Le plus illégal d'entre tous… mais le plus efficace.

Draco Malfoy. Et dire que ton pire ennemi fut le médicomage qui veilla sur ta santé pendant un an… Il fallait dire qu'il était l'un des meilleurs, jeune et ton rival de toujours. La meilleure opportunité pour ces salopards. Il a aussi subi les sortilèges. Encore et encore. Même rituel… Mais il a fini par y échapper. Comment a-t-il fait ? Avalait-il des potions douteuses, se jetait-il des sorts, pour contrer celui d'amnésie ? Jouait-il la comédie devant les ensorceleurs qui le fouillaient méthodiquement ? Pourquoi a-t-il décidé d'arrêter le traitement que tu suivais depuis quelques années déjà, enfermant les fioles dans une armoire que tu ne pouvais pas ouvrir ?

Pourquoi a-t-il décidé de te rendre la mémoire, à toi qu'il détestait, qui avait ruiné et détruit sa famille ? Que lui as-tu dit, comment étais-tu pour qu'il te vienne en aide ? Pour qu'il aille jusqu'à utiliser l'imperium, lors de son dernier jours en temps que médicomage de Harry Potter, sur un homme, le forçant à boire du polynectar et à entrer dans ta chambre ? Comment a-t-il réussi à faire entrer dans ta chambre la dose qui te permettrait de prendre sa forme à ton tour et de sortir ? Une capsule dans sa dent, des fioles dissimulées je ne sais comment ? Et comment as-tu fait pour quitter l'hôpital sans te trahir, les yeux débordant de fièvre et les mains tremblantes ?

Tant de questions sans réponses, auxquelles tu n'as jamais voulu répondre. Tout ce que nous savons, c'est que Malfoy a réussi à déjouer les pièges de l'oubliette, sinon il t'aurait traité comme un patient comme les autres, et l'homme qui t'a permis de sortir se souvient juste de son visage, avant le sortilège. Tout le reste n'est que spéculation… Tu sais que ta meilleure amie a fait une dépression, après cela ? Oui, je n'ai cessé de te le répéter. A vrai dire, cette lettre en elle-même n'est qu'une répétition… Je te dis toujours la même chose, espérant que tu me répondes un jour. Mais là, tout de suite, je pense à elle, à Hermione, qui a tant pleuré quand tu as disparu, se traitant de tous les noms pour ne pas y avoir pensé. Elle aussi, elle aurait été capable de le faire, de jeter un imperium. Mais c'est Malfoy qui l'a fait…

Et tu as disparu. Avec lui, et son jeune fils. Sans laisser de traces.

Sa demeure a été fouillée. Pas de journal intime, ni quoi que ce soit pouvant expliquer son geste, ni où vous pourriez être. Son fils, qui était scolarisé dans une école non loin du chemin de Traverse, n'y est plus jamais retourné. Les elfes de maison ont avoué que tu étais resté une nuit au Manoir Malfoy, et que vous étiez partis tous les trois le lendemain. L'homme n'a été découvert que quelques jours plus tard, lors de la première visite du nouveau médicomage. Vous aviez déjà fui le pays…

Pourquoi je réécris tout cela, alors que tu le sais ? Peut-être pour me le remettre en mémoire, pour ne pas oublier… et espérer que tu y seras sensible, que tu penseras à moi, qui attends depuis des années des nouvelles de toi, et à Ronald et Hermione… Ou si ce n'est pas toi qui lis cette lettre, peut-être que ces mots atteindront ton ravisseur, et que peut-être, après tout ce temps, il m'écrira une réponse qui soulagera mon âme.

Je t'ai écris pendant dix ans. Une lettre toutes les une, deux, voire trois semaines. Parfois tous les mois. Mais je t'ai toujours écrit. Et tu sais pourquoi ? Non, ça, je ne te l'ai jamais dit, en dix ans. Jamais. Je l'ai gardé pour moi, car c'était un secret. Un secret de Hermione, qu'elle m'a fait jurer de ne jamais révéler.

Elle a réussi à faire parler un elfe. Il ne savait rien de vous, de vos projets, des liens qui existaient entre vous deux. Mais ce qu'il savait…

C'était que tu étais lucide.

Peux-tu comprendre ce que cela signifie, pour nous ?

Tu étais lucide. Tu leur parlais normalement, comme n'importe qui l'aurait fait à ta place. Tu avais du respect dans les yeux et ta voix était douce, comme celle d'un enfant. Comme celle de quelqu'un qui redécouvre le monde… avec un éclat de lucidité dans les yeux.

Tu n'étais pas fou. Tu savais ce que tu faisais. Peut-être que cet elfe nous a menti, pour qu'on le laisse tranquille… Je prie chaque jour pour que ce ne soit pas le cas, pour que tu ais encore toute ta tête, et que tu sois capable de lire cette lettre, de la comprendre, et de me répondre. Je t'en supplie, Harry… Mon cœur et mon âme ne trouveront le repos que par une réponse, aussi brève soit-elle. Mais quand mes yeux reconnaîtront ton écriture, le monde retrouvera sa lumière d'antan.

Mais peut-être vis-tu une nouvelle vie. Tu as trente-huit ans aujourd'hui et sans doute es-tu caché dans un autre pays, savourant enfin une vie libre pleinement méritée. Es-tu encore avec Draco ? L'aimais-tu ? Seul, enfermé dans un univers où tu étais le seul être vivant, es-tu tombé amoureux de cet homme, réputé pour ses tendances sexuelles ? T'a-t-il charmé ? Non, tu devais l'apprécier, ou l'aimer, sincèrement, et ce devait être réciproque, pour qu'il sacrifie sa vie tranquille et sa carrière pour te faire sortir puis quitter le pays. Il est condamné à Azkaban, tu sais ? Il a été jugé et condamné, et n'a jamais été retrouvé. Tant que vous ne revenez pas ici, vous ne risquez rien. Et même si on vous retrouvait, on ne pourrait rien vous faire.

Mais Merlin sait comme je me fiche de savoir où vous êtes ou si vous êtes ensemble. La seule chose qui compte pour moi, c'est de savoir que tu vas bien. On me dit souvent de laisser tomber, d'arrêter, mais je n'y arrive pas. Surtout que Hermione m'a dit qu'à l'école des sorciers de Pékin, un certain Orion Black a été admis il y a de cela quelques année et qu'il brille autant par ses résultats que par la blondeur de ses cheveux. Serait-ce le jeune Scorpius Malfoy, qui utilise son deuxième nom et qui a été inscrit sous le nom de jeune fille de sa grand-mère ? Malfoy porte-il ce nom aujourd'hui ? Ce garçon a aujourd'hui douze, soit le même âge que son fils. Est-ce un signe ? Vivez-vous en Chine ? Ou au Japon ? Est-il dans cette école car il est très difficile d'avoir des renseignements sur ses étudiants ?

L'aimais-tu, Harry ? L'aimais-tu, lui faisais-tu confiance ? Es-tu heureux avec lui ? Et cet enfant, qui n'a plus de mère depuis longtemps, le considères-tu comme le tien ?

Merlin que j'aurais voulu être à sa place, Harry… que j'aurais voulu être près de toi, te donner des enfants, t'aimer… être à toi, tout à toi… Je n'arrive même pas à le haïr, car je sais que, quelque part, il te rend heureux. Et il t'aime. Il n'aurait pas tout sacrifié pour toi, sinon…

Je crois que je vais m'arrêter là. Je suis en train de pleurer, comme tu le verras peut-être sur le parchemin… Je ne réécrirai pas cette lettre, tout comme je ne la relirai pas, car sinon je la déchirerais et je la jetterais aussitôt. Je me sens pitoyable, je me dégoute, et les remords qui me rongent depuis des années ne font qu'empirer… Tous les espoirs que je mets dans ces missives ne servent plus à rien. Je sais que tu ne me répondras pas, tu ne l'as jamais fait. Ni à moi, ni à personne d'autre. Dans un sens, tu n'es pas vraiment en tord : pendant dix ans, tu as été enfermé dans une chambre où on t'a fait passer pour fou. Te taire pendant tout autant d'années n'est que justice. A moins que Draco t'ait fait croire que nous n'avions rien fait pour toi ? Non, j'en doute. Tu as dû te poser la question, et chercher à savoir. J'en suis persuadée.

Je te souhaite encore un joyeux anniversaire, pour tes trente-huit ans. Mais aussi pour ces dix ans de liberté…

Je t'embrasse,

Ginny

FIN