Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !
Couple : Harry/Draco.
Rating : T.
Cet OS écrit pour Fuyumi-Misora, sélectionnée parmi les reviews que j'ai reçues, sur le challenge "School". J'espère que tu prendras du plaisir à le lire.
Cet OS est très long et comme dirait certaines, assez personnel. Je salue au passage Gogo qui a participé avec moi à cette si belle aventure :).
Voyage voyage...
Quand sa mère entra dans sa chambre, passant la tête dans l'entrebâillement de la porte, Harry était déjà réveillé depuis une heure. Il avait fait tous les efforts du monde pour essayer de se rendormir, tentant vainement de se détendre dans son lit. Heureusement, il s'était couché très tôt la veille afin de pallier l'inévitable manque de sommeil, mais il avait tout de même la sensation de ne pas avoir assez dormi. Et vu ce qui l'attendait, il aurait préféré qu'il en soit autrement…
« Harry ? Mon chéri ? C'est l'heure de te lever.
- J'arrive. »
Elle poussa la porte et repartit dans le couloir tandis que Harry repoussait la couette sur le côté. Il s'étira, puis se leva pour aller se laver et s'habiller dans la salle de bain. Il n'y avait aucun bruit. Sans doute que son père devait encore dormir et sa mère était la seule réveillée. À moins qu'il ne fasse l'effort de l'accompagner à l'école… Mais Harry en doutait beaucoup, vu les sales horaires qu'il subissait ces derniers temps.
Une fois habillé, le jeune homme alla dans la cuisine où effectivement il n'y avait que sa mère, assise devant une tasse de thé bien chaud, une tartine et une autre tasse posée devant la chaise de son fils. Harry l'embrassa sur la joue avant de s'installer en face d'elle.
« T'étais pas obligée, tu sais…
- Tu as besoin de manger, mon cœur. Le réveil a réveillé ton père, mais je lui ai dit de rester coucher…
- T'en fais pas, c'est pas grave. Il est rentré tard hier…
- Oh oui. C'est pour ça. Et puis ça doit faire un peu ringard d'être accompagné par ses parents, pas vrai ? »
Sa mère fit une moue un peu embarrassée, mais Harry lui fit un sourire. Il avait l'habitude et se fichait bien de ce que les autres pensaient, même s'il savait pertinemment qu'il serait le seul à se présenter avec sa mère. Avec son père, à la rigueur, pourquoi pas, mais sa mère… émotive qu'elle était… Enfin, comme il disait, s'il commençait à avoir honte de ses parents, il n'était pas sorti de l'auberge.
« Je m'en fous des autres. Et puis tu aurais vécu une sale semaine si je ne t'avais pas autorisé à venir.
- Disons que ç'aurait été pire que ce que je vais vivre…
- Qu'est-ce que ça va être quand je quitterai la maison…
- N'en parle pas ! »
Harry eut un rire, puis il essaya de vite terminer son petit-déjeuner avant de monter à l'étage pour terminer de se préparer, en silence. Quand il redescendit, son sac en bandoulière sur l'épaule, sa mère était en train de mettre ses chaussures, prête à partir. Elle connaissait suffisamment son fils pour savoir qu'il ne mettait pas des heures à se préparer le matin, elle n'avait donc pas besoin de le réveiller trop en avance, contrairement à son mari.
Harry traina sa valise jusqu'à la voiture et la mit dans le coffre avec son sac, puis il rejoignit sa mère à l'avant du véhicule, sur le siège passager. Il était tendu. En général, il n'était pas angoissé quand il s'agissait de partir quelque part, avec ou sans ses parents, dans le pays ou hors des frontières. Mais, c'était un peu différent.
Car ce voyage risquait d'être pourri, à un point inimaginable.
Dans leur lycée, un voyage était traditionnellement organisé pour leur Terminale, histoire de terminer leur cursus en beauté pour ceux qui parviendraient à obtenir leur diplôme de fin d'études, et la destination changeait d'une année sur l'autre. Cette année-là, leur classe partait pour Rome et y passerait la semaine. En soi, prendre l'avion et aller prendre un bon bol d'air méditerranéen, en plein mois de mars, c'était quand même agréable, et autant le dire, Harry était véritablement enchanté à l'idée d'aller visiter des musées, comme ceux du Vatican.
Le voyage en avion, la destination et le programme des visites, ce n'était absolument pas ce qui dérangeait Harry. Les problèmes étaient ailleurs. Et il concernait principalement le logement…
Il avait été prévu qu'ils logent tous par petits groupes dans des familles d'accueil, par petits groupes de quatre, trois ou deux élèves. Comme lors de leur précédent voyage scolaire ensemble, au collège, Harry aurait voulu partager la même chambre que son meilleur ami, Ron. Cependant… à ce jour, il ne savait pas vraiment si Ron était encore réellement son ami.
Une brouille les avait progressivement séparés, pour au final détruire leur amitié, du moins aux yeux de Harry qui ne savait pas vraiment s'il pourrait considérer le rouquin comme étant quelqu'un de proche. En effet, avant l'été, Harry s'était séparé de la petite sœur de son meilleur ami, et après deux mois de tension, pendant lesquels Ron avait cherché à comprendre pourquoi ça n'avait pas marché, Harry avait fini par lâcher le morceau. Un gros morceau, que Ron n'avait absolument pas digéré.
Un long moment, Harry crut vraiment que les choses s'arrangeraient, même si Ron prenait ses distances et avait tendance à lui faire fréquemment la gueule pour un rien. Il y avait encore quelques moments de complicité, et au fond de lui, le brun ne pensait pas que cette histoire pourrait mettre fin à presque sept ans d'amitié. Le jour où leur professeur principal prit une heure pour leur expliquer les modalités du voyage et créer les groupes, Harry comprit qu'il n'y aurait plus rien à sauver dans leur amitié : Ron se mit avec trois autres camarades de classe, formant ainsi un groupe de quatre personnes, et visiblement, il était peu disposé à sortir du groupe.
Plus qu'une trahison, ce fut pour Harry un véritable coup au cœur. D'autant plus que Ron lui avait plus ou moins fait comprendre qu'il acceptait de partager sa chambre avec lui… Ce coup bas lui fit plus de mal qu'il ne l'aurait cru, lui coupant littéralement le souffle. Le corps tendu, le cœur battant à tout rompre, Harry avait détourné les yeux et s'était retrouvé obligé de choisir un autre groupe.
Un groupe qui ne lui avait pas franchement plu…
Le trajet jusqu'au lycée dura une éternité. Sa mère lui parla un peu, histoire de se détendre, et sans doute pour l'apaiser un peu. Harry avait essayé de lui cacher ses… mésententes avec Ron, mais à un moment donné, il lui devint compliqué de ne pas lui avouer que son meilleur ami ne lui parlait plus et ne voulait manifestement pas faire passer ce séjour à Rome avec lui. D'autant plus que depuis la répartition des chambres, Harry avait cessé d'adresser la parole au rouquin. Il n'en voulait pas particulièrement aux autres garçons, qui se retrouvaient entre eux sans trop le vouloir, et puis, il avait des amies filles aussi.
Mais le fait est qu'il était angoissé, et quand il vit au loin l'aéroport d'Orly, le jeune homme se tendit dans son siège. Sa mère se gara là où elle put, les mains nerveuses. Elle allait devoir le laisser là, seul, à l'aéroport, et partir en guettant son heure de départ puis son heure d'arrivée, le nez sur son téléphone, attendant son SMS. Après avoir récupéré ses affaires dans le coffre, ils marchèrent tranquillement jusqu'à l'aéroport, et quelques minutes plus tard, Harry vit certains de ses camarades de classe. Dans le tas, il y avait Hermione, ce qui le soulagea un peu. C'était sa seconde meilleure amie et il espérait que les choses se passeraient bien avec elle, qu'elle ne le laisserait pas de côté pour traîner davantage avec ses copines. Ce qui risquerait très fortement d'arriver, en réalité…
Pour Harry, se voyage serait une vrai calamité, entre Ron qui ne lui adressait plus la parole, Seamus, Dean et Neville qui se retrouvaient entre eux, Hermione qui le laisserait forcément de côté… Et puis, ses camarades de chambre.
Quand il s'était retrouvé sans groupe, Harry avait cherché des yeux un autre qui pourrait potentiellement l'accueillir, et son regard était tombé sur le trio des garçons les plus populaires de sa classe et de leur tranche d'âge, voire même du lycée. Accessoirement, c'était des garçons que Harry connaissait depuis le collège, avec lesquels il s'était fort peu entendu… En réalité, ils avaient été ennemis durant des années. Surtout avec leur chef, Draco Malfoy, jeune homme sportif, intelligent, blond aux yeux bleus et, autant l'avouer plutôt bien foutu.
Pour être tout à fait honnête, Draco et Harry ne s'étaient jamais vraiment entendus, et plus jeunes, ils passaient leur temps à s'engueuler et se faire des crasses. En grandissant, ils avaient suffisamment mûri pour que ces conflits systématiques cessent et se transforment en quelque chose de plus cordial. Cependant, entre le blond et Ron, la guerre était toujours ouverte, et le rouquin ne supportait pas que son ennemi juré adresse la parole à son meilleur ami, que ce soit pour lui dire bonjour, lui demander un stylo ou un simple renseignement.
Alors quand Harry vit le trio naturellement formé, sur un coup de tête, il s'était avancé vers eux et leur avait demandé s'il pouvait intégrer leur groupe. Les trois garçons tirèrent une tronche à mourir de rire, et le premier à réagir, ce fut Théodore. C'était un garçon plutôt neutre qui n'aimait pas particulièrement les conflits, et en règle générale, lui et Harry s'entendaient plutôt bien. Ils auraient même pu être amis si Ron n'était pas aussi con…
Le jeune homme lui demanda pourquoi il ne se mettait pas avec ses amis, et le brun lui répondit qu'il n'en avait plus. Un petit regard vers les tables de l'autre côté de la pièce sembla les informer de la situation délicate dans laquelle il se trouvait. Et aussi de la stupeur que Ron ne parvenait pas à cacher. Puis, Blaise, le troisième garçon du groupe, lui demanda s'il voulait venir avec eux pour faire chier Ron, pour les faire chier ou parce que ça lui disait bien de partager la chambre de ses ex-pires ennemis. Un peu pris au dépourvu, le sang battant à ses tempes, Harry lui répondit que c'était pour faire chier Ron. Et qu'il ne les ennuierait pas. Voyant la tête dubitative de Draco, il fut persuadé que sa demande serait refusée, mais Théodore se renversa dans sa chaise et regarda les deux autres, en leur disant qu'il n'y voyait pas d'objection. Blaise avait ensuite haussé les épaules et Draco avait suivi.
Après coup, Harry regretta son coup de sang. Il aurait sans doute mieux fait de se greffer à un autre groupe dont il connaissait un peu mieux les garçons, du genre Zacharias ou Terry, mais sur le coup, aller implorer un autre groupe pour qu'il l'accepte, comme une âme en peine, lui avait paru plus humiliant que demander la charité à Draco et ses amis, car il savait que Ron le vivrait très mal. Et s'il le vivait bien, c'était qu'il n'y avait définitivement rien à sauver. Or, si le rouquin cessa de lui faire des remarques à chaque fois que Harry adressait la parole au trio, quelle qu'en soit la raison, Hermione lui fit savoir que cela le mettait dans une rage folle, pire encore qu'avant.
Cela dit, l'idée de passer ces quelques jours à Rome, traîné comme un boulet par Hermione, s'incrustant dans d'autres groupes d'amis que le sien ou alors tout seul dans son coin à prendre des photos, cela ne le réjouissait pas tant que ça. Depuis que les groupes avaient été formés, Harry n'avait pas tellement reparlé aux garçons qui partageraient sa chambre, mis à part Théodore, mais ni Blaise ni Draco n'avaient vraiment cherché à lui reparler. Plus que d'habitude, en tout cas. L'ambiance était toujours des plus cordiales. Mais Harry doutait très fortement que les garçons l'intègreraient à leur groupe si fermé. Ce qu'il comprenait tout à fait, et de toute manière, il ne leur avait rien demandé.
Sa mère l'accompagna dans l'aéroport jusqu'au point de rendez-vous. Il n'y avait quasiment aucun parent, et ceux encore présents venaient très certainement d'arriver et s'apprêtaient à partir, après quelques recommandations. Sa mère salua et embrassa Hermione, resta quelques minutes avec eux, plus que ce qu'il était prévu, mais moins que ce que son fils avait estimé. Quand elle partit enfin, après mille conseils, recommandations et quelques baisers, Harry ne se sentit pas plus soulagé qu'en sa présence. Dans un coin, il y avait Blaise, Draco et Théodore, et le jeune homme avait la désagréable sensation d'être observé.
Il fallut attendre un bon bout de temps avant que tous les élèves et les enseignants n'arrivent, au nombre de quatre pour encadrer toute la classe. Il y avait leur professeur principal et de physique, McGonagall, qui ne mit guère de temps à les rassembler autour d'elle et les compter, tout en essayant de faire abstraction de ce guignol de Lockhart, professeur de latin et d'italien dans leur lycée. L'équipe d'accompagnateur était complétée par leur professeur de biologie, le froid et sarcastique Rogue, et leur professeur de sport, Bibine. Chaque chambre était répartie en quatre groupes mixtes, gérés par un enseignant, histoire de faciliter les choses. C'était très scolaire mais du McGonagall tout craché. Harry avait grimacé en apprenant qu'il serait avec Rogue, mais c'était sans doute moins pire que d'être avec Lockhart.
Rapidement, Harry dut quitter Hermione pour rejoindre son groupe, composé des garçons de sa chambre et de trois filles de sa classe, Lisa, Mandy et Mégane. Rogue, un homme d'une quarantaine d'années, les cheveux courts et noirs, toujours habillé de couleurs sombres, et le plus souvent en noir en réalité, leur distribua leurs billets d'avion et leur fit quelques recommandations à propos du passage aux douanes et du vol. Le genre de discours qu'il devait répéter depuis des années… Les lycéens l'écoutèrent attentivement, car sinon Rogue aurait bien été capable de leur tirer les oreilles, puis allèrent enregistrer leurs bagages et passèrent en zone duty free.
Et une longue attente débuta…
OoO
Le vol dura à peine deux heures. Installé à côté de Hermione, un bouquin sous les yeux et ses écouteurs dans les oreilles, Harry ne vit pas le temps passer. Par moment, il regardait à travers les hublots, adorant ce paysage cotonneux et féérique qui nous donnait envie de sauter hors de l'avion pour plonger dans les nuages. Son amie, elle, révisa ses cours d'italien en feuilletant un de ces livres qui servaient à la fois de dictionnaire et de guide touristique.
Harry était un élève plutôt moyen mais pas franchement mauvais, loin de là, et il était assez investi en italien, même si leur prof était loin d'être excellent. Alors Hermione lui reprocha de ne pas plus s'intéresser à la culture italienne et de ne pas réviser les formules de base pour communiquer avec eux. Le jeune homme savait d'avance que cela ne servait à rien de lui expliquer que les Italiens étaient comme les Français : ils étaient capables de comprendre une phrase déstructurée, cela les ferait sourire mais ils saisiraient le sens de leur demande. Mais Hermione était le genre de fille qui savait tout et qui refusait la moindre erreur, surtout venant d'elle.
À la sortie de l'avion, ils déposèrent leurs valises à la consigne : ils étaient partis à neuf heures le matin même et il était onze heures passé. Il était prévu qu'ils aillent se balader, se poser quelque part pour déjeuner et visiter il ne savait quel musée ou église. Il y aurait pu y avoir une visite de musée ou de monument célèbre, mais les enseignants avaient préféré les programmer en semaine plutôt que le samedi, et le dimanche, tout était fermé. Le week-end serait donc réservé à la découverte de Rome et de sa richesse antique.
Le temps de sortir de l'aéroport, de prendre une navette pour la capitale, déposer les bagages dans une consigne de la gare Termini et de repérer les lieux, un temps infini s'écoula. Il faisait très bon, bien meilleur qu'en France, et la classe était surexcitée à l'idée de se balader dans la ville. En mode « colonie de vacances », certes, mais avec plus de liberté qu'à l'époque collège, sans compte-rendu insipide à rendre et visites trop scolaires, bien qu'un programme bien précis de musées, quartiers et églises soit prévu.
Un programme plutôt alléchant pour cet amateur d'histoire antique qu'était Harry…
OoO
C'était un couple de retraités qui les avait accueillis dans leur modeste demeure, à savoir une jolie maison dans la proche banlieue romaine. La dame, une certaine Helena, vint les chercher en voiture au point de rendez-vous, non loin de Termini, au grand plaisir de Blaise et Draco qui ne sentaient plus leurs pieds et qui, comme les deux autres, étaient tout de même assez fatigués du voyage.
L'heure de rendez-vous était de huit heures et demie, mais il était possible que certaines familles mettent un peu de temps à venir les chercher. Cela dit, Helena fut à l'heure, charmante et baragouinant quelques mots français avec un accent à trancher au couteau, ce qui était tout aussi ridicule qu'adorable. Enfin, comme le lui soufflerait quelques minutes plus tard Théodore dans la voiture, si cette petite Italienne n'avait pas une bouille à faire fondre même le plus con des gros durs, ces quelques paroles de circonstances auraient été franchement stupide… et Draco, à sa droite, approuverait complètement son propos, une fois que Harry le lui aurait répété.
Cette première journée avait été épuisante mais très riche. Enfin, niveau musée et église, c'était tout de même assez pauvre de l'avis du brun, mais Rogue, partageant tout à fait leur avis, avait expliqué à son groupe qu'ils avaient essayé d'éviter l'affluence en plaçant les visites les plus importantes, ou du moins les plus intéressantes pour les lycées, en semaine.
Mais humainement… elle avait été des plus enrichissantes, à la plus grande surprise de Harry.
Harry ne s'était guère fait d'illusions et s'était attendu à un comportement un peu limite de la part de Ron et de Hermione, à des niveaux différents. Le rouquin ne lui adressa absolument pas la parole, se greffant aux autres garçons de sa chambre, qui en réalité formaient un petit groupe assez uni, qui dans le fond n'avait pas vraiment besoin de lui. Quant à la jeune fille, elle demeura égale à elle-même jusqu'à la fin de leur déjeuner, composé d'un pique-nique caché dans leurs valises avalé dans un parc. Cependant, elle finit par mettre petit à petit des distances entre elle et Harry, surtout quand ils arrivèrent au musée, et que plutôt que d'attendre Harry qui prenait ses photos, elle suivait le guide, buvant littéralement ses paroles.
Harry se retrouva alors à la traîne, ce qui n'était franchement pas plus mal car écouter des guides parler de ces œuvres d'une voix monotone qui résonnait dans les salles peu peuplées ou s'étouffait à cause de l'affluence de visiteurs, ça l'ennuyait profondément. Il se retrouva donc en queue de peloton avec les trainards. Donc le fameux trio avec lequel il partageait l'hébergement.
Plutôt que de faire les cons et s'emmerder royalement dans le musée, ils le visitaient à leur rythme et en appréciaient les expositions sans avoir besoin d'un guide. Petit à petit, Harry avait fini par intégrer le petit groupe, en premier lieu parce que Harry était véritablement intéressé par ce qu'il voyait, et qu'apparemment, Draco adorait tout autant l'histoire et l'art antique.
Au début, Blaise se moqua un peu de lui à le voir prendre toutes ces photos, lui qui n'en prenait quasiment aucune, laissant Draco et Théodore faire, ce dernier ayant aussi une passion pour le mitraillage. Cependant, à un moment donné, alors que Harry était en train de regarder une statue d'un air perplexe, Blaise posa une question à Théodore, se la posant plus à lui-même en réalité qu'à son ami, et l'entendant, Harry lui avait vaguement répondu. Le black avait demandé quelques précisions, un peu largué, et ne sachant trop s'il était en train de se moquer de lui, Harry avait poursuivi ses explications. Blaise l'avait regardé bêtement, puis s'était exclamé en regardant Théodore :
« C'est dingue, ces trucs paraissent moins chiants quand c'est lui qui en parle… »
Draco l'avait fusillé du regard, directement visé par la remarque : depuis le début de la visite, c'était lui qui répondait du mieux qu'il pouvait aux interrogations de Blaise, et pour le coup, il fut vraiment vexé par la remarque. D'autant plus que Blaise continua à poser des questions aussi bêtes que pointues, et qu'à chaque fois que Draco tentait d'y répondre, c'était toujours les explications de Harry qui fonctionnaient le mieux… De quoi désespérer le blond. Et cette ambiance un peu plus chaleureuse, un peu bon enfant, entre rires, questions, explications et petites vexations, détendit considérablement Harry, mais aussi ses futurs camarades de chambrée. Il put leur parler un peu plus ouvertement, avoir quelques gestes avec eux… À un moment donné, Blaise l'invita même à se faire prendre en photo avec eux devant une statue.
C'était stupide de s'accrocher à ce genre de moments, et il était évident qu'ils essayaient juste de l'intégrer et de ne pas le laisser tout seul dans son coin, mais Harry avait toujours eu du mal à se faire des amis, mis à part Ron et Hermione, et chacun de ces moments ou de ces gestes, comme se faire prendre en photo, lui mettait du baume au cœur. Un cœur malmené ces derniers mois, à cause de Ron, à cause de sa sœur, et tout ce qui allait avec…
La visite fut bien plus détendue qu'il ne l'aurait pensé et ce fut le cœur léger qu'il visita avec sa classe une église, histoire de clôturer cette journée fatigante, toujours en compagnie du trio. Visiblement, Blaise refusait de le lâcher. Draco et Théodore s'extasiaient devant le monument auquel le black était complètement insensible. Harry se souviendrait longtemps de la tête des deux garçons quand Blaise lui avait demandé bêtement pourquoi l'église qu'ils visitaient s'appelait Louis de France. Ils se frottèrent les yeux quand Harry lui retraça rapidement la vie de Louis IX, ou Saint Louis, et que le garçon s'y intéressa vraiment.
Ainsi, quand ce fut le moment d'attendre les familles, une fois leurs bagages récupérés à la consigne de Termini, Harry s'était déjà plutôt bien intégré au petit groupe, même s'il ne partageait pas toujours leurs délires. Mais le cap que représentait Blaise avait été franchi, et en toute honnêteté, c'était lui que Harry avait le plus craint, avec son côté blagueur et je-m'en-foutiste. Le fait qu'il garde toutes ses remarques pour lui et qu'il lui réponde dans un langage qu'il comprenait semblait suffisant pour le rendre fréquentable.
Au cours des visites, ils avaient abordé le sujet des chambres. Le couple d'Italiens qui les recevaient avait trois enfants trop grands pour vivre encore chez eux. Il y avait donc deux chambres à disposition, possédant deux lits jumeaux, avec tables de chevet, armoires ou commodes. À moins de jouer aux cons et de forcer les propriétaires à déménager un lit dans une des chambres pour isoler Harry et rester entre eux, ils étaient obligés de se séparer : l'un d'eux partagerait la chambre du brun. Ce dernier ne voulait pas les déranger, il s'en fichait bien de qui partageait sa chambre, et s'ils voulaient, ils pouvaient même faire un roulement. Mais bizarrement, Draco s'opposa à l'idée et lui proposa de partager sa chambre. C'était juste histoire de dormir, ils passeraient quand même leurs soirées ensemble de toute façon. Ils étaient décidément plus matures et gentils que Harry ne l'aurait cru…
Cependant, ils furent de vrais gamins en comprenant que la jolie dame qui était venue les chercher n'avait pas pris le métro mais sa voiture… et une grosse voiture, en plus, dont le coffre était suffisamment grand pour contenir les quatre valises. Un peu plus tard, elle leur expliquerait que Termini avait très peu d'escalators et était très profonde, c'était alors bien plus pratique pour eux qu'elle vienne les chercher. Une démarche presque ovationnée par les jeunes gens assis derrière et à côté d'elle.
Le mari d'Helena les attendait à la maison, n'ayant pas fait le déplacement par manque de place dans le véhicule. Il était un peu plus réservé que son épouse mais d'une gentillesse incroyable. Il leur fit visiter leur maison, leur expliqua les règles qu'il fallait respecter, qu'ils avaient la télévision et l'ordinateur à disposition s'ils le souhaitaient… Il termina par leurs chambres, où les laissa se détendre, leur précisant qu'il faudrait descendre dîner d'ici une demi-heure.
Harry entra donc dans l'une des chambres, rapidement suivi par Draco, ce dernier refermant la porte derrière lui. Ils posèrent les valises dans un coin et s'effondrèrent dans leur lit comme des masses, gémissant de douleur et de fatigue. Enfin, surtout Draco, en fait. Un vrai fils à papa pourri gâté et quelque peu douillet…
« Mais quelle chochotte…
- La ferme, Potter… Laisse-moi savourer cette agréable sensation de n'avoir plus les pieds par terre…
- C'est jouissif, hein ?
- Tu peux même pas imaginer… »
Harry eut un léger rire. Il était assis sur son lit, son dos contre le mur. En face, Draco s'était allongé sur le matelas, les yeux clos et la tête sur l'oreiller.
« Merci, pour aujourd'hui.
- Pardon ?
- Bah… pour aujourd'hui. »
Le blond rouvrit les yeux et tourna la tête vers lui, dubitatif, l'interrogeant du regard.
« Vous avez été gentils avec moi.
- Bah c'est normal. T'étais tout seul, et…
- Tu sais, j'ai pas envie que vous vous forciez pour moi. Faut pas gâcher votre séjour à cause de moi.
- On ne se force pas. Enfin, au début on faisait des efforts, surtout Blaise quoi, mais si t'étais chiant ou si on voulait pas de toi, t'inquiète pas qu'on te l'aurait fait sentir. Et puis honnêtement, je crois que les seuls qui font un blocage, c'est toi et tes potes. Nous, on s'en tape, on n'est plus des gamins.
- Quand même…
- Quand même quoi ? T'es tout seul, tu nous casses pas les pieds, t'arrives à intéresser Blaise, et en plus on va passer toutes nos soirées et matinées ensemble… Je te déteste pas, tu sais. Weasley, ouais, mais pas toi.
- Moi non plus.
- Vrai ?
- Vrai.
- Pourquoi t'es jamais venu nous parler avant le voyage, alors ? Tu sais que Blaise était particulièrement énervé parce que tu…
- J'avais pas envie de vous déranger avec ça. Je suis une gêne pour vous, et…
- Harry, entre nous : si tu pars comme ça, c'est clair que tu vas être une gêne et tu vas nous faire chier. Donc plutôt que te flageller comme un con dans ton coin en regardant Weasley et Hermione de loin, profite de ton voyage et arrête de te dire que t'es un boulet.
- T'es drôlement gentil, ce soir. »
Draco rougit et détourna les yeux, et Harry ne put s'empêcher de glousser. À vrai dire, ça ne datait pas vraiment d'hier : depuis la rentrée, le blond était plutôt gentil avec lui. Voire même un peu trop. Dans sa façon de lui parler, de le regarder, de le taquiner, même, parfois… Surtout depuis la répartition des chambres. Sans doute que Harry avait été trop bête pour vraiment voir et comprendre que ces petites discussions de quelques minutes à peine étaient de simples tentatives de nouer un véritable dialogue avec lui.
« Je suis pas gentil.
- Si.
- Pourquoi Weasley te fait la gueule ?
- J'ai pas envie d'en parler.
- T'as fait quelque chose de grave ?
- Pour lui, oui c'est grave.
- Assez pour qu'il ne te considère plus comme son meilleur ami ? »
Oui. Bien plus qu'il ne l'aurait cru, et s'il avait su, il se serait tu. Il n'y avait guère que Hermione pour comprendre que ce n'était pas si grave, que la Terre continuait de tourner et que ce n'était pas un crime comme l'Humanité. Ses parents aussi avaient compris, par amour.
Mais pas Ron.
Ron, il ne comprenait pas, ni ce que Harry ressentait, ni à quel point son comportement pouvait lui faire du mal.
« Ouais.
- Il est encore plus con que ce que je croyais…
- Arrête, Draco… Et puis, tu ne sais même pas pourquoi on ne se parle plus !
- Si tu me dis que pour lui, c'est grave, ça sous-entend que ça ne l'est pas pour les autres. Donc, si, c'est un abruti fini !
- Un jour, je comprendrais pourquoi vous ne pouvez définitivement pas vous voir…
- Peut-être parce qu'il est assez con pour ne pas se remettre en question et comprendre qu'on n'est plus des gamins. Toi, t'as mûri, mais pas lui. »
Le jeune homme haussa les épaules. Il n'avait plus envie de faire la guerre avec Draco, il avait passé l'âge, et puis honnêtement, mis à part son côté narcissique et orgueilleux, il était quand même plutôt sympa. Enfin, tout dépendait de son humeur et de comment il appréciait la personne en face de lui. Et en l'occurrence, il avait décidé d'apprécier Harry…
« Enfin bref. Tout ça pour dire que t'as pas à te sentir embarrassé avec nous. Surtout si c'est pour emmerder Weasley… »
Harry éclata de rire alors que le blond souriait. Ce dernier se redressa sur son lit, se leva et fit un pas vers lui avant de lui tendre la main. Surpris, le brun la regarda un long moment avant de la lui serrer lentement, les yeux dans les yeux.
C'était la première fois qu'ils parlaient vraiment de ça, de la fin de cette période où ils avaient été ennemis, qui s'était terminée comme elle avait commencé : en douceur et sans évènement particulier. À présent, c'était un peu comme s'ils tiraient un trait sur tout ça et Harry se demanda si cela ne faisait pas déjà un moment que Draco souhaitait avoir ce genre de conversation, histoire de mettre les choses au clair, à plat.
Tout comme lui, d'ailleurs…
OoO
Le réveil fut difficile, plus qu'il ne l'aurait cru. Pourtant, Harry était du matin, et bien qu'il ne soit qu'un bien piètre sportif, il aimait la marche et ne s'était pas senti si fatigué que ça la veille. Du moins pas assez pour qu'il puisse imaginer avoir autant de mal à se lever quand son réveil sonna…
La veille, il avait passé la soirée avec ses camarades de classe dans la chambre que Théo et Blaise partageaient. Après le dîner, Draco lui proposa de les rejoindre et la soirée s'étendit, un petit peu trop même. Harry passa un bon moment avec les trois garçons, assis sur le lit de Théodore, Draco à son côté, regardant les photos qu'il avait prises avec le blond, tandis que Blaise paressait sur son lit, les genoux sur ceux de Théodore qui refusait de se retrouver par terre.
Il y avait entre eux une certaine complicité que conférait une amitié ancienne et sincère. Le genre d'amitié que Harry partageait avec Hermione et autrefois avec Ron. Il y avait des délires qu'il ne comprenait pas et d'autres auxquels il n'était pas convié, et parfois, il se sentit en trop dans cette chambre de garçons, avec ces élèves qu'il connaissait si peu dans le fond. Il fut même tenté de partir, une fois, mais la cuisse chaude de Draco tout contre la sienne, son épaule qui le touchait et ses mains qui attrapaient parfois son appareil pour mieux regarder un cliché le convainquirent de rester.
Helena finit par toquer à leur porter pour leur demander d'aller se coucher, et sans grande résistance, les garçons se séparèrent, sans pour autant cesser de discuter : Draco semblait parti pour faire durer la veillée, et même quand Harry eut éteint la lumière, ils continuèrent à parler dans le noir. C'était typiquement le genre de Ron, aussi, mais en général il n'insistait pas longtemps car Harry était du genre à avoir besoin de dormir et aussi à faire abstraction de tous les bruits l'environnant, dont le son de sa voix. Pourtant, avec Draco, ce fut un peu différent, déjà parce que Harry ne se voyait pas s'endormir alors que l'autre parlerait dans le vide, et surtout parce que ce qu'il lui racontait l'intéressait.
Il aimait bien discuter avec le blond. Depuis qu'ils avaient arrêté de se taper dessus sans arrêt, Harry avait découvert qu'il avait une conversation agréable, même s'il en avait peu bénéficié, en particulier parce que Ron ne supportait pas de voir son meilleur ami en compagnie de son pire ennemi. Sans la présence du rouquin et débarrassés des vieux préjugés, ils purent avoir dans la journée une vraie conversation. Et pas qu'une d'ailleurs.
Harry se leva et alla se changer dans la salle de bain. Il allait ouvrir la porte quand il constata que la pièce était déjà occupée, mais pour bien peu de temps : quelques minutes tard, Théodore quittait la pièce, lui laissant champ libre. Le brun se prépara rapidement afin de laisser la place à Draco, voire à Blaise s'il n'était pas encore prêt. Ce qui devait très certainement être le cas. Quand il sortit de la salle d'eau, Harry s'attendit à voir le blond en train d'attendre, mais ce fut Blaise qu'il trouva adossé au mur, l'air bien peu réveillé. Il lui laissa donc la place et retourna dans sa chambre.
Draco était toujours dans son lit, et pourtant, il avait très bien entendu le réveil et s'était réveillé, vu les bruits et les mouvements qu'il avait fait sous sa couette en se retournant contre le mur. Et apparemment, blotti dans ses draps, il ne semblait absolument pas prêt à se lever, ni même à se réveiller en fait. Son pyjama dans les mains, Harry hésita un long moment sur la manière de le réveiller, puis, après avoir rangé ses affaires dans sa valise, il posa un bout de fesse sur le lit, un peu gêné, et secoua gentiment son épaule, récoltant alors un gémissement indigné.
« Draco ? Draco ? Allez, il faut se lever, tu as entendu le réveil…
- Encore cinq minutes…
- Blaise est en train de se préparer, il ne reste plus que toi. »
Mais le blond gardait les yeux ostensiblement fermés. Harry fit la moue, puis croisa les bras sur l'épaule du blond, tourné vers le mur, et comme il le faisait à Ron dans de pareilles circonstances, il se mit à lui tripoter les cheveux et lui chatouiller le cou. La méthode douce, comme son ami l'appelait. Et elle avait toujours son petit effet… Rapidement, Draco se mit à se tortiller, rentrant sa tête dans son cou et repoussant mollement la main du brun avant d'enfin rouvrir les yeux et le regarder d'un air agacé.
« Tu m'emmerdes.
- Je sais. Tes cheveux ressemblent rien.
- Tu dis ça avec la tignasse que tu te tapes depuis que t'es né ? »
Harry souriait, et en entendant ces mots, il eut un léger rire, alors que le blond se retournait dans le lit pour s'allonger de l'autre côté, sans pour autant manifester la moindre envie de se lever. Le brun le regarda, l'air de dire « Non mais vraiment… ».
« Allez, lève-toi.
- Tu chatouilles souvent les gens pour les réveiller ?
- J'aime bien, je trouve ça mignon, comment vous réagissez.
- J'aime bien quand on me touche les cheveux, pas le cou.
- T'es un chat, en fait. »
Draco allait répliquer mais fut comme bloqué quand Harry effleura à nouveau ses fins cheveux blonds. Tellement doux et soyeux, si différents des siens, bouclés, noirs, tout tordus et emmêlés. Il s'attendit à ce qu'il repousse sa main, se redresse ou lui lâche une remarque cinglante, mais étrangement, Draco se laissa faire. Il ferma même les yeux, serein, alors que Harry lui caressait doucement les cheveux, comme il aimait le faire avec sa mère.
Et puis soudain, il eut comme une vision. Il se rappela de la dernière fois qu'il avait touché les cheveux d'un garçon dans son lit. Il se rappela de Ron, qui ronronnait presque quand il lui caressait les cheveux de cette manière-là, le matin, quand ils passaient la nuit chez l'un ou chez l'autre. Sa main le brûla, et en une seconde, il fut debout et prêt à quitter la chambre. Dans son lit, Draco sursauta et le regarda sortir d'un air étonné.
« Allez, va t'habiller, Draco. »
Et Harry sortit, sans un mot de plus, le laissant seul dans la chambre.
En bas, Théodore et Blaise étaient déjà attablés devant un petit-déjeuner continental, Helena aux fourneaux. Harry s'installa avec eux et essaya d'avaler quelque chose. Quand Draco arriva enfin, frais, bien habillé et bien coiffé, Harry baissa le nez dans son bol de chocolat chaud. Sa main droite lui brûlant, se rappelant de la sensation des cheveux blonds de son ancien pire ennemi, leur douceur et l'apaisement de son visage quand il les avait caressés.
Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris…
Il devait se ressaisir. Ne pas se laisser aller à ce genre de gestes, un peu bizarre, même si Draco ne semblait pas s'en étonner ou s'en offenser. Pourquoi s'était-il laissé faire, d'ailleurs ? Pourquoi ? Lui pourtant si peu tactile concernant les autres, si réservé sur certaines choses…
Pourquoi s'était-il laissé faire ainsi ?
Dans le fond, Harry se doutait de la réponse.
Tout comme il savait pourquoi il s'était laissé aller à de telles familiarités.
Mais mieux valait tout rejeter en bloc. C'était plus facile.
Bien plus facile…
OoO
Ils passèrent la journée dehors, sous un beau soleil bien plus chaud qu'à Paris. Ce qui devait représenter une balade d'une demi-heure à trois quarts d'heure pour les Italiens leur avait pris une bonne partie de la journée, entre marches, photos et boutiques.
Le rendez-vous était à la gare Termini, et de là, ils prirent le métro jusqu'à Ottaviano San Pietro, la station la plus proche du Vatican, qu'ils visiteraient le lendemain. Ils longèrent les hauts murs de la cité puis se dirigèrent vers le Château Saint-Ange. Une bonne partie de la classe n'avait qu'un mot à la bouche : le Colisée. Et la plupart d'entre eux ne savaient même pas que ce monument était une ruine. Ils risquaient d'être déçus en voyant que, non, le Colisée ne ressemblait pas à ce qu'ils voyaient dans les films, avec ses murs à moitié écroulés et la place centrale quasiment inexistante, sans parler des gradins. Colisée qu'ils ne visiteraient d'ailleurs que le mardi.
Comme la veille, Harry fut rapidement intégré au groupe de Draco et ses amis, lui qui pensait qu'ils finiraient bien par le laisser un peu à part, vu que pour le coup, aucune visite dans un musée n'était programmée, mais il avait eu tord. Au début, Harry s'était un peu rapproché de Hermione, qui ne s'était pas fait prier : apparemment, ne pas avoir son meilleur ami dans les pattes la veille l'avait contrariée et elle fit tout pour le garder près d'elle, jusqu'à arriver au Château Saint-Ange, devant lequel lui et Théodore s'extasièrent, ce qui intrigua quelque peu Blaise, et quand Harry lui expliqua qu'à la base, c'était le mausolée d'Hadrien, ce tas de pierres, comme il disait, devint tout de suite plus intéressant. Et à partir de ce moment-là, il lui devint rapidement impossible de quitter le trio pour rejoindre Hermione… ce qui sembla vraiment l'agacer.
Ils longèrent le Tibre à un pas de tortue, ce qui semblait tout à fait convenir à Blaise, qui pouvait faire ses pitreries avec Théodore sans que personne ne vienne le déranger. Harry resta un peu plus avec Draco, discutant davantage histoire antique et arts, le genre de conversation qu'il n'avait jamais eue avec aucun garçon de son âge, ni même de fille, d'ailleurs. Parler avec Hermione de ça, c'était très… scientifique. Et chiant, la plupart du temps, car elle avait toujours raison et savait toujours tout. Avec Draco, c'était un peu plus simple, même s'il avait un comportement très similaire. La principale différence, et ce qui rendait leurs échanges plus agréables, c'était qu'il l'écoutait.
La journée commençait bien, vraiment bien. Harry se sentait en forme, il avait le cœur léger et les garçons étaient toujours aussi sympathiques avec lui, alors qu'ils n'étaient obligés à rien.
Cependant… les choses se gâtèrent quand ils arrivèrent enfin à la magnifique fontaine de Trevi. Pendant quelques secondes, Harry et Théodore restèrent bloqués devant, fascinés, avant de la mitrailler comme ils savaient si bien le faire, ce qui fit bien rire Draco et Blaise. La classe passa un long moment devant la monumentale fontaine, si touristique et photographiée, entre ceux qui s'intéressaient vraiment à la fontaine, ceux qui voulaient se faire tirer le portrait avec le monument derrière eux, seul ou en groupe, et enfin les derniers qui voulaient faire un peu shopping…
À un moment donné, Harry prit le trio en photo devant, et Dieu savait à quel point ils adoraient faire les cons devant l'objectif, surtout Blaise à vrai dire, il avait bien droit à son moment de délire. Il ne s'attendit vraiment pas à ce qu'ils lui demandent de venir avec eux sur une photo. La veille, ils avaient déjà eu ce genre de petite attention, mais tel qu'il était, il n'avait pas pensé qu'ils réitèreraient l'expérience. Ils laissèrent l'appareil à une fille de leur groupe, Mandy, qui s'écroula de rire en prenant les clichés.
Ce fut un pur moment de bonheur.
Et puis…
Ça commença à déraper.
Sur le coup, Harry ne fit pas tellement attention. Il y avait juste le bras de Draco sur son épaule, quand il avait voulu le tenir pour le rapprocher de lui et du groupe. Et puis sa main, aussi, qui avait ébouriffé ses cheveux, gentiment.
Le genre de geste anodin qu'il avait apprécié sur le coup.
Et qui se répétèrent, tout au long de la journée.
Après Trevi, ils poursuivirent leur chemin dans les ruelles de Rome jusqu'à atteindre le forum, où se trouvaient plusieurs monuments, ruines parquées derrière des barrières métalliques et statues diverses. Toujours en petits groupes, encadrés par leurs enseignants qui tentaient tant bien que mal de rendre cette balade plus culturelle que sportive, ils continuèrent ainsi leur chemin, tentant de repérer les lieux et d'imaginer ce qu'avait été la ville autrefois.
Un long moment, Harry resta devant les ruines de bâtiments romains, à regarder les structures, les pierres éboulées, tous ces restes d'une époque depuis longtemps révolue. Il avait toujours été sensible au passé, à ses ruines. Il tenait ça de son grand-père, un passionné d'histoire qui n'était jamais parvenu à sensibiliser son fils unique, plutôt adepte de modernité. À plusieurs reprises, il fut rejoint par Draco qui semblait être aussi sensible que lui à ce genre de monuments, qui ne représentaient pour la plupart des gens qu'un tas de cailloux mis derrière des barrières.
À vrai dire, cette journée, il la passa bien plus avec Draco qu'avec les deux autres garçons. Même ensemble, c'était toujours Draco qu'il avait près de lui, avec lequel il parlait vraiment. Avant même que Harry ne s'en rende vraiment compte, une vraie complicité s'était nouée entre eux. Une complicité un peu moqueuse, un peu savante, un peu taquine, mais une complicité quand même. Le genre de complicité qu'il aurait aimé avoir depuis des années avec lui.
Il y eut ensuite la colonne Trajane, le Colisée… et une sorte de jeu commença petit à petit à se créer entre lui et Draco. Et quand il fut temps de rentrer, Harry se rendit compte que cela faisait bien une heure qu'ils marchaient tous les deux devant Blaise et Théodore.
Et le soir, quand il alla se coucher, il se rendit compte qu'ils avaient tout simplement…
Flirté.
OoO
La veille, ils avaient encore passé la soirée dans la chambre de Théodore et Blaise, assis sur les lits à reposer leurs jambes, parler du voyage, de la classe, du beau temps et du bac qui approchait à grands pas. À nouveau, Draco s'était assis juste à côté de lui, aussi proche que la soirée précédente, si ce n'est plus encore. Même les deux autres étaient plus détendus, comme s'ils se connaissaient vraiment depuis des années, alors que cela faisait à peine deux jours qu'ils étaient arrivés à Rome.
Dans la salle de bain, alors qu'il était en train de se brosser les dents, Harry se demanda sérieusement comment il allait faire pour le réveiller. Il avait mal dormi, réfléchissant un peu trop aux évènements de la veille, à cette proximité qui s'était très rapidement installée entre lui et Draco, et plus du fait du blond que du sien ou de celui de ses amis. En y réfléchissant bien, c'était lui qui n'avait cessé de se rapprocher, d'aller vers lui, de lui parler… C'était lui qui les avait peu à peu isolés de ses amis, sans que cela ne semble particulièrement déranger ces deux derniers.
Ils avaient flirté.
En douceur, sans trop s'en rendre compte, mais c'était clair comme de l'eau de roche. Il y avait des gestes et des mots qui ne trompaient pas, et pourtant, Harry n'était pas du genre à rêver et s'imaginer des choses. Surtout pas avec Draco. Mais il y avait ces gestes et ces mots, qu'il n'utilisait pas avec ses propres amis, sa façon de lui attraper le bras ou le poignet, de le regarder, par moments, de le complimenter, aussi, ou de le taquiner sur des défauts…
Mais peut-être se faisait-il des idées. Peut-être que tout était en train de lui monter à la tête… Et il était là le problème. Il ne savait plus comment se comporter avec Draco, il ne savait pas s'il se trompait, ce qu'il devrait en penser, si ce n'était pas le cas… Tout s'embrouillait dans sa tête.
Quand il retourna dans sa chambre, laissant la place à Théodore qui patientait juste à côté de la porte, Harry hésita un moment, regardant le lit de son camarade de classe, où ce dernier était encore en train de dormir. Il posa ses affaires sur sa valise, comme la veille, et se rapprocha du lit, se mordillant la lèvre, et avec la même douceur que la veille, il entreprit de réveiller le blond, qui manifesta le même entrain à se lever… Harry hésita à le chatouiller et à toucher ses cheveux.
La veille, ça s'était mal passé.
Pas pour Draco.
Mais pour lui.
Car soudain, tout ce que Ron avait pu lui dire, ce jour-là, où leur amitié avait basculé, lui était revenu en pleine figure. Il avait été comme sonné.
Peut-être était-ce à cause de ça que Draco avait eu ce comportement ? Parce que Harry lui avait touché gentiment les cheveux, parce qu'ils s'entendaient bien, et que…
Est-ce que ça l'aurait vraiment dérangé, si Draco lui avait fait comprendre de façon plus explicite qu'il lui plaisait ?
Le brun soupira en se disant qu'il se faisait décidément des idées. Il tenta la « manière douce », effleura son cou et ses cheveux, lui tirant enfin une réaction. Draco ne tarda pas à ouvrir vraiment les yeux et à lui faire un sourire endormi.
« Allez Draco, il faut se lever.
- Encore cinq minutes…
- Si tu veux… Blaise n'est pas encore habillé, de toute façon.
- Câline-moi encore les cheveux… »
Surpris, Harry le regarda en se demandant s'il était sérieux. Sa main le brûlait, comme la veille, et quelque part, au fond de lui, une petite voix lui disait qu'il ferait mieux de sortir de la chambre…
« Tu ne trouves pas ça bizarre qu'un mec touche les cheveux d'un autre ?
- C'est pas plus bizarre que le mec dont il touche les cheveux lui demande de continuer ? »
Il avait les yeux fermés, et en voyant son visage si apaisé, Harry posa timidement sa main dans ses cheveux blonds, bien coupés et entretenus avec soin. Il lui caressa ainsi les cheveux quelques minutes, comme hors du temps, et pendant un moment, Harry se demanda s'il ne s'était pas rendormi. Il fallait croire que non, car quand Blaise toqua à la porte, il rouvrit aussitôt les yeux et se redressa pour aller se changer. Il laissa Harry seul dans la chambre, les joues écarlates et embarrassé au possible. Le brun resta quelques minutes dans la chambre le temps de se ressaisir, et quand il descendit pour manger, il n'était toujours pas débarrassé de cette gêne que l'arrivée du blond raviva en lui.
Son cœur s'allégea un peu quand il fut temps de partir pour la gare. C'était un comme s'il avait l'impression qu'il pourrait fuir le trio, même s'il savait pertinemment parce qu'il n'y arriverait pas. Et ce n'était pas non plus comme s'il le voulait vraiment…
Une fois encore, Hermione l'obligea à rester avec elle durant toute la durée du trajet en métro, et même dans la queue menant aux musées de la cité. Les professeurs semblaient soulagés car le temps d'attente ne serait pas aussi long qu'ils l'avaient craint, et pendant une bonne dizaine de minutes, Harry écouta Hermione expliquer à ses copines et aux personnes environnantes que, non, ils n'allaient pas visiter le Vatican mais uniquement ses musées, et en ayant vite assez de ces explications à rallonge et débats sans intérêt, il se faufila jusqu'à ses camarades de chambrée.
« Ah, te voilà toi ! T'en as marre d'entendre Hermione bavasser ?
- Elle ne bavasse pas… »
Harry se demanda si Blaise lui en voulait de passer ainsi d'un groupe à l'autre, ou si ça le dérangeait vraiment. Mais c'était compliqué, il y avait à la fois sa meilleure amie qui ne semblait vraiment s'intéresser à lui que quand il s'éloignait, et son meilleur ami qui l'ignorait ostensiblement. Meilleur ami qui se trouvait d'ailleurs à quelques mètres d'eux et qui, du coin de l'œil, semblait l'observer.
Il se demandait bien ce qu'il pouvait bien penser. De ce voyage, de leur amitié brisée, de ses rapprochements avec Draco, Blaise et Théodore… Pour le moment, il n'avait manifesté aucune réaction particulière, à part quelques sales regards en coin, mais rien de bien méchant. Au fond de lui, Harry avait espéré autre chose, mais il allait devoir se résoudre à tirer un trait définitif sur leur amitié et ces belles années passées ensemble. Ron allait laisser un gros trou dans sa vie, car à part lui, il avait très peu d'amis. En vérité, il n'avait que lui et Hermione, même si dernièrement elle passait beaucoup de temps avec ses copines. C'était sans doute sa meilleure alternative, car sinon elle se retrouvait à choisir entre ses deux amis, et ça, c'était compliqué, d'autant plus qu'elle était amoureuse de Ron, même si elle ne le lui avait jamais avoué. C'était difficile pour elle.
Et pour le moment, la seule personne qui semblait vraiment agacée de la situation, c'était elle. Un peu plus tôt, elle lui avait clairement dit qu'elle ne comprenait pas qu'il traine autant avec eux, comment il pouvait autant s'amuser, et qu'en fait, il lui manquait. Elle avait vraiment envie de passer un moment avec lui durant la visite des musées et Harry lui avait répondu, un peu gêné, qu'il ferait ce qu'il pourrait. Mais en la voyant rebasculer en mode « Miss-Je-Sais-Tout », il avait craqué.
Les musées du Vatican étaient immenses et les visites étaient toujours très longues, à plus forte raison pour un groupe de lycéens. Une fois les billets en main et surtout une fois arrivé dans les grands jardins précédant l'entrée dans la toute première salle des musées, Harry se demanda s'il allait s'incruster dans le groupe de Hermione ou s'il allait rester dans le sien. Il se décida définitivement quand ils pénétrèrent dans une grande galerie pleine de statues et diverses sculptures et que son amie commença à jouer les guides touristiques.
« Elle est pas un peu fatigante, ta copine ?
- Si si.
- Harry ? C'est quoi ça ?
- Mais si je te dis que c'est Dionysos !
- Y'a écrit Bacchus !
- Mais c'est pareil, espèce de boulet !
- Si c'était pareil, il aurait pas deux noms ! »
Harry et Théodore se regardèrent puis poussèrent un soupir las, avant que le brun ne s'interpose entre les deux garçons et essaie d'expliquer calmement pourquoi diable ce dieu du vin portait deux noms. Draco était à la limite de taper du pied en écoutant les explications du lycéen et ne décoléra qu'avec les excuses de Blaise, qui reconnut qu'il avait raison. Cela dit, il ne manquerait pas de remettre sa parole en doute à d'autres occasions…
« Un jour, je comprendrai pourquoi Blaise te croit plus que Draco… Tu pourrais lui raconter une connerie aussi grosse que lui qu'il ne la verrait même pas…
- Peut-être parce qu'il sait que je ne lui raconterais pas de bêtises ?
- C'est possible. »
Cette galerie donnait un avant-goût de ce qui les attendait à l'intérieur, et plutôt que de suivre le guide et la masse du groupe, les lycéens s'attardèrent sur les statues, que Harry trouvaient absolument magnifiques, et il n'était pas le seul. Alors que Harry était en train de prendre en photo une statue d'Apollon, Draco passa à côté de lui et regarda l'œuvre avant de pousser un soupir.
« C'est quand même dommage, ces feuilles de vigne. »
Harry écarquilla les yeux de surprise et tourna la tête vers lui.
« Tu trouves pas ? C'est moche.
- Si si, c'est vrai. Ça gâche tout.
- Carrément. En plus, ça se voit que c'est du plâtre…
- Vous parlez de quoi ? »
Théodore venait de passer derrière eux, Blaise non loin de lui.
« Les feuilles de vigne, c'est nul.
- T'as envie de voir des bites, Dray ? »
Pour le coup, Harry n'aurait su dire si le blond était gêné ou à deux doigts de lui sauter dessus pour l'étrangler. Il fallait dire, le brun s'était posé exactement la même question que Blaise quand Draco lui avait parlé des feuilles de vigne… Mais il préféra taire ce détail. Et ne pas se demander si c'était un sous-entendu… Théodore, lui, luttait pour ne pas éclater de rire.
« Théodore, aurais-tu l'amabilité d'expliquer à ce crétin sans cervelle pourquoi les feuilles de vigne gâchent tout ?
- Cher ami, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, ces feuilles ne sont pas d'origine…
- T'es sérieux ?
- Blaise, sérieux, si tu continues à mater son entrejambe comme ça, je vais me poser des questions…
- Hey ! C'est toi qui…
- Pas besoin de mettre ton nez dessus ou d'analyser pendant des heures pour voir que c'est du plâtre qu'ils ont foutu sur du marbre, espèce de crétin…
- Mais pourquoi ils ont fait ça ?
- Draco, je suis obligé de lui expliquer ça aussi ?
- Pour la pudeur des prêtres, Blaise. »
Le black fronça les sourcils et osa tourner son regard vers Harry, ce qui mit Draco sur les nerfs, plus qu'il ne l'était déjà du moins.
« Arrête de le regarder et crois-moi quand je te dis un truc !
- Me dis pas que leurs zizis tous petits les traumatisent ?
- Les filles n'ont pas le droit d'entrer à Saint-Pierre de Rome les cuisses et les épaules découvertes. Genre jupe trop courte ou débardeur.
- Mais c'est quoi ce pays…
- Principauté religieuse, cher ami.
- On continue ? »
Et Harry poursuivit sa visite, ne souhaitant pas s'éterniser sur ces fameuses feuilles de vigne qui effectivement gâchaient un peu les statues. Non pas qu'il soit un grand fan des parties génitales masculines, il savait comme c'était fait, mais il trouvait ça dommage d'essayer de gommer une partie de la statue pour une question, entre autres, de pudeur. Surtout quand on voyait la taille des engins… Et à peine fit-il quelques pas que Blaise lui demanda pourquoi diable on s'emmerdait à cacher un truc pareil alors qu'ils étaient rikikis, et d'ailleurs, pourquoi étaient-ils si petits ?
Le temps qu'il lui explique et qu'il aille expliquer le pourquoi du comment les dieux grecs avaient de petits kikis à Théodore, parce que tel qu'était Draco, il était déjà au courant, Harry arriva devant une statue de Ganymède. Le jeune éromène était représenté nu, sans feuille de vigne cette fois, un bonnet sur ses cheveux bouclés, une cape drapée sur ses épaules et enroulées autour de son bras. Il tenait une petite coupole d'une main et un bâton de l'autre, de façon nonchalante, appuyé qu'il était sur contre un arbre. Il regardait vers le bas, sans doute vers l'aigle posé sur le sol qui levait sa tête vers lui. La statue était belle, pleine de sous-entendus, et même d'une certaine tendresse.
Harry la regarda un long moment avant de la prendre en photo. Même si le destin de Ganymède ne fut guère joyeux, il avait toujours trouvé ce mythe plutôt romantique, bien que Zeus ne soit pas des plus fidèles ni même des plus attentionnés envers ses conquêtes.
« Tu aimes ce mythe ? »
Il l'aurait presque maudit pour sa putain de discrétion. Et ces putains de sous-entendus qu'il entendait sans cesse dans ses mots.
« Oui.
- Je le trouve triste, moi.
- Pas plus qu'un autre. Enfin, les amants ou amantes de Zeus ont connu parfois des destins bien pires que ça.
- Du genre, être avalé ou foudroyé ?
- Par exemple. Il n'y a pas tellement de mythes en rapport avec la pédérastie, alors je trouve celui-là plutôt beau, et j'adore les statues qui l'illustrent. J'aime bien aussi les statues d'Antinoüs.
- C'est marrant que t'aime les mythes en rapport avec la pédérastie.
- Ouais, je sais. »
Quelque chose se bloqua en Harry. Il se retint de se pincer les lèvres de nervosité, se contentant de serrer les dents. Il s'était trop ouvert, sur ce qu'il aimait, le passionnait et faisait de lui un garçon un peu différent des autres. La question n'était pas anodine, et cela n'avait sans doute rien à voir avec ce qui s'était passé la veille, cette complicité et ce flirt qui avaient existé entre eux.
Non. Tout était de la faute des rumeurs.
Ces putains de rumeurs.
Celles qui circulaient depuis le début de l'année à propos de sa prétendue homosexualité.
Des rumeurs contre lesquelles Ron s'était battu bec et ongles. Tout ça parce que Michael, un garçon de leur classe, avait dit lors d'une soirée très alcoolisée qu'il craquait pour Harry, et que s'il assumait envie son homosexualité, ils pourraient enfin sortir ensemble. Après coup, Michael eut beau s'excuser et expliquer qu'il était complètement ivre et qu'il avait raconté n'importe quoi, Harry se retrouva au centre des rumeurs. Le jeune homme finit par avouer que, oui, il craquait vraiment pour lui, et qu'effectivement il lui avait demandé de sortir avec lui, mais Harry avait refusé, et cela l'avait tellement frustré qu'en soirée, il s'était mis à dire des bêtises. Rien à faire. Et cela empira quand on découvrit des SMS relativement explicites dans le portable de Zacharias, un autre gars de la classe, qui draguait gentiment Harry, ce dernier tentant vainement de le repousser.
Nombre d'élèves tentèrent de lui faire dire ce qu'ils voulaient entendre, et Harry eut beau démentir les rumeurs, martelant que ce n'était pas parce qu'on le draguait qu'il était homosexuel, mais il avait un visage assez mignon et visiblement, peu de personnes étaient décidées à le croire. Draco avait fait partie de ces gens-là, à lui poser quelques questions, comme ça, de temps en temps, sans jamais chercher à approfondir. Et cette question-là faisait sans doute directement référence à ces maudites rumeurs dont il se serait bien passées, vu toutes les emmerdes que ça lui avait causées à l'école…
« Je te sens sur la défensive.
- Draco, franchement, si ton but est de me poser des questions sur…
- J'en ai rien à faire des rumeurs.
- Alors ne me fais pas de sous-entendus pourris.
- C'était pas un sous-entendu pourri. J'adore ce mythe aussi. »
Et le blond se pencha vers son oreille pour y glisser quelques mots.
« Et moi, j'assume. »
Puis, il traversa le couloir de la galerie pour rejoindre ses amis de l'autre côté. Harry, lui, resta devant Ganymède, statufié. Il se sentait comme pris au piège. Draco était-il en train de se foutre de lui, de le manipuler ou d'essayer d'avoir le fin mot de cette histoire ? Étaient-ils tous aussi gentils avec lui uniquement pour lui tirer les vers du nez ?
Harry bougea et continua d'avancer, histoire de se remettre les idées en place, mais tout était en ébullition dans sa tête. Il ne comprenait pas. Pourquoi lui avait-il dit ça ? Qu'est-ce qu'il assumait ? D'être homo ? Mais que voulait-il, à la fin ?!
Il en aurait presque pleuré. Presque. Il était dans un musée, dans un endroit qu'il aimait, donc il devait se contenir et garder toutes ses émotions en lui. Mais bon Dieu que c'était compliqué… Ne pouvait-il pas le laisser tranquille, pour une fois ? Surtout avec ce sujet-là ? Qu'avait-il donc fait pour mériter tout ça ? Ne voyait-il pas à quel point c'était chiant d'être considéré comme un pédé au lycée, les remarques, les humiliations et tout ce qui allait avec ? Ne voyait-il pas à quel point c'était dur, surtout quand on était seul ?
Draco, quel bel enfoiré…
Après cette galerie, remplie de statues et bustes de divinités, empereurs ou encore membres de la famille impériale, s'en suivirent d'autres pièces plus modestes, par rapport à la grande salle ronde où trônait une immense et large vasque, posée en plein milieu, de gigantesques statues de dieux et d'empereurs divinisés l'entourant, tels que Hercule, Auguste, Antinoüs… Une salle qui vendait du rêve, comme disait Blaise. Le genre de salle qui vous fait sentir tout petit, face au temps qui passe, à l'immensité des œuvres humaines…
Les statues ne cessaient de défiler, des représentations de masques de théâtre, des sarcophages, la fameuse statue de Laocoon et de ses fils, portraits funéraires… Cette ambiance si particulière crée par l'exposition de toutes ces statues romaines, le plus souvent copies de statues grecques, prit fin de façon assez nette avec un changement de décor assez impressionnant. En réalité, dans les musées du Vatican, les tableaux n'étaient pas accrochés aux murs : ils étaient peints sur les murs. D'immenses fresques recouvraient les murs et les plafonds, complétés de riches dorures et de statues.
Les garçons, même Blaise, regardèrent les plafonds à s'en donner mal au cou. C'était à ne plus savoir où regarder, d'autant plus que les plafonds étaient d'une richesse à couper le souffle. Harry et Théodore les mitraillaient en espérant pouvoir mieux en regarder les détails une fois sur ordinateurs, grâce au zoom. C'était… magique. Du moins pour Harry, qui avait tellement attendu cette visite qu'il se sentait à présent comme un gamin dans un parc d'attractions. Tous ses soucis s'envolèrent.
Les salles et les couloirs se succédèrent, avec des murs et des plafonds tous plus beaux les uns que les autres. La Chapelle Sixtine, si célèbre, semblait introuvable, surtout pour les retardataires et les trainards qui prenaient leur temps en queue de peloton. Harry en faisait partie, car pour lui, il y avait des choses plus belles à voir que cette fameuse chapelle, dont il était quasiment impossible de voir distinctement ce célèbre tableau de Michel-Ange. Ils y parvinrent pourtant, tant bien que mal, rejoignant le reste de la classe sur les nerfs car obligés de les attendre.
Quand le jeune homme entra dans ce fameux lieu de rassemblement du conclave, la salle lui parut immense, de par la hauteur du plafond, la taille de la pièce mais aussi et surtout tous ces gens amassés, les bras levés en dépit des interdictions, tentant de prendre en photo cette mythique peinture. Harry fit forcément partie de ceux-là, son appareil-photo lui permettant de capturer l'image d'une manière correcte, et quand il voulut s'intéresser aux autres peintures sur les murs, comme cette gigantesque fresque derrière un Christ crucifié, il se sentit mal au milieu de toute cette population. Alors, après quelques clichés, il battit en retraite en direction de la sortie de la pièce. Et quand il fut dehors, il se rendit compte qu'il avait Draco sur ses talons.
Ils attendirent gentiment à l'extérieur en discutant, le temps que Théodore et Blaise aient terminé ou se soient décidés à quitter la pièce surpeuplée. Adossé contre un mur, Harry regardait les clichés qu'il avait pris, plutôt satisfait, Draco posté juste devant lui regardant lui aussi l'écran. Le blond était très proche de lui, les mains dans les poches et son sac sur l'épaule, leurs cheveux s'effleurant par instants. Ils auraient presque pu se toucher.
Presque.
Presque…
OoO
Le soleil de l'extérieur l'éblouit. Il n'aurait su dire le temps qu'il avait passé dans la Basilique Saint-Pierre de Rome, mais pour lui, c'était comme si des heures et des heures s'étaient écoulées, et pourtant, il avait l'impression d'avoir manqué plein de choses. Ce bâtiment était si grand et si beau, avec ses coupoles, ses dorures, ses peintures, ses sculptures… Un véritable chef-d'œuvre. Si grand, si majestueux…
C'était sans doute ce qu'il avait préféré depuis qu'il était arrivé à Rome, plus encore que le Vatican, et pourtant, ses musées l'avaient impressionné comme jamais. Il s'était senti étonnamment ému en pénétrant dans la basilique, et pourtant, il n'était pas particulièrement croyant. C'était sans doute dû aux visages des statues exposées dans les renfoncements des murs, mais aussi, et surtout, à la statue de Saint-Pierre, en pierre noire. Il était seul à ce moment-là, et quand il avait baissé les yeux vers les pieds de la sculpture, il avait remarqué à quel point ses pieds étaient lisses, surtout le gauche. Les caresses des fidèles depuis des siècles avaient poli ses pieds. Il avait trouvé ça beau.
L'instant avait été court, car ce bourrin de Blaise n'avait pas tardé à arriver, brisant cette espèce de quiétude et d'émotion qui l'avaient apaisé. Rapidement, histoire qu'il cesse de jacasser, Harry lui montra les pieds de la statue de l'apôtre, et comme un gamin, Blaise s'était étonné et avait touché à plusieurs reprises la pierre lisse et douce. Ils étaient alors seuls tous les deux, et pour la première fois depuis qu'il avait mis les pieds dans la basilique, le black sembla véritablement intéressé par ce qu'il voyait.
« C'est marrant comme tout peut être simple quand c'est toi qui en parles. Draco me prend toujours la tête avec ses explications…
- Disons qu'il est un peu comme Hermione. Tu lui poses une question, il te parle de la naissance du monde avant d'envisager de te répondre…
- Putain c'est exactement ça !
- Blaise, par pitié, nous sommes dans un lieu saint, ne jure pas comme ça… »
Ce type était intenable. Adorable par moments, mais intenable. Ils marchaient tous deux tranquillement dans la nef, en direction de la sortie, sans trop savoir où se trouvaient Draco et Théodore.
« Ah, pardon… C'est pas trop mon truc, les églises.
- Si j'étais Draco, je t'expliquerais le pourquoi du comment ceci n'est pas une église mais une basilique.
- Mais par chance, tu n'es pas Draco, donc tu vas éviter ! Tu sais, blague à part, vous auriez vraiment pu vous entendre, avec Draco, si Weasley n'était pas aussi con. »
Harry, qui pouffait quelques secondes plus tôt, fronça les sourcils et l'interrogea du regard. Blaise était bien plus grand que lui, plus grand même que Draco d'ailleurs, et il était étonné de l'entendre parler de ça. De l'entendre lui parler tout court, même.
« Je ne comprends pas.
- Bah Weasley s'est toujours mis entre vous. Mais vous auriez pu vous entendre. »
Ce n'était pas faux. Enfin, Harry ne l'avait jamais vu de cette manière-là, mais ce n'était pas la première fois qu'il entendait ce genre de sous-entendus de la part des garçons depuis qu'ils étaient à Rome. Dans un sens, c'était vrai que Ron était sans cesse entre lui et Draco, mais il avait ce comportement avec quasiment tout le monde en fait, que ce soit ses ennemis ou non. Il était du genre possessif et n'aimait pas particulièrement que Harry partage des moments intimes avec d'autres que lui, et chez Ron, le mot « intime » était très large. D'un autre côté, le rouquin lui-même passait la plupart de son temps avec Harry. Dans un sens, c'était réciproque.
Sauf que depuis que Ron ne lui parlait plus, celui qui était tout seul la majeure partie du temps, c'était Harry. Celui qui ne parvenait pas à se faire de nouveaux amis, à s'ouvrir et à tirer un trait sur leur amitié, c'était encore et toujours Harry.
« Ça t'aurait plu ?
- De quoi ?
- Qu'on devienne amis.
- Draco a toujours voulu être ton ami, même quand vous vous détestiez. Je suis pas possessif. »
Comment étaient-ils devenus ennemis, à onze ans à peine ? Harry n'aurait su le dire. Le courant avait eu du mal à passer, voilà tout, Harry était un grand timide et Draco un garçon trop sûr de lui, et puis il s'était disputé avec Ron, garçon avec lequel le brun avait rapidement sympathisé, tout avait commencé ainsi. Ils avaient surenchéri, poussé le bouchon de plus en plus loin, en étaient parfois venus aux mains… Ils étaient des gamins, et aucun d'eux n'auraient sans doute accepté l'idée que, dans le fond, ils auraient aimé s'entendre. Leur entrée au lycée avait changé la donne. Du moins pour Harry, et visiblement, pour Draco aussi. Et même s'il ne s'était jamais rien passé… c'était vrai qu'il aurait aimé s'entendre avec le blond.
Et l'idée que ce dernier souhaite la même chose le rendait toute chose.
« Ah bon ?
- Ouais. On est con quand on est gamin.
- J'avoue.
- Et puis vous vous entendez plutôt bien, en fait, donc ça doit pas vraiment t'étonner.
- Ouais. »
Ils avaient tous décidé de s'y mettre, décidément… Entre Draco et ses sous-entendus, Théodore qui lui parlait du mariage gay, Blaise et cette amitié loupée… Harry ne savait plus s'ils étaient en train de le tester ou s'ils étaient honnêtes. Cela faisait trois ans qu'ils ne s'étaient pas fait mutuellement de sales coups et ils n'avaient certainement pas été les plus emmerdeurs quand les rumeurs s'étaient répandues.
Le problème principal, en réalité, c'était que Draco semblait flirter avec lui et que Harry ne savait pas s'il était sérieux et ça lui faisait plaisir.
Les œillères placées depuis des années, et surtout depuis quelques mois, de chaque côté de sa tête semblaient plus solides qu'elles n'y paraissaient.
Pour une fois, ils ne furent pas les derniers à quitter le lieu saint, et la lumière chaude du soleil les éblouit quelques minutes, le temps que leurs yeux habitués à la pénombre de la basilique se réhabituent. Entre temps, ils avaient retrouvé Draco et Théodore. Ils glandèrent dans un coin, à l'ombre, et discutèrent un peu en attendant les retardataires. Certains élèves de leur classe s'étaient carrément assis par terre, fatigués. Ils avaient eu une longue journée, entre la visite à rallonge du Vatican, leur déjeuner dans la cafétéria, les uns grignotant leur sandwich et les autres préférant une bonne part de pizza. Puis, ils avaient fait le tour pour aller visiter la basilique, faisant la queue pour la seconde fois de la journée, les professeurs veillant bien à ce que les filles soient bien couvertes au niveau des épaules et des genoux.
Hermione sortit de la basilique après eux, et à peine les portes franchies qu'elle chercha Harry des yeux et fonça vers lui, s'incrustant dans le groupe, ce qui sembla contrarier un court instant les garçons. Surtout Draco, en fait, qui en dépit de son air relativement aimable fit bien comprendre à la jeune fille qu'elle n'était pas vraiment la bienvenue, rapidement suivit par Blaise, Théodore demeurant un peu plus neutre. Déjà au déjeuner, elle s'était incrustée à la table de six avec sa copine Lavande, s'asseyant juste à côté de Harry et l'autre près de Draco, ce qui avait paru lui plaire, avant de rapidement déchanter. Le blond ne semblait pas apprécier la manœuvre et aurait visiblement préféré qu'elles ne s'incrustent pas.
Dans un sens, Harry aurait préféré aussi, car il trouvait Hermione assez lourde, possessive, une attitude qu'elle n'avait jamais eue jusque-là. Il avait laissé faire, pensant sérieusement que Draco garderait ses petites remarques et attentions pour lui. Ce qui fut en effet le cas. Mais ses pieds ne restèrent pas sagement sous sa chaise, loin de là… Si un jour on lui avait dit que le plus beau mec de la classe lui ferait du pied à la cafétéria des musées du Vatican, il ne l'aurait sans doute jamais cru. Pas plus qu'il n'aurait cru voir un jour sa meilleure amie se montrer presque jalouse envers le jeune homme.
Le reste fut un peu de la balade et glandouille non loin du Vatican et de la place Saint-Pierre, une bonne glace à la main. Rapidement, Hermione disparut de son sillage et il n'y eut plus que Draco, si sage durant la visite des musées, mis à part devant la statue de Ganymède, et surtout dans la basilique. Harry le laissa monopoliser son attention et tenter quelques approches. C'était un peu comme si la petite conversation qu'il avait eue avec Blaise l'avait apaisé. Il n'était sûr de rien, mais il avait décidé de laisser un peu les choses se faire. Et Draco avait parfaitement compris le message…
Ce fut lui d'ailleurs qui proposa d'aller manger une glace : il faisait chaud et ils commençaient à avoir un peu faim. Au moment où Harry chercha dans son sac pour payer sa glace, ayant du mal à attraper son porte-monnaie, Draco lui dit qu'il offrait les glaces. Harry n'eut même pas le temps de protester que le blond lui tendait son cornet alors que les deux autres attrapaient les leurs, trop heureux de ce petit cadeau.
Et un nouveau flirt s'instaura entre eux. Cette fois-ci, Harry ne pouvait pas dire qu'il l'avait rêvé. Vu la petite attention du blond, qui lui avait fait plaisir, le brun se devait bien de baisser sa garde, et Draco en profita sans trop s'en cacher, en dépit de la présence de ses deux amis qui firent comme si tout était normal. La seule fois où ils lui firent remarquer son comportement quelque peu ambigu, ce fut quand le blond s'étonna du goût que le brun avait choisi, violette, et que ce dernier lui proposa naturellement de gouter, lui tendant sa glace, dans laquelle Draco planta sa petite cuillère en plastique. Aussitôt, Blaise sauta sur l'occasion et se moqua ouvertement de lui... jusqu'à ce que Théodore pique lui aussi un petit bout de crème glacée, les faisant entrer dans un fou rire assez phénoménal…
Puis, un quart d'heure avant que la classe ne retourne au point de rendez-vous, Théodore et Blaise laissèrent Draco tout seul avec Harry, de façon assez discrète mais tout de même très nette. Lui qui avait lutté et essayé de ne rien voir ni comprendre durant ces quelques jours dut se résoudre : Draco le draguait, de façon discrète et gentille, sans rentre-dedans et mots trop francs, et semblait clairement intéressé par lui. Il le voyait dans ses yeux, dans sa façon de lui sourire, aussi, ou de lui toucher le bras, la main.
Draco se laissait aller, comme il ne l'avait encore jamais fait avec Harry. Et pourtant, quand il y réfléchissait, à plusieurs reprises Draco avait essayé de l'approcher, de façon purement amicale, et parfois de façon un peu plus poussée, sous-entendus, regards appuyés et effleurements à l'appui. Jusque-là, Harry avait mis tous ces moments-là dans un coin de sa tête pour les oublier. C'était mieux ainsi. Il se rappelait encore des avances que Draco lui avait faites, au moment où les rumeurs à son propos avaient atteint leur summum, mais il avait pris ça pour de la moquerie, du mauvais goût, une tentative comme une autre d'avoir le fin mot de cette histoire.
Et Harry ne voulait pas que ça se sache.
C'était plus simple si personne ne savait. C'était ce qu'il s'était dit et c'était ce à quoi il s'était accroché durant ces deniers mois.
En toute honnêteté, Harry ne savait pas vraiment pourquoi il laissait Draco venir ainsi vers lui, alors que jusque-là, il avait dressé des barrières entre eux. Était-ce voyage, l'indifférence totale de Ron, le bac qui approchait et la promesse d'une plus grande liberté ? Ou était-il en train d'accepter que Draco lui plaisait encore, que ce béguin d'adolescent qu'il avait eu des années plus tôt existait toujours, et que le blond semblait avoir des sentiments réciproques ?
Là, tout de suite, Harry avait simplement envie de se laisser aller, et d'arrêter de réfléchir. Ç'avait été bon, la veille, quand Draco lui avait attrapé le bras, le poignet, quand il l'avait regardé et souri, par moments. Et ce petit quart d'heure entre eux, sous le chaud soleil d'Italie, une glace bien entamée à la main, ce fut encore meilleur, car il était le centre de toutes ses attentions.
C'était un peu comme si tous ces sentiments qu'il avait enfouis au plus profond de son être refaisaient surface…
Puis, il fallut rentrer, ce qui sembla le décevoir autant que Draco, et même le reste de sa classe. Ils étaient épuisés par cette longue marche dans les musées du Vatican et la basilique qui avait suivi, mais le temps était si agréable qu'ils seraient bien restés encore un peu dehors. Petit à petit, ils entamèrent le chemin du retour en direction de Termini. Helena, pressentant peut-être leur fatigue, revint les chercher avec sa voiture, au grand plaisir des garçons qui firent jaser leurs camarades en rentrant en grande pompe dans la voiture, plus petite cette fois, de la retraitée.
Une fois arrivé dans la maison d'Helena, le petit groupe alla saluer son époux, discuta quelques minutes avec lui dans un anglais approximatif, puis remonta dans leurs chambres. Alors que Draco s'écroulait dans son lit, Harry s'asseyait devant sa valise pour vider son sac de toutes ses emplettes, à savoir des crucifix pour la plupart. Sa mère était très croyante et lui avait donné un gros billet pour qu'il en ramène à la famille. Il était bien resté un quart d'heure devant la vitrine pour en choisir un pour sa mère et Théodore l'avait aidé à choisir, vu qu'il était dans le même cas de figure.
Une fois qu'il eut tout rangé, il s'assit enfin sur son lit et laissa ses jambes et ses pieds se reposer quelques minutes. Draco, lui, ne bougeait plus, une main sur le front et les yeux clos. Ils restèrent un long moment ainsi, dans un silence détendu, presque complice, jusqu'à ce que Blaise vienne toquer à la porte et entre dans la chambre avec Théodore. Les deux garçons investirent les lieux, s'installant sur les lits. Le blond ne bougea pas d'un centimètre quand le black voulut s'assoir sur le lit, il fallut qu'il pousse ses jambes pour pouvoir enfin se poser…
« Sérieux t'abuses Dray, t'es qu'un gros feignant !
- T'avais qu'à rester dans ta chambre…
- C'est quand même un comble ! T'es celui qui se lève le plus tard et c'est toi le plus fatigué ! On dirait une gonzesse !
- Même les filles sont plus vivaces que lui…
- Carrément !
- Vous avez fini oui ? »
Installé sur son lit, Harry regarda Blaise embêter le blond, qui lui répondait mollement, comme un enfant qui avait envie de faire la sieste et qui lutte pour garder les yeux ouverts. Il n'aurait su dire s'il était vraiment fatigué ou s'il jouait la comédie, mais en tous les cas, Blaise était en grande forme.
Ils dînèrent un peu plus tard avec le couple, ce qui était toujours un moment très bien accueilli par les lycéens. La cuisine d'Helena était excellente, surtout comparée à ce que certains bouffaient tous les soirs et tous les midis, et de plus, le couple était agréable à vivre, discutant avec eux sans trop les abrutir de questions ou de remarques plus ou moins amusantes.
Avant de remonter dans la chambre, Harry alla sur l'ordinateur et se battit quelques minutes avec ce maudit clavier Qwerty pour envoyer un mail à ses parents, ce qu'il faisait tous les soirs. En l'attendant, les autres garçons glandaient dans le salon, et quand il eut terminé, ce fut au tout de Blaise d'envoyer un message à sa mère, qui lui aurait pris la tête s'il l'avait laissée sans nouvelles. Les deux autres passèrent leur tour, comme tous les soirs d'ailleurs.
Cette fois-ci, ils passèrent la soirée dans la chambre de Harry et Draco, les deux autres ayant décidé de changer un peu les rôles et entrant d'eux-mêmes dans la chambre. En les voyant faire, Draco grogna pour la forme et pesta en les voyant tous les deux sur son lit, Harry s'étant déjà assis sur le sien, son appareil photo dans les mains. Alors, le plus naturellement du monde, Draco s'assit sur le lit avant de s'y allonger, la tête sur les cuisses du brun. Brun qui piqua un fard monstrueux tandis que les deux autres se mettaient à rire comme des baleines…
« Putain Dray tu m'as tué !
- T'abuses, sérieux…
- Vous n'aviez qu'à pas me piquer mon lit, boulets !
- T'es pas possible, toi…
- Hein ? »
Le blond leva son visage vers lui. Harry sentait ses joues brûler, l'embarras devait se lire sur son visage, et il n'aurait su dire s'il était content ou non d'avoir la tête de Draco sur ses cuisses. Et dans ses yeux bleus levés vers lui, Harry lut une sorte d'interrogation, comme s'il voulait être certain que ça ne le dérangeait pas.
Harry décida que non.
« T'es pas possible. Y'a pas d'autres endroits où t'installer ?
- Pour être allongé, non. Si je mets ma tête sur ton oreiller, je vais m'endormir.
- T'es si fatigué que ça ?
- Draco est le roi du dodo ! »
Ça, il l'avait remarqué depuis qu'ils étaient arrivés à Rome… Le brun haussa les épaules et le laissa alors faire. Le blond se réinstalla de façon à pouvoir voir ses deux meilleurs amis et la soirée débuta. Rapidement, le fait que Draco soit allongé sur son lit, la tête sur ses cuisses et sa main se posant fréquemment sur sa jambe sur son genou, ne sembla plus déranger personne, à part Harry, forcément. Par moments, il sentait ses doigts pâles tripoter ou caresser son jean, et sa peau juste en dessous, de façon plus ou moins inconsciente.
Ces gestes presque intimes le perturbaient plus qu'il ne l'aurait cru. Peut-être parce que c'était trop rapide, trop simple. Peut-être parce que le blond avait une facilité presque dérangeante à venir vers lui, le draguer et le toucher, alors qu'aucun garçon, qu'il ait apprécié ou non, n'y était parvenu jusque-là. Ce voyage à quatre, c'était comme une opportunité pour lui, une meilleure liberté de mouvement, pour l'approcher, flirter, l'embraser… Le pire était sans doute qu'il se laissait faire. Il s'était laissé faire la veille, toute cette journée, cet après-midi et ce soir aussi. Pourtant, il était évident que Draco, s'il avait été fatigué à un moment donné, avait retrouvé la pêche et riait de bon cœur aux délires de ses amis.
Au bout d'un moment, Blaise et Théodore repartirent sur la faculté qu'avait Draco de s'endormir n'importe où et n'importe quand, ce qui énerva très rapidement le blond. Visiblement, il n'aimait pas trop quand on se moquait de lui à ce propos…
« Hey Théo, tu rappelles quand il faisait ses crises de somnambulisme ?
- Oh putain ouais !
- Arrêtez…
- Il était flippant !
- Qu'est-ce qu'il a fait ?
- En fait, un week-end, on a dormi chez lui avec Théo. On avait, quoi, treize, quatorze ans ? Bah il est sorti de la maison !
- T'es pas sérieux ?!
- Si si ! Il s'est levé et il s'est barré, en pyjama ! Mais la tronche de son père et de sa mère quand on est allé les voir, en panique, parce que Draco était plus dans la chambre et on le trouvait nulle part ! »
Harry éclata de rire en imaginant l'adolescent en pyjama, marchant tranquillement dans son jardin en pyjama. Draco leur gueula qu'ils n'étaient que des sales traitres, que ce n'était pas de sa faute et qu'il avait juste eu l'impression à ce moment-là de vivre un rêve particulièrement réaliste ! Ah ça, pour être réaliste, lui fit Théodore en riant. Le blond jeta un sale regard à Harry qui ne parvenait plus à sortir de son fou rire, entretenu par les deux autres garçons, qui balançaient d'autres détails, faisant virer le si pâle Draco au rouge tomate.
« Je vous méprise, les mecs…
- Nous aussi on t'aime Dray ! »
Comme pour l'apaiser, Harry posa la main dans ses cheveux blonds et les caressa gentiment, comme il l'aurait fait avec un petit chien. Ce qui attira d'autres moqueries et le mécontentement encore plus croissant du blond qui semblait au bord de l'implosion. Le brun retira vite sa main mais Draco la récupéra et la posa d'autorité sur sa tête.
« Fais-toi pardonner, sinon je te déteste vraiment.
- Ah, c'est vrai que non seulement Draco est le roi du dodo, il est aussi le roi des caresses dans les cheveux.
- Je t'emmerde, Théo.
- Je croyais que tu détestais qu'on te touche les cheveux ?
- Je ne supporte pas que n'importe qui me touche les cheveux, nuance.
- Mais Harry n'est pas n'importe qui…
- Blaise, je t'invite cordialement à aller aux chiottes et à me lâcher. »
Entre temps, Harry s'était mis à lui caresser les cheveux, d'abord timidement, puis avec un peu plus de franchise, presque de savoir-faire. Forcément, les deux autres se moquèrent de lui, accusant le blond d'avoir posé sa tête sur ses cuisses juste pour avoir des câlins, ils l'avaient grillé depuis le début. Ce à quoi Draco répondit en leur tirant aristocratiquement la langue.
Au fil des minutes, le jeune homme perdit de son enthousiasme, bercé par les caresses. À un moment donné, Théodore récupéra son appareil photo qu'il avait laissé sur la table de chevet avant le dîner et prit quelques clichés, faisant fi du regard noir de son meilleur ami. Harry protesta mais ne put guère lutter, dans la position où il était. Et puis, ce n'était pas méchant. C'était ce qu'il se disait pour se rassurer, du moins.
Puis, il fut l'heure de se séparer, Helena venant toquer comme tous les soirs à la porte pour qu'ils se couchent. Quand les deux garçons furent partis, le blond resta allongé, apparemment peu décidé à se redresser. Bien au contraire, il ferma les yeux et les caresses se firent un peu plus appuyées, un peu plus dispersées, vers le cou, les tempes. Il aimait toucher ses fins cheveux blonds, sentait son cœur s'emballer dans sa poitrine quand ses doigts s'en allaient un peu plus loin que Draco ne réagissait pas, mis à part quelques soupirs à peine audibles. Comme le matin même, Harry crut qu'il s'était endormi.
Lentement, il se pencha vers lui. Son souffle balaya sa peau, ses cheveux blond si clair. Doucement, comme une légère caresse, il déposa un baiser dans ses cheveux. À peine eut-il fait ce geste qu'il le regretta, la main du blond s'enroulant aussitôt autour de la sienne, posée dans son cou. Son pouce caressa doucement le dos de sa main. Harry n'eut même pas le temps de se maudire pour ce coup de tête qu'il était déjà perdu face à l'attitude du blond qui garda les yeux clos et la tête sur le côté.
« Il faut aller dormir. »
Ces quelques mots furent comme un murmure, et alors seulement Draco se décida à rouvrir les yeux et lever son regard vers lui. Il lui fit un léger sourire. Si particulièrement gentil, ni moqueur, ni séducteur. Plus… doux. Gêné. Le genre de sourire qu'on fait quand on ne sait pas quoi faire d'autre.
Puis, il se redressa sur ses bras, sans le lâcher du regard. Dans sa poitrine, Harry sentait son cœur battre la chamade, s'emballer comme jamais. Il se sentait tout petit face à Draco, son regard bleu et son si beau visage, comparé au sien, enlaidi par ses lunettes, ses yeux trop grands…
Lentement, Draco se pencha vers lui et l'embrassa sur la joue. Le contact fut électrique, brûlant. Son cœur lui faisait mal, à battre comme ça dans son torse, tapant contre sa cage thoracique. Il avait envie de parler, de lui dire quelque chose, qu'il ne savait pas ce qu'il lui avait pris, qu'il ne savait plus où il était, que Ron…
Ron…
Il avait envie de lui dire que Ron ne voulait plus de lui parce qu'il était pédé. Et que les mots qu'il avait employés ce jour-là lui avait fait tellement mal que tout ce qu'il avait pu ressentir, pour des béguins d'un jour ou des amours de jeunesse, furent enfouis au plus profond de son cœur, pour ne plus jamais en sortir…
Mais Draco le devança, se reculant avant de le regarder droit dans les yeux, le visage plus sérieux.
« Je sais que t'assumes pas. Mais moi, oui. Mes parents savent que je suis homo. Tu me plais Harry, vraiment. Enfin, c'est pas comme si c'était la première fois que je te draguais… mais c'est la première fois que tu me réponds vraiment. Alors… Penses-y. S'il te plait. Je suis prêt à me cacher, Blaise et Théo ne diront jamais rien. Ils sont pas comme ça. Je ne te demande pas une réponse tout de suite, mais… penses-y. Je suis vraiment sérieux. »
Tout dans son visage, son regard qui avait tendance à le fuir et dans ses mots le montrait. Il se leva, lui fit un léger sourire avant de se coucher, mettant ainsi fin à la conversation.
Et laissant Harry avec ses doutes, ses interrogations, son cœur qui battait trop fort et tout ce qui se mélangeait dans sa tête…
OoO
Il était sans doute allé trop vite. Ce fut sa première pensée quand le réveil sonna dans la chambre et que Harry se leva pour aller s'habiller. Il avait bien dormi la nuit dernière, uniquement parce qu'il avait cette étrange faculté d'être capable de s'endormir n'importe où et n'importe quand. Mais à peine avait-il ouvert les yeux qu'un mélange d'angoisse et de culpabilité lui étreignait le cœur.
Draco était allé un peu trop loin la veille. Il fallait dire aussi que Harry lui avait laissé bien plus d'ouvertures en si peu de jours qu'en trois longues années. Il y avait d'abord eu cette amitié naissante, le premier jour, puis ce léger flirt entre eux, et enfin ces instants complices, sa main dans ses cheveux, dans son cou… Ce léger baiser dans ses cheveux blonds…
C'était ça qui l'avait fait complètement craquer.
Ce voyage, c'était l'espérance d'une nouvelle chance.
Au moment où Harry, tout échevelé, le regard perdu et le visage si triste, leur avait demandé s'il pouvait se mettre avec eux pour le voyage, son cœur s'était mis à tambouriner comme un fou dans sa poitrine. Sur le coup, il n'avait pas su répondre, tout ce qu'il aurait pu dire, de bon ou de mauvais, s'était bloqué dans sa gorge. Cela faisait trois ans qu'il avait accepté ce putain de béguin pour Harry, des mois qu'il tentait comme il le pouvait de l'approcher, lui glisser des sous-entendus et essayer de toucher son cœur, sans trop savoir s'il était homo ou non, si ces rumeurs qui circulaient sur lui étaient vraies. Ce qui s'était présenté comme une chance, il n'aurait su dire à ce moment-là si c'en était vraiment une.
C'était Théodore qui avait répondu, avant que Blaise ne se remette de ses émotions et envoie Harry bouler. Ses amis, ils étaient un peu comme deux parts de lui : il y avait celle qui aurait tout donné pour passer une semaine avec le brun, et une autre qui lui aurait craché toutes les atrocités possibles à la figure, pourvu qu'il ne l'approche plus. Il y avait celle qui voulait le voir avancer et l'autre qui voulait le protéger…
Une fois qu'il eut vraiment digéré l'idée qu'il allait passer une semaine à Rome avec Harry, Draco s'était senti comme sur un petit nuage. Il avait essayé les mois suivants de renouer un dialogue avec lui, mais en vain. Il y avait eu quelques échanges, intéressants parfois, mais Harry demeurait sur la défensive, à cause des rumeurs, qui avaient envenimé quelque peu leurs relations d'ailleurs quand Draco avait essayé d'en savoir plus et de le draguer par la même occasion, mais aussi à cause de Weasley.
Toujours pareil, de toute façon.
Weasley avait toujours été entre eux. Que ce soit au collège ou au lycée. C'était bien pour ça qu'il n'y avait jamais rien eu entre lui et Harry, pas même de l'amitié : Weasley était du genre possessif et Harry était trop proche, trop intime avec lui pour aller à l'encontre de ce qu'il avait décidé. Il ne voulait pas se prendre la tête. Et même quand le rouquin n'était pas là, c'était comme si le mur qui avait été érigé entre eux existait toujours, ce qui avait beaucoup énervé Blaise. Ce dernier aurait voulu que Harry fasse le premier pas vers eux, sans chercher à comprendre pourquoi il ne le faisait pas.
Sans jamais vraiment comprendre qu'il n'allait pas bien.
Draco avait rapidement décidé de ne pas lui en vouloir et de tenter sa chance durant le voyage. Il espérait que Harry soit un peu plus ouvert et qu'il se laisserait faire. Sinon, il laisserait tomber définitivement l'affaire. Enfin, c'était ce qu'il se répétait depuis trois ans, mais là, il aurait vraiment l'occasion de nouer un lien avec Harry, quel qu'il soit.
Et il s'était ouvert.
Petit à petit.
L'air de rien, sans trop s'en rendre compte.
Et la veille…
La veille, alors qu'ils étaient dans la voiture d'Helena, Draco s'était dit qu'il continuerait à le draguer de cette manière-là, vu qu'il était très réceptif, jusqu'à la fin de la semaine, et qu'alors il essaierait de l'embrasser. Sur la joue, d'abord, histoire de ne pas le brusquer, et peut-être sur la bouche. Il en rêvait, de sa bouche. De ses cheveux, de ses yeux, de ses mains… Ça faisait trois ans qu'il en rêvait. Et il était prêt à prendre son temps, pourvu que ce genre de journée ait lieu encore et encore…
Et puis, il avait craqué. Parce que Harry l'avait laissé faire, quand il s'était allongé, il avait été trop tendre avec lui, trop tendre pour sa propre santé. C'était quelque chose qui l'avait toujours attiré, chez lui, cette gentillesse, cette tendresse, cette douceur discrète mais bien présente… Et puis enfin, son baiser, aussi léger qu'une plume, dans ses cheveux. C'était qui l'avait fait craquer. C'était trop pour lui.
Alors il avait pris sa main, et sur un coup de tête, en dépit de son visage aussi surpris qu'étonné et anxieux, il lui avait rendu son baiser, sur la joue. Et lui avait avoué ses sentiments. Un peu. Pas trop trop. Mais il assumait, et il aurait voulu quelque chose avec lui…
Et peut-être n'aurait-il pas dû.
Draco était allé trop vite et il le savait. Harry n'était pas prêt à assumer tout ça, ni son homosexualité, ni une quelconque relation avec un mec, encore moins avec lui. Il avait besoin de réfléchir, tout ne se faisait pas en deux jours… mais n'était-ce pas le signe qu'il avait lui aussi des sentiments pour lui, au moins une attirance ? Draco se sentit fatigué de toutes ces interrogations. Il verrait bien. Il attendrait. La balle était dans le camp de Harry, à lui de la lui renvoyer.
La porte de la chambre se rouvrit et Draco feignit de dormir. Le premier matin où Harry l'avait réveillé de façon aussi délicieuse, le blond s'était vraiment rendormi après qu'il ait quitté la pièce. Le matin suivant, il avait fait semblant, espérant que le brun ait le même genre d'attention, et il ne s'attendait absolument pas à ce qu'il continue à lui caresser les cheveux quand il le lui avait demandé. C'était bien pour ça qu'il lui avait demandé de le faire la veille… Alors, en dépit de ce qui s'était passé, Draco espéra que son camarade aurait le même genre d'attention à son égard.
Draco l'écouta refermer la porte, poser ses affaires sur sa valise, comme il le faisait tous les matins, tripoter deux, trois trucs, puis il cessa de bouger. Sans doute regardait-il son lit, comme d'habitude. Puis, il se décida à s'assoir près de lui, sur le matelas, et à poser sa main sur son épaule pour la secouer gentiment en l'appelant. Draco garda les yeux clos, plein d'espoir. Il faillit sursauter quand il sentit enfin ses doigts lui chatouiller la nuque et lui toucher les cheveux. Comme tous les matins.
Peut-être n'était-il pas allé aussi loin qu'il l'avait cru, en fait.
Quelques secondes plus tard, le jeune homme ouvrit les yeux et croisa le regard de Harry. Bon Dieu, quels incroyables yeux verts il avait… Il avait ce léger sourire sur les lèvres, un peu amusé.
« Allez Draco, on se lève. Et non, pas de cinq minutes, Blaise et Théodore sont déjà en bas.
- Dommage. J'aurais pas été contre une séance de pelotage de cheveux. »
Harry eut un rire. Le genre de rire qu'il adorait et qu'il aimait encore plus quand c'était grâce à lui qu'il existait.
« Tu l'as déjà eu hier.
- C'est addictif.
- Allez, va te changer. »
Draco se redressa sur son lit puis se pencha pour planter un baiser rapide mais appuyé sur sa joue. Aussitôt, surpris, Harry porta la main à sa joue, bouche bée et sûrement tout rouge. Le sourire taquin, Draco rejeta ses draps sur le côté et quitta son lit, se trainant sur le matelas avant d'attraper ses affaires et aller dans la salle de bain.
OoO
La matinée fila à une vitesse impressionnante. Peut-être parce que les lycées étaient surexcités à l'idée de visiter le Colisée, juste après le déjeuner, et peut-être parce que Harry resta toujours dans son sillage, Blaise et Théodore se faisant un peu plus discrets. Ou peut-être un peu des deux.
Ses amis savaient quand se faire discrets, et apparemment, leur attitude n'échappait absolument pas à Harry. Il le voyait à son regard, quand il se rendait compte qu'ils étaient seuls ou quand il les cherchait mécaniquement des yeux. Pour Draco, c'était évident que ses amis essaieraient de se faire les plus discrets possible quand la situation s'y prêterait. Ils savaient pertinemment que le blond avait Harry dans le viseur. Depuis des années, d'ailleurs. C'était en partie pour cela qu'ils étaient aussi fusionnels : Draco leur avait avoué son homosexualité quand il avait quinze ans et ses deux amis l'avaient accepté. Enfin… Blaise avait eu une phase un peu homophobe. Ils étaient jeunes et cons. Mais cette phase avait complètement disparu quand son meilleur ami lui avait avoué qu'il préférait les garçons.
L'acceptation de ses amis l'avait aidé à assumer et à en parler avec ses parents. Sa mère avait très mal digéré la nouvelle, son père avait fait la grimace, avait essayé de lui expliquer le pourquoi du comment c'était mal, puis il avait lâché l'affaire et lui avait ordonné de ne rien lui cacher et surtout de se protéger. En réalité, il n'y avait que son père qui avait accepté sa sexualité, il avait été bien plus ouvert qu'il ne l'aurait cru. C'était peut-être dû à leur divorce, qui avait eu lieu peu de temps auparavant. Sa mère avait fait un blocage, mettant tout sur le dos de leur séparation. Son père avait choisi de ne pas perdre son fils.
Visiblement, Harry ne bénéficiait pas du même soutien. Sans doute n'en avait-il parlé à personne, alors qu'aux yeux de Draco, c'était évident qu'il était homosexuel, et ce n'était pas seulement à cause de cette histoire de rumeurs. Mais entre cette dispute avec Weasley, ses parents, ce qui devait bouillonner dans sa tête… Ce n'était évident pour personne. Ni pour Harry, ni même pour Draco. À la différence près que l'entourage proche du blond était au courant et qu'il vivait avec son père, sévère au possible mais tolérant.
Voir Harry s'ouvrir encore un peu plus à lui durant cette matinée, répondant gentiment à ses avances que ce soit ses effleurements, ses regards ou sous-entendus, tout cela le remplissait de plaisir. C'était comme si tout ce qu'il avait espéré ces trois dernières années lui était enfin accessible. À un moment donné, Harry lui avait confié son sac pour aller aux toilettes, ce qu'il n'avait encore jamais fait, et cela avait été tellement difficile de contenir cette espèce de fierté d'avoir enfin acquis un peu de sa confiance que Blaise s'était foutu de lui jusqu'à ce qu'il sorte enfin des toilettes avec Théodore, qui les avait regardés d'un air très suspect avant de récupérer ses affaires, pendues à l'épaule du black. C'était très con. Mais c'était toujours ça de gagné.
C'était ça d'être amoureux.
Et de franchir des étapes, une à une.
Et puis Harry était si timide, si réservé… Sa façon de lui demander de garder ses affaires était tellement adorable, tout comme sa manière de récupérer son sac, comme si c'était un véritable fardeau. Sa façon de rougir, aussi, quand il lui ébouriffait les cheveux, de lui sourire d'un air désabusé quand il lui faisait un compliment, aussi sincère soit-il…
Ce type le faisait craquer. À un point inimaginable.
Ils déjeunèrent dans un parc, et cette fois, quand Hermione chercha à intégrer le groupe, Harry lui imposa un non ferme et sans réplique. C'était bien la première fois qu'il lui refusait vraiment quelque chose, et elle parut d'ailleurs très vexée. Mais ce n'était pas plus mal, surtout pour Draco qui avait toujours eu du mal avec cette Miss Je-sais-tout qui lui avait toujours fait concurrence. Le blond lui glissa quand même s'il aurait pu accepter, c'était normal qu'il ait envie de passer un moment avec elle. Il lui répondit que c'était avec lui qu'il voulait passer un moment. Il en aurait presque rougi. Presque. S'il l'avait fait, Blaise et Théodore auraient eu un autre sujet pour l'emmerder…
Weasley ne manifestait toujours pas son envie de parler à Harry, et pourtant, le moins qu'on puisse dire, c'était qu'il avait la rage. Draco ne faisait pas vraiment attention à lui, mais ce n'était pas vraiment le cas de ses amis qui perçurent très rapidement ses regards assassins, sa manière de détourner les yeux quand ils croisaient son regard et ces messes basses avec les autres garçons de son groupe, qui n'en avaient clairement rien à faire. Il semblait encore plus dégoûté que Hermione de voir Harry s'épanouir avec d'autres que lui. Surtout Draco et sa clique.
Et il semblait aussi prodigieusement agacer Neville, Seamus et Dean. D'ailleurs, dans la boutique de la basilique, alors que Théodore était en train de regarder les bouquins juste à côté de Seamus, ce dernier lui avait glissé à quel point Ron était chiant depuis que Harry les fréquentait. Le jeune homme lui avait même dit que, s'ils avaient su, ils ne l'auraient jamais accepté dans leur groupe, il n'avait que le nom de Harry à la bouche.
Draco s'était toujours demandé pourquoi Harry et Weasley ne se parlaient plus. Il ne le lui avait jamais demandé, n'ayant tout simplement jamais osé, et personne ne semblait au courant du sujet de la brouille, mis à part Hermione sans doute, mais elle refusait d'en parler. De son côté, le blond était persuadé que ç'avait un lien avec l'homosexualité de Harry : pour lui, la relation entre lui et Weasley était bien trop forte, fusionnelle, il y avait de l'amour là-dedans. Il pensait que l'un des deux avait dû confesser ses sentiments, l'autre ne les avait pas acceptés, et ils s'étaient séparés. Mis à part ça, Draco ne voyait pas vraiment ce qui aurait pu les séparer aussi brutalement.
Il espérait simplement que celui qui s'était confessé, si vraiment cela s'était passé ainsi, c'était Weasley.
Après le déjeuner, vint enfin l'étape fatidique du Colisée, vaste et monumental édifice de pierre qu'ils n'auraient manqué pour rien au monde. Enfin, Draco n'était pas particulièrement pressé de le visiter, mais Blaise ne tenait plus en place : c'était bien la seule chose qui éveillait naturellement son intérêt depuis qu'ils étaient arrivés à Rome. Quoique, il était moins ennuyé à présent quand ils passaient les portes d'une église, d'un musée ou il ne savait quel monument, vu que Harry lui servait de guide particulier. Et si Draco avait pensé quelques secondes que Blaise jouait la comédie avec le brun, il s'était très rapidement fait une raison : Harry expliquait tout simplement mieux que lui.
Le Colisée était sans aucun doute un des lieux les plus touristiques de Rome, vu tous les touristes qui se pressaient pour faire la queue, le folklore entretenu par de faux gladiateurs et empereurs romains, ainsi que les chars de chevaux qui patientaient sur le côté. Ils mirent un temps fou à remonter la file, passer les guichets et enfin commencer la visite.
Draco ne s'attendait à rien de particulier. Il ne faisait pas partie de ces lycéens incultes qui pensaient que le Colisée des films était le même que celui de Rome, s'ils ne confondaient pas déjà colisée et théâtre. En réalité, il n'en restait que des ruines, bien qu'elles furent dans un état plutôt bon, mais beaucoup de choses avaient disparu, comme la scène ou les gradins. Pour le blond, cela ne gâchait en rien la beauté du lieu. Vu l'air fasciné de Harry, il semblait en penser de même.
Ils démarrèrent la visite tous ensemble, faisant une partie du tour du Colisée, prenant des photos çà et là. Harry était comme Théo, il adorait les photos. Il lui faisait penser à un gosse, toujours en train de dégainer son appareil. Draco trouvait ça plutôt mignon. Tout comme son côté timide, réservé quand il s'agissait d'apparaître avec eux sur un cliché…
Le petit groupe finit par arriver dans espace qui semblait davantage consacré aux photos, de par la vue imprenable qu'elle donnait sur les dessous de la scène du Colisée et le reste de son architecture toute autour. Forcément, cela donnait lieu à des photos individuelles puis en groupe, de la part des touristes et de la classe. Draco n'était pas spécialement fan des photos, encore moins celles qui servaient à prouver que, oui, nous sommes bien allés dans cet endroit-là. Mais ses amis adoraient, même si c'était cliché à mort, donc il se pliait de plus ou moins bonne grâce à leur petit rituel, qui donnait souvent un résultat assez amusant.
Cependant, avec la présence de Harry, c'était devenu une étape obligée pour Draco. Lui qui avait eu si peu de fois l'occasion d'être pris en photo avec lui savourait chacun de ces moments, d'autant plus que cela semblait vraiment lui faire plaisir d'être ainsi convié à poser à côté d'eux. Harry était plein de plaisirs simples. Il ne se prenait jamais la tête et prenait ce qu'on lui donnait.
Quand ils quittèrent l'espace, Draco fit un signe à ses amis qui hochèrent la tête et partirent dans le sens contraire, histoire de les laisser seuls. Le blond avait un peu la sensation de les délaisser, par moments, mais il se dit qu'ils avaient passé la moitié de la visite ensemble, et vu tout ce qu'ils s'étaient dit avant le départ et les quelques apartés qu'ils eurent au cours du voyage, Draco se dit qu'ils ne lui en voudraient pas. Si c'était l'un d'eux qui était dans sa situation, il aurait agi de même. Tous les trois se connaissaient depuis trop longtemps pour s'en vouloir pour des broutilles pareilles.
Le blond se retrouva alors seul avec Harry. Ils avaient été les premiers dans la classe à atterrir à l'espace photo où ils ne manqueraient pas de passer de longues minutes. Une photo de toute la classe avait été prise juste avant que Blaise et Théodore, quelques autres, n'investissent une partie de l'espace pour faire leurs propres photos, histoire d'être tranquilles et ne plus faire la queue. Draco se dit qu'ils auraient donc suffisamment de temps avant que Hermione ou il ne savait qui ne viennent leur casser les pieds, et accessoirement cette bulle dans laquelle ils s'enfermèrent très rapidement.
Les yeux tournés vers la scène, Harry finit par se mettre contre une barrière en métal et essaya de prendre en photo le labyrinthe de pierre. Draco s'adossa à la rambarde et le regarda faire quelques minutes en silence.
« Tu adores les photos, c'est dingue…
- Théodore adore aussi.
- C'est marrant que tu ne l'appelles pas Théo. Tu sais qu'il déteste son prénom ?
- Pourquoi il ne se fait pas appeler Théo par tout le monde, alors ?
- Parce qu'il ne l'autorise qu'à ses amis ou les gens qu'il apprécie. Pas comme Weasley, quoi.
- Un jour, tu l'appelleras à nouveau par son prénom ?
- Je ne crois pas, non. »
Le sourire complice qu'ils échangèrent cachait les véritables pensées des deux garçons. Draco détestait Ron. Il avait commencé à l'appeler par son nom de famille parce que ça l'emmerdait royalement quand ils étaient au collège, en 3e. Le blond n'avait jamais arrêté, pour la bonne et simple raison qu'il avait réalisé ses sentiments pour Harry lors des vacances précédant leur rentrée au lycée, et quand il avait enfin réussi à faire la paix avec le brun, ce qui n'avait pas exigé tellement d'efforts en fait, Ron s'était systématiquement interposé entre eux. Tout aurait sans doute été plus simple s'il n'avait pas existé, ou s'il avait été un peu plus mature. L'appeler par son nom de famille, c'était lui manifester tout son mépris, parce qu'il l'avait empêché de se nouer d'amitié avec Harry, et parce qu'il lui avait fait du mal, en début d'années, et jusqu'à aujourd'hui même.
« C'est marrant. Je crois que t'es l'un des seuls à ne pas m'avoir demandé pourquoi on ne se parlait plus.
- J'en ai rien à faire de Weasley, votre vie intime ne m'intéresse pas.
- Mais t'as été le premier à me poser des questions à propos des rumeurs qui courraient sur moi.
- Ta vie m'intéresse, pas la sienne.
- Pourquoi ma vie en particulier ?
- Je ne suis pas le premier ni le seul à m'y être intéressé. C'est pas parce que t'as une très mauvaise estime de toi que tout le monde pense la même chose.
- T'as une bonne estime de moi ?
- J'ai toujours eu une bonne estime de toi. T'as juste été trop con pour penser la même chose à propos de moi. »
Harry eut un léger rire, son appareil photo en bandoulière et ses coudes posés sur la rambarde. Cela arracha un sourire à Draco, qui aurait aimé lui en dire plus, mais il était trop tôt pour lui révéler quoi que ce soit, et il ne voulait pas souffrir pour rien. Draco tournait toujours le dos à la scène centrale. Il avait l'envie dévorante de se retourner et de le prendre dans ses bras.
De lui faire comprendre qu'il était quelqu'un de bien. Que Weasley était un sombre abruti, qu'il ne le méritait pas, mais que lui pourrait le rendre heureux.
Mais ce serait un peu présomptueux, ça lui ferait peur, et en plus ils risqueraient d'être vus de l'autre côté…
« T'as été une vraie peste, quand on était au collège. Et je t'apprécie, tu le sais.
- Prouve-le. »
Draco avait prononcé ses mots sans réfléchir, les yeux baissés vers le sol et les mains dans les poches, le soleil réchauffant son dos et ses cheveux. Il ne s'attendit absolument pas à ce que Harry se redresse, fasse un pas pour se placer devant lui, qu'il se hisse sur la pointe des pieds…
Et puis qu'il l'embrasse.
De surprise, Draco ne sut réagir. Son cœur s'emballa dans sa poitrine, faisant virer ses joues au rouge, et ses lèvres le brûlèrent comme jamais. C'était pourtant un baiser des plus chastes, à peine appuyé et timide au possible. Mais un baiser quand même.
Un premier baiser un peu magique.
Magique parce que ce n'était pas lui qui l'avait fait, et que le sourire embarrassé de Harry valait tout l'or du monde…
OoO
Harry s'étala dans son lit. Il avait mal aux pieds, aux jambes, et même au dos. Ils ne rentraient que le vendredi dans l'après-midi, et nous étions mardi, mais il avait déjà commencé à faire quelques emplettes dans l'après-midi et son sac en bandoulière lui avait défoncé l'épaule une partie de l'après-midi. La faute à ces maudits paquets de pâtes originales que son père l'avait supplié d'acheter… Draco lui avait proposé de porter son sac, il était plus musclé et solide que lui, mais Harry avait refusé jusqu'au bout. Il détestait laisser ses affaires à quelqu'un d'autre, et après les évènements de l'après-midi, ç'aurait été trop gênant.
Même après réflexion, Harry n'aurait su dire s'il sortait effectivement avec Draco. Ils n'en avaient pas vraiment parlé, déjà parce qu'ils avaient rapidement été rejoints par Hermione, alors que ni lui ni Draco n'avaient spécialement envie d'être dérangés, mais aussi parce qu'il leur fallait un peu de calme et qu'ils se remettent de leurs émotions. Harry, du moins. Car ça bouillonnait bien en lui depuis ce baiser qu'il lui avait donné.
Ce n'était ni prémédité ni franchement voulu. Vu comment les choses se profilaient, Harry aurait pu espérer quelque chose de ce genre à la fin du voyage. Il avait très mal dormi la nuit passée à cause de ce que le blond lui avait dit. Pour lui, tout allait trop vite, et s'il avait plus ou moins compris que le blond était intéressé par lui, il n'aurait jamais imaginé qu'il se confesserait à lui de cette manière-là, avec autant de franchise. Harry lui plaisait, il l'avait déjà dragué, il assumait et ses parents étaient au courant de son homosexualité. Draco savait ce qu'il voulait. Et à ce moment-là, Harry s'était fait l'effet de ces adolescentes qui regardent de loin le beau gosse de la classe et qui peinent à réaliser ce qui se passe quand il leur demande de sortir avec lui.
Toute la nuit, il avait réfléchi, au pourquoi du comment, s'il devait lui faire confiance, si ça lui plairait de sortir avec lui… Au matin, il avait fini par accepter l'idée que, oui, Draco lui plaisait, et ce depuis très longtemps, mais qu'il avait peur. C'était un beau mec, le plus beau de la classe et l'un des plus beaux du lycée, il avait un caractère assez spécial, un orgueil et un sens de l'humour assez particulier, leur passé ne rendait pas les choses simples et, surtout, Harry ne comprenait absolument pas ce qu'il pouvait bien lui trouver. Ils ne se ressemblaient en rien, il était loin d'être beau ou particulièrement attirant. Son expérience amoureuse était plus que limitée, et l'idée de sortir avec un garçon comme Draco lui faisait peur. Sans doute ne serait-il pas son premier, et il était sorti avec quelques filles au collège, et même au lycée.
Harry se trouvait nul. Il s'était toujours trouvé nul. Et l'idée que le garçon le plus populaire du lycée s'intéresse à lui paraissait surréaliste.
Et l'idée qu'il se soit planté devant lui pour l'embrasser sur la bouche, comme ça, dans le Colisée de Rome, était tout simplement incroyable…
Il n'avait pas réfléchi. Il en avait eu envie. Pour le tester. Pour voir ce que ça ferait. Et son air surpris, son sourire un peu perplexe, sa main dans la sienne, et un autre baiser posé sur sa bouche, cela avait été comme un doux rêve…
Depuis, l'après-midi était passé. Quelque chose avait changé entre eux. Draco paraissait bien plus détendu, il le touchait plus facilement, que ce soit les cheveux, son bras, ses poignets, voire parfois sa main. Il y avait des regards, des sourires, des mots… et plus d'une fois, Harry rougit face aux petites attentions du blond, subissant allégrement les moqueries de Blaise. Lui et Théodore semblaient avoir déjà compris ce qui se passait, même s'ils n'en dirent pas un mot. Ils firent des sous-entendus, mais rien de bien méchant. Ils savaient. Et ils s'en fichaient pas mal, apparemment.
Et à la fin de la journée, Harry aussi, s'en ficha pas mal. De ces regards qu'il avait l'impression de sentir sur lui à chaque instant, des pitreries de Blaise, de cette espèce de culpabilité qui commençait déjà à le ronger, comme c'était le cas depuis des mois, depuis cette fameuse dispute.
À ce moment-là, quand Draco, taquin, lui avait demandé de lui prouver qu'il l'appréciait, appuyé contre la rambarde, tout seul avec lui, Harry s'était senti tellement libre… Cela lui avait fait tellement de bien… Plus que le baiser, c'était comme s'il était enfin libre de faire ce dont il avait envie. Et il n'était pas tout seul. Il n'était pas rejeté, mis de côté, regardé de travers.
Ils étaient deux.
Putain, il sortait avec Draco Malfoy…
La porte de la chambre s'ouvrit et Draco entra, la refermant derrière lui, après avoir dit aux deux autres qu'ils se retrouveraient plus tard. Alors que Harry se redressait sur lit, s'y asseyant avec son oreiller dans son dos, Draco posait ses affaires près de sa valise avant de s'étirer le dos. Puis, il s'avança vers le lit de Harry et s'assit juste à côté de lui sur le matelas, les pieds au sol, sans s'y allonger.
« Putain je suis mort. Enfoiré de Blaise…
- Il a pu envoyer son mail ?
- Ouais ouais. Enfin c'est un boulet… Tu sais pourquoi il passe toujours après toi ? Tu mets toujours l'ordinateur en anglais avant d'aller sur le net, ce couillon savait pas comment faire et il a tout déréglé la page !
- T'es pas sérieux ?!
- Si si, et comme Helena est allé faire une course, bonjour quoi ! Théo a pas fait italien, et ça fait même pas un an qu'on en fait quoi… Bref, un gros boulet. »
Harry eut un léger rire en comprenant enfin pourquoi Blaise refusait toujours de passer avant lui. Il aurait pu lui dire gentiment qu'il ne lisait pas un mot d'italien, et que même s'il connaissait par cœur la page d'accueil du site de sa boite mail, il était complètement largué. Harry ne se serait pas moqué, ce n'était pas vraiment son genre, et puis Théodore l'avait déjà fait avant lui.
Son rire fut coupé par la bouche de Draco qui se rapprocha dangereusement de la sienne avant de s'y poser tendrement. Une agréable chaleur monta en lui au contact de ses lèvres, il se sentit bêtement euphorique. C'était la première fois qu'il embrassait un garçon. Mais quand il sentit le blond devenir un peu plus pressant, Harry paniqua et le repoussa gentiment, sa main sur son torse. Musclé. Bien taillé.
Oh Bon Dieu…
« Attends, Draco. Il… Il faut qu'on parle.
- Qu'on parle de quoi ?
- De nous. S'il y a un « nous »… »
Le blond fronça les sourcils, tout sourire disparu.
« Pour moi, il y en a un depuis le Colisée. À moins que je me sois trompé ?
- Ah… Non, c'est que…
- Harry, si tu as interrompu notre baiser uniquement pour me dire que ça ne marchera jamais entre nous, que t'es pas prêt à assumer, et peut-être même que t'es pas assez bien pour moi, et d'autres conneries dans le genre…
- J'ai interrompu pour ça.
- Alors t'es vraiment un abruti.
- Pardon ?!
- Arrête de t'autoflageller, putain, ça devient lourd, là… On se connait depuis qu'on a onze ans, tu me plais, je te plais, arrête de te torturer l'esprit comme ça. Promis, on gardera ça pour nous, j'ai pas envie de te pourrir la vie non plus. Écoute, je craque pour toi depuis des mois et des mois, t'as jamais répondu à mes avances, et là, je sais pas pourquoi, tu le fais. Peut-être que tu te sens plus libre, je ne sais pas. Mais ce que je sais, c'est que tu m'as embrassé, on s'est tenu la main dans la voiture, et pour moi, on sort ensemble. Après, si tu vois les choses différemment, dis-le-moi tout de suite, que je ne me fasse pas de fausses idées !
- Ne t'énerve pas…
- Si je m'énerve ! T'as pas confiance en moi, je comprends, mais c'est bon, on est quasiment majeur…
- Je ne comprends pas pourquoi c'est moi que tu…
- Mais bordel, arrête de penser que t'es laid à faire peur et que t'es con comme tes pieds, ou je vais vraiment finir par le penser…
- Tu peux avoir n'importe qui.
- Sauf toi. Ça fait trois ans que j'essaie de te faire comprendre que t'es mon genre, et y'a rien qui passe. Tu sais, en règle générale, je trouve ça adorable, mais arrête de rougir comme ça, on dirait Weasley quand la prof de maths l'interroge… »
Mais Harry n'en finissait plus de rougir. Ce n'était pas le genre de compliments qu'on rêvait d'entendre, ou tout du moins pas dits de cette manière, mais cela le bouleversait. Trop d'années, trop de mois à se dénigrer, ne plus oser se regarder dans un miroir, haïr son visage, ses yeux trop grands derrière ses lunettes, ses cheveux incoiffables, ses mains, ses genoux, ses…
À nouveau, il y eut sa bouche contre la sienne. Sa bouche tendre et chaude, sa main contre sa nuque et sa joue. Ses yeux se fermèrent pour mieux savourer le moment et oublier toutes ces questions qui se bousculaient dans sa tête. Il sentit sa langue contre ses lèvres, en quémandant l'entrée, et à nouveau, Harry paniqua et le repoussa. Et cette fois-ci, le regard de Draco était tout sauf inquiet.
« Quoi encore ? On ne peut décidément pas t'embrasser sans être interrompu ? C'était mieux au Colisée…
- Je ne sais pas embrasser. »
La phrase était sortie toute seule, sans qu'il ne puisse la retenir. Comme une justification. Comme pour lui montrer qu'il était nul, vraiment nul, qu'il n'avait jamais été capable d'embrasser vraiment une fille, et que ça allait tout gâcher. Alors, il s'attendit à beaucoup de choses, une fois l'étonnement passé : un peu de moquerie ou de taquinerie, quelques remarques qui le blesseraient et puis voilà.
Le blond esquissa un sourire amusé puis secoua la tête en soupirant. Harry serra les dents de gêne.
« T'es pas croyable toi…
- Pourquoi tu dis ça ?
- Tu te prends trop la tête. C'est mignon, mais t'es quand même prise de tête. »
Le blond se rapprocha et déposa un léger baiser sur sa bouche avant de lui lancer un regard presque… sensuel. Et affamé.
« Ferme les yeux et laisse-toi faire. »
Et alors ce fut magique.
Le genre de moment dont il avait rêvé, fantasmé. Un peu maladroit, un peu mouillé, un peu haletant… mais magique, malgré tout.
Parce qu'il était gentil.
Parce qu'il était tendre.
Parce que sa langue dans sa bouche n'était pas sauvage ou brutale, mais douce et taquine. Parce qu'il ne cherchait pas à le dominer, à lui imposer ce qu'il aimait, mais juste à le détendre et à passer un moment tendre avec lui…
Parce que…
Il se sentait bien.
Juste bien.
OoO
Malfoy et Blaise étaient postés juste à côté des toilettes du musée, discutant tranquillement, leurs sacs à leurs pieds ou pendus à leur bras. Draco avait un sac sur chaque épaule, le sien, gris perle et tout neuf, et un autre plus abîmé et noir. Quand Ron reconnut le second sac, il vit rouge. Son cœur s'emballa, son corps se tendit et une colère sourde monta en lui.
Aussitôt, le rouquin traça vers eux avec sa tête des mauvais jours. Ses poings le démangeaient, et quand le blond et le black tournèrent la tête vers lui, il crut vraiment qu'il allait leur casser la gueule. À Blaise, qui semblait se foutre carrément de lui, à Draco, qui le regardait avec ce mépris et cette moquerie au fond des yeux.
« Où est Harry ?
- En train de s'envoyer en l'air avec Théo. Tu veux les rejoindre ? »
Il dut pâlir, se crisper ou tirer une sale tête, car aussitôt, les deux garçons se mirent à rire comme des baleines.
« C'est pas drôle.
- C'est toi qui trouves pas ça drôle. T'as un problème avec l'homosexualité ?
- Absolument aucun. »
Mais sa voix était tendue, de colère, de nervosité, trahissant malgré lui ce qu'il pensait de ça. Les deux autres continuaient de le regarder avec cet air goguenard, un air qui lui était systématiquement destiné. Il pensait que Malfoy dirait quelque chose, mais pour le moment, seul Blaise lui parlait. Ou l'envoyait bouler, au choix.
« Alors dégage.
- Il faut que je parle à Harry.
- Ça fait des mois qu'il faut que tu le fasses, espèce de boulet homophobe. »
Ron se mordilla les lèvres, puis, après un dernier regard vers le sac noir de Harry, il tourna les talons. Il subit leurs regards moqueurs et quelques remarques gloussées dans son dos. Son cœur lui faisait mal.
Harry ne confiait jamais son sac à personne. Sauf à lui ou Hermione.
OoO
C'était tout simplement insupportable. Ron n'aurait jamais cru que cela se passerait ainsi, que ce serait aussi dur à supporter. Déjà que ce n'était pas évident d'habitude, mais alors là, c'était bien pire que tout ce qu'il avait vécu jusque-là.
Cela faisait bien six mois qu'il s'était disputé avec Harry et que leur chemin avait commencé à se séparer en deux. Leur relation s'était dégradée au fil des mois, parce que Ron ne pouvait définitivement pas lui pardonner ce qui s'était passé. Il était con, il le savait. Mais quand son meilleur ami lui avait expliqué pourquoi il avait quitté Ginny, sa petite sœur, il avait piqué une crise. Depuis la rentrée, ils se battaient bec et ongles contre ces putains de rumeurs à propos de sa prétendue homosexualité, et soudain, Harry lui avouait qu'en réalité, il était effectivement gay. Il n'était en rien impliqué dans ces histoires, il n'en avait jamais parlé à personne, mais les faits étaient là.
Et pour Ron, c'était inconcevable.
Il avait été dur. Très dur. Il avait dit des mots qu'il n'aurait jamais pensé dire un jour, que ce soit à Harry ou à un autre. Surtout Harry, en fait. Si c'était l'homosexualité de Malfoy qui avait été révélée, il n'aurait sans doute pas été aussi mauvais, aussi méprisant, aussi cruel avec lui. Peut-être que tout ce qui n'était pas Harry ne l'intéressait pas.
Ron n'aurait su expliquer pourquoi tout s'était si mal passé, par la suite. Il n'y avait pas eu qu'une dispute, il y en avait eu plusieurs, et à chaque fois que Harry revenait vers lui, aussi gentil et souriant qu'il l'était d'habitude, il se montrait toujours plus méprisant. Au point que le jour où il avait fallu faire les groupes, il s'était greffé à celui de Seamus, Dean et Neville, les mettant dans l'embarras et éjectant ainsi Harry de sa vie. Il se rappelait encore longtemps de son regard, trahi, de l'expression de son visage, figée. Il était allé trop loin et il le savait. Il l'avait su à l'instant même où il avait vu ses yeux. Ses grands yeux verts si expressifs…
Il eut à peine le temps de se rendre compte de son erreur, du mal qu'il s'infligeait, qu'il lui infligeait, que Harry avait déjà traversé la classe pour demander à ces putains d'enfoirés de partager leur chambre. Et Ron n'aurait su dire ce qui lui avait le plus de mal, entre le regard que lui avait lancé son ex meilleur ami et cet acte.
Depuis, ils ne s'étaient plus adressé la parole, déjà parce que Harry ne le regardait plus et se tenait le plus éloigné possible de lui, et ensuite parce que Ron était incapable de lui pardonner cette double trahison. Au fil du temps, ce fut par honte. Honte de ce qu'il avait dit, de ce qu'il avait fait, de ce mur qu'il avait dressé entre eux et de cette amitié dont il les avait privés.
Honte de tout ce qui les avait séparés, de sa connerie, de tout ce qu'il gardait en lui depuis, de son mal-être, de son envie de s'effondrer devant lui et d'implorer son pardon.
Ce voyage, Ron pensait le vivre un peu plus avec Harry. Il pensait pouvoir revenir vers lui, lui parler, essayer de renouer le dialogue. De toute manière, il aurait passé le voyage tout seul, à prendre en photo des statues, les regarder des heures durant, se tenant éloigné de Hermione qui ne ferait rien pour le retenir. Ce serait le bon moment pour revenir et discuter.
Ou peut-être pas.
Jamais il n'aurait cru que Malfoy et compagnie le prendraient avec eux, que Harry se lierait vraiment d'amitié avec ses anciens ennemis et qu'il passerait autant de bons moments avec eux.
De loin, Ron les vit se rapprocher, petit à petit. Il les vit traîner ensemble, discuter, avoir quelques délires, et puis prendre des photos, tous seuls, ensemble. Il vit Harry poser avec eux, se plier en deux de rire, se laisser attraper par le poignet, le bras, les épaules… Il le vit manger avec eux, partager des moments de complicité. Tout ce qui aurait dû rester à eux.
Harry arrivait à vivre sans lui et loin de lui. Et ce constat fut une véritable déchirure.
Car il comprit enfin que Harry ne lui appartenait définitivement plus.
Quelque chose avait changé la veille, dans l'après-midi. Ron s'était dit qu'il essaierait de lui parler dans la journée, et toute la matinée, il n'en avait pas eu le courage. Quand il s'était enfin décidé à lui parler, au Colisée ou après, il n'en avait pas été capable : soit Harry était entouré de ses gardes du corps, soit il était en grande conversation avec Malfoy, et Dieu savait à quel point leur complicité avait grandi depuis leur arrivée à Rome. Et à quel point elle était visible.
Ça faisait un mal de chien, de les voir si complices, si proches l'un de l'autre. Malfoy avait les yeux sans cesse braqués sur son meilleur ami, et Ron était persuadé qu'il était en train de lui faire un mauvais coup, qu'il se jouait de lui. Ça ne pouvait être que ça. Sinon, comme expliquer qu'il cherche à… prendre sa place ?
Les choses semblaient avoir empiré dans la journée. Ils s'étaient encore plus rapprochés si c'était possible, passant la plupart de leur temps ensemble, et surtout à deux. Harry souriait beaucoup plus et Malfoy se permettait des gestes qu'il n'aurait jamais eu le droit de faire si Ron était toujours là dans la vie du brun. Il devint donc évident qu'il devait lui parler. Il essaya le matin, le midi, et dans l'après-midi au musée. Impossible de mettre la main sur lui sans qu'un des garçons ne lui tourne autour.
Enfin, une occasion se présenta à lui : la boutique. À chaque fois qu'ils visitaient quelque chose, la classe passait systématiquement dans la ou les boutiques, par intérêt ou juste histoire de jouer les touristes. C'était bien l'un des rares moments où Harry était à peu près seul. Quand ce fut le cas, Ron se rua presque vers lui, le cœur battant.
« Harry ? »
En prononçant son nom, Ron eut la sensation d'avoir la voix enrouée. Cela faisait si longtemps qu'il ne lui avait pas parlé… Et quand Harry se tourna vers lui, arrondissant les yeux de surprise, il se sentit encore plus con qu'il ne l'était déjà.
« Oui ? Un problème ?
- Je peux te parler ? »
Ron avait préparé un discours, dans le cas où il lui dirait non. Harry n'était pas tellement du genre à lui refuser quoi que ce soit, mais pour le coup, il aurait eu toutes les raisons du monde de refuser. Pourtant, il hocha la tête et posa le livre qu'il était en train de feuilleter pour le suivre dehors. Ron se sentit heureux, mais il se rappela que Harry était trop gentil, qu'il avait essayé de renouer le dialogue et d'entretenir leur amitié avant que Ron ne lui tourne le dos. Tout n'était pas gagné, loin de là.
Ils sortirent donc de la boutique et s'en éloignèrent de quelques pas, histoire de ne pas être vus ou entendus. Ils avaient besoin d'un peu d'intimité pour parler. Ron sentait Harry très nerveux, il tripotait son sac, ses doigts, et ne le regardait pas franchement.
« Hm… Voilà, heu… Je voulais te demander pardon. Pour tout ce qui s'est passé. Pour ce que je t'ai dit. Pour avoir été un vrai con… Tu me manques, notre amitié me manque… Je sais que je me suis mal comporté, que j'aurais dû être là pour toi. Je… Je ne sais pas quoi te dire d'autre… Je sais que ça mettra du temps, mais je voulais vraiment que tu saches que j'étais désolé. »
Harry le regarda quelques secondes, se pinçant les lèvres, avant de hocher la tête.
« Okay. Tu as raison, ça… mettra du temps. Je suis pas prêt à te pardonner, tu m'as fait trop mal…
- Je sais ! Je sais… Mais je vais tout faire pour que tout redevienne comme avant.
- Je ne sais pas si tu vas y arriver, Ron.
- Si tu me laisses une chance…
- Je ne sais pas si j'en ai envie. De te laisser une chance. »
Ç'avait le mérite d'être clair. Mais que dire d'autre ? Que faire, face à ça ? Lui pardonner, lui laisser une chance ? Harry était fatigué. On était en avril, il passait son bac en juin, et l'an suivant, il entamerait ses études supérieures. C'était à Ron de se battre, de montrer sa volonté, et pas de se l'attraper au vol, lui demander pardon, jetant des promesses en l'air. Il était homo, et rien ni personne ne pourrait changer ça, c'était dans sa nature. Et depuis la veille, il sortait avec Draco. Et c'était un peu comme s'il y avait un peu plus de soleil dans sa vie.
Ron parut surpris. Choqué. Mais tant pis. Cela faisait des mois qu'ils ne se parlaient plus, signe que de toute manière il n'avait plus besoin de lui. Il y avait toujours cette colère, cette haine en lui, et Harry n'en voulait plus. Sa vie d'homosexuel ne serait jamais facile, mais c'était pourtant tellement plus simple quand il se laissait aller, ça allait tellement mieux dans sa tête… Il en avait assez de souffrir. De se priver. De se dire que ce n'était pas bien, que tout le monde lui cracherait dessus si jamais ça se savait. Il n'avait pas la force de lutter. Draco la lui offrait sur un plateau.
« Harry… Je sais que…
- T'as pas besoin de moi pour vivre, Ron, tu m'as rejeté, tu m'as dit les pires saloperies, et depuis des mois, tu n'es jamais venu me voir. Je sais qu'à tes yeux je suis fautif, mais je pense avoir fait pour mon possible pour essayer de recoller les morceaux. Mais on ne peut pas lutter contre l'homophobie.
- C'est… compliqué.
- Je sais. Et c'est compliqué d'être pédé. C'est compliqué de voir son meilleur ami vous rejeter et vous traiter de tous les noms parce qu'on aime les garçons. C'est compliqué d'affronter tout ça tout seul, de se détester pour ça, pour ne pas être normal. Je pensais que toi, tu comprendrais. Toi au moins. Mais il n'y a qu'Hermione qui a compris. Toi… T'en as rien à faire de moi. Rien. Je ne sais même pas pourquoi tu me parles… Parce que tu vois que j'arrive à me débrouiller seul ? Parce que j'arrive enfin à me faire des amis, à…
- Ils ne sont pas tes amis ! Ils te manipulent, ils jouent avec toi !
- Ron…
- Mais c'est vrai, regarde-les ! Ils te parlent, comme ça, du jour au lendemain…
- Moi, aussi je leur ai parlé du jour au lendemain. Arrête de voir le mal partout… Tu détestes Draco, tu te méfies de toutes les personnes avec lesquelles je m'entends bien… T'as toujours été possessif, à te mettre entre moi et les autres. Maintenant, t'es plus là. Et je le vis bien.
- Tu comprends pas…
- Qu'est-ce que je ne comprends pas ? »
Pourquoi il avait réagi comme ça. Pourquoi il l'avait défendu, quand les rumeurs avaient commencé à se répandre, pourquoi il avait été si violent quand il avait quitté sa sœur…
Comment le lui dire ? Comment le lui expliquer ? Comment lui avouer que des deux, le plus sale, ce n'était certainement pas lui ?
« Ron ? S'il te plait, ne fais pas cette tête-là et explique-moi. On n'est plus amis, mais tu sais que tu peux avoir confiance en moi.
- Je… peux pas.
- Tu ne peux pas quoi ? Tu veux qu'on en reste là ? Tu me dis pardon, je te réponds que c'est pas assez, et chacun part dans son coin ? C'est ça, que tu veux ? »
Il ne le détestait pas. Harry n'y arrivait pas, et sans doute n'y parviendrait-il jamais. Et Ron le savait, il le voyait sur son visage, dans ses yeux. Harry n'était pas comme ça. Il ne l'avait jamais été et ne le serait jamais.
« Ça a un rapport avec mon homosexualité ?
- Plus ou moins.
- Alors dis-moi. S'il te plait, dis-moi… »
Ron hésitait. Il ne voulait pas le lui dire, et en même temps, ça lui brûlait les lèvres. Il avait toujours été honnête avec Harry, toujours. Ils se connaissaient trop bien tous les deux… Quand il avait quitté Ginny et qu'il lui avait enfin avoué pourquoi, quelque chose s'était brouillé en lui. C'était lui qui l'avait trahi. Qui avait été malhonnête. C'était lui, l'enfoiré, dans l'histoire. Pas la victime.
« Je… Pour moi… T'es plus qu'un ami. Plus qu'un frère. Mais tant que t'étais hétéro, ça allait… et puis là… »
Ses lèvres pincées, alors qu'il fuyait son regard, baissant la tête sur le côté, furent une image de pur cauchemar. Il s'y était attendu. Il le savait. Mais voir Harry détourner la tête lui fit plus de mal qu'il ne l'aurait cru. Surtout quand il vit son visage se brouiller, comme lorsqu'il ne se sentait pas bien.
Râteau.
Beau râteau.
« Désolé Ron. C'est pas réciproque. »
Pas de discours à rallonge, de commentaires superflus. Il n'y avait rien d'autre à dire. En fait, Harry avait envie de vomir. D'aller voir Draco, de le tirer dans un coin et de se blottir dans ses bras, comme il l'avait fait la veille. Il avait envie de fermer les yeux, respirer son odeur, et se dire que tout irait bien.
Fuir Ron, fuir l'idée qu'il avait enduré tout ce que Ron refusait d'assumer. Qu'il avait payé pour ses sentiments, pour avoir été tenté par un homme…
« Harry.
- Je suis désolé.
- Tu dis ça parce que…
- Parce que je ne suis pas attiré par toi.
- Tu m'as avoué que t'étais homo ! Tu t'es battu pour que…
- On est amis, Ron. On l'était. Et si je me suis battu, c'est parce que je t'aimais, à titre d'ami. Et dire que tu m'as traité de tous les noms seulement parce que t'arrives pas à assumer que…
- Je ne suis pas pédé ! Tout ça, c'est de ta faute ! »
Il était revenu six mois en arrière. À l'époque où ils étaient encore amis et qu'il lui avouait la vérité. Ron rejeta tout en bloc, et en quelques minutes à peine, cette espèce de culpabilité qui lui avait bouffé le cœur des mois durant revient. Cette maudite culpabilité que Draco avait enfin réussi à faire disparaître la veille, en le calant entre ses cuisses, ses bras autour de sa taille, Théodore et Blaise juste devant eux.
Ron lui cracha à la figure que tout était de sa faute, que Harry l'avait tenté, que…
Chaque mot était une nouvelle gifle, un nouveau coup de poing, rouvrant de vieilles blessures.
Il était sale. Il l'avait tenté. Il n'était qu'une saloperie de pédé.
Auto-défense.
Attaquer l'autre plutôt que de regarder en soi… et comprendre. Et accepter.
D'un coup, Harry tourna les talons et prit la fuite. Il l'entendit l'appeler, lui crier après, et sans doute le suivre. Le jeune homme se rua vers la boutique, y entra, et quand il vit Draco, il se précipita vers lui. Pile à ce moment-là, son téléphone à la main, il se retourna et le vit, l'air légèrement surpris.
Le cœur au bord des lèvres et les larmes aux yeux, Harry prit son visage en coupe et l'embrassa.
Il y avait du monde, autour d'eux.
Il y avait ses amis, la classe, les clients et les vendeurs. Et sans doute leurs professeurs, aussi.
Il savait qu'il serait repoussé. Que Draco le rejetterait, parce que de toute manière il n'avait rien de mieux à faire. Ce baiser, c'était à la fois un test, et à la fois l'envie masochiste d'être repoussé, remis à sa place.
Mais Draco n'était pas comme les autres. Il ne faisait pas comme les autres. Car plutôt que de le repousser, son bras droit s'enroula autour de sa taille et le plaqua contre lui, alors que sa bouche répondait au baiser. Ce geste le remplit de désir et de bonheur.
Quand ils se séparèrent, Harry n'osa pas regarder autre chose que son visage, qui affichait un sourire plutôt séducteur. Le visage du brun devait être écarlate et il n'osait pas regarder sur les côtés, de peur de rencontrer un regard qui le ferait s'effondrer. Ce fut le blond qui débloqua la situation en prononçant quelques mots à voix basse.
« Que me vaut l'honneur ? »
Après s'être pincé les lèvres, Harry se hissa à nouveau sur la pointe des pieds pour lui glisser quelques mots à l'oreille.
« Je crois que j'ai pété un câble. »
Alors Draco l'embrassa sur la tempe avant de lui répondre sur le même ton.
« Retraite stratégique hors de la boutique. »
Et le plus naturellement du monde, lui attrapant la main, Draco sortit de la boutique, le traînant derrière lui. Mort de honte, Harry ne croisa le regard de personne, mis à part celui de Ron, à l'entrée de la boutique, complètement atterré par ce qu'il venait de voir. En passant près, Draco lui adressa un sourire moqueur.
« Un problème, Weasley ? »
Une fois hors de la boutique, Harry se sentit bien plus soulagé. Mais la poigne autour de son poignet se resserra et Draco le tira plus vite vers un coin discret. Harry préféra mentalement des excuses sans vraiment en trouver, il avait été d'un égoïsme rare. Lui qui craignait tant d'être grillé les avait trahis tous les deux…
« Draco, je suis désolé…
- T'as des explications à me donner.
- J'aurais pas dû t'embrasser… »
Aussitôt, le blond se retourna, le plaqua contre lui et l'embrassa avec une telle passion que Harry en resta pantois. Surtout quand il profita de sa surprise pour approfondir son baiser, glissant sa langue dans sa bouche.
Draco était en train de lui rouler une pelle quasiment à la sortie du musée du Capitole. Normal.
Ce fut court mais intense. Quand Draco le relâcha, il avait vraiment l'air énervé, ses sourcils blonds froncés et la bouche pincée.
« Tu peux m'embrasser où tu veux, quand tu veux, autant de fois que tu veux. Mais je veux comprendre pourquoi soudain tu m'embrasses, comme ça, alors que jusqu'à hier, il était hors de question qu'on sache que t'es homo.
- On… peut aller dehors ? »
Mécontent, Draco hocha la tête et le traina à l'extérieur. Il s'assit sur un muret et Harry se planta devant lui, tendu.
« Ça a un rapport avec Weasley, non ? Je vous ai vu sortir ensemble, tout à l'heure.
- Ouais…
- Qu'est-ce qu'il t'a dit pour te mettre dans un état pareil ? »
Draco tendit la main pour attraper la sienne, gentiment, s'attendant peut-être qu'il le repousse, mais ce qu'il venait de faire, Harry n'était pas en position de lui refuser quoi que ce soit. Et puis, c'était de l'inquiétude qu'il lisait à présent sur son visage.
La veille, ils avaient parlé de Ron : le blond lui avait demandé pourquoi ils ne se parlaient plus. Il ne voulait pas de détails, juste connaître la raison. Quand Harry lui avait répondu que c'était à cause de son homosexualité, qui justifiait sa rupture avec sa petite sœur, le visage de Draco s'était tendu. Il n'avait rien dit, et ça, Harry lui en était reconnaissant. Puis, il lui avait demandé si ses parents étaient au courant et il avait paru soulagé quand Harry le lui avait confirmé. Son père avait été un peu tendu les premiers jours et puis il avait décidé qu'il y avait des choses plus graves dans la vie. Et sa mère semblait déjà plus ou moins au courant…
Histoire de les mettre sur un pied d'égalité, Draco lui avait un peu parlé de ses parents. Il lui avait avoué que, non, sa mère n'acceptait toujours pas son homosexualité, elle ne parvenait pas à se faire une raison. C'était assez blessant, d'autant plus qu'il la voyait rarement, mais il ne pouvait pas vraiment lutter contre ça. Et puis il avait son père, très sévère et froid de nature, mais qui s'était fait une raison. Il lui avait même dit qu'il craquait pour Harry depuis pas mal de temps mais qu'il ne répondait ou ne comprenait pas ses avances. Son père lui avait conseillé de le coincer dans les toilettes et de l'embrasser jusqu'à manquer d'air : peut-être que là, il comprendrait. Harry s'était écroulé de rire…
Mais là, c'était moins amusant. Beaucoup moins.
« J'ai pas… envie d'en parler. Écoute, je suis désolé pour ce qui s'est passé, j'ai été égoïste… Je voulais juste… juste savoir si tu étais sérieux…
- Honnêtement, je m'en fous, mais à un point… J'ai pas peur des autres. Et j'aime cette partie égoïste de toi…
- Souris pas… »
Les jambes écartées, Draco noua ses mains derrière ses hanches et l'attira un peu plus contre lui. C'était un peu gênant, mais tellement agréable… Il n'y avait que ses yeux bleus perdus dans les siens, son sourire séducteur, ses cheveux blonds qui brillaient au soleil…
Il n'y avait plus que lui.
« Cela dit, j'aimerais vraiment savoir ce qu'il t'a dit. S'il te plait ? Promis, je ne vais pas lui refaire le portrait, même si j'en ai très, très, très envie.
- Ça ne va pas te plaire.
- Raison de plus pour me le dire.
- Je préfère pas.
- C'est dingue quand même. En fait, j'aurais pas dû écouter Théo et j'aurais vraiment dû vous suivre… Pourquoi tu t'obstines à le protéger alors qu'il te fait du mal ? Oui, je sais, ça fait à peine vingt-quatre heures qu'on sort ensemble, même pas une semaine qu'on se fréquente, mais franchement, tu pourrais m'en parler…
- Essaie de comprendre, s'il te plait…
- Tu sais quoi ? J'ai toujours trouvé que vous aviez une relation assez bizarre. Quand vous vous êtes engueulés, j'étais persuadé que c'était parce qu'un de vous deux avait des sentiments pour l'autre que ce n'était pas réciproque. Ne me regarde pas comme ça, vous avez toujours été un peu trop fusionnels, et puis Weasley est tellement possessif ! Impossible de t'approcher sans qu'il montre les crocs ! Je priais pour que ce ne soit pas toi l'amoureux, mais…
- Il avait… des sentiments envers moi. Apparemment. Et là… je lui ai dit que… c'était pas réciproque. Il l'a mal pris. »
La prise autour de ses hanches se resserra un peu, comme si le corps de Draco se tendait. Son visage cacha mal la colère qui grondait en lui, ni même ses yeux qui brillaient de rage. Il semblait serrer les dents et contrôler tout ce flux d'émotions qui bouillonnaient en lui. Le jeune homme comprit qu'il aurait mieux fait de se taire… mais à qui aurait-il pu en parler ? Hermione aimait Ron… C'était un secret qu'il aurait dû garder pour lui. Mais ça lui avait paru important qu'il sache.
« Je ne te poserai qu'une seule question. »
Ses mots si bien articulés reflétaient toute la tension qui palpitait en lui.
« Est-ce que tu as des sentiments pour lui ?
- Draco !
- Je ne veux pas sortir avec toi si tu l'as repoussé parce qu'il t'a blessé. Je ne veux pas de ça, Harry. Je ne veux pas m'attacher à toi et qu'un jour tu me dises que tu ressens quelque chose pour lui. Si c'est une question de fierté, mets là de côté et réfléchis-y.
- J'ai pas à y réfléchir. J'ai jamais eu de sentiments pour lui et je n'en aurai jamais. Tu l'as dit toi-même hier, Draco : si on sort ensemble, c'est que tu me plais un minimum. Je comprends ce que tu ressens, mais je t'assure, il n'y a rien.
- Tu promets ?
- Je te le promets.
- Alors embrasse-moi. »
Il avait retrouvé le sourire. Alors Harry se pencha vers lui et accéda à sa requête, sans penser une seule seconde qu'il était observé par ses deux meilleurs amis.
OoO
Le trajet en car lui avait paru atrocement long la première fois qu'ils l'avaient pris. La seule chose qui lui parut longue, à vrai dire, ce fut le trajet en voiture de la maison d'Helena à Termini, son mari la suivant en voiture, ce qui avait divisé leur groupe en deux pour plus de confort. Ils s'étaient un peu attardés, semblant s'être beaucoup attachés à ce groupe de garçons qui avait été si sage et respectueux durant leur séjour. Il fallait dire qu'ils avaient beaucoup apprécié le couple, sympathique et peu envahissant. Ils avaient fini par s'en aller, permettant ainsi à Draco d'enfin lui prendre la main. Ça le démangeait depuis qu'ils avaient quitté la maison.
Ces derniers jours avaient été presque magiques. Jamais Harry n'aurait pu soupçonner à quel point Draco pouvait être plein d'attentions et tactile. Ils ne s'embrassaient pas toutes les deux minutes non plus mais le blond avait toujours une main sur lui, entrelaçant leurs doigts ou enlaçant sa taille, ses épaules. Il avait toujours un geste, une attention, et semblait n'en avoir rien à faire des passants ou de la classe. Pourtant, il y avait eu des réflexions, quelques moqueries, rapidement ravalées quand Blaise avait commencé à leur faire son visage de tueur à gage, regard noir et sourire sadique à l'appui. Quand il revenait à la normale, le jeune homme lui faisait presque l'effet d'un gros nounours.
La liberté de Draco avait fait la sienne. Le soutien de Blaise et Théodore aussi. Ce dernier lui avait révélé sur le ton de la conversation qu'il était bisexuel, Harry avait manqué de s'étouffer avec sa salive. Mais ils étaient tous homos ou quoi ?! Par miracle, s'il pouvait penser ainsi, Blaise était totalement hétérosexuel et craquait pour une élève en première L, une certaine Luna. La meilleure copine de Ginny, quoi. Et ce crétin comptait sur lui pour lui arranger un coup… comme s'il pouvait se le permettre, entre sa rupture, les rumeurs et son homosexualité qui allait être clairement affichée sur les réseaux sociaux et au lycée… Il pouvait toujours courir. Mais ça, il préféra laisser Draco le lui expliquer.
Draco avec lequel il s'était considérablement rapproché. Il y avait encore des zones d'ombres, des choses qu'il ne savait pas de lui et ils ne s'étaient encore jamais disputés. Mais Draco était tellement gentil, derrière ses airs orgueilleux, fiers et un tantinet narcissiques. Théodore lui avait glissé que c'était en partie à cause de son éducation : son père voyageait beaucoup et sa mère n'était pas spécialement tactile. Ça jouait beaucoup dans son comportement. Et le moins qu'on puisse dire, en effet, c'était que Draco adorait montrer aux autres qu'il était à lui…
Surtout à Ron et Hermione, en fait. Cette dernière ne se remettait vraiment pas de leur mise en couple. Elle l'avait pris à part, n'ayant que faire des regards du blond, et lui avait demandé des explications, persuadée autant que Ron qu'ils lui faisaient un sale coup. Mais dans le fond, ce qui la dérangeait vraiment, c'était la rapidité de leur mise en couple. Ses propos étaient contradictoires, elle reconnaissait que Draco était très prévenant et qu'il y avait des gestes et des regards qui ne trompaient pas. Peut-être que voir Harry bien dans sa peau la dérangeait. Peut-être. Il espérait que non.
Quant à Ron, c'était encore une autre histoire. Il ne lui adressa pas un mot du reste du voyage et commença à devenir mauvais. Dans ses mots et son attitude. Au point qu'il eut une violente dispute avec Dean : qu'il critique Draco et ses amis, okay, qu'il traite Harry d'idiot parce qu'il se laissait embobiner, ça passait encore, mais qu'il se mette à avoir des propos limites, voire carrément homophobes, ça passait déjà nettement moins. Dean l'éjecta du groupe, lui interdisant de revenir leur parler tant qu'il ne se serait pas excusé. Et alors… Ron se retrouva seul. À sa plus grande surprise, et sa plus grande horreur.
La classe était assez divisée sur ce nouveau couple. Cependant, c'était difficile de critiquer ouvertement Draco, si populaire au lycée. Il avait du charisme, une grande gueule et ne mâchait pas ses mots. Le voir sans arrêt sa main dans celle de Harry ou son bras posé négligemment sur ses épaules avait quelque chose de perturbant. Cependant, les groupes les moins favorables au couple avaient pris le parti d'y être indifférents, ce qui n'était pas forcément plus mal. Et en général, cela concernait les filles, qui en réalité digéraient très mal le fait que Draco soit attiré par les mecs, et surtout par Harry, et qu'il l'assume pleinement. Autant dire que Blaise et Théodore s'amusèrent beaucoup de leurs mines dégoûtées quand leur ami embrassait son copain, dans son cou, sur la joue, sur la bouche.
Pour les garçons, c'était un peu différent, dans la majeure partie des cas. Il fallait dire que les rumeurs sur Harry étaient nées à cause de Zacharias et Michael, deux garçons de sa classe, et quand leur homosexualité à eux avait été révélée, leurs amis avaient fait front, faisant alors preuve d'une ouverture d'esprit tout de même assez conséquente pour leur âge. Forcément, quand Dean commença à gueuler à cause des propos de Ron, les autres garçons de la classe, pour la plupart, le rejetèrent. Ce qui rendit cette mise en couple encore plus difficile à avaler pour lui.
Non seulement Harry n'éprouvait rien pour lui, mais en plus il avait un copain. Et ce copain, c'était Malfoy.
Et enfin, il y avait les profs. Étonnamment, à part Lockart qui leur dit que leur couple était très mal assorti, ce qui mit Draco en rogne, aucun d'entre eux ne leur fit de remarque. Enfin, à part McGonagall, qui leur demanda, enfin plutôt exigea, qu'ils gardent leurs mains éloignées l'une de l'autre quand ils s'apprêtaient à rentrer dans une église : quitte à choisir, elle préférait éviter les scandales avec les ferventes fidèles du coin. Rogue avait répliqué que ce serait amusant au contraire de voir une Italienne leur taper dessus avec son sac à main en essayant de les exorciser. Blaise l'approuva totalement.
Cette ambiance leur permit de terminer leur séjour en beauté. Un séjour bien trop court à leur goût, surtout pour Draco, qui ne se lassait pas de cette complicité qui se renforçait de jour en jour et qu'il craignait de voir décliner une fois de retour en France. Harry lui disait qu'il n'y avait pas de raisons, mais dans le fond, lui aussi aurait préféré rester un peu plus longtemps et profiter de lui, de cette ambiance, de ses nouveaux amis et de ce pays si agréable. Mais il y avait une fin à tout.
La veille, la fatigue accumulée les avait rendus complètement amorphes et la soirée n'avait pas tellement duré. En fait, ils avaient glandé un peu dans la chambre de Blaise et Théodore, puis ils avaient tous décidé d'aller se coucher, défilant les uns après les autres dans la salle de bain pour se doucher. Harry fut le dernier à se laver, et quand il rentra dans la chambre, Draco était déjà allongé dans son lit, le dos contre le mur.
Ils parlèrent un peu, pendant que Harry, si méticuleux, rangeait ses affaires avant de se rapprocher de la table de chevet entre les deux lits où était posée une lampe. Alors qu'il posait son téléphone, après avoir programmé le réveil, il y avait eu un silence. Draco le regardait, allongé contre le mur, un peu comme s'il l'invitait silencieusement à se coucher près de lui. Puis, les joues un peu rouges, Harry avait pris son oreiller et s'était penché vers le lit du blond pour s'y installer. Le sourire de Draco avait été des plus révélateurs sur son état d'esprit… Alors, les deux garçons s'étaient installés dans le lit et s'étaient blottis l'un contre l'autre.
Draco ne l'avait pas lâché de la journée. Ils avaient déposé les valises le matin à la consigne histoire d'avoir les mains libres pour le reste de la journée, qui avait été assez cool en fait, les profs les lâchant un peu plus. Mais pas assez au goût de Draco, qui l'avait forcé à s'échapper dans les ruelles de Rome, ayant un sens de l'orientation à toute épreuve, et ils avaient passé quelques heures à deux. Avant de tomber sur un Blaise paniqué qui avait perdu Théodore en route, ce dernier ayant un sens de l'orientation assez douteux. En réalité, le black ne l'avait pas entendu quand l'autre lui avait dit qu'il rentrait dans une boutique et il l'avait bêtement perdu comme ça…
Enfin, il fut temps de retourner à l'aéroport pour rentrer en France. Cette fois-ci, Harry ne s'installa pas à côté de Hermione, à lire un bouquin avec ses écouteurs sur les oreilles pour passer le temps. Il se retrouva naturellement à côté de Draco, contre lequel il somnola une bonne partie du trajet, alors que son petit ami discutait avec ses amis juste à côté, en particulier Théodore qui n'arrivait pas à comprendre comment Blaise avait pu le perdre quelques temps auparavant, alors qu'il n'avait pas quitté les boutiques de la fontaine de Trevi, pensant que Blaise y faisait un tour tout comme lui et qu'il ne l'avait pas attendu pour faire son tour. Le black grognait dans son coin, lui répliquant que ça lui apprendrait bien de s'inquiéter pour lui comme un con.
Une fois à l'aéroport, ils patientèrent un long moment dans les salles d'attente car il était bien trop tôt encore pour passer en zone duty free. Ils attendirent à la cafétéria devant un café, un thé, un chocolat chaud, profitant des derniers instants sur place. Puis, il fallut valider les billets, passer les douanes et laisser les valises. L'attente fut très longue, comme toujours, mais quand même nettement plus amusante qu'à l'aller. Ils glandèrent dans les boutiques, achetèrent quelques cochonneries pour le vol et retournèrent s'assoir.
Puis, ils embarquèrent et l'avion décolla, les ramenant chez eux.
OoO
À peine eut-il récupéré sa valise qu'il vit sa mère, un peu à l'écart mais déjà là, et sans doute depuis un bout de temps dans le vaste espace d'attente. Portant une robe jaune pâle avec de petites fleurs roses, elle attendait dans un coin, au garde-à-vous, aussi anxieuse qu'excitée. Après avoir récupéré son bien, Harry se pressa vers elle pour la prendre dans ses bras et l'embrasser.
Aussitôt, elle le regarda de la tête aux pieds, jaugeant du regard s'il avait maigri, appréciant ses bonnes couleurs et sa mine bien plus enjouée qu'au départ. Ils parlèrent quelques minutes, le temps qu'elle se rassure, elle qui était si angoissée à l'idée de le laisser partir, vu les circonstances, et à présent si soulagée de le retrouver en un seul morceau, le sourire aux lèvres et les yeux pétillants.
« Bon, on va y aller, ton père a été intenable toute la semaine, enfin autant que moi, donc je te laisse imaginer. Et puis Sirius est à la maison pour le week-end, il aurait voulu venir te chercher mais vu la tête de déterré qu'il avait en arrivant, crois-moi qu'il avait bien besoin de dormir !
- Il revient d'où ?
- De Budapest ! Mais tu le connais, il enchaîne les nuits blanches et après il ne tient plus debout. On y va ?
- Heu attends, je n'ai pas dit au revoir à Draco. »
Le regard que sa mère lui lança voulait tout dire et Harry se dit qu'il aurait dû prendre un peu plus de pincettes. Il allait se faire cuisiner dans la voiture, c'était certain, car il vit dans le visage de sa mère qu'elle avait compris que quelque chose se tramait. Ce n'était pas comme s'il parlait souvent de Draco, son ancien pire ennemi du collège…
« Draco ? Le blondinet arrogant qui t'a cassé les pieds au collège et qui est devenu un fort joli garçon ?
- J'ai déjà dit ça, moi ?
- Non, mais je suppose que le charmant jeune homme blond qui te regarde depuis cinq bonnes minutes, ça doit être lui. »
Harry lui fit un sourire, l'air de dire « tu m'embêtes avec tes questions ».
« Oui. Je peux aller lui dire au revoir ?
- Bien sûr, qu'est-ce que tu attends ? Ma bénédiction ? »
Il lui tira la langue et s'en alla vers le tapis roulant. Draco ne le regardait plus, guettant sa valise qui arrivait sur le tapis roulant et qu'il retira au moment où le brun arrivait à sa hauteur. Quand il releva la tête, Harry était devant lui et fut très surpris en sentant ses mains sur sa joue et dans son cou avant qu'il ne l'embrasse, en plein milieu de l'aéroport et surtout devant sa mère. Soulagé qu'il ne l'ait pas oublié et qu'il n'ait pas soudain joué la mauvaise carte du mec qui n'assume pas, il lui fit un doux sourire quand leurs bouches se séparèrent.
« Je pensais que tu partirais sans me dire au revoir.
- T'es sérieux ?
- Ouais. Je ne t'en aurais pas voulu.
- Ma mère te trouve très beau.
- Sérieux ?! Putain Dray, t'as tapé dans l'œil de ta future belle-mère !
- Blaise, franchement, il vaudrait mieux que tu la fermes.
- Merci, Théo, t'es un pote, un vrai. »
Ensuite, le blond passa une main tendre dans les cheveux noirs de son petit ami et déposa un dernier baiser appuyé sur sa bouche. Il ne le reverrait pas avant quelques jours et son absence laisserait un vide dans sa vie, même si ce n'était que pour bien peu de temps. Quand ils se séparèrent, Draco se décida enfin à lui proposer de venir passer le week-end chez lui.
« Passe le week-end avec moi. S'il te plait.
- Désolé, mon parrain passe le week-end à la maison. Je passe lundi ou mardi, si tu veux.
- C'est vrai ?
- Ouais. Allez, j'y vais. »
Il l'embrassa encore une fois avant de s'en aller définitivement de ses bras. À peine le quitta-t-il que sa mère, une jolie rouquine en robe jaune, lui fit de grands gestes, comme s'il ne l'avait pas déjà vue… Timidement, Draco lui rendit son salut, rapidement imité par ses deux abrutis d'amis qui se dandinèrent en rythme, ce qui fit rire la mère de Harry, que ce dernier dut tirer derrière lui avec sa valise.
« Tu lui as vraiment tapé dans l'œil.
- Elle a l'air marrante, sa mère. Il m'a dit qu'elle avait accepté sans discuter, quand il lui a avoué son homosexualité.
- Et ouverte d'esprit, en plus ! Tout pour plaire.
- Ton père aussi est pas mal dans le genre.
- Pardon ?
- Ton père. T'as pas capté qu'il est arrivé depuis au moins cinq minutes ? »
Draco sursauta et chercha nerveusement son père des yeux. Et effectivement, il était là, dans un coin, les bras croisés, le regardant l'air de dire « Mais qu'est-ce que tu m'inventes encore ? ». Une petite explication s'imposerait sûrement dans la voiture. Mais au moins, il n'avait pas l'air en colère ou agacé. Ce qui était déjà un très bon point.
Vivement le jour où il lui présenterait Harry, son père arrêterait de lui dire qu'il lui cassait les pieds à force de parler de lui.
Draco pria secrètement pour que son père ne se venge pas en lui racontant toutes les bêtises qu'il avait pu lui dire durant ces trois dernières années à propos de lui…
FIN
