Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !
Couple : Harry/Draco.
Rating : T.
Cet OS écrit pour la charmante Desiderata-girl sur le challenge "Blue". Une personne sera sélectionnée parmi les reviews de cet OS et du suivant.
Une envie de liberté
Les cris. Les cris assourdissants, formant un brouhaha aussi stressant que familier. Harry se rappelait sans mal la première fois qu'il les avait entendus, sept ans plus tôt. Il n'avait alors qu'onze ans, un corps chétif et une timidité à fleur de peau. À l'époque, il portait un uniforme taillé exprès pour lui, et qui se composait alors de vêtements étonnement moldus, à savoir des tee-shirts et pulls rouges, des pantalons sombres, des bottes en cuir, des accessoires de protection et enfin une robe de sorcier écarlate qu'il devait enfiler par-dessus tout ça lors des matchs. Et si à l'époque enfiler cette superbe robe aux couleurs de sa maison l'avait rendu fier, il était rapidement redescendu sur terre en entendant les grondements du public.
Pour lui, les cris, ce vrombissement dans les gradins, d'excitation, d'anticipation, c'était comme le tout début du match. Le Quidditch n'avait jamais vraiment été un sport violent, du côté des supporters. Quand son équipe perdait, on grognait, on maudissait les adversaires, mais il n'y avait jamais de bagarres, de rancune. L'ancestrale rivalité entre les Gryffondors et les Serpentards se traduisait dans le domaine de ce sport, mais ne résultait en rien des scores de leurs champions.
C'était en partie ce que Harry aimait dans le Quidditch. Cette capacité que les supporters avaient de faire la part des choses, de lutter les uns contre les autres dans un stade, à travers leurs équipes, sans pour autant continuer à s'affronter hors des gradins. Une telle violence gratuite l'aurait dégouté à un moment ou à un autre du Quidditch, ce qui aurait été bien dommage, vu le plaisir intense qu'il prenait à voler dans les airs sur son balai.
Plus qu'un sport, plus qu'une compétition, le Quidditch était un moment d'évasion. De liberté. Un besoin impérieux de quitter le sol, de s'envoler dans les airs et laisser tous ses soucis en bas.
L'oubli.
La sensation de ne plus rien devoir à personne, de n'exister que pour ce qu'il était vraiment.
Le Quidditch, c'était tout ça. C'était sa passion, son moment d'évasion.
Et les compétitions, c'était comme un aboutissement, de tous les efforts qu'il faisait, du travail qu'il exécutait durant des mois et des mois, à se perfectionner, sans cesse.
Quand il regardait en arrière et qu'il revoyait l'enfant qu'il avait été, Harry n'éprouvait aucune honte, à la grande différence de ses coéquipiers. Au contraire, il était admiratif. Il était doué, à l'époque, ce n'était pas pour rien qu'il avait été remarqué par la sévère et si stricte Minerva McGonagall et embauché de force dans l'équipe de sa maison. Mais ce n'était pas tellement son talent, apparemment inné, qui lui inspirait à ce jour du respect pour le gosse qu'il avait été. En réalité, le fait qu'il ait affronté tout ça, qu'il ait tenu face à la pression et qu'il soit parvenu à enchaîner les victoires età accepter les défaites, alors qu'il avait tout juste onze ans.
Dire qu'il avait été courageux aurait été un grand mot. Il était jeune, pénétrait dans un monde radicalement différent du sien, avec cette étrange sensation que tout était irréel. Faute de mieux, l'enfant qu'il avait été avait tout accepté, sans se poser beaucoup de questions sur le pourquoi du comment, découvrant son nouvel univers au fil des jours. À l'époque, il se laissait mener. C'était la meilleure, et la seule, chose à faire.
Et il l'avait fait.
C'était pour cela que Harry était admiratif, dans un sens.
À l'époque, en découvrant ses talents, on avait attendu de grandes choses de lui. Et il les avait faites, ces grandes choses. Il était devenu attrapeur et avait mené son équipe à la victoire.
Forcément, s'il racontait ça à quelqu'un, on le prendrait pour un con. On lui dirait qu'on lui avait dicté sa vie, qu'on l'avait mené par le bout du nez et qu'il aurait eu plus de courage à refuser cet entraînement harassant et les dangers de ce sport, plutôt que de dire oui à tout. Mais c'était toujours compliqué d'expliquer aux gens qu'à l'époque, il n'avait rien. Et surtout, il n'était rien, mis à part un orphelin qui avait grandi dans un placard à balais. Cette fierté mêlée de crainte qu'il avait ressentie à l'époque, c'était juste trop beau pour être vrai.
Depuis, les années étaient passées. L'habitude s'était installée et cet orgueil qu'il avait pu ressentir à une époque, parce qu'il était un excellent attrapeur et un capitaine plutôt bon, avait totalement disparu.
Ces cris, dehors, qui venaient des gradins, de cette foule d'élèves surexcités, Harry les écoutait avec une espèce de nostalgie. C'était presque reposant, de les entendre gueuler comme des veaux, alors que personne encore n'était sorti de la tente. Il n'y avait que les voix fortes de Mrs Bibine et du professeur McGonagall, qui cependant étaient douées pour entretenir l'hystérie de leurs étudiants. D'un autre côté, il fallait bien ça pour effacer les dernières traces de la guerre et des vides qu'elle avait laissés derrière elle.
Le corps en arrière, affalé contre la toile de la tente, et non pas penché en avant comme certains de ses coéquipiers, qui paraissaient ainsi en pleine séance de méditation, Harry regardait le sol d'un air détaché. Pour une fois, personne ne parlait. Non pas qu'ils aient été particulièrement bavards les années précédentes, à quelques minutes seulement du début du match, mais ce silence était tout de même perturbant. En général, le capitaine de l'équipe, rappelait les stratégies et motivait ses troupes. À une époque, Harry avait endossé ce rôle et essayait de remettre du baume au cœur à ses coéquipiers du mieux qu'il pouvait. Mais cette année, il n'y avait plus que le silence.
Un silence agréable pour Harry, qui se laissait emporter par les bruits forts venant des gradins.
Un silence tendu pour le reste de l'équipe, dont certains gesticulaient nerveusement sur leur siège.
Il aurait fallu les détendre. Se lever, se positionner devant eux et leur remonter le moral, leur donner les crocs. Cela avait toujours été difficile pour Harry, qui n'avait jamais eu l'âme d'un chef, mais il s'en était toujours sorti à peu près. Ron, visiblement, n'était absolument pas fait pour ça.
Vraiment pas.
OoO
Lundi 8 septembre 1997
Le bureau d'Albus Dumbledore avait beaucoup changé. La plupart des élèves qui y avaient pénétré au moins une fois n'auraient pas vu de grandes différences : les tableaux des anciens directeurs étaient toujours là, dormant dans leurs cadres, les armoires vitrées ou en bois massif s'étalaient toujours le long des murs, et le mobilier du bureau était resté le même. Certes, les tapis et tapisseries avaient changé, quand McGonagall s'était installée en ces lieux, mais de là à dire que les changements avaient été radicaux, il y avait un monde.
Pourtant, pour Harry, c'était un peu comme si la pièce était différente. Peut-être était-ce dû au fait qu'il l'avait trop fréquentée et qu'il la connaissait trop bien, et pourtant, avant aujourd'hui, il aurait été bien incapable de noter les différents éléments qui composaient ce bureau. Quand il y entra, le jeune homme vit tout de suite ce qui avait changé : l'agencement du bureau, au centre de la pièce, la disposition de certains meubles, de certains objets, comme le choixpeau initialement installé sur la droite et qui était passé à gauche. Des détails infimes et sans aucune importance, mais qui lui avaient percuté les yeux.
Et la nouvelle directrice de Poudlard sembla le remarquer, quand Harry resta planté plusieurs secondes devant la porte, son regard parcourant la pièce comme s'il la redécouvrait. Cependant, elle ne fit aucune remarque et le laissa s'installer tranquillement devant elle, dans un silence que Harry trouvait embarrassant. Peut-être parce que c'était bien la première fois qu'il voyait son professeur derrière ce bureau, ou peut-être parce que cette sensation d'intimité qu'il avait toujours eue en ces lieux avec Dumbledore n'existait plus.
« Bonjour, Harry. »
Elle ne l'appelait jamais ainsi. C'était toujours Mr Potter, comme tous les autres professeurs. Il n'y avait guère que Hagrid et le vieux Slughorn pour l'appeler par son prénom.
« Bonjour, Professeur McGonagall. »
Peut-être tentait-elle de se rapprocher de lui, de créer une relation plus intime, comme Dumbledore l'avait fait. Dans un sens, Harry trouvait ça ridicule. McGonagall n'avait pas besoin de l'appeler par son prénom pour qu'il l'apprécie et lui offre sa confiance.
« Je suppose que tu sais pourquoi je t'ai convoqué ici.
- Pas vraiment.
- Le Professeur Sinistra m'a fait savoir que tu avais décidé de jouer cette année encore dans l'équipe de Quidditch de Gryffondor.
- Oui. Ca pose problème ?
- Tu as également refusé le poste de capitaine, que tu tenais pourtant l'an dernier, pour le confier à Mr Weasley. Est-ce exact ?
- Oui. Et après ?
- Pourquoi ? »
Sur le coup, Harry fut étonné. Ce n'était pas vraiment le genre de sa directrice de poser une question tenant sur un seul mot. C'était tellement ambiguë, tellement peu… précis.
Pourquoi quoi ?
Pourquoi il avait décidé de renquillerpour une nouvelle année, alors que tous lui disaient de s'arrêter ?
Pourquoi souhaitait-il se consacrer à ce sport alors que depuis la rentrée, il avait été incapable de rendre ses devoirs à temps ?
Pourquoi refuser le poste si convoité de capitaine alors qu'il était tout à fait capable de le tenir, et que dans le fond, il était le seul à même de le tenir ?
Pourquoi décider de rejouer à ce sport si ce n'était pas pour s'y investir à fond ?
Pourquoi ?
« C'est comme ça. »
Que dire de plus ? Comment lui expliquer ? Y'avait-il vraiment quelque chose à expliquer ?
« Ce n'est pas une réponse satisfaisante.
- Votre question n'est pas précise.
- Elle ne l'est pas car ta décision n'est pas motivée par une seule raison.
- Je n'ai rien à dire. Je veux jouer.
- Tes résultats commencent déjà à baisser, Harry…
- Je ferai des efforts.
- Tu ne vas pas bien.
- Non, je ne vais pas bien. Et j'ai envie de voler. »
Il y avait une grande différence entre parler avec des adultes et parler avec des enfants. Ces derniers croyaient vous comprendre et vous connaître. Ils voyaient quand vous n'allez pas bien et il était relativement facile de leur mentir, de les tromper. Quant aux adultes, soit vous étiez capable de les berner, à l'égal des plus jeunes, car ils croyaient en savoir plus que vous, soit ils lisaient en vous comme dans un livre ouvert.
McGonagall faisait partie de ceux-là. De ces adultes qui en savaient beaucoup trop, sur vous, sur la vie, sur ce que vous aviez affronté, pour accepter l'idée que vous allez mieux et que le plus gros était passé.
Harry voulait voler.
Il voulait s'échapper.
Et si personne ne pouvait imaginer que cela pourrait mal finir, Minerva avait un avis totalement opposé.
« Vous allez m'empêcher de le faire ?
- Non, mais il est important que…
- Je n'ai rien à dire. Je veux voler mais je ne veux pas être capitaine. Je ne vois pas où est le mal. »
Ils se jaugèrent du regard quelques secondes. Puis, il comprit qu'elle ne lâcherait pas prise et qu'il ne quitterait pas le bureau sans qu'il n'ait dit ce qu'elle voulait entendre.
OoO
Assis sur un le banc en face du sien, le visage anxieux, Ron regardait le sol, les avant-bras posés sur ses genoux. Il avait à peu près la même attitude qu'à l'époque où c'était Harry qui dirigeait l'équipe, s'enfermant peu à peu dans son angoisse et ses peurs, incapable de surmonter tout ça tout seul. Il fallait l'intervention de son meilleur ami pour qu'il puisse enfin s'extraire de son monde.
Quand le Professeur Sinistra, qui avait repris la charge de la maison Gryffondor quand McGonagall était devenue directrice, lui avait proposé de redevenir capitaine, Harry avait refusé tout de suite, sans la moindre hésitation. Certaine qu'il ne pourrait pas lui refuser cette charge, elle n'avait pas pris le soin de lui en parler à part et toute l'équipe put donc bénéficier du refus foudroyant qu'elle subit. Froissée, elle exigea des explications que Harry lui refusa, arguant qu'il ne voulait pas être capitaine et qu'il préférait laisser sa place à être autre.
Ron, à ses côtés, bouillonnait. D'envie, de colère… Il n'avait pas compris, ni à ce moment-là, ni après. Il n'avait pas compris pourquoi Harry refusait cet honneur, alors que cela avait toujours été son rêve, à lui… Était-ce du dédain, de l'indifférence ? Harry n'en avait-il donc rien à faire de tout ça ? Pourquoi décider de jouer dans l'équipe si c'était pour dénigrer la place qui lui revenait de droit ?
C'était en partie par orgueil que Ron avait accepté le poste. Il savait qu'il serait moqué, critiqué, car Harry avait refusé le poste pour le laisser à son ami, comme si c'était indigne de lui, comme si tout cela n'avait aucune importance, et jamais Ron ne serait aussi bon que lui.
Pour Harry, c'était juste une responsabilité en moins. Il voulait voler, se changer les idées, mais ne pas s'impliquer dans quelque chose de trop colossal pour lui. Il n'allait pas assez bien pour ça. Mais expliquer tout cela aux autres ne lui était pas venu à l'esprit…
Peut-être parce qu'il s'en fichait.
Peut-être parce qu'en fait, c'était vrai, tout ça n'était pas important.
Mais si Harry n'avait jamais vraiment l'âme d'un chef, même s'il s'était comporté comme tel à plusieurs reprises, car c'était ce qu'on avait attendu de lui, tous, sans exceptions, regrettaient sa décision et son départ. Ron était motivé et sûr de lui, mais certainement pas aussi bon que Harry. Il en avait dans la tête et était capable de monter des stratégies, mais discipliner ses troupes, en tirer le meilleur d'eux-mêmes, concilier ses études et le sport, les motiver et leur donner la hargne… Tout cela, il n'en était pas capable.
Ce n'était pas qu'il n'était pas bon.
Il n'était juste pas fait pour ça.
Ginny le lui avait dit, un jour. Excédée, après une dispute avec les autres poursuiveuses que Ron peinait à apaiser, elle lui avait craché au visage qu'il n'était pas un bon leader et qu'il ne faisait pas le poids face à Harry. Ce dernier, qui fuyait le conflit et s'apprêtait à aller se changer, avait subi les foudres de son meilleur ami, de façon indirecte. Ron n'était pas assez stupide pour l'engueuler alors qu'il n'avait rien fait de mal, mais tous ses mots lui firent malgré tout un mal de chien.
Et les voilà. Tous assis sur leurs bancs, le brouhaha de la foule surexcitée de Poudlard emplissant la tente, alors que Ron aurait dû leur parler, les motiver, leur rappeler les stratégies mises en place. Il aurait dû recadrer Ginny qui n'en faisait qu'à sa tête, jetant de fréquents et peu discrets regards à Harry, réconcilier les poursuiveuses encore embrouillées, remotiver les batteurs censés les protéger des cognards.
Il aurait dû ressouder l'équipe. Les unir, comme elle l'avait été autrefois, plutôt que de se renfermer sur lui-même et penser que tout allait marcher sur des roulettes. Tout ça parce que Harry était un attrapeur hors pair et, qu'une fois de plus, il vaincrait Draco Malfoy.
Mais c'était pas ça, le Quidditch.
Tout le monde le savait.
Se reposer sur l'attrapeur de l'équipe n'était absolument pas une bonne stratégie, et même Harry qui au final ne s'y connaissait pas tant que ça, le savait parfaitement.
Ginny ne cessait de le regarder, alors que l'heure approchait. Elle aurait voulu qu'il se lève et qu'il prenne enfin cette équipe de merde, comme elle disait, en main. Elle aurait voulu qu'il redevienne celui qu'il avait été, qu'il cesse de se laisser vivre et qu'il se dédouane de tout.
Mais il ne faisait rien.
Il n'en avait pas envie.
Pour une fois, il voulait juste être un élève parmi les autres.
Ces responsabilités qu'on voulait lui mettre sur le dos le bouffaient.
OoO
Mardi 23 septembre 1997
L'eau brûlante coulait dans son dos, détendant petit à petit les muscles douloureux. L'entraînement avait été difficile. Cela faisait déjà deux semaines qu'ils avaient repris les séances, un peu tous les soirs, histoire de se remettre dans le bain. Pour Harry qui n'avait rien fait depuis deux mois, les débuts avaient été difficiles, même si personne ne semblait avoir remarqué ses faiblesses. Il fallait dire que l'entraînement qu'il avait subi précédemment l'avait beaucoup renforcé, mais entre un combat entre sorciers et un match de Quidditch, les exercices étaient complètement différents. En réalité, c'était surtout le fait de rester un long moment en équilibre sur son balai et mobiliser toute sa concentration qui avait été compliqué.
Cependant, les entraînements lui faisaient un bien fou. Une fois dans les airs, sa tête se vidait et tout semblait plus simple. La fatigue physique, à la fin des séances, faisait perdurer cette sensation de calme, d'apaisement. Il ne pensait plus à rien. Ce qui n'était pas forcément une bonne chose car ce détachement s'en faisait ressentir sur ses devoirs.
Ses équipiers étaient déjà partis. Depuis quelques temps, Harry avait tendance à glander sous la douche à la fin des entraînements et généralement Ron rentrait à leur salle commune avant lui, pour poursuivre ses devoirs notamment, sous peine de se faire enguirlander par Hermione. Au début, on s'était étonné, car ce n'était pas tellement son genre de gâcher ainsi de l'eau dans les douches, lui qui avait été habitué plus petit à occasionner le moins de dépenses possible. Et puis, on avait laissé tomber. Dans le fond, il ne faisait rien de mal. Et si ça pouvait le détendre…
Une fois sa douche terminée, Harry sortit de la salle carrelée pour se sécher et s'habiller. Il prit tout son temps, savourant le silence des lieux. Les Serpentards avaient enfin quitté les lieux, après s'être changé dans leurs propres vestiaires en face des leurs. Quand il eut terminé, Harry sortit de la pièce et eut la désagréable surprise de voir que Ginny, elle, n'avait pas quitté les lieux. Adossée à côté de la porte des vestiaires des garçons, elle attendait, les cheveux encore un peu humides, qu'il daigne enfin à sortir de sa douche.
« Tiens, qu'est-ce que tu fais là ?
- J'avais besoin de te parler.
- Et t'avais pas un autre endroit pour le faire ?
- La guerre t'a rendu lâche, Harry. Tu fuis les problèmes et les responsabilités. J'en ai marre de jouer au jeu du chat et de la souris. »
Sa première réaction aurait été de lui dire qu'il ne fuyait pas les responsabilités, qui les concernaient tous les deux, puisque plus aucune ne les reliait depuis plusieurs mois. Mais son visage était tendu et il était inutile d'aggraver son état de nervosité avec de telles paroles.
« Qu'est-ce que tu veux ?
- Tu sais ce que je veux.
- Non.
- Regarde-moi, Harry. »
Il leva les yeux vers elle, vers son visage qu'il avait aimé, à une époque.
Une époque révolue.
« Quand est-ce qu'on pourra se remettre ensemble ?
- Pardon ?
- On s'est séparé à cause de la guerre. C'est fini, maintenant. Cet été, tu avais besoin de temps. Je t'en ai laissé suffisamment, je crois. Il serait peut-être temps que les choses repartent, tu crois pas ? »
Leur séparation n'avait pas été une rupture, simplement une pause, le temps que les choses s'apaisent et que son esprit perturbé par la guerre et l'angoisse qu'elle engendrait ne pense plus à elle. Mais l'été précédent, quand Ginny lui avait demandé s'ils pouvaient se remettre ensemble, Harry avait secoué la tête, sans vraiment donner d'explication.
Blessée, elle avait commencé à s'énerver, lui ouvrant son cœur comme jamais. Alors le jeune homme, sans la regarder, lui avait répondu que si elle l'aimait vraiment, elle ne serait pas là à lui piquer une crise de nerfs, alors que quelques temps plus tôt, il ôtait la vie d'un homme.
Un homme monstrueux. Mais un homme quand même.
Se reprenant, la bouche tordue, Ginny lui avait proposé de lui laisser du temps. Harry avait hoché la tête, toujours sans la regarder.
Depuis, il y avait eu des petites approches, mais rien de concret, et ils n'en avaient plus vraiment parlé. Le problème n'était pas que Harry fuyait le problème, mais plutôt qu'il ne cherchait absolument pas à revenir dessus et changer les choses.
Et s'il ne le faisait pas…
C'était qu'il y avait bien une raison, non ?
« Je ne pense pas.
- Pardon ?
- Je ne pense pas que ce soit le bon moment. »
Son visage s'était tendu, fermé. Il voyait qu'elle était en train de s'énerver, que ça commençait à bouillonner en elle. Il n'en était même pas agacé, il ne comprenait tout simplement pas pourquoi elle ne se faisait pas une raison. Plus de deux mois étaient passés depuis leur dernière conversation à ce sujet et Ginny n'avait toujours pas compris que c'était déjà terminé. Que s'il avait eu envie de reprendre, Harry aurait déjà pris les devants.
« Et pourquoi ce n'est pas le bon moment ? Quand ce bon moment arrivera-t-il ? J'en ai marre d'attendre, Harry ! J'ai besoin d'être fixée !
- Ginny, si j'avais eu envie de sortir à nouveau avec toi, tu ne crois pas que je te l'aurais déjà demandé ? »
Elle vira au rouge. La colère grondait en elle, alors que ses yeux marron lançaient des éclairs. Harry se demanda vaguement si elle s'imaginait lui griffer le visage avec ses ongles un peu trop longs pour une joueuse de Quidditch.
« Donc tu m'as fait poireauter pour rien ?!
- On n'était…
- Par les couilles de Merlin, t'es qu'un putain d'enfoiré ! Ca fait des mois que je t'attends, des mois que… »
Elle était partie. Plus rien ne pourrait l'arrêter. Pour être tout à fait honnête, cette engueulade, oui, il l'avait évitée. Mais dans un autre sens, son silence aurait dû lui faire comprendre que leur relation était belle et bien terminée. Il aurait préféré ne pas avoir à lui expliquer certaines choses, à lui avouer que ses sentiments s'étaient essoufflés au cours de l'été, que cela n'avait rien à voir avec la guerre… mais que soudain, il avait réalisé qu'il n'était pas qu'un adolescent sans charme, que l'échantillon de filles qui s'offrait à lui n'était pas aussi réduit qu'il l'aurait cru.
Il était devenu un homme, cet été-là. Non, il n'avait couché avec personne, non, il n'était pas sorti en cachette avec qui que ce soit. Mais il avait compris certaines choses. Que Ginny l'avait attiré mais qu'il ne faisait que suivre un schéma comme prédéfini, qu'il la connaissait si bien qu'elle lui avait paru accessible. Qu'il était un jeune homme comme les autres, avec des désirs et des envies. Et surtout, il voulait être libre.
De tout.
De choisir sa vie, son avenir, la personne avec qui il sortirait. Il se refusait à accepter à nouveau quelque chose qu'il ne désirait pas ou dont il ne voulait plus.
Il n'avait que dix-sept ans le jour où il avait tué Lord Voldemort. Il avait décidé de renquiller pour une année, comme la majorité des étudiants de Poudlard dont les cours avaient été bien trop perturbés pour qu'ils puissent obtenir le moindre diplôme. Harry était bien décidé à mener sa vie comme il le souhaitait, sans personne pour la chapeauter.
La dispute dériva. Ginny hurlait et les larmes perlaient au coin de ses yeux. La voir dans un tel état lui brisait le cœur, mais accéder à sa requête n'aurait fait que les rendre aussi malheureux l'un que l'autre. Alors Harry laissa couler, tentant de se défendre, mais c'était difficile face à la harpie qu'elle était devenue en l'espace de quelques minutes.
« Vous êtes passionnants. »
Harry eut un sursaut en entendant cette voix sortie de nulle part. La tête de Ginny tourna sur le côté et elle foudroya du regard Malfoy, alors posté dans le couloir qui séparait les vestiaires. Il portait sa tenue d'entraînement et son balai sur l'épaule.
« Qu'est-ce que tu fous là, Malfoy ?!
- J'ai cassé ma genouillère, je suis venu en changer. Et quel beau spectacle je vois là… Monsieur le Sauveur du monde sorcier et sa belette personnelle !
- Je t'emmerde Malfoy ! Dégage ! »
Mais le blond ne semblait pas décider à disparaître. Et alors toutes les foudres de Ginny se déversèrent sur lui, ce qui ne fit accentuer son sourire méprisant, et de sa langue acérée, envenimait sans cesse la situation. Ce conflit l'amusait. Et Harry savait que dès le soir même, tout Poudlard serait au courant de leur rupture… officielle.
OoO
Le match allait commencer. Il était temps d'enfourcher leur balai et de se lancer dans l'arène.
Ron fut le premier à se lever, bondissant comme s'il était monté sur ressort. Les autres le suivirent, avec plus ou moins de motivation. Harry fut l'un des derniers à se lever, se plaçant en queue de peloton, à côté de Ginny qui soudain l'ignora. Depuis qu'elle avait enfin compris que leur histoire était terminée, près de deux mois plus tôt, la jeune fille avait une attitude quelque peu ambiguë à son égard : un coup elle se montrait méprisante ou indifférente, un coup elle l'enquiquinait en lui demandant expressément de reprendre la place qui lui était due.
Forcément, le brun faisait la sourde oreille, et quand son ex lui glissa, juste avant leur envol, qu'ils auraient pu gagner le match s'il s'était davantage investi, il se dit qu'elle ne comprenait vraiment rien à rien.
Ses pieds quittèrent le sol, sous les applaudissements et les cris, et son balai fila dans les airs. C'était une sensation inexplicable, un bien-être absolu, mêlé à la crainte, l'excitation… La peur de tomber, le plaisir de ne plus être accroché au sol, cette espèce d'osmose avec le balai calé entre ses cuisses qui répondait à ses volontés…
C'était juste magique.
Ni naturel, ni inné, ni normal…
Juste magique.
Le stade était rempli, comme toujours, et les élèves agglutinés sur les gradins n'en finissaient plus de gueuler. Il faisait froid pour un mois de novembre, ou alors Harry avait perdu l'habitude ces matchs où le vent glacial s'infiltrait sous ses vêtements, pourtant épais, pour s'attaquer aux os et engourdir ses membres. Les spectateurs avaient sorti leurs capes les plus chaudes et arboraient leurs épaisses écharpes bicolores, bonnets assortis sur la tête. Que n'aurait-il pas donné à cet instant pour se blottir bien confortablement sous ses couches de tissus, comme une poule, luttant contre le froid tout en regardant le spectacle.
Mais Harry n'avait été que de très rares fois spectateur, et tout en faisant le tour du stade, il se fit la réflexion qu'il n'avait jamais vraiment souhaité, jusque là, être à la place de ses camarades sur les gradins, qu'il pleuve ou qu'il vente. Sans doute car à l'époque c'était encore un grand plaisir et une fierté, que c'était son petit moment de gloire à lui, Harry Potter, élève de Poudlard, et non pas Survivant.
Au passage, le jeune homme repéra des visages familiers, et notamment ceux de ses amis, regroupés tous au même endroit. Luna, son gros lion sur la tête, le regarda béatement quand il passa devant eux, alors que Neville, Dean et Seamus gueulaient comme des veaux. Rapidement, Harry sentit l'euphorie le gagner, chose qui lui avait manqué dans la tente où il était resté enfermé de trop longues minutes avec ses coéquipiers.
Un sourire fleurit sur ses lèvres. Le premier depuis la veille au soir, quand il s'était retrouvé seul avec Hermione dans la salle commune, ses camarades de chambrée étant montés se coucher. Ginny était restée un peu avec eux, installée non loin des jambes de son ex petit ami, alors assis dans un fauteuil près du feu. Puis, quand elle vit Hermione se lever pour s'assoir avec beaucoup, trop, de naturel sur l'accoudoir, avant d'engager la conversation avec Harry, la jeune fille était partie se coucher à son tour.
C'était tellement tendu avec elle, songea-t-il en la regardant voltiger. Tellement difficile, de lui parler, de communiquer… Et si leur rupture officielle n'avait rien changé de ses relations avec Ron, ce n'était absolument pas le cas d'avec Hermione, qui avait décidé de prendre parti. Elle avait compris depuis longtemps que plus rien ne serait comme avant et refusait que Ginny le lui fasse payer d'une quelconque manière.
Pourtant, la veille, ils avaient eu une dispute à ce sujet. Si Hermione acceptait le choix de son meilleur ami, elle n'en comprenait pas les raisons. Cette indifférence avec laquelle il regardait le monde, que ce soit son ex, ses études, et même ses loisirs, avait quelque chose de dérangeant. Hermione ignorait ce qui se passait dans sa tête et aurait sans doute payé cher pour le savoir. Harry avait changé, bien plus qu'ils ne l'auraient cru. Dans le fond, elle se demandait s'il avait décidé de ne pas se remettre avec Ginny parce qu'il ne l'aimait plus ou si c'était parce qu'il ne souhaitait plus personne dans sa vie.
Parce qu'il perdait chaque être cher, parce qu'il se sentait incapable de les aimer comme il le fallait, parce qu'il était un homme souillé et mal dans sa peau.
Et forcément, Harry s'était fermé, au fil des échanges et des répliques parfois cinglantes. Il n'avait pas à se justifier et ne souhaitait plus le faire. Visiblement, personne n'acceptait l'idée qu'il n'en avait plus rien à foutre de Ginny, qu'elle n'éveillait plus aucun désir en lui, et que, par Merlin, il ne l'avait jamais aimée. Il l'avait désirée, oui. Mais pas aimée. Elle était comme Cho, un béguin, une amourette d'adolescent. Il l'avait compris cet été-là et au début de l'année. Il s'en fichait. D'elle, de leur histoire.
Au fond de lui, il avait senti que ce n'était pas important et qu'il ne voulait plus de cette relation qui lui avait apporté autrefois du réconfort et la sensation d'être bien.
La sensation d'être comme les autres. D'aimer comme les autres.
D'avoir une adolescence comme les autres.
Il aspirait à présent à d'autres choses, et Ginny ne correspondait plus à ses attentes. Elle n'était pas moins bien que les autres. Il n'en était juste pas amoureux et sentait au fond de lui qu'il ne serait jamais capable de l'aimer comme elle le souhaiterait.
Et la possibilité, là, tout de suite, de se projeter dans l'avenir, avec une vie de couple, un mariage et une famille, le remplissait d'effroi…
Ce matin en ce levant, il avait encore eu toutes ces pensées en tête. Mais à présent, il était dans les airs, luttait contre le vent qui commençait à se lever, et sous ses yeux s'envolèrent soudain toute l'équipe des Serpentards, dans leurs vêtements verts et gris, contradiction totale avec leurs propres tenues rouges et mordorées. L'équipe avait changé cette année encore, et le moins qu'on puisse dire, c'était que les sous-estimer serait une dangereuse erreur. Ils avaient de bons balais, des joueurs motivés et bien décidés à redorer leur blason, et Malfoy ne lui avait jamais paru aussi hargneux que depuis la fin de la guerre, bien décidé à prouver sa valeur.
Le repérant, son rival monta jusqu'à lui et l'affronta du regard. Dire qu'il avait changé serait sans doute beaucoup trop, on ne changeait pas en un été. Mais en réalité, cela faisait un an que Harry ne l'avait pas revu, ne comptant absolument pas sur ce bref échange qu'ils avaient eu, dans le manoir de ses parents. Ces courts moments où il s'était retrouvé face à lui ne pouvaient rendre honneur à tous ces changements qui s'étaient opérés chez lui.
Ou peut-être était-ce dû au fait que Harry ne l'avait jamais vraiment regardé, ou que dans sa tête, Malfoy avait été toujours plus beau que lui et que c'était inutile de se faire du mal inutilement avec ça.
Il avait grandi. Il avait forci. Son visage s'était fait plus mature, moins délicat. Ses cheveux avaient un peu foncé et avaient poussé, aussi. Le jeune homme lui donnait la désagréable sensation d'avoir grandi, en un an, alors que Harry, lui, restait bloqué à ses seize ans, voire même ses quinze ans, la taille toujours aussi petite et le corps presque décharné par rapport à son rival.
Ils se jaugèrent du regard quelques instants. Ses yeux gris plantés dans les siens, le visage tendu et concentré, Draco Malfoy avait quelque chose de presque chevaleresque. Comme si en cet instant, ce n'était pas leur vieille rancœur ou son orgueil froissé qu'il défendait. Mais son honneur.
Ou autre chose.
La voix tonitruance de Mrs Bibine les rappela à l'ordre, exigeant que les équipes s'alignent et que les capitaines mettent les pieds au sol pour le coup d'envoi.
Le match allait commencer.
OoO
Mercredi 1er octobre 1997
Alors qu'il traversait la bibliothèque pour trouver un coin tranquille, Harry avait surpris Ginny et Zabini en grande discussion. Ou du moins, ce devait être le cas, avant que son ex ne s'agrippe à son visage et ne l'embrasse passionnément. Bizarrement, Harry s'était senti très embarrassé. Pas de les voir s'embrasser, mais plutôt parce qu'il n'en avait eu tellement rien à faire qu'il avait trouvé cela gênant. Depuis quand était-il devenu si insensible ?
Depuis, Harry avait su se trouver un petit coin tranquille où travailler ses devoirs. Il mit du temps à se concentrer, beaucoup trop à son goût, mais une fois qu'il rentra dans son travail, il fut d'une redoutable efficacité. Dommage que cela n'arrive pas plus souvent, lui dirait Hermione en voyant ses parchemins se remplir. Mais Harry n'avait jamais été particulièrement travailleur, comblant au fil des années ses lacunes comme il le pouvait, et puis cet été, sa motivation quant à la reprise de ses études était allée en s'amenuisant.
Et étrangement, il n'en éprouvait aucune inquiétude. De toute façon, toutes les portes lui demeuraient ouvertes, il le savait.
Mais quelles portes, se demanda-t-il soudain, sa plume dans la main et son parchemin sous les yeux ?
Quelles portes ?
Lesquelles souhaiterait-il emprunter, plus tard ? Qu'avait-il envie de faire, après ?
Mais par Merlin, pourquoi s'en fichait-il autant, de cet avenir qui l'avait toujours préoccupé quand il était plus jeune ?
Quand avait-il été plus jeune… ?
« Alors Potter, ça travaille ? »
Tout son corps se tendit alors que l'expression rêveuse de son visage se fermait. Forcément, il fallait que la seule personne dans cette école qui le trouve dans la bibliothèque soit cette fouine de Malfoy… Mais par Merlin qu'avait-il donc fait pour mériter ça ?
« Qu'est-ce que tu veux, Malfoy ? »
Il avait essayé d'y mettre toute son exaspération avant de tourner la tête vers lui. À quoi bon l'ignorer, Harry en avait assez qu'il joue ainsi avec ses nerfs. Son sourire arrogant ne lui disait rien qui vaille…
« J'ai pas le droit de te saluer ? À moins que tu attendes quelqu'un d'autre ? C'est pas souvent qu'on te voie en ces lieux…
- Je n'attends personne, je travaille. Donc va-t'en.
- T'as pas autre chose à faire que ça, Potter ? T'en as rien à faire de tes études, de toute manière ton avenir est tout tracé. Qui va te refuser quoi que ce soit ? À toi, le grand héro…
- Et qu'est-ce que j'ai de mieux à faire que mes devoirs ?
- Peut-être remonter le niveau de ta minable équipe de Quidditch. Ou bien essayer de récupérer ta belette. Ah, j'oubliais… C'est toi qui l'as largué. Elle a pas mis longtemps à te remplacer, à ce qu'il parait. »
Mais pourquoi ne réagissait-il pas ?
Pourquoi ne lui fermait-il pas son clapet, comme avant ? Pourquoi n'arrivait-il pas à se sentir vexé, blessé, froissé… concerné ?
Pourquoi n'arrivait-il pas à se lever, le visage en feu et les yeux remplis de fureur, pour lui cracher au visage tout ce qu'il avait sur le cœur, et bien plus ?
Il s'en fichait.
De l'équipe merdique qui allait les affronter le mois suivant, de son amitié malmenée avec Ron, de ses disputes avec Hermione, de sa vie amoureuse d'un vide abyssal…
Il n'en avait rien à faire.
Alors, plutôt que de s'emporter, il baissa les yeux et fit mine de se concentrer sur ses bouquins. Il y eut un silence, puis, Malfoy ouvrit la bouche. Sa voix avait quelque de presque… incertain.
« Tu t'en fous ?
- Ouais.
- Ça te fait rien que ton ex te remplace aussi facilement et que ton meilleur ami massacre votre équipe de Quidditch ? C'est peut-être des problèmes secondaires, Potter, pour toi, le grand héros, qui en a trop vu… Mais la guerre t'a-t-elle fait perdre toute ta fierté ? Le peu que t'avais ? »
Son cœur se mit à battre. Harry le sentit progressivement taper contre ses tempes.
Ça y est. Il l'énervait.
« Ginny fait ce qu'elle veut de sa vie.
- Tu sais qu'elle s'envoyait déjà en l'air avec Blaise avant que vous rompiez définitivement ? »
Son sang pulsait contre ses tempes. Pas de jalousie, d'envie, de haine.
De colère.
Pourquoi tenter de renouer et de lui faire une scène pareille, si c'était pour coucher avec le premier venu, avec un mec plus beau, plus charismatique que lui ?
« Je m'en fous.
- Ah ouais ? Tu sais que Blaise n'a jamais voulu sortir avec elle et qu'elle est revenue te voir uniquement parce qu'il lui a fait comprendre qu'il n'était pas son petit ami ? »
Pourquoi le prendre comme un second choix, envisager une relation avec lui alors qu'ils n'avaient jamais dépassé le stade des baisers, et que tout se savait un jour ou l'autre ?
« Et tu sais pourquoi il continue de baiser avec ton ex ? Uniquement parce que ça fait un an qu'il est raide dingue de Loufoca et que c'est le seul moyen qu'il a trouvé pour se rapprocher d'elle. Il parait qu'elle est pas indifférente à son charme. La rupture est proche. Tu crois qu'elle va réessayer de te séduire, Potter ? »
Il la revoyait embrasser Zabini, dans les rayonnages. Il la revoyait minauder, le toucher, alors qu'en réalité elle appartenait déjà à un autre. L'avait-elle trompé, quand il n'était pas là ? L'année précédente, alors qu'il était traqué comme une bête par le plus grand mage noir du siècle, fréquentait-elle déjà d'autres hommes ?
« Ça fait quoi, Potter, de savoir que t'es juste un faire-valoir, même pour la fille qui est censée t'aimer ? »
Le reste ne fut plus que coups de poings, cris de rage et grognements douloureux.
OoO
Harry se rappelait très bien de ce que lui avait dit Olivier Dubois, quand il était entré dans l'équipe et que le jeune homme d'alors quinze ans à peine, qui lui avait paru si mature et sérieux. Alors qu'il ne savait pas très bien ce qui l'attendait, parce que le Quidditch était un sport aussi inconnu qu'inquiétant, l'adolescent lui avait présenté le vif d'or avant de lui préciser qu'il serait l'unique objet de son attention.
C'était à lui de le récupérer, afin de sonner la fin du match, et surtout accorder 150 points à son équipe.
Ce rôle crucial aurait pu paraître des plus simples, vu qu'il n'avait pas à se soucier du match ni à interagir avec ses coéquipiers. En somme, il n'avait aucune stratégie à appliquer ni le besoin d'en découdre avec un quelconque adversaire. Bien sûr, il y avait l'autre attrapeur, mais entre se donner des coups d'épaules et feinter pour s'assurer la victoire, et frapper, cogner, rentrer dans le lard de ses adversaires pour récupérer le souaffle ou empêcher l'autre de marquer, sans compter les cognards qui risquaient à tout instant de vous défoncer la tête… Il préférait alors son rôle où les risques demeuraient minimes, même s'il s'était pris de sacrées branlées malgré tout.
Depuis, sa vision des choses avait quelque peu changé. Au fur et à mesure qu'il avait grandi, ses corps à corps avec ses adversaires s'étaient faits plus violents, à mesure que lui grandissait et que les autres attrapeurs prenaient du muscle, comme Mafoy par exemple.
Malfoy, qui le regardait de ses yeux gris, le visage fermé, comme une bonne partie de son équipe. Il réagit à peine quand le souaffle fut lancé et qu'il fallut monter dans les airs à la recherche du vif d'or. Harry, lui, prit de la hauteur pour surplomber le terrain et regarder quelques secondes le début du match, surveillant le blond du coin de l'œil.
Le match démarrait mal. Et ce n'était pas le pessimisme de Malfoy et de Ginny qui influençait son regard ou qui le rendait un peu trop critique. Si la cohésion des poursuiveuses existaient, car dans le fond elles s'entendaient bien même si elles avaient un peu trop tendance à se rentrer dedans, elle n'était absolument pas à la hauteur de celle des Serpentards Harry se devait bien de le reconnaître : sur le plan tactique, l'équipe adversaire semblait bien plus préparée, et sa rage de vaincre ne faisait que les rendre plus violents et vifs.
Ils étaient bons.
À quoi bon se mettre des œillères et refuser la réalité.
Leur équipe était bonne et la leur d'une médiocrité à faire peur.
C'était donc comme ça qu'il allait terminer sa scolarité à Poudlard ? Avec le souvenir des anciens matchs, de l'adrénaline et de sa soif de gagner, de cette douce époque où Dumbledore regardait ses élèves jouer avec bienveillance ?
Certainement.
C'était une époque révolue, à présent.
Ron ne parviendrait jamais à bloquer tous les souaffles que les Verts et argent allaient lui balancer à la tronche, Ginny ne serait jamais capable de mettre son orgueil de côté pour s'entendre avec ses coéquipières. Harry se fit vaguement la réflexion que c'aurait dû être elle, le capitaine de l'équipe. Mais elle serait devenue insupportable. Derrière ses airs de gentille fille, elle était beaucoup trop hargneuse. C'était ça de grandir avec des grands frères et d'être la seule fille. Elle n'aurait jamais accepté la misogynie et les critiques. Au final, le résultat n'aurait pas été meilleur.
Sans doute aurait-il été pire, car cette équipe ne se serait pas envolée pour le sport, mais pour prouver sa valeur, à elle, en temps que chef et en temps que femme.
Et jamais Harry n'aurait été capable d'être sous ses ordres.
Pas parce que c'était une fille, ni parce que c'était son ex.
Mais se faire gueuler dessus parce qu'elle le trouvait trop mollasson, parce qu'il ne faisait pas ce qu'elle voulait qu'il fasse, parce qu'elle mélangeait vie privée et vie publique… il ne l'aurait jamais accepté.
Il n'avait jamais eu de soucis avec Angelina Johnson, il savait qu'être sous les ordres d'une femme ne lui posait aucun problème fondamental. La misogynie et le machisme n'avaient jamais fait partie de ses défauts.
Mais pas Ginny.
Certainement pas elle.
« Alors, on dort, Potter ? »
Le calme intérieur qui régnait jusqu'alors en lui, alors que Harry voyait bien qu'ils étaient en bonne voie pour perdre le match, fut réduit en poussière. Il se dit que si Ron avait été capable de les motiver, ne serait-ce qu'un peu, s'il avait réussi à rallumer la flamme dans le cœur de ses coéquipiers, Harry aurait pu se sentir concerné. Il aurait pu se battre, pour eux, pour lui.
Pourquoi fallait-il que ce soit Malfoy, le seul capable pour le moment de faire monter la rage en lui ?
Cette rage, due à sa voix trainante et insupportable, qui s'apprêtait à relever petit à petit tous les points sombres de sa vie, qui était en train tranquillement de se casser la gueule.
Cette vie qu'il avait aimée et qui ne lui ressemblait plus. Cette vie à laquelle il s'était accroché et pour laquelle il n'éprouvait plus que de l'indifférence.
« Il serait peut-être temps que tu comprennes que ce n'est pas en me collant que tu arriveras à trouver le vif d'or.
- Comme si j'avais besoin de toi pour le trouver ! Ne prends pas tes grands airs, Potter, t'es pas si bon que ça !
- Toi non plus, t'es pas si bon que ça, Malfoy. Du balai ! »
Et Harry partit dans une direction, n'importe laquelle, du moment qu'il soit loin de lui. Et à peine arriva-t-il non loin des anneaux dorés qu'il aperçut l'éclat si reconnaissable et discret du vif d'or, en contrebas. Aussitôt, il piqua avec son balai, rapidement rejoint par Malfoy qui le suivait de près.
S'en suivit d'une course poursuite dans tout le stade, qui lui fit oublier tous ses soucis. Il n'y avait plus que le vif d'or à portée de main, Malfoy qui le talonnait et le poussait de l'épaule, et puis le vent glacial dans ses cheveux. C'était une sensation incroyable, ce vide dans sa tête, toutes ses pensées dirigées vers ce point doré qu'il ne parvenait pas à atteindre.
Il rebasculait en arrière.
À l'époque où le Quidditch était un échappatoire, un pur moment de plaisir.
Harry redécouvrait pourquoi il adorait ce sport, pourquoi, lui qui n'avait jamais vraiment eu un esprit de compétition, était fan de cette activité.
Il sentait son cœur battre dans sa poitrine, son cœur bien vivant et tellement en manque de stimulations, depuis plusieurs mois.
D'un coup d'épaule, Harry poussa brutalement Malfoy sur le côté, trop près des gradins, avant de piquer vers le bas. Quand il se retourna, le blond le foudroya du regard : il avait failli se prendre un gros poteau en pleine face. Sans un mot, Harry lui montra le cognard qui fonçait quelques secondes auparavant droit vers eux et que Malfoy ne semblait pas avoir vu : il n'aurait su dire exactement qui était visé, mais il était sûr que s'il ne touchait pas son adversaire, il aurait frappé Harry de plein fouet, vu leur coude à coude. Comprenant soudain ce qui venait de se produire, le Serpentard leva la main de mauvaise grâce avant de s'en aller.
Harry accepta ce remerciement silencieux avant de repartir à la recherche du vif d'or, qui leur avait échappé entre temps. S'élevant dans les airs, le jeune homme surveilla à nouveau quelques instants le match qui se déroulait près de lui, comme dans une autre dimension.
Et visiblement, il n'était pas le seul à avoir cette vision des choses, vu le visage de son meilleur ami, qui paraissait vivre un véritable cauchemar.
Harry en eut presque pitié.
Presque.
Ron n'était pas à la hauteur. Il ne l'avait jamais été. Il n'avait pas une âme de chef. Dans son for intérieur, Harry l'avait toujours su, mais l'amour qu'il éprouvait pour son meilleur ami, ce sentiment qu'il se refusait naturellement d'appeler, l'avait toujours empêché de le dénigrer. L'amitié, ce n'était pas ça. Et Ron était son meilleur ami depuis ses onze ans. Ça ne se faisait pas.
Mais en cet instant, la dure réalité des choses le frappait avec encore plus de forces.
Peut-être parce que lui n'avait rien à prouver, que s'ils perdaient, ce ne serait pas uniquement de sa faute et il n'en récolterait pas tous les tords. Contrairement à Ron. Et le voir ainsi lui faisait mal. Mais il fallait bien qu'il soit confronté à ses rêves, à son ambition, qu'il comprenne que tout n'était pas qu'une question de chance ou de malchance.
Harry n'avait pas l'âme d'un chef, mais il savait gérer.
Ron aimait mener, mais face à une équipe, il était impuissant.
Dure réalité.
Qu'il lui reprocherait, sans doute.
C'était ça aussi, l'amitié. Encaisser et pardonner. Soutenir et aider.
Harry avait du mal à remplir ses parts du contrat, dernièrement. C'était peut-être aussi pour cela que le visage si pâle et angoissé de son meilleur ami lui faisait un mal de chien.
OoO
Jeudi 16 octobre 1997
La Grande Salle était pleine à craquer. Rien d'étonnant vu l'heure, mais Harry était étonné qu'autant d'élèves soient présents : les portes venaient à peine de s'ouvrir pour le dîner et la pièce était déjà remplie de monde. Affamés après leur séance d'entraînement, Harry et Ron s'étaient rapidement changés, pour une fois, et s'étaient précipités vers la Grande Salle. Ils ne s'attendaient pas à ce qu'il y ait autant de monde, et encore moins que Hermione, installée entre Parvati et une élève de cinquième année, ne leur ait pas gardé de place, comme à son habitude.
Il y avait de l'eau dans le gaz entre Hermione et Ron, Harry avait mis un peu de temps à le comprendre. Quand McGonagall avait annoncé l'organisation d'un bal masqué la veille du match de Quidditch, afin de fêter Halloween et essayer de balayer les horreurs de la guerre, la morosité qui planait depuis quelques temps sur l'école s'était envolée. À cette annonce, Harry avait pensé que ses deux meilleurs amis s'organiseraient aussitôt afin d'accorder leurs tenues. Il avait fallu que Ron lui pique une crise de colère phénoménale, parce que Harry avait accepté de faire un exposé en Enchantement avec Neville, pour qu'il comprenne au fil de la dispute que quelque chose clochait entre eux.
Neville avait eu du mal à digérer cette dispute, qui ne l'avait visé à aucun moment. Cependant, que Ron engueule Harry parce qu'il l'avait « trahi », lui préférant un autre pour ce devoir particulièrement compliqué, cela avait beaucoup blessé le jeune homme. Il en avait reparlé avec Harry, parce que ce dernier ne comprenait pas que son meilleur ami s'emporte ainsi à cause de ses problèmes de couple. Le brun lui avait glissé que leur couple avait été compliqué à se mettre en place à cause de la fuite et Neville lui avait répondu sur le même ton que leurs sentiments étaient peut-être malmenés, vu que tout était réglé à présent et que le rythme initial de leur vie avait repris.
C'était une explication comme une autre. Harry ne savait pas vraiment ce qu'il en était, et bien que Ron et Hermione aient décidé d'aller au bal ensemble, la situation n'était pas vraiment réglée. Évidemment, Harry était ennuyé par la situation mais essayait de ne pas le montrer car il refusait de prendre parti, pour l'un ou pour l'autre. D'autant plus que ses deux amis lui faisaient part de leurs problèmes respectifs sans vraiment aborder avec lui le fond du sujet, qui les aurait aidés tous les trois à y voir plus clair.
Alors, Harry essaya de montrer le plus de détachement possible quand il alla s'assoir à côté d'un groupe de Sixième Année avec Ron qui grommelait dans sa barbe. Bientôt, Dean, Seamus et Neville arrivèrent à leur tour, en compagnie de Luna qui tenait légèrement le bras de ce dernier. Neville prit grand soin de ne pas s'assoir à côté de Ron, et quand il voulut s'installer à côté de Harry, Luna le devança et s'assit à côté de son ami, tout sourire.
Et alors qu'elle prenait place à son côté, le jeune homme songea à Malfoy, qu'il avait frappé de toutes ses forces quelques temps auparavant, et à Zabini, que Ginny embrassait dans les rayonnages. Il se rappela du ton de sa voix quand son rival lui avait avoué l'attirance de son camarade de classe pour Luna, quand il lui avait expliqué la relation purement sexuelle qui semblait exister entre le Noir et Ginny.
Harry leva les yeux et chercha du regard la table des Serpentards, et surtout des visages connus. Il réussit à apercevoir Malfoy, entouré de Parkinson, Zabini et Goyle, et même à capter son regard. De là où il était, Harry devinait aisément l'expression méprisante qui déformaient ses traits et sentait son regard lui brûler le visage.
Il le haïssait.
Pour cette bagarre, pour la solide retenue qu'il avait obtenue et celle réduite de Harry, pour cette rivalité qui empoisonnait depuis des années leur relation.
« Bon les mecs, deux semaines avant le grand match ! »
C'était Dean qui venait de lancer la tirade. Il faisait partie de l'équipe de Quidditch, au poste de batteur, avec un élève de Cinquième Année avec lequel il s'entendait plutôt bien. Le sourire aux lèvres, il tentait de redonner le sourire à la tablée, et surtout à son capitaine assis à sa gauche.
« Ouais, deux semaines… Deux putains de semaines…
- Allez Ronny, courage, on va les battre ces bâtards !
- Dean, t'étais pas obligé…
- T'as un problème Seamus ?!
- Ça m'énerve que tu parles d'eux de cette manière, franchement. On n'a plus quinze ans, mûris un peu. »
Cette remarque parut le vexer, et juste avant qu'il enchaîne, Harry intervint afin de couper court à ce début de dispute entre les deux amis.
« Pour le moment, les Serpentard sont plutôt fair-play, ils ne nous ont pas embêté comme les autres années pour la réservation du terrain ou d'autres conneries.
- C'est pas des saints non plus, ils nous crachent dessus !
- On se crache mutuellement dessus, Ron, ça a toujours été comme ça et ça ne changera jamais. Mais avouez qu'ils ont été plutôt bien cette année, comparé aux… »
Mais on ne l'écoutait déjà plus. Ils l'entendaient mais ne l'écoutaient pas. Il fallait croire que tant qu'ils seraient à Poudlard, ces haines aussi viscérales qu'inexpliquées ne quitteraient jamais leur cœur. Harry préféra alors en rester là : s'il continuait à défendre leurs adversaires, tout finirait par leur tomber dessus, alors que sa volonté était simplement d'éviter les insultes.
Et de leur faire comprendre qu'ils n'étaient pas des salopards de première mais des joueurs comme les autres, aussi.
« Putain elle abuse McGo' quand même, organiser la fête d'Halloween juste avant le match…
- Le calendrier tombait mal, on n'y peut rien !
- Mais pourquoi ne pas le faire le lendemain ? Ce serait plus logique !
- Pas tellement, tu auras envie de faire la fête si on perd le match ?
- Mais pourquoi on perdrait ?! »
À l'autre extrémité du groupe, Harry vit Seamus lever les yeux au ciel tout en se mordillant la lèvre inférieure, alors que Neville et Dean débattaient. Sans doute était-il comme Harry et préférait ne pas dire tout haut ce que tous deux pensaient tout bas. Cela faisait déjà quelques temps que l'irlandais n'avait plus beaucoup d'espoir en leur équipe et il s'était déjà disputé plus d'une fois avec Dean, Ginny et Ron, parce que les deux premiers voulaient croire à leurs chances et parce que le dernier refusait d'accepter la défaite. Neville, lui, avait décidé d'y croire, mais sans grandes espérances.
Depuis le début du repas, Ron demeurait silencieux. Sur le chemin, ils avaient discuté un peu, des cours, de Hermione, du Quidditch. De l'avenir.
Son meilleur ami lui avait avoué ses inquiétudes. Harry travaillait trop peu ou de façon saccadée. À son rythme, quoi. Il avait compris que les seuls moments où il se donnait à fond et tout de suite, c'était durant les devoirs de groupe, et surtout ceux qui n'impliquaient pas ses meilleurs amis. Ces devoirs étaient récurrents, afin de créer une certaine entraide entre les élèves et ne pas les laisser patauger dans leurs difficultés. Harry se faisait un honneur de ne pas décevoir ses camarades. Sauf Ron. Qui souvent se tapait le travail pour deux, parce qu'il était incapable de motiver son meilleur ami.
Harry savait que Ron se faisait du souci et qu'il souffrait de ne pas savoir ce qui se passait dans sa tête. Le brun savait que son meilleur ami passait parfois pour quelqu'un de trop présent, de colérique et de possessif, depuis la fin du conflit, qu'il prenait les choses trop à cœur et qu'il abusait de son nouveau statut. Il savait aussi que Ron souffrait de cette image-là, mais qu'à vrai dire, ni lui ni Harry ne pouvait lutter contre cela.
Bien sûr, Harry aurait pu leur expliquer que son soutien lui était primordial, qu'il avait besoin de sa présence, que son attitude était devenue trop protectrice mais que dans un sens il en avait eu besoin, et que si tout n'avait pas pété entre eux, ce n'était pas par indifférence, mais parce qu'une part de lui avait besoin de cette espèce de paternalisme. Mais parler de tout cela reviendrait à parler de ses faiblesses, de tout ce qui n'allait pas dans sa tête, dans son corps, de tout ce qui le perturbait et qu'il peinait encore à encaisser.
Cela reviendrait à avouer son envie de rien, ce goût pour la vie qui avait paru disparaître au fil des jours.
Ce serait avouer sa dépression qu'il ne parvenait ni à accepter ni à surmonter.
Et si Harry n'était absolument pas prêt à révéler tout cela, Ron y était férocement opposé.
Ce que Hermione ne voyait pas tellement d'un bon œil, constituant un énième sujet de discorde entre eux.
« Allez les mecs, on boit à la santé de l'équipe !
- Et on trinque avec quoi, crétin ? Du jus de citrouille ? »
Amusé, Harry leva son propre verre rempli de jus à un Seamus faussement exaspéré qui en fit rapidement de même. Ron fut le dernier à les suivre et ne décrocha rien de plus qu'un faible sourire.
L'angoisse le dévorait. Harry le voyait et le sentait.
Les Serpentard et leur équipe bien meilleure que la leur était en train de lui ronger le cœur et les tripes, au fil des jours.
Et Harry ne pouvait malheureusement rien y faire.
OoO
Quatre buts avaient déjà été marqués, et quand Ginny balança pour la énième fois le souaffle écarlate vers les cercles dorés de l'équipe adverse, le gardien parvint à le bloquer, en dépit de sa puissance et de sa position initiale. La jeune femme en aurait hurlé de rage, mais par miracle, elle put se contenir et garda tout son ressentiment à l'égard du joueur pour elle. Dean, non loin de lui, poussa un grognement agacé.
La partie avait très mal débuté pour eux, et le moins qu'on puisse dire, c'était que cette situation mettait les poursuiveuses dans une rage sans nom, ce qui les motivait encore plus à se donner à fond. Mais serait-ce suffisant ? Harry n'avait jamais été optimiste, et visiblement, Dean commençait réellement à accepter l'idée qu'ils allaient perdre, vu les traits crispés de son visage et sa manière de frapper les cognards, avec une telle force que ses bras s'en souviendraient longtemps.
La soirée de la veille avait désagrégé une partie de leurs forces, aussi bien morales que physiques. Dean avait un peu trop fait la java et il était allé jusqu'à draguer à outrance Ginny, avec laquelle il était sorti auparavant, et s'ils avaient paru particulièrement bien s'entendre, ce n'était absolument plus le cas ce matin-là. Bien au contraire. Ron, lui, avait fait un peu la fête avec Hermione, soudain réconcilié, mais ni l'un ni l'autre ne savait danser et il s'était couché plus tôt encore que Harry, qui avait trainassé un peu avant de regagner son lit, non pas de fatigue ou de lassitude, mais parce que le lendemain il aurait besoin de toute sa tête pour attraper le vif d'or.
Cependant, porter la faute de cet échec sur la soirée de la veille serait d'une stupidité aberrante, et ils en avaient sans doute tous conscience. Ils étaient un peu fatigués, mais de toute manière, ils ne dormaient jamais beaucoup les veilles de match, à cause de l'excitation et du stress. Harry espérait juste qu'ils en aient tous conscience et que la solution de facilité ne serait pas utilisée pour justifier leur défaite.
Car ils allaient perdre.
C'était une évidence.
Et sur cette pensée, Harry repartit en exploration.
Pas de trace du vif d'or, nulle part. Pourtant, Harry ne cessait de tourner autour du stade, slalomant entre les joueurs, les cognards, et Malfoy qui ne cessait de le croiser ou de le suivre. La petite balle semblait avoir tout bonnement disparu. Si l'autre attrapeur n'était pas aussi anxieux que lui, Harry aurait fini par penser qu'il n'était décidément qu'un mollasson et que ce match lui passait par-dessus la tête.
Mais le fait est qu'il avait la tête un peu trop pleine et un peu trop pensive. Ses yeux étaient aux aguets mais sa tête ailleurs. Comme s'il fallait qu'il soit dans les airs pour penser à sa vie, ses problèmes… Dean, non loin de lui, paraissait fatigué, sans doute un coup de barre. Ils se lancèrent un regard, Harry haussa les épaules en mimant la déception, son coéquipier leva le pouce avec un sourire encourageant.
« Putain Harry, bouge ton cul ! »
En face de lui, il vit Dean se tendre sur son balai, son visage se fermant. Lentement, le jeune home tourna la tête et jeta un regard terrible à Ginny, à quelques mètres de lui. La jeune femme eut un mouvement de recul, s'attendit peut-être à un mot, mais le regard noir de Harry la fit rebrousser chemin. Elle retourna au centre, où se rejoignaient les autres poursuiveurs.
« Elle se prend pour qui, cette conne ?
- Pour le futur capitaine des Gryffondors.
- T'es sérieux ?
- Je leur souhaite bien du courage. Elle arrivera à rien en gueulant comme ça sur ses partenaires. »
Ce n'était même pas de la mauvaise foi ou une basse critique. Aucun joueur, même sur un coup de sang, ne lui avait parlé ainsi, à aucun moment. À la fin du match, il ne manquerait pas de remettre les pendules à l'heure et de lui rappeler qui était le capitaine de cette équipe et qui n'avait pas su jouer son rôle à fond. Elle n'était pas faite pour être poursuiveuse, tous le savaient, et cette remarque la blesserait dans son estime. Si Ron n'était pas capable de mettre les points sur les i, lui, il le ferait.
Particulièrement remonté, Harry feinta une descente avant de remonter aussi sec, regardant du coin de l'œil Malfoy qui lui collait au train. Cette prise de vitesse lui fit un bien fou et dégagea ses pensées.
Et il repartit à la recherche du vif.
OoO
Vendredi 31 octobre 1997
Il y avait sa bouche contre la sienne. Sa bouche tendre, chaude et humide… Et puis, il y avait sa langue, aussi, si mutine, si taquine, qui avait léché ses lèvres, leur commissure, avant de s'aventurer dans sa bouche et lui faire découvrir tout un tas de sentiments jusqu'alors inconnus.
Malfoy l'embrassait. Son corps plaqué contre le sien, le bloquant contre le mur, un bras dans son dos et l'autre sur sa joue, Malfoy était en train de lui rouler la pelle du siècle, sa bouche malmenant la sienne avec un savoir-faire presque embarrassant.
Tout se bousculait dans sa tête. Il ne savait même plus ce qu'il faisait là, pourquoi il avait atterri dans ce couloir et pourquoi Malfoy s'était collé à lui avant de s'emparer de sa bouche, comme si c'était la chose la plus naturelle qui soit.
Ce n'était pas leur premier baiser.
Mais cela n'avait jamais été aussi intense.
C'était un baiser d'adulte. Pas un baiser de gamins. Pas un baiser comme il avait vaguement pu en échanger avec Cho ou encore avec Ginny. Pourtant, cette dernière savait embrasser et adorait ça. Mais c'était presque bas de gamme, à peine excitant par rapport à ce que le blond était en train de lui offrir, sans violence inutile ni domination excessive.
C'était un baiser à deux.
Presque un baiser d'amoureux.
Et quand Harry s'aventura à poser une main sur sa hanche et à la glisser au creux de son dos, il poussa un gémissement en sentant la propre main du blond descendre sur ses fesses, alors que leur baiser s'intensifiait encore plus, si c'était possible.
Son autre main touchait la peau lisse de sa joue, sa mâchoire plus solide et affirmée que celle d'une fille. Il se laissa à aller à effleurer ses cheveux blonds, à peine coiffés et encore humides vu qu'il sortait de la douche. Et cette fois-ci, ce fut Malfoy qui gémit contre sa bouche, l'invitant à poursuivre son geste. Ce que Harry fit avec un grand plaisir…
Le manque d'air se faisant sentir, Malfoy se recula, décollant leurs lèvres dans un bruit un peu mouillé. Harry rouvrit les yeux mais ne vit que du flou : le blond avait relevé ses lunettes au-dessus de son front pour ne pas être embarrassé. Il s'attendit à croiser son regard mais son rival cala sa tête contre son cou où il déposa un baiser humide. Harry poussa un soupir et frissonna quand il sentit son souffle chaud contre sa peau, sa bouche remontant vers son oreille pour y glisser quelques mots.
« Ne joue pas, demain. »
Harry ouvrit de grands yeux sur le vide flou devant lui, ce mur gris en pierre, vide de tout portrait et de toute décoration. Ils étaient seuls dans ce couloir reculé et ce chuchotement avait été comme une parole prononcée à haute voix.
« Pourquoi tu dis ça ?
- Tu ne dois pas jouer. T'es pas en état de le faire.
- Tu dis ça pour gagner ?
- Tu crois que je m'abaisserai à ça, juste pour gagner une coupe ? »
À une époque, peut-être que oui. Mais Harry savait qu'il détournait le sujet et que Malfoy, à cet instant précis, se fichait bien de la Coupe des Quatre maisons. Les Serpentards étaient des renards, sournois et calculateurs, mais ce n'était certainement pas ainsi qu'ils comptaient gagner le match. Ils n'avaient pas besoin de ça. Ils le savaient parfaitement.
« Non. »
Il ne faisait que tourner autour du pot, refusant d'aborder ce sujet, qui les avait tous tant taraudé en début d'année et qui avait été enterré depuis au moins un mois, quand ils virent que Harry était tout à fait capable de jouer son rôle d'attrapeur et qu'il ne faisait pas de bêtises.
« Ne joue pas demain.
- Tu ne peux pas me demander ça. Je ne peux pas les abandonner.
- T'es pas capable de jouer, Harry. Ça se voit à tes entraînements. T'es à peine capable de tenir sur ton balai. »
Le Serpentard avait toujours la tête dans son cou, son corps plus grand que le sien le recouvrant. Harry leva les yeux vers le plafond et le regarda quelques instants, alors que soudain, une étrange angoisse pénétrait son cœur. Le genre d'angoisse qu'on ressent quand un secret qu'on garde pour nous désespérément est enfin découvert par une autre personne, et qu'il risque de s'ébruiter.
« C'est pas vrai.
- Weasley ne voit pas que tu manques de forces ? »
Non. Ron ne l'avait jamais vu. Son rôle d'attrapeur ne le confrontait pas vraiment aux autres joueurs, il ne subissait alors pas tellement de violence physique. La collision, les cognards et l'autre attrapeur étaient les risques les plus importants. Ron n'avait encore jamais su voir que Harry manquait de forces, qu'il se fatiguait très vite et, surtout, qu'il avait parfois des comportements dangereux, car il peinait à estimer sa résistance à la douleur musculaire et la précision de ses réflexes d'attrapeur.
La guerre avait laissé des séquelles chez Harry, qui avaient été détectées par le médicomage qui s'était chargé de lui, à la fin du conflit. La cassure du lien entre Voldemort et Harry avait beaucoup perturbé sa magie et créait alors des moments de fatigue difficiles à prévoir mais qui ne le prenaient pas d'un coup, que le jeune homme pouvait ressentir et gérer au mieux. Mais ça, personne n'était au courant, vu que cela n'avait rien d'handicapant.
Et Malfoy semblait être le seul à s'être rendu compte de quelque chose, en les apercevant ou en les espionnant.
« Je sais gérer.
- C'est dangereux.
- J'ai des potions en cas d'urgence. J'en prendrai une ce soir.
- Tu promets ?
- Je te le promets. »
Puis, il y eut à nouveau sa bouche dans son cou et Harry ne put retenir un frisson en sentant sa langue sur sa peau.
OoO
Les scores grimpaient, et pas la moins la moindre trace de ce fichu vif d'or. Harry allait et venait sur le stand les oreilles pleines de hurlements. Ron lui avait gueulé dessus comme du poisson pourri et s'était à peine calmé quand Harry lui avait lancé un regard à glacer le sang. Sans doute se disait-il qu'il en subirait les conséquences plus tard et que ce serait juste un mauvais moment à passer. Le brun ne voyait pas les choses tout à fait de la même manière, mais quand son meilleur ami lui gueula qu'il n'en faisait pas assez et que Malfoy paraissait plus efficace que lui dans sa recherche, Harry préféra s'éloigner. Sinon, il lui aurait craché au visage qu'il n'était pas encore parvenu à bloquer le moindre but et que leur équipe courrait à sa perte à cause de son incapacité à protéger les anneaux.
Malfoy avait perçu l'échange, et quand Harry repartit dans l'autre sens, il ne manqua pas de lui faire remarquer qu'il s'était sévèrement fait remonter les bretelles, ce qui était un comble venant d'un gardien qui n'en portait guère que le nom. Le jeune homme avait préféré ne pas répondre et l'ignorer, sous peine d'exploser. Il n'en avait pas envie, pas maintenant. Il était déjà suffisamment en rogne après Ginny et Ron qui s'était donné le mot pour l'engueuler. Comme si eux étaient plus efficaces, comme si leur défaite pouvait uniquement reposer sur son incapacité à attraper le vif… Cette balle donnait un avantage considérable. Cependant, le jeu des poursuiveurs et du gardien était bien plus commenté que celui de l'attrapeur, et ils le savaient tous très bien…
Agacé au plus haut point, Harry s'envola au-dessus du stade et regarda les deux équipes, rouges et vertes, s'affronter. Il se rendit compte de la violence de cet échange, des Serpentards sans pitié qui cognaient à coups d'épaules les Gryffondors slalomant avec peine vers les buts. Il y avait la fatigue, la rage, l'envie de gagner…
Et soudain, il crut voir comme une étoile, un petit éclat doré, non loin d'un gradin sur la droite. Aussitôt, il fonça, tête baissée, alors que la balle dorée qu'il venait effectivement de repérer tentait de disparaître dans la mêlée. Il sentit plus qu'il ne vit Malfoy foncer à son tour vers leur trophée, celui qui serait alors déterminant pour la suite du match si jamais ils parvenaient à l'attraper.
Ce fut à nouveau toute une course poursuite dans le stade, comme Harry en avait connu des dizaines, aux entraînements mais aussi et surtout durant les matchs. Coups d'épaules, feintes, piqués vers le sol, chandelles vers le ciel… Harry sentait l'adrénaline exacerber ses sens, le faire fusionner avec son balai calé entre ses cuisses, ses pieds sur les étriers poussant avec force alors que son corps s'allongeait sur le manche. Ses mains s'agrippaient, l'air sifflait à ses oreilles, alors que le vent, qui les malmenait tous depuis au moins plus d'une heure, s'engouffrait dans ses cheveux.
Son corps était tendu à lui faire mal, ses yeux verts posés sur le vif d'or ne voyaient plus rien aux alentours. Ni les joueurs qu'il évitait, ni les gradins hurlants qui suivaient son parcours, ni le vide, sous lui, ce vide inquiétant dont il avait appris à se méfier sans le craindre. Tout juste avait-il conscience de la présence de son adversaire à son côté qui luttait avec la même énergie pour attraper la balle.
La balle de la victoire.
Qui permettrait à l'un de montrer ses talents d'attrapeur, et à l'autre de sauver son équipe de la catastrophe.
Cela faisait déjà plusieurs minutes qu'ils poursuivaient ce maudit vif, en se lançant des vacheries et des coups d'épaules. Pas un seul instant, Harry ne s'inquiéta pour lui, du cognard qui manqua de lui rentrer en pleine tête ou encore du poteau qu'il faillit percuter par inattention. C'était du chacun pour soi.
Et c'était bon, parfois, le chacun pour soi…
Harry s'éleva dans les airs, la main tendue. Ses doigts effleurèrent les petites ailes fragiles du vif, mais aussi ceux plus pâles de Malfoy. Ils étaient si proches, de l'autre, de la victoire…
Sa main près de la sienne, ses doigts qui touchaient les siens, alors que la balle était à quelques millimètres d'eux, et pourtant si inaccessible…
Mais il ne pouvait y avoir qu'un seul gagnant.
Harry tenta de le pousser sur le côté, mais il manquait de force. Le froid avait engourdi ses membres, il parvenait à s'accrocher à son balai mais certainement pas à faire la moindre démonstration de force. De toute manière, Malfoy était bien plus solide que lui. Alors le blond lui rendit la pareille, le poussant sur le côté d'un bon coup d'épaules. Harry parvint à ne pas trop se décaler, gardant le bras levé et les doigts tendus, tentant d'attraper le vif, en vain. Parce qu'il n'y avait pas d'autre solution, il se jeta sur le côté, percutant le blond qui parvint à faire ce que lui n'aurait jamais réussi : il se décala à peine, encaissant le coup, et parvint à le repousser.
Le vif était à portée de main. Harry le sentit soudain sous ses doigts.
Et alors qu'il allait le saisir, Malfoy lui donna un violent coup d'épaules, entrechoquant bruyamment leurs épaulettes.
Et soudain…
Son balai se déroba entre ses jambes.
Le peu de forces qu'il était parvenu à mobiliser pour tenir sur son Éclair de Feu le lâchèrent, et plutôt que de tenir son balai, sa main glissa sur le manche.
Harry se sentit basculer dans le vide, sans pouvoir réagir.
Les yeux levés vers le ciel, il perçut, à demi caché par son bras tendu, les yeux horrifiés de Malfoy s'écarquiller, alors qu'il le regardait tomber.
C'était une sensation étrange. La chute. Son corps qui tombait, sans cesse, le vent qui semblait à la fois le retenir et en même temps le précipiter vers le sol…. Plus rien ne lui répondait, et de toute manière, il n'aurait pu s'accrocher à rien. Quelle étrange sensation que d'avoir envie de s'agripper alors que rien ne se présentait à vous pour le faire…
Harry eut envie de hurler aussi. Sa tête était pleine de bruit, ses oreilles bourdonnaient, et il entendait toutes ces voix qui n'en formaient plus qu'une lui exploser les tympans.
Oh oui, il aurait voulu hurler. Demander à l'aide. Faire cesser cette attente interminable, alors que son corps tombait, tombait encore, les secondes s'étirant à l'infini, alors que son corps ne tarderait pas à s'écraser sur le sol et ne plus jamais lui répondre.
Mais sa voix resta bloquée dans sa gorge.
Un hurlement de douleur s'échappa de sa bouche quand il sentit son épaule se déboîter. Sa chute se stoppa soudain, et les larmes aux yeux, il les leva.
Penché sur son balai, qu'il avait calé en travers de son torse, Malfoy lui tenait la main, écrasant ses doigts avec une telle force qu'il en aurait crié si son épaule, encaissant l'arrêt soudain de la chute, ne lui faisait pas aussi mal. Harry regarda son visage si pâle, l'expression tendue et la peur dans ses yeux gris.
Il l'avait sauvé.
Nulle trace du vif d'or entre ses mains. L'une tenait son balai, pour ne pas le faire tomber, et l'autre était accrochée à sa propre main. Harry en éprouva un vague soulagement. Non pas parce qu'il n'avait pas encore perdu, mais parce que l'ordre de ses priorités l'avait placé en tête.
Sa main lui fit soudain plus mal : Malfoy lui tenait la main trop fort, de peur qu'il tombe. Harry aurait voulu se cramponner, mieux se tenir, lui attraper le poignet même, mais son épaule était trop douloureuse et il était incapable de faire le moindre mouvement.
Soudain, un bruit.
Un bruit, par-dessus le brouhaha du stade.
Un bruit tellement reconnaissable, le genre de bruit dont il avait cauchemardé, à une époque, un bruit de sifflement, alors que la balle fendait les airs à toute vitesse.
Harry tourna la tête sur le côté. Malfoy suivit le mouvement.
Il n'eut même pas le temps de hurler que le cognard percuta avec une violence extrême sa cage thoracique.
La main de Malfoy le lâcha.
Et il tomba.
Le sol sous son corps lui parut plus dur qu'à l'accoutumé. Pourtant, il en avait connu, des chutes. Mais des comme ça, jamais…
Son épaule le lançait. Sa main, aussi.
Et il sentait sa poitrine se soulever avec difficulté, son cœur s'emballant alors que ses poumons peinaient à laisser l'air y circuler.
La dernière chose que Harry vit avant de sombrer, ce fut le grand ciel bleu.
L'immensité d'azur qui le surplombait, étonnamment coloré pour un mois de novembre aussi venteux, ne lui avait jamais paru aussi belle.
Enfin, ses yeux se fermèrent… et ce fut le noir.
OoO
La première chose qu'il vit en se réveillant, ce fut le plafond blanc cassé, imparfait et même un peu sale par endroits. Bizarrement, il se sentit un peu déçu, comme si cette dernière image du ciel qu'il avait vue avant de sombrer aurait dû réapparaître devant ses yeux, plutôt que cette surface pâle et inquiétante, qui lui rappelait de mauvais souvenirs.
Comme bloqué dans un étau, il s'était rendormi, sans se poser de questions. Un peu plus tard, il se réveilla, la tête douloureuse mais l'esprit un peu plus conscient de ce qui se passait autour de lui. Nul besoin de réfléchir pour comprendre qu'il était à l'infirmerie, encore, mais qu'il était vivant… encore.
Il fallut un peu plus de temps à Harry pour saisir son état et l'ampleur des dégâts sur son corps. Ce qu'il avait pris pour de la fatigue ou l'effet puissant des potions était en réalité différents plâtres et bandages, accompagnés d'une minerve, tout cet attirail le bloquant au lit. Sa tête se retrouvait alors entravée, des bandages maintenaient son bras en travers de son torse, lui-même recouvert de divers pansements tous plus épais les uns que les autres, et sa jambe droite était emprisonnée dans un plâtre.
Petit à petit, les souvenirs du match lui revinrent en mémoire. Un peu comme si Harry avait fait abstraction des derniers évènements et qu'à présent il était prêt à les affronter. Et la seule chose qu'il en retint, c'était qu'il avait fait une abominable bêtise. Alors il préféra fermer les yeux, oublier quelques instants, et attendre patiemment le défilé de visiteurs qui ne tarderait pas à se produire dans sa chambre.
Il y eut d'abord ses meilleurs amis, qui vinrent ensemble, un peu plus soudés qu'ils ne l'étaient auparavant. Ils prirent de ses nouvelles, le bassinant avec des banalités toutes plus stupides les unes que les autres, mais que, comme tout malade, il avait besoin d'entendre. Leur visite lui fit un bien fou, du moins au début. Car forcément, au bout d'un moment, ils abordèrent le match qui s'était déroulé trois jours plus tôt. Et autant Harry ne parvenait pas à s'agacer quand Hermione lui demandait s'il allait bien, car c'était toujours mieux que si elle ne lui demandait rien, autant entendre parler de sport ne lui faisait absolument pas envie.
Ils avaient perdu. Le match ne pouvant prendre fin tant que le vif d'or n'avait pas été attrapé, il avait fallu que Malfoy le récupère, et autant dire qu'il s'était dépêché pour en finir au plus vite. Cependant, le match s'était tout de même étendu, le blond ne parvenant pas à mettre la main sur la balle dorée, soit à cause du choc, soit parce que c'était un piètre attrapeur. De mauvaise foi, Ron osa pencher pour cette seconde proposition et ne se ravisa que quand Harry, acerbe, lui répliqua qu'il pouvait bien se la fermer, vu le score médiocre qu'ils avaient avant et après son accident.
Le match avait été une catastrophe, chacun y allait de sa petite anecdote, surtout concernant la chute incroyable qu'avait faite Harry. Ce dernier écouta Ron en parler en silence, afin de savoir exactement ce qu'il en pensait, et visiblement, ce dernier ne savait quoi croire. Forcément, sa haine envers Malfoy le forçait à tout reposer la faute sur lui, mais plutôt que le laisser tomber, son ennemi avait aussitôt réagi, oubliant le vif d'or pour se précipiter dans le vide. Hermione ne manqua pas d'insister sur l'attitude remarquable du blond, qui fit froncer les sourcils de Ron.
Visiblement, ce dernier ne comprenait pas pourquoi Malfoy l'avait sauvé, d'autant plus qu'au moment de la collision, il avait lâché sa main.
À ces mots, Harry sentit tout son corps se tendre et lui faire mal. Il croisa un instant le regard de Hermione qui comprit de suite que Ron avait fait une bourde. Et quand Harry se tourna légèrement le côté, ne pouvant bouger la tête, pour regarder son meilleur ami, ses paroles furent des plus assassines.
Il lui dit qu'il était un piètre capitaine d'équipe, tout comme il était un piètre gardien. Il l'aimait beaucoup, mais le fait était qu'il n'était pas fichu d'unir et de motiver ses troupes, et que même durant le match, il n'avait pas été fichu d'assurer.
Il lui dit qu'il avait des problèmes de santé, que le décès de Voldemort avait brisé leur lien et atteint sa magie, ce qui lui donnait par moments de gros coups de fatigue. Ron ne s'en était jamais rendu compte, et lors du match, Harry avait négligé cette fatigue, amplifiée à cause de la nervosité et de la colère qui l'avait agité quand son meilleur ami et Ginny l'avaient engueulé comme un élève de Première Année. Quand Malfoy l'avait poussé, ses forces l'avaient abandonnées, et il était tombé. Et au moment de la collision, le blond avait dû être tellement surpris ou le choc avait dû être tellement grand qu'il avait lâché sa main, qu'il tenait difficilement à cause de leurs protections. Harry se rappelait encore de sa main cramponnée à la sienne, comme si sa vie en dépendait.
Il lui dit enfin que c'était bien beau d'essayer de porter la faute sur les autres alors que c'était à lui d'assumer ses erreurs, à lui et à leur équipe. Harry avait surestimé ses forces et avait oublié d'avaler cette maudite potion qui l'avait fait chuter. Malfoy n'était en rien responsable, il avait même essayé de le sauver. Harry était prêt à assumer la responsabilité d'une partie de leur défaite. Mais l'autre partie, c'était à l'équipe de la subir. Les poursuiveuses s'étaient battues, mais pas assez, les batteurs avaient plutôt bien assuré et Ron n'était pas assez concentré. Les Serpentards n'y étaient pour rien.
Forcément, cela finit en dispute. Harry en avait gros sur le cœur et gardait tout ça depuis trop longtemps. L'amour qu'il éprouvait pour son meilleur ami l'avait poussé un temps à se taire, et à présent, il se devait de lui dire la vérité. Il ne devait pas s'enfermer dans sa rancune et accuser sans cesse les autres, il devait assumer et vivre autrement les moqueries dont il devait être la victime. Mais le rouquin prit tout ça comme une attaque personnelle et s'emporta, prononçant des paroles qu'il aurait mieux fait de garder pour lui, qu'il regretterait plus tard, mais que Harry préféra oublier au moment même où il les entendit.
Il était en colère.
Il était blessé.
Harry l'avait un peu trahi, en quelque sorte, vu qu'il lui avait menti.
Mais il fallait qu'il sache, qu'il comprenne, et non pas qu'il reste dans un mensonge perpétuel qui ne lui apporterait rien de bon.
OoO
Cela faisait déjà presque une semaine qu'il était à l'infirmerie. Le temps devenait long. Tous les jours, Hermione venait lui apporter ses notes de cours et les devoirs à faire. La jeune femme s'était attendue à le voir travailler, vu qu'il était bloqué de partout, et il en allait de même pour l'infirmière, mais cette dernière vit rapidement que Harry avait du mal à se concentrer et lâchait rapidement l'affaire. Elle le gronda un peu, pour la forme, mais le brun se contenta de hausser les épaules sans l'écouter. Il paraissait préoccupé.
La guérison durait un peu plus longtemps que prévu, notamment à cause du cognard qui avait percuté sa cage thoracique de plein fouet. Ce dernier avait été envoyé par un batteur de Serpentard qui n'a pas fait attention à la direction de son coup, ayant protégé de justesse un poursuiveur de son équipe. Forcément, la plupart des élèves ne le croyaient pas. Harry ne savait quoi en penser : il avait été retiré du jeu à cause de son geste, mais le brun n'était pas persuadé qu'une telle violence envers lui ait été voulue. Le joueur en question était un sale type mais n'avait aucune raison particulière de lui en vouloir de la sorte, d'autant plus qu'il avait rarement été visé par les Serpentards au cours du match, il aurait été plus intelligent de s'en prendre à lui à un autre moment.
Son épaule déboitée avait été remise à sa place et ne lui faisait plus mal, sa jambe avait également été réparée mais il avait besoin de quelques jours de repos pour s'en remettre. Le plus préoccupant avait été sa poitrine, qui l'avait lancé toute cette semaine. Il devait quitter l'infirmerie le dimanche dans la journée, après un dernier bilan. Mrs Pomfresh s'était montrée des plus optimistes, elle le gardait car ses côtes l'inquiétaient malgré les soins.
Pour une fois, Harry avait envisagé cette convalescence avec une certaine patience, qui ne lui ressemblait pas vraiment. Il avait regardé ses amis et coéquipiers défiler dans la pièce, les uns après les autres, ses visiteurs se faisant de plus en plus diversifiés au fil des jours. Il se prit la tête avec le Ron lors de sa première visite et puis ensuite avec sa petite sœur, qui eut le malheur à son tour d'évoquer le match en sa présence, ainsi que Malfoy et son équipe.
Il lui restait encore deux jours à patienter, et chose étonnante, il peinait à se remettre de ses blessures. En général, il guérissait assez vite et parvenait à surmonter la douleur. Mais la fatigue s'était emparée de lui et semblait refuser de le quitter. Pomfresh n'en avait pas parlé, mais ce ne serait pas la première fois qu'elle atténuerait les maux dont il souffrait en les lui cachant.
Mais il n'y avait pas que ça.
Il y avait autre chose, aussi, qui l'empêchait d'aller de l'avant et d'oublier qu'il avait mal.
Une chose qu'il attendait depuis presque une semaine.
Mais en parler aux autres serait malvenu, il le savait, alors il préférait attendre, désespérément. Il savait que Pomfresh limitait les visites et qu'elle refusait certains visiteurs. À juste titre. Elle avait toujours procédé ainsi, de toute manière, ne relâchant son attention que vers la fin de sa convalescence.
Harry poussa un soupir de lassitude en regardant l'heure. Encore deux jours et il pourrait sans doute sortir. Il l'espérait, le temps devenait long, surtout qu'il ne faisait rien de ses journées, à part dormir, lire un peu, penser… et surtout dormir. Harry végétait dans un état de somnolence quasi permanent, à cause des potions, de la douleur atténuée par les breuvages, et cette espèce de lassitude qui empoisonnait son existence depuis plusieurs mois déjà.
On toqua à la porte. Harry regarda mécaniquement l'heure : dix-huit heures. Pile l'heure à laquelle Hermione venait le voir tous les jours. Nul besoin de l'autoriser à ouvrir la porte pour qu'elle entre, un léger sourire sur les lèvres. Elle était seule, cette fois encore, Ron ne venant plus du tout lui rendre visite depuis leur dernière dispute. Harry s'en fichait. Il lui fallait du temps pour encaisser, son ami avait toujours été ainsi.
Hermione resta un bon quart d'heure, pendant lequel elle lui fit une leçon de morale, à propos des cours qu'il regardait à peine et des devoirs non obligatoires qu'elle lui avait apportés mais sur lesquels il pourrait tout de même réfléchir. D'une oreille distraite, Harry l'écouta en comptant presque les minutes. Il aurait préféré qu'elle lui parle d'autre chose que les cours, et s'il s'était écouté, il lui répondrait que la fortune qui dormait dans son coffre à Gringotts lui ôtait toute inquiétude par rapport à son avenir. Mais c'aurait été créer des tensions pour rien. Il regretta presque la présence de Ron qui compensait un peu…
Quand elle partit, Harry éprouva un sentiment entre la déception et le soulagement. Déception de ne pas avoir beaucoup parlé, parce qu'il était difficile d'en placer une quand on avait autant envie de se reposer et quand on avait une amie aussi bavarde. Soulagement, parce qu'elle n'était plus là pour lui rabâcher son manque de motivation et ses échecs. Même avec elle, il ne pouvait pas avoir la paix. Même elle, à mots voilés, elle pointait du doigt les derniers résultats du match.
Et il s'en fichait tellement…
Tellement…
Du match, des cours, de son avenir…
On retoqua à la porte. Sans doute avait-elle oublié quelque chose. Ah, son bouquin, songea Harry en voyant un manuel sur la table de chevet. Il ferma les yeux alors que la porte se rouvrait… et se refermait doucement. Aussitôt, le brun se tourna vers l'entrée de l'infirmerie et son cœur fit un bon dans sa poitrine.
Malfoy.
Des jours qu'il l'attendait, qu'il guettait la porte.
Et il était là, debout à l'entrée, avec sa traditionnelle robe noire de sorcier. Le visage pâle et les yeux fatigués, il ne souriait pas, et quand il entra, il ne fit aucun mouvement vers lui. Un peu comme s'il attendait son autorisation pour s'avancer. Harry leva silencieusement la main pour lui faire signe de venir et alors Malfoy fit quelques pas pour se rapprocher de lui. Son visage reflétait à la fois de la gêne, de la crainte… et un peu de souffrance, aussi. Des regrets. Des remords.
Il s'en voulait.
Cette idée le frappa quand le blond fut enfin près du lit, incapable de le regarder dans les yeux.
Il était si loin de l'orgueilleux Draco Malfoy qu'il connaissait, si loin du garçon qui avait tout à prouver… Le regard baissé vers le sol, les mains dans le dos, il s'avançait silencieusement vers le lit et s'assit précautionneusement sur la chaise.
Alors enfin, il leva les yeux vers lui, pour le regarder plus franchement. Harry sentit quelque chose remuer en lui en voyant ses yeux gris qui reflétaient tous ces remords, de ne pas avoir pu le tenir, de l'avoir laissé tomber, de ne pas être descendu, monté, pour ne pas avoir tourné alors qu'un cognard se précipitait vers lui. Pas besoin de mots quand on était face à un pareil visage, à des lèvres nerveuses qui se laissaient malmener, alors que ses doigts, ramenés sur ses genoux, se tordaient dans tous les sens.
« Bonjour, Draco. »
Ces quelques mots le remuèrent plus qu'Harry ne l'aurait cru. C'était un peu comme si son visage portait encore le masque d'arrogance habituel, un masque fissuré mais un masque quand même, et que soudain il tombait, laissant apparaître le garçon nerveux et empli de remords qu'il était au fond de lui.
« C'est pas ta faute. »
Le blond secoua la tête, baissant les yeux. Le regarder lui paraissait décidément très difficile. Le cou encore entravé dans la minerve, Harry essayait de le regarder, mais le voir ainsi lui fit terriblement mal. Il avait envie de se redresser et de le prendre dans ses bras, le rassurer. Il ne lui en voulait pas. Comment aurait-il pu ? Rien n'était de sa faute, absolument rien…
« Draco ? »
Harry leva la main et le blond perçut son mouvement. Aussi, il l'attrapa dans la sienne, cette main qu'il avait lâchée ce jour-là, qu'il avait tenue si fort, à lui écraser les phalanges, et qu'il n'avait pu garder dans la sienne lors de la collision. Ses longs doigts pâles et nerveux se crispèrent sur sa main, la tenant chaudement entre les siens. Il la sentit la masser mécaniquement, comme pour se prouver qu'elle était bien là, et ce geste lui gonfla le cœur. Harry sentit les larmes lui monter aux yeux quand Malfoy posa rapidement sa bouche sur le dos de sa main.
Ce geste était d'une telle intimité…
C'était inexplicable.
Cela le remuait jusqu'au fond de ses tripes.
« Draco, regarde-moi…
- J'aurais pas dû.
- Qu'est-ce que tu n'aurais pas dû ?
- Te lâcher. »
Sa voix était pleine de sanglots retenus avec peine, avec tout le self-control qu'il avait acquis depuis son enfance. Il ne le regardait toujours pas, fuyant obstinément son regard. Harry serra la main qui le tenait et la caressa du pouce en un geste rassurant.
« C'est pas ta faute. »
Sa voix était à peine à chuchotement, et pourtant, ils n'avaient pas tellement de raisons de parler si peu fort ? Pomfresh travaillait à côté, comme toutes les fins d'après-midi, et ne ferait pas attention à leur discussion.
« Si, je t'ai lâché. Et je t'ai poussé, aussi. J'aurais pas dû.
- T'as rien fait de mal…
- Je t'ai poussé. J'ai fait trop fort et…
- J'étais fatigué, Draco. Vraiment fatigué. Je luttais, j'aurais dû m'arrêter avant. C'est pas ta faute. Tu m'as rattrapé, t'as été surpris par le cognard, tu pouvais pas…
- Pourquoi tu m'en veux pas ? »
Il détourna les yeux de sa main et regarda sur le côté, luttant difficilement contre les larmes qui menaçaient de couler sur ses joues.
« Je t'ai vu tomber. T'as failli crever. Si je t'avais pas…
- J'ai pas à t'en vouloir, t'y es pour rien. Peut-être que l'école pense le contraire mais moi je n'ai aucune colère envers toi.
- Tu devrais ! Je t'ai lâché… »
Malfoy déglutit difficilement. Ses yeux brillaient. Ceux de Harry aussi. Il les ferma, prit une inspiration. Il ne pouvait pas le laisser dans cet état-là, le laisser avec cette sensation de vide dans sa main, de ses doigts qui glissaient dans les siens, et cette vision de son corps qui tombait, s'écrasant sur le sol, sous lui.
Il avait gagné le match. Mais en voyant son corps tomber, sans doute le match n'existait-il plus du tout dans son esprit, à mille lieux de telles futilités…
« C'est ma faute, Draco. J'ai pas bu la potion. »
Un silence. Harry vit son visage se tendre, perdre toute trace de douleur.
« Tu déconnes ?
- Non.
- Tu te fous de moi.
- J'ai oublié.
- Mais comment t'as pu oublier un truc pareil ?!
- Je pensais à toi. J'en prends jamais, et vendredi soir, je pensais juste à toi. Je te demande pardon, Draco… »
Les larmes coulèrent sur ses joues sans qu'il ne puisse les retenir, alors que le Serpentard levait enfin les yeux vers lui. Harry ne sut ce qu'il allait faire, s'il allait le gronder, se mettre en colère, s'en aller…
Mais c'était la vérité.
Il ne pensait qu'à lui, ce soir-là, de son corps contre le sien dans le couloir, après la soirée, de sa bouche sur la sienne, de ses mains sur lui… Il ne pensait qu'à cette soirée merveilleuse qu'ils avaient passée dans la tour d'Astronomie.
Et arrivé dans la chambre, Harry avait oublié. Et le lendemain, ses pensées toujours tournées vers le blond, il n'y avait plus repensé.
Comme à court de mots, Malfoy ferma les yeux et rapprocha sa main de son visage, la posant contre son front et son nez. Harry le regarda faire, plus immobilisé que jamais sur son lit blanc, le cœur douloureux et les yeux humides.
« Je suis désolé Draco… Je voulais pas, tu sais…
- Ca change rien. J'aurais pas dû te pousser comme ça et te lâcher. Tout ça pour une balle… Si tu savais ce que je m'en fous qu'on ait gagné…
- Je sais. Mais c'est pas ta faute. Je veux pas que tu t'en veuilles.
- Tu m'en veux vraiment pas… ?
- Bien sûr que non. Ça aurait pu être pire, si tu m'avais pas rattrapé. Tu m'as sauvé. Je ne t'en ai jamais voulu, Draco, jamais. »
Alors enfin, le jeune homme le regarda dans les yeux, croisant plus franchement son regard, y cherchant toute trace de mensonge, de rancœur cachée. Sans doute n'y trouva-t-il rien car son visage s'apaisa, à moitié caché derrière sa main, qu'il touchait avec la même délicatesse. Puis, il hocha la tête, comme pour se convaincre.
« Ne vole plus. Ne me fais plus ça.
- Je peux pas les laisser…
- Ça va recommencer, Harry, et personne ne pourra…
- Je ferai attention, je prendrai mes potions.
- Si tu le fais pas, je ne te le pardonnerai jamais. Je te surveillerai.
- Si tu veux. Et maintenant, tu m'embrasses ? »
Malfoy mit quelques secondes à sourire, répondant à celui plus timide de Harry. Pourtant, il ne fit aucun mouvement, restant assis là, près du lit, sa main dans la sienne. Il l'embrassa à nouveau, avant de la reposer contre son front. Luttait-il contre les larmes ?
« Tu as vraiment cru que je t'en voulais ?
- Oui.
- Tu es bête.
- Je sais. »
Et soudain, Malfoy se leva, tenant toujours sa main dans la sienne. Harry le regarda s'assoir sur le matelas, les yeux brillant de mille feux. Il sentit sa main sur sa joue, et quand il ferma les yeux, il y eut sa bouche sur la sienne.
Pour la première fois depuis le début du match, Harry se sentait bien. Juste avant d'aller se changer avec son équipe, le blond l'avait attrapé dans un couloir où ils étaient restés de longues minutes, Harry ne parvenant pas à s'échapper de son étreinte. Le match les avait rendu adversaires, et à présent, après une semaine de séparation, Harry se sentait à nouveau bien, complet.
Pourtant, Draco ne faisait que l'embrasser chastement, sa bouche posée sur la sienne. Elle dériva sur son visage : ses joues, son menton, son nez, ses paupières… Son pouce qui caressait sa joue, sa main qui serrait si fort la sienne…
Tous ses soucis s'envolèrent. Il n'y avait plus que lui, penché au-dessus de son corps, ses lèvres, son souffle, son odeur…
Comment aurait-il pu lui en vouloir ? Comment aurait-il pu nourrir la moindre rancœur, la moindre colère, alors que son regard horrifié lui avait déchiré le cœur ?
Sa bouche quitta ses lèvres et Malfoy le regarda. Il se contenait. Il était fort, se disait Harry, un léger sourire aux lèvres. Le voir verser des larmes était la dernière chose qu'il aurait souhaitée.
« Vous avez gagné le match, il parait.
- Tu viendras m'encourager ?
- Si je me trimballe avec du vert et du gris, je vais me faire des ennemis.
- Tes ennemis seront les miens…
- Ne souris pas, je te signale que l'intégralité de ta maison me déteste.
- Dernièrement, ils t'aiment bien. »
Malgré lui, Harry eut un léger rire, alors que le blond lui embrassait le front pour ensuite revenir à sa bouche. Il se montra un peu plus hardi cette fois-ci, sa langue taquina la commissure de ses lèvres pour s'y introduire gentiment, sans se presser. Harry savoura se baiser, jusqu'à ce qu'il entende le bruit caractéristique des pas de Pomfresh dans son bureau. Elle n'allait pas tarder à lui apporter son repas et ses potions. Gentiment, Harry le repoussa, une main sur son torse et l'autre sur sa joue.
« Pomfresh va pas tarder à m'apporter mon dîner. Mieux vaut que tu t'en ailles.
- Il vaut mieux, oui. Quand est-ce que tu sors ?
- Dimanche normalement.
- Tant que ça ?!
- Ouais. J'essaierai de m'échapper.
- Je passerai demain.
- Tu ensoleilleras ma journée. »
Et plus encore.
Car Malfoy était devenu dernièrement l'une des seules choses qui lui donnaient envie d'avancer. Le Quidditch, c'était un moment d'évasion qui l'avait tenu comme éveillé quelques semaines, mais la passion s'était rapidement essoufflée à cause de la mauvaise gestion de l'équipe. Affronter Malfoy, l'attendre après ses entraînements, le découvrir au coin d'un couloir après les siens, parler sport… et marcher en sentant sa main dans la sienne ou son bras dans son dos… C'était devenu addictif.
Et Harry ne pouvait plus s'en passer.
Ce match, s'il osait se l'avouer, était une véritable corvée, et en réalité, il n'y avait trouvé que peu de plaisir. C'était tout ce qu'il y avait autour qui l'avait aidé à tenir et qui lui donnait envie de continuer. Peut-être Malfoy s'en doutait-il.
La seule chose dont Harry était à peu près sûr, c'était que le jeune homme en face de lui avait autant besoin de sa présence dans sa vie que lui.
« À demain. »
Dans un chuchotement, le blond l'embrassa une dernière fois avant de se lever avec un sourire si typiquement Malfoyen. Harry le regarda sortir, lui faisant un signe de la main incroyablement niais quand le blond le regarda, juste avant de fermer la porte derrière lui.
L'attente allait être insupportable…
Mais il lui avait promis.
Et jusque là, Malfoy n'avait jamais failli à ses promesses.
FIN
