Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !

Couple : Harry/Draco.

Rating : T.

Cet OS écrit pour Felinness sur le challenge "Jungle", qui m'a peu inspirée sur le coup mais qui a donné lieu, au final, à 70 pages... J'espère cette petite immersion dans la jungle vous plaira ! Je dédicace cet OS à Catheolia qui m'a aidée à avancer et qui a corrigé cette histoire en un temps record ! Une personne sera choisie parmi les reviews de cet OS.


Le charmeur de serpents

Les voix de Pansy et Demetrius, qui traversaient le couloir jouxtant leur laboratoire, le tirèrent de ses pensées. Il les écouta passer devant la porte, la voix aigüe de sa collègue lui permettant de distinguer quelques syllabes. Elle paraissait clairement agacée, mais vu son état de fatigue et d'énervement, Draco n'était même pas capable de s'en satisfaire.

Une semaine qu'il était arrivé dans le Centre de Recherches Persio Da Silva et cinq heures qu'il planchait sur ce maudit venin de vipère nacrée, dont le vrai nom à coucher dehors lui faisait mal à la main à chaque fois qu'il devait l'écrire en entier. Les deux jours précédents, il avait étudié tous les rapports sur ce liquide rouge carmin et enchaîné les tests pour mieux s'approprier son sujet d'étude. Et malgré tout son acharnement, il n'avait pas avancé d'un pouce.

Son objectif de la semaine était de trouver un antidote à ce maudit venin, et ni lui, ni sa collègue Esperanza n'était parvenue au moindre résultat. C'était déprimant. Draco n'était pas du genre à s'avouer vaincu, mais jamais il n'aurait cru que ce serpent représenterait de telles difficultés.

Pourtant, Draco Malfoy était l'un des chercheurs les plus doués de sa génération. Après avoir suivi des études de potioniste et avoir intégré le département de recherches en potions et remèdes divers, il avait été soutenu par ses supérieurs pour s'orienter vers l'étude des venins et la conception d'antidotes. Il n'avait alors que vingt-quatre ans et cela faisait déjà un an qu'il avait intégré cette section à Ste Mangouste, travaillant à partir des recherches de ses collègues pour concevoir des antidotes.

L'étude des venins l'avait toujours passionné, même si elle était compliquée et pas forcément suffisamment estimée. Cependant, dans leur milieu, leur travail était reconnu étant donné que leurs antidotes avaient de grandes utilités dans la conception de potions, remèdes et autres breuvages. Il avait été repéré à force de concocter divers antidotes en suivant des protocoles ou en les inventant, et depuis un an, il consacrait ses recherches à cela, avec un certain talent.

Mais là…

S'il avait pensé que ce serait si difficile…

« Dray, on fait une pause ? J'suis morte…

- Ouais, pareil. Café ? »

Esperanza secoua la tête d'un air fatigué, ses cheveux courts mais bouclés s'agitant doucement dans tous les sens. Draco se leva de sa chaise, s'étira, puis sortit du laboratoire pour rejoindre la salle de repos juste à côté. Le dos un peu douloureux, il regarda mécaniquement l'heure pour calculer le temps qu'il lui restait avant de mettre un terme à son travail. Il en avait assez de tourner en rond et il était trop énervé pour parvenir à réfléchir correctement.

La salle de repos était vide. La tête à mille lieux de là, Draco s'avança vers la machine à café, lança un sortilège à la carafe pour le réchauffer, puis leva le bras pour ouvrir le placard et en sortir deux tasses.

Du moins, il en eut l'envie.

Car plutôt que de toucher la céramique froide, ses doigts entrèrent en contact avec quelque chose de plus mou. De plus écailleux. De plus…

Reptilien.

Redescendant sur terre, Draco retira aussitôt sa main et ouvrit le placard en grand. Etendu de tout son long sur le rebord du placard, son corps serpentant entre les tasses, se tenait Moïra. Le corps noir parsemé d'écailles d'un bleu turquoise assez particulier et les yeux sombres, elle le regardait d'un air presque hautain, si l'on pouvait donner un air quelconque à un serpent.

Draco manqua de hurler.

Il l'aurait sans doute fait si cette saloperie avait osé approcher sa tête de lui, comme elle l'avait fait la première fois qu'ils s'étaient retrouvés nez à nez. Mais Draco, malgré la panique qui commençait lentement à monter en lui, ne se fit pas avoir une deuxième fois.

Sans chercher à récupérer une tasse, comme il avait eu la sottise de le faire la dernière fois, le blond se recula d'un coup et se rua hors de la pièce, furieux et les mains tremblantes.

« Nabil ! Nabil, y'a ton serpent dans la salle de repos ! Nabil ! »

Mais où était cet abruti de prince arabe, quasiment tiré des contes des mille et une nuits ?! Parcourant les couloirs, Draco se mit en quête du charmeur, maudissant les enfoirés qui l'avaient envoyé dans cet Enfer.

Le centre de recherches Persio Da Silva, situé en plein milieu de la forêt amazonienne, était spécialisé dans les serpents. Les activités de l'établissement étaient diverses. De grosses activités de recherche étaient pratiquées par des professionnels sélectionnés avec soin, aussi bien sur ces reptiles que sur leurs venins. Et pas autre chose.

Car ce qui faisait la spécificité de ce lieu hors du commun, ce n'était pas sa localisation vraiment douteuse, de l'avis de Draco, mais son équipe de charmeurs de serpents, la plus nombreuse au monde.

Les charmeurs de serpents étaient des sorciers parlant le fourchelang, ce qui limitait considérablement le nombre de candidats à ce poste. Ces derniers suivaient ensuite des études très poussées sur les serpents et tout e qui leur était lié, avant de suivre des entraînements afin de communiquer naturellement avec ces reptiles. Leur travail de recherche reposait sur leur collaboration avec les serpents, ce qui nécessitait une excellente maîtrise de cette langue héréditaire et un talent tout particulier pour dresser et maîtriser les animaux en face d'eux. Car quand on se retrouvait devant un crotale et qu'on voulait en prendre le venin, sans utiliser la violence, il fallait faire preuve d'une grande diplomatie.

Et là reposait tout le talent des charmeurs de serpent. Draco avait entendu dire que leur épreuve suprême était de passer une semaine avec les serpents les plus venimeux possible sans se faire mordre une seule fois. Ils avaient certes ingurgité les antidotes nécessaires au cas où, mais rien qu'à l'idée d'être enfermé une heure avec une de ces saloperies, Draco se sentait faiblir.

« Nabil ! Bordel, mais où il est… »

Quand son supérieur lui avait annoncé qu'il avait été retenu pour passer trois mois de stage dans le centre de recherche Persio Da Silva, Draco n'avait pas vraiment réagi, ne sachant pas exactement à quoi il avait affaire. Il avait fallu qu'il dîne avec Théodore Nott, avec qui il avait gardé contact après Poudlard étant donné qu'ils avaient partagé les mêmes bancs ces dernières années, pour comprendre ce qui l'attendait. En effet, le jeune homme avait été engagé très tôt dans la section de recherche sur les venins de serpents, et après un stage de deux mois à Bombay et un autre à Antananarivo, avait également été retenu pour ce voyage.

Et si Théodore était plutôt enthousiaste, étant donné que c'était le centre de recherche le plus prisé du monde, Draco avait radicalement changé d'avis sur cet honneur qu'on lui faisait.

Car étudier du venin était une chose.

Travailler avec des serpents en était une autre.

Et, surtout, travailler dans un lieu où les serpents se baladaient à leur guise, qu'ils soient venimeux ou non, était mille fois pire que ce stage de deux semaines qu'il avait fait dans un élevage de mygales.

« Nabil ! Nabil, où es…

- Un problème ? »

Une vague de soulagement l'emporta, lui et toutes ses angoisses. Aussitôt, Draco pivota sur ses pieds et bénit Merlin et tous ses comparses d'avoir mis ce type sur son chemin.

« Potter ! J'ai un problème…

- Je vois ça. Qu'est-ce qu'il t'arrive ? »

Un jean trop grand sur les hanches et un tee-shirt noir sur le dos, Potter se tenait là, en plein milieu du couloir, avec sa blouse blanche grande ouverte sur laquelle était accroché un badge avec son nom. Comme si quelqu'un pouvait ignorer qui il était… s'était-il dit quelques jours plus tôt, avant de se souvenir qu'ils étaient perdus en plein milieu de cette putain de forêt qu'il avait dû traverser à pied pour accéder à cet endroit, dont il lui était impossible de sortir mis à part les week-ends.

En fait, Potter avait l'air aussi encore plus déglingué que quand il était à Poudlard. A croire que vivre au milieu de tous ces reptiles comme s'il travaillait dans un élevage de chiots lui avait vraiment bousillé la tête… Peut-être la faute de tous ces antidotes qu'il avait bu afin de prévenir tout risque d'empoisonnement. Qui sait…

« Pourquoi tu cherches Nabil ?

- Tu sais où il est ?

- Il n'est pas là, il est à Sao Paulo avec Satsuki.

- Bordel, mais pourquoi ses bestioles trainent partout s'il n'est pas là ?!

- Tu es retombé sur Moïra ?

- Oui, tu peux la retirer du placard, s'il te plait ? »

Potter lui fit un léger sourire avant de tourner les talons. Draco le rattrapa, soulagé. Quelques jours auparavant, il ne se serait pas abaissé à demander de l'aide à son ancien pire ennemi, mais étrangement, Potter était le seul charmeur ici à comprendre que ces bestioles avaient quelque chose d'effrayant et qu'il n'était pas normal qu'elles menacent ainsi le personnel.

« C'est bien dans la salle de repos que…

- Ouais. Elle est au-dessus des tasses.

- C'est bizarre qu'elle se cache là, quand même.

- Nabil ne m'aime pas. Et cette saloperie non plus. Et ne rigole pas, Potty.

- S'il était là, il te ferait comprendre qu'on ne traite pas sa princesse de « saloperie ».

- Mais il n'est pas là et c'est une saloperie.

- C'est marrant, Ashley m'a dit la même chose quand elle est tombée sur Gora.

- Attends, tu parles du mamba noir ?

- Non, le vert.

- Vous êtes abominables… »

Cette fois-ci, le rire de Potter fut un peu plus franc, mais il avait toujours cette retenu qu'il ne lui connaissait pas du temps de Poudlard. Paisible, il marchait en direction de la salle de repos, comme s'il ne craignait rien. Et Draco savait que, dans les faits, le charmeur ne risquait absolument rien.

Et marcher à ses côtés avait quelque chose de rassurant.

Potter était rassurant. Pas comme Nabil, si fermé, ou Satsuki, si excentrique et moqueuse.

Si Potter avait perdu de sa spontanéité, il demeurait un homme profondément gentil, serein et apaisant.

« Alors, allons voir ça… »

Ils pénétrèrent dans la salle de repos, et sans hésitation, Potter s'avança vers le placard et l'ouvrit en grand, sans hésitation. Moïra était toujours là. Elle leva sa tête en reconnaissant le charmeur, et après quelques mots prononcés dans cette langue presque surnaturelle qui lui rappelait de désagréables souvenirs, elle se laissa manipuler facilement par le brun qui la délogea du placard.

Draco se tenait à un bon mètre de lui, le regardant faire. La main sur la tête de l'animal, qui ne bougeait pas entre ses bras, l'ancien Gryffondor lui fit un sourire rassurant.

« Qu'est-ce que tu lui as dit ?

- Qu'elle arrête de t'embêter.

- Elle va recommencer.

- Je lui ai dit que si elle recommençait, je la cachais pendant dix jours dans une boite.

- Tu ferais ça ?

- Je pense que tu es parano. Mais si tu as raison, au moins elle sait à quoi s'attendre.

- Merci.

- Je t'en prie. »

Potter se baissa pour la poser par terre avant de lui adresser quelques mots, et aussitôt, le serpent quitta la pièce en rampant sur le sol. Draco la surveilla, inquiet malgré tout, se fichant bien du sourire moqueur que devait afficher en cet instant son ancien ennemi.

« Elle ne t'embêtera plus, ne t'en fais pas.

- Nabil aurait dû s'en occuper.

- Les serpents ne sont pas aussi contrôlables que tu le penses, Draco. Comment va ta main ? »

S'arrachant à la vision du serpent qui quittait la pièce, Draco leva un regard incertain vers Potter. Il était le premier à lui avoir posé la question, et pourtant, il s'était fait mordre trois jours après son arrivée alors qu'il venait préparer du café pour lui et Esperanza. Moïra s'était cachée dans le placard des tasses, et quand il avait voulu en saisir une malgré sa présence, sans la taquiner ou essayer de la déloger, le reptile l'avait mordu profondément dans la main. Plus que la blessure, c'était la manière dont le reptile s'était accroché à sa main pour injecter son poison en lui qui avait traumatisé le blond.

Il avait été soigné, bien sûr, et on lui avait administré un antidote. Mais la plaie peinait à se cicatriser et à présent, à chaque fois qu'il croisait un serpent, Draco sentait une espèce de panique monter en lui sans qu'il ne puisse la refouler, ce dont il était capable avant que cette garce ne le morde. Il en aurait presque pleuré de honte, à chaque fois qu'il se retrouvait à aller chercher un charmeur pour l'aider, et autant le dire, à part Potter et Flavia, personne ne se déplaçait pour chasser les bestioles, aussi dangereuses soient-elles.

« Ca va.

- Montre.

- Je t'ai dit que ça allait !

- Montre-moi. »

Potter s'avança vers lui et lui saisit la main blessée, sans rencontrer la moindre résistance. Il défit le bandage qui servait à protéger la plaie et Draco vit à nouveau la trace des deux crocs qui le démangeait, par moments.

« C'est un peu infecté.

- L'infirmière m'a dit que ça passerait.

- Ah oui ?

- Ouais.

- Tu n'as rien pour soigner ça ?

- Non. »

Il savait que l'infirmière aurait dû lui donner quelque chose pour soigner sa blessure, mais Draco avait été trop fier pour le lui signaler. Peut-être pensait-elle qu'il avait de quoi se soigner, ou bien était-elle conne. Le blond penchait la première option. Potter, visiblement, pour la seconde.

« Tu aurais dû lui demander.

- Ca va se soigner. »

Mais à peine prononça-t-il ces mots, sans grande conviction, que Potter fouilla dans une ses poches intérieure pour en sortir une petite fiole. Il l'ouvrit, répandit un trait de liquide sur le dos de sa main, puis rangea le flacon dans sa poche. Enfin, il se mit le masser, avec une dextérité que conférait l'habitude. Surpris mais soulagé, Draco se laissa faire sans mot dire, savourant l'agréable chaleur qui enveloppait sa main et la disparition progressive des légères démangeaisons. Quand le brun lâcha sa main pour la rebander, Draco le remercia, sincèrement. Potter secoua doucement la tête.

« Ne souffre pas pour rien, Draco. Je sais ce que c'est. Ne fais pas le fort, ça ne sert à rien.

- J'avais pas de quoi me soigner.

- Te fous pas de moi, t'avais de quoi te bricoler quelque chose ! Tiens, si jamais ça t'arrive à nouveau. »

Gentiment, le charmeur lui donna sa fiole, bien petite, mais qu'il pourrait sans doute lui demander de remplir à nouveau si jamais il avait besoin, ce que Draco n'espérait pas.

Après un dernier remerciement, Potter quitta la pièce, aussi tranquillement qu'il était venu.

OoO

Pour tout un tas de raisons diplomatiques, magiques et scientifiques, il était impossible d'accéder au centre de recherche Persio Da Silva sans traverser une partie de la forêt amazonienne. Ainsi, après une bonne nuit de sommeil, l'équipe composée d'une dizaine de personne avait pénétré ce poumon du monde. Ce fut une épreuve difficile pour ces sorciers habitués aux laboratoires et à la vie citadine.

Pour Draco, cette traversée fut un véritable cauchemar. Il avait failli abandonner à plusieurs reprises, et en étant tout à fait honnête, si Théodore n'avait pas été là pour lui botter le cul, il aurait lâché l'affaire. Ces grands arbres, cette humidité, ces bestioles… tout cela l'avait autant terrifié que dégoûté. Théodore avait déjà effectué ce genre de marche et avait passé quelques semaines à Bombay dans un hôtel insalubre qui l'avait complètement guéri de sa maniaquerie naturelle. Et sans son aide, Draco aurait été incapable de faire abstraction et d'avancer.

Le centre était ainsi entouré de cette jungle fourmillante de vie. Composée de grands bâtiments de pierre blanche résolument modernes, obscurcis çà et là par des arbres immenses, le centre vivait en autarcie depuis sa création par l'arrière-grand-père de l'actuel directeur, Paolo Da Silva. C'était d'ailleurs lui qui les avait accueillis le premier jour avec la directrice adjointe, Melba Alegre.

Le regard perdu sur la forêt qu'il voyait depuis sa chambre, Draco se soutint du soulagement qu'il avait ressenti en voyant le centre, avant de sentir une espèce d'angoisse monter en lui tandis qu'il réalisait dans quoi il s'était enfermé. Car si les chercheurs du centre et les charmeurs pouvaient quitter les lieux comme il leur semblait, ce n'était absolument pas le cas des stagiaires qui étaient formés de demeurer sur place, avec la possibilité de rejoindre l'extérieur le week-end.

Le centre devait compter une trentaine de personnes, dont cinq charmeurs issus des quatre coins du monde. Les serpents présents sur les lieux, dressés ou étudiés par les charmeurs, ne représentaient aucun danger pour le personnel car maîtrisés par leurs charmeurs. Il arrivait qu'il y ait des morsures mais tous les sorciers étaient traités de façon à ne courir aucun risque si jamais un accident se produisait. Mais les serpents, quels qu'ils soient, n'étaient jamais agressifs si on ne les taquinait pas. Au contact des charmeurs, ces animaux sauvages se faisaient plus civilisés, envoutés par les fourchelangs.

Ainsi, selon ses collègues, l'accident de Draco n'aurait normalement jamais dû se produire et tous, ou presque, affirmait qu'il avait dû chercher des noises à Moïra. Si Potter et Mody n'avaient pas maintenu devant lui que ce n'était pas de sa faute, Draco aurait fini par piquer une crise de nerfs.

Ils avaient tous des caractères très différents, ce qui semblait créer entre eux une certaine compétitivité. Le premier charmeur que Draco avait rencontré était la fille du directeur, Flavia, qui était une sublime brésilienne à la grande gueule, toujours en train de parler fort et de faire comme si tout le monde l'aimait, alors que visiblement elle agaçait prodigieusement ses collègues.

Ils avaient tous été rassemblés dans le réfectoire, où ils avaient dû écouter les présentations et le long discours du personnel qui gérait le centre ou auquel ils auraient affaire à un moment ou à un autre. Puis, enfin, les quatre charmeurs manquant, parce que Flavia était sans cesse dans les jambes de son père, entrèrent dans la pièce, et alors Draco découvrit avec stupeur que Potter en faisait partie.

C'était vrai qu'il avait suivi des études de médicomagie mais leurs chemins s'étaient séparés quand le jeune homme, ne supportant plus sa célébrité, avait quitté le pays pour s'envoler aux Etats-Unis, où il avait sans doute été remarqué pour ses talents. Car il devait en avoir pour s'être retrouvé dans ce centre. Le revoir avait été à la fois une stupeur et une agréable surprise. Car Draco s'était toujours demandé ce qu'il était devenu, et savoir qu'il avait réussi malgré tout ce qu'il avait vécu était comme un soulagement.

Sur les quatre sièges vides qui n'attendaient qu'eux depuis le début de la conférence, les charmeurs avaient pris place. Potter un peu plus grand que Satsuki Mori, une toute petite japonaise qui ne payait pas de mine mais dont les mimiques et le rire moqueur auraient démonté n'importe quel colosse en moins de deux minutes. Mais coincé entre Nabil Al-Mansûr, un arabe d'une petite trentaine d'années au visage fin et gracieux, et de Mody Sadio, une espèce de colosse noir de deux bons mètres de haut, il faisait l'effet d'un nain de jardin.

Un nain de jardin complètement déglingué, à côté de Nabil si strict et Mody qui, malgré son short en jean et son débardeur, paraissait presque plus élégant que lui.

Ce jour-là, Draco avait compris qu'ils ne représentaient aucune espèce d'intérêt aux yeux des charmeurs, qui par ailleurs passaient une partie de leur temps à se tirer dans les pattes. Nul besoin d'être fin psychologue pour se rendre compte qu'ils s'enviaient tous les uns les autres et s'exaspéraient tout autant. Nabil appréciait Satsuki mais détestait cordialement Flavia, tandis que la japonaise faisait tout pour rendre la vie de Mody, son ex, impossible, ce qui se retournait généralement contre elle. Au milieu de ces tensions, se trouvait Potter, qui ne semblait pas y prendre part. Une attitude bien sage, vu qu'il était envié par la plupart de ses collègues. En fait, le seul qui ne jalousait pas ses talents était Mody, avec qui, semblait-il, il avait noué une amitié solide.

Une semaine qu'il était là, et Draco avait l'impression que cela faisait déjà une éternité. Il se demandait encore comment il allait bien pouvoir gérer ces trois mois à venir, entre les serpents, les difficultés de son étude, ses collègues stagiaires, et puis tout le reste.

« La douche est libre, Dray.

- Je me suis déjà lavé.

- Ah putain c'est vrai, excuse-moi. »

Draco se détourna de la fenêtre pour jeter un regard à son colocataire, qui ne portait qu'un débardeur et un short. Il était du genre à toujours avoir chaud, et les chambres jamais aérées étaient des vrais sauna à elles toutes seules. Le blond luttait encore mais il ne tarderait pas à se balader en caleçon, vu la chaleur de la pièce.

A vrai dire, le problème aurait pu s'alléger si les fenêtres avaient été grandes ouvertes, mais Draco craignait que des bestioles ne pénétrèrent leur chambre, donc le renouvellement de l'air était sommaire. Théodore avait essayé de le convaincre de mette de côté ses craintes mais le blond était devenu quasiment parano depuis que Moïra l'avait mordu, et parce que ce type était un je-m'en-foutiste de première, son ami avait fini par lâcher l'affaire. Ce n'était d'ailleurs pas pour rien que Draco s'était mis avec lui lors de la répartition des chambres, Théodore n'avait peur de rien et n'était pas compliqué à vivre.

« Elles font quoi, les gonzesses ?

- Je sais pas, apparemment il y a une réunion dans la chambre de Pansy.

- Ah ouais ? Réunion de quoi ?

- Pour le week-end prochain. Pansy et Ashley veulent prendre une chambre d'hôtel à Rio pour le samedi soir. »

Mais leur principal problème, c'était qu'elles ne parlaient pas un mot de portugais, ce qui semblait beaucoup freiner leurs envies d'aventure. Esperanza était espagnole mais comprenait très bien la langue locale et saurait se débrouiller pour communiquer. Mais manifestement, elle semblait dubitative à l'idée de passer le week-end entier avec les deux filles.

« Depuis quand Esperanza apprécie Pansy ?

- Depuis jamais ?

- Je me disais bien. »

A vrai dire, c'était Sydney qui l'avait poussée à la suivre dans cette petite réunion. La première était américaine et Esperanza espagnole, elles n'avaient donc jamais étudié à Poudlard et avaient intégré Ste Mangouste, respectivement, lors de leur seconde et troisième année. Elles s'étaient rapprochées de Théodore et Draco quand elles avaient intégré leurs départements.

Brillante, Sydney s'était fait remarquer pour ses talents, et après une phase de compétition assez poussée avec Théodore, une solide amitié s'était crée entre eux, au point qu'ils ne se déplaçaient quasiment plus l'un sans l'autre. On pouvait dire qu'ils s'étaient trouvés, dans un sens. La relation entre Esperanza et Draco était complètement différente, mais la complicité qu'il avait réussie à nouer avec cette fille discrète l'avait aidé à avancer et à s'ouvrir aux autres.

Ainsi, quand la répartition des chambres avait été abordée, en sachant qu'il y avait une chambre de quatre et qu'il était préférable qu'elle soit non-mixte, les deux binômes s'étaient aussitôt mis ensemble, ce qui avait considérablement agacé Pansy et Ashley. La première était chercheuse dans le traitement de la dragoncelle et était venue avec son collègue Demetrius Mog, tandis que la seconde, potioniste, se retrouvait obligée de travailler avec son pire ennemi, Mickael Oliver. Ils se connaissaient tous à peu près les uns les autres mais ne s'appréciaient pas forcément, et Draco n'était pas certain d'avoir envie de mieux connaître les autres stagiaires.

« Ca fait longtemps qu'elles sont parties, là, non ?

- Me dis pas que t'inquiète pour Sydney ?

- Pourquoi je m'inquièterai ?

- Bah elle s'est fait mordre. »

Le matin même, elle avait trébuché sur Gora en traversant un couloir et, de colère, le reptile l'avait mordue. Elle avait hurlé si fort dans le couloir en voyant le mamba vert accroché à son mollet qu'elle avait ameuté tous le personnel aux alentours, et bien qu'elle ait avalé, comme tous les autres, un concentré d'antidotes le matin même, un autre remède lui avait aussitôt été administré. Même si elle était un peu nerveuse, Sydney semblait bien plutôt bien encaisser le choc. C'était sans doute dû à l'incroyable crise de nerfs qu'avait piqué Mody devant eux, hurlant en fourchelang après son serpent, son visage d'habitude si fermé se mouvant avec rage.

« Oh, c'est une dure à cuire, elle craint rien.

- Merci, Théodore…

- T'as toujours été plus délicat qu'elle, c'est un fait. Mais t'as été menacé ou…

- Nan, depuis que Potter est intervenu, ça va mieux. »

Parce qu'il connaissait Théodore depuis des années et qu'il était vraiment devenu son ami depuis le début de leurs études, Draco lui avait raconté que Potter avait menacé Moïra, et de fil en aiguilles, il en avait aussi parlé à Esperanza et Sydney. Cette dernière était une Serpentard pure et dure, mais elle demeurait loyal en amitié : elle ne dirait jamais rien. Si jamais cela parvenait aux oreilles de Pansy, cette dernière utiliserait l'information pour le pourrir. Et il n'avait vraiment pas besoin de ça.

« C'est cool. Il est sympa, Potter, franchement. C'est le moins flippant des cinq.

- C'est parce qu'on le connait d'avant.

- Arrête, avec tout ce qu'il s'est foutu dans le sang pour survivre ici, il est devenu complètement déglingué… Attends, ce matin, je l'ai croisé dans le couloir, il était complètement stone !

- Je crois qu'il suit un traitement, en ce moment.

- Ah ouais ?

- Un Angale des sables arrive demain et il va devoir travailler avec.

- Oh putain, et il est solide, l'antidote…

- Comme tu dis.

- T'as envie de faire un truc, ce week-end ?

- Marcher. Beaucoup. Très loin. »

Théodore eut un éclat de rire, alors que du bruit se faisait entendre dans le couloir. Sans doute les filles qui revenaient. Elles allaient leur parler des deux filles, de leurs envies d'escapades ridicules, de Pansy qui les agaçait et d'Ashley qui était bien conne de la suivre dans ses délires.

Mais dans le fond, Draco aimait l'idée. Leurs quartiers libres étaient limités par des horaires stricts à ne pas dépasser et le blond était bien tenté de faire un vrai break en quittant cet enfer. Il n'était pas capable d'ouvrir une fenêtre en grand… et il vivait dans une angoisse perpétuelle, même s'il faisait tout pour le cacher. Mais sa fierté l'empêchait de faire la démarche, même si, en réalité, il en mourrait d'envie.

Il ne savait vraiment pas ce qu'il ferait ce week-end. Et dans le fond, il s'en fichait.

OoO

La cafétéria baignait dans un brouhaha assez impressionnant, quand on voyait la taille de la pièce et le personnel qui s'y trouvait. S'il avait pu, Draco se serait jeté un sortilège de silence, mais la conversation de Demetrius l'intéressait et se couper du monde serait mal perçu. Mais entre tout ce bruit, l'odeur qui s'échappait des cuisines et le contenu de son assiette qu'il ne parvenait pas terminer, il était servi.

En se levant ce matin-même et qu'il était allé dans le bureau de leur responsable pour lui donner l'antidote qu'il avait terminé de concocter tard dans la nuit, Draco avait essayé de relativiser la difficulté aussi bien professionnelle qu'émotionnelle de son stage. Puis, après un entretien qui avait permis de valider son antidote, qui serait ensuite soumis à des tests plus poussés, cet enfoiré lui avait aussitôt donné un autre poison, non sans lui faire remarquer son incompréhensible lenteur. Esperanza, qui peinait à terminer son propre antidote, ne manquerait pas de s'effondrer quand elle se retrouverait face à ce type.

Les nerfs en pelote et comptant les heures qui le séparaient de ce week-end de pure détente, Draco avait donc repris son travail plus théorique que pratique et ne s'en était arraché que lorsque Sydney était venue les chercher pour le déjeuner. Comme quasiment tous les midis, ils s'étaient attablés tous les huit, plus par habitude que par affinités particulières. Et quand Draco avait pensé que sa vie ne pouvait pas être pire, il était arrivé à la cantine où le plat principal se trouvait être de la Buchada de carneiro, à savoir de la panse de mouton farcie aux tripes et aux abats, le tout préparé en ragoût.

Panse à laquelle il n'avait quasiment pas touché.

Et il n'était pas le seul à être dans cet état. En effet, sur ses sept collègues, Draco avait remarqué que trois d'entre eux vivait mal ce stage, à savoir Ashley, Demetrius et Mickaël. Ce dernier d'ailleurs s'était fait mordre deux jours auparavant et ne se déplaçait plus seul, la vision de certains serpents éveillant en lui des crises de paniques assez inquiétantes.

La veille, ils avaient d'ailleurs étaient rassemblés afin de faire un point sur les différentes mésaventures auxquelles ils avaient eu affaire, et Draco appris que seuls Théodore et Esperanza n'avaient pas été blessés. Tous les matins, ils étaient sommés d'avaler un concentré d'antidotes qui permettaient de les protéger en de pareils cas, et avec la venue d'étrangers, tous les reptiles trainant dans les parages étaient nerveux. Cependant, les charmeurs avaient réussis à les apaiser et il ne devait plus rien leur arriver, à présent. Aussi étrange que cela puisse leur paraître, les reptiles étaient domestiqués et comprenaient enfin que ces étrangers ne leur voulaient pas de mal, malgré leurs gestes brusques. Cependant, il fallait absolument que les stagiaires parviennent à canaliser leurs craintes.

Forcément, Demetrius et Ashley s'étaient emportés, ne comprenant pas que des serpents aussi dangereux circulent dans les locaux du centre. L'effet de la morsure avait été dévastateur sur Mickael et la situation était insupportable. Draco, lui, avait préféré se taire, mais partageait parfaitement leur avis. Cependant, il savait que la situation ne changerait pas : cette liberté accordée aux reptiles permettait une meilleure collaboration de la part des serpents et le personnel s'était habitué. Chose incroyable pour eux, il y avait même une certaine complicité de la part des animaux envers certains sorciers qui les manipulaient à leur guise.

« Salut les jeunes ! Vous allez bien ? »

Draco manqua de pousser un soupir à fendre l'âme en entendant la voix cristalline de Flavia, qui semblait avoir une pêche d'enfer, comme quasiment à chaque fois qu'il la voyait. Le blond leva le nez et vit la totalité du groupe de charmeurs avec leurs plateaux remplis. Jusque là, aucun d'entre eux n'avait cherché à les approcher, et les voir là tous réunis avec l'intention de s'incruster à leur table, le surprit beaucoup.

« On peut s'assoir ? »

Avec enthousiasme, les filles du groupe acquiescèrent. Elles semblaient vouer une grande admiration aux charmeurs, aussi bien pour les filles que pour le joli garçon du groupe, Nabil. Aladdin, comme l'appelait Théodore quand il était avec Draco. Un moyen comme un autre de détendre son ami, qui tenait le charmeur comme responsable du comportement de Moïra à son encontre.

Le groupe s'était installé sur une grande table qui s'était vidée quelques minutes plus tôt. Il restait donc des places vides de chaque côté. Les yeux baissés vers son assiette peu ragoutante, Draco pria pour que personne ne vienne s'assoir à côté de lui. Mais c'était visiblement trop en demander, car très vite, un plateau se posa à côté de lui et à côté de Théodore. Ce dernier leva les yeux et eut un léger sourire avant de lever le bras pour serrer franchement une large main noire. Fronçant légèrement les sourcils, Draco tourna la tête et eut du mal à cacher sa surprise en voyant Potter en jean et débardeur prenant place à côté de lui.

Ce dernier lui fit un sourire avant d'entamer son repas. A l'autre bout de la table, les voix fortes de Flavia et Satsuki essayaient de créer une certaine convivialité autour de la table, gâchée par le silence de Nabil en bout de tablée et la réserve des deux autres charmeurs de l'autre côté, sans compter le silence embarrassant de Demetrius et Mickael. Draco trouvait cette scène surréaliste et n'en voyait même pas l'intérêt.

« Tu ne manges pas, Draco ?

- Pas faim.

- T'as pas l'habitude de manger des tripes, dans ton manoir ?

- Oh Potter, je t'en p… Attends, tu l'as eu où, ce poisson ?!

- Régime spécial pour les stars du centre. Mais j'aime pas trop ça. Tu veux un bout ?

- T'es sérieux ? »

Sans attendre sa réponse, le brun coupa son beau morceau de poisson blanc en deux, invoqua une petite assiette et le déposa dedans. Mody eut un ricanement en le voyant faire.

« T'es un vrai casse-couille, Potty. Tiens, prends mes patates. »

Sous le regard incrédule de Théodore et Draco, Mody vida l'intégralité de sa ration de pomme de terre dans l'assiette de son collègue tandis que ce dernier se débarrassait définitivement de son poisson pour le donner à Draco. Puis, le charmeur se leva pour retourner à la cuisine. Entre deux bouchées, Potter lui expliqua qu'il allait toujours se resservir une à deux fois par repas, et vu qu'il était difficile, c'était bien pratique.

« L'avantage de Poudlard, c'était qu'il y avait toujours deux à trois plats de résistance. »

Contrairement à Draco qui ne savait pas quoi dire, trop surpris, Théodore avait envie d'engager la conversation.

« C'est pas tellement les repas, c'est les traitements. J'ai pas l'estomac solide.

- Ah putain ouais, il parait que tu prends un traitement pour l'Angale des sables.

- Ouais. J'aurais dû l'arrêter, normalement.

- Pourquoi ?

- C'était pas à moi de m'en occuper.

- Ah bon ? »

Le brun fit une légère pause, comme étonné que Draco intervienne. A vrai dire, Potter avait beau être toujours gentil avec lui quand il avait un problème, le Serpentard ne lui adressait jamais la parole. Son intervention semblait lui faire plaisir.

« Ce genre de serpent est compliqué à maîtriser. Suivant les niveaux de difficultés, on attribue plus ou moins de charmeurs, des fois que l'un ne parvienne pas à nouer de lien avec lui. Et je suis le troisième de la liste.

- Les deux autres n'ont pas réussi ? Je comprends pas, vous êtes des pro, non ?

- C'est pas aussi simple, Théodore, on n'a pas tous les mêmes qualités ou capacités. Des fois ça passe, des fois ça passe pas.

- T'es l'homme de la dernière chance ?

- Oh peut-être pas, si je n'y arrive pas, on l'aura à l'usure. Mais on préfèrerait éviter, quoi. »

Malgré son estomac capricieux, le charmeur mangeait d'un bon appétit. Et Mody n'était toujours pas revenu de la cantine. Un peu hésitant, Draco se lança, en sachant que sa question était complètement stupide. Mais elle lui brûlait les lèvres depuis qu'il était au courant de la venue de ce danger public à écailles dans le centre.

« T'as pas peur ?

- De quoi ?

- De l'Angale.

- Tu plaisantes ? Je suis terrifié ! »

Son léger rire provoqua celui de Théodore, qui entamait son dessert. Le blond sentit son corps se détendre, même si, sur le coup, il n'en crut pas un mot.

« C'est pas parce que je travaille avec des serpents que ça m'éclate de me retrouver nez à nez avec un reptile aussi dangereux. T'imagines ? En vingt-quatre heures, il te paralyse le corps entier et dissous l'intégralité de tes vaisseaux sanguins !

- Putain, t'es sérieux ?! Mais c'est dangereux !

- Ah bah quand il te mort, ça doit faire tout drôle.

- Et cette chose va rester ici ?!

- Cette chose a un nom, je te signale ! »

Armé d'un plateau contenant deux assiettes bien pleines, Mody se rassit à sa place, l'air agacé. Potter eut un léger rire avant de lui dire qu'il ne serait jamais suffisamment domestiqué pour porter un nom, et encore moins pour circuler librement dans le centre. Théodore fit remarquer, à juste titre, que la question pourrait également se poser avec le mamba vert de Mody. Ce dernier prit un air outré, affirmant qu'il était inoffensif. Bon, il avait mordu Sydney, mais elle lui avait à moitié marché dessus et c'était un être sensible !

Clairement agacé par l'attitude protectionniste du charmeur, Draco chercha le regard de Potter qui leva les yeux ciel. Il avait peut-être l'air un peu cinglé, mais au moins il avait la tête bien vissée sur les épaules. Ce qui ne l'empêchait pas, cependant, de travailler avec des serpents très dangereux, même si ses familiers, au nombre de trois, étaient bien moins inquiétants que Gora ou Moïra.

« Au fait, cette après-midi, Nabil s'occupe de l'Angale ?

- Ouais, il veut réessayer. Ca m'arrange, j'ai trop de boulot.

- Ca sert à rien qu'il s'excite dessus, ça ne fait que l'énerver…

- Il n'accepte pas l'échec. Et peut-être qu'il va y arriver, qui sait ?

- Potter, je voulais te demander, tu sais que j'étudie les venins, et je voulais savoir, comment ça se passe pour… nouer un lien, avec un serpent ?

- Tu veux observer ?

- Ah ouais, carrément ! »

Son exclamation de joie fut entendue par Sydney, qui demanda depuis l'autre bout de la table ce qui se passait, et quand Théodore lui expliqua l'affaire, tout le monde, ou presque, voulut assister au processus. Un désagréable frisson lui parcourant l'échine, Draco voulut refuser l'offre, que Harry maintint même s'il ne prévoyait pas d'avoir un aussi large public. Mais Quand Demetrius demanda s'ils seraient dans la même pièce et que Satsuki, agacée, leur répondit qu'ils seraient derrière une vitre, le blond revint sur sa décision.

Ils se donnèrent donc rendez-vous le lendemain matin, avant la pause déjeuner, si jamais Nabil ne parvenait pas à charmer le serpent. Et visiblement, le concerné était résolu à ne pas se laisser faire…

OoO

L'Angale des sables était un serpent de deux mètres qui lui faisait beaucoup penser au crotale, par rapport à la forme de sa tête et aux deux petites cornes au-dessus des yeux, de ce qu'il pouvait en voir, du moins. Ses écailles, entre le rouge et l'orange, renforçait son allure menaçante qui lui donnait des sueurs dans le dos, quand le reptile coincé dans son terrarium bougeait trop vivement.

Alignés en rang d'oignons derrière un miroir sans teint, les stagiaires discutaient plus ou moins joyeusement de ce qu'ils s'apprêtaient à voir. La pièce devant eux n'était pas très grande, à peine vingt mètres carré. La veille, Nabil avait une fois encore échoué et donc Potter avait été mis sur l'affaire, ce qui n'avait pas paru particulièrement l'enchanter. C'était pourtant son travail, mais Sidney avait entendu des sorciers chuchoter que Nabil aurait excité l'Angale et qu'il risquait alors d'être peu coopératif. C'était un reptile violent dont le venin, très prisé, n'avait que peu d'effets s'il était tiré de manière forcée.

Assis au milieu de la rangée et à quelques mètres seulement de la table où se trouvait le terrarium, Draco se demanda dans quel état se trouvait Potter. S'il était énervé, intrigué, inquiet, ou excité. Si ce serpent représentait une routine, un défi ou un danger.

Peut-être tout à la fois.

A côté de lui, Pansy parlait avec Ashley de la manière dont Nabil et Satsuki s'y prenaient pour charmer les reptiles. Apparemment, la japonaise leur en avait parlé la veille. Apparemment, il fallait d'abord engager la conversation avec le specimen, créer un sentiment de confiance ou du moins de collaboration avec l'animal, et enfin, après deux à trois conversations, on ouvrait la cage. Les charmeurs ne touchaient pas le serpent mais lui offraient une certaine liberté et testait ainsi au fil des jours la complicité qu'ils s'efforçaient de créer.

C'était la manière habituelle de procéder, celle qu'on vous apprenait et que vous adaptiez selon les circonstances et votre expérience. Nabil avait l'habitude d'ouvrir le terrarium dès la première rencontre, contrairement à Flavia qui travaillait les serpents à l'usure, ne leur accordant un peu de liberté qu'assez tard.

Donc le processus n'aurait rien de particulièrement impressionnant, en conclut Draco. Bien évidemment, il était intéressé par la manœuvre, surtout que c'était Potter qu'il allait observer à l'œuvre. Mais il ne comprendrait pas un traitre mot de ce que dirait le sorcier ni même le comportement du serpent enfermé dans sa cage de verre.

« Hey les mecs, silence, ça commence ! »

En effet, Potter venait d'entrer dans la pièce. Il avait toujours l'air aussi déglingué, comme sorti du lit, avec les cheveux ébouriffés, sa blouse sur le dos et ses vieilles baskets qui lui donnaient l'allure d'un adolescent dans un costume d'homme.

Tranquillement, sans se presser, Potter s'avança jusqu'à la table. Il s'assit sur la chaise, sans jeter un regard au miroir derrière lequel se trouvaient les stagiaires. Enfin, sans hésitation, il tendit le bras vers la cage puis l'ouvrit. Stupéfait, Draco entendit ses voisins pousser des bruits de surprise, et de peur. Il se pencha en avant, comme pour mieux voir, alors que Potter se laissait aller en arrière sur son siège, le dos droit et le visage sérieux, mais détendu.

Un peu comme s'il ne courrait aucun danger.

Quelques secondes passèrent. La cage était toujours ouverte et le serpent ne bougeait pas. Draco pensait qu'il allait s'adresser au reptile, comme il était censé le faire, mais Potter gardait la bouche fermée, les mains dans les poches de sa blouse et les yeux baissés vers l'Angale.

Puis, après une attente interminable, dans un silence angoissant, le serpent quitta soudain la cage, avec une rapidité surprenante pour un reptile. Il fonça vers Potter, puis se redressa sur son corps et les écailles de son cou s'écartèrent développant une collerette écarlate. Ce que Draco avait pris pour un crotale était en fait un cobra.

Un putain de cobra rouge-orangé aux yeux jaunes. Dressé au niveau du visage de Potter, il regardait le charmeur dans les yeux, ses crocs dévoilés lui dessinant un sourire sadique.

Et Potter ne bougeait toujours pas.

Les mains enfoncées dans sa blouse, adossée à sa chaise, le regard fixe, il ne bougea pas d'un pouce. Pas de recul dû à la soudaine promiscuité avec le serpent ou dû à la peur de le voir là, à quelques centimètres de son visage.

Ce tableau lui paraissait surréaliste.

Potter, qu'il avait vu grandir durant sept ans, était là, assis tranquillement avec un cobra dressé devant lui.

Et il ne faisait rien.

Il se contentait de le regarder, comme hypnotisé par les yeux jaunes de l'Angale, le visage toujours aussi serein.

Draco le trouva impressionnant.

Vraiment impressionnant.

Le serpent ne bougeait pas. Il avait toujours les crocs exposés, menaçant le charmeur, mais sans chercher à l'attaquer. Cette position était un moyen de se défendre, mais en l'occurrence, Draco n'aurait su dire si le serpent avait peur ou s'il n'avait qu'une envie : le croquer.

Durant d'interminables minutes, le charmeur et le cobra se regardèrent. Puis, au bout d'un moment, le reptile ferma sa gueule, ce qui ne le rendit pas moins menaçant. Potter ne réagit pas plus, demeurant aussi statique que depuis qu'il s'était assis sur son siège. Il n'avait toujours pas ouvert la bouche, et quand la tension parut insoutenable pour les stagiaires, qui peinaient à calmer les battements frénétiques de leur cœur, l'Angale baissa la tête. Sa peau se retendit et son corps se posa sur la table, avant de revenir vers le terrarium. Mais il n'y rentra pas, la tête tournée vers le charmeur.

Les yeux rivés sur le serpent, complètement perdu, Draco entendit un bruit étrange. Il mit quelques secondes à réaliser que Potter venait enfin de desserrer les lèvres, quand il prononça encore quelques mots, quelques sons, dans cette langue incompréhensible.

Ces petits mots, c'étaient comme des à-coups. Comme si les phrases n'étaient pas complète. Le brun regardait fixement le serpent, le visage toujours aussi sérieux, parlant peu et pas très fort. De toute manière, Draco n'aurait absolument rien compris, mais il sentit une certaine douceur dans sa façon de s'adresser à l'animal. Pourtant, c'était comme s'il parlait seul, le serpent ne bougeant que par instant, sa langue allant et venant entre ses lèvres écailleuses.

L'échange dura une quinzaine de minutes, avec cette même monotonie qui les garda tous en haleine jusqu'au bout. Au bout d'un moment, Potter se leva et longea la table avant de poser la main sur le terrarium. L'Angale le suivit des yeux, et quand le charmeur lui fit signe de rentrer dans la cage de verre, tout en prononçant quelques mots, le cobra y entra sans faire d'histoires.

Enfin, Potter ferma la cage et quitta la pièce aussi tranquillement que lorsqu'il y était entré.

OoO

Esperanza venait de quitter le laboratoire. Son évaluation s'était assez mal passée. Après la pause déjeuner, elle avait enfin rendu son antidote, qu'elle avait tout de même mis une dizaine de jours à concevoir, un délai inacceptable pour le tyrannique Mr Rocha. Draco s'en était bien tiré, même si son supérieur l'avait remis à sa place en le bousculant un peu, mais pour sa collègue, l'issue était bien différente.

Le blond aurait aimé lui proposer son aide, mais lui-même avait beaucoup de difficultés à terminer dans les temps. Chacun sa merde, comme disait Théodore, de façon peu élégante. Et visiblement, sa collègue lui en voulait de ne pas l'avoir aidée alors que, manifestement, il avait réussi à débloquer une partie de son problème, ce qui n'avait pas été le cas lors de son précédent travail. En d'autres circonstances, Draco n'aurait pas hésité, mais les enjeux de ce stage ne le lui permettaient pas.

Ainsi, elle avait quitté le bureau à dix-sept heures pile, sans prendre la peine de l'attendre. Agacé par son attitude, Draco n'avait pas arrêté son travail et avait décidé de le poursuivre, savourant le silence de la pièce. Il avançait assez bien et ne voulait pas perdre de temps, espérant remonter dans l'estime de Mr Rocha grâce au fruit de son travail. Il savait que personne, à part Théodore bien sûr, n'était parvenu à marquer l'esprit de leurs supérieurs attitrés, mais Draco ne désespérait pas. C'était d'ailleurs ce but qui lui permettait d'avancer.

Il espéra cependant qu'Esperanza se reprendrait et cesserait de lui faire la tête. Elle pouvait être agaçante quand elle s'y mettait, d'autant plus qu'elle savait parfaitement que le travail d'équipe et la solidarité, ce n'était absolument pas pour lui. Avec la déchéance de sa famille, il s'était battu seul contre la société et les idées reçues pour bâtir sa carrière, comme Théodore. Il n'avait besoin de personne et estimait que personne n'avait à se reposer sur lui.

Mais Esperanza, malgré leur amitié, avait parfois du mal à comprendre cet aspect de sa personnalité. Elle était trop gentille, en fait, trop sentimentale. C'était à la fois ce qui lui plaisait et ce qui l'agaçait, chez elle. Mais le lendemain, sans doute serait-elle passée à autre chose. Du moins l'espérait-il.

« Tu bosses encore ? »

Il faillit en faire tomber son flacon, ce qui aurait été catastrophique. Complètement à l'ouest et surpris dans son travail, Draco se retourna et n'en crut pas ses yeux : un python émeraude sur les épaules, Potter se tenait dans l'encadrement de la porte, les mains enfoncées dans ses poches.

« Tu m'as fait peur, crétin.

- Excuse-moi. »

Son léger sourire un peu penaud était craquant, Draco devait bien le reconnaître. L'espace d'un instant, il eut l'impression de se retrouver face à cet adolescent peu sûr de lui mais plus ouvert, plus honnête. Pas tout en retenu comme il l'était devenu après la guerre… et puis ici.

« Je peux entrer ?

- Si tu veux.

- Je ne veux pas te déranger…

- J'allais m'arrêter, je suis fatigué. »

Le charmeur hocha la tête puis entra dans le laboratoire. Le serpent s'était comme enroulé tout autour de lui, ce qui ne semblait absolument pas déranger Potter. Et malgré la présence de l'animal sur ses épaules, Draco ne sentit pas ce début d'angoisse qui pointait son nez à chaque fois qu'il se trouvait nez à nez avec un reptile, qu'il soit seul, accompagné ou en présence de son charmeur.

Potter était vraiment apaisant. Il avait cette aura que les autres charmeurs ne possédaient pas. Même Flavia, qui était pourtant adorable bien que trop bavarde, avait ce côté flippant que Nabil et Mody incarnaient dans toute sa splendeur.

« Ca va, tu t'en sors ?

- Mieux que pour le premier, oui. »

Le charmeur s'assit non loin de lui, mais à une distance respectable malgré tout. Draco apprécia l'attention, même s'il ne se sentait pas en danger.

« Il parait que tu as eu du mal pour le premier, effectivement.

- T'en as entendu parlé ?

- Ne me regarde pas comme ça, Paolo est très bavard.

- Le directeur ?

- Ouais. Tu sais, c'est un angoissé, il a du mal à accueillir des stagiaires, surtout quand il voit des résultats pareils.

- Nan mais attends, faut arrêter de…

- Draco, je sais parfaitement que votre travail est compliqué. Je te dis simplement ce qui se dit. Mais ne t'en fais pas, le problème de Paolo est qu'il n'entend que le négatif.

- Il est comme ça avec vous ?

- Non. Je te l'ai déjà dit, les charmeurs sont des stars. On ne s'embrouille pas avec les stars.

- En gros, il vous laisse tout faire ?

- Ouais. Mody dit qu'il n'a aucune personnalité. Mais quand tu vois ce qui se balade ici et le colosse que c'est… »

Draco ne put retenir un rire en disant qu'effectivement le charmeur était mal placé pour parler. Ils enchaînèrent en discutant du centre, du directeur qui semblait hanter les lieux plus que les diriger, des chercheurs plutôt accueillants dans l'ensemble, du travail difficile mais aussi passionnant que formateur. Ils échangèrent quelques anecdotes et le blond apprit qu'en réalité Potter n'était pas vraiment qualifié dans le type de recherche où œuvrait Draco, mais qu'il travaillait beaucoup plus dans l'étude même des serpents et de leurs poisons.

Il en apprit donc bien plus sur son ancien camarade de classe, qui s'ouvrait de plus en plus au fil des minutes. Draco en venait à se demander comment il avait réussi à trouver sa place dans ce monde si particulier où il était tellement différent des autres. Dans sa tête, il y avait encore cette scène incroyable où il ouvrait la cage de l'Angale pour ensuite se retrouver face à lui, leurs regards croisés, sans un bruit autour d'eux.

Et quand Potter aborda le sujet du serpent, à cause du venin qu'il leur fallait absolument pour la fin de la semaine suivante, le chercheur ne put s'empêcher d'aborder le sujet.

Car cette fierté qui l'aurait empêché à une époque de lui manifesté son admiration n'existait plus.

Parce que des hommes comme Potter, il en existait bien peu sur cette Terre, et il aurait été trop stupide de ne pas le reconnaître. Il n'y aurait rien gagné.

« Au fait, Potter… J'ai… C'était impressionnant. Avec l'Angale. »

Oui, bon, c'était maladroit, il devait bien le reconnaître. Mais les yeux du brun s'arrondissant de surprise furent un vrai ravissement.

« Ah ?

- On a tous été surpris.

- J'en doute pas. On me dit souvent que j'ai un côté masochiste.

- Je veux bien le croire. Je croyais que ce serpent te terrifiait ?

- Il me terrifiait, justement parce que je savais que j'allais l'avoir devant moi sans vitre entre nous.

- Tu fais toujours comme ça ?

- Oui.

- T'es maso'.

- Il parait. »

Le léger sourire qu'il lui fit le laissa perplexe. Puis, après un silence de quelques secondes, Potter reprit la parole.

« Ce n'est pas une méthode très conventionnelle. En fait, je suis l'un des rares charmeurs à procéder de cette manière. C'est pour ça que j'ai été recruté ici.

- Comment ça ?

- Je n'ai jamais fait comme tout le monde. En fait, quand j'ai commencé à m'orienter pour travailler avec les reptiles, j'ai eu un… petit incident. »

Potter lui expliqua rapidement qu'il s'était lancé dans ces études-là parce qu'il ne savait pas quoi faire d'autre, il était complètement paumé à l'époque, et il avait pensé être plus à l'aise dans un univers qu'il pourrait maîtriser. Cependant, il s'était très rapidement attiré la jalousie de certains de ses camarades de classe. Un soir, ces derniers l'enfermèrent dans sa chambre, après lui avoir volé sa baguette magique.

« Et il y avait un cobra dans la pièce. J'ai passé la nuit entière avec le serpent. Il s'appelait Kyles.

- Kyles ?

- A l'époque, on apprenait seulement à communiquer avec les reptiles, on n'était jamais en contact direct avec eux. C'était un cobra indien et il était particulièrement énervé, et apeuré. J'avais rien pour avertir l'extérieur. J'ai passé la nuit avec lui. Et quand mon colocataire est revenu le lendemain, complètement paniqué, il m'a trouvé endormi dans mon lit avec Kyles enroulé sur mon ventre. Il a eu la peur de sa vie… »

Le brun eut un léger rire à ce souvenir.

« C'est cette nuit-là que j'ai appris à ne plus avoir peur. Et à communiquer avec eux. Kyles n'avait jamais été en contact avec un charmeur et j'ai réussi à le charmer, à gagner sa confiance. J'ai été extrêmement imprudent, à plusieurs niveaux, et je le savais. Mais j'étais comme en osmose avec Kyles. Je n'avais pas peur de lui et il n'avait pas peur de moi. »

Il lui avait promis qu'ils s'en sortiraient, qu'il le ramènerait chez lui et que tout allait s'arranger. Kyles l'avait cru, et quand le moment du départ arriva, il refusa de le quitter. Potter passa donc le reste de son année avec le serpent sur les épaules, l'emmenant même parfois en cours. Quelque chose s'était créée entre lui et le reptile, qui avait conscience de ses capacités, de ses objectifs et de son avenir prochain.

« J'ai passé la moitié de ma scolarité avec Kyles. Puis, j'ai effectué un voyage en Inde et il m'a demandé de le laisser partir. On était triste tous les deux, mais il voulait sa liberté et il la méritait. Avec lui, j'ai appris à gérer ma peur. Et c'est le plus difficile, crois-moi.

- Tu m'as pourtant dit que l'Angale te terrifiait…

- C'était le cas. Mais j'ai appris à gérer cette peur. On ne sait jamais vraiment ce qui peut se produire, mais les serpents ne sont pas dupes : si on ouvre la cage comme ça, c'est qu'on ne craint rien. Et ils le comprennent très vite. Ils peuvent nous mordre, il ne nous arrivera rien. J'ai déjà été mordu, j'ai déjà été empoisonné, et je suis toujours vivant. Ils le sentent. Ma manière de les charmer est instinctive, elle ne s'explique pas vraiment.

- J'aurais jamais pensé te le dire un jour, mais t'es un type passionnant, Potter. Je rêve ou tu rougis ?

- J'aurais jamais pensé que tu me dirais ça un jour ! Mais tu sais, je n'ai rien d'exceptionnel. Quand j'ai débuté mes études, j'étais très craintif. Quand tu te fais poursuivre par un basilic dans les égouts de Poudlard, crois-moi, ça te…

- Pardon ?! »

Avec amusement, le charmeur lui raconta son aventure, quand il avait douze ans et qu'il s'était retrouvait confronté à l'esprit de Voldemort enfermé dans un journal intime, et surtout à son basilic qui l'avait poursuivi dans les dédales des sous-sols du château. Draco écoutait son récit avec une grande attention : à l'époque, ils n'avaient reçu absolument aucunes explications à propos des diverses agressions, et même si l'histoire lui paraissait presque invraisemblable, le blond but ses paroles. Parce que Potter avait la manière de le raconter, avec un léger sourire et des yeux qui en disaient long sur ce qu'il avait ressenti à l'époque.

La peur. La panique. Le désespoir.

La colère.

« Bonjour le traumatisme !

- Tu l'as dit. Mais depuis, je l'ai vaincu.

- Avec ton cobra ?

- Nan, c'était rien comparé au basilic. L'oncle de Mody a un élevage de basilics…

- Pardon ?!

- Il aurait dû reprendre l'élevage familial mais il a refusé, ça ne l'intéressait pas. La réserve est sur une île.

- C'est pas un peu… dangereux ?

- Extrêmement. Mais ne t'inquiète pas, ils sont aveuglés à la naissance.

- C'est pas ce que je voulais dire !

- Je sais. J'y vais ce week-end, j'ai des choses à faire là-bas. Tu veux m'accompagner ? »

Il y eut quelques secondes de flottement entre eux, durant lesquelles ils se regardèrent. Draco attendait quelque chose : un mot, un geste… mais visiblement, Potter ne plaisantait pas. Ce qu'il trouvait vraiment douteux.

« Ca fait deux fois que tu me proposes quelque chose en lien avec ton boulot. Qu'est-ce que ça cache ?

- Absolument rien.

- Arrête, je ne te crois pas.

- Tu aimes ce travail, non ?

- Je ne vois pas le rapport. Aller voir des basilics ne m'apportera strictement rien dans…

- D'accord, laisse tomber. »

Aussitôt, le charmeur se leva, tout sourire disparu. Il voulut sortir de la pièce mais Draco lui attrapa le bras. Aussitôt, le python émeraude sur ses épaules leva sa tête anguleuse vers lui. Le blond eut un mouvement de recul, les yeux écarquillés de peur, alors que le la gueule du serpent n'était qu'à quelques centimètres seulement de son visage.

« Si je puis me permettre, tu devrais soigner ton problème avec les serpents.

- Ecarte-le, s'il te plait. »

Sans se faire prier, Potter ramena gentiment la tête du python vers lui tout en lui soufflant quelques mots. Debout à côté de lui, Draco réalisa à nouveau à quel point il était petit pour un homme. Il lui arrivait à l'épaule et était bien plus mince que lui. A se demander comment il pouvait supporter le poids du reptile.

« Ecoute, Potter, on s'est pas revu depuis des années et ça fait deux fois que tu me proposes des choses qui n'ont aucun lien direct avec mon travail. Qu'est-ce que tu y gagnes ?

- Rien.

- Alors pourquoi tu me le proposes ?

- Comme ça.

- Arrête, Potter, t'es pas aussi généreux que…

- Tu aimes ton travail. L'Angale avait l'air de t'intéresser, donc je t'ai fait la proposition. Là, je te propose d'observer des Basilics parce que tu n'en auras plus jamais l'occasion de toute ta vie, et les monstres comme ça, tu finiras forcément par t'y intéresser un jour ou l'autre. Pardon d'avoir un bon esprit et de vouloir…

- Ok, j'accepte.

- Si c'est pour me faire plaisir, c'est vraiment inutile, Draco. Réfléchis-y et préviens-moi avant demain matin. »

Et sur ces mots, le visage fermé, Potter quitta la pièce, laissant un Draco seul et empli de doutes.

OoO

Terrifiant.

Draco n'avait pas d'autres mots.

Il en avait vu, des sales trucs, dans sa vie. Franchement, il avait été gâté. Mais ça… Non, ça, il ne l'avait encore jamais vu de sa vie. Cette peur indescriptible qui l'empêchait presque de regarder en bas, ça non plus, il ne l'avait jamais vécue.

Et si Potter ne lui tenait pas fermement la main, sans doute se serait-il précipité dans le bâtiment pour se cacher, et ne plus jamais remettre les pieds au bord de ce précipice.

Enfin, techniquement, c'était plutôt lui qui se cramponnait à sa main. Mais bref.

Dans une fosse d'une taille gigantesque, dont chaque centimètre carré devait être ensorcelé et considérablement agrandi magique, quatre basilics se déplaçaient avec une rapidité déconcertante. Lors de ses études, il avait appris qu'ils pouvaient mesurer jusqu'à quinze mètres et possédaient un corps en conséquence. Mais entre le savoir et le voir, il y avait une grande différence… Et le moins qu'on puisse dire, c'était qu'ils étaient vraiment énorme, avec une tête terrifiante, des crocs acérés qu'ils leur avaient montré plusieurs fois et un sifflement étrange, à vous faire dresser tous les poils du corps.

« Donc tu comprends, moi, qu'est-ce que tu voulais que je leur dise ? J'y peux rien si Paloma est si féconde ! Je gère, tu sais, je gère ! Mais moi, ma foi, elle fait des bébés, qu'est-ce que j'y peux ? »

Draco n'aurait su dire ce qui était le pire : que ce mastodonte élève ses monstres ou qu'il leur donne des noms pareils.

« Qu'est-ce que tu vas en faire ?

- Bah je vais les tuer, que veux-tu que j'en fasse ? J'ai cinq basilics et j'ai plus le droit d'en vendre aux autres élevages, ils sont saturés ! Mais franchement ça me fait mal au cœur, tu sais, et Paloma va être si triste… »

Parce que ces trucs-là avaient des émotions ?! S'exclama intérieurement le blond.

« Je connais des fournisseurs qui vont être enchantés.

- Ca c'est certain ! Bon, je te paye un café ? Je crois que le blondinet en a bien besoin.

- Va le préparer, on arrive tout de suite. »

Paradoxalement, même s'il était paralysé de peur, Draco ne parvenait pas à bouger et à décrocher sa main de la rambarde. Cela faisait sans doute une dizaine de minutes qu'ils étaient arrivés aux abords de l'enclos des basilics, qui était interdit au public. De toute manière, il aurait été bien compliqué d'y accéder étant donné que l'élevage se trouvait sur une grande île isolée ensorcelée afin que toutes les conditions propice à leur développement soient réunies. Ainsi, en plus des grands arbres qui ombrageaient la zone, des sorts assombrissaient encore plus les lieux et baissaient considérablement la température, entre autres.

Après avoir salué l'intégralité du personnel travaillant sur l'île, dont des membres de la famille de Mody, ils s'étaient rendus directement à l'enclos. Pris de vertige à cause de la hauteur des murs de l'enclos et terrifié par la vision que lui offraient ces monstres, Draco avait failli se reculer, mais Potter lui avait gentiment pris la main et le blond, malgré tout fasciné, n'avait plus été capable de bouger. Cela dit, il avait tout à fait conscience que garder les yeux rivés sur ces bêtes peuplerait ses prochaines nuits de cauchemars…

« Ca va, Draco ?

- Je vais pas dormir de la semaine.

- Je t'avais dit que c'était particulier.

- T'es un enfoiré.

- Hein ?!

- T'as titillé ma curiosité. Connard. »

Le rire nerveux qu'eut le brun cachait mal son embarras. Doucement, il eut un mouvement de recul, ce qui arracha Draco tout en douceur de l'enclos. Quand ses yeux tombèrent sur le bois solide au sol, la terreur qui l'avait envahi se dissipa aussitôt, son cœur s'apaisant au fil des secondes. La voix de Potter lui parut moins lointaine.

« C'est un des effets méconnus du basilic. Il crée naturellement la terreur dans le cœur des hommes, quand ils le regardent. Plus tu les fréquentes et moins tu flippes.

- Heureusement que je bosse pas ici, je dormirais pas de la nuit…

- Tu risques pas de bosser ici un jour ! »

L'élevage de la famille Sadio se transmettait de génération en génération. Actuellement, c'était Abdoulaye Sadio qui en avait la charge, et ce depuis trente ans. L'élevage faisait partie des rares établissements ayant eu les permissions adéquates pour élever ces monstrueux reptiles, intéressants à de nombreux niveaux mais bien difficiles à manipuler.

Sur le bateau qui les avait emmenés sur l'île, Potter lui avait expliqué qu'il avait été repéré pour travailler dans ce genre d'élevage. Il avait effectué un stage de deux semaines sur les lieux, après en avoir enchaîné d'autres où il avait fait ses preuves. L'oncle de Mody avait été enchanté par son talent et l'aurait sans doute recruté si le jeune homme n'avait pas rencontré son actuel collègue de travail.

A vrai dire, Potter et Mody avaient eu comme une sorte de coup de foudre amical, et fasciné par ses talents, le charmeur avait tout fait pour le convaincre d'abandonner l'élevage et de postuler au centre de recherches où il travaillait. Il estimait que les recherches sur les reptiles et le dressage qu'ils se devaient d'effectuer dans le cadre de leur travail seraient bien plus productif que de l'enfermer dans une réserve. Quand Potter avait enfin accepté d'envoyer une lettre de motivation au centre Persio Da Silva, il fut accueilli comme le charmeur qu'on n'attendait plus.

« Allez viens, on va s'assoir.

- Je dois vraiment faire pitié.

- Ne dis pas ça.

- Quand on voit comment j'étais…

- Je me fiche éperdument de comment tu étais avant. Allez, viens. »

Enfin, le chercheur leva la tête et croisa le regard du charmeur. Avec son débardeur noir et son vieux jean, il lui faisait l'effet d'un adolescent, d'un aventurier. Il le trouvait vraiment mignon. Un peu trop, même. Et cette main dans la sienne, si chaude et rassurante, il n'avait pas vraiment envie de la lâcher.

Car ce vide qui lui faisait si peur et qu'il sentait sous ses pieds semblait prêt à l'avaler à n'importe quel instant…

Ils gagnèrent ensemble la salle de repos où se trouvait déjà Abdoulaye, qui avait préparé à une table du café et des biscuits secs. Le ventre retourné, Draco ne se sentait pas capable d'avaler quoi que ce soit. Maudit vertiges, maudits serpents…

Après s'être installés à table, Potter entama la discussion et parla avec Abdoulaye un bon quat d'heure, le temps que le chercheur se remette de ses émotions. Il ne participa pas un seul instant, n'ayant de toute façon quasiment pas prononcé un mot depuis son arrivée, à la fois par anxiété et parce qu'il se sentait de trop. Parce que Potter était un ami de la famille, on l'avait laissé passé sans faire de complications, mais Draco savait qu'il n'avait rien à faire là et qu'il était un intrus.

Cependant, c'était mieux ainsi. Draco ne savait pas vraiment ce qui l'avait poussé à l'accompagner. Peut-être qu'il en avait juste eu envie. Les basilics, il s'en fichait pas mal. Mais passer un moment avec Potter lui avait paru séduisant. Alors, la veille, il s'était rendu dans ses appartements pour lui annoncer qu'il acceptait sa proposition. Au passage, il avait croisé un Nabil énervé, et quand il l'avait signalé au brun sur le ton de la conversation le matin même, il lui avait dit qu'il aurait aimé le suivre mais Potter ne le voulait pas dans ses pattes. Bien qu'étonné et franchement curieux, le blond n'avait pas cherché plus loin.

Potter avait paru content, la veille et le matin même. Son visage s'était comme ouvert et Draco l'avait trouvé plus souriant, plus accessible. Ils avaient beaucoup parlé sur le chemin, qui n'avait pas été bien long étant donné que le bateau était trafiqué magiquement. Ils avaient discuté du travail, de leurs vies personnelles, de leurs études et puis tout le reste. C'était comme s'ils n'étaient plus chercheurs et charmeurs, mais deux jeunes hommes, deux anciens camarades de classe, qui faisaient table rase du passé et qui cherchaient à se connaître.

Parler avec Potter lui avait fait du bien. En fait, depuis son arrivée, Draco mourrait d'envie de lui parler et de discuter avec lui, mais son ancien ennemi ne lui avait pas adressé un mot avant que le blond ne l'aborde à cause d'un serpent qu'il fallait déloger, et malgré sa gentillesse naturelle, il n'y avait jamais eu de vraie conversation entre eux. Le revoir ici, malgré les années, avait à nouveau éveillé des choses chez Draco qui avait souhaité un tête à tête avec lui, sans vraiment croire qu'il arriverait un jour.

Cela dit, il ne savait pas vraiment s'il avait eu raison de se laisser inviter. Que se passerait-il ensuite ? Comment vivrait-il à nouveau sa réserve quand ils rentreraient dans leurs rôles respectifs ? Et qu'est-ce que Potter pensait vraiment de lui ? Se sentait-il nostalgique ? Ou y'avait-il autre chose ?

« Je ne vais pas te déranger plus longtemps. Est-ce que tu…

- Oui, tu me suis ?

- Tu m'attends là, Draco ?

- Je t'attends. »

Après presque une demi-heure d'attente, durant laquelle Draco resta seul dans cette pièce, Potter revint dans la pièce. Le blond ne savait pas exactement ce qu'il était venu chercher et cela ne l'intéressait pas. Il avait compté les minutes en priant pour qu'il se dépêche et qu'il ne passe pas des heures à discuter avec ce type bavard comme pas deux. Ainsi, quand il le revit revenir dans la pièce et lui montrer discrètement la sortie, Draco sentit le poids sur ses épaules s'alléger.

Quelques minutes plus tard, ils prenaient place dans le bateau censé les ramener vers la côte. Potter discuta encore un peu avec Abdoulaye Sadio qui les regarda partir, quand le commandant et les autres voyageurs montèrent dans l'embarcation. A l'avant du bateau, ils restèrent silencieux jusqu'à s'être suffisamment éloignés de l'île. Là, Potter poussa un soupir à fendre l'âme avant de passer une main dans ses cheveux bouclés. Son geste le fit ricaner.

« Il est bavard.

- Et encore, si j'étais venu seul, j'aurais été invité pour le déjeuner et le thé.

- Il t'apprécie.

- Il regrette que j'aie changé de voie. Tu te sens mieux ?

- Beaucoup mieux. J'ai servi de prétexte ?

- Plus ou moins.

- Enfoiré. Pourquoi tu n'as pas invité Nabil ?

- Parce que je le vois bien assez comme ça le reste de la semaine. Et tu pourras raconter à tout le monde que t'as vu des basilics, des vrais de vrais.

- Vu mon état devant ces monstres, je ne vais pas m'en vanter…

- Le Draco d'avant n'aurait jamais montré de telles émotions.

- Le Draco d'avant était un peureux pleurnichard qui ne vaut guère mieux que celui d'aujourd'hui.

- Mais celui d'aujourd'hui est bien plus accessible. »

Le sourire complice qu'il lui fit emballa son petit cœur d'ancien aristocrate coincé. Ses cheveux noirs brillant sous le chaud soleil, le vent les balayant sauvagement, Potter lui parut plus beau encore que d'habitude.

« Tu fais quelque chose, cette après-midi ? J'ai entendu Flavia et Satsuki parler de…

- Le jour où je passerai mon samedi après-midi avec mes collègues de boulot, c'est que vraiment je serai désespéré… »

Draco ne put retenir un éclat de rire, alors que Potter enchaînait en lui affirmant qu'il les supportait déjà tout le reste de la semaine et qu'il était hors de question qu'il se les coltine aussi le week-end. Il appréciait beaucoup Satsuki mais il la trouvait insupportable quand elle trainait avec Flavia et Nabil avait ses hauts et ses bas, dernièrement. Travailler dans un espace clos comme le leur représentait un avantage mais aussi une exclusion parfois difficile à supporter.

« Et donc, ton programme ?

- Aucune idée. Et toi ?

- Je compte me perdre dans les allées de Rio en priant pour ne pas croiser mes collègues.

- Pourquoi ?

- Parce que je ne les aime pas ?

- Je croyais que tu t'entendais bien avec Théodore ?

- Il n'est pas à Rio, il est à Sao Paulo avec Sydney.

- C'est sa copine ?

- Pas du tout. Ils sont plus frères et sœurs qu'autre chose.

- On déjeune ensemble ?

- T'es sérieux ?

- J'ai rien de prévu et je n'aime pas vraiment déjeuner seul. Alors ?

- Pas de tripes ?

- Promis !

- Alors pourquoi pas. »

La côte était déjà en vue. Draco n'avait rien de prévu pour cette après-midi là et espérait que rien ne perturberait les prochaines heures qui s'annonçaient agréables.

OoO

Au cours de la journée, Potter était devenu Harry.

Cela s'était fait naturellement. Ils marchaient dans l'allée principale de la ville, le charmeur s'était arrêté pour leur acheté des glaces, et au moment de le remercier, Draco avait prononcé son prénom. Le visage du brun fut alors si radieux que l'emploi de son nom de famille, qui maintenait une barrière entre eux, tomba aux oubliettes.

Ils passèrent la journée ensemble. Ce n'était pas prévu, même si tous deux depuis la veille l'espéraient, et le moins qu'on puisse dire, c'était qu'ils avaient passé de très bons moments ensemble. Le genre de moments qui font débuter une amitié, voire plus, et qui avaient créé entre eux une complicité que Draco n'aurait jamais pensé un jour voir naître.

A peine arrivés à Rio de Janeiro, Potter l'avait emmené dans un restaurant qu'il connaissait bien où Draco avait bien mangé. Il avait suivi les conseils du charmeur et s'était laissé bercer par la voix des brésiliens tout autour de lui. Cette immersion dans cette langue inconnue lui fut étonnement agréable, peut-être parce qu'elle l'éloignait complètement du centre où tout le monde parlait anglais et portugais, mais sans cette joie de vivre, sans ce naturel, presque, qui régnait dans les rues de Rio.

Ce déjeuner leur avait permis de beaucoup parler d'eux, et de façon bien plus intime. Quand ils abordèrent Poudlard, qui paraissait alors si loin d'eux, Draco se sentit vraiment nostalgique, et tout ce qui aurait pu être abordé avec énervement ou gêne fut pris avec humour et légèreté.

Ils parlèrent de leurs connaissances, qui les ramenèrent des mois, voire des années en arrière. Draco apprit que Potter ne voyait plus que rarement Weasley, à cause de la distance, mais qu'ils entretenaient une correspondance assidue. Le rouquin qui venait de se séparer de sa compagne, qui ne supportait plus ses déplacements à répétition. Quant à Granger, elle s'était pleinement consacrée à ses études d'avocate après sa rupture avec le rouquin. Potter lui dit qu'il espérait que ces deux-là se remettraient ensemble, car dans le fond, ils s'aimaient toujours, même si tous deux avaient mené une partie de leur vie chacun de leur côté.

Potter lui posa beaucoup de questions sur ses propres amis, dont Draco avait bien peu de nouvelles. Vincent était décédé des années plus tôt et Gregory ne s'en était jamais remis. Après une longue errance, il avait été embauché dans un élevage de crabes de feu qui lui avait remis les pieds sur les étriers. Blaise, lui, travaillait à Gringotts, de ce qu'il en savait. C'était Marcus qui le lui avait dit, la dernière fois qu'ils avaient déjeuné ensemble, entre deux entraînements de Quidditch. Pour les autres, Draco n'avait pas vraiment de nouvelles. Sauf pour Théodore et Pansy, bien sûr.

L'ancien Gryffondor lui avoua avoir été étonné en découvrant que Draco et Pansy ne se parlaient plus du tout, alors qu'ils avaient été si proches à Poudlard, et de même, il ne se rappelait pas avoir perçu une telle complicité avec Théodore. Le blond lui expliqua avoir partagé les bancs de la faculté de nombreuses années avec Théodore et leurs recherches se rapprochaient beaucoup, donc forcément, leur amitié à datant de Poudlard s'était renforcée au fil des années. Quant à Pansy, elle lui menait la vie impossible depuis que leurs fiançailles avaient été définitivement annulées.

Le visage de Potter s'était un peu tendu quand il avait abordé le sujet. Draco préféra ne pas s'y attarder car il estimait que cela ne méritait pas qu'on perde du temps avec un sujet pareil. Ils étaient fiancés depuis leur enfance, et après avoir lutté plusieurs années, Pansy avait dû jeter l'éponge et accepter l'évidence : toutes les aventures que Draco avait eu depuis Poudlard l'éloignaient toujours plus des engagements que leurs parents avaient pris pour eux. La rupture de leurs fiançailles s'était officiellement effectuée environ un an et demi auparavant. Potter ouvrit de grands yeux à cette annonce.

Au cours de la conversation, Potter lui demanda s'il avait une femme dans sa vie.

Draco lui répondit qu'aucun homme ne l'attendait à Londres.

A partir de ce moment-là, Potter devint Harry. Car la lueur qu'il lut dans ses yeux l'informa qu'aucun homme ne l'attendait nulle part non plus.

OoO

« Non mais tu te rends compte ?! Elle a un de ces toupets ! »

Sydney ne décollerait pas. Cela faisait déjà plusieurs minutes qu'elle allait et venait dans la chambre sous le regard compatissant d'Esperanza. Théodore, lui, n'était toujours pas revenu dans la chambre et sans doute travaillait-il encore un peu avant de les rejoindre avec un de ses collègues.

« Elle se prend pour qui, cette conne ?! Nan mais tu rends compte, comment elle m'a parlé ?! »

Draco, lui, avait complètement décroché de la conversation. Il s'était allongé dans son lit, en hauteur, et les filles en bas discutaient entre elles. En général, le blond ne s'excluait pas vraiment de cette manière, mais il avait simulé la fatigue pour s'allonger et ne pas participer à cette conversation futile.

« Elle n'a vraiment pas été gentille. Pourtant je croyais que vous vous entendiez bien ?

- C'est Face de Pékinois qui lui a monté à la tête ! »

Il ne put réprimer un sourire, mais il fut de courte durée. Juste après le dîner, Sydney avait été prise à part par Satsuki Mori qui lui avait apparemment fait une leçon de morale assez poussée à propos d'il ne savait quelle bêtise qu'elle avait commise la veille et qu'une collègue, mise au courant, avait réparé en lui donnant quelques conseils pour éviter que cela ne se reproduise. Ce qui semblait être ainsi réglé lui était retombé dessus sans qu'elle ne s'y attende. Peut-être que Pansy avait parlé avec des collègues et avait balancé l'information avec la charmeuse qui s'était fait un devoir de remettre les pendules à l'heure.

« Qu'est-ce qu'elle est conne cette fille !

- Elle a voulu se venger.

- De quoi ? Du week-end ?

- Plus ou moins.

- Mais de quoi tu… Oh, tu parles de Daniel ? Tu crois que c'est ça ?

- Attends, elle le drague depuis qu'on est arrivé, et comme par hasard, tu bois le café avec lui tous les après-midi…

- J'y peux rien si je suis plus canon qu'elle ! »

Leurs gloussements le firent à nouveau sourire. S'il avait eu la pêche, le blond se serait redressé pour lui dire que Daniel était aussi intéressé par elle que Sydney aurait pu l'être pour Esperanza. Aucun doute à ses yeux, ce charmant chercheur était gay. Mais Draco préférait garder l'information pour lui, car sinon, il devrait expliquer comment il en était venu à ce résultat, et vraiment, il n'avait pas envie de parler de la proposition que ce bel homme lui avait faite deux jours auparavant. Une proposition plutôt alléchante que Draco aurait sans doute acceptée, en d'autres circonstances.

A vrai dire, ce n'était pas la première fois qu'on l'abordait, que ce soit Daniel, Raphael ou Bernardo. Draco n'y avait accordé qu'une importance très limitée car il n'était pas là pour sortir avec qui que ce soit ni même pour partager une bonne partie de jambes en l'air sans lendemain. Le travail et tout ce qui l'entourait l'avait empêché jusque là de vraiment prendre en considération leur curiosité et leurs avances. Et à vrai dire, sans ce week-end passé avec Potter où il avait pu se détendre et revenir dans le centre sans cette putain de boule au ventre, sans doute aurait-il aussi décliné l'offre de Daniel.

« Demain, je la prends entre quatre yeux et je l'éclate ! Quelle conne, sérieux…

- Calme-toi, t'énerver ne t'apportera rien. »

Bien sûr, l'homme avait été déçu et il avait tenté d'argumenter pour le convaincre. Ca ne devait pas être évident d'être rejeté, quand on était un si bel homme de presque quarante ans. Mais une autre personne occupait son esprit et accepter une telle offre aurait réduit leur début d'amitié à néant. Et ce que Harry lui laissait entrevoir chaque jour ne méritait pas d'être gâché ainsi.

Car depuis ce samedi qu'ils avaient passé ensemble, quelque chose avait indubitablement changé entre eux. Ils se rencontraient beaucoup plus souvent et se cherchaient toujours des petits moments à passer ensemble, ne serait-ce que pour boire un café ou grignoter un en-cas. Ils ne se cachaient pas et ne se fixaient pas non plus de rendez-vous, mais tous deux essayaient de se voir le plus souvent possible, sans nuire à leur travail et à leurs propres relations sociales de rigueur dans cet endroit si particulier.

La veille, à la fin de sa journée de travail, Draco l'avait croisé dans le couloir avec Kheda sur les épaules. Sur le coup, Draco n'avait pas remarqué le reptile, jusqu'à ce que ce dernier lève la tête de son épaule. Ce qu'il avait alors pris pour une corde ou il ne savait quoi à cause de sa couleur d'un noir profond était un cobra cracheur à cou noir, qu'il n'avait sans doute qu'aperçu jusque là. Ainsi, plutôt que de le saluer comme il l'avait voulu, il avait bugué sur le serpent qui lui parut paradoxalement plus impressionnant que cet espèce de boa énorme qu'il se trimbalait l'autre jour. Ce dernier avait eu un comportement dangereux pour la seconde fois avec une employée et Flavia ne parvenait pas à le raisonner. Il devait être exclu du centre s'il ne s'apaisait pas dans les jours à venir.

Après s'être repris, quand Harry posa la main sur la tête noire du reptile, ils discutèrent un peu, mais le charmeur était pressé. Il lui proposa donc de le suivre dans son laboratoire, il y avait deux, trois choses à faire avant de clôturer sa journée. Sans réfléchir, Draco avait accepté et ils avaient un peu plus parlé sur le chemin. Juste un peu, car bientôt, les couloirs pullulèrent de serpents en tous genres. Un couloir fermé par des portes, que seuls les employés pouvaient ouvrir et fermer. Et voir toutes ces bestioles pendus aux plafonds et glisser sur le sol fit monter en lui un sentiment de panique.

Fort heureusement, le laboratoire de Harry était près de l'entrée, ils ne s'aventurèrent donc pas dans les tréfonds de cette aile réservée aux charmeurs. Mais bien évidemment, il y avait des serpents partout dans ce fameux laboratoire, et entre les familiers de Potter et ceux dont il s'occupait ou qu'il étudiait, ils étaient légion dans cette pièce remplie de vivariums et de serpents en libertés. En quelques mots de fourchelang, Harry les fit tous reculer vers le fond de la pièce et aucun ne s'approcha de Draco.

Appuyé contre la porte, un peu nerveux, il regarda le brun placer tous les reptiles en liberté dans leurs vivariums avec plus ou moins de diplomatie, délogeant ceux qui s'était pendus en hauteur ou bien qui s'étaient cachés. Quand tous furent enfermés dans leurs cages de verre, Draco put s'assoir sur un siège et regarder plus tranquillement le charmeur nourrir certains reptiles, parler avec d'autres, et enfin s'assurer que tout était bien à sa place.

Après cela, ils quittèrent le laboratoire, non sans avoir bu un café auparavant. Draco soupçonnait l'ancien Gryffondor d'essayer de le détendre en le forçant à rester en présence de serpents, en sachant qu'il ne risquait rien vu que tous étaient enfermés. Et le fait était qu'il n'avait pas trouvé cela si désagréable. Et de toute manière, il était trop obnubilé par Harry pour réfléchir à toutes les bestioles derrières ces vitres qui le regardaient peut-être, sifflant des choses à leur charmeur.

Le voir lui avait fait du bien. Le travail n'était pas facile et s'il s'entendait assez bien avec ses collègues, il avait toujours un problème d'adaptation avec le lieu. Harry était apaisant et il n'avait pas peur en sa présence, ce qui n'était pas franchement le cas avec les autres. L'autre jour, Flavia lui avait fait une blague en cachant un serpent dans sa manche, et quand il avait voulut lui serrer la main, il s'était retrouvé avec la tête d'un reptile à la place… A vrai dire, en sa présence, Draco se sentait presque dans un monde normal. Un peu comme si le charmeur était un îlot de sérénité où il pouvait s'échouer l'espace de quelques précieuses minutes.

Il lui avait proposé qu'ils passent à nouveau la journée ensemble, le samedi suivant. Il avait eu l'air détaché, comme si sa réponse ne bouleverserait pas foncièrement ses plans. Et pourtant, quand Draco accepta sans réfléchir, le charmeur parut soulagé.

Draco se retourna dans son lit pour regarder le plafond, à quelques dizaines de centimètres de son visage. A vrai dire, il ne savait pas vraiment à quoi s'attendre et il ne savait pas non plus s'il se faisait des idées. Il espérait que sa journée du samedi serait aussi agréable que la précédente.

Il ne lui restait plus qu'à trouver un prétexte afin d'éviter de dire à ses amis qu'il comptait passer la journée entière avec son ancien pire ennemi. Car si Théodore était plutôt discret et ne l'embêterait pas avec ça, ce n'était pas vraiment le cas des deux filles.

OoO

Se rendre dans un laboratoire de charmeur avec l'un d'eux était une chose. Le faire seul en était une autre. Et, franchement, le bureau avait beau n'être qu'à quelques mètres de cette porte qu'il avait mis dix minutes à ouvrir, entre le temps où il s'était planté devant et celui où il s'était enfin décidé à la franchir, ce fut une véritable épreuve. Il ne passa pas plus de trente secondes dans le couloir car Nabil lui ouvrit assez vite, mais il crut voir sa fin arriver quand il se retrouva debout devant cette porte avec un python au-dessus de sa tête et une vipère serpentant non loin de lui.

Quand Nabil lui ouvrit, son visage de prince arabe plutôt détendu se ferma aussitôt. Draco se demanda pourquoi diable l'avait-on envoyé dans un endroit pareil pour aller voir un con pareil. Il ne comprenait vraiment pas pourquoi il était aussi sec avec lui. Ce serait plutôt à Draco de se montre désagréable, avec ce que lui avait fait Moïra !

« Bonjour, Draco. Qu'est-ce que tu veux ? »

D'abord, quitter ce couloir. Ce serait un bon début.

« Je viens chercher le venin de…

- Ah. Entre. »

S'il ne l'y avait pas invité, Draco serait entré quand même. Tout en fermant la porte derrière lui, alors qu'elle n'était qu'entrouverte quand il avait toqué, il se dit que c'était quand même bien désagréable de se faire ainsi appeler par son prénom par une personne qui nous était désagréable. C'était une des coutumes du centre, d'où le fait que Potter l'ait tout de suite appelé par son prénom. Et autant le dire, il détestait ça.

« Il te faut autre chose ?

- Non.

- Tiens. »

Après avoir farfouillé parmi ses fioles, il lui en tendit une contenant un liquide rouge très foncé. Draco la prit et l'agita doucement dans sa main, comme il faisait souvent.

« C'est du venin, pas du vin.

- Pardon ?

- Laisse folklore chez toi, en Grande-Bretagne, et agis comme un professionnel.

- Parce qu'agiter du venin dans une fiole fait de moi un amateur ?

- On peut dire ça.

- Venant de la part d'un charmeur qui ne sait pas contrôler une vipère, c'est mal venu. »

Les yeux noirs de Nabil le foudroyèrent. Mais il en avait vu d'autres, des pires que lui. Sa réaction provoqua en lui un vif plaisir.

« Je ne te permets pas. »

Ces mots prononcés entre ses dents ne purent que renforcer son sentiment de satisfaction.

« Tu ne sais pas qui je suis.

- Une star. Mais pour moi, vous êtes un charmeur de serpent qui contrôle à peine sa vipère.

- Ne traite pas Moïra de vipère ! Je la contrôle très bien. Si elle t'a menacé, c'est parce que tu as eu un geste, il n'y a pas d'autre raison.

- Si vous le dites. »

Ils savaient tous les deux de qui venait l'information. C'était évident. De toute manière, qui d'autre aurait pu lui donner une telle information ? Mais ce que Draco voulait faire passer pour une pique, une vanne fut pris bien plus sérieusement par l'autre charmeur.

« Je l'affirme. Tu diras à Harry que si c'est pour te dire des conneries pareilles, il peut se la fermer. »

En effet, Nabil avait très bien compris, et de toute évidence, il le prenait très mal.

« Vous travaillez en face de lui, je vous laisse le soin de le faire.

- Fais attention à toi, Draco. Ne joue à ce jeu dangereux.

- Est-ce une menace ?

- Tu te crois puissant parce qu'Harry t'accorde un peu d'attention, mais ne crois pas qu'il est tout puissant, ici. Je n'admets aucune insolence. Donc garde tes remarques pour toi.

- Je n'ai pas peur de toi, Nabil.

- Mais des serpents, oui.

- C'est vrai. Et surtout de ceux qui sont mal dressés. »

Le sourire suffisant du charmeur disparut, et ce qu'il comptait lui répliquer ne put sortir de ses lèvres car on toqua à la porte du laboratoire. La voix presque chantante d'Harry, qui demandait la permission d'entrer, apaisa les battements effrénés de son cœur. Nabil se mordilla la lèvre puis accepta sa demande. Il se déplaça sur le côté, non sans le lâcher des yeux. Il n'en avait pas fini avec lui, c'était une évidence, mais Draco n'avait pas vraiment envie de continuer la discussion. Harry tombait à pic.

Et quand ce dernier entra dans le laboratoire et qu'il les regarda avec étonnement, il dut se faire la même réflexion.

« Ah, je vous dérange ?

- Un peu, on discutait.

- Je vois ça. De quoi ?

- Ca ne te regarde pas.

- Tu as l'air agacé.

- J'ai juste sous-entendu que Moïra…

- C'est entre toi et moi, Draco.

- Hey, doucement Nabil, n'hausse pas le ton comme ça. Et ne monte pas sur tes grands chevaux, on sait tous que Moïra fait ce qu'elle veut de toi, ça sert à rien de se vexer pour ça, et n'essaie pas de me contredire, tu es agaçant, vraiment, quand tu t'y mets. Bref, je venais te demander si tu vas à la réunion ce soir.

- Non.

- Okay ! Draco, tu viens ? J'ai un truc à te montrer. »

Forcément, le blond ne se fit pas prier. C'était évident que c'était une fuite, mais Harry avait sorti une excuse tellement bidon que Draco décida de ne pas en tenir compte. Il le suivit donc hors du laboratoire et traversa le couloir avec lui pour entrer dans le sien. Par bonheur, vu l'heure, quasiment aucun serpent n'était sorti de son vivarium, et le peu qui se trouvait en liberté ne l'inquiéta pas. Sauf peut-être Kheda posée sur un plan de travail en milieu de la pièce, à côté duquel Draco s'assit avant de se relever aussitôt en la remarquant.

« Ne t'en fais pas, elle est gentille.

- C'est marrant, vous dites tous la même chose… »

Harry eut un rire amusé. Il parlait depuis quelques minutes avec un reptile, debout sur la pointe des pieds contre des cages en verre fixées posées sur de grandes étagères qui recouvraient tout un pan de mur. Il lui trouva un air enfantin et aurait sans doute rigolé s'il avait sorti l'escabeau qui se cachait derrière la porte de la pièce.

« Ouais mais elle, elle est vraiment gentille.

- C'est un cobra.

- Et ?

- Il est noir.

- Et ?

- Et ça fait peur.

- Et crois-moi qu'elle ne te fera pas de mal. Je l'ai rencontrée quand je suis allé en Inde avec Kyles, elle appartenait à un charmeur de serpents. Tu sais, ces types avec leur flute…

- Ah ouais, je vois. Mais c'est pas une espèce africaine ?

- Tu t'y connais !

- C'est Théodore qui me l'a dit.

- Qu'est-ce qu'il en sait, des choses, il est impressionnant… Et il est humble, en plus. Donc, comme je te disais, j'ai rencontré Kheda en Inde, elle avait été achetée. Avec sa couleur noire, elle détonnait un peu. Je l'ai recueillie alors qu'elle était en train de mourir d'épuisement. Ça m'a fait mal au cœur de la voir dans cet état-là, surtout que Kyles venait de me quitter.

- Ca doit être compliqué d'aller dans ce genre d'endroits, pour toi.

- J'arrive à faire abstraction. Mais c'est vrai que des fois, ça fait mal au cœur. »

Après quelques derniers mots, Potter revint vers le plan de travail. Avec dextérité et délicatesse, Harry attrapa le serpent entre ses mains et le posa sur ses épaules. Draco regarda le reptile se faire manipuler, bougeant la tête sur le côté avant d'effleurer la joue d'Harry, sortant par instant sa langue.

« Donne-moi ta main.

- Pardon ? »

Gentiment, le brun attrapa sa main dans la sienne et l'amena vers le corps noir du serpent. Et parce qu'Harry lui inspirait confiance et qu'il avait la sensation de ne craindre aucun danger, Draco se laissa faire. Mais quand ses doigts touchèrent la peau écailleuse de Kheda, il eut un sursaut de rejet. Comme si ce simple contact pouvait l'empoisonner ou attirer la violence du cobra.

Comme si, soudain, sa tête allait fuser vers lui et attraper sa main, pour ne plus la lâcher.

Mais la main de Harry ne quitta pas la sienne. Posée dessus, elle la maintenait à sa place sur le corps noir de Kheda, tout en la protégeant de la moindre agression, et peut-être de sa propre peur.

Petit à petit, cette angoisse qui paralysait son corps s'apaisa, laissant place à une espèce de calme dont Draco ne se serait pas cru capable. Il lâcha leurs mains des yeux et chercha le regard de Harry, qui le regarda à la dérobée depuis plusieurs minutes. Ils restèrent quelques instants à se regarder, les yeux dans les yeux, partageant ce moment de paix et de calme.

Draco se sentait bien.

Il se dit que c'était la première fois depuis qu'il avait intégré le centre de recherche qu'il se sentait aussi bien.

« Ca va ? »

Sa voix douce et si basse provoqua d'agréables frissons qui remontèrent le long de son dos. Harry avait vraiment des yeux incroyables. Des yeux de charmeur de serpent…

Ou de charmeur tout court.

« Ouais.

- Tu vois, elle est pas méchante.

- C'est vrai.

- Tu peux avoir confiance en elle. »

Dans cette langue incompréhensible, Harry glissa quelques mots à Kheda qui rapprocha sa tête de leurs mains. Le charmeur retira la sienne et ils la regardèrent se poser sur celle longue et pâle du chercheur, leurs deux épidermes contrastant l'un de l'autre. Du coin de l'œil, il vit Harry sourire, et dépit des frissons désagréables qui parcouraient son dos, son cœur parvint à s'apaiser.

Il ne risquait rien.

Kheda ne le mordrait pas, malgré sa race et sa couleur ténébreuse.

Il ne risquait plus rien. Rien du tout.

« Je crois qu'elle t'aime bien.

- Je croyais que les serpents n'avaient pas ce genre de sentiments, sauf envers leur charmeur.

- En effet. Mais elle ne te considère pas comme une menace. Donc c'est un peu comme si elle t'aimait bien. »

Malgré lui, Draco repensa aux paroles de Nabil. Moïra avait-elle vraiment ressenti de la peur en le voyant ? Ou était-ce un moyen de le faire passer pour coupable et irresponsable ?

« Tu crois que Moïra…

- Non, Draco. C'est un serpent mal dressé qui mériterait un peu plus d'attention. Tu n'es pas responsable.

- Il m'a cherché tout l'heure, j'ai pas pu m'empêcher de… sous-entendre qu'il ne savait pas dresser ses serpents.

- Tu lui as vraiment dit ça ?

- Je lui ai dit qu'il ne savait pas contrôler une vipère. »

Le serpent eut comme un sursaut quand Harry explosa de rire. Un véritable fou rire l'emporta, faisant perler des larmes aux coins de ses yeux. La main devant la bouche, il essaya de se calmer, mais l'hilarité était si fort qu'elle balaya toute ses réserves. L'air dubitatif, Draco le regarda rire en se disant qu'il était tellement plus mignon quand il se laissait ainsi aller. Surtout quand il essayait de se reprendre et de parler, sans y parvenir.

« Par le caleçon de Merlin, j'en reviens pas ! Pas étonnant qu'il était en rogne ! Oh, quand je vais dire ça à Mody, il va se faire dessus ! »

Draco préféra ne pas imaginer ce colosse mort de rire au point d'avoir des soucis d'incontinence. Mais l'idée le fit sourire.

« Oh la la, je t'adore, Draco, vraiment !

- Je l'ai quasiment insulté, et toi, ça te fait rire.

- Mais c'est tellement ça, Draco, c'est tellement ça… Il est tellement sûr de lui qu'il est incapable de se remettre en question ! La prochaine fois, invite-moi, je veux voir sa tête en direct live ! »

Un vrai gamin, se répéta Draco en laissant tomber sa main sur sa cuisse, effleurant le genou de Harry assis juste en face de lui. Ce dernier bougea ses jambes, de façon à ce que le dos de sa main touche vraiment le tissu de son pantalon. Le blond trouva ce subtil rapprochement un peu adolescent, mais adorable. Et prometteur pour la suite.

OoO

Il y avait de l'agitation, dans la pièce. Il fallait dire qu'en général, malgré toute leur bonne volonté, ces réunions finissaient toujours par se terminer en embrouilles. Pourtant, cela partait d'une bonne intention, Draco devait bien le reconnaître. Cependant, les effets de leurs petits rassemblements hebdomadaires n'avaient pas toujours les effets escomptés.

Parce qu'ils étaient tous stagiaires et donc logés à la même enseigne, malgré des collègues parfois très sympas qui les avaient plutôt bien intégrés à leur équipe, ils avaient décidé d'organiser des réunions tous les mercredis soirs. Le but étaient de discuter, vider son sac, trouver des solutions ensemble aux problèmes rencontrés… D'une nature solitaire, Draco n'avait pas vraiment besoin de ce genre de réunion, mais il s'y rendait quand même.

Et ce soir, il se demandait bien pourquoi il l'avait fait. Franchement. Il savait que ça se passerait mal, parce que Pansy était une conne sans nom, parce qu'elle craquait pour un mec inaccessible et parce que son collègue stagiaire n'avait pas non plus inventé le fil à couper le beurre. Pourtant, il avait fait l'effort de suivre ses colocataires quand ils s'étaient rendus dans la pièce à côté de leurs chambres qui leur servait de salle de repos. Ils s'étaient installés sur les vieux canapés autour de l'antique poste de radios qui diffusait des chansons portugaises donc Draco ne comprenait bien évidemment rien du tout.

Pour une fois, Pansy n'avait pas déclenché les hostilités d'entrée de jeu. En fait, alors qu'elle discutait avec Ashley et Théodore, qui se fichait ouvertement de sa gueule en fait, Draco avait engagé la conversation avec les deux autres hommes du groupe. L'air de rien, il leur demanda s'ils allaient mieux. Demetrius fit le fier et affirma que les serpents ne lui faisaient plus peur, mais Mickael refusa de jouer les hypocrites et avoua qu'il avait encore du mal à se retrouver dans la même pièce qu'un de ces reptiles. L'autre jour, il s'était retrouvé nez à nez avec Moïra, et quand il avait essayé de combattre sa peur et passer la main au-dessus du reptile, elle avait avancé vivement sa tête vers lui. Après avoir retiré vivement sa main, le chercheur resta plusieurs minutes prostré sur une chaise, incapable de bouger.

Draco écouta son récit et ne put s'empêcher d'éprouver de la peine pour lui. Il restait encore des traces de traumatismes mais ça allait beaucoup mieux, surtout depuis qu'Harry l'avait forcé à toucher Kheda. Mickael semblait développer une phobie assez poussée et le blond se demanda s'il resterait encore longtemps ici.

« Tu devrais te faire aider, tu sais.

- Aider ? Mais par qui ? Personne n'en a rien à foutre ici ! Et tu veux qu'on me fasse quoi ? Qu'on me fasse faire une thérapie où je toucherais des serpents ? Comme si ça pouvait m'aider ! C'est un centre de fous, ici !

- Calme-toi Mick ! Franchement, y'a pas de quoi en faire un drame !

- La ferme Pansy, tu peux pas comprendre ! Toutes ces saloperies en ont après moi et ces maudits charmeurs, ça doit les amuser, de me voir comme ça, de nous voir tous terrorisés !

- Je ne suis pas d'accord. Harry et Mody…

- Oh Draco, s'il te plait, pas toi ! Ils sont pareils que les autres, ces deux-là ! Ils font genre ils viennent nous aider, comme cette conne de Flavia, mais ils ne sont pas mieux que les autres ! »

Draco n'était pas d'accord mais il admettait sans mal que Flavia était particulière. Mody était désintéressé au possible et se fichait des stagiaires, mais à chaque fois qu'un de ses protégé était impliqué, il ne manquait pas de redresser les bretelles autant au stagiaires qu'au reptile. Flavia, elle, jouait à la bonne copine mais ne manifestait absolument aucune compassion quand ses familiers s'en prenait à quelqu'un, que ce soit les stagiaires ou les employés. Le blond se demandait même si Harry n'était pas celui qui arrangeait ce genre de soucis avec Satsuki, que Draco croisait d'ailleurs beaucoup plus que les autres.

A vrai dire, quand il y pensait, Satsuki avait beaucoup être petite, sèche et pas franchement sympathique, c'était celle qui semblait le plus s'impliquer dans la sécurité des employés du centre, sifflant sans cesse après les reptiles qu'elle croisait. Mais Draco n'avait pas vraiment envie de contredire Mickael car il comprenait cette sensation d'avoir le monde entier contre lui, alors que c'était lui, la victime.

« Ecoute, moi Harry m'as aidé et maintenant ça va mieux.

- Sérieux ? Il craint, lui !

- Ouais, j'avoue, t'as vu comment il a maîtrisé l'angale ? C'est un fou ce mec ! »

Pas faux, se dit Draco en buvant une gorgée de thé. Si Demetrius semblait encore très impressionné par la performance du charmeur, Mickael le prenait visiblement pour un taré.

« Dis-moi, Draco, tu as l'air de bien t'entendre avec Potter. »

On y était, songea-t-il, la bouche sur le bord de sa tasse. Il fallait bien que ce sujet finisse par être abordé par ses sympathiques camarades. Vraiment, il aurait dû s'abstenir, faire son asocial et s'enfermer dans sa chambre.

« Où est le problème, Pansy ?

- Il n'y en a aucun. Je suis étonnée, c'est tout.

- C'est quelqu'un de bien.

- Parce qu'il t'a un peu aidé ? Il t'en faut peu, mon pauvre Draco. »

Le blond préféra ne pas réagir, et rapidement, Pansy changea de sujet, voyant que Draco était peu décidé à répondre à ses piques. En fait, depuis leur arrivée, le blond l'ignorait autant que possible, même si c'était compliqué étant donné que la chercheuse ne l'avait jamais oublié. Elle avait espéré jusqu'au bout qu'ils se marieraient un jour et le choc avait été rude. Pansy l'aimait toujours, il le voyait très bien à sa manière de le regarder et de s'émouvoir à la moindre critique un peu trop pointue.

Quelques jours plus tôt, il lui était rentré dedans. Pourtant, Draco se l'était interdit, mais lundi soir, elle était allée trop loin. Ils s'étaient retrouvés tous les deux dans la salle de repos. Harry venait de le quitter quelques minutes plus tôt après avoir délogé Eos d'au-dessus du placard : elle n'était pas méchante mais approchait un peu trop sa tête de lui, comme pour l'empêcher d'ouvrir ledit placard, et parce qu'il avait entendu sa voix dans le couloir, Draco l'avait interpellé pour qu'il lui vienne en aide. Eos s'était laissée faire, et en passant la porte, Harry lui glissa qu'elle lui avait confié qu'il était amusant et qu'elle aimait bien le taquiner. Le blond avait préféré ne pas répondre.

Pansy était arrivée un peu plus tard pour prendre un café. Parce qu'il était galant, Draco lui avait servit une tasse avant de servir deux mugs pour lui et Esperanza qui s'arrachait les cheveux sur son antidote. Ils avaient échangé quelques banalités, et quand le chercheur voulut quitter la pièce, son ancienne fiancée le retint. Elle avait découvert que Daniel le draguait et, rapidement, elle l'entraîna dans une pente glissante où elle aurait mieux fait de ne pas s'aventurer.

La dispute qui s'en était suivi fut violente et depuis, Pansy fuyait son regard. Il l'avait beaucoup blessée, lui rappelant son célibat, son physique peu gracieux et ses propres aventures avec de très beaux hommes. Oui, il avait été salaud avec elle, mais elle l'avait cherché. Il avait tenu depuis leur arrivée, mais ses nerfs en pelote n'avaient pu lutter davantage. Et à présent, malgré tout le mépris qu'il éprouvait envers Pansy, il regrettait ce qu'il lui avait craché à la figure.

« Putain, quand je pense qu'il reste encore deux mois et demi à tirer…

- Tu l'as dit !

- En même temps, j'ai pas hâte de rentrer, vu ce qui m'attend.

- Sérieux ? »

Théodore but une gorgée de bière d'un air plutôt absent, comme si la réponse ne l'intéressait pas vraiment, mais Demetrius n'en tint pas compte.

« Ouais, avec Pansy on bosse sur un traitement contre la dragoncelle, et franchement, c'est super dur quoi…

- Mais y'a pas déjà un traitement qui existe ?

- Si mais il est pas efficace à cent pour cent donc voilà, on fait des recherches. »

Qu'est-ce qu'il pouvait être emmerdant, se dit Draco en regardant discrètement sa montre. Dans un quart d'heure, il retournerait dans sa chambre et s'allongerait pour lire un peu. Il écouta à peine ses collègues parler de l'avancée desdites recherches qui portaient sur plusieurs pistes assez différentes et qui demeuraient difficiles à exploiter, malgré toutes leurs démarches.

« En même temps, vous bossez sur des ingrédients interdits dans le commerce ou super rare, ça joue quoi…

- Bah ouais, je sais, et franchement c'est chiant quoi…

- L'autre fois, on a pu bosser sur le venin d'un scorpion très rare, il a un nom à coucher dehors, mais on avait presque rien quoi ! Son venin est dur à obtenir et en plus, qu'est-ce qu'ils sont chiants avec leurs réglementations…

- Pans', tu te rappelles quand on a voulu du sang de phénix ?

- Oh pitié, par Merlin, ne m'en parle pas !

- Et en ce moment, vous êtes sur quoi ?

- Bah sur rien… On a voulu bosser sur du venin d'angale des sables, mais c'est dur d'en obtenir.

- Sérieux ?! »

Ashley, stupéfaite, faillit en renverser sa tasse de chocolat chaud. Pansy leva les yeux au ciel alors que Demetrius passait une main lasse dans ses cheveux blonds.

« Ouais. Mais il y a trop de réglementations et c'est super rare comme venin, on peut pas se permette de le gâcher quoi.

- Et vous pouvez pas en demander au centre ? Vu que Harry a…

- Mais qu'est-ce que tu peux être conne, Ashley, quand tu t'y mets…

- Pardon ?! Je ne te permets pas, Nott !

- Réfléchis, c'est un centre de recherche, le venin qu'ils vendent coute les yeux de la tête, tu crois vraiment qu'ils vont en prêter quelques gouttes à des stagiaires ? Réfléchis avec ce qui te sert de cerveau, franchement.

- Elle a pas tort, cela dit. Si on pouvait en récupérer un peu… »

Intrigué, Draco s'arracha à l'écoute de la chanson d'un obscur groupe de rock brésilien et revint dans le monde réel. Il se demanda si Demetrius était sérieux ou s'il était juste con.

« Et comment ? En négociant avec Da Silva ? Tu rêves !

- Et avec Harry ?

- Tu rigoles ? Il acceptera jamais !

- Il a l'air cool…

- C'est pas parce qu'il a un air teubé qu'il l'est forcément, couillon.

- Putain t'es chiant ce soir, Théodore !

- Quoi ? Réfléchissez un peu, sérieusement, là vous faites peur… Harry a l'air un peu niais mais c'est un type balèze, vous croyez vraiment qu'il va vous filer quelques goutte de venin, avec le mal qu'il s'est donné pour dresser cette bestiole, qu'il ne maîtrise même pas ? Arrêtez de rêver !

- Draco, tu t'entends bien avec lui, pas vrai ? »

Tous les regards se braquèrent sur lui. Draco haussa un sourcil qui n'annonçait rien de bon.

« Pardon ?

- Tu t'entends bien avec lui, non ?

- Et ?

- Et tu pourrais pas négocier avec lui ?

- T'as fumé quoi avant de venir, Demetrius ?

- Et tu vas un peu vite en besogne, t'as l'air d'oublier qu'ils pouvaient pas se sentir à Poudlard !

- Ouais mais…

- Je négocierai rien du tout avec lui. J'en ai rien à faire de vos recherches, vous vous débrouillez !

- Et si t'essayais d'en voler un peu ? »

Il y eut un silence dans la pièce. Sur le coup, Draco ne sut quoi répondre, parce qu'il ne s'attendait pas à une telle question, et parce qu'il n'aurait jamais pensé que Pansy aurait vu aussi clair dans son jeu avec Harry.

« C'est hors de question. Je ne volerai rien et je ne négocierai rien avec Potter. Si vous voulez quelque chose, vous vous arrangez avec lui. C'est illégal, ce que vous me demandez, vous vous en rendez compte au moins ? Si quelqu'un nous entendait, on serait dénoncé et viré de cet endroit, et bonjour la réputation !

- Ca va, c'était qu'une idée en l'air…

- Ce genre d'idées en l'air, tu peux te les garder ! J'ai pas envie de perdre ma place pour des conneries pareilles !

- Calme-toi Malfoy, ça va, on oublie ! Qu'est-ce que tu peux être nerveux, toi… »

Le regard noir que Draco lui lança mit fin à la conversation. Un silence pesant s'installa dans la pièce, et voyant bien qu'il ne parvenait pas à décolérer, Draco se leva pour quitter la pièce. Il se fichait bien de ce qui se dirait dans son dos et de son coup de sang. Cette bande de crétins l'agaçait prodigieusement. N'avaient-ils pas conscience de la méfiance qu'ils inspiraient aux chercheurs du centre et que, si jamais on entendait ce genre de conversation, ils seraient tous virés sur le champ ? Il fallait croire que non. Pensaient-ils vraiment qu'ils pourraient ramener un petit souvenir du centre à Londres ? Il bossait vraiment avec des attardés…

Agacé, Draco retourna donc dans sa chambre et monta directement dans son lit. Quelques minutes plus tard, Théodore le rejoignait, complètement atterré par le niveau mental de leurs collègues de boulot, qui en réalité n'avaient pas cessé de parler des venins et antidotes qu'ils pourraient éventuellement récupérer à la fin de leur stage. Cette idée n'avait même pas effleuré le jeune homme, qui était cependant resté pour voir jusqu'où irait leur connerie. Il avait fini par partir, histoire de leur faire comprendre qu'il ne se mêlerait pas à leurs magouilles, qui ne déboucheraient sur rien.

Heureusement, se dit Draco. Les serpentards avaient beau être magouilleurs et renards, il ne fallait pas non plus aller trop loin et risquer de gâcher leur carrière avec des conneries pareilles. Le blond ne manqua pas de le lui faire remarquer, mais Théodore avait depuis longtemps compris le message et lui avoua être soulagé qu'il n'ait pas voulu entrer dans ce piège.

OoO

Il avait fait de la merde. Toute la journée, il avait enchaîné les conneries, les gamelles, les mauvaises rencontres et même les disputes. Il s'était pris la tête avec Esperanza, avec Sydney et surtout avec Pansy, ce qui s'était poursuivi par une crise de colère de Demetrius qui n'admettait pas qu'on s'en prenne ainsi à son binôme. Et au niveau du boulot, ce n'était vraiment pas ça. Il s'était démené toute la journée et était parvenu à un résultat satisfaisant, mais au prix d'efforts incroyables qu'il aurait pu largement éviter.

Personne n'était parvenu à le secouer et le remettre dans le droit chemin. Théodore avait essayé de lui parler à plusieurs reprises et l'avait même cherché pour lui tirer les vers du nez. En vain. En fin de journée, visiblement alerté par cet état survolté qu'on connaissait si peu à Draco, Harry était passé dans son laboratoire. Le voir là dans l'état dans lequel il était l'avait quasiment fait disjoncter. Après avoir essayé de lui faire comprendre que sa présence n'était pas désirée à ce moment précis, message que le charmeur n'avait pas compris parce qu'il était congénitalement complètement bouché, Draco l'avait envoyé chier comme il savait si bien le faire, sans prendre de gants. Et bien sûr, Potter l'avait très mal pris.

Très mal pris.

Mais Draco s'en fichait.

A ce moment-là, il se fichait éperdument de Potter, de ses yeux magnifiques, de son sourire à croquer et de son côté déluré qui attirait son regard. Et même ce soir, alors qu'il était censé déjeuner le lendemain avec lui, tout ça l'importait peu. De toute manière, il rentrait à Londres dans deux bons mois, donc il était inutile d'espérer quoi que ce soit avec ce type. En plus, il était évident qu'il y avait quelque chose entre lui et Nabil, il faudrait être con pour ne pas l'avoir remarqué.

Tout ça n'avait pas d'importance.

Car ce matin-là, il avait reçu un courrier de sa mère. Et alors, cette bulle dans laquelle il était enfermé depuis son arrivée vola en éclat.

« Draco, tu dors ? »

Le blond ferma les yeux. Une fois encore, il s'était isolé sur son lit, sans adresser la parole à ses camarades de chambrée. Il n'avait même pas réagi quand Sydney avait ouvert la fenêtre en grand pour aérer la pièce, il se demanda même si elle ne l'avait pas fait pour s'attirer son attention. Mais Draco était comme déconnecté de tout, sauf de cette vie qu'il menait à Londres et qui le rattrapait même ici.

« Tu sais que t'es vraiment casse-pieds, toi ? »

L'échelle du lit grinça sous le poids de Théodore qui s'assit sur son matelas, non loin de ses pieds. Il attendit quelques secondes avant de lui parler à nouveau. Une heure plus tôt, il l'aurait envoyé bouler sans concessions, mais il s'était un peu calmé. La pression était enfin retombée.

« Il parait que t'as envoyé chier Harry. Il était super remonté. »

Draco ferma les yeux. Potter n'aurait jamais dû intervenir. Ils n'avaient pas élevés les Hippogriffes ensemble et il ne comprenait même pas qu'il ait essayé de lui tirer les vers du nez.

« T'as vraiment envie de jouer à ce jeu-là, Draco ? Que tu t'excites sur moi, okay, je comprends. Mais lui, franchement… Il méritait pas ça.

- Il n'avait pas à intervenir.

- Je sais. Il ne te connait pas, il sait pas comment ça marche dans ta tête. Mais là, tu niques tout. Tu sais qu'il a prévu de dîner avec Nabil demain ?

- Je m'en fous.

- Tu t'en fous parce que ta conne de mère t'a rappelé à quel point t'es un fils indigne. A moins qu'elle ne t'ait annoncé qu'elle va mourir dans les jours qui viennent ? »

Sa mère, c'était je t'aime, moi non plus. Mais c'était aussi et surtout de l'amour à sens unique.

La guerre, elle ne l'avait jamais digérée. Elle n'avait jamais accepté la déchéance de son époux, la trahison de Potter qui n'avait pas répondu à ses appels quand Lucius avait été jugé, l'homosexualité assumée de son fils unique et sa carrière de chercheur qui lui faisait honte à chaque sortie mondaine. Narcissa était donc devenue aigre, renfermée… et dépressive. Et parce que son fils n'avait cessé de la décevoir au cours de ces dernières années, elle prenait un malin plaisir à le torturer sans cesse.

Avec la guerre, Draco avait perdu sa mère. Celle qu'il avait aimé de loin et dont il avait savouré durant son enfance les quelques marques d'affection qu'elle avait concédé à lui accorder. Depuis qu'il avait avoué à sa mère qu'il aimait les hommes, il avait cessé de la fréquenter, et sa vie relativement calme était devenue un cauchemar. Il suffisait d'une entrevue, d'une lettre, d'un simple souvenir pour que le quotidien de Draco bascule. Il avait beau détester sa mère, pour tout ce qu'elle représentait depuis des années, il tenait à elle, et chacun de ses mots assassins touchaient pile là où ça faisait mal.

C'était devenu un cercle vicieux dont il peinait à s'extraire, et en réalité, il savait qu'il ne cherchait pas à s'en tirer. Ces lettres, c'étaient tout ce qui lui restait de sa mère, et même si elle lui faisait du mal, il ne pouvait pas tirer un trait sur elle. Même si cela signifiait se comporter comme un parfait abruti, revenir bien sur Terre, et perde ce qui lui était cher, ou ce qui aurait pu le devenir.

Même si cela signifiait repartir dans ce qu'il était parvenu à guérir quand il avait accepté l'idée que les femmes, ce n'était pas pour lui.

« Je sais pas ce qu'elle t'a dit, et dans le fond, je m'en fous. Je sais que c'est pas contre moi, quand tu t'énerves, et que t'as juste besoin de rester seul, même si c'est pas bon pour toi. Mais Harry ne peut pas savoir. T'as vraiment envie qu'il t'échappe.

- Dans deux mois, je ne suis plus ici.

- C'est ce qu'elle t'a écrit ? De ne t'enticher de personne car dans deux mois, tu rentres chez toi ? Ou alors elle t'a parlé de ton ex, le seul qu'elle estimait à peu près, que t'as quitté un mois avant notre départ ? Je sais que j'enfonce des portes ouvertes et que demain ou après-demain ça ira mieux, mais putain arrête de la laisser te marcher dessus comme ça ! Tu craques pour Potter depuis qu'on est au collège et là t'as la chance de pouvoir lui mettre le grappin dessus ! Mais réveille-toi, bordel, t'as vraiment envie que cet Aladdin du dimanche te pique ton nain de jardin préféré ? »

La dernière réplique de Théodore parvint à lui arracher un sourire, mais pas le mouvement qu'il aurait sans doute souhaité. Là, tout de suite, il se fichait éperdument d'Harry, des sentiments qui recommençaient à naître en lui, de ce stage de merde qui ne lui apportait rien et de cette vermine qui se baladait à son aise dans les couloirs.

Il voulait juste dormir.

Dormir, et oublier.

Oublier que sa mère s'enfonçait chaque jours un peu plus dans une dépression qui la conduirait tôt ou tard dans un asile. Oublier qu'elle le rayait chaque jour un peu plus de sa vie, qu'il était sa plus grande source de honte et que peut-être, un jour, dans un élan de colère ou de désespoir, elle le déshériterait. Et alors il perdrait tout ce qui lui avait appartenu durant son enfance, il perdrait ses souvenirs et tout ce qui avait, à une époque, fait sa fierté et son bonheur.

Potter ne pouvait pas comprendre. Théodore non plus, parce que sa mère était décédée et ses relations avec son père n'avaient jamais été au beau fixe et que dans le fond, avec la guerre, il avait été plus soulagé d'un poids qu'autre chose.

Personne ne pouvait comprendre.

Alors tant pis s'il passait pour un con et s'il perdait toutes ses chances avec Potter. Ce n'était pas important.

Non, vraiment, ce n'était pas important.

OoO

Il était dix-neuf heures et la lumière du laboratoire de Potter était toujours allumée. Les autres portes du couloir, qui comportaient toutes une partie en verre opaque, semblaient belles et bien fermées. D'ailleurs, aucun reptile ne circulait dans ce couloir. Paradoxalement, il lui parut plus flippant que lorsqu'il était habité par les serpents.

Nerveusement, Draco toqua à la porte. Il attendit une bonne minute avant qu'Harry ne vienne lui ouvrir, et quand il le vit dans l'entrebâillement de la porte, il lui jeta un regard de pur ennui. Le genre de regard qu'il devait réserver à tous les enquiquineurs qui venaient toquer à sa porte à une heure pareille.

« Bonsoir, Harry.

- Bonsoir, Malfoy. »

Ils n'avaient pas fait un pas en arrière, mais une bonne dizaine. Théodore avait raison : il avait foutu toutes ses chances en l'air. Tant pis, eut-il envie de penser. Mais il avait dormi, ses idées s'étaient remises à leurs places, et il réalisait à présent à quel point il avait tout gâché.

« Je peux te parler ?

- Non.

- Je suis désolé pour hier.

- Tu t'es comporté comme un parfait abruti. Donc je ne veux plus te voir. »

Le charmeur voulut fermer la porte, mais Draco la retint. Il s'attira le regard mauvais du brun, qui avait bien changé de visage depuis la veille.

« Il faut que je te parle.

- Je ne reviendrai pas sur ma décision. Et de toute façon, j'ai promis à Nabil que je déjeunerai avec lui, demain.

- T'as raison, va déjeuner avec ton ex.

- Nabil n'est pas mon ex !

- Il le deviendra tôt au tard. »

Abandonnant l'affaire, Draco tourna sur ses pieds et quitta le couloir. Il savait qu'il regretterait son coup de sang de la veille et qu'il avait tout foutu en l'air. Il aurait pu lutter, mais il était trop tard : ils n'étaient pas allés assez loin pour tenter de se faire pardonner, le mieux était de faire profil bas et de lâcher l'affaire.

Mais les pas qu'il entendit dans son dos alors qu'il prenait le chemin d'un bon pas vers ses quartiers le surprirent dans son initiative. Et la main qui lui attrapa le bras pour le stopper également.

« On n'a pas fini. »

Potter se planta devant lui, les bras croisés et le regard buté. Par Merlin qu'il était petit…

« Je veux une explication.

- Je croyais que tu ne voulais pas me parler ?

- Tu es un véritable mystère, Draco Malfoy. Tu es une vraie girouette : un coup tu viens vers moi, un coup tu recules. Tu ne sais pas ce que tu veux et tu te comportes comme un con, en plus.

- Je sais.

- Tu sais ? C'est tout ce que t'as à me dire ?

- Je ne veux pas parler ici.

- Il n'y a personne ici ! C'est quoi, ton problème ? Je te préviens : si tu ne me réponds pas, c'est même plus la peine de m'adresser la parole, tu n'existes plus pour moi. »

Le regard qu'il lui lança le mit au pied du mur. Potter n'était pas seulement en colère, il semblait déçu, aussi.

« Pas ici. »

Il y eut quelques secondes de flottement, puis Potter lui attrapa le poignet et le traina jusqu'à son laboratoire. Il ferma la porte à clé, pour être sûr de ne pas être dérangé, puis s'assit à côté d'un plan de travail et attendit que Draco en face de même. Ce dernier hésita, sachant qu'il n'aimerait pas la conversation qui allait suivre, mais il n'avait guère le choix. Alors il s'assit.

« Ecoute, je sais que je me suis comporté comme un con hier. J'aurais pas dû te parler comme ça.

- En général, quand on me parle comme ça, on le sent passer. »

Draco sentit la menace à peine voilée dans ses mots et il la lut dans ses yeux vert émeraude. Il passa une main lasse dans ses cheveux blonds.

« J'imagine.

- Non, tu n'imagines pas. Mais je me suis dit qu'envoyer Kheda te donner une bonne leçon ne serait pas une bonne idée.

- T'y as vraiment pensé ?

- Tu m'as traité de nain de jardin. Donc oui, j'y ai vraiment pensé.

- Tu m'as traité d'aristocrate coincé et froussard.

- C'est ce que tu es.

- Toi aussi, c'est ce que tu es. Un nain de jardin. »

Potter lui jeta un regard de travers et allait répliquer, mais Draco poursuivit, en essayant d'oublier l'idée que, pour quelques mots mal placés, il aurait pu se retrouver avec Kheda dans son lit. Il n'aurait plus été capable de s'y allonger en paix…

« J'ai eu un courrier de ma mère hier matin. Je perds tous mes moyens, dans ces moments-là.

- Comment ça ?

- Elle n'a jamais accepté tout ce qui s'est passé après la guerre. Elle oscille entre la lucidité et la folie. Elle s'enferme dans un monde où je suis un adulte responsable qui suit les traces de son père, et puis par moments, elle sort de cet univers et se rappelle que je suis pédé et chercheur à Ste Mangouste. Dans ces moments-là, soit elle disjoncte, soit elle me fait des reproches. Dans les deux cas, ses lettres ne sont jamais très agréables. »

Les yeux baissés, Draco essayait de lui expliquer avec le moins de mots possible l'état inquiétant de sa mère, qu'il aurait voulu aider mais il était bien trop tard pour cela. Au moment où il aurait dû intervenir, il la fuyait comme la peste, elle, ses beuglantes, ses crises de colère et tout ce qui allait avec.

« Je sais que c'est pas compréhensible, mais quand je reçois ses courriers, j'ai même pas besoin de les lire pour être en vrac. Et quand je mets le nez dedans, c'est fini. J'ai lu la lettre hier midi. Ca n'excuse rien, mais…

- Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?

- J'ai pas envie d'en parler.

- Ca fait si mal que ça ?

- Ouais. »

Délicatement, il sentait Harry lui prendre la main. Il l'avait posée sur le plan de travail blanc et sentir ses doigts chauds contre les siens, son pouce caressant sa peau, lui fit du bien.

« Je ne pensais pas que ce serait si dur pour ta mère. Enfin, j'avais imaginé, mais…

- C'est une accumulation de beaucoup de choses. Tu sais, quand tu n'as manqué de rien durant des années et que toutes tes attentes ont été réalisées, et que soudain tu perds tout…

- Pour toi aussi, ç'a dû être dur.

- Moi, je voulais rebondir et m'en tirer. C'est différent.

- La guerre n'a été facile pour personne. Il y a ceux qui s'en remettent et ceux qui s'enterrent. Je suppose que ta mère n'a jamais digéré le fait que je ne vous ai pas aidés.

- Non, elle t'en voudra toute sa vie. Mais tu avais raison de ne pas intervenir, chacun doit assumer ses actes. J'ai assumé les miens et aujourd'hui je suis bien dans ma vie.

- C'est bien. C'est pas le cas de tout le monde.

- T'y penses encore ?

- Oui. Mais je m'en suis tiré. C'est pas le cas de Neville.

- Ah ?

- Ouais. La guerre, ça lui a donné des ailes. Mais quand ça s'est fini, quand c'est moi qui ai eu tous les honneurs, il est tombé de haut. Et puis, il a essayé d'être auror, et il s'est planté.

- Comment ça ? Il avait les capacités pour être auror. Bon, il était maladroit, mais ce qu'il a fait à Poudlard était remarquable. »

Le visage de Harry s'assombrit. Il ne répondit pas tout de suite. Puis, il lui avoua que Neville avait été motivé par la colère, plus ou moins consciente, née du manque de reconnaissance qu'il avait subi après la guerre. Amer, il s'était jeté à corps perdu dans sa formation d'auror mais en dépit de ses qualités, il n'avait ni le physique ni le mental d'un auror, du moins, pas de celui qu'il voulait absolument devenir. La volonté ne suffisait pas. Et quand on lui fit comprendre que la chasse aux mangemorts, ce ne serait pas pour lui, il le prit très mal.

« Lui non plus ne s'est jamais remis de la guerre. Quand je suis parti, ç'a empiré les choses. Je pensais que ça le soulagerait, mais c'était encore pire pour lui, car j'étais le héro, j'avais tous les honneurs, et je les fuyais comme la peste. »

C'avait été la seule solution, se dit Draco en le voyant passer une main lasse dans sa tignasse. Sans doute aurait-il dérivé s'il était resté sur place, même s'il était persuadé que son départ avait dû être aussi difficile que douloureux. Quitter ses amis, Poudlard, ses repères… Draco n'en aurait jamais été capable, même s'il y avait sérieusement pensé à plusieurs reprises. Quand sa mère avait commencé à vraiment dérivé, il avait songé à fuir avec son copain de l'époque. Sa lâcheté l'en avait empêché.

« Comment ont réagi les autres ?

- A quoi ?

- A ton départ.

- Ron et Hermione l'ont mal vécu, mais ils se sont fait une raison. On a gardé contact et on se voit le plus souvent possible. C'était difficile, mais on a réussi à sauver notre amitié malgré la distance. Pour les autres… c'est différent. Mais tu sais, j'ai renoncé à ma vie là-bas et je suis heureux ici. »

Mais dans ses yeux, il y avait du regret. Peut-être que son épanouissement professionnel était réel, mais sans n'était-ce pas le cas pour sa vie personnelle. A moins que Draco ne se leurre. Sans doute était-ce le cas. Il s'était passé quelque chose avec Nabil et il avait entendu des murmures, la veille, à propos de la fin de son idylle avec un chercheur de Maceió. Le seul qui n'avait pas sa place, ici, c'était lui. Il n'était qu'un coup d'air dans sa vie.

« C'est déprimant.

- Ouais. Ca te dit qu'on aille dîner ?

- Franchement non.

- Hein ?

- Vu le menu, j'ai pas envie.

- T'as du mal avec la nourriture brésilienne, j'ai l'impression.

- J'ai du mal avec tout…

- Allez viens, je t'emmène dîner. »

Harry lâcha sa main puis se leva. Draco haussa un sourcil avant de lui demander ce qu'il entendait par là. Bien sûr, le brun joua avec ses nerfs, s'assurant tranquillement que tous les terrariums étaient fermés et que ses occupants ne manquaient de rien. Un sourire naquit sur ses lèvres quand il comprit qu'ils dîneraient hors du centre. Cette idée le remplit de sérénité.

« J'ai presque fini. Tu retires ta blouse ou tu comptes sortir comme ça ?

- Je vais passer dans ma chambre chercher de l'argent.

- Laisse, j'invite.

- J'insiste. J'en ai pour deux minutes.

- Je t'attends. »

Quelques minutes plus tard, après avoir pris une bonne douche et s'être intégralement changé, Draco retourna au laboratoire. Il croisa Théodore au passage, ce dernier ayant encore une fois traîné dans son laboratoire, et en le voyant ainsi vêtu et surtout hors de leur chambre commune, il siffla d'un air appréciateur avant de lui souhaiter une bonne soirée. Pour éviter de perdre du temps, et de croiser qui que ce soir, Draco pressa le pas en entra dans le laboratoire sans toquer.

Le brun ne portait plus sa blouse et ne s'était visiblement pas changé. Il portait un jean bleu clair délavé et plutôt abîmé. Sa coupe droite mettait ses jambes minces en valeur, tout comme son tee-shirt gris clair qui, sans le mouler, lui allait parfaitement. Ces vêtements lui donnaient un aspect plus jeune, plus accessible, et autant le dire, ses cheveux partant dans tous les sens lui donnaient un air vraiment craquant.

Quand il entra dans la pièce, Harry était de dos et discutait avec un serpent. Sans doute l'entendit-il entrer mais il ne réagit pas, terminant sa conversation. Puis, il ramena le reptile dans son terrarium et le ferma. Enfin, il se retourna vers lui, et s'il avait eu encore quelques doutes sur la potentielle attirance que Harry aurait pu éprouver sur lui, le regard qu'il lui lança les balaya tous. Ses yeux le regardèrent de la tête aux pieds avant qu'il ne se ressaisisse et lui fasse un sourire, le genre de sourire qu'on fait quand on ne sait pas trop comment réagir et qu'il faut pourtant se lancer.

« On y va ? »

Draco acquiesça et le suivit hors du laboratoire. Il jeta un coup d'œil au terrarium où se trouvait Potter quand il était entré et il fut surpris par la couleur chaude du reptile qui bougeait dans la cage en verre.

« Avec qui parlais-tu ?

- Avec Vasha. »

Ils sortirent du couloir et commencèrent à marcher, sans doute en direction d'une cheminée ou d'une zone de transplanage. Tout en marchant, Draco se fit la réflexion qu'il ne connaissait pas ce nom, et pourtant, il en avait vus, des serpents. A force, il connaissait même la plupart de leurs noms, parce que leurs collègues en parlaient entre eux et leur montraient les différents spécimens, en ne manquant pas d'en détailler la personnalité au passage.

« Je ne connais pas. J'ai pas dû le croiser.

- Normal, c'est l'angale. »

Draco manqua d'avaler sa salive de travers.

« Et c'est une fille. »

Halluciné, Draco lui lança un regard perdu : cette chose enfermée dans son laboratoire personnel allait en sortir un jour ?!

« Attends, mais s'il est dans ton labo', ça veut dire que…

- Ca veut dire que je l'habitue à ma présence et qu'on est en train de débuter une… collaboration. Mais ne t'inquiète pas, Vasha ne sortira pas de son terrarium sans ma surveillance. Et c'est fille.

- Comment tu peux dire ça avec un tel naturel, comme si c'était un être humain ?!

- Parce que ça la rend plus sympathique.

- Tu sais que tu peux mourir dans la seconde s'il te mord ?

- Je suis encore sous traitement.

- Tu joues avec les mots.

- Oui. Et c'est une fille. »

Le blond leva les yeux au ciel alors que l'autre souriait d'un air amusé. Ils ne tardèrent pas à arriver dans une partie du centre que Draco ne connaissait pas, et après avoir ouvert quelques portes d'un geste de la main, ils entrèrent dans une zone de transplanage. Le week-end précédent, ils avaient emprunté la cheminée du directeur, qui n'avait pas manqué de les emmerder une bonne demi-heure avec ses recommandations.

« Si seulement on pouvait s'en aller, nous aussi…

- Ce serait trop compliqué à gérer. Vous n'êtes que stagiaires.

- Pourquoi tu vis ici ? Satsuki vit à l'extérieur, il me semble.

- J'ai un appartement, à l'extérieur. Ca dépend des moments, en fait, j'ai mes périodes. J'aime le centre, tu sais, je m'y sens chez moi, et franchement les appartements sont biens.

- Je veux bien te croire. »

Quand ils furent dans la zone, matérialisée par du carrelage coloré, le charmeur lui attrapa la main et Draco ferma les yeux. Quand il les rouvrit, il était dans une rue déserte, bien loin de ce centre perdu dans la forêt amazonienne. Lentement, il tourna la tête vers Harry, qui lui lâcha la main, presque avec regrets. L'un à côté de l'autre, ils quittèrent la ruelle discrète et se mêlèrent à la foule danse de badauds, redevenant alors deux hommes comme les autres qui s'apprêtaient à passer une excellente soirée.

OoO

« Alors, ta soirée ?

- Sympa.

- Arrête, tu vas pas me la faire à moi Draco ! Alors, comment ça s'est passé avec son ex pire ennemi ?

- Si t'essaie de savoir s'il s'est passé quelque chose entre nous, la réponse est non.

- Tu me déçois, là… Même pas un petit quelque chose ?

- On s'est tenu la main.

- Ah bah voilà, je préfère ! »

Parce que Sydney était fermement décidée à mettre la main sur un charmant petit chercheur qu'elle avait repéré depuis une semaine, Draco avait dû prendre son petit-déjeuner seul avec Théodore. Ils auraient pu le prendre avec Esperanza mais cette dernière s'était exilée avec un collègue de travail avec lequel elle travaillait en étroite collaboration depuis deux jours. Et bien évidemment, Draco savait très bien que son ami le cuisinerait, tout comme l'avait fait sa collègue de travail un peu plus tôt avec beaucoup de taquinerie.

En même temps, leur absence avait fait jaser, bien entendu. Que Harry manque le dîner, un vendredi, cela n'avait rien de franchement étonnant même s'il vivait sur place. Il avait sa propre cuisine et pouvait s'échapper n'importe quand du centre. Cependant, que lui et Draco manquent à l'appel ne pouvait qu'éveiller les curiosités. De loin, Théodore avait vu Nabil tirer une tronche pas possible, et malgré la bonne humeur de Mody et Flavia, il n'avait que très peu parlé.

Mais dans les faits, il ne s'était rien passé. Harry l'avait emmené dans un restaurant qu'il connaissait bien et ils avaient dîné en tête à tête. Ils laissèrent tomber toutes les barrières et parlèrent de tout, abordant parfois des sujets un peu plus intimes, personnels, que Draco aurait préféré enterrer dans un coin de son esprit mais qui le torturaient toujours. En parler avec Harry lui fit du bien car le jeune homme avait un autre regard sur la guerre et ses conséquences. En temps normal, ses propos l'auraient sans doute mis en colère, mais à ce moment-là, ils étaient rafraichissants.

Car à des milliers de kilomètres de la Grande-Bretagne, être pédé et passionné par ce qu'il étudiait ne furent plus une aberration.

Il se sentit étrangement libre, dans ce restaurant où ne comprenait pas un traitre mot de portugais, face à son ancien pire ennemi qui avait tout plaqué des années auparavant pour faire sa vie.

« Bon, et ensuite ? Me fais pas croire que tu ne lui as pas sorti le grand jeu ?

- Depuis quand ma vie sentimentale t'intéresse ?

- Depuis que Sydney me parle à longueur de temps de ce chercheur qui la fait craquer ?

- Si je ne te connaissais pas, je penserais que tu es jaloux.

- Mais tu me connais et tu sais qu'elle est pas mon genre.

- Tu sais qu'Harry était persuadé que vous sortiez ensemble ?

- En même temps, j'ai pas un écriteau autour du cou comme toi…

- Je ne te permets pas ! »

Théodore ricana mais redevint vite sérieux. Il le connaissait assez pour savoir qu'il ne se précipiterait pas, ce n'était pas son style. Du moins, pas quand il était sérieux, et Harry méritait mieux qu'une partie de jambes en l'air vite et bien, ce qu'il avait été tenté d'accorder à Daniel la veille, quand il lui avait paru évident que ses maigres chances avec le charmeur étaient réduites à néant. Mais dans la soirée, les choses avaient bien changé.

« Et t'as prévu quoi, aujourd'hui ?

- Je sais pas.

- Je dois reformuler ma question ?

- Il déjeune avec Nabil. Il ne vas pas annuler avec lui, c'est pas son genre.

- Tu crois ?

- Ouais, sinon il me l'aurait dit. Tu sais hier, il n'y a vraiment rien eu. Il est pas entreprenant et… c'est compliqué. »

Potter, c'était son amour de jeunesse. C'était celui qui lui avait fait réaliser qu'il était homosexuel. Il l'avait déjà plus ou moins saisi avant, mais réaliser qu'il éprouvait des sentiments pour un garçon avait rendu les choses plus concrètes. Le fait que ce soit Potter n'avait pas une grande importance, car il était bloqué à la fois par son orgueil, sa famille, son engagement auprès du Maître et leur passé respectif. Quand le héros national avait quitté l'Angleterre, cela ne lui avait fait ni chaud ni froid : il était jeune, paumé, il fuyait tout ce qu'il vivait et ressentait, donc que ce gars quitte le pays, ce n'était vraiment pas la fin du monde.

Forcément, plus tard, Draco avait repensé à lui, mais Potter était déjà parti, loin, et il n'avait plus de nouvelles de lui depuis longtemps. Donc c'était un peu comme s'il n'avait jamais existé et ce qu'il avait ressenti plus jeune finit par disparaître. Les hommes s'étaient enchaînés dans sa vie, il avait vécu plusieurs relations sérieuses, et s'il avait quitté son dernier copain, c'était à cause d'une dispute qui avait mis en évidence leurs différentes manières de concevoir une vie de couple.

En arrivant ici, au fil des jours, ce qu'il avait enfoui au plus profond de son cœur s'était comme réveillé, petit à petit, à mesure que Potter se rapprochait de lui par sa gentillesse naturelle, son sourire doux et ses gestes rassurants, malgré cette aura aussi mystérieuse qu'inquiétante qui l'entourait constamment. Et en réalité, si Potter n'avait pas cessé de le chercher, Draco n'aurait cru que quelque chose aurait été possible entre eux.

Qu'il ait pu, à un moment donné, éveiller plus qu'un vague intérêt chez lui.

Et la veille, il avait vraiment senti quelque chose chez Harry. Une vraie attirance qui se reflétait dans ses yeux verts, qui se devinait dans ses gestes, sa façon de lui sourire, de rougir. Il n'était plus ce charmeur sûr de lui, doux et secret à la fois, mais le vrai Harry, l'homme encore jeune dans sa tête à l'humour décapant, au sourire adorable et au rire irrésistible.

A se demander comment un homme aussi mignon, parce que non, Harry n'était pas beau, il était mignon, pouvait être célibataire à l'heure actuelle.

« Tu devrais l'inviter à déjeuner.

- Il refusera, il s'est engagé avec Nabil. C'est un Gryffondor.

- Entre un Aladdin grincheux et un blondinet froussard, peu…

- Hey !

- Peut-être qu'il se laissera tenter par le froussard. Justement parce que c'est un Gryffondor. »

Mais Draco n'était pas vraiment convaincu. Harry avait eu quelques gestes avec lui mais sa grande discrétion le laissait perplexe. C'était un peu comme si le brun n'osait pas trop s'avancer vers lui, pour que les choses n'aillent pas trop vite. Le blond était un peu perdu et ne savait pas trop à quoi s'en tenir, même s'il savait parfaitement qu'il ferait mieux de se bouger le derrière plutôt que d'attendre patiemment que ce charmeur timbré se décide à lui faire du rentre-dedans.

« Ouais. Je sais pas.

- Lance-toi, Draco ! Je t'ai connu plus courageux que ça !

- Je te signale que dans deux mois…

- Mais qu'est-ce qu'on s'en fout, de ça… Je te signale que, moi, j'ai dû faire comprendre à mon copain que je serai pas là pendant trois mois et qu'on ne pourrait se voir que le week-end. Et ça, c'est plus hard qu'aller traquer un charmeur serpent un tantinet suicidaire.

- Comment va-t-il d'ailleurs ?

- Change pas de sujet, tu veux ? Va le voir, sérieux. T'es bien parti avec lui. »

Après une longue hésitation, Draco finit par se lever sous le regard moqueur de Théodore. Ce dernier en fit de même car il n'allait pas tarder à partir pour la zone de transplanage à Rio accueillir son copain. Ensemble, ils furent un bout de chemin avant de se séparer, l'un partant vers sa chambre tandis que l'autre se dirigeait vers les laboratoires des charmeurs. Draco savait que Harry y passait toujours avant de quitter le centre.

En chemin, il croisa le directeur du centre en compagnie de sa fille. Flavia ne manqua pas de l'accoster et de blablater comme elle savait si bien le faire, et quand elle le lâcha enfin, Draco se sentit de sale humeur. Cette fille ne lui revenait décidément pas, elle avait ce côté superficiel et supérieur à la fois qu'il ne supportait pas. Un peu comme si elle était la reine, ici, et dans le fond, c'était ce qu'elle deviendrait quand son père prendrait sa retraite. C'était Harry qui le lui avait dit et cette perspective n'avait pas l'air de l'enchanter. Il se fichait bien de qui dirigeait le centre, mais l'idée qu'elle se croit au-dessus d'eux l'agaçait.

Dans les faits, Flavia était la moins efficace des cinq et sa présence en ces lieux n'était due qu'à sa parenté avec le directeur. Elle en jouait beaucoup pour se faire accepter, mais les quatre autres charmeurs avaient eu parcours bien différents et avaient atterris dans ce centre pour leurs capacités. Il y avait donc un fossé entre eux et elle. Et si elle s'entendait bien avec Satsuki, cela ne signifiait pas que celle-ci l'estimait suffisamment pour en faire son égal. Si la brésilienne avait eu un caractère plus humble, sans doute aurait-ce été le cas.

Draco pénétra dans le couloir menant aux laboratoires. Il n'y avait aucun reptile et la porte de celui de Harry était entrouverte. Des voix en provenaient et le blond sentait quelque chose en lui se froisser quand il entendit celle de Nabil.

« Ecoute, franchement, j'ai autre chose à faire que d'écouter tes conneries. Maintenant, sors d'ici et laisse-moi tranquille.

- Comment ça, des conneries ? Tu te fous de ma gueule Harry !

- Mais n'importe quoi…

- Mais bien sûr que si ! Tu sais très bien pourquoi je t'ai invité à déjeuner, et si tu as accepté, tu savais à quoi t'attendre. Et là, tu passes la soirée avec ce con ?! Pourquoi t'as accepté mon invitation si c'est pour flirter avec lui ?!

- On s'était disputé et…

- Et donc t'as cru que je ferais un bon bouche-trou ?!

- Non. J'ai juste pas réfléchi. Et tu sais parfaitement que toi et moi, c'est pas possible.

- Parce que j'ai pas les cheveux blonds et les yeux bleus ? Parce que j'ai pas un visage européen ?

- Parce que t'as un putain de caractère de merde. »

Il y eut un silence dans la pièce. Adossé contre le mur, du côté des gonds de la porte, Draco écoutait attentivement la conversation. Il se fit la réflexion qu'effectivement il n'y avait rien eu entre eux, sinon Nabil ne parlerait pas en ces termes.

« On a essayé, Nabil. Toi et moi, ça passera jamais.

- Tu fais pas beaucoup d'efforts pour que ça passe.

- J'ai pas à faire des efforts ! J'en fais déjà assez pour te gérer au boulot, j'ai pas à prendre sur moi constamment pour que notre relation tienne ! Arrête, Nabil, on a essayé deux semaines et ça n'a pas tenu, je peux pas m'engager avec toi.

- Je peux pas changer radicalement mais je peux faire des efforts.

- T'en as déjà beaucoup fait et c'était jamais assez. Je suis désolé, Nabil.

- Donc tu vas voir ce crétin aujourd'hui, c'est ça ?

- Je tiens mes promesses. Donc on va déjeuner ensemble et ensuite je verrai.

- J'ai pas envie de manger avec toi en sachant que tu penses à quelqu'un d'autre.

- C'est pas mon problème. »

Les mains dans les poches et les yeux baissés vers le sol, Draco écouta le silence qui suivit. Il aurait voulu voir ce qui se passait dans la pièce, mais entrer aurait été malvenu.

« Dans deux mois, il est parti. Et tu vas faire quoi, si jamais ça tient, hein ?

- Je ne sais pas. Et je pense que ça ne te regarde pas. »

Nouveau silence. Puis, il y eut des bruits de pas et Nabil quitta la pièce, poussant la porte. Vivement, il traversa le couloir et entra dans son propre laboratoire dont il claqua la porte. Draco attendit un peu, et quand il entendit des bruits dans la pièce, signes que Harry se déplaçait, il se redressa et se planta devant la porte ouverte. De dos, le brun ne le vit pas, alors il toqua pour la forme. Aussitôt, le charmeur se retourna et ne cacha pas sa surprise en le voyant là. Puis, il fronça les sourcils.

« C'est pas bien d'écouter aux portes.

- Tu aurais dû la fermer.

- Depuis quand tu es là ?

- Depuis cinq, six minutes. Je croyais que tu n'étais pas sorti avec lui ?

- Je n'ai pas à me justifier.

- Tu m'as menti.

- Non.

- Ce n'est pas ce que j'ai entendu.

- T'es soulant, tu le sais, ça ? Je lui ai laissé deux semaines pour me convaincre et ça n'a pas marché.

- J'étais venu t'inviter à passer l'après-midi avec moi. »

Ses mains manipulant un petit serpent un peu trop vif, Harry le regarda quelques secondes en silence. Puis, il pencha la tête sur le côté, les sourcils toujours froncés.

« J'aime pas quand on écoute aux portes.

- Décline, si tu m'en veux à ce point-là ! C'est facile, pour toi ! C'est pas toi qui débarques dans un centre de tarés où ta vie est menacée à chaque instant, et c'est pas toi qui dois t'adapter sans arrêt à la vie, au passé et à l'humeur du seul type qui t'intéresse ! Tu vas quand même pas me prendre la tête parce que j'ai un peu écouté aux portes ? »

Son ton qui commençait à monter à cause de son agacement sembla surprendre Harry. Quand il ouvrit la bouche pour répliquer, Draco le coupa.

« Ecoute, Harry, je vais te dire un truc. Moi, je suis pas un de tes collègues de travail, je suis pas Nabil. Je suis un mec que t'as connu un Poudlard, qui vient d'Angleterre et qui se barre dans deux mois. Donc il va falloir que tu me prennes comme ça et que tu joues pas avec moi. Tu dis que je suis une girouette mais t'es pas mieux ! T'es pas clair dans ta manière de te comporter vis-à-vis de moi !

- Mais pour moi non plus c'est pas simple ! Tu viens de le dire, je t'ai connu à Poudlard, on s'est engueulé, on s'est fait les pires crasses, et là, comme ça, tu…

- Je quoi ? Je quoi, Potter ?

- T'étais pas censé accepter. »

Son expression eut quelque chose de… douloureux. Il se mordilla la lèvre inférieure puis remit le serpent dans son terrarium, s'arrachant à son regard. Perdu, Draco se passa la main dans les cheveux, cherchant ses mots.

« Accepter quoi ? Nos sorties ensemble ?

- Oui.

- Pourquoi j'aurais dû refuser ? Parce qu'avant on ne pouvait pas se voir ? On a changé, toi et moi, on n'est plus les gamins d'avant.

- Je sais.

- Ecoute, est-ce qu'on ne pourrait pas tout simplement être deux personnes qui s'attirent mutuellement, qui sont gauches comme pas possible mais qui ont envie d'essayer quand même ? »

A nouveau, Harry se mordilla la lèvre inférieure, les bras croisés sur son torse. Puis, en silence, il s'avança vers lui. Draco eut envie de le prendre dans ses bras, de le serrer contre lui, et de retrouver l'homme qu'il avait découvert la veille. Quand il fut devant lui, le brun leva un regard incertain vers lui.

« T'es vraiment intéressé par moi ?

- Oui. Même si tu fais flipper.

- Je te fais flipper ?

- Ouais.

- Et t'as rien vu encore.

- Ah ouais ? »

Le léger sourire qu'il lui fit parut détendre Harry, qui en esquissa un autre, un peu plus timide. Draco se pencha un peu et attrapa sa main dans la sienne. Le brun se laissa faire, fuyant un peu son regard, sans doute d'embarras. Un agréable embarras, cela dit.

« Je t'invite à déjeuner ? »

Harry leva son visage vers lui.

« Avec plaisir. »

Et ils quittèrent ensemble le centre, ne rencontrant au passage que Mody qui leur souhaita avec un sourire goguenard une très bonne journée.

OoO

La nuit était tombée sur le centre. Il était si tard que les couloirs n'étaient même plus éclairés par les quelques chandelles permanentes disposées le long des murs et qui rendaient les lieux, la nuit, beaucoup moins glauques. Mais dans son état, Draco fit très peu attention à ce détail, réagissant à peine quand les faibles lueurs s'apparurent sur le chemin au fil de leurs pas.

Ils avaient bu, tous les deux. Un peu trop. Ils s'étaient tapé une bonne bouteille au dîner et avaient enchaîné avec quelques verres en boite de nuit, qui n'était pas prévu au programme, mais Harry l'avait un peu trop provoqué pour qu'il ne l'y emmène pas pour lui donner une bonne leçon. La démarche un peu chancelante et l'esprit embrumés, ils se dirigeaient vers les appartements du brun, Draco ayant l'idée de l'y raccompagner, sans savoir s'il saurait trouver le chemin du retour au vu de son état.

Mais là, tout de suite, il se fichait éperdument de son retour. Car il venait de plaquer Harry contre un mur pour s'emparer de sa bouche, comme il l'avait fait maintes fois au cours de la soirée. Car sur ses lèvres, il y avait encore la chaleur du premier baiser qu'ils avaient échangé sur la plage, le bras de Harry sur ses hanches et le sien sur ses épaules, leurs pieds nus caressés par l'eau fraiche de l'océan.

Si mince dans ses bras, Harry gémissait contre sa bouche qu'il malmenait avec un plaisir non feint. Ses mains qui caressaient sa nuque, ses tempes, qui ébouriffaient ses cheveux, les tirant par instants, allumaient en lui un feu qui, en d'autres circonstances, l'auraient sans doute amené à le pousser dans un lit pour lui faire subir les derniers outrages.

Par Merlin qu'il avait envie de le bouffer…

De l'entendre gémir, susurrer à son oreille dans cette langue qu'il ne comprenait pas, de sentir sa peau sous ses mains et d'admirer ses incroyables yeux verts luire de luxure…

Le posséder…

Et lui appartenir…

OoO

Gueule de bois.

Sévère gueule de bois.

« Putain, j'suis arrachée…

- T'es pas la seule, crois-moi… »

A quand remontait la dernière fois où il s'était retrouvé dans cet état ? Ca devait être un peu avant qu'il ne quitte son dernier copain, quand ce dernier avait essayé de le reconquérir en l'emmenant en boite de nuit et ils avaient tellement bu que le lendemain, Draco se rappelait à peine de sa soirée.

« Putain, plus jamais, plus jamais…

- On dit tous ça et on recommence. »

Leurs voix faibles parvinrent à empirer son mal de crâne. Etalé dans son lit, Draco avait croisé les mains sur ses yeux, comme pour les protéger des minces rayons de soleil que les rideaux ne filtraient pas. Il avait la nausée et ne savait même pas s'il parviendrait à descendre sans se casser sérieusement la figure.

« Ton rendez-vous était si foiré que ça ?

- Ouais. C'était un abruti de première. Tu sais qu'il est marié, l'enfoiré ?

- Ah ouais… »

Dans son lit, Draco haussa un sourcil étonné, ce n'était pas vraiment le genre de Sydney de se réfugier dans l'alcool après un échec amoureux, surtout quand elle connaissait à peine le type. Mais peut-être y avait-il autre chose, et comme Théodore voulait être seul avec son copain, elle n'avait pas pu aller se faire consoler.

« Et toi, ça s'est bien passé avec Potter ? Ou t'as picolé pour oublier ?

- J'ai picolé parce que je passais une bonne soirée.

- Ah ouais ?

- Ouais.

- Vous sortez ensemble ?

- Je crois.

- Félicitations ! Vous vous êtes embrassés ?

- Ouais… »

Au ton de sa voix, Sydney eut un léger rire. Draco ne put s'empêcher de sourire en se remémorant la journée extraordinaire qu'il avait passée avec Harry et la soirée qui avait suivi. Il se rappela de leurs balades dans les rues de Rio et sur la plage gigantesque, de leurs repas ensemble, leurs mains qui se touchaient et leurs lèvres qui se rencontraient par moments.

« Bon, on va se lever ? Il est dix heures du mat', quand même…

- C'est pas dit que j'arrive à descendre… »

A nouveau, Sydney éclata de rire. Elle remua dans son lit et parvint péniblement à se lever. Le blond se redressa à son tour et s'avança vers l'échelle. Sydney était appuyée contre, ses yeux bruns levés vers lui d'un air amusé. Elle n'était pas dans un meilleur état que lui, mais il préférait encore la voir moqueuse que compatissante.

« Bon, je vais me laver, à tout de suite. »

Ils mirent le double du temps habituel pour se laver, et ils n'étaient que deux. Théodore avait pris une chambre à Rio pour lui et son copain et Esperanza en avait fait de même avec sœur, venue tout spécialement d'Espagne pour passer deux jours avec elle. Comme deux épaves, ils essayèrent d'émerger avec plus ou moins de succès, avalant une potion anti-gueule de bois avant d'oser quitter la chambre.

Sydney à son bras, parce que sinon elle n'aurait pas eu la foi de marcher jusqu'à la salle de repas, Draco marchait d'un pas tranquille, fatigué. Il écoutait distraitement Sydney qui le faisait sourire avec ses mésaventures de la veille. Il l'aida à dédramatiser les choses et ne put s'empêcher de rire quand elle lui raconta de quelle manière elle comptait se venger de ce beau parleur qui avait osé se moquer d'elle.

La salle de repas était quasiment vide. Les jours de congés n'étant pas uniformes pour tout le monde, certains chercheurs prenaient un café dans la vaste pièce. Il y avait également certains collègues stagiaires qui leur firent signe en les voyant venir. Draco et Sydney se servirent du café et prirent dans le placard réservé aux stagiaires de quoi se restaurer, à savoir une brioche qu'ils ne finiraient sans doute pas, mais tant pis. Et plutôt que de rejoindre Demetrius, Mickael et Ashley, tous deux s'installèrent le plus à l'écart possible.

Sans se presser, ils débutèrent leur petit-déjeuner. Draco découpa deux tranches de brioches et essaya de manger la sienne, sans grande conviction. Il avait encore un peu mal au ventre et n'avait pas beaucoup d'appétit le matin, mais il se força un peu, et au bout de quelques minutes, il se sentit un peu mieux, la potion faisant effet sur son estomac.

« Oh oh oh, charmeurs de serpents en vue !

- Qui ?

- A ton avis ?

- Il est seul ?

- Nan, y'a Mody aussi.

- Ah, ça va. »

Il ignora son sourire goguenard alors que les deux charmeurs s'avançaient dans son dos. En arrivant, ils les saluèrent et leur demandèrent s'ils pouvaient s'assoir. Alors que Sydney acceptait avec un sourire amusé, Draco leva la tête vers eux et croisa le regard d'Harry. Quelque chose passa entre eux, une sorte de complicité qu'il n'y avait pas encore la veille et qui fit naître sur le visage de Harry un joli sourire.

« Je te préviens, ma jolie, si je m'assois, vous avez plus de brioche !

- Qu'est-ce que tu peux être goinfre, Mody, t'as aucun savoir vivre…

- T'exagères, je préviens !

- Asseyez-vous, la brioche est trop grosse de toute façon. »

Aussitôt, les deux charmeurs prirent place à côté d'eux, et aussitôt, Mody se servit une part avant de donner le couteau à Harry. Sur le ton de la conversation, Sydney leur demanda s'ils iraient au carnaval de Rio qui avait lieu le week-end prochain. Mody, qui vivait depuis des années dans le pays, fut emporté par la discussion que la chercheuse écouta avec une grande attention.

Draco, lui, peinait à se concentrer, et de toute façon Harry lui avait proposé la veille de l'y emmener. Il aurait presque rougi de gêne tant il était déconcentré par la présence du charmeur à son côté, et à vrai dire, il ne savait pas vraiment comment se comporter avec lui. Il était évident que Mody savait qu'ils avaient passé la journée de la veille ensemble, et sans doute était-il au courant de l'avancée de leur relation. Cependant, Draco ne se voyait pas avoir le moindre geste sur leur lieu de travail, à la vue de tous.

Alors, le blond préféra s'abstenir, comblant ce manque de contact par des mots qui semblèrent faire plaisir à Harry. Ce dernier était le centre de toute son attention et il ne semblait pas s'en plaindre, bien au contraire. Assez réservé néanmoins, il se montra très discret, n'abordant jamais la journée qu'ils avaient passée ensemble la veille. Draco préféra ne pas en tenir compte sur le moment, savourant sa présence.

Ce fut Sydney qui mit fin au petit-déjeuner en voyant l'heure : elle avait rendez-vous avec Esperanza et allait être en retard. Mody se leva alors à son tour et les deux autres suivirent. Ils sortirent ensemble de la salle, que leurs collègues stagiaires avaient déjà quitté semblait-il, et se séparèrent très vite : Sydney partit chercher ses affaires dans la chambre et Mody retourna dans ses appartements. Il ne resta plus que Draco et Harry qui, seuls, se lancèrent des regards un peu gênés, ne sachant quoi faire. visiblement, les souvenirs de la veille n'embarrassaient pas que le blond.

« Tu… dois passer à ton labo' ?

- Non, j'y suis déjà allé.

- On peut partir, alors. A moins que tu ais quelque chose à faire ce matin.

- Eh bien… Je ne savais pas si tu étais libre ce matin, en fait.

- Je t'ai dit hier que j'avais rien de prévu !

- Oui mais comme tu étais avec Sydney ce matin…

- Je vais chercher mes affaires, on se retrouve devant la zone de transplanage ?

- Okay, à tout de suite. »

Puis, Harry se mit sur la pointe des pieds et l'embrassa légèrement sur la joue. Enfin, il partit vers ses appartements, et le cœur léger, Draco pressa le pas pour aller chercher sa sacoche et l'attendre patiemment. Le charmeur ne mit guère de temps à le rejoindre, et à peine eurent-ils quitté le centre pour Sao Paulo, que Draco n'avait pas encore visité, que Harry lui attrapait la main, un peu comme s'il en mourrait d'envie. Le blond lui fit un sourire un peu moqueur qui le fit rougir, et quand Harry voulut retirer sa main pour se venger, le chercheur entrelaça leurs doigts. Puis, il se pencha et l'embrassa sur la bouche le plus naturellement du monde.

OoO

Le carnaval de Rio fut sans aucun doute l'une des plus belles choses qui lui ait été donné de voir. Sans doute Draco n'oublierait-il jamais ce festival, cet immense spectacle à ciel ouvert qui l'avait laissé complètement sur les rotules. Le week-end qu'ils avaient passé tous ensemble à faire la fête et à admirer le défilé avait été très difficile à encaisser le lendemain à cause de la fatigue. Mais pas seulement.

Car lors de ce week-end, il eut la sensation que Harry et lui formaient enfin un vrai couple.

« Esperanza, est-ce que… Ah pardon, Draco, je croyais qu'elle était là.

- Elle est allée nous chercher du café en salle de repos.

- Ah okay, merci ! »

Du moins, elle avait essayé d'y aller, pensa Draco avec sarcasme, car vu leur état, elle avait bien eu courage de se lever pour aller leur chercher un petit remontant. Il se demandait même si elle n'allait pas revenir avec la cafetière, vu qu'elle peinait à garder les yeux ouverts.

Il fallait dire qu'ils étaient rentrés très tard la veille et complètement arrachés en plus. Après avoir passé un week-end de folie tous ensemble, ils avaient eu beaucoup de mal à prendre le chemin du retour, et même une fois dans le centre, se séparer fut difficile. Draco raccompagna Harry et passa un long moment avec lui devant la porte de son appartement, espérant vainement dans son ivresse qu'il lui ouvrirait sa porte, mais il avait fini par rentrer seul et s'était effondré dans son lit.

Le réveil fut aussi compliqué que douloureux, et pour être honnête, Draco craignait le coup de barre de l'après-midi. Il avait réussi à garder les yeux ouverts toute la matinée et à travailler à peu près correctement, contrairement à Esperanza qui avait manqué de se noyer dans sa tasse de café. Cependant, il savait pertinemment que le déjeuner le rendrait apathique et il ne serait plus bon à rien. Et contrairement à ce qu'ils avaient espéré, leurs supérieurs n'étaient absolument pas tolérants malgré les festivités nationales que personne n'aurait manqué pour rien au monde.

En vérité, ce qui lui permettait de tenir, c'était l'idée qu'il verrait Harry au déjeuner et que ce dernier lui avait promis qu'ils passeraient la soirée ensemble. Il le lui avait dit le matin même quand ils s'étaient croisés dans la salle de repas. Le brun lui avait gentiment caressé le poignet avant de lui sourire, les traits fatigués mais le regard plus alerte que le sien.

Ce geste si discret et délicat avait éveillé en lui une bouffé d'orgueil et de tendresse. Car par cette légère caresse, Harry lui montrait qu'il lui faisait enfin confiance.

« Livraison de café !

- Cherche pas, Esperanza, t'es complètement stone et ça s'entend dans ta voix.

- Moi qui voulais mettre un peu de bonne humeur dans ce labo'…

- Bah c'est raté. »

Elle eut un léger rire avant de s'avancer vers un plan de travail où elle posa la cafetière. Elle leur servit deux tasses avec des gestes lents mais précis.

« On te cherchait, tout à l'heure.

- Ouais, je sais, mais c'est bon, c'est réglé. »

Elle lui tendit sa tasse de café non sucré, comme d'habitude, avant d'aller se rassoir. Ils avaient passé le week-end tous ensemble, avec elle, sa sœur, Sydney, Théodore et son copain. Au début, Draco avait pensé ne se rendre au carnaval qu'avec Harry, mais après avoir rencontré le groupe dans l'après-midi du premier jour, ils décidèrent de passer un moment ensemble, et le lendemain, ils ne se séparèrent pas un seul instant. L'embarras qu'avait ressenti Harry à se retrouver entouré de personnes qu'il ne connaissait quasiment pas et qu'il rencontrait au travail tous les jours disparut bien vite. Sa main dans la sienne et ses baisers l'avaient complètement fait sortir du rôle qu'il tenait au centre.

Un rôle compliqué à gérer, autant pour lui que pour Draco qui n'avait pas vraiment su sur quel pied danser durant toute la semaine. Déstabilisé par la grande réserve de Harry qui n'admettait aucun geste ambigu en public, ce qui se comprenait tout à fait d'ailleurs, Draco avait eu beaucoup de mal à l'approcher à trouver sa place dans sa vie. Nabil n'arrangeait rien, s'accaparant Harry pour oui ou pour un non, ce qui semblait grandement agacer ce dernier, mais pour éviter toute tension au travail, il laissait son collègue charmeur faire ce qu'il voulait de lui.

Avec Harry rien que pour lui fut alors une véritable épreuve de force. Il n'y avait absolument aucun endroit dans le centre où ils auraient pu être rien que tous les deux, et Draco avait beau être patient, il ne comptait pas réfréner toutes ses envies indéfiniment. Enervé, ne supportant plus l'attitude de Nabil et la trop grande réserve de Harry, le chercheur le mit donc au pied du mur : soit il trouvait une solution, soit ils s'arrêtaient là. Flirter le week-end et se comporter des amoureux, et jouer aux inconnus la semaine, ce n'était pas pour lui.

« C'était pas le mec que Sydney draguait ?

- Si, je crois qu'il essaie de se rattraper en faisant copain-copine avec moi.

- C'est stupide.

- Complètement. Il espère peut-être qu'elle reviendra sur sa décision, mais elle est pas du genre à partager, ni à voler ce qu'il ne lui appartient pas d'ailleurs. »

Draco savait alors que son ultimatum était osé mais le jeu du chat et de la souris, franchement, il avait passé l'âge. Forcément, Harry prit très mal sa menace et ne lui adressa pas la parole de la journée, mais le soir venu, il l'emmena dans les parties communes des charmeurs, les enferma dans le salon et lui fit bien comprendre qu'il n'avait pas envie que tout cesse. Et autant le dire, ce fut délicieux.

« Au fait, t'as vu Harry, ce matin ?

- Bah oui, pour… Ah ouais, c'est vrai que tu t'es levé après nous. Oui, il est venu prendre son petit-déjeuner avec nous.

- Et il était bien ?

- Ouais. Mieux que d'habitude. »

Il préféra garder pour lui le petit geste qu'il avait parce qu'il passerait pour une grosse midinette, et dans le fond, il n'avait aucune vraie signification. Pourtant, Draco sentait que quelque chose était en train d'évoluer, car jusque là, le charmeur n'avait jamais eu le moindre geste à son encontre hors de ce fameux salon et cette marque d'affection le touchait.

Ce week-end avait marqué un tournant dans leur relation naissante. Ce geste, c'était comme s'il prenait enfin conscience qu'ils formaient quelque chose de sérieux. Comme s'il n'avait pas oublié ce week-end fantastique qu'ils avaient passé ensemble, contrairement au lundi précédent. Ce week-end où ils avaient marché main dans la main dans les rues de Rio, où ils s'étaient embrassés en ignorant les regards de travers, où ils s'étaient tenus l'un contre l'autre, Harry assis sur ses genoux et lui enlaçant ses épaules.

Il aurait bien voulu y revenir, à ces deux jours magiques. Mais la vie reprenait son cours et il fallait bien redescendre sur terre. Il espérait simplement que sa soirée soit aussi agréable que les quelques minutes qu'il avait passées le matin même en sa compagnie.

OoO

Pour développer un esprit de collaboration, des espaces communs avaient été prévus pour les charmeurs. Ils se composaient de quelques pièces, à savoir une cuisine, une salle à manger, un salon et une autre salle de détente. Depuis le temps, cet endroit désaffecté car les charmeurs ne connaissaient assez bien et n'éprouvaient plus vraiment le besoin de s'y enfermer, sans compter qu'ils allaient en général chez les uns ou chez les autres pour discuter.

En chemin, Draco rencontra Mody et Satsuki. Le premier le salua rapidement : il avait un putain de serpent énorme sur les épaules, comme Draco en avait rarement vu dans sa vie, et vu son regard, le charmeur préférait éviter de le laisser trop longtemps sous ses yeux. Quant à la japonaise, elle le regarda d'un air méfiant, le salua du bout des lèvres et suivit son collègue sans rien rajouter. Perplexe, le chercheur regarda le tout petit serpent pâle qui semblait s'amuser dans les cheveux noirs de sa charmeuse.

De désagréables frissons lui parcourant le dos, Draco reprit sa route en direction des quartiers communs des charmeurs, dont il possédait la clé. Il pria pour ne pas croiser Nabil qui l'avait surpris le vendredi précédent en train de quitter les lieux. Le prince arabe l'avait emmerdé pendant cinq bonnes minutes, arguant qu'il n'avait rien à faire là, et à bout de nerfs, Harry qui était sorti en l'entendant avait piqué une formidable crise de nerfs. Ils s'étaient engueulés pendant dix bonnes minutes en fourchelang avant que Nabil ne battent en retraite, le visage rouge et le regard blessé.

Heureusement, les couloirs étaient vides, alors Draco put entrer sans faire d'histoire. Il arriva dans une petite entrée qui donnait accès aux quatre pièces, dont une des portes était entrouverte, laissant entendre le bruit d'une télévision. Parce qu'un de ses ex était sang-mêlé, le blond avait depuis longtemps installé un poste chez lui et il devait avouer que ça lui manquait, étant donné qu'il n'y en avait pas dans la salle de repos. Il se demandait même si ce n'était pas Harry ou Satsuki qui l'avaient installé, cette dernière étant sang-mêlée, car vu l'appareil, il était plutôt récent.

Pour la forme, Draco toqua à la porte puis l'ouvrit. Harry était affalé dans le canapé, ses pieds nus croisés sur la table basse, le nez dans un livre plutôt volumineux. Le charmeur ne leva pas les yeux vers lui tout de suite, poursuivant sa lecture. Les sourcils froncés, le chercheur ferma la porte, la verrouilla d'un coup de baguette puis s'assit sur le canapé d'une étrange couleur rouge. Quelques secondes plus tard, Harry détourna enfin les yeux de son bouquin, poussa un soupir puis tourna la tête vers lui.

« Hermione se lance dans l'écriture.

- Et ?

- C'est costaud.

- Ah. Elle s'est fait publier ?

- Nan, c'est un prototype. Elle veut mon avis.

- Et qu'est-ce que tu vas lui dire ?

- Que c'est costaud. »

Il y eut un silence, puis ils rirent d'un air complice. Harry attrapa son marque page pour le placer dans son livre, puis il le ferma et le plaça sur la petite table à côté du canapé. Pendant ce temps, Draco montait un peu le son de la télévision, et quand Harry fit mine de se décaler sur le côté, il leva le bras pour ensuite le poser sur le dossier, l'incitant à se mettre contre lui. Le brun leva son visage vers lui et déposa un baiser appuyé sur sa bouche que Draco s'empressa d'approfondir, passant son bras derrière sa nuque pour le maintenir contre lui. Il poussa un soupir de bien-être en sentant les bras de son petit ami enlacer son cou alors que leurs langues se caressaient sensuellement, éveillant leurs sens au fil des secondes.

C'était le premier baiser de la journée, et bien qu'il ait mis du temps à venir, Draco en savoura tout l'intensité. Il aimait la manière dont Harry l'embrassait, il aimait sa tendresse, sa suavité, cette façon qu'il avait de lui caresser la nuque et ses cheveux blonds… Il aimait ses baisers. Sa bouche. Ses mains. Ses incroyables yeux verts, son sourire adorable, ses indomptables cheveux noirs…

Draco se sentait presque comme un adolescent. Celui qu'il avait été et qui redécouvrait ses premiers émois amoureux.

« Ca va ? »

Ces quelques mots soufflés contre sa bouche lui donnèrent des frissons. Pour toute réponse, Draco l'embrassa brièvement sur la bouche. Harry eut un sourire amusé avant de le lui rendre, mais de façon plus appuyée.

« Ouais, ça va. Juste crevé.

- Pareil, je me couche tôt, ce soir. Hey, fais attention à tes mains !

- Elles font quoi, mes mains ?

- Arrête, t'es con… »

Le charmeur posa ses mains sur celles baladeuses du blond, l'air toujours amusé. Il lui glissa quelques mots en fourchelang, la même chose qu'il lui avait glissée la veille quand il l'avait quitté devant sa chambre. Il monta sur ses cuisses et repris sa bouche, tenant son visage entre ses mains, laissant donc celles de Draco libre de faire ce qu'elles voulaient. Et l'ancien Serpentard ne se fit pas prier…

OoO

Pour la première fois depuis leur arrivée, qui remontait à près d'un mois, Théodore s'était fait mordre. C'était arrivé dans la salle de repos : il était en train de préparer du café et Krishna avait surgi de sous le meuble pour le mordre à la cheville. Quelques minutes plus tôt, absolument pas apeuré par les reptiles, le chercheur l'avait délogé d'un placard à la demande d'Ashley qui n'osait pas y récupérer son thé. La jeune femme eut à peine le temps de verser l'eau chaude dans sa tasse que Théodore s'effondrait sur le sol, les yeux grands ouverts.

Tout la journée, il avait été placé à l'infirmerie et n'avait pu en sortir que le soir venu. En fait, il aurait pu en sortir avant, mais quand il s'était retrouvé confronté à Flavia dans le bureau du directeur, il avait perdu son sang-froid légendaire et avait littéralement explosé. Ashley, également, présente, avait tout fait pour le calmer, mais Théodore fut incapable de digérer les accusations qui lui étaient portées : il n'avait pas malmené Krishna et il n'avait d'ailleurs jamais menacé le moindre serpent.

Dans un état de colère incroyable, Théodore avait été enfermé à l'infirmerie le temps qu'il se calme. Il aurait pu y rester très longtemps et même être écarté si Satsuki n'avait pas agi en sa faveur. D'une humeur exécrable, elle s'était rendue dans le bureau du directeur, avait exigé la présence de tous les charmeurs, et avait entrepris de démolir Flavia devant son père et leurs collègues. Elle avait remis en cause ses talents, le dressage de ses serpents et sa présence dans le centre. Bien évidemment, c'avait dégénéré, et à sa plus grande horreur, Flavia se retrouva avec les quatre charmeurs à dos. Son père en fut atterré et très embarrassé.

Ainsi, en fin de journée, Théodore put sortir définitivement de l'infirmerie. Il les rejoignit dans leur chambre où il créa la surprise : personne ne s'attendait à le voir sortir avant le lendemain et ils furent soulagés de le retrouver. Le poison du reptile l'avait paralysé en un quart de seconde, et grâce à l'antidote, il avait retrouvé le contrôle de la plupart de ses membres. Il n'y avait que son bras gauche qui refusait encore de lui obéir et il boitait un peu de la jambe droite. Cependant, dormir à l'infirmerie aurait été insupportable. Et il voulait remercier Satsuki.

Ce sentiment d'angoisse que Draco était parvenu à réfréner revint en lui avec force. Il dormit très mal cette nuit-là, tout comme Théodore d'ailleurs. Plus que la morsure, cette sensation de chute l'avait traumatisé et l'avait éloigné du sommeil réparateur dont il avait tant besoin. Vers deux heures du matin, ils se retrouvèrent tous les deux devant une tasse d'infusion aux plantes avec la radio en fond sonore. Puis, ils retournèrent se coucher et Draco parvint à attraper au vol quelques heures de sommeil.

Le lendemain matin, Harry passa dans son laboratoire et voulut lui parler, mais Draco refusa en prétextant avoir du travail. Le midi venu, il parvint à l'éviter, mais le soir, il ne put lui échapper. Il dut le suivre dans le salon commun où le brun entreprit de lui ôter toute cette angoisse qui lui malmenait l'estomac depuis la veille. Il se demanda comment Harry avait pu deviner, mais il n'osa pas lui poser la question, et quand il le quitta un peu plus tard, il fut comme déchargé d'un poids.

Théodore, lui, mit peu de temps à s'en remettre, mais la rage qui sommeillait en lui depuis cet entretien peinait à s'apaiser. A chaque fois qu'il croisait Flavia ou le directeur, il y avait toujours un sale échange de regard qui ne faisait qu'envenimer leurs relations, et donc celle de la charmeuse avec ses collègues. Draco l'encouragea à aller demander de l'aide à Satsuki qui lui en avait fait la proposition. Derrière son air revêche se cachait une femme impliquée qui, malgré son amitié envers sa collègue, ne supportait plus son manque de professionnalisme et ses compétences insuffisantes.

Un soir, il avait fini par franchir la porte du laboratoire de la charmeuse. L'entretien avait duré si longtemps que ses colocataires s'inquiétèrent de son absence, et quand Théodore en revint, il était étrange. Il refusa d'en parler avec eux et le secret aurait perduré si Draco n'avait pas fermement insisté pour savoir ce qui s'était passé avec Satsuki. Son ami lui expliqua alors qu'il avait beaucoup discuté avec la charmeuse et que cela lui avait fait le plus grand bien. Elle lui avait également redonné confiance en lui en le faisant manipuler des reptiles.

Cependant, la japonaise n'avait pas manqué de lui expliquer qu'il fallait absolument qu'il évite de les toucher lors des prochaines semaines, car au moindre faux pas, il serait viré du centre. Il avait haussé le ton devant le directeur et avait très mal parlé à sa fille, il n'en faudrait pas beaucoup plus pour qu'il soit expulsé des lieux.

Atterré, Draco n'avait pas pu le croire, mais vu les traits préoccupés du brun, il n'avait pu que s'y résoudre. Théodore était quelqu'un de fort, mais en entendant ces mots, il avait manqué de s'effondré. Il s'était défoncé pour en arriver là, il avait bossé comme un dingue et s'était investi comme pas deux pour mener sa carrière le plus loin possible. Il aimait son boulot. Il aimait bosser dans ce centre, même si vivre loin de son copain était compliqué parfois. Voir son dossier sali par ce qui venait de se passer serait insupportable.

Parce qu'il était inquiet pour Théodore, parce que c'était son ami et qu'il ne méritait pas ce qui lui arrivait, Draco se confia à Harry, lui avouant ses préoccupations. Il ne s'attendait pas à ce que le charmeur intervienne, il avait juste eu besoin de vider son sac. Ils discutaient dans son laboratoire et le brun était en train de nourrir ses serpents, activité donc Draco se serait bien passé mais il ne verrait pas Harry durant deux jours à cause d'un déplacement, donc il profitait des quelques minutes qui leur restait avant son départ. Et pendant un bon moment, le charmeur l'écouta en silence.

Quand Draco eut terminé, il lui demanda de lui amener Théodore. Perplexe, Draco avait hésité, puis il était allé le chercher, voyant bien qu'Harry ne prenait pas cette menace à la légère. Quand ils revinrent, ensemble, le blond s'attendit à ce que le charmeur lui demande de sortir, mais Harry exigea juste que la porte soit fermée. Et sans cesser ses activités, il affirma que si jamais il y avait un autre accident et que cela se retrouvait marqué dans son dossier, il ferait péter un scandale de tous les diables dans le centre. Jamais il n'admettrait qu'un aussi bon élément que lui subisse la mauvaise foi du père et de la fille. Si Paolo Da Silva avait décidé d'être bavard, Harry le serait également.

Cette rapide mise au point avait paru soulager Théodore. Harry lui conseilla bien sûr d'être sur ses garde et de ne plus toucher les reptiles qui n'étaient dressé ni par lui, ni par Satsuki. Mody était un excellent charmeur mais ses reptiles avaient des caractères très particuliers et autant éviter les accidents. Quant aux autres, qu'il les évite le plus possible. Leurs serpents n'étaient pas plus dangereux que les autres mais ils souffraient d'un manque de rigueur et leurs charmeurs étaient de mauvaise foi. Cependant, à la moindre difficulté avec l'un d'eux, il fallait que Théodore la ferme et qu'il vienne le voir aussitôt.

Demander de l'aide n'était pas franchement dans son caractère mais pour sauver sa carrière, Théodore semblait prêt à l'écouter. Le problème, c'était surtout qu'il était complètement perdu, ne comprenant pas tout ce qui lui tombait dessus alors que, dans le fond, c'était lui la victime. Le charmeur balaya toutes ses inquiétudes d'un revers de main : leur but était de le rendre coupable pour se décharger de leurs responsabilités. Mais ça ne marcherait pas, parce qu'il était fort et parce que les charmeurs, depuis près de quatre mois, commençaient sérieusement à saturer.

« Tout va bien se passer » fut la dernière phrase qu'Harry lui dit avant qu'il ne quitte le laboratoire, le visage plus détendu et le cœur plus léger.

OoO

Moïra était enfermé dans un terrarium en verre, posé en plein milieu du plan de travail. Ce fut la première chose qui le frappa quand il arriva. Pourtant, il entendait les sifflements de Nabil et Harry qui semblaient calmement se disputer, les yeux rivés sur le reptile qui s'agitait dans sa cage. Quand Draco toqua, les charmeurs ne cessèrent leur discussion. Il attendit quelques minutes à l'entrée que l'un des deux capte sa présence. Finalement, Nabil quitta les lieux, l'air énervé, comme toujours de toute façon. Ils échangèrent un regard mauvais au passage mais pas un mot.

Car Nabil ne lui adressait plus la parole depuis des semaines. Depuis qu'il sortait avec Harry, en fait.

« Bonsoir, Draco. Il est tôt, on ne devait pas se retrouver un peu plus tard ?

- Si je te dérange, je peux m'en aller.

- Je dois m'occuper de Vasha. Tu peux rester, si tu en as envie.

- Heu, ça craint un peu, non ?

- Assis-toi sur la table là-bas et tu ne craindras rien. »

Draco hésita quelques secondes puis il alla s'assoir à l'endroit qu'Harry venait de lui montrer. Il se hissa sur la table, les pieds dans le vide, et attendit. Le charmeur pouffa en le voyant faire, puis il s'avança vers lui pour l'embrasser sur la joue.

En trois semaines, leur relation avait évolué. Ils n'étaient pas allés bien loin mais s'étaient considérablement rapprochés. Draco pouvait à présent avoir quelques gestes d'affection envers lui et il arrivait même qu'ils s'embrassent sur leurs lieux de travail, quand personne ne les entourait. Leur relation discrète n'était plus vraiment un secret pour personne, c'était un monde trop petit pour que cela reste un secret.

Cette relation lui plaisait. Il y avait des petites disputes mais dans l'ensemble, c'était une relation qui ne lui prenait pas la tête, même si par moments, et souvent même, Harry lui paraissait insaisissable. Ce côté un peu rêveur, déconnecté de la réalité par moment était aussi charmant qu'étrange, et même parfois flippant. Sa passion pour les reptiles et les problèmes qu'il rencontrait parfois avec ses recherches le rendait irritable, nerveux ou alors affreusement câlin. A vrai dire, il pouvait changer d'attitude si facilement que Draco avait été un peu perdu, au début.

Puis, il avait plus ou moins compris que Harry était un jeune homme extrêmement timide et très peu sûr de lui, au point qu'il peinait à envisager sa relation avec Draco comme quelque chose de sérieux et de stable. Il ne savait pas comment se comporter vis-à-vis de lui, craignait la moindre dispute et essayait tant bien que mal de paraître le plus normal possible. Alors que Draco, lui, aimait son côté un peu gamin, adolescent, qui avait quelque chose de rafraichissant.

« J'en ai pas pour longtemps.

- Je suis patient. Pourquoi Moïra est dans ton labo' ?

- Elle a un sale comportement donc je vais lui faire comprendre que ce n'est pas elle qui fait la loi, ici.

- Nabil ne devait pas être content.

- Il s'est résigné. Quand t'es arrivé, on parlait de Flavia. »

Tranquillement, le charmeur s'avança vers le plan de travail et prit la cage dans ses bras pour aller la ranger sur une étagère où il avait, semble-t-il, déjà fait de la place pour l'accueillir.

« Ah oui ?

- Ouais. Elle s'est calmée mais elle s'est engueulée avec Nabil hier, donc forcément c'est très tendu entre nous. Moïra a un sale caractère mais Nabil est un bon charmeur, aucun de ses serpents en liberté ne représente un véritable danger. C'est pas le cas de Krishna. »

Draco repensa au serpent d'un jaune éclatant qu'il n'avait quasiment jamais rencontré et qui, étrangement, n'avait jamais représenté de vraie menace pour lui. Il avait tendance à davantage se méfier des reptiles foncés, ce qui était complètement stupide.

« Ils se sont engueulé là-dessus hier.

- Je comprends pas bien. En fait, il y a des accidents à cause de leurs serpents mais Nabil… Enfin…

- Il se sent moins fautif qu'elle, parce que Moïra, Nour et Emin étaient nerveux mais pas dangereux. T'es pas tombé raide mort quand tu as été mordu. Pour Flavia, c'est plus grave, et en plus de Krishna, il y a eu Kohare aussi, et Mickael a passé vingt-quatre heures allongé à l'infirmerie.

- En gros, elle confond erreurs de routine et erreurs professionnelles.

- On peut dire ça. Et elle n'assume pas.

- Nabil n'assumait pas non plus.

- Il est de mauvaise fois mais il savait qu'il avait fait une connerie. Le problème de Flavia c'est qu'elle veut absolument être la future directrice du centre, et en arrivant ici, elle ne savait pas vraiment à quoi elle avait affaire. »

Tout en rangeant son laboratoire, Harry lui expliqua qu'elle avait toujours été une bonne élève mais qu'elle n'était pas passée par d'autres centres avant d'intégrer celui de Persio Da Silva, contrairement à ses collègues qui avaient fait des stages dans d'autres endroits, voire travaillé ailleurs avant d'être embauché. Résultat, face au niveau et au caractère de ses collègues, la brésilienne était tombée des nues et avait eu énormément de mal à trouver sa place.

En réalité, Satsuki était la seule personne qui parvenait à l'apprécier et même passer de bons moments avec elle. Mais depuis un mois, elle ne la supportait plus du tout. La japonaise était trop responsable et professionnelle pour tolérer ses erreurs qui remettaient en cause la sécurité des employés du centre.

« C'est quand même particulier, chez vous…

- Je ne te le fais pas dire. Personnellement, j'espère que Melba prendra la suite de Paolo quand il partira à la retraite. Elle est bien plus compétente que lui et je t'assure que si on n'avait pas une sous-directrice aussi organisée, le centre n'aurait plus la même qualité. »

Armé de son escabeau, le brun alla le poser devant un de ses étagères. Il le réajusta correctement pour être bien devant le terrarium de l'Angale des sables, puis monta dessus. Enfin, il tourna la tête vers Draco.

« Officiellement, t'as rien à faire là. Mais si tu ne descends pas de ta table, tu crains rien.

- T'es sûr ?

- C'est pas un grimpeur, au pire s'il y a un souci tu lui jettes un stupefix. Elle ne sera pas contente au réveil mais bon, on en a vu d'autres. »

Harry rit en le voyant ramener ses jambes sur la table et s'y assoir en tailleur. Tranquillement, il ouvrit la cage de Vasha et l'attrapa dans ses mains. Vif, le serpent rouge-orangé glissa entre ses doigts, remontant vers ses épaules. Avec un savoir-faire que conférait l'habitude, Harry parvint à garder le serpent sur lui, sans jamais le laisser toucher le sol. Une fois près du plan de travail central, il se baissa et posa l'Angale sur le sol.

De son perchoir, Draco sentit tous les poils de son corps se hérisser tandis que le cobra glissait avec une aisance incroyable sur le sol. Le charmeur le regarda faire, debout à côté de la table. Il ne le lâcha pas des yeux un seul instant, lui glissant quelques mots par instants, par à coups. Au fil des secondes, Draco n'exista plus du tout dans son esprit, et à vrai dire, ce ne fut que lorsque le reptile s'arrêta quelques secondes de trop devant sa table que le blond se rendit compte de la dangerosité de la situation.

Il était enfermé dans un laboratoire en présence d'un Angale même pas dressé qui pourrait le tuer en quelques heures d'une simple morsure. Le fait que Harry soit si détendu, si calme, avait un effet relaxant sur lui, mais l'idée qu'il en faudrait peu pour qu'il meurt de sa curiosité ne l'effleura à cet instant-là, quand Vasha s'arrêta sous lui et que les sifflements de Harry claquèrent dans la pièce, le forçant alors à changer de direction.

Après ces quelques minutes de détente, après lesquels l'Angale ralentit ses mouvements, comme si elle s'était enfin détendue, Harry s'avança vers elle et tendit les mains pour l'attraper. Vasha eut un mouvement de rejet et repartit de plus belle. Sans insister, Harry la laissa refaire un bon tour dans le laboratoire. Il s'y prit encore à deux fois avant qu'elle accepte de se laisser manipuler et emmener sur le plan de travail, sans violence.

Vasha se montra plutôt docile, même si elle avait tendance à beaucoup se déplacer sur le plan de travail. Elle lui fit l'effet d'un enfant refusant d'écouter son professeur, Harry semblant parler dans le vide. A un moment donné pourtant, elle monta sur ses grands chevaux et se hissa sur son corps, furieuse, mais sa petite démonstration ne fit absolument pas peur au charmeur.

Au bout d'un bon quart d'heure, Harry se leva et alla chercher deux fioles vides posées sur une table. Il revint vers le plan de travail, se rassit et enfin posa les récipients devant Vasha. Il fallut dix autres minutes pour la convaincre d'y verser son venin. Revêche, elle mit du temps à accepter les mains délicates de Harry qui lui saisirent la tête pour la rapprocher de la fiole et y glisser ses crochets. Il put les remplir toutes les deux, et quand ce fut fait, il entreprit de la nourrir. Ce fut un spectacle peut ragoutant qui laissa Vasha un peu engourdie à cause de la digestion, ce qui permit à son charmeur de la remettre dans sa cage sans qu'elle ne fasse d'histoire.

Il y eut ensuite un léger silence. Harry descendit de son escabeau, échangea un regard avec Draco puis un sourire naquit sur leurs lèvres.

« T'es… »

Draco ne sut trouver de mot adéquat pour décrire le moment auquel il avait assisté.

« Je suis quoi ?

- T'es fantastique. »

Le charmeur mit quelques secondes à réagir, et de là où il était, Draco vit son regard s'adoucir de plaisir.

« Ah ouais ?

- Ouais. C'est magique.

- T'as eu peur ?

- Pas vraiment. C'est ça qui est fantastique. T'as une telle maîtrise de ce serpent… Vraiment, je suis admiratif. »

Les joues du brun rougirent un peu tandis qu'il se rapprochait du plan de travail. Il récupéra les fioles puis les posa sur la table où elles se trouvaient auparavant tandis que Draco descendait de la table pour le rejoindre.

« J'ai encore Kheda à nourrir, puis je suis à toi. Je ne pensais pas que ce serait si long.

- Je t'ai trouvé rapide, moi.

- Oh non, Vasha n'a pas du tout été coopérative ! »

Soudain, on toqua à la porte et Flavia entra sans attendre de réponse.

« Harry, j'ai bes… Oh. »

Son grand sourire disparut en voyant Draco qu'elle regarda d'un air suspicieux.

« Oui ?

- Je te dérange ?

- Non. Qu'est-ce que tu veux ?

- Tu pourras passer avant d'aller dîner s'il te plait ? J'ai un truc à te montrer. »

Puis, elle quitta la pièce, fermant la porte derrière elle. Agacé, Harry passa la main dans ses cheveux ébouriffés.

« Je reviens dans cinq minutes. »

Draco acquiesça d'un mouvement de tête alors que son petit ami sortait à son tour, fermant la porte derrière lui sans doute pour qu'aucun serpent squattant le couloir ne vienne l'embêter.

Assis sur une chaise à côté du plan de travail central, Draco se sentit très seul, et surtout, épié. Il se sentait mal à l'aise dans cette pièce sans Harry, un peu comme si tous ces serpents plus ou moins mobiles dans leurs vivariums allaient soudain surgir dans la pièce, toutes vitres envolées. Nerveusement, pour lutter contre cette angoisse qui commençait à monter en lui, le blond se leva et se mit à arpenter la pièce.

Deux murs complets étaient recouverts d'étagères où s'alignaient des terrariums avec à l'intérieur des spécimens de différentes tailles et formes. Il en connaissait quelques-uns, les familiers de Harry, tel que Kheda, le cobra noir, Marz, le python émeraude, Eos, un boa constrictor albinos d'une taille impressionnante, ou encore Nazar, un crotale d'un vert étincelant. D'autres lui étaient inconnus, parce qu'il ne les avait pas rencontrés ou bien parce qu'ils n'étaient jamais sortis de leur cage, et à l'aspect de certain, il comprenait pourquoi. Certains lui parurent plus impressionnants encore que l'Angale, et en général, ce n'était pas les plus gros…

Il arpenta la pièce pendant une éternité, appréciant la multitude de serpents qui s'offrait à lui, avec toutes leurs nuances, leurs tailles, leurs corps qui varient complètement d'un vivarium à l'autre. Certains l'intriguèrent et d'autres lui firent tout simplement détourner les yeux de la cage. Quand il passa devant les cages de Kheda et Eos, il surprit un mouvement de tête qu'il ne sut interpréter, n'osant penser qu'elles l'avaient reconnu.

« Qu'est-ce que tu fais ? »

Draco sursauta et se retourna aussi sec. Harry venait de revenir, et tout à son observation, il ne l'avait même pas entendu.

« Je regarde. J'avais pas le droit ?

- Si si. Juste que… ça m'étonne.

- Je risque rien. Normalement. »

Harry éclata de rire en voyant son visage faussement hésitant. Il lui avait raconté la mésaventure du zoo qu'il avait vécue quand il avait dix ans : de colère, il avait fait disparaître la vitre du vivarium d'un boa constrictor et son cousin était tombé dedans. Ce fut la première fois qu'il conversa avec un reptile et cette expérience l'avait beaucoup marqué.

« On y va ? Il est quasiment l'heure de dîner.

- On ne peut pas s'échapper ?

- Qu'est-ce que tu proposes ? »

Tranquillement, Draco marcha vers lui tandis que Harry fermait la porte du laboratoire, son regard noué au sien. Une fois devant lui, le blond saisit gentiment ses hanches pour le rapprocher de lui, sans le lâcher des yeux, savourant la complicité qu'il lisait dans son regard et dans son sourire.

« Je te propose une petite balade sur la plage, où nous pourrons savourer les dernier rayons du soleil, puis nous irons dîner dans un bon restaurant, et ensuite je pense que nous rentrerons, à moins que tu ais une autre idée en tête…

- Je suis sûr que je vais en trouver une. »

Ses mains posées sur ses épaules, Harry leva son visage vers lui pour l'embrasser. La soirée s'annonçait vraiment délicieuse.

OoO

Après-midi de merde. Une vraie de vraie, comme il n'en avait pas eu si souvent depuis son arrivée. Pourtant, Draco avait beaucoup pris sur lui, mais il avait ses limites. Quand il avait reçu le courrier de sa mère, plutôt que de se faire du mal, il l'avait brûlé aussitôt. Jusqu'à aujourd'hui, il ne l'avait jamais fait, à cause du « au cas où ». Mais parce qu'il avait décidé d'aller de l'avant et de cesser de se faire du mal pour rien, il avait préférer détruire le courrier, au risque de le regretter plus tard. Cela l'avait déchargé d'un poids mais pas de la culpabilité qui avait suivi.

Il n'était pas le seul à avoir passé une salle journée, et le pire, c'était qu'elle n'était pas encore terminée. Il s'était engueulé dans la matinée avec un collègue de travail et en début d'après-midi avec une Esperanza au bord de l'explosion à cause de son antidote qui n'avançait absolument pas. Il avait manqué de se prendre la tête avec Pansy également qui digérait assez mal sa relation avec Harry, qu'ils dévoilaient de plus en plus au fil des jours, mais Mickael l'avait empêché de commettre l'irréparable. Il leur restait moins de deux mois à tenir, ils n'allaient pas tout saboter maintenant.

Ainsi, d'un pas nerveux, Draco gagna la salle de repos pour prendre un café. Esperanza avait déserté le laboratoire de colère et n'en était toujours pas revenu. Se sentant un peu coupable, le blond voulut s'aérer un peu l'esprit et rencontra avec plaisir Sydney et Théodore qui buvaient ensemble un café. Draco se servit une tasse et s'assit à leur table. Ils discutèrent un moment puis abordèrent le sujet d'Esperanza. Cette dernière semblait très mal vivre son éloignement d'avec sa famille et les difficultés qu'elle rencontrait dans le cadre de son travail. Son cas ressemblait beaucoup à celui de Mickael qui luttait chaque jour pour ne pas donner sa lettre de démission.

« Faudrait vraiment qu'elle se repose. Heureusement c'est bientôt le week-end, elle va pouvoir faire un break.

- Moi elle me gonfle.

- Théodore !

- Ah si, avec ses petites crises, franchement ça va bien deux minutes. Ici c'est chacun sa merde, tout le monde le sait…

- Moi, quand j'ai un problème…

- Sydney, toi et moi on n'a pas la même relation. Esperanza devrait sérieusement se remettre en question.

- Tu sais, comme Draco passe beaucoup de temps avec Harry en ce moment…

- Attends, tu vas dire que c'est de ma faute, là ?

- Pas du tout, c'est juste qu'au début vous étiez toujours, ou presque, fourrés ensemble, et là tu la lâches complètement. Je comprends, hein, mais comme c'est vrai que Théodore et moi on reste toujours ensemble…

- En fait, quand on y réfléchit, c'est à se demander comment toi et elle vous avez pu devenir amis, tellement t'es indépendant. »

Draco avait une réponse à cette question mais préférait la garder pour lui. Leurs caractères si différents leur avait permis de se rapprocher, de façon assez contradictoire il devait bien l'admettre, mais s'ils étaient encore amis, c'était uniquement par la volonté de sa collègue. Aborder le sujet serait malvenu, d'autant plus qu'il était persuadé que Sydney ne savait rien.

« Les mystères de la vie.

- Ouais, comme tu dis. Je sais pas si t'as fait gaffe mais y'avait du remous, ce matin.

- Ah bon ?

- T'as pas vu ?

- Non, qu'est-ce qui s'est passé ?

- J'en sais trop rien, mais j'ai senti tout le monde agité. Ca courrait partout, ça cherchait, ça chuchotait… Au début, je pensais qu'un serpent s'était, genre l'Angale, mais j'ai pas l'impression que ce soit ça. »

Bon, il était vrai que Draco avait remarqué une petite agitation le matin mais pas de quoi en faire un drame. Il avait déjà vu le center dans un était pire que ça quand un Taïpan s'était enfui du laboratoire de Mody et qu'il fallut absolument lui remettre la main dessus. Et c'était sans compter la fois où Draco et Ashley se retrouvèrent face à un serpent d'un bleu turquoise déconcertant que Satsuki et Nabil cherchaient comme des fous depuis le matin mais avec la plus grande discrétion possible pour ne faire paniquer personne. Après une rapide description du spécimen par Théodore, les deux chercheurs manquèrent de se sentir mal.

« A tous les coups, y'a un serpent qui s'est échappé. T'imagines si c'est l'Angale ?

- C'est pas le serpent le plus dangereux du monde non plus, hein.

- T'images si…

- Hey les mecs, y'a un truc grave qui se passe là ! »

Demetrius venait d'entrer dans la pièce, Pansy à sa suite. Les trois chercheurs se regardèrent d'un air perplexe puis levèrent les yeux vers leur collègue qui venait de s'avancer vers leur table. Théo fut le premier à prendre la parole.

« Qu'est-ce qui se passe ?

- J'en sais rien mais apparemment c'est grave, y'a plus grande monde qui bosse là-haut ! »

Un peu trop excité à son goût, Demetrius entreprit de leur expliquer qu'il y avait eu de nombreuses merdes depuis le matin à cause de la présence de vétérinaires qui pointèrent du doigt les conditions de vie de certains animaux. Certains, en les voyant venir ou tout simplement parce qu'ils avaient de sales caractères, s'étaient enfuis et il avait fallu les chercher partout, créant beaucoup d'agitation un peu partout dans le centre.

Cependant, cette visite de routine qui engendrait un peu de grabuge mais rien d'extraordinaire s'était transformé en quelque chose de beaucoup plus nerveux, mais Demetrius ne savait pas exactement quoi. Ils avaient vu les charmeurs dans tous leurs états en train d'arpenter tout le centre, engueulant tout chercheur sur leur chemin. Ils avaient également inspecté les différents laboratoires, fouillant allègrement dans les placards, et autant le dire, leurs manières rustres plaisaient très peu à leurs collègues. Il y avait d'ailleurs eu des disputes assez sévères dans leur couloir, et bien sûr, Pansy la commère n'en avait pas loupé une seconde.

Au fil des minutes, Draco se demanda si l'Angale ne s'était pas bel et bien enfui de sa cage, mais il ne voyait pas vraiment comme cela aurait pu se produire, d'autant plus qu'Harry le gérait assez bien. Dans le cas contraire, jamais il ne l'aurait jamais laissé en liberté avec son petit ami dans la même pièce, et malgré ce que Sydney répétait sans cesse, Harry n'était pas un inconscient. Un peu timbré sur les bords mais pas inconscient.

« C'est vraiment un centre de merde, y'a pas un jour sans qu'il y ait pas une couille…

- T'exagères Pansy.

- Tu rigoles ? Faut avoir les nerfs solides pour pouvoir bosser ici, surtout avec des cons de charmeurs qui te disent pas que risques de crever. Rappelle-toi avec Drymone bleu, ce truc était aussi dangereux que cette saloperie d'Angale !

- Pause café, les jeunes ? »

Le silence se fit dans la pièce. Pansy vira à l'écarlate alors que, dans l'entrebâillement de la porte, se trouvait Melba Alegre, la directrice adjointe du centre. Grande, sèche et à peu près du même âge que Paolo Da Silva, elle les regarda tous un par un avec ses petits yeux pesants. Elle faisait penser un peu à McGonagall, avec cette manière qu'elle avait de planter son regard dans les leurs, comme si elle pouvait tout y lire.

« Rassemblement dans la cafétéria. Tout de suite. »

Et après un dernier regard froid comme de la glace, elle repartit dans le couloir, ses chaussures à talons claquant sur le sol. Après quelques secondes de flottement, tous se levèrent et quittèrent la salle de repos, se précipitant sans parler dans le cafétéria. Ils y retrouvèrent tous les chercheurs travaillant ce jour-là dans le centre assis sur les chaises ou sur les tables. Parce qu'il aurait été malvenu de s'installer sur des tables trop éloignées du groupe ainsi rassemblé, ils rejoignirent des collègues qu'ils connaissaient et restèrent debout à côté d'eux. visiblement, personne ne savait ce qui se passait et l'ambiance était éléctrique.

Seul devant tout le groupe et faisant les cent pas, Paolo Da Silva paraissait tourmenté même s'il essayait de le cacher. Les retardataires arrivèrent rapidement, dont Esperanza qui les rejoignit en rougissant : elle était avec un chercheur à qui elle avait demandé un peu d'aide pour son travail. Melba arriva à son tour. Trois personnes que Draco identifia comme des vétérinaires arrivèrent à leur tour et se posèrent dans un coin.

Quelques minutes plus tard, les charmeurs arrivèrent à leur tout. Le silence se fit dans la pièce quand ils entrèrent, Flavia en tête. Elle était la seule des cinq à arborer un sourire crispé, les autres ne cachant absolument rien de leur énervement. Draco fronça les sourcils en découvrant le visage complètement fermé de Harry qui gardait les yeux baissés, comme si les lever le ferait littéralement exploser. C'était bien la première fois qu'il lisait une telle tension sur son visage si doux et agréable. La situation devait être vraiment grave.

Le directeur se redressa et prit la parole d'un air plus ou moins sûr de lui, la voix légèrement tremblotante. Draco n'aurait su dire si c'était d'énervement ou d'angoisse.

« Merci d'être descendu aussi rapidement. Vous ne l'ignorez pas, des vétérinaires sont passés ce matin et ont exigé un contrôle de tous les spécimens du centre, ce qui n'était pas prévu. Il a donc fallu courir partout pour récupérer tous les serpents en liberté, ce qui a causé nombre de dérangement. Je tiens à m'en excuser. »

Assis à côté de lui, Draco entendit un chercheur se plaindre que de toute façon, c'était toujours pareil : les charmeurs n'étaient jamais avertis correctement de l'objet de leurs visites.

« Mais cette après-midi, comme le savent certains, nous avons eu petit souci. En effet, sans que nous sachions pourquoi, Vasha, l'Angale des sables, s'est enfui de son vivarium. »

Il y eut un bruit de stupeur dans la foule. Draco sentit quelque chose en lui se compresser alors que Harry, le regard toujours baissé, croisait les bras sur son torse, encaissant le coup.

« Nous ne savons absolument pas comment cela a pu se produire. Quand Vasha a disparu, un vétérinaire était dans le laboratoire d'Harry depuis une bonne demi-heure et avait constaté la présence du serpent dès son arrivée. Toute l'équipe a donc été réquisitionnée pour remettre la main sur elle. Elle a été retrouvé i peu près une heure dans les cuisines. Après discussion, nous en avons conclu que sa cage s'est ouverte soit par inadvertance, soit par une personne mal intentionnée qui l'aurait ensorcelée. Quelle que soit l'issue de cette histoire, nous la connaitrons, à un moment ou à un autre. »

Harry ne réagissait toujours pas et devait peut-être prendre cette affaire comme un affront personnel. Draco pouvait imaginer sa panique et celle du vétérinaire en découvrant la disparition du cobra qu'ils mirent tant de temps à retrouver.

« Cependant, si je vous ai rassemblé ici, ce n'est pas pour parler de Vasha, mais d'une toute autre affaire qui nous préoccupe grandement. »

Et alors le charmeur leva enfin son regard vers l'assemblée. Le regard mauvais, il regarda toutes les personnes debout devant lui, ce que faisaient déjà ses collègues depuis leur arrivée. Et au fil des secondes, Draco vit ses traits se tendre encore plus.

« Depuis près d'une heure, nous parcourons tous les laboratoires, toutes les pièces de ce centre. En effet, deux flacons de venin d'Angale ont disparu. »

Un vent de stupéfaction balaya toute la pièce. Bouche bée, Draco croisa le regard de Théodore qui n'en revenait visiblement pas. Quand le blond retourna la tête vers les charmeurs, Harry le regardait.

Lui.

Durement.

Comme si soudain, plus personne dans cette pièce n'existait sauf lui.

Quelque chose en lui se broya alors que le charmeur détournait avec peine son regard de lui, balayant l'assemblée face à lui. Sur son visage, à présent, on pouvait lire la colère noire qui bouillonnait en lui.

« Cela s'est produit entre hier et aujourd'hui. Nous nous en sommes rendu compte quand le vétérinaire a effectué un contrôle de Vasha. Autant vous dire que la situation est très, très préoccupante. »

Jusqu'à ce qu'ils puissent quitter la cafétéria, Harry ne le regarda plus une seule fois. Tout ce que put dire Paolo passa par une oreille et sortit par l'autre.

On lui avait volé du venin, ce maudit venin qu'il avait eu tant de mal à obtenir et qui valait une vraie fortune. On avait osé s'introduire chez lui, dans son laboratoire, pour le lui prendre.

Son sang battait à ses tempes, le rendant sourd à tout ce qui l'entourait.

Le venin avait été volé. Et personne ne quitterait le centre tant qu'il n'aurait pas été retrouvé.

OoO

Les portes du centre seraient verrouillées pour les prochaines quarante-huit heures, le temps qu'on parvienne à remettre la main sur le venin. La porte du laboratoire étant toujours ouverte, n'importe qui aurait pu y pénétrer pour récupérer le venin que Harry avait omis de ranger comme il aurait dû le faire et qu'il avait laissé traîner sur son plan de travail, erreur qu'il reconnaissait et assumait. Cependant, le fait qu'une personne se soit introduit sur dans la pièce pour voler les fioles était aussi impardonnable que sa négligence.

La vraie difficulté, en fait, c'était que les serpents n'avaient vu entrer personne. On pouvait supposer que le flacon avait été volé grâce à un sortilège de lévitation ou d'attraction, les serpents n'avaient pas pu y faire attention. C'était la seule explication qu'ils avaient, et faute d'indices, il fallait fouiller tous les chercheurs, les laboratoires, les bureaux, les réserves pour remettre la main sur ces fioles. Car elles étaient l'aboutissement d'une série de disparitions moins graves mais régulières qui étaient restées secrètes et qu'on ne pouvait décemment plus ignorer.

Draco n'essaya pas d'aller voir Harry. Le regard qu'il lui avait lancé lors du rassemblement l'avait profondément marqué et il ne se sentait pas prêt à l'affronter. En vérité, ses yeux verts lui avaient glacé le sang. Draco n'était pas réputé pour son courage et préférait attendre que la tempête se calme, laissant les chercheurs et charmeurs fouiller son laboratoire et leurs appartements sans sourciller, même si l'attitude de Nabil à son égard manqua de gâcher tout son beau self-control. Mais il avait Théodore à gérer, ce dernier vivant très mal les sous-entendus de Flavia et la manière qu'elle avait eu de retourner ses affaires.

Privés de leur samedi, plutôt que de trainailler dans leur centre, ils continuèrent leurs travaux respectifs mais avec un peu plus de légèreté, allant chez les uns et chez les autres pour apporter leur aide si besoin était. Draco passa donc une partie de son après-midi dans le laboratoire de Théodore et Sydney où il servit plus de larbin qu'autre chose, ce qui lui vida complètement l'esprit. Mais vers quinze heures, les deux chercheurs le virèrent de leur salle de travail, comprenant parfaitement qu'il essayait d'éviter ce qui allait forcément se produire.

Cela faisait donc une heure que Draco essayait de se concentrer sur son travail, en vain. Enfin, plutôt sur celui d'Esperanza parce que le sien était déjà terminé depuis le matin. Sa collègue appréciait beaucoup son attention qui lui permettrait de prendre un peu d'avance, même si Draco n'était aussi concentré qu'il l'aurait voulu. Et, très franchement, travailler sur un projet qui ne lui appartenait pas le faisait royalement chier.

Quand il eut débloqué la situation, Draco décida enfin de prendre le taureau par les cornes. Il était près de cinq heures et il espérait qu'Harry soit dans son laboratoire ou bien chez lui. Il ne l'avait pas vu depuis deux jours, et non seulement il commençait vraiment à lui manquer, mais en plus il savait que cette situation stagnante pouvait les mettre en difficulté.

Mais dans les faits, Draco était terrifié. Ces moments passés avec le charmeur lui avaient apporté bien plus qu'il ne l'aurait pensé et son quotidien s'était grandement amélioré à son contact. Cela faisait bien longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi bien avec un homme. Il savait que c'était en partie dû aux sentiments qu'il avait éprouvé pour lui des années auparavant et surtout à son excentricité rafraichissante qui en faisait un être à part.

Parler avec Harry était un enrichissement à chaque instant. Le fréquenter lui donnait l'impression d'être normal, sans tare. Et l'embrasser, lui tenir la taille, enlacer ses doigts aux siens, c'était comme être un couple comme tous les autres.

La boule au ventre, le blond se dirigea vers les laboratoires. Une fois devant la porte du couloir, il hésita à l'ouvrir, ne sachant ce qui l'attendait derrière. Pourtant, il finit par se décider et il actionna la poignée, qui lui résista. Les sourcils froncés, il réessaya de l'ouvrir, avant de comprendre que l'accès aux charmeurs et leurs secrets avaient été verrouillés.

Draco se mordit la lèvre. Il pourrait toujours essayer d'aller toquer à la porte de son appartement, mais il n'était pas sûr qu'il lui ouvre, ou bien qu'il y soit. Le venin n'avait toujours pas été retrouvé et Harry n'était peut-être même pas au centre, ou alors pas dans des quartiers auxquels Draco avait accès, avec son petit statut de stagiaire.

« Je peux savoir ce que tu fais là ? »

Draco sursauta et hésita un court instant à se retourner. Puis, les dents serrées, il tourna les talons et croisa le regard froid et implacable d'Harry. Le visage fermé, les bras croisé sur son torse et sa blouse froissée sur le dos, il le regardait avec cette espèce de mépris voilé qu'il n'aurait jamais souhaité voir un jour dans ses si beaux yeux.

« Je voulais te parler.

- Ah oui ? Ca y est, tu t'es décidé ? Il était temps.

- J'ai pas osé venir avant.

- Je vois ça. »

En temps normal, Draco n'aurait pas avoué une telle faiblesse mais s'il l'avait cachée, il serait vraiment passé pour un con. Et il n'était pas dans une position qui lui permettait de prendre un tel risque.

« Est-ce qu'on peut discuter quelque part ?

- Si tu savais à quel point j'ai envie de t'envoyer chier… »

Quelque chose en lui se broya en entendant ces mots, prononcés avec une telle lassitude, et en même temps une telle colère.

Il l'avait déçu. Mais pas seulement.

« J'imagine.

- Nan, tu ne peux pas imaginer. »

Sa voix s'était faite basse, révélant avec plus de force encore ce mépris qui croissait en lui depuis deux jours.

Soudain, Harry détourna la tête et partit sur le côté. Incertain, Draco le suivit dans une pièce vide non loin de là que le brun ouvrit d'un mouvement de baguette. C'était une petite salle de réunion ouverte sur la forêt amazonienne, mais le chercheur fit bien peu attention à la décoration du lieu car Harry, appuyé contre la table au centre, le regardait d'un air buté. Face à lui, Draco se sentit tout petit. Cela faisait bien longtemps qu'il ne s'était pas senti ainsi.

« C'est pas moi. »

Sa phrase tomba dans le silence de la pièce. Harry ne réagit pas, ses yeux braqués sur lui.

« J'ai pas volé le venin.

- Tu sais, Draco, j'ai pas l'habitude de dire ça, mais j'ai pas eu une vie facile. Je dirais même que j'ai eu une vie de merde, quand j'arrête de me dire que j'ai eu de la chance d'avoir survécu à tout ça. Et je vais te dire un truc, Draco. Personne ne peut me mentir. »

Et ce fut alors comme si un piège se refermait sur lui. Un putain de piège qu'il n'avait pas vraiment vu venir, qu'il avait pensé pouvoir éviter, mais qui l'avait attrapé malgré tout.

« Je ne te mens pas.

- Oh Draco, je t'en prie, pas avec moi ! A part les charmeurs et quelques personnes de confiance, tu es la seule personne qui est entrée dans mon laboratoire depuis que j'ai pris le venin de l'Angale. Et bordel, les serpents t'ont vu te déplacer dans le laboratoire ! Ils t'ont vu bouger ! Après ta visite, je ne me rappelle pas avoir rangé ces putains de fioles, y'a que toi qui…

- Mais j'ai rien fait putain ! »

Ce fut comme un cri du cœur, mais il savait que c'était fini. Il le savait depuis l'instant où il avait croisé le regard de Harry, lors du rassemblement.

Oui, il avait été là à ce moment-là. Oui, c'aurait pu être lui. Mais jamais il n'aurait volé ce venin dont il se fichait éperdument.

Jamais.

Même pour tout l'or qu'il aurait pu lui apporter.

Et le soupir las qu'Harry lui fit, les sourcils froncés et les dents serrées, lui fit un mal de chien.

« J'ai rien fait, je te le jure. Oui, je me suis baladé dans ton laboratoire, mais je n'ai rien volé. Pourquoi est-ce que j'aurais volé ces fioles ? J'ai rien à y gagner et tout à y perdre ! Il faut que tu me croies Harry !

- C'est Potter pour toi, maintenant.

- Ne me fais pas ça…

- Ne me fais pas quoi ?! »

Sa voix monta d'un coup, alors que ses yeux si sombres d'illuminaient de rage. Son visage prit des couleurs et tout son corps se tendit, alors qu'il menaçait d'éclater.

« Ne me fais quoi, Malfoy ? Tu te rends compte de ce que tu viens de me faire ? Tu t'es bien foutu de ma gueule, espèce d'enfoiré.

- Harry !

- T'es qu'un pauvre con qui s'est servi de moi. Ah, ça a dû bien te faire rire, de me voir te draguer de manière si maladroite, et qu'est-ce que t'as dû prendre ton pied quand t'as réalisé à quel point je craquais pour toi !

- C'est pas vrai ! Je ne me suis pas servi de toi, Harry, j'ai toujours été honnête avec toi !

- Arrête tes conneries ! T'as jamais été honnête, tu t'es servi de moi pour avoir ce putain de venin !

- Putain mais tu te rends compte que c'aurait mis fin à ma carrière ?! »

Draco n'en pouvait plus. Ça le torturait depuis deux jours, même s'il avait tout fait pour ne pas y penser, et à présent que Harry lui révélait le fond de sa pensée, il était sur le point d'exploser.

« Je me barre dans un mois et demi, tu crois vraiment que j'aurais remis en cause ma carrière pour un putain de venin ?! J'y aurais gagné quoi, des gallions ? J'en ai rien à foutre de l'Angale et de son venin, ma carrière vaut bien plus que ça !

- Arrête avec tes beaux discours, tu sais très bien tout ce que tu peux faire avec ce venin ! T'es payé une misère pour le travail que tu fais et vous, les chercheurs, vous avez tellement de projets qui seront jamais financés, vous avez toujours besoin de thune ! Me fais pas croire que l'idée ne t'a pas effleuré.

- Je suis peut-être malhonnête mais non, je n'y ai jamais pensé ! Mais Harry, il faut que je te dise quoi pour que tu me croies ?!

- Rien. »

Il venait de recroiser ses bras sur son torse, son visage se fermant, comme pour retenir cette colère qu'il venait de laisser exploser dans ses yeux et sa voix.

« Bah alors dénonce-moi, si tu penses que c'est moi !

- J'en ai rien à foutre de ce venin. »

Aussitôt, Draco se calma, surpris. Le brun eut un sourire moqueur… ironique.

« Si tu savais comme je m'en fous… Je peux en avoir autant que je veux, et si tu savais tous les venins que je possède depuis que j'ai commencé à bosser avec des serpents… Je suis le fournisseur officiel des plus grandes potionistes, franchement, c'est pas un Angale grognon qui va remettre en cause ma carrière. Tu peux garder ces fioles, je vais pas m'abaisser à te faire suivre pour savoir où tu les as cachés. Je m'en tape. »

Comment avait-il pu penser un seul instant que ce type était un homme normal ? Qu'il était retombé dans l'anonymat par ce biais-là ?

Potter était né pour être un grand homme. Et de façon plus discrète, dans ce milieu si restreint, il était un grand homme, de ceux qu'on rêve de compter dans son carnet d'adresses.

« Mais ce qui me fait vraiment chier, c'est que tu te sois foutu de ma gueule. Que tu te sois servi de moi. Moi, je t'ai fait confiance, je t'ai montré des trucs et dit des trucs que… J'aurais pas dû. J'aurais dû me rappeler que t'étais un enfoiré de Serpentard qui ne pense qu'à sa gueule et que t'avais forcément quelque chose derrière la tête.

- Je me suis pas foutu de toi. J'ai rien volé. T'as beau croire le contraire, je ne t'ai jamais menti. Tu vaux plus que ces deux fioles. »

Pour la première fois de sa vie, Draco sentit quelque chose se briser en lui quand il entendit le léger rire de Harry qui baissait la tête, se massant le front avec sa main, un sourire désabusé sur les lèvres. Il aurait mieux fait de se la fermer. Vraiment. Plutôt que de débiter ce genre de conneries, auxquelles il croyait pourtant dur comme fer.

« Franchement, ce genre de remarques stupides, tu peux les garder pour toi. »

Puis, il releva le visage, l'air amusé. Et blessé.

« Ne m'approche plus. Ne me parle plus. Ne me regarde même plus. Tu n'existes plus pour moi. Maintenant, tu dégages. »

Sa voix implacable n'admettait aucune réplique. Sonné, et sachant qu'il ne pourrait pas le récupérer, quelle que soit sa démarche, Draco quitta la pièce. Le cœur en vrac, il retourna dans sa chambre d'une démarche chancelante et s'effondra sur son lit, qu'il ne quitta pas de la soirée.

OoO

Il allait tout casser. Il sentait que ça bouillonnait en lui et qu'il allait exploser, lui et tout ce qui l'entourait. Il se sentait comme une bombe à retardement. Sa grande nervosité rendait ses gestes maladroits, violents par moment, et s'il avait pu, il aurait détruit tout ce que contenait son laboratoire. Tout, absolument tout. Même ces maudits serpents qui avaient tout gâché.

« Calme-toi, Harry.

- J'y arrive pas. »

Il était au bord des larmes. Il avait lutté pendant deux jours contre elles, contre cette angoisse qui grimpait au fil des heures, l'empêchant de dormir et de converser correctement avec ses spécimens les plus fragiles, ceux qui nécessitaient toute son attention et sa diplomatie. Il n'avait pu que hurler dans son oreiller en priant pour qu'ils retrouvent ces deux putains de fioles.

Mais personne n'était parvenu à mettre la main dessus. Et parce qu'il ne croyait pas à cette hypothèse du sort de lévitation, et parce que Draco était la dernière personne à être entré dans son laboratoire, si on excluait les autres charmeurs, Harry avait dû se résoudre à cette finalité.

Il s'était fait avoir.

Par ses beaux yeux bleus, par son sourire en coin et ses mains si pâles et fines.

« Tu veux qu'on sorte ?

- Non. »

Il l'avait manipulé, comme seuls les Serpentards pouvaient le faire. Il avait joué à la vierge effarouché pour le faire entrer un peu plus encore dans son jeu, et quand Harry aurait pu renoncer, Draco avait pris les devants et leur relation était née. Un peu bancale, au début, mais une relation quand même.

Une relation qui lui avait fait tant de bien, qui l'avait détendue au-delà des mots…

« Viens, on va ailleurs.

- Je ne veux pas. »

Harry y avait tellement cru, malgré la situation précaire de Draco… Il avait vraiment pensé que cet amour de jeunesse qui revenait soudain dans sa vie serait sérieux avec lui, qu'il n'était plus ce petit con pédant qu'il avait été à Poudlard et surtout à sa sortie. Le charmeur se rappelait encore de son arrogance, de sa manière de ne fréquenter que du beau monde, que des beaux garçons, alors qu'il aurait mieux fait de se terrer dans un coin et d'y mourir de honte.

Il se rappelait encore de tous ces adonis qui trainaient dans ses pattes, alors que tout ce en quoi s'était effondré.

Alors que Harry, lui, vainqueur, sombrait doucement dans une dépression à l'aspect d'un tunnel sans fin.

« Ne fais pas l'idiot ! Tu bouillonne littéralement, à quoi ça sert que tu restes ici ? Tu vas casser quelque chose ! »

Mais les choses n'avaient pas changé. Draco était plus beau que jamais, plus humble, aussi, mais toujours aussi mauvais. Il savait que c'était lui, ça ne pouvait être personne d'autre. Et cette idée qu'il l'ait embrassé, séduit, caressé pour deux putains de fioles le mettait rage. N'était-il donc bon qu'à ça ? Parler à des serpents et se faire voler, parce qu'il était si gentil qu'il ne voyait pas le mal partout ? Parce qu'il ne voulait plus le voir ?

Pourquoi ne tombait-il que sur ce genre de mecs ?

Aurait-il dû accepter les avances de Nabil, si agaçant mais, dans le fond, si honnête ? Aurait-il dû se laisser aller dans ses bras plutôt que de chercher ceux des ces enfoirés qui écrasaient son cœur sans aucune pitié ?

« Harry… »

Il aurait voulu que tout s'arrête.

Que le centre disparaisse, que ces serpents qu'il aimait malgré tout ne soient qu'un mirage.

Il aurait voulu être quelqu'un de normal vivant une relation normale. Pas un type dont on se moque, dont on se sert, parce qu'il a la tronche et le caractère pour.

« S'il te plait, calme-toi. »

Quand il sentit les mains de Mody, si grandes et noires, se poser sur ses épaules, Harry sentit les larmes déborder de ses yeux et couler sur ses joues. Il n'était pas encore assez mal pour se réfugier dans ses bras, mais suffisamment pour craquer devant lui.

Il était le seul en qui il avait confiance, ici. Il était le seul qui ne l'avait jamais trompé et qui ne se servirait jamais de lui.

« Tu ne sais même pas si c'est vraiment lui.

- Si, c'est lui. »

Il ne pouvait pas en être autrement. Malgré ce que Draco avait pu lui dire, ce ne pouvait être que lui. Ses paroles n'étaient qu'un ramassis de mensonges, comme tout ce qui sortait de sa bouche depuis le début. Valait-il vraiment plus que ce venin ? Il en doutait. Sa défense avait été si pauvre qu'il ne comprenait même pas que Draco ait osé lui sortir une énormité pareille.

Il s'était foutu de lui.

Comme les autres.

Comme tous les autres…

OoO

Il avait pensé qu'il serait surveillé, que ce soit par les membres du centre ou par des serpents. Mais depuis l'incident, sa vie n'avait pas changé : il voyait toujours la même variété de reptile et la méfiance qui s'était établie à son égard était à peu près la même que celle des autres stagiaires. Déjà qu'ils n'étaient pas vraiment intégré avant, ce vol n'avait fait qu'empirer les choses.

Et pour Draco, sa vie était devenue un véritable Enfer.

Pourtant, Harry ne l'avait pas dénoncé. Il aurait pu, et avec son statut, Draco aurait quitté les lieux sans plus attendre. Il s'y était même préparé, quand il avait enfin digéré l'idée qu'il avait perdu Harry. Mais ce dernier n'avait rien fait. Peut-être était-il trop gentil. Ou trop con. Car Draco était le suspect idéal et son ex était persuadé qu'il était l'auteur du vol.

Et il n'était pas le seul à le penser. Certains de ses collègues avaient émis cette hypothèse, et en entendant Ashley le suspecter, Draco avait tellement perdu le contrôle qu'il avait fallu que Théodore le fasse quitter de force la salle de repos et qu'il l'enferme dans la chambre. Les nerfs à vifs, le blond s'était défoulé sur son ami avant de s'effondrer dans un coin, le suppliant de lui pardonner son coup de colère. Et parce que Théodore venait alors de comprendre ce qui s'était passé entre lui et Harry, il avait excepté ses excuses sans parlementer.

Mais il était bien le seul à croire en son innocence. Complètement déconnecté de la réalité, Draco n'avait pas pris pour lui toutes les piques qu'il subissait à longueur de temps et il fallut cette crise pour qu'il se rende compte qu'en réalité, tout le monde se méfiait de lui, plus que les autres. Parce qu'il était sorti avec Harry, son ancien pire ennemi, et qu'il aurait eu toutes les raisons du monde de lui piquer ces fioles quand il en avait eu l'occasion.

Vivre comme un coupable alors qu'il n'avait rien fait devint rapidement insupportable. L'idée de voler ce venin ne lui était pas venue un seul instant. Il n'était pas là pour faire du trafic et il n'allait certainement pas commencer à faire des conneries maintenant alors qu'il s'était toujours comporté de manière très professionnelle. Malgré la discussion qu'il avait eue avec ses collègues stagiaires, jamais Draco n'aurait tout gâché pour ça.

Jamais il n'aurait gâché sa carrière et sa vie amoureuse pour du venin d'Angale.

Il avait déjà vécu quelques années comme un paria et ne voulait pas que ça recommence, mais il était bien difficile de lutter ou de faire abstraction de ces regards qui ne le lâchaient pas et cette suspicion constante qui lui bouffait l'existence. Et forcément, son travail s'en ressentait, de cette tension permanente qui l'empêchait même de dormir correctement.

Et en réalité, Draco n'aurait su dire ce qui l'emmerdait le plus : que sa carrière soit menacée ou que sa relation avec Harry soit terminée.

Autant le dire, il avait été pitoyable. Après coup, il avait pensé à tout ce qu'il aurait pu ou dû lui dire. Draco avait été lamentable, et il savait pourquoi. Les beaux discours, ce n'était pas son truc, et avouer à Harry à quel point il se sentait bien avec lui, à quel point il le désirait, c'était alors impossible. Draco n'avait jamais été capable de laisser qui que ce soit pénétrer aussi profondément son cœur, alors dire à Harry à quel point il tenait à lui, malgré le peu de temps qu'ils avaient passé ensemble, c'était beaucoup trop.

Pourtant, c'aurait pu sauver leur couple. Peut-être que s'il s'était battu, s'il lui avait dit à quel point il avait été sérieux avec lui, et que sa personne valait tous les venins du monde, et même plus, peut-être que Harry l'aurait cru.

Peut-être.

Mais ça, il ne le saurait jamais, parce que Harry ne voulait plus le voir et il n'existait plus pour lui.

Draco l'avait blessé et il savait que s'il essayait de rattraper le coup, il se prendrait, au mieux, son poing dans la tronche. Le mieux était sans doute de laisser couler et de peut-être essayer de retenter une approche plus tard. Ou pas.

Ou sans doute pas…

« Draco, ça va ? »

Non, ça n'allait pas. Il venait de perdre Harry et il se sentait comme la pire des ordures, alors qu'il n'avait rien à se reprocher, et si jamais il le criait sur tous les toits, il passerait pour le coupable. Le mieux à faire était de se la fermer et regarder celui dont il était en train de retomber amoureux s'éloigner chaque jour un peu plus de lui.

Plus qu'un mois, se disait-il. Plus qu'un putain de mois…

« Ouais, ça va.

- Arrête de te prendre la tête. »

Esperanza avait de la chance qu'il ait déchargé sa colère sur Théodore, sinon elle l'aurait senti passer.

« C'est facile à dire.

- Ils n'ont aucune preuve contre toi, tu risques rien.

- C'est pas ça le problème. »

Il y eut un silence. Draco ne leva pas les yeux vers elle, se concentrant sur sa tâche, mais il sentait son regard fixé sur lui. Elle devait chercher quoi dire, et surtout comment le dire.

« Tu sais, dans un mois….

- Et alors ? Ca change quoi ? Je passe pour un voleur et en plus je me fais larguer.

- Personne n'est irremplaçable.

- Ca, c'est certain. »

Le regard qu'il lui coula lui fit aussitôt baisser la tête. Elle s'aventurait sur une pente glissante qu'elle ferait mieux d'éviter.

« Désolée.

- Je préfère ça.

- Il sait pas ce qu'il perd.

- Mais moi, je sais ce que je perds, et ça me fait chier. »

Enervé, Draco se leva et quitta la pièce. Il savait très bien qu'Esperanza n'avait jamais cessé d'éprouver quelque chose pour lui, malgré les années et ses conquêtes qui s'enchaînaient au fil des mois. Elle lui avait avoué ressentir quelque chose pour lui lors d'une soirée où ils avaient un peu trop bu, et depuis, ils n'en avaient reparlé qu'une seule fois : Draco lui avait fait comprendre qu'il aimait les hommes et que les rares femmes qui avaient éveillé un intérêt chez lui ne lui correspondaient pas. Ces dernières paroles avaient peut-être suffi pour maintenir un espoir en elle, alors que ces filles n'avaient fait partie qu'à cette époque étrange où il se qualifiait de bisexuel.

Cette ambigüité qui n'apparaissait qu'à certains moments, Théodore avait la chance de ne pas la vivre avec Sydney. Ils se comportaient comme un couple la plupart du temps mais savaient tous deux où ils se situaient, même si le brun aimait les deux sexes. Ça les rendait beaucoup plus complices et, paradoxalement, cela rassurait le copain de Théodore : Sydney pouvait être un véritable pitbull quand il s'agissait de protéger la vertu de son partenaire.

D'un pas agacé, Draco gagna la salle de repos. Elle était vide et c'était tant mieux, il ne voulait voir personne. Les mains dans les poches, il s'avança vers la fenêtre qui offrait une vue plutôt dégagée sur la forêt amazonienne. Planté devant la vitre, Draco se rappela du chemin qu'il avait parcouru depuis son arrivée avec une certaine nostalgie. A vrai dire, le centre ne lui faisait plus vraiment peur, à présent, il s'y sentait même plutôt bien, sans doute grâce à sa relation avec Harry.

Mais ce mois à venir lui paraissait interminable. Un peu comme quand il était arrivé, quelques temps plus tôt. Il lui restait cinq bonnes semaines et il ne savait pas du tout comment il allait les gérer. S'il n'avait pas eu de fierté, il serait parti de lui-même, vu l'ambiance étouffante du centre. Mais jamais il s'abaisserait à une telle extrémité, même si partir lui apparaissait de plus en plus comme une nécessité.

J'ai envie de te voir, pensa-t-il en s'imaginer le visage de Harry dans la vitre. C'était si difficile de vivre dans cet endroit sans lui. Sans le voir, de temps en temps, sans échanger ne serait-ce qu'un regard…

Il maudissait celui ou celle qui l'avait mis dans une telle merde. Si seulement il pouvait savoir qui était le coupable… mais il n'en avait pas la moindre idée. Les autres stagiaires étaient aussi choqués qu'irrités à cause de la méfiance qu'ils subissaient chaque jour, et ils avaient beau avoir de « grandes » idées, aucun d'entre eux n'avait les couilles d'aller jusqu'au bout. Non, c'était forcément quelqu'un du centre. Mais qui ?

Qui…

Il se sentait las. Las de ce boulot, de son incapacité à retenir les gens qu'il aimait, à s'investir à fond dans une relation, et même à aimer correctement. A chercher la vérité, pour se défendre. Peut-être bien qu'il était un raté, comme le disait sa mère.

Le cœur serré, Draco alla vers le plan de travail sur le côté. Il se chercha une tasse dans le placard puis se servit du café froid qu'il réchaufferait d'un coup de baguette.

Soudain, il entendit un sifflement.

Et un bruit de sonnette.

Lentement, Draco tourna la tête sur le côté.

Sur le plan de travail était apparu un serpent de couleur sable. Un collier d'écailles dorées autour du cou et quelques autres sur le dessus de la tête, le reptile était enroulé sur lui-même, sa langue noire entrant et sortant de ses lèvres serrées. Il le regarderait de ses grands yeux d'un jaune vif d'une couleur étonnante pour un serpent de cette race.

Mais en soit, Draco se fichait bien de sa couleur

C'était plutôt le bout de sa queue qui l'inquiétait. Cette espèce de sonnette qui s'agitait depuis quelques secondes.

Draco ne l'avait pas vu quand il était arrivé, ni quand il avait entrepris de se servir du café. Il se demanda s'il avait été distrait ou si ce serpent, qui n'avait rien à faire là, avait décidé de le prendre pour proie.

Choisissant de faire comme si de rien n'était, Draco reposa la cafetière et voulut saisir sa tasse.

Et soudain, alors qu'il allait saisir l'hanse, la tête du crotale jaillit et attrapa sa main.

Un hurlement s'échappa de ses lèvres alors que les crocs se plantaient dans sa chambre, la tête du serpent avalant une partie de sa main. Il agita la main comme un fou et parvint à la dégager de la gueule du crotale. Ses jambes le lâchèrent et il s'effondra sur le sol.

Paniqué, Draco voulut se redresser, son sang bouillonnant de peur l'empêchant d'entendre et de voir ce qui se passait autour de lui. Mais ses jambes demeurèrent immobiles, comme tout le reste de son corps. Les yeux écarquillés sur le vide, il regarda les ténèbres l'envahir, son corps figé, alors que le bruit de la sonnette ne cessait de raisonner tout autour de lui.

Et puis…

Il n'y eut plus rien.

Et au bout d'un moment…

Il n'exista même plus.

OoO

La première chose qu'il vit, ce fut du blanc.

Du blanc lumineux qu'il n'identifia pas tout de suite. Il se demanda même s'il n'était pas devenu aveugle, tant la lumière était éblouissante.

Petit à petit, ses yeux distinguèrent les irrégularités du plafond blanc à travers ce voile lumineux venant de la fenêtre. Sa vue se fit de plus en plus nette, troublée par les larmes qui coulaient sur ses joues à cause de la vive clarté qui baignait la pièce.

Son corps refusait de bouger, comme bloqué. Sur le coup, il ne s'en alarma pas, reprenant petit à petit conscience de son être, à mesure que sa vue agressée par les rayons forts du soleil s'améliorait. Il n'avait pas encore bougé la tête, admirant paisiblement le plafond au-dessus de lui, dans un état de semi-somnolence où il ne contrôlait plus rien.

Doucement, il se sentit repartir, et plutôt que de lutter, il se laissa aller à cette douce torpeur.

Mais soudain, il entendit un bruit.

Un sifflement.

Et soudain, ses yeux se rouvrirent et tout son corps se tendit douloureusement. Les yeux écarquillés, il secoua la tête, regardant tout autour de lui. Il ne savait pas où il était, il y avait des murs blancs, des lits, des armoires, et ce bruit de sifflement insupportable.

Et puis, ce bruit de sonnette.

Si léger, si discret.

Tout son corps se mit à trembler alors que la panique ravageait son esprit. Les larmes lui montèrent aux yeux alors que la nausée lui montait aux lèvres. Il suffoquait, écrasé par la peur et l'angoisse, et son corps refusait de bouger, de se lever et de s'enfuir…

« Draco, calme-toi ! »

Deux mains se posèrent sur ses épaules et le maintinrent sur le lit. Aussitôt, Draco braqua son regard sur l'inconnu et crut faire une syncope en voyant Harry.

« Calme-toi, Draco, tout va bien. »

Non, rien n'allait bien. Il y avait des sifflements tout autour de lui, et un bruit de sonnette, aussi. Et ce n'était pas ses mains sur ses épaules et son visage inquiet qui allait le calmer, loin de là.

« J'ai rien fait, je te jure ! »

La voix hachée et paniquée, Draco ne savait même plus ce qu'il disait. Il voulait juste qu'il le croit et qu'il l'emmène ailleurs, dans un endroit où il serait en sécurité.

« J'ai rien fait !

- Oui, je sais, Draco.

- J'ai rien volé ! C'est pas moi !

- Je sais que c'est pas toi, Draco, je sais…

- Non, tu sais pas, tu sais rien ! »

Les larmes débordèrent de ses yeux alors que les bruits empiraient autour de lui, envahissant ses oreilles, au point qu'il n'entendait quasiment plus la voix de Harry. Il sentit le poids de son corps sur le sien, ses mains qui essayaient de le maintenir, et c'était comme si un étau se refermait sur lui.

Il devait partir.

Il quitter cet endroit.

Sinon, il en mourrait…

« Draco, par pitié, calme-toi ! Tu ne risques plus rien, je t'assure !

- Non, ils sont là ! Je vais mourir ici ! J'ai rien fait, je te jure, j'ai rien fait ! »

Soudain, deux mains lui saisirent les poignets et il y eut sa bouche contre la sienne.

Plaqué contre matelas, ses poignets enserrés dans ses mains fortes et ses lèvres tout contre les siennes, Draco se sentit au bord de l'explosion. Puis, il réalisa ce qui était en train de se passer et ses nerfs ne détendirent au fil des secondes. Il mit du temps à répondre à son baiser, et quand il le fit, enfin, le blond se sentit fondre sous lui, face à la tendresse et la suavité de sa bouche. Il sentit la pression sur ses poignets faiblir, les mains d'Harry venant caresser ses paumes en des gestes doux et rassurants.

Draco se crut en train de rêver. Il ne pouvait pas en être autrement. Harry ne pouvait pas être aussi tendre avec lui, pas à un moment pareil, pas sans explications. Pas avec tous ces bruits autour de lui…

Des bruits qui s'amenuisèrent au fil des minutes, pour finalement disparaître. Comme s'ils n'avaient jamais existés.

Après une tendre caresse dans les cheveux, Harry se recula et leurs regards se croisèrent. Tout en lui se détendit quand il se retrouva face à ses grands yeux verts.

« Tout va bien, Draco. Plus personne ne te fera de mal. »

Sa main ne cessait de caresser ses cheveux et dans ses yeux, Draco lut de la compassion et de l'inquiétude.

« J'ai rien fait. Je te jure.

- Je sais. C'est pas ta faute. »

Son autre main essuya en douceur les traces salées de ses larmes sur ses joues. Draco ferma les yeux un court instant, savourant la caresse, et quand il les rouvrit, Harry lui souriait. Sa bouche était un peu crispée et ses yeux brillaient un peu trop. Mais il lui souriait quand même.

« On m'a mordu.

- Oui. Flavia passait par là, elle t'a entendu hurler. On a pu te soigner très vite, mais on n'a pas retrouvé le serpent.

- C'était un crotale. Avec des écailles…

- On sait ce que c'était.

- Vous l'avez pas trouvé ?

- Non. Enfin, pas vivant, du moins. »

Les yeux de Draco s'arrondirent de stupeur. Il avait du mal à suivre la conversation, il avait la tête qui bourdonnait et se sentait tout engourdi. Harry continua à parler avec la même douceur.

« On l'a retrouvé dehors la tête fracassée. On ne peut pas savoir ce qui s'est passé. D'ailleurs, il n'appartient même pas au centre, on ne sait même pas ce qu'il faisait là.

- Comment ça ? Comment c'est possible ?

- Je ne sais pas.

- Mais s'il était là, ça veut dire que quelqu'un l'a fait entrer ? »

Les yeux de Harry dévièrent sur le côté. Nerveusement, il se mordilla les lèvres, alors que Draco sentait tout son corps se remettre à trembler. On avait essayé de lui faire du mal. A lui. Un charmeur voulait sa peau.

« Ecoute, Draco.

- Faut que je me barre.

- On ne sait pas ce qu'il s'est passé.

- Quelqu'un a essayé de me tuer !

- Pas de conclusions hâtives !

- Je vais me barrer ! Je vais quitter cet endroit, je veux pas mourir ! »

La panique refit surface et Draco voulut se recroqueviller sur lui-même, mais Harry le maintenait toujours, et malheureusement pour lui, il n'avait pas assez de force pour le repousser.

« Tu ne vas pas mourir. Personne ne te fera de mal.

- Tu parles…

- On ne sait pas ce qui s'est passé, mais on va chercher à comprendre. Tu ne risques plus rien.

- Arrête…

- Draco, regarde-moi.

- J'ai rien volé, je mérite pas ça…

- Regarde-moi, s'il te plait. »

Le blond leva les yeux vers lui. Son visage si inquiet lui fit un mal fou.

« Je sais que tu n'as rien volé. Maintenant, je le sais. Et ce qui s'est passé, ce n'était pas de ta faute. On va te protéger. Est-ce que tu me fais confiance ?

- Harry…

- Est-ce que tu me fais confiance, Draco Malfoy ? »

Comment aurait-il pu lui dire non ? Comment aurait-il pu douter de lui, alors qu'il le regardait avec ces yeux-là ?

« Oui.

- Vrai ?

- Oui. »

Harry se baissa alors vers le sol et quand il se redressa, Draco manqua de hurler. Mais il n'avait pas assez de force pour ça, donc il ne put que geindre envoyant Kheda, si noire et si mince, glisser autour de ses épaules. Le blond se cacha le visage avec ses mains et réalisa qu'une d'entre elle était bandée. Celle où on l'avait mordu.

Il ne voulait plus jamais ça. Plus jamais.

« Draco, regarde-moi.

- Non…

- Draco, tu ne risques rien. Regarde-moi, tu sais que tu peux me faire confiance. »

En douceur, le charmeur dégagea ses mains et en posa une sur sa joue. Draco osa relever le visage vers lui mais ne put lutter contre cette peur viscérale quand il croisa le regard du cobra.

« Ecoute-moi. Tu ne risques rien avec Kheda, elle ne te fera jamais de mal. Et tu sais pourquoi ? »

Harry lui glissa quelques mots en fourchelang et le cobra ouvrit la gueule. Des frissons lui secouèrent le corps en la voyant faire, mais Draco eut suffisamment de présence d'esprit pour remarquer que ses crochets étaient aussi noirs que ses écailles.

« On lui a arraché ses crochets, dans son pays. Je lui ai fait subir un traitement pour qu'elle les récupère. Elle m'est fidèle et ne fera rien que je ne lui ai pas ordonné. Avec elle, tu ne risques rien. Elle ne te fera jamais de mal. Laisse-là veiller sur toi, Draco. Elle te protègera. »

Comme un enfant, Harry lui caressait le visage et les cheveux. Puis, avec beaucoup de douceur, comme toujours, il retira le cobra de ses épaules et l'amena lentement sur son torse. Draco ferma les yeux, épuisé physiquement et mentalement, et sursauta en sentant son corps se poser contre sa poitrine. Pourtant, il laissa faire le charmeur.

Il lui fallut quelques minutes pour oser rouvrir les yeux. Quand il les baissa, la tête de Kheda était contre son épaule et elle ne bougea pas. Harry lui attrapa la main et la posa sur son corps, comme il l'avait déjà fait auparavant, et cette fois-ci, Draco ne ressentit pas de peur.

Kheda ne lui ferait pas de mal.

Cette idée s'imposa à lui, comme la première fois où il l'avait touchée. Comme une évidence.

Il ne risquait rien.

Enfin, il leva les yeux vers Harry. La souffrance qu'il lut dans son regard lui serra le cœur. Il ne voulait le voir ainsi, avec une telle expression sur ses si jolis traits. Il ne voulait pas de sa pitié, de cette inquiétude qui brouillait son visage depuis son réveil.

« Tout va bien se passer. Ne t'inquiète pas. »

Incertain, Draco hocha la tête. Il voulait y croire. Il voulait croire en Harry, en ses jolies paroles.

Quelques minutes plus tard, Kheda glissa sous son lit et Harry s'allongea près de lui, caressant ses cheveux jusqu'à ce qu'il s'endorme, plus serein.

OoO

Après avoir dormi vingt-quatre heures, Draco subit deux jours d'examens et de repos. Le crotale qui l'avait mordu était une espèce assez rare et non moins dangereuse qui lui avait paralysé tout le corps en quelques secondes. A vrai dire, si Flavia et deux collègues n'étaient pas passés dans le coin, Draco aurait pu y passer. En l'entendant hurler, le petit groupe s'était précipité dans la pièce et avaient repéré le serpent sur le plan de travail.

Quand Melba lui expliqua ce qui s'était passé, Draco n'avait pu s'empêcher de lui demander pourquoi Flavia s'était retrouvée pile à côté de la pièce quand il s'était fait mordre et surtout pourquoi elle n'était pas parvenue à attraper le crotale doré. Agacée, la directrice adjointe lui répondit qu'elle travaillait alors en collaboration avec l'équipe de Pansy et Demetrius, sa présence dans le couloir n'avait rien d'anodin. Et si elle n'avait pas réussi à attraper le serpent, c'était tout simplement parce qu'au moment de la saisir, il l'avait mordu.

En d'autres circonstances, Draco aurait ri, mais vu le visage énervé de Melba, il préféra ne garder ses moqueries pour lui. La directrice adjointe lui précisa que Flavia était suffisamment immunisée pour ne pas tomber raide morte comme lui, mais son corps soudainement engourdi et la nausée qui l'avait prise l'empêchèrent de neutraliser le reptile. Et à demi-mots, elle lui avoua également que la charmeuse était devenue la risée du centre. Il ferait donc mieux de ne pas trop la chatouiller car elle était très susceptible.

Cependant, il était évident qu'une enquête serait ouverte. Autant l'affaire du venin était préoccupante, autant la présence d'un serpent inconnu aussi dangereux dans leurs locaux était carrément inquiétante. Personne ne croyait à la thèse de l'accident, quelqu'un avait introduit le serpent dans ces lieux et c'était bien évidemment une personne maîtrisant le langage des serpents. Peut-être pas un charmeur, bien que cette éventualité ne soit pas à écarter, mais c'était forcément un fourchelang et ce centre en comptait plus que Draco ne l'aurait cru. Ce dernier avait été clairement visé et la mort violente du crotale ne laissait aucun doute là-dessus : le coupable avait détruit toutes les preuves.

Malgré ses douleurs musculaires et le choc de la morsure, Draco avait pitié pour l'animal. Au cours de ces dernières semaines, il avait compris que ces serpents étaient des animaux sauvages, avec leurs craintes et leurs besoins, et qu'ils n'étaient pas aussi mauvais qu'on pouvait le croire. Ce crotale ne méritait pas ce qui lui était arrivé. Cependant, quand il fut enfin autorisé à sortir, Draco sentit très craintif. Théodore était venu le chercher avec Sydney et Esperanza et ils le raccompagnèrent dans leur chambre, l'assommant de questions tout au long du trajet.

Quand il entra dans sa chambre, la fenêtre était fermée, et avant qu'il n'aille se coucher, ses trois colocataires fouillèrent la pièce de fond en comble pour s'assurer qu'aucun serpent ne s'y était glissé. Draco ne leur avait rien demandé, il apprécia donc l'attention. Cependant, une fois allongé, l'angoisse revint et il fit même une crise en plein milieu de la nuit. Comme dans la salle d'infirmerie, le jour où il s'était réveillé, il avait eu la sensation d'entendre des sifflements et des sonnettes de crotale. Par chance, il ne réveilla pas les deux filles, mais Théodore l'avait entendu. Sans doute dormait-il mal depuis que son ami avait intégré l'infirmerie.

Ils passèrent une bonne demi-heure dans la salle de bain où Théodore lui parla beaucoup, essayant de le rassurer même s'il savait que c'était compliqué. Ils avaient vécu la même chose mais, pour Draco, l'attaque avait été volontaire. Le choc était donc différent et le blond n'avait pas son mental. Après avoir discuté, le brun le força à prendre une douche pour se détendre. Puis, ils retournèrent dans la chambre.

Du moins, le voulurent-ils.

Car au milieu du couloir où se situait la salle de bain, se trouvait Kheda, enroulée sur elle-même, semblant attendre qu'il sorte.

Personne n'aurait su dire où elle avait bien pu se cacher dans la chambre, qu'ils avaient pourtant fouillé de fond en comble. Sans doute s'était-elle glissée dans son lit et cette sensation de ne pas être seul sur son matelas et d'entendre des sifflements venait-elle d'elle. Du moins le supposaient-ils, car ils ne l'imaginaient pas attendre bêtement devant la porte. Elle était forcément entrée dans leur chambre. Et parce que Théodore ne se voyait pas se rendormir avec Kheda en liberté dans leur chambre, il l'avait attrapée pour l'enfermer dans son placard, pour ne la libérer que le lendemain.

La vie reprit ensuite son cours, plus ou moins facilement. Draco ne se déplaçait plus seul, c'était à la fois une exigence de Melba et en même temps une nécessité pour le blond. D'ailleurs, il n'était plus rentré dans la salle de repos depuis l'accident et peinait à renouer le dialogue avec ses collègues qui ne le suspectaient plus du tout. À part quelques mauvaises langues, tout le monde estimait que jouer avec sa vie pour se disculper serait aussi stupide que dangereux. Le coupable se trouvait ailleurs.

A vrai dire, au fil des jours, Draco se renferma de plus en plus sur lui-même. Bientôt, il ne parla quasiment plus à personne et se consacra à son travail, la seule chose qui pouvait lui occuper la tête. Ne restèrent que ses amis, toujours là, mais perdus face à son mutisme grandissant.

OoO

Au bout du couloir, Harry discutait avec un homme qu'il ne connaissait pas d'un air plutôt joyeux. Plutôt que d'aller vers lui, comme il avait initialement prévu de le faire, Draco vira sur le côté, surprenant Esperanza. Cette dernière se reprit pourtant bien vite et le suivit dans le couloir adjacent qui leur ferait faire un détour avant d'atteindre la cafétériat.

Cela faisait déjà une semaine qu'il avait été mordu, et depuis, il n'avait fait que croiser Harry à de très rares occasions. Draco était toujours accompagné donc il en profitait pour ne pas s'appesantir. A chaque fois qu'il mettait fin à la conversation, il percevait le regard déçu du brun qui tentait de faire bonne figure. Mais Draco n'avait pas vraiment le choix.

Il ne voulait pas lui parler.

Et de toute façon, il n'en avait pas le droit.

Durant la semaine, aucun fourchelang n'avait le droit de l'approcher, pour quelque motif que ce soit. Il arrivait qu'il en croise mais ils ne s'adressaient jamais la parole, sauf Harry, bien sûr, parce que les règles, lui, il ne connaissait pas. Et effectivement, le centre comportait de nombreux fourchelang, même si la plupart maîtrisaient pas ou peu le langage des serpents. Cette espèce de fuite que Draco subissait depuis plusieurs jours contribua à complètement le renfermer sur lui-même.

Draco voulait partir.

Cette évidence le frappa encore une fois quand il arriva dans la cafétéria, qu'il prit son plateau et qu'il alla s'assoir dans le coin le plus reculé de la pièce. Plus que le choc de la morsure qui lui démangeait encore la main, il avait la sensation d'étouffer dans cet endroit où il n'avait plus sa place. Il avait la nausée constamment et vivait sa cohabitation avec les serpents de façon excessive, paniquant au moindre bruit et perdant ses moyens à chaque rencontre.

C'était exagéré et il le savait. Mais il s'en fichait. Il était fatigué de lutter et ne cherchait même plus à dépasser ses craintes, comme il l'avait tant fait les semaines passées. Il voulait juste que ça s'arrête.

Car cette vision de la gueule du serpent saisissant sa main, la sensation des crocs lui traversant la peau et cette paralysie foudroyante, ce soir et tous ces bruits autour de lui… Il ne le supportait plus.

Il n'en dormait plus.

Alors qu'importe qu'Harry l'ait rassuré, que Kheda le suive partout sans jamais le toucher, qu'il ait échangé un baiser avec cet homme qui faisait battre son cœur depuis son arrivée. Ses angoisses étaient trop fortes et l'issue du stage se rapprochait beaucoup trop pour qu'il puisse lutter.

Son attitude était incompréhensible pour ses amis. C'était un peu comme si Draco était en train de se laisser mourir. Un tel abattement paraissait presque surréaliste. Comme s'il avait éprouvé du plaisir à bosser là, avait-il parfois envie de leur dire. Comme s'il avait été bien dans cet endroit, franchement… C'était un centre de fou qu'il voulait quitter le plus rapidement possible.

Plus qu'un mois.

Un putain de mois.

Le déjeuner fut aussi rapide que modeste. Draco n'avait pas faim et la nausée le tourmentait toujours. Il retourna donc rapidement travailler, au grand dam d'Esperanza qui aurait aimé profiter un peu plus de sa pause déjeuner. Agacé, le blond lui répliqua qu'il pouvait aller tout seul dans son laboratoire et qu'elle pouvait en repartir si elle tenait tant à l'accompagner. Préférant éviter les conflits, sa collègue retourna travailler bon gré mal gré.

Enfermé dans sa bulle, Draco ne vit pas les heures passer. Vers quinze heures pourtant, il dut lever le nez de son travail car Esperanza devait changer de laboratoire pour travailler avec un collègue. Elle paraissait réticente à l'idée de le laisser seul, mais Draco balaya ses inquiétudes d'un mouvement de main : il ne risquait pas grand-chose dans cette pièce et il ne comptait pas en sortir non plus. Ainsi, après quelques hésitations, Esperanza finit par quitter leur laboratoire, non sans lui faire quelques recommandations.

Cependant, au bout d'une heure, Draco sentit le besoin de s'aérer. Il hésita à sortir, car la seule chose qu'il pourrait faire, ce serait d'aller en salle de repos, ce qui était hors de question. Le chercheur se rappela que, la veille, Théodore lui avait proposé de passer le voir s'il avait besoin dans l'après-midi : Sydney avait une réunion et il ne serait pas contre un peu de détente et de compagnie en fin d'après-midi. Et parce que son laboratoire n'était pas très loin du sien, Draco décida de mettre ses angoisses de côté et de s'absenter quelques dizaines de minutes.

Draco se leva et rangea un peu son plan de travail. Puis, il sortit de la pièce, et en se tournant, il manqua de se prendre les pieds dans Kheda. Cette dernière s'était hissée sur son corps, son cou dilaté, chose qu'elle faisait systématiquement pour qu'elle le remarque, vu qu'il ne la laissait jamais entrer dans les pièces où il vivait. Draco lui jeta un regard dubitatif, se demandant franchement pourquoi Harry ne l'avait pas rappelé vu qu'elle demeurait systématiquement hors de son espace vital. Cependant, quand il commença à marcher, il se déplaça suffisamment lentement pour que le cobra puisse le suivre.

« Draco ? »

Le blond eut un sursaut, ses poils se hérissant sur tout son corps. Il se mordilla la lèvre inférieure avant de faire volte-face.

Harry se tenait au beau milieu du couloir, qu'il venait de rejoindre par le passage que le blond avait emprunté un peu plus tôt pour aller déjeuner. Son visage paraissait préoccupé, et quand il s'avança vers lui, Draco baissa les yeux, le fuyant du regard, à défaut de pouvoir le faire physiquement.

« Ca va ?

- Oui.

- Qu'est-ce que tu fais seul ? Normalement, tu…

- Normalement, tu ne devrais pas me parler. Et le bureau de Théodore n'est pas très loin.

- Je sais que je ne devrais pas te parler. Mais tu sais que je n'y suis pour rien.

- Oui, je sais.

- Tu as l'air d'en douter.

- Non non. »

Draco ne voulait pas lui parler. Il savait qu'Harry n'était pas responsable de son accident et qu'il s'inquiétait beaucoup pour lui. Cependant, être confronté à lui était douloureux, pour plusieurs raisons.

« Tu ne veux pas me parler ?

- Non.

- Pourquoi ?

- Harry, il faut me laisser du temps…

- Tu m'en veux encore ?

- C'est pas ça…

- Ca fait une semaine que je ne t'ai pas parlé, Draco ! Une semaine que je te regarde de loin… J'espérais que tu viendrais vers moi ou que tu me laisserais t'approcher, mais tu me fuis comme la peste !

- Je fuis tout le monde. J'ai besoin d'être seul.

- C'est pas bon d'être seul, Draco. Pas dans ce genre de moments.

- Je sais. Mais c'est comme ça.

- Draco, il faut que… »

Harry voulut lui saisir le poignet, mais Draco se dégagea aussitôt. Il ne le regardait toujours pas, il ne put donc voir ses sourcils se froncer.

« Quoi ? Qu'est-ce que tu as, Draco ? »

Il y avait de l'énervement dans sa voix.

« Qu'est-ce que j'ai fait de mal ? Je sais que j'ai pas été bien, avec toi, que je ne t'ai pas cru, mais tu dois me comprendre ! A mes yeux, il n'y avait que toi ! Mais j'ai compris, et je me suis même excusé, je regrette de ne pas t'avoir cru à ce moment-là. »

Les bras croisés sur son torse, le blond gardait la tête baissée. C'était plus facile. Il fallait juste attendre que ça se termine.

« J'ai tout fait pour t'aider. Kheda est constamment avec toi, je ne peux rien faire d'autre, je… Ce baiser, à l'infirmerie, ça ne signifiait rien pour toi ? »

A ce moment-là, si, cela signifiait beaucoup. Mais plus maintenant. Parce que Draco comptait les jours qui lui restait à passer dans ce centre et que penser à ce baiser ne pourrait que lui faire du mal.

« Je suis désolé, Harry. Mais je crois que c'est vraiment fini.

- Parce que je t'ai largué et que…

- Parce qu'il me reste un mois. Et…

- Regarde-moi dans les yeux. »

Après un moment d'hésitation, Draco leva la tête et croisa son regard. Harry avait cet air buté qui le rendait presque adolescent. Il le trouva beau. Beaucoup trop pour lui, simple chercheur pas foutu de surmonter le choc d'une morsure.

« Je te demande pardon. Laisse-moi me rattraper. S'il te plait.

- Ca sert à rien.

- T'as plus envie ?

- C'est pas une question d'envie. Dans un mois, je m'en vais, et je parle pas un mot de portugais, qu'est-ce que tu veux que je fasse ici ?

- Tu commences à comprendre…

- Arrête, Harry. Il y a quelques temps, oui, j'étais intéressé, mais là c'est trop tard.

- Si je t'avais soutenu, est-ce que ça aurait changé quelque chose ?

- J'en sais rien. Et se poser la question ne changera rien.

- J'ai bien fait de m'inquiéter pour toi, de t'embrasser et de te confier Kheda… »

Le sourire ironique qu'il fit lui vrilla le cœur. Alors, c'était donc ça ? Le héros ne recevait pas les remerciements attendus et s'en trouvait déçu ? Draco eut soudain du mal à respirer et une boule se forma dans sa gorge.

« Désolé de te décevoir. C'est comme ça.

- Ouais, c'est comme ça. Je me fais un sang d'encre pour toi, j'espère comme un con que tu viennes me voir, et voilà le résultat… Avec toi, on n'a pas droit à l'erreur, c'est chiant. En plus, tu me fais tellement peu confiance que tu ne laisses jamais Kheda rester avec toi. A se demander pourquoi je te l'ai confiée, tellement ça sert à rien. »

Il ne comprenait pas. Il voyait tout d'un œil extérieur, expert, et il ne comprenait pas ce qu'il ressentait depuis une semaine. Mais c'était normal. Sa peur des serpents et des morsures, de cette sensation de vide alors que votre corps vous lâchait d'un coup, il l'avait vaincue depuis longtemps.

Blessé face à son cynisme, Draco s'accroupit sur le sol et lutta contre tout le dégoût que lui inspirait le cobra noir. Il la saisit des deux mains puis la souleva dans les airs pour la poser sur les épaules de son charmeur. Ce dernier l'interrogea du regard, les sourcils froncés.

« Tu peux la récupérer. Je n'en ai plus besoin.

- Comment ça ?

- Je m'en vais. Je vais démissionner. »

Les yeux verts de Harry s'écarquillèrent de stupeur, et bouche bée, il ne sut comment réagir. Baissant à nouveau la tête, Draco tourna les talons et voulut quitter le couloir, la tête en vrac et l'estomac douloureux. Mais les mains de Harry saisirent sa blouse, et sur son visage, il lut de la panique.

« Tu plaisantes ? Tu déconnes, là ? »

Son ton pressant reflétait toute sa peur de le voir partir. Mais sa décision était prise : il écrirait sa lettre le soir venu et l'amènerai à Paolo Da Silva.

« Non.

- Tu peux pas partir ! Tu peux pas t'en aller, Draco ! Pas maintenant !

- Si, je m'en vais.

- Non, s'il te plait ! »

Le charmeur se posta devant lui et attrapa ses épaules. Son ton et ses yeux suppliants contrastaient avec sa précédente attitude, et franchement, Draco aurait préféré éviter de le voir comme ça.

« On va régler le problème, tu verras tout ira mieux. Je vais t'aider, ça va aller…

- Je veux pas que ça aille. Je veux m'en aller.

- Non, s'il te plait !

- Je vais m'en aller. Je suis désolé.

- Draco… »

Harry lui caressa la joue, et quand il essaya de le prendre dans ses bras, Draco le repoussa doucement. Il devait partir, sinon il deviendrait dingue. Sans un mot de plus, il poursuivit son chemin, seul, d'une démarche un peu chancelante.

Il aurait voulu que ça se passe autrement, mais redonner une chance à Harry, de quelque manière que ce soit, aurait été stupide. Il se serait fait du mal pour rien, et en ce moment, il n'avait vraiment pas besoin de ça. Et en plus, Harry méritait bien mieux que lui.

OoO

« Draco, je te sers un café ?

- Je veux bien. »

Quelques secondes plus tard, un mug rempli de café apparut devant lui. Draco s'étira un peu, essayant de chasser toutes ces désagréables sensations qui l'assaillaient depuis son entrée dans la salle de repos. C'était la première fois qu'il y remettait les pieds depuis l'accident, et même si la présence de Théodore était rassurante, le blond ne s'y sentait pas vraiment bien.

« Alors, t'es allé déposer ta lettre ce matin ?

- Ouais.

- Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

- Que je quitterai le centre à la fin de la semaine. Mais Melba est arrivée, on a discuté, et elle a déchiré ma lettre.

- Sérieux ?!

- Ouais, et elle m'a convoqué. Elle s'est engueulée avec le directeur, j'étais dehors donc j'ai rien entendu.

- Et elle t'a dit quoi, à toi ? »

Mécaniquement, Draco trempa un biscuit dans son café. Il n'avait quasiment rien mangé à midi et son ventre commençait à le tirailler.

« Qu'il n'avait pas informé Ste Mangouste de l'accident. Ca je l'ai compris quand elle est entrée et qu'elle a commencé à interroger Paolo. Mais ce que je ne savais pas, c'est que ça pose des problèmes au niveau de la responsabilité, tout ça quoi. Donc si je démissionne, c'est moi qui aurais décidé de partir. Comme un lâche, quoi.

- L'enfoiré…

- Mais Melba ne veut pas que ça se passe comme ça. Elle pensait que Paolo avait averti Ste Mangouste, mais vu les circonstances, elle ne veut pas me laisser partir comme ça.

- Elle est bien, elle. J'espère qu'elle ne quittera pas le centre et qu'elle remplacera ce crétin plus tard.

- Ouais. Elle m'a expliqué aussi que Ste Mangouste exigera sans doute un rapatriement car cet accident est beaucoup trop grave. En général, quand ça se passe, Ste Mangouste négocie soit pour rapatrier le chercheur, soit pour faire redoubler le center de vigilance. Mais là comme ça fait une semaine que ça s'est produit et que j'ai dormi vingt-quatre heures…

- Ils vont être en rogne. Et ça se comprend.

- Ouais.

- S'ils demandent ton rapatriement, tu vas partir ?

- Ouais. J'en peux plus, tu sais.

- Du centre ? De Harry ?

- Je me sens tout le temps angoissé, même quand je suis entouré. Et j'en peux plus de le fuir. De me dire qu'être avec lui, c'est une perte de temps. J'ai juste envie que tout s'arrête. »

Sas doute Théodore avait-il envie d'ajouter quelque chose, mais il savait que c'était inutile. Lui-même peinait à prendre plaisir à ce stage depuis qu'il avait été mordu et menacé par Flavia, il avait la sensation d'être continuellement observé et jugé. En plus, tout le monde était plus ou moins déprimé et inquiet, donc ça n'arrangeait rien.

« Rien ne te fera changer d'avis.

- Non. Bon, je retourne bosser.

- Déjà ?

- Ouais.

- Tu te tues au travail.

- Je sais.

- J'aime vraiment pas te voir comme ça, Draco. T'es plus le même depuis que tu t'es fait mordre.

- J'ai jamais été bien, ici. C'est juste la goutte d'eau qui fait déborder le vase, j'ai plus envie de jouer au mec bien dans sa peau. »

Théodore haussa les épaules. Sans doute en avait-il conscience, mais voir son ami dans un tel état l'inquiétait vraiment. Et sans doute aurait-il voulu qu'ils terminent ensemble ce stage, qu'ils retournent boire un verre en ville pour se détendre et qu'ils gagnent la zone de transplanage pour rentrer chez eux. Cependant, sa santé passait avant tout, et si en plus Ste Mangouste s'arrangeait pour le rapatrier ce serait encore mieux.

Draco ne tarda pas à décoller et son ami le suivit. C'était plus mécanique qu'autre chose, mais depuis la veille, Théodore avait remarqué que Kheda ne le suivait plus, donc il semblait hors de question qu'il le laisse dans la nature sans surveillance. Ils se quittèrent donc devant la porte du laboratoire où Draco se retrouva seul. Sa collègue travaillait à l'autre bout du centre avec une équipe de chercheurs et ne le rejoindrait donc pas avant une bonne heure. C'était la solution qui avait été trouvée pour pallier les obstacles qu'elle rencontrait sans cesse depuis son arrivée, et là, tout de suite, cela arrangeait beaucoup Draco. Il souhaitait rester seul, sans l'avoir dans les pattes à lui demander sans cesse si ça allait. Même s'il savait que la solitude ne lui réussissait vraiment pas.

OoO

On toqua à la porte du laboratoire. La main un peu engourdie à force de gratter son parchemin, Draco ordonna à la personne d'entrer. Il était seul dans la pièce depuis une bonne demi-heure et aurait préféré ne pas être dérangé.

La porte du laboratoire s'ouvrit puis se referma. Il entendit des pas sur le carrelage blanc, et soudain, la personne fut dans son dos. Deux mains se posèrent sur ses épaules avant de les masser, doucement. Draco ferma les yeux, doucement, et quand elles dérivèrent sur le haut de son torse, ses bras enlaçant ses épaules et sa tête venant se caler conter la sienne, un intense sentiment de bien-être l'enveloppa.

Quand Harry l'embrassa sur la joue, ce fut comme si son mal-être n'avait jamais existé.

Et quand Draco tourna la tête pour croiser son regard, et que leurs lèvres se rencontrèrent, ce fut comme s'ils ne s'étaient jamais quittés.

OoO

Depuis dix minutes, Draco attendait à côté de la porte de la zone de transplanage réservée au personnel du centre. Il s'était lavé, changé et même parfumé, ce qu'il ne faisait plus vraiment depuis son arrivée deux mois plus tôt. A vrai dire, il était un peu nerveux. Il était arrivé avec un peu de retard, parce qu'il savait que Harry n'était jamais à l'heure, et jusque là, il n'avait vu passer que des chercheurs qui rentraient chez eux. Au bout d'un moment, il en vint même à se demander si Harry viendrait vraiment.

Ils avaient beaucoup parlé, dans l'après-midi. En fait, le charmeur n'était parti qu'à l'arrivée d'Esperanza. Ils auraient pu poursuivre ailleurs, mais Harry avait préféré s'en aller, non sans le gratifier d'un de ses plus jolis sourires.

Harry l'avait tenu longtemps dans ses bras. Il fallait croire que Draco en avait besoin, car il s'était vautré dans son étreinte, dans l'odeur de sa peau et de ses cheveux, dans la douceur de ses mains qu'il avait saisies. Il s'était abreuvé de ses mots, de ses pardon qu'il lui souffla à l'oreille, de ses « je tiens à toi » et de ses « je ne veux pas que ça s'arrête ».

Puis, il s'était reculé, s'était baissé et avait posé Kheda sur ses épaules. Le sentiment de révulsion qu'il avait éprouvé fut balayé par les bras de Harry qui revinrent autour de ses épaules. Il guida ses mains sur le serpent, faisant disparaître petit à petit toutes ses craintes, comme il l'avait déjà fait auparavant, mais de façon moins poussée. Quand le cobra ondula sur le plan de travail, Draco n'éprouva aucune gêne et eut même un sourire quand Harry l'embrassa sur la joue en lui disant que c'était bien, il était un grand garçon, maintenant.

Ensuite, le charmeur s'assit à côté de lui et lui attrapa la main, qu'il ne lâcha pas jusqu'au retour d'Esperanza. Ils parlèrent beaucoup, de leur relation naissante, des sentiments que Harry commençait à vraiment ressentir pour lui, de cet insupportable sentiment de trahison qui lui avait brisé le cœur et de ses angoisses quotidiennes depuis son accident. Il avait été là quand on l'avait retrouvé paralysé dans la salle de repos : Draco était étendu sur le sol, de la panique sur le visage et les yeux grands ouverts, vides de toute vie. Cette image l'avait empêché de dormir.

Touché, Draco avait décidé d'être aussi honnête que lui, même s'il savait que Harry n'ignorait rien de ce qu'il pourrait lui dire. A part qu'il tenait à lui et que ça rendait leur relation compliquée. Avant, il était si bien parti qu'il s'en fichait éperdument, mais à présent, il se posait beaucoup de questions. Le comportement de Harry l'avait ébranlé et à présent, il pensait qu'il était trop tard pour débuter quelque chose. Et pourtant, le charmeur l'attirait tellement qu'il mourrait d'envie de poursuivre leur relation.

Ses mots avaient beaucoup ému Harry qui s'était tripoté les doigts comme un enfant en l'écoutant. Gentiment, l'air de rien, il lui avait glissé qu'il existait au Brésil des centres de recherche bilingues où il pourrait être recruté avec une bonne recommandation. Draco avait souri mais n'avait pas renchainé. Il n'en était pas encore là mais la proposition, au fond de lui, ne pouvait qu'éveiller son intérêt. Mais avant, il devait reprendre confiance en lui et savoir si ça en valait le coup.

Avant qu'Esperanza ne mette fin à leur discussion, Harry lui proposa de se retrouver à la fin de leur journée de travail devant la zone de transplanage. Il comptait l'emmener à Rio de Janeiro pour le distraire et l'engraisser un peu avec des spécialités locales. Le but caché était bien évidemment de retrouver cette intimité qui leur manquait tant.

Et alors que Draco regardait sa montre pour la énième fois, il entendit son nom. Aussitôt, il leva la tête et il eut un sourire en le voyant venir vers lui. Il s'était changé et portait un jean assez près du corps ainsi qu'une chemise à carreaux dont il avait retroussé les manches. Et vu le regard qu'il lui lança, il apprécia également la tenue du blond.

« On y va ? »

Gentiment, il lui attrapa la main et entra dans la zone, à laquelle Draco n'avait normalement pas accès. Ils transplanèrent en quelques secondes et atterrirent à Rio. Sans s'appesantir dans la zone, ils gagnèrent les rues animées de la ville, sans se lâcher la main.

Draco se sentait frais et détendu, beaucoup plus qu'il ne l'aurait cru. Il se laissa donc aller à la légèreté de ce moment, écoutant Harry parler de tout et de rien. Petit à petit, au fil des minutes, le blond lui répondit de façon de plus en plus élaborée, et au bout d'un moment, il lui lâcha la main pour poser son bras sur ses épaules. Le visage radieux, le charmeur lui enlaça la taille. Et tranquillement, ils gagnèrent le restaurant où ils avaient dîné ensemble pour la première fois.

OoO

Le bruit de la douche avait quelque chose d'apaisant. Allongé dans le lit aux draps frais et propres, la tête posé sur un oreiller confortable, Draco se serait cru au paradis. Les lits du centre n'étaient pas si mauvais mais il avait quand même connu mieux que ces lits superposés. Et franchement, être allongé dans un vrai grand lit faisait un bien fou.

Cette sortie avec Harry l'avait remis sur les rails. Draco était enfin sorti de cet état végétatif dans lequel il s'était enlisé au fil des jours, et à présent, il n'envisageait plus vraiment de quitter le centre de recherche. Harry avait été un monstre de gentillesse et d'attentions. Non seulement il avait été adorable au restaurant, mais en plus il l'avait emmené dans de jolis endroits de la ville, terminant leur soirée en beauté.

Au moment de rentrer, Draco avait été un peu réticent. Il avait enfin retrouvé confiance en lui et ne voulait pas se retrouver seul dans son lit. Taquin, Harry lui avait proposé de le suivre chez lui, mais le blond avait secoué la tête : son appartement du centre était un lieu sacré et il préférait ne pas y mettre les pieds. Après quelques secondes de silence, le charmeur lui proposa de dormir chez lui, dans son appartement de Rio. Draco n'avait pas caché sa surprise et avait refusé dans un premier temps, puis il avait accepté dans l'espoir de dormir dans un bon lit. Et il n'était pas déçu.

Le bruit de l'eau cessa dans la salle de bain. Elle se situait juste en face de la chambre et Draco avait apprécié de s'y prélasser, savourant l'eau tiède délassant son corps fatigué. Quand il en était sorti, Harry avait changé les draps et donné un petit coup de propre à l'appartement. C'était plutôt petit, idéal pour deux personnes. Et à peine sorti de la douche, Draco s'était aussitôt couché dans le lit qui l'appelait depuis son arrivée. Il s'y serait même endormi s'il n'avait eu aucun savoir-vivre.

La porte de l'autre côté du couloir s'ouvrit et Harry ne tarda pas à le rejoindre, un short un peu ample sur les hanches et un débardeur sur le dos. Draco était vêtu de manière similaire et appréciait la relative fraicheur de l'appartement. En le voyant ainsi étendu entre les draps, le brun rit d'amusement.

« Ca va, t'as pris tes aises ?

- T'as le meilleur lit du monde.

- Le meilleur lit du monde ou le meilleur que tu ais rencontré depuis deux mois ?

- Tu ne peux pas simplement savourer le compliment ? »

A nouveau, Harry rit tout en se rapprochant de lui. Il se pencha, posant ses mains de part et d'autres de l'oreiller, puis l'embrassa tendrement sur la bouche. Draco en profita pour le rapprocher de lui, passant ses bras derrière sa nuque. Le souffle du brun caressa sa joue alors qu'il entrouvrait les lèvres, répondant à sa subtile invitation.

« T'es un affamé.

- J'ai pas le droit ?

- Si, t'as le droit. »

Avec un sourire complice, il s'embrassèrent à nouveau et Draco pensa qu'il pourrait passer des heures comme ça, allongé dans un lit confortable, un charmant jeune homme au-dessus de lui et sa bouche divine contre la sienne. Décidément, cette soirée lui avait redonné du poil de la bête.

Après un dernier baiser appuyé sur sa bouche, Harry se recula, lui fit un sourire puis monta sur le lit pour s'allonger à côté de lui. Il paraissait fatigué, bien que de très bonne humeur. Après avoir programmé le réveil pour le lendemain, le charmeur se tourna vers lui, un adorable sourire sur les lèvres.

« Retour au centre demain.

- Ouais.

- T'as l'air d'aller beaucoup mieux, ça fait du bien de te voir comme ça.

- C'est grâce à toi. »

Draco était allongé sur le dos, la tête tournée sur le côté, alors que Harry s'était mis sur le ventre, les bras croisés sous sa tête.

« T'avais envie d'aller mieux, aussi. Maintenant, tu ne veux plus partir, pas vrai ?

- Non.

- Vrai ?

- Vrai. »

Le blond tendit la main et lui caressa la joue avec le dos de ses doigts. Le charmeur ferma les yeux un court instant.

« Même si ça me fait flipper.

- Je sais ce que c'est.

- De quoi ?

- De se sentir traqué. Mais tu sais, je pense sincèrement que tu ne risques rien. Après ce qui s'est passé, je doute qu'on réessaie d'attenter à ta vie. Ce serait trop dangereux.

- Tu as une idée de qui il peut s'agir ? »

Le visage aimable d'Harry perdit son sourire. Il se mordilla la lèvre inférieure, un peu hésitant, puis il poussa un soupir. Visiblement, il n'avait pas envie de parler de ça, mais son côté Gryffondor l'empêcha de l'éconduire.

« J'ai des soupçons. Ca fait quelques temps déjà que des venins disparaissent. On était en train d'enquêter là-dessus, mais comme ce n'était jamais des venins de grande importance, on n'a déclenché aucune alerte. Dernièrement, on avait repéré des disparitions beaucoup plus graves, mais comme on n'arrivait pas à soupçonner qui que ce soit, on a gardé ça pour nous. Mais là, c'était trop grave. On n'a pas volé dans la réserve mais dans mon laboratoire. Et comme tu as été attaqué, ça empire le problème. Tout est lié, d'une manière ou d'une autre.

- Tu crois ?

- Forcément. Je ne comprends pas vraiment pourquoi on t'a attaqué : tout le monde te croyait coupable, tu étais la victime idéale. Je pense que, peut-être, t'attaquer permettrait de faire diversion. Ta mort ou les séquelles irréversibles de cet accident nous auraient fait oublier, à tous, ce petit trafic. Ou bien c'aurait été une petite vengeance de la part des serpents. Ils communiquent entre eux et…

- Attends, t'es en train de me dire qu'on pense que…

- Ouais. Que les serpents ont planifié ta mort pour venger leurs charmeurs.

- Mais ce crotale n'appartenait à personne !

- Ce n'est pas la première fois qu'un animal étranger apparait dans nos locaux, mais en général c'est une espèce locale. Et on a vérifié récemment, en fait ce crotale était très violent, ça faisait un mois que Mody l'avait isolé dans les sous-sols. Sa nourriture lui parvenait magiquement, il avait complètement oublié son existence. C'est des chercheurs qui se sont rappelés de son existence, comme ils vont vérifier régulièrement si les espèces en isolement vont bien.

- Je vois… Et tu as des soupçons sur qui ?

- Je préfère ne pas te le dire. Ils sont peut-être faux et en plus tu risquerais de changer ton comportement avec ces personnes, et ce serait dangereux.

- Tu as raison.

- Tout ce que je sais, c'est qu'un ou plusieurs charmeurs sont impliqués, et des chercheurs également.

- Comment tu peux en être certain ?

- C'est évident qu'un charmeur est derrière tout ça. Ce crotale n'avait rien d'un animal de compagne : c'est impossible qu'un fourchelang ait pu le recueillir et l'élever comme on pourrait le faire avec un python ou un boa. Ce n'est pas un serpent manipulation, son venin est beaucoup trop dangereux pour ça. Seul un charmeur aurait pu le manipuler. Et le tuer. Quant aux chercheurs, c'est évident que le charmeur n'est pas seul dans cette affaire.

- Ca pourrait être n'importe qui, alors. »

C'était un peu comme si les nuages qui assombrissaient sa vie depuis plusieurs jours se dissipaient. Ils étaient toujours là, mais au moins il entrevoyait une solution, une réponse à ses questions.

« Ca pourrait être Nabil, Flavia ou Satsuki.

- Pas Mody ?

- Il n'aurait aucun intérêt à faire tout ça. Mody est un charmeur incroyable. Trafiquer du venin ne lui rapporterait absolument rien, il peut avoir le venin de n'importe quel serpent. Rappelle-toi de quelle famille il vient.

- Ah putain, les basilics…

- Ouais. Il peut manipuler n'importe quel serpent, il n'a pas besoin de voler quoi que ce soit. S'il voulait faire de la contrebande, crois-moi qu'il pourrait très bien la faire tout seul comme un grand, pas besoin de ce centre pour ça. S'il travaille ici, c'est par passion. »

Dans le fond, Draco n'imaginait pas un seul instant Mody comme un coupable. Il n'avait jamais été particulièrement chaleureux avec eux mais veillait à la sécurité du centre. C'était quelqu'un d'investi et d'impliqué dans son travail, ça se sentait. Et il était vrai que sa famille possédait l'un des plus grands enclos de basilics du monde, Mody ne gagnerait rien à trafiquer du venin.

« Donc non, ce n'est pas lui.

- C'est un des trois ?

- Ou deux d'entre eux. Ou même les trois. J'en sais rien. Mais qu'il y en ait un ou plusieurs, il y a des chercheurs qui sont impliqués. C'est évident.

- Et tu as ton idée aussi.

- Oui. J'ai été assez con pour te croire coupable, maintenant j'ouvre bien les yeux.

- Tu avais toutes les raisons d'y croire.

- Ouais. Mais quand même. J'ai pas été sympa.

- C'est pas grave. »

Il y eut un silence entre eux. Puis, Harry leva la main pour caresser sa joue, presque avec timidité.

« Tu m'en veux plus ?

- Non.

- C'est vrai ?

- Si je te le dis.

- T'as plus du tout de rancune ?

- Non. Je t'assure. »

Harry ne semblait pas vraiment le croire, mais il fit bonne figure quand même. Alors Draco se tourna sur le côté et entreprit de le prendre dans ses bras. Le voyant faire, le charmeur se blottit contre lui, nouant ses jambes à demi-nues aux siennes. Leurs bouches s'attirèrent et se rencontrèrent avec plaisir et sensualité.

Contre sa bouche, Harry lui glissa à quel point il l'avait trouvé beau quand il l'avait vu le jour de son arrivée et comme il avait aimé échanger quelques mots avec lui, le redécouvrir et parcourir les rues de Rio à ses côtés. Tout en laissant ses mains voyager dans son dos, Draco lui avoua l'avoir trouvé étrange, mystérieux, et terriblement attirant, et que l'observer charmer Vasha lui avait rappelé à quel point il était exceptionnel.

Cette remarque le fit rire. Un rire délicieux qui glissa contre ses lèvres qu'il s'empressa de happer, alors que ses mains descendaient plus bas, toujours plus bas…

Et pas un seul instant, Harry n'arrêta cette lente et non moins experte descente, se plaquant contre lui et ne cessant d'attiser son désir.

OoO

Il y avait du bruit dans la chambre. Le réveil strident de Sydney lui avait transpercé les tympans, comme tous les matins d'ailleurs. Fatigué, Draco garda les yeux obstinément fermé alors que la chambre s'éveillait petit à petit, les lits grinçant doucement alors que ses colocataires se redressaient sur leurs matelas ou se levaient pour aller se changer.

Dans une sorte de demi-sommeil, Draco se sentit errer, incapable de s'accrocher à un bruit plus fort que l'autre pour s'extirper de la douce torpeur où il se trouvait plongé depuis de trop longues minutes. Même les désagréables frissons parcourant son échine ne purent l'y arracher. Il se sentait juste bien.

« Bon, Draco, tu descends ?

- Ouais réveille-toi, feignant !

- Esperanza va sortir de la douche, dépêche-toi ! »

Ca y est, il était réveillé, mais pas motivé à descendre pour autant. Il avait passé un week-end trop agréable pour ça. Les lundis, c'était vraiment le pire fléau du monde…

« Allez, Draco debout là !

- Ouais, Esperanza vient de rentrer là ! Lève-toi ! »

Le lit superposé trembla alors que Sydney, supposait-il, attrapait l'échelle pour monter le secouer. Mais soudain, elle poussa un hurlement à lui vriller tympans, le faisant sursaute. Théo poussa un cri de stupeur avant de jurer, car Sydney lui était tombée dessus.

« Putain ! Mais c'est quoi ça ?!

- Draco ! T'as un serpent dans ton lit !

Durant quelques secondes, le blond eut comme un blocage. Puis, il attrapa sa couette et la balança sur sa tête.

« Ouais, je sais…

- Comment ça, tu sais ?!

- C'est rien, c'est Kheda… »

Draco pensait pouvoir se rendormir en toute impunité, mais c'était sans compter les pipelettes en bas de son lit qui se scandalisaient de savoir le cobra dans leur chambre.

« Comment ça se fait qu'elle est là ?

- Depuis quand elle squatte cette chambre ?!

- Depuis quand tu pionces avec des serpents, toi ? »

Agacé et bel et bien réveillé, Draco se redressa. Il comprit alors pourquoi personne n'était venu directement lui sonner les cloches : non seulement Kheda s'était positionnée au pied de son lit, mais en plus elle s'était redressée sur son corps, la collerette dilatée. Récemment, il avait demandé à Harry pourquoi elle se mettait si souvent dans cette position, il lui avait alors expliqué qu'elle avait été dressée pour cela et qu'en plus ça l'amusait de faire peur aux autres.

Le blond rampa jusqu'à l'échelle, attrapa Kheda et la mit sur le côté avant de descendre. Les trois sorciers en bas avaient l'air de très mauvaise humeur et Draco n'était pas franchement motivé à les écouter ses plaindre. Il attrapa donc ses affaires et fila dans la salle de bain alors que Sydney lui hurlait de ne pas les laisser seul avec le cobra noir. Mais trop tard, le blond avait tourné le verrou et se changeait pour la journée à venir. Il s'habilla, se coiffé et se brossa les dents avant d'enfin sortir. Ses colocataires, sauf Théodore, étaient sorties, laissant la porte de la chambre ouverte, et se plaignait de la présence du serpent qui semblait clairement les inquiéter.

« Désolé les filles, j'aurais dû vous prévenir.

- Depuis quand tu pionces avec Kheda ?!

- Depuis quelques jours. Elle s'invite dans mon lit.

- Et tu t'en fous ?

- Elle obéit à Harry, donc oui. »

En fait, la nuit suivant celle qu'il avait passée à Rio dans l'appartement d'Harry, Draco avait senti comme une présence dans son lit. Il s'était couché un peu avant que les filles n'éteignent définitivement la lumière, et dans la semi-pénombre de la pièce, il avait entendu un léger sifflement. Le cœur battant à cent à l'heure et le corps tendu, il avait cherché des yeux l'origine du brut et son regard avait croisé les prunelles sombres de Kheda. Elle fut la dernière image qu'il eut avant que Sydney ne coupe la lumière.

Et parce qu'il avait jugé qu'il ne risquerait rien, Draco ne l'avait pas chassée et s'était endormi. Et depuis, chaque soir, le cobra se glissait entre ses draps et se roulait en boule dans un coin sans jamais en bouger. Paradoxalement, la présence du serpent l'apaisait et rendait ses nuits plus reposantes. C'était un peu comme s'il y avait un peu de Harry avec lui.

Ensemble, ils gagnèrent la cafétéria, laissant Kheda devant la porte de la chambre. Elle l'attendait toujours devant la porte de son laboratoire et restait dans un coin de la pièce. Esperanza avait eu du mal à s'habituer à sa présence mais Draco ne lui laissa pas le choix : il se sentait beaucoup mieux avec le cobra près de lui. Amer, sa collègue rétorqua le premier jour que c'était plutôt cette soirée qu'il avait passé hors du centre avec Harry qui lui avait redonné confiance en lui.

Son absence avait été très remarquée, d'autant plus que nombre d'employés l'avaient vu attendre devant la zone de transplanage et il faudrait être stupide pour ne pas comprendre après qui il patientait. Et, fait exceptionnel, il avait passé la nuit dehors, et si l'information n'avait pas filtré, ses colocataires ne manquèrent pas de jaser entre eux et de le charrier le lendemain matin. Et quand Sydney, au déjeuner, demanda à mots voilés si leur nuit avait été intéressante, Draco lui répondit que Harry aurait été parfait s'il avait eu des jambes un peu plus grandes. Esperanza avait manqué de s'étouffer avec une boulette et Théodore recracha son eau par les narines.

Forcément, Sydney lui avait demandé quelques détails croustillants, mais Draco était resté très discret. Les souvenirs qu'il gardait de cette nuit, il préférait les garder pour lui pour le moment, et malgré les jours qui étaient passés, il demeurait toujours aussi silencieux, ce qui ne manquait pas d'attiser la curiosité de la jeune femme.

Cependant, Draco ne se voyait pas lui dire à quel point il avait aimé cette nuit, pourtant affreusement banale d'un point de vue extérieur. Ils avaient fait l'amour passionnément, trempant les draps propres et frais de sueur, et une fois remis de leurs émotions, ils étaient allés dans la salle de bain et ils avaient remis ça. Draco se souvenait encore de son corps mouillé plaqué contre son dos, de son sexe qui allait et venait en lui, de leurs gloussements presque ivres quand le blond avait dû plier les genoux pour l'accueillir plus profondément en lui, ses doigts crispés sur le carrelage blanc.

C'avait été bon. Incroyablement bon. Peut-être pas la meilleure partie de jambes en l'air de sa vie mais Harry avait quelque chose de particulier dans sa façon de faire l'amour. C'était peut-être ses gestes, sa façon de le toucher, de l'embrasser, de le préparer avant de le prendre, avec cette manière de le regarder, comme si la seule chose qui comptait, à ce moment-là, c'était son plaisir à lui. Le reste n'avait pas d'importance.

Et être le centre de son univers, à cet instant précis, fut magique.

Le lendemain matin, ils avaient vécu un moment complice et tendre, à la fois dans le lit où Harry s'était laissé cajoler, sa bouche suave lui glissant de jolis mots au creux de l'oreille quand il n'était pas en train de l'embrasser, mais aussi à l'extérieur. Parce que Harry n'avait quasiment rien dans ses placards, ils avaient pris le petit-déjeuner à l'extérieur. Le rire de son charmeur alors que Draco sur-jouait ses douleurs, sa main dans la sienne et ses yeux pétillants de bonheur furent sans aucun doute les plus jolis souvenirs qu'il gardait de cette journée-là, même s'ils se revirent le soir même pour passer un moment ensemble, à l'abri des regards.

Et tout cela, il le garda pour lui. C'était trop… intime, pour qu'il puisse le partager. Tout allait très vite, un peu trop même, mais c'était si naturel entre eux que Draco savourait ces moments sans trop se poser de questions.

La salle de repas était animée. A peine arrivé, Draco repéra Harry au fond de la pièce avec Mody et quelques collègues. A chaque fois qu'il le croisait à la cafétéria, le blond hésitait à aller vers lui. Il cherchait donc toujours son regard ou une petite attention, et s'il n'en obtenait pas, il s'asseyait ailleurs. Harry étant assis dos à lui, Draco s'apprêta à faire un mouvement sur le côté pour manger ailleurs, mais le grand Noir le repéra et lui fit un léger signe de main, qui pourrait aussi bien passer pour un bonjour que pour une invitation. Et percevant le mouvement, Sydney et Théodore, en discutant, s'avancèrent vers leur table.

Draco s'assit à côté de Harry qui leva son visage vers lui, le saluant avec son si joli sourire. Ils mangèrent tranquillement en discutant les uns avec les autres, comme d'habitude, puis il fut vraiment l'heure de partir au travail. Mais avant qu'ils ne partent dans leurs laboratoires, Harry lui demanda de l'accompagner au sien, il devait lui parler. Sans inquiétudes, le chercheur le suivit donc avec un Mody plutôt grognon.

A peine entré dans le laboratoire de Harry, Draco le plaqua contre le mur et l'embrassa fiévreusement. Les mains enfouies dans ses cheveux blonds, le charmeur gémissait sous ses assauts. Rapidement, un de ses mains glissa dans son dos, sur ses hanches et le rapprocha de lui, toute sa pudeur et ses exigences professionnelles envolées. A bout de souffle, leurs lèvres se séparèrent, mais aussitôt, celles du blond se posèrent dans le cou de Harry qui enserra sa taille, blottissant son visage contre son épaule.

« T'es vraiment un affamé…

- Tout de suite les grands mots.

- T'es vraiment spécial comme homme.

- Pourquoi ? »

Draco recula sa tête et chercha son regard. Harry eut un sourire un peu timide, un peu hésitant, puis il se lança.

« T'es du genre à dominer dans un couple. Mais au lit, c'est le contraire, tu préfères être dessous.

- Ca pose un problème ?

- Absolument pas. C'est juste un peu perturbant. Mais j'aime ça.

- Si tu aimes ça, alors il n'y a aucun problème. »

Aussitôt, il reprit sa bouche. Ils s'embrassèrent un moment, avec un peu plus de tendresse cette fois-ci, et quand ils se séparèrent plus ou moins repus, Harry ramena ses mains sur son torse, comme pour couper court à leur petit moment de tendresse.

« Tu m'as fait venir ici pour m'embrasser ou tu avais quelque chose à me dire ?

- Les deux. J'ai deux choses à te dire. La première… Je voulais savoir si tu étais libre demain soir.

- Je pense que mon autre amant ne sera pas disponible, donc oui.

- Enfoiré ! »

Ils échangèrent un sourire complice. Bien évidemment qu'il était libre, rien ne le retenait dans le centre.

« Pourquoi demain ?

- J'ai une réunion en fin d'après-midi avec les autres charmeurs, Melba et Paolo. Donc ça risque de prendre du temps, je ne sais pas à quelle heure je vais sortir.

- Pas de problème. Et l'autre chose ? »

Cette fois-ci, le charmeur perdit son sourire. Ses mains caressèrent son torse en un geste rassurant, mais Draco n'aurait su dire si c'était pour l'apaiser lui ou Harry.

« Il parait que deux sorciers de Ste-Mangouste sont venu au centre, vendredi. Tu ne m'en as pas parlé.

- Je ne voulais pas t'inquiéter.

- C'est raté.

- Je ne rente pas à Londres.

- Ils n'ont pas fait de difficultés ?

- Je leur ai expliqué que j'allais mieux et que je ne voulais plus partir.

- Tu leur as parlé de Kheda ?

- Oui. »

Le leur avouer lui en coûta, mais harcelé de questions, Draco avait dû avouer que le cobra le suivait partout et qu'il dormait même dans son lit. Ses supérieurs avaient manqué de s'étrangler l'apprenant, mais après une bonne heure de négociations, Draco parvint à obtenir leur accord. Cependant, cela avait été si difficile qu'il avait préféré ne pas en parler à Harry : autant tout oublier l'espace d'un week-end et en parler posément avec lui plus tard.

« Comment t'es au courant ?

- Paolo m'a attrapé au vol, ce matin. Je m'étais levé tôt pour m'occuper des serpents. Et puis j'ai été convoqué.

- Mais pourquoi ?!

- Parce que c'est suspect qu'on se voie autant. »

Draco mit quelques secondes à comprendre. Quand il saisit enfin où il voulait en venir, il fut pris entre la stupeur et une peur.

Pas un seul instant, il n'avait cru Harry coupable. Il l'avait menacé, pourtant, parce qu'il lui avait mal parlé, avant le vol du venin. Mais jamais il n'aurait pensé que le charmeur pourrait lui faire du mal, et pourtant, dans un accès de colère et de sadisme, il aurait pu lui envoyer ce serpent. Mais pour quoi ? Pour lui donner une leçon ? Pour le punir ? Pour…

Non.

Harry ne lui aurait jamais fait de mal. Ce n'était pas dans sa nature. Il était dangereux, il l'avait toujours été, mais il y avait quelque chose de trop bon en lui pour qu'il puisse faire du mal à quelqu'un.

« T'as rien fait. »

Le regard de Harry, qui se voulait neutre, était emprunt d'une intolérable attente. Il se mordilla la lèvre et Draco crut vraiment qu'il allait s'énerver ou se mettre en colère. Car si ce doute ne l'avait jamais effleuré, il le submergeait à présent, dans toute sa splendeur.

« Non, je n'ai rien fait. Tu me crois ?

- Oui.

- T'en as pas l'air.

- Cette possibilité ne m'avait pas effleuré.

- Pourquoi ?

- Parce que… t'es au-dessus de tout ça.

- Ouais. Je ne t'aurais jamais fait de mal. Jamais. Ni à toi, ni à personne.

- Je sais. »

Harry baissa son regard blessé, ses mains tripotant le tissu de sa chemise apparente sous sa blouse ouverte. Doucement, Draco posa ses mains sur les siennes.

« J'ai jamais douté de toi.

- Je sais. Mais tes supérieurs étaient là, aussi, et les entendre m'accuser, eux et Paolo, que peut-être je t'avais fait du mal… J'avais envie d'exploser. Mais j'aurais été suspecté, et tu serais peut-être parti. Et je veux pas que tu t'en ailles.

- Ils voient nos sorties d'un mauvais œil, je suppose. Difficile d'être discrets vu la situation.

- Oui. Mais si tu décides de me fréquenter malgré tout, personne ne peut t'en empêcher. Mais je voulais que tu saches, pour ce matin.

- Je suis étonné que mes supérieurs aient été…

- Ils ont été pris par surprise, vendredi, et je n'étais pas sur place. Et aujourd'hui, je ne suis pas au centre non plus, donc ils m'ont attrapé dès qu'ils ont pu. »

Doucement, le chercheur saisit son menton et releva son visage. A nouveau, Harry avait ce visage d'enfant buté qui, en d'autres circonstances, aurait pu être adorable.

« Il faut trouver le coupable. Notre relation ne sera pas normale tant qu'on ne l'aura pas trouvé.

- Je sais. Je vais le trouver. »

Draco déposa un baiser tendre sur sa bouche. Puis, il le prit dans ses bras en se disant que vivre une relation avec un tel homme n'était vraiment pas simple. Mais tout allait s'arranger, il en était certain. Le lendemain, ils passeraient la soirée ensemble, iraient dormir dans l'appartement de Harry et oublieraient tous leurs soucis dans les bras l'un de l'autre.

OoO

Quand Draco s'assit sur le lit de Théodore pour lire un peu, il entendit Kheda glisser sur les draps. Il était habitué à sa présence, à présent, et quand elle se hissa sur ses jambes croisées pour s'y rouler en boule, il la laissa faire.

Charmer un serpent revenait, au fil du temps à l'humaniser et à créer en lui sentiments qu'il n'aurait jamais pu éprouver dans la nature. Cela faisait déjà plusieurs années que le cobra noir suivit Harry partout dans son déplacement, et de façon vulgaire, on aurait pu la comparer à un animal de compagnie. Dans un langage plus professionnel, on la qualifiait davantage comme un familier. Elle était docile et peu agressive, même quand on la taquinait un peu trop.

Cette docilité, on ne la devait pas qu'à son caractère mais aussi aux crocs que Harry lui avait rendus. Ce dernier lui avait expliqué récemment qu'il était passé pour un vrai con. D'une part, on ne s'amourachait pas d'un animal domestiqué ou à l'agonie, mais en plus on ne lui faisait pas subir de traitement pour lui rendre ses crocs, à moins que l'espèce en vaille le coup. C'était long, douloureux et franchement inutile dans son cas.

Mais Harry n'était pas répondu pour agir avec ses méninges mais plutôt avec son cœur, et parce qu'il s'était attaché à ce cobra, il lui avait rendu ce qui lui appartenait. Et bien que Draco ne soit pas vraiment du genre à s'émouvoir, il trouvait malgré tout que c'était un beau geste, car dans l'attitude du cobra vis-à-vis de lui, il sentait toute l'affection qu'elle portait à son charmeur.

« T'es vraiment hallucinant…

- Je sais. »

Théodore passa devant lui, en pyjama. Il venait de sortir de la salle de bain et il rangeait ses affaires dans son placard, préparant celles du lendemain.

« Comment tu fais ? Quand je vois comment t'étais avant…

- Je sais que je ne risque rien.

- Pourquoi ?

- Elle est fidèle à Harry. On lui a arraché ses crocs et il les lui a rendus.

- Sérieux ?

- Ouais.

- Elle a une dette envers lui.

- C'est à peu près ça, oui. »

Son ami s'assit sur le lit de Sydney, juste en face de lui. Les filles avaient prévu de passer la soirée avec Pansy et Ashley : cette dernière accusait un petit coup de déprime à cause de son copain qui lui avait envoyé un courrier peu joyeux le matin même. Théodore regarda pensivement Kheda, puis il leva la tête vers Draco.

« Ca va durer encore longtemps ?

- J'en sais rien. »

Il lui avait raconté l'entrevue qu'il avait eu le vendredi soir et également la conversation avec Harry qui avait suivi le lundi suivant. Théodore avait alors levé les yeux au ciel, ne comprenant même pas qu'on ait pu le soupçonner. A ses yeux, Harry était trop intelligent pour être impliqué.

« Tu sais s'il a des soupçons ?

- Ouais, il en a, mais il ne veut pas m'en parler.

- Tu penses à qui, toi ?

- Honnêtement ? Je pense que Flavia est impliquée.

- Ah ouais ? »

Flavia Da Silva était le mouton noir du centre. A cause de ses capacités plus faibles que celles des autres charmeurs, elle était sous-estimée par tous, et plus d'une fois, elle était devenue la risée du centre. La seule manière pour elle de tirer son épingle du jeu était de prendre la tête du centre, mais c'était sans compter ses collègues et Melba Alegre.

« Quel serait son intérêt à rentrer dans un trafic ? Elle doit être clean pour remplacer son père.

- Si ça se trouve, elle a fait des conneries avant et elle n'a jamais réussi à s'en sortir. Parce qu'elle s'est crue plus intelligente que les autres, parce qu'elle pensait ne jamais intégrer le centre, parce qu'elle a accès à presque tous les venins… J'en sais rien. Y'a plein de possibilités, elle serait pas la première gosse de patron à profiter de son statut ou à essayer de nuire à son père par tous les moyens. Et aujourd'hui, c'est allé trop loin.

- Elle s'est fait mordre par le crotale.

- C'est la plus faible des cinq. Et c'est un serpent qui n'aurait jamais dû sortir de sa cage.

- C'est pas faux.

- T'es pas convaincu ?

- Je suis persuadé qu'elle est impliquée. Mais je réfléchis, parce que dans le fond, je ne comprends pas ce qu'elle pourrait y gagner.

- Moi non plus. »

Peut-être que ces suspicions étaient dues au mépris que Draco et Théodore éprouvaient pour la charmeuse, mais ayant évolués dans un monde ou de pareilles magouilles étaient monnaie courante, ils demeuraient persuadés qu'elle était coupable. Mais pas seule.

« Je pense que d'autres employés du centre sont impliqués, aussi. Elle ne peut pas avoir agi seule. Et toi, tu as des soupçons ?

- Oui. »

Théodore se tritura les doigts nerveusement. Il regarda la porte, comme pour vérifier qu'elle était bien fermée. Draco fronça les sourcils.

« Je pense savoir qui est derrière tout ça.

- Mais tu ne vas pas me le dire.

- Non.

- Je commence à être vexé, là.

- J'en suis pas sûr. Et je préfère éviter de dire des conneries. Et en plus tu changerais ton comportement vis-à-vis de ces personnes. Déjà que j'ai du mal à rester moi-même en leur présence, j'ai pas envie que tu changes toi aussi.

- T'en as parlé à Harry ? »

Draco était une personne qui ne supportait pas la trahison et il se connaissait assez pour savoir que ces personnes qui avaient programmées sa mort subiraient ses foudres si jamais il apprenait leur nom. Il avait failli y passer, et s'il parvenait à passer au-dessus de ça, il savait qu'il ne pourrait pas garder son calme en leur présence. Même si cela ne restait que des soupçons.

« Ouais, vendredi.

- Et il était d'accord avec toi ?

- Il n'a rien dit. Il m'a écouté, posé des questions, et c'est tout. C'est pour ça, si ça se trouve je me plante complètement.

- D'accord. Juste une question…

- Oui ?

- A ton avis, est-ce qu'un stagiaire est impliqué ? »

Théodore ne répondit pas tout de suite. Puis, il hocha lentement la tête, sans le lâcher des yeux. Une haine incommensurable monta en lui.

« Qui ?

- Je ne te dirai rien.

- Tu sais que je vais mal le prendre ?

- Je sais. Mais tu ne sauras rien.

- Suis-je donc si aveugle ?

- Honnêtement, je crois que je me plante. Mais il y a des choses qui, pour moi, ne sont pas anodines.

- La réunion où on a parlé de voler le venin, par exemple ?

- Et d'autres choses encore. »

Draco se demanda sérieusement s'il était si aveugle. Il pensa plutôt qu'il se méfiait tellement de tout le monde qu'en effet il ne voyait plus vraiment qui pourrait être une personne de confiance et qui pourrait le trahir à tout instant. Le lendemain soir, il devait dîner avec Harry et espérait que le brun serait un peu plus ouvert sur la question. Et qu'il lui dirait qu'il avait trouvé au moins un coupable.

OoO

Assis sur un banc, Draco regardait le soleil en train de se coucher. On pouvait difficilement qualifier ce coin d'herbe de parc tant il était petit, mais les enfants qui y jouaient devaient sans aucun doute le trouver immense. Harry était en train de faire une course dans une boutique non loin de là, et parce que Draco avait un peu mal aux jambes, il avait préféré se reposer un peu. D'autant plus que c'était une boutique un peu louche et Harry ne voulait pas qu'il y entre.

Cette ville allait lui manquer. Pourtant, Draco n'y avait pas passé beaucoup de temps, mais elle était plein de souvenirs, entre ses rendez-vous avec Harry, ses balades avec ses amis et le carnaval de Rio qui les avait laissés amorphes le lundi matin.

Objectivement, Draco se voyait bien vivre là. Peut-être pas toute sa vie, mais ce renouveau, cette liberté que lui offrirait une ville comme Rio le séduisaient. Cela lui permettrait de s'aérer l'esprit, de voir les choses autrement, et de s'extirper de ses habitudes, de son mal-être, de la sombre présence de sa mère. Mais encore faudrait-il qu'il trouve un emploi sur place, et ça, c'était une toute autre affaire. Mais peut-être chercherait-il effectivement du travail sur place. Si Harry le lui demandait.

Car lui ne quitterait jamais le centre et Draco avait beau tenir à leur relation, il ne se voyait pas lui imposer sa présence si le charmeur préférait qu'ils s'arrêtent à la fin de son stage. Le blond accepterait sa décision sans chercher à négocier, pour la seule et unique raison qu'ils avaient un océan entre eux, et que vu leurs activités professionnelles, il leur faudrait croire en un avenir commun pour que l'un des deux déménage. Draco était prêt à se déplacer, ce stage à l'étranger semblait lui avoir donné des ailes. Mais le faire sans Harry l'attendant à la zone de transplanage, cela n'aurait aucun intérêt.

Il en avait vaguement parlé la veille avec Esperanza. Cette dernière avait évoqué leur retour et Draco lui avait avoué qu'il était bien tenté par une de ces offres de travail à l'étranger proposées par Ste Mangouste. Sa collègue avait froncé les sourcils en lui demandant si cela avait un rapport avec Harry, le blond n'avait pu qu'approuver. Il souhaitait que leur relation perdure, et pour cela, il lui faudrait déménager et trouver un nouveau travail. Et dans le cas où le charmeur ne voudrait plus de lui, Draco se disait que partir dans un pays européen pour changer d'air lui ferait le plus grand bien.

Esperanza n'avait pas compris. Qu'il veuille quitter le pays, elle pouvait le concevoir, elle l'avait fait elle-même au cours de ses études. Cependant, qu'il soit prêt à tout quitter pour un homme, ça la dépassait complètement. Il n'avait jamais été suffisamment intéressé par un homme pour le faire passer avant son travail. A un moment donné, elle lui avait reproché de se comporter comme une parfaite midinette.

Lui dire que Harry était un prétexte pour aller de l'avant lui avait paru trop intime.

Alors il l'avait gardé pour lui, encaissant ses remarques désobligeantes, qui dans le fond étaient parfaitement fondées.

Soudain, deux mains se posèrent sur ses yeux et Draco sursauta.

« C'est qui ?

- Un charmeur de cinq ans d'âge mental. »

Harry rigola contre son cou, puis il y déposa un bref baiser. Il retira ses mains et Draco se leva. Ensemble, ils quittèrent le parc et gagnèrent les rues plus animées de la ville. Harry lui parla un peu de son rendez-vous, se plaignant de ces revendeurs de camelote qui sévissaient à tous les coins de rue. Sa main dans la sienne, Draco l'écoutait d'une oreille attentive, tout en le guidant vers un restaurant qu'il appréciait de plus en plus. C'était agréable de reconnaître les rues, de savoir s'orienter, où aller…

« Au fait, on va où, là ?

- Dîner ?

- Déjà ? Il est encore tôt !

- J'ai rien mangé cette après-midi, je commence à avoir faim.

- Qu'est-ce que tu as envie de faire, ce soir ?

- J'adore quand sautes du coq à l'âne.

- Ca te dit d'aller en boite ?

- On n'est pas vraiment fringué pour aller en boite…

- Il y a une fête ce soir sur la plage. C'est une de mes connaissances qui l'organise. Il n'y aura que des hommes.

- J'ai aucun problème avec les hétéros, tu sais, j'assume mon homosexualité et je m'en fous de ce qu'on pense de moi.

- C'est rafraichissant, un mec qui assume. »

Et soudain, Harry se posta devant. Draco manqua de lui rentrer dedans, mais son petit ami se cramponna à sa taille. Après s'être plaint d'avoir failli tomber, le chercheur passa ses bras autour de ses épaules, l'attirant à lui, et surtout baissant son visage pour l'embrasser.

Soudain, ils entendirent une sonnerie. Aussitôt, Harry recula sa tête et fouilla dans sa poche pour en sortir son téléphone portable. Descendant ses bras autour de sa taille, Draco fronça les sourcils, l'interrogeant du regard. Mais le brun décrocha sans lui dire un mot, un sourire naissant au coin de ses lèvres.

« Allô ? … Oui ? … Ah oui ? »

Un large sourire naquit sur ses lèvres.

« J'arrive tout de suite. »

Un sourire presque… inquiétant. Et le regard qu'il leva sur lui avait quelque chose de…

Sadique.

« On rentre au centre. »

Et quelques secondes plus tard, ils disparurent.

OoO

Le centre était en effervescence. Draco le sentit à peine arrivé sur les lieux : ça courrait de partout, et quand ils furent accostés par deux chercheurs censés venir les récupérer à l'entrée de la zone de transplanage, il lut la panique sur leurs traits. Le charmeur, lui, demeurait calme et serein, comme si toute cette agitation ne l'atteignait pas, alors que visiblement il en était l'origine. Car Draco n'était pas assez stupide pour croire que cet appel et leur retour était anodin.

Ensemble, ils se dirigèrent vers les laboratoires des charmeurs. Draco s'était attendu à ce que Harry le vire à un moment donné, mais le brun n'en fit rien. Le cœur battant la chamade, il n'osait croire que son calvaire était en train de prendre fin. Il ne savait pas du tout ce qui était en train de se passer mais priait pour que tout s'arrête. Et vu le léger sourire de Harry, si sûr de lui et si calme, les choses ne pouvaient qu'avancer.

Ils entrèrent dans le laboratoire de Mody. Draco fut stupéfait à la fois par la taille de la pièce et le nombre de personnes qui s'y trouvaient. Paolo Da Silva et Melba entouraient Flavia et Demetrius, tous deux assis sur des chaises et l'air mal au point. Ils avaient le teint pâle, les mains tremblantes et semblaient à deux doigts de vomir. Mody et Nabil étaient là, également, ainsi que Théodore, Sydney et Ashley, et d'autres collègues du centre.

Largué, Draco se demanda ce qui se passait. Le regard de désespoir que leur lança Flavia et Demetrius le retournèrent, alors que les larmes perlaient aux coins des yeux de la charmeuse. Mais le premier à parler, ce ne furent pas ces deux-là, mais un Paolo hors de lui.

« Harry, te voilà enfin ! C'est une catastrophe !

- Que se passe-t-il ?

- Mody, tu ne lui as pas expliqué ?!

- Il m'a juste dit de venir. »

Les mains tremblantes et le corps agité, le directeur lui cracha quasiment au visage que l'Angale des sables s'était enfui de sa cage. Stupéfait, Draco se rapprocha de ses amis, pâles comme des linges. Alors que le directeur hurlait qu'il était inadmissible que cette chose ait pu sortir de son vivarium et qu'en plus son laboratoire soit resté ouvert alors qu'il n'était plus au centre, Draco leur demanda des explications.

Théodore lui expliqua alors que lui, Sydney et Pansy avaient croisés dans un couloir Flavia et Demetrius en courir comme des dératés, hurlant le prénom de Harry comme des fous. Ils avaient essayé de les calmer, en vain, et ce ne fut qu'une fois dans le laboratoire de Mody qu'on parvint à savoir ce qui leur était arrivé : l'Angale des sables les avait mordus à la cheville.

Les collègues que leurs hurlements avaient ameutés étaient allés chercher le directeur et son adjointe. Ils avariant eu l'ordre d'avertir tout le monde que le cobra était en liberté, d'où l'effervescence du centre. Mody travaillant encore à ce moment-là, il avait accueilli tout le monde dans son laboratoire, vu que c'était auprès de lui que Théodore avait eu l'idée d'emmener les deux victimes. Nabil, lui, était arrivé quelques minutes plus tôt, appelé en urgence par son collègue. Satsuki demeurait injoignable, elle avait prévu de sortir ce soir-là et peut-être avait-elle oublié son téléphone, pourtant obligatoire pour toute sortie hors du centre.

« Mais pourquoi les avoir emmenés ici ? Pourquoi est-ce qu'ils cherchaient Harry ? L'antidote…

- Les antidotes ont disparu de la réserve. Et Mody n'a pas les clés des placards de Harry, lui il a forcément de quoi se soigner. »

Parce qu'en plus des antidotes avaient disparu ?! Il ne manquait plus que ça, se dit-il en passant une main nerveuse dans ses cheveux. Par Merlin, mais que serait-il passé si un truc pareil était arrivé quand le crotale l'avait mordu ?! Et lui qui croyait Flavia coupable… C'était la deuxième fois qu'elle se faisait mordre par un serpent dangereux en même pas un mois, et pas des moindres, en plus…

Mais qu'est-ce que Demetrius faisait là ?

« Et donc vous n'arrivez pas à mettre la main sur les flacons d'antidote.

- Putain Potter, tu ne vois pas qu'on va crever ?! »

La voix paniquée de Flavia rugit dans la pièce alors que les larmes dévalaient ses joues. Les mains crispées sur ses genoux, elle semblait à deux doigts d'exploser, tout comme son père d'ailleurs qui faisait les cent pas, incapable de rester en place.

« Ca va faire une heure qu'on a été mordus ! File-nous ce putain d'antidote ! T'es déjà un criminel, ce putain de serpent n'a rien à faire hors de sa cage !

- Vous avez réussi à récupérer Vasha ?

- On s'en fout de cette saloperie, soigne-nous bordel !

- Harry, je t'ordonne d'aller chercher cet antidote ! »

Paolo semblait sur le point d'exploser. A son oreille, Théodore lui glissa que le charmeur paraissait étrangement calme, et à vrai dire, Draco en était complètement choqué. Demetrius et Flavia venaient de se faire mordre, cela faisait même une heure, et en sachant que ce venin paralysait le corps et dissolvait les vaisseaux sanguins, il y avait de quoi s'activer. Mais Harry demeurait calme, comme si cette affaire ne le concernait absolument pas.

Depuis quand Harry était-il si cruel ? Que cachait-il ? Et pourquoi les autres charmeurs ne bronchaient-ils pas ?

« Où étiez-vous quand il vous a mordus ?

- Putain mais tu cherches quoi, là, sérieux ?!

- Vous étiez du côté du potager ? »

Le silence se fit dans la pièce. Les bras croisés sur son torse, il toisait les deux personnes qui le regardaient des yeux écarquillés. Paolo semblait au bord de la syncope, alors que Melba, adossée à une armoire, scrutait le visage du charmeur.

« Ou bien de cet endroit rempli de mauvaise herbes, près des cuisines ? »

Personne ne répondit. C'était un peu comme si, soudain, les deux victimes se retrouvaient prises au piège. Un piège où ils étaient entrés consciemment.

Et Demetrius, le teint affreusement pâle, ne disait toujours rien.

« J'attends une réponse.

- Je ne vois pas de quoi tu veux parler.

- Oh, je pense que si. C'est à ces deux endroits que les fioles étaient cachées. »

Cette fois-ci, Harry perdit son air relativement aimable. Et à vrai dire, plus personne dans la pièce semblait avoir envie de dire quoi que ce soit.

Il avait donc retrouvé le venin, et visiblement, ça ne datait pas de la veille. Draco n'aurait su dire comment il avait fait, mais le fait est qu'il avait déjà résolu une partie du problème depuis longtemps.

« Tu le sais, Flavia, je suis d'un naturel méfiant. Je ne fais confiance à personne. Et ce n'est pas parce que j'ai soupçonné Draco que je ne vous ai pas surveillés, tous autant que vous êtes. Cependant, j'avoue que je ne sais pas qui a enterré ces fioles ni même quand vous l'avez fait. Mais ce que je sais, c'est que tu n'es pas très aimée de tes familiers… »

Le visage de Flavia parut pâlir encore plus. Les yeux révulsés et les larmes coulant toujours sur ses joues, elle se bouffait les lèvres, les doigts nerveux triturant le tissu de sa blouse.

« C'est l'un d'eux qui t'a dénoncé. Apparemment, tu as tendance à ne pas être très… délicate, avec eux. Et ils étaient persuadés que c'était à cause de toi que le crotale était mort de cette manière. Je sais que ce n'est pas le cas. Et je sais que ce n'est pas toi qui l'as tué. »

Paolo s'assit sur une chaise, s'effondrant à moitié dessus. Il paraissait dévasté, mais certainement pas autant que sa fille unique.

« Je ne pense pas non plus que tu sois la voleuse de venin. Il n'y avait plus aucun serpent dans le couloir au moment du vol. Tu aurais pu le faire mais je crois que je te fais trop peur. Sinon, tu aurais déjà dérobé d'autres venins qui m'ont appartenu.

- Je n'ai rien volé.

- Bien sûr que si. Tu ne t'es jamais caché devant tes serpents et j'ai fouillé dans tes affaires. Je suis passé aujourd'hui dans la boutique d'un certain Fabio Sales et apparemment tu serais son principal fournisseur. Entre la fermeture de son échoppe et sa pseudo fidélité, il choisira son échoppe. Et il n'est pas le seul revendeur que j'ai visité.

- Mais pourquoi tu as fait ça ? »

La voix du directeur était vibrante de désespoir. Flavia baissa les yeux et son visage s'assombrit. Elle ne semblait pas prête à parler, et si son silence lui avait permis de se protéger au début, les preuves que Harry avançait lui donnaient la valeur d'un consentement.

« On peut supposer que ça ne date pas d'hier, et si elle a continué, c'est parce qu'elle n'avait pas le choix.

- Et pour prouver que j'étais impliquée dans ce vol, tu as osé placer une saloperie de cobra là où sont enterrées les fioles ?

- Oui. »

Aussitôt, un vent de prestations balaya la pièce. L'acte de Harry, sans doute aussi grave que les vols répétés de sa collègue, réveillèrent l'assemblée. Aussitôt, Paolo rugit comme un lion, scandalisé à la fois par la témérité de Harry, la dangerosité de cet animal en liberté dans le centre et l'agression programmée envers sa collègue. Mais le charmeur fit la sourde oreille, même quand Paolo qui hurla que personne, ici, n'avait le droit d'empoisonner qui que ce soit, que personne ne possédait le moindre pouvoir sur la vie d'une tierce personne.

Draco fut emporté par ce raz-de-marée, où Paolo hurlait et où ses trois collègues stagiaires parlaient d'une voix choquée. Il ne comprenait pas. Le Harry qu'il connaissait n'était pas aussi cruel, mais celui qui se cachait au fond de lui, dans des recoins qu'il n'avait pas encore eu le temps d'explorer, sans doute l'était-il. Mais jamais il n'aurait pensé qu'il utiliserait un tel moyen, un tel serpent pour révéler leur culpabilité. Et fait étonnant, ni Melba, ni Mody, ni Nabil ne desserrèrent les lèvres, le regard fixé sur le charmeur. Aucune émotion ne transparaissait sur leur visage.

Avaient-ils donc si peu de pitié ?

« Va chercher l'antidote, tout de suite !

- Non, je n'ai pas terminé.

- Le temps presse, j'en ai assez de tes conneries ! Tu n'avais pas le droit de faire ça !

- Tout ce que tu fais, Paolo, c'est de faire perdre quelques précieuses minutes à ta chère enfant. »

Le directeur eut du mal à reprendre un minimum de calme. Les yeux humides, il était sonné, complètement perdu, et cette trahison ainsi révélée semblait lui faire un mal de chien. Il s'effondra à nouveau sur sa chaise, comme au bord du gouffre.

« Je n'ai pas terminé. Vous ferez un scandale après.

- Mais…

- Flavia est impliquée mais ce n'est pas elle qui a charmé ce crotale et ce n'est pas elle non plus qui a volé ce venin. Cependant, c'est elle qui était chargée de revendre ce venin, et à prix d'or. J'ai même retrouvé son futur acheteur qui lui a déjà versé une belle avance. Quant à Demetrius, qui se tait depuis tout à l'heure, je doute fort qu'il soit impliqué directement. Je pense plutôt qu'il a été entraîné dans l'affaire et qu'il servait d'alibi.

- Tu es en train de dire qu'on a affaire à un réseau ? »

Pour la première fois depuis leur arrivée, Melba venait de prendre la parole. Le visage fermé et ses yeux perçants toujours rivés sur le charmeur, elle semblait porter bien peu de cas aux deux victimes, pour qui les minutes tournaient.

« Oui. Je compte au total six personnes. Mais je manque de preuves pour certains. Vesha attend depuis plusieurs jours à côté de ces zones, elle avait pour ordre de mordre uniquement les personnes essayant de déterrer les fioles. Je compte donc sur Flavia pour nous livrer les derniers noms.

- Je ne dirai rien. »

Le regard halluciné de Demetrius fut très révélateur sur sa manière d'envisager la suite de l'interrogatoire. Mais le regard que lui lança la charmeuse l'empêcha de poursuivre. Ashley lui chuchota qu'il ne voyait pas comment Flavia le tenait, Pansy venait de lui dire qu'il n'avait jamais découché, il ne pouvait pas être son amant. Dans le cas contraire, Mickael n'aurait pas manqué de le lui dire, c'était une vraie commère, il ne savait pas garder un secret.

« Je ne dirai rien de plus.

- Ah oui ?

- Oui. Tu peux toujours aller te faire foutre. Maintenant, soigne-moi, tu aggraves ton cas. »

Harry poussa un soupir à fendre l'âme, et chose étrange, il ne fut pas le seul dans la pièce : Melba se prit la tête dans une main, comme si Flavia venait de sortir une énormité.

« Flavia, écoute-moi bien. »

Harry prit une grande inspiration et la regarda comme il l'aurait fait d'un enfant.

« Tu n'as jamais vraiment fait partie de cette équipe. Non seulement ton niveau laisse à désirer mais en plus tu es imbue de toi-même et incapable de produire un travail d'équipe correct. Ce qui fait qu'au final, on ne se connait pas tant que ça.

- C'est pas vrai, Harry. Je te connais bien plus que tu ne le crois.

- Je ne crois pas. Parce que si tu me connaissais vraiment, tu saurais que je ne serais pas assez cruel pour demander à un serpent de te mordre et de t'injecter du venin. »

Le silence tomba dans la pièce. Des larmes, de trahison, de colère, de soulagement, coulèrent sur les joues pâles de Flavia, alors que Demetrius se prenait la tête dans les mains, son corps commençant doucement à se détendre.

« Si tu étais une bonne charmeuse, tu saurais qu'au bout d'une heure, tes membres devraient déjà être engourdis et tu aurais du mal à rester droite sur ta chaise. Tu es plus résistante au poison que le commun des mortels mais tu devrais déjà sentir les premiers effets du venin, si vraiment Vasha te les avait injectés. De plus, si tu me connaissais assez, tu saurais que je suis capable de maîtriser un cobra tel que celui-là et que jamais je ne prendrai plaisir à faire du mal à qui que ce soit. Je ne suis pas un amateur et je sais ce que je fais. T'as vraiment été conne, Flavia. Mais ça, ça ne m'étonne pas vraiment. Cependant, si toi je t'ai épargnée… »

La tête de Harry se baissa un peu et le regard qu'il lui lança, par en-dessous, fut sombre, presque mauvais.

« Ce n'est pas le cas de tes deux autres collègues. »

La brésilienne inspira fortement, les dents serrées.

« Vu comment est mort ce crotale, j'estime qu'elles peuvent souffrir un peu. »

La tension était à son comble et Flavia semblait à deux doigts de craquer. Un rapide coup d'œil à deux autres charmeurs en présence lui fit comprendre que Mody était dans la combine et que Nabil était… scandalisé.

« T'as pas fait ça.

- Pourquoi pas ?

- Tu peux pas…

- Elle te manipule depuis des années, je suppose. Qu'est-ce qu'elle t'a promis ? Le poste de directrice ? Parce que c'est à nous, charmeurs, de le voter, et que moi et Mody on se fiche bien de qui est à la tête du centre, du moment qu'on nous laisse tranquille ?

- Je…

- C'était quoi, le deal ? Tu couvres ses activités et ses magouilles, et elle te soutient pour ce putain de poste que t'aura peut-être jamais ?

- Attends, Harry ! Tu veux dire que…

- Ca fait déjà deux heures que Satsuki a été mordue. Le temps presse, Flavia. »

Nabil regardait tour à tour Harry et Flavia, comme s'il ne savait plus qui ou quoi croire. Mody, lui, demeurait imperturbable, le regard vissé sur la charmeuse. Personne ne pipa mot, mais au bout d'un moment, Melba éleva la voix.

« Pourquoi Satsuki ?

- Depuis que Draco a été mordu, j'ai retourné tout le Brésil pour trouver les boutiques qu'elle fournit et elle participe à un trafic assez conséquent depuis deux ans. Cependant, elle n'a pas accès à certains venins de qualité, et parce que Flavia est impliquée depuis des années dans un trafic dont elle n'a jamais réussi à s'extirper…

- Pourquoi l'as-tu soupçonnée ?

- A cause de la scène qu'elle a faite après l'accident de Théodore. J'ai trouvé son attitude envers Flavia très bizarre, j'ai compris que quelque chose avait vraiment changé entre elles. Satsuki semblait vouloir se débarrasser de Flavia, elle l'a quasiment forcée à ramper à ses pieds pour regagner sa confiance. De plus, le crotale a mordu Flavia, et vu qu'elle n'était pas loin, je suppose que le serpent a mal été dressé et qu'il a agi dans la précipitation. Ou alors elle n'était pas au courant de ce qui allait se passer. J'ai tendance à pencher pour la première option. »

Draco avait envie de vomir. Appuyé contre un plan de travail, il hésitait à s'y assoir, tant ses jambes se faisaient molles au fil des minutes. Son cœur battait la chamade alors que la colère et le dégoût lui brouillaient la vue. Il avait envie de se lever, de les étrangler, tous, et de se barrer de ce centre de fous.

C'était donc Satsuki qui était à la tête de tout ça. Elle qui avait tant aidé Théodore, qui avait pris leur défense… Etait-ce pour se forger une image positive, pour éviter qu'on ne la soupçonne ? Théodore, à côté de lui, semblait le penser. Apparemment, elle lui avait mis la puce à l'oreille et il avait eu beaucoup de mal à la suspecter devant Harry. Cela paraissait presque trop improbable. Mais en se cachant derrière Flavia, tout devenait beaucoup plus simple.

« Enfin, Nabil et Satsuki auraient pu charmer ce crotale. Mais il est trop habitué à ce style de serpents, le crotale n'aurait pas agi avec autant de précipitation si c'avait été lui. Et il ne l'aurait jamais tué de cette façon.

- Et qui est la deuxième personne ?

- Sa cousine. »

Soudain, Draco sentit deux bras passer dans son dos alors que ses jambes manquaient de le lâcher, alors que Flavia s'étranglait avec sa salive. Il sentit Théodore et Sydney le pousser discrètement en arrière pour qu'il s'assoie sur le plan de travail. Mais là, il voulait juste sortir. Il étouffait et entendait à peine les voix autour de lui. C'était trop pour lui, beaucoup trop.

Elle n'avait pas le droit.

Pas elle…

« Je me suis rendu compte en faisant les inventaires que beaucoup de venins avaient disparu depuis l'arrivée des stagiaires. J'ai placé des sortilèges sur l'entrée mais rien n'a empêché les vols. J'en ai donc conclu que soit c'était quelqu'un du service, donc potentiellement Flavia, soit quelqu'un ayant accès à la réserve, d'une manière ou d'une autre. J'ai remarqué les allées et venues un peu étrange de deux chercheurs accompagné d'une autre qui faisait systématiquement le guet. Je n'ai pas de vraies preuves à fournir. Mais je compte sur Flavia pour dénoncer ces deux personnes et sa charmante cousine, qui a bien su jouer de ses pseudos difficultés à composer ses antidotes pour voler ce venin dans mon bureau. »

Draco entendit vaguement la voix de Pansy qui disait à Théodore que Demetrius était sorti quelques temps avec Esperanza, mais que ça n'avait pas tenu. Tout le reste devint un fond sonore plutôt confus. Il y avait les voix de Harry, de Melba et même de Flavia, à un moment. Il entendit Mody, puis Nabil, Paolo…

Il entendit Flavia avouer. Elle avoua tout, sans concessions. Tout ce que Harry disait était vrai. Ce fut la seule chose qu'il retint de cette conversation un peu trop longue à son goût.

Et puis, enfin, Harry prit la parole comme pour clore le débat, après que Flavia l'ait supplié d'aller sauver sa cousine et Satsuki.

« J'ai empoisonné personne. Elles se sont fait avoir avant vous, je les ai emmenées dans le labo' de Satsuki et je les ai enfermées dedans. Avec un sortilège de silence, j'avais plus qu'à attendre qu'elles craquent ou que vous preniez aussi votre flacon. T'as été conne jusqu'au bout, Flavia. »

Puis Harry quitta la pièce. Melba sauta sur ses pieds et Mody les suivit dehors. Sans doute allaient-ils rendre une petite visite à la charmeuse et Esperanza.

La journée était loin d'être terminée.

OoO

Accoudé à la rambarde du balcon, Draco regardait depuis quelques minutes la rue en contrebas. L'appartement se situait dans un quartier plutôt agréable et à l'écart de l'agitation, sans pour autant être très éloigné du centre ville. En dépit de sa modeste superficie, le loyer ne devait pas être donné. Mais vu son salaire et son héritage, Harry pouvait se le permettre. Draco ne savait pas vraiment s'il avait choisi quelque chose d'aussi petit par modestie ou parce qu'il déménageait souvent.

Plus les jours passaient et plus Draco se disaient qu'ils pourraient vraiment s'installer dans cette ville. Quasiment tous les soirs, l'air de rien, Harry lui donnait des petits cours de portugais tout en préparant leur dîner, s'amusant de sa prononciation approximative et de sa manie typiquement anglaise de ne pas conjuguer correctement les verbes. Depuis, Draco comprenait un peu mieux ce qui se disait autour de lui et arrivait aussi à d'exprimer plus facilement, même si le langage des signes restait son mode de communication principal.

C'allait lui manquer. Dans une semaine, il allait retrouver Londres, sa fraicheur, ses brumeux… Son appartement, aussi, Ste Mangouste, son train-train quotidien… Dire qu'il avait fallu plus de deux mois pour qu'il se sente bien dans ce pays qu'il ne connaissait pourtant quasiment pas. Et le moins qu'on puisse dire, c'était qu'il n'avait vraiment pas envie de s'en aller.

« Draco ? T'es où ? »

Il fallait dire aussi qu'il ne dormait plus au centre depuis pas mal de temps. Depuis le démantèlement du réseau de Satsuki, en fait. Le soir même, allongé sur son lit, il s'était enfermé dans son mutisme, refusant de répondre à Théodore qui tentait tant bien que mal de remonter le moral d'une Sydney dévastée. Le lendemain, après une journée épouvantable où ils avaient tous subis interrogatoires sur interrogatoires, Harry l'avait attrapé puis emmené dans son appartement. Ils s'étaient engueulés, Draco avait vidé son sac, et puis il s'était endormi dans ses bras. Le lendemain, il allait mieux, et Harry répondit à toutes ses questions.

« Sur le balcon. »

Plus qu'une perte financière, ce trafic est une grave atteinte à l'image du centre. Les charmeurs étaient tous tenus de passer par le centre pour vendre leurs venins. Ils pouvaient travailler en temps qu'indépendant mai sil était bien difficile d'avoir accès à tant d'espèces de serpents différentes qu'un établissement de recherche mettait à leur disposition. C'était également plus sécurisé, à différents niveaux.

Les venins qui circulaient dans le centre avaient des degrés d'importance assez divers pour les charmeurs, mais pour les revendeurs et potionistes, ils étaient tous aussi précieux les uns que les autres. Le trafic que Satsuki menait en douce dans le centre depuis quelques temps en utilisant Flavia pour ne pas se salir les mains était dû à de grosses difficultés financières dont elle ne parvenait pas à s'extraire. Et parce que la brésilienne craignait que son père l'apprenne, et parce qu'elle n'avait jamais réussi à arrêter ses activités débutées à une époque où elle n'était qu'une charmeuse de bas étage.

Son cousin, qui l'avait fait entrer dans le réseau, avait recruté leur lointaine cousine Esperanza avec qui Flavia entretenait une grande amitié. Sa venue au cours d'un stage lui permettrait d'éviter les allers-retours parfois délicats d'un pays à l'autre, personne ne la fouillerait de façon poussée au moment de son départ, aux douanes. L'occasion était trop belle. Et pour avoir un alibi, l'espagnole avait mis son ex, Demetrius, dans le coup, sachant qu'il ne lui refuserait rien. S'il avait demandé, sur le ton de la rigolade, à Draco de voler le venin d'Angale, c'était simplement pour éviter de s'impliquer dans l'affaire.

Satsuki avait tout organisé. La seule chose qu'elle n'avait pas su gérer correctement, ce fut le charme de l'Angale. Ca s'était mal passé et le serpent s'était complètement braqué avec elle. Quand il était passé aux mains de Harry, ce fut la catastrophe, en quelque sorte, car il avait la fâcheuse tendance à ne pas mettre ses venins dans la réserve commune dans la journée du prélèvement, surtout quand ils étaient payés. Et pour le coup, la liste d'attente de venin d'Angale était longue. Et pour éviter les soupçons, il avait fallu envoyer Esperanza dérober les fioles et les cacher.

Enfin, Harry lui expliqua que le crotale ne devait pas le tuer mais le faire démissionner. Mal dressé, il avait agi beaucoup trop tôt, pressé qu'il était de remplir sa mission pour obtenir la liberté que Satsuki lui avait promise. Draco aurait dû se faire mordre dans son laboratoire à une heure précise et Esperanza serait revenue une heure plus tard, et à cause du choc, le chercheur aurait démissionné et donc fait diversion. Cependant, rien ne s'était passé comme prévu et Flavia s'était fait mordre. De colère, la japonaise avait éclaté la tête du serpent contre le mur. Acte impardonnable pour Harry et ses collègues charmeurs.

« Qu'est-ce que tu fais ? »

Il lui avait fallu plusieurs jours pour encaisser ces révélations. Esperanza avait été arrêtée, comme ses complices, et Draco n'avait pas pu lui parler. Il ne savait pas vraiment s'il en aurait eu envie, mais cette absence d'explications lui faisait mal malgré tout. Elle était au courant de tout et avait joué double jeu avec lui. En fait, leur amitié n'avait rien de sensationnelle, mais cela faisait plusieurs années qu'Esperanza faisait partie de sa vie, aussi bien dans le milieu professionnel que personnel. Ils se suivaient, s'étaient entraidés et soutenus, et savoir qu'elle faisait partie depuis son arrivée en Angleterre de ce trafic… Elle les avait trahis.

Les avait-elle laissées le faire mordre par stratégie, pour le punir d'en avoir aimé un autre sous ses yeux ?

Au cours de l'interrogatoire, elle avait dit, à contrecœur, qu'elle n'avait pas approuvé l'attaquer de Draco, mais vu l'évolution de sa relation avec Harry, il était le coupable idéal. Au bout d'un moment, elle avoua même qu'elle éprouvait une sévère rancune envers lui depuis presque un an, elle n'avait eu aucune raison de le protéger. Ecœuré, Draco lui expliqua que l'an passé, il avait refusé de la couvrir quant à une erreur de manipulation qu'elle avait faite et qu'en plus il avait débuté une relation très sérieuse avec un gars de son service dont elle venait de se séparer. Bisexuel, il était sorti avec l'une pour tenter sa chance avec l'autre, et bien évidemment, Esperanza l'avait mal vécu.

Mettre ses échecs sur le dos de l'autre était bien trop facile, pensait Draco qui ne lui avait jamais rien demandé. Mais il préférait ne plus y penser et la rayer définitivement de sa vie. De toute façon, penser à elle ne lui apporterait strictement rien, donc autant l'oublier.

« Rien de spécial. Pourquoi ? »

A peine posa-t-il sa question que deux bras s'enroulèrent autour de sa taille. Chaque soir, ils quittaient ensemble le centre, se baladaient un peu ou regardaient la télévision, puis ils se couchaient. Parfois, ils faisaient l'amour, et d'autres fois, ils se contentaient de dormir sagement, savourant la présence de l'autre comme seul un couple peut le faire. Leurs absences répétées n'avaient pas été beaucoup relevées, et de toute manière, ils s'en fichaient éperdument.

Draco eut un sourire en le sentant l'embrasser entre les omoplates, à travers sa chemise. Ce n'était pas vraiment son genre de sortir avec des mecs aussi mignons que lui et si plein d'attentions, sans doute parce qu'il y voyait une sorte de faiblesse dont il se serait bien passé. Mais dans les bras de Harry, elle semblait plus facile à accepter et à vivre.

« Tu sais que si on continue à traîner, on va être en retard ? »

Le blond haussa les épaules alors que son petit ami s'accoudait à côté de lui, regardant à son tour la rue. Ils restèrent silencieux quelques secondes, le soleil levant caressant leur visage. Puis, Harry prit la parole.

« Tu rentreras sans moi demain soir, j'ai demandé à Pedro de te faire transplaner.

- Ah bon ? Pourquoi ?

- Je suis convoqué à la confrérie des charmeurs de serpents. Avec ce qui s'est passé, Paolo risque d'être démis de ses fonctions.

- Comment ça ? Il n'est pas impliqué dans le trafic ! »

Las, Harry lui expliqua en quelques mots que les actes de Flavia et Satsuki, qu'il n'avait jamais interceptés, faisaient beaucoup de mal à la réputation du centre. De pareilles magouilles ne pouvaient rester impunies, et depuis le temps que la gestion de Paolo laissait à désirer, la congrégation souhaitait y mettre un terme.

« Qui le remplacerait ? Quelqu'un de sa famille ?

- Je ne sais pas. Je ne pense pas. On va essayer de faire nommer Melba au poste de directrice. Ce sera compliqué, mais ça vaut la peine d'essayer.

- D'accord. Tu risques de rentrer tard, alors.

- Oui. Je suis dégoûté, mais si je n'y vais pas, ça fera mauvais genre.

- Je t'attendrai.

- T'es gentil, mais il n'empêche qu'il ne te reste plus qu'une semaine et je n'ai pas envie de perdre mes soirées avec ces histoires.

- Le temps passe vite.

- Beaucoup trop. Tu reviendras, de temps en temps ?

- T'en as envie ? »

Le blond chercha son regard. Ils n'en avaient encore jamais parlé, un peu comme si son départ était devenu un sujet tabou. Et pourtant, dans ses yeux verts, Draco vit bien que ses attentes étaient réciproques.

« Ouais. J'aimerais qu'on continue. Même si ça risque d'être compliqué…

- Moi aussi, j'ai envie de continuer.

- Mais pour ça, il faudrait que… »

Harry fut coupé par le courrier que Draco sortit de la poche de son pantalon. Délicatement, le charmeur déplia la lettre un peu trop malmenée, en sortit le courrier et le lut. Ses sourcils s'arquèrent et un sourire naquit sur ses lèvres. Enfin, il leva les yeux vers lui.

« Quand est-ce que tu as reçu ça ?

- Ce matin. Melba m'a dit qu'elle leur avait envoyé un courrier, je ne pensais pas qu'ils retiendraient ma candidature.

- J'en reviens pas que tu l'aies envoyée si vite… »

C'était comme une bouteille à la mer. Draco n'aurait jamais cru qu'une de ses candidatures serait validée par un prestigieux centre de recherche basé à Sao Paulo. Au détour d'un couloir, Melba l'avait intercepté pour lui parler de cette offre d'emploi à laquelle Draco avait postulé. Apparemment, les recruteurs avaient tiqué en voyant que le blond travaillait en temps que stagiaire au centre Da Silva. En plein milieu du couloir, la directrice adjointe lui avait fait passer un mini entretien d'embauche, et après presque une demi-heure d'interrogatoire, elle lui avait promis qu'elle leur enverrait une recommandation. Draco n'avait pas osé y croire.

« J'ai pris les devants. Je me suis dit que ça me ferait du bien de changer d'air.

- Tu ne vas pas le regretter ?

- Si tu m'attends, je ne le regretterai pas. »

Le blond récupéra le courrier, le remit dans son enveloppe puis la rangea dans sa poche. Puis, il regarda à nouveau son petit ami. Son visage si serein faisait plaisir à voir.

« Tu m'attendras ?

- Oui. »

Toujours accoudé à la rambarde, Harry lui attrapa la main et noua leurs doigts.

« Et toi, tu m'attendras aussi ?

- Je viendrai de temps en temps pour rendre l'attente plus supportable.

- Viens quand tu veux. Tu veux que je t'accompagne à ton entretien, demain ?

- Je préfère qu'on ne soit pas vu ensemble pour le moment.

- Ces trois mois seront affreusement longs.

- Encore faudrait-il que je suis embauché.

- Tu le seras, tu es très bon dans ce que tu fais. Melba n'est pas du genre à envoyer du courrier pour le plaisir. »

Draco espérait que cet entretien aurait une issue positive. Sinon, ces trois mois qui séparaient son départ et le début de son contrat s'allongeraient et il serait bien compliqué de gérer sa relation avec Harry. Mais il y croyait, et dans le fond, il avait toutes les raisons d'espérer.

« Ca te dit qu'on sorte un peu, ce soir ?

- Tu veux aller où ?

- Je sais pas. J'ai envie de profiter avant de partir.

- Y'a deux, trois endroits où je pourrais t'emmener. Mais on n'y passera pas beaucoup de temps.

- Pourquoi ?

- Parce que moi aussi j'ai envie de profiter avant que tu partes. »

Draco éclata de rire alors que Harry lui faisait un sourire coquin, ses yeux verts emplis de promesses. Puis, le brun se redressa et lui poussa l'épaule, l'incitant à se retourner. Sans se faire prier, Draco s'adossa à la rambarde, la barrière au milieu de son dos, et accueillit Harry contre lui. Ce dernier prit son visage entre ses mains et l'embrassa tendrement sur la bouche, sans chercher à approfondir. Ses mains glissèrent vers sa nuque, et quand ils se séparèrent, ils échangèrent un regard.

« T'es pas possible toi…

- Pourquoi ? Parce que t'arrives pas à résister ?

- En partie.

- Je sais charmer tous types de serpents, tu sais… »

Le Serpentard fit disparaître son sourire sous ses lèvres. Ses mains s'égarèrent sur ses fesses, et soudain, il eut envie de lui. De l'emmener dans le salon, l'allonger sur le canapé et lui faire l'amour. Mais leur travail les attendait et ils ne pouvaient se permettre d'arriver en retard.

Plus qu'une semaine avant son départ officiel. Quitter le centre et la jungle qui l'entourait se ferait sans doute dans un mélange de soulagement et de nostalgie. Il avait beau y avoir vécu des moments difficiles, il en gardait tout de même de bons souvenirs, professionnellement parlant, et humainement, aussi. Il se disait même parfois que Kheda lui manquerait un peu. Et ce qui serait vraiment compliqué à vivre, et il le savait très bien, c'était de ne pas pouvoir entrer dans le laboratoire de Harry à sa guise pour le perturber agréablement dans son travail. Et visiblement, il n'était pas le seul à regretter ces moments.

Il ne l'avait pas encore dit à Harry mais il comptait rester une semaine de plus pour profiter de lui, se reposer et se chercher du boulot, si jamais son entretien n'aboutissait à rien. Il comptait le lui dire le soir même, Ste Mangouste devant lui envoyer son accord dans la journée. Avant leur départ, leurs supérieurs leur avaient garantis qu'ils avaient droit à quelques jours de congés à la fin de leur stage et Draco comptait bien en profiter.

Harry allait lui manquer. Ce ne serait sans doute que pour trois mois, mais Merlin savait à quel point cela pouvait être long. Cependant, il avait décidé de croire en leur avenir, en Harry qui l'attendrait le temps qu'il faudrait, et qui lui glissa, au creux de l'oreille, que si son absence se ferait trop longue ce serait lui qui ferait le déplacement pour quelques semaines.

Oui, il se laisserait charmer par cet homme mystérieux, un peu étrange, mais si attirant. Cet espèce de serpent aux yeux magnifiques qui avait su l'attirer dans son piège, enroulant ses anneaux tout autour de lui.

Il leur faudrait juste un peu de patience.

Juste un peu.

Pour être ensemble et démarrer une nouvelle vie.

FIN