Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !

Couple : Harry/Draco.

Rating : T.

Cet OS écrit pour Nhyx sur le challenge "Vidéo Games". J'espère que cette histoire un peu plus guimauve que d'habitude te fera rêver, espèce de gameuse du dimanche ! Et encore une fois, merci à cet espèce de chamallow qui me sert de frangine pour cette niaiserie que j'ai distillé bien malgré moi dans cet OS...


Video games

Alors qu'il n'était même pas encore arrivé sur le quai, la sonnerie des portes retentit. N'écoutant que son courage, Harry se précipita vers la rame de métro et sauta dans le wagon alors que les portes claquaient dans son dos. Relativement fier de ne pas avoir loupé son métro, il se traîna jusqu'aux sièges disposés en carré, vides, et se laissa tomber sur l'un d'eux.

La veille, il était sorti au cinéma avec des amis et forcément il avait eu du mal à se réveiller ce matin-là. Son téléphone portable bipant pour la énième fois, Harry était parvenu difficilement à quitter son lit pour aller s'habiller, avaler rapidement un petit quelque chose et puis il s'était précipité vers la station de métro non loin de chez lui.

La journée allait être bien longue. C'était la période de rentrée des classes, et si Harry n'était plus étudiant depuis un an, il se sentait pourtant déprimé. La plupart de ses amis avaient repris leurs études ou bien cherchaient plus ou moins activement du boulot, ce qui rendait les choses plus compliquées quand il s'agissait de se voir. Il fallait jouer avec les horaires des uns et des autres, choisir un lieu, un film plaisant à tout le monde ou un restaurant pas trop cher… Bref, la période presque oisive des grandes vacances était déjà loin derrière eux.

Cependant, pour rien au monde Harry n'aurait échangé sa place contre un autre. Déjà un an qu'il travaillait dans une société de conception de jeux vidéo, où il s'était défoncé pour obtenir un renouvellement de son contrat à durée déterminée, priant pour ne pas connaître cette désagréable expérience du chômage à durée indéterminée couplée à une recherche active d'un emploi. Ses efforts avaient payé et il était parvenu à décrocher un CDI. Déjà que son embauche tenait du miracle… Quand il avait annoncé à ses parents la nouvelle, son père avait manqué de tomber de sa chaise.

Ce contrat, signé deux semaines auparavant, lui avait permis d'envisager la possibilité d'un déménagement. Il vivait depuis quelques années dans un petit appartement de la banlieue parisienne et n'avait jamais souhaité déménager, ne sachant pas bien ce que l'avenir lui réservait. Avec ce nouveau contrat, il pouvait chercher un autre logement dont le loyer ne serait plus un problème. Il avait même commencé à regarder un peu les magazines de décoration avec son père le week-end passé. Peut-être que d'ici Noël il pourrait raccourcir un peu son temps de transport.

Le seul point positif de son trajet était l'unique changement qu'il devait opérer pour aller sur son lieu de travail. Ainsi, à peine entré dans la rame, il en descendit quelques stations plus tard pour changer de ligne, suivant un parcours quasi mécanique. Il eut la chance de tomber dans un wagon peut occupé où il trouva une place libre dans un carré, sans personne en face de lui une fois encore. Visiblement, les lundis lui réussissaient.

La tête en vrac et pas tellement réveillé malgré son trajet, Harry farfouilla dans son sac. Il toucha du bout des doigts son magazine, un bouquin qu'il avait commencé quelques jours plus tôt, son portefeuille… Puis, ses doigts touchèrent sa console. Il grogna intérieurement : il avait oublié sa PSP© dans le salon où il l'avait mise à charger la veille. Après un soupir un peu déçu, il sortit de son sac sa NintendoDS©, l'alluma puis s'installa confortablement sur son siège. Pour le moment, il n'y avait personne devant lui, alors il se paya le luxe d'étendre ses jambes et de poser ses pieds sur le siège devant lui. Histoire de se couper du monde, il planta ses écouteurs dans sa console et enfila ses oreillettes.

Il savait qu'il avait l'air d'un gamin, d'un espèce d'ado' attardé, avec son jean trop grand, ses converses déchirées et son vieux sweat à capuche Star Wars. Sans compter sa petite console blanche qui lui donnait autant de crédibilité que s'il avait tenu une Game Boy© dans ses mains. Mais Harry se fichait bien de ce que les autres pensaient. Il n'avait jamais vraiment fait attention au regard des autres, que ce soit ici ou bien chez ses parents. S'empêcher de vivre pour des gens qu'il ne connaissait pas, très peu pour lui.

« Je peux m'assoir ? »

Surpris, Harry leva le nez. Un espèce de grand blond habillé comme un premier de la classe était planté devant le siège libre à côté de lui où son sac, posté contre sa hanche, empiétait un peu sur l'espace. Harry haussa un sourcil en le voyant un peu réservé, comme s'il n'osait vraiment pas s'asseoir, alors qu'il avait largement la place et qu'en le voyant faire, il aurait eu la décence de pousser ses affaires. Mais il fallait croire qu'il avait vraiment un look de junkie pour que personne dans la rame bien remplie n'ait osé lui demander la place, à part ce blondinet…

« Bah ouais, assis-toi.

- Merci. »

Harry retira son sac qu'il posa sur ses genoux. Il retira même ses pieds du siège devant lui avant de se replonger dans son jeu. Sa mère lui avait offert les jeux Pokemon Or et Pokemon Argent pour son anniversaire, en mémoire de ces heures passées à s'acharner sur sa Game Boy© jaune pour élever ses monstres, comme elle disait. En voyant son cadeau, son père s'était tapé la tête contre le front avant de dire à sa mère que Harry n'était plus un adolescent et qu'il avait passé l'âge de jouer à des jeux pareils. L'heure suivante, un sentiment de nostalgie l'envahissant, Harry avait commencé à jouer à la version argent, au grand dam de son géniteur.

Son mini-Harry venait d'entrer à Doublonville, après être passé devant la garderie à Pokemon. C'était marrant de redécouvrir ce jeu où il avait passé tant d'heures et surtout de retomber sur ce genre de lieus typiques qui apparaissaient dans toutes les versions, à des endroits différents. Il ne put retenir un sourire quand il repassa dans les hautes herbes sur le côté et qu'il tomba sur un Métamorph, le genre de pokemon inutile au possible mais qu'il fallait absolument avoir car, dans le concept, il était quand même trop classe.

Il réussit sans mal à le capturer, et quand ce fut fait, il sentit un regard posé sur lui. Las, il leva le nez vers son voisin de gauche, à savoir toujours le même grand blond qui lui avait demandé la place. Harry haussa un sourcil, du style « T'as un problème ? ». Et vu le regard que lui lançait le jeune homme, plutôt perplexe, oui, il y avait un problème.

« Tu joues à Pokemon ? »

Mais pourquoi diable les gens de son âge n'assumaient-ils plus ce genre de jeux auxquels ils avaient consacré des heures et des heures, quand ils n'étaient pas en train de regarder la version animée à la télévision ?

« Bah ouais.

- J'ai jamais vu quelqu'un jouer à ce jeu dans le métro.

- Bah maintenant c'est fait.

- Il est vieux, ce jeu.

- Bah ils l'ont retravaillé et…

- Nan, il est vieux, je veux dire ça fait un bout de temps qu'il est sorti. »

Harry eut comme un blocage. Il mit quelques secondes à lui répondre, tenant toujours fermement sa console dans les mains, une oreillette plantée dans son oreille.

« Ma mère qui me l'a offert cet été, elle savait pas quoi m'acheter.

- Ah. Je savais pas s'il valait le coup, j'ai pas investi quand il est sorti.

- Bah il est très…nostalgique. Genre quand tu vas à Oliville et que tu restes comme un con à cause de la ferme à Ecremeuh…

- Y'a le Leviator rouge, aussi ?

- Bah ouais, attends, ils allaient pas le retirer ! »

Il était en train de rêver. Il était huit heures du matin et il avait une conversation dans le métro avec un type tout droit sorti de Sciences Po' sur Pokemon…

« Et les parcours sont plus courts ou ça va ?

- Franchement ça va. Quand je vois le temps que je passais dans Pokemon Jaune à traverser les grottes et les quelques secondes…

- Putain c'est pour ça que j'ai arrêté de jouer, ça me saoulait. Je préfère encore les vieilles versions où t'en chie à trouver tes bestiaux dans le PC de Léo…

- Oh mon Dieu, c'était abominable ce truc… »

Ils discutèrent un bon moment du jeu comme des adolescents, oubliant les passagers autour d'eux, la console blanche et encore allumée entre les mains de Harry ou encore le fait qu'ils ne se connaissaient absolument pas quelques minutes plus tôt. Le grand blond qui paraissait si réservé de prime abord se révéla plutôt sympathique. En même temps, toute personne âgée de plus de vingt ans qui joue encore à Pokemon ne pouvait qu'être sympathique.

Le trajet lui parut plus rapide que d'habitude. Harry le faisait toujours seul et c'était assez bizarre de partager une partie de son voyage avec quelqu'un. Au bout d'un moment, le blond leva le nez vers le schéma de la ligne et Harry sut qu'il allait le quitter. Il se sentit un peu déçu car il lui restait encore une bonne dizaine de minutes avant d'arriver et il s'amusait bien.

« Bon, je vais te laisser, je descends. Ravi d'avoir fait ta connaissance.

- Pareil, passe une bonne journée. »

Le grand blond lui fit un sourire puis quitta la rame avec un flot de voyageurs.

Et alors Harry se rendit compte qu'il ne connaissait même pas son prénom.

OoO

Journée de merde. Il y avait des jours comme ça où il valait mieux ne pas sortir de son lit. Pourtant, Draco adorait sa formation et avait vraiment hâte qu'elle se termine pour qu'il puisse enfin entrer dans le monde du travail. Mais dernièrement, il se disait qu'il aurait bien aimé étudier dans une autre école d'ingénieur, même s'il savait que ce n'était pas vraiment possible et que de toute manière il n'aurait jamais osé.

À cause d'une soirée un peu trop arrosée la veille, le jeune homme était rentré assez tard chez lui, du moins pour lui, vu qu'il se couchait avec les poules, comme disaient certains de ses amis. Il n'avait jamais été du genre à lutter contre les lois du sommeil, à se coucher à des heures tellement tardives que son repos durait à peine quelques heures. Il avait autre chose à faire que sommeiller en cours ou lutter pour comprendre ce qu'on était en train de lui raconter. En général, il faisait tout pour être chez lui à minuit, mais à cause de son copain, il était rentré à une heure du matin, ce qui avait été douloureux le matin venu quand il s'était levé.

Pourtant, Draco n'avait rien bu, et il n'avait même pas dansé. Pourtant, leurs amis avaient essayé de lui glisser un peu d'alcool entre les mains, mais quand il était responsable de Steven qui avait tendance à ne pas lésiner sur la bouteille, le blond n'avalait jamais rien. La soirée dans le minuscule appartement du meilleur ami de son copain aurait pu bien se dérouler s'ils n'avaient pas décidé d'aller en boîte de nuit. C'était ça où Steven finissait avec un joint dans la bouche. Qu'il le fasse s'il en avait envie, mais certainement pas devant lui. Draco le préférait bourré et emmerdant à souhait qu'en train de planer.

Il avait fallu le raccompagner chez lui, après qu'il ait passé un bon moment au bar et puis en train de danser avec tous les mecs qui trainaient. Draco l'avait regardé de loin sans jamais chercher à aller le récupérer. Il aurait pu, bien sûr, mais il ne savait pas bien danser, et surtout, Steven lui fichait toujours la honte quand il était ivre. Il détestait sa façon de le reluquer, de le toucher, de l'embrasser… et puis de se montrer en spectacle. Autant le laisser se frotter à d'autres garçons et lui faire la gueule le lendemain. Au moins il aurait une bonne raison de ne pas lui parler.

Forcément, vu les évènements de la veille, Draco était parti de chez lui avec une espèce de boule dans le ventre. Il avait laissé Steven rentrer seul chez lui, après l'avoir tout de même raccompagné en métro jusqu'à sa station avant de faire marche-arrière. Ils n'étaient pas dans la même école mais une partie de ses amis étaient de sa promotion, c'était d'ailleurs à cause d'eux qu'ils s'étaient rencontrés. À force de se voir quasiment tous les midis et régulièrement en soirée, ils avaient fini par discuter, s'apprécier, et puis sortir ensemble.

La matinée ne s'était pas trop mal passée, même si Draco n'était pas franchement de bonne humeur. Et puis était venue la pause déjeuner. Draco n'avait desserré les lèvres que pour avaler son repas, jetant des coups d'œil aussi discrets que réguliers à sa montre. Steven était assis devant et essayait d'engager la conversation, sans y parvenir. Il avait conscience qu'il s'était mal comporté la veille, voire même qu'il avait agi comme un con. Il avait cette manière à la fois touchante et agaçante de lui demander pardon, par des regards, des mots, des gestes… Mais Draco n'avait pas envie de pardonner.

De toute manière, il n'y avait rien à pardonner.

Il sortait tout simplement avec un mec qui ne lui correspondait pas et dont il n'était même pas amoureux. Il aurait pu le quitter, vu qu'ils n'étaient pas vraiment faits pour être ensemble, mais Draco n'aimait pas être seul. Il savait que Steven était fidèle, du moins en était-il persuadé, et qu'il avait des sentiments pour lui. Mais par moments, c'était compliqué de rester dans le droit chemin quand on avait été si volage auparavant.

Draco n'avait pas de raisons de le quitter, ni d'en tomber amoureux. Sortir avec lui, c'était lutter contre la solitude, se blottir dans des bras rassurants et oublier un peu son stress et sa vie morne.

La pause déjeuner fut difficile à supporter et les questions qui fusèrent tout l'après-midi le furent tout autant. Il avait toujours eu une sainte horreur des fouineurs et détestait se sentir obligé de se justifier. Il savait qu'il passait pour un mec jaloux, délaissé, coincé, et il en passait des meilleurs. Mais qu'importe. Il était fatigué, de son petit ami égocentrique, de ses bourges de copains, de ses camarades de classe qui ne savaient pas s'occuper de leurs affaires.

Alors forcément, quand Draco changea de ligne et qu'il se retrouva enfin seul, il put se détendre un peu. Il comptait passer sa soirée tranquillement chez lui à bosser ses cours et glander devant son ordinateur avec la télé en fond sonore. Sans doute appellerait-il aussi sa mère, vu qu'elle avait essayé de le joindre la veille. Il faudrait lui mentir, lui dire qu'il était sorti mais qu'il n'était pas rentré trop tard, que Steven allait bien et qu'il l'avait même raccompagné chez lui…

Sa mère n'aimait pas Steven. Son père le détestait. Mais il n'avait pas envie de se prendre la tête avec eux pour une histoire qui n'en valait pas la peine.

Soudain, Draco sentit son portable vibrer dans sa poche. Fronçant les sourcils, s'imaginant Steven en train de l'inviter à dîner histoire de se faire pardonner pour la soirée de la veille, le jeune homme attrapa tout de même son téléphone pour lire le SMS. Son cœur fit un bond dans sa poitrine alors qu'un léger sourire fleurissait sur ses lèvres.

« Salut ma poule ! Journée de merde ? »

Rapidement, il lui répondit alors qu'un espèce d'apaisement s'emparait de son cœur.

« Carrément. Toi aussi ? »

Draco eut à peine le temps de sortir un bouquin que l'autre lui répondait déjà.

« Ouais, ils vont me rendre fou… T'es occupé demain soir ? Y'a un super bon film au ciné ! »

Malgré lui, il ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel. Il s'était déjà fait avoir une fois par ses yeux de chien battu et avait eu du mal à dormir la nuit suivante. Draco n'était pas particulièrement froussard mais, et il le savait, facilement impressionnable face aux images glauques et aux sons angoissants des films d'horreur.

« Enfoiré, la dernière fois j'ai failli hurler… »

Le cinéma, ce n'était pas tellement son truc. Il n'y allait jamais sauf avec ses petits copains et quelques fois ses amis, mais jamais de lui-même. Ce n'était pas qu'il n'aimait pas, c'était simplement qu'on ne l'emmenait jamais vraiment voir quelque chose qu'il aimait, et comme il avait peur facilement, ce n'était pas toujours évident à gérer. Steven se moquait souvent de lui à cause de ça. Leurs sorties au cinéma se faisaient de plus en plus rares, d'ailleurs.

« T'inquiète ! C'est un bon film américain où t'as pas besoin de réfléchir. Allez, s'il te plaît, je t'offre le pop corn ! »

Draco voyait très bien de quel film il parlait. Son copain avait voulu l'y emmener et il avait refusé. Pas le temps, qu'il lui avait répondu, sans trop réfléchir. Dans un sens, ce n'était pas faux. Leurs sorties au cinéma suivaient toujours le même schéma : fastfood, parce que Steven n'avait pas de quoi se payer le restau', et encore moins de quoi l'inviter, séance de ciné, un verre dans un bar, et puis la plupart du temps retour chez lui pour faire l'amour. Un peu comme s'il fallait suivre tout un protocole pour attirer Draco dans son lit. Visiblement, Steven n'avait pas compris que le seul moment où il était à peu près bien, et quand il était clean et à jeun, il ne faisait jamais rien pour attiser son désir.

« Bon, si tu veux… »

Pourtant, il accepta. Il aurait pu refuser, lui dire qu'il avait du boulot, qu'il était fatigué… Mais la seule et unique fois où il avait refusé une invitation, l'autre n'avait pas insisté et ne s'était pas vexé non plus. Au contraire, il s'était montré compréhensif. Et quand ils étaient allés regarder un film ensemble quelques jours plus tard, il n'avait rien fait pour l'éloigner de son lit en l'emmenant dans un bar ou avaler un truc vite fait. Ils étaient sortis, avaient papoté, puis ils étaient rentrés.

Il respectait sa vie privée, ses obligations, son besoin de dormir et de se lever tôt.

Steven était trop égocentrique pour cela. C'était ce qui avait fait son charme à une époque, aujourd'hui révolue. Sortir avec lui était souvent une prise de tête, même si la finalité de leur rendez-vous nocturne était souvent très agréable.

Avec Harry, c'était un peu différent.

C'était simple. Sans chichis.

Il allait au ciné' avec un pote.

Et puis c'est tout.

OoO

Hermione lui avait proposé de dîner avec elle, dans le petit appartement qu'elle partageait avec sa copine Lavande. Sur le coup, Harry avait été tenté, puis il s'était rappelé qu'il était sorti avec la meilleure amie de sa colocataire, Parvati, et que ça ne s'était pas bien terminé. Lavande avait toujours une dent contre lui, même si elle essayait de le cacher le plus possible. Après tout, ils s'étaient beaucoup fréquentés pendant presque trois mois et Hermione était son amie d'enfance.

En soit, Harry se fichait éperdument de Lavande et de son ex-petite amie. Cette histoire était terminée depuis un bout de temps et il n'avait pas à payer pour l'échec de cette relation. Cependant, Hermione n'était pas tout à fait de cet avis et se montrait parfois gênée de l'inviter chez elle quand Lavande était dans les parages. Harry en venait même à se demander si la blondinette n'en pinçait pas pour lui. Elle lui avait déjà fait des avances, mais elle était bourrée et ne semblait plus se souvenir de rien.

Alors, plutôt que de subir les piques de la jeune fille, Harry avait préféré s'abstenir et proposer à son blondinet du métro de dîner avec lui. La réponse ne s'était pas fait attendre et il avait accepté, un peu trop rapidement même. N'avait-il donc pas de petite copine à qui demander l'autorisation de sortir ? Il avait beau lui maintenir qu'il était célibataire, Harry ne le croyait pas une seule seconde. Il avait ce petit truc qu'ont les mecs en couple.

Ce petit truc que Harry n'avait jamais bien longtemps, parce qu'être en couple, ce n'était pas tellement son truc.

Personne n'était au courant de ce qu'il faisait de son mercredi soir, et dans le fond, ce n'était pas plus mal. Harry détestait avoir à se justifier, et de toute façon, s'il racontait à ses potes qu'il allait au cinéma avec un type rencontré dans le métro, on ne le croirait jamais. Et si un jour on lui avait dit qu'il sympathiserait avec une espèce de premier de la classe toujours impeccablement fringué jouant à Pokemon, il ne l'aurait jamais cru non plus.

Pourtant, à force de se rencontrer tous les matins et certains soirs, montant toujours dans le même wagon, ils avaient fini par sympathiser et discuter d'autre chose que les jeux vidéo. Le contact était tout de suite passé et ils étaient venus un soir à boire un verre ensemble, comme ça, pour le plaisir. D'un verre, ils avaient mangé dans des fastfoods, parfois le midi, parfois le soir, et ils étaient même allés au cinéma ensemble. Harry n'était pas du genre à avoir ce genre de coup de cœur, mais cette amitié naissante entre eux était une telle évidence que les choses s'enchaînaient presque naturellement.

Et puis, il était intéressant. Et rafraîchissant, aussi. Ça faisait du bien parfois de discuter avec des gens bien éduqués qui ne juraient pas que par leur ordinateur ou leur console de jeu. À vrai dire, Draco avait vraiment des conversations de geek quand il était fatigué, mais le reste du temps, il était plutôt sérieux, limite coincé. Pas le genre de mec avec qui il traînait d'habitude, mais une fois qu'il était mis à l'aise et sûr que personne ne ferait attention à lui, leurs discussions devenaient tout de suite plus agréables, et parfois même carrément délirantes.

La veille, plutôt que de proposer à un de ses potes cette sortie, il s'était tourné vers Draco. Il ne savait pas bien pourquoi. En général, quand il avait un coup de blues, il allait chez des amis et passait la soirée devant la télé ou un jeu vidéo, une pizza dans une main et une bière dans l'autre. Mais la veille, le visage impeccable du blondinet lui était venu en tête et il n'avait pas réfléchi longtemps. Il avait besoin de se changer les idées, mais pas en parlant PC, jeux vidéo et autres geekeries dans le genre.

Cela faisait déjà dix minutes qu'il glandait à la Défense. Il s'était tranquillement dirigé vers la boutique Kusmi Tea pour acheter du thé pour sa mère. Il avait glandé dans la boutique, avait hésité, puis en était sorti avec trois boîtes dans un sachet. Parce que, bon, sa mère buvait des litres de thé tous les jours et chez lui, il n'y en avait jamais assez. À peine fit-il quelques pas hors de la boutique que son téléphone vibrait dans sa poche : le blondinet était arrivé.

Ils étaient censés se retrouver devant le Starbucks, comme la dernière fois. Quand Harry arriva, Draco était déjà sorti du métro et l'attendait en tripotant son téléphone, une sale manie qu'avaient la plupart des jeunes de sa génération quand ils étaient seuls et qu'ils attendaient quelqu'un. Dans ces moments-là, Harry avait davantage tendance à sortir sa Game Boy©, ce qui n'était pas franchement mieux.

« Hey blondinet ! »

Aussitôt, l'étudiant leva le nez de son téléphone et lui fit un léger sourire.

« Tu sais que j'ai un prénom ?

- Remontre-moi ta carte d'identité, j'ai encore un doute ! »

Ils se serrèrent la main puis prirent le chemin d'une pizzeria où ils avaient déjà mangé la fois précédente. Il avait senti le jeune homme un peu crispé, puis il s'était détendu progressivement au fil des minutes. Lui aussi semblait avoir un coup de blues, mais quand ils furent installés à une table, il le sentit se décontracter complètement et baisser un peu son masque de fils à papa parfait en tout point.

« Alors, journée de merde, hier ?

- Ouais. Putain ils vont me rendre dingue au boulot, un truc de malade…

- Comment ça ? »

C'étaient des histoires habituelles, mais Harry pensait être trop jeune encore pour intérioriser les tensions du boulot et faire comme si elles étaient normales et bénignes. Par moments, il avait juste besoin d'en parler pour évacuer son exaspération et passer à autre chose. Alors, rapidement, Harry lui résuma les faits, tout en ayant l'agréable sensation d'être écouté par le jeune homme assis en face de lui. Plutôt que de feindre l'intérêt pour rester poli, le blondinet suivait la conversation et lui posait des questions.

C'était ça qu'il aimait bien chez lui et qui avait fait qu'ils avaient bien accroché, dès le début. Ils étaient jeunes mais avaient suffisamment de maturité pour pouvoir s'écouter et discuter de sujets plus sérieux. C'était un peu ce qui lui manquait chez ses autres amis de Paris, cette faculté d'avoir une oreille attentive et un discours parfois sérieux, parfois léger. Et le jeune homme sentait qu'il avait ce même effet chez Draco. Il avait besoin de s'évader. D'être un peu plus lui-même.

« Et toi ? L'école, tout ça ?

- Ça va.

- T'es pas très bavard. Je sens que tu me caches quelque chose.

- Je peux parler de beaucoup de choses, mais je pense qu'on ne se connait pas assez pour aborder certains sujets ensemble. »

Coup de massue.

Sur le coup, Harry fut déboussolé. C'était un peu comme si le jeune homme en face de lui venait de dresser un mur entre eux. Sur le coup, il perdit son sourire et ferma la bouche. Par moments, il oubliait qu'ils n'étaient rien de plus que deux hommes qui s'étaient rencontrés dans le métro et qu'ils ne se connaissaient pas plus que s'ils s'étaient croisés sur facebook. Cette remarque le vexa malgré tout.

Et Draco, de son côté, le remarqua tout de suite. Il regretta instantanément ses mots, qu'il aurait souhaités moins durs. Mais sur le coup, il avait été incapable d'avouer qu'il avait des soucis avec son copain, alors que dans le fond, il avait vraiment besoin d'en parler. Cependant, mis à part son meilleur ami, il ne pouvait se confier à personne, et pour son plus grand malheur, Blaise appréciait son petit ami. Il dirait qu'il exagérait, encore, et sans doute n'avait-il pas tout à fait tord.

Mais parler d'homosexualité était toujours compliqué. Il n'avait jamais vraiment abordé le sujet avec ce nouvel ami qu'il s'était fait avec tellement de naturel que c'en était déconcertant. Pour être honnête, Draco ne voulait pas être déçu et perdre ce garçon un peu bizarre qui lui ressemblait si peu, dans le fond, pour une question de préférences sexuelles.

« Excuse-moi. C'est pas ce que je voulais dire.

- Qu'est-ce que tu ne voulais pas dire ? Qu'on ne se connaît pas donc il y a des choses qu'on n'a pas à se dire ?

- C'est… trop personnel.

- Si j'avais pas eu les cheveux teints et une dégaine comme la mienne, tu m'en aurais parlé ?

- Je pense que je t'aurais beaucoup moins parlé si t'avais été différent physiquement. »

Ces mots lui arrachèrent un sourire. Draco se souvenait très bien de la première fois qu'il l'avait vu. Même si c'était irrationnel, le blond avait eu un peu peur en le voyant puis en l'abordant. Dans le nid d'oiseaux noir qui lui servait de cheveux, s'éparpillaient d'épaisses mèches vertes. Un peu plus tard, il lui avoua que c'était en réalité du bleu décoloré, mais à ce moment-là, Draco avait vu une espèce d'adolescent rebelle, avec son gros sweat et son jean trop grand pour lui. Quand Harry avait levé les yeux vers lui, il avait vu ses piercings sur son visage et ses grandes lunettes comme c'était la mode actuellement sur le nez.

En général, Draco ne s'asseyait pas dans les transports, mais depuis la veille, il ne se sentait pas bien et il avait eu besoin de s'asseoir pour essayer de calmer son mal de ventre. Au final, Harry s'était révélé être un garçon inoffensif au possible. Le rencontrer régulièrement dans les transports en commun était devenu très rapidement une agréable attitude. Il était rafraîchissant, bavard, compréhensif, attentif…

Il était comme un autre Blaise, mais moins délicat, moins gentil, dans le sens où il ne le connaissait pas et qu'il avait une vision plus réaliste des choses. Son meilleur ami était encore un étudiant et peinait à avoir des relations amoureuses relativement durables ou sérieuses, et même à comprendre que l'affection que lui-même éprouvait pour les filles, Draco la ressentait pour des garçons. Ses copains n'étaient pas des amis. C'étaient des chéris, des amoureux, des amants. Cela rendait leurs conversations plus compliquées.

« T'as un problème avec ta copine ? »

Etait-ce donc si évident ? Dire qu'il avait accepté son invitation en partie pour échapper à ces questions rituelles…

« Ouais.

- Qu'est-ce qui se passe ?

- J'ai pas envie d'en parler.

- T'es pas marrant. Tu sais, je m'en fous de tes histoires de cœur, mais c'est pas bon de tout garder pour soi. Ma meilleure amie a quitté son copain cet été et elle arrive pas à s'en remettre, même si elle affirme le contraire.

- Elle l'aimait ?

- Ouais. Elle en est raide dingue.

- Pourquoi elle l'a quitté ?

- La distance. Et puis elle a réalisé que les nanas… bah c'est toujours pas son truc, quoi. »

Draco sentit son cœur s'emballer dans sa poitrine. Avait-il bien compris ce que Harry était en train de lui dire ? L'ex de sa meilleure copine était homo ? Il allait donc savoir ce que le jeune homme en pensait et sans lui avoir posé la moindre question. Cela dit, vu l'expression de son visage, en parler semblait l'embarrasser.

« Il était bi ?

- Ouais. Enfin c'est ce qu'il dit. On sait pas tellement s'il est attiré par un mec ou pas des mecs en général.

- Et tu le connais bien, son ex ?

- Bah c'est mon meilleur ami. »

Il avait dit ces mots en haussant les sourcils. Pile à ce moment-là, le serveur posa leur plat de résistance devant eux en leur souhaitant un bon appétit.

« Ah. Pas facile.

- Ouais. Enfin voilà, c'est pas bon de tout garder pour soi.

- Ca te dérange pas que ton meilleur ami soit gay ? Enfin, qu'il soit bi ?

- Franchement ? Ca me fait vraiment chier. »

Quelque chose en lui se glaça alors que Harry laissait échapper un petit rire tout en passant une main nerveuse dans ses cheveux sombres. Bon, eh bien leur amitié ne ferait pas long feu, ou alors il allait devoir lui cacher ses préférences.

« Parce que tu vois… C'aurait été un autre, je m'en fous, quoi. Mais qu'il tombe amoureux de moi, ça me fait vraiment chier. »

Le regard qu'il lui lança voulait dire beaucoup de choses et Draco y lut une certaine peine, tout plein de sentiments qu'il devait cacher pour faire bonne figure. Il se sentit bêtement plus soulagé, même s'il savait que ça ne devait pas être simple pour lui.

« Je comprends. Il aurait aimé un autre mec…

- Ouais, je m'en fous. J'aurais pas eu la sensation d'avoir détruit le couple de ma meilleure amie, même si je sais que j'y suis pour rien. Et elle le sait aussi. J'ai rien contre les gays, c'est des types à peu près normaux.

- À peu près ?

- Faut quand même être con pour tomber amoureux de moi… »

Draco eut un rire sincère en entendant ces mots, et de soulagement, aussi. Harry le rejoignit dans son hilarité. Il secoua la tête quand le blond lui dit qu'il n'était pas un cas désespéré non plus, mais visiblement le jeune homme campait sur ses positions. Et sans doute souffrait-il, quelque part, d'être le rival de sa meilleure amie, alors que lui était un hétéro pur et dur. Ce devait être compliqué comme situation.

« J'ai pas de copine.

- Ah ? Mais tu viens de…

- J'ai un copain. »

Lentement, Harry leva les yeux vers lui, sa fourchette non loin de la bouche. Il le regarda quelques secondes de ses grands yeux verts.

« Sérieux ?

- Ouais.

- Tu fais pas gay.

- Quand on me connaît, il parait que si.

- J'ai pas l'esprit mal tourné, alors.

- Ça te dérange ? Je ne tomberai pas amoureux de toi.

- Ça m'emmerderait vraiment que ça arrive. »

Le sourire qui lui fit lui réchauffa étrangement le cœur. Il s'était fait un ami, un peu bizarre, pas franchement du même monde que lui, et cette fraîcheur qu'il lui offrait à chaque fois qu'ils se voyaient ne disparaîtrait pas.

« Promis.

- Alors, il se passe quoi, avec ton mec ? »

Harry n'avait aucun ami homosexuel, ou du moins aucun ami proche avec lequel il aurait pu discuter de façon plus intime. Il avait donc des manières particulièrement hétérosexuelles, et même carrément enfantines de prendre les choses. Draco avait beaucoup ri quand l'infographiste avait froncé le nez en entendant son récit à propos de cette fameuse sortie chez des amis puis la virée en boîte qui avaient eu lieu quelques jours plus tôt. Visiblement, le brun n'était pas aussi fêtard que Steven et semblait avoir un goût prononcé pour son lit, et accessoirement un certain respect pour le repos de ses copines quand celles-ci en avaient besoin.

Et quand Draco évoqua vaguement sa vie intime, Harry ne parut pas particulièrement dégoûté ni même embarrassé.

« En fait, il te correspond pas tellement, ton copain. Pourquoi tu sors avec ?

- J'aime pas être seul. Et en général je sors toujours avec des personnes qui ne me ressemblent pas.

- Avec des mecs à qui tu aimerais ressembler ?

- Ouais. En quelque sorte.

- Et ça te fait triper de sortir avec un gars qui boit et qui fume des joints, qui drague à tout va et qui te fait pas de câlins ?

- Il est pas méchant.

- C'est pas une réponse, ça, blondinet…

- Tu ne le connais pas.

- Nan et j'en ai pas spécialement envie. Le jour où je sors avec une nana qui me traîne en boite pour draguer à tout va, je la quitte sur le champ.

- Je sais pas danser.

- C'est une raison pour te manquer de respect ? »

Non, et il le savait. Mais Draco s'en fichait pas mal, dans le fond. C'était sans doute dû au fait qu'il n'était pas amoureux et que leur relation était plus physique que sentimentale, même s'il savait que Steven éprouvait quelque chose pour lui. C'était bête, tout ça, et Draco le savait. Sa peur d'être seul l'empêchait de se remettre en question et lâcher l'affaire.

« Je suis juste un cas désespéré.

- Je le pense aussi. Tu prends un dessert ?

- Non, j'ai plus faim. Putain, il est déjà l'heure ?! »

Ils ne tardèrent pas à payer puis à quitter le restaurant, marchant à pas vifs jusqu'au cinéma. Harry avait déjà acheté les billets pour gagner du temps, comme la fois précédente. Il allait demander le remboursement au blond quand son téléphone vibra dans sa poche : il venait de recevoir un SMS. En lisant le message de sa mère, Harry grogna intérieurement.

« Ça va pas ?

- Ma mère qui me demande à quelle heure je prends mon train demain.

- Tu prends le train ?

- Ouais, je vais voir mes parents. Je fais l'aller-retour une fois tous les mois. »

C'était une habitude qu'il avait prise depuis son arrivée à Paris, quelques années plus tôt. Ses parents savaient déjà depuis un bout de temps que leur fils aîné voulait faire sa vie dans la capitale, et pourtant, quand Harry quitta la maison à dix-huit ans à peine, ils exigèrent qu'il vienne les voir au moins une fois tous les deux mois. Cependant, le jeune homme avait conscience du besoin qu'avaient ses parents de le voir, et du plaisir qu'il avait à retourner au pays de temps en temps. Il avait donc rapidement pris l'habitude de faire l'aller-retour une fois tous les mois et de séjourner plusieurs jours à chacune de ses vacances.

« Eh mais je fais pareil ! Je prends le train demain aussi.

- Comment ça ?

- Bah je rentre chez mes parents une fois par mois aussi. Ma mère m'a gonflé avec ça et puis j'ai pris l'habitude… Et puis elle me culpabilisait, vu qu'ils me payent tout…

- Ah ouais je vois le genre… Ça doit être casse-couille.

- Trop…

- Moi ils m'ont fait culpabiliser quand j'ai décidé de faire du dessin. Papa est boulanger, il aurait voulu que je reprenne la boutique. Mais franchement, Stras', ça me saoulait trop…

- Stras' ? Strasbourg ?

- Bah ouais ?

- Il est à quelle heure, ton train ? »

Harry s'arrêta de marcher, les sourcils froncés. Il était en train de rêver ou…

« Tu te fous de moi ?

- J'habite dans le centre-ville, mon père est PDG.

- T'es sérieux ?! Putain mais la coïncidence de malade ! »

Un vrai sourire était apparu sur le visage fatigué du blond. Jamais Harry n'aurait pu imaginer qu'il puisse vivre à Strasbourg, même si Harry soupçonnait quelques origines allemandes, vu les quelques mots qu'il lui avait déjà sortis au détour d'une conversation. Cependant, il avait malgré tout du mal à y croire tant cela paraissait surréaliste.

Pourtant, sur le chemin menant au cinéma, Harry dut se rendre à l'évidence : cet inconnu rencontré dans le métro vivait effectivement en plein milieu de Strasbourg et, cerise sur le gâteau, sa mère fréquentait la boulangerie familiale, même si Harry en gardait peu de souvenirs. Ce dernier ne put retenir un sourire quand Draco lui dit que c'était peut-être pour ça qu'il l'avait laissé l'approcher : il avait eu la vague impression de l'avoir déjà rencontré et il n'éveillait que peu craintes en lui.

Harry, lui, n'avait absolument aucun souvenir de lui. Il travaillait dans la boutique de son père depuis qu'il était adolescent histoire de se faire un peu d'argent de poche. Il avait vu défiler tellement de clients qu'il était incapable de se rappeler de toutes les personnes ayant franchi les portes vitrées de la boulangerie-pâtisserie de son père. Cela dit, peut-être que s'il en parlait à sa mère, cette dernière saurait la restituer.

Le lendemain, la journée serait difficile à cause des tensions au boulot et de la réunion de dernière minute placée en fin de journée, ce qui avait failli lui faire changer de train. Cependant, savoir qu'il ne serait pas seul à faire le voyage cette fois-ci et que Draco changerait de voiture pour rester avec lui, lui faisait le plus grand bien. Harry avait l'habitude de voyager seul et ne détestait pas forcément cela… mais changer un peu ses habitudes ne lui ferait pas de mal.

OoO

Steven le regardait de ses grands yeux noisette, un léger sourire aux lèvres. Visiblement, il était satisfait de sa petite blague, qui cependant ne faisait rire que lui. À une époque, Draco aurait été content qu'il prenne sur son temps libre pour l'accompagner à la gare, mais ce soir, son attitude lui paraissait plus agaçante que touchante.

Vu l'heure à laquelle il terminait, Draco n'avait pas le temps de repasser par chez lui, donc il avait emmené ses affaires à l'école. Tout tenait dans une valise cabine, que ses camarades de classe avaient déjà l'habitude de voir régulièrement. Il n'aurait su dire si c'était une initiative personnelle ou bien l'appel d'un de ses potes, mais Steven l'avait attendu à la sortie de l'école et l'avait suivi dans le métro, comptant l'accompagner jusqu'à la gare.

Il avait été adorable. Un peu comme à l'époque où ils flirtaient et que Steven cherchait à s'attirer ses bonnes grâces. Dans un sens, cela faisait du bien de le retrouver, et dans un autre, sa présence l'emmerdait prodigieusement. Fallait-il donc qu'il quitte la capitale pour qu'il obtienne un peu d'attention de sa part ? Son attitude ne lui plaisait pas du tout, Draco n'arrivait même pas à être content d'être avec lui, alors qu'ils s'étaient peu vus depuis cette soirée en boîte de nuit.

C'était mieux au début. Quand Steven le draguait, faisait des efforts… Même leurs baisers étaient meilleurs, plus magiques. À présent, tout était mécanique, sans saveur. À se demander pourquoi il restait encore avec lui, alors que sa présence ne lui apportait plus aucun plaisir.

« Et tu rentres à quelle heure ?

- Vers vingt heures.

- Je viens te chercher ?

- Nan c'est bon, je me lève tôt lundi.

- Oh arrête, je peux très bien aller te chercher et…

- Steven, tu n'es jamais venu me chercher sans avoir une idée derrière la tête.

- T'es pas d'humeur ?

- Nan. »

Les portes de la rame s'ouvrirent et Draco se leva, empoignant sa valise. Steven le suivit et voulut lui prendre la main, mais Draco la posa sur son sac en bandoulière. Il ne voulait pas qu'il le touche, sinon il allait céder, laisser couler, et ça recommencerait, comme d'habitude.

Bien sûr qu'il avait envie de lui. Steven était un beau mec, il faisait du sport, il avait des yeux à tomber et un charisme fou. Mais tous ses défauts et son attitude des derniers jours assombrissaient le tableau. Draco ne voulait plus être juste une belle gueule et un bon coup, d'autant plus qu'il savait que Steven avait des sentiments pour lui. Peut-être en aurait-il nourri s'il avait été plus respectueux et attentif… et s'il avait compris que, parfois, il dépassait les bornes, et que même si le blond n'en montrait rien, cela le blessait.

« Hey Dray, donne-moi la main…

- Laisse-moi tranquille.

- Franchement, je te comprends pas. Ça te fait chier que je sois là ? Et toi qui me dis que je ne fais pas assez attention à toi ! J'aurais dû rester chez moi !

- C'est ça, ouais, rentre chez toi. »

Et Draco accéléra le pas jusqu'aux télévisions, espérant semer son petit ami, mais ce dernier semblait décidé à clarifier certaines choses. Il le laissa tranquille le temps qu'il trouve son train, dont le quai n'était pas encore annoncé, puis il allait s'asseoir dans un coin.

« Bon, qu'est-ce qui va pas ?

- Pardon ? »

Steven venait de s'asseoir à côté de lui, l'air soudain bien moins souriant. On y était.

« Qu'est-ce qui va pas ? Tu me fais la gueule depuis plusieurs jours et franchement, ça me saoule.

- Toi aussi tu me saoules. Rentre chez toi.

- Franchement si c'est pour me prendre la tête comme ça sans arrêt, ça sert à rien qu'on reste ensemble !

- C'est toi qui vois. »

Il allait dire autre chose mais ces mots le coupèrent dans sa lancée. Steven lui jeta un regard entre la surprise et l'incompréhension, que Draco tenta d'éviter. Penché en avant, les doigts croisés et sa valise entre les pieds, il avait le cœur battant d'une étrange angoisse. Ils étaient au bord de la rupture et ce genre de moments étaient toujours pénibles.

« Moi qui vois ? Comment ça ? Tu t'en fous ?

- J'en suis à un stade où oui, je m'en fous. Le problème Steven c'est que tu ne te rends pas compte de ce qui va mal, tu fermes les yeux et tu fais comme si tout allait bien. Alors que ce n'est pas le cas. »

Son portable vibra dans sa poche. Sûrement Harry qui l'avait prévenu qu'il le biperait quand il serait quasiment arrivé. Sans faire attention à Steven qui lui faisait part de son incompréhension, le blond sortit son téléphone et lui répondit qu'il était déjà à la gare.

« Tu réponds à qui, là ?! On parle je te signale !

- À un ami.

- C'est qui ce Harry ? Je le connais pas.

- Un mec rencontré dans le métro.

- Pardon ?!

- On prend le train ensemble ce soir, ses parents vivent à Strasbourg.

- Tu te fous de moi, là ?!

- Non.

- Tu prends le train avec un mec que je connais pas sans me le dire ?!

- C'est pas pire que draguer d'autres mecs à cinq mètres de son copain. »

Steven se tut quelques secondes. Avait-il donc enfin compris où était le problème ou allait-il encore se défendre en disant qu'il s'amusait et qu'il ne lui appartenait pas ?

« Je suis désolé.

- Tiens, tu t'excuses maintenant ? Ça change. Tes potes t'ont dit que t'étais allé trop loin donc t'es venu me chercher et tu me demandes pardon ?

- Ecoute, Draco…

- Je me disais bien que t'y avais pas pensé tout seul. »

Malgré lui, le blond fut un peu déçu. Il s'en doutait pourtant, il le connaissait trop bien pour penser qu'il avait fait ce cheminement tout seul comme un grand, et pourtant, la déception était là.

« Je suis vraiment désolé pour mon comportement. C'est vrai, j'ai fait le con, j'ai pas à draguer d'autres mecs… C'était pas sérieux et…

- Ce que tu as beaucoup de mal à comprendre c'est qu'au bout d'un moment, c'est notre relation qui perd son sérieux. Je ne t'ai pas parlé de Harry parce que je savais que tu serais jaloux, alors que…

- Mais c'est normal ! Je le connais pas, tu m'en as jamais parlé !

- Donc ma faute à moi est plus grave, parce que j'ai rencontré un type dans le métro, alors que toi, franchement, mais où est le problème si tu vas te frotter contre des mecs alors que ton copain est à quelques mètres de toi ? Ton mec qui n'aime pas danser et qui reste là comme un con pour être sûr que tu rentres chez toi ce soir ? Tu te comportes comme un con avec moi, tu te fous royalement de ce que je pense.

- C'est pas vrai…

- Bien sûr que si, sois honnête avec toi-même ! Y'a plus rien de sérieux entre nous, Steven. Pour moi t'es mon copain. Pas mon petit ami, juste un copain. Avec qui je couche et que j'embrasse de temps en temps.

- Tu ressens rien pour moi ?

- Pour un mec qui ne me respecte pas et qui ne m'aime pas non plus, je ne vois pas pourquoi je devrais ressentir quelque chose de sérieux. »

Le visage de Steven ne cachait rien de la peine qu'il venait de lui faire. Mais tant pis. Même si c'était dur, même si ça ne lui plaisait pas de lui dire tout ça, Draco n'avait pas le choix. Il devait être honnête, pour une fois, et reconnaître que cette situation n'était pas idyllique et que s'en contenter ne pourrait que lui faire du mal. Dire qu'il avait fallu en parler avec Harry pour qu'il cesse de se fermer et laisser couler…

« Je ne veux pas que ça s'arrête. Je vais faire des efforts. Tu me laisses une chance ?

- Je passe mon temps à t'en laisser.

- Je ne te décevrai pas. Promis.

- Okay. »

Il venait d'apercevoir Harry, sa réponse fut donc légère, sans grande conviction. Il peina à retenir son sourire en le voyant avec son sac de voyage sur une épaule et celui avec son ordinateur sur l'autre. À croire qu'il partait à l'autre bout du monde, comme s'il avait besoin d'emmener tout son matos pour le week-end… car vu l'épaisseur de sa sacoche, il n'y avait pas que son ordinateur dedans…

Draco se leva et, le voyant, le brun se précipita vers lui, un sourire aux lèvres. Un rapide coup d'œil vers Steven lui fit comprendre qu'il était énervé, voire même en colère. Harry était mal habillé, comme toujours, il avait ses immenses lunettes sur le nez et toujours ses mèches vertes dans les cheveux. Une espèce de geek mal fagoté qui n'avait absolument rien à voir avec le style de son copain, si soucieux de son apparence.

« Salut ! Désolé, je suis un peu à la bourre… Steven, je suppose ? Enchanté ! »

Un grand sourire aux lèvres, Harry lui tendit la main et serra chaleureusement la sienne, en dépit de l'air mauvais de Steven.

« Enchanté. Harry, donc ?

- Ouais, c'est ça. Salut Draco ! Le train vient d'être annoncé, on y va

- Déjà ?

- Heu le train part dans dix minutes, hein… »

Draco écarquilla les yeux : il n'avait pas vu le temps passer. Il se leva alors que Harry souhaitait une bonne soirée à Steven, s'excusant de son retard et de lui prendre Draco aussi vite, mais les trains n'attendent pas, hein… Le brun amorça quelques pas vers les quais et l'étudiant voulut le suivre.

« Tu m'embrasses pas ? »

Avec un soupir, Draco leva les yeux au ciel. C'était une façon comme une autre de clore la dispute et de bien faire comprendre à l'importun qu'il était son mec. Pour une fois, le blond décida d'être aussi puéril que lui : il se retourna et lui fit un joli sourire.

« Non. »

Puis, il s'empressa de suivre Harry qui marchait vers le quai, l'air de rien. Steven ne le suivit pas, et de toute manière, s'il l'avait fait pour lui arracher un baiser, Draco l'aurait au mieux repoussé, au pire mis une claque. Mais son petit ami n'eut pas la bêtise de chercher à le rattraper et l'étudiant put rejoindre son train, marchant juste derrière Harry.

Ils ne tardèrent pas à s'installer, balançant leurs affaires dans les porte-bagages avant d'aller s'asseoir. Le brun n'était pas dans le bon wagon, et quand Draco atteignit sa place, il constata que son voisin était déjà installé. Il laissa à Harry le soin d'expliquer à l'homme la situation et ce dernier ne fit pas le difficile, acceptant d'aller dans le wagon suivant.

Harry parlait avec beaucoup d'aisance. Il avait le sourire facile, un visage expressif et beaucoup de douceur ou d'humeur dans les yeux quand il parlait avec les autres. Le type n'avait pas l'air franchement aimable et pourtant il avait accepté sans rechigner. Draco avait toujours envié aux autres cette capacité qu'ils avaient de discuter aussi facilement avec des inconnus. Ce n'était pas vraiment une question d'être timide, mais il n'avait jamais le bon mot pour faire rire, le sourire communicatif…

Draco était juste réservé, terriblement coincé et incapable de s'amuser comme les jeunes de son âge.

« Je savais pas que ton mec t'accompagnait, t'aurais dû me le dire !

- J'étais pas au courant avant qu'il vienne me chercher à l'école.

- T'aurais pu me le dire quand même…

- En général quand mon train est annoncé, je monte dedans, donc…

- Ouais en gros tu voulais pas que je le rencontre.

- Ouais.

- Il est jaloux ?

- Très. »

Harry eut un sourire amusé, tout agacement ou toute vexation envolée. Assis du côté de la fenêtre et bataillant avec ses sacs posés à ses pieds, il se laissa aller en arrière avec un sourire soulagé. Draco le regarda quelques instants, se sentant étrangement bien. Sa présence avait le don de l'apaiser, même si Harry avait tendance à lui parler de sujets qu'il n'aimait pas particulièrement évoquer. Il savait que le brun lui parlerait de son copain, de ce qu'ils s'étaient dits.

Et en parler avec lui, bizarrement, lui faisait du bien…

OoO

Son téléphone vibra dans sa poche. Il attendit quelques secondes, puis quand il comprit que c'était un appel et pas un simple SMS, Harry sortit son portable, regarda l'écran puis décrocha.

« Oui Maman ?

- Bonjour mon chéri ! Comment vas-tu ? »

Il venait de sortir du métro et rentrait tranquillement chez lui. La journée n'avait pas été aussi difficile que les précédentes, en dépit d'un certain stress qui commençait à naturellement s'installer dans leurs bureaux. C'était toujours comme ça à l'approche de Noël. Ils avaient beau sortir des jeux vidéos toute l'année, il était évident que leurs plus grosses ventes se jouaient à cette période-là. Même Harry qui ne cédait pas facilement à ces angoisses dues au travail en ressentait un peu les effets.

« Ça va et toi ?

- Très bien. Papa te passe le bonjour ! Tu es rentré ?

- Embrasse-le pour moi. Je suis devant l'entrée de l'immeuble. Tu veux quelque chose ?

- Non, juste prendre de tes nouvelles ! »

Cela faisait déjà trois semaines qu'il était rentré de chez ses parents. Son père était venu le chercher à la gare en voiture tandis que Draco attendait son père censé venir le récupérer également, mais il avait eu un peu de retard. Harry avait été tenté de demander à son père de l'emmener mais le blond lui avait assuré que le sien n'allait pas tarder. Sans doute allait-il même grogner tout le long du trajet parce qu'il avait osé laisser poireauter son fils unique dix minutes dans une gare à une heure pareille.

Ses parents travaillaient dans la boutique le samedi. Après s'être couché à une heure impossible, Harry avait fait la grasse matinée et s'était réveillé dans le lit de son petit frère, ce dernier lui tournant le dos et sa frangine à moitié allongée sur lui, le téléviseur encore allumé sur un antique jeu de Final Fantasy. Vers dix heures, il s'était donc levé, s'arrachant au lit terriblement confortable et à la chaleur des draps. Il s'était douché, habillé, puis il était descendu dans l'atelier de son père avant de passer en boutique, demandant à sa mère si elle voulait de l'aide. Il était tard, mais elle en profita pourtant pour lui laisser la caisse afin de faire quelques emplettes.

Longtemps, ses parents avaient pensé qu'il prendrait la relève car Harry les avait toujours aidés. Son père était devenu indépendant quand il n'avait que dix ans, et même si c'était devenu un moyen d'avoir un peu plus d'argent de poche, Harry n'avait jamais chaumé. Au début, il s'occupait beaucoup de son frère et de sa sœur, et en grandissant, il avait travaillé avec son père un peu en atelier ou bien à la vente avec sa mère. Il aimait la pâtisserie, et même la cuisine en général, il était bon vendeur. Le jeune homme savait qu'il les avait beaucoup déçus quand il leur avait fait comprendre que son but n'était pas de reprendre l'affaire ou bien d'en ouvrir une autre. Aider ses parents était à la fois une marque d'amour et un acte naturel, presque instinctif.

« Bah je vais bien, y'a rien de spécial. Attends, j'ouvre ma porte… Voilà c'est bon. Tout le monde va bien à la maison ?

- Oh oui, ta sœur se plaint de ses cours et ton frère a manqué de se brûler tout à l'heure en sortant du pain… »

Cependant, Jane et Léo avaient une vision un peu différente des choses, mais ça tendait à changer. Sa petite sœur aimait bien aider mais c'était rapidement devenue une corvée. Il avait fallu qu'elle devienne majeure et qu'elle sorte davantage avec ses nouvelles copines pour qu'elle comprenne le sens du travail. D'où un investissement un peu plus poussé à la boutique et surtout un changement du regard qu'elle posait sur son travail de vendeuse…

Pour Léo, les choses étaient un peu différentes car il n'avait que seize ans. Son côté un peu feignant de jeune adolescent lui avait donné la même vision que Jane : aider ses parents était une corvée. Harry avait travaillé avec ses parents pour les aider mais à présent leur situation financière allait beaucoup mieux, le soutien de leurs enfants n'était plus aussi nécessaire. Et comme leurs parents s'en voulaient encore d'avoir autant exploité leur aîné lors de leurs premières années d'indépendants, même si leur fils proposait son aide lui-même, les deux cadets en profitaient.

« Sérieux ? Il va bien ?

- Mais oui, mais ça lui a fait comprendre que parler avec sa copine au téléphone et s'occuper du four en même temps n'est pas vraiment une bonne idée…

- Hein ? Il a coincé son téléphone contre son épaule ?

- Non, il a pris l'oreillette de ton père. »

Il avait fallu une conversation sérieuse entre Harry et les deux plus jeunes pour que la situation se débloque un peu, et à l'époque, cela faisait deux ans qu'il avait quitté l'Alsace. Jane avait cessé sa crise d'adolescence et s'était mis un peu de plomb dans la tête, même si à dix-sept ans elle avait encore du mal à prendre tout ça au sérieux. Mais au moins, elle était plus serviable et redevable à leurs parents qui lui cédaient un peu trop de choses.

Quant à Léo, la remise en question avait été un peu plus efficace et son regard sur le travail de ses parents avait radicalement changé, au point qu'il y avait trouvé un certain plaisir. Parce qu'il ne savait pas vraiment quoi faire plus tard, il avait tenté une première ES, mais en vérité, il hésitait à se lancer dans la pâtisserie et suivre les traces de son frère, admirant le parcours de celui-ci. Mais Harry était persuadé que d'une manière ou d'une autre il se retrouverait derrière des fourneaux : il avait ça dans le sang.

« Quel boulet…

- C'est ce qu'a dit ta sœur. Ton père l'a grondé par contre, ça fait plusieurs fois qu'il le surprend à faire ça, un jour il se fera vraiment mal. Il est plus tête en l'air que toi au même âge…

- Léo et moi, on n'est pas pareil, Maman…

- Ça c'est certain ! Il n'a peur de rien mais il est tête en l'air. Toi, c'est tout le contraire ! »

Cependant, quand Harry était de passage, c'était très rare qu'il aide leurs parents à la boutique, ce que Harry faisait systématiquement quand il n'avait rien de prévu dans la même matinée ou même dans la journée. Il s'était levé tard, comme d'habitude, et il savait qu'il fermerait la boutique sur les coups de treize heures sans que sa mère ne vienne le relayer, ou du moins l'avait-il espéré : il la préférait dans la cuisine à préparer tranquillement leur déjeuner plutôt que derrière le comptoir qu'elle tenait depuis plus de dix ans.

L'après-midi, il avait emmené son frère et sa sœur au cinéma, empruntant la voiture de ses parents, puis il s'était rendu à une soirée d'anniversaire d'un ami, ce qui lui avait permis d'en voir un bon nombre par la même occasion. Il était rentré très tard et s'était levé à une heure impossible, pour ensuite passer une bonne partie de la journée avec sa famille. Enfin, il avait pris le train pour rentrer sur Paris, arrachant quelques larmes à sa mère.

« Oh qu'est-ce que ça va être à Noël, heureusement que tu viens nous aider…

- Heu tu sais, la bûche, c'est pas tellement mon truc…

- Léo les réussit très bien maintenant, tu sais !

- Tu vas me coller aux biscuits de Noël, c'est ça ?

- Oh mon chéri, c'est une tannée à faire… »

Harry ne put s'empêcher de rire, alors que sa mère lui expliquait leurs plans pour les fêtes de Noël, une saison aussi riche que difficile pour eux. Harry répondait toujours présent et aidait au mieux ses parents, quitte à passer des soirées entières à faire des biscuits plutôt que de se détendre dans sa chambre. C'était d'ailleurs la seule période de l'année où ses cadets ne rechignaient pas à travailler. Noël était une vraie affaire de famille.

« Désolée Maman mais je vais devoir te, je vois quelqu'un ce soir.

- Ah bon ? Je ne vais pas t'embêter alors, passe une bonne soirée mon chéri !

- Toi aussi Maman. »

Ils s'envoyèrent des baisers puis Harry raccrocha. Adossé à un mur de l'entrée, il retira ses chaussures et son manteau avant d'aller s'affaler dans son canapé-lit qui grinça doucement sous son poids. Il laissa son regard errer sur la télévision puis il jeta un coup d'œil circulaire à la pièce.

Après la fête de Noël, il allait déménager. Il avait trouvé un appartement qui ne se libèrerait que dans un bon mois et il avait commencé à rameuter du monde pour déplacer ses affaires un peu avant le nouvel an et même faire des travaux. Il en avait vaguement parlé avec Draco, sans pour autant l'inviter car il ne le connaissait pas assez pour lui faire une telle proposition, mais le blond lui avait proposé son aide pour le déménagement mais pas pour les travaux car il n'était bon à rien. C'était déjà ça de pris et il avait bien le temps de le convaincre de lui repeindre ses portes en blanc.

S'arrachant à la fatigue et au confort de son canapé, Harry se leva et partit dans la cuisine pour se laver les mains et préparer le dîner. Il avait cru comprendre que Draco adorait les lasagnes, donc il en prépara une bonne plâtrée, histoire d'avoir de quoi manger pour les prochains jours. Après avoir mis son plat au four, le brun alla dans son salon et se détendit devant la télévision avec son ordinateur sur les genoux. À peine une demi-heure plus tard, on sonnait, et quelques minutes plus tard, son blondinet du métro apparaissait sur le pas de sa porte.

Ce n'était pas la première fois qu'il venait chez lui. Harry l'avait invité quelques jours après son retour d'Alsace à manger un petit quelque chose chez lui et ils avaient passé la soirée dans le canapé à jouer à des jeux vidéo comme des gamins. Depuis, le blond était venu deux autres fois et toujours avec quelque chose dans les mains. Et ce soir, il avait amené le dessert.

« Bonsoir blondinet ! T'étais pas obligé, sérieux… »

Il disait ça mais Harry appréciait que ses invités ne viennent pas les mains vides, à moins qu'ils aient prévu partager les frais du repas. Chez Draco, c'était systématique, même si c'avait tendance à un peu le gêner, vu que le père de Harry était pâtissier et qu'il savait très bien cuisiner. Mais pour le brun, c'était l'attention qui comptait. D'autant plus que Draco ne se moquait pas de lui, vu où il achetait ses pâtisseries… ce qu'il faisait uniquement parce que le brun savait savourer ce qu'il mangeait.

« Attends, j'allais pas venir les mains vides. Tu vas bien ?

- Comme un jeudi soir. Et toi ?

- Ça va, c'est quasiment le week-end. »

Draco se pencha vers lui pour lui faire la bise. C'était leur nouveau truc, ça. Ils n'avaient pu faire le voyage du retour ensemble, quand ils étaient rentrés de Strasbourg. Cependant, ils avaient pris le métro ensemble et quand ils durent se séparer, il y avait eu un moment de flottement pour eux avant que le blond ne se penche nerveusement pour lui embrasser les joues. Depuis, ils se faisaient la bise à chaque fois qu'ils se voyaient. Visiblement, c'était une pratique courante chez le blond qui avait l'air plutôt content d'avoir ce genre de geste intime avec Harry.

Quelques minutes plus tard, ils étaient installés dans la grande pièce du studio devant la table basse, face à face, avec la télévision en bruit de fond en train de dîner. Ce fut un dîner détendu, sans prise de tête, où ils purent aborder de nombreux sujets. Forcément, le petit ami de Draco revint sur le tapis, mais cette fois-ci, le blond fut beaucoup plus ouvert sur le sujet.

La plupart du temps, Harry se moquait allégrement de Steven et de ses dernières conneries en date et Draco souriait gentiment, sans pour autant accepter l'idée que leur histoire n'avait que trop duré. L'infographe avait conscience que la séparation serait difficile car son ami tenait à son copain, malgré tout, il était dans une sorte de routine dont il peinait à se débarrasser. Au contraire, Harry n'aimait pas s'enfermer avec une copine dont il ne pourrait sélectionner que quelques qualités et dont il maudirait les défauts.

À ses yeux, Draco ne sortait pas vraiment avec Steven. Il le fréquentait et couchait avec, mais ça s'arrêtait là. Cependant, Steven, lui, était persuadé qu'ils sortaient ensemble, et peut-être que, quelque part, il pensait que ses sentiments étaient réciproques, mais que le blond était trop réservé ou timide pour les lui dire. Ou peut-être était-ce à cause de ses conneries, qui s'étaient pourtant faites plus rares. Mais ce n'était pas suffisant.

Du moins, pour Harry, ça ne l'était pas. Il ne voulait pas que Steven malmène la fierté et le cœur de son ami. Car même si cela ne faisait pas si longtemps que ça qu'ils ne connaissaient, même s'ils ne savaient pas tout l'un de l'autre, Harry considérait cet étudiant en ingénierie classe et réservé comme un ami.

C'était inutile de le nier, de toute façon. Même si très peu de ses amis étaient au courant de son existence, parce qu'il n'avait pas de raisons de parler de lui et surtout parce que leur amitié était trop soudaine, Harry ne parvenait plus à se dire que Draco était juste un pote. Ils s'envoyaient des SMS tous les jours, parfois même juste pour se saluer alors qu'ils se rencontraient quelques minutes plus tard, s'appelaient régulièrement, mangeaient de temps en temps ensemble et te retrouvaient beaucoup trop souvent le soir pour de simples connaissances.

Et puis, il y avait des gestes qui ne trompaient pas non plus. La bise, c'était comme une première étape. Harry n'avait pas d'amis gays mais faisait parfois la bise à des garçons et n'était donc nullement gêné avec Draco. Cependant, le blond avait une façon de le toucher, que ce soit avec ses mains ou même avec ses pieds, sous la table, quand Harry l'embêtait, qui trahissait une certaine confiance et une vraie complicité.

Il y avait ses regards, aussi. Sa façon de le regarder, avec ses grands yeux bleu gris…

Souvent, Draco lui faisait penser à Ron. Ils ne se ressemblaient absolument pas, mais cette complicité qui naissait en eux lui faisait penser à celle qui avait existé entre lui et son meilleur ami. Ron et lui se connaissaient depuis tellement longtemps qu'ils avaient des gestes l'un envers l'autre un peu bizarres pour certains mais tellement naturels pour eux… Ils avaient tout vécu ensemble. Leur enfance, avec ces bacs à sable, ces goûters après l'école, ces trafics de cartes Pokemon à la récré, leur adolescence, avec les premiers poils, les filles, les rivalités, les engueulades…

Toutes ces soirées passées ensemble, devant un bon jeu vidéo, un film d'horreur ou un blockbuster à la mode… Leurs corps l'un contre l'autre, leurs pieds qui se touchaient sous la couverture patchwork de Ron, leurs étreintes quand l'un n'allait pas bien, ou quand tout allait bien…

Ça lui manquait.

Par moments, cette amitié hors norme, qu'on ne connaissait sans doute qu'une fois dans sa vie, lui manquait cruellement. Il avait pourtant passé l'âge de se blottir sous une couette chaude avec son meilleur ami, mais il y avait des gestes et des regards qui lui manquaient.

Pourtant, il n'avait pas eu le choix. Quand Ron lui avait avoué ses sentiments, Harry n'avait pas pu faire comme si rien n'avait changé. C'était au-delà de ses forces. Il n'avait pas coupé les ponts avec son meilleur ami, loin de là, mais il avait dû renoncer à beaucoup de choses car il savait que ces gestes pourraient être mal interprétés. Savoir que toutes ces fois où Harry lui avait touché le pied sous la table, par erreur ou pour attirer son regard et lui transmettre un message visuel, pourrait être devenu une source de plaisir pour son ami était pour lui une véritable torture.

Car il ne l'aimait pas.

Pas comme ça.

Et savoir que Ron souffrait à cause de lui, parce que Harry n'était pas amoureux de lui et qu'il n'éprouvait pas non plus le moindre désir ou la moindre curiosité, l'avait rendu fou de douleur.

Depuis, Harry avait surmonté cette épreuve, même si songer à Ron lui faisait souvent du mal parce qu'il avait perdu un ami mais aussi un frère. Ses relations avec Hermione s'étaient forcément dégradées, même s'ils faisaient tout pour garder contact. Mais elle souffrait et lui culpabilisait. Ce n'était pas saint pour conserver une amitié.

Alors au fond de lui, il priait pour qu'une telle chose ne se reproduise pas.

Avec une femme.

Ou avec un homme.

OoO

L'appartement était situé en plein Paris. Il était constitué de plusieurs pièces, à savoir un salon, une chambre à coucher, un dressing, une cuisine et une salle de bain. Le genre d'appartement qu'on payait la peau des fesses à deux quand on avait de quoi se le permettre et que les parents de Steven lui louaient généreusement depuis plusieurs années. Un logement qu'il ne méritait pas vu le peu de suivi de ses cours. Il avait commencé sa seconde année de droit, après une année sabbatique qui avait perduré dans le temps, à mesure qu'il abandonnait ses formations.

C'était bien pour ça que sa mère ne pouvait pas le sentir.

Dire qu'ils étaient ensemble depuis début août… Draco avait déjà eu des relations aussi longues, après tout c'allait faire quatre moins, mais rarement aussi fades. Malheureusement pour lui, à chaque fois que Draco se disait qu'il devrait le quitter, Steven trouvait toujours un moyen de le retenir à lui, par un mot, une petite attention, un regard… un moment à deux. Et de toute façon, Draco n'avait rien de mieux sous la main, donc autant le garder.

Même s'il savait que c'était une grosse connerie.

Il le savait encore plus à présent qu'il fréquentait un peu trop Harry. Le voir, c'était comme une évasion, c'était échapper à ces soirées auxquelles Steven était invité ou celles qu'il organisait avec des amis ou pour eux deux. C'était aussi oublier sa vie sentimentale pitoyable, cette espèce de vide affectif qu'il traînait malgré tout, et pouvoir parler de tout cela à une oreille attentive.

Car Harry l'écoutait.

Et c'était bon, d'être écouté. Blaise le faisait souvent, mais il y avait des sujets auxquels il était sourd comme un pot. Et bizarrement, Harry ne se fermait pas quand il lui parlait de ses affaires de cœur, au contraire, il s'y investissait presque, l'incitant à mettre fin à tout ça plutôt que de poursuivre une relation où il ne gagnait absolument rien.

Et puis, Harry était quelqu'un de profondément gentil, derrière ses airs de rebelle. C'était un garçon plein d'humeur et d'attentions… très humain.

Un peu comme Blaise, en fait.

En plus taquin.

Alors la veille, quand il avait pensé à cette soirée que Steven allait organiser chez lui avec ses amis, dont Draco n'appréciait pas la majorité, le blond n'avait pu se retenir et il avait demandé à Harry s'il voulait bien venir.

Cela faisait des semaines que Steven lui demandait d'organiser un truc pour qu'il puisse connaître ce mystérieux Harry mais Draco avait réussi à le maintenir éloigné de lui. Harry, c'était son moment d'évasion, il ne voulait pas le polluer au contact de son petit ami qui ferait tout pour détruire leur amitié. C'était trop agréable de le voir, de passer du temps avec lui… Mais la veille, avec le maigre espoir de pouvoir ainsi s'échapper plus tôt de la soirée et ne pas se taper tout le rangement et la vaisselle, Draco l'avait invité.

Harry avait hésité quelques secondes. Il s'était comme caché derrière ses lunettes de courts instants avant de lui faire un sourire un peu forcé, comme pour lui dire « c'est bien parce que c'est toi ». Et il avait accepté en lui disant qu'il ne resterait pas longtemps, surtout s'il se faisait chier.

Cependant, au ton de sa voix, ça sonnait comme une promesse en l'air. De plus, plutôt que d'arriver sur les coups de dix-neuf heures comme c'était prévu, histoire de prendre l'apéritif et d'attendre ceux qui finissaient plus tard, Harry avait déjà vingt minutes de retard. Pourtant, Draco connaissait ses horaires et il savait que le jeune homme devait avoir fini sa journée depuis un bout de temps, et vu l'heure, il aurait même eu le temps de repasser par chez lui pour se changer. Allait-il lui poser un lapin ? Draco ne lui en voudrait même pas.

Mais il aurait tant souhaité qu'il soit là…

Cela faisait déjà un bon quart d'heure que les premiers invités étaient arrivés et Draco n'en pouvait déjà plus de faire le service. Ses amis Pansy et Théodore l'aidaient un peu mais les autres se prenaient pour des princes, à commencer par Steven que le blond avait dû recadrer très rapidement. Il fallait dire que son copain était dans tous ses états et qu'il était bien décidé à pourrir la soirée de Harry si ce dernier osait se pointer, et par la même occasion, faire passer un sale moment à Draco qu'il soupçonnait d'infidélités.

Draco était en train de grignoter un bol de chips dans la cuisine avec Pansy qui fumait une clope quand il constata que Harry avait déjà trente minutes de retard. Le coup d'œil déçu qu'il jeta à sa montre fut très révélateur pour son amie.

« Il va pas venir, ton pote.

- Je crois aussi.

- Il est pas fiable, on dirait. Steven va pas te lâcher.

- Ouais. Je comprends pas. J'étais persuadé qu'il viendrait…

- T'as l'air de vraiment bien l'aimer, ton Harry.

- C'est pas mon Harry.

- Joue pas à ça avec moi Draco, je suis sûre qu'il te plaît. Putain tu rougis ! »

Draco détourna les yeux. Bien sûr qu'il rougissait, Pansy était son amie, elle le connaissait depuis son arrivée sur Paris et savait dire pile ce qu'il fallait pour le mettre dans l'embarras. Parce que quelque part, oui, Harry lui plaisait, dans le sens où il était un peu son genre de mec. Il avait toujours craqué pour les hommes à son total opposé, il aimait les bruns et il avait des yeux incroyables. Mais pour être tout à fait honnête, Draco n'avait jamais songé un seul instant à envisager quelque chose avec lui, son amitié avec le brun n'était pas parasitée par de telles pensées. Au contraire, il était satisfait de pouvoir être ami avec un homme aussi différent sans passer son temps à refouler des scénarios tous plus idylliques les uns que les autres.

« Harry est mignon mais je craque pas pour lui.

- Ah oui ?

- Ne me regarde pas comme ça. Franchement. Je m'entends super bien avec lui mais ça reste un ami. C'est ça qui est agréable avec lui, j'ai pas à me prendre la tête.

- Pourquoi tu nous l'as pas présenté avant ? Tu sais avec Théodore et Greg, on aurait pu bouffer un soir tous ensemble, et puis…

- J'osais pas lui demander. Et puis bon, ce soir il va pas venir.

- Peut-être qu'il serait venu s'il nous avait rencontrés avant.

- Peut-être. »

Le blond laissa lentement craquer une chips contre sa langue. Il savait qu'il lui pardonnerait, qu'il ne lui en voudrait pas, mais au fond de lui, il était quand même déçu. Pansy écrasa sa cigarette dans un cendrier quand soudain son téléphone portable vibra dans sa poche. Une fois. Puis deux. Et puis trois…

Draco attrapa son téléphone dans sa poche et son cœur fit un bond dans sa poitrine quand il vit le prénom de son ami sur l'écran. Aussitôt, ignorant le léger sourire de Pansy, le jeune homme le porta contre son oreille.

« Allô ?

- Putain blondinet je suis désolé, je me suis endormi comme une merde dans mon canapé et je me suis réveillé y'a quinze minutes ! Là je suis dans le métro, je suis dégoûté, franchement désolé, je suis super à la bourre !

- T'inquiète pas, c'est pas grave.

- Mais si bordel ! J'espère que je serai là pour vingt heures, encore désolé hein…

- Envoie-moi un SMS avant d'arriver, je viens te chercher.

- Okay, à tout à l'heure ! »

Draco raccrocha, soulagé comme jamais. Il échangea un regard complice avec son amie qui lui prit le bras pour le ramener dans le salon où il dut affronter son petit ami : ce dernier cessa très vite de jubiler en comprenant que l'inconnu du métro était en retard mais qu'il n'allait pas tarder à arriver. Savoir qu'il ne l'avait pas planté lui permit d'être plus patient avec les invités de son copain.

Et effectivement, une demi-heure plus tard, Harry lui envoya un message pour qu'il vienne le chercher. Alors Draco s'échappa de la soirée et parcourut les quelques mètres qui le séparaient de la bouche de métro. Steven n'habitait pas loin mais il fallait quand même connaître un peu le coin pour se repérer. Son ami ne tarda pas à gravir les escaliers comme un dingue avant de ralentir en l'apercevant.

« Salut blondinet ! Encore désolé pour le retard…

- Te prends pas la tête, je te dis ! »

Ils se firent la bise puis prirent le chemin de l'immeuble. Harry passa son temps à se plaindre de sa journée et du coup de barre qui l'avait pris quelques heures plus tôt. En général, il programmait toujours son téléphone, des fois qu'il s'endorme plutôt que de sommeiller tranquillement dans son canapé, mais il n'y avait pas pensé sur le coup et le réveil avait été aussi difficile que paniqué. Cependant, le jeune homme avait l'air bien réveillé et son sourire ne laissait rien présager de son petit roupillon impromptu.

La boule au ventre, Draco entra dans l'appartement bruyant de Steven qui commençait déjà à s'enfumer. Ils retirèrent leurs chaussures, leurs manteaux, puis entrèrent dans le salon. Dans la fosse au lion, en quelque sorte.

Du moins était-ce le cas pour Draco.

Ils étaient une quinzaine de personnes dans l'appartement, et plutôt que de passer pour une espèce d'intrus parachuté dans un milieu qui ne lui appartenait pas, Harry s'intégra très rapidement au groupe.

Une bière dans une main et une part de pizza dans l'autre, un sourire rayonnant sur les lèvres et le rire facile, le jeune homme mit une animation d'enfer dans le salon. Il captait avec une facilité déconcertante la curiosité puis l'attention de ses interlocuteurs. Son aisance était presque terrifiante : il était capable de parler économie avec l'un, jeux vidéo avec l'autre et même littérature avec le dernier.

Harry était un homme plein de ressources et plus cultivé que Draco ne l'avait cru de prime abord, et en le voyant discuter joyeusement avec ces gens qu'il n'aimait pas pour la plupart, comme s'il les connaissait depuis des années, le blond se sentit étrangement mal. Était-il donc toujours ainsi ? Avec tout le monde ? Avait-il ce même sourire avec toutes les personnes qu'il rencontrait, cet humour dévastateur dans la bouche et un regard aussi expressif ?

Draco n'était-il donc qu'une personne parmi tant d'autres ?

Cette constatation lui fit étrangement mal. Il n'était pas d'un naturel possessif mais voir son ami se faire accaparer par ces types et ces filles qu'il n'aimait pas lui serrait le cœur. Un peu comme si les critiques qu'il avait pu émettre sur eux ne valaient que pour lui et que pour Harry, c'étaient des personnes intéressantes et franchement sympas.

La seule personne pour qui Harry n'était absolument pas une personne sympathique, ce fut bien évidemment Steven. Il discuta beaucoup avec Harry et tenta à plusieurs reprises de le bousculer, de lui faire comprendre que c'était son mec qu'il fréquentait et qu'il ferait mieux de rester à sa place. Mais le brun avait ce petit côté je-m'en-foutiste qui l'empêchait d'y faire vraiment attention. Quand il n'ignorait pas ses petites remarques ou ses plus franches attaques, il lui renvoyait gentiment la perche qu'il lui tendait ou l'envoyait carrément bouler.

Et ça, Steven ne le supportait pas. Or, Harry était visiblement le genre de personne qui assumait pleinement le fait qu'il n'avait pas fait beaucoup d'études, que son boulot n'était pas franchement utile à la société, et que ce n'était pas parce qu'il n'avait pas enchaîné les années de fac qu'il devait se la fermer. Donc quand on commençait à l'attaquer sur sa formation, il savait très bien comment réagir. Et soyons francs, quand son copain osa lui dire qu'il gagnerait bien plus que lui quand il serait avocat, et que le brun lui répondit que ce n'était pas gagné vu où il en était, vu le suivi de ses cours, vivant encore grâce aux sous de papa et de maman, ce fut un moment purement jouissif pour Draco. Ce fut même l'un de ses moments préférés de la soirée.

D'autant plus que Harry dit clairement qu'il avait beaucoup de respect pour Draco qui, à son âge, allait terminer ses études d'ingénieur et qu'il avait déjà des pistes pour un futur travail.

Cependant, même ces petits moments ne parvinrent pas lui faire apprécier la soirée. Il se demanda même si l'inviter était vraiment une bonne idée, vu que Harry semblait s'entendre avec tout le monde. Alors que Draco, lui, ne piffait personne.

Se préparant mentalement à une soirée plus longue que prévue à faire la bonniche, parce que c'était ça ou rester avec des alcoolos et supporter les mains aussi baladeuses qu'embarrassantes de Steven, Draco s'exila dans la cuisine pour faire un brin de vaisselle. Il détestait ça mais ça lui donnait une bonne raison de ne pas rester dans le salon.

Le blond se demanda un court instant s'ils allaient sortir les joints à un moment donné. Il était vingt-et-une heure trente et le salon était déjà bien enfumé par les clopes qu'ils enchaînaient depuis leur arrivée. Harry n'en avait prise aucune, prétextant son envie d'arrêter, alors que Draco ne l'avait jamais vu fumer. Serait-il comme les autres, à se laisser tenter, pour le fun, puis tomber dedans tête la première comme l'avait fait Steven ?

Draco s'apprêtait à se sécher les mains quand la porte de la cuisine, qu'il avait fermée pour atténuer encore plus le bruit des voix, s'ouvrit d'un coup pour se refermer aussi sec. Surpris, le jeune homme se retourna et ne put cacher sa surprise en voyant Harry appuyé contre la porte, le regard d'un air… presque désespéré.

« Ton mec fume des joints ?

- Bah ouais.

- Putain mais ça c'est le summum quoi… Hey je tiens plus blondinet, je vais me tirer là.

- Comment ça ?

- Nan mais sérieux, des gosses de bourges qui se bourrent la gueule pour le fun et qui sortent les pétards, bonjour quoi ! J'ai passé l'âge de ce genre de conneries ! Et le pote de ton mec, là, la grande asperge, je rêve où il avait des trucs louches dans sa veste ?!

- On dirait que t'es choqué, c'est marrant.

- J'en ai rien à faire de ce qu'ils font, mais franchement, si c'est pour me les taper bourrés et en plus complètement à l'ouest, non merci, c'est bon, j'ai donné !

- Je pensais que tu les aimais bien… »

Draco éclata de rire en voyant son visage halluciné. Harry le regardait avec de grands yeux, comme s'il était ouvertement en train de se moquer de lui. Le brun jeta un regard vers la porte et chuchota sur le ton de la confidence :

« Ca fait une heure et demie que je me fais chier ! »

Puis, le jeune homme se décolla de la porte, s'avança vers lui et le regarda avec des yeux de chien battus

« Allez, viens, on rentre à la maison. »

Sa bouille lui arracha un sourire presque attendri. Presque.

« Tu sais quoi ? On se barre, on va chez moi, je te fais un thé et on glande devant un bon Final Fantasy. T'en dis quoi ?

- J'en dis que ça me plairait bien.

- Retraite stratégique, alors. »

Et aussitôt, Harry tourna sur ses talons et quitta la cuisine. Sans traîner, Draco le suivit et le regarda s'excuser avant d'annoncer son départ. Le blond enchaîna en expliquant qu'il devait le raccompagner et en plus il avait plein de boulot ce week-end-là. Steven lui fit les gros yeux, soufflé de le voir ainsi s'échapper avec Harry. Mais il avait trop bu pour lutter correctement, et quelques minutes plus tard, ils furent tous les deux dehors.

À peine Harry fut-il dans la bouche de métro qu'il laissa éclater sa joie, visiblement plus que soulagé d'être sorti de cet enfer.

« Rah putain blondinet, mais comment tu fais pour les supporter ?! Je comprends pourquoi tu m'as demandé de venir. Tu fais comment d'habitude ?

- Bah… je fais. Et je reste souvent dans la cuisine. Des fois, Pansy ou Théodore m'accompagnent…

- Ils sont sympas eux, par contre. Enfin j'ai du mal à cerner Théodore mais Pansy a un humour d'enfer ! J'aimais bien Alex aussi, mais les autres…

- T'as une capacité à te lier aux autres, c'est fantastique.

- J'appelle ça être commercial. Ma sœur dit que je suis hypocrite. Mais t'inquiète, avec toi, je suis normal hein ! »

Draco eut un léger rire alors qu'ils passaient les bornes. Dans un sens, il était soulagé, même s'il savait qu'il avait pourri la soirée de son ami. Cependant, l'idée qu'ils allaient se retrouver seuls chez lui devant un bon jeu et un truc à boire effaçait tout le reste.

Même s'il devrait en payer les conséquences un peu plus tard avec Steven…

« Mais qu'est-ce qu'ils se la pètent putain, j'ai jamais vu ça… Et que je bois, parce que c'est fun, et que je clope, parce que c'est stylé… »

Durant toute la durée du trajet, le blond écouta Harry se plaindre de la bande d'amis de son copain. Sa manière de se moquer d'eux, de les mimer ou de les critiquer lui fit un bien fou. Entre temps, il reçut des SMS de ses deux amis restés à la fête et qui ne tardèrent pas à s'en aller à leur tour. Il savait très bien qu'ils étaient restés juste pour voir la réaction de Steven et de ses potes, et ils n'étaient pas déçus : visiblement, il semblait clairement en rogne contre le p'tit brun dessinateur sur tablette, mais un peu moins contre Draco.

Mais à ce moment-là, il s'en fichait totalement.

Il y avait juste Harry assis en face de lui, la rame de métro qui les emmenait vers chez lui et cette soirée qu'il terminerait dans l'unique pièce à vivre de son appartement.

OoO

Après quelques instants, la porte de l'appartement s'ouvrit et Dean apparut.

« Bonsoir 'Ry ! Comment tu vas ?

- Bien et toi ? »

Avec un sourire, Harry lui serra chaleureusement la main. Celle de Dean était large et marron chocolat, avec la paume rosée. Quand il était petit, Harry lui avait demandé un jour pourquoi il avait les mains de deux couleurs différentes. La maîtresse avait beaucoup ri, et quand leurs mamans étaient venues les récupérer, la sienne avait paru un peu gênée alors que celle de son ami s'était mise à glousser, comme à chaque fois qu'elle essayait de retenir un éclat de rire.

Hermione et Dean étaient ses seuls amis d'enfance à s'être déplacés jusqu'à Paris pour s'y installer de façon durable. Sa meilleure amie était montée en même temps que lui à cause des écoles de droit réputées que ses parents pouvaient lui offrir, avec le loyer et tout ce qui allait avec. Dean, lui, avait mis un peu plus de temps à faire le déplacement : il avait déménagé après avoir obtenu un BTS qui ne lui convenait pas pour se lancer dans une licence d'anglais.

Avec sa formation en infographie et les années passées à Paris, à fréquenter les salons, les soirées, les bars, et tout ce qui allait avec, Harry s'était constitué un réseau d'amitié étrangement assez étendu pour quelqu'un d'aussi réservé que lui. Pour la majeure partie des gens, le jeune homme était extraverti et bavard, mais pour Dean et Hermione, les choses étaient différentes. Oui, Harry parlait beaucoup et se liait vite d'amitié, mais tout ce qui relevait de l'intimité, de sa famille, de ses vrais soucis, de ses grosses baisses de moral, il le gardait pour lui et n'en parlait qu'à ses amis les plus proches.

C'était sans doute en partie pour cela qu'il paraissait aussi extraverti : il ne parlait jamais de ce qui le tracassait et prenait tout avec philosophie. Et souvent, il s'oubliait, pour éviter d'avoir mal ou de devoir s'ouvrir à l'autre.

Ce soir-là, Dean avait organisé une fête d'anniversaire pour son colocataire, Seamus. Ce dernier n'était pas encore rentré de son boulot et n'était sans doute pas vraiment au courant de cette petite sauterie. Il devait s'en douter car c'était bien le genre du black, mais Harry n'était pas persuadé qu'il se dépêcherait de rentrer pour autant. Les choses n'étaient pas vraiment simples entre eux. Depuis le jour où il l'avait rencontré, Harry s'était persuadé que Seamus était homosexuel, ce qui ne semblait pas être le cas, et d'après son ami, le jeune homme de dix-neuf ans était en train de remettre en cause sa sexualité. Et si le brun avait bien saisi le truc, Dean suivait le même chemin…

Ce qui n'était pas forcément une bonne chose, vu que Seamus découvrait ses nouveaux penchants au contact d'un autre homme.

Et ça, Dean le vivait plutôt mal.

Pour ne pas dire très mal.

Cela dit, Dean était en grande forme ce soir-là, et quand Harry entra dans le salon du petit trois pièces, il comprit qu'il allait passer une bonne soirée, vu l'humeur des invités déjà présents. Il n'y avait quasiment que des mecs et quelques filles traînaient par-ci par-là. En réalité, il n'y avait guère que la présence féminine de Hermione qui soit légitime, les autres filles étaient plutôt des petites copines, qui allaient et venaient dans la vie des gars du groupe.

Rapidement, Harry trouva sa place à même le sol, non loin d'un ami d'école et de Hermione. Elle était souriante et très jolie, ce qui n'était pas arrivé depuis pas mal de temps. Alors qu'il allait s'asseoir non loin d'elle, près du canapé, elle écarta les jambes pour qu'il puisse poser son dos entre elles. Pour la taquiner, il leva le visage vers elle, un sourire taquin aux lèvres.

« Je vois ta culotte.

- Et moi, je t'ai déjà vu tout nu. »

Il eut un rire presque gamin alors qu'elle se penchait vers lui pour l'embrasser sur la joue, un sourire sur les lèvres. Elle aussi, il la connaissait depuis qu'il était tout petit, leurs parents étant voisins. Ils avaient pris leurs bains ensemble et la pudeur qui s'était installée entre eux au fil des années ne les avait pas empêché de partir en vacances ensemble et de se voir à moitié à poils. C'était bien pour cela que Hermione était son unique amie fille, il n'y avait pas de barrières entre eux.

Dans un monde idéal, ils seraient sortis ensemble. C'était ce qu'elle lui avait dit, un jour. Et dans un sens, Harry aurait aimé que quelque chose comme ça se produise. Mais ils n'étaient pas faits pour être amoureux, tous ces sentiments qui les unissaient n'étaient que de l'amitié. Une amitié très forte, qui leur faisait du mal, parfois, mais une amitié quand même.

« Tu vas bien ? Le boulot, les amours ?

- Le boulot, comme d'hab', les amours, tu serais la première au courant s'il y avait quelque chose.

- Tu aurais pu me faire des cachotteries…

- À toi ? Jamais !

- Et au fait ta soirée avec ton blondinet du métro, ça a été ?

- Putain c'était horrible ! »

Hermione était la seule personne à qui il avait parlé de Draco, récemment. Il avait eu besoin de prononcer son nom, de parler de cette amitié naissante, de cette complicité presque étrange tant elle était naturelle, et tout ce qui allait avec. Son amie n'avait pas paru plus étonnée que cela, ce n'était pas la première fois qu'il faisait ce genre de rencontre un peu bizarre. Bon, certes, c'était la première fois que ça arrivait dans le métro, mais elle l'avait déjà vu nouer des liens avec des personnes rencontrées dans des files d'attente et même sur des aires d'autoroute. Il avait un truc.

Cependant, elle avait paru amusée qu'il soit un peu perdu face au jeune étudiant si différent de lui et avec lequel il passait autant de temps. Ils se voyaient un peu trop souvent pour de simples connaissances, partageant autant de points communs qu'ils avaient de différences. Son sourire énigmatique l'avait un peu inquiété, puis il s'était dit qu'elle était tout simplement en train de se moquer de lui, comme souvent.

Pourtant, quand elle évoqua Draco, Harry ne se sentit pas très bien.

Ils s'étaient disputés, l'avant-veille.

C'était la première fois que ça arrivait vraiment. En général, il y avait de petits conflits, comme dans n'importe quelle amitié, mais rien de bien méchant et qui ne se résolve pas dans la minute. Mais deux jours auparavant, ils s'étaient engueulés. Comme souvent, c'avait commencé par des petites tensions qui avaient fini par dériver sur un vrai conflit, avec des voix fortes et des regards mauvais. Ça s'était terminé sur la lâcheté de Draco et son incapacité à quitter ou aimer un type correctement, jouant à un jeu du chat et de la souris sans aucun sens.

À présent, Harry regrettait ses paroles. Il détestait se disputer, surtout pour des trucs aussi cons. Mais le fait est que Draco se laissait empoisonner par cette relation sans queue ni tête. Ce fut lors de cette dispute qu'il comprit qu'en réalité Draco était terrorisé à l'idée d'être seul. Auparavant, ses copains l'avaient caché, par honte, et deux d'entre eux s'étaient même débarrassé de lui pour éloigner tous les soupçons. Les études n'avaient pas été sa seule motivation pour quitter Strasbourg. Il y avait des ces souvenirs qu'il valait mieux fuir et puis oublier, plutôt que de vivre constamment avec eux.

Cependant, pour Harry, cette conception des choses avait non seulement été inconnue jusque là mais également incompréhensible. Et même avec un peu de réflexion, il avait encore du mal à saisir. Draco et lui n'étaient définitivement pas sur la même longueur d'ondes.

Et puis, la veille, le jeune homme s'était dit que, peut-être, Draco était du genre dominé. Il faisait la fille, comme on dit vulgairement. Peut-être que son truc, c'était d'être protégé, dorloté, aimé. C'était peut-être pour ça qu'il se laissait autant faire, qu'il se contentait d'un peu de sexe et de quelques petites attentions, alors que putain, il méritait bien mieux que ça.

Et c'était peut-être pour ça que c'avait dégénéré.

Parce que pour Harry, c'était évident que Draco était au-dessus, et qu'au fond, il refusait d'accepter le contraire, même s'il l'avait déjà compris sans se l'avouer. Et parce qu'accepter l'idée que le blond était résolument homosexuel, avec des désirs, des envies, des pratiques intimes différentes et des fantasmes bien à lui, c'était trop difficile pour Harry.

Le problème, ce n'était pas qu'il n'aimait pas les homosexuels. La question n'avait jamais été là.

Elle était ailleurs.

Et pour le moment, Harry n'était pas prêt à se la poser.

OoO

Son téléphone portable vibra dans sa poche. Sur le coup, Draco n'y fit pas tellement attention, persuadé que c'était Steven qui essayait de le contacter. Ils avaient passé la soirée chez lui et avaient fait l'amour comme des dingues, avant que Draco ne quitte les lieux en essayant de retenir rageusement les larmes qui menaçaient de couler sur ses joues. Pour une fois, son copain avait été un monstre de tendresse et d'affection, et pourtant, ça n'avait pas été suffisant. Steven avait beau être performant au lit, il restait un petit con imbu de lui-même.

Et penser à Harry, à tout ce qu'il lui avait dit, tout ce qu'il lui avait reproché, avait alourdi cette boule logée dans son ventre qu'il se traînait depuis deux jours déjà.

Alors, Draco était parti, parce que cette soirée parfaite où il aurait dû se détendre et se dire que leur histoire n'était pas si absurde que ça, parce que Steven l'aimait et que lui éprouvait malgré tout de l'affection pour lui, elle ne s'était pas déroulée aussi bien que prévu. Car Steven n'avait jamais les mots qu'il fallait, il était fier, jaloux et possessif, con, aussi, et Draco n'avait pas su être patient. Il avait trop lutté contre les larmes, quand il s'était disputé avec Harry, contre ce raz-de-marée qu'il avait déclenché en lui, pour se faire du mal inutilement avec un abruti pareil.

Agacé, le jeune homme se décida quand même à regarder qui l'appelait, et quand il vit le nom de Harry, qui ne l'appelait quasiment jamais, il sentit son cœur se serrer. Allait-il lui en remettre une couche, s'excuser, ou au moins essayer d'apaiser les choses ? Draco n'attendait rien de lui, il avait l'habitude de voir ses amis s'éloigner de lui au fil des années. Il était rancunier, mais il savait qu'ils avaient tous deux des torts, et que lors de cette fameuse soirée, Harry avait été le plus blessant, mais le plus franc, aussi.

Il lui disait ce que les autres n'osaient jamais lui avouer.

Finalement, le blond décrocha.

« Allô ?

- Salut Draco. Il est tard, je ne dérange pas ? »

Sa voix était calme, elle n'était pas aussi enjouée que d'habitude. Draco ne sut comment l'interpréter.

« Nan, t'inquiète.

- T'es où ?

- Dans le métro.

- Okay. Bah… Je voulais m'excuser, pour l'autre jour. Pardon. Me suis comporté comme un con.

- Moi aussi…

- Nan, toi t'as rien fait. J'avais pas besoin de te gueuler dessus comme ça et de te dire tout ça. Je te demande pardon, franchement. »

Il marqua une courte pause avant de reprendre.

« Tu sais, on ne se connait pas depuis longtemps mais je t'adore, vraiment, et ça me fait chier d'être en froid avec toi à cause d'un mec qui t'aime et que t'arrives pas à lâcher. J'ai pas envie qu'il pourrisse notre amitié. Alors voilà…

- Je te pardonne. Et je suis désolé aussi pour ce qui s'est passé…

- T'inquiète. Merci, Draco. Mais tu me pardonnes vraiment, hein ?

- Promis.

- Super ! »

Sa voix retrouva le ton enjoué qu'il lui connaissait d'habitude. Draco ne put retenir un sourire soulagé. La situation n'était pas tout à fait réglée, il le savait, des explications viendraient un peu plus tard, mais au moins Harry avait envie que ça reparte. Et c'était déjà beaucoup.

« T'es où, là ?

- Anniversaire d'un pote. Bon, je te dis à ce week-end ?

- Ouais. Bonne soirée !

- À toi aussi blondinet ! »

Quand il raccrocha, le poids sur son ventre avait disparu.

OoO

En général, quand il arrivait trop en avance dans une gare, Harry glandait dans les Relay en feuilletant des magazines. Avec son ordinateur sur l'épaule et son sac de voyage, il ne gênait pas trop le passage et pouvait se déplacer relativement facilement. Cependant, aller chez ses parents plus de deux jours exigeait une valise et tout son matos de geek dont il ne pouvait se passer plus de trois jours.

Alors il se retrouvait là avec sa valise abimée qu'il avait customisée avec sa sœur au marqueur noir entre les jambes et son sac avec ordinateur, tablette graphique et tout ce qui allait avec sur les genoux, son sac en bandoulière posé dessus. Pour s'occuper, il lisait un magazine de jeux vidéo qu'il s'était acheté la veille, mais sans grande conviction. Il était fatigué et avait du mal à se concentrer sur sa lecture, qui pourtant l'intéressait et le concernait même personnellement pour certaines pages.

À vrai dire, Harry n'avait ni envie de lire, ni de jouer à un jeu, ni même d'écouter de la musique. Pourtant, il devait bien s'occuper le temps que Draco arrive et il n'était pas du genre à regarder le vide ou bien les voyageurs déambuler dans la gare, même si certains cas méritaient une étude approfondie. Le mieux qu'il avait à faire, c'était de lire un magazine, même s'il avait du mal à se concentrer et qu'il s'y prenait parfois à plusieurs fois pour en venir à bout.

Son esprit se déconnecta complètement de sa lecture quand son téléphone vibra dans sa poche. C'était le blondinet, forcément : il venait d'arriver à la gare et lui demandait où il s'était installé avec ses affaires. Finalement, Harry rangea son bouquin et attendit en regardant la gare, commençant à frissonner dans son sweat. Il faisait un froid de chien et son train n'était pas encore annoncé, impossible donc de rejoindre le quai et se réchauffer un peu les jambes.

Enfin, Draco apparut. Il le vit venir de loin, avec son manteau noir impeccable, son jean hors de prix qui moulait ses jambes et ses cheveux blonds qui cachaient une partie de son visage tant il était baissé. Lui par contre dut le repérer de loin avec son bonnet en forme de lapin que sa sœur Jane lui avait offert l'année précédente lors d'une Japan Expo assez mouvementée, sa grosse écharpe à rayures rouges et jaunes et son vieux manteau noir et son sweat Jack Skellington.

Et quand Harry vit enfin son visage et le maigre sourire qu'il lui fit en arrivant, il sentit son cœur se serrer, et malgré tous ses efforts, il fut incapable de lui rendre son sourire. Ce ne fut que quand le blond fut à quelques mètres de lui qu'il y parvint, difficilement. Harry retira la bandoulière de la sacoche de son ordinateur pour le caler entre ses jambes. Puis, il se leva, et une fois son ami devant lui, le visage un peu pâle, une grimace sur le visage et les yeux fuyant, Harry écarta les bras et enlaça son cou.

Aussitôt, il sentit les bras de Draco enserrer sa taille, avec cette force qu'on n'exerçait sur l'autre qu'à partir d'un certain degré d'amitié. Harry passa une main dans ses cheveux et attira sa tête contre son cou, regardant la gare derrière lui, les dents un peu serrées.

Il aurait voulu lui parler. Lui dire des choses, pour lui remonter le moral, pour ne plus voir cette ombre de tristesse sur son visage, dans ses yeux. Mais tous ces mots, Harry les lui avait déjà dits, les répéter serait inutile, et en plus il risquerait de craquer et de lutter pour ne rien montrer en public.

La veille, Draco s'était disputé avec Steven et ce dernier, sur le coup de la colère, avait exigé qu'ils fassent un break. Ça fonctionnait difficilement entre eux, Draco était de moins en moins libre, il fréquentait de plus en plus Harry et se permettait des choses qui montraient très clairement qu'il n'en avait rien à faire de lui. Le blond savait qu'il avait des torts, bien sûr, mais il savait aussi que certains de ses comportements n'auraient jamais eu lieu si son copain avait eu une toute autre attitude à son encontre.

Alors, sur un coup de tête, Steven avait imposé un break. Il refusait l'idée de le quitter car il avait des sentiments pour lui, mais ce jeu du chat et de la souris était insupportable. Le jeune homme avait besoin de réfléchir. Alors il avait viré Draco de chez lui en lui disant qu'il voulait un vrai break, au moins deux ou trois semaines, et qu'ensuite ils verraient bien. Ça leur laisserait le temps de prendre un peu de distance par rapport à ce qu'ils vivaient et de voir si oui ou non ils se remettaient ensemble.

Le cœur en vrac, Draco avait appelé Blaise, lui avait expliqué calmement ce qui venait de se passer, et forcément, son ami lui rentra dedans. C'était son rôle, de toute manière, et dans un sens, Blaise avait tout à fait raison de ne pas aller dans son sens. Après tout, Draco l'avait cherché, il aurait mieux fait de le quitter plus tôt ou de s'investir davantage dans cette relation. Mais à ce moment-là, ce n'était pas ces mots-là que le blond aurait voulu entendre. Il avait donc tenté de joindre Théodore, qui bossait, et Pansy, qui ne répondit pas.

Les nerfs à fleur de peau, il finit par appeler Harry, avec qui il n'avait pas encore eu de véritable discussion depuis leur dispute, et autant le dire, il ne savait absolument pas ce que le brun lui dirait. Il espérait qu'il l'invite à boire un verre, histoire d'avaler la pilule plus facilement, mais il ne pensa pas une seule seconde que Harry l'inviterait à venir chez lui.

Et que toute la soirée, il l'écouterait.

Dans la cuisine, devant une assiette de pâtes qu'il avait à peine touchée, lui en train de siroter une tasse de thé.

Dans le salon, installés dans le canapé, d'abord l'un à côté de l'autre, puis le bras de Harry autour de ses épaules et sa main dans ses cheveux, sa tête calée au creux de son épaule.

Et puis dans l'obscurité de la pièce, le lit déplié, leurs jambes toutes proches, son visage contre son torse et ses bras autour de ses épaules, ses mains ne cessant jamais de caresser ses cheveux.

Ce soir-là, Harry avait été l'ami dont il avait eu besoin à ce moment-là. Tout ce qu'il gardait en lui depuis des années et dont il avait toujours eu du mal à parler, ses déceptions, ses échecs cuisants en amour, son incapacité à se faire vraiment respecter et aimer des hommes qu'il fréquentait… Draco n'était pas amoureux de Steven, mais il avait quelques sentiments pour lui, il y était attaché, et se faire rejeter de la sorte, être quitté à demi-mots par ce type lui faisait un mal de chien.

Car cela faisait écho au reste. À tous ses copains qui l'avaient quitté avant, à tous ceux qu'il avait été forcé de laisser derrière lui. À toute cette honte qu'il essayait d'oublier et qui sortait, d'un coup, qu'on lui crachait au visage au moment où il s'y attendait le moins. Que Steven revienne sur tous ces moments où il avait dragué d'autres mecs, où il lui avait imposé des soirées défonce ou bourrage de gueule, et d'autres encore, en lui faisant des reproches, en lui disant qu'il ne comprenait rien, qu'il était dingue de lui mais qu'il n'arrivait pas à l'atteindre, il n'arrivait pas à se faire comprendre, à lui faire saisir qu'il lui était difficile d'envisager pour la première fois une relation longue…

Ça faisait mal.

Car durant toute la durée de la dispute, même s'il savait que ce n'était pas tout à fait vrai, Draco s'était senti coupable. Encore. Parce qu'il n'était pas comme lui, il n'était pas extraverti, bavard, amusant, fêtard… Il manquait d'intérêt. De vie. Et qu'on le lui recrache à la figure l'avait blessé. Que Blaise aille dans son sens, en quelque sorte, l'avait encore plus enfoncé dans cette culpabilité qui lui rongeait les entrailles.

Il n'était pas fait pour vivre une relation durable. Il n'était pas exceptionnel, à peine bon à mettre dans son lit.

Et entendre tous ces mots sortant de la bouche de Draco, lui pourtant si fier et sûr de lui, remua quelque chose chez Harry. Car si lui vivait relativement bien ses relations trop courtes, Draco, lui, était tombé sur des cas qui l'empêchaient de relativiser.

Alors il s'était comporté avec lui comme il l'aurait fait avec un ami, à la différence près qu'il n'aurait sans doute jamais pris un garçon aussi longtemps dans ses bras. Mais Draco était tactile, et même s'il ne le disait pas, Harry sentait qu'il avait besoin qu'on le prenne dans ses bras. Dans un sens, il lui faisait un peu penser à son frère, si fier mais qui ne résistait jamais à ses caresses quand il était mal dans sa peau.

Et puis, il en avait eu envie. De le prendre dans ses bras, de le laisser pleurer sur son épaule, et même de l'allonger sur son lit.

Un peu comme avec son frère et sa sœur.

Un peu comme avec Ron.

Mais à ce moment-là, Ron était à mille lieues de ses pensées. Il n'y avait plus que ce blondinet renfermé et mal dans sa peau qui, pour une fois, avait besoin de lâcher prise.

Qui, pour une fois, avait besoin qu'on lui tire les vers du nez, qu'on le force à accepter certaines choses et en avouer d'autres.

Gentiment, Harry se recula et prit son visage dans ses mains avant de lui faire un sourire qui se voulait rassurant.

« Allez blondinet, fais-moi un sourire. Voilà, comme ça, je vais prendre cette jolie grimace pour un sourire. T'as eu des nouvelles de lui, aujourd'hui ? On t'a posé des questions ?

- Nan. Enfin, j'ai fait mon asocial, quoi…

- Je vois. »

Harry lâcha son visage jeta un coup d'œil au panneau, mais le train n'était toujours pas annoncé. Ce n'était qu'une question de minutes, cela dit, et vu le monde, il allait falloir se dépêcher s'il voulait trouver une place pour leurs valises. Puis, le brun le regarda à nouveau. Draco paraissait fatigué. Ils avaient très peu dormi la nuit précédente et ils s'étaient tous les deux levés tôt, et si Harry savait enchaîner deux journées avec peu d'heures de sommeil, ce n'était pas vraiment le cas de son ami.

« Ça a été ta journée ?

- J'ai passé mon temps à éviter tout le monde. Avec une valise, c'est pas simple, quoi.

- Ouais, j'imagine. Enfin là c'est les vacances, tu vas pouvoir te détendre.

- Avec tout le boulot que j'ai…

- Oh arrête, tout de suite les grands mots ! Tu vois toujours Blaise après-demain ?

- Oui, ça va me faire du bien. »

Il n'avait pas l'air particulièrement convaincu et pourtant Harry avait compris à quel point Draco tenait à son meilleur ami et à quel point ils étaient importants l'un pour l'autre, malgré la distance. Ils étaient comme deux frères, qui s'appelaient tous les deux, trois jours, qui s'envoyaient des SMS trop souvent et qui se racontaient quasiment tout.

« Il vient toujours à Paris pour le nouvel an ?

- Bah vu que Steven et moi…

- Ah putain c'est vrai, tu devais le fêter chez lui…

- J'hésite à rester à Stras', en fait.

- Tu m'avais promis que tu m'aiderais pour mon déménagement !

- Je sais mais j'ai pas envie de lui gâcher sa soirée, parce que les boîtes de nuit ou les trucs comme ça, c'est pas du tout mon truc.

- On fait le nouvel an chez Dean, ça te dit pas ? »

Ils s'étaient croisés dans le métro un soir et Dean était venu le chercher au boulot. Il avait besoin de parler et plutôt que d'aller boire un verre dans Paris, Harry lui avait proposé de passer chez lui. Il les avait alors présentés, mais ne ce fut qu'une fois chez lui que le brun avait osé avouer à son ami d'enfance comment il avait rencontré Draco. Dean avait été aussi halluciné que mort de rire en entendant son récit.

« Pardon ? Mais je le connais pas, et…

- C'est lui qui me l'a proposé. Bon, voilà, je lui ai expliqué qu'on se voyait souvent, et tout… Donc il a envie de te connaître. Et franchement, si Blaise vient, il va pas dire non.

- Je peux pas accepter, Harry… Mais tu fais quoi, là ?! Range ton téléphone ! »

Mais trop tard, il était déjà en train d'appeler son ami, et pour éviter les mains de Draco, il prétexta l'annonce du quai de leur train pour pendre sa sacoche sur son épaule et empoigner sa valise. L'affaire fut réglée avant même qu'ils n'atteignent leur quai.

« Franchement, t'abuses…

- Oh arrête, tu verras, c'est sympa !

- Tu dis ça mais t'as surtout envie que je t'aide dans ton déménagement…

- Ah mais carrément ! »

Ils mirent un temps fou à atteindre leur wagon, à cause des voyageurs qui traînaient, ceux qui ne savaient pas où aller, ceux qui ne savaient pas marcher droit, les vieux, les jeunes, les gamins, les valises, les poucettes… De quoi vous donner des envies de meurtre. Ils finirent tout de même par atteindre leur wagon où Harry pénétra comme un vrai bourrin, refusant de céder sa place aux mous du genou qui encombraient le passage. Sans poser ses sacs, il hissa sa valise dans les rangements encore libres puis attrapa celle de Draco et la posa au-dessus de la sienne. Puis, ils allèrent s'installer en vitesse, jetant des regards de travers à ceux ayant la bonne idée de leur bloquer le passage plutôt que de les laisser partir.

Harry s'assit à côté de la fenêtre puis batailla avec ses deux sacs pour en caler un sous le siège et un autre entre ses jambes. Il détestait mettre ses affaires en haut quand elles étaient aussi personnelles, même s'il ne risquait pas de leur arriver grand-chose. Pendant ce temps-là, Draco retirait son manteau et s'asseyait à côté de lui. Gentiment, le brun tenta d'engager la conversation mais il comprit très vite que son ami avait besoin de fermer les yeux et laisser son esprit s'évader, même s'il essayait de le cacher avec un bouquin posé sur ses genoux.

Alors, plutôt que de l'ennuyer, Harry sortit son carnet à dessin et son baladeur MP3 dont il vissa les écouteurs dans ses oreilles, non sans avoir jeté un petit coup d'œil à Draco qui semblait décidé à se plonger dans son roman. Quelques minutes plus tard, le train partit et Harry se plongea dans son univers, un crayon à la main et son bloc devant lui. Cela eut pour effet de le détendre considérablement et de lui faire penser à autre chose, de se déconnecter de la réalité.

Mais un peu plus tard, il sentit cette désagréable sensation d'être observé. Quand il tourna la tête, il vit que Draco avait mis son bouquin de côté pour croiser les bras, comme pour se réchauffer, et laisser son regard vague errer sur son travail, faute de mieux. Un peu comme s'il cherchait à lutter contre le sommeil et que le regarder dessiner était la seule chose qui lui permettait de rester éveillé.

« Blondinet ? Ca va ?

- Fatigué.

- Dors, si t'as besoin. Je te réveille quand on arrive.

- J'arrive pas à dormir dans ces sièges. »

Il marqua un temps de pause avant de lever les yeux vers lui.

« Je peux mettre ma tête sur ton épaule ? »

Harry mit quelques secondes à réagir. Puis, il récupéra son écharpe qu'il avait plus ou moins mise en boule dans un coin de son siège et la lui donna en guise d'oreiller. Avec un sourire reconnaissant, le blond l'enroula sur son épaule puis y posa sa tête avant de fermer les yeux.

Il s'endormit presque instantanément et Harry fut seul tout le reste du trajet, n'osant pas trop bouger pour ne pas le réveiller.

OoO

« Et donc il t'a dit ça, comme ça ? Qu'est-ce qui lui a pris ? Il croit vraiment que tu vas lui retomber dans les bras ? Les breaks, c'est la plus grosse connerie que les couples aient inventé…

- Je sais. Ou peut-être qu'il a besoin de réfléchir de son côté…

- Mais réfléchir à quoi ? Ton gros souci, Dray, c'est que t'es pas assez présent, t'es pas assez démonstratif et t'es pas le mec le plus sentimental que je connaisse, même si t'as un p'tit cœur d'artichaut qui souffre facilement. Mais t'es certainement pas le mec le plus casse-couille qui soit non plus, il se fout devant son miroir, il se parle dix minutes, et il trouvera sans difficultés ce qui cloche dans votre couple.

- Peut-être qu'il ne ressent plus rien pour moi, je le comprendrais.

- Tu plaisantes ? Il est raide dingue de toi, ce mec !

- Qu'est-ce que t'en sais ?

- Attends, Steven a jamais été foutu d'être fidèle, tu crois qu'il se prendrait autant la tête avec toi s'il t'aimait pas ? »

Assis devant une tasse de café à laquelle il avait à peine touché, Blaise paraissait exaspéré. Ils venaient de se balader au marché de Noël de Strasbourg où ils avaient fait quelques achats pour leurs parents ou leurs proches. Puis, ils s'étaient posés dans un café pour boire un verre et avaient fini par aborder le sujet qui fâchait. Visiblement, son ami était vexé que Draco ne l'ait pas appelé directement quand ça s'était passé et qu'il ait préféré raconter ses malheurs à un type qu'il ne connaissait même pas.

« Et il en a dit quoi, ton Harry ?

- Ce n'est pas mon Harry.

- Il a dit quoi ?

- Pas grand-chose. Mais il n'était pas pour que ça continue, vu qu'on a peu de…

- En gros il était bien content, quoi.

- Pas content, soulagé. Et si tu étais mon ami, tu le serais aussi, dans un sens.

- Je te trouve bien détendu pour un mec qui vient de se faire larguer.

- Harry m'a bien détendu. Retire-moi ce regard ! Et ce sourire ! Bordel Blaise, ne te fais pas de films, par pitié…

- Avoue-le, il te plaît, ton Harry. »

Draco se massa le front d'un air agacé. Avec son sourire moqueur, il le voyait déjà venir, et franchement, il n'avait pas envie de parler de Harry en ces termes. Même si, malgré son mal-être, il avait aimé dormir au creux de ses bras et se réveiller avec les jambes emmêlées et sa main encore dans ses cheveux. Il avait ouvert les yeux plus détendu, plus serein, même si la journée qui suivit fut difficile.

« C'est un ami.

- Mais il te plaît.

- C'est un ami, je te dis…

- Mon Draco, il y a une différence entre « je ne ressens rien pour lui, c'est juste un ami » et « il me fait craquer mais c'est un ami ». Et vu comment il a réussi à te faire relativiser les choses en si peu de temps, je penche pour la seconde option. »

Draco le regarda quelques secondes avant de baisser les yeux et pousser un soupir à fendre l'âme. Son ami eut un rire amusé et tapa dans ses mains en signe de victoire.

« Cherche pas beau gosse, t'as aucun secret pour moi. Il est si craquant que ça, ton Pokemaniac ?

- Craquant, je sais pas…

- Il est craquant ou pas ?

- Il est gentil.

- Gentil ? C'est tout ? Ses yeux, ses cheveux, son visage ?

- Bah il est mignon, c'est vrai…

- Ah, enfin ! Tu peux pas me dire qu'il est juste gentil, quoi… Si ? T'es sérieux ? »

Draco sentit ses joues rougir, et vu que sa tasse était vide, il ne pouvait même pas essayer de se cacher en buvant une gorgée de café. Mais en pensant à Harry, avec ses yeux verts et ses grandes lunettes, son si joli sourire accentué par ses petites fossettes, ses piercings aux coins de sa lèvre inférieure, et puis ses cheveux fous où s'éparpillaient des mèches vertes… Ce n'était pas qu'un physique. C'était toute cette gentillesse qui émanait de lui, de sa façon de le regarder, de lui parler…

Jusque là, le jeune homme n'avait jamais vécu une telle complicité avec quelqu'un d'autre que Blaise, jamais aucun homme n'avait été aussi gentil avec lui, aussi attentionné, à ce qu'il faisait, à ce qu'il aimait… Harry était un ami, un vrai. Mais il était aussi le genre d'homme qu'il aurait aimé avoir dans sa vie. Pas parfait, pas forcément très beau… mais gentil. Et aimant. Avec des regards doux, des sourires, des petits mots de temps en temps, une vraie complicité.

Un homme bien, tout simplement.

« T'aimerais sortir avec lui ?

- Je sais pas. Je pense plutôt que c'est un mec comme ça que j'aimerais bien avoir.

- Ah ouais ? Il est si bien que ça ?

- Bien, non, il est pas parfait. Mais je me sens bien avec lui. Tu sais, c'est con, mais j'ai pas la sensation… Enfin j'ai pas peur d'être jugé. De dire une connerie et que ça me retombe dessus. J'ai de bons délires avec lui, on peut parler de tout et de rien, et quand il sait pas, bah il fait pas le fanfaron, quoi. Arrête de me regarder comme ça…

- Franchement, je suis étonné. C'est rare que tu parles comme ça à propos d'un mec.

- Il est hétéro, de toute manière. Et j'ai pas de vues sur lui. Mais oui, il me plaît, c'est un mec comme ça que je voudrais.

- Faudra que tu me le présentes.

- Il nous a invités pour le nouvel an.

- Sérieux ?!

- Ouais. Il a appelé son ami et il est d'accord.

- C'est cool ça ! T'as déjà rencontré ses amis ?

- Non, pas encore. Je vais les voir pendant son déménagement. »

Et pour être honnête, Draco craignait cette rencontre. Harry avait beau lui dire que ses amis n'allaient pas le manger, le blond était un peu angoissé car il n'avait jamais vraiment été à l'aise dans un groupe, surtout quand il n'en connaissait pas la majorité des membres. Et en plus, Harry avait changé la date de son déménagement et c'était pile le lendemain de l'arrivée de Blaise sur Paris, soit l'avant-veille du nouvel an.

« Ah d'accord.

- Et il déménage quand ?

- Le trente.

- Hein ?

- Ouais je sais, il a dû changer la date de son déménagement. Je partirai sur les coups de trois ou quatre heures de l'après-midi, au max.

- Je peux venir aider, ça me dérange pas

- Mais nan, tu le connais pas, et puis…

- C'est pas grave, ça sera une bonne occasion. Et puis tu seras moins stressé, comme ça. »

Le blond eut un léger sourire, soulagé de ne pas y aller seul. Il écouta d'une oreille distraite Blaise lui proposer d'inviter Théodore et Pansy, ça permettrait d'aller encore plus vite et de gagner un peu de temps pour leur soirée ensemble. Il revint à la conversation quand son ami lui demanda comment se passerait le déménagement, si Harry aurait besoin de voitures, mais le blond lui expliqua qu'il comptait louer un camion pour entreposer tous ses gros meubles ainsi que ses cartons et diverses affaires. Il avait donc besoin de bras pour charger et puis décharger le véhicule.

Ah, se dit Draco avec un soupir, si seulement Steven pouvait être comme lui…

OoO

Harry habitait dans un coin plutôt tranquille de la banlieue parisienne, sans grande prétention mais pas particulièrement désagréable non plus. Le genre de coin idéal pour un étudiant qui attend de trouver un job pour déménager et se permettre un endroit un peu plus grand. Blaise aurait bien été capable de vivre dans ce genre de coin s'il avait voulu quitter Strasbourg, ce dont il n'avait jamais été question.

Ils s'étaient levés assez tôt ce matin-là. Blaise avait eu du mal à émerger : après les fêtes de Noël, il avait enchaîné les journées de travail, les fins d'après-midi avec Draco et puis les soirées un peu alcoolisées et plutôt tardives. Il avait fallu rattraper le temps perdu, et dans l'euphorie des fêtes et du retour de Draco pour la semaine, Blaise n'avait pas rencontré Harry une seule fois, et pourtant, le blond avait déjà déjeuné à deux reprises avec lui.

Pourtant, ce Harry l'intriguait, et même si Blaise n'était pas vraiment du genre à juger les autres au physique, il ne pouvait s'empêcher de se méfier ce cet espèce d'adolescent attardé qui vivait avec des mèches vertes sur la tête et des piercings un peu partout. Il savait que c'était limite mais Draco n'avait jamais fréquenté de personnes sortant ainsi des sentiers battus et il peinait à envisager une véritable amitié entre eux. Au contraire, il imaginait plutôt les effets néfastes que ce type pouvait avoir sur Draco.

C'avait toujours été sa plus grande crainte, quand son ami nouait des amitiés avec des hommes qui ne lui ressemblaient pas. Parce qu'en général, Draco n'était attiré que par des types complètement différents de lui, que ce soit physiquement ou mentalement. Il avait toujours beaucoup complexé sur ses difficultés à nouer des liens, à les entretenir et à interagir avec les autres en groupe. Il se jugeait peu intéressant, voire carrément insipide. Steven et Harry faisaient donc partie de ces hommes qui l'attiraient comme un aimant, par leur folie, leur indépendance… Pour tout ce qu'il n'était pas.

Au fond de lui, Blaise savait que Steven n'était pas fait pour Draco et que leur relation était une grosse connerie, et en même temps, il ne pouvait pas encourager son ami à le quitter, vu que le blond était du genre à se laisser mener, à se plaindre, encaisser, et puis ne rien faire pour améliorer la situation. Dans le couple, il était le dominé et ne faisait rien pour ne faire qu'un avec l'autre homme. L'encourager à se séparer de Steven reviendrait à lui donner raison : son mec était un enfoiré. Alors que si Draco s'était davantage imposé, s'il avait été davantage lui-même, Steven n'aurait pas été aussi con. Et peut-être même que leur relation aurait été plus épanouie, plus tendre, plus profonde.

Blaise était donc soulagé de participer à ce déménagement, d'une part parce que Draco ne serait pas seul face aux amis de Harry et d'autre part parce qu'il pourrait rencontrer ce dernier. Porter des cartons et des meubles ne lui faisait pas peur, ni même le camion qui squattait la rue, juste devant la porte d'entrée de l'immeuble. Il suivit donc docilement son meilleur ami qui sonna à l'interphone. Il était neuf heures et demie, pile l'heure que Harry avait fixé : il était allé le matin même louer un camion avec son amie Hermione qui avait conduit sa voiture au retour.

Quand il sonna, Harry lui répondit de suite et lui ouvrit d'un air joyeux. Ils montèrent les escaliers jusqu'au premier étage : la porte était entrouverte et Draco entra naturellement dans l'appartement, pénétrant dans la petite entrée. Il y avait du bruit dans la pièce d'à côté, visiblement ils n'étaient pas les premiers arrivés.

« Harry ? »

Aussitôt, le jeune homme apparut dans l'entrée.

Il était petit. Très petit. Trop petit…

Ce fut la première chose qui le marqua, chez lui.

Harry le Pokemaniac, comme il avait pris l'habitude de l'appeler, était un nain de jardin. Un p'tit gars avec des cheveux noirs bouclés où se perdaient des mèches bleu vert, de grandes lunettes comme c'était la mode actuellement, des piercings aux coins des lèvres et à l'arcade sourcilière, et qui portait un jean dix fois trop grand pour lui et qui lui cachait une bonne partie de ses pieds nus ainsi qu'un pull avec un gros « Bazinga » écrit dessus sur le dos. Un geek en puissance. Un adolescent qui avait manqué sa croissance, un gamin qui s'était percé le visage et peinturluré les cheveux pour emmerder ses parents.

C'était donc ça, son ami secret ? Un type qui bossait dans le jeu vidéo et dont la maturité ne devait pas voler bien haut, comparé à celle de Draco bien au-dessus de la norme ? C'était donc pour ce gars qu'il craquait complètement, même s'il refusait de se l'avouer ?

« Salut les jeunes ! »

Harry leva la tête pour faire la bise à Draco de façon tellement naturelle que Blaise en fut perturbé. Pourtant, Draco embrassait tous ses amis proches, cela n'aurait pas dû l'étonner. Mais la surprise fut de courte durée car le brun se dirigeait déjà vers lui, la main tendue et un charmant sourire aux lèvres.

« Bonjour, Blaise. Enchanté de faire ta connaissance ! Et merci d'être venu aujourd'hui, t'étais vraiment pas obligé…

- T'inquiète, ça me dérange pas. Enchanté aussi.

- Bon Harry, tu nous le présentes, ton Draco ?!

- Fais pas durer le suspens ! »

Harry leva les yeux au ciel puis retourna dans le salon, ou plutôt la pièce principale de son logement. Quand ils arrivèrent, il y eut aussitôt des sifflements admiratifs alors que les cinq ou six personnes déjà présentes détaillaient Draco des pieds à la tête d'un air franchement surpris. Blaise imagina son ami se retenir de rougir ou de carrément s'enfuir.

« Putain mais tu l'as trouvé où, celui-là ?!

- Tu vas pas me faire croire que tu l'as rencontré en jouant à Pokemon© !

- Et comment t'as fait pour être ami avec lui ? Je croyais que t'avais un problème avec les mecs trop bien habillés ?

- Laisse tomber, il a toujours eu un faible pour les blondes, ça joue !

- Vous allez arrêter, oui ? »

Il y avait une fille dans la pièce et quatre garçons, certains installés dans le canapés et d'autres sur le sol, un gobelet dans la main ou posé devant eux. Ils paraissaient clairement amusés alors que Harry, les mains dans les poches, les toisait d'un air plutôt faussement agacé.

« Bon bah je vous présente Draco et son ami Blaise qui sont gentiment venus nous aider. Draco, Blaise, je vous présente mes amis : Hermione qui est venue avec moi louer le camion, Neville, un pote mécano', Zach, que j'ai rencontré dans mon école, et puis Greg et Wayne, des amis. »

Chaque personne les salua poliment, sans en faire trop. Puis, Harry leur proposa de s'asseoir, et à peine prononça-t-il ces mots que les dénommés Zach et Wayne s'éjectèrent du canapé pour leur laisser la place. Les deux amis parurent gênés mais les deux hommes leur dirent qu'ils étaient invités, c'était normal qu'ils leur laissent la place, et puis s'ils ne le faisaient pas, Harry allait grogner. Et c'était pas rigolo quand Harry grognait… Le brun leur répondit avec un sourire.

« Ah, vous voulez quelque chose à boire ?

- On commence pas le déménagement ?

- Il manque quelques personnes encore, je pense qu'on va commencer d'ici dix minutes, un quart d'heure. Blaise ?

- Je veux bien un café, s'il te plaît.

- Ok, et toi Draco ?

- Un thé, s'il te plaît.

- Je vous fais ça ! »

Et Harry disparut dans la cuisine, les laissant seul. Mais aussitôt, Hermione, la seule fille du groupe, entreprit de les détendre. Elle était assise juste à côté de Draco et semblait bien décidée à les protéger des questions indiscrètes des autres garçons en engageant une conversation plus neutre mais qui les mit en confiance. Blaise lui trouva un très joli sourire et une façon très douce de regarder Draco, avec une certaine bienveillance. Et quand Harry revint quelques minutes plus tard, un gobelet dans chaque main, il parut soulagé que la conversation ne soit pas trop animée.

Le brun prit une chaise et s'assit dessus, récupérant son gobelet qu'il avait laissé par terre pour leur ouvrir un peu plus tôt. Il s'inséra facilement dans la conversation qui s'anima un peu plus, les garçons étant bien décidés à le taquiner sur son nouvel ami qui lui ressemblait si peu, mais qui ne semblait pas créer non plus une véritable surprise chez eux. Leur étonnement avait plutôt pour but de le taquiner.

Et puis, au bout d'une dizaine de minutes, Harry regarda sa montre et fronça les sourcils. Visiblement, le déménagement prendrait un peu de retard, ce qui agaça un peu Blaise sur le coup.

« Il est censé arriver à quel heure, Dean ?

- Il m'a dit pour moins le quart et j'ai toujours pas de message.

- Sérieux, il abuse ! Il aime pas quand on arrive en retard et il est pas foutu d'être à l'heure !

- Ouais je sais…

- On peut pas commencer sans lui ?

- T'inquiète, ils vont pas tarder.

- Ouais et puis ils sont quand même cinq dans la bagnole quoi… »

Ils attendirent donc encore un peu en buvant leur café, jusqu'à ce qu'on sonne enfin à l'interphone. Harry manqua de tomber en se levant de sa chaise où il s'était assis en tailleur et quelques minutes plus tard, un petit groupe composé de quatre hommes et une femme entra dans le petit appartement. Ils saluèrent avec bruit ceux déjà présents et en particulier Draco et Blaise.

Et enfin, le déménagement commença.

L'appartement de Harry n'était pas immense mais il fallut tout de même descendre ses meubles et les installer dans le camion. Le canapé-lit posa le plus de souci à cause de sa taille et de son poids, mais transporter le gros électroménager comme le réfrigérateur ou encore la machine à laver fut aussi un péplum. Blaise avait déjà participé à des déménagements mais jamais il n'avait bossé avec des gens aussi motivés et étrangement organisés.

Dean venait de ramener des amis communs, à savoir son colocataire qui ne semblait guère bon qu'à porter des cartons, comme Draco en somme, mais aussi Millicent, qui avait un physique de déménageur, Kevin et Justin qui n'étaient pas forcément bien musclés mais bien décidés à lui faire son affaire, à ce putain de frigo, comme ils disaient. Tous ensemble, ils déménagèrent assez vite l'appartement et purent tout ranger de façon plus ou moins ordonnée dans le camion. Enfin, ça prit quelques heures, ce fut quand même assez long et difficile, mais l'équipe était motivée et bien décidée à en finir vite, d'autant plus que Harry avait déjà tout mis en cartons et démonté une bonne partie de ses meubles.

En fait, Blaise n'avait jamais participé à un déménagement aussi bien organisé, malgré la jeunesse de l'équipe et son côté indéniablement bourrin. Le tout était orchestré par Harry qui avait perdu une partie de son sourire et qui derrière sa petite taille cachait une véritable âme de chef, gueulant à n'en plus finir sur ses amis pour éviter la casse ou la moindre bosse à son électroménager. Il se frita à plusieurs reprises avec les grosses têtes du groupe sans jamais se démonter tout en manipulant certains avec un peu plus de douceur.

Ce n'était pas un déménagement tranquille, un déménagement de jeune. Mais un déménagement de bourrin qui devait se terminer le plus tôt possible.

Quand le camion fut enfin rempli et qu'aucun carton ne fut oublié, ils purent partir en direction de son nouvel appartement. Ce fut Harry qui ferma le camion, s'assurant qu'il ne s'ouvrirait pas durant le trajet. Puis, il se tourna vers ses amis, attendant que Hermione ferme la porte de chez lui et lui donne ses clés, qu'il ne rendrait que le lendemain après un dernier nettoyage chez lui. Il regarda Draco et Blaise, postés non loin de lui.

« Heu, vous voulez monter dans le camion ou dans une voiture ?

- Qui c'est qui conduit le camion ?

- Bah moi.

- Moi je veux bien monter dans le camion.

- Allons-y alors blondinet ! »

Ça, c'était le truc qui l'avait choqué. Blondinet. Harry ne disait quasiment jamais son prénom, sauf quand il lui parlait d'un ton sérieux ou quand il le disputait pour une raison ou une autre. Blaise savait que son ami n'aimait pas vraiment ce genre de surnom et pourtant cela paraissait naturel entre eux. Il les suivit dans le camion où Harry s'installa, attendant que ses amis montent dans leurs voitures.

« Tu sais conduire un camion ?

- Bah c'est un bébé camion, c'est pas non plus un dix tonnes.

- Nan mais je te dis ça parce que moi j'en serais pas capable, quoi, j'aurais peur de monter dans une bagnole. »

Harry éclata de rire alors que Draco cachait sa bouche derrière sa main pour masquer son sourire. Il était assis entre eux deux et Blaise l'avait senti un peu nerveux en s'installant, même s'il n'en avait rien montré. Et ce rire les détendit un peu.

« J'ai déjà conduit le camion de mon père, j'avais même pas le permis… T'inquiète, je gère. Bon, on s'arrache, attachez-vous bien. »

Harry mit le contact et démarra le camion. Blaise constata non sans un certain plaisir qu'il savait à peu près gérer son engin, ce dont lui n'aurait sans doute pas été capable. Le jeune homme était d'ailleurs bien plus détendu derrière son volant qu'avec des cartons dans les mains et plaisanta plus facilement avec Draco et lui. Jusque là, il avait peu adressé la parole à son ami et là, dans l'habitacle du camion, Blaise put juger très rapidement le degré d'intimité des deux hommes, leur complicité et le plaisir qu'ils avaient à être ensemble. Car plaisir il y avait, vu le sourire de Harry et sa façon de rigoler, et puis le visage de Draco, si détendu.

La nouvelle adresse de Harry se trouvait dans un quartier plutôt agréable et non loin d'une station de métro, comme le jeune homme le lui expliqua. Il ne gagnait que quelques stations mais c'était toujours ça de pris, et de toute façon, il avait besoin d'un appartement plus grand. Ses amis étaient déjà là, garés le long de la rue, et à peine Harry arriva-t-il que le camion fut pris d'assaut.

Son nouveau logement se trouvait au troisième étage d'un immeuble avec ascenseur. C'était un trois pièces plutôt spacieux et relativement propre, même s'il méritait un bon coup de peinture, d'arrachage de papier peint défraichi et de serpillère. Cela dit, Blaise apprécia les volumes et trouva que le coin était plutôt bien choisi, surtout que le loyer n'était pas spécialement élevé. Cependant, quand Draco lui chuchota à l'oreille combien Harry gagnait par mois, Blaise se dit que ce logement n'allait vraiment pas le ruiner.

Et que lui et Draco allaient y passer beaucoup de temps…

OoO

Quand Harry s'était installé tout seul dans son studio, quelques années plus tôt, il avait mis du temps à s'habituer à cette vie tout seul, à ces murs et ces meubles qu'il peinait à habiller et faire siens. Quand il avait trouvé ce second appartement, plus grand et un peu mieux placé par rapport à son trajet, Harry avait craint ses premières nuits seules. Les meubles étaient mal placés et manquaient à certains endroits, les murs étaient à retravailler et ne parlons même pas de la décoration. Cet appartement manquerait forcément de chaleur et l'ancien lui manquerait beaucoup les premiers temps. C'était normal, mais pas forcément simple à gérer.

Cela faisait déjà une semaine qu'il vivait dans cet appartement et bizarrement, il avait rapidement trouvé ses repaires. Toutes les pièces étaient déjà détapissées, les portes et les plaintes repeintes et il comptait faire sa cuisine le week-end qui venait. Il avait déjà acheté quelques meubles qui avaient été montés ou qu'il avait stockés dans la cave. Harry avait la chance d'avoir des amis débrouillards et motivés qui l'aidaient dans ses travaux, tout comme lui les avait aidés auparavant. Et même avec un appartement un peu trop blanc et impersonnel, Harry s'y sentait bien.

Et soyons honnête : la présence de Draco y était pour beaucoup.

Une semaine que Harry était installé, et une semaine que Draco dormait tous les soirs chez lui. Et quand il y pensait, le jeune homme trouvait ça franchement bizarre…

La première nuit avait été celle du déménagement. Il était resté tout l'après-midi avec Blaise, et plutôt que de partir avec les autres en fin d'après-midi, ils étaient restés dîner chez lui. La gazinière avait été branchée et Harry leur avait préparé un petit dîner rapide qui lui avait permis de faire encore davantage la connaissance du meilleur ami du blond, avec lequel il s'entendait plutôt bien. Blaise était quelqu'un de méfiant mais d'ouvert et ce fut dans l'après-midi que Harry parvint à casser la glace et à avoir une vraie conversation avec lui.

Au final, les deux garçons étaient restés dormir chez lui. Harry n'avait pas encore de lit alors ils s'étaient couchés tous les trois dans son canapé-lit, deux couettes sur le dos. Draco était au milieu d'eux. Harry se souvenait avoir regardé la télévision avec eux et il s'était assoupi contre le blond, épuisé et peu conscient de ses gestes. Il s'était réveillé le lendemain blotti contre son dos, le corps rendu douloureux à cause du déménagement et du peu de mouvement que la taille du lit lui permettait.

Puis, il y avait eu le nouvel an, le lendemain. Harry était censé dormir chez lui le soir même tandis que Draco et Blaise devaient prendre un taxi après les festivités. Et puis ils avaient fini par rentrer chez lui à pieds : ils avaient bien mis quasiment une demi-heure à rentrer, un peu ivres, voire même carrément bourrés, et ils s'étaient écroulés sur son lit comme la veille. Ils avaient glandé ensemble chez lui toute la journée et avaient même décollé du papier. Le coup de cœur amical que Harry avait eu pour Draco semblait s'être déclenché chez Blaise envers lui car ils s'entendaient tous les deux comme cul et chemise, au grand plaisir du blond qui s'était considérablement détendu.

Ce ne fut que le 2 janvier au soir qu'ils quittèrent l'appartement, mais pour bien peu de temps. En effet, Blaise devait prendre son train en fin d'après-midi, et plutôt que de déprimer seul chez lui, Draco l'avait rejoint en début de soirée. Harry avait bricolé toute la journée avec ses amis à qui il avait payé une plâtrée de pizzas et quelques packs de bière. Le blond avait aidé un peu après le dîner quand Harry voulut terminer la peinture de ses toilettes. Il comptait partir ensuite, et au final…

Il était resté.

Toute la semaine, Draco était resté chez lui.

D'abord parce que Blaise était parti et qu'il ne voulait pas rester seul, ensuite parce qu'il voulait l'aider dans ses travaux, et enfin parce qu'il avait reçu un appel de Steven lui demandant comment il allait, et ce dernier apprenant où il se trouvait, ils s'étaient engueulés comme du poisson pourri. Harry avait grincé des dents en l'écoutant incendier Steven et employer des mots peu élégants dans sa jolie bouche d'aristocrate. Surtout à cause de lui.

Les cours avaient repris pour lui et Harry avait réattaqué le travail, et pourtant, Draco continuait à passer chez lui le soir et à y passer la nuit. Le brun n'avait jamais essayé de le virer ni même de l'empêcher de venir, vu que c'était toujours lui qui proposait à son ami de rester dormir. Il avait besoin d'un peu de temps pour s'habituer à cette nouvelle solitude et Draco supportait difficilement ses camarades de classe au courant de son break et un peu trop curieux.

En fait, Harry avait conscience que c'était très bizarre et que Draco n'aurait jamais dû pénétrer de cette manière dans son intimité. Il en était venu à l'emmener avec lui à une soirée organisée chez Dean où le blond s'était beaucoup amusé, s'intégrant de plus en plus à son groupe d'amis malgré leurs différents parcours. Ses amis n'avaient fait aucune remarque car aucun d'entre eux ne se serait imaginé que le blond dormait tous les soirs chez lui depuis quelques jours.

Mais depuis qu'il était resté avec Blaise, ce fameux soir du déménagement les choses avaient comme… changé. Harry avait déjà passé plusieurs soirées avec Draco et il avait dormi chez lui, dans ses bras. Cela dit, cette fois-ci il avait été confronté à sa présence deux jours durant, et ces quarante-huit heures ensemble avaient changé quelque chose entre eux.

Harry l'avait senti. L'attitude de Draco n'avait pas fondamentalement changé mais il y avait des gestes, des regards que le blond n'avait jamais eus et qu'il s'était permis durant ces deux jours, et qu'il conservait depuis. Des gestes anodins, comme sa main sur son épaule, sa tasse de café le matin, une caresse dans ses cheveux désordonnés… Et puis ses regards, ses sourires…

Le jour où Draco s'était disputé au téléphone avec Steven, Harry avait eu comme un électrochoc. C'était un peu avant son appel : il s'était dit que le soir même, il n'accepterait pas que Draco reste encore dormir et il essaierait de prendre ses distances. Il le fallait. Ils étaient beaucoup trop proches, presque trop intimes pour deux simples garçons qui ne se connaissaient au final pas si bien que ça. Ce niveau d'intimité, Harry ne l'avait atteint qu'avec Hermione et surtout avec Ron.

Il sentait que quelque chose changeait.

Chez Draco, surtout.

Et malheureusement pour lui…

Harry appréciait cela.

Et ce fut ce jour-là qu'il regarda les choses en face et qu'il se dit que tout devait s'arrêter. Mais c'était sans compter cette violente dispute et l'état dans lequel cela avait plongé Draco : Steven avait sous-entendu qu'il allait faire comme lui, s'envoyer en l'air avec un autre. Même s'il n'était pas amoureux, le blond ne supportait pas l'idée qu'il lui demande une pause pour coucher avec le premier venu. Il avait alors fallu lui remonter le moral… et Harry avait oublié cette pente glissante sur laquelle Draco le poussait, sans trop le vouloir.

C'était plus simple comme ça.

Faire comme s'il ne se rendait pas compte des rapprochements qui s'opéraient entre eux, depuis le premier jour en réalité, et qui se faisaient de plus en plus concrets. De plus en plus inévitables.

L'eau dans la salle de bain cessa de couler, signe que Draco en avait terminé avec sa douche. Harry était déjà en pyjama et s'était installé dans son canapé pour travailler un peu. Sa table basse se surélevait à l'aide d'une poignée, ce qui lui permettait de regarder la télévision tout en travaillant sur son ordinateur ou sa tablette graphique. Et depuis que sa petite sœur s'était décidée à se lancer dans un fanzine avec ses copines, Harry avait dû se remettre sérieusement au dessin.

Depuis qu'il était adolescent, Harry se défonçait pour progresser niveau dessin mais aussi colorisation sur tablette, et quand des amis un peu plus âgés avaient décidé de faire un fanzine, Harry s'était lancé sans réfléchir. Il s'y était investi autant qu'il avait pu, aussi bien dans les illustrations et les contenus à produire. À côté de ça, il avait travaillé en free-lance pour d'autres fanzines afin de se faire connaître. À force d'acharnement, il avait fini par produire son petit effet et il avait su tirer son épingle du jeu dans l'école d'infographie où il était parvenu à entrer.

Cependant, depuis cette époque-là, Harry avait mis de côté certains aspects du dessin qu'il adorait auparavant. Avec sa sœur qui s'investissait depuis un an dans son fanzine, il s'était remis à dessiner plus traditionnellement à la tablette afin de l'épauler. Il savait qu'il en faisait trop et qu'il aurait dû la laisser se débrouiller seule, comme le lui disait sa mère et son père, mais Harry n'en était pas capable. Oui, il s'était toujours débrouillé seul, mais le dessin n'était pas seulement une passion, c'était un avenir. Pour Jane, c'était différent.

Tout en regardant une série à la télévision, Draco jetait de fréquents coups d'œil à son travail. En général Harry n'aimait pas qu'on le regarde dessiner mais il n'avait pas osé l'envoyer bouler, alors il avait continué son travail en espérant qu'au moins il se taise et ne le dérange pas. Le blond s'était heureusement abstenu de tout commentaire.

Quand le blond revint dans le salon, en pyjama et le vieux peignoir de Harry sur le dos parce qu'il ne faisait pas bien chaud, le brun avait quasiment terminé son illustration. Il prit la peine quelques secondes à détailler son ami avant de détourner rapidement les yeux, presque gêné. Draco ne tarda pas à le rejoindre sur le canapé où il s'installa confortablement contre des coussins.

« T'as pas mal aux yeux ?

- Nan, ça va.

- T'enchaînes une journée de travail avec ça…

- Ma sœur en a besoin pour la fin de la semaine.

- Tu veux pas aller dormir ?

- Hey blondinet, il est dix heures trente à peine, si t'as envie de dormir, t'as qu'à rentrer chez toi. »

Sur le coup, Draco ne répondit pas, le regardant bêtement quelques instants avant de revenir sur la télévision, les bras croisés sur un oreiller.

Et Harry se sentit con.

Affreusement con.

Il n'aurait pas dû lui parler comme ça, il le savait. Ils étaient deux dans cet appartement, c'était lui qui acceptait sa présence ou qui lui proposait de passer la nuit là.

« Ok, je m'en vais. »

Soudain, Draco se leva et quitta le salon pour s'enfermer dans la salle de bain. Scotché, Harry le regarda faire, incapable de réagir. Puis, il se leva et se précipita vers la salle d'eau.

« Hey, Draco ? Tu te fous de moi ? »

Pas de réponse.

« Draco ? Blondinet ? »

Toujours pas de réponse. Et Harry entendait le froissement de ses vêtements, le zip de son sac de voyage qu'il avait encore dû laisser trainer dans un coin de la salle de bain.

« Je suis désolé, excuse-moi. Putain Draco, je suis désolé ! J'aurais pas dû te dire ça, je regrette ! »

Le verrou de la porte tourna et Draco lui apparut, un jean sur les hanches et un pull sur le dos. Il avait le visage fermé et il le poussa sans ménagement.

« Quoi ? T'es vexé ? Il t'en faut si peu ?

- Tu me dis de partir, donc je pars.

- Je ne t'ai pas dit de partir ! Je suis mal luné ce soir ! »

Mais Draco était déjà en train de ramasser ses affaires, prêt à partir. Il allait attraper son sac de cours mais Harry fut plus rapide, et quand il croisa son regard, les yeux de Draco étaient terribles.

« Rends-moi ça.

- Il est où, le problème ? T'as besoin de pioncer, je comprends, mais si t'es mort, autant que tu restes chez toi plutôt que de venir chez moi. Pourquoi tu te vexes pour ça ?

- J'ai suffisamment squatté chez toi et je sens depuis hier que ça te gonfle. Donc je m'en vais. Rends-moi ça.

- Nan, je veux pas.

- Mais rends-moi ça, bordel ! »

Il lui avait fait du mal et Harry ne s'en était même pas rendu compte. Il ne voulait pas qu'il parte, pas comme ça. Ça sentait la dispute et bon Dieu ce qu'il détestait se disputer avec lui…

« Je suis désolé ! Tu ne fais jamais d'erreur, tu ne dis jamais de parole plus haute que l'autre ?! Y'a que les autres qui ont le droit de ne pas être bien, de parler de travers ?! »

Draco lui arracha son sac et le mit sur son épaule. Il avait l'air en colère, à présent, même s'il se contenait. Harry ne savait pas quoi lui dire, il ne comprenait même pas son attitude, cette fuite soudaine et sans aucun sens. Et puis, d'un coup, le blond le regarda droit dans les yeux et Harry, pour la première fois depuis leur rencontre, se sentit tout petit face à ce regard bleu gris.

« J'ai abusé, je peux pas rester plus longtemps. J'ai rien à faire ici.

- Et ça, tu le réalises à cause d'une phrase que j'ai dite de travers ? Ça te prend comme une envie de pisser ?

- Tu rappelles de ce que tu m'as dit, peu de temps après qu'on se rencontre ?

- Heu… Non ?

- Que ça t'emmerderait beaucoup que je tombe amoureux de toi. »

Et là… il y eut comme un blocage.

Un gros blocage.

De ceux qui vous déconnectent complètement de la réalité, qui vous ouvrent la bouche d'un air stupide et qui laissent derrière eux un gros silence bien embarrassant.

« Je suis pas amoureux de toi. Mais je pourrais le devenir. Donc il vaut mieux que je m'en aille. »

Il n'arrivait pas à réagir. Il aurait voulu faire quelque chose, quoi, il n'en savait rien, mais au moins bouger, parler… Mais il restait là, statufié, avec le visage pâle de Draco en face de lui, ses traits brouillés et ses yeux qui n'osaient presque plus le regarder.

« Je suis lâche, donc je vais profiter de ce que je viens de te dire pour m'en aller. Désolé. »

Et il partit.

Il avait les larmes aux yeux.

Et puis la porte claqua et Harry se retrouva seul.

Seul avec son cœur qui tambourinait dans sa poitrine, ses mains qui tremblaient et les larmes qui lui montaient aux yeux.

OoO

Il avait pleuré une bonne partie de la nuit. La tête enfoncée dans son oreiller, il avait tout fait pour réprimer les larmes qui dévalaient ses joues et secouaient son corps. Cela ne lui ressemblait pas vraiment, parce que franchement, pleurer pour un mec, c'était d'un pathétique…

Mais Harry, c'était plus qu'un mec. C'était un ami. Une évasion. C'était un vent de fraîcheur dans sa vie trop monotone. C'était un garçon comme on en faisait beaucoup mais qu'il n'était jamais parvenu à rencontrer ou à garder auprès de lui. C'était le genre de type qui parvenait à éloigner les nuages sombres de son existence, à le faire sourire quand il était triste, à lui dire ce qu'il ne voulait pas entendre mais dont il avait affreusement besoin.

C'était aussi le mec dont il avait toujours rêvé.

Pas parfait. Pas particulièrement beau.

Mais qui par sa simplicité, sa gentillesse, son exubérance parvenait à le faire rêver, à lui faire voir d'autres choses.

Alors il avait pleuré, parce que plus qu'un mec qui l'attirait énormément, comme il l'avait enfin compris à force de dormir chez lui, avec Blaise et puis sans lui, c'était un ami qu'il avait égaré, et qu'il ne pourrait jamais récupérer.

Vers trois heures du matin, il reçut un SMS. De Harry. Il avait été tenté de le supprimer sans le lire, tellement il se sentait mal. De lui avoir dit ça, comme ça. D'avoir passé ces nuits chez lui en savourant chaque instant volé, comme si quelque chose aurait pu être possible entre eux…

Et puis, finalement, Draco attrapa son téléphone et ouvrit le message.

Et ses yeux s'embuèrent aussitôt.

« Je pense pas que les mecs, ça soit mon truc. Je pourrai jamais être ce que tu voudrais que je sois. Je suis désolé. Mais s'il te plaît, dis-moi qu'on peut rester amis, comme avant… Dis-moi que je peux continuer à te voir tous les matins, boire un verre le soir et te consoler parce qu'un connard se fout de ta gueule et que t'es trop con pour accepter l'idée que tu vaux dix fois mieux que ça… »

Draco ferma les yeux alors qu'une grimace déformait sa bouche. Il lui répondit aussitôt.

« Je sais que les mecs, c'est pas ton truc. Et oui, je voudrais qu'on reste amis. J'avais la sensation de te trahir… »

Puis, le blond attendit quelques interminables minutes, priant pour que Harry lui réponde. Son dernier SMS ne tarda pas à arriver.

« J'aurais préféré que ça se passe autrement. Tu dînes chez moi demain soir ? »

Draco eut un sourire.

Un tout petit sourire.

Mais un sourire quand même.

OoO

Ils étaient huit à table. Pour lui, c'était beaucoup trop. En général, il ne participait jamais à ces dîners au restaurant qui dépassaient les six convives. Leur table faisait toujours un bruit d'enfer, c'était impossible de se faire entendre, et au final, on ne parlait qu'à ses voisins de droite, de gauche, et d'en face quand il n'y avait pas cet espèce de mur sonore qui bloquait toute conversation.

Cela dit, cela faisait quelques jours que Kevin et Zach lui cassaient les pieds pour qu'il vienne dîner avec eux avant d'aller au cinéma, et au final, Harry n'avait pas pu refuser. Il leur devait bien ça, vu toute l'aide qu'ils lui apportaient depuis qu'il avait quitté son studio. Cependant, il était hors de question qu'il joue le tampon entre Dean et Seamus qui s'étaient récemment disputés, encore, à cause du nouveau petit copain de Seamus. Ce dernier avait décidé d'expérimenter avec un garçon, ce que son colocataire vivait assez mal.

Au téléphone, Harry avait essayé de lui remonter le moral mais c'était compliqué. Il n'y connaissait pas grand-chose et malgré les conseils de Draco, ce n'était pas évident de faire comprendre à Dean qu'il était jaloux et qu'il devait réfléchir sur ses sentiments plutôt que de tout rejeter en bloc. D'autant plus qu'il était très mal placé pour parler donc il préférait s'abstenir de dire des bêtises plus grosses que lui, même si son ami les lui soufflait presque à l'oreille.

Pour éviter de se retrouver entre les deux garçons, Harry avait donc invité Draco à la soirée, ce que ce dernier avait accepté de mauvaise grâce. La reprise des cours était difficile et il avait enchaîné plusieurs soirées de travail intensif, d'anniversaire et ou de dîners avec ses amis. Harry avait donc été amené à revoir Théodore et Pansy, ce qui n'avait pas été un moment franchement désagréable, loin de là. Proposer à son ami de l'accompagner alors qu'il était fatigué et qu'il avait récemment revu Steven, sans que ce dernier ne lui adresse pas même une seule fois la parole ni même un regard, était plutôt égoïste. Même carrément égoïste.

Pourtant, Draco avait accepté. Harry ne savait pas trop pourquoi, mais sur le moment, il avait été soulagé, et tout au long de la soirée, il s'était dit qu'heureusement il était là…

Ce genre de dîner n'était vraiment pas fait pour lui. Vraiment pas. Assis à l'extrémité de la tablée avec Draco juste devant lui, sa meilleure amie à droite du blond et Dean assis juste à côté de lui, Harry était bien installé stratégiquement parlant, car de cette manière il n'interceptait aucune pique entre son ami et son colocataire, ce qui semblait être la principale occupation de Neville. Et en même temps, il était éloigné de ses autres amis et ne pouvait donc pas parler avec eux, ce qui était dommage. En fait, s'était-il dit au final, il n'y aurait eu ni Dean ni Seamus, il aurait passé une super soirée.

La soirée aurait dû se poursuivre par une petite séance au cinéma à quelques stations de là mais Harry en décida autrement. Il en avait assez vu et entendu, hors de question qu'il supporte les petites messes basses de Dean plus longtemps, surtout qu'il détestait les voix parasites quand il regardait un film. Sauf quand c'était lui qui chuchotait à l'oreille des autres. Ainsi, quand ils décidèrent de décoller, Harry prétexta les études épuisantes de Draco pour mettre les voiles et rentrer chez lui.

Ce que Dean prit assez mal.

« T'es pas sérieux ? Vous allez rentrer, là ?

- Désolé vieux mais on est mort, sérieux…

- Que le blondinet soit crevé, okay, mais toi ?

- Je te signale que je bosse tous les jours, gros malin ! »

Harry se dit qu'il allait le payer plus tard mais là, tout de suite, il s'en fichait pas mal. Il voulait juste rentrer chez lui et échapper à Dean et ses chuchotements. Et peut-être que sa fuite lui permettrait de comprendre qu'il en avait plus que marre d'entendre parler sans arrêt de Seamus, de son homosexualité et de son envie de la vivre au grand jour.

« C'est ça, ouais. Tu comprends rien.

- Ouais, je comprends pas. Mais je pense que toi tu comprends encore moins bien que moi. »

À nouveau, Dean fit comme s'il n'avait pas compris, et quelques minutes plus tard, ils se quittaient à la station de métro non loin de là. Ce ne fut qu'une fois à bord d'une rame bondée que Harry put pousser un soupir de soulagement, ce qui fit sourire Draco.

« T'en pouvais plus, hein ?

- Il me casse les bonbons.

- Il devrait assumer son attirance pour Seamus.

- Je pense aussi. Il serait moins emmerdant.

- Harry !

- Bah quoi ?

- Je passe mon temps à te parler de mes problèmes sentimentaux…

- C'est pas faux. Mais lui, ça me gonfle. »

Le blond leva les yeux au ciel. Il paraissait fatigué, même s'il n'était pas très tard. En fait, depuis sa rentrée, il paraissait continuellement fatigué et Harry se demandait si c'était vraiment dû à ses études. Il avait pensé à un moment qu'il revoyait Steven en cachette et qu'ils sortaient ensemble le soir, puis il en avait plus ou moins conclu que Draco passait un peu trop de temps dehors ces derniers temps, que ce soit lors de soirées inévitables comme des anniversaires, ou bien tout simplement chez lui.

Parce que Draco était revenu squatter chez lui.

Une semaine déjà qu'ils s'étaient plus ou moins disputés chez lui, et depuis, tout semblait redevenu comme avant. Harry savait que ce n'était qu'une illusion : Draco ne dormait plus chez lui et rentrait tous les soirs, parfois à des heures très tardives, et par moments, il lui cachait des petites choses, bénignes certes mais dont il lui parlait sans détour auparavant. Un mur ne s'était pas dressé entre eux mais des limites s'étaient imposées malgré eux. Malgré lui. Parce que Harry aurait voulu que les choses restent telles qu'elles étaient.

Mais c'était sans compter Draco et sa réserve naturelle, sa manie de tout garder pour lui et de faire comme si tout allait bien.

Cependant, Harry n'aurait jamais cru qu'il aurait su aussi bien gérer cette histoire. Avec Ron, c'avait été un refus clair et net, une séparation progressive mais le mur qui s'était érigé entre eux avait été aussi soudain que nécessaire pour Harry. Douloureux, certes, mais il avait dû prendre ses distances, au risque de perdre définitivement Ron. Car rester près de lui revenait à lui donner de faux espoirs qui auraient fini par créer une véritable déchirure entre eux. Le garder à distance avait fait comprendre à son meilleur ami que, non, Harry n'éprouverait jamais rien pour lui, et qu'il devait l'oublier.

Même si ça faisait mal.

Avec Draco, les choses étaient un peu différentes, dans le sens où le blond n'était pas son meilleur ami et surtout qu'il était déjà gay. Il ne découvrait pas sa véritable sexualité au contact de Harry et n'éprouvait en réalité qu'une attirance, compréhensible pour Harry, même si pour lui il était inconcevable qu'un garçon puisse éprouver des sentiments pour lui. La culpabilité était différente et c'était étrangement plus facile à gérer…

Du moins, pour lui, c'était plus simple.

Mais Harry se mentait à lui-même et il en avait très bien conscience, car sa première réaction n'avait pas été de couper les ponts ou de se renfermer sur lui-même pour réfléchir. Il avait réfléchi, longtemps, il avait pesé le pour et le contre, imaginé tout un tas de scenarios, pour au final envoyer un SMS comme un lâche à son ami en le suppliant de rester son ami.

Parce qu'il tenait à lui.

S'il était tout à fait honnête avec lui-même, Harry avouerait que le plus gênant était que sa présence lui était un peu trop agréable.

« Bon, on va chez moi ? Je te paye un verre ?

- Ouais, je veux bien. »

Draco avait déposé ses affaires chez lui avant de le suivre au restaurant, il devait de toute manière récupérer son sac en passant. Ils rentrèrent donc chez Harry, dont l'intérieur s'était considérablement réchauffé depuis son emménagement. Par moments, son studio lui manquait, tant cet appartement lui paraissait grand. Sa table basse lui avait fait office de table pour ses repas, de bureau et de fourre-tout, et soudain il se retrouvait avec une chambre d'ami qui lui servait également de dressing, de bureau et de débarras, une grande chambre où il avait été obligé d'installer la télévision pour ne pas y passer que ses nuits et une vraie table pour dîner le soir.

« Tu veux quoi ? Une bière ? Un café ? Un thé ?

- Thé, s'il te plaît.

- Comment tu fais pour boire autant de thé ?

- Comment tu fais pour boire une bière à cette heure-ci ? »

Quelques minutes plus tard, ils étaient assis dans le canapé devant une série américaine qui les captiva bien peu mais qui leur fit un bon fond sonore.

« Merci encore d'être venu ce soir.

- Je t'en prie. T'es bien venu quand Pansy a invité son copain mardi…

- Je peux vraiment pas le sentir, ce mec. C'est fou quand même ! Il est toujours comme ça avec les copains de Pansy ?

- Nan, en général il est bonne pomme. »

Ils étaient assis l'un à côté de l'autre, leurs jambes se touchant presque. Il y eut un petit silence entre eux, de ceux qui n'auraient pas été gênants à une époque mais qui se fit un peu embarrassant au fil des secondes. C'était toujours comme ça quand Draco traînait chez lui, mais en général, ils discutaient un peu plus avant que ce silence s'installe.

Un silence dont Harry avait plus qu'assez, mais dont il était difficile de se débarrasser.

« Bon. Tu dors ici ce soir ?

- J'ai cours demain.

- Et alors ?

- Et alors j'ai pas de change.

- Je peux te prouver le contraire, vu ce que j'ai dans mon placard.

- Je ne sais pas si c'est une bonne idée.

- Bon, si tu préfères déprimer chez toi, tout seul, parce que t'es quasiment célibataire et qu'en plus tu t'es engueulé hier avec ton meilleur ami parce que…

- Ok, je reste dormir. »

Harry éclata de rire alors que Draco se levait pour aller se changer. Il lui lança un regard de travers avant d'esquisser un sourire, le brun lui tirant gentiment la langue. Et quand le blond revint dans le salon, le canapé était déjà déplié, ce qui l'étonna, sans doute parce qu'il était encore tôt et que Harry glandait rarement dans son lit devant la télévision.

« On dort pas dans ton lit ? »

Ah oui, c'est vrai, il avait un lit maintenant. Cela ne faisait que quelques jours et Harry avait beaucoup de mal à s'y faire. Il s'était habitué à son canapé-lit, le plus gros cadeau que lui avaient fait ses parents quand il s'était installé sur Paris.

« Ah. T'as vraiment envie de dormir dedans ?

- J'aurais dû rentrer chez moi, je te rappelle. T'arrives pas à te faire à ton nouveau lit, hein ?

- Bah ça fait quatre ans que je vis dans mon canapé ! Tu verras quand t'auras ton appart', à toi ! Et si t'es pas content, c'est pareil. »

Sans répondre, l'étudiant monta sur le lit ainsi installé et calla son oreiller dans son dos, tandis que Harry allait se changer, le cœur plus léger. C'était un peu comme s'il avait brisé la glace qui gelait leurs rapports depuis plusieurs jours. Il fut soulagé en voyant son ami bien allongé sur le matelas, regardant la télévision tout en tripotant son téléphone.

Il s'était disputé la veille avec Blaise, pour il ne savait quelle raison, mais le moins qu'on puisse dire, c'était que Draco avait été très touché par cette embrouille. Il était un peu comme lui avec Ron autrefois, détestant élever la voix au téléphone et s'engueuler pour un rien, en laissant la distance empoisonner leurs rapports. Cela dit, ce devait être quand même assez grave pour que Draco refuse de lui en parler.

Harry monta sur son canapé-lit et s'allongea juste à côté de lui. Il le regarda quelques instants avant de lui demander si tout allait bien. Draco haussa les épaules d'un air peu convaincu, tapotant sur son smartphone avec ses pouces.

« Ça s'arrange pas avec Blaise ?

- Nan.

- Tu veux vraiment pas me dire ce qu'il se passe ?

- Je préfère pas. Mais t'inquiète pas, ça va s'arranger.

- T'es sûr ?

- Ouais.

- Y'a pas autre chose ? Steven t'a pas emmerdé ? Putain je m'en doutais, il t'a dit quoi ?

- On peut pas arrêter de parler de lui ? On a fait un break, on se parle quasiment plus…

- Ouais mais il y a quelque chose qui passe pas. Aller c'est bon, blondinet, dis-moi ce qui va pas.

- C'est rien. Juste Théodore qui pense qu'il va me tromper.

- Vous faites un break, il peut pas te tromper, techniquement. »

Draco lâcha son téléphone des yeux et lui lança un regard agacé. Alors Harry leva les yeux au ciel et s'enfonça dans son lit.

« Bon, okay, il te manquerait cruellement de respect s'il couchait avec un autre. Mais vous êtes plus vraiment ensemble, là.

- À ma place, t'apprécierais ?

- Non. Mais il en vaut pas la peine, Draco. Oublie ce break, quitte-le définitivement. Arrête d'avoir peur d'être seul, parce que t'es pas seul.

- Si, je suis seul.

- Nan. T'as des amis qui te respectent et qui t'adorent. Tu penses que tu sers à rien, que t'as pas d'humour, que t'es emmerdant à pleurer… mais t'es plus que ça, Draco. T'es marrant quand t'es détendu, on peut parler sérieusement avec toi, t'es quand même bonne pomme derrière tes airs d'aristo' coincé, et puis… Hey putain mais tu me fais quoi là ?! C'est quoi ces yeux ?! Pleure pas blondinet… »

Surpris, Harry passa un bras au-dessus de ses épaules en un geste réconfortant. Les yeux de son ami étaient fixés sur la télévision, et ils étaient surtout brillants, humides, ses paupières battant un peu trop vite pour que ce soit normal. Le blond évita son regard mais se laissa manipuler, et en quelques secondes, il se retrouva blotti contre lui.

Harry se mit à lui caresser les cheveux de façon naturelle, comme il le faisait avec Jane et Léo quand ils avaient un gros chagrin. Petit à petit, Draco commença à lui parler de ce qui le préoccupait dernièrement, et cela ne se résumait pas forcément à Steven. Il fallait dire que leur break avait eu des effets assez inattendus qui ne plaisaient pas forcément au jeune homme : à présent, Draco était plus ou moins revenu sur le marché et certaines de leurs connaissances étaient bien décidées à l'attraper au vol.

Malgré sa volonté d'être sérieux, Harry ne put s'empêcher d'éclater de rire. Draco leva son visage vers lui et poussa un soupir à fendre l'âme : aucun de ces types ne l'intéressait et les relations purement physiques ne l'intéressaient absolument pas. Le brun essaya gentiment de l'encourager à aller voir ailleurs mais son ami n'était vraiment pas décidé à tourner la page de cette manière. Ils discutèrent un bon moment des prétendants de Draco, se moquant des uns et se plaignant des autres. Ils imaginèrent un Steven ulcéré par l'attitude de son ex-copain et de ceux qui se prétendaient être ses amis.

Et quand vint le moment d'aller se coucher, Harry réalisa que Draco était à moitié allongé sur lui et qu'il le tenait toujours contre lui.

Un peu embarrassé après cette constatation, il voulut se dégager pour se lever, prétextant l'heure tardive et la nécessité d'éteindre la lumière. Mais Draco fut plus rapide que lui : il se leva et parcourut la pièce pour couper la télévision puis la lampe. Enfin, il revint vers le lit mais il eut un temps d'hésitation. Puis, Harry n'osant pas bouger, ne sachant pas bien ce que lui aussi voulait, le blond reprit la place qu'il occupait déjà depuis un moment.

Comme si de rien n'était, leur conversation reprit, dans l'obscurité du salon. Et petit à petit, le sommeil vint les trouver et ils s'endormirent.

OoO

Cela faisait déjà dix minutes qu'il sommeillait contre son épaule. Draco ne dormait jamais profondément dans les transports mais ce demi-sommeil où il allait et venait entre la réalité et ses songes lui faisait le plus grand bien. Contrairement à Harry, il ne buvait pas un verre avec ses parents dans leur cuisine ou dans le salon avant d'aller passer un moment avec son frère ou sa sœur, ou même les deux, devant la télévision ou avec un jeu vidéo. À peine arrivé chez lui, Draco repartait souvent pour dîner dans un bon restaurant de la ville, et quand il rentrait enfin à la maison, ses parents, et plus généralement sa mère, ne le lâchaient pas.

Son absence créait encore un grand vide dans leur quotidien. Son père s'y était habitué et savait se contenter de quelques coups de téléphone et SMS alors que sa mère avait continuellement faim de contacts et de discussions. Et même si Draco adorait ses parents et aimait passer du temps avec eux, ces soirées interminables qui suivaient son retour à Strasbourg étaient épuisantes et souvent de véritables corvées. Il préférait encore ces petits-déjeuners à rallonge du samedi matin qui ne se terminaient qu'avec l'arrivée du déjeuner.

Ces petits moments de sommeil dans le train lui permettaient de faire plus facilement face à cette soirée qui l'attendait avec ses parents. Il venait de passer des examens, le stress et la fatigue qu'il avait accumulés ces derniers temps lui offraient des nuits plus agréables et surtout plus longues, mais Draco manquait malgré tout de repos. Et quoi de mieux que de dormir tout contre un Harry consentant et en plus plutôt câlin.

À peine installés dans le train, Draco avait essayé de trouver une position confortable pour dormir, mais c'était toujours compliqué car il n'était jamais à l'aise dans ce genre de siège. Harry lui avait proposé son épaule avec un naturel qui trahissait l'habitude. Le blond avait donc posé sa tête contre lui et avait sommeillé quelques longues minutes tandis que son ami jouait avec sa console. Puis, une annonce l'avait comme réveillé en sursaut, et il eut beau tout tenter, Draco ne parvint pas à retrouver le sommeil, regardant vaguement le jeu de Harry plutôt que de fermer les yeux pour tenter de se rendormir.

Et puis son ami s'était soudain arrêté de jouer. Il avait mal au crâne depuis le milieu de l'après-midi et il n'arrivait pas à se concentrer, comme en témoignaient ses nombreux échecs qui lui mirent les nerfs en pelote. Plutôt que de s'exciter sur son jeu, Harry rebrancha ses écouteurs sur son baladeur mp3 et leva son bras pour entourer ses épaules et l'attirer un peu plus contre lui. Le blond l'avait regardé avec surprise, cherchant ses yeux, mais Harry avait tourné la tête vers la vitre. Soit il fuyait son regard, soit il avait envie de sommeiller un peu lui aussi.

Dans tous les cas, Draco ne s'était pas gêné et il s'était donc installé confortablement contre lui avant de replonger dans cet état comateux qui lui faisait tant de bien.

Et cela faisait déjà dix minutes qu'il était réveillé, incapable de se décider à ouvrir les yeux et donc se dégager de son étreinte. D'autant qu'il savait que Harry était réveillé, vu les petites caresses qu'il lui faisait dans les cheveux sans doute inconsciemment. Ou peut-être était-ce volontaire, mais le blond refusait d'y croire. Ce serait se donner de faux espoirs.

Et Dieu savait à quel point il était difficile de réfréner l'espoir quand il était bien implanté…

Ça faisait un mois que Draco ne sortait plus vraiment avec Steven. Un peu plus, même. Le temps était passé vite, jamais il n'aurait cru que cela faisait déjà si longtemps si Blaise ne le lui avait pas rappelé. Il avait l'impression que leur break datait de la veille, et dans le fond, même son meilleur ami le reconnaissait, on ne pouvait pas vraiment dire que cette pause entre eux avait été simple et bien respectée.

Dans les faits, ils ne se voyaient plus et faisaient leur vie chacun de leur côté. En réalité, Steven ne parvenait pas à l'oublier et à véritablement réfléchir à la fois sur leurs actes et leur relation. Il était impossible pour Draco de le voir sans qu'il ne lui fasse une crise de jalousie, des reproches ou qu'il ne cherche à capter toute son attention. Pansy lui assurait que c'était un moyen comme un autre d'essayer de le reconquérir tandis que Théodore y voyait là une mauvaise foi assez dérangeante.

Draco savait qu'il aurait dû le quitter. Ses sentiments envers lui n'existaient quasiment plus, ne resterait qu'une certaine attirance. S'il n'avait pas encore rompu définitivement, ce n'était pas par affection ou par espoir que Steven ait un jour le déclic. C'était plutôt parce qu'il se fichait complètement de son ex, et que dans sa tête, ils n'étaient plus du tout ensemble. Il savait qu'il faisait traîner la situation et que Steven n'avait absolument pas la même vision des choses. Cependant, Draco voulait qu'il comprenne par lui-même : il n'avait rien fait pour entretenir ses sentiments, régler leurs problèmes ou même pour le retenir.

Avec un peu de recul, ce qui avait été le plus douloureux dans cette rupture était la solitude dans laquelle Steven le forçait à plonger, ses menaces d'aller voir ailleurs ainsi que toutes les critiques qu'il avait pu lui faire et dont il n'avait pas parlé à Harry. Steven ne s'en était pas pris qu'à son caractère introverti, il s'était aussi attaqué à son physique et ses prouesses au lit. Draco n'était pas particulièrement fier ni de l'un ni de l'autre, il savait ce qu'il valait, mais il savait aussi qu'il n'était pas exceptionnel et être rabaissé de la sorte lui avait fait du mal. Steven en avait connu d'autres, des mieux foutus, des plus doués, il lui avait reproché son manque d'imagination, son incapacité à lui faire certaines caresses, trop intimes…

C'était douloureux. C'était lui rappeler qu'il n'avait rien d'exceptionnel, que derrière sa belle gueule se cachait un type trop renfermé et banal au possible. Et Draco prenait tout ça pour lui, car quand ce n'était pas lui qui quittait ses copains, ça se terminait toujours comme ça. Avec des reproches. Pour sauver la face.

Mais ça, il n'avait pas pu en parler à Harry, c'était trop personnel, trop intime. Et puis son ami n'aurait pas compris ou bien il se serait mis en colère. Draco se rappelait du moment où il avait avoué tout cela à Blaise et que le visage de ce dernier s'était brutalement fermé. Il lui avait demandé de quelles caresses Draco parlait, et avec un peu de temps, le blond avait fini par avouer que Steven aimait la fellation et que lui n'en faisait jamais. C'était arrivé une fois, son copain avait manqué de le faire vomir en lui attrapant la tête pour que ça aille plus vite. Si Steven avait été sur Paris à ce moment-là, Blaise serait sans doute allé sonner à sa porte lui refaire le portrait.

Draco n'avait pas voulu paraître plus sale qu'il ne l'était déjà devant Harry, avec lequel il parlait très peu de sexe. Il lui avait juste fait comprendre qu'il était toujours dessous et que c'était sa position préférée au lit. Harry avait paru perplexe mais pas franchement dégoûté. Cela dit, Draco n'avait jamais été capable d'approfondir la discussion. S'il l'avait fait, il aurait fini par parler des reproches de son ex et les choses auraient peut-être dérapé.

C'était déjà suffisamment le cas depuis qu'il avait dormi avec Blaise chez Harry, qu'il avait continué à squatter chez lui, et qu'au final, il lui avait avoué son attirance pour lui.

« Tu dors encore, blondinet ? »

Draco secoua lentement la tête, espérant pouvoir garder les yeux encore un peu plus longtemps fermés et savourer cette agréable étreinte. Étrangement, depuis ses aveux maladroits, Harry s'était fait plus câlin. C'était bien sûr dû à sa fatigue, son stress et ses soucis avec Steven, qui emmerdait tout le monde et à commencer par ses prétendants. Mais Harry avait à présent des gestes avec lui qu'il n'avait encore jamais eus et que le blond ne se serait jamais attendu à recevoir.

Le pire, ou le meilleur selon les points de vue, était que Harry les faisait naturellement.

« On arrive dans quinze minutes, tu devrais ouvrir les yeux.

- Je suis bien, là.

- Ah ça, j'en doute pas ! »

Quand ils se baladaient dans la rue, il arrivait que Harry lui attrape le bras, de courts instants, et Draco eut rapidement tendance à le faire également, mais sans jamais le lâcher. Ce qui ne semblait pas lui poser de problèmes.

« Tu m'as pris pour un matelas.

- Un matelas très confortable. »

Quand ils étaient chez lui, leurs mains se faisaient un peu plus baladeuses. Harry avait pris l'étrange habitude de lui toucher le dos ou les épaules, et même parfois les hanches, de façon naturelle, amicale. Draco, lui, avait un peu plus de mal mais il se laissait faire, imaginant bien malgré lui ses mains plus solides que les siennes parcourir son torse et ses cuisses.

« J'en doute pas. »

Et puis, quand ils étaient juste tous les deux dans son salon ou dans sa chambre, installés dans le canapé ou dans son grand lit, Harry le prenait parfois dans ses bras, le caressant comme il savait si bien le faire, et, rarement, mais ça arrivait, son regard se faisait un peu plus doux. Moins taquin, canaille, gamin…

Plus…

Tendre. Presque.

« Allez, blondinet, réveille-toi… »

Sa main passa une nouvelle fois dans ses cheveux et il posa sa joue contre sa tête. Après un soupir de bien-être, Draco ouvrit les yeux et se les frotta quelques secondes. Puis, il y eut une annonce sur leur arrivée et quelques excuses pour le retard que le train avait pris. Alors enfin Draco se décolla de lui et s'enfonça dans son siège, émergeant doucement alors que Harry éteignait son baladeur.

« On se voit toujours demain ?

- Ça tient encore ? T'avais pas un anniversaire ou…

- T'inquiète, c'est bon.

- Blaise ne dira rien si tu ne peux pas venir.

- Je suppose qu'il ne dira rien si j'emmène Hermione avec moi ? »

Ils échangèrent un regard complice avant d'avoir un rire. Blaise avait un peu craqué sur Hermione et l'avait draguée au nouvel an, sans obtenir rien de plus que deux ou trois petites danses et un baiser sur la joue à minuit. Toute la soirée, Harry et Draco n'avaient cessé de se moquer de lui, ce qui l'avait un peu vexé et poussé à chercher sans arrêt la jeune fille. Cette dernière ne savait trop quoi faire avec un garçon plutôt sobre et entreprenant.

« Je pense qu'il en sera très heureux. Elle passe le week-end sur Stras' ?

- Ouais, c'est l'anniversaire de son papa ce soir, mais elle est partie plus tôt que nous.

- Et pourquoi vous n'allez pas à la fête demain ?

- C'est pas un ami très proche, on va dire.

- Il y aura Ron ?

- Ouais, aussi. »

Harry lui parlait très rarement de son ami, sans doute parce que c'était très douloureux pour lui d'aborder le sujet. Quand Draco y réfléchissait, il se rendait compte qu'il connaissait au final bien peu de choses sur Harry, surtout sur ses sentiments. Il savait qu'il y avait un blocage entre lui et Ron mais Draco ne pouvait s'imaginer la souffrance de la perte de son meilleur ami qui demeurait en lui, malgré tout.

« Tu devrais le voir un peu.

- Ouais, je sais. Mais il ne cherche pas vraiment à me voir non plus…

- C'est pas ce que m'a dit Hermione. Il te propose régulièrement de passer ou de se déplacer.

- Oui, mais il ne s'adapte pas à moi. C'est bien beau de me dire trois jours avant qu'il veut me voir le samedi après-midi alors que j'ai déjà prévu de voir quelqu'un, d'aider des parents, ou autres, quoi. En général il veut me voir le dimanche, mais je me consacre à ma famille.

- T'essayais pas de te libérer pour lui, avant ?

- Avant, on se prévoyait des rendez-vous pour que personne vienne nous emmerder.

- Vu comme ça… Et plutôt que de voir Ron, tu préfères passer l'après-midi avec Hermione, Blaise et moi ? T'as pas l'impression qu'on se voit assez et que lui, tu le vois jamais ?

- Dis tout de suite que t'as pas envie de me voir demain.

- Je ne te le dirai pas car tu sais que c'est faux. Réfléchis, c'est tout. »

Pour éviter qu'il se vexe et que cela finisse en brouille, Draco posa sa main sur son avant-bras en un geste affectueux. Harry ne le repoussa pas et regarda droit devant lui quelques instants, semblant réfléchir. Puis, il dégagea son bras et lui prit la main, tournant la tête sur le côté, vers la vitre qui laissait voir de nombreux rails, signe qu'ils arrivaient en gare.

« Je préfère vous voir demain. »

Sa main contre la sienne était brûlante, et ses joues aussi, d'ailleurs. Mais Harry ne le regardait pas, donc il ne pouvait voir son visage un peu trop coloré et le sourire stupide qu'il tentait de réfréner.

Ni entendre le rythme effréné de son cœur.

OoO

Sa journée de travail était presque terminée. Les yeux fatigués, Harry guettait l'heure de départ sans cesser de travailler sur son ordinateur, son stylet à la main et l'esprit un peu égaré. Toute la semaine, il avait eu ses supérieurs sur le dos, ce qui n'était franchement pas agréable.

Il fallait dire qu'avec la démission de son collègue de travail, la charge de travail avait encore augmenté, et visiblement, on craignait que Harry ne quitte également le bateau. C'était un bon élément, certes un peu trop original, mais efficace et imaginatif. En dépit de certaines opportunités qui s'offraient à lui, il était hors de question pour lui de quitter son entreprise. Son salaire était plus que correct vu son âge, ses horaires lui convenaient parfaitement et Harry n'avait pas à se plaindre de ses collègues.

La semaine avait donc été compliquée et pas franchement agréable, autant pour lui que pour ses collègues. De plus, sa journée était loin d'être terminée, même s'il ne finissait pas trop tard. Harry termina donc tranquillement son travail en faisant abstraction de l'effervescence de ses collègues, surexcités à l'approche du week-end et, pour certains, des vacances. Harry en avait également prises afin de passer quelques jours chez ses parents et surtout continuer à bosser dans son appartement.

Ainsi, quand il fut l'heure, Harry ne tarda pas à enregistrer son travail et à éteindre son ordinateur. Il salua ses collègues et puis, son sac sur l'épaule, il quitta prestement les bureaux de son entreprise, la main un peu engourdie. Il se dépêcha d'entrer dans la station de métro et courut pour attraper la rame qui allait partir. Ce soir, tout était question de timing, il ne devait pas arriver en retard chez lui sinon il risquerait d'être bien coincé et de passer la soirée dans les embouteillages.

La rame était bondée, comme d'habitude. Harry sortit son baladeur et allait l'allumer quand il sentit son téléphone vibrer dans sa poche. Il poussa un soupir, pensa à sa petite sœur qui devait s'emmerder dans son train, puis mit en marche sa musique avant d'attraper son portable.

Mais ce n'était pas sa sœur. C'était Draco.

« Je crois que Steven m'a trompé. »

Harry écarquilla les yeux, surpris. Aussitôt, malgré le monde, dont il se fichait éperdument de toute façon, il appela son ami. Son cœur battait fort dans sa poitrine et il ignorait dans quel état se trouvait le blond, qui ne tarda pas à décrocher.

« Qu'est-ce qui se passe, blondinet ?

- Bah… Je crois que Steven m'a trompé.

- Qui t'a dit ça ?

- Théodore.

- Comment il sait ? »

La voix tendue, comme s'il verbalisait pour la première fois ce qu'il avait entendu un peu plus tôt, Draco lui expliqua que son ami avait assisté la veille à une soirée où Steven était invité. Ivre, il avait commencé à fricoter avec un de ses ex présent dans la salle. Agacé, Théodore était allé le voir avec Pansy pour lui dire de se calmer, que s'il voulait s'envoyer en l'air avec un mec, autant qu'il quitte définitivement Draco. Steven s'était énervé, prétendant qu'il faisait ce qu'il voulait, et son ex avait déclaré sur un ton provoquant que c'était déjà fait.

« Putain l'enculé…

- Mais apparemment, c'est pas sûr.

- Comment ça ? »

Le lendemain, ils s'étaient rencontrés à la fac à l'heure du déjeuner. Enfin, l'ex de Steven les avait cherchés pour leur avouer qu'en réalité il ne s'était rien passé. Il était bourré la veille et il voulait voir leur réaction. Ils avaient failli mais Steven s'était rétracté au dernier moment. Comme pour atténuer la chose, le gars avait lâché que ça s'était passé juste après leur décision de faire un break : Steven n'allait pas bien, ils avaient bu un verre, s'était embrassé et puis voilà. Ce n'était pas dramatique.

Mais pour Draco, ça l'était.

C'était même pire.

À quoi bon faire un break avec un type que vous aimez, si c'est pour retourner dans les bras de son ex et manquer de coucher avec…

« C'est vraiment un connard, ton ex…

- Ouais. Tu sais, peut-être qu'il l'a pas fait…

- Il a embrassé ce type ! Il avait pas le droit ! »

Harry s'attira quelques regards des passagers mais il s'en fichait complètement.

« Oui, je sais. Mais tu sais… Si ça se trouve, il a rien fait avec lui. Mais peut-être qu'avec d'autres… Il sort beaucoup, depuis qu'on est plus ensemble. »

Levant les yeux vers le plafond de la rame de métro, Harry se mordilla nerveusement la lèvre. Il ne connaissait pas suffisamment Steven pour prétendre le contraire ou affirmer l'hypothèse de sa tromperie. Mais l'entendre prononcer ces mots lui fit mal.

« Et ça te fait mal parce que tu te dis qu'il a exigé un break et qu'il en a profité pour te tromper ? Parce qu'il en avait assez d'être monogame, parce qu'il a voulu prendre du bon temps et vivre à nouveau comme un célibataire, tout en te draguant parce qu'il n'arrivait pas à t'oublier, mais en fait sa seule envie était de…

- Arrête, Harry.

- Arrête quoi ? De dire la vérité ?

- Je sais qu'il m'a pris pour un con et j'ai honte d'être triste à cause de ça…

- Tu veux qu'on se voie ? »

Il y eut un silence à l'autre bout de la ligne.

Il t'a sali, eut-il envie de lui dire. Il t'a sali, et peut-être qu'il l'a déjà fait avant. Et c'est ça qui te fait mal, cette idée que peut-être il t'a déjà trompé avant…

« Tu vois ta sœur et ton frère, ce soir.

- Je vais juste les chercher…

- Ton frère dort chez toi, ce soir.

- Je peux m'arranger.

- Nan, c'est bon.

- Draco, soit tu viens chez moi, soit je viens chez toi. Tu restes pas tout seul ce soir. On va s'enfermer dans ma chambre, okay, et puis voilà, on va pas se prendre la tête. Je suis chez moi sur les coups de vingt-et-une heures, ça te va ? Si tu veux, je peux même venir te chercher chez toi et on va à la gare ensemble.

- C'est comme tu veux.

- Joue pas à ça avec moi, Draco !

- Tu viens me chercher ?

- T'es chez toi ?

- Je prends le métro, là.

- Ok, je te choppe dans même pas une heure. À tout à l'heure ! »

Harry raccrocha et piétina presque d'impatience. Il voulait arriver le plus tôt possible chez lui, se changer, prendre sa voiture et foncer chez Draco, qui devrait être arrivé entre temps. Il savait qu'il ne pourrait pas jouer au grand-frère attentionné avec les deux plus jeunes et que la soirée allait être tendue, mais il n'avait pas le choix. Il ne pouvait pas laisser Draco seul chez lui à ruminer et se faire du mal tout seul.

Pas un soir comme ça.

OoO

Ils étaient arrivés à la bourre, forcément. La gare était bondée malgré l'heure, remplie de familles venant chercher des proches et de voyageurs pressés de rentrer chez eux ou d'accéder à un bon lit bien confortable pour la nuit. Harry marchait à pas pressés en se dirigeant vers le point de rendez-vous habituel, à savoir une boutique Relay. Il avait déjà reçu quelques SMS de sa sœur l'informant que le train entrait en gare ou bien qu'ils étaient sortis et au point de rendez-vous. Vu qu'il conduisait, c'était Draco qui avait lu les SMS et qui leur avait répondu.

Et effectivement, ses deux cadets étaient au garde-à-vous près de la boutique avec leurs deux énormes valises, qui contenaient leurs vêtements, leurs cosplays, mais aussi et surtout de la place pour leurs futurs achats. En le voyant arriver, ils furent soulagés : il était quand même tard et ils détestaient poireauter dans les gares, ils trouvaient ça un peu angoissant. Harry eut droit aux câlins et aux baisers, mais ils furent de courte durée.

« Je suis super mal garé, Draco garde la voiture. Aller on se bouge ! »

Harry attrapa la valise de sa sœur, la plus lourde bien sûr, et se pressa vers la sortie de la gare, ses cadets sur ses pas. Ils se dépêchèrent de rejoindre la voiture et Harry fut soulagé de voir que Draco était toujours dedans, sans personne pour l'emmerder. Surtout que le blond n'avait pas son permis et il aurait été bien embêté si on lui avait demandé de déplacer le véhicule… mais au moins la voiture était toujours à sa place, et c'était le plus important.

Après avoir ouvert le coffre, Harry y cala les valises puis s'installa derrière le volant alors que Jane et Léo, très curieux, s'asseyaient sur les sièges passagers.

« Bonsoir, Draco !

- Bonsoir ! Putain Jane, bouge ton sac !

- Bonsoir. »

Draco se retourna vers eux et leur fit un joli sourire. Qui les scotcha littéralement. Harry ne put s'empêcher d'éclater de rire en voyant leurs visages hallucinés. Ce ne fut que quand il démarra que sa sœur réagit enfin.

« Putain mais tu l'as trouvé où, celui-là ?!

- Mais ouais ! Depuis quand tu fréquentes des gens bien habillés et tout ?

- Il sort d'où ?! On dirait un mannequin !

- Vous faites du mannequinat ?

- Vous vous êtes rencontrés comment ? »

Face au regard perdu de son ami, Harry ne put s'empêcher d'exploser de rire. Sa voiture quitta sa place de stationnement et il partit tranquillement en direction de l'appartement. Draco ne parvenait pas à en placer une, tant il était soufflé par la réaction de ses cadets. Même Harry, qui s'attendait à beaucoup de choses, était surpris par leur comportement. Il avait espéré qu'ils seraient un peu moins surexcités.

Le jeune homme finit par se décider à intervenir, voyant que Draco était complètement bloqué par les questions dont Jane et Léo l'assommaient.

« Bon, on se calme, les jeunes ? »

Aussitôt, le calme revint dans la voiture. Et dire que Harry était le plus petit des trois et qu'il passait souvent pour le plus jeune de la fratrie.

« Je vous présente donc Draco, un ami. Draco, j'ai l'honneur de te présenter mes deux casse-couilles de première…

- Hey !

- … mais que j'adore malgré tout : Jane et Léo.

- Ça répond pas à nos questions : tu l'as connu où ?! »

Le trajet du retour fut plus joyeux qu'il ne l'aurait imaginé, même s'il avait été assez bête pour croire que ses cadets resteraient tranquillement sur leurs sièges arrières sans les assommer de questions et mettre de l'animation dans l'habitacle.

Pour détendre un peu l'atmosphère, Harry leur avoua qu'ils s'étaient rencontrés dans le métro parisien et que Draco l'avait abordé parce qu'il jouait à Pokemon, comme ça, sur le coup d'une impulsion. Cette rencontre un peu étrange qui avait abouti sur une vraie amitié les laissèrent un peu perplexe, et quand ils essayèrent d'en savoir un peu plus sur Draco, Harry parvint à réfréner certaines de leurs interrogations.

Même si c'était compliqué d'éviter de leur expliquer pourquoi il avait emmené Draco avec lui et pourquoi il allait passer la nuit chez lui, alors que le lendemain aurait lieu le salon de Paris Manga, auquel sa sœur participait à titre d'exposante.

Cependant, Jane et Léo parurent sentir que quelque chose n'allait pas, donc ils ne se montrèrent pas aussi exigeants que Harry l'avait craint en venant les chercher. Ils commencèrent pourtant à s'impatienter mais heureusement ils arrivaient dans la ville et Harry put ralentir son allure. Ses passagers s'apaisèrent et quelques minutes plus tard, ils arrivaient devant chez lui.

Harry se gara non loin de la porte vitrée de son immeuble puis sortit avant de se diriger directement vers le coffre. Son frère et sa sœur le suivirent pour récupérer leurs bagages. Comme à son habitude Harry se chargea de traîner la plus lourde des deux valises. Draco les attendit de l'autre côté de la rue, et quand ils voulurent entrer, les deux plus jeunes firent à nouveau un blocage devant lui.

Il fallait dire que Draco était plutôt grand, il dépassait Harry d'une tête, il était en plus bien fichu, avec un joli visage, des cheveux blonds bien coiffés et ses vêtements étaient impeccables. Même le petit sac de voyage qu'il avait sur l'épaule lui donnait un air distingué, vu la marque dudit bagage… et c'était vrai qu'en le regardant, Harry se dit qu'ils ne venaient définitivement pas du même monde. Qu'il n'avait rien à faire là, devant la porte de son immeuble, les yeux tristes et son sac sur l'épaule.

Pourtant, ils montèrent tous ensemble chez lui, et pour Harry, ce fut un grand soulagement. Il largua la valise dans un coin du salon et attendit quelques instants que tout le monde se soit déshabillé et déchaussé. Puis, alors que Draco allait se servir un verre d'eau dans la cuisine, le brun se glissa près de lui.

« Tu vas te mettre en pyjama ? On se retrouve dans ma chambre ?

- D'accord. »

C'était bien rare que Draco ne cherche pas à contester. S'il avait été dans son état normal, il aurait sans doute souhaité passer un moment avec les deux cadets pour discuter un peu, plutôt que de s'enfermer directement dans la chambre. C'était une question de respect, de politesse.

Mais pas ce soir.

Ce soir, il voulait s'enfermer dans la chambre, peut-être pleurer un bon coup, parce que c'était ce que faisait Harry à chaque fois qu'il affrontait une rupture difficile, histoire de se vider de ses mauvais sentiments, et puis parler. Beaucoup parler.

Pour évacuer.

Pour voir les choses autrement.

Et accepter, aussi.

Alors quand Draco prit ses affaires et partit dans la salle de bain, Harry en profita pour rejoindre Jane et Léo qui s'étaient assis dans le canapé du salon pour regarder la télévision, ne sachant pas trop où ils allaient dormir et comment allait se dérouler la soirée. En voyant leur grand frère arriver, ils lui jetèrent un regard interrogatif. Harry s'assit sur l'accoudoir du canapé. Il constata qu'il n'avait même pas retiré sa veste.

« Bon, vous l'avez compris, ça va pas très fort pour lui.

- Qu'est-ce qui se passe ? »

Jane parut inquiète, Léo un peu plus perplexe.

« Rien de grave mais il va pas très bien. Donc il va rester dormir ici ce soir, on ira dans ma chambre. Là, il se douche et puis on va rester dans ma chambre. Vous dormirez ici.

- Okay…

- Ça va pas, Jane ? Désolé, je peux pas passer la soirée avec vous, ça ira beaucoup mieux demain, j'en suis sûr.

- C'est pas ça, c'est juste qu'il doit vraiment pas aller bien pour que tu t'enfermes avec lui. C'est pas tellement ton genre de faire ce genre de trucs.

- Ouais, je sais. Mais voilà, il en a besoin. Donc pas de bruits, okay ? Vous faites votre vie, vous pouvez regarder la télévision et vous coucher à l'heure que vous voulez, mais pas de bruits, s'il vous plaît. »

Ils secouèrent la tête avec conviction et Harry les connaissait assez pour savoir qu'ils obéiraient. Ils n'étaient pas du genre à faire beaucoup de bruit en général, le principal était qu'ils ne les dérangent pas.

« Bon, demain, on se lève à quelle heure ?

- Tu me déposes toujours ?

- C'était ce qui était prévu, non ?

- Oui, mais comme Draco est là…

- T'en fais pas. Alors ? »

Ils se mirent d'accord sur un lever à sept heures et un départ à huit heures moins le quart. Enfin Harry ne prévoyait pas de se lever aussi tôt mais ses cadets avaient besoin de temps pour s'habiller et se maquiller. Léo ne participait pas du tout au fanzine de sa sœur car il ne savait pas dessiner, du moins pas assez bien pour lui être d'une grande aide, mais il comptait bien profiter de ses talents de maquilleuse pour lui dessiner de belles cicatrices ensanglantées ainsi que de la voiture de son frère pour éviter les transports en commun. Il arriverait trop tôt mais comptait bien croiser des amis et obtenir toutes les dédicaces qu'il souhaitait.

Ce fut Draco qui mit fin à leurs petites mises au point en arrivant dans le salon : il avait terminé de se changer et la salle de bain était donc libre. Léo et Jane se levèrent pour lui souhaiter une bonne nuit, Jane alla même jusqu'à déposer deux baisers sur ses joues. Harry hésita à lui préciser que Draco était gay et que toute tentative de charme était inutile sur lui. Puis, il se dit que ce serait ridicule.

Vraiment ridicule.

Il laissa Draco pour aller se mettre en pyjama, priant pour que sa sœur le laisse tranquille. Elle était du genre à enchaîner les petits copains sans jamais parvenir à se fixer avec un garçon bien longtemps, et autant le dire, Draco était tout à fait son genre. Et alors qu'il se brossait les dents, Harry se dit qu'il était bêtement possessif. Et peut-être un peu… jaloux. Peut-être.

Et il réalisa aussi qu'ils n'avaient pas encore dîné, ou du moins lui n'avait encore rien avalé. Il n'avait pas tellement faim mais il serait fichu d'avoir un creux en plein milieu de la nuit. Alors, juste avant de rejoindre Draco, Harry passa dans la cuisine pour récupérer de quoi grignoter. Il constata au passage que son ami s'était éclipsé dans la chambre et que ses cadets étaient en train de se faire à manger. Ou, plutôt, son petit frère avait allumé le four pour réchauffer la quiche lorraine que Harry leur avait préparé tandis que Jane nettoyait de la salade.

Quand, enfin, Harry put rejoindre sa chambre et rester seul avec Draco, ce dernier avait allumé la télévision et s'était installé dans son lit, la couette sur les genoux et ses petites affaires sur le côté gauche.

« Tu te fais pas chier, toi…

- T'aurais préféré que je t'attende pour que tu me dises quoi faire ?

- Nan. Pourquoi t'as ton téléphone à la main ?

- J'ai envoyé un SMS à Steven. Pour lui dire que c'était bel et bien terminé.

- Je vois même pas pourquoi tu lui as envoyé un message… »

Harry fit le tour de son lit avant de s'y installer, se blottissant sous la couette. On aurait dit un couple de petits vieux se préparant à aller se coucher.

« Ça m'a fait du bien de le lui envoyer…

- Bon, bah si ça t'a fait du bien, t'as eu raison de le faire. Donc c'est fini, c'est bon ?

- Ouais.

- Hey, Draco… »

Le blond détacha son regard de l'écran de la télévision pour le fixer sur Harry, incertain.

« Tourne la page. Définitivement. Okay ?

- Ouais. Je mérite mieux, c'est ça ?

- Carrément mieux. »

Il y eut un petit flottement entre eux, puis Harry leva le bras et aussitôt Draco s'installa contre lui. Il ferma les yeux quelques instants, son bras posé le long de son propre corps. Il resta silencieux quelques instants avant de se mettre à parler. De ses études. De ses derniers bons résultats. De Blaise qui craquait complètement pour Hermione et qui l'avait invité à boire un verre avec lui quand elle irait chez ses parents, la semaine suivante. De Pansy qui avait manqué de louper son année à cause de quelques soucis de santé. De sa mère qui lui avait rappelé le mariage de sa cousine et qui préparait déjà leurs tenues pour l'été prochain.

De tout, sauf de Steven qui venait de définitivement quitter sa vie, de cette rupture qui lui faisait mal, car dans sa tête, il pensait que peut-être il l'avait déjà trompé quand ils étaient ensemble. C'était même certain quand il y pensait. Draco avait fermé les yeux sur ses étranges agissements et certaines de ses attitudes. Même Théodore avait sous-entendu qu'il avait eu ce genre de soupçons, même s'il n'avait jamais osé lui en parler. Et quand Pansy l'avait appelé, quand il était seul dans la voiture à attendre Harry, sa sœur et son frère, elle lui avait confié ses doutes à propos de Mickaël, un ami proche de Steven. Elle devait lui envoyer un message dans la soirée.

Et Draco attendait son SMS depuis leur départ de la gare.

Car peut-être qu'une tromperie avait déclenché le reste. Peut-être que, comme Pansy l'avait soupçonné, parce qu'à l'époque elle fréquentait un type de la bande, cela s'était passé au moment où Draco avait commencé à fréquenter Harry. Et donc Steven avait commencé à changer son comportement, prenant un peu plus en compte les envies de Draco, son humeur, ses déceptions. Et peut-être que ce break était dû à cela : il l'avait trompé, il avait essayé de recoller les morceaux, puis les doutes l'avaient assailli, la pause avait suivi, et au final il se rendait compte que, non, il ne se faisait pas à son absence et l'aimait vraiment.

Mais Draco se sentait comme un con.

Steven l'avait pris pour un con.

Arriverait-il un jour à vivre une relation correcte ? À se faire respecter par un homme ? À être suffisamment beau, intéressant, charismatique pour éviter la tromperie ?

Quand cesserait-il de fermer les yeux, de ne prendre que ce qui l'intéressait et de supporter tout ça ?

Parce qu'il avait envie d'y croire, d'être avec qu'un, et de ne pas se retrouver tout seul ?

Soudain, son téléphone portable vibra sur le petit meuble récupéré par Harry et qui lui servait de table de chevet. Allongé tout contre cet homme qui l'attirait vraiment, qui, par moments, le faisait vraiment rêver, Draco hésita à aller le chercher. Il ne voulait plus savoir. Il voulait juste rester là, blotti dans ses bras, à respirer son odeur et savourer la chaleur de sa joue contre son front, de sa main sur son épaule ou dans ses cheveux, de son torse sous le sien.

Il marchait sur une pente dangereuse.

Blaise le lui avait dit et ils s'étaient disputés.

Mais Draco ne pouvait s'empêcher de s'y aventurer, même s'il savait que c'était risqué. Mais Harry se rapprochait beaucoup trop de lui, de lui-même, pour qu'il le repousse.

Et puis… Harry ne parlait jamais de sa sexualité. De ses ex, des filles qui pourraient l'intéresser. Donc il se vautrait dans ses étreintes, espérant qu'elles changent quelque chose entre eux. Draco était prêt à attendre, à lui laisser du temps. Car Harry valait tous les mecs qu'il avait eus jusque là et qu'il méritait qu'on soit patient avec lui.

« Ton portable a vibré.

- Je sais.

- Tu regardes pas ?

- Tu peux le faire ? »

Harry s'étira et parvint à attraper le téléphone.

« C'est Pansy.

- Lis le message.

- Pourquoi ? Tu veux pas le faire ?

- Non, lis-le.

- Mais pourquoi ?

- Harry, s'il te plaît… »

Draco attendit quelques instants, guettant la réaction du brun. Qui ne se fit pas attendre.

« Tu veux vraiment que je le lise ?

- Il m'a trompé ?

- Ouais.

- Avec Mickaël ?

- Et un certain Baptiste, aussi.

- Quand ça ?

- Baptiste, ça faisait deux semaines que vous sortiez ensemble. Tu voulais pas coucher avec lui et c'était pas très sérieux pour lui. Et Mickaël, c'est un peu avant qu'il me rencontre à la gare. »

Harry s'entendait à quelque chose : un mot, un bruit… mais rien. Draco ne réagit pas, et vu leur position, Harry ne pouvait voir son visage. Inquiet, le jeune homme lui demanda s'il avait envie de pleurer. Draco lui répondit non.

« T'es sûr ?

- Ouais. C'était un enfoiré et puis c'est tout.

- Un porc, oui.

- Harry !

- Quoi ?! »

Bizarrement, un sourire naquit sur ses lèvres : le ton de Draco était amusé, un peu comme s'il avait décidé de prendre les choses avec plus de légèreté.

« Faut dire les choses comme elles sont !

- T'es vraiment terrible, toi…

- Je sais, c'est pour ça que tu m'aimes. Mais tu sais, si t'as besoin de chouiner, fais-le, ça fait du bien.

- Nan, c'est bon. J'en ai marre de pleurer pour rien. Et puis, franchement, là j'en ai pas envie.

- Je te comprends. T'as quelque chose de prévu, demain ?

- Non, pourquoi ? »

Draco leva la tête vers lui et Harry vit qu'en effet il semblait prendre la chose plutôt bien. Son visage était un peu triste mais ses yeux étaient secs et ses traits détendus. Il n'avait pas la bouche crispée et les yeux papillonnant, comme quelqu'un qui se retient et qui essaye de garder contenance.

« Tu sais quoi ? Demain matin, j'emmène les deux monstres à Porte de Versailles, puis je reviens, tu t'habilles, et on y va ensemble.

- Pardon ?!

- Bon il va falloir que je fasse acte de présence sur le stand de ma sœur mais bon tu verras, ses copines sont sympas.

- Mais je suis jamais allé dans un salon comme ça, et puis…

- Oh Draco, c'était tellement mieux quand tu me disais oui sans rechigner ! Ça va te détendre et te faire oublier un peu tes soucis. Ça te va ?

- J'ai le choix ?

- Nan. »

Le brun rit gentiment en le voyant sourire d'un air désabusé, comme pour lui dire : « Impossible de te dire non ».

Yeux dans les yeux, ils se regardèrent quelques instants. Harry sentit son cœur s'emballer dans sa poitrine alors que son regard plongeait dans les prunelles sombres du blond, cerclées d'iris bleu gris. Il avait toujours adoré les yeux bleus, rares étaient ses copines qui avaient les yeux plus sombres. Et Draco avait des yeux magnifiques.

Quelque chose en lui sursauta quand il vit son visage se rapprocher du sien. Ses joues s'embrasèrent soudain, alors que les lèvres de Draco se posaient sur sa joue.

C'était un baiser délicat, tendre. Naïf.

Mais un baiser capable de lui faire piquer un fard monstrueux, de faire battre son cœur comme jamais… de le bouleverser, en quelque sorte.

D'éveiller en lui des sensations et des émotions qui avaient disparu depuis un bon bout de temps.

« Merci. »

Puis, avec un léger sourire, Draco se réinstalla contre lui. Et après quelques secondes d'hésitations, Harry posa sa main sur sa tête et déposa un baiser sur ses cheveux blonds.

Contre lui, le blond poussa un soupir de bien-être.

OoO

Il n'aurait su dire ce qui l'avait réveillé : le fait qu'il n'ait plus personne contre lui ou bien le bruit qui venait du salon et du couloir.

Entre deux eaux, il écouta l'appartement reprendre vie. Il pensa vaguement à ces matinées de départ, quand les uns tentent de s'habiller en silence en se partageant la salle de bain tandis que les autres rassemblent leurs affaires en essayant de ne rien oublier. C'était un bruit étrangement agréable, peut-être parce que Draco ne se sentait pas concerné par tout ce remue-ménage.

Au bout d'un moment, Draco se sentit sourire en entendant un fort charmant « putain de merde ! » à un mètre de la porte, faisant suite à bruit de chute. Sans doute son téléphone ou il ne savait quel autre petit objet qui venait de s'échouer sur le sol. Il était définitivement réveillé, et plutôt que de chercher une position plus confortable, parce qu'il savait qu'il ne parviendrait pas à retrouver le sommeil, le jeune homme écouta Harry, son frère et sa sœur s'organiser avant le départ.

Les valises devaient à présent être dans l'entrée, vu le bruit des roulettes la conversation qui provenait de l'entrée, accompagnée d'un bruit de chaussures et d'escarpins. Ils n'allaient pas tarder à partir. Les yeux clos, Draco réalisa alors qu'il serait seul dans l'appartement, dans le grand lit de Harry, le nez enfouit dans un de ses oreillers. Il pouvait sentir son odeur sur les draps et un peu de sa chaleur là où il avait dormi.

Il y eut un cliquetis de clés, et alors que la porte s'ouvrait, des pas traversèrent le couloir. Ce n'était pas Jane, ni même Léo puisque la porte de la chambre s'ouvrit doucement dans son dos.

« Blondinet ? Tu dors ?

- Non.

- Jane t'a réveillé, je suis désolé. »

Draco était réveillé mais pas suffisamment pour entretenir avec lui une conversation correcte. Il pensa cependant à se retourner pour lui répondre, mais il mit un peu trop de temps. Il ouvrit les yeux et sentit soudain le corps de Harry tout près du sien, alors qu'il s'asseyait sur le matelas. Le blond referma aussitôt les yeux. Il était allongé sur le côté, il ne put retenir un soupir en sentant le torse de Harry se poser contre son épaule alors que sa main se posait non loin de son visage.

« Je les emmène et puis je reviens. Je me dépêche.

- Prends ton temps.

- Okay. »

Et puis, il y eut un baiser sur sa tempe et une légère caresse dans ses cheveux. Sa main se posa un court instant sur son épaule puis disparut, en même temps que Harry qui quitta la chambre, refermant la porte derrière lui.

OoO

Emmener sa sœur à ses conventions était toujours un péplum. Quand il repensait à ses années de démmerde, quand il n'avait pas de voiture et qu'il venait jusqu'à Paris en train pour traîner avec ses amis des valises jusqu'aux différents entrepôts, il se disait que Jane avait vraiment de la chance de l'avoir. Car franchement, il fallait être patient pour se lever aussi tôt, se taper le trajet dans Paris et essayer de pénétrer dans l'espace de déchargement où il larguait les deux plus jeunes. L'une entrait dans l'entrepôt tandis que le deuxième allait faire la queue.

Déjà un an que son fanzine existait et que Harry la baladait dans Paris… Bon, elle ne faisait que deux conventions par an dans la capitale mais Harry faisait le déplacement tous les jours, autant pour l'emmener que pour la ramener à la maison avec ses affaires, sans compter les trajets à la gare. Et encore, aller à Porte de Versailles ne le dérangeait pas tant que ça, comparé à Villepinte quand Jane participait à la fameuse Japan Expo.

Ce qui était marrant, enfin plutôt ironique, c'était que Harry avait abandonné le fanzine auquel il participait quand il avait commencé à bosser dans son entreprise, par manque de temps puis d'intérêt, préférant travailler en free-lance pour d'autres publications. Il lui arrivait de temps en temps de participer sur les stands de ces amateurs, pour le fun. À ce moment-là, il pensait sérieusement que cette période de sa vie était terminée, mais ça, c'était avant que Jane ne lui parle de son projet et qu'il se retrouve plus ou moins obligé d'y participer.

Parce qu'il était un bon grand frère, et que quand sa sœur lui disait qu'une de ses illustratrices la lâchait, il ne pouvait lui refuser quelques heures de gribouillage sur son stand.

Pas forcément plus réveillé qu'à l'aller, Harry reprit le chemin de son appartement. Il était presque huit heures trente, et tout ce qu'il espérait, c'était que Draco n'était ni habillé, ni même levé. Harry se voyait bien arriver, se dessaper et puis se glisser dans son lit pour piquer un petit somme. La veille, il était passé en catastrophe dans une Fnac pour acheter un billet d'entrée et s'éviter la queue du matin. Mais comme Harry était un feignant, et surtout, qu'il détestait faire la queue des heures entouré de pseudos geek, de cosplayeurs du dimanche, de lolitas à peine potable et de « kikoulol » en veux-tu, en voilà, il comptait bien arriver sur les coups de dix heures, voire même dix heures et demi.

Voire même un peu plus tard, même s'il risquait de se faire arracher les yeux par sa sœur adorée.

Harry rentra donc chez lui en priant pour que Draco se soit rendormi ou, au pire, qu'il soit resté dans le lit à feuilleter un bouquin ou à regarder la télévision. Il savait dormir avec la télévision allumée, ce n'était pas un problème. Alors, quand il arriva et qu'il constata que le silence régnait chez lui, Harry fut soulagé. Il put se déshabiller et remettre son pyjama avant de retourner dans sa chambre où Draco s'était visiblement rendormi.

Quand Harry s'allongea juste à côté de lui, le jeune homme ne bougea pas. Et c'était tant mieux.

OoO

Si un jour on lui avait dit qu'il irait dans une grande convention parisienne portant sur la culture japonaise, à laquelle il était au final bien peu sensible, habillé comme un pseudo majordome, qu'il serait victime de photographes amateurs et des hormones des filles du stand et qu'en plus il s'amuserait comme il s'était rarement éclaté dans sa vie… Draco n'y aurait sans doute jamais cru.

Dans le fond, Draco n'aurait su dire ce qui l'avait convaincu d'écouter Harry. Peut-être était-ce son sourire de gamin, ses incroyables yeux verts, ou bien simplement l'envie de lui faire plaisir. Après tout, il avait dormi contre lui, Harry ne l'avait pas repoussé quand il l'avait embrassé sur la joue, et il l'avait embrassé à deux reprises sur la tête. Il était même venu dans la chambre le prévenir qu'il partait de façon plutôt tendre.

Et le matin même, Harry avait été d'une telle gentillesse que Draco n'avait pu lui dire non. Peut-être aussi parce que, sur le coup, il se fichait pas mal de sa tenue vestimentaire et de ce que les autres pourraient penser de lui en le voyant, lui pourtant si strict sur son apparence. Harry lui souriait, le prenait parfois dans ses bras, comme il avait pris un peu l'habitude dernièrement, et rien d'autre ne comptait.

Il s'était donc retrouvé habillé en deux, trois mouvements d'une tenue lui faisant penser à celle d'un majordome, d'un aristocrate. Harry lui avait tendu un pantalon bleu foncé ainsi qu'une veste de la même teinte, tous deux brodés sur les bords avec un certain soin. À cela s'ajoutait une chemise blanche avec un peu de dentelles ainsi que quelques accessoires pour compléter le costume. Harry l'avait dessiné puis réalisé avec la machine à coudre de sa mère des années auparavant. Il était alors censé représenter un personnage qu'il avait créé dans le fanzine auquel il participait. Étant donné que le personnage en question portait des bottines à hauts talons, le pantalon était un peu trop long pour lui, s'il le portait pieds nus, mais il convenait parfaitement aux jambes de Draco.

Ainsi habillé, Draco prit donc le métro avec Harry qui portait une tenue encore plus voyante que la sienne mais cachée en partie par son manteau. Si le blond avait été gêné par son accoutrement dans le métro, il avait perdu toute sa réserve une fois arrivé sur le stand de Jane. Être dans la masse était une chose, être entouré de jeunes passionnés et peu regardants en était une autre. Et le moins qu'on puisse dire, c'était que Jane et ses copines adoraient avoir un aussi joli garçon sur leur stand, et si Draco était tout à fait honnête avec lui-même, il accepterait l'idée qu'il avait attiré plusieurs clients sur leurs stands. Ainsi que certains flashs.

Draco passa une journée fantastique, et pourtant, il n'était jamais allé dans des conventions de ce style. Il n'y en avait pas à Strasbourg et il n'avait jamais eu ni l'envie ni l'occasion de s'y rendre. Et pour être honnête, la culture japonaise n'était pas vraiment son fort : il avait lu très peu de mangas dans sa vie et n'était alors sensible qu'aux jeux vidéo, surtout à ceux mis à disposition des visiteurs. Et pourtant, il avait passé une journée inoubliable.

D'abord, il avait fait la vraie rencontre de Jane, puis de ses amies qui tenaient le stand avec elle. C'était une jeune fille pétillante et pleine de vie qui le mit très rapidement à l'aise, vantant ses qualités physiques et étala la perfection avec laquelle cette tenue lui allait. Un peu plus tard, il put discuter un peu avec Léo, bien plus jeune mais un peu plus sérieux que son frère, à sa manière. Il nota d'ailleurs l'admiration qu'il avait pour Harry, dans sa façon de le regarder ou bien de lui parler.

Il rencontra également plusieurs amis de Harry, certains qu'il connaissait déjà et qui étaient parfois plus déglingués que Harry lui-même, et d'autres qu'il n'avait jamais vus. Il sympathisa avec certaines personnes et passa un bon moment avec Hermione qui voulait une dédicace mais l'attente toute seule ne l'enchantait pas vraiment. Elle portait alors une chemise blanche plutôt échancrée et un corset qui faisait ressortir sa poitrine et affinait sa taille. Le blond sortit donc à plusieurs reprises du stand de Jane pour se balader. Mais en réalité, il passa la majeure partie de son temps à grignoter derrière la table, à séduire la clientèle et à jouer au caissier à côté de Harry qui s'acharnait sur ses papiers.

Mais surtout, il y avait Harry.

Harry qui dessinait comme un fou et qui attirait du monde, à la fois par sa technique mais aussi par son sourire, sa conversation, sa manière de happer gentiment les clients.

Harry qui le taquinait sans arrêt, faisait des caprices pour que Draco aille lui chercher un café, lui masse la main ou bien lui donne à manger.

Harry qui se glissait hors du stand régulièrement en lui attrapant la main pour l'emmener avec lui, faisant mine de partir discrètement alors que sa frangine et ses copines ne risquaient pas de le louper…

Draco passa sa journée sur le stand avec les amis de Harry, mais aussi et surtout avec lui.

Et être avec lui dans cet univers était presque magique, car c'était comme si tout ce côté adolescent que Harry réfrénait en temps normal n'avait plus aucune limite. Ils se tapèrent des fous rires comme Draco n'en avait pas connus depuis longtemps, s'amusèrent sur le stand et à l'extérieur, dans les allées plus ou moins bondées, près des scènes de karaoké ou de catch, firent la queue pour se prendre un énième café ou bien un truc à manger… Dans le métro qui les transporterait un peu plus tard, Draco se dirait qu'ils n'avaient jamais été aussi proches que cette journée-là, et que cette amitié qui s'était tissée entre eux était devenue comme une évidence.

Ils étaient différents. Complètement différents.

Draco n'avait pas son humour, sa joie de vivre, son excentricité. Il n'essayait pas tous les bonnets ridicules qui lui passaient sous la main, il ne sautait pas comme la misère sur le monde sur un goodies quelconque en laissant la nostalgie l'envahir et il ne discutait pas non plus avec de parfaits inconnus ou bien des dessinateurs rencontrés sur le net ou dans un lointain passé. Draco n'était pas Harry et il ne serait jamais comme lui. Mais être auprès de lui, entrer dans son monde, le suivre dans ses délires… c'était un peu ce dont il rêvait quand il était plus jeune. Et dans cette convention, c'était comme s'il perdait dix ans de sa vie.

C'était un peu comme s'il rattrapait le temps perdu.

Un peu comme si, pour la première fois, il se sentait entier. Parce que pour une fois, il n'était pas qu'un suiveur. Harry faisait le pitre pour le faire rire, pour attirer son attention son regard.

Ils flirtaient.

Draco avait cru rêver, se faire des idées, mais il avait fini par se rendre à l'évidence. Ils flirtaient, et surtout, Harry le cherchait. Par des regards, des taquineries, des gestes, des sous-entendus…

Ils se tenaient la main. Sans arrêt. Quand ils quittaient le stand, Harry l'attrapait, l'air de rien. Il la lâchait régulièrement mais la récupérait tout aussi vite. Et par moments, c'était le blond qui la cherchait, timidement, et jamais Harry ne l'ignora. Au contraire, il l'acceptait de façon tout aussi légère. Comme si c'était normal. Comme s'il se passait quelque chose entre eux.

Et même sur le stand, ils avaient ce genre de gestes, qui cependant n'étaient pas mal interprétés vu que Jane tenait un stand Boy's love, ce qui avait un tantinet étonné Draco, et ce jeu de séduction était passé pour de la taquinerie. Même Léo s'y était mis pour taquiner Draco et son frère, sans se douter un seul instant que quelque chose se jouait entre eux.

Que cette main que Draco tenait par instant pour la masser, qui s'aventurait parfois sur sa taille, que les gestes que le blond avait vis-à-vis de son frère n'étaient pas le résultat d'une grande complicité ou du côté tactile du blond, qui, indéniablement, était homosexuel, même s'il ne le dit jamais haut et fort. Mais qu'il y avait quelque chose d'autre derrière.

À un moment donné, alors qu'ils déambulaient dans une allée, Draco avait tenté le tout pour le tout. Histoire d'être sûr. Le dépassant d'une tête, le blond avait soudain posé légèrement son bras sur ses épaules, et après quelques secondes, il sentit Harry poser le sien sur ses hanches. Et alors, en plein milieu de cette foule de jeunes et de passionnés, le jeune homme s'était bêtement senti ému. Et ridicule, aussi.

Il se demanda ce à quoi ils auraient l'air, tous les deux. Lui, grand et blond, à côté de Harry, si petit et original avec ses cheveux teints, ses piercings et ses vêtements souvent trop grands. Surtout que Draco aimait être dessous et il était du genre à se laisser dorloter et non pas à prendre les devants dans une relation. Ce travail-là reviendrait à Harry, s'ils finissaient ensemble, ce qui était loin d'être gagné.

Et puis, le jeune homme se dit que Harry se fichait bien de ce que les autres pensaient de lui et qu'il n'en aurait sans doute rien à faire que son mec soit plus grand que lui. Et qu'il avait bien le droit de se sentir un peu retourné parce que l'homme qu'il désirait se laissait faire, alors qu'il était censé être hétérosexuel.

Même si Draco avait de sérieux doutes.

Et ces doutes ne dataient pas d'hier. Depuis les fêtes de Noël, l'étudiant était persuadé que son ami était bisexuel. Cependant, Harry ne devait pas assumer. Soit il avait conscience de sa sexualité et il n'avait jamais rencontré l'homme qui le ferait basculer de l'autre côté, et à cause de Ron, il avait dû enterrer tout ce qu'il ressentait. Soit il n'avait absolument pas conscience de son attirance pour les hommes, et dans ce cas, quelque chose avait commencé à bouger en lui.

Et depuis peu, Draco penchait pour cette seconde option.

Harry n'assumait pas. Il savait peut-être que quelque chose se cachait dans son cœur, mais dans tous les cas, il n'assumait pas.

C'était plus simple de ne pas assumer. Mais on se leurrait, et souvent, on passait à côté de jolies choses.

Draco n'estimait pas être une jolie chose, mais pensait que Harry méritait de vivre une belle histoire et non pas de petits épisodes romantiques sans queue ni tête.

OoO

Ils avaient quitté Paris Manga aux environ de cinq heures de l'après-midi. Harry n'avait pas coutume de rester jusqu'à la fermeture, surtout qu'il devait revenir en voiture pour récupérer sa sœur. C'était une habitude qu'il avait prise car il savait à quel point les conventions étaient fatigantes et, en général, ils passaient par un fast-food quelconque avant de rentrer à la maison. Cette fois-ci, vu que Harry avait un invité, Jane le laissa partir sans grogner et lui dit même qu'elle rentrerait en métro avec son frère.

Harry était épuisé. Il somnola un petit moment, la tête appuyée contre son épaule. Draco n'aurait jamais imaginé à quel point ce genre d'évènement pouvait être fatiguant, et encore, il n'avait pas fait grand-chose au final. Harry commençait à avoir la main douloureuse et mal à la tête à cause de tout le bruit, et comme il était excité comme une puce, un sérieux coup de barre s'était abattu sur lui en fin d'après-midi. Et même s'il s'amusait beaucoup, le blond était soulagé de fuir tout ce bruit.

Ils restèrent donc silencieux un bon moment, jusqu'à ce que Harry lui demande s'ils allaient chez lui ou s'ils se séparaient. Draco lui répondit qu'il était hors de question qu'il rentre chez lui dans cet accoutrement, ce qui fit sourire son ami. Harry n'aurait su dire si c'était une excuse pour rester chez lui ou si Draco voulait simplement se changer avant de rentrer. En tout cas, ils prirent le chemin de l'appartement du brun.

Quand Harry ouvrit la porte de chez lui, il ressentit un grand soulagement. C'était un peu comme si sa journée se finissait et qu'il pouvait enfin dormir, alors qu'il était évident qu'il se coucherait très tard. Cependant, il avait le temps de se détendre avant le retour de Jane et Léo, et surtout, il n'avait pas à aller les chercher et se taper les bouchons pour rentrer chez lui.

« Je peux aller me changer ?

- Ouais, vas-y. »

Harry alluma la télévision et s'affala dans le canapé. Quand la porte de la salle de bain se referma sur Draco, qui était allé chercher ses affaires dans la chambre, le jeune homme poussa un soupir à fendre l'âme.

Quelle journée, putain… Se dit-il en fermant les yeux. Mais quelle journée…

Dire qu'il avait simplement pensé à lui remonter le moral. À le détendre, lui faire voir autre chose, le décrocher de ses études et de ses idées noires… Après tout, on lui avait dit que son mec l'avait sans doute trompé, il devait forcément se sentir sali, alors il fallait absolument lui changer les idées.

Mais la veille, quelque chose avait dérapé. Harry s'était demandé quoi une bonne partie de la journée avant de réaliser, dans l'après-midi, que c'était précisément cette tromperie qui avait changé la donne. Parce que ses yeux s'étaient posés sur ce fameux SMS, dont Draco connaissait déjà plus ou moins le contenu, et que sa voix avait cassé le semblant de lien qui demeurait entre son ami et Steven.

Et ce fut comme si une porte s'ouvrait.

Comme si le fait de tenir Draco contre lui, de lui embrasser le front ou la tempe, ne devenait plus quelque chose de mal.

Parce que Draco était célibataire.

Et parce que soudainement, ces gestes qui auraient pu passer pour de l'amitié, pour lui qui passait sa vie à se mettre des œillères de chaque côté de la tête, devenaient du flirt.

Parce que Draco n'était plus tactile avec un ami, mais avec Harry.

Et ça changeait complètement la donne.

Il savait que c'était complètement con de comprendre tout ça si tard, mais accepter tout cela était trop compliqué. Et Harry détestait se prendre la tête. Surtout avec ça. Même s'il savait qu'il traînait cette réflexion sur lui-même depuis plusieurs années. Depuis qu'il avait réalisé que les nanas, c'était pas tellement son truc, et que même les amies filles, il avait du mal à les garder. C'était pas pour lui.

Mais c'était plus simple de se dire qu'il n'était pas fait pour être en couple.

Plutôt que de se dire que le problème était ailleurs.

Il avait commencé à réaliser qu'il avait un souci seulement quand Ron lui avait avoué ses sentiments. Ce fut comme un flash, aussi soudain que désagréable. Quelque part, il avait réalisé qu'il n'était pas comme tous les autres, que quelque chose déconnait vraiment chez lui. Et ça, Ron l'avait compris. Il l'avait pris pour lui, bien sûr, parce qu'ils étaient amis et qu'ils partageaient tout, parce que même la distance ne parvenait pas à les dessouder.

Mais Harry y avait vu une erreur. Une monumentale erreur.

Et il avait fermé les yeux.

Parce que c'était plus simple.

Mais cette après-midi, il avait dû se résoudre à accepter l'évidence : cela faisait déjà plusieurs semaines que cette espèce de flirt s'était installé entre eux, aujourd'hui, ils n'avaient pas cessé de se chercher. Et il n'était pas question d'effleurement ou de regards volés. Il s'agissait de mains qu'on attrapait, de caresses dans les cheveux, de son bras sur ses épaules et le sien sur ses hanches…

Mais aussi de sa bouche sur sa joue, de ses yeux pétillants et de son sourire…

Harry se leva du canapé et partit dans la cuisine se servir un verre d'eau. Il entendit Draco sortir de la salle de bain et retourner dans la chambre, sans doute pour déposer ses affaires. Puis, le blond le rejoignit. Harry regretta un peu ses anciennes fringues qui le mettaient vraiment en valeur, contrairement aux siennes qui étaient parfaitement ridicules. Même si son ami n'avait pas manqué de lui dire à quel point il adorait sa tenue.

« Tu te sens mieux ?

- Ça fait du bien de retrouver ses fringues, c'est fou…

- Ça c'est clair ! Je vais me changer aussi. T'as faim ?

- Pas tellement. J'ai surtout envie de m'allonger…

- Ouais, pareil. Bon bah direction le lit ! Je vais me changer et j'arrive. »

Harry remit les mêmes vêtements qu'il avait enfilés le matin même pour emmener sa sœur et son frère à la convention, à savoir un jean bleu un peu large et un sweat « I love London » qu'il avait acheté deux ans auparavant quand il avait emmené Jane et Léo en vacances en Angleterre. Il se démaquilla et prit une bonne douche, ce qui le réveilla un peu, mais n'allégea en rien sa fatigue. Et quand il revint dans sa chambre, Draco était allongé de tout son long sur le lit et avait même allumé la Playstation qu'il avait déménagée du salon pour la mettre dans sa chambre afin de pouvoir regarder des films.

« T'as envie de jouer à un jeu ? T'as mis quoi ?

- Rien, mais quand t'es mort, tu joues toujours à quelque chose.

- Putain, tu commences à vraiment me connaître ! »

Draco sourit d'un air amusé, tripotant son téléphone, tandis que le brun s'asseyait sur le lit pour attraper sa console et la poser dessus, pour éviter de trop tirer sur les fils des manettes. Puis, il fouilla dans le meuble de la télévision où il rangeait une partie de ses jeux et de ses DVD. Il regarda sa collection quelques secondes avant d'en sortir un, le sourire aux lèvres et le cœur nostalgique.

« Hey blondinet, t'en dis quoi ? »

Il leva la jaquette du jeu et se retourna pour le regarder. Le blond leva le nez de son téléphone et eut un petit rire amusé.

« Arrête, tu vas me rendre nostalgique.

- Le cosplay des deux gars au défilé, ça m'a rappelé des souvenirs.

- Riku était pas terrible mais j'ai adoré Sora.

- Tu veux faire une partie ? Je dois avoir le premier quelque part.

- Nan, vas-y, j'aime bien regarder les autres jouer. »

Alors Harry ne se fit pas prier : il sortit le CD du jeu Kingdom Hearts II de sa jaquette puis la glissa dans la console. Enfin, il posa la boîte près de la télévision et crapahuta sur son lit pour s'asseoir à côté de Draco. Ce dernier n'en finissait pas de jouer avec son téléphone, ce qu'il trouva un peu bizarre.

« Tu fais quoi avec ton téléphone ?

- Rien.

- Me dis pas ça, pas à moi !

- C'est Pansy.

- Ah ? Elle te dit quoi ?

- Elle me parle de son copain et… Rends-le moi ! Harry, je plaisante pas, rends-moi mon téléphone ! »

Mais trop tard : le jeune homme l'avait bien en main et fermement décidé à savoir avec qui il parlait depuis la fin de l'après-midi. Draco s'allongea à moitié sur son dos pour essayer de récupérer son mobile mais Harry avait déjà trouvé la réponse qu'il cherchait, et elle ne lui faisait pas franchement plaisir.

« Je peux savoir ce que tu racontes à ton ex ?

- Mais rien putain !

- Dis-moi ce qu'il te raconte ou je regarde ce que tu lui as écrit.

- C'est rien, Harry, je t'assure…

- T'as vraiment envie que je regarde ?

- Il me demande de lui redonner une chance.

- Et qu'est-ce que tu lui as répondu ?

- Que c'est fini et j'ai quelqu'un d'autre en tête. »

Il y eut un silence, à peine perturbé par le générique du jeu vidéo. Harry attendit quelques secondes avant de se contorsionner pour pouvoir regarder Draco.

« Ah ouais ? »

Le blond parut hésitant, au bout de quelques instants, il détourna la tête.

« Ouais.

- T'es pas en train de me mentir, n'est-ce pas ?

- T'as qu'à regarder les messages. Mais je ne parle pas qu'avec lui, il y a Pansy et Blaise, aussi.

- Okay. Faudra que tu me présentes ce mec.

- Pas de soucis. Vous allez très bien vous entendre.

- Ah ouais ?

- Ouais. Il est un peu comme toi : pas très grand, avec des mèches colorées et un peu geek sur les bords.

- En effet, il va me plaire. Quelle couleur, ses mèches ?

- Elles ont été bleues à une époque.

- Et en plus il a bon goût. »

Ils échangèrent un sourire un peu timide puis Harry fit un mouvement d'épaule pour que Draco se redresse. Le blond se rallongea à sa place contre les coussins qu'il avait entassés contre la tête de lit et Harry lui rendit son téléphone portable. Il alla ensuite chercher les manettes et remonta dans le lit pour s'installer à son tour, tout près de son ami, qui leva le bras pour enlacer ses épaules. Harry se laissa faire et se blottit même dans son étreinte.

Là, tout de suite, il avait envie d'être un peu dorloté. Parce que l'espace d'un instant, il avait cru que Steven était revenu dans la vie de Draco. Et cette idée était à présent insupportable.

Le jeu se lança. Depuis le temps, Harry avait déjà terminé le jeu à plusieurs reprises mais il avait pourtant recommencé une partie, pour le plaisir de se balader dans les mondes de Disney une fois de plus à travers son personnage. Bon, le premier jeu était meilleur et le rendait encore plus nostalgique, mais il avait la flemme d'aller le chercher dans son salon. Et puis il aimait bien le deuxième numéro, qu'il trouvait plus sombre, plus émouvant.

Draco avait terminé le jeu à deux reprises et connaissait donc très bien la progression de l'histoire, ce qui leur permit de discuter et de partager des souvenirs liés au jeu. Pour Harry, c'était un moment de partage car il l'avait découvert avec Jane installée juste à côté de lui avec un bol de noisettes posé sur les jambes et Léo non loin qui regardait l'écran avec une sorte de fascination. Il se rappelait de la découverte des lieux, de Roxas, de sa disparition, du retour de Sora, les mondes inconnus et ceux qui avaient complètement changé…

Kingdom Hearts, c'était son adolescence. C'était plein de bons souvenirs, c'était des week-end entiers passés à s'entraîner, à s'exciter sur des boss imbattables, à se réjouir d'une victoire et à glousser en voyant un personnage connu, comme Cloud, Sephiroth, et plein d'autres.

Pour Draco, c'était un peu différent. Il n'avait personne avec qui partager ça, à l'époque, mis à part Blaise qui était plus porté sur les jeux de combats, de voitures, de foot. C'était donc des soirées entières d'évasion, des week-ends passés devant la télévision de sa chambre à redécouvrir les mondes Disney d'une toute autre manière. C'était des bons souvenirs dans l'ensemble, mais aussi beaucoup de solitude et d'heures passées tout seul devant son écran avec une manette entre les mains.

Pendant près d'une heure de jeu, ils échangèrent des souvenirs, des anecdotes. Harry se sentait bien, détendu, et Draco, contre qui il était toujours allongé, semblait passer un bon moment. Du moins il souriait et sa main ne cessait de tripoter ses cheveux. Et par moments sa joue.

« Purée, le manoir… Je le sens pas.

- Oh non, pas ce moment…

- Putain c'est le moment que je déteste dans le jeu, c'est pas possible…

- Ah, toi aussi ?

- Ouais, c'est trop triste… Jane pleure toujours à ce moment-là.

- La première fois que je l'ai vu, j'ai pleuré aussi.

- Sérieux ?!

- Bah ouais, tu sais, la phrase à propos de Roxas…

- Oh non, me dis pas que t'es comme ma sœur et que… Ils étaient amis, c'est tout !

- Tu ne comprends rien à l'amour, Harry.

- Mais ils n'ont pas de cœur ! C'est des sans-cœur, donc par définition…

- Cherche pas, tu peux pas comprendre.

- Mais c'est vous qui…

- Axel était amoureux de Roxas, c'est tout.

- Mais…

- C'est tout, j'ai dit. »

Draco lança un regard à Harry qui le dissuada de poursuivre le débat. Il ferma donc la bouche et revint à son jeu. Il était bien comme Jane, celui-là, inutile de chercher à lui faire entendre raison. Et il était gay en plus, il se faisait forcément des films.

Vint le fameux combat qui opposait leur héro Sora à des Simili, sortes de créatures un peu étrange et qui aboutissait à la disparition du charismatique et flamboyant Axel.

Blottis l'un contre l'autre, ils regardèrent la scène ô combien émouvante où ce personnage si mystérieux et pourtant haut en couleur disparaissait, comme d'autres avant lui. C'était le genre de personnages qui avait donné à Harry l'envie de travailler dans le milieu, de créer des visages, des chevelures, des corps en mouvement dans un espace surréaliste.

Le jeu vidéo, c'était magique. Compliqué, laborieux et parfois franchement fastidieux… mais c'était magique. C'étaient des émotions, des personnages, des histoires, des sentiments… de la baston, des bolides, des combats…

Des rêves.

Des souvenirs.

Une évasion.

Un monde infini impossible à quantifier.

Un monde auquel il appartenait depuis trop peu de temps et dans lequel il voulait passer sa vie, car c'était ce qu'il aimait.

Créer.

Donner vie.

Apporter du rêve aux joueurs, un moment de liberté, d'oubli.

« Je voulais juste revoir Roxas, il était la seule personne que j'aimais. Avec lui... c'était comme si j'avais un cœur... c'est drôle non ? Je ressens la même chose avec toi Sora ! »

Axel venait de disparaître, et malgré lui, Harry sentit sa gorge se serrer un peu. Ça lui faisait toujours un petit effet de voir cet homme virtuel s'évanouir dans un brouillard sombre, comme d'autres avant lui. Mais lui, c'était différent. On apprenait à l'apprécier, ce personnage, et sa disparition était à chaque fois un crève-cœur.

Discrètement, Harry leva les yeux vers Draco et constata qu'il avait les yeux un peu trop humides pour que ce soit naturel.

« Tu pleures ? »

Il avait chuchoté cette phrase, comme pour ne pas briser l'ambiance du moment. Le blond baissa les yeux. Ses yeux brillaient.

« Non. »

Leurs regards se croisèrent, et il y eut un silence. Harry sentit son cœur s'emballer dans sa poitrine et ses poils se hérisser.

Il avait vraiment des yeux magnifiques.

Et un beau visage, aussi.

Un putain de beau visage.

Comme il les aimait. Fins et plutôt ovales, les traits bien dessinés, jolis, avec une bouche bien tracée, un nez droit et des yeux incroyables.

Parviendrait-il un jour à reconnaître que Draco l'avait attiré dès le premier regard, mais que son allure de premier de la classe et son visage si fermé avait tout balayé ?

Peut-être.

Mais plus tard.

Car là, tout de suite, il y avait ses paupières qui se fermaient et sa bouche qui se rapprochait lentement de la sienne, avant de s'y poser, avec une tendresse inouïe.

Ils s'embrassaient.

Son bras derrière ses épaules, sa main non loin de son visage Draco était en train de l'embrasser.

Comme Ron, en fait.

Avec cette naïveté qu'avaient les premiers baisers, cette douceur et cette timidité, cette chasteté qui leur conférait tout leur charme, toute leur dose de souvenirs.

Mais cette fois-ci, il n'y eut pas de rejet. De peur. De sentiment de trahison, et puis cette sensation d'avoir fait une erreur, d'avoir perdu quelque chose.

Au contraire. Harry avait les lèvres en feu, le cœur excité par toutes ces émotions qui le traversaient, et quand Draco bougea un peu sa bouche, comme pour s'éloigner ensuite, le jeune homme posa sa main sur sa joue et sur son cou, comme pour faire perdurer ce baiser.

Et alors le baiser s'intensifia. Draco bougea autour de lui pour le prendre dans ses bras, resserrer son étreinte contre lui, sans cesser de l'embrasser. Harry se laissa aller à toucher ses cheveux blonds, toujours si bien coiffés et ordonnés. Naturellement, il entrouvrit la bouche, et quand il sentit Draco taquiner la commissure de ses lèvres, il sentit comme un élan de panique monter en lui.

Il embrassait Draco. Son ami.

Un homme.

Draco s'était penché vers lui pour l'embrasser, et à présent, il le tenait dans ses bras.

Et lui, il avait les mains dans ses cheveux, se laissant picorer la bouche par celui qui fut son ami durant quelques mois.

Quelques incroyables mois.

Depuis combien de temps n'avait-il pas ressenti cela ? Cette espèce d'euphorie accompagnant un premier baiser et cette angoisse qui le suivait, parce qu'on ne sait pas trop ce que ça veut dire, si ça va durer, si on a bien fait…

Il embrassait un homme.

Depuis combien de temps souhaitait-il éprouver tout cela ? Ce sentiment de sécurité dans les bras de quelqu'un d'autre, de plaisir alors qu'il n'y avait que sa bouche contre la sienne, de sérénité parce qu'il y avait cet autre qui contrebalançait tout ce qui n'allait pas chez lui.

La panique monta en lui, mais elle fut balayée par le plaisir de sentir sa langue glisser contre la sienne et s'emparer de sa bouche. Et ce fut un baiser langoureux, tendre, suave, sans excitation maladroite, bruits mouillés désagréables ou domination excessive. Juste un baiser d'amoureux, et d'homme.

Un vrai baiser d'homme.

Qui lui donnait envie de plus.

Quand le souffle leur manqua, Draco mit fin à leur baiser, s'écartant un peu. Il rouvrit les yeux et croisa le regard de Harry. Un regard un peu trop brillant, presque fiévreux. Son cœur se réchauffa dans sa poitrine, soulagé de voir qu'il avait apprécié, que le dégoût ou la gêne n'avait pas remplacé le plaisir qu'il avait paru éprouver dans ce baiser plutôt timide où Draco avait essayé de transmettre tout ce qu'il ressentait.

L'envie de lui.

La crainte de le voir partir.

Sa réserve naturelle, sa grande timidité face aux hommes qui lui plaisaient…

Surtout face à des hommes comme lui, si extravertis, si ouverts, si… vivants…

Draco s'attendit à ce que Harry se recule ou du moins qu'il marque une petite distance avec lui, ne serait-ce que symbolique. Mais plutôt que de reprendre son souffle et ses esprits, le jeune homme reprit aussitôt sa bouche et le fit basculer sur le côté.

Comme dans un rêve, l'étudiant blond se retrouva allongé sur le dos, Harry installé sur lui, ses jambes de part et d'autres de son corps, un de ses bras enserrant ses épaules et une de ses mains sur sa joue. Et cette fois-ci, ce fut lui qui domina le baiser. Un baiser plus dominateur, plus passionné, presque sauvage au bout d'un moment. Peut-être avait-il allumé Harry en laissant ses mains vagabonder sur son dos, caressant sa peau à travers le tissu de son sweat sombre.

Cette fois-ci, ce fut un vrai baiser. De ceux qui vous rendent pantelants, qui vous font voir les étoiles, qui font naître des papillons dans le ventre et des rêves plein la tête. Draco se sentait vraiment comme dans un rêve, de ceux qu'il avait imaginés, seul dans son studio, et encore, ce qu'il vivait était mieux encore. Car dans ses fantasmes, Harry ne s'allongeait pas sur lui pour l'embrasser comme un perdu, sa main caressant sa joue et par moment ses cheveux.

Dans ses rêves, il n'était pas aussi fougueux, aussi doué avec sa bouche, il ne soupirait pas et ne le faisait pas non plus gémir. Parce que ce n'était que des rêves, loin de la réalité.

Alors que, dans la vraie vie, Harry embrassait comme un Dieu, et son corps allongé contre le sien éveillait en lui des désirs insoupçonnés.

Quand Harry se recula, mettant fin aux baiser, Draco ne put retenir un petit gémissement déçu. Le brun pouffa, un léger sourire aux lèvres, qui s'accentua en voyant les yeux de chien battu de l'autre homme. Ils restèrent là quelques instants, à se regarder, le goût de l'autre dans la bouche et les lèvres brulantes. Sans trop savoir quoi faire.

S'embrasser était une chose.

Aller plus loin en était une autre.

Draco avait aimé ce baiser. Il avait aimé son initiative, celle de poursuivre cet échange si agréable et si bon, il avait aimé sentir sa langue contre la sienne, qui la caressait, la taquinait…

Mais allait-il s'engager ? Souhaitait-il quelque chose entre eux ? Voulait-il de Draco dans sa vie ? Assumerait-il, à un moment donné cette relation ?

Parce que s'il avait fermé les yeux si longtemps… Avait-il vraiment envie d'assumer quelque chose qu'il n'avait visiblement jamais envisagé ?

Soudain, Harry se redressa un peu pour croiser les bras sur son torse et lui fit un sourire.

« Ça te dirait qu'on sorte ensemble ? »

Choqué, Draco ne put cacher sa stupeur. Son air fit un peu rire Harry, qui montra enfin un peu d'embarras. Cependant, il ne se déplaça pas, et Draco, ne sachant où poser ses mains, les laissa près des hanches du brun.

« T'es sérieux ?

- Bah ouais.

- Et ça te prend comme ça, d'un coup ? Enfin, t'es hétéro à la base et…

- On s'est embrassé.

- Ça veut rien dire. C'est moi qui ai commencé.

- T'as pas envie de sortir avec moi ? »

Il en crevait d'envie. De sentir son corps contre le sien, d'avoir sa bouche contre la sienne, de tenir sa main dans la rue et de le toucher sans complexe. Sans se dire qu'il était hypocrite, qu'il jouait à l'ami tactile alors qu'il rêvait d'autre chose.

« C'est pas ça.

- C'est quoi, alors ? »

Harry ne souriait plus vraiment et leurs voix s'étaient faites basses.

« Tu peux pas avoir accepté en si peu de temps qu'en fait tu aimes les hommes.

- Je t'avoue que je ne l'ai même pas encore envisagé.

- Et tu veux sortir avec moi ?

- Il faut se prétendre homosexuel pour sortir avec toi ? »

Il y eut quelques secondes de flottement avant que Draco ne comprenne le sens de sa phrase. Ou à peu près, parce que le concept lui échappait totalement.

« Disons que c'est mieux. En gros, je te plais mais t'es pas prêt à te dire que t'aimes les hommes.

- Je crois que je fais un blocage là-dessus. Et ouais.

- Et t'es prêt à m'embrasser, à dire à tes amis que tu sors avec moi, et à coucher avec…

- Ouais.

- Même coucher avec moi ?

- Ouais.

- T'es sérieux ?

- Pas tout de suite. Mais je suppose que si tu m'attires physiquement et que si t'es patient avec moi, ça devrait le faire.

- Ça te tenterait de coucher avec un mec ?

- Pas vraiment. Mais avec toi, carrément. »

Draco éclata de rire, s'attirant le sourire amusé de Harry. C'était un peu comme si certaines portes étaient en train de s'ouvrir devant lui, mais pas totalement, car il n'était pas encore prêt à les traverser. Ou plutôt, à accepter ce qu'elles cachaient derrière leurs battants.

Mais là, tout de suite, il avait envie d'essayer.

De continuer à se sentir bien, en accord avec lui-même. Bien, pour une fois, avec une autre personne qu'il ne regardait plus comme un ami, mais comme un potentiel partenaire.

Car c'était plus que de l'amitié, de la complicité.

Ce n'était pas une envie d'être avec lui.

Mais un besoin.

D'entendre sa voix, de voir son visage, de sentir son odeur…

D'être avec lui. Tout simplement.

« On te l'a jamais faite, celle-là, hein ?

- J'ai jamais rencontré un mec comme toi… On va dire que je le prends pour un compliment.

- Tu peux. C'est la première fois qu'un gars me fait envie.

- C'est plutôt la première fois que t'en as conscience.

- Aussi. »

Les mains du blond remontèrent dans son dos et glissèrent sur ses épaules. Puis, il caressa ses joues, son menton, en des gestes légers, presque intimes. Harry se pencha pour planter un baiser léger sur sa bouche et l'étudiant en profita pour enlacer son cou. Alors les bras du brun se décroisèrent et ses mains se posèrent sur ses épaules, se faufilant un peu sous lui, comme pour le tenir un peu plus près de lui.

« Alors ? On fait quoi ?

- T'as peur de regretter ?

- Tu te poses trop de questions.

- J'ai été trop déçu.

- Je ne te décevrai pas. »

Ces mots, prononcés comme pour une promesse, et son air sérieux le retournèrent. Harry ne jouait pas avec lui. Il ne testait pas, pour le fun. Pour voir ce que ça faisait que de se taper un mec.

« Alors d'accord.

- Vrai ?

- Ouais. »

Le blond l'attira à lui pour l'embrasser à son tour, comme pour marquer le début de leur relation.

Ils sortaient ensemble.

Draco n'en revenait pas, il était comme dans un rêve.

Mais la bouche taquine qu'il embrassait et qui cherchait à approfondir le baiser était tout, sauf un rêve. Et il n'allait certainement pas le détourner du chemin si agréable qu'il avait pris.

Mais combien de copines avait-il pu avoir pour embrasser si bien ?

« Tu peux supprimer Steven de ton répertoire, maintenant.

- Pardon ?

- Tu peux supprimer son numéro. »

Harry parlait contre sa bouche, un léger sourire aux lèvres. Draco fronça les sourcils. Il n'appréciait pas vraiment ce genre de petites magouilles.

« Et pourquoi je le supprimerais ?

- Parce que c'est un salopard de première et que si je le vois te tourner autour, ça va barder ?

- Tu vas te chauffer tout rouge ?

- Je peux être un vrai salaud quand j'en ai envie. Te marre pas, tu me connais pas quand je suis en colère.

- Et Steven te met en colère ?

- Le fait qu'il t'ait trompé et qu'il se soit foutu de ta gueule aussi longtemps, oui, ça me met en colère. Donc je te demanderai de bien vouloir supprimer son numéro, même si je sais que ça ne l'empêchera pas de t'envoyer des SMS, et de ne plus penser à lui. Parce que tout ce qu'il t'a dit, c'est des conneries. Il voulait te faire du mal et il a réussi, parce que dans le fond, t'as tellement peu confiance en toi que t'avales tout ce que des cons comme lui te disent.

- Tu sais pas tout ce qu'il m'a dit…

- Non, et je ne vais pas essayer de le savoir. Si tu me l'as pas dit, c'était que tu avais de bonnes raisons de ne pas le faire. Alors justement tu vas oublier tout ça. On passe à autre chose.

- Tu sais que j'ai eu des ex pires que lui ?

- Tu as leur numéro sur ton téléphone ?

- Non. Je vais le supprimer.

- Merci, blondinet.

- T'es jaloux ?

- Pas spécialement. Mais si tu gardes contact avec un mec qui ne t'a jamais respecté, qui t'a fait du mal et qui t'a sali, je vais devenir mauvais. »

C'était ça qu'il cherchait chez un mec : la protection. Pourtant, Draco était grand, mature et ne craignait pas les regards de travers que son statut d'homosexuel incluait forcément. Mais c'était ça qu'il recherchait malgré lui chez ses copains, cette sensation d'être protégé, soutenu… Il cherchait un homme. Un vrai. Et cette menace à peine voilée ne lui faisait pas peur, au contraire, elle le rassurait.

« Steven n'a qu'à bien se tenir.

- Ça, c'est clair ! Lui et tous les autres, d'ailleurs.

- On touche pas à ton copain ?

- Nan. On touche pas à ce qui est à moi ! »

Ils échangèrent un sourire amusé puis un baiser des plus chastes.

« Bon, on la continue, cette partie ?

- Axel est mort…

- Allons le venger ! »

Et alors Harry se releva enfin pour se rouler sur le côté, à sa position initiale. Draco se redressa un peu sur les coussins et ouvrit les bras pour que Harry puisse à nouveau s'installer contre lui le plus naturellement du monde.

Un peu plus tard, ils arrêtèrent de jouer et se mirent un film. Ils changèrent de position et Draco se retrouva allongé contre lui, sa tête contre son épaule, à se laisser câliner les cheveux. Sa main posée sur son ventre se faisait parfois un peu plus baladeuse, mais Harry se laissa faire. C'était agréable. Il avait une façon de le toucher un peu inédite mais vraiment agréable…

Et puis, encore un peu plus tard, Jane et Léo rentrèrent de la convention, épuisés mais bien heureux d'être de retour. Ils dînèrent tous ensemble, et au moment d'aller se coucher, ils les surprirent en train de s'embrasser dans la cuisine, alors que Harry était censé faire la vaisselle.

Mais ils ne dirent rien.

Ils le gardèrent pour eux.

Car c'était encore trop tôt.

Mais ils savaient déjà que c'était le début d'une belle, très belle histoire.

FIN