Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !
Couple : Harry/Draco.
Rating : T.
Cet OS écrit pour Moji, une amie et un soutien, sur le challenge "Toy". Cet OS a été écrit en période d'examen, comme le précédent, donc il est très, très, très long... Voici la première partie de cette histoire un peu guimauve, en espérant que cela vous plaira.
Erreur d'une nuit
J- 233
Il savait que ça se passerait mal. De toute manière, il ne pouvait pas en être autrement. Secrètement, il avait espéré que Conrad réagirait mieux que Malcolm, mais bien sûr, il s'était retrouvé face à un mur. Pourtant, il avait un caractère plus facile et Draco savait qu'il ne pouvait quasiment rien lui refuser. Mais visiblement, ce petit service était trop lui demander.
Les mains enfoncées dans les poches de son manteau, Draco marchait vers le parc non loin de là. Il était encore très énervé et il avait du mal à se calmer. Son cœur s'emballait à la moindre petite pensée envers son ex et son estomac commençait à lui faire mal. Au bout d'un moment, il devint trop douloureux de marcher, donc Draco pressa le pas et entra dans le parc qu'il avait repéré en chemin.
Il était fatigué. Et en colère. Contre lui-même, contre Conrad qui n'avait pas compris, contre Malcolm qu'il avait manqué de frapper en plein milieu du bar où ils s'étaient donné rendez-vous. Cela faisait déjà trois semaines qu'il vivait avec cette colère et il se demandait quand est-ce qu'elle le quitterait enfin. Quand est-ce qu'il se sentirait enfin bien.
Mais rien, absolument rien ne pourrait l'apaiser. Ni sa colère, ni ses douleurs à l'abdomen.
Draco s'assit sur un banc et regarda le lac artificiel juste devant lui. Des enfants s'amusaient à jeter du pain sec aux canards, leurs parents postés juste à côté d'eux. Mécaniquement, le blond baissa les yeux. S'il avait pu, il se serait levé et il aurait quitté le parc, mais il avait trop mal au ventre pour cela. Il en était donc réduit à rester là, sur ce vieux banc gelé, à écouter ces gosses piailler et leurs parents discuter.
Je suis enceint.
Cette phrase, il se la répétait sans cesse depuis trois semaines, comme une insupportable litanie. Et à chaque fois qu'il y pensait, ne pas poser sa main sur son ventre encore plat était une vraie épreuve. Et dire que son corps qu'il avait pris tant de soin à sculpter allait se déformer au fil des mois, à mesure que ce… truc, allait pousser dans son ventre. Il en était écœuré. Dégoûté.
En colère.
Devant le lac, les enfants s'en allèrent. Quand leurs voix ne furent plus qu'un murmure indistinct, Draco osa relever les yeux vers le lac qu'il ne voyait même pas, plongé qu'il était dans ses pensées, son mal-être et toute cette rancœur qui lui malmenait le cœur depuis des semaines. Quelques temps auparavant, il en aurait pleuré. Il ne serait même pas sorti de chez lui, d'ailleurs, de peur de s'effondrer là, comme une merde, devant des gens qu'il ne connaissait pas et qui oseraient le juger. Mais depuis, il avait passé une sorte de cap.
Cela faisait quatre mois qu'il sortait avec Kenneth Towler quand les choses avaient commencé à se gâter. Ce Gryffondor de deux ans plus âgé que lui avait attiré son regard à l'un de ces innombrables et assommants galas auxquels sa mère le conviait. Incapable de tous les honorer, il s'était rendu bien malgré lui à celui-là, et après qu'il lui ait été présenté, une sorte d'amitié était née entre eux. Elle avait duré deux semaines avant que ce crétin ne l'invite enfin dans un de ses restaurants préférés et que leur histoire débute enfin.
Malgré son caractère et sa réputation, Draco avait été des plus sérieux avec lui. Au bout de trois mois, il avait même consenti à s'installer chez lui, pour essayer. Kenneth convenait à ses parents pourtant si exigeants, il était propre sur lui, son travail consciencieux promettait de belles évolutions, son caractère demeurait la plupart du temps du temps agréable et en plus il était plutôt bel homme. Être en couple avec lui n'était pas toujours une partie de plaisir mais en règle générale, ça se passait très bien.
Et puis, un jour, ça s'était gâté. En réalité, Draco savait qu'il n'avait pas su voir la détérioration de leur relation. Il pensait que ce n'était que des lubies. Après tout, Kenneth lui avait avoué qu'il l'aimait et qu'il n'avait jamais vécu ça avec personne avant lui. Mais ce qu'il avait pris pour des inquiétudes naturelles, parce que Draco ne restait jamais longtemps avec le même homme, se révélèrent être bien plus que ça. D'un autre côté, quand Kenneth avait commencé à lui parler d'enfant, jamais il n'aurait pu prendre cela au sérieux. Après lui avoir expliqué sérieusement qu'il ne comptait pas avoir d'enfant pour le moment car il était trop tôt et qu'en plus ça ne coïncidait pas avec ses évolutions de carrière, il avait cru que son compagnon le comprendrait.
Mais il avait été stupide.
Tellement stupide.
S'il l'avait quitté, c'était parce que ses envies étaient devenues des désirs, puis des lubies. Draco refusait de s'installer officiellement chez lui en quittant sa propre demeure, d'accepter sa demande en mariage et surtout d'avoir un enfant de lui. Ça ne rentrait pas dans ses priorités et il estimait qu'on ne liait pas son destin avec quelqu'un au bout d'à peine trois ou quatre mois. À moins de s'engager dans un mariage arrangé, ce que Draco n'avait absolument pas prévu de faire.
Alors, parce qu'il ne supportait plus son attitude, il l'avait menacé de le quitter. Et parce qu'il se retrouva avec ses parents montés contre lui, avec son père, par Merlin, son propre père fou de rage parce qu'il refusait de s'unir à un sang-pur au nom si prestigieux et de lui pondre un môme, Draco s'était barré de l'appartement. Le soir même, il s'envoya en l'air avec le meilleur ami de Kenneth, tant il était furieux après lui, ses manipulations, ses exigences mal placées et cette putain de potion de grossesse qu'il lui avait mise sous le nez le matin même.
Depuis sa rupture, Draco avait couché avec trois hommes dans la même semaine. Parce qu'il était en colère, parce qu'il souffrait, parce qu'il tombait toujours sur des abrutis qui ne pensaient qu'à leur cul. Et parce qu'il était con, aussi.
Surtout parce qu'il était con.
Et aussi parce que Kenneth n'était pas le meilleur amant du monde.
Mais Draco avait été le roi des cons. Et aujourd'hui, il s'en mordait les doigts.
Quelques temps après sa rupture, Draco avait commencé à sentir des douleurs au ventre. Sur le coup, il ne s'en était pas inquiété. Il était dur au mal et ce n'était pas ce genre de petite gêne qui allait l'empêcher de vivre. Mais au bout d'un moment, la douleur fut tellement insupportable que Draco dut se rendre chez un médicomage. Avec Blaise qui l'attendait dans la salle d'attente, le blond dut expliquer qu'il avait d'abord ressenti comme des crampes d'estomac, des tiraillements, et parfois des nausées, le matin. Et depuis quelques jours, il vomissait un matin sur deux, s'asseyait à la moindre occasion et restait parfois allongé des heures durant en priant pour que ça s'arrête. A vrai dire, c'était assez confus car il ne comprenait pas ce qu'il ressentait, lui qui n'avait jamais vraiment été malade.
Le visage sévère, son médicomage lui avait imposé un prélèvement d'urine auquel Draco s'était plié sans broncher. Et quand on le rappela quelques minutes plus tard dans le cabinet et que l'homme lui annonça qu'il attendait un bébé, Draco avait cru voir son monde s'effondrer. Ravagé par la panique, il avait été incapable de retenir les larmes qui débordèrent de ses yeux. Il se rappelait avoir hurlé et d'avoir même essayé de frapper le médicomage quand il avait tenté de poser sa main sur son épaule. Il l'avait traité de tous les noms, d'imposteur, de menteur…
Puis, il l'avait supplié d'aller chercher Blaise. Ce dernier était rentré, l'avait pris dans ses bras, et avait écouté les explications du médicomage. Le visage toujours aussi fermé, ce dernier n'avait pas caché ses inquiétudes : visiblement, Draco n'était absolument pas au courant de son état, et malgré tous ces mythes qui circulaient depuis des siècles, il était impossible pour deux hommes de procréer sans aide magique. Le blond avait donc forcément avalé une potion de grossesse qui, une fois consommé, attendait un rapport sexuel pour démarrer la machine et transformer ses organes pour accueillir le bébé.
Et parce que les symptômes changeaient d'un homme à l'autre, il devait avoir été fécondé il y avait deux ou trois semaines.
Effondré au-delà des mots, Draco mit deux jours à trouver la force de sortir, à demi porté par Blaise qui s'était fait violence pour ne pas aller porter plainte à sa place. Il était évident que Kenneth, d'une manière ou d'une autre, lui avait fait avaler cette putain de potion. L'idée qu'il puisse attendre son enfant l'empêcha de dormir durant des jours. A bout de nerfs, son ex avoua qu'il avait mis de cette potion dans une de ses boissons énergétiques qu'il prenait toujours durant son sport, mais quand il était parti, Draco avait tout emmené avec lui. De colère et de tristesse, Kenneth ne lui avait rien dit, espérant qu'il lui revienne vite.
Qu'il ne boive pas trop vite ces bouteilles.
Et qu'il ne couche avec personne.
En entendant ces mots, Draco s'était demandé s'il n'aurait pas préféré que Kenneth soit le père du bébé, plutôt que les types avec qui il avait couché depuis.
La colère née le jour où il avait appris sa grossesse ne l'avait plus quitté, ni elle, ni ses douleurs. Avorter reviendrait à prendre un trop gros risque, donc il était obligé de terminer cette maudite grossesse qu'il n'avait ni désirée ni même envisagée.
Je suis enceint d'un homme que je ne connais pas.
Je suis enceint d'un bâtard.
Déjà trois semaines qu'il était courant, deux que Kenneth avait été condamné, et ça grondait toujours autant en lui. Rencontrer des enfants avec leurs parents était devenu compliqué, presque douloureux. Cette potion qu'il avait ingurgitée sans le savoir l'avait condamné et l'idée qu'il serait père dans huit mois lui donnait des nausées.
Ça n'aurait pas dû se passer comme ça.
C'était ce qu'il se répétait aussi, inlassablement, et c'était ce qu'il avait dit à Malcolm et Conrad.
Leur annoncer qu'ils étaient probablement les pères de cet enfant avait été difficile. Draco avait un certain sens du tact mais il n'était alors pas capable de prendre de gants. Il avait expliqué l'affaire puis leur avait annoncé la « grande » nouvelle. Aucun des deux n'avaient voulu le croire jusqu'à ce qu'il sorte un certificat du médicomage.
En voyant le papier, Malcolm avait piqué une crise de nerfs, et quand Draco avait exigé quelques cheveux pour effectuer un test de paternité, il était monté sur ses grands chevaux. Ils avaient même failli se battre, parce que ce crétin refusait de comprendre et osait en plus le traiter de traînée. Finalement, au bord des larmes, Draco lui avait arraché une mèche de cheveux puis avait fui le bar. Quelques mètres plus loin, Malcolm l'avait rattrapé pour le prendre dans ses bras, le suppliant d'avorter. Il paierait le meilleur médicomage d'Angleterre, sa santé ne risquerait rien. Il lui avait même dit qu'ils pourraient même continuer ensemble et qu'un jour ils fonderaient leur propre famille.
Il l'aimait. Kenneth ne le méritait pas, il le lui avait toujours dit, et lui, il saurait le rendre heureux. Mais pas avec ça entre eux. Malcolm ne pourrait jamais assumer.
S'arracher à ses bras fut une véritable torture. L'idée d'avorter l'avait malmené des jours durant, et quand Draco décida que ce n'était pas la solution, que ce serait trop dangereux pour lui, il prit rendez-vous avec Conrad.
Lui, il fit mine de ne pas comprendre avant de sombrer dans la panique. Il avait fallu négocier pour obtenir quelques cheveux de lui, et Draco eut beau lui promettre qu'il n'entendrait jamais parler de ce bébé s'il en était le père, Conrad eut du mal à le croire. Pourtant, avant qu'ils ne quittent, son ex lui dit que s'il était de lui, il accepterait de reconnaître l'enfant. Il avait toujours Draco dans la peau, même si leur histoire était terminée depuis belle lurette, et si son ex acceptait de lui redonner une chance, ils pourraient même l'élever ensemble.
Sur le coup, Draco n'avait rien répondu. Il avait payé son café puis avait quitté les lieux, le plantant là. Comme si Conrad allait vraiment prendre cette responsabilité, lui si instable et si peu sûr de lui… Son père n'avait jamais pu le sentir et il était juste bon pour prendre son pied et oublier ses soucis. Pour le reste, c'était un type irresponsable et beau parleur. Ça avait son charme, mais au bout d'un moment, cela devenait lassant. Et il n'avait pas besoin de ça dans sa vie. D'un type qui l'abandonnerait à la moindre difficulté, à la moindre engueulade, qui lui ferait porter toutes les fautes, comme s'il était responsable de son état.
Comme s'il avait voulu être enceint.
Draco ferma les yeux, laissa sa tête aller en arrière puis soupira. Il se sentait fatigué. Il n'en pouvait déjà plus de cette grossesse involontaire qu'il ne savait comment gérer, qui lui faisait un mal de chien et qui bousculait tout ce qu'il avait construit depuis plusieurs années. C'était un peu un peu comme si sa vie s'était arrêtée. Comme si tout avait changé et que plus rien ne serait pareil.
Il allait être père. Il allait mettre au monde un bébé. Son bébé. Peut-être le seul, car qui accepterait de faire sa vie avec un homme déjà père, et surtout d'un bâtard ? Sa vie était ruinée. Son bel avenir aussi. Il avait suffi d'une potion et d'une baise de trop pour que son existence bascule de façon irrémédiable.
Haïssait-il cet enfant ? Il préférait ne pas y penser. Cette colère qui le pourchassait depuis des semaines ne ferait qu'empirer s'il commençait à y réfléchir. Alors autour laisser tout ça dans un coin de sa tête et essayer de gérer le reste.
Le blond ouvrit les yeux. Il ne lui restait plus qu'un prétendant à rencontrer. Mais ce ne serait sans doute pas une grande épreuve. Il l'espérait, du moins. Tout comme il l'avait espéré avec Conrad. Et ce soir, il devait voir ses parents.
Par Merlin, qu'est-ce qu'il pouvait les décevoir…
Aussitôt, les larmes lui montèrent aux yeux.
Une erreur.
Une monumentale erreur.
Pourquoi lui ? Pourquoi est-ce que ça devait lui arriver à lui ?
La douleur dans son ventre se fit soudain plus forte et les larmes faillirent couler sur ses joues. Il fallait qu'il quitte le parc. Il ne voulait pas qu'on le voit dans cet état-là. Il avait franchi un cap et il était hors de question qu'il craque à nouveau n'importe où, même si le visage de ses parents si déçus, si douloureux, si désespérés et furieux lui avaient fait encore plus mal que ces putains de contractions qui l'avaient poussé dans le cabinet de son médicomage.
Pleurer ne servirait à rien. Cela ne changerait pas son problème. Ni celui lové au creux de ses reins, ni ceux qu'il n'engendrerait pas la suite.
OoO
J- 229
Il avait trente minutes de retard.
On ne pouvait pas dire qu'il était connu pour sa ponctualité, mais au fond de lui, Draco avait vraiment espéré qu'il viendrait. Qu'il ne lui poserait pas un lapin, comme lui l'avait fait précédemment, mettant fin à cette relation trop courte qui n'avait duré qu'une nuit. Une nuit intense, certes, mais une nuit quand même.
Après la colère, il y avait eu la déception. Et puis la tristesse. Car il était évident qu'il ne viendrait pas, et au fil des minutes, à regarder à travers la vitre du bar les gens défiler, Draco ne put s'empêcher de penser à la dispute qu'il avait dû essuyer le matin même avec sa mère.
Plus que son père, elle vivait très mal la situation. Tous ses beaux projets étaient tombés à l'eau une première fois quand Draco lui avait affirmé qu'il aimait les hommes et que celui qui partagerait sa vie, ce serait lui qui le choisirait. Sa grossesse avait eu l'effet d'un véritable coup de massue qui avait ruiné tout ce qu'elle espérait pour son fils : un beau mariage, une famille épanouie et un avenir professionnel prometteur. Si la carrière de Draco n'était pas vraiment menacée, les évolutions induites par un compagnon de choix disparurent complètement. Et quant à sa future union…
Sa mère craquait. Elle avait plus ou moins réussi à tenir jusque là, mais là, elle craquait. Elle n'en pouvait plus de toutes ces angoisses, de toute cette colère qui grondait en elle depuis l'annonce de cette grossesse impossible, ridicule… humiliante. Pour la famille, pour son père, sa mère… et puis lui.
Pour la première fois depuis près d'un mois, elle avait émis l'idée d'avorter. Si pour le moment la situation était gérable, elle ne pourrait pas le rester indéfiniment. Le ventre de Draco allait gonfler au fil des mois et bientôt toute la communauté sorcière saurait d'une part qu'il aimait se faire prendre, idée insupportable pour sa mère qui cauchemardait à l'idée que son monde connaisse la vie intime de son fils unique, et qu'en plus il s'était fait engrossé par un inconnu à cause d'une potion qu'il avait peut-être prise lui-même. Kenneth paierait pour ses fautes, mais il était tellement plus agréable de médire sur lui en sous-entendant qu'il l'avait bien cherché… Sa mère en mourrait de honte d'avance. Plus encore que son père qui se défoulait sur son ex pour évacuer toute sa haine.
Il ne le verrait pas avant une petite semaine. Lucius était parti en Allemagne pour un voyage d'affaires et ne reviendrait pas avant le week-end. Ça lui ferait beaucoup de bien, d'ailleurs, car l'ambiance au Manoir était pesante quand il était là. Tous deux avaient très peu parlé de cette grossesse, la honte et la rage l'ayant complètement assommé. Il comptait envoyer Kenneth à Azkaban pour quelques mois, histoire que ça lui serve de leçon, et vu le chemin que prenait le procès, c'était bien parti pour. Draco n'y voyait absolument aucun soulagement, mais si ça pouvait apaiser un peu son père…
Par Merlin, se dit-il en passant une main lasse dans ses cheveux blonds, que n'aurait-il pas donné pour que tout soit différent…
L'estomac noué, Draco commanda un autre café. C'était le troisième qu'il buvait et il se dit, maussade, qu'il quitterait le bar une fois qu'il l'aurait fini. De toute manière, il était évident que son amant d'un soir ne viendrait pas. Ce n'était pas vraiment une question de rancune… Disons simplement qu'il n'avait aucune raison de pointer son nez. Et puis, dans un sens, ce ne serait pas plus mal.
Il méritait mieux que ça.
Mieux qu'un coup d'un soir lui annonçant qu'il serait peut-être père dans huit mois.
« Bonjour Draco ! »
Sa tasse de café tomba sur la table, roula puis se fracassa sur le sol. Stupéfait, Draco leva les yeux et croisa le regard pétillant et si vivant de cet amant qu'il n'attendait plus. Son cœur s'emballa dans sa poitrine alors qu'un serveur se précipitait vers lui pour nettoyer la tasse.
Potter était venu.
Par Merlin, Harry Potter était venu…
« Désolé, je crois que je t'ai un peu surpris !
- Ce n'est rien, Monsieur, je vais nettoyer ça. Je vous sers un autre café ?
- Oui, pour moi et Monsieur, s'il vous plait. »
Je suis enceint. Et je porte peut-être ton gamin.
Ces deux phrases, il les avait pensées quand Malcolm et Conrad étaient entrés dans les différents bars où il les avait conviés. Les entendre dans sa tête alors que Harry s'asseyait devant lui, un léger sourire aux lèvres et le regard amusé fut pire que tout. S'il avait pu, Draco se serait levé pour s'enfuir, tant la honte qui sommeillait en lui fut forte, l'empêchant même de lui rendre son salut et de répondre à ses quelques amabilités.
Pourquoi avait-il couché avec lui ?
Parce que ce soir-là, dans cette boite de nuit gay de la capitale où il comptait tout oublier, Kenneth qu'il ne supportait plus, Malcolm qu'il n'aurait jamais dû approcher et Conrad qui resterait une formidable erreur, Draco l'avait trouvé incroyablement beau. Avec sa chemise blanche aux manches retroussées qui laissait voir son agréable musculature, ses cheveux noirs et bouclés, son sourire et ses incroyables yeux verts, il n'avait pu lui dire non quand Harry lui avait pris son verre pour le poser sur le bar et ensuite l'emmener danser. Et quand ils avaient fini plaqués l'un contre l'autre contre un mur, même si c'était une connerie grosse comme eux, Draco s'était laissé fondre dans ses bras.
Parce qu'il était gentil. Parce qu'il n'était pas là pour tirer son coup et s'en aller. Il voulait faire l'amour avec lui, le soulager de toute sa tension, et lui fait oublier que plus rien n'allait dans sa vie sentimentale.
Il était comme ça, Potter. Trop gentil. Trop con.
Et quand il commença à froncer les sourcils, inquiet par son silence, Draco pria pour qu'il ne soit pas le père. Il n'avait pas le droit de lui imposer ça. De lui faire ça. Pas lui.
Il était trop bien pour ça.
Beaucoup trop.
Et lui…
Il était juste pathétique.
« Draco, ça va pas ? Tu m'en veux tant que ça pour mon retard ? J'y peux rien, tu sais, c'est compliqué au boulot en ce moment…
- Je m'en fous. C'est pas grave. »
Alors que le serveur posait deux cafés devant eux, Draco reprit contenance et inspira un peu trop fortement pour se redonner du courage. Le regard du brun se fit plus intrigué encore.
« Ecoute, j'ai pas envie de passer par quatre chemins. Si je t'ai fait venir, c'est pour te parler de quelque chose de… grave.
- Ah ?
- En ce moment, je vis une situation… compliquée. Très compliquée. Et même grave, en fait.
- Qu'est-ce qui se passe ? »
Potter paraissait aussi inquiet qu'intrigué. Il voulut même lui prendre la main, mais Draco la ramena vers lui. Il refusait qu'il le touche. Ce serait le salir.
« Mon ex, Kenneth, m'a fait un sale coup.
- Qu'est-ce qu'il a fait ?
- Il m'a fait avaler à mon insu une potion de grossesse. Je suis enceint. »
Le visage de Potter se figea. Ses yeux s'écarquillèrent de stupeur, à mesure qu'il assimilait ce qu'il venait de lui dire. Le pire est à venir, se dit le blond en le voyant jouer nerveusement avec sa petite cuillère.
« Tu… attends un bébé.
- Ouais. Bizarre, hein ?
- Carrément. »
Lui non plus n'aurait jamais imaginé que ce serait lui qui porterait l'enfant, eut-il envie de lui dire, mais il le garda pour lui. Car dans le fond… le problème n'était pas là.
« Et… qu'est-ce qui va se passer ?
- Comment ça ?
- Pour Kenneth. Tu es obligé de garder l'enfant, mais je suppose que… tu n'étais pas consentant, vu ta tête.
- Non, je n'étais pas consentant. J'ai porté plainte. Mais là n'est pas le problème.
- Je m'en doute. Je ne connais pas ton copain et…
- Mon ex-copain.
- En quoi ça me concerne ? Franchement, je suis désolé pour toi, je suis même dégoûté par ce qui t'arrive. »
Sur son visage et dans ses yeux, Draco vit que ce n'était pas des phrases en l'air, dites pour la forme, parce que c'était ce genre de mots qu'il fallait sortir à cet instant précis. Potter compatissait sincèrement et il était tellement perdu, à la fois dans ce que Draco lui avait annoncé et ce qu'il s'apprêtait à lui dire…
« Mais en quoi je suis concerné par ta grossesse ?
- La potion était dans une de mes bouteilles de boisson énergétique que je bois tous les jours pour mon sport. Il l'a mise juste avant qu'on se sépare. Et depuis notre rupture, j'ai couché avec trois mecs. Le père est l'un d'eux. »
Draco s'attendit à beaucoup de choses. A la stupeur, de l'incompréhension, de la colère, de la panique… Tout ça, il l'avait déjà lu sur les visages de Malcolm et de Conrad, plus rien ne pourrait le surprendre. Alors quand il vit le visage de Potter se décomposer et son regard se baisser dans le vide puis remonter sur son visage impassible, Draco ne ressentit rien. À par la colère. Toujours elle.
Potter se mordilla la lèvre et regarda sur le côté, les sourcils froncés, encaissant la nouvelle. Il comprenait très bien ce que la nouvelle impliquait et la panique devait sans aucun doute commencer à ravager tout son self-control. Au bout d'un moment, il mit la main devant sa bouche. Draco remarqua qu'elle tremblait légèrement.
Et oui, mon gars. T'es peut-être papa.
Abominable.
Pitoyable.
Putain, mais pourquoi avait-il couché avec ce type ? Pourquoi s'était-il laissé séduire par ce gars trop bien pour lui ? Pourquoi ne s'était-il pas protégé ?
« Avec qui t'as couché ? »
Comme si le problème était là, se dit Draco en poussant un soupir. Qu'est-ce que c'était pénible…
« Tu les connais pas.
- T'es sûr que…
- Potter, tu crois vraiment que je m'amuserais à te rencontrer pour te dire que t'es peut-être le père de mon môme ? Tu ne crois pas que j'ai d'autres passe-temps, dans la vie ?! »
Son ton commençait à monter. Draco sentait sa patience s'amenuiser au fil des secondes. Mais que Potter éclate, bordel ! Qu'il laisse ses émotions exploser, comme les deux autres, et qu'on en finisse vite ! De toute manière il ne lui demandait pas la lune, il se fichait bien de son ressenti, bordel !
« Excuse-moi. C'est juste… impossible.
- Tu ne me crois pas ?
- Je n'ai pas de raisons de ne pas te croire. Je suis largué.
- Ça, je veux bien le croire. Mais tu sais, Potter, celui qui en chie le plus, ici, c'est moi. Et j'ai pas spécialement envie de poursuivre cette discussion, si tu vois ce que je veux dire. Donc je vais être bref. Si j'ai voulu te rencontrer, c'est parce que je veux une mèche de tes cheveux. Je veux savoir qui est le père. »
Cela ne résoudrait pas le problème et cela n'allègerait pas non plus le poids de son fardeau. Mais il fallait qu'il sache. C'était vital, aussi bien pour lui que pour ce bébé qui aurait besoin de savoir qui était son second père. Et Draco ne supportait pas l'idée qu'un jour, il puisse lui dire : « Je ne sais pas qui est ton père ». Il se sentirait encore plus minable, plus sale.
« Tout ce que je te demande, c'est une mèche de tes cheveux. Rien de plus. Si tu es bien le père, je ne te demanderai rien. Tu pourras exister dans sa vie si tu en as envie tout comme tu pourras faire comme s'il n'existait pas. Ni toi ni moi n'avons décidé de l'avoir et je ne suis pas là pour t'enchaîner à moi. »
Potter le regardait, les mains croisées sur sa bouche, avec la plus grande attention. Il y avait de l'angoisse sur ses traits et ses mains tremblaient toujours un peu. Draco ressentit, étrangement, de la pitié pour lui.
« Mais moi, j'ai besoin de savoir. Et mon enfant en aura besoin aussi, à un moment donné dans sa vie. »
Et soudain, il réalisa que Potter n'avait montré aucune violence à son égard, ni verbalement, ni physiquement.
« Je compte sur ta coopération. »
Durant quelques instants, Potter ne bougea pas, ses yeux verts rivés sur lui. Il semblait vraiment perturbé, même s'il luttait de toutes ses forces pour ne pas le montrer. Son regard descendit à nouveau vers la table, puis il remonta vers Draco. Après un soupir, il se laissa aller en arrière, retirant alors ses mains de devant sa bouche.
Potter paraissait triste.
Vraiment triste.
Comme quelqu'un qui est déçu, parce que ce n'est pas juste.
Il leva une main vers sa tignasse, tira sur ses cheveux et posa devant lui quelques cheveux noirs et bouclés. Draco mit quelques secondes à se rendre compte que le brun avait abdiqué sans négocier. Et son visage, si triste, lui vrilla le cœur.
Car depuis qu'il savait qu'il attendait un enfant, c'était la première fois qu'il voyait cette expression sur le visage de quelqu'un.
Comme si la colère, à ce niveau-là, ne servait plus à rien.
Et Draco sentit quelque chose en lui, étrangement, s'apaiser. Même si tout s'embrouillait à nouveau en lui.
Doucement, le blond posa les cheveux dans une serviette posée sur la table et la plia avec soin.
« Merci, Potter. »
Son ton était si bas qu'il crut que l'autre ne l'avait pas entendu. Mais Potter secoua la tête.
« C'est normal. Je pense que tu en as vraiment besoin pour avancer. »
Le léger sourire qu'il lui fit lui donna envie de pleurer. Pitié, que ce ne soit pas son fils. Qu'il ne lui impose pas cet enfant, qu'ils ne se fréquentent pas, de loin, parce que Potter se sentirait responsable de ce bébé, qu'il ne soit pas une ombre dans sa vie…
Potter prit sa tasse de café et en but une gorgée. Nerveusement, Draco en fit de même, se sentant affreusement ridicule. Un silence pesant stagna entre eux, et puis le brun posa sa tasse sur sa petite assiette, inspira un grand coup, puis le regarda franchement, comme lui seul savait le faire.
« Bon. Est-ce que ça te dirait qu'on dîne ensemble demain soir ?
- Pardon ?
- Je pense que t'as besoin de te changer les idées. Je sais pas si le faire avec moi est la meilleure idée qui soit mais je ne travaille pas demain et…
- T'as conscience que j'attends peut-être ton môme ?
- Pas vraiment. Mais je pense que tu as besoin de t'aérer la tête. Je n'ai pas envie de te juger ni de te prendre en pitié, parce que c'est la dernière chose dont tu dois avoir envie. Mais si t'as besoin de penser à autre chose, de vider ton sac… Tu peux compter sur moi.
- Pourquoi tu fais ça ? »
Potter n'avait rien à y gagner et Draco ne savait pas vraiment s'il avait envie de se faire réconforter par son ancien pire ennemi dont il avait partagé une nuit quelques semaines plus tôt. Ce serait… presque malsain.
« Parce qu'à ta place, j'en aurais marre d'entendre mes proches me répéter la même chose et de leur répéter la même chose aussi. Et puis de tourner en rond. Je deviendrais dingue.
- T'as envie d'être mon journal intime sur pattes ? Ta noblesse d'esprit m'étonnera toujours. »
Le ton sarcastique de sa voix ne visait qu'à lui faire du mal. Qu'à le faire passer pour un con. Alors que dans l'histoire, le plus stupide des deux, c'était bien Draco.
Et il le comprit quand Potter fouilla dans sa poche, posa deux pièces sur la table et se leva, le visage soudain fermé.
« Envoie-moi un courrier si t'as besoin de parler. Et si c'est moi le père, je t'aiderai autant que possible, tu peux compter sur moi. A bientôt. »
Et il quitta le bar, sans que Draco ne puisse le retenir, paralysé qu'il était sur sa chaise. Il poussa un soupir à fendre l'âme quand il comprit vraiment les intentions du brun, qui aurait sans doute voulu qu'ils se connaissent un peu mieux, dans le cas où effectivement ils se retrouvaient liés par un bébé. Sa place vide devant lui donna une impression d'abandon.
Alors que Potter était le seul à lui avoir dit ce qu'il aurait tant voulu entendre de la part des deux autres.
Il acceptait le test de paternité et la reconnaissance de l'enfant.
C'était vraiment un type bien, se dit-il. Ou alors cachait-il bien son jeu et Potter l'avait-il pris en pitié. Alors qu'effectivement, c'était la dernière chose qu'il désirait : devenir un pauvre bougre qui n'avait rien demandé mais qui l'avait bien cherché.
Pitié, que ce ne soit pas son enfant. Pitié…
OoO
J- 226
Cette maison trop petite pour ses ambitions lui paraissait à présent immense. Pourtant, Draco vivait toujours seul et ne s'y était d'ailleurs jamais installé avec qui que ce soit. La vie à deux, c'était bien, mais pas chez lui. Il ne voulait pas se sentir enfermé, incapable de s'échapper si jamais la situation dérapait. Et parce qu'il ne supportait plus la vie au Manoir, son père constamment sur les nerfs à cause de leur réputation à reconstruire et sa mère qui lui cherchait les meilleurs partis, Draco avait décidé de déménager et de vivre seul. Il avait alors vingt ans et avait visité des centaines de maisons avant d'avoir un coup de cœur pour cette petite baraque à peine plus grande que la petite salle de bal du Manoir.
Souvent, sa mère lui avait reproché cet achat un peu précipité. Draco aurait pu acheter beaucoup plus grand mais il vivait seul et comptait déménager une fois qu'il aurait trouvé le bon, ou une fois que la taille modeste de sa demeure ne seraient plus supportable. Or, les années s'étaient écoulées, et Draco s'était habitué à cet espace rassurant où tout était à son goût. Pas aussi propre qu'il l'aurait voulu car les sortilèges de nettoyage demeuraient superficiels et ne remplaçaient pas un bon coup de balai et de serpillère, qu'il ne savait guère contrôler de loin, mais il s'y sentait bien.
Et en ce moment, c'était tout ce qui comptait.
Le rez-de-chaussée de la maison se composait d'un grand salon, d'une bibliothèque et d'une cuisine spacieuse où il passait très peu de temps, ainsi qu'une buanderie. A l'étage, il y avait trois chambres et deux salles de bain, dont une privée. Le grenier aurait pu être aménagé mais Draco n'en avait pas éprouvé le besoin, vu qu'il vivait seul. Et il ne pensait pas non plus passer sa vie dans cette maison. Mais depuis l'annonce de sa grossesse, la donne avait radicalement changé.
Le lendemain, cela ferait un mois qu'il avait appris qu'il était enceint. Son quotidien n'avait pas franchement changé et il n'avait même pas encore songé à l'accueil de l'enfant. Il préférait ne pas y penser. Tant que son ventre ne serait pas déformé par sa présence, ce serait comme s'il n'existait pas. Il resterait cette espèce de parasite qui, au fil des mois, deviendrait un bébé.
Draco se laissa tomber dans son canapé. Puis, mécaniquement, il posa la main sur son ventre. Il l'avait tellement fait à cause de ses douleurs, comme si ce geste pouvait les apaiser. Dans quelques semaines, il le ferait pour une toute autre raison et il préférait ne pas y penser.
Mais en vérité, Draco y pensait tout le temps, maintenant.
Cette grossesse l'avait tellement surpris qu'il avait tout fait pour tenter de l'oublier, la remettre à plus tard. Pour cela, il avait fallu trouver le coupable et le père du bébé. Et à présent que Kenneth était pris dans les filets de son père et les rouages de la justice, et qu'il avait obtenu un échantillon de chacun de ses amants, Draco se sentait complètement vidé. Et seul. Paradoxalement. Pourtant, Blaise venait le voir quasiment tous les jours, quand ce n'était pas le blond qui allait le chercher après son travail. Son ami était d'un soutien exceptionnel que Draco n'aurait jamais osé espérer de sa part.
En fait, Blaise était son seul soutien. Le seul qui essayait de comprendre et qui allait dans son sens. Qui ne passait pas son temps à lui faire des reproches, à lui dire de se reprendre et à penser à l'avenir. Parce qu'il ne pouvait pas se reprendre, putain ! Il allait avoir un bébé ! Un putain de bébé, qu'il ne voulait pas et qu'il détestait ! Oui, il le détestait, ce parasite qui allait grandir dan son corps et en sortir dans le sang et les cris !
Les larmes coulèrent sur ses joues.
C'était à cause de la potion. Des changements de son corps, des hormones, du bébé… Et son état mental, aussi. Il était fragile, complètement perdu et peinait à accepter l'idée qu'il attendait un enfant d'un type dont il ne voulait même plus connaître le nom.
Il ne voulait pas de ce bébé. Et chaque matin, quand il se réveillait, il espérait que tout cela n'ait été qu'un rêve. Un cauchemar.
Et chaque matin, il vomissait en pleurant. Tout seul, comme un con.
On toqua à sa fenêtre. Aussitôt, Draco tourna la tête puise leva pour aller ouvrir au hibou grand duc de son père. Nerveusement, il récupéra l'enveloppe puis laissa l'oiseau repartir. Ce n'était pas grand-chose, juste une invitation à dîner en fin de semaine pour parler de Kenneth, du bébé et de la stratégie à adopter par rapport à sa grossesse. Agacé, le blond déchira la lettre et ne prit même pas la peine de lui répondre. De toute manière, il n'avait pas le choix. Lucius lui arracherait les yeux si jamais il osait leur poser un lapin.
Franchement, Draco n'avait pas envie d'en parler. Condamner Kenneth ne lui retirerait pas le bébé et parler de la suite des évènements ne rendrait pas l'épreuve plus facile. Si c'était pour que son père lui parle de revenir au Manoir, d'acquérir une maison plus grande et l'aménager, de déjà penser au prénom si c'était une fille ou un garçon car ce n'était pas une chose à prendre à la légère, de penser à faire le test de paternité s'il n'en avait pas eu le temps ou le courage et puis même de réfléchir à l'école où il irait quand il serait en âge, à moins que Draco ne préfère lui payer des professeurs particuliers… Non, vraiment, il préférait encore rester chez lui.
Surtout que, forcément, ils allaient établir une quasi stratégie de guerre pour lutter contre les toutes mauvaises langues qui le traiterait d'homme facile et son enfant de bâtard. Draco était même persuadé que sa mère avait fait une liste de tous les homosexuels en âge de se marier qui pourraient potentiellement l'épouser en sachant qu'il était enceint. Draco pouvait tout aussi bien garder le bébé que le confier à l'adoption, et forcément, ce sujet serait abordé. Avec un peu de réflexion, le blond était même persuadé que ses parents préfèreraient cette option.
Et paradoxalement, Draco avait beau détester cet enfant qui n'en était même pas encore un, il ne voulait pas le laisser à l'adoption. Ce serait l'abandonner. Il n'avait pas choisi de tomber enceint, mais cet enfant n'avait pas non plus choisi de naître dans ces conditions. Il ne méritait pas cela. Peut-être, à la rigueur, le confierait-il à une famille sans enfant, comme cela se faisait parfois dans les grandes familles sorcières. Il n'en savait rien. Et ne voulait pas y réfléchir.
Alors qu'il allait se rassoir dans son canapé, il entendit à nouveau toquer à la vitre. Surpris, il vit une chouette d'une blancheur éclatante posée sur le rebord de la fenêtre, ses grands yeux dorés fixés sur lui. Intrigué, le blond la laissa entrer. Elle se posa dans un coin et lui tendit la patte, à laquelle était accrochée une simple enveloppe. Draco ne reconnut pas l'écriture pourtant familière, et quand il ouvrit l'enveloppe, son cœur s'emballa dans sa poitrine.
Cher Draco,
J'ai bien reçu ta lettre mais je n'ai pas pu y répondre tout de suite. Je suis disponible demain midi et après-demain soir. Réponds-moi vite que je m'organise.
A bientôt j'espère,
Harry
Courte, presque froide, la missive se terminait par une légère note amicale qui lui arracha un léger sourire. Il se doutait que ce n'était pas vraiment une bonne idée mais la veille, il avait eu envie de le voir. Alors il lui avait envoyé un courrier tout aussi court en espérant une réponse positive, sans trop y croire.
A vrai dire, Draco ne savait pas vraiment ce qu'il attendait de ce rendez-vous. Potter l'avait toujours attiré mais leur passé mutuel l'avait toujours empêché de l'approcher. Pourtant, il savait que le héros national était homosexuel : il avait rompu avec sa fiancée, la dernière petite belette, et était sorti avec quelques hommes. Il était connu pour être très sérieux en couple, ce qui l'avait attaché à des enfoirés pas possibles qui n'en avaient qu'après son argent ou sa célébrité. Son travail d'auror l'avait rempli de responsabilités et n'avait fait que renforcer son aura de héros, même s'il n'en était qu'au début de sa prometteuse carrière. Autant dire qu'il restait, comme on disait chez eux, un morceau de choix. Et un très joli morceau, en plus.
A plusieurs reprises, ils s'étaient rencontrés pour des raisons purement professionnelles. En effet, Draco travaillait à Gringotts depuis la fin de ses études. Après un stage où il avait su se faire remarquer, il avait été embauché en temps que conseiller pour les sorciers très réfractaires au système de cette banque unique au monde. Les gobelins avaient beau être très à cheval sur leurs règles, il ne pouvait se permettre de perdre de précieux clients et Draco était là pour entretenir certaines relations. Son travail l'avait amené à respecter ces créatures, mais il savait que certains sorciers, malgré la tradition, ne leur feraient jamais confiance.
Le banquier de Potter était un gobelin et il se fichait éperdument que ses comptes soient gérés par une de ces créatures. Ce n'était malheureusement pas le cas de la famille Black qui n'avait jamais laissé aucun gobelin s'occuper de sa fortune, excepté, bien évidemment, Andromeda Tonks qui estimait que payer plus cher pour être conseillée par un sorcier était une dépense stupide. A la mort des derniers héritiers Black, et notamment Bellatrix Lestrange, une véritable bataille judiciaire s'était engagée vis-à-vis de l'héritage.
A plusieurs reprises, Draco s'était retrouvé à essayer de calmer avec Potter les tensions entre sa tante, ses parents et quelques autres parents désireux de mettre la main sur la fortune colossale de sa tante et de son époux. Parce qu'Andromeda était incapable de rencontrer sa sœur sans avoir envie de l'étrangler à chaque instant, elle exigeait que le parrain de son petit-fils soit toujours là avec elle. En dépit de sa jeunesse, le Survivant savait se montrer calme et posé, même quand c'était lui qu'on manquait d'étrangler au moindre mot de travers. Et malheureusement, malgré son envie de toucher une bonne partie des biens de sa tante, Draco n'avait pas mis très longtemps à se ranger du côté de sa tante.
En effet, cette dernière vivait modestement depuis des années et se contentait très bien de son mode de vie. Cependant, elle estimait que sa sœur leur avait fait suffisamment de mal, à tous, et que Teddy avait droit à sa part. Il avait perdu ses deux parents dans une guerre en partie menée par Bellatrix Lestrange et même si l'argent ne pourrait jamais remplacer cette famille qu'il ne connaîtrait jamais, il était, à ses yeux, celui qui méritait le plus de toucher quelque chose. Bien évidemment, personne n'était de son avis. Excédé par cette affaire et prenant pitié pour ce petit garçon si vite arraché à sa mère, Draco avait pris le parti de sa tante.
La bataille avait durée si longtemps que Draco en était venu à dîner fréquemment avec Potter, que ce soit après ces rendez-vous à rallonge ou bien chez Andromeda, quand le blond passait voir sa tante et son petit cousin. L'année dernière, l'affaire s'était enfin conclue quand Lucius avait décidé de lâcher l'affaire. Sa décision avait surpris plus d'un, Draco et Narcissa en premier lieu. A contrecœur, son père leur avoua avoir conclu un marché avec Potter. Il était prêt à témoigner en sa faveur dans le cadre de son procès et mettre fin à son assignation à résidence au sein du manoir si la quasi-totalité des biens de sa belle-sœur revenait à Teddy Lupin. Maigre prix à payer pour enfin retrouver sa liberté.
Bien évidemment, leur réputation était sévèrement entachée mais au moins son père pouvait sortir de leur demeure familiale et ne plus y rester enfermé comme c'était le cas depuis la fin de la guerre. Cette décision avait dû être très compliquée à prendre pour Potter. Draco avait senti que ce dernier peinait à bien comprendre l'intérêt de se battre avec un tel acharnement pour de l'argent dont Teddy pouvait amplement se passer. Cependant, il avait saisi à quel point c'était important pour Andromeda, pour qui c'était aussi un moyen de se venger de celle qui lui avait pris sa fille et son beau-fils.
Depuis près d'un an, leurs rencontres étaient plus que fortuites. Draco n'avait plus autant de temps pour aller voir sa tante et le travail de Potter s'était fait plus prenant. Ne plus le rencontrer comme avant lui manquait un peu parce que c'était quelqu'un d'intéressant et de très gentil, de très humain, mais le blond n'avait jamais essayé d'approfondir leurs relations. Il estimait ne pas en avoir le droit.
Et quand Potter lui avait fait des avances, ce soir-là, Draco avait oublié tout ça. Toutes ces limites qu'il s'était imposées tout ce temps. Ses mains sur lui, son sourire, ses yeux lui avaient fait oublier à quel point il était misérable à côté de cet homme-là, car à ce moment précis, il était la seule chose que Potter désirait. Il avait cette innocence, cette maladresse, cette authenticité que n'avaient jamais eu ses amants, tous issus de la haute société où tout se calcule, même les sentiments.
Et puis, ils étaient partis faire l'amour. Il se rappelait encore de sa tendresse, de toutes les précautions qu'il avait prises malgré l'ivresse et leur empressement. En fermant les yeux, il pouvait se souvenir de la chaleur de ses mains qui savaient si bien le caresser, de sa bouche pulpeuse et gourmande, de son regard félin quand il le dévorait du regard et surtout de sa surprise que Draco avait écarté les jambes, lui intimant de le prendre, là, tout de suite. Ah, que son expression avait été délicieuse, et son excitation intensifiée…
Draco rouvrit les yeux. C'avait été magique. Etait-il enceint de lui ? Il avait bu ces maudites bouteilles tous les jours suivant sa rupture, ça pourrait être lui. Qu'est-ce qui se passerait si c'était le cas ? Comment réagiraient ses parents, la communauté sorcière ? Pour quelle espèce de salopard passerait-il ?
Ne pas y penser. Ne surtout pas y penser…
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J- 219
Franchement, il n'en avait pas envie. Il savait que ce n'était franchement pas une bonne idée et en plus Potter lui avait dit qu'il pouvait l'attendre dehors, il n'en avait pas pour longtemps. Mais parce que Draco refusait l'idée que cet idiot croit qu'il faisait un blocage sur tout ce qui avait trait aux enfants, le blond était entré dans la boutique d'un pas volontaire. Avant de se dire que ce n'était vraiment pas une bonne idée…
Le mois de décembre venait de commencer et forcément les boutiques commençaient à être sérieusement prises d'assaut pour les fêtes de fin d'années. Draco avaient déjà acheté ses présents le mois précédent, et parce qu'il détestait faire les boutiques en ces périodes de l'année, il avait tout acheté par correspondance et tout entreposé dans la chambre d'amis dans l'attente d'être envoyé. Potter, lui, était plus traditionnel et faisait ses courses lui-même.
Ils avaient prévu de dîner ensemble, une fois de plus, et ils s'étaient rencontrés à Fleury et Bott. Potter était en train d'acheter le cadeau de Noël de sa meilleure amie et était en train de méditer sur le choix cornélien qu'il devait faire. Quand ils se décidèrent à régler leurs achats respectifs, il était encore trop tôt pour aller dîner et le brun devait passer dans une boutique de jouet pour Teddy. Il avait proposé à Draco de l'attendre dehors ou bien de le rejoindre au restaurant, mais le blond n'en avait fait qu'à sa tête.
Et il s'en mordait les doigts.
Le Teddy's house était une boutique assez chic où les peluches et divers jouets étaient plutôt onéreux. Jamais Draco n'aurait pensé que Potter l'emmènerait dans un endroit pareil, lui qui vivait si modestement. Il n'avait pas fait de remarque et, en entrant, Draco s'était comme senti submergé par cette avalanche de fausse fourrure, de sourires, de couleurs et de rires. La nausée lui avait étreint l'estomac, et si Potter ne lui avait pas attrapé le poignet pour l'emmener vers un rayon, sans doute se serait-il enfui.
Dans l'allée se trouvaient des tas de peluches soigneusement rangées. Alors que le Survivant marchait d'un pas tranquille en les regardant, Draco essaya de s'imaginer la chambre du futur bébé. Il se souvenait avoir été très gâté étant enfant, à cause des montagnes de jouets qui avaient nécessité deux salles de jeux pour tous les contenir. Cependant, il n'avait jamais été un enfant très joueur, ce qui n'avait empêché personne de le gâter.
« Qu'est-ce que tu cherches, Potter ?
- Et si tu m'appelais Harry ?
- Je préfère pas.
- Pourquoi ? Ça nous rendrait trop proches ?
- Ouais.
- Ce ne sont que des prénoms. »
Le brun le regarda en faisant la moue, puis reporta son attention sur un étalage de peluches. Draco hésita, puis il se passa une main dans les cheveux et se dit qu'en effet c'était ridicule qu'il soit le seul à l'appeler encore par son nom.
« D'accord.
- D'accord pour quoi ?
- Pour t'appeler par ton prénom.
- Ah oui ? Ça me fait plaisir. »
Et il avait l'air honnête. Du moins son sourire lui en donna-t-il l'impression.
« T'as pas répondu à ma question.
- Désolé. Un dodo.
- Un quoi ?
- Un dodo. Tu sais, l'oiseau dans… Tu connais Alice au pays des merveilles ?
- Absolument pas.
- C'est l'histoire d'une petite fille qui voit un lapin blanc avec une montre à gousset et qui se plaint d'être en retard. Elle le suit et tombe dans un terrier qui l'emmène dans un monde imaginaire, un peu spécial.
- Elle est ridicule, ton histoire, Potter.
- Harry.
- Et ça ressemble à quoi, un dodo ?
- A… ça ! »
Harry se hissa sur la pointe des pieds et attrapa une peluche en forme d'oiseau. Ça lui faisait penser à une dinde, avec de toutes petites pattes et un bec long, épais et recourbé. Bien entendu, la peluche enjolivait l'animal qui était au final plutôt agréable à regarder et manipuler. Dans les tons verts et jaunes, elle avait même l'air plutôt sympathique quand on regardait bien. Elle n'était pas bien grande, remarqua-t-il. Et même plutôt petite.
« C'est particulier. Il a quel âge cette année déjà ? Six ans ? Non, sept.
- Ouais, sept.
- On offre encore des peluches à cet âge-là ?
- Teddy adore les peluches. Quand il était petit, il ne jouait qu'avec les jouets de Tonks et de Remus et elle avait beaucoup de peluches. »
Draco s'en souvenait. Il en avait parlé un jour avec sa tante : Teddy jouait par terre avec un vieux train en bois et il lui avait dit que, vu les craquelures de la peinture, il devait être ancien. Andromeda lui avait alors expliqué qu'avant sa naissance, Nymphadora avait rassemblé ses vieux jouets et ceux que Remus avait gardé. Rien de mirobolant mais sa cousine semblait aimer l'idée que leur enfant pourrait peut-être s'amuser avec leurs jouets, qui seraient mélangés à d'autres plus récents. A leur mort, Andromeda n'avait pas été capable de lui acheter quoi que ce soit, préférant le regarder s'amuser avec le doudou de sa mère et le train en bois de son père.
Et quand, quelques jours auparavant, Draco était allé lui rendre visite pour lui annoncer sa grossesse, il s'était effondré en voyant le petit garçon faire rouler le train sur le parquet.
« Il avait trois ans quand on est passé dans cette rue, c'était la période de Noël. Il avait pris à reconnaître son prénom et quand il l'a vu sur l'enseigne de la boutique, il était tellement content qu'on est rentré dedans. Il est tombé amoureux d'une peluche en forme de chenille et je lui ai dit que s'il était sage, il l'aurait pour Noël.
- Et tu lui as acheté sa peluche.
- Ouais. Et à chaque Noël, je lui en offre une autre.
- Et il joue avec ?
- Bien sûr. C'est un enfant très joueur.
- T'étais joueur, toi, quand t'étais petit ?
- J'avais pas de jouets. »
Potter repéra un fil un peu décousu et reposa la peluche pour en prendre une autre qu'il analysa avec beaucoup de soin.
« Ah bon ?
- Ouais. J'avais pas de chambre non plus. »
Il leva la tête et lui fit un sourire.
« Je dormais dans un placard. »
Puis, il passa à côté de lui, lui faisant un vague signe de la main pour qu'il le suive. Mais Draco sentit quelque chose se comprimer en lui et les larmes lui montèrent aux yeux. La respiration tremblotante et la vue vacillante, Draco sortit à grands pas de la boutique. Le vent froid qui balayait la rue le glaça jusqu'aux os mais ne pu l'empêcher de pleurer.
Putain d'hormones, se dit-il en cachant son visage dans sa main. Putain d'hormones qui le trahissaient dans des moments où il n'aurait jamais éprouvé rien de plus qu'une profonde pitié, voire même un peu d'amusement malsain.
Il avait grandi dans un placard.
Dans un putain de placard.
Putain, et lui qui se demandait comment il allait gérer l'enfance de son gamin, alors que Potter n'en avait jamais eu, lui, d'enfance…
Pas de jouets…
Pas de chambre…
Pas de parents…
Comment pouvait-on vivre comme ça ? Comment parvenait-il à aller dans ce genre de boutique et voir tout ce qu'il aurait aimé posséder étant enfant ? Comment arrivait-il à regarder Teddy jouer sur le vieux tapis de sa grand-mère alors que lui avait été tant privé d'attentions ?
« Draco ?! Draco ! Bordel, mais qu'est-ce qui t'as pris ?! Pourquoi tu… »
Misérable. Tellement misérable à côté de cet homme si ignorant qui allait de l'avant en permanence, alors que lui n'arrivait toujours pas à accepter l'idée qu'il serait père…
Il sentit la main du brun sur ses cheveux. Il les caressa gentiment, comme il l'aurait fait avec un enfant.
« Draco, pourquoi tu pleures ? C'est les hormones ? Ou ce que je t'ai dit ?
- Les deux. »
Sa voix n'avait été qu'un souffle. Draco n'avait pas pensé à lui avouer la vérité, mais à quoi bon lui cacher que, oui, l'idée qu'il ait grandie comme un parasite lui faisait du mal. En d'autres circonstances, il n'aurait rien éprouvé de plus que de la pitié. Pas de la souffrance.
Pas cette souffrance.
« Tu sais, faut pas que ça te rende malheureux. Enfin je suppose que c'est les hormones, en d'autres circonstances tu ne serais pas dans cet état-là. Mais c'est comme ça. Ça sert à rien de se sentir mal à cause de ça. Puis, ce n'est que la partie immergée de l'iceberg, y'a plein de choses dont je me souviens et d'autres que j'ai oubliées, parce que c'est plus facile. Maintenant, je vais de l'avant.
- Ils ont payé ?
- Comment ça ?
- Pour… tout ça.
- Qu'est-ce que ça m'aurait apporté ? On s'y fait, tu sais. Et puis ils ne sont pas heureux. J'étais pas un enfant parfait mais ils sentaient que j'étais… exceptionnel. Ils l'ont toujours senti. Et leur fils n'était qu'une brute sans intelligence. Mon cousin les a beaucoup déçus. Que moi, je m'en sois tiré, ça me suffit.
- T'es pas normal.
- Comment ça ?
- N'importe qui se serait vengé.
- Ça m'aurait fait plus de mal que de bien. Ça a l'air d'aller mieux, tu veux un mouchoir ? »
Draco hocha la tête, et quand le brun lui donna un mouchoir en papier, il réalisa que ce sentiment de honte inhérent à chaque crise de larmes avait déjà disparu. Il se demanda même s'il avait vraiment existé. Le plus élégamment possible, le blond se moucha et accepta un second mouchoir pour s'essuyer les yeux et les joues. Enfin, il prit une grande inspiration et leva les yeux vers Harry. Ce dernier paraissait un peu inquiet.
« Les hormones. Ça m'arrive souvent. »
Par Merlin, était-il vraiment nécessaire de lui dire ça ? De lui dire à quel point il était faible à cause de toutes ces émotions qui le traversaient sans qu'il ne parvienne à les gérer ?
« Ah. Et quand est-ce que ça va se calmer ?
- J'en sais rien. Apparemment ça dépend des gens, on développe une sensibilité… particulière tout au long de la… grossesse.
- En gros ça ne va pas aller en s'arrangeant.
- Non. »
Cette phrase lui arracha un sourire. Son médicomage n'avait pu le rassurer là-dessus, personne ne réagissait de la même manière. Ce n'était pas une question de faiblesse, chacun avait sa sensibilité et vivait sa grossesse différemment. Tant que Draco n'aurait pas accepté la sienne et les transformations progressives de son corps, il devrait continuer à affronter ce genre de crises assez régulièrement. Et vu ce qui s'était passé, cela nécessiterait un gros travail sur lui-même et le soutien de ses proches.
« Bon, je te propose qu'on aille dîner, qu'en penses-tu ? Comme ça, tu pourras te passer un coup sur le visage. »
Draco acquiesça et se redressa. Il se passa la main dans les cheveux et quand Harry commença à marcher, il lui emboita le pas. L'auror entama la discussion afin de le détendre un peu et faire disparaître l'embarras qui demeurait entre eux. Et autant le dire, il se débrouillait très bien. Et petit à petit, Draco se sentit se détendre, et quand Harry lui tendit gentiment son bras, afin de transplaner, le blond l'attrapa avec un certain plaisir. Et il souhaita que la soirée qu'il passerait en sa compagnie serait aussi agréable que la précédente.
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J- 213
Son entretien avec Alguff avait été plus long que prévu. Les gobelins étant de nature très organisée, il avait fallu planifier de suite ses futurs congés. Draco n'avait pas d'ordonnance et ne savait pas quand exactement il comptait s'arrêter, bien qu'il soit en général prescrit pour les grossesses masculines un arrêt de travail à partir du cinquième, voire du sixième mois. Tout dépendait de son état de santé à ce moment-là. Si cette donnée ne pouvait être précisée dans l'heure, un certain nombre d'éléments pouvaient l'être et il s'agissait de les régler le plus rapidement possible.
Autant le dire, son supérieur hiérarchique n'avait pas apprécié l'idée de cette grossesse non prévu mais il avait su se montrer compatissant, ce que Draco n'avait pas osé espérer. Bien évidemment, il s'était fait remonter les bretelles parce qu'il l'avait prévenu très tard, mais au moins Alguff avait compris que c'était une étape difficile pour lui et que son silence lui avait permis de fuir, un temps, ses responsabilités.
Quand Draco arriva au restaurant, Blaise y était déjà attablé. Il était en train de lire un dossier, le visage fermé et concentré, sourd à tout ce qui l'entourait. Le blond s'avança rapidement vers la table et tira la chaise de façon bruyante pour attirer son attention.
« Bonjour Blaise ! Désolé pour le retard. »
Son ami leva ses yeux noirs de son dossier qu'il referma. Son visage se détendit légèrement mais resta sérieux, comme si quelque chose le préoccupait et qu'il cherchait à le lui cacher. C'était souvent comme cela quand une affaire difficile lui tombait entre les mains, et n'étant encore que jeune avocat, la pression sur ses épaules était énorme. Bien plus que celle de Draco qui ne jouait pas sa carrière à chaque dossier lui tombant entre les mains.
« Qu'est-ce qui t'a retenu ?
- Alguff. Je lui ai annoncé ma grossesse. »
Par Merlin, que ce mot pouvait être immonde quand il qualifiait l'état d'un homme…
« Ah ? Ça s'est bien passé ?
- Ça va. On a dû régler pas mal de choses. Je voulais prendre un autre rendez-vous avec lui mais tu connais les gobelins. Le temps, c'est de l'argent.
- Donc il a préféré te retenir un peu plutôt qu'en parler plus posément. Il ne va pas trop t'embêter avec tes congés paternité ?
- Apparemment non. »
Un serveur s'approcha d'eux, leur apporta les cartes et prit leur commande. Ils commandèrent les mêmes apéritifs que d'habitude, et quand l'employé les laissa, ils regardèrent la carte quelques minutes avant de la poser à côté d'eux. Ils commandaient souvent la même chose dans ce restaurant où ils avaient leurs habitudes.
« Sur quoi tu bosses en ce moment ?
- Une affaire de divorce. Madame a trompé Monsieur, Monsieur dilapide les économies du ménage au jeu… Rien de passionnant.
- T'es de quel côté ?
- Du côté de Madame. Et toi, ça va le travail ?
- La routine. Toujours pareil. »
Le serveur posa leurs verres sur la table. Blaise saisit le sien et le porta à ses lèvres. Draco le sentait étrangement fermé. S'était-il disputé avec son copain ? Ou cette femme l'insupportait-elle ? A moins que l'affaire ne soit courue d'avance et qu'il se retrouve plus ou moins face à un mur ?
« T'as été faire les tests ?
- De quoi ?
- De paternité.
- Non, pas encore. »
Ah, c'était peut-être ça. Non, Draco n'était pas allé faire les tests alors qu'il aurait dû le faire depuis très longtemps. A vrai dire, il n'avait même pas pris rendez-vous et les échantillons étaient toujours enveloppés dans des mouchoirs en papier. Ils étaient entassés dans un tiroir de sa commode et n'en avait pas bougé.
« Comment ça ? T'as pris rendez-vous ?
- Non, pas encore.
- Mais qu'est-ce que t'attends ? Tes trois amants t'ont donné leurs cheveux, pourquoi est-ce que ce n'est pas encore fait ? »
Un pli agacé barrait son front. Dire qu'il avait réussi à baratiner sa mère la veille… Mentir à Blaise serait stupide, il était son seul soutien dans cette situation.
« Je ne sais pas. Je crois que je n'ai plus envie de savoir.
- Ah oui ? C'est nouveau, ça. »
Son côté donneur de leçon commençait sérieusement à l'agacer. Draco rongeait son frein, mais il n'allait pas tarder à l'envoyer bouler si ça continuait comme ça.
« Oui, c'est nouveau. Et alors ? C'est mon problème.
- C'est pas plutôt à cause de Potter ? »
Aussitôt, la chaise sur laquelle il était assis devient très inconfortable. Il en vint à regretter de lui avoir donné le nom de ses amants. Surtout celui de Potter, à vrai dire.
« N'importe quoi.
- Arrête, Draco, on sait tous les deux que tu craques pour lui depuis des années. Il est où, le problème ? »
Le problème, c'était que Harry était beaucoup trop gentil. Depuis leur premier rendez-vous dans ce bar, ils avaient dîné trois fois ensemble, et à chaque fois, Draco avait passé un très bon moment. Harry était gentil, prévenant, sans en faire trop. Il savait faire preuve d'humour et le détendre, même sur des sujets délicats comme les enfants, la paternité. La grossesse. Vu son humour des dernière semaines, il pourrait presque qualifier ces repas de magiques. Car quand il en sortait, Draco se sentait comme vidé de toutes ses angoisses.
« T'as peur que ce soit lui ? C'est la meilleure chose qui pourrait t'arriver, avec son courage de Gryffondor, il va forcément reconnaître ton gosse.
- Ça c'est pas dit.
- En tout cas, il faut que tu fasses ce test. Tu n'as pas le choix.
- C'est pas parce que je ferai le test que le père reconnaîtra l'enfant.
- Parce que tu préfères que ton gosse soit un bâtard ? Arrête de te comporter comme un con, Draco. T'attends un enfant, tu ne peux pas le mettre au monde seul. Ton avenir et celui de l'enfant en dépend. »
Draco sentait l'énervement monter en lui. Il le savait, tout ça, mais Blaise ne pouvait pas comprendre tout ce qui se bousculait en lui. Oui, il flippait, que ce soit Harry, Malcolm ou Conrad. Il n'en voulait aucun des trois, pour différentes raisons, et il ne savait absolument pas comment il gèrerait la situation une fois qu'il saurait qui était le père. Ne rien savoir rendrait les choses plus faciles.
« C'est compliqué, Blaise.
- Il n'y a rien de compliqué. Tu as suffisamment d'argent et d'influence pour forcer n'importe qui à reconnaître ton enfant. Ton père n'acceptera jamais la naissance d'un bâtard. Que tu ne sois pas marié, soit, que cet enfant ait un seul parent, c'est inadmissible.
- T'as été briffé par mon père avant de venir ou quoi ?
- J'ai pas besoin de rencontrer ton père pour t'inciter à te reprendre en main. Arrête de fuir et va faire ce test.
- J'ai pas envie de le faire. J'ai pas envie de savoir lequel des trois est le père. C'est peut-être stupide mais fuir ce genre de réalité me permet de tenir.
- Ouais. Bien sûr. Tu fais comme si de rien n'était.
- Tu ne peux pas comprendre, de toute façon.
- Non, c'est évident, mais il est temps que tu arrêtes de fuir. Ça va bientôt faire deux mois que t'es enceint, il serait temps que tu te bouges.
- Arrête de me parler comme ça ! J'ai rien demandé, moi, je fais ce que peux. Et…
- Tu l'as quand même bien cherché. »
Sa voix se bloqua dans sa gorge. Sa voix, son regard fixé sur Blaise, sa main levée qui allait attraper un morceau de pain…
Qu'avait-il dit ?
Qu'avait-il osé dire ?
« Pardon ? T'as dit quoi, là ?
- Rien.
- Répète. Tout de suite.
- Tu l'as cherché. Kenneth n'aurait pas fait ça sans une bonne raison. »
Cette colère qu'il avait appris à gérer, à réfréner, à coincer dans un coin de sa tête revint. Elle grondait dans son ventre, emballait son cœur et tendait les muscles de son visage et de ses mains.
« Tu te fous de moi, là ? T'as vu Kenneth ? T'as parlé avec lui ?
- Il a demander à me…
- Et tu crois ce qu'il t'a dit ? Qu'on avait ce projet ? Tu me vois boire cette potion alors qu'on ne projetait même pas de se marier ?
- T'as toujours été contre le mariage…
- Blaise, tu me fais quoi, là ? »
La colère. La trahison. L'abandon.
Tout ce qu'il avait ressenti au moment où il avait appris sa grossesse bouillonnait en lui. C'était comme si Kenneth était là, dans la pièce, avec son regard de chien battu et ses mots assassins, qui faisaient de Draco un amant peu sérieux qu'il avait tenté de remettre dans le droit chemin et qui en subissait aujourd'hui les conséquences.
Il l'avait sali.
Draco l'avait oublié, parce que c'était plus simple. Mais il l'avait sali. Devant des enquêteurs qui en entendaient des vertes et des pas mûres depuis des années, il s'en fichait bien. Mais devant ses parents, et devant Blaise… la donne était radicalement différente.
Blaise n'avait pas le droit de lui faire ça.
Tout, mais pas ça.
« Rien. Je dis ce que je pense. »
Son visage sombre et fermé lui fit un mal de chien. C'était comme si le maigre espoir qu'il lui avait permis d'espérer s'effaçait. Comme si son horizon se rétrécissait…
« Tu peux pas croire ça. Tu peux pas me faire ça, Blaise…
- Ce que je pense, c'est que tu as donné trop d'illusions à Kenneth, et aujourd'hui, vous en payez tous les deux le prix.
- T'as jamais pu l'oublier, hein ? »
Le regard fixe de son ami dévia sur le côté. Draco se crut sur le point d'exploser.
« Il a jamais voulu de toi, Blaise, il t'a utilisé pour m'avoir, et tu crois en ce qu'il te dit ? Où est passée ton intelligence de Serpentard, Blaise ?
- Venant d'une personne qui s'est envoyé en l'air avec trois personnes en une semaine, à savoir le meilleur ami de son ex, un crétin décérébré et un binoclard con comme ses pieds, je trouve ça très mal placé. »
Soudain, Draco se leva de sa chaise et se précipita hors du restaurant. Tout pulsait en lui, il se sentait à deux doigts d'exploser. De vomir. De disparaître. D'arracher à mains nues ce qui poussait dans son ventre et de s'endormir, pour ne plus se réveiller…
On lui attrapa le bras. Retourné de force, il croisa les yeux sombres de son ex meilleur ami. Sa main vola et claqua sur sa joue brune. Stupéfait par son geste, Blaise le lâcha et écarquilla les yeux. Puis, il reporta son regard sur lui, sa main près de sa joue. Les yeux humides, Draco admira la fin de toutes ces années d'amitié.
« Ne m'approche plus jamais. »
Et Draco transplana.
OoO
J- 207
Harry,
Je passe ma première échographie demain. Je ne veux pas y aller avec ma mère et Blaise n'existe plus pour moi. J'ai peur d'y aller seul. Est-ce que tu accepterais de m'y accompagner, s'il te plait ? J'ai rendez-vous mardi à 18h. Je comprendrais que tu refuses.
Draco
OoO
J- 206
Draco,
Je serai là. Compte sur moi.
Harry.
OoO
Ce matin-là, quand il s'était réveillé, Draco s'était regardé dans le miroir. Il ne portait alors qu'un slip, sous-vêtement qu'il ne portait que très rarement, mais son gynécomage lui avait fait comprendre que ce serait plus pratique qu'un boxer. Pour la première fois depuis deux mois, Draco avait osé se regarder quasiment nu devant le miroir, ce qui était devenu un acte presque tabou à cause des douleurs lui rappelant sans cesse ce qui poussait dans son ventre.
Quand il se lavait, le blond ne regardait plus du tout le bas de son corps. Il avait senti les changements assez tôt, étant donné que les transformations internes de son corps s'étaient traduites par un très léger embonpoint. C'était quasiment imperceptible et Draco ne s'en était rendu compte que parce qu'il faisait du sport quasiment tous les jours dans une salle de musculation. Son ventre plat et finement sculpté en avait aussitôt ressenti les changements. Et lui qui était si fier de ses abdominaux qu'il avait tant travaillés, sans parvenir au résultat escompté car sa morphologie ne le lui permettait pas vraiment, à moins qu'il adopte un autre régime alimentaire, avait vu ce matin-là naître un petit bedon.
A peine visible, le bedon.
Mais bien présent.
Sans lâcher des yeux son ventre, Draco avait laissé sa main caresser doucement cette partie tabou de son corps. Son état empirerait au fil des jours, des mois, et bientôt il ne serait quasiment plus capable de sortir de chez lui. Les grossesses masculines n'avaient rien de particulièrement péjoratif mais se retrouver avec cet énorme poids sur les hanches le rendrait trop mal à l'aise pour qu'il puisse se balader en toute quiétude. Les questions qui fuseraient le mettraient mal à l'aise et les regards qu'on lui lancerait, parce qu'il était enceint et non marié, seraient insupportables.
Dévoiler son ventre au gynécomage fut moins compliqué qu'il ne l'aurait cru. Elle s'appelait Mrs Mercedes White et devait avoir une quarantaine d'année. Malgré son air speed, elle avait su le mettre à peu près à l'aise. C'était en parti dû au fait qu'il avait enfilé un pantalon et qu'elle ne l'avait donc pas obligé à se déshabiller entièrement. C'était une idée d'Harry, ça. Il n'y avait que lui pour avoir ce genre d'idées, d'ailleurs.
White avait enduit son ventre d'un gel froid avant d'y poser sa baguette magique. Sur une toile ensorcelée, des images de son ventre apparurent. Le cœur battant la chamade et les mains posées sur la table d'examen, Draco regarda son bébé apparaître sur le tissu. Il était tout petit et pas très distinct, malgré les rideaux fermés et la grande luminosité du tissu. Et quand ses yeux se posèrent sur cette image si particulière, le blond ressentit quelque chose.
Il avait craint le vide.
L'indifférence.
Il avait craint de ne rien ressentir, quand il verrait pour la première fois son bébé. C'était un peu comme une première rencontre, et il avait vraiment pensé que cet embryon ne créerait aucune émotion en lui. A part de la peur, peut-être. Du dégoût.
Mais Draco ne ressentit rien de tout cela. On ne pouvait pas dire qu'il était heureux, mais une espèce de… quiétude s'empara de lui. Oui, c'était ça. Il se sentait bien. En paix.
Il attendait un bébé.
Un tout, tout petit bébé, qui n'en était même pas encore un. Il en avait juste la forme.
Il allait être papa.
De ce petit bébé.
« Tout va bien, Monsieur Malfoy ?
- Oui.
- Vous êtes sûr ?
- Oui, ça va.
- Certaines personnes réagissent très mal en voyant leur bébé pour la première fois.
- Je vous assure que ça va. »
White détourna les yeux du tissu et regarda son patient quelques secondes. Draco se sentait bien, vraiment. Il était un peu soulagé, à vrai dire. Il avait tellement eu peur de faire une crise de panique qu'il sentait à présent serein. De toute manière, continuer à fuir la réalité ne lui apporterait rien de bon.
« Tant mieux. Donc vous voyez, là… »
Draco n'écouta que d'une oreille ce que sa gynécomage lui racontait, plus intéressé par l'image du bébé que par tout le reste. De toute manière, il n'y comprenait rien et ne voulait de toute façon pas comprendre. Sinon il se mettrait à paniquer en se rendant compte de tout ce qui avait changé en lui et de ce qui allait encore se transformer pour que le bébé puisse quitter son corps. Donc autant jouer au parfait idiot et ne retenir que l'essentiel : il était enceint de deux mois et le bébé allait bien.
« Tout va bien, Mr Malfoy. Votre grossesse se passe étonnement bien. Vous pleurez encore ?
- Un peu moins. Mais ça arrive souvent quand même…
- C'est normal, vous traversez une passe difficile. Comment ça se passe avec vos parents ?
- Ma mère est emmerdante à souhait et mon père est en train d'élaborer une stratégie pour arranger les choses.
- Il vous cherche un époux, je présume. Ou une famille d'accueil.
- Oui.
- Je suppose que vous n'avez pas encore choisi ce que vous comptiez faire.
- Je ne veux pas me marier. Et je ne veux pas le confier à quelqu'un. »
Sa baguette cessa de bouger de sur son abdomen. La gynécomage attrapa du papier et lui essuya le ventre avec des gestes doux et précis.
« Ce serait pourtant la meilleure solution, vous concernant.
- Je sais. Mais je veux garder le bébé.
- D'accord. »
Elle lui fit un léger sourire. Mercedes White travaillait depuis des années dans sa propre clinique et avait eu affaire à de nombreuses grossesses accidentelles. Il n'était pas son premier homme abusé par son conjoint ou compagnon ni son premier aristocrate coincé entre sa famille et ses désirs. La gynécomage ne prenait jamais parti avant que ses patients ne choisissent leur voie, et quand c'était fait, elle les soutenait autant qu'elle le pouvait.
« Est-ce que cette décision est motivée par cet homme qui se trouve actuellement dans ma salle d'attente ?
- Non.
- Est-ce que Monsieur Potter est le père ?
- Je ne sais pas. »
Les sourcils de la femme se foncèrent alors que, son ventre enfin propre, Draco reboutonnait son pantalon et baissait son tee-shirt et son pull.
« Vous n'avez pas encore fait le test ?
- Non.
- Pourquoi attendez-vous ?
- Je ne sais pas.
- Vous avez peur ?
- Oui. Je ne veux pas en parler, Docteur.
- Très bien. Mais sachez qu'il est nécessaire que vous fassiez ce test, Mr Malfoy, ne serait-ce que pour votre enfant.
- Je sais. »
Comme pour clore la conversation, Draco se leva de la table d'examen. Il alla s'installer sur une des chaises posées devant le bureau de la spécialiste et fouilla dans la poche de son manteau pour en sortir sa bourse. White s'assit à son tour et termina sa consultation, non sans insister sur la nécessité de procéder au test de paternité. Elle lui répéta également qu'elle était à son entière disposition si jamais il était pris d'un doute, quel qu'il soit. Enfin, il la paya et elle le raccompagna jusqu'à la porte.
Le cabinet comportait deux portes : une par laquelle chaque patient entrait et une par laquelle ils sortaient. Cependant, Draco était le dernier rendez-vous du Dr White et il n'y avait personne dans la salle d'attente quand ils étaient arrivés. La discrétion qu'il avait exigée pour ce premier rendez-vous était donc totale, et parce qu'il n'était pas venu seul, la gynécomage le fit repasser par la salle d'attente plutôt que par la porte habituelle.
Assis dans un siège plutôt confortable, Harry était en train de lire l'édition du jour de la Gazette du sorcier. Le bruit de la porte se refermant sur Draco lui fit lever les yeux de son journal. Le brun lui fit un léger sourire tout en repliant le quotidien.
« Ça s'est bien passé ?
- Très bien. Le bébé va bien, il se développe correctement. Rien à signaler. »
L'auror venait de reposer le journal sur la table basse au milieu de la salle d'attente. Il leva et, tranquillement, ils quittèrent la pièce vide. La secrétaire qui les avait accueillis s'en était déjà allée, ils purent donc quitter la clinique sans rencontrer personne.
Draco savait qu'emmener Harry avec lui serait mal perçu, même si la secrétaire était tenue au secret professionnel. La clinique était privée et de haut standing, il était évident que la présence de l'auror ne serait jamais divulguée. Cependant, il avait eu besoin de venir avec quelqu'un, et vu que personne dans son entourage n'était encore au courant de sa grossesse… Non, en fait, il avait juste voulu que lui, il soit là.
Lui et pas un autre.
Il faisait nuit noire et un froid pas possible. Mais visiblement, ni l'un ni l'autre ne voulait qu'ils se séparent, car Harry commença à lui poser des questions sur son rendez-vous et Draco lui répondit aussitôt. Il avait été touché que l'auror lui réponde aussi vite, qu'il soit arrivé à l'heure à leur lieu de rendez-vous et qu'il n'ait pas paru agacé ou fatigué quand Draco l'avait laissé dans la salle d'attente. Et à présent, qu'il lui pose des questions plutôt précises sur son entretien lui faisait plaisir. Et du bien, aussi. Parce qu'il se sentait moins seul et que son intérêt était vrai, sincère.
« Et quand est-ce que tu sauras le sexe du bébé ?
- A mon prochain rendez-vous, en mars.
- C'est loin…
- Oui. Mais moi, ça me convient tout à fait.
- Elle était étonnée de me voir ?
- Elle connait les noms des trois pères potentiels. Donc oui et non.
- Tu lui dis tout ?
- Presque. Elle est habituée, tu sais…
- T'as fait le test ?
- Non, pas encore.
- Pourquoi ?
- Parce que, pour le moment, je n'ai pas envie de savoir. »
C'était trop compliqué pour lui en ce moment et il ne se sentait pas prêt à connaître le nom du père. Et il savait aussi que l'ignorer l'aiderait à continuer à mettre de côté sa grossesse. C'était stupide, il en avait conscience, mais il gérait tout ça comme il le pouvait, et pour le moment, il estimait ne pas s'en sortir trop mal. Son déni demeurait puissant, un peu trop même. Mais il allait un peu mieux, malgré tout.
« Je comprends.
- Ah oui ? Tu comprends ?
- A ta place, je serais partagé entre l'envie de savoir et la peur, justement, de savoir qui est le père.
- Et à ma place, tu ferais quoi ?
- Tu ne peux pas me demander ça ! Je suis peut-être concerné, forcément j'ai envie que tu fasses le test. »
Draco hocha nerveusement la tête. Il avait tendance parfois à oublier que ce type pouvait être le père de son bébé. Après quelques secondes d'hésitation, le blond glissa sur bras sous celui d'Harry. Il pensa que le brun le repousserait, mais au contraire, Harry rapprocha son bras de son corps, comme pour bloquer la main de Draco, pour qu'elle ne parte pas. Ce geste lui arracha un sourire.
« Dis, je peux te parler de quelque chose ?
- Bien sûr.
- Je me suis engueulé avec Blaise.
- Oui, ça je sais. Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Il m'a dit que je l'avais cherché.
- De quoi ?
- Ma grossesse ?
- Comment ça ?
- Je ne m'intéresse pas à tout ça… Mais apparemment, Kenneth raconte qu'on avait des projets et que…
- Putain, mais quel connard… »
Draco leva un regard surpris vers Harry. Ce dernier avait l'air profondément agacé. Le blond se rapprocha un peu de lui, le cœur battant.
« Ouais.
- Et Blaise croit ça ? Que c'est en partie de ta faute ? Il se rend pas compte que, quelle que soit la raison pour laquelle il t'a fait ça, le plus important c'est qu'il t'a fait boire cette putain de potion à ton insu ?
- Bah…
- C'est toi la victime. Tu pourrais être l'enfoiré du siècle, il n'avait pas le droit de te faire ça.
- Je sais. Je sais… »
Sa dispute avec Blaise avait provoqué beaucoup plus de dommages qu'il ne l'aurait pensé. Draco en avait parlé avec son père, à contrecœur, et ce dernier lui avait avoué que Kenneth reconnaissait ses tords mais affirmait que Draco en était aussi responsable, à cause des projets qu'ils avaient commencé à fonder ensemble. Des projets qui n'avaient jamais existé, le blond n'ayant même pas abandonné sa propre maison dans laquelle il logeait encore régulièrement à l'époque où ils vivaient ensemble. Jamais Draco ne se serait engagé aussi sérieusement avec un homme après quatre mois de relation. Pour se sauver la mise après cette folie, son ex cherchait à porter une partie de la faute sur le blond.
Et Blaise l'avait cru. Pourtant, ce crétin savait que Kenneth s'était servi de lui. En fait, son ex l'avait déjà repéré à Poudlard, mais parce qu'ils avaient deux ans de différence, il n'avait jamais essayé d'approcher cet adolescent blond imbu de lui-même, qui de toute manière demeurait impossible à atteindre de part le statut de sa famille. Des années plus tard, il l'avait aperçu à un mariage. Les invités étaient si nombreux que Draco ne l'avait pas remarqué et son ex n'avait pas osé se présenter à lui.
Kenneth et Blaise s'étaient rencontrés par connaissances communes et ce dernier s'était laissé charmer par l'ex-Gryffondor. Ce dernier avait profité de leur amitié pour l'accompagner à un gala organisé par Narcissa Malfoy et alors Blaise les avait naturellement présentés, sans préciser toutefois qu'il avait de sérieuses vues sur Kenneth, ce que Draco aurait remarqué tout de suite si le jeune homme ne lui avait pas fait de discrètes avances. Par la suite, ils s'étaient fréquenté et avaient commencé à sortir ensemble, ce qui ait été un vrai coup dur pour Blaise.
Bien évidemment, ils avaient eu une discussion sur le sujet. Blaise lui en avait voulu de lui avoir ainsi volé sa cible, mais son ami s'était assez rapidement résolu à l'idée que Kenneth s'était servi de lui du début à la fin, et que dans le fond, Draco n'y était pour rien. D'ailleurs, ce dernier ne lui avait jamais piqué ses copains, et pourtant, il était déjà arrivé que des ex à Blaise, et même pas forcément des ex, viennent le draguer. Par respect, le blond les avait toujours tenus éloignés de lui. Et s'il avait su que son ami visait Kenneth, ce dernier ne serait jamais entré dans sa vie.
« Donc vous vous êtes engueulés ?
- Ouais. »
Et il l'avait giflé. Parce que c'était trop. Beaucoup trop…
« Merci de m'avoir accompagné. Vraiment.
- Je t'en prie, c'est normal.
- Non, c'est pas normal. T'étais pas obligé.
- Je te l'ai déjà dit : si tu as besoin de moi, je suis là.
- T'es trop gentil.
- Je sais. Je t'invite à dîner ? Je connais un bon restaurant pas très loin.
- Avec plaisir. »
Ils tournèrent au coin de la rue, Draco se laissant emmener sans négocier. L'esprit plus léger, parce qu'enfin il se sentait soutenu, même si la situation était plus que délicate, le blond se dit qu'il allait passer une bonne soirée. Même s'il savait que se laisser ainsi mener par Harry était tout, sauf une bonne idée.
OoO
J-201
Sa mère attendait à l'entrée de la banque depuis dix minutes. Avec toute sa grâce naturelle, Alguff était passé dans son bureau, avait ouvert la porte comme une brute, lui avait quasiment craché au visage que sa génitrice poireautait dans la salle du bas et qu'il serait temps qu'il lève son gracieux fessier de sa chaise pour aller la rejoindre. Enfin, il était parti comme il était venu : avec bruit, jurons et sa démarche maladroite.
Fatigué, Draco se massa le front. Il n'avait pas vraiment envie de descendre, et pourtant, il devait s'y résigner. Sa mère lui en voudrait de la faire attendre encore plus longtemps alors qu'il aurait dû terminer de travailler depuis dix bonnes minutes. Draco n'était pas vraiment du genre à préparer ses affaires un quart d'heure avant de quitter les lieux, comportement qui était très mal vu par ses collègues et était même parfois motif de renvoi, mais il ne faisait jamais d'heures supplémentaires, pour la bonne et simple raison qu'elles n'étaient pas payées. Les gobelins étaient connus pour être des radins. Et des radins intelligents, en plus.
Le lendemain de sa première échographie, Draco avait avoué sa grossesse à son collègue et supérieur. Parce que les gobelins étaient des créatures méfiantes, et fort peu sympathique, chaque sorcier était géré et surveillé par l'un d'eux. Après avoir travaillé avec deux partenaires différents, avec lesquels cela s'était très mal passé, Draco avait dû travailler avec le vieux Alguff. Après une difficile période d'adaptation, une sorte de complicité était née entre eux, pleine de disputes, de pics, de blagues qu'eux seuls comprenaient et de ragots en tous genres.
Dans les faits, Alguff restait persuadé que les sorciers étaient des êtres malfaisants, voleurs et Ô combien stupides et Draco penserait toujours que les gobelins étaient des êtres malfaisants, laids à faire peur et psychorigides. Cette espèce d'honnêteté, d'évidence, faisait de leur relation quelque chose d'unique que personne ne pouvait comprendre.
Quand le blond avait annoncé à Alguff qu'il attendait un enfant, le gobelin était resté silencieux. Il connaissait Draco depuis peu de temps, au final, mais suffisamment pour savoir que ses mœurs pouvaient être assez légères. Alors, évidemment, Draco lui avait raconté les faits avec toute l'objectivité dont il était capable, car essayer d'émouvoir un gobelin par le mensonge ou l'exagération revenait à se discréditer. Jusqu'à ce qu'il ait fini, son collègue s'était tu.
Quand il eut terminé, Alguff lui dit qu'il s'était comporté comme un con. Forcément, Draco s'était énervé, arguant qu'il ne pourrait jamais comprendre. Mais le gobelin avait maintenu sa position jusqu'au bout : Draco s'était accoquiné à un parfait crétin qui s'était joué de lui jusqu'au bout. Ça lui pendait au nez, une connerie dans le genre, Alguff lui avait toujours dit que ses aventures n'étaient faites ni pour durer, ni pour bien se terminer. Ses mots lui avaient arraché des larmes, et en quelques minutes, il se retrouva le visage dans les mains à essayer de se calmer, Alguff lui tapant la tête avec la boite de mouchoirs en jurant dans sa barbe.
Le gobelin n'était pas un tendre. C'était même un parfait abruti, et c'était sans doute pour cela qu'ils s'entendaient aussi bien. Les jours qui suivirent, son collègue se montra pourtant étonnamment protecteur vis-à-vis de lui, parcourant les interminables couloirs de Gringotts à chaque fois que sa mère ou son père se présentait en bas pour le récupérer et donc le forcer à venir dîner chez eux. Il se montrait affreux avec ses parents, d'ailleurs.
Pourtant, Alguff savait que malgré toutes ses plaintes, Lucius et Narcissa l'aidaient à leur manière et que d'autres familles l'auraient tout bonnement rayé de leur lignée, même si Draco n'était pas responsable de cette grossesse. La vérité, c'était que malgré tout, ses parents l'aimaient. Ce n'était pas qu'une question de descendance qui pourrait poser problème si jamais son père le reniait. Sa mère n'avait jamais pu donner naissance à d'autres enfants et ni elle, ni Lucius ne semblaient décidés à renoncer à leur fils unique. Même s'il allait donner naissance à un bâtard.
Draco rangea sa paperasse puis il se leva. Il enfila sa cape d'hiver, vérifia que tout était à sa place, et enfin il sortit de son bureau. C'était son dernier jour avant les petites vacances qu'il s'accordait pour les fêtes. Les gobelins ne fêtaient pas Noël donc il n'était pas bien compliqué d'obtenir un congé à cette période de l'année. Cependant, Draco n'avait demandé que quelques jours, histoire de se reposer un peu et de passer les fêtes avec ses parents. Cependant, les festivités le lassaient très vite et il n'avait vraiment pas envie de se retrouver avec sa mère dans les pattes à parler bébé.
Avant de quitter l'étage, le banquier passa voir Alguff pour lui souhaiter une bonne soirée. Le gobelin lui grogna quelque chose puis lui dit de ne pas oublier son cadeau de Noël, sinon il pouvait toujours s'assoir sur le sien. Draco eut un sourire amusé, et tout en descendant les escaliers menant à la salle du bas, il se demanda ce qu'Alguff allait lui offrir cette année.
Le nouvel an était une date bien plus symbolique pour les gobelins, et parce que l'an dernier Draco avait envoyé une bouteille d'un excellent hydromel à son collègue pour les fêtes, il avait eu la surprise de découvrir au matin du premier janvier un collier en argent finement ouvragé dont le pendentif, composé d'entrelacs, était symbole chez les gobelins de richesse. Ce vieux bougre d'Alguff, pourtant si radin, avait mis des mois à reconnaître qu'il avait été touché par son attention, si rare de la part d'un sorcier. Et encore, il ne l'avait reconnu à demi-mots que parce que Draco avait pensé à lui pour son anniversaire, et sa mine refrogné qui cachait bien mal son plaisir évident avait été révélatrice.
Elégante, comme toujours, sa mère l'attendait non loin de l'entrée. Elle portait une robe bleu foncée à demie recouverte par sa cape noire bordée de fourrure blanche. Draco pressa le pas en la voyant, et quand il fut devant elle, ils échangèrent un sourire avant de quitter les lieux rapidement.
Dehors, il faisait un froid terrible. Sa mère referma sa cape sur son corps tandis que Draco mettait ses gants. Il se dit que le temps était assez clément pour un mois de décembre, comparé à l'an dernier où Londres s'était retrouvée recouverte non pas de neige mais de gadoue où il avait manqué plusieurs fois de glisser.
« Ne nous attardons pas, Draco. Rentrons au Manoir.
- Père est déjà rentré ?
- Non, pas encore, mais il ne va pas tarder. »
Elle lui attrapa la main, et l'instant d'après, ils se retrouvèrent dans le vaste hall d'entrée du Manoir. Mécaniquement, Draco retira sa cape tandis que sa mère la laissait tomber sur un elfe de maison. Le blond la tendit un peu plus gentiment à l'un d'eux. Quand il avait quitté le Manoir, ses parents avaient voulu lui imposer des elfes de maison pour s'occuper de sa demeure mais Draco avait refusé. Il avait beau être habitué à leur présence, il avait toujours trouvé leur présence plutôt… malsaine. Même si, dans les faits, il aurait bien aimé avoir quelqu'un pour nettoyer son chez lui. Cependant, il avait un petit côté parano qui l'empêchait d'employer une femme de ménage.
Sa mère marcha vers le grand salon attenant à l'entrée principale. Draco la suivit sans mot dire, et quand il entra, il fut subjugué par la beauté du lieu qui avait été décoré pour les fêtes de Noël. Cette année, c'était ses parents qui organisaient les fêtes et une grande réception serait donnée le vingt-quatre décembre. Le lendemain, ils iraient chez une cousine de son père, la tante Belvina. Draco ne savait pas vraiment s'il en avait envie. Et quand il eut cette pensée, il se dit que c'était bien la première fois qu'il osait remettre en question sa présence à une telle réception.
« Rappelle-moi, Draco, tu ne travailles pas demain, c'est bien ça ?
- J'ai pris ma journée. Comme je sais que…
- Très bien, je t'attends donc demain à dix-huit heures. Ne t'avise pas d'arriver en retard.
- Pourquoi si tôt ? La réception…
- J'ai quelqu'un à te présenter. »
Le visage de Draco se ferma alors que sa mère s'asseyait dans le canapé. Il lui avait parlé de son rendez-vous, sans mentionner la présence d'Harry, bien entendu. Depuis la dernière fois où ils avaient établi une stratégie pour gérer la grossesse de Draco, qui avait maintenu qu'il n'épouserait personne, le sujet n'avait plus été abordé, ni avec son père, ni avec son mère. Cependant, ils n'avaient manifestement pas oublié leur projet de l'unir à quelqu'un.
« Ah oui ?
- Oui. C'est un charmant…
- Je ne rencontrerai personne.
- Draco, mon chéri, il faut que…
- Je ne me marierai pas. Et je ne cèderai pas non plus mon enfant à une autre famille. »
Le visage si doux et calme de sa mère se tendit. Elle perdit aussitôt le sourire et ses yeux perçants le dévisagèrent.
Ils voulaient le marier.
Et lui qui avait cru bêtement qu'ils le laisseraient tranquille, qu'ils accepteraient la situation même si elle était inconfortable et honteuse… Bien évidemment que ses parents ne tolèreraient jamais que leur fortune revienne un jour à un bâtard, et que leur bien aimé fils se retrouve père célibataire d'un enfant non voulu et qu'il n'aimerait sans doute jamais.
« Draco, écoute-moi.
- Ma décision est prise.
- Tu nous as déjà fait beaucoup de peine, à ton père et à moi, quand tu as décidé de devenir banquier.
- Je n'ai pas…
- C'est ce que tu es devenu.
- Sans Potter, Père aurait passé sa vie dans ce Manoir. A l'époque, je n'avais pas de meilleure solution que de trouver un travail.
- Tu attends un enfant, Draco. Nous avons beau essayer de l'accepter, c'est impossible pour nous de l'envisager. Tu dois te marier. Ou abandonner l'enfant. »
Sans doute avaient-ils sillonné tout leur réseau de connaissances, sans jamais divulguer l'état de leur fils unique. Et sans doute avaient-ils trouvé quelques partenaires potentiels qui accepteraient d'épouser Draco et sans doute de reconnaître l'enfant. Et quel enfant…
Etait-ce ça, la vie dont il rêvait ? Se marier à un aristocrate qui négligeait cet enfant non désiré, et qu'il finirait par quitter parce que Draco avait un sale caractère et qu'il n'accepterait jamais de se plier aux règles de son… « sauveur » ?
Non, il voulait vivre librement. Et si cela signifiait qu'il serait père d'un bâtard, voire être renié de sa famille, Draco était prêt à prendre le risque. Cette échographie, après coup, l'avait bouleversé. Cet enfant qu'il n'avait pas désiré était alors devenu plus concret, et même s'il ne parvenait toujours pas à envisager sa naissance et leur avenir, Draco avait réalisé qu'il voulait le garder. C'était bizarre, il ne comprenait pas bien pourquoi, mais cet enfant, il voulait le garder et l'élever. Quitte à renoncer à tout ce qui avait constitué son univers durant plusieurs années.
Harry avait manqué de s'étouffer quand il lui avait dit, tout à trac, que s'il ne ménageait pas un peu plus ses parents, ils risqueraient de retourner leur cape et de le déshériter. Son regard halluciné reflétait alors la multitude d'interrogations qui se bousculaient dans sa tête. Et parce que le brun possédait un tact des plus appréciables, il ne demanda pas plus de précisions quand Draco lui avait simplement dit que ses parents étaient relativement ouverts d'esprit et qu'il ne faudrait pas trop les titiller, au risque de voir son nom rayé de leur testament.
« Je ne me marierai pas. Ce serait stupide, je n'ai jamais réussi à rester très longtemps avec un homme, alors épouser quelqu'un que je ne connais pas…
- Tu n'a pas besoin de le connaître ou de l'aimer. Il faut sauver l'honneur de la famille, Draco, et il est hors de question que cet enfant reste sans un second père.
- Mère, tout le monde saura que ce potentiel époux n'est pas le père de l'enfant !
- C'est évident. Mais au moins il n'y aura pas qu'un seul nom sur l'acte de naissance. Et ne me regarde pas comme ça, Draco. Je sais que tu n'as pas encore faire le test de paternité, et vu la situation, il vaut mieux que tu ne le fasses pas. Je ne veux pas d'un de tes amants de passage comme père. »
A croire qu'on lui avait retourné le cerveau. Mais qu'est-ce qui avait bien pu se passer pour que, soudain, elle change complètement d'avis ? Etait-ce que le réveillon du lendemain qui la mettait dans un tel état ? Avait-elle réalisé que le corps de son fils changerait au fil des mois, qu'il ne serait bientôt plus possible de se cacher, et surtout qu'ils avaient beaucoup trop tardé pour lui trouver un époux convenable ? Ou réalisa-t-elle soudain que Draco n'avait jamais, Ô combien jamais, eu l'envie de s'unir pour la vie avec un homme et fonder un foyer, et que non seulement il ne serait plus sur le marché des hommes à marier, mais en plus il se contenterait sans doute de sa petite vie de banquier avec son gosse ?
« Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ?
- Excuse-moi ?
- Pourquoi as-tu changé d'avis ? Avant, tu semblais accepter la situation. Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Ce qui s'est passé ? Tu n'en as pas la moindre idée ?
- Absolument pas.
- Je connais l'identité de tes trois amants.
- Pardon ?
- Je sais avec qui tu as couché. Et aucun des trois ne conviendra à notre famille. Sauf peut-être le dernier, mais je doute fort qu'il accepte de reconnaître l'enfant et surtout de t'épouser. »
Son regard si froid semblait lire dans ses yeux toute l'angoisse qui le traversait de part en part. Elle l'avait piégé. Etait-il donc si déconnecté de la réalité que ça ? Comment avait-elle pu savoir ? Etait-ce Blaise qui avait osé lui donner les noms ?
Comment avaient-ils réagi en apprenant qu'il avait couché avec Harry ? Comment avaient-il vécu l'idée qu'il s'était envoyé en l'air avec l'un des meilleurs partis d'Angleterre, celui qui les avait tiré du pétrin où Lucius s'était enfoncé, et que jamais, Ô grand jamais, cet homme ne s'unirait officiellement avec leur fils ?
Ce mariage, qu'ils ne désiraient sans doute pas, serait sans doute la meilleure chose qui aurait pu lui arriver. Mais Harry Potter, ce héros, comme s'il allait se salir avec cet enfant accidentel… Comme s'il allait se laisser se faire piéger…
« Comment as-tu su ?
- On t'a fait suivre. Tu le fréquentes un peu trop, en ce moment. J'ai appris que tu t'étais violemment disputé avec Blaise et que tu ne lui adressais plus la parole. Je me suis donc demandé si tu te rendrais seul à ton échographie. La réponse m'a beaucoup, beaucoup étonnée. Et ne parlons même pas de ton père…
- Je ne sais pas si Potter est le père.
- Pourquoi le fréquentes-tu, alors ?
- Je ne sais pas. »
Parce qu'il était terriblement gentil. Parce qu'il était incroyablement beau, dans sa manière de regarder, de lui parler, de lui sourire…
Et parce que quand il était là, tout lui paraissait plus simple. Lui parler de ses problèmes, de ce qui lui passait par la tête, de ses angoisses et de ses problèmes, lui faisait tellement de bien…
« J'avais besoin d'y aller avec quelqu'un. Et il était là.
- Il serait prêt à reconnaître l'enfant ?
- Non.
- Alors arrête de le fréquenter.
- Je n'ai aucune raison de t'obéir. »
Soudain, sa mère se leva. Elle paraissait sur le point de craquer. La voir dans un tel état, avec ses yeux brillant de colère et de larmes contenues, lui fit un, mal de chien. Mais Draco avait trop souffert pour renoncer à cet équilibre qu'il avait enfin trouvé.
Il marchait hors des sentiers battus.
Mais tant pis.
Il était enceint. Et malgré tout ce que ses proches pouvaient penser, il était seul. Terriblement seul, avec ce bébé logé au creux de ses reins.
« Tu veux donc déshonorer notre famille, Draco ?
- Je ne le veux pas. C'est déjà fait. »
Il aurait voulu que sa mère secoue la tête. Qu'elle soupire et qu'elle lui dise que, non, il n'avait pas encore franchi cette limite. Que ça irait, qu'ils trouveraient une solution, et surtout, que ce n'était pas de sa faute. Mais elle quitta la pièce.
Comme ça.
Sans un mot.
Narcissa sortit du salon, le visage douloureux et la tête basse. Et quelques minutes plus tard, Draco quitta le Manoir.
OoO
J-200
Draco,
J'ai vu ta mère, ce matin. Elle m'a parlé de ta grossesse et de ce qui s'est passé hier. Est-ce que tu vas passer Noël avec tes parents ? Je passe le réveillon chez les Weasley, mais je peux annuler, si tu as besoin de moi, et le vingt-cinq décembre, je serai à la maison avec Teddy et Harry. Tu es le bienvenu.
Je peux demander à Harry de ne pas venir.
Je t'embrasse,
Ta tante
OoO
J-199
Devant la vielle cheminée en pierre, Teddy avait étalé tous ses jouets préférés. La plupart étaient assez récents, étant donné que l'enfant était entré à la grande école et qu'il cessait, petit à petit, de s'amuser avec des jouets peu adapté à son âge. Seuls l'antique train en bois de son père et le vieux doudou de sa mère avaient leur place parmi ces peluches encore douces, les petits balais et personnages étalés sur le tapis. Dans le tas, Draco repéra la peluche de dodo qu'Harry avait acheté quelques temps plus tôt. Depuis qu'il était arrivé, il n'avait pas vu l'enfant s'en séparer un seul instant, et même quand il ne jouait pas avec, elle restait tout près de lui.
Cela faisait déjà une dizaine de minutes que Draco regardait Teddy jouer. En général, il finissait toujours par s'ennuyer, ne comprenant pas bien comment un enfant pouvait passer des heures et des heures à s'amuser de la sorte. Ces mécanismes lui avaient toujours échappé. Cependant, sans doute parce qu'il était enceint, son regard sur le petit garçon avait diamétralement changé. Car cet univers que Draco n'avait jamais cherché à comprendre finirait tôt ou tard par devenir le sien.
Et bien malgré lui, il ne pouvait s'empêcher de s'imaginer son futur enfant à la place de Teddy. Et s'imaginer là, dans un canapé, avec son petit garçon ou sa petite fille en train de s'amuser devant l'âtre, l'emplissait d'un étrange sentiment d'angoisse. Comment serait son enfant ? Saurait-il jouer avec la même bonne humeur que Teddy ? Serait-il aussi facile à combler ? Aurait-il son caractère si impétueux et si gentil, ses grands yeux pétillants et ses petites attentions aussi modestes que touchantes, comme le dessin qu'il lui avait fait pour son Noël ?
Draco ne voulait pas un enfant parfait. Il n'avait jamais su l'être pour ses parents et en avait longtemps souffert. Il ne voulait pas d'un enfant sage qui resterait dans son coin en essayant de se faire oublier et qu'on enfermerait dans un placard à chaque fois qu'il ferait une bêtise. Ce qu'il souhaitait, lui, c'était un garçon ou une fille qui saurait être aussi vivant que Teddy l'était, qui saurait lui redonner le sourire quand ça allait mal et qui parviendrait à lui donner envie de se battre et d'avancer.
« Tiens, Draco. »
La voix de sa tante l'arracha à ses pensées. Il attrapa la tasse de café qu'elle lui tendait, et quand elle s'assit à côté de lui, sa cuisse tout contre la sienne, il se sentit bien. Ça n'avait jamais été simple avec Andromeda, et Harry avait beau dire tout ce qu'il voulait, elle n'était pas fondamentalement gentille. Draco la trouvait même plutôt hypocrite. Avec tout ce qu'elle avait vécu, entre son enfance difficile avec des parents peu compréhensif, son exclusion et la honte que la naissance de Nymphadora avait jeté sur elle, Andromeda avait dû créer des barrières solides pour ne pas s'effondrer.
Dans le fond, Draco l'avait toujours admirée. Quitter sa famille, renoncer à un beau mariage et s'unir à l'homme qu'elle aimait, c'était déjà incroyable, et survivre à la naissance d'une enfant comme sa cousine, l'aimer comme une dingue et se battre bec et ongles pour qu'elle soit une enfant comme les autres, Draco trouvait cela fantastique. Complètement fou, certes, mais fantastique. Sa tante n'était pas une héroïne, juste une fille qui avait décidé d'être heureuse. Et la vie le lui avait bien rendu, même si son bonheur s'était effondré au décès de son époux et de Nymphadora. Elle ne lui avait laissé qu'un bébé qui était devenu sa raison de vivre.
Durant toutes ces années, Draco avait eu des contacts particuliers avec cette tante qui avait toujours eu une attitude ambivalente à son encontre, oscillant entre gentillesse et indifférence. En grandissant, Draco avait compris qu'elle n'avait rien contre lui personnellement mais que cet enfant trop parfait qui ne savait pas jouer et qui détestait se salir l'insupportait prodigieusement, tout comme son beau-frère et la femme que sa sœur était devenue. Après la guerre, ses relations avec Andromeda s'étaient améliorées, et ce bien avant qu'il n'ait à intervenir dans le conflit d'héritage.
Un jour, Draco lui avait même avoué qu'il adorait venir chez elle, quand il était petit. Chez elle, ce n'était pas très propre, il n'y avait que des vieux jouets, le jardin n'était pas entretenu, et en plus l'oncle Ted lui faisait parfois un peu peur avec sa grosse voix. Mais quand elle le prenait dans ses bras, quand elle lui préparait son dessert préféré ou quand elle lui racontait une histoire, il avait comme la sensation d'être chez lui. Car toutes ces petites choses, cela faisait bien longtemps que sa mère ne les lui accordait plus.
« Teddy, fais attention, ne reste pas trop près du feu.
- T'inquiète pas, Mamie !
- Oh mais je ne m'inquiète pas, mon ange, mais rappelle-toi quand tu as posé ta licorne en peluche à côté du brasier.
- Je fais attention ! »
Draco pouffa alors que sa tante levait les yeux au ciel. Il lui demanda si cette fameuse peluche, qui avait dû finir carbonisée, était un cadeau d'Harry. Andromeda lui répliqua que c'était arrivé une fois et Teddy avait été tellement malheureux que plus aucun cadeau de son parrain ne trainait trop près d'une « zone à risque ». C'était cette petite dinde de Ginny Weasley qui lui avait offert cette licorne, et à vrai dire, Teddy avait été plus effrayé par le feu qu'autre chose.
« Je suppose qu'il a été gâté, pour Noël.
- Oh oui ! Mais tu sais, ils n'ont pas beaucoup de goût, ces rouquins. Ils sont gentils mais ils n'ont pas inventé le fil à couper le beurre.
- Tu es mauvaise langue…
- Bien sûr que non. Tu sais, ces pulls immondes que Molly tricote à tous ceux qu'elle considère comme ses enfants, Teddy y compris, je trouve ça adorable. Vraiment. Mais si tu voyais le pyjama que les jumeaux ont osé lui offrir… Même Teddy a trouvé ça moche. Et pourtant il n'est pas compliqué, tu sais.
- Il a fait la grimace ?
- Non, c'est un enfant bien élevé ! Mais quand les jumeaux ont voulu le lui mettre, il n'a pas voulu l'enfiler. Oh, et tu verrais ce que Percy et Audrey lui ont offert, même Harry a fait la grimace, et par Merlin, il n'est vraiment pas difficile, lui…
- A t'entendre, ni Teddy ni Harry ne sont compliqués à contenter.
- Teddy joue avec un rien, il s'amuserait avec un caillou. Et Harry, lui, il a grandi en jouant avec des cailloux. »
Le regard de Draco partit dans le vague. La veille, il avait accepté l'invitation d'Andromeda. Il aurait pu lui demander de ne pas inviter Harry, mais il estimait qu'il n'avait pas à priver l'auror de son filleul le jour de Noël. Mais c'était sans compter son bon cœur de Gryffondor. Quand Draco était arrivé, Harry n'était pas là et sa tante lui avait assuré que c'était lui qui avait préféré ne pas venir. Il passerait sur les coups de trois heures pour boire le thé et jouer avec Teddy. D'ici là, le blond avait le choix, entre rester et partir.
« Quand est-ce que tu reprends le travail ?
- Dans deux jours.
- Si vite ?
- Travailler m'occupe l'esprit. Si je pouvais, je reprendrais demain.
- Ne dis pas ça.
- Ça ne va pas s'arranger, tu connais assez mes parents pour le savoir, Tata.
- Si tu as décidé de vivre ta vie comme tu l'entends, il va falloir que tu regardes devant toi et que tu avances, Draco. Tes parents ne t'aideront pas.
- J'ai l'impression… que tout va trop vite. Et que j'ai trop de choses à gérer. Le bébé, mes parents, le regard des autres…
- On s'en fout du regard des autres. C'est ta vie, Draco, ce n'est pas les autres qui vont la mener à ta place. Qu'importe ce qu'on te dit ou ce qu'on pense de toi : ce n'est pas ta faute. Tu n'as pas choisi d'avoir un enfant. C'est vrai, tu as des mœurs plutôt légères et tu aurais dû te protéger, mais qui aurait pu penser qu'une de tes boissons serait trafiquée ? Personne. Tu n'as rien cherché, tu n'as rien demandé, et aujourd'hui tu attends un enfant. L'honneur de ta famille ne t'aidera ni à gérer ta grossesse, ni à t'aider dans l'éducation de cet enfant.
- Je sais, tout ça. Mais j'en peux plus de voir tout le monde me tourner le dos.
- C'était évident que tes parents finiraient par retourner leur cape.
- Je sais, mais… »
Sa gorge se serra. Les yeux posés sur Teddy, Draco se sentit submergé par toutes ces putains d'émotions qu'il tentait de canaliser depuis deux jours. Il avait passé son vingt-quatre décembre devant sa cheminée à pleurer, en se maudissant d'être si faible, d'être incapable de prendre de décision raisonnable, et de continuer à s'enfermer chez lui comme il le faisait depuis trois mois parce qu'il ne supportait plus le regard du monde et tous ces problèmes impossibles à affronter seul.
Seul.
Il était seul.
Depuis le premier jour, depuis que le médicomage lui avait annoncé qu'il attendait un enfant, il avait été seul.
« Draco ? Ça va pas ? »
Blaise l'avait abandonné et ses parents le reniaient, au moment où il avait le plus besoin d'eux. Ses autres amis, Pansy, Théodore, tous lui tourneraient le dos petit à petit, et peut-être même étaient-ils déjà au courant de son état, si Blaise avait bel et bien balancé le nom de ses amants à sa mère. Car comment aurait-elle pu les connaître, sans son intervention ?
Et le seul qui semblait là pour lui, il ne pouvait même pas accepter son aide. Même s'il en crevait d'envie.
Même s'il ne rêvait que de sentir ses bras autour de lui, sa bouche contre la sienne et l'entendre lui dire que tout irait bien…
« Draco, pourquoi tu pleures ?
- J'en peux plus… »
Il serra les dents, les yeux aveuglés par les larmes et la lumière du feu dans la cheminée. Il sentit le bras d'Andromeda dans son dos, son visage tout près du sien.
« De quoi, tu n'en peux plus ?
- D'être seul… »
Sa main se posa sur son ventre. Sa main un peu ridée, un peu froide. Cette main pas toujours gentille qui avait su caresser ses cheveux, autrefois, comme sa mère ne l'avait presque jamais fait.
« Non, tu n'es pas seul. Tu ne le seras plus jamais. Je sais que c'est dur, je sais ce que c'est. Et je sais aussi que tu voudrais qu'il y ait un autre papa, quelqu'un pour te soutenir et t'aider à y voir plus clair. Laisse-toi du temps. Prends tout le temps dont tu as besoin. Et nous, on est là. C'est pas grand-chose, ce n'est pas ce dont toi tu as besoin, mais tu sais que si tu as un problème, tu seras toujours le bienvenu ici.
- Pourquoi tu pleures, Tonton ? »
Draco essuya ses yeux avec les manches de sa robe. Il regarda Teddy, debout devant lui, ses petites mains posées sur ses genoux. Le blond essaya de lui faire un sourire.
« C'est rien, mon grand. Je suis fatigué. »
Teddy pencha la tête sur le côté, peu convaincu. Alors sa grand-mère pencha la tête et, sur le ton de la confidence, lui chuchota que c'était parce qu'il allait avoir un bébé. Cela ne parut pas expliquer grand-chose, mais au moins cette lueur d'inquiétude s'éteignit dans ses yeux.
« Faut pas pleurer, tu sais. C'est bien, les bébés. »
Draco eut un maigre sourire. Sans doute, oui, étaient-ce bien, les bébés. Surtout ceux qui venaient sans qu'on le leur demande. Le tout était de se donner du temps. Encore plus de temps. Et de s'ouvrir au monde plutôt que de s'enfermer, comme il savait si bien le faire.
OoO
J-179
La chambre d'amis juste en face de la sienne avait été entièrement vidée. Le week-end dernier, Harry avait débarqué pour arracher la moquette et la vieille tapisserie au mur. Quand il avait emménagé dans la maison, Draco avait fait quelques travaux de rafraichissement mais avait quasiment tout gardé tel quel, se contenant de changer les murs et de disposer ses meubles. Il n'avait pas souhaité faire réaménager les combles ni cette chambre d'amis et ce qui lui tenait lieu de bureau, d'une part parce qu'il n'allait en fait jamais dans ces pièces, et d'autres part parce qu'il ne pensait pas à l'époque faire de vieux os dans cette demeure. Pas pure fainéantise, le blond avait laissé les choses telles quelles.
Comme un enfant trainant dans les pattes de son père, Draco avait regardé Harry tout retirer, descendre les meubles dans l'entrée afin de les emmener par la suite chez le brocanteur, avant de nettoyer les murs de toute la merde qui s'était accumulée sous les tentures ainsi que le sol dallé. Enfin, il avait entreposé un pot de peinture et divers outils au milieu de la pièce, dans la promesse de poursuivre le travail quand Draco aurait choisi ses revêtements de murs, de sol, ainsi que ses meubles.
Il aurait très bien pu faire appel à une société, comme il l'avait fait lors de son emménagement. Mais ni lui, ni Andromeda, ni Harry n'étaient dupes : tant que quelqu'un n'ouvrirait pas cette porte pour vider la pièce, la chambre du bébé ne serait pas faite. Et bien évidemment, ce fut Harry qui franchit le cap, un samedi après-midi. Une fois le travail fait, ils avaient bu une bouteille de bière assis en plein milieu de la pièce, essayant de s'imaginer ce qui pourrait être fait dans la pièce. A ce moment-là, Draco avait aimé l'idée que ce soit Harry qui bricole toute la chambre, qu'ils peignent les murs ensemble et qu'il le regarde installer les meubles dans la pièce.
Depuis, les choses n'avaient pas franchement évoluées. Draco n'avait pas encore visité de boutiques pour choisir son sol, ses murs et les meubles. Cependant, il ouvrait de plus en plus la porte de la pièce et s'imaginait différents aménagements. Il faudrait attendre encore deux mois pour connaître le sexe du bébé, qui serait prédominant dans le choix des couleurs de la pièce. Harry n'était pas tout à fait de son point de vue : il avait visité un magasin de papier peint avec Hermione, qui attendait un bébé, et ils avaient beaucoup aimé une tapisserie aux couleurs du ciel et qui donneraient une impression de grande légèreté à la chambre.
Mais pour le moment, la pièce demeurait blanche et vide. Cela avait pourtant quelque chose de rassurant, car les choses avançaient, lentement, mais sûrement. Et il fallait dire que depuis ses si tristes fêtes de Noël, Draco avait fait beaucoup de chemin, du moins personnellement.
Déjà, il avait rassemblé ses amis et leur avait avoué sa grossesse. Il y avait alors Pansy, Théodore, Daphné Millicent… En tout, une bonne dizaine de personnes. Gregory, qui le tenait en parti pour responsable de la mort de Vincent, n'avait bien entendu pas été invité, pas plus que Blaise d'ailleurs. Dès leur arrivée chez lui, Draco avait compris qu'ils étaient tous au courant, d'où leur silence de ces derniers mois. Il le leur avait donc annoncé en leur expliquant les faits, ne sachant pas bien jusqu'où Blaise était allé. Et visiblement, son ex meilleur ami s'était contenté de leur dire qu'il « s'était fait engrossé ».
Leurs visages fermés et l'absence totale de questions tout au long de son discours l'avait perturbé, et même froissé. Quand il eut terminé, les uns après les autres, ils lui posèrent quelques questions, pour la forme. Et enfin, Daphné lui demanda s'il comptait se marier ou confier l'enfant à l'adoption. Draco répondit qu'il ne ferait ni l'un, ni l'autre. Elle lui dit alors qu'il n'était pas raisonnable et qu'il serait mal vu qu'il décide d'être père célibataire et surtout qu'il mette au monde un bâtard. Voyant où elle voulait en venir, le blond campa sur ses positions. Alors son ancienne camarade de Serpentard, le visage fermé, lui affirma que s'il ne comptait pas rentrer dans les rangs, il devrait reconsidérer certaines de ses amitiés.
Personne n'intervint. Et à vrai dire, personne ne parla durant toute la conversation qu'il eut avec Daphné. Le regard rivé sur elle, Draco n'osa jeter des coups d'œil ailleurs, de peur d'être déçu et de s'effondrer.
Et quand il assura qu'il ne reviendrait pas sur sa décision, qu'il ne comptait pas se marier avec le père de l'enfant, s'il faisait le test, ni avec un homme qui le reconnaître, et qu'il n'abandonnerait pas le bébé non plus, tout le monde se leva comme d'un seul homme et quitta la pièce.
Tout le monde.
Sauf Pansy et Théodore.
Les yeux baissés vers le sol, le visage vide d'expression, ils restèrent assis dans le canapé et le fauteuil. Quand la porte d'entrée se claqua, ils levèrent enfin leur visage. Pansy lui fit un sourire un peu grimaçant tandis que Théodore, lui, gardait un visage plutôt fermé. Il ne se détendit pas de toute la soirée et ce ne fut que quelques jours plus tard qu'il lui dit que ça l'emmerdait profondément à la fois qu'il attende un enfant dans ses conditions mais aussi qu'il ne leur en ait pas parlé. Il aurait voulu l'apprendre de sa bouche et non pas de celle de Blaise. Quant à Pansy, elle avait accepté sans concessions. Elle n'approuvait pas franchement sa démarche, car elle savait que ce serait difficile pour lui, mais elle le soutenait malgré tout.
Le soutien était maigre. Mais Draco se sentait moins seul. Se confronter au regard de ses proches, se faire rejeter et voir deux personnes s'accrocher à leur amitié changeait sa perception des choses. Il allait devoir faire des concessions et abandonner une partie de ce qui constituait sa vie personnelle. Mais tant pis. Il préférait subir les critiques de Pansy qui le tannait pour qu'il fasse ce maudit test que supporter les sourires en coin et les remarques acerbes de Daphné. Draco n'avait vraiment pas besoin de ça.
Ni Pansy, ni Théodore ne pourraient remplacer Blaise, et ils le savaient tous les trois. Draco n'était pas encore décidé à faire le moindre pas vers son ex meilleur ami, et il n'était même pas certain qu'il puisse le faire un jour, tant sa haine envers lui avait gonflé depuis qu'il avait appris sa petite indiscrétion, comme disait Théodore. Et il avait beau s'être toujours senti proche de ses deux autres anciens camarades, la complicité n'était pas la même. Cependant, il ne pouvait que savourer la langue de vipère de Pansy et le cruel réalisme de Théodore, ce dernier maintenant qu'il n'était pas raisonnable, tout en affirmant qu'épouser un inconnu pour reconnaître son enfant serait aussi stupide que de l'appeler Phineas, comme sa mère l'avait prévu.
Heureusement qu'il les avait, se disait-il souvent. La nouvelle de sa grossesse s'était rependue comme une traînée de poudre et ses amis le défendaient bec et ongles, surtout Pansy qui ne supportait pas qu'on crache ainsi sur son ami. Se sentir ainsi soutenu lui faisait le plus grand bien, d'autant plus que son ventre s'arrondissait de plus en plus au fil des jours.
Et à présent, se regarder dans le miroir devenait de moins en moins une source d'angoisse.
Ce matin-là, Draco s'était mis de profil devant le miroir de sa chambre, à demi-nu. Il avait regardé son petit ballon, l'avait touché avec ses mains, et avait essayé de s'imaginer l'embryon qui flottait dans son ventre. Etrangement apaisé, il s'était dit qu'il en avait fait, du chemin, en près d'un mois. L'angoisse avait quasiment disparu, il se sentait bien, et dans sa tête, il n'y avait plus ce flou et cette peur de l'avenir. Il savait un peu plus où il allait, et à présent que sa grossesse n'était plus un secret pour personne, c'était comme si son cœur se trouvait allégé d'un poids.
Et quand il regardait cette pièce vide, comme à présent, il parvenait enfin à entrevoir le chemin qu'il lui restait à parcourir. Même s'il savait que d'ici quelques semaines, en voyant son ventre gonfler à vu d'œil tandis qu'il resterait cloitré chez lui, il serait nettement plus pessimiste. Il aurait alors le temps de ruminer sur le silence de ses parents et sur ces lettres qu'il recevait sans cesse… Sur ces prétendants qui lui proposaient lui sauver les miches, sur sa famille qui l'incendiait et sur ces couples qui lui proposaient de reprendre l'enfant…
Draco secoua la tête puis quitta la pièce dont il ferma la porte. Il descendit au rez-de-chaussée et s'habilla pour sortir. Depuis les fêtes, ses parents ne lui adressaient plus du tout la parole et Draco ne se voyait pas retourner au Manoir pour essayer de sauver les meubles. Il était bien trop tard pour cela, et s'ils ne cherchaient pas à reprendre contact avec lui, c'était parce que leur colère devait être bien trop féroce à son encontre. Et ce n'était pas Andromeda et Pansy qui allaient contredire ses déductions : elles avaient parlé un peu avec sa mère et cette dernière semblait avoir rayé Draco de sa vie.
Et il préférait ne pas y penser.
Et se dire que pour une potion qu'on lui avait fait avaler et une aventure d'un soir, il avait perdu toute sa valeur aux yeux de ses parents.
Draco se prépara avec hâte puis quitta sa maison. Avec l'hiver, les robes amples et les capes, il n'était guère compliqué de cacher son léger embonpoint. Et tout en s'habillant, il se dit que faire du sport lui manquait vraiment. A cause de son ventre, il était impensable qu'il puisse remettre les pieds à la salle où il s'était inscrit, et quant à la course, sa grossesse, il en ressortait tellement épuisé qu'il avait très vite laissé tomber l'idée. Dans ces moments-là, il aurait presque souhaité être une femme, tant son corps d'homme l'handicapait dans des activités pourtant sans risques.
Le sport lui avait permis à une époque de gagner une nouvelle confiance en lui. Après la guerre, la reconstruction avait été difficile, aussi bien pour lui que pour sa famille, et son homosexualité n'avait pas arrangé les choses. Bien qu'aimer un être du même sexe ne soit pas une honte en soit chez les sorciers, assumer et vivre sa nouvelle attirance fut douloureux à avaler pour ses parents qui le voyaient déjà épouser une jeune héritière à qui il ferait des enfants. Jamais ils n'auraient pensé qu'il s'acoquinerait avec des hommes et qu'il puisse potentiellement porter lui-même l'enfant. Et bien qu'ils n'en aient jamais parlé, Draco savait pertinemment que ses parents avaient eu du mal à se faire à l'idée que leur fils puisse être dessous, au lit, une évidence qu'ils furent incapables de nier quand Kenneth parla vaguement de mariage et d'enfants, à table, en le regardant. Comme si c'était lui qui allait les porter.
Une éventualité que Draco, au fond, avait déjà envisagé, mais seulement avec un homme avec qui il se sentirait capable de s'engager pour le reste de son existence.
Enfin, se dit-il, il était niqué pour le reste de sa vie. Il ne lui resterait plus qu'à viser un peu moins haut s'il souhaitait se marier un jour. Et encore, il ne savait même pas s'il en avait vraiment envie. Sa vie d'éternel célibataire qui peine à se fixer durablement lui avait toujours convenu. Mais peut-être changerait-il d'avis avec l'arrivée du bébé.
Draco sortit de chez lui puis transplana dans le chemin de traverse, où il avait rendez-vous. Il était en avance, comme toujours, et pour s'occuper, il se balada dans ces ruelles si familière où il n'avait pas encore l'impression d'être une bête de foire. Il se sentait observé, par moments, et il arrivait qu'il rencontre des gens qu'il connaissait et qui avaient à présent une bien piètre opinion de lui. Parfois, on lui adressait la parole, et à d'autres moments, ils étaient d'une indifférence totale. Et la plupart du temps, Draco préférait encore qu'on ne lui parle pas.
Bien malgré lui, il se retrouva à flâner devant la devanture du Teddy's house. Harry lui avait assuré que c'était lui qui offrirait le premier doudou du bébé. Touché mais inquiet, Draco lui avait interdit d'acheter quelque chose comme cet oiseau disgracieux et tenait à choisir lui-même le futur présent. Pour la forme, l'auror avait fait la moue, mais lui avait laissé carte blanche avec ce sourire qu'il n'accordait en général qu'à son filleul. Le genre de sourire qu'on lisait sur le visage d'un père.
Draco poussa un soupir à fendre l'âme, alors que son regard se posait sur une poupée à la chevelure vipérine. Il essaya de s'imaginer avec une petite fille blonde comme les blés installée sur le vieux tapis de sa tante en train de jouer avec cette demoiselle de porcelaine, les serpents autour de sa tête caressant ses petits doigts. Le blond ne savait pas vraiment s'il préfèrerait avoir un garçon ou une fille, les deux options le faisaient flipper. Et de toute façon, quel que soit le sexe du bébé, l'enfant ne serait pas gâté avec un père comme lui…
« Qu'est-ce que tu regardes ? »
Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Surpris, Draco se retourna et fusilla Harry du regard. Il détestait quand on lui faisait peur comme ça, et encore plus quand on osait lui faire un sourire aussi charmant, comme s'il allait se faire pardonner avec si peu !
En fait… si. Il se ferait pardonner avec si peu.
« Crétin, va !
- Oh, tu es méchant avec moi. Qu'est-ce que tu regardais ?
- Y'a vraiment des gens qui achète des poupées Méduse ?
- Tu sais que j'ai déjà vu des peluches de Doxys ?
- Ces vermines ?
- L'an dernier, Teddy a failli choisir une peluche de gnome.
- Elle craint, ta boutique. »
Le rire de Harry lui arracha un sourire et fit disparaître le semblant de rancune qu'on pouvait lire sur son visage. L'auror fit un signe de la main puis fit mine de quitter la rue. Draco ne se fit pas attendre et le suivit jusqu'au restaurant où ils devaient déjeuner ensemble.
Ces moments passés ensemble, Draco en savourait chaque seconde. Depuis les fêtes de Noël, lui et Harry se voyaient de plus en plus et leurs rendez-vous étaient moins tendus. Draco était sorti plus libéré de sa confrontation avec son cercle d'amis, même si sa vie, au finale, n'était franchement pas plus simple. Il accueillait alors ces repas avec plus de sérénité et profitait de chaque minute passée avec le brun. Ce dernier avait très vite remarqué les changements dans son attitude. Et en même temps, Draco se montrait de plus en plus réceptif à son humour, ses taquineries et de cet espèce de flirt amical qui ne visait qu'à le décomplexer de son corps.
Harry était fondamentalement gentil et compatissant. La pitié, Draco ne la supportait pas, même s'il avait envie de hurler à tous que ce n'était pas sa faute et qu'il fallait le comprendre. Mais venant d'Harry, c'était agréable. C'était bon. Même s'il savait que dans le fond, Draco savait qu'Harry était juste gentil, qu'il y avait très certainement Andromeda derrière tout ça, et que peut-être pensait-il au bébé. C'était même très probable, vu la manière dont il en parlait, comme s'il avait une véritable existence et qu'il n'était pas juste qu'une idée, une pensée, quelque chose qui pouvait s'évanouir si on oublier d'y penser.
Et peut-être même que s'il faisait tout ça, c'était pour le bébé. Pour cet enfant dont il était peut-être le père, même s'il paraissait en douter, et qui n'avait pas été désiré. Peut-être souhaiterait-il le prendre sous son aile, comme il le faisait au quotidien avec Teddy. Et au fond de son cœur, même si le reconnaître impliquerait trop de choses, Draco voulait qu'Harry reste avec lui. Avec le bébé. Qu'il ne le laisse pas seul face à ces responsabilités trop grandes pour lui et qu'il le guide.
Mais c'était une idée folle, parmi tant d'autres. Et en même temps, il était si prévenant, si gentil, si attentif que son imagination était mise à mal. Et quand il le regardait avec ses yeux incroyables et qu'il lui souriait de cette manière, Draco ne pouvait s'empêcher de repenser à cette nuit maladroite où il s'était logé entre ses bras, sa bouche contre la sienne et son sexe en lui. Mais il ne lui fallait pas grand-chose pour qu'il revienne sur le droit chemin et que le souvenir de cette soirée disparaisse et que Harry redevienne juste un homme trop gentil, trop con, qui avait la bêtise de le fréquenter alors qu'il aurait mieux fait de le fuir, comme Malcolm et Conrad.
D'ailleurs, il avait rencontré Malcolm peu de temps auparavant. Sur le coup, Draco avait vraiment cru que ce crétin changerait de trottoir vu le regard qu'il lui avait lancé en l'apercevant, mais quand le blond tourna au coin de la rue, il ne tarda pas à sentir la main de son ex amant lui attraper l'épaule pour le retourner. Ils ne s'étaient pas dit grand-chose. Malcolm lui avait demandé s'il avait fait le test et comment il allait. Le blond lui avait répondu qu'il ne comptait pas le faire pour le moment et qu'il ne s'en sortait pas trop mal. Alors, Malcolm lui avait dit, un peu embarrassé, que la rumeur de sa grossesse s'était rependue comme une trainée de poudre. Et que même s'il ne se sentait pas encore prêt, si le test révélait qu'il était le père du bébé, il assumerait.
Et il accepterait même de l'épouser.
Parce que ses sentiments pour lui n'avaient pas faibli, parce que Kenneth était un abruti de première et un salopard… et parce que Draco méritait beaucoup mieux que tout ça.
Sa demande l'avait laissé… hésitant. Malcolm était un homme bien, même si coucher avec l'ex de son meilleur ami juste après leur rupture n'était résolument pas une bonne idée. D'ailleurs, Draco avait entendu dire que les deux hommes ne se parlaient plus du tout, même si aucun des deux n'avait expliqué pourquoi. Et en toute honnêteté, à ce moment-là, Draco s'était dit que, peut-être, il pourrait se marier avec Malcolm. Parce que même s'il faisait partie de ces hommes qui ne passaient généralement pas plus d'une nuit avec lui, il restait quelqu'un de tout à fait correct. Avec qui ça ne durerait pas, c'était bien vrai, mais au moins l'enfant aurait un deuxième père.
Et dernièrement, cette idée turlupinait Draco. Il savait qu'il serait obligé de faire le test et il craignait d'avance le jour où il devrait expliquer à son enfant les circonstances de sa conception. Draco ne vivait plus cette paternité comme une angoisse ou un rappel continuel de sa condition, qu'il fuyait sans cesse. C'était plutôt qu'il n'avait aucune idée du résultat et il savait au fond de lui qu'il serait incapable de cacher la nouvelle à l'autre père biologique. Et quelle que soit la décision de ce géniteur, ce serait tellement compliqué à gérer, entre sa décision, les sentiments de Draco, l'éducation à deux, les reproches, et puis…
Et puis…
Draco ne préférait pas y penser. Pas à ça, du moins.
Le repas prit fin et Harry régla la note quand Draco partit aux toilettes. Ce dernier aurait voulu le faire durer plus longtemps mais le travail les appelait tous les deux. Enfin, surtout Harry, qui avait une petite course à régler avant de retourner bosser.
Ils quittèrent ensemble le restaurant d'un pas tranquille, et parce qu'ils ne voulaient pas encore se séparer, ils se baladèrent un peu dans les rues animées. Doucement, Draco attrapa le bras de l'auror, posant sa main sur son avant-bras comme si de rien n'était. Harry ne réagit pas, le laissant faire et continuant de lui parler de ses deux meilleurs amis qui accueilleraient dans quelques mois leur premier enfant. Ils avaient mis officiellement deux ans à l'avoir, mais en fait, ils avaient déjà commencé à essayer un an auparavant. L'idée que Hermione ou Ron ne puissent pas concevoir avait été très douloureux pour eux deux. Mais à présent, ils étaient heureux, et Harry l'était pour eux.
« Je suppose que tu vas être le parrain ? A moins que Weasley ne choisisse un de ses frères ?
- C'est Hermione qui a toujours le dernier mot. Et oui, je serai parrain.
- Et qui sera la marraine ? La sœur de Weasley ? »
Draco connaissait très bien son prénom, mais le dire lui aurait sali la bouche. Cette garce était la dernière petite copine en date du Survivant et il n'avait franchement pas envie d'y repenser, même s'il savait qu'elle faisait partie de sa vie.
« Non. Hermione ne voulait pas.
- Mais Weasley oui ?
- Forcément, c'est la seule fille de la fratrie et ils ont grandi ensemble. C'est Luna qui a été choisie, finalement.
- Qui ça ?
- Luna Lovegood. Loufoca.
- Ah… Et c'est mieux que la Weasley ?
- Luna est très gentille et beaucoup plus lucide que tu ne le crois. C'est quelqu'un qui a beaucoup souffert et qui regarde le monde d'une toute autre façon pour le rendre supportable. »
Le blond acquiesça d'un mouvement de tête, sans trop savoir quoi en penser.
« Tu as déjà décidé pour…
- Je ne sais même pas comment je vais l'appeler, comment je pourrais penser à chercher un parrain et une marraine ? En plus, personne ne voudra l'être, vu que c'est un bâtard. Sauf toi, bien sûr, parce que t'es un bon samaritain. Et ne ris pas !
- Ce serait un honneur pour moi, d'être parrain.
- Sombre crétin. »
Le rire d'Harry était un pur délice. Cette idée était vraiment séduisante, quand il y réfléchissait. S'il n'avait pas deux papas, au moins le bébé aurait-il un parrain hors pair.
« Je crois qu'on ne va pas tarder à se séparer. Si je traine trop, Alguff va me faire la morale.
- Tu as raison. Je te laisse ici. »
A nouveau, Draco acquiesça d'un mouvement de tête. Soudain, alors qu'il retirait son bras, Harry se tourna d'un coup et se retrouva devant lui.
Et soudain, il y eut sa bouche contre la sienne.
Sa bouche pulpeuse et tendre, si chaude et douce…
Harry l'embrassait.
Comme ça.
Au beau milieu de la rue, aux yeux de tous.
Et quand il se recula, les yeux pétillants et un léger sourire aux lèvres, Draco sentit quelque chose fondre en lui…
« Je m'en fous de qui est le père. Ça peut être moi ou un autre, ça ne changera rien. Je suis prêt à être son père et à prendre soin de toi comme tu le mérites. »
Il n'y avait plus rien autour de lui.
Ni la rue, ni les gens, ni ces regards qui se posaient forcément sur eux.
Il n'y avait que ses yeux, si beaux, sa voix douce et les battements effrénés de son cœur qui s'emballait dans sa poitrine.
« Réfléchis-y. Et prends ton temps. »
Harry se pencha vers lui et embrassa sa joue. Puis, avec un dernier sourire un peu timide, il tourna les talons, le plantant là, pour disparaître quelques pas plus loin.
OoO
J-175
Andromeda les servit puis posa la théière sur la table. Le regard perdu dans le vide, Draco l'entendit plus faire qu'elle ne le vit, et quand elle lui tendit le pot de sucre, il réagit à peine.
« Tu fais peine à voir, vraiment. Et moi qui pensais que tu allais mieux…
- Je vais mieux.
- Alors pourquoi tu tires une tête pareille ? Tu as rencontré ta mère ?
- Non. Tu as des nouvelles d'elle ?
- Je crois que tu lui manques. Et à ton père, aussi. En fait, j'ai bien l'impression que tu lui manques plus à lui qu'à elle. Je l'ai rencontré mardi sur le chemin de Traverse et il m'a tenu la jambe pendant au moins un quart d'heure, et si Teddy n'avait pas eu une envie pressante, il aurait fini par m'inviter à dîner !
- Et tu en rêves, de dîner seule avec mon père… »
Draco éclata de rire en voyant la grimace particulièrement éloquente de sa tante. Elle n'aimait pas vraiment Lucius mais n'éprouvait pas non plus de mépris particulier pour lui. Contrairement à ce que sa mère avait pensé toute sa vie, Narcissa n'avait pas changé à son contact, et c'était même lui qui avait eu tendance à s'adoucir. Dans le cas contraire, sans doute aurait-il été beaucoup extrême dans ses actions pour Voldemort.
« Et donc…Que pense-t-il de tout ça ?
- Il ne me l'a pas dit clairement, mais apparemment il n'approuve pas la manière dont ta mère s'y est prise pour essayer de te convaincre de te marier. Il te trouve trop indépendant, tu n'aurais jamais pu accepter quelque chose comme ça d'un claquement de doigt. Et tu es aussi fier qu'eux, tu ne leur donnes pas de nouvelle et Lucius s'inquiète. »
Son père avait toujours été un grand mystère. Froid, autoritaire et exigeant, ils n'avaient pas vraiment eu de grands moments de complicité quand il était enfant. En grandissant, Draco ne s'était pas plus rapproché de lui, même s'il communiquait beaucoup mieux avec son père, à cause de l'âge. Et puis était venue la guerre, leur arrestation et l'enfermement de Lucius.
A vrai dire, Draco n'avait noué de relation père-fils avec lui qu'assez récemment. Quand son père avait digéré l'homosexualité de son fils et qu'il avait enfin pu sortir de chez lui, quelque chose avait commencé à se créer entre eux. Une sorte de complicité que Draco n'avait jamais connue et qui lui avait fait comprendre, après maintes analyse, que son père l'aimait, même s'il ne le lui montrait que très peu. Et savoir qu'il s'inquiétait pour lui ne pouvait que lui faire du bien, même s'il aurait souhaité qu'il prenne contact directement plutôt que de passer par sa tante.
« Mais ta mère, c'est toujours pareil. Elle culpabilise mais estime que c'est à toi de faire le premier pas.
- Et tu ne partages pas son avis.
- Etant donné que tu te bouges enfin le fessier depuis que tu t'es disputé avec ta mère, je ne peux qu'être de ton côté.
- Merci, Tata.
- Bon, si ce ne sont pas tes parents qui t'embêtent, qu'est-ce qui se passe ? »
C'est compliqué, eut-il envie de lui répondre. Mais jamais sa tante ne se contenterait d'une telle réponse, elle était bien trop curieuse pour ça, et de toute manière, sans doute était-elle au courant de pas mal de petites choses concernant lui et Harry.
« J'ai vu Harry, il y a quelques jours.
- Et ?
- Et… il m'a embrassé. »
Assise juste en face de lui, sa tante le regarda avec un léger étonnement, mais aucune surprise. Aucun doute, elle en savait plus sur le sujet qu'elle ne voudrait pas l'admettre.
« Et ?
- Tu n'as l'air surprise.
- Pourquoi je le serais ?
- Parce que Harry n'est pas censé m'embrasser ?
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Je suis sûr que tu le sais.
- Non, il ne m'en a pas parlé. Raconte-moi. »
Embarrassé, et un peu à contrecœur, Draco lui raconta ce déjeuner qu'ils avaient partagé ensemble, puis ces quelques pas faits dehors, leur conversation, et soudain Harry qui se plaçait devant lui pour l'embrasser.
« Qu'as-tu ressenti à ce moment-là ?
- Je sais pas. C'était agréable, mais…
- Tu as peur.
- Oui.
- Pourquoi ?
- Parce qu'il n'est pas censé m'embrasser. »
Il n'était pas censé être attiré par lui, et ressentir quelque chose alors que Draco attendait un enfant et que son monde s'était soudain rétréci à ce qui grandissait dans son ventre.
« Et puis, il m'a dit que…
- Que ?
- Que c'était pas grave… Qu'il s'en fichait de pas être le père, qu'il voulait bien l'être même si l'enfant n'est pas de lui. »
Quand il était retourné travailler, Draco avait réussi à s'enfoncer dans son travail, au point que ce déjeuner était complètement sorti de sa tête. Mais une fois chez lui, il avait craqué et s'était retrouvé à bouffer des cochonneries dans son canapé, une boite de mouchoirs sur l'accoudoir et les larmes dévalant ses joues.
Harry le voulait.
Harry ressentait quelque chose pour lui.
Harry voulait faire sa vie avec lui…
Andromeda resta silencieuse quelques seconde, sa cuillère tournant mécaniquement dans sa tasse. Draco attendit une remarque, n'importe laquelle, quelque chose qui l'aiderait à y voir plus clair. Finalement, elle prit la parole, presque à tâtons.
« Qu'est-ce que tu ressens, par rapport à ça ?
- J'en sais rien.
- T'es sûr de ne pas le savoir ? Comment est-ce que tu le vis, Draco ? Est-ce que tu as peur, est-ce que tu es en colère, est-ce que tu es heureux ? As-tu envie de t'engager ou bien Harry ne te plait-il pas ?
- Ce n'est pas une question d'attirance ! Il… Il était pas censé dire ça. Comment est-ce qu'il pourrait…
- Draco…
- J'attends un enfant. Je suis enceint, bordel ! Et lui, il…
- Est-ce qu'il te plait ? »
Sa gorge se noua. Bien évidemment qu'il lui plaisait, comment pourrait-on rester insensible à son charme ? Il n'était pas son type d'hommes, il n'était pas plus grand que lui, sa classe naturelle laissait parfois à désirer et ses manières méritaient qu'on y prête attention. Mais ce crétin à lunettes le faisait littéralement fondre.
« Tata…
- Sois honnête, Draco. Est-ce que tu as des sentiments pour lui ? »
La question n'était pas tout à fait la même et Draco reconnaissait bien là la Serpentard qu'elle avait été. Et même si ça lui en coûtait, il leva les yeux vers elle et lui répondit, ses mains nerveuses manipulant sa tasse de thé.
« Oui. »
A quoi bon le nier, de toute manière…
« Depuis quand ?
- Depuis… l'héritage.
- Tant que ça ?
- Ouais. On s'est un peu trop fréquenté, à l'époque. »
Et il lui paraissait si jeune, si libre… Ils avaient le même âge, mais Harry semblait tellement ouvert, tellement gentil et… Il avait un de ces sourires…
Il s'était dit à l'époque que c'était le genre d'homme dont il rêverait toute sa vie mais qu'il n'obtiendrait jamais. Parce que son caractère, ses objectifs et sa réserve naturelle l'empêcherait toujours d'attirer et de nouer une relation stable avec ce genre de personnes.
« Pourquoi tu n'as jamais…
- Parce qu'il est trop bien pour moi. J'ai couché avec lui parce que je n'allais pas bien et parce que j'en avais envie. Mais c'est impossible qu'on envisage quelque chose ensemble, il mérite beaucoup mieux que ça.
- C'est marrant.
- Qu'est-ce qui est marrant ?
- Harry m'a dit exactement la même chose, avant que tu ne tombes enceint. Tu es trop bien pour lui. »
Il y eut un silence dans la cuisine. Le regard braqué sur sa tante, son cœur s'emballant comme jamais, Draco sentit quelque chose se liquéfier en lui. Andromeda but une gorgée de thé, sans le lâcher des yeux. Puis, elle esquissa un léger sourire, presque ironique.
« Vous veniez de coucher ensemble. Il s'en voulait. Il venait chercher Teddy pour l'emmener je ne sais plus où et comme je voyais bien qu'il n'était pas dans son assiette, je lui ai posé quelques questions, et tu me connais, les secrets ne font pas long feu avec moi. Il m'a dit qu'il t'avait rencontré dans une soirée, que vous aviez bu comme des trous et qu'au final, vous aviez couché ensemble. »
Elle fit à nouveau une pause pour boire une gorgée et pour rien au monde Draco n'aurait tenté de l'interrompre, pendu qu'il était à ses lèvres.
« Il regrettait cette soirée. En soi, il avait aimé que tu lui appartiennes pour quelques heures, mais ça lui faisait du mal de n'être qu'un de ces hommes avec lesquels tu passes du bon temps, sans envisager quoi que ce soit de sérieux. Il le savait déjà avant, mais là, c'était plus concret. Et il savait aussi qu'il ne te reverrait plus jamais, parce qu'il espèrerait pour rien. »
Draco avait envie de vomir.
Comme ce jour où il l'avait revu pour lui demander une mèche de ses cheveux, et qu'il était arrivé avec le sourire. Et sans doute avec plein d'espoirs, Peut-être s'était-il imaginé que leur histoire pourrait débuter, que Draco avait envie de le fréquenter et d'approfondir leur relation.
Qu'avait-il ressenti quand il lui avait annoncé sa grossesse ?
Son monde s'était-il effondré ? Son cœur s'était-il brisé ?
Avait-il pleuré, comme Draco, parce que non seulement il ne voulait pas de lui, mais en plus il attendait peut-être son enfant ? Et si ce n'était pas le sien, il mettrait au monde celui d'un autre, le rendant alors totalement inaccessible ?
Qu'avait-il ressenti ?
Pourquoi avait-il continué à le fréquenter ?
« C'est lui qui m'a dit que tu attendais un enfant. J'ai simulé la surprise quand tu m'en as parlé. Il fallait que ça sorte, parce qu'il ne pouvait en parler à personne de son entourage. Je ne sais pas vraiment s'il était heureux ou malheureux, mais je pense… qu'il était déçu. D'une part parce qu'il resterait un de tes amants parmi tous les autres, et aussi par ton attitude.
- Parce que je me suis fait trois hommes en une semaine.
- Oui.
- Lui aussi voulait une aventure d'un soir, à ce moment-là. Il n'avait qu'à refuser.
- Harry n'est pas un homme qu'on prend et qu'on jette. Il savait à quoi s'attendre avec toi et il n'espérait rien du tout. Mais ça reste quelqu'un de sérieux, et depuis que tu lui as annoncé ta grossesse, il a beaucoup réfléchi. Pour toi, c'est peut-être complètement stupide et peut-être que Harry passe pour un crétin fini. Mais il éprouve des sentiments très forts pour toi et visiblement, il se sent capable de passer au-delà du bébé.
- Mais comment est-ce qu'il pourrait passer au-delà ?! Ce n'est peut-être même pas son enfant !
- S'il t'a fréquenté tout ce temps, ce n'était pas uniquement par bonté d'âme, et je suis étonnée que tu ne t'en sois pas aperçu. Il voulait apprendre à mieux te connaître et essayer d'envisager une vie avec toi et cet enfant. Et il a pris sa décision.
- Comment est-ce qu'il peut…
- Cet enfant sera un orphelin. Toi, tu seras toujours là, Draco, mais le deuxième père, si ce n'est pas Harry, quittera sa vie à un moment où un autre. Tu ne peux pas te marier avec quelqu'un que tu n'aimes pas, on le sait tous les deux. Harry, lui, n'a jamais eu de parents et l'idée que cet enfant soit mal aimé lui fait bien plus de mal que tu ne pourrais le croire. Il est très sensible sur ces choses-là. Être père ne l'enchante pas plus que ça, je dirais même que ça le terrifie. Mais il a envie d'essayer. Et toi, Draco, est-ce que tu as envie d'essayer ? »
Il en crevait d'envie, et sans doute Andromeda devait-elle le lire sur son visage. Mais le méritait-il vraiment ? Pouvait-il donner une chance à Harry vu les circonstances, tout en sachant qu'il pourrait tout gâcher au moindre faux pas ? Et Merlin savait à quel point Draco pouvait se montrer maladroit avec les personnes qui comptaient pour lui.
« Oui, j'ai envie d'essayer. Mais je me connais, je sais que…
- Moi aussi je te connais. Laisse-toi une chance d'être heureux plutôt que de rejeter un homme qui sait dans quoi il se lance. Et un homme qui te plait beaucoup, en plus.
- J'ai plus qu'à prier pour que l'enfant soit de lui.
- En effet. Mais je pense, en toute honnêteté, qu'il s'en fiche. Etre père, ce n'est pas donner naissance à un enfant, c'est l'aimer et lui offrir tout ce dont il a besoin pour avancer. Et crois-moi, ça, il l'a très bien compris. »
Teddy traversa le couloir et grimpa l'escalier. Draco écouta ses pas, son cœur un peu allégé, même si ses pensées demeuraient chamboulées.
« Teddy est comme son fils.
- Non. C'est son fils. »
Le regard vague de Draco se fit tout de suite plus clair. Sa tante eut un petit ricanement et un sourire sarcastique apparut sur ses lèvres.
« Dans l'intimité, il l'appelle « papa ».
- Ah bon ?!
- Oui. Teddy sait que ses parents sont morts, mais il a quand même besoin d'un père et Harry passe tellement de temps avec lui… Ça s'est fait naturellement.
- Ça ne te dérange pas ?
- La seule chose qui me dérangerait, ce serait qu'il me le prenne. Je pense que là où Nymphadora et Remus sont, ils doivent être heureux que leur fils ait un papa qui l'aime. »
Draco réalisa soudain que cette douceur qu'il avait dans son regard quand il le posait sur Teddy, et même sur lui, il la devait à cette espèce de paternité qu'il vivait depuis sept ans. Il n'était que parrain, pourtant, et Draco savait que ses relations avec le couple n'étaient pas aussi fusionnelles que celles qu'il avait vécues avec son propre parrain. Mais peut-être que cet amour, si court, que Sirius lui avait offert de son vivant, l'avait-il poussé à s'investir dans son rôle.
Avait-il envie de faire un bout de chemin avec cet homme timide et responsable, souriant et attentionné ?
Par Merlin oui…
« Quand as-tu rendez-vous avez lui ?
- Lundi.
- J'espère que tu ne changeras pas de décision d'ici là.
- T'aimerais nous voir ensemble, pas vrai ?
- Ça me plairait beaucoup. »
Elle avait encore ce sourire canaille sur les lèvres. C'était vraiment une belle entremetteuse, celle-ci. Et une belle fouineuse.
OoO
J-173
Quand Draco entra dans le restaurant, Harry était déjà là, assis dans le fond de la pièce, dos à lui, réservant ainsi à la banquette au blond, comme d'habitude. C'était bien la cinquième fois qu'ils mangeaient dans ce restaurant et Draco se sentait toujours comme un enfant quand Harry se plaçait sur la chaise, comme si c'était naturel, tandis que lui prenait place sur un siège plus confortable.
Tranquillement, le banquier traversa la pièce, et quand il passa derrière Harry, il effleura ses épaules de la main. Aussitôt, le brun qui lisait des feuillets leva la tête vers lui et fit un sourire en le reconnaissant.
Sourire qui disparut sous ses lèvres, quand Draco se baissa vers lui pour l'embrasser sur la bouche.
Mais il revint très vite, quand le blond se recula et qu'il rouvrit les yeux.
Un sourire heureux, qui se lisait aussi bien sur sa jolie bouche que dans ses yeux brillant de mille feux.
Ils seraient deux, à présent.
Il n'était plus seul.
FIN
