Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !
Couple : Harry/Draco.
Rating : T.
Cet OS est la suite de Toy, et comme vous le verrez, elle est un peu longue (les deux ensemble font 114 pages...). J'espère que cette suite vous plaira !
Devenir père... à deux
J-168
La clé s'inséra facilement dans la serrure et la porte s'ouvrit aussitôt. Surpris, Draco fronça les sourcils : visiblement, il n'avait pas fermé la porte à clé, ce qui ne lui ressemblait absolument pas, ou bien quelqu'un était entré chez lui. Et les seules personnes à avoir les clés de sa maison étaient ses parents et sa tante Andromeda. Et elle avait beau être curieuse, jamais elle ne se permettrait d'entrer chez lui en son absence, et étant donné qu'il revenait du Manoir, il ne voyait pas sa mère ou son père faire un tel déplacement.
Les sens aux aguets, Draco poussa précaution la porte d'entrée, et aussitôt, il fut surpris par les éclats de rire et les cris qui provenaient du salon. Il ne put cacher sa surprise en entendant Teddy supplier quelqu'un de le laisser tranquille, alors qu'il criait d'excitation dans son salon. Soudain, il surgit dans le couloir, chercha une cachette, et en voyant Draco, il se rua vers lui, les bras levé et le visage éclatant. Quelques secondes plus tard, Harry apparaissait à son tour, et en voyant l'air perplexe de Draco, qui avait soulevé l'enfant dans ses bras, il eut la sagesse de paraître embarrassé.
« Bonjour, Draco ! Alors, ce…
- Je peux savoir ce que tu fais ici ?
- L'autre jour, tu as laissé entendre que tu n'étais pas une fée du logis. Je voulais te faire une petite surprise. »
Alors Draco baissa les yeux et remarqua qu'en effet, il n'y avait plus un gramme de poussière dans le couloir. Après avoir reposé Teddy, il entra dans son salon. Les poussières avaient été faites, le sol était propre et les coussins et couvertures avaient changé de place, Draco supposa alors qu'ils avaient été nettoyés. Puis, il passa dans la cuisine et constata qu'un grand ménage avait été fait là aussi.
Enfin, le blond pivota sur ses pieds et regarda Harry une longue minute. S'il avait été dans son état normal, il aurait très mal vécu cette intrusion dans sa maison. Mais il trouvait la démarche tellement adorable qu'il ne put se mettre en colère, surtout en voyant les visages un peu penauds d'Harry et de son filleul. Et l'idée de pouvoir marcher à nouveau pieds nus chez lui était un pur ravissement.
« Normalement, je devrais te piquer une crise de tous les diables.
- Je sais. Ta tante m'a dit que tu n'aimerais pas qu'on entre chez toi sans ton autorisation. Mais je me suis dit que ça te ferait plaisir de pouvoir à nouveau marcher pieds nus chez toi. »
Cet enfoiré avait retenu ce détail si anodin, qu'il avait dû lui glisser des mois auparavant… Comment faisait-il pour avoir une telle mémoire ?
Draco s'avança vers lui, sans le lâcher des yeux. Puis, il lui caressa gentiment la joue et le remercia. Et parce qu'il était un Serpentard avant tout, il lui dit qu'il avait tout intérêt à revenir de temps en temps pour faire le ménage s'il voulait vraiment se faire pardonner. Harry eut un sourire taquin tout en lui glissant qu'il comptait bien s'inviter de temps à autres chez lui.
« Je te prierais de ne pas utiliser les clés de ma tante comme bon te semble.
- Et tu crois vraiment que je vais attendre que tu sois rentré pour faire le ménage chez toi ?
- Je parle pour les jours où tu ne viens pour faire du ménage. Ne me donne pas de raisons de ne plus te faire confiance.
- Je ne comptais pas abuser de ta tante et de ta confiance. »
Si Teddy n'avait pas été là, ses yeux de chat levés vers eux, sans doute Draco l'aurait-il embrassé. Harry semblait si serein et sa présence paraissait si naturelle… Lui qui était pourtant si méfiant et paranoïaque ne ressentait même pas d'angoisse à l'idée qu'Harry pourrait s'inviter comme il le souhaitait.
« Teddy, mon ange, tu vas jouer dans le jardin ?
- Il est plein de mauvaises herbes.
- Non Tonton, on a tout tondu avec Parrain !
- Mais… Ca fait combien de temps que vous êtes là ?!
- Depuis ce matin. T'en fais pas, on n'a rien pris dans tes placards !
- On a mangé des pizzas ! »
Sans en écouter davantage, Draco se rua vers son salon dont la large baie vitrée donnait sur le jardin très peu entretenu. Avec stupeur, le blond découvrit la pelouse tondue, les mauvaises herbes arrachée et mêmes quelques fleurs plantées ici et là. Ce jardin n'avait jamais été aussi beau…
Lentement, il se retourna et interrogea du regard Harry et Teddy, qui semblaient très fiers d'eux.
« On a assuré, hein ?
- Vous êtes incroyables…
- Teddy, va jouer dans le jardin. »
Le petit garçon ne se fit pas prier. Il partit chercher son manteau puis ouvrit la baie, qui n'était pas tout à fait fermée, et courut dans le jardin récupérer un ballon que Draco n'avait pas repéré. Il le regarda commencer à jouer avec avant de se retourner vers Harry. Ce dernier souriait doucement, les mains enfoncées dans les poches de son vieux jean, un pull beige près du corps mettant en valeur sa silhouette bien dessinée.
« T'étais pas obligé.
- Je sais. Viens voir. »
L'auror tourna les talons puis quitta le salon. Tout en le suivant, Draco remarqua qu'il marchait pieds nus. Il hésita à retirer ses propres chaussettes, mais pensa que ce serait peu convenable, lui qui ne concevait d'être négligé devant quelqu'un d'autre que lui. Puis, une fois en haut de l'escalier, il se fit la remarque que Harry semblait n'en avoir rien à faire de ce genre de détails. Et que ça lui ferait peut-être plaisir que, justement, il se mette à l'aise.
Ils ne tardèrent pas à arriver dans la chambre vide qui devait accueillir le bébé. Rien n'avait changé, étant donné que Draco n'avait toujours pas choisi ni les revêtements de murs ni les meubles. Cependant, il trouva la pièce étrangement plus claire.
« J'ai repeint le plafond. Je pensais faire les murs, la prochaine fois.
- Les murs ?
- J'ai cru comprendre que tu n'aimais pas le papier peint, et les murs sont abîmés. Je vais devoir tout poncer avant de repeindre.
- Je t'avoue que j'ai du mal à te suivre. J'y connais rien. Tu ne veux pas que je fasse appel à des ouvriers ?
- Tu ne veux plus que je m'occupe de la chambre ?
- Ce n'est pas ça. Si c'est trop difficile…
- Ce n'est pas si difficile.
- Bon. Eh bien, je n'ai plus qu'à me décider, alors. »
Draco savait pertinemment qu'Harry lui mentait, mais s'il voulait s'en occuper, le blond n'avait aucune raison de s'y opposer. Et de toute manière, l'idée qu'il aménage lui-même cette pièce le remplissait d'un étrange sentiment de soulagement.
« Tu as des idées ?
- J'y ai vaguement réfléchi, mais je ne suis pas certain de mon choix…
- Qu'est-ce que tu imagines ? »
Tous deux étaient postés devant la porte de la pièce. Draco s'avança et essaya de se reconstituer ce qu'il avait plus ou moins imaginé, à force de passer devant cette pièce et de s'y arrêter. Depuis qu'Harry lui avait parlé de ce papier peint aux couleurs du ciel, il imaginait une chambre bleu pâle avec un sol en parquet clair, comme dans sa propre chambre, au Manoir. Pour les meubles, il voulait du bois clair, mais n'arrivait pas encore à se décider sur le style de pièces qu'il voulait pour habiller cette chambre. Cependant, il savait déjà à peu près déjà où il voulait les disposer.
Quand Draco se tourna vers Harry, une fois ses explications terminées, le brun était appuyé contre l'encadrement de la porte, les bras croisés et un léger sourire flottant sur les lèvres. Le blond se dit qu'il devait être affreusement ridicule, à se balader dans cette pièce vide en essayant de l'habiller mentalement, alors qu'il savait que ses goûts en matière de décoration n'avaient rien de transcendant.
« Pourquoi tu souris ?
- Parce que je te trouve mignon.
- Pardon ?!
- Il n'y a pas si longtemps, tu n'arrivais même pas à concevoir que cette pièce accueillerait ton bébé. Et maintenant, tu arrives à t'y projeter. Et t'es franchement mignon.
- Être « mignon » n'a rien d'un compliment. C'est pour les filles et les enfants, ça.
- Ah. Je ne le dirai plus, alors. »
Cet homme était terrible. A se demander comment il avait pu atterrir à Gryffondor… Comment ce crétin à lunettes arrivait-il à si bien le prendre par les sentiments, lui qui pourtant ne s'émouvait pas facilement ? Et il ne pouvait plus mettre cela sur le compte des hormones, cette excuse n'avait plus rien de valable…
« Ne l'utilise pas trop souvent, c'est tout.
- Ah ? Tu m'autorises à te dire que tu es mignon ?
- Ne souris pas comme ça ou sinon je vais te l'interdire. Bref, tu serais capable de…
- Je sais poser du parquet. Peut-être pas le parquet auquel tu as été habitué, mais je sais en poser. Par contre, si tu veux des nuages, autant prendre du papier peint, mes compétences en peinture sont plus que limitées. »
Sans bouger de là où il était, Harry lui expliqua ce qu'il pourrait faire, et en l'entendant parler, Draco se rendit à nouveau compte à quel point il était fait pour être père. Il n'avait fait que la chambre de Teddy mais il ne semblait pas manquer d'idées.
Alors que le brun parlait, Draco s'avança tranquillement vers lui. En le voyant venir, Harry se tut progressivement, sentant que le blond ne l'écoutait plus qu'à moitié. Ils se regardèrent quelques secondes, en silence, puis le blond posa sa main sur sa joue et l'embrassa. Aussitôt, il sentit Harry lui répondre tandis que son bras enserrait ses hanches pour le rapprocher doucement de lui.
Leur baiser s'approfondit à peine. Ce fut un échange de tendresse, un petit moment d'intimité qu'ils n'avaient eu que trop rarement depuis qu'ils avaient décidé de faire un bout de chemin ensemble. A vrai dire, à cause du travail très prenant d'Harry qui finalisait une enquête, ils n'avaient pu qu'aller qu'une seule fois chez lui au cours de la semaine, et le reste du temps, ils avaient réussi à boire un café ensemble.
En toute honnêteté, Draco s'était senti plutôt… embarrassé en présence d'Harry qui faisait pourtant tout pour ne pas le brusquer. Ils n'avaient fait que dîner tout en discutant de tout et de rien. A l'évidence, l'auror était fatigué, mais il fit preuve d'une bonne humeur qui leur permit de passer une bonne soirée. En rentrant, Draco s'était alors demandé si sortir avec le héros national était une bonne idée. Il en crevait d'envie mais il avait l'impression de se sentir… déçu. Comme s'il s'attendait à autre chose.
Cette nuit-là, il avait très mal dormi, se torturant l'esprit à cause de Harry et de leur rendez-vous du lendemain. Et quand il le rejoignit dans une rue discrète, en fin d'après-midi, l'apercevoir lui procura une telle sensation de bien-être qu'il se précipita presque vers lui pour l'embrasser comme un perdu. Quelques secondes plus tard, quand il eut fini de lui malmener les lèvres, Harry lui fit un sourire perplexe avant de lui glisser que c'était agréable quand il se lâchait enfin et qu'il arrêtait de jouer au petit aristocrate coincé. Sur le coup, Draco s'était senti froissé, et n'avait pas manqué de le lui faire comprendre par un regard terrible, puis il avait accepté l'idée qu'il avait eu tellement envie de sortir avec l'auror que cela le rendait tendu et fermé.
Par la suite, les choses s'étaient un peu débloquées, dans le sens où ils avaient plus d'attentions l'un envers l'autre en public que lors de ce dîner. Et cette tension qu'il avait sentie monter en entrant chez Harry, elle n'existait absolument pas en cet instant précis.
Et l'embrasser, avec toute cette simplicité, était un véritable délice.
OoO
J-162
« Et tu sais ce qu'il me dit, cet enfoiré ?!
- T'inquiète pas, c'était pas du sérieux ?
- Et tu crois que je vais avaler ça ?!
- Non, parce que tu es une fille de la haute société et que les coureurs de jupons, c'est pour les femmes du bas peuple.
- Tu me connais vraiment trop bien, Draco.
- Je sais. »
Ils venaient à peine de quitter le restaurant et Draco était déjà gelé. Il y aurait bien passé un peu plus de temps mais le travail l'appelait et Alguff n'était vraiment pas du genre à réduire sa dose de travail en raison de sa grossesse qui devenait nettement plus visible au fil des semaines, du moins pour un regard averti. Enveloppée dans une luxueuse cape avec un col de fourrure immaculé, Pansy ne semblait absolument pas souffrir du froid. D'un autre côté, c'était une dure à cuire.
Depuis quelques semaines, Draco, Pansy et Théodore avaient pris l'habitude de se voir de temps en temps, soit au restaurant, soit chez les uns ou chez les autres. Enfin, Draco n'invitait personne chez lui, ça allait de soi, mais les deux autres Serpentards vivaient toujours chez leurs parents et avaient des elfes de maison à leur disposition pour préparer de bons repas, et accessoirement prendre soin des lieux. Cependant, le blond devait bien avoué qu'il préférait malgré tout manger chez Théodore. Son père étant enfermé à Azkaban, il n'y avait personne pour les enquiquiner durant leurs repas, comme c'était le cas chez Pansy. Ses parents n'avaient jamais digéré la rupture de leurs fiançailles et toléraient encore moins sa présence depuis qu'il s'était fait engrossé.
Pansy, elle, s'en était très bien remise, même si elle peinait à se trouver un compagnon correct. Elle avait failli se marier l'an passé mais un gros désaccord entre elle et sa belle-famille avait entraîné une douloureuse rupture. Depuis, la jeune femme avait bien du mal à accorder sa confiance aux hommes qui l'approchaient, même si elle mourrait d'envie de se trouver un compagnon tendre et affectueux, tout ce qu'elle n'était pas, en somme.
« Au fait, j'ai rencontré Blaise, l'autre jour. Il me demandait de tes nouvelles.
- Qu'est-ce que tu lui as dit ?
- Qu'il n'était qu'un connard égocentrique et…
- Abrège.
- Que t'allais bien. Il a voulu en savoir plus mais, oh ! Qu'il aille te voir, cet abruti ! Enfin, si ça peut te rassurer, il n'avait pas l'air d'aller bien et Théodore m'a dit qu'il ne sortait plus beaucoup depuis votre dispute. »
Son ami lui avait dit à peu près la même chose quand ils s'étaient vus, deux jours auparavant. Jusque là, ils n'avaient jamais parlé de Blaise, Théodore attendant sans doute que Draco aborde le sujet en premier. Ce qu'il avait justement fait ce jour-là. Et le moins qu'on puisse dire, c'était que son ex-meilleur ami vivait très mal leur éloignement. Théodore n'était pas entré dans les détails mais il lui avait fait comprendre que Blaise culpabilisait énormément et qu'il aurait voulu revenir en arrière. Le mieux aurait sans doute été de faire le premier pas vers Draco, mais il semblait bien trop lâche pour cela.
« C'est lui qui a voulu cette situation.
- S'il fait le premier pas, tu feras le second ?
- Oui.
- Ah bon ? Tu me surprends, là.
- Il me manque, tu sais. C'est pas pareil, avec lui.
- Dis tout de suite qu'on pue !
- Tu sais très bien ce que je veux dire. Et je m'en veux de lui avoir fait du mal.
- Tu ne savais pas. Et je t'avoue que j'aimerais bien que vous vous rabibochiez, Blaise me manque aussi. Même s'il est vraiment con. Bon, parlons de sujets plus agréables. Quand est-ce que tu vois Harry ? »
Son petit sourire en coin voulait dire beaucoup de choses. Leur cacher sa relation naissante avec son amant d'une nuit aurait été une erreur car il était évident qu'elle aurait fini par se savoir, même s'ils demeuraient très discrets pour le moment. Les réactions avaient été mitigées. Pansy était très heureuse pour lui et espérait qu'Harry lui mettrait très vite la bague au doigt, tandis que Théodore était un peu plus perplexe. Il trouvait le héro national con comme ses pieds, car accepter une telle situation était pour lui de la pure bêtise, mais ne pouvait qu'être rassuré à l'idée que Draco ne soit plus seul.
Et depuis près d'une semaine, Draco ne se sentait plus seul.
Depuis qu'Harry était venu chez lui pour faire du ménage, tondre la pelouse et repeindre le plafond de la chambre du bébé avec Teddy.
Depuis qu'ils s'étaient embrassés dans cette pièce vide et puis qu'ils étaient redescendus dans le salon et qu'il avait regardé Harry jouer au ballon avec le petit garçon.
Un petit garçon qui riait aux éclats et qui l'appelait Papa.
« Demain soir.
- Chez toi ou chez lui ?
- Il m'emmène dîner.
- Où ça ? Dans un bon restau' j'espère ?
- On ne va jamais au même, ça dépend de son humeur. Mais il ne m'a jamais déçu. »
Lui dire qu'ils ne mangeaient plus au restaurant le soir était sans doute trop tôt. Harry passerait pour un radin et elle penserait que Draco se forçait à créer une intimité entre eux en se rendant chez lui quasiment un soir sur deux. Alors pour le moment, il préférait garder tout cela pour lui.
« Il faudrait vraiment que tu nous le présentes !
- Ça ne fait même pas deux semaines qu'on sort ensemble, Pansy… Je le ferai quand on sera prêt.
- Mais il s'est engagé avec toi !
- Ce n'est pas parce qu'il s'est engagé avec moi que je suis prêt à l'épouser dans l'heure, Pansy ! »
Ça, c'était un vrai calvaire à expliquer, et visiblement, à part sa tante et Harry, personne ne semblait le comprendre. Le brun avait beau avoir envie de plus avec lui, c'était évident pour eux deux que tout ne pourrait pas se mettre en place d'un claquement de doigts, et donc qu'ils ne devraient pas brûler d'étapes essentielles. Ils en avaient déjà suffisamment zappées, ils devaient prendre leur temps et ne plus se presser, même si le bébé arrivait à grands pas.
« Bon, je vais te laisser là. A plus tard, mon Draco. Profite bien de ta soirée…
- Tu sais qu'on va juste dîner ?
- Vous pourriez faire autre chose…
- Tu plaisantes ?! Avec le ventre que j'ai ?!
- Arrête, t'es pas si gros que ça !
- Je suis énorme ! Tant que j'aurai pas accouché, il ne me verra jamais nu ! Et ne ris pas, tu comprendras quand tu seras enceinte !
- Le plus tard possible, mon chéri, le plus tard possible… Allez, porte-toi bien, et dis bonjour à Potter de ma part.
- Je n'y manquerai pas… »
OoO
J-158
Harry n'était pas très grand. En fait, il faisait pile sa taille, mais vu que Draco choisissait toujours des hommes plus grands que lui, le brun lui paraissait plutôt petit. De plus, il était solide mais pas si épais que ça, sa musculature n'ayant rien d'excessif, même si elle se devinait aisément quand il se mettait en tee-shirt, ce qui arrivait très souvent quand il était chez lui. Harry n'était pas du genre frileux et aimait être à l'aise. Et autant le dire, son joli fessier moulé dans son jean et ses bras musclés, laissant deviner le reste, compensaient largement ses petits soucis de taille.
« Et comment ont réagi les Weasley ?
- Pas franchement bien, mais depuis le temps qu'il était célibataire, ça cachait forcément quelque chose.
- Il va l'épouser ?
- J'en sais trop rien. Apparemment, Charlie estime qu'il est très heureux comme ça.
- Qu'est-ce qui passe le plus mal ? Que sa copine ait déjà un gosse ou qu'elle soit enceinte de lui ?
- Vipère, va.
- La question m'intéresse vraiment.
- Je crois que c'est la petite qui les dérange le plus.
- Ca va être marrant, à la prochaine réunion de famille.
- Avec Ron, on prévoit d'emmener un panier pique-nique et de se cacher dans sa chambre. »
Draco éclata de rire alors que Harry se retournait, amusé, et qu'il déposait devant lui une petite salade composée accompagnée de fromage de chèvre à demi fondu sur du pain grillé. Puis, le brun s'assit et lui souhaita un bon appétit.
L'appartement d'Harry n'était pas bien grand mais plutôt bien aménagé, avec une cuisine qui donnait sur le salon, une table servant aussi sans doute de plan de travail séparant les deux espaces. Le brun pouvait donc cuisiner sans abandonner son invité, ce que Draco ne pouvait qu'apprécier. Ainsi, ni sa voix ni son corps ne se dérobaient à ses oreilles et à ses yeux. Et vu le nombre de dîners qu'il avait passé dans cet appartement, heureusement qu'Harry avait bien aménagé son appartement…
Depuis quelques jours, Harry avait clôturé son affaire et se retrouvait donc un peu plus disponible. Cependant, cela ne rendait pas forcément leurs rendez-vous plus aisés : se balader ensemble dans les quartiers sorciers susciterait des questions auxquelles Draco n'était pas encore prêt à répondre et passer du côté moldu était inenvisageable pour le blond qui sentait tous les regards rivés sur son ventre. C'était absolument faux, vu comment il le camouflait sous son manteau et ses pulls, mais Draco se sentait mal-à-l'aise et donc leurs sorties avaient rapidement tourné court.
Tout ce qui leur restait, c'était donc l'appartement du brun et ces dîners succulents qu'il lui concoctait, avec souvent trois fois rien. Ces rendez-vous, qui n'en étaient plus vraiment, étaient essentiels au début pour poser les premières pierres de leur relation. A présent, c'était devenu un besoin sincère de se voir, presque une habitude qui s'était instaurée sans qu'ils ne le ressentent vraiment comme tel. Et à vrai dire, Draco ne se rendit compte de cela un jour où Harry dut annuler un de leur repas et qu'il se retrouva à errer chez lui comme une âme en peine. Le lendemain, quand il put l'embrasser et qu'il senti ses bras autour de lui, le blond se rendit compte à quel point il tenait à lui. Et à quel point il se sentait bien quand ils étaient ensemble.
Au fil des jours, tranquillement, en prenant leur temps, quelque chose avait commencé à naître entre eux. Rien de bien concret et rien qui laisserait présager qu'ils passeraient leur vie ensemble. Mais un petit quelque chose qui les poussait sans cesse à aller vers l'autre et essayer d'approfondir toujours un peu plus.
Un petit quelque chose qui ne le remplissait pas d'angoisse ou d'ennui, et qui enjolivait ses nuits.
« Et Granger, vous comptez l'abandonner au milieu de tous ces rouquins ?
- Elle a décidé qu'elle aurait très mal au ventre à cause de sa grossesse.
- Sa belle-mère va avaler ça ?
- Qu'elle la croit ou pas, Hermione a déjà prévu le programme de sa journée.
- Vous êtes terribles… »
Harry était un type charmant. Et à croquer. Draco le pensait déjà avant mais à force de le voir, il se rendit vraiment compte à quel point il pouvait être gentil, attentionné, plein de charme et d'humour. Il avait un sourire à tomber, des yeux pétillants de malice et des mains comme il les aimait. Il adorait quand il prenait la sienne et qu'il jouait avec tout en lui parlant. Ce que Draco aimait beaucoup, aussi, c'était cette grande timidité qu'il cachait assez mal quand on commençait à entrer dans son intimité, cette espèce de réservée mêlée d'humilité qui le rendaient fade pour certains, adorable pour d'autres.
Draco, lui, adorait ça. Cette humilité qui le rendait si simple le faisait complètement fondre. C'était en partie pour cela qu'il était si difficile avec les hommes. Kenneth était un peu comme lui, il avait cette douceur et ce naturel qui l'avaient sorti du lot. Bien évidemment, ce n'était pas un mouton et il avait un petit côté égocentrique franchement dérangeant. Mais il avait ce côté nature très agréable qui l'avait amené à partager son quotidien. Et il savait qu'il serait capable de faire quelque chose de similaire avec Harry, qui avait tout ce qu'il cherchait chez un homme.
« Je sais. T'as déjà fini ?!
- C'est toi qui manges lentement !
- Heureusement que la suite est quasiment prête. »
Bien évidemment, la vie n'était pas toute rose et ils s'étaient déjà disputés plusieurs fois, par courrier ou de visu. Cependant, ils se rabibochaient assez vite, parce qu'Harry était vraiment bonne pomme et qu'il n'entrait pas systématiquement dans son jeu. Sans être soumis, il fallait que ses copains soient patients et plus raisonnables que lui, qu'ils sachent lui parler et le prendre correctement. Et par Merlin, qu'est-ce que Harry pouvait être calme… La dernière fois qu'ils s'étaient embrouillés, Draco avait eu l'impression que c'était à Teddy qu'il s'adressait, la voix douce et le regard implacable.
En face de lui, Harry picorait sa salade, ses pains grillés recouverts de fromage posés dans un coin. Il lui faisait un peu l'effet d'un gamin qui garde le meilleur ou le plus mauvais pour la fin. Et à vrai dire, depuis tout à l'heure, Draco lorgnait sur son fromage. Il adorait ça et celui qu'Harry lui servait à chacun de ses repas était toujours très bon.
« Tu ne manges pas ton fromage ? »
La fourchette dans la bouche, Harry leva les yeux vers lui quelques secondes, puis il attrapa ses deux toasts et les mit dans son assiette. Surpris, Draco voulut les lui rendre et il ne put s'empêcher de rougir en voyant le sourire amusé d'Harry, qui se leva pour servir la suite.
Tout en engageant la conversation sur son travail à Gringotts, Harry sortit son poulet du four et entreprit de le découper sur une planche en bois. Les yeux rivés sur son dos, Draco lui répondit tout en laissant son regard descendre un peu plus bas. Il lui proposa de ramener les assiettes mais le brun déclina, en vrai gentleman, et ne tarda pas à revenir pour débarrasser la table et amener une bouteille de bon vin rouge. Il fallait croire que son séjour de plusieurs mois en France l'avait vraiment beaucoup marqué, car il n'était pas rare qu'ils dînent sans qu'il n'ouvre une bouteille. A son plus grand plaisir, bien évidemment.
En fait, et Draco s'était fait la remarque dès leurs premiers rendez-vous chez lui, Harry aurait pu séduire n'importe quel homme avec sa cuisine. Il était doué aux fourneaux, il choisissait des produits de qualité et se montrait toujours généreux, sans en faire trop. Et vu que Draco avait tendance à un peu trop manger dernièrement, ce qui était tout à fait normal et surtout nécessaire au bon déroulement de sa première grossesse, il pouvait s'en donner à cœur joie.
« T'as un peu faim ou beaucoup faim ?
- C'est-à-dire ?
- Tu veux un petit bout ou un gros bout ? Et ne me réponds pas comme un aristocrate bienséant, j'ai pas envie de…
- J'ai très faim. Et du blanc, pas les cuisses.
- Je sais, ne t'en fais pas. »
Il revint quelques secondes plus tard avec des assiettes remplies de poulet et de pommes de terre qui lui mirent l'eau à la bouche. Il partit chercher de la moutarde et un tire-bouchon pour ouvrir la bouteille, et enfin il s'assit tandis que Draco les servait. Le dîner se poursuivit dans la bonne humeur, et autant le dire, Draco se régala. Il faillit demander une deuxième ration mais n'en eut pas le courage, jusqu'à ce que Harry décide de faire son goinfre et se resservir. Il ne manqua pas de se moquer de lui au passage.
Enfin, après avoir débarrassé la table, il amena sur la table les pâtisseries que Draco avait amenées. Il se servit un café et prépara un thé pour son invité, avec des gestes que conférait l'habitude. La soirée toucherait bientôt à sa fin. Elle était passée bien vite, un peu trop à son goût. Et quand il sentit la main d'Harry revenir caresser la sienne du bout des doigts, il se demanda comment il réagirait s'il lui proposait de rester un peu plus. Peut-être était-ce ce qu'Harry attendait, lui qui ne l'emmenait jamais dans le canapé pour lui faire un câlin. Ou Peut-être espérait-il qu'il l'invite enfin chez lui.
Peut-être voulait-il que, pour une fois, ce soit Draco qui fasse un pas vers lui.
Soudain, pris d'une envie soudaine, son pied s'approcha de la jambe du brun. Mais Draco hésita, se demanda si c'était une bonne idée, avec son ventre arrondi d'homme enceint. Puis, le cœur battant, il laissa son pied remonter le long de la jambe d'Harry. Ce dernier manqua de recracher son café, ce qui le fit bien rire, et il piqua un fard monstrueux.
« Enfoiré ! Fais pas ça quand je bois ! »
Son pied continua de caresser son tibia d'un mouvement lent et sans aucun doute des plus émoustillants. Harry toussa un peu puis il se baissa, sa main serpentant sous la table à la recherche de sa cheville qu'il enserra doucement entre ses doigts. Ils échangèrent un regard complice durant quelques secondes, puis l'auror libéra son pied.
Quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent près de la cheminée du salon. Draco avait eu un bon quart d'heure pour lui proposer de passer encore un peu de temps ensemble, mais il n'y était pas parvenu. C'était tellement rare qu'il prenne lui-même les rennes d'une relation, surtout aussi compliquée, qu'il n'avait pas réussi à lui demander de l'emmener dans le canapé. Et alors qu'il déposait un baiser appuyé sur sa bouche, se laissant enlacer, le blond décida de se lancer.
« Dis-moi, Harry, tu es toujours disponible vendredi soir ?
- Oui, bien sûr. Pourquoi ? »
Ses mains glissèrent de derrière sa nuque sur le devant de son tee-shirt qu'il tripota, gardant les yeux baissés vers le tissu noir.
« Je me disais… ça te dirait de me préparer un dîner chez moi vendredi soir ? »
Puis, il leva enfin les yeux. Une agréable surprise se lisait sur les traits du brun. Visiblement, c'était exactement ce qu'il attendait.
« Avec plaisir. Toujours la même heure ?
- Toujours pareil.
- Tu m'autorises à venir un peu plus tôt pour cuisiner ?
- Je serai chez moi vers dix-sept heures.
- Parfait. »
Ils s'embrassèrent une dernière fois, puis Draco traversa la cheminée et quitta l'appartement, le cœur plus léger, toutes ses pensées tournées vers ce dîner.
OoO
J-155
Son entretien avec sa mère avait duré plus longtemps que prévu. Il avait espéré n'y consacrer qu'une demi-heure, mais bien évidemment, sa mère lui avait tenu la jambe beaucoup plus longtemps que prévu. Et pourtant, on ne pouvait pas dire que leur échange avait été des plus productifs.
C'était Narcissa qui lui avait envoyé un courrier en début de semaine. Elle demandait de ses nouvelles et si une rencontre était possible, malgré tout ce temps qui s'était écoulé depuis leur dispute. Malgré leurs défauts et cette relation plutôt réservée qu'il entretenait avec ses parents, Draco éprouvait un grand manque. En dépit de toute leur retenue mutuelle, il aimait son père et sa mère. Ainsi, le blond n'avait pas malmené sa mère et s'était même empressé d'accepter son invitation.
Ils s'étaient retrouvés dans un salon de thé très chic de la capitale, un endroit que Draco détestait pour sa décoration trop cheap à son goût, ce qu'il se gardait bien de dire pour ne pas subir les foudres de sa mère. Ce lieu neutre leur avait permis de discuter et surtout de remettre les pendules à l'heure.
Voyant sans doute que son fils s'en sortait très bien tout seul et qu'il maintenait sa position, tout en l'assumant au grand jour, sa mère semblait avoir accepté l'idée qu'il serait père célibataire. Bien évidemment, cela lui en coûtait et Draco voyait bien qu'il la décevait, mais continuer à vivre loin de son fils unique semblait beaucoup trop lui peser. Et l'engueulade qu'elle avait eue avec sa sœur aînée n'avait rien arrangé.
Cependant, la situation n'avait guère progressé. En effet, Narcissa acceptait son choix mais semblait fermement décidée à lui faire changer d'avis, affirmant qu'il n'arriverait jamais à assumer un enfant seul et qu'il serait dangereux pour son équilibre de grandir sans un deuxième parent. En gros, elle ne voulait pas perdre son fils et tolérait la situation tout en espérant qu'elle changerait. Et quand Draco évoqua l'arrivée d'Harry dans sa vie, sa mère peina à tenir en place sur sa chaise. Elle semblait partagée entre l'évidence d'un mariage et les inquiétudes dues aux conflits qui naîtraient forcément entre le héro national et ses futurs beaux-parents. Cependant, quand Draco lui affirma que leur relation en était à ses balbutiements et qu'une union n'était absolument pas au programme, sa mère s'emporta et parut prête à les marier dans l'heure.
Draco sortit du salon complètement lessivé avec la sensation de ne pas avoir avancé. Bon, il s'était réconcilié avec sa mère mais elle campait sur ses positions, même si elle était moins obnubilée par l'honneur familial, ce qui était un bon point. Et à vrai dire, c'était le seul que Draco retenait de leur rendez-vous. Pour le reste, c'était beaucoup de blabla qui n'aboutissait à rien. Parler d'Harry aurait pu les faire progresser vers quelque chose de positif, mais le mariage et ce maudit test de paternité avait réduit ses efforts à néant. D'ailleurs, Narcissa ne lui avait même pas proposé de l'inviter à dîner, ce qu'elle avait sans doute oublié. Et ce n'était pas plus mal.
Agacé d'avoir été gardé si longtemps par sa mère, Draco attrapa la clé et ouvrit la porte. A peine la referma-t-il qu'il remarqua aussitôt la brillance de son parquet. Quelques jours auparavant, Harry était venu le cirer en son absence, et de toute évidence, il venait d'être nettoyé, comme le reste de la maison. Le brun n'était pas avare quand il passait chez lui, et autant le dire, Draco adorait sentir la bonne odeur du propre quand il rentrait chez lui le soir. Harry était une vraie fée du logis et il semblait prendre plaisir à faire le ménage.
Draco retira sa cape, puis ses chaussures et ses chaussettes. Pieds nus, il fila aux toilettes, le thé qu'il avait bu ayant déjà alourdi sa vessie, et quand il voulut aller lire au salon, il se rendit compte qu'il n'était pas seul. En effet, en repassant par l'entrée, il se rendit soudain compte qu'une paire de chaussures étrangère se trouvait à côté des siennes. Le cœur battant, le blond alla dans le salon et ne tarda pas à découvrir un joli brun assoupi dans son canapé.
Un jean un tantinet trop large sur les hanches et un pull gris perle à grosses mailles sur le dos, Harry dormait à poings fermé sur son large sofa. Ses bras enserraient un oreiller et son corps était légèrement replié, comme le ferait un enfant. Du moins ce fut la première pensée qui lui passa par la tête, car ainsi assoupi, Harry avait tout d'un enfant. Il avait cette pureté, cette innocente, cette douceur…
Draco réalisa soudain que c'était la première fois qu'il le voyait sans ses lunettes, qui s'étaient échouées sur le sol à côté de son téléphone.
Doucement, le blond s'assit sur le canapé en faisant attention de ne pas le toucher. Il leva la main puis la posa dans ses cheveux noirs et ébouriffés. Aussitôt, Harry poussa un soupir, mais ne se réveilla pas. Doucement, Draco laissa ses doigts voyager dans les boucles noires et rebelles de l'auror, les yeux rivés sur son visage paisible. Ainsi endormi près de lui, Draco le trouva beau et eut même envie de le prendre dans ses bras.
On aurait dit un enfant.
Ca faisait tellement de bien de rentrer et de le découvrir là, allongé sur le canapé, assoupi…
Doucement, Draco approcha son visage et déposa un baiser sur sa tempe. Puis, il enfouit son nez dans ses cheveux d'ébène, alors qu'il sentait Harry se réveiller, son corps se tendant sous lui tandis qu'il soupirait. Quand le blond se redressa, l'auror fronçait les sourcils, s'extirpant du sommeil, et il ne tarda pas à papillonner des yeux. Il mit un peu de temps à émerger, et quand il leva les yeux vers Draco, il se cacha le visage avec son bras. Le banquier eut un léger rire alors que sa main caressait mécaniquement son dos à travers son pull.
« Il est l'heure de se réveiller, jeune homme.
- J'suis désolé…
- De quoi ?
- J'devais revenir… »
A tâtons, Harry chercha son téléphone et ses lunettes, et après les avoir mises sur son nez, il regarda l'heure. Puis, il poussa un soupir et s'étira. Draco le trouva extrêmement félin dans la manière qu'il avait de tendre les bras, son pull remontant vers le haut de quelques intéressants centimètres.
« Comment ça, tu devais revenir ?
- J'étais fatigué et j'avais la flemme de rentrer. J'avais mis mon réveil mais j'ai dû l'éteindre…
- Tu voulais dormir et tu espérais que je ne le remarquerais pas.
- Ouais, et c'est raté.
- Complètement raté. »
Attiré par son air à demi-endormi et son torse joliment dessiné qu'il pouvait aisément deviner sous son pull, Draco se pencha à nouveau et cueillit sa bouche. Aussitôt, il sentit les bras d'Harry se poser sur ses épaules et ses doigts caresser sa nuque, tandis qu'il se laissait doucement malmener les lèvres. Durant quelques minutes, son visage entre ses mains, le blond dégusta sa bouche. Mais rapidement, Harry se fit plus taquin, et le sourire aux lèvres, il se retrouva plus à lui bécoter les lèvres qu'à lui émoustiller les sens.
Enfin, le blond recula son visage. Le sourire aux lèvres, ils se regardèrent avec un mélange d'amusement et de tendresse.
« En fait, j'ai bien fait d'éteindre mon réveil.
- Je crois aussi. De toute façon, je pense que tu n'avais rien de plus intéressant à faire aujourd'hui que de t'étaler dans mon canapé pour faire une sieste.
- Ecoute, j'ai eu deux mauvaises journées de suite et ta baraque est plus grande qu'on ne le croit…
- Je t'ai dit que ce n'était pas grave.
- Nan, tu me l'as pas dit.
- Ah bon ?
- Non.
- Alors je te le dis maintenant.
- Et toi, qu'est-ce que tu avais prévu cette après-midi ? A part voir ta mère.
- Je pensais aller dans un magasin de meubles, mais sans grande conviction.
- Tu veux qu'on y aille ? Je suis pas un as de la déco' mais…
- Je suis incapable de choisir des meubles seul.
- Sérieux ? Elle est bien aménagée ta baraque, pourtant…
- J'ai tout choisi avec mes amis. J'ai pas de goût et j'arrive pas à me projeter. Ne ris pas ! C'est très embarrassant ! Mais arrête de rire, abruti !
- Me frappe pas ! J'ai rien fait !
- Tu te fous de ma gueule ! Arrête, j'ai dit ! »
Mais Harry semblait incapable de se calmer, et même quand Draco commença à le taper avec un oreiller, il continua de rire à gorge déployée. Au bout d'un moment, il parvint à reprendre son souffle.
« Bon, on va aller régler ces problèmes de déco'.
- Tu sais que je t'en veux à mort, là ?
- Oh, je vois bien que tu me hais au-delà des mots. Mais ce serait peut-être bien qu'on s'attaque à cette chambre, le bébé ne va pas tarder à se pointer. »
Draco voulut protester qu'il n'en était qu'à seize semaines de grossesse, mais Harry venait de poser sa main sur son ventre. Et c'était la première fois qu'il osait le faire. En croisant son regard, le blond ne sut dire s'il l'avait fait intentionnellement ou non, mais quand ses yeux verts se baissèrent vers son abdomen, il sentit quelque chose lui comprimer le cœur.
Cette main sur son ventre, c'était la seule et unique chose qu'il l'avait retenu dernièrement de faire le test. Il avait pris rendez-vous juste avant qu'ils se mettent ensemble, en sachant qu'il annulerait au dernier moment et qu'il recommencerait jusqu'à avoir le courage de franchir définitivement le pas. Leur mise en couple l'avait forcé à tout abandonner, et depuis, Draco n'avait plus voulu prendre de rendez-vous.
Parce qu'il était terrifié.
Avant, il avait peur que Harry soit le père et ainsi le forcer à entrer dans sa vie par un biais presque malsain.
Et à présent, il ne supportait pas l'idée qu'un autre que lui soit le géniteur de son bébé.
La déception.
Ce regard qui se ternit avant de se baisser, et puis ce sourire de façade qui fait plus de mal que de bien.
C'est pas grave, qu'il lui dirait. Ça restera mon enfant. Notre enfant.
Mais Draco ne supportait pas cette idée et avait parfois du mal à s'endormir, le soir. Kenneth, Malcolm et Conrad n'existaient même plus, il ne restait plus que Harry, presque son Harry, qu'il finirait par décevoir parce que, peut-être, ce bébé n'était pas le sien. Et son petit ami avait beau lui affirmer, certains soirs, que cela n'avait aucune importance, Draco n'arrivait pas à le croire.
Ils en avaient parlé, pourtant. Jamais toute une soirée et jamais de façon trop approfondie, parce que Harry savait quand et où s'arrêter, mais ils avaient déjà abordé le sujet et le brun maintenait toujours ses positions. Pour lui, la génétique ne définissait pas la paternité, et si cet enfant n'était pas de lui, cela ne changerait absolument rien au regard qu'il poserait sur lui, même si, un jour, peut-être, il serait amené à être père une nouvelle fois, avec Draco ou un autre. Lui qui n'avait jamais eu de parents et qui offrait à Teddy un amour inconditionnel, il se sentait capable d'adopter, en quelque sorte, l'enfant que portait Draco. Parce qu'il tenait à lui, parce qu'il ressentait beaucoup de choses à son égard depuis longtemps, et qu'il s'en sentait capable.
Ces paroles l'avaient beaucoup touché et avaient bien évidemment fait naître en lui des espoirs insoupçonnés. Mais malgré tout, Draco sentait de la crainte, de l'angoisse, non pas que Harry le quitte car il semblait vraiment s'être fait à l'idée que cet enfant n'était pas le sien, mais qu'il ressente de la déception. Et ce visage qu'il lui ferait forcément, celui qu'il avait déjà eu face à lui, dans le bar, le jour où il lui avait annoncé sa grossesse, Draco ne voulait plus jamais la voir sur sa figure.
« Combien de temps, déjà ?
- Environ seize semaines.
- C'est quand, ta prochaine échographie ?
- Le mois prochain.
- D'accord. Tu sauras le sexe ?
- Ouais. »
Il y eut un silence, puis Harry retira sa main et fit mine de se relever. Draco se redressa et se leva du canapé, tandis que le brun s'asseyait et s'étirait à nouveau. Il lui proposa d'aller se changer avant qu'ils ne partent visiter quelques magasins de décorations et d'ameublement. Draco haussa un sourcil, ne comprenant pas pourquoi lui devait se changer, et quand Harry lui dit qu'ils iraient dans des magasins moldus, le blond fronça le nez. Cependant, il accepta sans négocier, car c'était le seul moyen pour qu'ils soient tranquilles. Et quelques minutes plus tard, ils furent dehors, leur manteau sur les épaules.
OoO
Un peu plus tôt, alors qu'ils déambulaient dans une rue, la main d'Harry avait effleuré la sienne, et parce que Draco ne les avait pas rangées dans ses poches, le brun l'avait saisie doucement. Ils avaient fait un bout de chemin comme ça, marchant comme un vrai couple. Puis, ils étaient entrés dans un énième magasin et leurs mains s'étaient éloignées, pour se retrouver un peu plus tard quand ils quittèrent les lieux.
Autant le dire, Draco était parti avec beaucoup d'a priori, mais il devait reconnaître que les goûts des moldus n'étaient pas plus pourris que ceux des sorciers. Draco pouvait même affirmer qu'ils étaient incroyablement sobres, aussi bien au niveau des revêtements de murs que des meubles, dont certains étaient tout simplement immondes. Cependant, si le banquier avait réussi à davantage se projeter, il savait très bien que c'était uniquement dû à la présence d'Harry.
En effet, ils avaient commencé par visiter quelques boutiques de papier peint, et malgré ses réticences, Draco avait craqué sur certaines tapisseries. Et parce qu'Harry était plein d'imagination, et d'une patience à toute épreuve, il l'avait aidé à imaginer et visualiser la chambre en alternant différents papiers ou bien les peintures, qui seraient agrémentées de stickers que le blond avaient repéré. Ce dernier sortit du magasin avec des idées plein la tête et la sensation d'avoir avancé.
Alors qu'ils marchaient en direction d'un magasin de meubles, Harry lui avait demandé pourquoi il ne faisait pas appel à un décorateur, étant donné que la chambre était enfin vidée et nettoyée. Cela lui éviterait de se prendre autant la tête et au moins il aurait de bons conseils. Draco lui expliqua alors qu'il souhaitait quelque chose de plus personnel et qu'avec un décorateur, Draco cèderait à la facilité en lui laissant, au final, tout décider. Et étant donné qu'Harry s'était proposé, le blond préférait que ce soit lui qui s'occupe de l'aménagement de cette pièce si particulière, même si ce n'était pas aussi chic et bien fait que si un professionnel s'en était chargé.
Draco voulait quelque chose de confortable, de joli et qui lui corresponde. Et avec Harry à ses côtés, il avait la sensation d'être guidé sans qu'on lui impose quoi que ce soit, et en plus, le brun était imaginatif, ou du moins bien plus que lui. Ce qui n'était pas bien difficile, certes, mais il appréciait la manière qu'avait Harry de s'adapter à ses envies et d'arriver à l'éloigner gentiment de ses petites fautes de goût. Petite, bien sûr, parce que Harry était parfois bien pire que lui, dans ses coups de cœur…
Les meubles, bien évidemment, ça avait été une toute autre paire de manches. Cependant, Harry avait su le guider correctement et ils s'étaient pour le moment accordés sur des meubles en bois clair, voire blancs, selon les murs que Draco choisiraient. Il avait pris quelques catalogues pour réfléchir chez lui mais une idée plus précise s'était déjà forgée dans sa tête.
Et le bras posé sur l'avant-bras d'Harry, l'avenir de cette chambre lui paraissait moins lointain.
« En ce moment Ron est en train de négocier avec sa mère, parce qu'il est tombé amoureux des meubles que les parents d'Hermione ont gardés et il les veut pour la chambre du bébé.
- Et sa mère veut absolument que leur enfant dorme dans le couffin familial ?
- Forcément. Mais Ron est pas très porté sur les traditions et déteste récupérer des choses que ses frères ont déjà utilisées. Ou tout qui a été utilisé tout court, en fait.
- Je le comprends tout à fait. En plus, il ne doit plus ressembler à rien, ce couffin.
- J'ai pas vraiment fait attention la dernière fois que je l'ai vu… Mais je comprends Ron, et puis il aime beaucoup ses beaux-parents et c'est parfois un peu tendu avec sa mère. Elle est un peu… possessive.
- On lui prend son fils.
- C'est à peu près ça. En même temps, c'est pas sa faute s'il préfère aller déjeuner chez sa belle-mère plutôt que chez sa mère : comme il dit, c'est pas aussi bon, mais c'est le seul endroit où il se sent comme un fils unique. »
Draco eut un léger rire amusé. Il imaginait sans mal le rouquin subissant la présence de ses frères, sans parvenir à avoir sa mère pour lui tout seul. Sans doute devait-elle sans cesse parler de ses autres enfants, et ils étaient fort nombreux. D'autant plus que Ron ne semblait pas briller professionnellement.
Pourtant, il avait mené une courte carrière de Quidditch plutôt convenable, mais après un accident de Quidditch qui l'avait tenu paralysé pendant trois mois, il avait définitivement abandonné ce sport pour une ouvrir une boutique de fournitures sportives. Pour cela, il avait emprunté des fonds à Harry et s'était lancé sur le chemin de Traverse, reprenant l'enseigne d'une boutique mise en vente à ce moment-là. Et parce que son meilleur ami adorait cet établissement, il n'avait pas rechigné à financer son projet.
Cela faisait trois ans à présent que Ron était propriétaire, et le moins qu'on puisse dire, c'était qu'il s'en sortait très bien. Il aimait son travail et avait réussi à apporter une certaine fraicheur à cette boutique vieillissante, sans lui retirer pour autant son charme d'antan. Peut-être parce qu'il avait profité des fonds d'Harry, son travail ne semblait pas être vraiment reconnu par sa famille, ce qui avait été une souffrance pour lui durant pas mal de temps. Harry lui avait même raconté que ça avait mis un peu d'eau dans le gaz entre lui et Hermione, qui n'arrivait pas à tomber enceinte. Mais depuis quelques mois, son ami avait repris du poil de la bête et avait décidé de continuer d'être la fierté de son épouse, de son frère de cœur, et bientôt de son enfant.
Bien qu'il ne connaisse pas le rouquin et qu'il ait naturellement un avis relativement négatif sur lui, Draco ne pouvait s'empêcher de trouver ça tout simplement dégueulasse. Il connaissait suffisamment ce monde-là pour pouvoir affirmer que l'argent ne suffisait pas et qu'une mauvaise gestion aurait pu mettre fin à son entreprise. Or, Ron s'était énormément investi et méritait un minimum de respect, d'autant plus qu'il remboursait Harry chaque mois sans faute.
« Ça doit lui faire du bien d'être dorloté.
- Oh la, sa belle-mère, elle est sacrée ! D'ailleurs, ils sont déjà en train de chercher des idées dans les magasins pour préparer la chambre.
- Ils ne perdent pas de temps.
- C'est une manière comme une autre de patienter avant l'arrivée du bébé. Tu as des idées, maintenant qu'on a fait le tour des boutiques ?
- Oui, j'hésite encore un peu, mais j'ai les idées plus claires. Mais j'ai peur que la chambre fasse un peu vide sans le lit.
- Sans le lit ? Comment ça ?
- J'ai pas… Il y avait de jolies choses, mais je sais pas, aucun couffin ou lit ne m'a attiré. J'en avais repéré un il y a deux jours dans une boutique, il était vraiment très beau, mais j'hésite.
- Ah, d'accord. Tes parents n'ont pas de couffins ou de meubles qu'ils voudraient te transmettre ?
- Bien sûr que non ! Mes lits sont monumentaux ! Ils ne rentreront jamais dans la chambre.
- Comment ça ?!
- Harry, voyons, j'ai grandi dans un manoir… Ma chambre fait trois fois la taille de mon salon. »
Tout en lui parlant comme à un enfant, Draco regarda avec amusement ses yeux s'agrandir de surprise alors que sa bouche s'ouvrait légèrement. Perplexe, Harry lui demanda pourquoi diable avait-il acheté une maison si petite, dans ce cas-là, et après que le blond lui eut expliqué que c'était temporaire à la base, l'auror voulut savoir comment il faisait pour se contenter d'une chambre si petite. Il avait eu l'occasion de la nettoyer à plusieurs reprises et il était à présent surpris par sa taille.
« Vivre en communauté à Poudlard a été très difficile au début, mais au fil du temps, revenir chez mes parents est devenu de plus en plus en plus compliqué. J'ai rien contre les grands espaces mais je me sens mieux quand c'est un peu plus confiné.
- Donc ton lit d'enfance, c'est mort.
- Ouais. Et puis il était pas particulièrement beau.
- En plus !
- Oui, en plus. Et toi, tu… Enfin… tu n'as… »
Draco ne parvint pas à prononcer les derniers mots, car soudain, le regard d'Harry s'était fait plus vague, plus pensif, et son visage perdit son sourire. Le blond regretta aussitôt ses paroles et voulut les retirer, le cœur serré, mais Harry le devança.
« Quand Remus a… Quand il a appris la mort de mes parents et ma survie, il s'est précipité chez eux. La porte était ouverte. Il a tout pris. Y'avait plus rien dans la maison quand les premiers pillards sont passés, il parait que ça a fait tout un foin. »
Harry prit une inspiration puis poursuivit, regardant droit devant lui.
« Il a tout enfermé dans son coffre, à Gringotts. Il comptait tout me donner à ma majorité et il m'en a parlé quelques mois avant de mourir. Il voulait fêter la fin de mes études et mon entrée dans la vie active. Il est mort un peu avant.
- Et… Il y a ton lit, dans ces objets ?
- Oui. Un couffin qui se transforme en berceau. »
Il avait baissé le regard et parlait d'une voix basse, presque timide. Comme s'il lui racontait un secret.
« Tu voudrais qu'on mette le couffin dans la chambre ?
- Mon père est mort dans le couloir et ma mère près de mon lit. C'est un peu… glauque.
- Tu trouves ça glauque ?
- Pas toi ?
- Tu m'as dit que ton père et ta mère sont morts en voulant te protéger, et que si tu es vivant aujourd'hui, c'est grâce à l'amour de ta mère. C'est peut-être un peu étrange, mais non, je ne trouve pas ça glauque. »
Doucement, Harry tourna la tête vers lui. Il avait les yeux qui brillaient, un peu comme si les larmes menaçaient d'en déborder. Il se mordillait la lèvre, aussi. Draco, lui sentait son cœur s'emballer dans sa poitrine, alors que le visage si doux d'Harry laissait entrevoir tout un tas d'émotions contenues.
« Je sais pas. Je veux pas que tu te forces.
- Je ne me force pas. Si ça me dérangeait, je te le dirais.
- C'est tout simple, tu sais, c'est pas très grand et…
- Et c'est ton lit. »
Cette fois-ci, Draco crut bien qu'Harry allait pleurer, car il détourna la tête et leva les yeux vers le ciel, inspirant profondément alors que ses yeux brillaient comme jamais.
« Et ça ne me dérange pas de l'installer dans la chambre.
- T'es pas obligé.
- Je sais. Ça ne me dérange pas. Et puis, tu as décidé qu'on serait deux à avoir ce bébé, c'est normal qu'il y ait un peu de toi dans cette chambre. »
Le visage d'Harry se brouilla et Draco crut vraiment qu'il allait craquer. Sa gorge se serra douloureusement et il sentit à son tour les larmes lui monter aux yeux alors qu'Harry plantait un baiser sur sa bouche, comme ça, en plein milieu de la rue, la main du blond coincée entre le bras et les côtes de l'auror.
Et quand il se recula, son sourire et l'éclat de ses yeux lui parurent plus beaux que jamais.
OoO
J-152
La journée n'en finissait pas. Pourtant, Draco n'était pas du genre à regarder sa montre toutes les cinq minutes en fin de journée, mais depuis le matin, le banquier avait eu beaucoup de mal à se concentrer sur son travail. Il ne savait pas si c'était à cause de ses fringales, de son mal de ventre pourtant habituel ou bien de ce fabuleux week-end qu'il avait passé avec son chéri.
Car oui, Harry était devenu son chéri. Jusque là, leur relation avait été si chaste, dans le fond, que Draco avait encore du mal à réaliser qu'il était son petit ami, même si paradoxalement il savait qu'ils sortaient ensemble. Ce week-end passé ensemble, alors que ce n'était pas du tout prémédité, avait changé énormément de choses, et à vrai dire, cela avait commencé dès le vendredi soir.
Ils avaient dîné comme un couple. Non pas comme un mec venant rejoindre son copain chez lui, non, comme un couple. Ils avaient fait les courses ensemble, et à peine arrivé, Harry avait commencé à préparer un repas plutôt simple qui lui parut pourtant aussi bon que d'habitude, sans doute parce qu'à ce moment-là il pensait moins à ce qu'il y avait dans son assiette qu'à ce qui se trouvait assis en face de lui. Et plutôt que de rester assis à table comme d'habitude, il était resté dans la cuisine pour le regarder faire.
A ce moment-là, il avait senti qu'ils devenaient vraiment un couple.
Et Draco était persuadé que ce déclic venait de ce fameux lit, ce tout petit lit qu'il prenait bientôt place dans la chambre de l'enfant.
Il avait fait un pas vers lui, un vrai pas, et toute la réserve d'Harry semblait avoir disparu. Il le caressait, le prenait dans ses bras, l'embrassait, parfois. Et au fil des heures, Draco avait senti sa propre retenue fondre comme neige au soleil.
Avec un sourire, Draco ne put s'empêcher de repenser à ce dîner qu'ils avaient partagé, entre taquineries et petits gestes tendres. Puis, le plus naturellement du monde, Harry s'était installé dans le canapé alors que Draco allait soulager sa vessie. En revenant, il s'était approché de lui, s'était assis sur ses cuisses puis s'était emparé impérieusement de sa bouche. Assis dans son bureau, le blond se rappelait encore de la chaleur de ses mains qui avaient glissées dans son dos jusqu'au creux de ses hanches, s'aventurant dans les poches arrières de son jean avant de remonter vers ses épaules. Pendant ce temps-là, lui tenant le visage puis enlaçant simplement son cou, Draco dégustait sa bouche avec un plaisir non feint.
Puis, il s'était blotti contre lui, savourant la chaleur de ses bras, la douceur de sa main lui caressait ses cheveux et la tendresse de ses baisers sur sa tempe. Au bout d'un moment, Harry lui avait glissé que, ce soir, il avait vraiment la sensation de former un couple avec lui. Draco lui avait répondu qu'il ressentait la même chose.
« Draco, tu dors ?
- Non non.
- On dirait. Tu ne pars pas tant que ce dossier n'est pas fini.
- Oui, Alguff, ne t'en fais pas. »
Le gobelin le regarda d'un air suspicieux puis disparut de l'encadrement de la porte, qu'un précédent collègue avait oublié de fermer. Bien que toutes ses pensées soient tournées vers ce week-end passé avec Harry, Draco rassembla ses dernières forces et termina son dossier avant de le ranger. Enfin, il regarda l'heure, sourit, puis rangea tranquillement son bureau.
Ce soir-là, il avait rendez-vous avec Harry dans un bon restaurant français de la capitale. Durant le week-end, ils avaient décidé d'afficher leur relation au grand jour et de ne plus se cacher comme ils le faisaient jusqu'alors. De toute manière, leurs proches étaient au courant et leur relation n'aurait pu rester un secret bien longtemps. Ainsi, ils s'étaient donné rendez-vous pour un repas qui officialiserait en douceur leur relation, car bien évidemment ils ne passeraient pas inaperçu, surtout vu l'établissement où Harry comptait l'inviter à dîner. Et Draco trouvait l'idée plus que séduisante.
Une fois son bureau rangé, Draco gagna tranquillement la sortie de Gringotts. Il n'avait pas intérêt à trop traîner avant de rentrer se changer, sinon il risquerait d'être en retard au rendez-vous. Il ne tarda pas à arriver dans l'entrée principale de la banque, et alors qu'il marchait vers les portes monumentales, Draco manqua de s'arrêter de marcher. Son cœur s'emballa quand il vit Blaise, planté près de l'entrée, le regard fuyant et les deux mains tenant sa serviette, comme l'aurait fait un écolier avec son cartable.
Cela faisait déjà deux mois qu'ils ne s'étaient pas vus, et pour Draco, cela faisait une éternité. Depuis cette dispute, depuis cette claque qu'il lui avait mise, Blaise avait complètement disparu de sa vie. Ce n'était même pas de la rancune, de la colère ou une manière de le punir, mais c'était le seul moyen pour ne pas souffrir de son absence.
Car Draco avait beau adorer Pansy et Théodore, les deux seuls vrais amis qu'il lui restait, Blaise était totalement différent. Ce n'était pas un chien que son père lui avait attribué de force, comme l'avaient été Gregory et Vincent, si un camarade d'infortune qu'il avait été obligé de fréquenter lors des galas, comme Pansy, ou encore un ami d'enfance, comme Théodore. Blaise, il l'avait rencontré à Poudlard, et après plusieurs années d'une relation plutôt conflictuelle, était née une véritable amitié qui dépassait celle que Draco connaissait jusqu'alors avec Théodore. La complicité n'était pas la même et ce dernier était si particulier que la notion de meilleur ami n'existait même pas chez lui. Avec le black, il y avait eu cette sensation de se découvrir comme un frère, et ce des deux côtés.
Blaise, c'était le frère qu'il n'avait jamais eu, le confident qu'il avait toujours rêvé d'avoir. Et il savait que son ami ressentait la même chose de son côté. Leur homosexualité n'avaient fait que renforcer leur complicité et leur vie amoureuse, personnelle et professionnelle n'avait absolument aucun secret ni pour l'un, ni pour l'autre. Et en dépit de toutes leurs engueulades, ils étaient toujours parvenus à se rabibocher, parce que même si ce n'était pas très Serpentard, ils tenaient trop à l'autre pour supporter l'éloignement.
Mais cette fois-ci, Blaise était allé trop loin, et surtout, Draco souffrait trop à ce moment-là pour faire le moindre pas vers lui. De toute manière, revenir vers Blaise aurait été une erreur, et il n'était pas le seul à le penser. Bien que Pansy ait un avis différent, et dans le fond plutôt vrai, Théodore affirmait que tant que Blaise ne viendrait pas s'excuser, jamais ils ne sauraient s'il avait vraiment changé d'avis. A quoi bon entamer une réconciliation si c'était pour se reprendre à un jour ses accusations en pleine gueule… Tout en étant un peu d'accord avec lui, Pansy continuait à penser que Blaise attendait Draco, attendait son pardon qu'il n'était pas sûr d'obtenir en venant ramper à ses pieds. Le courage n'était pas leur fort, à eux, les Serpentards.
En le voyant là, si près de lui, Draco ne put s'empêcher de ressentir comme une grande bouffée de chaleur dans son corps, même s'il savait que rien n'était gagné et que, peut-être, Blaise viendrait raser les ruines de leur amitié, pourtant si solide.
Quand il fut près de lui, Blaise leva les yeux et balaya la pièce du regard, le cherchant peut-être. L'idée qu'il ne soit pas venu pour le voir lui glaça le sang, quand soudain ses yeux noirs et impénétrables se posèrent sur lui. Aussitôt, son visage se brouilla et il tenta d'esquisser un maigre sourire, entre gêne et plaisir timide. Blaise ne chercha pas à s'éloigner, que ce soit par le corps ou le regard, au contraire. Le cœur battant, soulagé, Draco ne sut quoi lui dire en arrivant devant lui, et heureusement, ce fut son ami qui prit la parole.
« Bonsoir, Draco.
- Bonsoir. »
Il avait cet air sur le visage que Draco ne lui connaissait pas. Son cœur battait si fort qu'il avait l'impression que toute personne s'approchant de lui pourrait l'entendre pulser.
« Il faudrait qu'on parle. Qu'on discute. Est-ce que tu aurais un moment à m'accorder ?
- Pour toi, j'ai toujours un moment. »
Blaise acquiesça légèrement de la tête, puis fit un mouvement vers l'arrière. Sans un mot, ils sortirent de la banque, ou du moins le voulurent. Il pleuvait à torrent, et en voyant l'état du ciel, auquel Draco n'avait pas fait attention en quittant son bureau, le blond poussa un soupir à fendre l'âme. A côté de lui, Blaise eut un léger ricanement, puis il ouvrit son grand parapluie que Draco n'avait pas aperçu. En le voyant froncer les sourcils, son ami lui dit qu'il l'avait posé contre le mur derrière lui. Puis, Blaise leva son parapluie, l'invita du regard à se mettre dessous, et quand le blond posa naturellement sa main sur son bras, son ami détourna aussitôt les yeux, se mordillant la lèvre inférieure, comme pour réprimer un sourire.
Tranquillement, malgré la pluie battante, ils gagnèrent le bar où ils avaient leurs habitudes, et où ils s'étaient embrouillés, d'ailleurs. Ils échangèrent quelques banalités, le geste de Draco semblant avoir considérablement détendu Blaise qui lui posa de petites questions sur son travail, sur le bébé, sur sa santé. C'était bien le seul homme avec qui il avait ce genre de geste. Même certaines de ses relations sérieuses n'y avaient pas droit.
Le bar n'était pas bien rempli, malgré le temps et l'heure, et leur table était vide. Ils s'y installèrent et commandèrent chacun un café. A peine le serveur les quitta-t-il qu'une gêne s'installa entre eux. Au bout de ce qui lui parut être une éternité, Blaise se lança, le regard un peu fuyant.
« Bon, eh bien… Ca fait à peu près deux mois qu'on s'est engueulé et j'en peux plus. Donc je te demande pardon pour ce que je t'ai dit, pour mon attitude et pour ne pas avoir été là quand tu en as eu besoin. Je ne veux pas passer pour une victime, mais à ce moment-là… J'allais pas bien. Même si ce n'était pas ta faute, et même si j'ai toujours voulu ton bonheur, j'ai mal vécu ta relation amoureuse avec Kenneth. Et quand t'es tombé enceint… Entre ça, ce qu'il m'a dit, le fait que peut-être t'attendais un enfant lui, t'as pas arrêté d'aller voir ailleurs quand vous vous êtes séparés… Désolé de te le dire, mais j'avais besoin de te faire du mal. Parce que moi, j'aurais voulu être à ta place, et t'as tout arrêté… »
Draco inspira profondément et se retint de toutes ses forces de lui répondre. Il savait que ses paroles dépasseraient ses pensées, et même si ça faisait du mal, il préférait tout savoir plutôt que rester avec des non-dits. Et au moins il comprenait un peu plus.
« Je me suis comporté comme un con et je sais qu'à ce moment-là, t'avais pas besoin de ça. J'ai beaucoup réfléchi, tu me manques énormément, et j'en peux plus de vivre comme ça, en pensant à toi tous les jours, à me demander comment tu vas, comment ça se passe avec tes parents, avec le bébé…
- Pourquoi tu n'es pas venu me voir ?
- Parce que j'avais peur. De ta réaction. Je ne savais pas si tu accepterais de me revoir, et tu aurais eu raison de refuser.
- N'exagère pas.
- Draco, tu es extrêmement rancunier, c'est un miracle que tu ne sois pas déjà monté sur tes grands chevaux !
- Si je le fais, on n'arrivera pas à avoir une vraie conversation. »
Le serveur déposa les deux cafés sur la table. Cela coupa Blaise dans son élan, mais le temps que Draco ajoute un peu de sucre à sa boisson, il rouvrait déjà la bouche.
« Je sais. Je veux me racheter et je pense que…
- Tu leur as dit que j'attendais un enfant. »
Le visage de Blaise se tendit alors qu'il se mordillait la lèvre inférieure. Il prit une grande inspiration, mais ne se lança pas tout de suite. Alors, sa tasse au bord des lèvres, Draco enchaîna.
« Pourquoi t'as fait ça ?
- Je sais pas, je…
- Je me suis senti comme une merde. Vraiment. Je priais pour que tu ne dises rien. C'est toi qui as dit à ma mère le nom de mes amants ?
- C'était stupide.
- C'est toi ou pas ?
- Oui.
- C'était même complètement con. Je pensais que…
- Je t'en voulais. Et j'avais beau me dire que t'étais pas… »
Blaise leva les yeux vers lui et Draco sentit que ce qu'il allait lui dire venait du plus profond de lui-même, et qu'en d'autres circonstances, il ne le lui aurait jamais avoué.
« Pour moi, t'étais pas si irremplaçable que ça. Et je me le disais depuis des mois. Depuis que tu sortais avec lui. Et quand tu m'as giflé… Quand je suis rentré chez moi… J'avais beau me dire que t'étais un connard de première, j'arrivais pas à encaisser l'idée que tu me parlerais plus jamais. Et c'est pour ça que je leur ai dit que t'attendais un enfant. C'était… con. Je… Fallait que ça sorte. J'avais mal et il fallait que je te fasse du mal. Je l'ai regretté tout de suite. C'est pour ça que j'ai arrêté de voir tout le monde, j'étais mort de honte… J'avais pas le droit de te faire ça et en leur disant, je venais de te rayer définitivement de ma vie. »
Jamais Blaise n'avait été aussi franc et ouvert. C'était quelqu'un de naturellement réservé qui s'était considérablement renfermé sur lui-même durant son enfance à cause de la multitude de mariage dans lesquels sa mère s'était engagée. Ses déménagements successifs, ses beaux-pères, sa relation distante avec sa génitrice et son homosexualité mal assurée, avaient créé une carapace autour de son cœur. Pour le moment, la seule personne qu'il avait autorisé à y entrer et à le perturber un peu était son meilleur ami. Et pourtant, ce genre de confession, malgré tous leurs conflits, Blaise ne lui en avait jamais faites.
Et alors que Draco aurait dû bouillir d'une rage sans nom, il ne pouvait s'empêcher de se sentir… triste. Cela ne lui ressemblait pas vraiment, mais Blaise avait toujours été trop important à ses yeux pour qu'il ressente cette espèce de haine qu'un autre que lui aurait suscité dans son cœur.
« Et si je l'ai dit à ta mère, c'est parce que je ne supportais plus ses beuglantes. Je sais que tu ne pourras pas me pardonner tout de suite, et je ne sais même pas si tu en as envie, mais j'aimerais… Je voudrais que tu me laisses une chance. De me racheter. T'es mon meilleur ami, je sais que je me suis comporté comme un abruti, mais j'ai rayé tout ça de ma vie et… Tu me manques. Toi, nos soirées en célibataires, nos sorties avec Théodore, Pansy, et tout le reste, nos commérages de mamie… »
Ces derniers mots lui arrachèrent un sourire. Le premier depuis que leurs regards s'étaient croisés à Gringotts. En le voyant, le visage de Blaise se détendit et il parvint à esquisser un léger sourire.
Il y eut un silence, puis Draco inspira et reprit la parole, le cœur plus léger qu'il ne l'aurait cru, surtout quand Blaise avait commencé à ouvrir la bouche.
« Tu sais… Franchement, je ne vais pas te mentir, je t'ai rayé de ma vie. Tu m'as fait du mal, t'as fait aucun pas pour revenir vers moi, t'as dit des choses aux autres, et je ne pense pas que je méritais ça. Et en plus, parce qu'au point où on en est, je vais aussi t'ouvrir mon cœur, vu qu'on en est à se faire de grandes déclarations d'amour, tu me manquais vraiment et il y a des moments que j'ai vécu avec d'autres personnes et que j'aurais aimé vivre avec toi.
- Je sais, Draco… Je suis vraiment désolé, je…
- Il n'y a pas longtemps, Pansy et Théodore m'ont demandé si je te laisserais une chance, si tu faisais le premier pas vers moi. J'ai pensé que, oui, je le ferais. »
Draco, qui avait baissé les yeux vers sa tasse qui tournait entre ses doigts, leva la tête et croisa son regard, un léger sourire sur les lèvres.
« Et j'ai pas changé d'avis. »
Lentement, le visage de Blaise s'apaisa et ses paupières se baissèrent de soulagement, alors que sa main passait sur son front et ses cheveux noirs si courts. Quand il rouvrit les yeux, Draco eut l'impression de retrouver son meilleur ami, à son regard et à son sourire.
« Je ne veux pas tout gâcher. Et je veux te retrouver, toi et notre complicité. T'es plus qu'un ami, pour moi.
- C'est pareil pour moi. Alors… on peut commencer à redevenir ami ?
- Je dirais même que je peux te pardonner.
- Comme ça ?!
- Tu t'en veux et ça ne sert à rien de laisser traîner les choses. Il y a des choses qui mettront du temps à passer mais je veux qu'on reparte.
- Je sais pas quoi dire.
- Dis rien, alors. »
Beaucoup plus serein qu'à son arrivée, même s'il restait encore du chemin à faire, Draco regarda sa montre. Puis, son regard revint vers Blaise, qui touchait enfin à sa tasse de café.
« Eh bien, ce n'est pas que ta compagnie me dérange, mais j'ai rendez-vous avec Harry, ce soir.
- Avec Harry ? »
Son étonnement mêlé de curiosité l'amusa. Son meilleur ami était de retour.
« Ouais.
- C'est le…
- J'en sais rien.
- T'abuses, franchement.
- Je sais. Tu te joins à nous ? »
Dans ses yeux noirs, Draco lut beaucoup de choses, mais il préféra ne pas s'y appesantir. Il chercha sa bourse, paya les deux consommations, puis se leva. Aussitôt, Blaise l'imita, et ensemble, ils quittèrent le bar, comme deux amis.
OoO
J-146
« Et donc, je lui ai dit qu'il exagérait ! Franchement, pour une fois qu'il tombe sur un type bien, pourquoi est-ce qu'il ne se laisse pas un peu aller ? Bon, c'est vrai qu'il a un sale nom, mais on ne va pas s'arrêter à ça…
- Comment est-ce qu'il s'appelle ?
- Maximus. Pourquoi tu te marres ?
- C'est le nom d'un cheval dans un dessin animé de Teddy.
- Merci, Harry, tu viens de pourrir encore plus le prénom de ce type. T'as pas intérêt à dire ça devant Blaise, sinon il va vraiment finir par s'enfuir !
- C'est marrant, depuis que t'as renoué avec lui, j'en entends parler tous les jours. J'en serais presque jaloux.
- J'ai des commérages à rattraper, et parce que t'as décidé de sortir avec moi, t'es condamné à m'écouter !
- C'est ce que j'ai cru comprendre.
- Dis tout de suite que je t'ennuie !
- Je ne me permettrai pas. »
Ses lacets enfin noués, Harry se redressa et lui fit un sourire charmant. Pour la forme, Draco lui fit la moue, mais elle ne dura pas bien longtemps quand son petit ami lui enlaça les hanches pour le rapprocher de lui et l'embrasser. Il était bien éduqué, ce garçon, toujours une manière agréable de se faire pardonner de son impudence…
« Et puis, c'est mignon, ta manière de te passionner pour sa vie amoureuse.
- C'est pas mignon, je me soucie vraiment de lui.
- Et tu ne crois pas que ça le dérangerait de savoir que…
- Je sais que tu ne vas pas cafter parce que t'es un Gryffondor, tu as le sens des valeurs, en plus tu n'as pas envie de me mettre en colère.
- Et surtout, je m'en fous.
- Connard.
- Moi aussi je t'adore, mon ange.
- T'es sérieux ? Tu vas te mettre à me donner des surnoms ?
- D'accord, je m'abstiens. »
Aussitôt, Harry le lâcha et alla chercher son manteau. Les sourcils froncés, Draco le regarda l'enfiler en se demandant s'il n'allait pas un peu trop loin de temps en temps. Les surnoms, ce n'était vraiment pas son truc, et à vrai dire, il détestait ça. Mais c'était vrai que dans la bouche de Harry, ils n'avaient pas ce côté mièvre désagréable ou cette espèce de possessivité latente, comme si le fait de lui attribuer un petit nom en faisait sa propriété privée. C'était plutôt une marque d'affection, de tendresse. Cependant, le blond ne savait pas vraiment sur quel pied danser avec lui.
En fait, avec Harry, tout était compliqué. En effet, jusque là, Draco n'était jamais sorti avec un gars aussi mignon que lui, ni aussi tactile et affectueux. Ses précédents amants gardaient toujours une certaine distance par rapport à lui, une distance que Draco appréciait et surtout entretenait. C'était une manière comme une autre de se protéger. Avec Harry, c'était différent, car il était si naturel que Draco se laissait aller à ses étreintes un peu trop récurrentes, à ses baisers un peu trop agréables et à ses petits gestes qui éveillaient en lui des émotions insoupçonnées.
Par moments, dans ses bras, Draco se sentait faible. Si Harry ne dormait jamais chez lui, ils passaient à présent toutes leurs soirées ensemble. Et quand certains soirs il ne se sentait pas bien, même s'il n'en montrait absolument rien à Harry, il lui suffisait de se blottir contre lui pour se sentir mieux. Il n'était pourtant pas du genre à avoir besoin de ça pour se requinquer, mais dans ses bras, Draco se sentait parfois faible comme un enfant. Et quand il fermait les yeux et il respirait son odeur, il arrivait à se dire que ce n'était pas un problème.
Dans leur couple, il n'y avait pas vraiment de fort et faible, de dominant et de dominé. Souvent, Draco sentait qu'il avait le dessus sur Harry, sans doute à cause de son caractère et de la patience du brun. Cependant, quand quelque chose ne plaisait pas à ce dernier, il trouvait toujours un moyen de le lui faire savoir, et des fois, Draco se sentait comme une merde. Comme à cet instant précis. Parce que s'il se refusait ce genre de mièvrerie, c'était uniquement par orgueil mal placé. Parce qu'il ne s'autorisait pas ce genre de marques de tendresse.
« Draco, tu mets ta cape ? »
Harry venait de la sortir du placard, attendant qu'il s'avance. Pensif, le blond le laissa l'habiller et nouer la boucle autour de son cou.
« Blaise me dit souvent que je devrais davantage me laisser aller.
- Comment ça ?
- Il est coincé du derrière, mais il adore les surnoms. Il trouve ça mignon.
- Mais pas toi. Et c'est avec toi que je sors. »
Un léger baiser sur ses lèvres mit fin à la conversation. Enfin, ils mirent leurs chaussures et quittèrent la maison.
Parce que Draco avait invité Blaise à un de leurs dîners sans le prévenir, il lui paraissait évident qu'il devait rencontrer les meilleurs amis de Harry. En les voyant arriver ensemble, son petit ami avait été surpris et un peu agacé, mais il avait fait bonne figure et ils avaient passé un très bon moment tous les trois. Cependant, le lendemain, Draco avait senti que certaines choses n'étaient pas très bien passées, et que si lui avait décidé de reprendre Blaise dans sa vie, Harry était moins enjoué à cette idée.
Ce soir-là, ils s'étaient violemment disputés, comme ce n'était encore jamais arrivé. Draco était si soulagé que son meilleur ami lui revienne qu'il n'avait pas compris que Harry ne soit pas heureux pour lui, et que par quelques sous-entendus, il lui fasse comprendre qu'il avait été un peu agacé de le voir, devinant aisément ce qui s'était passé et voyant leur soirée en amoureux passer à la trappe. Aussitôt, le blond avait commencé à monter sur ses grands chevaux, et en fait, Harry avait été tellement surpris par son éclat qu'il n'avait su comment réagir. Il ne comprenait pas pourquoi Draco s'enflammait, et forcément, la situation s'était envenimée.
A bout de nerfs, Harry lui avait craché à la figure qu'il n'était qu'un profiteur et qu'il allait là où le vent l'emmenait. Hors de lui, Draco avait hurlé que Blaise avait souffert autant que lui et qu'il avait toujours été là pour lui. Alors seulement, le blond vit des larmes dans les yeux d'Harry, qui ne sut quoi répondre. Alors, il sortit de la maison, les épaules basses et le visage douloureux. Quelques minutes plus tard, Draco se précipitait chez lui et le trouva en train de se rafraichir le visage dans la salle de bain, la bouche résolument fermée et le visage écarlate. Il eut beau l'ignorer de toutes ses forces, il ne put lutter bien longtemps face au blond, qui refusa de quitter les lieux tant qu'il aurait cette expression sur le visage et les yeux aussi rouges.
Finalement, au prix de maints efforts pour ne pas craquer devant lui, Harry lui expliqua qu'il ne le comprenait pas, qu'il avait le droit d'être agacé après la journée qu'il avait passée de voir Blaise revenir si vite dans sa vie et il aurait aimé se préparer psychologiquement avant de le rencontrer. Toute la soirée, il avait essuyé ses pics et ce ne fut qu'au dessert que le Serpentard décida enfin de le laisser tranquille, sans doute parce qu'il était convaincu de sa bonne foi. Harry avait tout fait pour qu'il passe une bonne soirée et il pensait vraiment qu'il pourrait lui parler de son ressenti sans que ça n'éclate. En plus, il n'avait rien dit de particulier, Harry n'éprouvait rien de mauvais envers Blaise, estimant que ce n'était pas ses affaires… L'agression avait été si soudaine qu'il n'avait même pas su se défendre, à moins de lui faire du mal, et à ce moment-là, non, il n'en avait pas eu l'envie.
Au final, ils avaient atterri dans le canapé, et cette fois-ci, ce fut Harry qui se logea dans ses bras et qui fut le centre de toutes ses attentions. Draco s'excusa sincèrement, il était encore tellement survolté, et terrifié que Blaise retourne sa veste, qu'il avait disjoncté. Il regrettait chacun de ses mots et d'avoir tout pris de travers, alors que dans d'autres circonstances, il aurait agi différemment. Draco ne savait pas trop comment mais il avait réussi à obtenir son pardon, mais il pouvait se vanter d'avoir déployé des trésors de tendresse pour se rattraper. Depuis, ils avaient reparlé de Blaise, et même si les interrogations de Harry l'agaçaient prodigieusement, Draco ne s'était pas froissé et considérait ses remarques comme de l'inquiétude, au final plutôt compréhensible.
« Qu'est-ce que tu comptes lui acheter ?
- Je ne sais pas, je verrai bien.
- Tu sais, ce n'est vraiment pas nécessaire, ce n'est pas comme si…
- Harry, il est hors de question que je me présente à tes amis sans un bouquet de fleurs, et si tu n'étais pas aussi têtu, je…
- C'est bon, c'est bon, j'ai compris. »
Quelques jours auparavant, Harry lui avait dit que ce serait bien qu'il rencontre ses amis à lui. Ils étaient au courant de toute l'affaire, et si Ron n'approuvait absolument pas sa décision, lui et son épouse le soutenaient malgré tout. Son petit ami fut très surpris quand Draco accepta tout de suite, sans négocier, et quand Harry lui proposa le week-end qui venait ou le suivant, le blond ne leva même pas les yeux de son journal et accepta pour le dimanche qui venait. C'était une question de principe : il lui avait imposé Blaise, il se devait bien de rencontrer ses proches à lui.
Pour Draco, cette rencontre représentait une véritable épreuve. Il savait que ça passerait difficilement avec le rouquin et que le contact avec Granger serait difficile, car pour pallier la rancune de son époux, elle se forcerait sa sympathie et cela virerait à l'hypocrisie. Quant au blond, il se sentait prêt à surmonter ses vieilles rancœurs. Ce n'était pas vraiment son genre, de faire de telles concessions, mais Harry valait la peine qu'il apprenne à connaître ses amis et qu'il développe une relation cordiale avec eux.
« Mais quand même, j'en vois pas l'intérêt.
- S'il y a quelqu'un ici qui a le droit de ne pas comprendre quelque chose, c'est bien moi ! Pourquoi diable portes-tu un pantalon ?
- C'est maintenant que tu le réalises ?
- Je te vois quasiment tout le temps en pantalon. C'est pas Merlin possible d'être aussi dépareillés, à quoi est-ce qu'on ressemble avec toi en moldu et moi avec ma robe ?
- A un couple mixte ?
- Harry…
- Qu'est-ce que ça peut faire ? On va chez mes amis, ils s'en fichent de…
- Tu es désespérant. En plus, ton pantalon ne tombe même pas correctement sur tes jambes, et je crois que tu le portais déjà hier.
- Qu'est-ce que ça peut faire ? Je n'ai personne à séduire.
- Personne ? Tu plaisantes ? Et moi, je compte pour du beurre ?
- C'est pas mes pantalons qui t'ont séduit.
- Et qu'est-ce que c'est, alors ?
- J'en sais absolument rien.
- Comment ça ?
- Je ne sais pas ce que tu aimes chez moi. J'ai rien de particulier. »
Cette fois-ci, Draco ne put cacher sa surprise, qui se traduisit par des sourcils froncés et un regard perdu. Il attrapa soudain son bras et le força à s'arrêter de marcher. Ils se trouvaient alors dans un parc aussi vide que silencieux qu'ils traversaient pour arriver plus vite au fleuriste installé non loin de là.
« Tu plaisantes, là ?
- Pas du tout. »
D'un coup, Draco se plaça devant lui. Harry parut étonné, et sans doute parce qu'ils faisaient la même taille, il lui fit l'effet d'un enfant. Un enfant fort charmant, et il avait beau dire, ce pantalon un peu négligé lui allait malgré tout très bien, mais un enfant quand même.
« Tu n'as pas conscience de tes charmes.
- Je ne vois pas vraiment ce que j'ai de beau. Bon, je sais que je suis bien foutu à cause du boulot. Mais sinon…
- J'espère que t'es pas en train de croire que je suis avec toi uniquement parce que j'aime ton humour et parce que t'as eu l'excellente idée d'être le père de mon enfant ?
- Non, pas du tout, je…
- Arrête, ça se voit sur ton visage !
- C'est pas ça, c'est juste que je ne sais pas ce qui te plait chez moi. Je ne sais pas pourquoi tu as accepté et pourquoi tu continues. Je suis bien avec toi, franchement, mais c'est vrai que…
- Je te fais des compliments sur ton physique, il me semble !
- Pas vraiment. Tu parles plus de mes fringues que de mon physique. »
Draco voulut répliquer, mais il réalisa soudain qu'il avait raison.
« Et je m'en fous, de ce genre de compliments, j'ai ce physique à cause de mon boulot. »
Il lui semblait pourtant l'avoir complimenté à plusieurs reprises, mais visiblement, ses jolis mots n'avaient pas fait correctement leur chemin. D'ailleurs, Draco ne comprenait même pas qu'il ne lui ait jamais fait la remarque. Il se fit d'ailleurs la réflexion qu'Harry ne le complimentait pas souvent, mais dans son regard et dans ses mots, il devinait à chaque instant qu'il l'attirait irrémédiablement. Cependant, que son petit ami reste sur de pareils doutes était inenvisageable.
« Tu n'as vraiment aucune idée de ce qui me plait chez toi ?
- Non.
- Qu'est-ce que tu préfères, toi, chez toi ? »
Harry eut un moment de réflexion et son regard se fit vague un quart de seconde. Par Merlin, avait-il donc une si piètre opinion de lui-même ?
« Je dirais mes yeux.
- Tu n'as même pas l'air sûr de toi…
- Je ne m'aime pas. J'ai rien de sensationnel et… Je ne me suis jamais aimé.
- Tu sais que tu as quelque chose de plus beau que tes yeux ? »
Harry haussa un sourcil perplexe.
« Ah bon ? Quoi ?
- Ton cœur. »
La surprise s'étala sur son visage, mais il ne prononça pas un mot, attendant la suite.
« Il est en or, et tu as beau le laisser un peu trop trainer dans ta main, il reste pur. N'importe qui d'autre aurait pourri, mais toi, t'es toujours resté égal à toi-même. Tu es un héro mais tu restes malgré tout quelqu'un de normal. Ça peut rebuter comme attirer.
- Et toi, ça t'attire.
- Il n'y a que les abrutis qui ne seraient pas attirés.
- T'exagères. C'est beau, ce que tu me dis, mais je me sens fade, parfois, et…
- Fade ?! Toi ?
- J'ai aussi l'impression de ne pas être ce que tu voudrais que je sois. Je suis pas aussi classe que toi, et je ne le serai jamais parce que j'aime mon confort, je te touche trop, je te suis trop mièvre, je…
- Tu dis ça à cause des surnoms ?
- Entre autres. Mais y'a pas que ça.
- T'as l'impression que je ne suis pas bien, avec toi ?
- Non, mais… J'ai l'impression de ne pas en faire assez.
- Et moi, je pense que tu en fais beaucoup trop et que tu te prends beaucoup trop la tête. »
Doucement, Draco posa sa main sur sa joue et avança son visage jusqu'à ce que leurs lèvres se rencontrent. Ils étaient seuls, et à ce moment-là, le blond se fichait bien d'être vu. Avec suavité, il s'empara de sa bouche entrouverte, soupirant en sentant sa main chaude se poser sur sa nuque et sa joue, caressant sa peau avec son pouce. Quand il se recula, les lèvres chaudes, le blond lui fit un léger sourire.
« T'es plus qu'un physique.
- J'ai rarement été plus que ça.
- Tu peux me donner des surnoms, si tu veux. Mais pas trop mièvres, pas trop souvent, et seulement entre nous.
- Mais je croyais que…
- Entre nous. C'est tout. Sinon je te fais la gueule !
- T'es mignon.
- Par Merlin, mais qu'est-ce que tu peux être mièvre quand tu veux…
- Si tu me laisses faire, c'est que tu dois un peu aimer ça.
- J'adore tes yeux. Et j'aime ton naturel, ta simplicité. »
Puis, Draco lui attrapa la main et le tira pour qu'ils reprennent leur marche. En quelques pas, Harry le rattrapa et voulut approfondir la chose, sincèrement étonné par ce qu'il venait de lui dire. Visiblement, il se fichait pas mal qu'on lui dise qu'il avait un très bon fond, peut-être parce que tous les enfoirés sur lesquels il était tombé avaient dû le lui répéter. Il semblait plus intéressé par d'autres critères plus précis, plus personnels, et il paraissait touché par les mots de son petit ami. Et un peu soulagé, aussi. Peut-être qu'un peu plus tard, Draco lui avouerait qu'il aimait aussi beaucoup sa bouche, les sourires qu'elle esquissait et les baisers qu'elle prodiguait, ainsi que ses fesses quand il portait un jean décent. Mais pour le moment, il préférait le garder pour lui.
Ils ne tardèrent pas à arriver chez le fleuriste où Draco acheta un bouquet de fleurs pour Hermione. Il mit quelques minutes à le choisir, et quand ils quittèrent la boutique, il était satisfait de son choix. Il laissa Harry lui reprendre la main, et quelques secondes plus tard, ils transplantaient dans un quartier tranquille de la banlieue londonienne.
Après toutes ces années passées loin de ses parents, Hermione était repartie vivre chez eux à sa sortie de Poudlard tandis que Ron, après deux mois d'une étrange cohabitation, s'installait dans une chambre d'étudiant. Au cours de cette première année de liberté, la relation entre Ron et Hermione s'était un peu tendue et ils s'étaient même séparés durant quelques mois, avant que leurs sentiments ne les rapprochent à nouveau. Cette fois-ci, ils repartirent d'un bon pied et entamèrent une relation plus sincère et honnête, pansant leurs blessures mutuelles dues à la guerre.
A cause de leur relation un peu bancale qui ressemblait plus à de l'amitié qu'à de l'amour, Hermione n'avait jamais présenté Ron comme son petit ami. Quand leur histoire redémarra, après toute une période de réflexion, et qu'il fut évident qu'ils ne pouvaient vivre l'un sans l'autre, il y eut une rencontre officielle. Au fil des semaines, celui qui était alors l'un des deux meilleurs amis de leur fille devint comme un fils. Une grande affection naquit entre Ron et ses beaux-parents, au point qu'il finit par emménager chez eux à la fin de son année scolaire.
Ainsi, quand lui et Hermione décidèrent de se trouver un logement, il fut évident qu'ils ne s'éloigneraient pas trop d'eux afin qu'ils puissent se voir plus facilement. Après avoir vécu quelques temps dans un appartement non loin de chez eux, ils achetèrent une maison dans un quartier sorcier à quelques rues de chez les parents de la jeune femme. En arrivant, Draco trouva la demeure plutôt petite mais assez jolie, et sans doute suffisante pour un jeune couple attendant un enfant. Et comme s'il était chez lui, Harry ouvrit le portail avec un trousseau de clés, laissa passer Draco, puis gravit avec lui les quelques marches du perron. Cette fois-ci, pour la forme, le brun sonna et attendit qu'on leur ouvre.
En se levant ce matin-là, Draco avait été pris de violentes douleurs au ventre, au point qu'il s'était retrouvé assis à côté du lavabo, incapable de se lever. Quand Harry le découvrit et qu'il parvint à calmer l'élan de panique qui l'envahit, il s'assit par terre, l'attira entre ses jambes et le prit contre lui, le berçant doucement contre son torse. Au bout d'un moment, Draco parvint à se relever. Pas un seul instant il n'osa avouer qu'il stressait depuis deux jours à l'idée de rencontrer ses deux meilleurs amis et qu'il était terrorisé à l'idée que ça parte en cacahouète. Après la dispute qu'ils avaient eu à cause de Blaise, Draco avait réalisé à quel point il tenait à lui, et il avait beau ne vraiment pas aimer Weasley et toute sa clique, le blond refusait que leur relation amoureuse pâtisse de son sale caractère et de ses rancunes passées.
Et justement, ce fut Ron qui vint leur ouvrir. Il portait une robe noire ourlée de bordeaux d'une qualité correcte, mais il était si grand qu'il semblait presque mal fagoté. Draco avait oublié à quel point il pouvait avoir une carrure solide, et en même temps, il se demandait s'il ne l'avait pas acquise suite à sa courte carrière de joueur de Quidditch. Sinon, il avait plutôt mûri au niveau du visage et n'était pas si laid que ça. A dire vrai, il était même plutôt joli garçon, si on aimait les roux et les visages constellés de tâches de rousseur. Résolument pas son type.
En ouvrant, Ron eut un grand sourire et salua avec chaleur son meilleur ami. Puis, un sourire un peu forcé sur les lèvres, il tendit sa main à Draco qui la serra cordialement. Sa poigne était franche, mais pas douloureuse comme le blond s'y était attendu. Ron ne lui écrasait pas les doigts et ne lâcha pas non plus sa main comme si sa peau le brûlait. Cependant, à peine lui serra-t-il la main qu'il détourna complètement son attention de lui et les fit entrer tout en discutant avec Harry.
Comme Draco s'y était attendu, l'intérieur était plutôt petit. Après s'être débarrassés de leurs vêtements superflus dans l'entrée, ils furent emmenés dans le salon où Hermione eut vite fait de les rejoindre. Elle portait un jean bleu foncé et un chemisier à carreaux bleus et blancs retroussé au niveau des manches, ce qui lui donnait un air décontracté et plutôt mignon. Elle avait toujours son impressionnante masse de cheveux châtains, qu'elle ne saurait sans doute jamais discipliner. Draco trouvait cela très ridicule, mais vu le nid d'oiseaux qu'avait Harry sur la tête et qu'il risquait de transmettre à sa progéniture, le blond préférait se taire.
Hermione fut bien plus chaleureuse que son mari : en arrivant, elle lui fit un grand sourire avant de le prendre dans ses bras et l'embrasser sur les deux joues. Draco en resta statufié. Choqué, il regarda la future maman se jeter dans les bras de Harry qui la serra fort contre lui avant de la suivre dans le salon. Sur ses talons, le blond le suivit et s'assit à côté de lui dans le canapé. Mais à peine posa-t-il ses fesses que Harry l'abandonna, suivant Ron qui devait, semble-t-il, absolument lui montrer quelque chose. Et forcément, entre lui et le Quidditch, il n'y avait pas photo...
Ainsi, Draco se retrouva seul dans la pièce, Hermione se trouvant alors dans la cuisine, son bouquin au creux des bras. Un peu tendu, et énervé aussi, il regarda plus attentivement la pièce. Mais cette occupation l'agaça très vite et il sentit une sorte de colère monter en lui au fil des minutes, Harry ne revenant toujours pas. Qu'est-ce qu'il pouvait être con, celui-là… Dire que Draco comptait ne jamais le laisser seul quand il serait lui-même confronté à ses meilleurs amis, le week-end suivant… Un vrai con.
Putain, mais pourquoi le laissait-il comme ça, tout seul ? Il lui avait promis, pourtant, il lui avait promis…
« Désolée Draco, j'ai été un peu longue ! »
Hermione entra soudain dans le salon avec quelques victuailles, puis chercha des verres dans un buffet tout en lui disant que, par Merlin, Ron n'était vraiment pas dégourdi, il aurait au moins pu lui servir un verre plutôt que montrer sa dernière trouvaille en matière d'antiquité à Harry !
« Qu'est-ce que je te serre, dis-moi ?
- Qu'est-ce que tu as ?
- Oh, un peu de tout… Un whiskey ? Ah non, c'est pas bon pour la grossesse. J'ai des jus, si tu veux.
- Sers-moi comme pour toi. »
Aussitôt, la jeune femme lui servit un verre de jus de pommes avant de s'excuser et repartir pour amener le reste de l'apéritif. Tout en disposant tout sur la table, elle lui demanda de ses nouvelles, lui posant des questions sur son travail, ses amis, le bébé, ses parents… Et dans sa voix, Draco sentit une véritable attention et non pas une hypocrisie de rigueur qu'il s'attendait pourtant à entendre dans sa voix.
« Harry m'a dit que vous aviez commencé à faire du repérage pour les murs et les meubles.
- Oui, on a fait quelques magasins. Mais on attend de connaître le sexe pour aménager.
- T'es bien comme Ron ! Les chambres unisexes, c'est joli aussi. Ma cousine en a faite une vraiment superbe, mais Ron a détesté… »
Un verre de jus de fruits à la main, elle s'assit enfin dans le fauteuil juste à côté de lui. Elle soupira et lui dit que c'était toujours pareil quand Harry ne venait pas pendant plus de trois jours : il passait un bon quart d'heure avec Ron dans son bureau pour regarder une de ses trouvailles, un article quelconque ou le dernier modèle d'elle ne savait quel objet que la boutique venait d'acquérir. Le blond eut un léger sourire et lui dit que Harry ne l'avait pas prévenu avant de venir, Hermione lui répliqua qu'à force, ils ne se rendaient même plus compte qu'ils la laissaient toute seule pendant parfois vingt minutes avant d'enfin descendre manger.
« Quelle bande de goujats.
- Je ne te le fais pas dire. Ils sont aussi en train de préparer leur plan pour l'anniversaire de…
- Ah oui, Harry m'en a parlé. Il parait que c'est assez tendu.
- Oh, ça… En ce moment, ils m'agacent tous. En ce moment, c'est la guerre des prénoms. On est deux à attendre un bébé et ma belle-sœur a accouché il y a trois mois, donc tout le monde essaie de savoir comment moi et Helen vont appeler nos bébés.
- Helen ?
- La compagne de Charlie.
- J'avais pas retenu son prénom. C'est un garçon ou une fille ?
- Une fille. L'autre jour, on parlait de prénom, même si franchement je me fiche complètement de comment elle appellera sa petite, et elle pensait l'appeler Marilyn ou Diana.
- Diana, j'aime pas du tout, mais Marilyn, c'est joli, par contre.
- Je pensais la même chose ! Mais bon, ça reste correct, les enfants de Percy portent le prénom de leurs grands-mères.
- Par Merlin, quelle horreur…
- Comme tu dis. Et donc j'en parlais avec elle, et là, ma belle-mère démarque et nous dit que jamais sa petite-fille ne portera un nom pareil, c'est vraiment trop moche. »
Draco leva les yeux au ciel. Il savait que sa propre mère était très à cheval sur les prénoms, c'était de famille, mais il ne trouvait pas l'attitude de la belle-mère très correcte. Ces deux prénoms étaient plutôt jolis et quand il voyait ce à quoi il avait échappé, cette petite-fille pouvait s'estimer heureuse.
Soudain, Draco réalisa qu'il menait une conversation plutôt agréable avec cette Miss Je-sais-tout insupportable, et que chose étrange, il se sentait plutôt bien. Mais ses pensées demeuraient tournées vers Harry, qui était toujours avec son meilleur ami. Il n'en revenait toujours pas que ce crétin l'ait laissé là, tout seul… Peut-être souhaitait-il qu'il crée un lien avec Hermione, sans demeurer dans une relation cordiale et sans grand intérêt. Cependant, la manœuvre ne lui plaisait pas du tout et même si Hermione était plutôt gentille, le blond se sentait comme abandonné.
A cet instant, il aurait aimé qu'Harry soit là. Même si Hermione parvint à le détendre et même à le faire rire, quand elle parla de la récente dispute de Ron avec sa mère à propos de ce maudit couffin, et même s'il se dit au bout d'un moment qu'en fait, il pourrait bien l'aimer, Draco aurait voulu qu'Harry soit là. Il se sentait perdu face à cette fille qu'il était censé détester et qui éveillait pourtant en lui des sentiments proches de cette espèce d'affection annonçant les prémices d'une nouvelle amitié. C'était peut-être un peu trop facile. Et peut-être qu'être accepté, malgré toutes leurs rancœurs communes, était un peu trop pour lui.
On l'acceptait, pour Harry. On cherchait à le connaître, pour lui.
On lui laissait sa chance.
C'était trop facile.
Beaucoup trop.
« Bon, qu'est-ce qu'ils font, les garçons…
- Ils te font souvent le coup ?
- Souvent, mais ça ne dure jamais aussi longtemps.
- Ah ? »
Draco remarqua son air un peu préoccupé, qu'elle aurait sans doute pu aisément cacher si elle l'avait voulu. Elle lui jeta un regard incertain, puis, le coude sur l'accoudoir du fauteuil, elle posa sa joue dans la paume de sa main. Pendant quelques secondes, elle le regarda de ses grands yeux marron. Draco allait faire une remarque cinglante sur cet examen silencieux mais la future maman le devança.
« Je suppose qu'on peut considérer que tu entres dans la famille.
- Je n'entre dans une aucune famille. J'entre dans la vie d'Harry et c'est déjà pas mal.
- Et Ron et moi, nous faisons partie de sa vie. Pas de ses proches, pas de sa famille : nous sommes au-delà de tout ça. Et je pense que tu en as conscience, sinon tu ne serais pas là. »
Cette soudaine franchise fut un véritable soulagement. Il sentait qu'Hermione ne jouait pas à l'hypocrite mais le voir soudain si sincère le détendit un peu. Lui-même pouvait à présent cesser de peser chaque mot qu'il prononçait.
« Oui, j'en ai parfaitement conscience. Mais pour tout le reste, les Weasley, ses amis, tout ça… Je ne me sens pas encore prêt ni à les rencontrer, ni à les intégrer dans ma vie. Je vis une situation compliquée et…
- On en a conscience. Très honnêtement, si je n'avais pas été au courant de tout depuis le début, je me serais méfiée de toi et jamais tu n'aurais mis les pieds chez moi. Mais les choses sont différentes et je trouve pour le moment que vous ne vous en sortez pas trop mal. Et je pense que te propulser trop vite dans cet univers-là ne serait pas une bonne chose. Faites d'abord votre chemin à tous les deux et ensuite, on avisera. Mais je veux juste que tu saches que Ron et moi, ce n'est pas négociable.
- J'en ai conscience. Et je t'avoue que je suis plutôt soulagé que tu penses comme moi. »
Ron et Hermione lui paraissaient gérables, même si le rouquin risquait de ne quasiment jamais lui adresser la parole. La donne était différente car tous les trois pensaient au bien-être du brun. Pour les autres, la critique serait plus facile, et destructrice.
« Ron et moi, on pense pareil. Et il n'a vraiment pas envie de te présenter à sa famille. Même s'il ne t'aime pas, il prendra forcément ta défense, pour Harry, et la dernière chose qu'il souhaite, c'est se mettre tout le monde à dos… »
Une telle fidélité avait de quoi laisser baba, se dit Draco sans cacher sa surprise. Il n'aurait jamais pensé que l'ancien Gryffondor irait jusqu'à se placer de son côté pour son meilleur ami, le blond avait juste espéré qu'il n'interfère pas dans de futures disputes.
« C'est pas près d'arriver, de toute manière.
- Oh, ne crois pas ça.
- Comment ça ?
- Tout le monde est au courant.
- De quoi ?
- Que vous sortez ensemble. Et comme tout le monde sait que tu es en cloque… »
Ce mot le frappa. La colère monta en lui, et quand il se sentit sur le point de la laisser se déverser sur elle, il réalisa que ce mot n'était pas anodin. Et dans ses yeux, sur son visage, il comprit qu'elle ne faisait que répéter ce qu'elle entendait.
Il était en cloque.
Et peut-être que c'était Harry qui l'avait mis dans cet état.
Peut-être qu'il l'avait piégé.
Ou bien peut-être était-ce une monumentale erreur que Draco avait faite et qu'Harry, par pure connerie ou générosité stupide, acceptait d'assumer pour lui retirer un poids des épaules.
Et bien sûr, là-dedans, il y avait du vrai.
La seule erreur, c'était que Draco n'avait rien demandé.
« Mais pour le moment, personne n'a demandé à Harry ce qu'il en était, et comme il n'en parle pas, ils supposent qu'il n'est pas le second père. Forcément, ils ne savent pas trop sur quel pied danser. Et Ron n'a vraiment pas envie de prendre parti…
- Qu'il ne le fasse pas, alors.
- Il aime trop Harry pour ça. Et vu que tu y mets du tien, en plus… »
Pour la première fois depuis son arrivée, Draco sentit naître sur ses lèvres un vrai sourire. Un sourire un peu cynique, parce qu'ils savaient tous les deux à quel point c'était compliqué et à quel point le destin pouvait être ironique. Eux qui s'étaient tant haï se retrouvaient peut-être uni par quelque chose de plus fort encore que l'amour, car contrairement à lui, il n'était pas éphémère et ne pouvait guère disparaître à la moindre erreur. Le destin se révélait vraiment étrange.
« Harry mérite qu'on y mette du sien.
- Je ne peux pas dire le contraire. »
Tranquillement, Hermione se resservit un verre de jus de fruits, puis se laissa aller dans son fauteuil. Elle but une gorgée puis leva à nouveau les yeux vers Draco, qui attendait la suite.
« Tu sais, en ce moment, c'est compliqué avec Ron. En général, ils s'isolent toujours un peu avant de venir manger mais dernièrement, ils restent très longtemps ensemble, pour parler. Depuis que vous vous fréquentez, il a moins de temps à lui accorder.
- Qu'est-ce qui se passe ? »
En soi, la question ne l'intéressait pas particulièrement, mais le fait qu'Harry s'isole si longtemps, sans l'avoir prévenu au préalable, laissait présager qu'il avait quelque chose de lourd là-dessus. Et peut-être pensait-il avant d'arriver que son meilleur ami n'aurait pas besoin de lui.
« C'est très compliqué dans sa famille, en ce moment. Avec ses frères, il a souvent été en conflit, mais cela n'a jamais dépassé les éternelles disputes fraternelles qui finissent par disparaître. Après la guerre, ils se sont serrés les coudes, à cause du décès de Fred, son frère aîné. Il a même aidé son frère jumeau, Georges, à la boutique. Il a arrêté d'y travailler quand son frère a réussi à remonter un peu la pente. Mais même quand il a commencé le Quidditch, il a continué à y consacrer beaucoup de son temps. Il a vraiment pris soin de son frère, beaucoup plus que tous les autres réunis. »
Installé dans son canapé, Draco se sentit plonger des années en arrière, dans cette époque terrible où il ne savait pas de quoi serait fait le lendemain. Il savait qu'un des Weasley était décédé, et récemment, Harry l'avait abordé au cours d'une conversation. Il avait rencontré Georges et son épouse avec leurs enfants, et pour une raison qu'il n'avait pas comprise à l'époque, Harry en avait parlé plusieurs minutes à table, racontant des banalités que Draco avait à peine retenues.
« Georges s'est mis en couple avec Angelina, la petite amie de Fred, après son décès. Ils se sont soignés ensemble et ont fini par se marier et ils ont eu deux enfants. Mais en ce moment, ils sont au bord de la rupture et Georges est complètement perdu. Et comme Ron est très proche de son frère, il a très mal et je sais qu'il hésite à retourner travailler avec Georges pour le soutenir.
- Ça doit être difficile, avec son commerce…
- Il y a ça, aussi. Les affaires marchent bien mais son travail n'est pas reconnu à sa juste valeur dans sa famille. Ron souffre d'un complexe d'infériorité depuis son enfance et malgré tous ses efforts, il a sans arrêt l'impression de ne pas en faire assez. En ce moment, tout le monde le compare aux jumeaux qui ont réussi seuls.
- Et son frère ne peut pas prendre sa défense ?
- Georges n'arrive plus à se renouveler. A un moment, il avait réussi à avancer, mais avec la dégradation de son mariage, le peu de passion qu'il lui restait s'est effondrée. Ron est persuadé qu'il va fermer boutique. Et comme c'était l'œuvre de ses deux frères, il le vit très mal. Alors entre la séparation de Georges et Angelina, sa famille, la boutique, et toutes ces conneries à propos de ma grossesse, il est en train de craquer. »
Parce qu'il était fils unique et qu'il avait grandi seul dans un château trop grand pour lui, Draco était incapable de comprendre ce que Ron ressentait. Cependant, il pouvait imaginer sa détresse, ce besoin de parler, de se confier, de vider son sac. Et même si c'était terriblement malpoli envers lui, sans compter toutes ces rancœurs qui demeuraient encore entre eux, Draco ne pouvait s'empêcher de compatir. Et même de souhaiter qu'Harry reste le plus longtemps possible là-haut pour régler la situation et ne pas le récupérer complètement en vrac à la fin du repas.
Ou alors, qu'il lui parle. Parce qu'Harry ne parlait pas. Il gardait tout pour lui, sans jamais échanger à propos de ses problèmes personnels comme pouvait le faire Draco, qui avait acquis une certaine confiance en lui. Et c'était sans doute l'une des choses qui lui manquait le plus chez son petit ami : qu'il se confie.
« Enfin, peut-être que tu ne comprends pas, mais…
- Si, je comprends. Enfin, je conçois, plutôt. Je suppose que ça ne va pas aller en s'arrangeant.
- Oh ça non. Tiens, je les entends descendre. »
En effet, leurs pas raisonnaient dans l'escalier qu'ils dévalaient à toute vitesse. Ils ne tardèrent pas à les rejoindre dans le salon, et quand Draco croisa le regard de son petit ami, il le vit tout penaud, le regard un peu fuyant et un sourire timide sur les lèvres. Il s'assit à côté et chercha timidement à lui prendre la main. Sans les explications d'Hermione, il aurait pu se frotter pour avoir droit au moindre contact physique, mais Draco se laissa faire sans rien dire. Ron s'assit à son tour et lança la conversation.
Ils restèrent dans le salon quelques minutes, mais ils ne tardèrent pas à couper court à l'apéritif car le plat d'Hermione était quasiment cuit et il était temps de commencer à manger. Mais avant de se mettre à table, Draco voulut quand même passer aux toilettes, histoire de ne pas se retrouver dans cette position inconfortable de futur papa incapable de contrôler sa vessie et de souffrir le martyr en silence, refusant de se lever tant que le repas ne serait pas terminé. Autant il était à présent capable de se lever n'importe quand en présence de son copain, autant cela restait impossible dans toute autre situation.
Ainsi, le plus discrètement possible, il demanda à Harry où se trouvaient les commodités. Le brun lui indiqua l'étage et Draco s'y rendit prestement, espérant que son absence ne serait pas trop remarquée. Bon, d'ici peu, Hermione serait exactement dans le même état que lui, mais quand même. Une fois sa petite affaire terminée, et quelques injures mentales contre sa vessie, Draco sortit des toilettes. Il manqua de sursauter en voyant Harry appuyé contre le mur juste en face de la porte. Le blond fronça les sourcils, cachant sa gêne. Par Merlin, qu'est-ce qu'il détestait quand ses copains étaient témoins de ce genre de moments, dont il se passerait bien d'ailleurs…
« Qu'est-ce que tu fais là ?
- T'as pas fait de réflexion, tout à l'heure, au fait que je me sois absenté aussi longtemps. Je voulais m'excuser, ce n'était pas prévu. »
Même si Draco ne lui en voulait pas, il apprécia sa démarche. Et sans doute l'aurait-il encore plus savourée s'il ne s'était pas décidé à la faire à la sortie des toilettes.
« Hermione m'a un peu parlé de ce qui se passe en ce moment.
- Ah ? Elle t'a parlé de Ron ?
- Oui. Et si elle ne l'avait pas fait, tu l'aurais senti passer.
- C'était pas prévu. Il voulait me montrer quelque chose, et puis j'ai vu qu'il n'allait pas bien. Il voulait descendre mais je ne pouvais pas le laisser dans cet état-là.
- A ce point-là ? »
Le blond venait de s'avancer vers lui, alors qu'Harry fuyait son regard. Il paraissait vraiment préoccupé, et alors que les voix de Ron et Hermione raisonnaient en bas, tandis qu'ils se disputaient gentiment, Draco réalisa à quel point ils avaient fait du chemin depuis cet entretien dans ce bar où Harry avait appris qu'il était peut-être père. Et il se rendit compte, aussi, qu'ils formaient vraiment un couple. Ils n'étaient pas seulement deux hommes qui avaient décidé de faire un bout de chemin ensemble, mais deux personnes complices qui faisaient suffisamment confiance à l'autre pour partager des problèmes personnels.
Et Draco, qui pourtant avait du mal avec ce genre de proximité qui le laissait embarrassé ou, pire, de marbre, il sentait quelque chose en lui se réchauffer à l'idée qu'Harry l'estimait assez pour lui ouvrir son cœur. Et qu'il n'était pas dans sa vie uniquement pour le bébé, mais pour lui.
« Ouais, Georges ne va vraiment pas bien en ce moment. Il s'engueule beaucoup avec Angelina dernièrement.
- Hermione m'a dit que c'était la copine de son frère.
- Oui, ils ont affronté la mort de Fred ensemble, mais ils n'ont pas vécu les choses de la même manière. »
Les yeux un peu brillants, Harry lui expliqua que Georges avait trouvé en Angelina une aide, une alliée, un roc où s'appuyer pour s'avancer. Leurs souffrances communes les avaient rapprochés, et de fil en aiguille, il avait fini par tomber amoureux d'elle. C'était la copine de son frère, mais au fond de son cœur, Georges savait que Fred ne lui en aurait jamais voulu. Cependant, si Angelina avait vécu quelque chose de très semblable, s'appuyant constamment sur le rouquin, elle ne l'avait pas perçu de la même manière.
En effet, elle était bien placée pour savoir que malgré leur grande ressemblance, Fred et Georges étaient deux garçons à part, et non pas deux copies conformes. Cependant, en Georges, elle avait su retrouver son amour défunt, et au fil du temps, elle avait fini par assimiler les deux hommes. Ils ne formèrent plus qu'un. Et quand elle mit au monde ses deux enfants, ce n'était pas seulement les enfants de son mari, mais aussi et surtout ceux de Fred. Car après tout, ils étaient issus du même œuf et ils se ressemblaient tellement que c'était du pareil même, n'est-ce pas ?
Si Georges ne s'était jamais remis de la mort de son jumeau, il l'avait malgré tout acceptée. Il ne pardonnerait jamais et souffrirait sans doute toute sa vie de sa disparition, mais il savait qu'il était mort, même si dans ses mots, dans son regard, on pouvait lire tout l'amour qu'il éprouvait encore pour son jumeau, sa moitié. Cependant, Angelina, elle, n'avait jamais accepté cette disparition, et ses souffrances n'avaient jamais cessé de la tourmenter depuis toutes ses années, l'enfonçant dans une dépression que Georges n'avait su voir.
En écoutant son récit, Draco ouvrit des yeux de plus en plus grand, n'en revenant pas qu'un tel drame se soit produit dans une famille qui lui paraissait si unie et, malgré leurs étranges lubies, plutôt saine d'esprit. Le regard douloureux, son petit ami poursuivit en expliquant qu'au début, personne ne s'était vraiment rendu compte de ce que vivait Angelina, et au fil des années, son amour inconditionnel et malsain pour Fred était devenu une évidence que Georges, malgré les sous-entendus de Ron et certaines engueulades avec ses frères, n'avait jamais accepté de voir. Or, ces derniers temps, nier l'évidence était devenu compliqué.
Car Georges avait décidé de tout plaquer.
Il avait décidé de fermer la boutique et de tout recommencer à zéro.
Cela s'était passé lors d'un repas familial. Il en avait déjà vaguement parlé, et ce soir-là, il semblait avoir pris sa décision, même si à cet instant-là, personne ne pensait qu'il était sérieux. Il avait même un peu bu. En l'entendant, Angelina avait commencé à s'échauffer, et quand son mari lui affirma que s'il décidait de tout fermer, si ça lui permettrait d'aller mieux, il le ferait, tout était parti en vrille.
Georges avait enfin ouvert les yeux.
Et Angelina aussi.
Lui, il l'aimait, mais pas elle.
Et les enfants qu'elle avait n'étaient pas ceux de Fred, mort depuis des années, mais ceux de Georges.
« Et comment ça va se finir, à ton avis ?
- Ils vont divorcer, ce n'est qu'une question de jours ou de semaines. Georges ne peut pas vivre avec une femme qui en aime un autre, il n'est pas le substitut de son frère. C'est un homme à part entière.
- Si c'est une évidence, qu'est-ce que qui angoisse Ron, alors ? C'est la meilleure chose qui peut arriver à son frère, même si apparemment il aime toujours sa femme.
- Avant-hier, Georges est venu le voir. Angelina voudrait qu'ils se redonnent une chance et qu'ils reconstruisent leur relation sur de meilleures bases. Elle est prête à faire des efforts si Georges lui en donne l'occasion. Mais s'il refuse… elle compte rayer définitivement Fred de sa vie. »
Le blond fronça les sourcils. Il vit Harry avaler difficilement sa salive et puis pousser un soupir.
« Et dans son esprit… les enfants qu'elle a eu, c'est avec et pour Fred qu'elle les a eus. »
Son cœur s'emballa soudain dans sa poitrine et son regard se perdit dans le couloir rempli de photos mises sous cadres. Si toute cette histoire le laissait perplexe, parce qu'elle dépassait complètement et aussi parce qu'il était incapable de se projeter dans une telle situation qu'il n'avait jamais connue, ni même envisagée, le problème que représentait leurs enfants ne pouvait que le toucher. Et Ron, qui avait mis si longtemps à avoir un enfant avec son épouse, devait sans doute prendre cette histoire encore plus à cœur.
« Enfin, voilà. C'est compliqué. Je suis désolé, je te parle de choses qui ne t'intéresse pas, je…
- T'as besoin d'en parler, c'est normal. Je ne suis pas là que pour te faire des câlins. »
Cette remarque lui arracha un sourire. Leurs regards se croisèrent et le sourire d'Harry s'accentua. Draco le trouva beau, et s'il avait été du genre impulsif et câlin, sans doute l'aurait-il pris dans ses bras.
« Je sais, mais tu ne connais rien, à toutes ces histoires…
- C'est sûr. Mais les deux personnes qui sont en train de se chamailler en bas sont plus que des amis pour toi, donc il va bien falloir que je fasse des efforts pour m'intégrer et me tenir au courant de tout. Et si tu as besoin de parler, je suis là. Surtout pour des choses qui te tiennent à cœur. »
L'auror hocha la tête d'un air pensif, puis il se redressa, fit un pas et puis se pencha pour l'embrasser. Enfin, il lui prit la main et marcha dans le couloir, l'emmenant vers l'escalier qu'ils descendirent tranquillement, regagnant la salle à manger.
OoO
J-135
En courant dans le couloir, Harry glissa sur le tapis et manqua de tomber. Agile, il parvint à garder l'équilibre et se précipita aux toilettes. Draco retira prestement ses chaussures et jeta sa cape sur le côté avant de le suivre. Malgré l'odeur qui lui retournait l'estomac, il s'agenouilla à côté de Harry, tira ses cheveux en arrière et cacha son visage contre son épaule, dans une vaine tentative de s'extraire aux effluves désagréable du vomi qui jaillissait par à-coups de sa bouche.
Au bout d'un moment, Harry se calma. Il lui baragouina à nouveau de se reculer et de sortir, mais Draco ne bougea pas, une de ses mains caressant son cuir chevelu en un geste apaisant. Mais les hauts de cœur reprirent et son petit ami rendit le reste de son repas dans la cuvette. Enfin, après quelques minutes, il reposa sa tête sur son bras et lui souffla que c'était fini. Alors, Draco se leva, le poussa pour baisser la lunette et puis tira la chasse d'eau. Puis, le blond s'assit par terre et tira Harry vers lui afin qu'il s'assoit entre ses cuisses. Ce dernier, au prix d'un effort incommensurable, se blottit contre son torse, respirant douloureusement à grandes goulées.
Draco l'enserra dans ses bras et caressa ses cheveux noirs avant de l'embrasser sur le front. Ils restèrent dans cette position de longues minutes, malgré l'odeur persistante, le sol peu confortable et l'endroit même où ils s'étaient installés. Cependant, tant qu'Harry ne lui ferait pas de signe, Draco ne chercherait pas à se déplacer, le laissant tranquillement reprendre ses esprits.
Après le travail, Harry était venu le chercher à la banque. Alors que Draco rangeait ses affaires, il fut attrapé au vol par Alguff et subit un interrogatoire musclé dont il sortit épuisé. Quand Draco put enfin le récupérer, ils partirent ensemble chez Daphné Greengrass, qui organisait une petite soirée chez elle.
Quelques jours plus tôt, Harry avait rencontré officiellement Pansy et Théodore dans un restaurant de la capitale et cela s'était plutôt bien passé. Enfin, Blaise et Théodore s'étaient montrés plutôt sympathiques avec l'ancien Gryffondor, tandis que Pansy demeurait plus circonspecte. Cette dernière n'avait cessé de lui lancer des pics tout au long de la soirée, et au bon d'un moment, elle frôla même la provocation et l'irrespect, chose que Draco ne toléra absolument pas. Du coup, il y eut quelques tensions en fin de repas, Pansy ne s'attendant visiblement pas que le blond intervienne.
Quand ils étaient rentrés, Harry l'avait remercié tout en remarquant qu'il n'avait pas pris sa défense quand Blaise avait joué au même petit jeu, avec moins d'acharnement cela dit. Draco avait alors répliqué que son ami n'était pas arrivé au restaurant avec des préjugés et l'envie de le démonter, mais plutôt de le tester, le connaître et juger ensuite s'il en valait la chandelle. Pansy, au contraire, n'était pas là pour créer le moindre lien avec Harry mais uniquement pour faire du mauvais esprit. Ce petit jeu-là, Draco n'était alors plus d'humeur à y jouer.
Visiblement, Pansy avait très mal digéré son intervention, et quelques jours plus tard, ils eurent une dispute sur ce sujet. Ils se réconcilièrent par courrier et Pansy l'invita à une soirée organisée chez Daphné. Etant donné que Draco était en train de se caser avec le héro national, et qu'il revenait donc dans le droit chemin, le blond avait été convié à ce repas réunissant la plupart de ses amis. Lors d'un de leurs déjeuners, Théodore lui glissa qu'en réalité il manquait beaucoup au groupe, qui se réunissait très peu depuis l'annonce de sa grossesse, et quand ils organisaient quelque chose, ils finissaient toujours par s'ennuyer ou bien par se disputer. Le retrouver, lui, sa verve, son sale caractère et son humour piquant leur ferait à tous le plus grand bien.
Cependant, avant cette fameuse soirée, Blaise leur avait ordonné de se méfier. Il était venu dîner, ou plutôt il s'était invité en fin d'après-midi, et parce que Harry et lui étaient intarissables quand il s'agissait de Quidditch, il avait fini par rester manger parce que, Draco, on n'allait le renvoyer chez lui alors que Harry n'était pas foutu de cuisiner pour deux et qu'il en faisait toujours trop. Une certaine complicité s'était très rapidement crée entre son meilleur ami et son cuisinier personnel, au grand plaisir de Draco, qui aurait tout de même préféré que Blaise s'invite un peu moins chez lui pour manger la bonne cuisine de son chéri. Et ce soir-là, il avait rappelé au blond que le groupe n'accepterait pas facilement Harry, et que si ce dernier était convié, c'était uniquement pour servir de bête de foire.
Et ils ne furent pas déçus.
Dans l'ensemble, la soirée ne s'était pas trop mal passée, se dit Draco tout en caressant ses cheveux avec des gestes tendres et apaisants. Blaise et Théodore, par amitié, avaient formé une sorte de barrière entre Harry et les autres, ne le quittant jamais d'une semelle quand Draco avait le malheur de s'éloigner pour une raison ou une autre. Pour cela, le blond leur en était reconnaissant, et Harry aussi très certainement. Cependant, le repas avait été des plus éprouvants, et plus d'une fois, tous deux s'étaient sentis monter et même sur le point d'exploser. Surtout Draco, en fait.
Qu'on l'attaque, pourquoi pas. Il acceptait.
Mais qu'on attaque Harry…
Impensable.
Et si Blaise ne lui avait pas donné des coups de pied tout au long du repas, il aurait fini par exploser de rage.
Pourtant, ils étaient parvenus à quitter les lieux sans faire de remous. Et parce que Draco ne voulait pas donner l'impression de fuir la demeure et ce repas catastrophique, il avait un peu traîné dans le hall d'entrée, discutant avec les uns et les autres. Dans les faits, malgré la présence du couple et les pics qu'ils avaient subi toute la soirée, personne ne s'était vraiment amusé et ce repas si tendu semblait être aussi épouvantable pour lui que pour les autres convives qu'il salua une dernière fois avant de partir. A ses côtés, tandis qu'il faisait le tour de ses connaissances, Draco sentit qu'Harry était nerveux, mais il n'y fit guère attention, se disant que ce serait bientôt fini et qu'il n'accepterait plus d'invitation de sitôt.
Cependant, au bout d'un moment, le brun se pencha vers lui et lui glissa qu'il y avait des fruits de mers dans le plat principal du repas. Sur le coup, Draco ne réagit pas, puis un élan de panique monta en lui et il fit tous les efforts du monde pour ne pas la laisser apparaître son visage. Après quelques derniers « au revoir », ils quittèrent les lieux. Et forcément, quand Harry atterrit à la maison, le peu de self-control qu'il lui restait se fit la male, et l'endurance de son estomac également.
A présent, ils se retrouvaient là, dans les toilettes, avec Harry essayant de reprendre son souffle, l'estomac sans doute douloureux, et lui en train de bouillonner sur place. Tout le monde savait qu'il était intolérant et que les fruits de mers pouvaient être dangereux pour sa santé. Il en avait un jour fait les frais à Poudlard en mangeant une plâtrée de moules qu'il avait vomi sur le sol même de la Grande salle avant de s'évanouir. Et au cours du repas, Draco avait remarqué qu'Harry n'avait pas beaucoup touché au plat principal, à savoir du poisson avec des petits légumes. Daphné n'avait pas manqué d'annoncer le contenu des assiettes, et pas un seul instant elle ne mentionna la présence de cet élément. Sans doute Harry l'avait-il senti, sans oser en parler. Et ces yeux que Daphné ne cessait de braquer sur son petit ami, sans doute surveillaient-ils le moindre changement chez son invité. Elle avait dû être bien déçue.
Et par Merlin, s'il l'avait su, quel scandale il aurait fait à table…
Et dire qu'elle n'avait cessé de rallonger le repas, son sourire disparaissant fil des minutes pour finalement laisser place à un visage fermé et une humeur de chien…
A nouveau, Draco l'embrassa sur le front, essayant de se laisser bercer par le souffle apaisé de son petit ami. Mais c'était impossible, il n'arrivait pas à se calmer tant il était en colère, en rage contre ces abrutis, cette salope, cette…
« Ça va, Draco. Ça va.
- Non, ça va pas.
- Un medoc' et ça ira. Je t'assure, mon cœur.
- T'aurais dû me le dire avant.
- Ils auraient eu ce qu'ils voulaient. Et c'était supportable.
- Quand je vais la voir, je vais l'éclater…
- Non, ne fais rien.
- Je ne laisserai pas ça impuni !
- Tu perds ton temps. Elle n'a pas eu ce qu'elle voulait, elle n'a pas arrêté de me regarder tout au long du repas. Oublie.
- Je ne peux pas oublier, tu m'en demandes trop.
- Aide-moi à me lever, s'il te plait. Il faut que j'aille chercher…
- Je vais aller te le chercher. Tu vas me donner tes clés et je vais aller te chercher ton médicament.
- D'accord. Je veux me rincer la bouche. »
Harry se poussa et essaya de se lever, et le temps que Draco se redresse, il était déjà debout, s'appuyant contre le mur. Ils allèrent dans la cuisine pour qu'il puisse se rincer la bouche, puis Draco le força à aller s'assoir dans le canapé du salon. Il récupéra ses clés puis le laissa là, se dépêchant de gagner son appartement et de récupérer son médicament dans la boite à pharmacie. Toujours autant sur les nerfs, le flacon de comprimés dans la main, Draco se pressa de rentrer. Sans passer par le salon, il transplana directement dans sa cuisine, remplit un verre d'eau puis gagna la pièce.
Le temps qu'il fasse l'aller-retour, le brun s'était étendu dans le canapé, fermant les yeux pour se reposer et sans doute chasser son envie de vomir persistante. Quand Draco fit le tour du meuble, il remarqua sa pâleur et sa main posée sur son ventre, ainsi que sa respiration irrégulière. Le blond posa le verre et le flacon sur la table basse avant de s'assoir sur au bord du canapé, et avec une douceur inégalée, il caressa ses cheveux noirs. Aussitôt, les traits de son visage s'apaisèrent et Harry ouvrit les yeux. Il avait vraiment l'air malade.
« Ca va ?
- Mal au ventre. Mais ça va passer.
- Comment tu as su qu'il y avait des fruits de mer dans le plat ? »
Tout en parlant, Draco récupéra le flacon sur la table et l'ouvrit pour prendre un comprimé.
« J'ai déjà mangé ce plat dans un restaurant, j'ai vomi toute la nuit. Crois-moi, ce genre de goût, tu ne l'oublies pas.
- J'imagine. Tiens, avale ça. »
Draco lui tendit le verre et le comprimé. Il regarda son petit ami se redresser et avaler son médicament. Puis, il se rallongea aussi sec. Forcément, il avait fait l'erreur de s'allonger donc il lui serait bien difficile de se tirer de là, à moins que Draco ne l'arrache du canapé. Mais plutôt que de le forcer à se lever, alors que son chéri s'était remis sur le côté, le blond l'enlaça gentiment tout en restant assis contre lui. Cela arracha un sourire au brun qui chercha sa main pour nouer leurs doigts.
« Tu veux rester dormir ?
- Je me lève tôt demain et je risque de te réveiller cette nuit.
- Et alors ? »
En silence, ils échangèrent un regard éloquent. Ce n'était pas la première fois qu'Harry dormait chez lui. En fait, ce serait la troisième fois. Quelques jours plus tôt, après avoir passé une excellente après-midi chez Andromeda et avoir dîné en amoureux dans un fabuleux restaurant de la capitale, ils s'étaient retrouvés enlacés dans le canapé du salon. En d'autres circonstances, Draco lui aurait sans doute arraché tous ses vêtements pour le chevaucher sauvagement, mais plutôt que de céder à ses pulsions, il lui avait simplement proposé de rester dormir, en tout bien tout honneur. Enlacés dans ce lit que Draco n'avait jamais partagé de sa vie, ils s'étaient câlinés sagement avant de se blottir l'un contre l'autre et s'endormir.
Un peu plus tard, Draco avait réitéré l'invitation, redécouvrant avec plaisir cette agréable sensation d'avoir un homme dans son lit. Depuis, le futur père vivait de plus en plus difficilement ce vide qu'Harry laissait dans son lit chaque soir et ces matinées où il n'était plus là pour lui préparer son café et ses tartines, comme il en avait déjà pris l'habitude. Et, franchement, comment ne pas débuter la journée d'un bon pied quand on découvrait son homme en caleçon dans la cuisine ?
Cela dit, tous deux savaient ce que ces nuits sages impliquaient. Harry pénétrait de plus en plus dans sa vie privée, intime, et s'ils continuaient ainsi, il finirait même par s'installer définitivement chez lui. Il venait déjà faire le ménage, le plus souvent en son absence, et ils se voyaient quasiment tous les soirs, sauf quand l'auror finissait trop tard. Dormir ensemble, c'était franchir une nouvelle étape dans leur intimité et cela ouvrait la porte à une vraie vie à deux.
Et dans les faits, cette possibilité ne faisait pas peur à Draco. Elle le séduisait, même. Mais de là à le dire à Harry et prendre la décision de lui faire passer une période d'essai, c'était une toute autre affaire.
Mais ce soir, Draco ne voulait pas le laisser partir comme ça. A vrai dire, il était tellement en colère contre Daphné et tellement mal de le voir dans cet état qu'il n'envisageait pas de passer la nuit seul. Il passerait son temps à ruminer et élaborer une vengeance contre cette salope. Car elle aurait lieu, cette vengeance. Il comptait voir Blaise le lendemain pour la mettre en place.
« T'as vraiment envie que je reste ?
- Tu es malade et ça va m'angoisser si tu rentres chez toi.
- Et c'est pas bon pour le bébé, ça. »
Ils eurent un rire complice alors qu'Harry caressait son ventre rebondi du dos de la main. Puis, le brun accepta l'invitation et se redressa. Se tenant encore le ventre, il alla s'enfermer dans la salle de bain pour se changer et surtout se laver. L'air de rien, Draco lui proposa de l'aider, mais son copain lui coula un regard éloquent et il abandonna sa proposition, non sans un sourire. Cependant, quand Harry lui dit qu'il se déshabiller devant lui le jour où Draco accepterait de se montrer complètement nu. Forcément, le blond lui jeta un regard terrible et quitta la pièce, les joues écarlates. Il n'avait même pas eu le courage de le traîner dans son lit pour lui faire subir les derniers outrages, toutes lumières éteintes, comment voulait-il qu'il se dévoile ainsi devant lui ?
Draco alla dans sa chambre pour ouvrir le lit et préparer ses affaires du lendemain. Il avait quelques rendez-vous important, il passa donc plusieurs minutes à sélectionner les différentes pièces de vêtements. Enfin, il sortit son pyjama et attendit qu'Harry sorte de la salle de bain, ce qu'il ne tarda pas à faire. A peine eut-il le temps de sortir que le blond prenait sa place et se pressait de se doucher. Passer la tête sous l'eau lui remit un peu les idées en place, mais sa colère demeurait là, tapie dans un coin de son esprit. On avait osé le provoquer et toucher à son homme. Daphné et ses comparses paieraient.
Quand il revint dans la chambre, Harry s'était déjà allongé. Il avait déjà élu domicile sur le côté gauche du lit, et la tête posée sur l'oreiller, il semblait déjà dormir. Sur le coup, Draco se sentit agacé qu'il ne l'ait pas attendu pour dormir, mais il réfréna ce sentiment en se disant qu'il était malade et qu'il avait besoin de se reposer. Un peu coupable, il s'approcha du lit, et quand il grimpa dessus, Harry rouvrit aussitôt les yeux. Ils échangèrent un sourire.
« Ça va, ton ventre ?
- Oui, mon ange, t'en fais pas. Mais je vais sûrement me lever cette nuit.
- C'est pas grave. A quelle heure je mets le réveil ?
- Six heures.
- Si tôt que ça ?
- Ouais. Et ne pense plus à tout ça, c'est pas si grave.
- Tu plaisantes, là ?
- Pas du tout. Je ne veux plus que tu y penses.
- Qu'est-ce que tu peux être laxiste, c'est dingue ça… On t'empoisonne et toi tu…
- Je ne veux plus en entendre parler, Draco. On ne va pas rabâcher ça pendant des années. Donc tu te couches, tu me fais un câlin et on passe à autre chose.
- Et si je n'ai pas envie de te faire un câlin ?
- Oh Draco, tu es tellement inquiet depuis qu'on rentré que tu ne vas pas me refuser un câlin.
- Crétin. »
Mais parce qu'Harry avait tout à fait raison, Draco se pencha et déposa un baiser appuyé sur sa bouche. Il n'arrivait pas à lui avouer à quel point il avait eu peur quand il lui avait parlé de ces fruits de mers.
En fait, Draco se rappelait très bien de sa réaction à Poudlard quand il s'était soudain retourné pour vomir, s'écroulant par terre avant de s'évanouir. Lui qui n'avait jamais souffert d'allergies ou d'intolérances à quoi que ce soit avait été choqué en voyant Potter ainsi foudroyé par un trop plein de moules. De plus, jusque là, Harry lui avait toujours paru être une sorte de roc sur lequel il était possible de se reposer, même s'il n'était pas bien grand, ni très épais, ni grande gueule. C'était une force tranquille, un homme doux mais solide. Et le voir à genoux devant une cuvette en train de vomir ses tripes, après avoir lutté si longtemps sur sa chaise, lui malmenait encore le cœur.
Parce qu'il y tenait, à ce petit brun à lunettes un peu trop mignon pour sa santé.
Draco éteignit la lumière puis s'allongea complètement dans son lit. Puis, il attira Harry contre lui et ce dernier ne se fit pas prier, se laissant câliner par son petit ami. Dans l'obscurité de la chambre, Draco ferma les yeux en poussant un soupir quand il sentit sa main effleurer son ventre. Il le faisait toujours quand ils dormaient ensemble, et si à une époque ce geste avait pu être embarrassant, Draco aimait à présent quand ses doigts s'égaraient sur son abdomen en de délicates caresses. Cela avait quelque d'apaisant. D'intime.
Presque… d'amoureux.
OoO
J-134
Blaise,
Je suis désolé mais je dois annuler notre déjeuner. Il y avait des fruits de mers dans le repas hier et Harry a été malade toute la nuit, j'ai pas fermé l'œil… Passe samedi midi si tu as le temps, il a prévu de faire ton plat préféré.
Je t'embrasse,
Draco
OoO
Putain la salope. Pourtant, il avait l'air d'aller bien pendant le dîner, t'es sûr que c'est ça ? Il a eu quoi, il a vomi ? J'espère qu'il va mieux…
Compte sur moi samedi.
OoO
Il s'est levé sans arrêt pour vomir, comment tu veux que je dorme alors qu'il vomi dans la pièce d'à côté… Apparemment c'était dans la sauce, il en avait déjà goûté et ça l'avait rendu malade. Il a eu des soupçons donc il n'a quasiment rien mangé. Ce matin, il avait une tête de déterré… A faire peur. Je ne voulais pas qu'il aille travailler, mais t'imagines bien, il est têtu.
Je lui dirai, il sera content.
OoO
J-129
Malgré le temps un peu frais et la nuit tombante, Harry et Teddy jouaient dans le jardin depuis une heure. Quand il était rentré chez lui, Draco s'était attendu à trouver son chéri dans le canapé du salon en train de regarder cette télévision qu'il avait installé chez lui le week-end passé. Bien évidemment, le blond n'avait pas été vraiment d'accord de voir cet appareil moldu prendre place chez lui, mais après un chantage affectif des plus sournois, Draco avait donné son accord. Et même si les technologies moldues le laissaient, au mieux, perplexe, il devait avouer que se faire câliner devant cet appareil était plutôt relaxant.
Comme tous les mercredis, le banquier finissait un peu plus tôt, et après avoir passé un éprouvant début de semaine, il pensait vraiment pouvoir passer une soirée tranquille. Mais à peine rentra-t-il qu'un bruit de rires provenant du jardin mit à mal ses espérances : une fois encore, Harry avait emmené avec lui son filleul, et parce que ce môme était sans aucun doute l'enfant le plus adorable du monde, Draco n'aurait jamais le cœur de lui faire comprendre que, non, il ne voulait pas du petit chez lui un jour de semaine. Théodore lui disait qu'il se ramollissait au contact de Harry, mais après avoir passé une soirée avec l'enfant dans les pattes, Blaise prenait aussitôt sa défense : Teddy était gentil, mignon, peu capricieux et suffisamment intelligent pour ne pas les emmerder quand ils discutaient. L'enfant idéal, en somme.
Dans les faits, Teddy était un enfant ultra capricieux car en grand manque d'amour, malgré l'attention que lui portaient sa grand-mère et son parrain. Avec sa mise en couple, Harry consacrait beaucoup moins de temps à ses amis et à son filleul, et la meilleure solution qu'il avait trouvé pour ne pas trop perturber l'enfant, c'était de l'emmener chez Draco. Il lui fallut un peu de temps pour accepter que le petit garçon monte sur ses genoux et lui fasse des câlins, mais quand cette étape fut franchie, sa présence chez lui ne posa plus aucun problème.
Pendant quelques minutes, par la porte vitrée, Draco les regarda s'amuser dans le jardin. Harry avait ramené un vieux ballon blanc et noir, et avec ses pieds, il le faisait circuler d'un endroit à l'autre. Par moments, ses jeux de jambe laissaient des ouvertures pour que l'enfant puisse le récupérer et buter dedans. Visiblement, ils avaient choisi deux arbres et deux pots de fleurs en guise de buts et Teddy menait le jeu. Dans le cas contraire, ils l'auraient déjà aperçu. Ce dont Draco n'avait pas spécialement envie.
Dans la douce chaleur de son salon, les yeux rivés sur son homme et cet enfant, Draco se sentait bien. A une époque, ce genre de vision l'angoissait, car elle laissait entrevoir un avenir qu'il ne se sentait pas prêt à affronter. Cependant, à présent, voir Harry jouer et entendre Teddy rire le remplissait d'un agréable sentiment de quiétude et de plaisir. Cette maison qu'il avait achetée sans penser y faire sa vie, il se voyait à présent y fonder sa famille et vivre avec cet homme si vivant, qu'il n'aurait jamais pensé avoir un jour près de lui.
Il était enceint et sortait avec un homme fantastique.
Quelques mois auparavant, jamais il n'aurait cru que cela se passerait ainsi. Au fil des semaines, cette boule d'angoisse qui durcissait dans son ventre avait fini par se dissoudre, pour finalement disparaître. Son avenir n'était pas radieux, Harry n'était pas toujours facile et il y avait encore beaucoup de problèmes à résoudre. Mais avec son homme près de lui, Draco avait la sensation que tout serait plus facile. Cette grossesse qu'il n'avait pas voulue, cet avenir sentimental qui s'annonçait désastreux et ce vide qui se créait autour de lui au fil des jours, tout cela semblait s'arranger.
Certains diraient qu'il avait eu besoin d'un homme pour avancer. Qu'il était faible et qu'il ne s'en serait jamais sorti sans Harry. Et c'était peut-être vrai.
Mais à ces gens-là, il dirait qu'ils ne pourraient jamais comprendre. Et qu'Harry était plus que le futur père de son bébé.
C'était son homme. Celui qui était en train de lui redonner envie de vraiment s'investir dans une relation de couple. Et qui arrivait, malgré ses caprices, sa possessivité naissante, leurs disputes et sa réserve naturelle, à l'attirer un peu plus dans ses bras un peu trop accueillants, et à le charmer avec ses petits noms trop mièvres.
Samedi, quand Blaise était venu déjeuner, Harry avait laissé échapper un de ces petits surnoms qu'il lui donnait de temps en temps, sans jamais l'étouffer à coups de sobriquets dégoulinants de bons sentiments. A vrai dire, même si Draco n'aimait pas cette familiarité, il ne pouvait s'empêcher de se sentir toute chose quand son prénom se transformait en quelque chose de plus… intime. Cependant, Harry savait que ça l'embarrassait, donc il ne se permettait pas ce genre de familiarité devant les autres. Mais ce jour-là, cela lui avait échappé : Harry était sorti chercher quelque chose au supermarché, et quand Draco lui avait demandé d'un air moqueur s'il avait trouvé ce qu'il cherchait, son « oui, mon cœur » un peu essoufflé avait arraché un putain de sourire goguenard à Blaise. Et Draco avait piqué un far monstrueux.
Oh oui, il s'adoucissait. Il se laissait un peu trop aller et Harry était en train d'en faire une vraie guimauve. Mais il était le premier avec qui Draco en avait envie. S'enfoncer dans ses bras, chercher ses baisers et se laisser charmer par ses mots doux, c'était en train de devenir son quotidien.
Et il aimait ça.
Putain, qu'est-ce qu'il pouvait aimer ça…
« Papa, y'a Draco ! »
Soudain, Harry se retourna et leurs regards se croisèrent. Un sourire illumina son visage alors qu'il faisait un mouvement vers lui, laissant Teddy se précipiter déjà vers la baie vitrée. Draco l'ouvrit et l'enfant se jeta sur ses jambes, les enlaçant.
« Bonjour Draco !
- Bonjour, mon grand. »
Le blond se baissa et se laissa embrasser sur la joue, avant de déposer un baiser dans ses cheveux turquoise. Puis, Harry les rejoignit. Le sourire aux lèvres, il l'embrassa tendrement sur la bouche, puis lui demanda depuis combien de temps il était rentré. Il avait ce petit air sage qu'on ceux qui ont fait une bêtise mais qui préfèrent la jouer comme si de rien n'était.
« Ça doit faire à peine cinq minutes. Qu'est-ce que Teddy fait ici ?
- Ta tante est invitée à un repas d'anniversaire et elle avait complètement oublié. Teddy, retourne dans le jardin, je te rejoins dans cinq minutes. »
Sans se faire prier, le petit garçon retourna dehors taper dans son ballon tandis qu'Harry lui prenait la main pour l'emmener à l'étage. Perplexe, Draco se laissa faire, échangeant avec lui quelques phrases sur leurs journées respectives. Et quand il entra dans la salle de bain, il eut l'agréable surprise de découvrir qu'un bain avait déjà été coulé à son attention. Amusé, il tourna la tête vers son petit ami, qui lui fit l'effet d'un gamin avec son air tout fier de lui.
« J'aime ta façon d'assurer tes arrières.
- Comment ça ?
- Tu savais que ça m'agacerait de voir le petit ici.
- Ton déjeuner avec tes parents s'est si mal passé ?
- Tu n'as pas idée…
- Alors déshabille-toi et détends-toi. Avec Teddy, on s'occupe de tout !
- Tu le ramènes chez ma tante dans la soirée ?
- C'est ce qui est prévu.
- Qu'est-ce que tu prépares pour le dîner ?
- J'ai acheté du saumon.
- T'as vraiment tout prévu… »
Le sourire d'Harry s'accentua. Il commençait à vraiment bien le connaître. Il se fit la réflexion que Kenneth ne savait même pas qu'il aimait ce poisson. Il ne savait même pas qu'il aimait le poisson, d'ailleurs.
« Il peut rester dormir.
- Merci, mon cœur. »
Et après avoir déposé un baiser sur sa bouche, il glissa contre ses lèvres que ça tombait bien parce qu'il n'était pas censé ramener son filleul chez lui après le dîner. Draco le traita de vil manipulateur mais le laissa partir. Tranquillement, il se déshabilla et se glissa dans l'eau chaude pile comme il le fallait. Un soupir de bien-être s'échappa de ses lèvres alors qu'il s'étendait dans la baignoire.
Son déjeuner était une catastrophe. Il n'aurait su dire lequel de ses deux parents était le pire : sa mère obnubilée par le mariage ou son père obsédé par la paternité du bébé. Honnêtement, il aurait pensé que ce serait Lucius le plus difficile à calmer : son fils s'acoquinait avec n'importe qui, il portait l'enfant d'un homme inconnu, sortait avec le héros national et ne semblait pas prêt à se marier avec ce dernier, malgré sa décision de reconnaître l'enfant. Cependant, son père semblait avoir enfin digéré l'idée que son unique enfant ne suivrait jamais le chemin qu'il avait tracé pour lui et qu'il ferait sa vie comme il l'entendait. Le mariage n'était donc plus une préoccupation, étant donné que Draco ne voulait s'unir à personne. L'avenir de l'enfant, en revanche, semblait davantage le préoccuper et ne pas connaître l'identité du père le préoccupait énormément.
En fait, Draco n'aurait jamais pensé que son père soit si inquiet à son sujet. Jusque là, il avait été si peu… humain, sur ce sujet, que le blond ne comprenait pas qu'il soit obnubilé par cette histoire. Certes, la descendance de la famille Malfoy était un sujet très sérieux, mais visiblement, Lucius avait décidé que ce bâtard serait son petit-fils et sa légitimé lui posait sérieusement problème. Que Harry reconnaisse l'enfant ne lui suffisait pas, sans doute parce que le vrai père, si ce n'était pas lui, pourrait entacher la réputation du petit si jamais un test était fait dans leur dos. Cependant, il restait très angoissé à l'idée que le héro national refuse au dernier moment d'assumer les responsabilités qu'il avait prises.
Du côté de sa mère, le problème était tout autre. Narcissa voulait un mariage en bonne et due forme qui officialiserait leur couple et légitimerait leur enfant, quel que soit le second géniteur. Le fait qu'il n'en avait jamais parlé avec Harry rendait la conversation compliquée, car sa mère tenait aux traditions et à la descendance de la famille. Il s'était donc beaucoup disputé avec elle, et au bout d'un moment, à cours d'arguments, il avait failli se lever et quitter le Manoir. Ses angoisses étaient revenues au galop, et tout ce qu'il avait désiré tout au long de l'après-midi, c'était de rentrer et de sentir la présence d'Harry tout autour de lui.
Les yeux dans le vague, Draco pensa qu'il serait vraiment temps qu'il parle mariage avec Harry. Là-dessus, le blond était très partagé et ne savait pas vraiment ce qu'il voulait. A la fois, l'idée du mariage lui faisait peur et il ne se sentait pas prêt à s'unir d'une telle manière avec Harry. Après tout, cela ne faisait pas si longtemps qu'ils sortaient ensemble et il restait des zones d'ombres entre eux. D'un autre côté, il y avait ce côté traditionnel dont il était emprunt bien malgré lui et qui le dirigeait naturellement vers une union plus solennelle.
Mais que dirait Harry s'il commençait à lui en parler ? Leur relation n'était même pas assez poussée pour qu'ils envisagent de vivre ensemble, même si le brun en prenait tranquillement le chemin, ils n'allaient quand même pas s'unir devant le marieur ?
Par Merlin, que c'était compliqué…
Quelques longues, très longues minutes plus tard, après avoir bien barboté dans son bain, Draco en sortit et se sécha. Il passa un peu de temps à regarder son ventre qui s'était bien arrondi, caressant la peau un peu tendue de ses mains, puis il enfila son pyjama. Après s'être recoiffé, Draco sortit de la salle de bain puis de sa chambre, et une fois dans le couloir, il fut surpris par les bruits d'eau et la voix de Teddy venant de la salle de bain du couloir. Sans doute Harry l'avait-il mis au bain le temps qu'il prépare le dîner. Satisfait à l'idée de l'avoir rien que pour lui de précieuses minutes, Draco s'empressa de le rejoindre dans la cuisine. Et en effet, l'auror était en train de préparer tranquillement le repas en écoutant la radio. En le voyant entrer, il l'éteignit.
« Ça t'a fait du bien.
- Tu peux pas imaginer. Teddy prend un bain ?
- Oui, je pensais que ça nous permettrait de discuter un peu avant le dîner. Alors, ton repas avec tes parents ?
- Fatiguant. »
Draco s'assit à côté de la table qui servait plus de plan de travail qu'autre chose tandis que Harry entreprenait de couper son saumon en cubes de taille égale. Il lui résuma les tensions existant entre lui et ses parents, sans trop insister cependant sur le mariage qui obsédait tant sa mère. Cependant, ce mot ne mit guère de temps à percuter Harry, et au bout d'un moment, il finit par poser la question.
« Tes parents veulent vraiment qu'on se marie ?
- Pour des questions de légitimité, d'honneur, et j'en passe, oui. On ne fait pas d'enfants hors mariage.
- Oui, enfin c'est un accident et…
- Ça ne change rien. Et comme maintenant ils savent que tu as accepté de reconnaître l'enfant…
- Je vois. Toi, tu veux te marier ? »
La question le prit au dépourvu. Harry semblait sérieux, et tout en s'essuyant les mains, ayant posé le poisson découpé sur le côté en attendant que Teddy sorte de son bain. Draco n'osa pas lui répondre tout de suite, le jaugeant du regard et essayant de deviner ce qui se tramait dans sa tête. Puis, il décida d'être honnête avec lui.
« Pas spécialement. Parce que c'est toi, je n'aurais pas vraiment de raison de refuser, mais je n'en ai pas particulièrement envie non plus.
- Très bien. Parce que moi, je ne compte pas t'épouser. »
Ces mots le frappèrent avec une telle violence que Draco en eut le souffle coupé. Les yeux écarquillés, il regarda Harry qui venait de lui tourner le dos à cause de son téléphone posé non loin de là. Mais quand il revint vers lui, le brun haussa un sourcil en voyant une telle expression sur son visage, et alors qu'une sorte de colère mélangé à de la douleur commençait lentement à monter et lui et transformer les traits de son visage, Harry reprit la parole, toujours debout.
« Je sors avec toi. Je tiens à toi, je me sens bien quand on est ensemble, et je peux envisager une vie à deux. Quand je viens ici, je me sens presque chez moi, et quand on dort ensemble, je me dis que j'ai vraiment eu raison de faire un pas vers toi. T'es pas facile tous les jours, t'es capricieux, je sens que t'es possessif, et tu es exigeant. Mais j'aime être avec toi. Cela dit, je ne me vois pas t'épouser demain, ni même après-demain.
- Tu t'es engagé avec moi. On va avoir un bébé.
- Non, tu vas avoir un bébé. Tu l'as eu avec je ne sais qui, peut-être moi, peut-être un autre. J'ai accepté de…
- Attends, tu me fais quoi, là ?!
- J'ai accepté de sortir avec toi et de reconnaître cet enfant, mais ce bébé, pour le moment, je n'en suis pas responsable. Je le serai quand il sera né, quand je l'aurai pris dans mes bras et quand j'aurai réalisé que c'est mon enfant. »
Draco se sentait bouillonner. Harry était-il en train de retourner sa veste ? Un moment pareil ? Alors qu'il envisageait une vraie vie de couple avec lui ?
« Pour le moment, nous sommes deux personnes qui sortent ensemble. J'imagine que j'ai une autre vision du mariage que toi, mais je ne veux pas t'épouser. Je ne veux pas me marier à cause d'un enfant que je reconnaîtrai, quel que soit le père, et que j'aimerai comme s'il était de mon sang. Je ne veux pas m'engager avec toi de cette manière-là parce que j'estime qu'on n'en a pas besoin. »
Harry marqua une courte pause, les yeux rivés sur lui, et Draco sentit soudain que ses propos cachaient quelque chose d'autre. Quelque chose qu'il n'arrivait pas encore à deviner.
« J'ai pas besoin de t'épouser pour prouver que… Je ne sais pas, que je suis le père du bébé, que je tiens à toi, que je respecterai mes engagements… T'as pas choisi d'être enceint, j'ai pas choisi d'être père non plus. On n'a rien décidé, on n'a rien voulu. Si on se mariait, notre relation se dégraderait forcément. On serait uni de force, on vivrait ensemble par la force des choses, on aurait des comptes à se rendre, et puis ça impliquerait tellement de choses, tout ça à cause d'un enfant non-désiré… Si ça se trouve, dans quelques semaines, quelques mois, on se séparera parce qu'on réalisera qu'on n'est pas fait pour être ensemble, et je préfère te quitter d'un commun accord plutôt que de divorcer dans la souffrance. J'ai pas besoin d'un mariage pour m'unir à toi, car je suis déjà lié à vie avec toi. Mon contrat de mariage, il grandit dans ton ventre à vue d'œil. »
L'auror tira une chaise et s'assit devant la table, près de lui. Il le regardait avec une certaine douceur dans le regard, et ses mains, un court instant, hésitèrent à saisir les siennes. Et Draco faillit avancer les siennes pour les attraper.
« Ça ne fait pas si longtemps qu'on ensemble. On a tout fait de travers et j'ai envie qu'on continue ce qu'on a commencé : qu'on se rapproche l'un de l'autre, tranquillement, qu'on aille se chercher au travail, qu'on se retrouve le soir, qu'on s'embrasse sur le canapé, qu'on s'engueule, aussi… J'ai envie de vivre pleinement ma relation avec toi, sans me précipiter et tout gâcher. Je serai uni à toi toute ma vie à cause du bébé. Le mariage, pour moi, c'est une preuve d'amour. Une union, une volonté d'aller encore plus loin. On a déjà l'union. Et moi, ce que je veux, c'est pouvoir un jour te demander en mariage. De me dire que je sais, à présent, que je passerai la fin de mes jours à tes côtés, que je veux ne plus jamais te quitter et vieillir avec toi. Quand je le saurai, quand je se serai persuadé que tu es l'homme de ma vie, alors je te demanderai en mariage. C'est nous qui le déciderons, et non pas la société sorcière et la naissance de notre enfant. »
Sur le coup, Draco ne sut quoi répondre. Il avait la gorge serrée, le cœur gonflé d'émotion, et si en d'autres circonstances il se serait agacé d'un tel discours, il ne pouvait s'empêcher de se sentir étrangement ému par ses propos. Parce qu'il sentait que ce n'était pas une excuse ou un idéal un peu trop mièvre. Harry pensait à eux avant de penser à l'enfant. Il pensait à leur couple, qui péricliterait forcément avec ce mariage, à leur vie ensemble qui avait tant de valeur à leurs yeux.
Il pensait à leur avenir. A ces plaisirs simples, à l'évolution naturelle de leur relation, au plaisir qu'ils ressentiraient le jour où ils décideraient de s'épouser, parce qu'ils en auraient envie et plus grand-chose à se prouver. Une nouvelle vie s'ouvrirait à eux et ils seraient prêts à l'affronter, avec ses difficultés et ses bonheurs.
Doucement, sa main glissa sur la table pour saisir celle d'Harry. Leurs doigts s'entrelacèrent et leurs regards, si intenses, reflétèrent toutes ces émotions qui se bousculaient en eux. Et après ce long silence si intense, Draco osa élever la voix.
« Si mes parents t'entendaient, ils te trouveraient ridicule.
- Ah oui ?
- Ouais. Donc quand tu les rencontreras officiellement, je te prierais de ne pas leur dire tout ça. Sinon, ils vont vraiment faire de ma vie un enfer…
- Pourquoi ? Parce que tu es de mon avis ?
- Je ne pense pas comme toi. Mais ton avis me plait vraiment beaucoup. »
Harry eut un sourire soulagé. Puis, il amena sa main contre sa bouche pour embrasser ses doigts, leurs regards noués et leurs cœurs battant doucement dans leur poitrine.
« Papa ! »
Ils sursautèrent, comme tirés de leur bulle. Mécaniquement, Harry leva la tête vers le plafond, alors que la voix de son filleul raisonnait dans les escaliers.
« J'suis sorti du bain !
- J'entends ça, Teddy. Tu as rangé la salle de bain ?
- Heu…
- J'arrive. »
Harry se redressa, se pencha pour l'embrasser sur la joue puis quitta la cuisine pour monter à l'étage. Draco le regarda partir en se disant que la rencontre avec ses parents risquait d'être très musclée.
OoO
J-123
La main de Mercedes White glissait sur son ventre enduit de gel, sa baguette se déplaçant sur sa peau en le picotant légèrement. Sur la toile ensorcelée, les images du bébé blotti entre ses reins se mouvaient, leur offrant une vision presque féérique. C'était la deuxième fois que Draco faisait une échographie, mais cette fois-ci, il se sentait étrangement serein, en paix avec lui-même. Cette forme qu'il voyait sur la toile rendait les choses plus réelles encore et il savait qu'à partir de ce jour-là, cet être ne serait plus le bébé, l'enfant, le petit.
Il aurait un sexe.
Ce serait son fils ou sa fille.
Assis à côté de lui, Harry ne tenait plus en place. La gynécomage n'avait rien dit quand tous deux s'étaient levés pour entrer dans le cabinet. Son chéri n'avait pas prononcé un mot, restant assis sans oser prendre la parole. Il avait écouté en silence, et quand Draco s'était allongé, il s'était mis près de lui pour lui tenir la main. Et à présent qu'il voyait son enfant, il semblait à deux doigts de pleurer, ses doigts serrant les siens tandis qu'ils dévoraient des yeux les images que la gynécomage lui offrait.
« Le bébé a l'air de très bien se porter. »
Tout en regardant les images, White discuta avec Draco à propos de l'enfant et de sa grossesse, comme la dernière fois qu'il était venu la voir. Cependant, c'était beaucoup plus précis et pointu. Harry buvait chacune de ses paroles, osant parfois poser quelques questions auxquelles White répondait avec une certaine gentillesse. Elle devait voir que le brun était dans tous ses états, et dans le fond, ça faisait plaisir à voir.
White cessa soudainement de parler. Puis, elle eut enfin un sourire qui emballa son cœur comme jamais.
Depuis l'annonce de sa grossesse, il ne se rappelait pas avoir été aussi excité. C'en était même extraordinaire.
« Eh bien, je suppose que vous avez envie de connaître le sexe du bébé. Mr Potter ne tient plus en place.
- C'est un vrai gamin.
- Hey !
- Alors, regardez par-là… »
White déplaça sa baguette et l'image bougea sur la toile. En soi, cela ne changeait pas grand-chose, et Draco avait beau regarder la toile enchantée, il ne parvenait pas à voir quoi que ce soit de particulier. Et puis, White montra une petite zone.
Une toute petite zone.
« C'est un garçon. »
Les larmes coulèrent sur ses joues sans qu'il ne puisse les retenir. Les yeux braqués sur l'image, le cœur battant à la chamade, les mots de la gynécomage résonnèrent dans sa tête.
C'est un garçon.
Il allait avoir un garçon.
Je suis papa d'un garçon…
« Félicitations, messieurs. »
Lentement, Draco leva la tête vers Harry. Lui aussi pleurait, d'émotions. Il avait cachait sa bouche derrière sa main, et quand il croisa son regard, il lut tout plein d'émotions dans ses grands yeux verts. Des émotions si proches de l'amour qu'il en fut bouleverser.
Et puis son sourire grimaçant apparut derrière sa main. Un sourire qu'il trouva beau malgré les larmes et son visage tendu.
« C'est un garçon… »
Sa voix ne fut qu'un souffle et le sourire d'Harry plus beau encore.
OoO
J-115
Harry était magnifique. Il portait une robe noire bien taillée dont les bords étaient finement brodés de fil bordeaux et doré, ainsi qu'une ceinture en cuir soulignant sa taille et mettant en valeur la forme agréable de son corps. Chose inhabituelle, il portait autour d'un coup un pendentif plutôt volumineux et ancien qui avait appartenu à une époque à son père. En fouillant dans sa boite à bijoux, Draco avait été étonné qu'il possède autant de colliers, lui qui n'en mettait pour ainsi dire jamais. Forcément, il en mettait à chaque sortie officielle, et peut-être même en achetait-il un à chaque grande occasion. En voyant ce bijou, Draco avait pensé qu'il serait le plus adéquat vu l'importance de leur dîner. Et cela lui allait très bien.
Il avait beau le voir dans toutes sortes de tenues, que ce soient ses vêtements moldus, ses robes d'auror ou celles toutes simples quand il avait un rendez-vous quelconque, Draco était encore étonné de son allure. Il semblait prendre quelques années et son grand sérieux lui donnaient un air encore plus mature. Et bien que Harry soit très élégant et franchement canon, Draco préférait son look de tous les jours, plus décontracté mais naturel et, parfois, plutôt sexy.
Cependant, assis dans le luxueux canapé du petit salon préféré de sa mère, Harry était ridicule, avec sa robe élégante issue d'un couturier modeste, ses cheveux dans tous les sens et son manque cruel de bijoux. En somme, il manquait de classe. Cela dit, il n'imaginait pas un seul instant le déguiser en sapin de Noël pour convenir à ses parents, et de toute manière, qu'importe la manière dont il l'aurait habillé, il resterait à jamais un pouilleux à leurs yeux. Sauf s'ils se mariaient un jour. Mais ils s'étaient mis d'accord là-dessus et aucun mariage ne serait envisagé pour le moment.
« Alors, Harry, quel effet cela vous fait d'apprendre que vous allez avoir un garçon ?
- Fille ou garçon, cela ne fait pas de différence, j'aurais été heureux quel que soit le sexe.
- Tout le monde dit ça, mais nous avons tous nos préférences !
- Narcissa, je vous assure que…
- Balivernes, c'est très bien que vous ayez un garçon. »
A côté de lui, Harry essayait de se contenir. Voilà presque une heure qu'ils prenaient l'apéritif dans le salon. Si son père était plutôt silencieux, ce qui ne lui ressemblait pas vraiment, sa mère n'arrêtait pas. Depuis que Draco lui avait annoncé qu'ils attendaient un garçon, elle ne tenait plus en place et ne pensait plus qu'aux meubles, aux jouets, aux vêtements et mêmes aux couches du bébé. Ce n'était vraiment pas le sujet que Draco avait envie d'aborder en leur présence, mais c'était toujours mieux que se disputer sur il ne savait quoi et réduire cette première rencontre à un échec cuisant.
Cependant, Draco sentait que ce repas serait difficile. Depuis leur arrivée, Harry était très tendu, surtout à cause de son père qui ne lui avait quasiment pas adressé la parole et qui avait toujours tendance à le mettre mal-à-l'aise. Bien qu'ils se soient rencontrés à plusieurs reprises durant les querelles d'héritage, Harry continuait à éprouver de la rancœur envers Lucius, qui resterait à jamais à ses yeux un mangemort lâche et manipulateur. Bien évidemment, il faisait des efforts et essayait de se montrer le plus diplomate et cordial possible, mais cela restait compliqué pour lui qui ne savait pas sur quel pied danser. Et Draco non plus, d'ailleurs.
Cette rencontre était étrange et vraiment stressante. C'était une évidence qu'Harry ne leur convenait pas et qu'ils s'en satisferaient bien malgré eux. Cela se sentait dans chacun de leurs gestes et de leurs regards et essayer de prendre sa défense serait vain. En effet, tout ce qui lui plaisait chez Harry serait une longue liste de ses principaux défauts, qui mettraient très certainement ses parents en colère. Surtout Lucius, en fait.
Il préparait quelque chose. Il était bien trop silencieux pour que cela ne cache rien et Draco avait eu une semaine pour se préparer à l'impact. Cependant, il ne savait pas vraiment sur quoi ça allait tomber : le mariage, la paternité, la vie à deux ou bien la vision de leur couple par la société bien pensante. Tant que Harry n'était qu'un nom, il restait abstrait, mais à présent que Draco le leur présentait comme le futur père de son enfant, leur couple était comme officialisé. Il était évident que Lucius les attendait au tournant. Mais quand…
Soudain, un elfe de maison apparut dans le salon, coupant la conversation insipide de sa mère et Harry à propos, par merlin, du tailleur chez qui ils comptaient acheter les premiers vêtements du bébé. Par bonheur, son chéri n'osa lui dire qu'ils avaient repéré de jolies choses dans des magasins moldus, car dans le cas contraire, sa voix serait montée dans les aigues et ils n'auraient jamais quitté cette pièce.
« Le repas est prêt, Monsieur Malfoy, Monsieur.
- Très bien. Allons dîner, dans ce cas. »
Ils se levèrent et gagnèrent tranquillement la salle de repas. Draco attrapa le bras d'Harry qui, dans le dos de ses parents, lui coula un regard désespéré. Visiblement, cet apéritif avait été très éprouvant pour lui et la suite ne l'enchantait guère. Draco lui glissa qu'il s'en sortait très bien, mais il n'eut guère le temps de lui parler davantage, car son père et sa mère cessèrent de parler et il n'y eut plus que le bruit de leurs pas dans le couloir. Ils ne tardèrent à pas à entrer dans la pièce, plus grande encore que le salon. Fort heureusement, sa mère l'avait écouté quand Draco avait exigé un dîner intime, donc il ne serait pas obligé de subir un repas servi sur une table de dix mètres de long. Ainsi, ils se retrouvaient tous les quatre face à face.
Après s'être installés, les elfes les servirent en vin tandis que les entrées apparaissaient dans leurs assiettes. Le repas débuta dans une ambiance un peu tendue, mais cette fois-ci, son père ouvrit un peu plus la bouche. Il l'interrogea sur son travail et surtout sur son futur arrêt de travail.
« Je m'arrête dans deux semaines.
- Déjà ? A combien de mois en es-tu ?
- Cinq mois. Je me porte bien mais la gynécomage préfère m'arrêter parce que je vais rentrer dans une phase un peu délicate. Et je me fatigue assez vite, au travail, j'ai du mal à marcher longtemps, et comme Gringotts est remplie de couloir qui vont dans tous les sens…
- Je comprends. Mais ne vas-tu pas t'ennuyer en t'arrêtant si vite ?
- Je privilégie ma santé, Père. Et celle du bébé. En plus, j'ai beaucoup de choses à préparer en l'attendant.
- Faire sa chambre ne te prendra pas plus de quelques jours.
- Il n'y a pas que ça, Père, et tu le sais très bien.
- Oh oui, je le sais. J'espère que la date du mariage ne sera pas trop retardée. »
Harry manqua de s'étouffer avec un morceau de tomate. Draco sentit alors le piège se refermer sur lui. Père avait donc retourné sa cape. Le blond ne savait pas si c'était à cause de sa mère, d'une remise en question ou bien d'une rencontre avec un des convives présent à ce fameux dîner. Cependant, son père semblait accorder à nouveau une grande attention à ce problème épineux qu'était le mariage.
« Aucun mariage n'est prévu, Père.
- Il me semble pourtant que Mr Potter ici présent a décidé de reconnaître l'enfant.
- Et cela n'implique aucun mariage, Mr Malfoy.
- Vous refusez d'épouser mon fils ?
- Pour le moment, oui.
- Et pour quelle raison ? Il n'est pas assez bien pour vous ? Vous refusez d'associer votre nom au nôtre ? »
On y était. Son père était en train de passer à l'attaque et Harry ne ferait surement pas le poids, avec son idéalisme et ses belles idées romantiques.
« Rien de tout cela, Mr Malfoy. J'estime qu'on a le temps de penser à ces choses-là et qu'il vaut mieux accueillir l'enfant avant de penser au mariage.
- Donc cette situation vous satisfait.
- Oui.
- Vous êtes bien un sang-mêlé.
- Père ! »
Le regard froid de son père se braqua sur lui. Hors de question qu'il le laisse l'insulter, car s'il commençait, il ne s'arrêterait jamais.
« On a décidé de prendre notre temps, voilà tout. C'est notre vie, nous la menons comme nous l'entendons.
- Comme toi tu l'entends, plutôt. Quand feras-tu ce maudit test, Draco ? »
Jamais, eut-il envie de lui répondre. Jamais, parce que sinon, je prendrais le risque de décevoir Harry et peut-être de le perdre…
« Je le ferai quand bon me semblera.
- Par Merlin, ça fait cinq mois que tu aurais dû le faire !
- C'est à moi d'en décider. »
Le ton commença à monter autour de la table. Ni Narcissa ni Harry n'osèrent intervenir.
« Cette situation te satisfait donc, toi aussi. Tu tombes enceint, tu te mets en couple et tu décides que cet homme-là devienne le père de ton enfant.
- On en a déjà parlé je ne sais combien de fois…
- On n'en a pas assez parlé, Draco. Sors de ta bulle, par Merlin ! Regarde le monde qui t'entoure ! C'est bien joli de te mettre en couple avec le héro national et de te balader à son bras un peu partout, mais est-ce que tu penses aux conséquences de tout ça ? Tu crois que tu vas récupérer tout ce que tu as perdu…
- On ne se mariera pas ! C'est tout, Père, il n'y a rien d'autre à comprendre ! Qu'est-ce que tu crois ? Que je ne vois pas ce qui se passe ? Que je ne me rends pas compte de tout ce que je perds depuis le début de ma grossesse, tu crois que je ne souffre pas de la situation ? Qu'est-ce que tu peux y comprendre, toi, qui es si parfait, pèse et mesure toujours tout pour ne jamais être surpris !
- Au moins, cela m'a réussi, contrairement à toi qui te retrouves avec un bâtard sur les hanches !
- Lucius ! S'il te plait, calme-toi ! »
Mais il était trop tard. Draco ne comprenait pas que soudain il prenne la place de sa mère, mais il était en train de partir trop loin et le blond ne pouvait plus reculer. Il fallait que ça sorte. Son père ne s'était pas disputé avec lui depuis très longtemps de cette manière-là, il était jusque là resté plutôt calme sur ces sujets, et il fallait vraiment que ça sorte…
« Si je te fais si honte que ça, pourquoi m'inviter ici, alors ?!
- Parce que je ne perds pas espoir que tu retournes dans le droit chemin. Je ne comprends même pas ce que tu fais, et très sincèrement, Potter, je trouve votre décision de reconnaître cet enfant d'une stupidité sans nom.
- Lucius !
- Ne me regardez pas comme ça. Ne croyez pas que ça m'enchante particulièrement de vous avoir comme gendre, loin de là. Mais…
- Vous préfèreriez que votre fils reste père célibataire ?
- Je me pose sincèrement la question, étant donné que vous refusez de l'épouser. Vous aurez beau dire tout ce que vous voulez, Potter, cela signifie clairement que vous ne voulez pas vous engager pleinement dans cette relation.
- Je ne suis pas d'accord avec vous.
- Père, arrête, s'il te plait !
- C'est cette vie-là que tu veux, Draco ? Tu crois vraiment que la situation va s'améliorer, tu crois que les choses seront plus faciles plus tard ?
- Père, j'ai la chance d'avoir Harry aujourd'hui. Jamais je n'aurais pensé pouvoir fonder quoi que ce soit avec un homme, vu ma situation, et encore moins qu'une personne accepterait de me prendre moi dans mon entier, donc moi et mon enfant. Ça ne te plait pas, je le sais parfaitement, mais je ne vais pas me marier pour te faire plaisir ! Cet enfant sera heureux, quoi qu'il advienne.
- Je me fiche éperdument de cet enfant ! Pense à ta famille, Draco !
- J'y pense ! Qu'est-ce que tu crois que ce test va changer ?! Si c'est Malcolm ou Conrad, tu crois que la situation sera plus facile ?! Tu crois qu'ils accepteront de reconnaître l'enfant, tu crois qu'on va se marier et qu'on fondera une famille ?! Tu rêves ! Jamais ils ne fonderont quoi que ce soit avec moi, jamais je n'aurai la vie que tu souhaites pour moi quel que soit le père de cet enfant !
- J'ai rencontré Malcolm il y a quelques temps et il m'affirmait le contraire !
- Il n'a jamais été capable d'assumer quoi que ce soit, ses bonnes résolutions ne tiendront jamais plus de quelques mois ! Qu'est-ce que tu veux, toi, dans le fond ? Tu veux un homme qui légitimera cet enfant, qui le reconnaîtra ! Harry ne te convient pas, tu ne veux pas d'un sang-mêlé, d'un homme sans éducation qui vit comme un moldu, mais qu'est-ce que tu crois ? Que je vais renoncer à ce qu'il m'apporte tous les jours ? Il vaut beaucoup plus que Malcolm et Conrad, et en l'occurrence, c'est mieux que rien.
- Et tu penses que ça va tenir avec un homme qui saute sur l'occasion et qui accepte de reconnaître un enfant qui n'est peut-être pas de lui, sans pour autant t'épouser ? A moins que tout cela ne soit une vaste blague et qu'en réalité il n'ait pas accepté de reconnaître l'enfant que tu ais inventé tout ça !
- Pourquoi est-ce que je m'amuserais à ça ?! Tu crois que je m'amuserais à t'imposer un homme qui ne te plait pas, pour je ne sais quelle raison ? Pour t'humilier, te mettre dans l'embarras, ou autres ? Il m'accepte comme je suis !
- Donc comme il t'accepte, tu le prends ? Ça aurait été un autre, tu…
- Assez ! »
Ses mains tapèrent sur la table dans un grand bruit alors qu'Harry se levait. Sa chaise tomba en arrière, claquant sur le sol dallé. Draco tourna la tête, le regarda, et se sentit se liquéfier en voyant son visage rayonnant de fureur, ses yeux lançant des éclairs. Les lèvres serrées et les poings fermés, il foudroya du regard Lucius avant de baisser les yeux vers Draco.
« Je ne suis pas un objet. Je ne suis pas non plus un abruti qui dit oui à n'importe quoi ! Vous me prenez pour quoi ?! Pour un simple d'esprit qui accepte cette paternité parce qu'il est con, parce qu'il est amoureux ? Vous croyez que je n'ai pas réfléchi avant de m'engager ? Mais vous vous prenez pour qui ?! Vous vous croyez mieux que moi ?! Pourquoi m'avoir fait venir ici si je ne conviens à personne, si je suis juste un faire-valoir ?!
- Harry…
- Toi, la ferme ! C'est tout ce que je suis, pour toi ? Un homme qui accepte ta situation, une espèce d'aberration dont tu te contentes, faute de mieux ? Un abruti qui accepte de reconnaître ton enfant et que tu ne vas pas virer, parce que sinon, t'auras plus personne et ce sera pire encore ?!
- Non, tu te…
- Vous n'êtes tous que des hypocrites, vous êtes tous obnubilés par votre honneur et les on-dit. Et dire que je pensais que tu serais différent… Vous avez gagné, Mr Malfoy. C'est fini. »
Et Harry quitta la pièce, hors de lui, sans un mot de plus.
OoO
« Harry, s'il te plait ! »
Le brun disparut dans les escaliers, se précipitant à l'étage sans doute pour récupérer ses affaires. Draco le suivit, manquant de glisser sur le tapis avant de grimper les marches. Et en effet, à coups de baguette, Harry rassemblait toutes ses affaires. En entrant, le blond voulut la lui prendre, mais il se fit brusquement repousser.
« Harry, s'il te plait, écoute-moi ! Ce n'est pas ce que tu crois ! »
Soudain, il se retourna vers lui. Son visage reflétait tout ce bouillonnement de colère qui grondait en lui, ses yeux plantés dans les siens le paralysant totalement. Jamais il n'avait vu Harry dans cet état-là, et à la réflexion, il n'avait jamais vraiment vu Harry en colère. Et cette panique qui ravageait tout en lui ne l'aidait pas à s'exprimer.
Draco était terrifié. Et la dernière fois qu'il l'avait été, c'était quand il avait appris qu'il attendait un enfant.
« Qu'est-ce que je n'ai pas compris ? Tout est limpide. J'étais le con de service, tu l'as très bien compris, et tu en as profité.
- Non, c'est pas vrai, attends que…
- T'as bien dû rigoler. Moi, je croyais que tu tenais à moi, que tu étais différent, que tu étais honnête… Mais en fait, t'en as rien à foutre de moi.
- C'est faux ! Je suis désolé que tu ais entendu ça, mais ce sont mes parents, tu ne peux pas comprendre comment ils vivent les choses, mon père…
- Arrête ! »
Il venait de hurler, et sur son visage, Draco comprit qu'il venait de craquer. Les vannes s'ouvraient et quand il inspira, il sentit que c'était difficile, qu'il peinait à garder son calme, et ses yeux brillèrent. Comme cette fois-là où ils s'étaient engueulés à cause de Blaise.
« Pitié, Draco, arrête. Ne me sors d'excuses bidon, ne me dis pas que tu ne pensais pas ce que tu as dit ou que j'ai mal compris, parce que ce n'est pas vrai. J'ai toujours été franc avec toi, j'ai tout fait pour te soutenir, pour que tu te sentes bien, pour que tu sois heureux avec moi… Mais je suis quoi ? Un second choix ? Un mec que t'as pris à défaut d'avoir mieux sous la main ?
- Non, Harry, ce n'est pas ça. Laisse-moi t'expliquer, viens, on va…
- Il n'y a rien à expliquer. Tu m'as fait trop de mal. »
L'auror fit un mouvement pour sortir, mais aussitôt, Draco attrapa sa robe et s'y cramponna. Il ne devait pas partir. Pas comme ça, pas maintenant, pas avec tout ça en tête… Il devait lui expliquer, lui dire que c'était plus compliqué que ça, que ses parents…
« Je t'en supplie, ne pars pas ! Reste, on va discuter, je t'assure que…
- Je ne veux pas parler.
- Ne me quitte pas, Harry ! Ne me laisse pas comme ça, reste…
- On ne formait pas un couple. Tu n'étais pas avec moi, il n'y avait que moi qui y croyais.
- C'est faux. Tu sais que c'est faux… »
Harry saisit ses poignets et les serra si fort que Draco lâcha le tissu de sa robe. Il sentait ses jambes faiblir et son cœur cognait dans sa poitrine de douleur. Et Harry qui le regardait avec ces yeux, si déçus, si tristes, si…
« Je me suis trompé. Tout ce que tu as fait pour venir vers moi, le lit du bébé, ces nuits passées ici, ces repas… C'était juste une manière de t'habituer à moi et de me faire entrer dans ta vie. Le bébé, je garde mon engagement envers toi, je le reconnaîtrai.
- Je m'en fous, du bébé… C'est pas de ça qu'on parle, Harry, on s'en fout, tu es plus…
- Tu ne t'es pas excusé. Tu m'as fait du mal, comme très peu d'hommes l'ont fait, et tu ne t'excuses même pas. Maintenant, oublie-moi. »
Harry lâcha ses mains et transplana. Comme ça.
Dans un craquement, il disparut de sa vie.
Et ses jambes, enfin, le lâchèrent, alors qu'il poussait un hurlement de douleur, et de désespoir, les larmes dégoulinant sur ses joues pâles.
OoO
J-114
Il entendit la porte d'entrée s'ouvrir. Les yeux clos, il écouta la personne s'avancer dans l'entrée, ses pas claquant sur le parquet ciré. A la manière dont il traversa le couloir, Draco sut que c'était Blaise. Il connaissait trop bien sa démarche pour se tromper, et de toute manière, il était le seul à avoir les clés de chez de lui avec Andromeda, ses parents et Harry. La première n'aurait eu aucune raison de venir le voir, les seconds n'auraient jamais eu l'idée de faire le déplacement, et le dernier…
C'était une autre histoire.
Recroquevillé sous ses couvertures, Draco enfonça sa tête dans son oreiller, fermant obstinément les yeux. La chambre était plongée dans le noir, et depuis la veille, il ne l'avait pas quittée. Il avait eu faim, à un moment donné, mais n'avait pas été capable de se lever et de tenir assez longtemps debout pour aller se préparer quelque chose. Et puis, quand il avait cru trouver la force, ses idées noires l'avaient rattrapé et il s'était effondré sur son lit, le cœur en morceau et le visage tiré par le sel de ses larmes.
Harry l'avait quitté.
Dans un craquement, il avait quitté sa vie, laissant derrière lui un grand vide.
Un vide dans la cuisine, où il aurait dû préparer leur dîner, avec la radio en bruit de fond.
Un vide dans le salon, où ils auraient dû passer leur soirée devant la télévision, à se câliner, comme un jeune couple, et puis monter se coucher, car depuis quelques temps Harry ne rentrait plus du tout chez lui.
Un vide dans son lit, où ils auraient dû s'allonger l'un contre l'autre et s'endormir paisiblement, comme ils le faisaient depuis une dizaine de jours.
Draco avait pleuré toute la nuit. Cela lui rappelait l'époque où ses émotions lui jouaient des tours et lui arrachaient des larmes à la moindre contrariété, à la moindre émotion un peu trop forte. Sauf que cette fois-ci, il avait une vraie raison de pleurer.
Harry était parti.
A cause de ses mots, qu'il n'aurait jamais dû prononcer devant lui, à cause de l'absence de ses excuses, que Draco aurait sans doute prononcées plus tard…
A cause de toute cette souffrance qu'il avait soudain créé en lui, alors que tout ce qu'il méritait, c'était du bonheur.
Il l'avait perdu, et la veille, ce départ lui avait paru insurmontable. Les mots d'Harry l'avaient blessé comme jamais, à la fois pour cette remise en question de tout ce qu'ils avaient réussi à construire ensemble, mais aussi et surtout pour ce qu'il lisait sur son visage, cette trahison, cette souffrance, cette tristesse de s'être trompé. Ce fut comme un véritable coup de poignard, et même si cela n'avait rien de cohérent, même s'il était plus fort que ça et qu'il en avait vécu de pires… Draco n'avait pu que s'effondrer sur son lit, pleurer comme un perdu, en espérant que ça aille mieux.
Dans la nuit, en bougeant, sa tête avait effleuré l'oreiller qu'utilisait Harry tous les soirs. Après avoir lutté, il avait fini par le prendre pour respirer son odeur, et cela lui avait arraché d'autres larmes. Il s'était traité d'abruti, puis s'était rendormi.
Et ce matin, quand il avait fallu se lever pour aller travailler, Draco n'avait pas bougé. Le cœur en vrac, le visage tendu et les yeux collés, il était resté dans son lit. Il avait essayé de réfléchir, de trouver une solution, mais ses pensées étaient si confuses qu'il n'avait rien trouvé à faire. Aller voir Harry ? Lui demander pardon ? Le supplier de le reprendre ? Oh oui, il avait été tenté de le faire, mais jamais il ne lui aurait ouvert… Et de toute façon, il travaillait.
Pourtant, il devait faire quelque chose. C'était plus qu'une séparation, c'était une rupture. Jamais Draco n'aurait pensé qu'il souffrirait autant, que ce départ serait aussi… insurmontable. Il n'avait jamais pleuré pour un homme et ces larmes qu'Harry lui arrachait le rendaient fou. Il avait beau se traiter de tous les noms, se dire que ce n'était pas si grave, qu'il devait avancer, qu'il aurait dû s'y prendre autrement et que la vie continuait, le blond n'avait pas réussi à se lever et quitter sa chambre. Tout juste était-il parvenu à aller dans la salle de bain.
Harry allait revenir.
Il fallait qu'il revienne.
Il ne pouvait partir comme ça, pas après ces moments passés ensemble…
Comment pouvait-il croire un seul instant qu'il s'était moqué de lui ? Qu'il ne le satisfaisait pas, qu'il n'était pas à la hauteur de ses propres attentes ?
Par Merlin, pourquoi ne lui avait-il pas demandé pardon ?
« Draco ? Tu es là ? »
Il serra les dents et sentit les larmes lui remonter aux yeux. Par Merlin, pourquoi ne s'était-il pas excusé, pourquoi ne l'avait-il pas pris dans ses bras, comme lui savait si bien le faire ? Pourquoi n'avait-il pas trouvé les mots pour le retenir, ne serait-ce qu'un peu ?
Pourquoi Harry avait-il cru qu'il n'était pas à sa hauteur, alors que dans les faits, c'était Draco qui ne lui arrivait pas à la cheville ?
Misérable.
Tellement misérable, à côté de lui…
« Draco ? »
Et le bébé… Qu'est-ce qu'il s'en fichait, du bébé… En Harry, il avait cherché un guide, un soutien, un amoureux, mais pas un deuxième père…
Harry était tellement plus que ça…
« Hey, Dra… Putain, Dray, qu'est-ce qui t'arrives ? »
Le blond cacha son visage dans la couverture, tandis que Blaise semblait retirer ses chaussures et sa cape. Il se glissa dans les draps et se rapprocha de lui, venant le chercher pour le prendre dans ses bras. Les sanglots recommencèrent à secouer son corps, tandis que son ami le calait contre lui, sa main caressant ses cheveux tandis que leurs jambes se nouaient, comme pour ne former plus qu'un.
Comme à chaque fois qu'ils n'allaient pas bien.
« Draco, dis-moi ce qui se passe. Alguff m'a envoyé un courrier, comme quoi tu n'es pas allé travailler. Tu as dîné avec tes parents et Harry, hier. Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Ha… Harry…
- Quoi, Harry ?
- Il… est… parti… »
L'étreinte de Blaise se raffermit autour de lui. Avec une certaine douceur, il lui demanda de lui raconter ce qui s'était passé. Draco lui expliqua alors comment s'était passé le dîner, les choses qu'il avait dites, la provocation de son père et puis la colère d'Harry, si compréhensible, et si douloureuse…
Harry ne pourrait jamais comprendre. Il ne venait pas du même milieu qu'eux, il était incapable de concevoir les pensées de ses parents, leur position au sein de la société bien pensante et les attentes qu'il avait déçu au fil des années, et surtout depuis quelques mois. Ces mots, il n'aurait jamais dû les prononcer devant lui, parce qu'ils ne reflétaient pas ce que lui pensait de la situation, de leur relation, et de lui, surtout. Jamais il n'avait considéré Harry comme un substitut, comme une pâle copie de l'homme idéal qu'il aurait souhaité voir entrer dans sa vie.
C'était son homme.
C'était celui qu'il aurait voulu depuis des années avoir dans sa vie et dont il partageait depuis quelques temps le quotidien. Il était le futur père de son enfant, et surtout, c'était celui que Draco voulait comme père. Pas un autre que lui, non, car aucun de ses amants ne pourrait lui arriver à la cheville.
« Calme-toi, Draco, calme-toi… Il y a un malentendu et ça va s'arranger. Harry a mal compris, et n'importe qui à sa place…
- Il… aurait pas… dû… être là…
- Non, c'est certain, mais il ne peut pas comprendre. Il a une autre idée du mariage, de la paternité… Il a grandi comme un moldu et c'est un romantique, c'était évident qu'il réagirait mal. N'importe quel sorcier de pure souche aurait compris, même Weasley aurait saisi le problème, avant même de mettre un pied au Manoir…
- Je regrette… Si tu savais comme… je regrette…
- J'ai pas besoin que tu me le dises pour le savoir, quand je vois dans quel état tu es… Reprends-toi, Draco ! C'est pas fini ! La vie n'est pas finie ! Tu peux encore te rattraper, et si tu n'y arrives pas, eh bien tant pis ! Il y a d'autres hommes sur Terre, il…
- Je veux pas qu'il parte… »
Draco leva les yeux vers Blaise. Il avait un peu de mal à le voir à cause de l'obscurité de la pièce et les larmes qui ne cessaient de lui brûler les joues.
« C'est lui que je veux. S'il est plus là… Comment je vais faire ?
- Oh Draco, tu n'as pas besoin d'un homme pour avancer ! On t'aidera, pour le bébé, on…
- Je m'en fous du bébé. Comment je vais faire pour trouver quelqu'un de mieux que lui ? Comment je vais refaire ma vie, après ça ? »
Le blond serra les dents et essaya de reprendre son souffle, mais c'était difficile. Il avait mal au cœur, mal au ventre, et il se sentait si faible qu'il ne savait même pas comment il trouverait la force de se lever.
« Tu… Tu tiens tant que ça à lui ? »
Blaise semblait surpris. Il savait qu'il y avait quelque chose de fort entre eux, que Draco le regardait de loin depuis pas mal de temps, mais de là à pleurer pour lui… Sans doute ne s'imaginait-il pas à quel point Harry le rendait heureux chaque jour. Personne ne pouvait l'imaginer, de toute manière. Personne.
« Draco ? Il est si important que ça, pour toi ?
- Tu peux pas savoir… C'est… Je suis bien, avec lui. Je me sens bien. Il… Dans sa manière de me toucher, de me parler, c'est comme si je sortais vraiment avec quelqu'un pour la première fois. Je me sens à ma place, j'ai pas peur d'être ridicule, de faire un pas de travers ou de parler de sujets sensibles. Il est ouvert, il est gentil, il… »
Sa voix se bloqua dans sa gorge. C'était stupide, tout ce qu'il disait, à quoi bon décrire quelques aspects de sa personnalité, alors que dans le fond, il était tout bonnement en train de tomber éperdument amoureux de lui. Et dans le regard de Blaise, il vit que son ami avait compris. Jamais aucun homme ne lui avait fait cet effet-là, et ce n'était pas uniquement à cause du bébé. Ça allait au-delà de ça.
Il tombait amoureux.
De ses mains qui savaient si bien le toucher, sans aller dans la vulgarité ou l'ambigüité.
De sa voix, de son rire, de ses compliments qu'il glissait à son oreille, de ses surnoms qui le rendaient toute chose.
De ses yeux verts si beaux qui le charmaient depuis des années, même à l'époque où il ne savait même pas ce qu'était l'amour.
De son corps pressé contre le sien, de ses câlins dans le canapé, dans la cuisine ou dans le lit.
De lui, tout simplement. De ses défauts et de ses qualités, de ses gamineries et de sa tendresse, de ses petits caprices et de son humour.
Pourquoi diable l'avait-il laissé partir ? Pourquoi l'avait-il séduit ce soir-là, plutôt que de débuter une relation normale avec lui, en suivant les étapes logiques sans tout faire de travers ? Pourquoi jeter son dévolu sur des abrutis comme Kenneth, alors qu'Harry était déjà conquis depuis si longtemps…
« Va le voir.
- Non.
- Si. Tu vas aller le voir et lui dire tout ce que tu as envie de lui dire. Pleurer chez toi ne résoudra rien.
- Blaise…
- Je sais que c'est dur, et à ta place, je ne sais pas si j'en serais capable. Mais tu vas avoir un enfant, tu sors avec quelqu'un de bien, quelqu'un auquel tu tiens. Peut-être qu'il te rejettera, et dans un sens il aura raison de le faire, mais peut-être que non. Dans tous les cas, vu ton état, tu ne peux pas le laisser partir. Tu dois aller le chercher et le récupérer. Tu n'as jamais fait ça, et généralement, c'est toi qui t'en vas. Mais là, c'est différent.
- Je peux pas… Et s'il me dit que…
- Tu pleures pour ce type, bordel ! »
Draco sursauta entre ses bras. Il y avait de la peine, dans les yeux de Blaise, et de la colère, aussi.
« T'as jamais pleuré pour personne. S'il n'avait pas eu une bonne raison de te mettre dans un état pareil, je serais déjà allé le voir pour lui refaire le portrait. Reprends-toi, Draco, t'es fou de ce gars-là, et jusqu'à hier, il te le rendait très bien. Même s'il t'envoie bouler, est-ce une raison pour laisser tomber ? Il a tout fait pour vous rapprocher, absolument tout, tu ne crois pas que tu pourrais te battre pour vous deux, maintenant ?
- S'il me dit non, je n'arriverai pas à revenir vers lui.
- Si, tu vas y arriver. On va se battre ensemble et tu vas le récupérer. Tu vas lui expliquer que tout ce que tu as dit n'est pas ce que toi, tu penses. Va le voir, dis-lui qu'il est important pour toi, qu'à tes yeux c'est le plus beau mec du monde, et reconquis-le. J'aurais jamais cru dire ça un jour de ce gars, mais c'est un mec en or. J'ai jamais passé autant de temps chez toi que depuis qu'il te prépare à bouffer, et franchement, Draco, tu me connais, j'ai beau t'adorer, je viendrais pas aussi souvent si j'aimais pas Harry. Et j'aime te voir heureux. J'aime te voir sourire, perdre ton côté coincé et déconner à table comme tu arrives à le faire en sa présence. »
Doucement, Blaise replaça une mèche de cheveux blonds derrière son oreille. Tout ce qu'il lui disait lui réchauffait le cœur, tout en le remplissant d'une terreur sans nom : et si Harry refusait de l'écouter ?
« Alors tu vas te lever, tu vas te passer un coup sur le visage… Non, tu vas carrément aller te laver, tu m'effaces tout ton chagrin de ton joli visage, et je t'accompagne jusqu'à chez lui. Et puis tu toques, tu rentres chez lui, et vous discutez calmement.
- Je vais pas y arriver…
- Je t'ai connu plus combatif ! Allez, Draco, debout ! »
Rien que penser aux paroles d'Harry lui faisait un mal de chien. Pourtant, le blond se redressa et partit dans la salle de bain se laver. Il mit un temps fou à se déshabiller, à se laver le visage et les cheveux. Il se sentait incapable d'affronter le problème parce qu'il savait que la moindre parole de Harry pourrait lui faire du mal. Jusque là, leurs disputes n'étaient jamais parties très loin, et depuis qu'ils avaient eu cette embrouille à cause de Blaise, Draco faisait attention, sentant que quelque chose de plus poussé pourrait tout remettre en cause. Et là, lui qui était si peu courageux, et même carrément lâche, il ne se voyait pas se battre pour le récupérer. Il n'avait jamais fait ce genre de choses, et surtout, il ne savait même pas si ça en valait la peine. S'il en valait la peine. Harry méritait tellement mieux que lui, que ça…
Par Merlin, mais quelle loque était-il devenu… Tout ça à cause d'un homme qu'il avait blessé et qu'il aimait… Parce que putain, oui, il l'aimait, ce crétin. Et il ne voulait pas que ça s'arrête, que soudain il se retrouve seul, chez lui, à regarder le temps défiler et attendre dans la peur la naissance de cet enfant non désiré.
Il devait aller le voir. Il devait lui parler, lui expliquer, et remettre les choses en ordre. Ce n'était pas possible que ça se termine de cette manière, ils n'avaient pas encore vécu grand-chose, mais…
Si, il avait vécu quelque chose.
Le bébé.
Cette échographie, la semaine précédente…
L'excitation du matin, toutes ces émotions qui les avaient traversées quand leurs yeux s'étaient posé sur ce petit être, quand ils avaient appris son sexe… Les regards et les sourires qu'ils avaient échangés, leurs mains nouées quand ils étaient sortis, et cette soirée qu'ils avaient passée à essayer d'imaginer la future chambre…
Ils formaient un couple. Et ça ne pouvait pas s'arrêter comme ça.
Quand Draco sortit de la salle de bain, en peignoir, il n'était pas franchement plus motivé à aller voir Harry, persuadé au fond de lui que le brun lui claquerait la porte au nez et qu'il ne voudrait rien savoir, campant sur ses positions. C'était même tellement évident qu'il s'habilla à contrecœur avec les vêtements que Blaise lui avait sorti. L'idée qu'Harry ne reviendrait jamais sur sa décision le torturait depuis la veille, et quand il se regarda dans la glace avant de partir, il savait déjà que ce serait très compliqué, parce que lui-même n'y croyait pas. Il n'avait jamais eu de chance en amour, la réconciliation, s'il y en avait une, ne serait pas aisée.
Ensemble, ils quittèrent la maison, non sans que Blaise ne lui ait remonté une dernière fois le moral, inspectant sa tenue et l'encourageant. Il n'y avait pas de raisons pour que ça se passe mal, Harry devait souffrir autant que lui et sans doute serait-il prêt à entendre des explications. Dans le cas contraire, Blaise le forcerait à ouvrir sa porte et il les écouterait. Une telle détermination le fit sourire, mais le blond n'y croyait pas. Son ami n'avait pas vu ses yeux, il n'avait pas entendu le ton de sa voix, il ne pouvait pas imaginer à quel point Harry devait se sentir mal.
Et de toute façon, Draco était un lâche. Il l'avait toujours été et il le serait éternellement.
Ils transplanèrent non loin de l'immeuble où Harry habitait. La boule au ventre, ils pénétrèrent dans la bâtisse où n'étaient logés que des sorciers. Ils prièrent cependant pour ne rencontrer personne, et malgré l'heure, aucun voisin ne vint les déranger dans leur court périple. Ainsi, ils prirent l'ascenseur et montèrent les étages jusqu'à arriver à celui de Harry. Blaise décida d'aller dans les escaliers, des fois que Harry refuse de le laisser entrer et qu'il se retrouve obligé de forcer un peu les choses pour qu'il y ait une discussion entre les deux hommes. Il partirait une fois que Draco serait entré et, si jamais il échouait, il l'attendrait chez lui. Cependant, il ne semblait se faire aucune illusion sur la réussite de l'opération. Plus tendu, Draco s'avança d'un pas mal assuré devant la porte.
Une fois planté devant, le blond hésita à sonner. Il avait très mal au ventre et hésitait franchement à s'assoir pour reprendre son souffle, mais s'il le faisait, il ne pourrait jamais se relever.
Et il ne fallait pas que ça s'arrête.
Pas comme ça.
Il ne voulait pas que ça s'arrête.
Prenant son courage à deux mains, Draco sonna à la porte. Il compta les secondes, priant pour qu'Harry ne regarde par pas le judas et refuse donc de lui ouvrir, même s'il savait que l'auror était méfiant de nature. Dans le silence du couloir, il perçut ses pas dans l'entrée, et après d'interminables secondes, le verrou tourna et la porte s'ouvrit.
Harry apparut dans l'encadrement de la porte, habillé d'un vieux jean abimé et d'un pull bien trop grand pour lui. Le visage fermé, il ne prononça pas un mot, plantant son regard dans le sien et attendant qu'il parle, mais Draco avait une boule dans la gorge et se sentait à deux doigts de vomir.
« Bonsoir, Harry. Je voudrais te parler. »
Le brun hésita quelques secondes avant de se décaler et de le laisser entrer. Jamais Draco n'aurait cru que ce serait si facile, mais il savait que le pire restait à venir. Presque timidement, le blond entra chez lui, comme un étranger. Toujours sans parler, Harry le regarda retirer ses chaussures puis le devança en direction du salon, et au moment où il allait entrer, il y eut un crépitement dans la pièce. Draco sentit son cœur bondir dans sa poitrine : quelqu'un était en train de rentrer chez lui par la cheminée. Le temps que le brun tourne vers lui un regard paniqué, une voix féminine se fit entendre.
« Harry ? Tu es là ? »
Brutalement, l'auror lui empoigna le bras et le traina jusqu'à la chambre, en criant un « oui, j'arrive ! ». Il le força à y entrer et lui intima de ne surtout pas sortir, quoi qu'il entende. Puis, il ferma la porte, et quand Harry repartit, la voix se fit à nouveau entendre. Elle lui disait quelque chose. Curieux, et surtout énervé à cause de la manière dont il l'avait attrapé, Draco entrouvrit la porte, et après quelques secondes d'écoute, il comprit que c'était Ginny Weasley qui venait d'entrer chez Harry. Et vu le ton de sa voix, il n'était vraiment, mais alors vraiment pas content de la voir là.
Parce qu'il valait en effet mieux qu'elle ne le voie pas, Draco referma la porte en espérant que cela ne durerait pas trop longtemps. Puis, pour essayer de se relaxer, il fit le tour de la pièce. Il n'était jamais rentré dans la chambre de Harry, ou du moins, pas plus de quelques secondes. Elle était assez simple, sans chichis, mais plutôt jolie. Sur les murs étaient accrochés de cadres avec des photos. Draco passa un long moment à toutes les regarder, s'attardant beaucoup sur celles d'Harry avec ses amis, le voyant grandir de cliché en cliché, et surtout sur celles de ses parents. Draco n'avait jamais vraiment remarqué à quel point il pouvait ressembler à son père, tant il avait rarement vu de photo de cet homme héroïque.
Un peu perdu, parce que Draco n'était pas du genre à aimer les photos et ainsi les exposer partout, il parcourut la pièce du regard, cherchant un autre moyen de s'occuper. La voix d'Harry se faisait de plus en plus forte dans le salon, et malgré sa curiosité naturelle, il n'avait franchement pas envie de savoir de quoi il parlait. Plus il s'énervait, et moins la conversation serait facile.
Toujours aussi tendu, le blond s'avança vers la fenêtre et s'assit sur le lit, et quand il regarda les petites photos posées sur le meuble, il sentit son cœur bondir dans sa poitrine. La main tremblante, il attrapa l'un des cadres et les larmes lui montèrent aux yeux, alors que son propre visage lui souriait.
Harry avait une photo de lui.
Une seule petite photo, qui avait été prise le jour des cinquante ans de sa tante, vu sa tenue. Et il était seul, sur le cliché. Pas d'Andromeda ou de Teddy. Il n'y avait que lui.
Et ce fut trop.
Parce que, par Merlin, il avait une photo de lui à côté de son lit…
Et depuis combien de temps l'avait-il ? Elle datait de deux ans, son attirance pour lui était-elle donc si ancienne ? Ou l'avait-il demandé à sa tante très récemment ?
A quel point l'avait-il blessé ?
Soudain on toqua à la porte et Harry l'ouvrit un peu trop doucement, comme s'il souhaitait se faire pardonner.
« Ginny est partie. Désolé, j'ai dû te faire mal. »
Draco tourna la tête, le regarda, puis reposa les yeux sur la photo. Ses joues chauffaient et ses yeux piquaient atrocement. Et même s'il aurait dû se lever, inspirer profondément et se lancer, il ne parvenait pas à s'arracher à la vue de cette photo si simple mais qui semblait pourtant si importante.
« Draco ? »
Harry s'avança vers le lit et se posta près de lui. Il ne dit rien en voyant ce qu'il regardait depuis quelques minutes. Puis, lentement, il tendit le bras et attrapa le cadre pour le regarder à son tour. Draco leva ses yeux humides vers lui et crut vraiment fondre en larmes quand il vit avec quelle tendresse il pouvait regarder cette si petite photo.
Depuis combien de temps m'aimes-tu, Harry ? Eut-il envie de lui demander.
Mais plutôt que de poser cette question qui lui brûlait les lèvres, Draco resta silencieux tandis qu'Harry reposait le cadre sur sa table de chevet. Puis, toujours debout, il s'appuya sur la fenêtre juste derrière lui et attendit. Draco inspira, voulut lever la tête, mais garda les yeux obstinément baissés.
« Je te demande pardon. Pour tout ce qui s'est passé. Je sais que je t'ai fait du mal et…
- Regarde-moi dans les yeux. »
Malgré lui, Draco leva la tête vers lui. Son visage fermé n'annonçait rien de bon et le blond n'était pas certain d'arriver au bout de ses peines s'il était obligé de le regarder.
« Continue.
- Je… Je sais que je t'ai fait du mal.
- Tu ne peux même pas imaginer. J'ai failli ne pas t'ouvrir.
- Pourquoi tu l'as fait ?
- J'en sais rien. Peut-être parce que je suis un abruti fini qui garde la photo de son ex dans sa chambre alors que…
- Son ex ? »
Harry ne répondit pas. Quelque chose en lui se brisa alors son estomac se serrait douloureusement.
« Alors, c'est fini ?
- Pour le moment, oui.
- Je te demande pardon, Harry, je suis vraiment désolé que tu ais entendu ça. Ce n'est vraiment pas ce que tu crois…
- Ah oui ? Quand tu as dit que j'étais toujours mieux que rien, c'était du rêve ? Tu te fous de moi ?
- Tu peux pas comprendre. »
Ça y est, les larmes commençaient à lui monter aux yeux et il était en train de craquer. Il avait tellement pleuré depuis la veille, il s'était tellement tourmenté l'esprit et il était tellement réservé qu'il n'arrivait même plus à réfléchir correctement, à lui dire ce qu'il mourrait d'envie de…
« Qu'est-ce que je peux pas comprendre ? Qu'est-ce que je n'ai pas compris ? J'ai rarement été aussi humilié de ma vie, et pourtant, j'ai…
- T'aurais pas dû être là… »
Ses mains cachèrent en partie son nez et sa bouche tandis qu'il baissait la tête, les larmes menaçant de couler sur ses joues. Et avant qu'Harry ne réplique vertement, Draco reprit la parole, maudissant ses parents et sa propre stupidité.
« Tu fais pas partie de notre milieu. Tu peux pas comprendre. Tout ce que j'ai dit… Même Ron aurait compris. Tu seras jamais à leur hauteur, tu ne seras jamais ce qu'ils voudront pour moi, mais que ce soit toi ou un autre, ça aurait été pareil… Ça fait tellement d'années que je les déçois, et là, j'ai atteint le summum avec cette grossesse. T'épouser est le minium de ce que je devrais faire, vu la situation. Mais tu ne veux pas qu'on se marie, et moi non plus. Pour eux, c'est insupportable.
- Ça ne change rien au fait que…
- Mais essaie de comprendre, bordel ! »
Draco leva la tête, et cette fois-ci, il ne put retenir ses larmes. Elles dévalèrent ses joues et les yeux d'Harry s'arrondirent alors qu'il haussait un sourcil étonné. Par Merlin, pourquoi ne comprenait-il pas ?
« Je suis la honte de ma famille ! Ça fait des mois qu'on me traine dans la boue ! Tu n'es pas à la hauteur, je le sais aussi bien que mes parents, ce n'est pas parce que j'ai dit tout ça que je le pense ! Je parlais à mon père, merde ! Je parlais son langage, notre langage, j'étais dans sa vision des choses, dans celle que je devrais avoir ! Mais est-ce que je pense comme lui ? Est-ce que tu crois vraiment que je me contenterais du premier crétin venu qui accepterait de reconnaître mon gamin ? Tu crois que mes ex étaient mieux que toi ?
- J'en sais rien, mais…
- Tu crois que mon père les aurait acceptés dans notre famille ? T'es pas ce qu'il me faut, à ses yeux, mais qu'est-ce que j'aurais dû lui dire ? Tu crois qu'une vision romantique des choses aurait changé la donne ? Tu crois peut-être que si je lui avais expliqué à quel point je me sens bien depuis que tu es là, ça aurait changé quelque chose ?
- Au moins, tu aurais parlé de nous ! J'avais l'impression d'être l'abruti de service et que tu te défendais plus toi que moi !
- C'est mon choix, que je défendais ! Mon choix de t'avoir pris plutôt qu'un autre et de…
- Tu me rabaissais ! J'avais l'impression d'être un moins que rien et que…
- T'es un sang-mêlé, t'es auror, t'as envoyé des mangemorts à Azkaban, et ça, on ne peut rien y faire ! Tu ne seras jamais ce qu'il veut ! J'ai pris ta défense, pas comme il aurait fallu que je le fasse devant toi, et ça je le sais ! Je sais que je t'ai fait du mal, j'aurais dû m'y prendre autrement…
- Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ?! Pourquoi tu ne m'as pas préparé à tout ça ?!
- Je ne pensais pas que ça se passerait comme ça ! Et comment tu aurais réagi ?! Ne me fais pas croire que tu l'aurais bien pris, c'est pas vrai ! T'avais déjà du mal à supporter toutes ces allusions pendant le repas chez Daphné, j'ai dû te rassurer, et si comme ça, je t'expliquais qu'en fait c'est eux qui ont raison, comment est-ce que tu aurais réagi ?
- Et malgré qu'ils auraient raison, t'as voulu rester avec moi ?
- Tu te rends pas compte… »
Draco baissa à nouveau la tête et se cacha le visage dans les mains. C'était sans espoirs. Harry ne lui pardonnerait pas, et lui, torturé entre les attentes de ses parents, les déceptions répétées, son envie d'être avec lui et sa peur de le perdre définitivement, il n'arrivait pas à faire face. Alors, le cœur douloureux, il se cacha le visage et laissa les larmes couler. Il fallait que ça sorte. De toute manière, il n'arrivait pas à lutter contre elles.
« De quoi est-ce que je ne me rends pas compte ? »
Soudain, Harry posa la main sur sa tête tandis qu'il s'agenouillait devant lui. Il le sentit à ses genoux qui se posèrent contre ses pieds. Sa main glissa sur son genou, en une caresse presque tendre.
« Draco, de quoi…
- Tu te rends… pas compte… à quel point je tiens à toi… »
Il hoquetait, à sa plus grande horreur.
« Aucun homme… ne t'arrive… à la cheville. Je tiens tellement à toi… J'voulais pas que… tu t'en ailles. J'voulais t'expliquer… C'est compliqué et… t'es tellement bien pour moi, t'es tellement mieux que tous les autres… »
Parler devenait de plus en plus compliqué. Et il n'en finissait plus de parler…
« T'es un homme merveilleux. Et je peux pas… avancer sans toi… J'm'en fous, du bébé… T'es plus que ça… Tellement, tellement plus que ça…
- Draco…
- J'veux pas que tu t'en ailles… J'vais faire comment, après ? Comment je vais… faire pour trouver… mieux que toi ? »
Alors, il lui fut impossible de parler. Ses oreilles bourdonnaient tandis que son torse tressautait à chacun de ses hoquets, son visage écarlate brûlant de honte alors que les larmes ne cessaient de brûler sa peau et ses yeux. Il aurait tellement voulu se cacher, disparaître, quitter cette chambre et essayer de recommencer à vivre, autrement… Mais ce serait trop dur. Et de toute façon, il était incapable de se lever et de s'enfuir, comme il l'aurait pourtant tellement voulu.
Avec une douceur infinie, il sentit les deux mains de Harry glisser de sur ses genoux et caresser ses mollets, faisant des mouvements de va-et-vient le long de ses jambes. Puis, avec un bras, il les enserra, le callant sous ses genoux. Enfin, il chercha gentiment à dégager ses mains de son visage, et malgré son état et son visage défait, Draco n'opposa pas vraiment de résistance.
Le regard du brun était d'une douceur inégalée, comme ses mains quelques secondes auparavant. Il y avait de la peine dans ses beaux yeux verts, mais également cette tendresse que Draco connaissait si bien. Ce dernier ferma les yeux en sentant sa main chaude et solide se glisser sur sa joue, balayant les larmes et caressant sa peau malmenée. Puis, ses paupières se soulevèrent et leurs regards se croisèrent. Harry ne souriait pas, mais il avait le visage plus détendu. Alors, Draco osa.
« Reviens à la maison. »
Les sourcils de l'auror se soulevèrent d'étonnement. Draco avala sa salive puis reprit.
« Rentre, s'il te plait.
- Draco…
- Redonne-moi une chance. Je te prouverai que j'en vaux le coup.
- C'est pas ça, le problème. Putain, non, recommence pas, je déteste te voir pleurer. Draco, s'il te plait… Allez, lève-toi, va te passer un coup sur le visage et on rentre.
- Non, tu veux pas. Je ne peux pas te forcer.
- Tu ne me forces pas, allez, lève-toi.
- Non, ça ne sert… »
Soudain, il y eut sa bouche sur la sienne. Draco ouvrit de grands yeux et quand Harry se recula, il ne sut comment réagir. Le brun lui fit un sourire encourageant puis se leva, s'appuyant sur ses genoux. Puis, il lui saisit les mains.
« Allez debout !
- Mais… »
Harry se pencha et planta un deuxième baiser sur sa bouche.
« Tais-toi et lève-toi.
- Tu me pardonnes ?
- Non. Mais tu vas aller te passer un coup d'eau sur le visage, je vais préparer quelques affaires, on va rentrer et ensuite on va continuer à en parler. Et quand on aura tout mis au clair, je te pardonnerai. Allez, lève-toi, mon cœur. »
Ces deux derniers mots le firent bondir sur ses pieds. Sans se faire prier, Draco partit dans la salle de bain pour se passer un bon coup d'eau sur le visage. Il préféra ne pas se regarder, mais quand il se sécha le visage avec une serviette, il eut peur en voyant son reflet. Par Merlin, jamais il n'avait été aussi laid de toute sa vie… Et dire qu'Harry avait osé embrasser ça…
Harry l'avait embrassé. Et il rentrait à la maison…
Rapidement, Draco reposa la serviette puis sortit de la salle d'eau. Harry l'attendait dans le couloir, appuyé contre le mur, son sac de voyage aux pieds, le même qu'il avait sorti de sous son lit pour y mettre ses affaires quand il était parti la veille. Il lui fit un sourire puis lui tendit la main quand Draco se pressa d'attraper. Une fraction de seconde plus tard, ils transplanaient de l'appartement pour atterrir dans l'entrée de la maison.
A peine atterrit-il que Draco posa sa main sur son ventre douloureux. Il s'adossa au mur et reprit sa respiration, fermant les yeux.
« Draco ? Ca va pas ?
- J'ai transplané deux fois en moins d'une heure. Ça commence à devenir compliqué.
- Ah… Viens t'assoir, je vais préparer le dîner. »
C'était un mensonge. Il n'y avait pas que le transplanage qui le mettait dans cet état, il y avait aussi ces deux repas qu'il avait sauté. Cependant, il préférait ne pas le lui dire, sinon il s'inquièterait, et là, tout de suite, il ne voulait plus rien sentir de négatif entre eux. Cependant, il savait parfaitement qu'il finirait par le lui avouer, Harry n'était pas né de la dernière pluie.
Laissant son sac dans l'entrée, l'auror alla dans la cuisine et commença par se laver les mains. Draco s'assit à côté de la table. Il se sentait grandement soulagé, même si la partie n'était pas encore gagnée, mais au moins, Harry l'avait écouté et souhaitait également aller de l'avant. Le blond se sentait un peu stone, comme anesthésié, et surtout très fatigué.
Harry alluma le four et sortit du garde-manger du vieux pain qu'ils n'avaient pas terminé quelques jours auparavant. Il le posa dans un coin et commença à fouiller à la recherche de quelque chose à faire à manger. Rapidement, il trouva quoi faire et ne tarda pas à poser tous ses ingrédients sur la table.
« Y'a pas grand-chose dans le garde-manger. Pâtes à la Carbonara, ça te va ?
- C'est parfait.
- T'as l'air vanné.
- Je suis vanné.
- T'es allé bosser ?
- Non. »
Ils échangèrent un regard plutôt éloquent. Draco sentit son cœur se réchauffer quand il le vit se pencher vers lui pour l'embrasser sur la tempe. Cet homme était vraiment un amour.
« Tu as bien travaillé, toi ?
- Journée de merde. C'est l'effervescence en ce moment, au boulot, ils sont fatigants. Et j'ai vu Ron ce midi, il m'a déprimé. Son frère divorce.
- C'est officiel, ça y est ?
- Ouais ! Il était temps. »
Le brun était en train de sortir les casseroles pour préparer les pâtes et la garniture. Il en remplit une d'eau pour faire cuire ses pâtes. Puis, il attrapa le pain congelé et le mit à l'intérieur.
« Et encore désolé pour tout à l'heure, je ne voulais pas qu'elle te voit. Et ça a duré longtemps, en plus…
- C'est pas grave. Qu'est-ce qu'elle voulait ? Comment ça se fait qu'elle est entrée comme ça chez toi ?
- Elle a dû passer par chez Ron. Elle ne peut pas entrer d'elle-même ici, à moins de passer par chez lui ou Andromeda. Mais bon, on sait tous deux comment elle est venue… Bref, apparemment mes amis ont du mal à capter que je suis en couple avec toi et en plus futur père. Elle venait essayer de me convaincre de revoir un de mes ex.
- Pardon ?! »
Draco savait par Ron et Hermione que ses amis réagissaient assez mal à cette relation et qu'ils auraient largement préféré qu'Harry se remette avec son ex, de qui il s'était séparé un peu plus de deux mois avant de coucher avec Draco. Ils avaient passé six mois ensemble avant que Harry finisse par s'en aller, ce qui avait beaucoup déçu ses proches. Son ex était très apprécié et s'ils n'avaient pas organisé de « résistance » en l'invitant à de grands évènements, pour essayer de les rabibocher, ils semblaient à présent motivés à le faire pour éloigner Harry de cette pure connerie.
« Entre me voir avec un homme et me voir avec un bébé, elle préfère encore que je sois avec un mec. Et c'était la seule qui aurait eu le culot de venir me voir pour ça.
- Si on s'était vraiment séparé, tu l'aurais revu ?
- Non. On ne s'est pas séparé après une dispute, j'ai murement réfléchi avant de m'en aller.
- Contrairement à nous.
- Ouais. »
Harry sortit une planche à découper ainsi qu'un grand couteau. Il la posa sur la table, déballa de la poitrine fumée puis la posa sur la planche pour découper des morceaux.
« Je sais que ce n'est pas vraiment le bon moment pour ça, mais est-ce que tu pourrais m'éclairer un peu sur la position de tes parents ?
- T'as vraiment envie qu'on en parle maintenant ?
- Je suis revenu, mais ça ne veut pas dire que la situation est réglée. Si même Ron aurait compris ce qui se passait, je veux tout savoir.
- Je ne veux pas encore te blesser.
- Je ne serai pas blessé parce que je vais faire la différence entre ce que toi, tu penses, et la vision de tes parents. »
Draco hésita, mais finalement, il se dit qu'il valait mieux ne pas faire durer les choses. Alors, après avoir pris une grande inspiration, il se lança dans des explications plus précises et calmes, tandis qu'Harry cuisinait et l'écoutait.
Il lui expliqua que ses parents ne seraient jamais satisfait de l'homme que leur fils leur présenterait, pour la bonne et simple raison qu'il avait des goûts en désaccord avec les attentes de Lucius et Narcissa. Kenneth était très apprécié de ses parents mais il avait une certaine éducation, un bon travail et des relations prometteuses. De plus, il avait eu le temps de se faire apprécier par les Malfoy et les conquérir. Et contrairement à ce que Draco avait cru au début, Kenneth ne semblait pas dérangé à l'idée de devenir l'objet de Lucius, celui qui reprendrait avec son fils les rênes de la famille.
Forcément, Harry était très différent. En dépit de sa célébrité, il s'était toujours tenu à l'écart de tous ces galas qui en auraient pourtant fait une grande personnalité. Il avait été éduqué par des moldus, il vivait modestement et ne possédait pas cette volonté de s'intégrer à un monde étranger que représentait leur société aristocratique. De plus, et ç'avait son importance, Harry n'avait aucune classe, aucune prestance. Du moins, pas celle que Lucius attendait d'un futur Malfoy.
A cela s'ajouter toutes les problématiques entourant l'enfant. En chemin, Blaise lui avait raconté que son père avait été violemment confronté aux rumeurs et tout ce qui se disait sur son fils à l'occasion d'un gala organisé quelques jours plus tôt. Cela expliquait son attitude et l'importance qu'il accordait à nouveau au mariage, qui légitimerait son petit-fils et ne laisserait pas Draco dans cette position inconfortable de père célibataire. Que son fils unique épouse Harry ne l'enchantait guère, mais c'était toujours mieux que ce célibat. Il en allait de même pour la reconnaissance de l'enfant, qui posait tout autant problème pour les mêmes raisons. Et comme Draco ne se décidait pas à faire le test, ce qui induisait que, peut-être, un jour, son géniteur se manifeste et exige des droits sur cet enfant…
Tout en lui tartinant du pâté sur du pain tout juste sorti du four, Harry écoutait sans trop l'interrompre avec une patience presque suspecte. Draco, qui mourrait de faim, apprécia l'attention et essaya de lui expliquer les choses avec le plus de tact possible, et bien qu'Harry soit resté calme jusqu'au bout, il pouvait deviner sans mal son agacement. Il fit tout de même l'effort de l'écouter jusqu'au bout en posant simplement des questions ici et là mais sans jamais couper le fil de la discussion.
Et Draco devait bien reconnaître qu'il aurait dû commencer directement par là plutôt que de tourner en rond comme il savait si bien le faire. Revenir en arrière était inutile mais si Draco avait un peu plus réfléchi et pris son courage à deux mains, il aurait mieux présenté la situation à Harry. Cependant, honnêtement, il ne pensait pas que son père réagirait de cette manière-là à table, vu son attitude à leur précédente rencontre. Et puis, ça avait dérapé, tout simplement. Tout bêtement.
Quand le blond sentit qu'il avait fini de parler et donc tout dit, ou presque, il se tut. Harry était en train de faire revenir les lardons de poitrine fumée dans une poêle. Il y eut un silence dans la cuisine, puis le brun se retourna et lui jeta un regard pensif. Enfin, il desserra les lèvres.
« Pourquoi tu n'as toujours pas fait le test de paternité ? »
La question le prit au dépourvu. Jusque là, il ne s'y était jamais intéressé et semblait respecter sa décision de repousser sans arrêt cette démarche. Draco se mordilla la lèvre, nerveux.
« Parce que j'ai peur du résultat.
- Comment ça ?
- J'ai peur que ce ne soit pas toi.
- Qu'est-ce que ça ferait, si ce n'était pas moi ?
- Je… Je sais pas, tu pourrais être déçu…
- Je serais forcément déçu. Mais ce n'est pas comme si toi ou moi, ou tes autres amants, avions eu le choix. Je te l'ai déjà dit, Draco, quel que soit le résultat, je l'accepterai. Ça ne changera rien, pour moi.
- Pour moi non plus. Mais je ne veux pas que tu sois déçu.
- Si tu décides que je serai le père, il n'y a pas de raison que je sois déçu.
- Tu veux que je fasse le test ?
- Oui.
- Si je le fais, tu me pardonnes ?
- Tu ne perds pas le nord.
- Jamais. »
Ils échangèrent un léger sourire presque complice. Harry abandonna ses fourneaux pour se rapprocher de lui, se pencher et l'embrasser sur la bouche. Draco savoura à sa juste valeur ce baiser chaste et appuyé, qui promettait plein de jolies choses. Quand le brun se recula, leurs regards furent cette fois-ci plus complices.
« Je te pardonne.
- Vraiment ?
- J'ai vraiment douté de toi et ça m'a fait beaucoup de mal, j'ai aucune honte à le dire. Mais visiblement, il n'y a pas que moi qui ai souffert et c'était un malentendu. Si tes parents ne m'apprécient pas mais que toi tu m'aimes pour ce que je suis, c'est tout ce qui compte.
- Je sors avec toi parce que j'en ai envie, et non pas pour le bébé.
- Alors tout va bien. Il va me falloir un peu de temps pour m'en remettre, j'ai passé une journée très difficile, mais je te pardonne. Cela dit, je veux que tu fasses ce test. On n'arrivera pas à avancer avec tes parents et avec le reste du monde si on ne sait pas qui est le père. J'ai pas l'intention de crier son identité sur tous les toits, si ce n'est pas moi, ça peut rester entre nous sans être un tabou. Mais pour le bébé, pour toi, pour moi, c'est nécessaire qu'on sache. On n'arrivera pas à gérer, sinon.
- Tu as raison. Je vais prendre rendez-vous.
- Très bien. Tu veux que je vienne avec toi ?
- Quand tu dis ça, j'ai vraiment l'impression d'être faible…
- Tu n'es pas faible, tu as juste besoin qu'on te soutienne.
- Viens avec moi.
- D'accord. »
Harry l'embrassa à nouveau. Par Merlin, ce type était vraiment une crème, un amour comme on n'en faisait plus beaucoup. A lui maintenant de faire attention et de ne plus le blesser de façon si stupide, et surtout, de prendre soin de lui comme il le ne le faisait pas suffisamment.
OoO
J-108
D'un mouvement las, Draco ouvrit la porte d'entrée. Epuisé, il la ferma puis s'appuya dessus, luttant pour ne pas s'assoir sur la chaise près du meuble qui lui servait à mettre plus facilement ses chaussures le matin.
« Harry ? T'es rentré ?
- Oui, je suis en haut !
- Ça je sais que tu es en haut. Qu'est-ce que tu fais ?
- Je prends les mesures pour les meubles. »
Draco se pressa de retirer ses chaussures et sa cape avant de se diriger vers l'escalier. Il avait une faim de loup et ses jambes étaient lourdes, comme c'était le cas depuis quelques jours. Enfin, la faim, elle n'était absolument pas nouvelle, loin de là, mais les douleurs, Draco arrivait jusque là à passer au-dessus.
« Tu as passé une bonne journée ?
- J'ai connu mieux. Et toi ? Ton déjeuner avec Hermione ? »
Draco arriva en haut des escaliers. Il ne tarda pas à arriver devant la chambre réservée à leur enfant, toujours aussi vide et blanche. Récemment, Harry avait nettoyé les vieux murs de leurs impuretés afin qu'il puisse les peindre ou bien les tapisser, selon les choix de Draco. Ils avaient décidé de s'y mettre sérieusement quand Draco arrêterait de travailler, soit la semaine suivante. Il entrait dans une étape cruciale qui nécessitait du repos et une surveillance accrue. C'était sa première grossesse et il ne prenait pas vraiment soin de lui, que ce soit par son alimentation ou ses longues marches.
« Ça s'est bien passé. Mieux que je ne l'aurais cru.
- Elle n'est pas du genre à chercher la petite bête, non plus… »
Ils avaient déjeuné chez Ron et Hermione le dimanche passé, et autant le dire, voir le couple lui avait fait beaucoup de bien. Il avait beau s'être réconcilié avec Harry, quelques petites tensions demeurèrent jusqu'à ce repas qui les fit toutes disparaître. Son brun se montra à nouveau attentionné, câlin et plein d'humour, ce qui lui avait beaucoup manqué le samedi soir quand il était rentré du travail.
En même temps, Ron avait abordé par pur hasard le sujet épineux du mariage et de la reconnaissance de l'enfant, et au fil de la conversation, Harry avait commencé à vraiment accepter ce que Draco lui avait expliqué l'avant-veille. Cette dispute le torturait encore et quand il entendit son meilleur ami lui dire qu'un Weasley repenti et conscient des traditions ancestrales propres aux grandes familles aurait à la rigueur davantage convenu aux Malfoy par rapport à un Sang-mêlé sans éducation, son homme se fit tout de suite beaucoup plus câlin. Parce que le rouquin finirait par être au courant de la brouille, Draco évoqua justement les difficultés qu'avaient ses parents à accepter Harry, et si le brun n'était pas si tendu à ses côtés, il aurait presque ri quand Ron leva les yeux au ciel en disant qu'aux yeux des Malfoy, ce n'était qu'un abruti fini prêt à tout pour ses beaux yeux.
Non seulement ce déjeuner avait fini de les réconcilier, mais en plus il avait permis à Draco de découvrir une nouvelle facette du couple. La fois précédente, Ron lui avait peu adressé la parole et le blond n'avait pas vraiment essayé de faire un vrai pas vers lui. Objectivement, il était évident qu'il leur fallait un temps d'adaptation. Essayer de faire copain-copain dès la première rencontre n'aurait pas abouti à grand-chose. Ainsi, lors de ce second repas, leur rencontre avait été plus naturelle, moins tendue, et ils avaient pu essayer d'aller un peu plus l'un vers l'autre. Très franchement, ils n'avaient pas beaucoup discuté ensemble, mais le peu qu'ils s'étaient dit s'était fait naturellement, sans regards fuyants ni gêne. Et s'ils s'étaient plus envoyé des pics qu'autre chose, sauf quand il avait été question du mariage tant attendu par ses parents, Draco n'en tirait que du positif.
Ron n'était pas un sombre crétin qu'il serait forcé d'apprécier, mais quelqu'un de plutôt ouvert, pas forcément très malin mais gentil et amusant. Il avait ce naturel qu'il retrouvait chez Harry et qui rendait leurs échanges plus faciles. Il semblait prêt à l'accueillir dans son entourage, même si cela nécessiterait encore un gros travail sur eux-mêmes. D'un autre côté, si on mettait de côté les vieilles querelles familiales et son éducation aristocratique, une entente cordiale était plus qu'envisageable. Il suffisait juste qu'ils y mettent du leur.
Quant à Hermione, dire qu'il y eut un coup de cœur affectif entre eux était un bien grand mot, et de toute manière, aucun des deux ne semblait apte à accepter l'idée qu'ils étaient faits pour s'entendre. Cependant, au cours de ce repas, comme lors du précédent d'ailleurs, ils avaient beaucoup discuté, que ce soit du travail, des enfants, et bien d'autres choses encore. Quand Draco était entré chez eux, il avait été content de la voir, même si au final il la connaissait peu, et quand la jeune femme lui proposa de déjeuner avec elle le jeudi suivant, il n'avait pu refuser. Enfin, il avait hésité, mais il avait accepté pour faire plaisir à Harry. Et parce que, dans le fond, elle n'était vraiment pas désagréable. Et ils tombaient très souvent d'accord, en plus… Avec Pansy qui pensait toujours le contraire de lui sur des sujets sensible comme, par exemple, la couleur de la chambre du bébé, il préférait largement la compagnie de l'avocate.
« Honnêtement, j'ai passé un bon moment.
- Avoue-le, que tu l'aimes bien.
- T'en rêves, hein ? »
Harry lui fit un sourire avant de se baisser pour ramener un papier sur le sol, lui offrant une vue imprenable sur son postérieur. Par Merlin, qu'est-ce qu'il avait envie de le bouffer, ce joli derrière…
« Bon, j'ai tout mesuré. Prêt à faire les boutiques samedi ?
- Oui. Tu as intérêt à t'armer de patience.
- T'en fais pas, j'en aurai. »
D'un pas tranquille, Harry se rapprocha de lui, son regard planté dans le sien. Il lui attrapa les hanches pour le rapprocher de lui puis l'embrassa tendrement. Mais toute cette tendresse un peu trop guimauve commençait à lui taper sur les nerfs, alors plutôt que de se laisser à la douceur de ses baisers, Draco l'approfondit aussitôt, entrouvrant les lèvres à la recherche de sa langue et de cette passion qui lui manquait tant par moments. Sans se faire prier, Harry approfondit avec joie le baiser, ouvrant les lèvres et laissant Draco caresser, sucer sa langue, posséder sa bouche, la dévorer comme il aimait tant le faire. Ses mains tenant son visage, comme s'il craignait qu'il ne s'enfuie, le blond se laissa enlacer avec force et quand il sentit soudain le mur derrière lui, alors qu'Harry les avait fait reculer, tout un tas de frissons électriques parcoururent son dos.
Sans son ventre énorme, Draco l'aurait allongé de force sur le sol pour l'honorer de la plus belle des manières. Par Merlin, qu'est-ce que ça lui manquait, une bonne partie de jambes en l'air, un sexe dur et chaud étirant son intimité et le faisant grimper aux rideaux, dans un concert de gémissements, de petits cris de jouissance et de petits mots salaces soufflés à son oreille. Et puis un corps, des mains caressantes, une bouche gourmande…
Il allait le bouffer.
Il avait tellement envie de le bouffer…
« Hey… Draco… Calme-toi… »
Impossible d'aligner deux mots sans qu'il ne lui picore la bouche et Harry manquait cruellement de volonté pour s'extraire de cette douce torture.
« Arrête, je… vais te bouffer… sinon… »
D'agréables frissons traversèrent son échine à l'idée qu'Harry avait lui aussi envie de lui. Mais soudain, ses ardeurs se refroidirent. Il était énorme, ses cuisses avaient doublé de volume et ses muscles avaient fondu comme neige au soleil. Avait-il vraiment envie de baiser ça ?
Draco posa ses mains sur le haut de son torse et le força à se reculer, leurs lèvres s'éloignant pour reprendre leurs souffles.
« Putain, tu viens de me refroidir, mais à un point…
- Quoi ?!
- Me dis pas que t'as envie de baiser ça, je ne te croirai pas. »
Il ponctua le « ça » d'un mouvement de main évocateur. Harry haussa un sourcil, l'air sérieux.
« Baiser, non. Faire l'amour, oui.
- Ne joue pas avec les mots ! Regarde-moi, je suis énorme, t'as vraiment envie de toucher ça ?
- Honnêtement ?
- Honnêtement.
- Si tu me demandais de te faire l'amour, là, maintenant, je le ferais. Tu es enceint mais je te désire quand même. On n'aime pas un corps mais une personne. »
Draco nota qu'encore une fois, il formulait ses phrases de manière à ne rien laisser transparaître de ses sentiments.
« Cela dit, je ne pense pas que ce soit nécessaire qu'on le fasse, vu les circonstances. Je ne pense pas qu'on en ait vraiment besoin. De plus, d'un point de vue purement logistique…
- Je crois que c'est ce point de vue logistique qui me dérange le plus, même si je n'ai rien contre la levrette… »
Harry éclata de rire, éclatant par la même occasion la bulle de gêne qui s'était formée autour d'eux. Les joues rouges, comprenant parfaitement ce qu'Harry était en train de lui dire, Draco enserra sa taille et cacha son visage au creux de son cou. Il ferma les yeux en le sentant l'embrasser sur la tempe.
Ils n'avaient pas besoin de ça. Ils en avaient envie, bien sûr, parce qu'ils faisaient tout à l'envers et parce que cela faisait plusieurs mois que leur aventure avait débuté et pris fin au cours de la même soirée. Mais en réalité, faire l'amour ne leur apporterait rien. Draco ne se voyait pas se déshabiller devant lui, vu son état, ni se mettre à quatre pattes sur le matelas ou bien s'allonger sur le côté et laisser Harry le besogner pour assouvir un besoin dont il aurait honte un peu plus tard.
« Plus sérieusement. Je pense que ce serait du gâchis. On fait tout de travers depuis le début et je pense que ce serait bien qu'on prenne le bon chemin et donc qu'on prenne notre temps.
- Je suis d'accord avec toi. Et franchement, j'en suis pas capable, même si j'en meurs d'envie…
- Je le comprends tout à fait. J'ai plus qu'à attendre que tu accouches.
- Et t'as intérêt à te préparer : dès que j'ai retrouvé un tour de taille correct, tu sors plus du lit. »
Le rire d'Harry emplit à nouveau la pièce. Il ronronna contre son oreille quand sa main descendit un peu plus bas, touchant ses jolies fesses bien fermes. Encore quelques mois avant qu'il ne puisse enfin se perdre totalement dans ses bras comme il en rêvait. Mais se presser serait au contraire une perte de temps et cela gâcherait leur vraie première fois. Et Draco, tout comme Harry, voulait que cela soit un moment précieux et agréable pour eux deux.
OoO
J-99
« Draco ? Tu m'amènes une bière ?
- Tu te moques de moi, là ?! T'as attendu que je monte pour…
- S'il te plait ? Mon ange ?
- Et tu crois que tes petits surnoms mielleux vont me faire descendre l'escalier ?
- Mon chéri ? »
Il y eut un flottement. Et puis…
« Connard ! »
Draco sortit de sa chambre où il comptait s'allonger un peu pour gagner le couloir et descendre les escaliers. Il se maudit d'avoir laissé sa baguette dans le salon et ce crétin de binoclard qui ne savait pas ce qu'il voulait. Juste avant de monter, il lui avait pourtant demandé s'il n'avait besoin de rien, mais non, forcément. Et malheureusement pour lui, il devenait de plus en plus compliqué de lui dire non et de l'envoyer bouler, surtout quand il osait utiliser ses petites faiblesses.
Récemment, ils étaient allés dîner chez Théodore, et franchement, ils avaient passé une très bonne soirée. L'ambiance était très détendue et Harry s'était même amusé, chose qu'il avait toujours eu du mal à faire. À vrai dire, il avait noué une vraie complicité avec Blaise, à force de l'inviter à manger, et cela lui avait permis de mieux s'intégrer aux conversations. Pansy semblait avoir surmonté les difficultés que représentaient l'auror et Théodore s'était un peu décoincé.
Sans trop savoir comment, ses amis s'étaient retrouvés invités à dîner chez lui deux jours auparavant. C'était très certainement à cause de Blaise et Pansy, qui adoraient manger, mais Draco n'en était pas certain, et s'en fichait de toute façon. Et puis, c'était Harry qui gérait et cela ne semblait pas lui déplaire. Il avait d'ailleurs passé une bonne partie de son temps en cuisine, et comme Blaise ne se décidait pas à revenir, occupé qu'il était par sa conversation sur le dernier match des Tueurs-de-géants de Gimbi contre l'Orgueil de Portrée avec Harry, ils avaient tous fini autour de la table reconvertie en plan de travail à parler sport. Ce ne fut qu'au moment de quitter la pièce pour se diriger vers le séjour pour dîner que Draco se découvrit une faiblesse dont il n'avait jamais soupçonné l'existence.
Quand Draco quitta la pièce, Harry le rappela en lui demandant d'emmener à table une bouteille de vin. Et dans la phrase, il plaça pour la première fois le mot « chéri ».
Draco pouvait se vanter d'avoir eu pas mal de copains, et il avait beau ne pas trop aimer les surnoms, il était bien difficile d'empêcher ses relations sérieuses de se laisser aller à ce genre de familiarités. Cependant, jusque là, personne ne l'avait appelé ainsi. Ou alors c'était des idylles sans avenir qu'il avait eu vite fait de recadrer, et encore, cela n'avait jamais eu ni le sérieux ni le naturel que Harry mit dans ce simple mot.
Mon ange, mon cœur, c'étaient ses surnoms habituels. Draco s'y était fait et appréciait, depuis le temps. A vrai dire, comme il ne changeait pas de surnom tous les jours, c'était devenu une habitude qui n'avait plus rien d'embarrassant, même devant ses amis qui ne tiquaient plus. Pour eux, Harry était un romantique, et si Draco ne disait rien, c'était qu'il le voulait bien. Cependant, le « chéri », il ne le lui avait jamais fait, et il l'avait prononcé avec tellement de naturel que cela l'avait frappé comme jamais.
Et devant ses amis, qui captèrent de suite le surnom, il piqua un far monstrueux. Ecarlate, il retourna aussi sec dans la cuisine chercher cette maudite bouteille de vin, et sans que Harry ne le regarde un seul instant, il s'empressa de quitter la pièce. Ses amis l'attendaient à table, goguenards, et malgré la rougeur de ses joues, ils ne firent aucun commentaire devant Harry, même s'ils ne manquèrent pas de le charrier le temps qu'il arrive. Le soir même, Draco ne fit aucune remarque à son copain, mais ce dernier n'était pas dupe et avait bien remarqué les rires qui avaient cessé pile quand il était entré dans la pièce avec les entrées. Après un honteux chantage affectif, le blond consenti à lui avouer la raison de leurs moqueries. Et depuis, Harry ne cessait de le prendre par les sentiments.
Parce que si ses « mon cœur » et « mon ange » étaient mignons, « chéri », c'était au-delà de tout ça. Et Draco se sentait complètement fondre quand il l'appelait comme ça, même s'il jouait avec lui la plupart du temps. Jamais il n'aurait pensé pouvoir s'attendrir avec ce genre de petit mot qui conférait en plus à leur relation une intimité qu'il n'avait jamais envisagé atteindre. Et qui lui faisait encore peur, même si pour rien au monde il ne voudrait qu'Harry quitte la maison.
Cependant, s'il autorisait Harry à jouer avec cette petite, toute petite faiblesse, en privé, il l'avait menacé de castration et d'abstinence si jamais il osait s'en amuser en public. Visiblement, sa menace de le priver de son corps après l'accouchement n'avait pas très bien fait son chemin, mais parce que c'était une crème, il n'avait pas réitéré l'expérience devant ses amis la veille. Même s'il n'avait pas vraiment réfléchi la première fois qu'il avait prononcé ce mot…
Il devenait une vraie guimauve, se dit-il en attrapant une bière dans le garde-manger. Mais quand ça restait entre eux, ça ne le dérangeait pas vraiment. Il se dit qu'il devrait s'y mettre, lui aussi. Il n'avait jamais donné de surnom à Harry, étant donné qu'il n'en utilisait pour ainsi dire jamais. Cela lui ferait sans doute plaisir, mais Draco ne se voyait pas se forcer. Certes, dans sa tête, Harry était plus que son copain, c'était son homme, son chéri. Mais de là à prononcer les mots à voix haute…
« Draco, ça vient ?
- Je suis pas à ton service !
- Dépêche-toi ! Je viens de finir !
- Ah ? »
Le blond se dépêcha de monter les escaliers, et quand il arriva dans la chambre, il y eut comme une boule d'émotion qui se forma dans sa gorge.
Il n'y avait pas encore de meubles, mis à part cette table pliante qui avait servi à découper et encoller le papier peint, mais déjà, la chambre était empreinte d'une âme. Quand il était sorti de la pièce, après l'avoir aidé à poser la colle sur la tapisserie et coupé des bandes, Harry en était à la moitié du travail. Draco l'avait abandonné à cause d'une envie pressante à assouvir et son portable qui avait sonné dans le salon. Une fois qu'il eut confirmé à Ron leur rendez-vous du mardi soir pour aller ensemble au théâtre, le blond était monté pour s'allonger un peu, Harry lui affirmant qu'il pouvait terminer seul.
A présent, les murs nus étaient recouverts de papier et c'était comme si cette pièce reprenait enfin des couleurs. Pourtant, ils avaient choisi quelque chose très clair. En effet, le papier était d'un joli blanc cassé, presque beige, sur lequel étaient imprimés dans un marron plutôt clair et discret des arbres, avec des lignes douces, comme sur un croquis fait à la main. Les troncs minces, verticaux et sans fin, partaient du sol et montaient jusqu'au plafond, leurs branches presque nues évoquant le printemps grâces aux petites feuilles vertes, seules vraies touches de couleur sur les lés de papier. Les arbres étaient suffisamment clairs et éloignés les uns des autres pour ne pas donner à la chambre une impression d'étouffement ou de surcharge. Au contraire, les arbres étaient plutôt épars, et les couleurs si claires accompagnées aux traits si simples et épurés offraient à la chambre de la couleur sans refermer la pièce.
Sur un mur, malgré le scepticisme de Draco, Harry avait posé un papier un peu différent. Il était quasiment identique à l'autre, à la différence près que des chouettes venaient le compléter. Elles étaient imprimées dans un style enfantin, en contradiction avec le trait du fond, ce qui donnait un côté décalé plutôt mignon. Perchées sur les branches ou volant entre les arbres, elles étaient de toutes les couleurs et contrastait fortement avec la discrétion du fond.
Et bien qu'il ait été perplexe à cause de cet unique mur recouvert de hiboux, papier peint qu'il avait adoré dès la première fois qu'il l'avait vu dans la boutique, Draco était véritablement charmé par le résultat. Les tons clairs de la pièce, les motifs discrets et ces chouettes peuplant tout un mur donnait à la pièce une chaleur et une ambiance toute particulière. Malgré ses peurs, c'était une belle chambre d'enfant qui, accessoirisée, accueillerait correctement leur fils.
A côté de la table à tapisser, Harry le regardait avec un grand sourire sur les lèvres, pleinement satisfait de son travail.
« Alors ? Ça te plait ?
- J'adore.
- C'est vrai ? T'en penses quoi du mur, alors ?
- C'est très bien. Si on avait tapissé toute la chambre avec, ça aurait fait trop.
- C'est ce que je me dis aussi. Et la tapisserie ne fait pas trop chargé, je trouve, j'avais quand même peur de ça. Mais je pense qu'il faudra mettre un peu plus de couleur pour égayer tout ça, avec des cadres, des tapis et du mobilier .
- Tu as raison.
- Bon, je vais me laver les mains, je reviens. »
Harry sortit de la chambre, le laissant seul à sa contemplation des lieux. Il n'y avait pas à dire, le papier peint rendait très bien et cela l'aidait à mieux concevoir la future chambre. Sa main posée sur son ventre caressa sa peau à travers le tissu de son tee-shirt, comme il aurait aimé pouvoir caresser son fils à ce moment-là.
Je vais être papa.
Je vais avoir un petit garçon.
Et il va dormir ici…
« Dis, je pensais, je ne bosse pas mercredi. »
Harry venait de sortir de la salle de bain, sa voix l'arracha à ses pensées.
« On va voir pour les meubles ? »
Draco se retourna et haussa un sourcil en le voyant torse nu. Il l'interrogea du regard en silence, non sans bien se rincer l'œil.
« Quoi ? Oh, mes fringues sont crades et c'est mon pantalon d'hier, j'ai la flemme de sortir un tee-shirt propre…
- Pourquoi tu ne te laves pas ?
- Parce que sinon tu vas me demander pourquoi je t'ai fait monter avec ma bière alors que j'avais quasiment fini et tu vas t'énerver.
- Je me pose toujours la question. »
Sans lui répondre, Harry s'assit par terre, dos contre le mur, puis il tapota l'espace entre ses jambes. Draco eut un léger rire et le regarda l'air de dire : « T'es pas sérieux ? ». Pourtant, le blond se laissa faire et s'assit entre ses cuisses fermes, se laissant aller contre son torse solide. Ses bras se refermèrent autour de lui et sa bouche vint baiser son cou, puis sa joue.
En silence, ils admirèrent la chambre, symbole de leur futur avenir à deux. Logé dans ses bras, dans cette pièce qui sentait la colle et le papier, Draco se sentait comme apaisé. Pourtant, les choses s'accéléraient et sa vie prenait un tournant auquel il ne s'était pas du tout attendu. Cette vie à deux, et bientôt à trois, lui semblait pourtant de moins en moins insurmontable.
Il allait avoir un petit garçon.
Et même si cette paternité le terrifiait toujours autant, il se sentait moins seul.
Peut-être parce Harry lui donnait l'impression qu'il formerait une vraie famille.
Et peut-être qu'enfin, Draco avait la sensation d'éprouver plus qu'une vague affection pour ce bébé, qu'il avait fini par accepter depuis déjà quelques temps.
En fait, il avait fallu que ses yeux se posent sur son fils une deuxième fois pour qu'il réalise qu'il l'aimait.
Même si c'était compliqué.
Même s'il n'en avait pas voulu, même s'il lui avait fait du mal indirectement.
Même s'il était arrivé dix fois trop tôt…
Doucement, la main d'Harry glissa sur son ventre. Il le faisait souvent, dernièrement, et Draco se demandait si ce n'était pas ces douces caresses qui rendaient les siennes plus fréquentes. Harry avait une manière de toucher son abdomen que seuls les futurs papas peuvent avoir, avec cette tendresse, ce respect et cette délicatesse si particulière.
Soudain, sa main droite glissa sur le côté et se faufila sous son tee-shirt. Un frisson désagréable remonta le long de son dos alors que les doigts d'Harry effleuraient son ventre rebondi.
« Excuse-moi.
- Non, c'est bon.
- Non, c'est pas bon. »
Il y avait de la déception dans sa voix. Harry retira sa main et la reposa sagement là où elle était. Draco s'en voulut. C'était plus fort que lui. Malgré la taille que faisait son ventre à présent, rehaussé par son tee-shirt trop large et son pantalon, cette proéminence au niveau de son abdomen restait un tabou. Si Draco acceptait de le regarder et de le toucher à présent, ce n'était pas pour autant qu'il souhaitait que Harry le fasse, sauf à travers du tissu. Pourtant, il n'y avait rien de mal à ça. Rien du tout.
Alors pourquoi n'arrivait-il pas à être à l'aise avec ça avec son compagnon ?
« Je suis désolé, Harry.
- C'est moi. Je sais que c'est encore douloureux.
- Ça ne devrait plus l'être… »
Et pourquoi le comprenait-il si bien ? Comment faisait-il pour accepter qu'il lui refuse inconsciemment ce genre de choses, si naturelles ?
« C'est pas grave, chéri. »
Il l'embrassa dans le cou et l'enserra dans ses bras en un geste tendre et protecteur. Mais il était hors de question qu'il laisse son corps et ses idées noires prendre à nouveau le dessus. Alors le blond récupéra la main d'Harry et la mit de force sur son ventre, juste sous son tee-shirt.
« Tu regardes pas.
- D'accord. »
Alors, avec douceur, sa main commença à voyager sur son ventre. La pièce était silencieuse, uniquement troublée par les battements effrénés de son cœur. Petit à petit, ses caresses l'apaisèrent, et quand Harry glissa sa deuxième main sur son ventre, Draco se sentit bien. Sans doute craignait-il au fond de lui le contact de ses mains sur son ventre, pour il ne savait quelle raison, mais au final, c'était plutôt agréable. Dérangeant, à cause de tous ces sentiments qui parasitaient encore sa grossesse, mais agréable malgré tout.
« Ça va ?
- Ouais. Et toi ?
- Super bien ! »
Draco eut un sourire et ferma les yeux quand il planta un baiser appuyé sur sa joue. Les larmes aux yeux, parce que putain c'était dur, des fois, et parce que c'était vraiment stupide, Draco tira soudain sur son tee-shirt. Harry eut comme un sursaut, dans son dos, alors que son ventre rond se découvrait.
Il était enceint d'un petit garçon, qui grandissait tranquillement entre ses reins.
Et à la lumière chaude qui passait à travers la fenêtre, dans cette chambre aux tons beige, Draco trouva son ventre plutôt joli. Il le trouva moins gros, moins gras… juste enceint. D'un petit bébé.
Derrière lui, Harry bougea pour mieux se pencher vers son ventre. Le visage émerveillé, il regarda ses mains voyager sur sa peau tendu. C'était un peu comme s'il caressait le bébé lui-même à travers sa peau, et bien qu'il l'ait déjà fait auparavant, ses gestes l'émurent. C'était un peu comme si, pour la première fois, Draco prenait conscience qu'ils étaient tous les deux papas.
« Il est beau, ton ventre.
- Pardon ?
- J'ai toujours trouvé ça joli, les ventres de femmes enceintes. Et d'hommes enceints, aussi.
- Et tu aimes mon ventre.
- Ouais.
- Et t'as vu mes cuisses ?
- Pas pires que celles de Fleur.
- Ah oui ?
- Pour reprendre l'expression de Pansy : des troncs d'arbre. Ne rigole pas, elle en complexe encore… »
Mais Draco n'arrivait pas à se calmer. Cette fille était magnifique, il avait du mal à l'imaginer enceinte. Cependant, il pouvait bien se moquer, il savait qu'il aurait beaucoup mal à retrouver son physique de rêve après son accouchement. Il était bon pour courir avec Harry tous les jours et passer un peu plus souvent à la salle de sport, si le bébé le lui permettait… Cependant, les boissons énergisantes, c'était fini pour lui…
« Bon, plus sérieusement. Le week-end prochain, opération « meubles ».
- Comme tu dis. Il serait peut-être temps que tu me montres ton couffin, d'ailleurs.
- Je vais le chercher cette semaine, promis. Et les résultats du test, ils arrivent lundi ?
- En début de semaine, Harry. Ça ne veut pas dire lundi.
- J'ai hâte, j'y peux rien ! »
Ils avaient effectué le test de paternité le jeudi précédent, mais les sorciers étant très lent pour beaucoup de choses, Draco était persuadé qu'ils n'auraient pas les réponses avant la fin de la semaine. Cependant, il espérait qu'ils auraient très vite la réponse. Harry avait beau dire que cela ne changerait rien, l'issue du test ne serait pas sans conséquences.
Cependant, Draco n'était pas vraiment inquiet. Le résultat serait plus dur pour Harry que pour lui, et si son chéri avait pris le parti de ne pas en tenir compte, alors il ne le ferait pas. Il y avait de l'appréhension et un peu d'angoisse, mais rien qui l'empêcherait de dormir. Au contraire, il savait que connaître enfin le résultat, après tout ce temps, le soulagerait. Cela dit, il priait chaque soir pour que le brun soit le second géniteur, non pas pour cette question de paternité qui préoccupait tout le monde, mais pour son propre plaisir. Pour qu'il sache, en regardant leur fils, qu'il venait de lui. Ce serait sans doute le plus beau cadeau que la vie pourrait lui faire…
OoO
J-91
« Teddy ! Par Merlin, fais attention à ce que tu fais !
- Mais je fais attention, Tonton !
- Et pourquoi est-ce que tu manges sur le canapé ?! Harry ! Que ton filleul dorme chez moi, soit ! Que je convertisse mon bureau en chambre d'amis, soit ! Qu'il boive son bol de chocolat rempli à raz-bord sur mon canapé, il y a des limites ! Et c'est quoi ces tartines ?!
- Soit un peu plus…
- Non, je ne serai rien du tout ! Teddy, tu t'assois par terre, s'il te plait ! A ton âge, je mangeais à table, le matin !
- A son âge, tu ne dînais pas avec tes parents !
- Qui t'a dit ça ?! Ma tante ?!
- Qui veux-tu que ce soit ? Teddy, mon cœur, mange par terre sinon ton oncle va avoir des contractions.
- Harry ! »
Enervé, Draco quitta le salon et gagna la cuisine où Harry buvait tranquillement son café tout en lisant son journal. Cette vision enchanteresse, son homme ne portant que le bas de son pyjama, fut balayée par sa colère. Harry était définitivement trop laxiste avec son filleul. Draco ne comprenait pas qu'il le laisse prendre son petit-déjeuner dans le salon et devant la télévision, même s'il savait très bien que c'était une habitude qu'il avait même prise chez sa grand-mère, mais il n'y voyait pas vraiment de mal, à partir du moment où il mangeait devant la table basse. Cependant, avec son bol rempli et son assiette de tartines posées juste à côté de lui, ça, c'était hors de question !
Brusquement, Draco frappa la table avec ses mains et jeta un regard mauvais à son compagnon, qui leva le nez du journal en l'interrogeant du regard.
« Des fois, j'ai l'impression que tu te fiches complètement de ce que je te dis.
- Je ne savais pas qu'il s'était assis dans le canapé.
- Tu sais très bien de quoi je parle !
- Oh, Draco, c'est un enfant…
- Il a sept ans depuis hier !
- Tu sais, ce n'est pas parce que tu cris comme un putois que ça va arranger les choses… Ça va donner, quand le petit va arriver. Et tu pourras dire ce que tu veux, le dimanche matin, il prendra son petit-déjeuner dans le salon et grimpera dans le canapé quand tu auras le dos tourné. Et comme tu voudras la paix, tu laisseras couler.
- C'est ce qu'on verra.
- Quand il te réveillera à sept heures du matin parce qu'il en a marre de tourner dans son lit et qu'il a faim, et que toi, t'as juste envie de dormir et d'oublier quelques heures que ton rôle de père, crois-moi, tu laisseras faire. Surtout que, t'as beau assurer le contraire, t'adores quand on te dorlote le dimanche matin. »
Draco sentit ses joues rougir. Bien évidemment qu'il aimait quand on le câline, et derrière le mot « dorlote », Harry parlait aussi bien de leurs petites câlins du matin, de ses agréables massages dans le dos, sur les jambes et les pieds, que de ce qui finirait par arriver quand son ventre retrouverait une taille normale. Et quand Draco se redressa, il se fit la réflexion qu'en effet, il finirait par se relâcher le dimanche matin.
« J'ai reçu une éducation stricte, et ça, c'était inconcevable à mon époque.
- Si je peux me permettre, elle t'a bien réussi, ton éducation stricte.
- Je t'emmerde.
- Tu sais que j'ai raison. Et tu te plains de détails, Teddy n'est pas turbulent.
- Je sens que ça va être compliqué…
- Avec le petit ? Tu as beau avoir eu une éducation stricte, t'es à peine capable de gérer Teddy et il est bien élevé. Ne me fais pas rire.
- Si je ne te connaissais pas, je me vexerais.
- Mais tu me connais. Tu me ressers du café, s'il te plait ? »
L'air toujours aussi agacé, Draco alla chercher la cafetière pour le resservir. Puis, il se glissa dans son dos et posa ses mains sur ses épaules pour les masser gentiment. Harry profita de l'attention puis leva la tête vers lui, appuyant le haut de son crâne contre son ventre.
« Tu veux quelque chose ?
- Je ne peux pas te masser sans vouloir quelque chose ?
- Non. »
Draco saisit son visage entre ses mains et se pencha pour l'embrasser tendrement sur la bouche. Quand il se recula, Harry lui fit un doux sourire.
« T'es sûr que tu ne veux rien ?
- Tu me fais une omelette ? »
Draco fit taire son rire en l'embrassant à nouveau sur la bouche. Puis, il retourna dans le salon pour vérifier que Teddy s'était bien levé du canapé. Assis sur un gros coussin en train de manger ses tartines, il regardait d'un air passionné la télévision. Mais en l'entendant arriver, l'enfant le regarda puis lui fit un grand sourire, le chocolat au-dessus de sa lèvre formant une jolie moustache.
« T'as vu, je suis descendu !
- Je vois ça.
- Désolé pour tout à l'heure.
- C'est pas grave, mon grand. Tu as bien mangé ?
- Oui ! Papa, c'est le roi des tartines et du chocolat. T'en veux ?
- Non, c'est gentil, merci. A quelle heure ta mamie vient te chercher ? »
Draco s'assit sur le canapé tandis que le petit garçon lui expliquait que, normalement, elle viendrait le récupérer peu après le déjeuner. Elle était censée se rendre chez une de ses lointaines cousines, Dorothy, dont elle n'avait pas perdu contact au moment où elle avait épousé Ted Tonks. Parce qu'elle accueillait la famille de son fils pour le week-end, Andromeda ne comptait pas y aller seule. Teddy adorait jouer avec les petits-enfants de Dorothy qui s'amusaient beaucoup de ses transformations. Harry lui avait glissé qu'il avait même une amoureuse, même si lui la captait à peine.
« Draco, viens manger ! »
Tout en se disant que, finalement, ce ne serait pas si mal de prendre son petit-déjeuner dans le salon, Draco se leva pour regagner la cuisine. Harry venait de déposer son omelette fumante sur une assiette et se rasseyait. Il lui demanda de quoi il avait parlé avec son filleul, et tout en se resservant du café, le blond lui parla d'Andromeda. Cette dernière bougeait beaucoup depuis qu'ils vivaient ensemble et que Teddy restait dormir chez eux. Non pas qu'il était un poids pour sa grand-mère ou qu'Harry le gardait peu auparavant, disons simplement que les horaires du brun et l'ennui évident que certaines soirées représenteraient pour Teddy l'empêchaient souvent de sortir.
Or, il arrivait de plus en plus souvent que Draco accepte de garder Teddy sans qu'Harry ne soit là pour s'en occuper. Tous deux étaient en train de nouer une nouvelle relation, et si l'enfant peinait à considérer Draco comme le compagnon de son parrain, la vague affection qui existait entre eux se transformait peu à peu en une agréable complicité. Parfois, le soir, Teddy s'endormait même contre lui dans le canapé en attendant le retour d'Harry, s'allongeant de tout son long et posant sa tête sur ses genoux.
Et il arrivait même qu'il lui parle. De ses petits secrets, d'Harry, de sa mamie. De ses parents qui lui manquaient. De sa nouvelle chambre, ici, qui n'était pas très belle mais où il se sentait bien, même que Papa lui avait promis qu'il le rendrait plus jolie quand il aurait terminé celle du bébé. De sa nouvelle vie avec eux deux, aussi, qu'il aimait beaucoup parce que Papa souriait beaucoup et passait encore plus de temps avec lui.
« Ça lui fait du bien de voir du monde. Quand il était petit, je le gardais beaucoup mais ça l'angoissait, elle avait l'impression de l'abandonner.
- Et maintenant qu'il a grandi, elle lâche du leste.
- Plus ou moins. Disons qu'elle le faisait déjà avant, et comme Teddy semble être bien ici, même quand je ne suis pas là, elle en profite. Tu sais, il t'aime beaucoup.
- Ah oui ?
- Bien sûr. Si elle sort, c'est parce qu'il insiste. Apparemment, il n'aime pas vraiment quand tu cuisines mais il adore quand vous jouez aux échecs. Tu lui apprends plein de trucs, comme il dit.
- Je lui apprends juste à jouer… »
Un après-midi où Draco trainassait dans le canapé à lire un bon bouquin, Teddy était arrivé comme une bombe et lui avait déclaré qu'il voulait apprendre à jouer aux échecs. Perplexe, Draco lui avait demandé si ça lui était venu comme une envie d'aller aux toilettes, ce à quoi Teddy répondit que son père avait joué pendant une heure aux échecs avec Tonton Ron le week-end précédent et qu'il voulait apprendre les règles. Depuis, Teddy ne venait quasiment plus à la maison sans le jeu que Draco lui avait prêté pour qu'il puisse s'entraîner chez sa mamie. Quand il rencontra Andromeda quelques jours plus tard, elle lui dit d'une voix grinçante qu'il avait eu l'idée du siècle, avec ce jeu d'échecs…
« Et il adore ça.
- Ma tante me l'a fait comprendre.
- Tu sais qu'elle se fait engueuler quand elle ne place pas son pion là où il faut ?
- Elle me l'a dit… Ton filleul est un peu trop doué pour son âge.
- Je crois qu'il a juste trouvé un moyen de t'atteindre. »
Draco haussa un sourcil perplexe mais préféra ne pas poursuivre. Il allait s'assoir quand on toqua à la fenêtre. Etonné, parce qu'ils avaient déjà reçu tout leur courrier, Draco se rapprocha de la fenêtre où une chouette brune attendait qu'on lui ouvre. Elle tenait entre ses pattes une enveloppe d'une taille standard qui n'éveilla pas ses soupçons. Mais quand il referma la fenêtre et qu'il vit le tampon juste au-dessus de son adresse, son cœur fit un bond dans sa poitrine.
Le test de paternité.
Depuis lundi ils étaient sur le qui-vive, surtout Harry d'ailleurs, et ils n'avaient reçu aucun courrier du centre médical. Ils en étaient venus à prier pour avoir une réponse durant le week-end, mais même si le centre était ouvert, la réduction évidente de personnel n'annonçait rien de bon.
Et à présent, il tenait l'enveloppe entre ses mains.
Une si petite enveloppe qui changerait pourtant bien des choses.
« Qu'est-ce que c'est ?
- Les résultats du test. »
Le blond se retourna pourvoir le visage de son homme, qui avait perdu tout sourire. La tension en lui monta d'un cran. Harry avait beau dire le contraire, le résultat influencerait forcément leur manière d'envisager l'avenir, même si, et Draco s'était fait à l'idée, l'amour qu'ils porteraient à leur fils ne vacillerait pas pour une question de sang.
Lentement, le futur papa revint vers le plan de travail et s'y adossa. Il ouvrit l'enveloppe méticuleusement puis en tira le courrier. Il avait le cœur au bord des lèvres et ses mains tremblaient comme jamais. Enfin, il put parcourir la lettre des yeux, lisant attentivement chaque mot, comme de peur d'en manquer un.
Et soudain…
Les larmes coulèrent sur ses joues.
Comme ça, sans qu'il ne puisse les retenir.
Elles dévalèrent ses joues, tandis que ses dents mordillaient sa lèvre inférieure.
« Draco ? »
Il voulut sourire. Il en eut vraiment l'envie. Mais il en fut incapable. Il ne put que lever les yeux vers Harry, percevoir à travers ses larmes son visage défait et la soudaine pâleur de sa peau.
Incapable de parler, Draco lui tendit la lettre qu'Harry attrapa d'une main tremblante. Le regard triste, il parcourut la missive des yeux, avant de les écarquiller. La main à demi refermée sur la bouche, Draco regard son visage passer de douleur à la stupéfaction. Et quand il leva les yeux vers lui, quand il le regarda de cet air à la fois perdu et désespéré, comme s'il ne pouvait croire ce qu'il venait de lire, Draco sentit son cœur se gonfler de joie.
« Je… Je suis papa. »
Au comble du bonheur, Draco hocha la tête. Il ne pouvait détacher ses yeux de son visage qui soudain fut bouleversé par l'émotion. A son tour, il cacha sa main devant sa bouche alors qu'il cédait à son tour aux larmes. Il relut le courrier une dernière fois, puis le regarda à nouveau.
Il était beau, dans son émotion, avec ses yeux mouillés qui brillaient de mille feux et ses joues écarlates.
Il était papa.
« Putain… Je suis papa… Je suis papa, bordel ! »
Soudain, il se leva, un sourire éclatant sur le visage, et il le saisit dans ses bras. Soulagé au-delà des mots, Draco se laissa enlacer avec force, entourant son cou de ses bras. Harry ne tenait plus en place, sautillant sur lui-même en criant son bonheur.
« Je suis papa ! Je suis papa ! »
Ses cris ameutèrent Teddy, mais sur le coup, Draco ne fit pas attention à l'enfant qui ne tarda pas à les rejoindre dans la cuisine, pris qu'il était dans son bonheur. Il n'arrivait pas à prononcer un mot, ébloui par toute cette joie qu'il lisait sur le visage de celui qu'il aimait, mais son sourire un peu grimaçant à cause des pleurs semblait lui convenir. Et juste avant que la voix de Teddy ne parvienne vraiment à ses oreilles, Harry prit son visage entre ses mains et l'embrassa tendrement.
« Papa ! Qu'est-ce qui se passe ?! »
Le regard de Harry se détourna alors de lui pour se baisser vers son filleul. Il se pencha et le souleva dans ses bras avant de le serrer fort contre lui.
« Je vais être papa, Teddy ! Je vais être papa !
- Bah je sais que tu vas être papa… »
L'incompréhension totale de Teddy qui se retrouvait secoué dans tous les sens le fit éclater de rire. Le petit garçon l'interrogeait du regard, complètement perdu. Sans doute se disait-il que son parrain avait complètement perdu la tête, ce qui n'était pas tout à fait faux. Le téléphone sonna dans le salon et Teddy en profita pour s'éclipser. Ce ne pouvait être que sa grand-mère ou bien Ron et Hermione, avec lesquels ils dînaient le soir même.
A peine quitta-t-il les lieux que son brun revint vers lui pour le prendre dans ses bras et le serrer contre lui. Draco lui rendit son étreinte, caressant doucement ses cheveux noirs, comme pour l'apaiser. Puis, il déposa un baiser dans son cou, et quand l'auror bougea la tête pour le regarder, ce fut à son tour de saisir son visage pour l'embrasser, mais de façon plus passionnée cette fois-ci.
Et contre ses lèvres, son regard posé sur son si beau visage rempli d'amour et de joie et sa main caressant sa joue, Draco lui chuchota son dernier secret. Le seul qui ne valait plus la peine d'être caché.
« Je t'aime. »
En réponse, Harry l'éblouit à nouveau par un de ses sourires avant de l'embrasser tendrement sur la bouche et lui glisser sur le même ton quelques mots qui le bouleversèrent un peu plus encore.
« Pas autant que moi. »
Ils eurent un rire, complice, tendre, puis Draco blottit son visage contre son cou, soulagé comme jamais. Il écouta Harry lui chuchoter des mots doux à l'oreille, lui dire à quel point il était heureux et qu'il ferait tout pour le rendre heureux. Alors, Draco lui répondit qu'il l'aimait et qu'il n'en avait jamais douté.
OoO
Quand ils arrivèrent chez Ron et Hermione et que Harry leur annonça la bonne nouvelle, son meilleur ami se jeta sur lui en hurlant tandis que la jeune femme sautait dans les bras de Draco, le serrant aussi fort qu'elle le pouvait, malgré l'arrondi de leurs ventres respectifs. Bien malgré lui, le blond s'était senti ému et manqua de verser quelques larmes quand elle lui dit qu'elle était heureuse pour eux deux.
Puis, Ron lâcha enfin Harry, et quand il se tourna vers lui, Draco s'attendit à ce qu'il lui serre la main, voire qu'il lui tape affectueusement l'épaule. Mais au lieu de ça, le rouquin le prit aussitôt dans ses bras et le serra fort, comme s'ils se connaissaient depuis des années. Les yeux arrondis de surprise, le blond ne sut comment réagir, plaçant mécaniquement ses mains sur sa taille.
Contre son oreille, Ron le félicita sincèrement et lui souhaita la bienvenue dans leur famille.
Et alors Draco ferma les yeux et sentit quelques larmes couler ses joues.
Larmes qu'il sécha de façon peu discrète, faisant rire cet imbécile de rouquin.
OoO
J-88
Le couffin qui avait accueilli Harry les premiers mois de sa vie était des plus classiques. En osier, il était recouvert de tissu blanc qui n'avait pas terni, très certainement parce que son propriétaire l'avait nettoyé avant de le présenter. Très simple, sans dentelles superflue et juste décoré de quelques nœuds bleu pâle, il était complété d'une couverture sur laquelle était brodée des lapins dans les mêmes tons. Les motifs n'étaient pas parfaitement dessinés et Draco les trouva même assez naïf. Il se rappela que c'était sa mère qui l'avait faite durant sa grossesse, enfermée qu'elle était toute la journée dans sa maison de Godric's Hollow. La couverture lui parut de suite moins anecdotique et beaucoup plus précieuse.
Bien que classique, le couffin était joli par sa simplicité et l'histoire qu'il possédait. De plus, il avait l'avantage d'être ensorcelé. Ainsi, il s'adaptait aux besoins du bébé, se transformant au fil des mois pour s'agrandir et devenir au fur et à mesure du temps un lit pour bébé. Draco le découvrit d'un coup de baguette. Aussi simple que le couffin, il était fait de bois clair et sur la tête et le pied de lit étaient gravés des lapins. Ce détail le fit sourire.
« Ta maman aimait les lapins ? »
Draco leva la tête vers son homme qui n'avait pas prononcé un mot depuis qu'il avait déposé le couffin dans la chambre, quelques minutes plus tôt. Avec une grande émotion dans les yeux et qu'il essayait de contenir sur son visage, Harry regardait alternativement le lit et lui, les mains dans le dos comme un enfant. Nerveusement, il hocha la tête et lui souffla que quand il était bébé, elle l'appelait son petit lapin. C'était Remus qui le lui avait dit. Et en prononçant ces mots, ses yeux s'embuèrent de larmes. Et Draco se sentit partir dans la même direction. Alors, pour éviter de se laisser aller, le cœur gonflé d'émotion, il regarda à nouveau le lit et posa sa main sur le bois clair.
Oh oui, le lit était simple. Sans chichis, sans extravagance. Rien à voir avec ce que lui avait eu et ce qu'il pensait acheter pour son bébé. Sans doute ses parents fronceraient-il le nez en voyant le lit, incapable d'envisager que leurs amis voient leur petit-fils dans un meuble pareil.
Mais c'était dans ce lit que son fils dormirait et qu'il grandirait. Ce ne pourrait jamais être un autre, parce que ce lit était si plein d'histoire qu'il était inconcevable qu'il sommeille ailleurs. Sa mère l'avait choisi avec soin et amour, elle l'avait fait graver avant de coudre elle-même la couverture… Ce lit avait une âme. Et quand Draco avait regardé Harry le déposer dans la chambre, il avait su tout de suite que c'était pile ce qu'il leur manquait.
Un lit simple et plein d'amour.
« Bon. Eh bien il ne nous reste plus qu'à acheter les autres meubles.
- Ça te plait ? C'est pas trop…
- C'est parfait.
- Tu dis ça pour me faire plaisir ?
- Je te dis ça parce que c'est parfait. Viens là. »
Draco lui attrapa la main et le tira vers lui, de façon à ce qu'il se mette dans son dos et qu'il le prenne dans ses bras. Harry ne se fit pas prier et se blottit contre son dos. Le blond, lui, ne parvenait pas à lâcher le lit des yeux.
Oui, c'était juste parfait.
OoO
J-80
« Et sinon, cette soirée dans l'antre des lions ?
- Abominable.
- A ce point-là ?
- Tu peux pas imaginer… »
Tout en maudissant sa grossesse qui l'empêchait de boire un bon verre de whiskey, Draco se dandina sur sa chaise, cherchant une position plus confortable. Son dos le faisait vraiment souffrir depuis quelques temps et les massages d'Harry n'avaient que des effets temporaires. Et bien entendu, il était hors de question de prendre le moindre traitement pour apaiser ses douleurs…
Par Merlin, pourquoi cette faim terrible et ces envies stupides ne pouvaient-elles pas être les seules conséquences désagréables de sa grossesse ?
« J'ai du mal à t'imaginer entouré de tous ces crétins !
- Pansy…
- Quoi ? Tu vas prendre leur défense ?
- Harry n'était pas mieux quand il a dîné avec tout le monde.
- Ah, d'ailleurs, Daphné me demandait si…
- Elle nous invite à dîner ?
- Bah c'est que…
-Elle n'a pas encore compris depuis la dernière fois ? »
Son amie se tortilla sur sa chaise. Si elle était revenue à de meilleurs sentiments, Daphné n'avait pas voulu comprendre que s'il ne se vengeait pas pour ce qu'elle avait osé faire à son petit ami, c'était uniquement parce que ce dernier le lui avait demandé. Cependant, après avoir entendu quelques personnes lui faire part de ce qu'elle disait dans leur dos, Draco décida de la faire taire une bonne fois pour toute. Dans cette affaire, elle y perdit son presque fiancé et une partie de sa réputation de petite fille sage.
« Apparemment, elle a envie d'enterrer la hache de guerre avec toi. Depuis ce dîner, tu n'as accepté qu'une seule soirée et on n'était pas beaucoup. Quasiment tout le monde pense que c'est de sa faute.
- Je me dis simplement que je n'ai pas besoin de tout ça pour exister.
- Je le sais parfaitement, et ceux que tu as vu la dernièrement fois aussi. Mais que tu fasses un tel tri dans tes amis ne plait à personne.
- Mais on s'en tape de ce qu'ils pensent de lui… »
Théodore revint dans la salle à manger et déposa un grand plat chaud sur la table. Blaise le suivait de près avec une bouteille de vin.
« Tu dis ça parce que t'aimes personne !
- Et je le vis très bien, je te remercie de t'en soucier. Franchement Draco, il s'est pas foutu de toi, ton homme, quand il a dit qu'il nous préparait à manger…
- Je sais pas comment il fait : moi, je serais incapable de préparer quelque chose d'aussi bon et laisser quelqu'un d'autre le manger.
- C'est parce que t'es un goinfre Blaise ! »
Et ce dernier semblait clairement l'assumer. A la base, ils devaient dîner dans un bon restaurant mais Draco n'était vraiment pas motivé à cause de son ventre et de son mal de dos. Puis, ils pensèrent dîner chez Théodore, et quand Harry lui proposa, devant Blaise bien entendu, de préparer un repas pour qu'il reste à la maison, ce dernier avait décidé que ce serait la meilleure option. Chose qui semblait clairement amuser Pansy.
« Si je ne te connaissais pas, mon cher, je te suspecterais de craquer pour les multiples talent de ton futur beau-frère.
- Mais comme tu me connais, tu sais qu'il n'est absolument pas mon genre. Mais j'avoue que j'aimerais bien en avoir un comme ça, ce mec est un dieu des fourneaux ! »
Dans les faits, Harry savait juste cuisiner. A force de le voir faire, Draco avait compris que ce n'était pas si compliqué que ça, même s'il arrivait assez souvent qu'il fasse des repas absolument exquis. Cependant, pour Blaise qui ne savait pas du tout cuisiner mais qui adorait manger, Harry avait quasiment tout de l'homme parfait. Mis à par le physique et le caractère, forcément… Et heureusement, d'ailleurs.
Pansy se leva et les servit copieusement. Elle avait beau ne pas faire autant d'éloge que son ami, elle adorait aussi sa cuisine. Cependant, elle le brancha aussitôt sur cette soirée qu'Harry passait hors de la maison avec ses amis.
« Et sinon, qu'est-ce que ça te fait de passer une soirée loin de ton chéri ?
- Le plus grand bien.
- Ne rigolez pas ! A sa place, je serais vexée que mon mec ne veuille pas m'emmener avec lui à une de ses soirées !
- Oh mais ça m'arrange, tu sais. J'avais vraiment pas envie de les voir.
- A ce point-là ?
- On peut pas dire que j'ai été mal accueilli, mais j'ai pas vraiment ma place parmi eux. Ça s'arrangera quand j'aurai accouché et qu'ils seront mis devant le fait accompli. »
La vérité, c'était que Draco avait passé une très mauvaise soirée. Il lui avait bien fallu deux jours pour s'en remettre.
Lui et Harry avaient été invités à un repas au Terrier qui regroupait toute la famille Weasley ainsi que les amis proches de son compagnon. Le mois d'avril étant des plus cléments, ils avaient mangé dehors sur de grandes tables. Un grand barbecue avait été installé et un buffet froid puis chaud avait régalé les convives. Et malgré son appétit d'ogre, Draco n'avait quasiment rien avalé de tout le repas.
Il n'avait pas forcément été mal accueilli parce que personne n'avait d'attitude hostile envers lui, du moins pas directement, mais très vite, le blond avait senti qu'il n'était pas le bienvenu. Il était difficile d'effacer toutes ces années de rancunes, et en plus, on ne pouvait pas dire que l'arrivée de Draco dans la vie de leur ami était des plus conventionnelles. Il s'était attendu à ce qu'on le regarde de travers et qu'on l'attaque sans cesse sur sa grossesse, voire sur la dégradation de son physique si cher à ses yeux. Et forcément, malgré la présence d'Harry à ses côtés, cela n'avait pas loupé.
Au début, on pouvait dire qu'ils étaient assez gentils avec lui, parce qu'ils ne pouvaient sans doute guère se permettre de l'attaquer alors que leur ami lui collait au train. Cependant, les attaques voilées finirent par pleuvoir, et si Harry parvenait à l'en protéger, il n'était pas efficace contre certaines répliques qui auraient mérité un bon coup de sang de la part de son compagnon. Chose qu'aucun des deux ne souhaitait à un moment pareil.
Ce repas avait beau avoir été éprouvant, Draco ne pouvait en porter la faute sur son homme qui ne l'abandonna quasiment jamais et qui sut se montrer protecteur tout en restant diplomate. Ses mains furent assez sages mais il parvint tout de même à lui faire quelques gestes d'affection sans s'attirer de railleries ou de gênes. Cependant, malgré la grande attention qu'il lui accordait, il arriva bien entendu qu'il s'absente, ne serait-ce que pour aller aux toilettes. Et bien évidemment, ses proches en profitèrent pour se l'accaparer et le tenir loin de lui.
La première solution qui se présenta à lui fut d'abord d'aller s'incruster dans le petit groupe de Hermione, qui lui avait assuré qu'elle l'accueillerait avec plaisir quand Harry disparaîtrait de sa vue. Cependant, le blond eut la désagréable sensation d'arriver comme un cheveu sur la soupe, tant la future maman fut surprise de le voir soudain près d'elle. Les personnes avec lesquelles elle conversait se fermèrent aussitôt. Et alors Draco expérimenta à nouveau cette sensation de solitude, d'être seul face à tous. Mort de honte, il ne prononça quasiment pas un mot, se sentant à nouveau comme le petit garçon qu'il avait été et qui essayait de s'intégrer au cercle que formaient ses cousins, sans jamais y parvenir.
Puis, Harry revint, posa ses mains sur ses hanches difformes et l'embrassa dans le cou. Aussitôt, Draco sentit tous les regards se poser sur lui, mais il était si soulagé de le retrouver qu'il s'en fichait bien.
Un peu plus tard, il se leva à nouveau, mais de table cette fois-ci. Ils en étaient au désert et les emmerdeurs n'étaient vraiment pas à côté d'eux. Cependant, à peine se leva-t-il que les Gryffondors se ruèrent vers les places libres comme des vautours et Draco se fit l'effet d'un petit animal pris au piège. Il y avait Thomas, la Weasley, Longdubat, Finnigan, Brown, et d'autres encore dont il ne se rappelait plus vraiment du nom. Isolé, il subit durant quelques minutes un interrogatoire musclé dont ils ne tirèrent pas grand-chose mais qui déclencha chez le blond une colère sans nom. Il avait tout bonnement envie de hurler, de leur crier qu'il n'avait pas choisi ce qui lui arrivait et qu'il aurait tant voulu que les choses se passent autrement.
Mais avant qu'il ne craque, Ron prit une chaise, le força à se décaler sur le côté pour lui laisser une place et s'incrusta dans la conversation.
Pendant près d'une demi-heure, Ron devint son avocat. Tout ce que ses amis n'avaient pas osé dire devant Harry sortit sans concession, et ferme à son côté, le rouquin leur tint tête. Il perdit peu à peu son air aimable et ne cacha rien de son exaspération. Il affirma haut et fort, chose qu'il n'avait jamais faite devant lui, que leur histoire ne regardait qu'eux, que Harry avait décidé en toute connaissance de cause de sortir avec lui et ensuite de fonder une famille, et que rien ni personne n'avait le droit de s'y opposer. Certes, son ex avait tout de suite été adopté par la bande et ils se fréquentaient encore, mais à présent, c'était avec Draco que Harry voulait faire sa vie, et ils auraient beau dire ce qu'ils voulaient, le Serpentard n'avait eu aucun secret pour lui, que ce soit sur sa grossesse ou ses difficultés à l'assumer.
Quelques mois plus tôt, Draco aurait fondu en larmes. Mais depuis le temps, il avait appris à mieux gérer ses émotions. Pourtant, Ron faillit l'achever à plusieurs reprises, car dans ses mots, le futur père n'entendait pas qu'une grande loyauté et un amour profond pour son meilleur ami, qu'il avait décidé d'aider et soutenir dès le début. Il y avait aussi autre chose. Un petit quelque chose, qui était en train de naître en lui et Ron.
Un petit quelque chose qui semblait avoir éclos ce fameux dimanche où ils avaient appris la bonne nouvelle et que le rouquin l'avait pris dans ses bras pour le féliciter.
Et le faire entrer dans sa famille à lui.
« Il te reste combien de temps ? T'es à combien de mois, là ?
- Un peu plus de six mois.
- J'y pensais, vu qu'Harry est le père, tu sais quand tu l'as conçu, le bébé. T'as une date plus précise pour l'accouchement ? »
La question de Pansy ne l'étonna pas étant donné que tout le monde le lui demandait depuis les résultats du test.
« Je devrais accoucher le 12 juillet.
- Ça te fait quoi de connaître la date ?
- Ça soulage. »
Les hommes, tout sorcier qu'ils soient, n'étaient pas fait pour mettre au monde un enfant. Ainsi, la semaine précédant l'accouchement, ils devaient suivre un traitement afin de pouvoir supporter la potion prise le jour même qui transformerait leur sexe et leurs organes internes. Contrairement aux femmes, les hommes étaient réglés comme une pendule, et si le bébé était prévu pour une date, il ne sortirait pas à une autre. La connaître rendait donc les choses plus faciles à organiser.
Ils en avaient beaucoup parlé durant ce fameux repas. Enfin, Harry surtout, car Draco était si embarrassé qu'il s'était beaucoup tu. D'ailleurs, quand Harry revint enfin vers eux, le visage peu avenant, et que Ron lui résuma la situation, Draco n'avait plus décroché un mot. Il était juste fatigué et aurait souhaité s'en aller. Et ça, son chéri le comprit si vite qu'après avoir remercié Ron et finit son dessert, histoire faire passer quelques minutes, il fit le tour des invités et le ramena chez eux.
Une fois rentrés, ils n'avaient pas parlé tout de suite des évènements. Ils avaient préféré se détendre, se disputer gentiment en regardant un catalogue de vêtements pour enfants et discuter du menu de leur prochain dîner avec Blaise avant d'aborder le sujet. Etonnement, ils n'avaient pas haussé le ton et avaient pu en parler tranquillement. Bon, Harry l'avait surtout rassuré, c'était compliqué pour eux à accepter et il avait toujours été un peu trop gentil. Mais qu'il ne se fasse pas de mouron pour rien, même si on lui répétait sans cesse qu'il avait profité de lui et que cette grossesse n'avait rien d'accidentel. C'était inutile.
Et pourtant, qu'est-ce que ça pouvait faire mal d'entendre ça…
« Et puis maintenant, quasiment tout est prêt, donc t'as plus grand-chose à faire. Blaise, passe-moi la bouteille, s'il te plait.
- On a encore des choses à acheter.
- Ouais, mais les meubles sont posés, la chambre est faite, après c'est que du détail.
- Tu racontes n'importe quoi Théodore ! Le bébé arrive dans moins de trois mois et il n'a aucun pyjama ! »
Ce n'était pas tout à fait vrai, mais Draco ne voulait pas vraiment aller sur ce terrain-là. Un peu plus tôt, il leur avait présenté la chambre finalisée de leur petit garçon, qui n'avait d'ailleurs toujours pas de nom. A part Petit lapin, mais ça, c'était plus pour taquiner Harry qu'autre chose. Il était toujours écarlate quand Draco parlait du bébé en utilisant ces mots.
Bref, ses amis avaient enfin pu entrer dans une chambre correctement meublée et si Pansy était encore dubitative sur les hiboux, et encore plus sur l'association oiseau de nuit et lapins, les deux hommes avaient paru enchantés. Même Théodore, qui n'aimait pas les enfants et encore moins toute cette mièvrerie, avait adoré l'association de la tapisserie avec les différents meubles clairs. Il n'avait pas paru choqué par le couffin, étant donné qu'il préférait les choses épurées et qu'un lit monumental lui aurait sans doute agressé les yeux. Blaise n'avait pas fait de remarque parce qu'il savait que ce meuble n'avait rien de morbide, qu'il était important pour eux deux et, il le lui avait dit un peu plus tard, il trouvait que le couffin allait très bien avec la chambre.
Forcément, Pansy n'avait pas été du même avis car, à ses yeux, les chouettes juraient avec les petits lapins, qui étaient du reste assez ridicules. Ils auraient dû faire la chambre en fonction du lit, car si au début le bébé dormirait dans le couffin, il finirait dans un lit et alors il faudrait changer toute la décoration. Draco l'avait laissé dire, tout en pensant que, non, ils ne referaient pas la tapisserie de sitôt. Cette faute de goût ne sembla pas déranger Blaise outre mesure et encore moins Théodore qui ne voyait vraiment pas où était le problème.
Le seul moment où Draco intervint, ce fut quand son amie dit que la couverture faisait vieillotte et semblait mal fichue. Le blond lui rétorqua que c'était la mère d'Harry qui l'avait faite, donc elle avait tout intérêt à ne plus jamais faire la moindre remarque dessus. Et ce qui lui cloua le bec, ce ne fut pas simplement ses mots ou le ton de sa voix, mais le regard qu'il lui lança.
Le regard d'une personne agacée mais qui pourrait exploser à la moindre parole de travers.
« Arrête Pansy, il a de quoi faire ! Dray, tu m'as pas dit que tes parents et Harry avaient gardés…
- Attends un peu, Blaise, tu vas pas faire porter au futur petit Malfoy des vêtements d'occasion ?
- C'est pas de l'occasion, c'est…
- Il est hors de question qu'il porte des loques ! Non, il faut lui refaire une garde-robe digne de ce nom ! »
Sans doute la remarque qu'il lui avait faite plus tôt l'avait-elle vraiment marquée, car en l'entendant parler, Draco était sûre qu'elle parlerait des pyjamas d'Harry, qui n'étaient pas franchement d'une très bonne qualité. Cependant, même si le sujet ne le désintéressait pas, étant donné que c'était précisément la prochaine étape de l'aménagement de la chambre, le futur père préféra se taire. Sinon, il finirait par lui dire qu'il était tombé raide dingue de quelques grenouillères que Harry avait ramenées de Gringotts, qu'il avait gardées plus par sentimentalisme que dans l'idée de les réutiliser. Donc autant se taire.
Même si celle toute blanche et encore douce avec le grand cerf brodé sur le ventre était magnifique.
« On ira faire les courses, Draco ?
- On verra ça.
- Ouais, c'est ça, on verra ! Avoue que tu préfères faire du shopping avec Granger !
- Elle au moins ne me casse pas les pieds avec la couleur du body qui ne s'accorde pas avec celle du pyjama.
- Mais c'est important d'avoir de beaux sous-vêtements !
- Pans', au cas où tu l'aurais oublié, on parle d'un bébé. Le môme, tout ce qu'il sait, c'est qu'on lui donne à bouffer toutes les trois heures et ça lui suffit.
- Mais t'y connais rien, toi ! »
Théodore leva les yeux au ciel d'un air agacé. Le jour où il aurait un môme, lui, ce serait vite réglé… Et dans les faits, il était vrai que Draco préférait faire du shopping avec Hermione qui faisait elle aussi du repérage. Ils étaient sur la même longueur d'onde et, soyons honnête, ça faisait du bien de parler de grossesse avec quelqu'un sans se taper des leçons de morale, parce qu'il se plaignait trop ou parce que la personne en face de lui ne le comprenait pas.
Dans les faits, Draco parlait beaucoup avec Hermione. Ils se voyaient très souvent, généralement le midi car Hermione aimait bien rentrer chez elle durant la pause déjeuner. Une vraie et étonnante amitié était en train de naître entre eux, et bien qu'ils évitaient certains sujets un peu sensibles, ils pouvaient parler de beaucoup de choses, aussi bien du boulot que de leur grossesse respective, d'Harry, de la famille de Ron ou de la couleur de leurs sous-vêtements. Oui, ils avaient abordé le sujet, il ne savait pas trop comment.
Après avoir avalé une grande bouchée de pommes de terre, Blaise changea totalement de sujet, sans doute pour éviter quelques conflits.
« Au fait, vous avez commencé à penser au prénom ?
- Ah oui, tiens ! Quelles sont les tendances du moment ?
- Acturus, Ignatus, Orion, Horace et Phoebus.
- Ouch, ça fait mal…
- A qui le dis-tu.
- Et tes parents, ils préfèrent quoi ?
- Orion et Phoebus. Les moins pires du lot, quoi. »
Ses trois amis le regardèrent d'un air compatissant. Le prénom était toujours une grande affaire familiale dans ce genre de famille. Les deux hommes s'estimaient chanceux, même si Blaise avait mis du temps à apprécier son prénom. Quant à Pansy, en sachant qu'elle se serait appelée Modesty si sa mère n'avait pas choisi de rendre hommage à sa meilleure amie décédée en lui donnant son nom, elle ne s'en plaignait pas. Même si elle trouvait son prénom peu flatteur…
Draco, lui, avait eu de gros problèmes avec son prénom quand il était enfant. Il subissait nombre de moqueries de la part de ses camarades de classe mais aussi de ses cousins, même si était loin d'obtenir le trophée du mauvais goût, comme c'était le cas pour sa cousine Chastity Flint. Cependant, le blond s'était endurci au fil des années et s'était fait à l'idée qu'il serait sans cesse associé à des reptiles cracheurs de feu.
A cause de ces moqueries, il voulait un bon prénom pour son fils. Cependant, il était obligé de piocher dans une sorte de corpus dont les sorciers bien nés ne devaient pas s'échapper. Le prénom était très important car on le portait toute sa vie et il représentait tant d'enjeux que Draco se sentait un peu perdu. Parmi la pseudo liste que ses parents lui avaient imposée au cours de leur dernier repas ensemble, à un moment où Harry avait bien entendu quitté la table à cause de son téléphone, le futur père n'avait retenu que deux propositions, les autres lui paraissant tout simplement inconcevables.
« Ils t'en ont parlé devant Harry ?
- Tu plaisantes ? La dernière fois qu'on a dîné ensemble, il s'est disputé avec ma mère et elle n'a pas réussi à avoir raison ! Elle n'arrive jamais à avoir raison avec lui et mon père encore moins…
- Alors ils t'ont laissé la mission de lui en parler ?
- Ouais.
- Et tu sais comment il va réagir ?
- Bien sûr que non, Pansy… Enfin, si je lui présente les choses correctement, ça devrait aller. »
Du moins, il l'espérait. Le prénom était quelque chose de trop grave pour qu'il puisse être choisi à la légère. Harry était bonne pomme mais il y avait des limites à ne pas franchir, surtout sur tout ce qui concernait son fils. Il ne lui restait plus qu'à aborder le sujet quand il serait dans de bonnes conditions. Et surtout quand Draco serait motivé pour le faire…
OoO
J-77
Andromeda venait de partir avec Teddy. Alors qu'elle était censée le récupérer dans la matinée après avoir assisté à un mariage auquel elle s'était beaucoup ennuyée, apparemment, mais où elle avait fait le plein de potins pour le mois, sa tante était finalement restée déjeuner, et de fil en aiguille, Harry lui avait proposé de dîner avec eux. Dire qu'il existait entre une relation mère-fils serait exagéré, mais il était difficile de nier la profonde affection que son compagnon éprouvait pour Andromeda qui, du reste, le lui rendait bien.
Ils passèrent une journée excellente, même si Draco bougea très peu. Ses douleurs étaient toujours très présentes et il était pris d'une flemme incroyable depuis quelques temps. en plus, il avait tellement de choses à dire à sa tante, ou à lui faire dire, qu'il aurait été compliqué de se lever pour faire autre chose que lui tirer les vers du nez. Harry ne connaissait pas grand monde et n'était pas non plus aussi commère que Draco, il joua donc beaucoup avec son filleul et alla jusqu'à lui gonfler une piscine au milieu du jardin.
Au cours de la journée, il parvint quand même à en placer une et à parler du divorce de Georges qui faisait grand bruit. Angelina avait décidé de ne pas lutter et paraissait clairement décidée à renoncer à ses enfants pour refaire sa vie ailleurs. Effondré, Georges vivait très mal la situation mais il semblait décidé à surmonter cette épreuve, comme il le confiait à Ron. D'ailleurs, même s'il souffrait beaucoup, son frère avait l'air soulagé, malgré tout, et parvenait même à envisager un avenir avec son fils et sa fille.
A présent, la maison lui paraissait bien vide. Il était près de vingt-et-une heures et Harry se levait tôt le lendemain matin. Ils allaient très certainement terminer la soirée dans le canapé à regarder un film, comme ils en avaient l'habitude. Encore quelques mois à attendre avant que ces soirées ne prennent fin, du moins en partie… Car dans plusieurs semaines, Draco aurait enfin accouché, il aurait aussi perdu du poids et pourrait enfin attirer Harry dans ses filets et lui faire son affaire. Chose impossible pour le moment.
Et franchement, qu'est-ce qu'il était en manque…
Supporter l'abstinence était une chose, regarder son homme se dessaper devant soi et essayer de rester stoïque en est une autre. Harry ne faisait pourtant rien pour l'émoustiller, mais il avait tendance à se balader en caleçon quand il entrait ou sortait de la douche, et quand il faisait les travaux, il lui arrivait fréquemment de finir torse nu. Et sans être excessive, sa musculature avait de quoi faire rêver, surtout quand on n'avait pas fait l'amour depuis plusieurs mois…
« Chéri, qu'est-ce que tu fais ?
- J'arrive, j'arrive. »
Las, Draco le rejoignit dans la cuisine. Il était en train de ranger un peu la terrasse, laissant son cher et tendre faire un brun de vaisselle, chose qui le détendait après un long repas. A force de voir Blaise s'inviter de plus en plus chez eux, Harry avait fini par installer un lave-vaisselle, un miracle de la technologie moldue selon le point de vue de Draco, mais il continuait à faire un peu de vaisselle. Et dernièrement, il pensait casser le mur entre la cuisine et la salle à manger.
En fait, plus le temps passait et plus Harry se projetait dans cette maison, beaucoup plus que Draco qui y vivait pourtant depuis quelques années. Les aménagements qu'il prévoyait visaient à personnaliser la maison et la faire correspondre davantage aux goûts de son compagnon. Ce dernier aimait beaucoup comment il avait aménagé son appartement aurait en effet voulu quelque chose de semblable.
« Tu fais encore la vaisselle ?
- « Encore », on dirait que je passe ma vie à faire la vaisselle ! »
Pourtant, Harry y était encore, à se demander ce qu'il faisait depuis tout à l'heure. Draco préféra ne pas poser la question.
« Teddy avait l'air déçu de partir.
- Il a parfois tendance à oublier qu'il a une maison à lui. Il était content qu'on lui refasse souffler ses bougies aujourd'hui.
- Les enfants adorent souffler des bougies, surtout quand ce sont les leurs.
- C'est vrai. Tu veux un peu d'aide ? »
Le mercredi précédent, Harry avait pris sa journée afin d'organiser et fêter l'anniversaire de son filleul. Andromeda était dans tous ses états, forcément, et ils avaient passé une très bonne après-midi et soirée en compagnie de Ron et Hermione. Draco s'était investi au possible pour rendre cette journée la plus belle possible, supportant comme il put l'énergie débordante de son compagnon. Ils faillirent se prendre la tête peu avant l'arrivée du prince du jour, mais le blond rongea son frein : les anniversaires étaient importants pour Harry, qui n'avait jamais été honorée de quelle que façon que ce soit durant son enfance. Et ce fut pour cela que Draco préféra ne pas partir sur cette discussion-là. Son homme n'avait aucun mal pour en parler mais la colère qui grondait en Draco avait toujours du mal à s'apaiser.
« Non, ça ira. Assis-toi, si tu es fatigué.
- Et dire que je pensais être feignant, si en plus tu me demandes de m'assoir… Ne rigole pas, c'est pas marrant.
- Je sais que c'est pas marrant. Au fait, on dîne toujours au Terrier, la semaine prochaine.
- Et je suppose que je dois venir.
- Ce serait mieux. Ils n'ont pas arrêté de me bassiner la dernière fois, je craque…
- Bassiner avec quoi ?
- Un peu tout ce qui tourne autour du bébé. Tout le monde veut savoir comment il va s'appeler, et comme j'en sais rien…
- Ils ne peuvent pas s'occuper de leurs affaires ?
- C'est ça, ou alors ils parlent de toi. Et je préfère parler du bébé. »
Draco leva les yeux au ciel, mais Harry avait raison. Et c'était vrai que le prénom était un des sujets phares de la grossesse. Tous deux en avaient un peu parlé, depuis qu'ils savaient qu'ils attendaient un garçon, mais bizarrement son chéri évitait un peu le sujet. Peut-être parce que ça l'angoissait un peu, ou alors il avait encore moins d'idées que lui.
« Tu as réfléchi pour un prénom ?
- Je t'avoue que ça m'angoisse. C'est compliqué de choisir un prénom… Je me suis jamais dit qu'un jour j'appellerai mon enfant comme ça ou comme ça. Et toi ?
- Moi non plus…
- Je ne te sens pas honnête. Il y a un prénom que tu aimes ?
- J'aime bien Fabian, Lysander et Logan. »
Les mains savonneuses, Harry leva soudain la tête, le visage surpris.
« Lysander ? C'est beau comme prénom, dis donc. »
Son cœur s'emballa dans sa poitrine, tandis que son homme prenait une nouvelle assiette qu'il plaça sous l'eau.
« T'as trouvé ça où ? J'avais jamais entendu.
- Dans un roman que j'ai lu quand j'étais adolescent.
- Il était bien, ce roman ?
- Pourri. »
Le brun eut un rire avant de passer aux verres sales qui s'alignaient le long de l'évier.
« A ce point ? Et qui était Lysander ?
- Un personnage anecdotique qui apparait deux fois dans tout le bouquin. Mais je trouvais ça joli.
- J'aime beaucoup. »
Draco était étonné. Il pensait qu'Harry préfèrerait un prénom plus classique et moins androgyne. Et, surtout, il ne pensait pas qu'il relèverait son prénom préféré dans la liste. Se mordillant la lèvre, Draco se demanda si c'était vraiment une bonne idée de lui révéler ce que lui aimait, vu ce qu'il allait devoir lui dire juste après…
« Ça pourrait être un bon point de départ.
- Mes parents n'accepteront jamais ce prénom.
- Pourquoi ? C'est pas assez « étoilé » ?
- Harry…
- Quoi ? J'ai pas raison ?
- Mes parents n'ont pas un nom d'étoile.
- Tu as compris ce que je veux dire. C'est quoi, le problème, exactement ? »
L'air tout de suite moins souriant, Harry lui lança un regard éloquent, s'attendant au pire. Déjà las de la dispute qui allait suivre, Draco se lança.
« Dans les grandes familles, le prénom d'un enfant est quasiment une affaire d'état.
- Dans toutes les familles, le prénom d'un enfant est une affaire d'état.
- Oui, mais chez nous, on ne choisit pas le prénom au hasard. Oui, je sais Harry, ce n'est le cas nulle part, mais nous avons un… un peu comme un corpus de noms et on pioche dedans.
- Tu déconnes ?
- Absolument pas. Il y a différentes modes et…
- Et comment tes parents veulent qu'on l'appelle ?
- Les tendances du moment, c'est Orion, Acturus, Horace, Phoebus et Ignatus. »
Sans le lâcher des yeux, les mains sous l'eau, Harry le regarda quelques secondes, son visage indéchiffrable ne lui laissant présager rien de bon. Puis, il baissa la tête en soupirant, rinça le verre qu'il nettoyait puis coupa le robinet.
« Tu sais, Draco… Ce que je vais te dire, je pense sincèrement que je te l'aurais dit même si on était resté au stade d'amis ou de connaissances, et même si le bébé n'avait pas été le mien. »
L'auror attrapa un torchon pour s'essuyer les mains puis se tourna à nouveau vers lui, toujours aussi sérieux.
« Je pense que jusqu'à aujourd'hui, tu n'as jamais eu le choix. Tu n'as pas choisi d'être enceint, tu n'as pas choisi le père de ton bébé et à cause de notre magie, tu n'as même pas pu choisir de le garder ou non. La seule chose que tu as pu décider, dans toute cette histoire, c'est d'assumer ton rôle de père et de ne pas le confier à quelqu'un d'autre. Et encore, tu l'as décidé sans grande conviction, parce que pour toi, c'était la logique des choses. »
Harry marqua une courte pause, puis reprit.
« Donc, je pense que tu mérites au moins de pouvoir choisir le nom de ton enfant. C'est toi qui vas le mettre au monde et l'élever, c'est pas tes parents. Je sais ce que tu vas me dire, c'est les traditions, c'est les conventions, mais jusque là, t'as suivi aucune de ces règles que tes parents t'ont pourtant inculquées. J'en ai parlé avec Ron et tes amis, je sais à quel point vos prénoms peuvent parfois poser problème, et si c'est pour que le petit en souffre toute sa vie, ce n'est pas la peine. »
Draco ne savait quoi dire. Tous ces beaux discours qu'il avait préparés pour essayer de le convaincre volaient en éclat.
« Tes parents auraient voulu que tu te maries, que tu fasses un enfant et qu'il soit le digne hériter de votre famille. Or, t'es tombé enceint à cause d'un abruti qui t'a empoisonné, tu partages ta paternité avec un Sang-mêlé qui ne veut pas t'épouser maintenant, nos sorties se font la moitié du temps avec toi en robe et moi en pantalon…
- Je sais, Harry…
- Tu ne suis aucun schéma et ce n'est pas en appelant ton fils Acturus ou je ne sais quoi que tu entreras dans le moule. Maintenant, si vraiment tu as envie de donner un nom latin, grec, mythologique et j'en passe à ton fils, je veux bien te suivre, même si, franchement, ça me ferait chier que mon fils porte un nom choisi par tes parents et la société bien pensante. »
Le brun ne paraissait pas vraiment en colère, mais plutôt agacé, voire énervé. Dans le fond, il n'avait pas tort, et en entendant ces mots, Draco s'en rendit encore plus compte. Les choses n'étaient pas aussi simples qu'elles y paraissaient et il était compliqué de s'extraire de ce genre de tradition à moins d'avoir une bonne raison. Or, le blond n'en avait aucune.
Mais l'idée d'appeler son fils par l'un de ces prénoms ne l'enchantait pas. Et laisser ses parents décider à sa place ne lui plaisait pas non plus. Se dire que c'était à lui de choisir, parce que c'était son enfant et surtout parce qu'il en avait trop subi jusque là, ce n'était pas aussi simple que ça. Même si dans la bouche d'Harry, c'était une évidence.
« Bref, je ne veux pas m'énerver, mais réfléchis-y. C'est notre enfant, pas celui de tes parents.
- Je sais. Je vais y réfléchir.
- Très bien. Bon, il serait temps d'aller se changer.
- Ouais, et d'aller se coucher, j'ai super mal au dos.
- Encore ?
- Ouais, ça s'arrange pas. »
Draco posa les mains sur ses reins et les massa machinalement, comme si ça pouvait changer quelque chose. Harry lui jeta un regard un peu étrange, empli d'hésitation. Il parut sur le point de dire quelque chose mais il se ravisa.
« Je vais ranger le salon, va te laver en attendant. »
Puis, il quitta la pièce un peu trop rapidement à son goût. Draco le regarda partir en se mordillant la lèvre, résistant à l'envie de le retenir. Mais visiblement, Harry avait encore en travers de la gorge les évènements de l'avant-veille, qui n'avaient pas parasité leur précédente soirée grâce à la présence de Teddy sous leur toit.
A cause de ses maux de dos, Draco avait refusé de sortir dîner, parvenant difficilement à se tenir droit sur une chaise. Il était très nerveux dernièrement et cela jouait sur sa santé. Quelques jours auparavant, ils avaient également annulé une sortie avec Ron et Hermione pour finalement dîner dans le salon pour plus de confort. Et deux jours auparavant, le soir, alors que Draco était en train de lire dans le canapé, Harry était venu le chercher, tout excité. Il l'avait forcé à se lever avant de l'emmener dans la salle de bain attenante à la chambre.
Pendant qu'il se détendait dans le salon, Harry lui coulait un bain. Cette adorable attention, qui n'aurait pas arrangé grand-chose à son mal de dos, lui fit très plaisir. Mais tandis qu'il était en train de savourer l'idée de prendre un bon bain chaud au moins pour se décharger de toute la tension qu'induisait leur rencontre régulière avec les proches de Harry, ce dernier s'approcha de lui et entreprit de le déshabiller. Et alors Draco se ferma comme une huître.
Harry voulait qu'ils prennent un bain ensemble. Pour se détendre, ensemble, parler un peu et laisser couler les tensions qui agitaient Draco depuis quelques semaines.
Mais cette idée était inconcevable.
Lui montrer son vente était une chose, que Draco n'appréciait pas spécialement mais qui au final lui procurait un certain bien-être, parce que Harry lui prodiguait des gestes tendres et affectueux. Et souvent, il s'endormait contre son dos en le tenant dans ses bras, sa main caressant sa peau tendue à travers le tissu de son pyjama. Mais se montrer nu devant lui, Draco n'en était absolument pas capable. Avec son torse dont les muscles avaient fondu pour s'engraisser, son ventre énorme qui l'empêchait de voir ses pieds, les troncs d'arbres qui lui servaient de cuisses et son entrejambe perdu quelque part entre ses jambes. Cette image-là, il était hors de question qu'il la présente à son mec.
Même pas en rêve.
C'était justement les mots qu'il lui avait dit : même pas en rêve.
Alors, lentement, le visage de Harry avait commencé se brouiller, jusqu'à ce qu'une dispute éclate entre eux. Il commença à prononcer des mots crus, lui disant qu'il ne voyait pas où était le problème, qu'il savait à quoi il ressemblait, que ses vêtements ne laissaient aucune place à l'imagination et que, non, il n'était pas sexy pour deux balles, qu'il ne fantasmait absolument pas sur son corps d'homme enceint mais qu'ils sortaient ensemble, ils s'aimaient, ils pouvaient donc se voir dans les pires états sans en être répugnés. Le but n'était pas de le voir nu, il s'en fichait complètement, mais de se détendre ensemble dans de l'eau chaude, sans la moindre ambigüité.
Et s'il avait peur de briser les fantasmes qu'il nourrissait encore depuis leur unique nuit ensemble, qu'il ne s'inquiète pas, il les avait ruinés depuis longtemps.
Puis, le cerveau en ébullition, Harry avait tiré la chaine du bouchon de la baignoire et avait quitté la salle d'eau.
Depuis, ils n'en avaient pas reparlé. Le brun s'était montré particulièrement méchant ce soir-là et Draco s'était juré de ne plus lui adresser la parole tant qu'il ne se serait pas excusé, même s'il savait que ses propres mots avaient largement dépassé ses pensées. Cependant, après avoir passé la nuit sans qu'il ne le touche, une matinée sans qu'il ne l'embrasse ni le regarde et qu'il manque de faire comme s'il n'existait pas quand Teddy voulut faire un tour au parc avec son parrain, Draco céda et lui reparla. Dans la soirée, il s'excusa alors que l'enfant prenait son bain, mais Harry ne voulut pas l'écouter : il était encore vexé par son refus, et même s'il comprenait que l'évolution de son physique restât difficile à vivre, il pensait vraiment que ce bain le soulagerait de ses complexes qui lui empoisonnaient la vie. Ce refus sonnait comme un manque de confiance envers son petit ami.
Draco se sentait bloqué. A la fois, cette manière qu'avait Harry d'éviter le sujet le dérangeait, et en même temps, il ne savait pas comment il pourrait réagir si son homme le voyait intégralement nu. Il savait au plus profond de lui-même que Harry sourirait mais ne se moquerait pas, car il n'y avait rien de marrant. Cependant, franchir le pas lui paraissait impossible. Il avait été tellement obnubilé par son physique depuis toutes ces années que se montrer dans un état pareil paraissait inenvisageable.
L'estomac noué, le blond monta à l'étage. Mécaniquement, il commença à se faire couler un bain puis entreprit de se déshabiller, face au miroir, comme d'habitude. Et quand il souleva sa robe de sorcier, sans la retirer tout à fait, et que son ventre apparut, Draco se regarda quelques instants.
Qu'est-ce qui était le plus important ? Cacher son ventre parce qu'il était la preuve qu'il s'était fait avoir et il en avait encore honte ou prendre un bain avec l'homme qu'il aimait ?
Comme une bombe, Draco sortit de sa chambre et descendit les escaliers. Harry était en train de passer un coup de téléphone qu'il écourta en voyant son copain au garde-à-vous à côté de lui, attendant patiemment qu'il termine. Suspicieux, il se laissa emmener jusque dans la salle de bain où la baignoire commençait à bien se remplir. Son visage s'éclaira de surprise tandis que sa main serrait fort la sienne.
« Qu'est-ce que tu fais ?
- J'essaie de régler la dispute qu'on a eue il y a deux jours.
- Tu sais que je t'ai pardonné ?
- Ça ne veut pas dire que tout est réglé.
- Tu es vraiment prêt à te mettre nu devant moi ?
- Seulement si tu ne regardes pas. »
Harry éclata de rire puis lâcha sa main et se retourna. Le blond ne put s'empêcher de rire à son tour d'amusement. Puis, il se déshabilla prestement, nerveux au possible, et se glissa dans l'eau chaude.
« C'est bon, tu peux te retourner.
- J'ai le droit de demander à ce que toi, tu te retournes ? »
Harry se retourna et, les bras croisés sur le rebord de la baignoire, Draco lui fit un sourire qui n'avait absolument rien d'innocent. Il voulait plutôt dire : « je vais te manger ».
« Putain, t'es pas possible, toi…
- T'as aucune raison d'être gêné.
- Tu crois que j'aime me déshabiller devant un public ?
- T'as bien voulu me déshabiller, il y a deux jours…
- Tu sais très bien ce que je veux dire.
- Oh oui, je le sais. »
Sa voix basse et son regard appréciateur changèrent radicalement l'expression d'Harry. Par Merlin, si tous deux ne savaient pas ce que le bord de la baignoire cachait, nul doute qu'il aurait fini sur ses cuisses, ses doigts griffant ses épaules et sa voix gémissante raisonnant indécemment dans la pièce carrelée. Mais il était enceint, alors son chéri leva le nez d'un air fier, ce qui fit sourire Draco, puis il entreprit de se déshabiller.
Au fil des secondes, Draco le regarda se déshabiller avec un plaisir non feint. Il ne tarda pas à se retrouver en caleçon, et même s'il fit mine de tourner la tête quand il lui demanda de ne pas regarder parce que c'était un peu gênant, le blond n'en perdit pas une miette. Forcément, voir ses jolies fesses musclées à souhait puis son sexe au repos mais déjà d'une taille appréciable le frustra à un point inimaginable. Harry n'était pas forcément le plus bel homme qu'il ait fréquenté mais il était indéniablement le mieux foutu, ce qui commençait à devenir rageant…
Les joues rouges, il voulut s'assoir derrière lui, mais Draco lui attrapa le bras et lui dit de venir devant lui. Harry haussa les sourcils, ne comprenant pas. Mais quand le blond lui promit un massage, il ne se fit pas prier. Il s'installa donc juste devant lui, lui offrant une vue imprenable sur son entrejambe puis sur son derrière. Bon, Draco avait les yeux partout et le dévorait littéralement du regard, il devait bien le reconnaître. Et parce qu'il avait envie de le taquiner jusqu'au bout, il déposa une myriade de petits baisers dans son cou et sur ses épaules, le faisant frissonner.
Puis, ses mains commencèrent à le masser. L'eau coulait toujours, seul bruit perturbant le silence de la salle d'eau. Assis devant lui, Harry semblait savourer le moment, poussant de petits soupirs et bougeant par moments sa tête sur le côté ou en avant. Draco se sentit se détendre dans l'eau chaude, même s'il savait que ce moment de paix où il serait caché derrière son homme ne serait que de courte durée.
« Ça fait du bien ?
- T'es parfait. »
Ses mots lui arrachèrent un sourire. Il n'était pas si doué que ça, mais ça lui fit plaisir quand même. Harry coupa enfin l'eau et les plongea dans un silence plutôt relaxant. Au bout d'un moment, ses mains se firent plus caressantes et Harry le remercia avant de se retourner pour se pencher vers lui et l'embrasser sur la bouche. Aussitôt, Draco ramena ses bras sur lui, mais ce fut une bien maigre tentative pour s'extraire à la vue de son homme.
« Tu sais, tu as mis tellement de savon que je ne risque pas de voir grand-chose, à part ton ventre.
- Ce qui me gêne le plus, c'est l'ensemble.
- J'avais compris. Et même si tu ne ressembles à rien, je t'aime quand même.
- Enfoiré de niais. »
Prenant appui sur le rebord de la baignoire, Harry se releva. Draco le regarda se lever, non sans se rincer l'œil, s'attirant alors sa main appuyant brusquement sur tête. Cela le fit rire, et après que son chéri se soit installé dans son dos, il entreprit à son tour de le masser. Et lui, par contre, il avait des mains en or. Et non seulement il savait masser, mais en plus il avait la patience de le faire, quelle que soit la zone. Un soir, après s'être occupé de son dos et de ses jambes, il avait passé une demi-heure à manipuler ses pieds en lui parlant de son boulot. Apparemment, ça le détendait. Et Draco n'allait certainement pas se plaindre…
Le blond savait qu'il avait appris à masser à force de manipuler Ron, suite à son accident de balai. Il avait bien évidemment des séances chez un professionnel mais certaines douleurs avaient tendances à se réveiller, surtout au début quand il avait débuté sa nouvelle carrière à cause de son stress et du surmenage. Non pas que l'idée de tripoter son meilleur ami lui ai plu, mais c'était ça ou rien du tout, Ron faisant partie de ces gens qui détestent faire appel aux médicomages. Et il avait tellement souffert à un moment donné qu'Harry avait dû se lancer, et après une séance plutôt maladroite mais bienfaisante, le brun avait réitéré l'expérience par la force des choses.
« Je crois que c'est bon. Tu as encore mal quelque part ?
- Là où j'ai mal, tu ne peux pas me masser.
- Ah, je crois aussi, en effet… »
Harry l'embrassa dans le creux du cou puis ses mains passèrent sous ses aisselles et le tirèrent en arrière. Mais brusquement, Draco attrapa les rebords de la baignoire et se maintint. Il se fit violence quand Harry glissa ses mains sur son torse pour l'attirer avec plus de force contre lui et qu'il se laissa faire à contrecœur, se retrouvant alors installé contre lui, entre ses jambes.
Ils restèrent quelques minutes dans cette position sans rien dire. Draco était tendu et mal-à-l'aise, son ventre énorme dépassant de l'eau où flottait une grosse quantité de mousse. Il se trouva immonde. Enorme et immonde.
Et puis, les mains caressantes de Harry serpentèrent sur la peau tendue et la caressèrent gentiment, comme il le faisait parfois dans leur lit, quand ils lisaient le journal le dimanche ou bien regardaient des catalogues divers et variés. Ou bien quand ils en avaient envie, tout simplement. Et même si cela n'avait rien de particulièrement agréable, Draco se sentit se relaxer dans ses bras, les yeux posés sur ses mains tendres.
Le blond ferma les yeux puis leva la tête, la calant contre son cou en soupirant.
« Je suis désolé…
- De quoi ? De faire encore un blocage sur ta grossesse ?
- J'ai l'impression d'être ridicule. Alors que, tu sais, je prends vraiment sur moi…
- Je sais. J'ai été excessif.
- Je t'ai blessé.
- Je t'aime. »
Ses mots lui arrachèrent un sourire. Ou comment clore une conversation peu agréable et sans fin par Mr Harry Potter. Ce dernier l'embrassa sur le front et Draco se sentit un peu mieux. Toujours embarrassé, mais mieux quand même.
« En tout cas, je te remercie. Depuis le temps que j'en rêvais…
- De me voir à poils ?
- Plus ou moins. Tu me laisserais te prendre en photo ?
- Alors là, tu rêves !
- Juste pour moi…
- T'en as pas assez de te trimballer une grosse vache ?! Tu la veux en photo en plus ?!
- Je laisse tomber. »
Draco leva les yeux au ciel d'un air agacé. Décidément, il ne le comprendrait jamais. Il ne voyait pas ce que son corps ou même son ventre avait de beau, et quand il voyait les quelques photos que Harry avait pris d'eux, il ne se trouvait pas beau. Du moins, pas autant que d'habitude, à cause de ses traits arrondis par la grossesse. Et Harry ne cadrait que sur leurs visages, même pas leurs bustes.
Agacé, le blond se dandina dans ses bras jusqu'à trouver une position plus confortable et Harry l'accueillit confortablement contre lui, ses bras enserrant son torse. Histoire de détendre l'atmosphère, Draco commença à lui parler de différentes choses, tandis que Harry, après avoir réussi à attraper un gant et du savon, lui nettoyait paresseusement le torse. Il semblait clairement somnoler dans son dos mais l'écoutait tout de même. Enfin, assez sommairement malgré tout, car quand il en eut assez de jouer avec son gant, il se mit à lui baiser gentiment le cou, comme pour lui montrer qu'il se fichait des courriers qu'Alguff lui envoyait régulièrement pour se plaindre du travail et de son absence.
« J'adore me sentir important.
- Hum ?
- Tu ne m'écoutes pas.
- Bien sûr que si. Tu manques à ton collègue et il en va de même pour toi. Enfin, c'est surtout le boulot qui te manque.
- Pas tant que ça.
- Arrête, t'adorerais retourner bosser, si tu pouvais.
- Tu sais ce qui me ferait vraiment envie ?
- Ton corps de rêve ?
- Une bonne baise. »
Harry explosa de rire, lui tirant un sourire amusé. Taquin, Draco lui détailla son fantasme, somme toute assez basique, empêchant son homme de se calmer. Visiblement, que le blond ait envie d'être plaqué contre un matelas pour être vigoureusement pilonné par son amant l'amusait beaucoup. Ou alors c'était peut-être sa manière désabusée et un peu trop franche d'en parler, lui qui était plutôt sage avec les mots, ce que Draco trouvait assez mignon.
« T'es terrible, toi…
- Tu n'arrêtes pas de me le dire, je le sais maintenant. Et ne me dis pas que t'en as pas envie, même si je suis énorme ! »
Cette fois-ci, son homme préféra ne pas réagir, se contentant de l'embrasser dans le cou et sur l'épaule. Il y eut un silence pendant quelques secondes, puis Draco leva les yeux vers le plafond avant de prendre une grande inspiration.
« Dis, Harry… Et si j'arrivais pas à perdre mes kilos en trop ?
- Pourquoi tu n'y arriverais pas ?
- Je vais attendre longtemps avant de pouvoir faire du sport. Et je bouffe tellement que…
- Ton corps a besoin de temps. Tu aimes le sport, ce n'est pas une contrainte, et avec le bébé, tu as besoin de manger. Je ferai des menus plus équilibrés.
- Harry, la plupart de tes repas sont équilibrés, c'est moi qui me ressers sans arrêt…
- Ah oui, c'est vrai. »
Son léger rire le détendit un peu, mais pas assez pour que l'idée disparaisse de sa tête.
« Ça m'emmerde.
- De quoi ? Tes kilos en trop ? Qu'est-ce que ça peut faire si tu mets du temps à les perdre ?
- Tu comptes faire ceinture combien de temps, après l'accouchement ? »
Après quelques secondes de réflexion, Harry parut comprendre où il voulait en venir, car son étreinte autour de lui se resserra.
« Ça prendra le temps que ça prendra.
- Comment tu fais ?
- Je veux faire l'amour avec toi parce qu'on le veut et non pas parce qu'on le doit. Même si le sexe est important, il y a d'autres moyens de prouver ses sentiments et d'être intime.
- Donc si j'ai encore des rondeurs mais que j'en peux plus et que je te saute dessus… Tu t'en fiches ?
- Ouais. »
A nouveau, il l'embrassa sur l'épaule, sous souffle caressant sa peau humide.
« Et… Si je suis énorme, parce que j'ai pas eu le temps de retrouver une alimentation correcte et de faire trois pas sans que…
- Ouais. »
Son cœur s'emballa dans sa poitrine tandis que sa propre main caressait mécaniquement son ventre.
« Donc si je suis encore gros…
- Si j'aimais pas ton corps, Draco, je serais parti depuis longtemps. Donc si toi tu décides d'assumer tes rondeurs…
- Tu m'aimes comme je suis.
- Oui.
- J'ai du mal avec ça.
- Tu ne voudrais plus de moi si j'arrêtais de me muscler ?
- Bien sûr que non !
- Et si je prenais du poids ?
- Non…
- Et si je tombais enceint, est-ce que…
- J'ai compris, Harry.
- Alors arrête de te prendre la tête avec des bêtises pareilles. »
Draco laissa aller sa tête en arrière. Il avait raison, même si ça lui en coûtait de le reconnaître. Dans le fond, il n'était pas si affreux, c'était son regard qui empirait tout. La copine de Charlie était enceinte de quatre mois et elle était bien plus grosse que lui à la même période, et elle semblait bien le vivre. Et puis, si son chéri s'en fichait, alors qu'il était quasiment le seul à le voir avec des vêtements mettant en évidence sa grossesse…
« Tu pourras me prendre en photo.
- T'es sérieux ?!
- Oui…
- Raaaah je t'adore !
- Harry, doucement ! Tu mets de l'eau partout !
- M'en fous, c'est moi qui nettoies. »
Sa main mouillée caressa sa joue puis tourna sa tête vers lui afin qu'il l'embrasse. Draco se laissa faire en se disant que ce type lui ferait vraiment faire et accepter n'importe quoi…
OoO
J-59
Sa tante coupa un petit morceau de tarte à la rhubarbe avec sa cuillère puis le porta à sa bouche. Elle parut apprécier, ce que Draco parvenait difficilement à comprendre, tellement il détestait ça. Harry lui avait refait goûter, dernièrement, parce que les goûts évoluaient en grandissant, mais cela n'avait absolument pas changé son opinion en la matière.
« Et comment a réagi ta mère ?
- Elle était hors d'elle.
- Ça ne m'étonne pas. Et ton père ?
- Je crois qu'il a préféré ne pas intervenir, au risque de se prendre un coup de griffe.
- Il n'a même pas essayé de négocier ?
- Il a dû comprendre que ça ne servirait à rien. Il m'a juste demandé si son nom figurerait dans la liste de ceux mon fils.
- Comme si Harry allait refuser ça…
- C'est ce que je lui ai dit. »
Draco se resservit une tasse de thé fumant qui sentait divinement bon.
« Tu sais, Draco, je suis sincèrement étonnée que Narcissa ne vous ai pas vus venir. Enfin, surtout Harry, il arrive à te faire faire n'importe quoi.
- Tu exagères…
- Bien sûr que non. Il t'a fait rentrer dans la tête qu'avoir un enfant sans être marié n'était pas une mauvaise chose. Il est très fort.
- Quand tu parles, on dirait que c'est un vil manipulateur.
- S'il n'était pas aussi bêtement romantique, je pense qu'on pourrait l'affirmer. »
Le blond eut un léger rire. Elle n'avait pas tout à fait tort, et c'était ce qui faisait tout son charme.
« J'aurais bien voulu être là, tiens. Ta mère est tellement obnubilée par les traditions que c'en est presque comique.
- Je te signale que tu as appelé ta fille Nymphadora…
- J'ai toujours aimé ce prénom, je n'y peux rien s'il faisait partie des prénoms tendances de l'époque. Tu sais, à la base, si Nymphadora n'aimait pas son prénom, c'était parce qu'elle était garçon manqué et ça faisait trop « fifille » pour elle… Ta mère voudrait juste sauver au moins un petit quelque chose de cette affaire, mais ce n'est pas parce que ton môme s'appellera Acturus ou je ne sais quoi que ça arrangera votre histoire.
- C'est ce que disait Harry. Et aussi que je n'avais quasiment rien choisi dans cette grossesse…
- Et il a parfaitement raison, ton homme. Surtout que vous avez choisi un très joli prénom. »
Ses mots lui arrachèrent un sourire. Quand ils lui avaient annoncé qu'ils appelleraient leur fils Lysander, Andromeda avait été agréablement surprise. Cela lui avait beaucoup plu, ce qui avait grandement soulagé Harry. Ce dernier avait secrètement tellement angoissé à propos de cette histoire de prénom qu'il voyait en Andromeda la fin de ses souffrances.
La veille, Draco lui avait fait part de sa décision d'appeler leur petit garçon Lysander. Après être allé au cinéma, où Harry le traîna très difficilement à cause de son ventre, ils dînèrent dans un restaurant discret de la capitale, et au moment du dessert, le blond aborda le sujet. Il était allé voir Alguff dans la matinée à la banque, parce que ce dernier l'avait menacé de le noyer de beuglantes si jamais il ne se pointait pas rapidement au travail pour boire un de ses maudits thés à la menthe, et le gobelin n'avait pas manqué de lui dire à quel point était stupide de se torturer l'esprit avec des questions pareilles. Il était très fier de son prénom très délicat que ses parents avaient méticuleusement choisi eux-mêmes. Draco n'avait pas bien compris quoi Alguff était un prénom délicat, mais en revanche, il avait saisi le message.
Ce fut au moment du dessert que le blond aborda le sujet du prénom et Harry fut heureux de sa décision. Visiblement, il était toujours aussi séduit, et même s'il avait proposé d'autres prénoms, Draco savait qu'il l'aurait écouté et qu'ils en auraient parlé ensemble sans tenir compte du respect des traditions. Ce soir-là, ils avaient également parlé des autres prénoms qui suivraient traditionnellement celui de Lysander sur l'acte de naissance. Et parce qu'ils n'avaient vraiment pas envie de négocier, ils décidèrent de lui donner leurs propres prénoms et ceux de leurs pères respectifs. Cela éviterait à Lucius de se sentir lésé et à Narcissa de s'étrangler si jamais son petit-fils manquait de patronymes.
« Merci. Harry l'a dit à tout le monde et les réactions sont plutôt bonnes. Maintenant, ils cherchent tous à savoir qui sera le parrain et la marraine…
- Et je suppose que vous avez votre petite idée… »
Sa tante le regardait d'un air sardonique. Elle avait très bien compris jusqu'où les avait amenée leur réflexion sur la question. Le choix était rapidement fait, de toute façon. Du côté de Draco, il ne pouvait y avoir que Blaise et Pansy, et du côté de son homme, ce serait Ron et Hermione. Malgré l'attitude de son meilleur ami au début de sa grossesse, Harry ne voyait aucun problème à en faire le parrain de son fils, lui ayant déjà pardonné depuis longtemps. Draco ne voyait pas non plus d'objection à confier ce rôle au rouquin.
Cependant, le problème de la marraine se posait, et le blond avait beau adorer Pansy, il ne la voyait pas vraiment dans ce rôle, d'autant plus que Harry avait du mal à se lier à elle. Hermione, au contraire, était plus prévenante et ils partageaient beaucoup de points en commun. Ainsi, ils décidèrent finalement que Lysander Malfoy-Potter aurait un coureur de pantalons pour parrain et une Sang-de-bourbe pour marraine. Et ils ne savaient pas quand exactement ils en parleraient à ses parents…
« Tu as le temps pour leur parler de ça.
- Et je vais le prendre, mon temps… »
Quand il disait à ses amis qu'il ne se passait pas un repas sans qu'Harry ne se prenne la tête avec ses parents, le plus souvent en prenant sa défense parce que Draco était incapable de tenir tête à sa mère sans plonger dans la culpabilité, il était en dessous de la réalité. Enfin, en général, ils se bouffaient la gueule durant le plat de résistance et finissaient par se calmer au dessert. Cependant, lorsque Draco leur avait annoncé la grande nouvelle, sa mère s'était transformée en furie, au point de se lever de table pour hurler plus fort encore, tellement fort que Lucius n'avait plus su où se mettre. Forcément, il se sentait concerné, mais Draco continuait à penser que, au point où ils en étaient, son père n'était plus à ça près. Il allait très certainement tirer la gueule quand il apprendrait qui serait la marraine de son petit-fils, mais ce jour-là, il semblait un peu largué.
Au bout d'un moment, à bout de nerfs, Narcissa quitta même la table. Cette histoire de prénom était la goutte d'eau qui fit déborder le vase, et plutôt que de la laisser tranquillement reprendre ses esprits dans la pièce d'à côté, Harry l'y poursuivit et s'enferma un bon quart d'heures avec elle. Quand elle sortit, elle avait le visage encore rouge et les yeux un peu humide, mais elle semblait apaisée et apte à tenir une conversation sans s'énerver pour un rien. Ils purent donc déguster leur dessert dans une bonne ambiance avant de quitter le Manoir.
Et juste avant de partir, pour la première fois depuis que Draco et Harry étaient ensemble, Narcissa prit le brun dans ses bras.
Quand ils rentrèrent, Harry ne voulut pas lui raconter ce qui s'était passé avec sa mère, et même aujourd'hui, il ne savait pas exactement ce qu'ils s'étaient dits. Il savait juste que son homme avait parlé de son engagement avec lui et du bébé à venir. Mais pour le reste, c'était le flou total, et parce qu'Harry lui avait demandé de ne pas insister parce que c'était très personnel, Draco en était resté là.
« Bon, mon cher neveux, je vais devoir te laisser. Teddy va sortir de l'école et on doit finir son déguisement pour demain.
- Quel déguisement ?
- C'est l'anniversaire d'un de ses camarades demain et il veut avoir le plus beau costume. Tu comprends, il a tellement fait sensation à son propre anniversaire, il ne peut pas décevoir son public.
- Il t'a dit ça ?
- Si je puis me permettre, il commence à très bien t'imiter.
- Tu exagères ! »
Sa tante ricana avant de demander l'addition, et au moment où le serveur la posa devant eux, Draco insista pour régler l'addition. Andromeda grogna pour la forme mais il savait qu'elle aimait se faire inviter, surtout dans des salons de thé aussi raffinés que celui-ci. Puis, ils quittèrent les lieux et se séparèrent. Plutôt que de rentrer chez lui, le blond se dirigea vers l'apothicaire du coin. Harry s'était blessé au travail et il avait une sacrée entaille sur le bras. Ils avaient de quoi le soigner mais ils manquaient de bandages et de potions désinfectantes.
Il faisait bon et Draco n'avait pas trop mal au dos, pour une fois. Malgré la taille de son ventre, il profita de la balade sans trop se poser de questions et se sentir gêné à cause du regard des autres. Il ne tarda pas à arriver à la boutique, et après avoir discuté une dizaine de minutes avec l'apothicaire qu'il commençait à bien connaître, Draco sortit avec ses petites courses en espérant que la blessure d'Harry ne s'était pas rouverte dans la journée. Enfin, il partit en direction d'un bar lui donnant accès à cheminée pour qu'il puisse rentrer chez lui.
« Draco ? »
Mais à peine fit-il trois pas que tout son corps se statufia. Son cœur parut s'arrêter un quart de seconde avant de repartir de plus bel, et quand le blond se retourna, il vit Kenneth planté à deux mètres de lui.
Il n'avait pas changé depuis le temps. Quoique, il avait un peu grossi, son visage s'était comme arrondi. Il avait coupé ses cheveux, aussi, mais il restait aussi bel homme que lorsqu'il l'avait quitté, des mois plus tôt. Et en le revoyant, Draco se rappela avec nostalgie pourquoi il avait craqué pour lui et pourquoi il avait envisagé une vie à deux. Il était pile son genre d'homme, et pour ses parents, il resterait le gendre idéal. Et malgré les souvenirs heureux qui refaisaient surface, en dépit de toute la rancœur qu'il éprouverait encore pour Kenneth, Draco ressentit comme une grande bouffée d'amour gonfler son cœur.
Quand il le voyait, quand il se rappelait de la vie qu'ils avaient menée ensemble durant quatre mois, Draco se rendait compte à quel point il avait de la chance.
Et à quel point il pouvait aimer Harry, pour ses qualités mais aussi pour ses défauts.
Et qu'après avoir goûté à son mode de vie, à la tendresse de ses bras et la douceur de sa voix, il ne pourrait plus jamais vivre avec un homme comme Kenneth.
« Bonsoir, Draco. »
Le visage un peu hésitant de son ex s'adoucit d'un léger sourire. Draco le lui rendit. Surpris, Kenneth parut ne pas savoir comment réagir. Le blond lui-même se demanda pourquoi il était si calme et pourquoi il lui souriait, alors que cela faisait des mois qu'ils ne s'étaient pas croisés et qu'il ne lui inspirait que de la rancœur. Puis, juste avant que Kenneth ne reprenne la parole, Draco se dit que ce qu'il avait osé lui faire le rendait finalement heureux.
« Comment tu vas ?
- Aussi bien qu'un homme qui s'est fait engrosser par accident. »
Sa réplique fit disparaître son sourire. Il avait tellement de choses à lui dire, à lui reprocher, mais d'un coup, Draco ne se sentit plus la force de lui faire des reproches. Cela faisait si longtemps qu'il ne l'avait pas vu et il s'était passé tellement de choses depuis… Au fond, Draco s'en fichait. Il le détestait, mais cette haine qui l'habitait auparavant avait disparu, car il attendait un bébé qu'il aimait déjà et son père ensoleillait sa vie. Il ne manquait de rien et sans qu'il ne sache très bien comment, il était parvenu à retomber sur ses pattes.
Kenneth fit quelques pas vers lui. Il le dépassait un peu et Draco trouva cela un peu bizarre, habitué qu'il était à regarder droit devant lui quand il parlait à Harry.
« Je suis désolé. Je te demande pardon, Draco.
- Pardon pour quoi ? Pour m'avoir empoisonné ? Pour avoir retourné Blaise contre moi ? Pour avoir raconté des conneries sur mon compte ? Ou pour avoir détruit ma vie ? Ne me regarde pas avec ces yeux-là, Kenneth. Tu es une ordure, ce n'est un secret pour personne.
- Je n'aurais pas dû faire ça. J'ai perdu la tête. Si je pouvais revenir en arrière, je changerais tout ça…
- Mais tu ne retourneras pas en arrière. Et personnellement, je n'en aurais pas envie non plus. »
Le regard de son ex se durcit. Draco ne put réprimer un sourire amusé qui assombrit encore plus son visage. Forcément, il savait qu'Harry vivait chez lui, tout le monde était au courant de leur relation ainsi que de sa paternité. Si Harry ne jugeait pas utile de le crier sur tous les toits, ses parents n'avaient pas manqué de le faire à sa place, non sans dégainer un double du rapport du test si besoin.
« J'ai appris pour toi et Potter. J'aurais jamais cru que tu coucherais avec ce type.
- Pourquoi ? Pas assez bien ?
- Il ne te correspond pas. Conrad et Malcolm, pourquoi pas, mais pas lui. »
La manière qu'il eut de prononcer le nom de son ex meilleur ami lui donna des frissons de plaisir. Visiblement, cette histoire avait véritablement ruiné leur amitié. Récemment, Draco avait croisé Malcolm en compagnie d'Harry. La rencontre avait été très tendue. Quelques jours avant qu'ils n'aient les résultats du test, son ex amant lui avait avoué ses sentiments en lui demandant de réfléchir sérieusement à une relation à deux, ou plutôt à trois. Forcément, excédé, le blond ne l'avait pas recontacté. Et quand ils s'étaient rencontrés, Malcolm avait royalement ignoré Harry qui lui rongeait son frein. Il digérait difficilement les avances qu'il lui avait faites, d'autant plus que Malcolm était très bel homme. Bien qu'un peu trop distingué pour Draco, qui les préférait plus naturels, impulsifs.
« C'est ton avis.
- C'est vraiment le père du bébé ?
- Oui. Tu en doutes encore ?
- Au début, il avait décidé de le reconnaître sans…
- Crois ce que tu veux, Kenneth. Harry est le père du bébé à tous les niveaux.
- Et tu l'aimes ? »
Il est encore amoureux de toi, lui avait dit Blaise récemment. Il ne t'a jamais oublié et il ne supporte pas l'idée qu'Harry ait tout ce qu'il a toujours désiré avec toi.
« Qu'est-ce que ça peut te faire ?
- Alors tu ne l'aimes pas.
- Ça te soulagerait ? Tu crois que je me mettrais en couple avec lui par dépit ? Je vaux mieux que ça, Kenneth. Parce que si c'était mon genre, je me serais contenté de toi et je ne t'aurais pas quitté. Ne me regarde pas avec ces yeux-là, s'il te plait. Quand je vois le connard que tu es, je m'estime chanceux. Et toi aussi, d'ailleurs, tu es chanceux. Car crois-moi, Kenneth, si jamais j'étais tombé enceint de toi… Je n'aurais pas donné cher de ta peau. »
Sans aucun doute, cette paternité-là aurait été la pire. Draco y avait pensé au moment de faire le test, même s'il était évident que Kenneth n'était pas le père du bébé par rapport aux dates. Savoir que Kenneth était le second père aurait été comme un viol, et voir son fils grandir aurait été douloureux. Conrad et Malcolm auraient rendu les choses moins difficiles, ce n'était alors la faute de personne, et Draco aurait réussi à gérer la situation, ou du moins, il en aurait été capable.
Face à lui, Kenneth semblait ronger son frein. Sans doute avait-il beaucoup de choses à lui dire, mais il n'y parvenait pas. Peut-être parce qu'il comprenait enfin que tout était terminé et que ce piège qu'il lui avait tendu et qui aurait pu détruire son existence se révélait au final plutôt positif, dans le sens où cette chose qui avait grandi dans son ventre portait à présent un prénom et que le second père était en train de devenir l'un des hommes de sa vie.
Le premier étant en train de sommeiller au creux de ses hanches…
« Je sentais que tu t'éloignais et je voulais qu'on ait une vraie vie à deux.
- Je m'éloignais parce que tu en parlais trop, de cette vie à deux. Tu m'étouffais et j'avais besoin de temps. Me faire boire cette potion ne m'aurait pas rapproché de toi.
- Je sais. Mais à ce moment-là, je voulais t'unir à moi et… C'était stupide. Je le sais. Mais je t'aimais à la folie… Est-ce que Potter te rend heureux ?
- Oui.
- Comment est-ce qu'il fait ?
- Je n'en sais rien. Mais si demain il me demande en mariage, j'accepterai. »
Dans ses yeux, il vit que c'était le coup de grâce. Son visage se brouilla soudain et il parut soudain sur le point de céder. Mais Draco n'avait ni envie de le prendre en pitié, ni de subir ce spectacle sans intérêt. Kenneth n'existait plus pour lui, il en avait la preuve à présent, et une page venait définitivement de se tourner.
« Maintenant, oublie-moi. Fais comme si je n'avais jamais existé parce que c'est ce que je fais depuis des mois. Je pensais te détester toute ma vie et ne jamais être capable d'assumer cette grossesse. Tu m'as fait beaucoup de mal et je n'ai aucune honte à le dire. Mais à présent, je suis heureux. J'ai peur de l'avenir, mais je serai heureux avec mon fils et mon compagnon. Dans un sens, je peux te remercier pour ça. »
Kenneth n'arrivait plus à le regarder dans les yeux. Alors Draco, ne sachant plus quoi dire et les pensées entièrement tournées vers Harry, mit fin à cette conversation, dont il avait sans doute besoin pour avancer.
« Je vais te laisser, je crois que ça vaut mieux.
- Sans doute. Si un jour tu as envie de…
- Je n'aurai jamais envie.
- Parce que lui, tu l'aimes ?
- Ouais. »
Draco lui dit au revoir, sans en rajouter plus, puis tourna les talons et le quitta. En marchant, il se sentit comme soulagé d'un poids. Il devait lui parler, à un moment ou à un autre, et l'avoir fait lui permettrait sans doute de penser et parler de lui plus facilement avec Harry, qui n'aimait pas ça mais qui hésitait souvent à aborder le sujet, qui revenait de temps en temps à cause de ses parents.
Kenneth était définitivement de l'histoire ancienne.
OoO
J-40
Son ventre était énorme. Il pesait sur ses hanches, sur son dos, et quand il se déplaçait, Draco se sentait comme encombré. C'était lourd et il avait la sensation que les meubles ne cessaient de se rapprocher de lui à mesure qu'il évoluait chez lui, et pourtant, il était arrêté depuis suffisamment longtemps pour connaître la place de chaque meuble. De plus, Draco se fatiguait vite et passait son temps aux toilettes, ses envies d'homme enceinte, la centrifugeuse de son homme, son addiction au thé et sa vessie ne faisant pas bon ménage.
Cependant, il devait avouer que malgré la taille impressionnante de son ventre, Draco vivait plutôt bien la fin de sa grossesse. C'était très certainement dû au fait qu'il avait enfin accepté son état et qu'en plus Lysander avait tendance à donner de plus en plus de coups de pieds, lui rappelant régulièrement sa présence. Comme si Draco l'ignorait… Mais sentir son fils gigoter dans son ventre le rendait plutôt serein.
Bon, si Draco était honnête avec lui-même, il avouerait que sa vision des choses avait changé quand il s'était vu en photo avec le ventre découvert. Mais ça, il le reconnaitrait plus tard.
Assis sur la chaise de l'entrée, Draco attendait depuis dix bonnes minutes. Son homme venait de le rejoindre pour enfiler ses chaussures et se préparer à sortir. Bien installé, le blond le regardait se préparer pour aller travailler, connaissant à présent ses rituels par cœur. Il avait tendance à l'accompagner de plus en plus souvent jusqu'à la porte d'entrée avant qu'il ne parte travailler, histoire passer encore un peu de temps avec lui et éviter de glander des heures durant dans son lit et attendre que la journée se passe, sans rien faire.
Mais ce jour-là, c'était un peu spécial.
Harry s'en allait.
« T'as rien oublié ?
- Non, j'ai tout vérifié. De toute façon, je n'ai pas besoin de grand-chose non plus.
- C'est vrai. »
Il arrivait que Harry quitte la maison plusieurs jours d'affilé pour des missions spéciales. Si son absence était difficile à cause de sa grossesse qui le coinçait chez lui, elle était tout de même gérable. Le brun lui préparait quelques repas et laissait trainer nombre de petites attentions qui rendaient ses départs moins pesants. Cependant, quand il lui avait annoncé deux semaines auparavant qu'il serait absent pendant une quinzaine de jours, Draco avait mis du temps à le digérer. D'une part, ses journées lui paraitraient bien longues, et d'autre part, le savoir loin de lui si longtemps ferait naître en lui de l'angoisse.
Et en le voyant enfiler cette espèce de grand manteau à attaches qui lui servait de robe de travail, et qui lui allait fort bien d'ailleurs, et que Draco prévoyait de lui faire mettre sans rien dessous pour la lui arracher ensuite, le futur père se rendit compte à quel point l'attente serait longue. Il ne savait même pas comment il allait faire pour occuper ses journées et ses soirées, surtout. A n'en pas douter, il embarquerait Teddy avec lui à chaque potentielle sortie de sa tante. Sinon, il deviendrait fou…
Harry se tourna enfin vers lui, fin prêt. Il lui fit un sourire qui se voulait réconfortant, mais sans vraiment y parvenir, car Draco ne put lui répondre.
« Tout ira bien, ne t'en fais pas.
- C'est pour toi que je m'inquiète. »
Il s'approcha de lui et lui attrapa gentiment les mains, l'incitant à se lever. Il était tant de partir. Alors Draco se redressa avec quelques difficultés puis le prit dans ses bras, enlaçant son cou pour y nicher son visage et respirer une dernière fois son odeur. Malgré la présence dérangeant de son ventre entre eux, Harry parvint à lui enlacer la taille et l'apaiser par de douces caresses dans son dos.
« Prends soin de toi. Et si tu as un problème, va voir Ron et Hermione, ils…
- Oui je sais. Toi aussi, prends soin de toi. »
Le blond se recula et regarda son visage qu'il tenait entre ses mains. Puis, il l'embrassa tendrement sur la bouche, en se disant que ces deux semaines sans lui seraient bien longues. Enfin, il se recula, croisa son regard et glissa quelques mots contre sa bouche.
« Je t'aime, mon chéri. »
Son sourire éclatant fut l'une des dernières images qu'il vit avant son départ, et ce fut sans doute ce dont il avait le plus besoin.
OoO
J-29
Avec une délicatesse extrême, Draco dénoua le ruban puis ouvrit la grande boite en carton bleu. Elle contenait toute une panoplie du parfait petit prince, avec les bodys, les pyjamas, les chaussons… Histoire de ne pas vexer sa mère qui avait les yeux rivés sur elle, Draco inspecta méticuleusement chaque pièce en se disant que Harry allait se foutre de sa gueule quand il rentrerait.
Chaque vêtement avait dû coûter les yeux de la tête, et ils étaient nombreux. Certains conviendraient au nouveau-né tandis que d'autres lui ne lui iraient que dans les mois à venir. Draco remarqué qu'elle avait en plus fait attention à bien prendre des vêtements pour les temps cléments et d'autres pour l'hiver, avec les couvertures qui allaient bien entendu avec. Ses mains finirent par tomber sur un nécessaire de toilette, qui comportait une serviette où le nom de son fils était brodé, ainsi qu'une dizaine de couches. Il préféra garder pour lui que son fils porterait des couches moldues. Sa mère était de bonne humeur, il n'avait pas envie de tout gâcher.
« Merci, Mère. C'est très beau, ça me fait plaisir.
- Je t'en prie, Draco. J'ai essayé de faire en sorte que ça corresponde à vos goûts.
- Comment ça ?
- J'ai cru comprendre que cet idiot qui te sert de compagnon actuellement aimait les pyjamas avec des animaux dessus.
- Je me disais bien que ce n'était pas ton genre d'acheter des pyjamas avec des lapins dessus…
- Je m'adapte comme je peux. »
En réalité, Harry n'éprouvait pas d'affection particulière pour ce genre de motif, c'était plutôt Draco qui en était complètement gaga. Mais parce que c'était plus simple de faire porter la faute sur son cher et tendre, autant lui laisser cette idée dans la tête.
« En tout cas, merci beaucoup.
- Ca va lui plaire ?
- Sans aucun doute. »
En voyant le contenu de la boite, Harry allait très certainement se moquer de lui. Les vêtements étaient si précieux et délicats que jamais il n'arriverait à les mettre au bébé sans craindre de les tâcher ou de les abîmer. Et, surtout, quand il apprendrait que, oui, Draco avait eu des pyjamas en soie peints à la main, il aurait du mal à s'en remettre… Même s'il savait que ce n'était que des vêtements d'apparat…
« Je vais emmener ça là-haut.
- Je te suis. »
Draco posa la boite à côté de lui sur le canapé et essaya de se lever. De suite, sa mère lui attrapa le bras pour l'aider. Si au début il était très étonné, le blond avait fini par s'habitué à être ainsi aidé par Narcissa qui semblait avoir été marquée par l'attitude de Harry envers lui. En effet, l'auror faisait tout pour lui faciliter la vie, en l'aidant à se lever, en lui tirant la chaise, en lui proposant son bras quand ils se déplaçaient… Il faisait ça avec tellement de naturel que ses parents ne semblaient pas comprendre ce que ça cachait, et dernièrement, sa mère avait enfin saisi que Draco n'était pas uniquement gêné par son ventre mais les douleurs qu'il créait dans son corps non conçu pour porter un enfant.
Ensemble, ils gagnèrent l'étage et entrèrent dans la chambre de Lysander, dont le nom figurait enfin sur la porte. C'était d'ailleurs la seule chose en matière de décoration que ses parents leur avait offert, Harry ayant finalement donné son accord pour qu'ils fassent fabriquer quelque chose pour habiller la porte. Il leur avait cependant interdit de fabriquer une nouvelle porte, ce qui les frustra beaucoup. Finalement, vu l'énormité de l'œuvre en bois précieux qui portait le nom de leur fils ainsi que tout un tas de décorations florales et animales, son chéri s'était retrouvé à visser la pièce sur la porte, ne pouvant guère la coller étant donné qu'elle occupait une bonne moitié du panneau. Cela avait beau être très joli, Harry avait haï ses parents pour leur goût du luxe.
La chambre, en revanche, n'avait pas beaucoup changé. A près d'un mois avant la naissance du bébé, elle s'était juste agrémentée de quelques cadeaux qu'ils avaient reçus au cours de ces dernières semaines. En effet, Draco recevait de plus en plus de colis de la part de ses proches mais aussi et surtout de ses connaissances, de celles de ses parents, de personnes voulant se faire bien voir auprès de son père et de Harry… Ce dernier manqua de devenir dingue en voyant l'amoncellement de vêtements, jouets et couches en tissus dans les combles. Et parce que le blond n'avait rien à faire de ses journées, il lui avait quasiment ordonné de trier tout ça et de ne garder que ce qui lui plaisait. Le reste, ils le donneraient à un orphelinat.
Du coup, Draco invita Hermione et Pansy pour dépiauter dans la joie et la bonne humeur les présents. Hermione fit donc ses courses, au point où elle en était, tandis que Pansy s'amusait à critiquer les cadeaux parfois insolites. Ce moment créa une certaine complicité entre les deux femmes qui avaient toujours eu du mal à s'entendre, au point que Pansy conseilla la future maman parfois plutôt perplexe sur certains objets.
Draco posa la boite sur une commode, prévoyant de la ranger quand Harry serait rentré afin de tout lui montrer d'un coup. Quand il se retourna, il vit que sa mère regardait à nouveau la chambre, la détaillant des yeux comme si c'était la première fois qu'elle la voyait. Pourtant, elle ne venait jamais chez eux sans passer par là, et à force, elle devait la connaître encore mieux que lui. Draco savait que ce qu'ils avaient fait ne lui plaisait pas, pas plus à elle qu'à son père, et qu'elle estimait que son petit-fils méritait bien mieux que cette décoration misérable. Si elle avait été très blessante la première fois qu'elle y avait mis les pieds, au point que Draco avait quitté la pièce pour s'isoler dans sa chambre pour ne pas prononcer de paroles qu'il regretterait ensuite, elle avait appris à tenir sa langue depuis pour ne plus le blesser. Son fils ne lui avait plus adressé la parole pendant quasiment une semaine, et pour une fois, elle avait plus ou moins compris la leçon.
« Vous avez rajouté des peluches depuis la dernière fois.
- Oui, j'ai trié les cadeaux que nous avons reçus.
- Ils sont dans le grenier ?
- On va donner ce qu'on ne garde pas.
- Ce n'est pas très poli de ne pas garder des présents, Draco.
- Je sais.
- C'est Harry qui t'a dit de le faire ?
- Oui.
- Et tu l'écoutes ?
- Oui. Parce qu'il a raison. On n'est pas au Manoir, Mère, et je n'ai pas besoin de mettre un pyjama immonde à mon fils pour faire plaisir à je ne sais quel sorcier.
- Tu as beaucoup changé, tu sais. Avant, tu n'étais pas comme ça.
- Avant, j'aurais fait tout ce que tu aurais voulu pour ne pas vous décevoir. Tomber enceint par accident t'a tellement déçu que je ne suis pas à ça près. »
C'était Harry qui lui avait remarqué que, dernièrement, il avait tendance à faire payer à ses parents leur attitude à différents moments de sa grossesse. Sans doute avait-il raison, aussi bien sur son comportement que sur cette espèce de plaisir qu'il lisait dans ses yeux quand Narcissa ou Lucius détournait le regard d'embarras ou de tristesse.
« Et je pense sincèrement que Harry m'accorde simplement un peu trop de libertés. Il me laisse faire ce que je veux. Et je ne voulais pas garder tout ça. »
Sa mère resta silencieuse. Puis, elle s'avança vers le lit du bébé qu'elle avait tant critiqué, posa sa main dessus puis se pencha soudainement pour attraper quelque chose. Draco la rejoignit et la regarda analyser une peluche. C'était celle que Harry avait acheté au Teddy's house, comme il le lui avait promis des mois auparavant. C'était un phénix d'une douceur incroyable dans les tons rouges, jaunes et orangés. Il espérait qu'elle plairait au bébé, beaucoup plus du moins que les autres qui encombraient son couffin.
« Elle n'était pas là, la dernière fois. Qui vous l'a offerte ?
- C'est Harry qui l'a achetée.
- Ah oui ? Je ne voyais pas Harry payer si cher pour une peluche. C'est une bonne boutique.
- Chaque Noël, il offre une peluche de cette boutique à Teddy.
- Je comprends… »
Son regard dévia sur le côté droit du couffin où siégeait un lapin gris bleu. A chaque fois qu'elle venait, elle regardait toujours ce doudou, même s'ils la changeaient sans arrêt d'endroit. Dernièrement ils avaient décidé de la mettre dans le couffin. C'était Draco qui avait pris la décision, même si Harry n'était pas d'accord.
Parce que la seconde fois où Narcissa avait mis les pieds dans cette chambre avec Lucius, elle avait été si assassine sur les peluches qui venaient d'atterrir dans le couffin que le visage de Harry s'était littéralement décomposé. Il avait alors pris le doudou, la couverture en-dessous, l'oreiller brodé et avait quitté la pièce pour les jeter dans le grenier et s'enfermer ensuite dans sa propre chambre.
Et alors Draco avait explosé. Comme il n'avait jamais explosé de sa vie.
Il avait hurlé si fort après sa mère que même son père n'avait pas osé piper mot. Tétanisée, sa mère avait subi ses foudres et tous ces reproches que Draco n'avait jamais osé formuler. Il lui reprocha tant de choses, son éducation sans affection, son manque de compréhension, son insensibilité quant à ses problèmes, tous ces objets qu'ils lui avaient offert mais dont il gardait si peu de souvenirs, car à peine usés ils étaient remplacés, cette enfance dont il ne gardait pas vraiment de souvenir heureux, ce soutien qu'elle avait apporté à Kenneth plutôt qu'à lui, cette honte qu'il lui inspirait sans cesse alors qu'il n'avait rien demandé, et cette incompréhension, putain, elle ne comprenait rien, parce qu'elle ne voulait pas comprendre !
Enfin, les larmes aux yeux, il lui avait craché que si elle réfléchissait, si elle ne venait pas dans cette maison pour tout détruire, elle aurait compris que cette misérable peluche appartenait à Harry quand il était enfant, qu'il n'avait jamais pu en profiter, ni de ça, ni de son lit, ni de ses parents, et que même si lui ne demandait jamais rien, ça lui faisait du bien de savoir que quelque chose à lui se trouvait dans le lit de son fils. De savoir que tout ce qu'il n'avait jamais eu, Lysander l'aurait. Et que si Draco faisait tout ça, c'était parce qu'il n'avait rien à transmettre, rien qu'il voulait offrir à son fils, et tout ce qui faisait partie de l'enfance de son compagnon comptait énormément à ses yeux.
Mais ça, sa mère ne pouvait pas le comprendre. Et quelques jours plus tard, après les avoir virés de chez lui, quand il la rencontra dans une rue tranquille du chemin de Traverse, elle ne put que le saluer avant de se mettre à pleurer devant lui.
Elle regrettait.
Chaque mot, chaque geste, chaque attitude.
Elle regrettait de ne pas l'avoir soutenue, de ne pas avoir été là quand il avait vraiment eu besoin d'elle, de ne pas avoir compris à quel point Harry était important pour lui et combien son enfance solitaire l'handicapait dans sa paternité.
Et si le couple lui avait pardonné, après une vraie conversation qui avait remis les choses à plat, Narcissa et Draco savaient que la peine qu'elle avait crée en Harry était toujours là. Il ne voulait plus être avec dans la chambre, même si elle insistait, et ne parlait jamais de tout ce qu'elle contenait. Et Draco avait eu tellement de mal à le consoler et à le forcer à laisser ces trois objets dans le couffin qui préféra laisser le temps couler. Quand le bébé serait né, les choses s'apaiseraient, mais pour le moment, Harry ne se sentait pas capable de faire face aux réactions de ce qui, dans son cœur, était en train de devenir comme une troisième mère.
Chose que Draco avait fini par deviner et qu'il dut faire comprendre à sa mère. Harry l'appréciait beaucoup malgré leurs prises de bec, et quand le blond finit par lui expliquer les sentiments que son homme éprouvait à son encontre, Narcissa manqua d'en tomber de sa chaise. Cela ne fit que renforcer sa culpabilité, que Harry n'était pas encore capable d'apaiser, terrifié qu'il était d'entendre encore dans sa bouche que cette chambre était glauque et misérable.
« Vous avez annoncé à Blaise et Weasley qu'ils seront parrain et marraine ?
- Oui, on leur a dit avant que Harry parte en mission.
- Ils devaient être heureux.
- Très. »
Hermione avait été comme soulagée, sans doute parce qu'elle craignait que Draco ne refuse que son fils ait pour marraine une née-moldue. Quant à Blaise, il avait manqué de pleurer tellement il n'y croyait pas, persuadé qu'il était que Théodore serait favorisé, étant donné que lui n'avait pas trahi leur ami. Après avoir entendu cette théorie-là, le brun avait haussé un sourcil en répliquant qu'il adorait Draco mais de là à devenir parrain… Il ne sentait absolument pas prêt à avoir ce genre de responsabilité.
Quant à ses parents, la nouvelle était passée très difficilement, surtout auprès de son père, mais ils avaient préféré ne rien dire. Le coup d'éclat de Draco les avait secoués et ils jugeaient sans doute qu'ils avaient déjà suffisamment pris pour leur grade.
« Nous pensions organiser la cérémonie cet été, étant donné que Lysander va naître mi-juillet.
- Tu me laisserais l'organiser ?
- Il faut voir avec Harry.
- Il faut toujours voir avec Harry…
- Tu ne m'écoutes pas quand je te dis que tu en fais trop. Lui, oui. »
Un sourire apparut enfin sur ses lèvres. Dans le fond, même s'il lui prenait la tête, elle l'aimait bien. D'un amour un peu vache, mais elle ne se forçait pas en sa présence et ne prenait pas non plus sur elle pour venir chez eux.
« Mais je crois qu'il avait dans l'idée de te laisser t'occuper de ça si tu en avais envie.
- Vraiment ?!
- Le jour où on se mariera, tu ne pourras rien gérer, donc il voudrait au moins te laisser ça.
- Je serai insupportable le jour où tu te marieras…
- C'est une évidence.
- Tu es mon fils unique, c'est normal, Draco. Je veux ce qu'il y a de mieux pour toi.
- Et je l'ai trouvé. Et ne t'en fais pas, nous ferons un beau mariage.
- J'aime t'entendre parler de mariage.
- Ce n'est pas pour tout de suite, mais on en a envie. Mais on préfère attendre encore un peu, le temps que Lysander grandisse un peu et qu'on retrouve une vie normale. Pour voir si ça marche.
- Vous vous aimez, ça ne peut que marcher.
- C'est pas si simple…
- Je doute fortement que Harry remette tout en question, il t'aime sincèrement et ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Et si toi, tu tiens à lui, cela ne peut que fonctionner. Tu te poses trop de question, Draco. L'avenir t'a toujours fait peur.
- J'ai peur qu'il s'en aille, un jour. Qu'il se lasse de moi.
- Tu sais, mon chéri, tu n'as pas un caractère si difficile que ça. Mais je dois te dire que depuis que tu es enceint, tu es insupportable, et si Harry arrive à rester avec toi alors que tu passes ton temps à jurer comme un charretier, c'est qu'il t'aime vraiment beaucoup. Ne ris pas, je ne t'ai jamais entendu autant insulter les meubles où tu te cognes depuis ces derniers mois…
- Je n'y peux rien s'ils se mettent sans arrêt sur mon chemin… »
Ils eurent un léger rire complice, le genre de rire que Draco n'avait eu que trop rarement avec sa mère ces dernières années. Cette dernière baissa à nouveau les yeux vers la peluche, puis la reposa dans le couffin et se pencha pour attraper le petit lapin qui avait causé tant de discorde. Elle le regarda quelques instants, puis sa voix s'éleva dans la chambre.
« Comment Harry vit le fait qu'il y ait autant d'affaires à lui dans cette chambre ?
- Plutôt bien.
- Plutôt ?
- Il… Il a l'air d'aller mieux. Enfin, il me parle de choses très personnelles, ces derniers temps, et Tante Andromeda m'a dit que ça l'aidait, même si ça le gêne un peu. Je crois qu'il a peur de m'imposer trop de choses, alors que c'est moi qui ai décidé de mettre tout ça ici.
- C'est comme… une thérapie ?
- Je pense plutôt que ça guérit certaines blessures. Si Lysander ne joue pas avec ce doudou, il ne sera pas déçu, mais le fait qu'il soit dans sa chambre lui fait du bien. Je pense sincèrement que c'est une manière pour lui de faire revivre ses parents, à travers des objets qu'ils ont choisi pour lui.
- Ca doit être difficile.
- Pas vraiment, il est souvent ému mais…
- Pas seulement pour lui. Pour toi, aussi.
- Il ne m'impose rien, tu sais. Il ne m'impose pas tout ça, ni ses souffrances. C'est moi qui vais les chercher pour essayer de les guérir. »
Harry se montrait très superficiel, quand il parlait de lui. Il était bien rare qu'il traite le moindre sujet sur sa personne en profondeur, et après avoir gratté la surface en pensant que cela ne cachait rien, Draco avait fini par comprendre que son homme gardait beaucoup de choses pour lui.
Dernièrement, alors qu'ils parlaient de vacances catastrophiques que Draco avait passé étant jeune avec Pansy dans le nord du Royaume-Uni, Harry lui avait dit qu'il n'était jamais parti en vacances parce que les Dursley ne l'emmenaient jamais avec eux, et du reste, ils quittaient très rarement leur maison du 4, Privet Drive. Du coup, Draco avait commencé à l'interroger sur son enfance, et après quelques résistances, Harry avait fini par lui avouer quelques petites anecdotes, histoire de satisfaire sa curiosité. Mais et au fil de la conversation, il finit par lui révéler des choses plus douloureuses.
La naissance de Lysander éveillait beaucoup de joie en lui mais rouvrait aussi des blessures dont il n'avait pas toujours forcément conscience. Apprendre qu'il était le vrai père du bébé lui avait donné une toute autre vision de son futur rôle, et forcément, ses parents qu'ils n'avaient pas connu s'étaient mis à le hanter. En mal, d'abord, et puis, à force de discussions, Harry s'était apaisé. Il ne pourrait jamais rattraper le temps perdu et sauver son enfance gâchée, pas plus qu'il ne pourrait ramener ses parents à la vie. Il pouvait cependant leur rendre hommage d'une toute autre manière et offrir à son fils tout ce dont il avait manqué étant plus jeune, même si au final cela lui faisait plus de bien à lui qu'au bébé. Ce ne serait pas une peluche de trop dans son couffin qui perturberait Lysander, pas plus qu'un couffin, une couverture, un oreiller, un doudou et quelques pyjamas.
« Eh bien, mon fils, on peut dire que vous vous êtes bien trouvés, tous les deux, entre toi et ton caractère de cochon et lui l'estropié du cœur.
- On croirait entendre Tante Andromeda…
- C'est ce qu'elle m'a dit l'autre jour.
- De quoi ?
- Que tu as un caractère de cochon et que Harry est un estropié du cœur.
- Elle est impossible…
- C'est ma sœur. Elle m'a dit aussi que tu l'embêtais avec tes envies d'homme enceint.
- Elle a dû employer un langage moins délicat.
- Je ne m'abaisserai pas à répéter exactement ce qu'elle m'a dit. elle m'a dit aussi que tu t'étais beaucoup attaché à Teddy.
- On peut dire ça.
- Allons-nous finir par devoir le considérer comme notre petit-fils également ?
- Etant donné qu'il considère Harry comme son père et Lysander comme son petit-frère, on peut dire que oui. Mais tu n'y es pas obligée.
- Le jour où tu le considèreras comme ton fils, j'y serai obligée.
- Je sais que tu méprises les hybrides et que Teddy est à tes yeux une erreur de la nature, à tous points de vue. Donc, ne te force pas. »
Sa mère ne répondit pas. Harry n'attendait rien de particulier de la part de ses beaux-parents et Teddy encore moins. Lucius et Narcissa lui inspiraient toujours une sorte de crainte, au point qu'il se cachait toujours quand ils venaient le voir. Pourtant, ils n'avaient jamais eu de mots blessants envers l'enfant, mais sans doute que leur attitude générale, leur allure et le ton de sa grand-mère en leur présence influençaient grandement sa perception des choses.
Andromeda avait une relation particulière avec sa sœur, elle pouvait être aussi complice que cynique, et même mauvaise, avec sa cadette. A partir du moment où elle s'était mariée avec Ted, Narcissa l'avait toujours prise de haut et cela ne s'était pas arrangé quand elle prit le nom de Malfoy. Si Andromeda était folle de sa fille unique, malgré sa différence, Narcissa n'avait cessé de lui faire sentir que sa vie, à elle, était bien mieux que la sienne. Il fallut qu'elle perde son unique enfant, son époux et son presque fils pour que sa petite sœur change d'attitude à son encontre. Mais il était trop tard.
Et surtout, quand enfin Andromeda accepta l'idée que Ted ne dormirait plus à ses côtés et que Nymphadora ne rentrerait plus jamais à la maison, les yeux rivés sur son petit-fils, elle réalisé que, elle, elle avait eu une belle vie.
Elle avait tout perdu.
Mais elle avait eu une belle vie.
Avec un mari qui l'aimait passionnément, avec une petite fille qui avait ensoleillé leur vie comme aucune autre enfant n'y serait parvenu.
Et à présent, elle avait un petit-fils, qui ne remplacerait jamais ceux qu'elle avait perdu, mais qui la forcerait à regarder de l'avant.
Narcissa, elle n'avait pas eu tout cela. Une vie luxueuse et pleine de plaisirs, certes, mais elle n'avait pas connu ces bonheurs simples que son aînée avait eu la chance d'avoir. Ce manque cruel de complicité avec son fils unique était un de ses plus grands regrets, parmi tant d'autres qu'Andromeda prenait un malin plaisir à lui rappeler, surtout en ces temps difficiles où Draco n'obéissait plus à rien car décidé à être heureux.
Cependant, malgré tout ça, quelque chose était en train renaître en le futur père et ses parents. Si au final Draco se confiait davantage à sa tante qu'à sa propre mère, il retrouvait un peu de cette complicité qui lui manquait tant, à force de la voir, de discuter avec elle et d'aborder des sujets très personnels. Et sans doute qu'avec la naissance de Lysander, ils se rapprocheraient encore plus, étant donné qu'elle avait prévu de s'occuper de lui quand il reprendrait le travail, même s'ils avaient prévu d'embaucher une nurse.
Nurse qui ne serait jamais embauchée sans l'accord de sa mère, très à cheval sur ces questions-là. La bataille s'annonçait déjà bien rude pour Harry. Draco, lui, préférait ne pas s'en mêler directement. Mieux valait tempérer son homme et le guider plutôt que de prendre parti. On était Serpentard ou on ne l'était pas.
OoO
J-23
Dans son sommeil, il entendit vaguement la porte d'entrée s'ouvrir puis claquer doucement. Il était tellement fatigué, perdu dans son demi-sommeil qu'il fut incapable d'ouvrir les yeux et de bouger. Pourtant, il en avait envie, car en entendant le bruit caractéristique de ses pompes qu'il rangeait d ans le meuble, de sa robe qu'il déboutonnait pour la pendre et le frottement de ses chaussettes sur le parquet, Draco sentait son cœur s'emballer dans sa poitrine.
Tu es en retard, eut-il envie de lui dire alors qu'il entrait dans le salon. Il lui avait tellement manqué durant ces presque trois semaines qu'il aurait voulu l'engueuler, pour la forme, le prendre dans ses bras et l'embrasser comme un perdu. Ils étaient tellement bien ensemble que ces journées lui avaient parues interminables, au moins qu'il n'avait cessé de sortir pour s'occuper et voir autre chose que cette maison où plus rien ne semblait le retenir.
Mais son corps ne lui répondait pas. Dans son demi-sommeil s'évaporait au fil des secondes, Draco l'écouta s'approcher de lui. Il était allongé dans le canapé où il avait fermé les yeux quelques secondes, qui avaient dû se transformer en plusieurs heures. Positionné sur le côté, il sentit Harry s'assoir tout contre son ventre et se pencher vers lui pour l'embrasser sur la joue.
Le blond poussa un soupir alors que ses lèvres déposaient une myriade de petits baisers, ses bras l'entourant tendrement. Sa tête se nicha contre la sienne et il respira son odeur. Draco papillonna les yeux, parvenant avec peine à s'extirper du sommeil. Harry sentait mauvais, un mélange de transpiration et d'un je ne sais quoi caractéristique d'un manque certain d'hygiène.
« Bonsoir, Harry. »
Après avoir déposé un baiser dans ses cheveux, Harry se redressa et croisa son regard. Il avait les traits fatigués mais le regard vif, et comme Draco avait cru le sentir, il ne s'était pas rasé depuis quelques jours.
« Bonsoir, mon cœur.
- T'es en retard.
- Oui, je suis désolé.
- Et tu pues.
- Et ça fait surtout deux jours que je ne me suis pas brossé les dents. »
Harry sourit en entendant son léger rire.
« Je vais me laver. Je t'emmène au lit ?
- Je t'accompagne.
- Où ?
- Au bain.
- T'es sûr ?
- Je peux aller me coucher, si tu préfères.
- Laisse-moi prendre une douche avant de couler le bain, alors…
- C'est ce que je comptais faire. »
Tous deux échangèrent un sourire complice. Draco n'était pas vraiment réveillé mais ces bains ensemble étaient devenus une sorte de rituel quand Harry rentrait après une mission difficile ou bien de mauvaise humeur. Tendrement, Harry l'embrassa sur le front, puis le leva, l'aida à s'assoir pour éviter qu'il se rendorme puis fila dans la salle de bain.
OoO
J-7
« Draco, tu as faim ?
- Je veux mourir…
- Je sais, mon cœur, mais ça ne répond pas à ma question.
- Plus jamais, Harry, plus jamais…
- Heureusement que tu n'es pas tombé enceint à cause de moi, sinon les reproches pleuvraient…
- Tu as eu de la chance sur ce coup-là. On n'est pas prêt d'en faire un deuxième, ça c'est moi qui te le dis !
- Oh Draco, dis pas ça… »
Son chéri, son ange, son amour, ce connard qui était la cause actuelle de ses souffrances entra dans la chambre avec un charmant sourire sur le visage. Par Merlin, qu'est-ce qu'il pouvait le détester à cet instant précis, lui et sa bite… Certes, c'était Kenneth qui l'avait empoisonné, mais il lui fallait bien détester quelqu'un et comme son homme avait eu la magnifique idée de prendre un congé pour l'accompagner avant et après sa délivrance, il était le coupable idéal. Car il était hors de question de porter la faute sur le bébé qui, lui, ne demandait qu'à sortir…
« Tu veux quelque chose ?
- Des bananes.
- Tu déconnes ?
- Non. Je veux des bananes. Et du chocolat.
- Tu sais que t'as mangé un kilo hier et que j'ai plus de…
- Chéri…
- Ah non, ça, ça ne marche pas avec moi ! Tu ne veux pas autre chose ? J'ai la flemme d'aller au supermarché, et en plus, on dîne dans même pas une heure…
- Harry, tu m'as demandé deux fois si je voulais manger quelque chose et je t'ai répondu.
- T'es insupportable…
- T'avais qu'à bosser plutôt que de prendre des congés ! »
Au fond de lui, Draco était persuadé qu'Harry s'arrêterait durant quelques jours avant l'accouchement, mais il n'aurait jamais pensé que son homme prendrait un mois entier, profitant de son congé paternité pour s'occuper de lui et du bébé. Plutôt que de l'aider dans ses dernières semaines, il avait préféré consacrer la majeure partie de son congé aux toutes premières semaines de Lysander, histoire de soulager Draco et de l'aider au quotidien. Sa décision fut un véritable soulagement.
Du coup, depuis presque une semaine, Harry restait à la maison et le peu de choses que Draco faisait encore, tel que se lever pour vider le garde-manger, il cessa totalement de le faire. La gynécomage était formelle sur ce point, il ne devait plus bouger pour éviter tout souci et étant donné qu'Harry ne travaillait plus, il pouvait profiter de sa présence. Chose que Draco faisait avec un grand plaisir mais aussi avec une certaine colère : le brun avait beau être le compagnon idéal, être allongé sur son lit à longueur de journée le rendait dingue.
« C'est vraiment essentiel ? Les bananes ?
- T'avais qu'à ne rien me demander…
- Bougonnes pas.
- Je ne bougonne pas. »
Harry s'avança vers le lit. Depuis un mois, Draco avait vraiment commencé à devenir insupportable, entre ses sautes d'humeur, ses envies d'homme enceint et tout ce qui allait avec. Ces trois semaines passées sans Harry avait empiré son état étant donné que son homme était resté cinq jours à la maison pour soigner ses blessures et se reposer. Bien évidemment, il s'était beaucoup occupé de Draco et les caprices de ce dernier n'avaient cessé d'empirer quand il reprit le travail, le laissant à nouveau seul, et surtout, incapable de faire grand-chose.
C'était d'ailleurs son état d'énervement qui avait poussé Harry à prendre son congé un peu plus tôt que prévu. Après avoir surpris Draco en train de pleurer comme une Madeleine dans la salle de bain à cause d'une dispute stupide à propos du dîner qui s'était terminée par un coup de gueule d'Harry, ce dernier se dit qu'il était vraiment temps qu'il arrête de travailler. Le blond lui avait avoué qu'il ne parvenait quasiment plus à se prendre la tête avec lui sans se sentir mal et le plus souvent pleurer dans son coin. Et depuis son arrêt, les choses semblaient s'apaiser. Du moins, Draco s'ennuyait moins, même si Harry n'était pas tout le temps avec lui.
« J'ai préparé du saumon.
- Si j'étais mièvre au possible, je te dirais que tu es un amour.
- Mais comme tu n'es pas mièvre, tu vas me dire qui ?
- Que tu es l'homme idéal. »
Alors qu'Harry pouffait, Draco s'enfonça dans ses coussins en posant une main sur son ventre. Lysander lui donnait des coups de pieds, et pour le faire comprendre à son compagnon, il tapota la peau tendue sous sa robe. Aussitôt, Harry s'assit sur le lit et laissa sa main voyager sur son ventre énorme avant de poser sa tête et d'écouter. Alors Draco se mit à caresser ses cheveux noirs avec une tendresse que conférait l'habitude. Plus qu'une semaine avant la libération.
« Ça va, ton traitement ?
- Ça va. Ça fait un peu mal, mais au point où j'en suis, de toute façon…
- C'est bientôt fini.
- Ouais.
- On va être papas !
- Il parait.
- Cache ta joie…
- Oh mais je suis heureux. Ma vie sexuelle va enfin…
- Tu ne penses vraiment qu'au cul.
- Si tu arrêtais un peu de te balader torse nu ou en short, je penserais moins au cul.
- Mais on est en juillet !
- Et alors ? Tu me frustres à un point inimaginable. »
Son homme l'embrassa sur le ventre puis se redressa pour déposer un baiser appuyé sur sa bouche. Il eut un sourire avant de lui dire à voix basse que pour leur première fois, il ne serait pas déçu. Et alors Draco eut vraiment, mais alors vraiment envie de le tuer.
« Tu es abominable.
- Moi aussi je t'aime.
- Une ordure de la pire espèce.
- Cette ordure te nourrit et t'as fait découvrir les bananes au chocolat.
- Une abomination à toi tout seul… Tu sais que je vais souffrir le martyr pour retrouver mon corps de rêve après l'accouchement ? Et ne me dis pas que je suis beau quel que soit mon état parce que c'est pas vrai… »
Il se sentait si mal depuis quelques temps à cause de son corps qui le lâchait, des douleurs de la grossesse et celles à présent de la potion qui lui permettrait d'accoucher qu'une angoisse encore inconnue avait commencé à grimper en lui. Son corps, il savait qu'il le retrouverait parce qu'il était hors de question que les kilos stagnent sur ses hanches indéfiniment et passer des heures en salle de sport ne lui faisait absolument pas peur, au contraire. Cependant, à se voir, il commençait à se poser vraiment des questions sur son rétablissement.
En plus, Harry était quasiment tous les jours en short et avait le culot de dormir en caleçon à cause de la chaleur : non seulement il voyait son corps de rêve tous les jours et subissait malgré lui la comparaison avec le sien, mais en plus ça le frustrait de ne pas pouvoir le toucher comme lui l'aurait voulu. Du coup, tout ce qui touchait à son physique lui causait des idées noires. Ce qui le poussait à manger encore plus, et c'était un cercle sans fin.
« Alors je ne te dirai rien.
- En fait si, dis-moi que je suis beau. Ça va me remonter le moral.
- Tu es le plus beau des hommes enceints de la terre.
- Et toi le plus crétin des futurs papas. Et oui, je sais, il donne des coups de pieds, mais on parle, je te signale, donc arrête de regarder mon ventre…
- Excuse-moi.
- Sois plus convaincant dans tes excuses. »
Alors Harry se pencha vers lui et se fit pardonner de la plus exquise des façons. Et contre sa bouche, les yeux clos, Draco se dit qu'il avait de la chance de l'avoir. Il ne savait pas comment il aurait fait s'il avait été seul, sur le plan émotionnel. Tous deux savaient que son immobilité et l'état de son corps le faisaient enrager et que c'était une manière comme une autre d'oublier le bébé et la peur que sa naissance lui inspirait.
Peur de se louper. De ne pas réussir à le faire sortir, d'entraîner des complications.
Peur de rater.
De tout rater.
Le bébé, l'accouchement…
Et puis les premiers jours, ceux où on apprenait à le tenir, à le nourrir, à le toucher. A changer sa couche, à écouter ses besoins, à le laver, à différencier ses cris…
Les premiers jours dans son rôle de père.
Et plutôt que de s'angoisser avec ça, il préférait se plaindre sur son corps dont il se fichait éperdument, en réalité. Il n'avait plus aucune honte avec Harry, qui le déshabillait à présent, mais c'était toujours mieux de s'en lamenter plutôt que de se laisser aller à des angoisses qui lui trottaient malgré tout dans la tête depuis plusieurs semaines. Il les partageait parfois avec Harry qui avait besoin d'en parler, même s'il était bien plus serein que lui, mais généralement, son homme sentait son mal-être et coupait court à la conversation. Même si bientôt il ne pourrait plus faire comme si de rien n'était…
OoO
J-1
C'était abominable.
Souvent, il avait essayé d'imaginer ce que ce serait, que ce soit au début, au milieu et même à la fin de sa grossesse. Quand les premières contractions étaient arrivées, signes annonciateurs d'une délivrance prochaine, Draco s'était dit que ce ne serait qu'un mauvais moment à passer. La potion censée transformer ses organes génitaux le jour venu n'avait pas arrangé les choses, mais jusqu'au bout, le futur père avait pensé que ça irait. Qu'il s'en sortirait.
Mais jamais, Ô combien jamais il n'aurait imaginé que cela se passerait ainsi. Que cela lui ferait si mal, comme si une partie de lui-même tentait de s'arracher de son corps. Il sentait le bébé en lui comme il ne l'avait encore jamais senti durant ces derniers mois, et le moins qu'on puisse dire, c'était que cela ne faisait vraiment pas du bien. Ça donnait même envie de crever.
Cependant, Harry était là. Alors que les médicomages s'activaient autour de lui, et malgré toute l'agitation et l'attitude épouvantable du futur papa, Harry était toujours là, lui tenant la main, se laissant agripper le bras et insulter de tous les noms. Les reproches pleuvaient et Draco ne manquaient pas de l'envoyer chier à chaque remarque un tantinet agréable. Même quand il lui caressait le front ou l'embrassait. Il ne supportait pas sa présence presque étouffante, il ne supportait pas son regard posé sur son visage écarlate et en larmes, sur son corps difforme.
Mais à chaque fois que Harry s'éloignait de quelques centimètres ou qu'il lâchait sa main ne serait-ce que pour quelques secondes, Draco paniquait et le suppliait de ne pas l'abandonner. Et il avait beau lui répéter qu'il resterait là jusqu'au bout, il avait beau lire de la détresse et de la souffrance dans ses yeux, Draco était terrifié.
Le bébé allait sortir.
Ça faisait mal.
Très mal.
Quand il hurlait qu'il souffrait et que Harry lui répondait qu'il savait, Draco lui crachait que non, il ne pouvait pas savoir.
Mais en plus de la souffrance, il avait aussi la peur.
Qu'il s'en aille.
D'être seul avec ces gens qu'il ne connaissait pas, qui lui gueuleraient dessus pour qu'il donne le meilleur de lui-même, à exposer des parties génitales qui ne lui appartenaient pas.
De ne pas arriver à le faire sortir, parce qu'il ne voyait pas comment il arriverait à l'expulser…
Et s'il ne l'aimait pas ? Et si cet enfant n'éveillait rien lui ? Avait-il soufflé à Harry, alors qu'il essayait de le consoler, revenant tout juste d'une cellule où il s'était changé en vue de l'accouchement.
Il voulait fermer les yeux et attendre que ça passe.
Il voulait tout oublier.
La souffrance, la peur…
Il n'avait jamais voulu cet enfant, par Merlin… On l'avait piégé… Pourquoi devait-il autant souffrir pour quelque chose qu'il n'avait jamais désiré ?
Que ça s'arrête.
Par pitié, que ça s'arrête…
OoO
J-0
Il sortait.
C'était indescriptible. Son corps était en feu, il hurlait, mais il parvenait malgré tout à sentir le corps étranger se frayer un chemin hors de lui et les médicomages lui ordonner à pousser, comme si c'était facile, comme s'il faisait preuve de mauvaise volonté.
« Allez Mr Malfoy, encore une fois ! »
Les « encore une fois », il en faisait depuis il ne savait combien de temps. Il souffrait le martyr, incapable d'imaginer que le bébé sortirait un jour de son corps. Il s'imaginait le garder indéfiniment en lui, parce qu'il n'aurait jamais la force de l'extraire de ses entrailles.
A côté de lui, Harry était à moitié allongé sur son torse. Au fil des minutes, Draco l'avait ramené vers lui, se tenant à lui, griffant sa peau avant de lui déchirer sa tenue jetable puis le tee-shirt qu'il portait dessous. Son homme l'encourageait, lui sortant des conneries si énormes que ça le mettait en colère, engendrant en lui un peu plus de forcer pour pousser encore et toujours.
Etait-il donc si faible ?
Pourquoi cela ne marchait-il pas ?
Pourquoi Lysander refusait-il de sortir ?
Le punissait-il de ne pas l'avoir aimé plus tôt ?
De ne pas l'avoir aimé assez fort ?
Alors que putain, qu'est-ce qu'il pouvait l'aimer, son bébé… Il avait fallu Harry pour qu'il accepte son état et son fils, mais par Merlin, il l'aimait déjà comme un dingue, il s'était organisé pour sa venue, pour lui consacrer tout le temps dont il aurait besoin, il avait même envisagé de travailler un peu moins pour s'occuper de lui et ne pas faire comme ses parents qui le laissaient seuls des journées entières dans sa chambre…
Je ne t'ai pas voulu, mais tu es déjà toute ma vie…
« Allez Mr Malfoy ! On voit la tête ! On voit la tête ! Encore un effort ! »
Et soudain, il se passa quelque chose. Sur le coup, Draco n'aurait su dire quoi, mais il sentit que c'était différent malgré la douleur qui l'enflammait de toute part. Et, il entendit que la tête était sortie. Enfin.
Et alors il trouva la force de pousser pour sortir le reste. Il n'aurait su dire où l'avait trouvée, car épuisé, il pensait sincèrement ne pas réussir à y arriver. Peut-être étaient-ce ces images qui flottaient dans sa tête, des images où il voyait Lysander dans ses bras, en train de courir dans le jardin, tenir la jambe de Harry comme Teddy le faisait quand il cuisinait ou encore installé dans le canapé à boire son biberon tout en regardant la télévision.
Peut-être était-ce ce bonheur qu'il touchait du bout des doigts qui lui donna la force de l'expulser de son corps, enfin.
Soudain, il y eut un bruit.
Un bruit qu'il ne connaissait pas et qu'il mit du temps à reconnaître, pris qu'il était dans le tourbillon de sa souffrance, des cris, des voix, et du soudain soulagement de son corps qui avait enfin accompli sa mission. Ce ne fut qu'en fermant ses yeux humides un court instant qu'il réalisa que Lysander hurlait.
A quelques mètres de lui, son bébé hurlait.
Alors il rouvrit les yeux et, hagard, le chercha du regard. Ne le trouvant pas, il leva la tête vers Harry qui tenait sa main contre son visage, pleurant les yeux fermés sans doute de soulagement. Ses paupières se rouvrirent et alors ils échangèrent un regard indescriptible.
C'était fini.
Il avait souffert, mais c'était fini.
« Et voici la petite merveille ! »
Une sage-femme posa soudain le bébé sur son torse. Il n'était pas beau, non, avec toute cette saleté sur lui, son visage ridé crispé par la souffrance qu'il devait endurer, à présent qu'il était à l'air libre. Et pourtant, Draco sentit l'émotion le submerger et bientôt, il fut incapable de voir les traits de son visage tant il pleurait.
De soulagement.
De bonheur.
D'amour.
Lysander Draco Harry James Lucius Malfoy Potter.
Son petit prince.
« Il est magnifique… »
Draco leva les yeux vers Harry qui semblait dans le même état que lui, avec ce sourire béat et ses yeux humides. Cette vision agrandit son sourire, et quand il pencha la tête sur le côté, il l'embrassa sur le front, avec cette tendresse tellement insupportable quelques minutes plus tôt.
Les souffrances étaient terminées.
Et une nouvelle vie s'ouvrait à lui…
OoO
J+1
Lysander dormait.
Allongé dans son couffin en verre, il sommeillait paisiblement depuis une dizaine de minutes. Le matin même, Draco avait pu le changer et l'habiller sous le regarder bienveillant d'une infirmière qui lui montra patiemment les gestes. A présent, il portait un pyjama bleu pâle avec une girafe blanche et grise sur le ventre. Il paraissait minuscule dans son lit, qui n'était pourtant pas bien grand, et quand il l'avait lavé un peu plus tôt, Draco avait été très perturbé par sa taille et sa fragilité.
Pourtant, il avait déjà vu des nouveau-nés et il savait plus ou moins à quoi s'attendre. Mais le tenir dans ses bras, le laver et caresser sa peau l'avaient rendu toute chose. Ce n'était pas vraiment du dégoût ou de l'embarras, comme il l'avait pensé au début, mais plutôt la terreur de mal s'y prendre et de le casser.
Car il ne faudrait pas grand-chose pour que Lysander se brise entre ses bras maladroits.
Cependant, tout s'était bien passé, et une fois la peur un peu évanouie, Draco avait pu le tenir dans ses bras et s'abreuver de son visage, qui n'était dans les faits pas spécialement beau, mais qu'il trouvait magnifique. C'était son fils, et donc sa petite merveille à lui. Et un peu plus tard, quand Théodore viendrait lui rendre visite, il serait soulagé de l'entendre dire que son fils était beau. Lui qui n'aimait pas les bébés et qui n'hésitait pas à dire qu'ils étaient franchement laids, serait agréablement étonné par la beauté de ses traits.
Draco avait déjà eu l'occasion de lui donner ses tous premiers repas. Ce fut un moment tendre et intime, comme il ne l'aurait sans doute jamais imaginé. Lysander n'était pas bien gros mais de taille correcte, selon le médicomage, et il mangeait plutôt bien. Le nourrir renforça encore un peu plus ce sentiment de paternité qui l'avait tant torturé ces derniers mois, et tout particulièrement ces dernières heures.
Il n'était également pas dit que ce ne serait pas insurmontable.
Que ce serait difficile, parce que Lysander était petit, fragile, parce qu'il pleurerait sans arrêt et qu'il tomberait malade, comme tous les bébés, mais ce ne serait pas insurmontable. Qu'il arriverait à s'en occuper et à trouver un certain plaisir à être avec lui.
Il était papa.
Et malgré les larmes de Lysander qu'il avait fallu calmer et endormir, Draco se sentait bien. Apaisé. Et comme déchargé d'un poids émotionnel dont il ne pensait ne jamais pouvoir se débarrasser.
Lysander dormait, et malgré les circonstances de sa grossesse, les difficultés qu'il avait dû affronter et ces tortures diverses qui l'avaient malmené durant des mois…
Draco était heureux.
Tant pis si c'était un accident, tant pis si un jour il devrait lui avouer comment il l'avait eu, tant pis si Kenneth était une ordure et Harry un homme bien qui le quitterait peut-être un jour…
Tant pis.
Parce que malgré tout, il était heureux que Kenneth l'ait empoisonné.
Et cet enfant qui sommeillait près de lui serait à jamais sa raison de vivre.
Le plus bel accident qui peut arriver dans la vie d'un homme comme lui…
Draco ferma les yeux un court instant. Il avait mal partout, et bien que ses parties génitales soient redevenues normales, cette zone le faisait encore terriblement souffrir, au point qu'aller aux toilettes devenait une véritable torture. Il pensa à Harry, qui avait interdiction de passer avant le début de l'après-midi, le temps que Draco se repose un peu. Il avait accouché dans la nuit et les médicomages voulaient un repos total pour le jeune papa. Le blond n'avait pas protesté, car malgré tout son amour pour Harry, il avait besoin d'être seul.
Et puis, il savait très bien qu'à deux heures tapantes, son chéri serait au garde-à-vous devant la porte, à attendre qu'on veuille bien lui ouvrir…
OoO
On toqua à la porte. Draco qui sommeillait ouvrit les yeux et invita la personne à entrer. Un sourire se dessina sur son visage tandis qu'Harry poussait la porte, un bouquet de roses blanches dans la main et une boite en carton dans l'autre. Il n'y avait bien que lui pour lui offrir des fleurs, et pour se rappeler de ses préférées.
« Bonjour, mon cœur.
- Bonjour, chéri. »
Son visage un peu timide s'illumina d'un sourire magnifique. Tandis qu'il posait les fleurs sur la table de chevet ainsi que la petite boite, Draco se rappela de l'accouchement, de sa présence à ses côtés, de toutes les insultes qu'il avait pu lui cracher au visage, de sa peau qu'il avait griffée et de son tee-shirt qu'il avait déchiré. Il était resté jusqu'au bout et le voir à présent près de lui gonflait son cœur d'amour.
L'accouchement, ce n'était pas si terrible que ça.
Mais au moment où Lysander dut sortir, si, c'était vraiment terrible.
Alors qu'Harry se pencha vers lui pour l'embrasser, Draco lui attrapa les épaules et le serra fort contre lui, cachant son visage dans son cou et respirant son odeur. Son homme l'enlaça avec force, massant son dos et ses épaules. Draco lui rendit son étreinte alors qu'il sentait les larmes lui monter aux yeux. Serrant les dents, il bougea la tête et ses lèvres effleurèrent son oreille.
« Je t'aime… Merci d'avoir été là… »
C'était trop peu comparé à tout ce qu'Harry avait fait pour lui, pendant sa grossesse et son accouchement. Mais il n'y avait pas de mot pour exprimer tout ça, pour s'excuser de son attitude alors qu'il avait tellement besoin de lui…
« Moi aussi je t'aime. Tellement, tellement fort… Tu as été courageux et très fort. Je suis tellement fier de toi… »
Comment calmer ses larmes alors que sa voix un peu chevrotante lui chuchotait à l'oreille tout ce qu'il avait envie d'entendre ? Et ses mains qui ne cessaient de caresser son dos, de le tenir avec force contre lui, sans son ventre énorme entre eux pour les séparer.
« Je suis désolé. Je te demande pardon pour hier…
- C'est pas grave. Tu souffrais, c'est normal.
- Non, je…
- A ce moment-là, tu le pensais très fort, mais tu souffrais beaucoup aussi. Tout va bien maintenant, on en rira plus tard. »
Contre son cou, Draco gloussa. Son étreinte se détendit et celle d'Harry également, jusqu'à ce qu'ils soient suffisamment détendus pour pouvoir enfin s'embrasser. Puis, ils se regardèrent et échangèrent un sourire. Draco avait un visage affreux, il le savait, mais à cet instant, il s'en fichait bien. Il était fatigué de toute façon, et cette après-midi, il serait le seul à passer du temps avec lui. Les visites ne commenceraient que le lendemain, quand il aurait une tête un peu plus potable et surtout un peu plus d'énergie.
« Je t'ai ramené du chocolat. Des fois que tu ais faim.
- Le chocolat ne nourrit pas, Harry.
- Depuis quelques semaines, si, tu t'en nourris…
- Oh, tais-toi…
- Ça fait bizarre que tu n'ais plus de ventre.
- Oh, j'en ai encore, mais c'est vrai que ça fait bizarre. »
Draco posa les mains sur son ventre et ne ressentit pas cette appréhension qui l'avait malmené avant l'accouchement. Ça prendrait le temps qu'il faudrait, mais cette angoisse due à ses difficultés à perdre du poids avait momentanément disparu. Il avait d'autres soucis en tête.
« Bon, et si j'allais voir le petit prince ? »
Harry se leva du lit et en fit le tour avant de se poster devant le couffin et regarder son enfant dormir.
Il resta un long moment à côté du lit, ses yeux verts admirant en silence leur fils, sans oser le toucher. Il y avait beaucoup d'émotion sur son visage et dans ses yeux, au point que Draco sentit sa gorge se nouer. Il n'était pas seulement fier de l'avoir porté et mis au monde, il était heureux aussi d'offrir un tel cadeau à Harry.
Ce dernier finit par se pencher et saisir délicatement Lysander pour le caler ensuite contre lui, tout en lui parlant. Il n'avait pas la maladresse de Draco, ni toute cette crainte de le briser ou de le laisser tomber. Sans doute sommeillait-elle en lui mais il n'en montrait rien, peut-être parce qu'elle n'était pas aussi viscérale que celle du blond. Puis, sans le lâcher du regard, où Draco lisait tant de tendresse, il s'avança vers le lit et s'assit, une de ses mains caressant le duvet blond qui recouvrait une partie de son crâne.
Et alors Draco pleura.
En voyant le visage d'Harry si plein d'amour et d'émotion, en voyant ses bras tenir ce bébé qu'ils avaient fait à deux sans le savoir, en voyant le visage paisible de Lysander, Draco craqua et se laissa aller.
Ça avait été si difficile…
Mais tout allait bien. Tout irait bien.
Harry leva la tête et croisa son regard. Il se mordilla la lèvre, sourit et baissa à nouveau les yeux. Une larme solitaire coula sur sa joue, suivie de quelques autres. Draco l'avait vu si rarement pleurer qu'il sentit son cœur se serrer. Harry faisait partie de ces gens qui n'avaient pas le droit de pleurer, et même si c'était de bonheur, Draco ne pouvait s'empêcher d'en ressentir de la douleur. Alors il les balaya de la main, ce qui lui fit fermer les yeux un court instant.
« Il est beau. »
Ces mots lui arrachèrent une grimace, sans doute à cause de sa voix et de son incapacité à aligner plus de trois mots sans qu'elle ne parte dans les aigues. Draco ne put s'empêcher de sourire, essuyant ses joues et ses yeux.
« Ouais. On s'est pas loupé.
- Je pensais qu'il serait brun.
- Moi aussi. J'espère qu'il aura les cheveux plus disciplinés que les tiens.
- Il faut au moins qu'ils tiennent quelque chose de moi… »
Ils eurent un léger rire tandis que Draco posait sa main sur le genou du brun. Ce dernier se mit à parler au bébé, qui était en train de se réveiller, semblait-il. Draco l'avait fait un peu plus tôt, et s'il avait aimé lui parler, il trouvait ça un peu ridicule. C'était le genre de moment qu'il valait mieux garder pour soi. Mais Harry ne ressentait aucune gêne à le faire devant lui et l'écouter le détendit. Bientôt, les larmes cessèrent de couler et un vrai sourire naquit sur ses lèvres.
« Il est vraiment superbe.
- J'espère qu'il le sera autant que toi.
- Tu es le plus beau de nous deux, mon cœur.
- Je ne suis pas d'accord. Ton regard est plus beau que le mien.
- Mes yeux ?
- Ton regard. Tu as une façon de regarder les autres et le monde qui est plus belle que la mienne. Et puis tu as meilleur caractère.
- Vu comment il va être pourri par tes parents, ce sera un petit Malfoy à coup sûr et non pas un Potter. Et tu es gentil.
- Je ne suis pas gentil. C'est la vérité. Et heureusement, tu seras là pour contrebalancer.
- Heureusement… Tu me feras penser, j'ai amené l'appareil photo.
- J'avais peur que tu oublies. Même s'il ne ressemble à rien…
- Tu exagères ! Tu parles de ton fils !
- Et alors ? Il n'a même pas vingt-quatre heures et il ouvre à peine les yeux…
- Dis tout de suite qu'il est moche.
- Il y a plus beau qu'un nouveau-né de un jour. Mais en comparant aux autres, c'est certainement le plus beau.
- T'as pas vu d'autres bébés de son âge…
- Et je m'en fous.
- Tu me laisserais te prendre en photo ?
- Harry ! Voyons ! Avec la tête que j'ai ?!
- Parle pas fort…
- C'est hors de question que tu me prennes en photo !
- Même pour moi ?
- Même pour toi. »
Le brun lâcha l'affaire pour revenir contempler le nourrisson. Draco savait qu'il cèderait, parce qu'il était incapable de lui résister. Alors, plutôt que de faire sa mauvaise tête, il se pencha pour lui ébouriffer les cheveux.
« C'est bon, prends-la, ta photo.
- C'est vrai ?!
- Mais tu la gardes pour toi ! »
Le sourire aux lèvres, Harry lui tendit le bébé et l'installa confortablement dans ses bras avant de lui dire qu'il l'adorait. Alors, plutôt que de le laisser s'éloigner, Draco posa sa main sur sa nuque pour l'embrasser tendrement sur la bouche. Puis, Harry fouilla le sac qu'il avait jeté sur le sol quelques minutes auparavant et en sortit un appareil photo.
Ils prirent quelques clichés du nourrisson afin de garder un souvenir de cette toute première journée de vie. Puis, parce que Draco hésitait encore, il échangea l'appareil contre Lysander afin de capturer l'image de son homme avec leur fils. Au final, il céda vraiment et essaya de faire bonne figure face à l'objectif. Et parce qu'Harry parvenait à le détendre grâce à de petites blagues, il se laissa convaincre et se poussa un peu sur le côté afin de laisser de la place au brun. L'appareil photo flottant dans les airs, Draco sourit à l'objectif, calé contre Harry et le bébé entre eux.
Plus tard, il saurait qu'il avait bien fait. Certes, il avait une tête de déterré et les cheveux dans tous les sens, mais quand il regarderait cette photo, il se rappellerait à quel point ce moment fut magique, aussi bien pour lui que pour Harry.
Et de plus, il se rendrait compte à quel point il avait fait du chemin depuis cette photo.
Depuis que leur vie à tous les deux avait pris un autre tournant, un nouveau chemin qu'ils commenceraient main dans la main et qu'ils poursuivraient à quelques mètres l'un de l'autre, d'autres petits monstres tenant les leurs, formant alors entre eux un lien indestructible.
OoO
« Par Merlin, mais qu'il est beau ! Oh Draco, si j'avais su que tu ferais un si beau bébé un jour !
- Mère…
- Il est parfait. Tout simplement parfait. Regarde Lucius ! Ne le trouves-tu pas magnifique ? »
Vu la tronche de son père, il devait penser la même chose que Draco : ce nourrisson n'était pas laid, loin de là, mais il n'était pas franchement beau non plus. Autant Harry arrivait à aimer le visage des nouveau-nés, autant son compagnon était-il insensible à leur charme, et il en allait de même pour son père. Cependant, Lucius paraissait malgré tout ému de voir son petit-fils, car même s'il ne disait rien, il regardait Lysander avec une tendresse que Draco n'avait jamais connue. Quant à Narcissa, elle paraissait folle de joie. Sa mère tenait l'enfant avec une grande attention dans ses bras et le dévorait des yeux. Elle n'avait même pas fait de remarque sur le pyjama, c'était dire à quel point son petit-fils occupait toute son attention. Et visiblement, elle était en train d'en tomber amoureuse.
Draco était soulagé. Si personne n'était venu le voir la veille, afin qu'il se repose et parce que, dans les faits, il ne voulait voir personne à part son homme, ses parents s'étaient levés tôt pour venir le voir ce matin-là. Harry avait averti l'hôpital que seule une certaine liste de personnes avait le droit de pénétrer dans la chambre, et quand il était arrivé, il n'avait pu que constater le nombre impressionnant de visiteurs, entre la famille, les amis et les connaissances. Enervé, il avait interdit à quiconque d'entrer tant qu'il n'en aurait pas donné l'ordre, et après avoir poussé une gueulante de tous les diables chez le directeur de l'hôpital, la quasi-totalité des visiteurs durent quitter les lieux. Bien évidemment, cela engendra des tensions, mais Harry sut se faire entendre : seuls les proches auraient le droit d'entrer dans la chambre de son compagnon.
Ce fut donc avec presque une heure de retard que ses parents purent accéder à la chambre. Ils paraissaient énervés par l'attitude protectrice d'Harry, qu'ils ne comprenaient pas bien, mais leur agacement disparut quand ils purent prendre leur fils unique dans leur bras et poser les yeux sur Lysander. Il était content de les voir si heureux mais aussi soulagé de savoir que les promesses du brun seraient tenues. Draco ne voulait pas de ce défilement de visiteurs qui l'épuiseraient et énerveraient son bébé, et bien que son homme lui ait affirmé que seuls leurs proches viendraient le visiter, le blond était persuadé qu'il n'arriverait pas disperser la foule. Mais c'était mal connaître Harry.
Ce dernier paraissait détendu. Cette rencontre l'angoissait bien plus que Draco, même s'il n'y avait guère de raisons que ça se passe mal. Et vu qu'il avait le sourire, il devait être satisfait de la rencontre, d'autant plus que Narcissa ne parlait pas de l'héritage génétique du bébé qui avait le nez de l'oncle Acturus et le menton de la tante Cassiopea. Chose qui l'aurait sans aucun doute profondément agacé.
« Cet enfant est parfait. Absolument parfait.
- Ravi de te l'entendre dire, Mère.
- Elle n'a pas tord. Vous avez fait du joli travail, tous les deux. »
Les mots de son père le touchèrent, et quand Draco tourna la tête vers son homme, ce dernier avait piqué un far monstrueux, écarquillant les yeux de surprise. Il échangea un regarde certain avec Draco avant d'oser lui sourire.
« Tu as raison, Lucius. Maintenant, il ne manque plus que le mariage.
- Mère, par pitié, n'aborde pas le sujet maintenant…
- Un enfant aussi parfait mérite une famille parfaite. Il serait donc temps d'y réfléchir !
- Narcissa…
- Harry et moi avons décidé de nous donner du temps. On pensait peut-être s'unir quand on penserait faire un deuxième enfant.
- Pardon ?! »
C'était Harry qui avait abordé le sujet, quelques semaines auparavant. Il savait que la question du mariage reviendrait sur le tapis, même s'il ne voulait pas en entendre parler. Après une petite discussion, Harry lui avait proposé d'y réfléchir au moment où ils désireraient un deuxième enfant. A ce moment-là, ils sauraient qu'ils voudraient passer leur vie ensemble et cela leur permettrait de prendre tout leur temps pour réfléchir. Draco avait aimé l'idée car cela leur donnerait un répit de deux à trois ans minimum. Et savoir qu'Harry réfléchissait sérieusement à cette union lui faisait plaisir.
« Vous comptez en faire un deuxième ? »
Ses parents étaient aussi surpris l'un que l'autre. L'idée d'enchaîner une seconde grossesse ne faisait pas vraiment peur à Draco. Il en avait déjà vécue une, compliquée sur le plan émotionnel, et si c'était un désir commun il était prêt à retenter l'expérience. La démarche serait différente, moins terrifiante.
« Ce n'est pas exactement ça. Disons que nous préférons nous laisser du temps pour continuer à se découvrir, pour nous occuper de Lysander, et que si un jour nous avons envie d'avoir un autre enfant, nous nous marierons.
- Mais ça vous prendrait combien de temps, ça ?
- Mère !
- Narcissa…
- Je ne sais pas, deux à trois ans.
- Tant que ça ?
- Mère, tu deviens pénible !
- Ce serait mignon, trois ans, Lysander pourrait participer au mariage. »
Un silence de mort tomba sur la chambre. Les regards de ses parents transpercèrent Harry qui se replia complètement sur lui-même, conscient qu'il venait de dire une énorme, mais alors énorme connerie.
« Potter, je ferai comme si je n'avais rien entendu.
- Par Merlin, mais ce n'est pas possible d'avoir des idées pareilles ! Lysander, au mariage ?! Déjà que vous l'avez fait sans vous marier, mais en plus vous… Harry, reprenez-vous, par Morgane !
- Ça devient du grand n'importe quoi. De quoi auriez-vous l'air avec un bébé dans vos pattes, un jour pareil ? Mais qu'est-ce qui vous passe par la tête ? Vous réfléchissez avant de parler, parfois ? »
Harry avait entrouvert la bouche pour répliquer, mais dans ce genre de cas, où la logique sorcière lui échappait complètement, il avait toujours du mal à répondre. Et alors qu'il allait dire quelque chose, Draco lui attrapa la main et la serra fort dans la sienne avant de tourner la tête vers ses parents.
« Inutile de vous en prendre à lui. Je sais que vous êtes frustrés mais pour le moment, calmez-vous et savourez simplement ce moment. Lysander aura deux pères qui s'aiment et une maison confortable, je doute qu'il ait besoin de plus à son âge. »
Ses paroles calmèrent Lucius et Narcissa, mais il savait qu'ils reviendraient très vite à la charge. Draco ne lâcha pas la main du brun, et quand ses parents quittèrent la chambre avec l'ordre de ne faire entrer personne tant que Harry ne les y inviterait pas, il la garda dans la sienne. La porte se ferma et il y eut un silence dans la pièce, que l'auror brisa d'une voix timide.
« J'ai vraiment dit une grosse bêtise ?
- En d'autres circonstances, je crois qu'ils auraient hurlé.
- Ah… Bon, bah tant pis. »
De son pouce, le blond caressa sa main et le regard qu'il lui lança détendit son visage. Harry lui fit même un sourire.
« J'aime cette idée.
- De quoi ?
- Que Lysander assiste au mariage. C'est grâce à lui qu'on est ensemble. »
Sur le coup, Harry ne répondit pas, puis un vrai sourire naquit sur ses lèvres, dévoilant ses jolies dents bien alignées. Draco le lui rendit, et quand son homme baissa la tête pour embrasser sa main, il ferma les yeux un court instant.
Juste un court instant, le temps d'imaginer la scène.
Ridicule, certes.
Ça ne se faisait pas, dans la haute société.
Mais tous deux n'en faisaient pas partie, et parce qu'il avait décidé de passer sa vie avec Harry, il y avait renoncé depuis longtemps. Ils ne seraient jamais un couple comme les autres, de ceux qui essaient de se couler dans un moule pour sauver les apparences. Ils ne seraient jamais des pères modèles avec un fils tiré à quatre épingles qui ne parle pas à table et sélectionne dès son plus jeune âge ses fréquentations.
Ils seraient un couple mixte. Avec lui en robe de sorcier et Harry en vêtements moldus, parce qu'ils avaient débuté comme ça et parce qu'ils s'aimaient comme ça. Leur fils regarderait la télévision le week-end, son biberon calé entre les cuisses et son pouce dans sa bouche, et serait inscrit dans un club de Quidditch où Draco avait lui-même appris à voler. Ils seraient une famille de deux cultures différentes, parce qu'il y avait des avantages dans les deux et qu'ils voulaient pour leur enfant un regard ouvert sur le monde.
Alors Lysander serait présent au mariage et sans doute porterait-il les alliances, symboles de leur union. Peut-être même qu'Harry ne porterait pas la robe traditionnelle mais un de ces costumes que Draco voyait dans ses films et qu'il avait déjà vu sur son dos, et qui lui faisaient un corps de rêve. Car même si ça ne marchait pas comme ça, son Harry, il l'aimait comme ça. Avec ses différences, son ouverture d'esprit, son goût de l'aventure et sa manière de s'adapter à tout, de le faire rêver.
Ils seraient heureux, à leur manière. Draco en était persuadé, même si son sale caractère, ses manières et son éducation ne les aiderait pas à avancer aussi facilement qu'il le souhaiterait. Mais avec les semaines, les mois à venir, ils sauraient trouver un nouvel équilibre.
Ils y arriveraient.
Tous les trois.
Et puis…
Tous les cinq.
FIN
