Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !

Couple : Harry/Draco.

Rating : T.

Voici mon nouveau challenge, adulthood pour Lucie.A-K-H-D. J'espère que cet OS sera à la hauteur de tes espérances ^^ C'est une histoire que je voulais écrire depuis longtemps, même si je ne pense pas l'avoir commencé au bon moment...

Bonne lecture !


Petit retour en arrière...

Il y avait des jours comme ça où, vraiment, on aurait dû rester au lit.

« Attendez, Dr McBoll ! Vous vous rendez compte au moins de la situation ?! »

Pourtant, il savait ce matin-là qu'il aurait mieux fait de rester au lit. Après tout, rien ne le forçait à se lever… Certes, Gringotts manquait toujours de personnel, car si les gobelins ne tombaient jamais malade, ce n'était pas forcément le cas des sorciers. Mais quand même… Quelle idée de se lever alors qu'il aurait pu passer la matinée au lit…

« Ecoutez, Mrs Malfoy…

- Il n'y a PAS de Mrs Malfoy ! Non mais regardez-le, par Merlin ! Regardez-le ! »

Cependant, il était vrai que le tas de dossier qui s'entassait sur son bureau était des plus inquiétants, et franchement, il y avait de quoi avoir honte. Pourtant, Draco était très organisé et aimait le travail bien fait et surtout effectué en temps et en heure. Cela dit, ces derniers temps, il avait tendance à se laisser aller et ses collègues l'avaient bien remarqué. Aucun n'avait osé le lui dire, des fois que le blond se mette en colère et pique une de ces crises dont il avait le secret, mais quand même, ce n'était pas passé inaperçu.

« Je sais Mrs Malfoy que vous êtes inquiète, mais malheureusement, il va falloir attendre. Ce genre de choses prend du temps.

- Du temps ! Et combien de temps ?! Vous êtes médicomage, par Merlin, vous avez fait des études et, si je puis me permettre, vous n'avez plus l'âge de me dire que vous êtes impuissant !

- Malheureusement, je ne peux rien faire. Il va falloir étudier son cas et le garder en observation le temps que…

- Mais combien de temps, par les burnes de Merlin ?! »

Draco ferma les yeux un court instant. On y était : sa mère devenait vulgaire, ce n'était vraiment pas bon signe. En même temps, il y avait de quoi disjoncter, mais sa crise, à lui, elle était déjà passée. Enfin, en vrai, elle n'avait pas été longue, en grande partie parce qu'elle l'avait carrément fait fondre en larmes. Ce qui, en plus, l'avait littéralement épuisé… Et à vrai dire, il était encore tellement fatigué qu'il n'arrivait même plus à réagir, même quand sa mère traitait le médicomage de « kappa visqueux tout juste bon à laver des navets ». Heureusement que c'était un médicomage de famille…

« Mrs Malfoy, s'il vous plaît, calmez-vous. Nous allons trouver la solution, elle existe, mais…

- Trouvez-là !

- Il nous faut du temps. Ça ne se règle pas comme ça. Il faut nous laisser le temps de trouver…

- Et le temps que vous trouviez une solution, j'en fais QUOI de ÇA ?! »

Lentement, Draco rouvrit les yeux. Oui, depuis bientôt une heure, il était devenu un « ça ». Un truc indéfinissable que sa mère avait du mal à regarder, même si franchement il était plutôt beau à voir. Enfin, il existait plus laid que lui, disons. Bon, d'accord, c'était un maigre lot de consolation vu sa situation, mais autant s'accrocher à quelque chose. Au début, c'étaient aux mains de sa mère qu'il se tenait, mais elle les agitait dans tous les sens depuis un bon quart d'heure et là, tout de suite, elle était en train de le montrer d'un air désespéré.

« Vous voulez que j'en fasse quoi, Docteur ? Vous me voyez le trimballer partout ?! Parce que je ne peux pas le laisser au Manoir, vous pensez bien, il va devenir maboul ! Ou c'est moi qui vais le devenir !

- Draco a besoin d'être entouré, de…

- Entouré ? Et par qui ?! Par moi ?! Parce que vous appelez ça être « entouré », de supporter sa mère toute la journée ?! Regardez-le, il n'arrive même pas à faire trois pas sans s'écrouler par terre ! Il n'est bon à rien ! »

Ça commençait à devenir gênant. Une furieuse envie de pleurer lui piqua les yeux et tira les coins de sa bouche vers le bas. Encore une fois, il se sentit pitoyable, mais c'était plus fort que lui. Même si, franchement, avec le regard du médicomage rivé sur lui qui semblait parfaitement deviner ce qui allait se produire si sa mère ne se calmait pas, il y avait de quoi se sentir misérable…

« Même si cette idée vous est insupportable, il est nécessaire, pout le bien de votre fils, bien entendu, que vous mettiez des amis à lui dans la confidence.

- C'est hors de question !

- Draco a besoin d'être entouré, de voir ses amis et d'avoir des gens avec qui il peut communiquer. Si on l'enferme, Mrs Malfoy, cela pourrait très mal se terminer pour le lui. Les conséquences de ce genre de maléfice peuvent être très néfastes pour…

- Je ne peux mettre personne dans la confidence, personne ne saura tenir sa langue ! Et vous imaginez ?! L'héritier Malfoy réduit à ça ?! On va essayer de tuer mon fils, Docteur, on va le tuer ! »

Était-il donc nécessaire de tant dramatiser ? Se demanda Draco en songeant que son extrême vulnérabilité serait sans doute la cause de sa prochaine crise de larmes. Parce que, oui, il venait de craquer, supportant mal les propos de sa mère. Bon, il était à fleur de peau et s'était fait une raison : il était trop fatigué pour s'exprimer autrement que par des pleurs, donc autant se laisser aller.

« Par cette salope de Morgane, il…

- Madame !

- Il pleure encore ! Draco, mon ange…

- Contrôlez votre langage, s'il vous plaît !

- Et pourquoi diable ?! Je parle comme je veux, que je sache !

- Vous êtes en présence d'un enfant ! »

Aussitôt, un cri puissant s'échappa de la gorge de Draco. Ce dernier ferma les yeux et se laissa aller à son chagrin, geignant sur les cuisses de sa mère. Cette dernière hurla de colère et incendia le pauvre médicomage qui se prit la tête dans les mains. Visiblement, il avait oublié que ce mot faisait littéralement craquer son patient, bien plus que n'importe quel qualificatif qu'avait pu employer sa mère auparavant…

« Espèce d'incapable ! Regardez-le ! Il ne pleurait plus, regardez dans quel état vous me l'avez mis ! Draco, par pitié pour ta pauvre mère, calme-toi… »

Mais Draco n'arrivait pas à s'apaiser. Il pleurait et geignait comme un bébé, ce qu'il était plus ou moins redevenu. Et sa mère qui ne savait même pas comment le prendre, vu sa réaction la dernière fois qu'elle avait essayé de le bercer, lui rappelant cruellement l'état dans lequel il était…

Par Merlin, mais pourquoi s'était-il levé ce matin-là…

« Docteur, il ne peut pas rester comme ça ! Regardez-le, il a l'air d'avoir…

- Cinq ans. »

Soudain, sa mère se retourna et Draco cessa de pleurer. Cette grande bourrique de Granger venait d'entrer dans la pièce, robe blanche sur le dos et paperasse dans une main. Le visage sérieux, elle fit le tour du bureau et tendit les documents à son chef, sans même adresser un regard au patient.

« Vous êtes sûre, Hermione ?

- Sûre de sûre. Cependant, son niveau mental est normal, il a toutes ses capacités mais il aura sans doute du mal à comprendre certaines choses, à parler et à marcher.

- C'est compréhensible. »

Le Dr McBoll se tourna vers la jeune femme et lui expliqua rapidement mais en choisissant ses mots que Mrs Malfoy refusait de garder son fils au Manoir parce qu'elle y serait seule et qu'il était impensable de mettre quelqu'un dans la confidence. Le secret finirait par s'ébruiter, et vu la situation, c'était impensable. Granger l'écouta en silence puis se tourna vers eux. Draco croisa son regard et n'y vit rien de plus qu'un modeste intérêt. Elle ne l'avait pas regardé différemment quand elle s'était chargée avec le Dr McBoll de l'ausculter. Elle avait même réussi à calmer une crise de larmes en lui parlant comme elle l'aurait fait à un adulte, le grondant gentiment mais non moins fermement.

En soit, Draco n'avait rien contre elle, même si elle l'avait vu à poil. C'était une bourrique, parce que dans son état, tout le monde était logé à la même enseigne, même sa mère. Mais elle ne s'était pas moquée de lui et lui avait parlé comme elle l'aurait fait au vrai Draco, contrairement au docteur qui avait tenté vainement de le ménager. Comme s'il avait besoin qu'on le ménage… Comme s'il avait besoin qu'on le traite comme un bébé…

« Et si on le gardait ici ? Il y a le centre où…

- Hors de question !

- Ça pourrait fuiter, Hermione.

- Pas forcément, on pourrait…

- Jamais de la vie !

- Mrs Malfoy, il faut que nous puissions voir votre fils régulièrement et qu'il vive dans de bonnes conditions. Vu votre état, ça risque d'être très, très compliqué pour lui. »

C'est le moins qu'on puisse dire, songea le blond en levant les yeux au ciel. Son attitude arracha enfin un sourire à la jeune femme qui le ravala aussitôt.

« Et alors, que proposez-vous ? »

Les deux médicomages se regardèrent quelques secondes, semblant communiquer silencieusement, comme si leurs esprits étaient connectés. Granger haussa soudain les épaules et son supérieur hocha alors la tête, l'air de la remercier.

« Mrs Malfoy… »

Le Dr McBoll parut chercher ses mots quelques instants, puis il regarda Draco et enfin sa mère. Le blond rentra son menton dans sa petite poitrine, serrant sa robe entre ses doigts.

« J'ai une proposition à vous faire. Je ne sais pas si vous allez l'apprécier mais je pense qu'elle serait profitable à votre fils. »

Le sourire relativement confiant que fit le médicomage ne plut pas vraiment à Draco. Et quelques minutes plus tard, il sut qu'il ne plaisait vraiment, mais alors vraiment pas, à sa mère non plus…

OoO

« Draco Lucius Abraxas Cygnus Malfoy ! Ramène ton putain de fessier ici et maintenant ! Putain mais comment ta mère fait pour supporter un chieur comme toi ?! »

À vrai dire, Draco n'en avait pas la moindre idée. Il avait toujours pensé que sa tolérance vis-à-vis de lui était due à l'extrême sévérité de son père qui n'admettait aucun caprice. Enfin, en vrai, Lucius avait dû supporter ses crises de nerfs et de larmes, et Draco s'était mangé des fessées jusqu'à son entrée à Poudlard. Devant un public, le blond ne s'était jamais aventuré à humilier ses parents, mais dans l'intimité, les vols planés sur les parquets cirés du manoir qui mettaient en pétard son père, ça oui, il s'était éclaté.

« Mais viens ici, merde ! Putain Draco, fais attention, tu vas… »

Trop tard. Son pied glissa sur le tapis et il se prit le mur en plein dans le visage. Sonné, le blond retomba sur ses fesses, attendit quelques secondes, puis hurla de douleur. De grosses larmes dégoulinèrent sur ses joues rondes tandis que Hermione se précipitait vers lui, grognant quelque chose qu'il ne pouvait entendre à cause de tout le bruit qu'il faisait…

Doucement, elle le souleva dans ses bras et le cala contre son épaule. Mais Draco hoquetait, incapable de se calmer, et à sa plus grande honte, il sentit petit à petit son corps s'apaiser tandis que la jeune femme le secouait gentiment contre elle, le berçant en lui disant que ce n'était rien, que son joli nez était toujours à sa place, qu'il aurait une petite bosse et que, franchement, c'était un grand garçon, il n'avait pas à hurler à la mort comme ça, où était donc passé l'honneur des Malfoy ?

Dans les chiottes, eut-il envie de lui répondre alors que ses mains se refermaient sur son chemisier.

Dans tes chiottes où tu m'as torché parce que je savais même plus comment on faisait…

« T'es vraiment chiant ! Tu sais pourtant que t'as pas la force de fermer un robinet ! Arrête d'essayer de te prouver que tu sais faire les choses alors que tu peux pas ! Si tu continues comme ça, je vais te ramener chez ta mère !

- Nan !

- Oh mais si ! T'as une gueule d'ange mais tu es un vrai démon ! Et moi j'ai pas le temps de nettoyer tes conneries, et surtout pas d'éponger tous les jours ma salle de bain !

- Veux pas !

- Alors arrête tes conneries, par pitié ! »

Mais ce n'était pas sa faute si l'eau du bain n'était plus assez chaude ! Il voulait juste rajouter un peu d'eau… mais ses doigts l'avaient trahi et n'avaient pas été fichus de couper l'eau. Et parce que les colères d'Hermione étaient aussi terribles que les siennes, il avait vainement essayé de la fuir… pour au final se prendre ce putain de mur dans la tronche.

Dure dure, la vie d'un môme de cinq ans.

« Bon, on va aller mettre un peu d'eau sur ton front, hein. »

Agacée mais douce malgré tout, Hermione gagna la cuisine et le posa sur le plan de travail. Boudeur, Draco attendit la tête baissée qu'elle sorte un torchon et un glaçon. Il gémit quand elle le posa contre son front. Le regard peu avenant qu'elle lui lança l'empêcha de se plaindre. Pourtant, ça lui faisait toujours aussi mal, et en réalité, il était surtout vexé de ne pas avoir vu le mur et de se l'être pris en pleine gueule…

Quelques minutes plus tard, il était installé dans le salon avec des feuilles et des crayons de couleur. Las de tels exercices, Draco se mit à gribouiller sur sa feuille dans un vain exercice de motricité visant à lui redonner la possibilité d'utiliser correctement ses mains et notamment d'écrire. Et au bout de quelques minutes, Draco laissa tomber cet exercice fastidieux et, en un sens, douloureux.

Parce que la situation stagnait et ne semblait pas trouver d'issue.

En vérité, si Draco enchaînait les conneries, c'était parce que cela faisait déjà deux semaines qu'il était bloqué dans ce corps d'enfant. La transformation avait eu lieu lorsqu'il avait ouvert un colis qui ne lui était pas destiné. Koslek, son collègue de travail, avait comme souvent oublié son panier-repas chez lui et sa gobeline de femme le lui avait envoyé. Ainsi, Draco avait ouvert le présent sans se douter de rien. Or, un puissant maléfique lui avait comme explosé au visage et il s'était évanoui. La première chose qu'il avait vue à son réveil fut le visage baigné de larmes de Koslek qui avait omis de lui dire que son couple battait très sérieusement de l'aile, en grande partie parce qu'il ne voulait pas d'enfants.

Ce maléfice avait pour but de l'humilier et, accessoirement, de détruire sa vie. Cette saloperie de gobeline avait disparu, laissant derrière elle une maison vide et un sorcier réduit à un état végétatif. Parce que oui, Draco avait végété pendant plusieurs jours avant de soudain se réveiller en enchaînant les conneries, se vengeant d'Hermione trop gentille et trop conne, de sa mère qui n'en dormait plus la nuit, de Koslek qui ne comprenait rien et de ce corps miniature qu'il ne supportait plus.

Il ne se supportait plus.

Lui si beau, si riche, si bien foutu et si charismatique… réduit à un bébé de cinq ans tout juste capable d'aller aux toilettes tout seul… Se regarder chaque matin dans le miroir, et même se lever et constater que son corps était toujours aussi petit, étaient une véritable torture. Et il savait que la seule raison pour laquelle Hermione se montrait patiente avec lui, c'était parce que c'était elle qui venait le chercher dans son lit et qu'il n'y avait pas eu un jour, en deux semaines, où elle l'avait récupéré avec les yeux secs.

Vie de merde ! Se dit-il en se refrognant contre le canapé. Putain, dire que sa vie n'était déjà pas joyeuse au quotidien, mais là… Il venait tout juste de se décider à reprendre sa vie en main et à accepter le rendez-vous du séduisant Steven Cornfoot. À croire que le ciel le punissait d'avoir pris une telle décision… Mais il ne pouvait pas continuer à se lamenter comme il le faisait depuis déjà trop longtemps. Et ça lui avait bien réussi, tiens…

Oh ça oui, ça lui avait bien réussi…

« Blondinet ? »

Draco marqua une pause, et puis, après avoir lentement levé la tête vers elle, il lui lança un de ses regards noirs dont il avait le secret. Mais allez assassiner cette gourde avec une tête de bébé comme la sienne… Une belle tête de bébé, en plus.

« On sort ?

- Pourquoi ?

- Parce qu'on a plus rien à manger et j'ai pas d'elfe de maison pour faire les courses. Et non, Draco, il est hors de question qu'on en ait un à la maison ! Bon, on sort ?

- Veux pas.

- En fait, c'était pas une question. Enfin, si, mais rhétorique.

- Veux pas. »

Avec une moue dubitative, Hermione s'appuya contre l'encadrement de la porte, les bras croisés sur sa poitrine. Cette conne faisait toujours cette tronche-là quand elle s'apprêtait à l'humilier bien comme il faut. Style : « Genre tu peux me dire non, à moi, pauvre minus ».

« Draco, tu veux vraiment que je m'abaisse à t'habiller moi-même ? Et à te mettre une fessée si jamais tu te débats ? »

Non.

Parce que ce n'étaient pas des menaces en l'air.

Connasse.

Alors Draco se décida à se lever, se tint au canapé et manqua de se prendre le tapis dans les pieds. Gonflant les joues de colère, il se dirigea vers l'entrée sous le regard amusé de cette grande asperge mal nourrie et planche à pain. Puis, en silence, il la laissa lui enfiler une cape fourrée que sa mère avait retrouvée dans ses vieux coffres par-dessus sa robe noire de petit sorcier. Il refusa le bonnet et accepta de mauvaise grâce l'écharpe.

Sa vie était devenue un vrai cauchemar, se dit Draco en sortant de l'appartement. Un vrai cauchemar. Il avait pensé pouvoir s'en échapper, mais après quarante-huit heures de lamentations dans son petit lit, le corps prostré sur le matelas, Draco avait dû se faire une raison. Il avait dû accepter sa situation qui, pour le moment, n'avait pas de solution. Il s'était pris dans la gueule un maléfice destiné à un gobelin et son corps mettrait du temps à s'en remettre.

Depuis deux semaines, Hermione planchait sur ses parchemins pour essayer de trouver une solution, qui demeurait pour le moment introuvable. Le maléfice était si puissant que la sorcière n'avait pu que décider d'attendre un peu qu'il se dissipe pour envisager un traitement ou l'élaboration d'un contre-sort. Sa mère, bien sûr, ne partageait pas son avis, mais le docteur McBoll l'avait approuvée.

Par ailleurs, le médicomage avait émis l'idée qu'il serait à présent préférable pour Draco de retourner vivre chez sa mère, qui semblait aller un peu mieux et qui se languissait de son fils. Il avait fallu que le blond pique une crise de nerfs de tous les diables et hurle à cor et à cri qu'il refusait de retourner au Manoir pour qu'Hermione décide enfin de l'arracher aux bras de Narcissa et le ramène chez elle. Il avait bien mis dix minutes pour se calmer, et quand ce fut fait, Hermione lui demanda des explications. Draco lui expliqua comme il put que sa mère n'avait jamais su s'occuper de lui et qu'il n'aurait pas supporté ses sautes d'humeur, ses crises de nerfs et l'omniprésence des elfes de maison.

Il y avait de la rancœur, entre eux. Trop de non-dits, d'engueulades non résolues et de méfiance. Et pourtant, elle avait accepté de le garder, et tous les matins, il avait droit à son câlin. Dans le fond, Hermione n'était pas si conne que ça, et Draco le savait parfaitement. Et dans le fond, il ne la détestait plus depuis longtemps. Mais le lui dire aurait rendu les choses compliquées et ils n'avaient vraiment pas besoin de ça.

De ses pardons qui arriveraient trop tard.

De ses regrets.

Hermione semblait avoir tiré un trait sur tout ça et il valait mieux que Draco en fasse de même, même si, parfois, c'était difficile.

Même si, parfois, il avait vraiment envie de lui expliquer.

Mais son corps l'en empêchait, et dans le fond, ce n'était pas nécessaire. C'était de l'histoire ancienne, de toute façon. Même s'il y pensait encore… souvent…

Ce n'était que de l'histoire ancienne.

OoO

Il allait disjoncter. Non mais, sérieusement…

« Oh par Merlin, mais qu'est-ce qu'il est beau !

- Et ça fait combien de temps que tu l'as ?

- Deux semaines… »

Non, par pitié… Là, il n'en pouvait vraiment plus… Mais qu'elle dégage ces cruches de leur chemin, par pitié, sinon il allait vraiment disjoncter…

« Mais tu as vu ces joues ! On a envie de les croquer !

- Oh et puis ces yeux ! Mais de qui est-ce qu'il les tient ?

- Son père. Ce n'est pas un Granger.

- Ça se voit tout de suite, il ne te ressemble pas du tout. »

Par les couilles de Merlin, encore heureux que je ne ressemble pas à cette gonzesse à peine féminine incapable de mettre une chemise de nuit convenable ! Allez donc toutes vous faire foutre, espèces de connes incapables de reconnaître un Malfoy quand vous en voyez un !

« Ta cousine est quand même gonflée de te le confier si longtemps.

- Il est si petit…

- Petit, petit… Il a du caractère, cet enfant. »

Me regarde pas comme ça, sale garce…

Elle osait lui lancer un tel regard alors qu'elle n'était même pas fichue d'inventer un meilleur mensonge que ça… D'accord, c'était la meilleure chose à faire et ils le savaient très bien tous les deux, mais quand même ! Le fils de sa cousine ! Par Merlin, comment Blaise avait-il pu sortir avec cette fille sans aucune imagination… Ne méritait-il pas mieux que ça, franchement ? Déjà que sa situation n'était pas facile, mais en plus il fallait qu'elle l'abaisse à ce point-là ?!

« Oh à cet âge, ça reste impressionnable.

- Si on veut… »

Mais qu'est-ce que c'était que cette conne… Franchement, Brown ne s'arrangeait pas avec le temps, bien au contraire. Et dire qu'une fille aussi intelligente qu'Hermione continuait à fréquenter une greluche pareille… Comme si quelqu'un pouvait l'impressionner, lui, Draco Malfoy, le seul et l'unique… Non mais je vous jure…

« Oh Hermione, ce n'est qu'un enfant ! Tu as vu pire que ça ! »

Peut-être, mais des comme lui, elle n'en avait jamais vu. Et la Patil, elle n'avait vraiment pas inventé l'eau chaude non plus…

« Et comment il s'appelle, déjà, ce petit ange ? »

Soudain, Draco attrapa le bas de sa robe et tira un grand coup dessus, manifestant à Hermione que c'en était assez. Mais comme elle avait décidé ce jour-là d'être méchante avec lui, tout ça parce qu'il avait fait tomber son horrible vase bleu par terre sans faire exprès, tout ça parce que son putain de chat lui avait volé son crayon rouge, elle osa répondre à cette blondinette écervelée qui lui servait de copine.

« Laurence. »

Tuez-moi.

Non, vraiment, tuez-moi…

« Ah oui c'est vrai !

- C'est vraiment joli, j'adore ! »

Et tuez-les, par la même occasion, le monde ne pourra que mieux s'en porter…

« Bon, je vais vous laisser, on a des courses à faire. Et je crois qu'il s'impatiente. »

À ce niveau-là, c'était plus que l'impatience. Il n'aurait su dire s'il était hors de lui ou exaspéré, tellement ça bouillonnait dans son si petit corps. Mais ce dont il était certain, c'était qu'il ne voulait plus jamais voir ces deux pouffiasses de sa vie et que le jour où il retrouverait son corps, il ne manquerait pas de leur rentrer dedans à la première occasion.

« Pas de problème ! On se dit à plus tard ?

- Oui, à plus tard.

- Sinon, tu viens à… »

Et c'était reparti… Agacé au plus haut point, Draco se mit à tirer en rythme sur sa cape en espérant qu'elle se presserait un peu plus, mais Hermione était vraiment vilaine avec lui. Peut-être à cause du coup que Pattenrond s'était pris sur la tête juste avant de partir… En même temps, cet enfoiré refusait de lui rendre son crayon…

Par Merlin, il commençait à parler de cette saloperie comme d'un être vivant à part entière…

« Bon, eh bien au revoir Laurence !

- Au revoir poussin ! »

Atterré, Draco écarquilla les yeux, tel un hibou. Puis, il leva lentement le visage vers Hermione tandis que ses amies faisaient demi-tour. En le voyant, la jeune femme éclata de rire tandis que le blond rebaissait la tête, comme sonné. Et sans doute parce que son corps était trop petit pour accueillir tant de colère et de rage, il se laissa attraper dans les bras sans protester et se laissa emmener dans la boutique au coin de la rue où Hermione devait acheter il ne savait trop quoi.

La salope. Elle allait payer. Foi de Malfoy.

Ils entrèrent dans une boutique plutôt modeste où Hermione devait faire le plein de pâtées pour Pattenrond. Une fois au sol, Draco regarda d'un œil agacé les bestioles enfermées dans les cages. Il n'avait jamais bien compris l'intérêt d'avoir un animal chez soi : c'était de l'entretien, des obligations, de la bouffe à acheter et des soucis quand il était malade ou quand il faisait une connerie. Bon, Pattenrond était autonome et n'avait en réalité pas besoin d'Hermione pour vivre, même s'il s'était sans doute fait à sa gamelle bien remplie et à son confort. Mais pour ce qui était des rats, des chiens et reptiles en tout genre… Non, vraiment, il ne comprenait pas. Blaise lui disait souvent que c'était à cause de son égoïsme. Peut-être avait-il raison.

Sûrement, même, reconnut Draco en détournant les yeux d'un iguane particulièrement repoussant. Il avait toujours pensé à lui-même plutôt qu'aux autres, et la seule personne pour qui il avait tenté de changer, cela n'avait été qu'un échec cuisant. Draco était un bon à rien en amitié et en amour, parce qu'il était plus préoccupé par lui-même que par les sentiments des autres.

Et parce qu'il ne voulait pas souffrir.

« Laurence, tu viens ? »

Draco grogna puis s'approcha d'elle en la regardant d'un air mauvais. Parce qu'il lui avait déglingué sa salle de bain la veille de sa première sortie officielle, Draco avait hérité de ce nom affreux qui ne lui correspondait absolument pas. Malgré l'habitude, il n'arrivait pas à s'y faire tant c'était laid. Généralement, il passait pour un petit garçon bougon bien qu'adorable, ce qu'il était vraiment en réalité, et ce qui ne manquait pas de faire doucement sourire Hermione. Quelle garce…

Elle paya ses achats, puis ils sortirent de la boutique. La sorcière lui tendit mécaniquement la main mais Draco ne la prit pas tout de suite. Il était fatigué et agacé, par les gens, par son petit corps, par cette manie qu'avait Hermione de le materner, dernièrement, de le protéger alors qu'il existait encore entre eux des choses non-résolues et qui, au fur et à mesure des jours, commençaient vraiment à lui peser.

« Laurence ? »

Il avait cessé de marcher. Il faisait froid, ses jambes commençaient à lui faire mal et une grande tristesse venait de l'envahir. Draco était si sensible depuis qu'il avait perdu vingt ans de sa vie… Tout ce qu'il avait intériorisé et oublié lui revenait en mémoire avec force et douleur.

J'aurais voulu que ce soit différent, eut-il envie de lui dire.

Ce fut le visage un peu inquiet que la jeune femme s'accroupit devant lui, ses cheveux châtains s'hérissant dans tous les sens. Elle rapprocha son visage de lui et parla tout bas.

« Qu'est-ce qu'il y a, Draco ? Tu as mal quelque part ?

- Fatigué.

- De quoi ? Tu as trop marché ?

- Non… Je… »

Il chercha ses mots et les larmes lui montèrent aux yeux. Comment lui expliquer en si peu de mots que c'était difficile, que tout lui revenait en pleine face et qu'il était fatigué de tout ça, de cette hypocrisie, de sa gentillesse, de son manque de compagnie et puis…

Et puis…

« Marre.

- Ah. Je vois. Tu vas en avoir marre longtemps, le maléfice n'est toujours pas stabilisé… »

Ça, il en avait parfaitement conscience, étant donné qu'elle ne parvenait pas à trouver de remède et qu'elle l'emmenait à la garderie du centre de médicomagie destiné aux enfants et adultes souffrant de problèmes dans son genre… Un lieu abominable qui puait, lui cassait les oreilles et le mettait dans un état d'énervement assez phénoménal. Quand elle le récupérait, Hermione mettait toujours une bonne heure à le calmer tant il était sur les nerfs.

Trop de mômes.

Trop de bruits.

Trop de souffrances, parce qu'il n'était capable que de crier et de pleurer, emprisonné qu'il était entre ces murs. Dans ce corps trop petit pour lui qui ne répondait pas correctement à son esprit…

Avec tous ces chiards qu'il n'avait jamais supportés et qui le rendaient dingue…

Du coup, Hermione le mettait le moins possible à la garderie, ce qui était mal vu par ses collègues et il le savait. Du coup, il restait sage pour éviter de se retrouver dans cet enfer. Évidemment, le Dr McBoll avait été tenté de le changer de médicomage vu la surcharge de travail personnel que représentait Draco pour sa collègue, mais Hermione avait refusé. Draco ne savait pas bien pourquoi. Peut-être qu'elle était trop gentille. Ou conne.

Ou qu'au final… Elle ne lui en voulait pas tant que ça.

Mais ça, il n'en était pas persuadé.

« Allez, courage, ça va s'arranger. On file chez l'apothicaire puis…

- Hermione ? »

Soudain, le sourire de Hermione se figea. Draco lut dans son regard de la panique tandis que tout son corps, à lui, se tendait à lui faire mal. Il se sentit pâlir tandis que ses jambes tremblaient légèrement, à mesure que son cœur s'emballait dans sa petite poitrine. Les yeux écarquillés, il vit sans la voir Hermione tourner la tête et lever les yeux vers un homme debout derrière elle dont Draco aurait reconnu la voix entre mille.

« Oh Harry ! Mais qu'est-ce que tu fais là ? »

Lentement, Draco leva ses grands yeux bleus vers le sorcier et son cœur parut s'arrêter brusquement de battre dans sa poitrine avant de repartir de plus belle.

Et l'espace d'un instant, il crut qu'il allait s'évanouir. Que ses jambes allaient le lâcher et que le sol se dérobant sous ses pieds allait l'avaler.

« J'avais une course à faire. »

Pas lui.

Tous, mais pas lui.

« Qui est-ce ? »

Pas lui, avec ses incroyables yeux verts, son sourire adorable, ses cheveux fous et la ligne délicate de son corps qu'il devinait sous son manteau et son pantalon un peu trop large.

Par Merlin, pourquoi avait-il fallu qu'on le mette, lui, sur son chemin ?

Va-t'en, je t'en prie…

« Oh, heu… C'est le fils de ma cousine Agathe.

- Ah ? Je ne savais pas qu'elle avait des enfants. »

Draco aurait tout donné pour disparaître. Pour s'extraire à son regard, pour éviter d'être reconnu… pour ne pas sentir son cœur se serrer dans sa petite poitrine, tandis que ses yeux demeuraient fixés sur son large visage, sur son corps si haut et ses mains abîmées qu'il ne couvrait jamais.

« Comment il s'appelle ?

- Laurence.

- Bonjour, Laurence ! »

Ne me regarde pas comme ça. Ne me souris pas.

Je vais pleurer, si tu continues…

« Il a l'air triste, ce petit garçon. Quel âge a-t-il ?

- Je pense qu'il est en train de tomber malade… Il a cinq ans. Ma cousine est en voyage d'affaires et c'est toujours compliqué de faire garder son fils.

- Ça fait combien de temps que tu l'as ? Tu ne m'en avais pas parlé.

- Ça m'est sorti de la tête, désolée ! Ça fait deux semaines. »

Au prix d'un effort surhumain, Draco baissa les yeux et se rapprocha de Hermione, levant les bras vers elle. La sorcière manqua de tomber et, saisissant le message, l'attrapa pour ensuite le soulever et se relever ensuite. Elle se tourna alors complètement vers Harry, et le visage enfoui dans son cou, Draco fit tout pour contrôler les sanglots qui ne manqueraient pas de le secouer dans les minutes qui venaient.

« Je crois qu'il n'est vraiment pas bien.

- C'est le moins qu'on puisse dire… Allez, rentrez, il a besoin d'un bon chocolat chaud ! »

Toutes les fibres de son corps se tendirent quand sa main immense se posa dans son dos. Draco serra les dents de toutes ses forces alors qu'une envie de vomir lui prenait la gorge.

Écarte-toi. Par pitié, va-t'en…

« Tu as raison. Allez, à plus tard ! »

Quelques baisers, puis ils se séparèrent. Et malgré ce que Draco avait pensé, ou espéré, ce n'était que le début d'un long, très long calvaire…

OoO

Hermione était assise à côté de lui et elle buvait son café. Lui, enfoncé dans ses couvertures, regardait sans la voir la télévision allumée qui diffusait un film moldu dont il n'avait pas suivi l'histoire. Harry adorait les films. Son poste était toujours allumé et il ne l'éteignait qu'en quittant la maison, quand il promenait Paddy ou quand il allait bosser. Draco s'était fait à entendre toujours ce bruit de fond dans le salon, lui qui aimait le silence et qui avait eu du mal à comprendre, au début, l'utilité d'un pareil engin.

Il avait beaucoup pleuré. Hermione avait dû l'allonger et aller chercher le DcBoll, très inquiet. Le maléfice n'était pas encore stabilisé et les trop fortes émotions le torturaient avec de plus en plus de force. Le blond avait même vomi, à un moment, quand le médicomage prononça le prénom de son ex compagnon et qu'il se rappela de la chaleur de sa main qui avait traversé sa cape. Après un temps infini, entre crises de larmes et douleurs au ventre, Draco parvint à retrouver son calme sous l'œil inquiet des deux soigneurs.

Un peu plus tard, tandis qu'elle l'emmitouflait sous des couvertures, Hermione lui dit qu'il intériorisait beaucoup trop de choses et que quand elles sortaient, ça ne pouvait que lui faire beaucoup de mal. Dans son état, ça pouvait le rendre très malade car son nouveau corps était sensible et tous ses sentiments négatifs ne pouvaient guère être contenus et maîtrisés. D'où ses crises de larmes à répétition.

Groggy, le blond l'avait écoutée sagement en sachant qu'elle avait entièrement raison, et c'était en partie pour cela qu'il n'avait pas sombré dans cette espèce de dépression ou de rage sans nom où basculaient nombre de patients. Il savait qu'il y avait des problèmes non réglés qu'il avait tenté d'oublier et qui refaisaient surface, se traduisant par des réactions enfantines qu'il ne pouvait maîtriser.

Harry faisait partie de ces problèmes. Hermione le savait et c'était peut-être pour cela qu'elle n'avait pas averti son ami de la présence de Draco chez elle. Il adorait les enfants et n'aurait donc pas hésité à se pointer régulièrement chez elle pour la soulager de cette garde imprévue. Et ça, Draco ne l'aurait tout simplement pas supporté. Vu sa réaction devant le brun, la sorcière semblait avoir compris qu'il faudrait éviter tout contact avec lui car elle lui promit qu'il ne viendrait jamais à l'appartement tant que lui y vivrait.

Draco l'avait remerciée. Vaguement. Une autre qu'elle en aurait été agacée. Mais elle avait compris.

Elle avait compris qu'il était partagé entre cette envie presque viscérale de voir son visage, d'entendre son rire et de sentir son corps contre le sien… et cette souffrance qui n'était jamais partie, malgré tout ce temps, parce qu'Harry l'avait quitté.

Parce qu'il ne l'aimait plus.

Et du coup, il se retrouvait là, dans ce canapé, à attendre que la journée passe et que son corps se remette de ce trop-plein d'émotions qu'il ne parvenait pas à canaliser. Il avait le cœur en morceau et l'estomac en vrac. Par Merlin, il fallait qu'il guérisse… La situation ne pouvait pas durer, il savait que Harry reviendrait, qu'il le torturerait encore, parce que putain il était trop gentil, trop con, trop… Trop lui.

Et putain, il repleurait…

Pourquoi n'avait-il pas réussi à le garder ? Pourquoi s'engueulait-il tant avec lui, pourquoi est-ce qu'ils se prenaient tant la tête, alors qu'ils savaient si bien s'aimer ? Pourquoi l'avait-il perdu, alors que Harry avait toujours été plus qu'un corps, plus que du sexe, plus que des baisers enfiévrés… Tellement plus que ça…

Pourquoi n'avait-il pas été fichu de garder cet homme avec lequel il se voyait partager sa vie ?

Parce qu'il n'était qu'un gros con. Un con égocentrique, égoïste, fermé d'esprit, attaché à sa liberté et sans concession. Parce qu'il avait toujours eu peur de souffrir et que Harry lui avait pris son cœur, et qu'il pouvait faire tout ce qu'il voulait avec…

Tout, absolument tout…

Et sa vie, il aurait pu la lui donner s'il n'avait pas soudain décidé de tout arrêter, parce qu'il ne supportait plus cette situation et parce qu'il n'était plus heureux.

Même pas foutu de le garder…

La meilleure chose qui aurait pu lui arriver dans sa vie, il n'était même pas fichu de la garder…

Comment remonter la pente après ça ? Comment accorder sa confiance à un autre, quand on avait connu un type comme lui ? Draco avait décidé d'aller de l'avant, de fréquenter un collègue de boulot plutôt mignon qui aurait peut-être pu faire l'affaire. Mais il avait reçu ce maléfice en pleine tronche et sans doute que ce n'était pas plus mal. Car sinon il aurait sans doute fait une grosse bêtise.

Bah… Se dit-il en soupirant. Il en avait fait tellement qu'il n'était plus à ça près…

OoO

Il y avait des jours, comme ça, où on aurait mieux fait de rester au lit. Ou, plutôt, de rester couché et de dormir bien profondément afin de ne pas entendre les voix dans le salon. Draco avait toujours eu l'ouïe fine et, en l'occurrence, ça ne pouvait que lui porter préjudice.

Harry était dans le salon.

Avec Hermione.

Il les entendait parler depuis sa chambre et, une fois levé à cause d'une envie pressante qu'il avait vite assouvie, il avait écouté les deux sorciers parler de Ron, parti depuis deux mois en Nouvelle-Zélande, et de Ginny qui venait de rompre avec son fiancé. Visiblement, ils prenaient le thé dans la cuisine et Hermione pensait sans doute qu'il ne montrerait pas le bout de son nez. C'était plutôt malpoli mais elle lui avait dit avoir raconté à Harry que c'était un enfant sauvage et craintif. Pour une fois, son mensonge lui convint.

Pourtant, Draco mourait d'envie d'aller dans la cuisine. Trois jours s'étaient écoulés depuis sa rencontre avec le brun et il avait eu le temps de méditer sur la question. Non, il ne pourrait pas revenir en arrière, pas avec ce corps, mais Harry ne saurait jamais qui il était vraiment, non pas parce qu'il était stupide mais tout simplement parce qu'il ne lui viendrait jamais à l'esprit que son ex ait pu perdre vingt ans de sa vie et qu'il loge chez sa meilleure amie. Ainsi, il pouvait très bien profiter de la situation et se rapprocher de lui.

Bon, en vrai, Draco voulait qu'il lui fasse un câlin. Il n'avait jamais été avec un homme aussi tactile. Et même si c'était stupide et niais au possible, il voulait un câlin. Il voulait sentir sa main dans ses cheveux, respirer son odeur et rire à cause d'une de ses blagues stupides. Il voulait juste être au centre de son attention, le voir sourire et se blottir dans la chaleur humaine qui était la sienne.

Draco hésita quelques minutes. Depuis leur rencontre, il avait eu le temps de se remettre de ses émotions et de se sentir capable de le regarder sans se sentir se liquéfier sur place. Cependant, à présent qu'il entendait sa voix, il n'en était plus aussi sûr. Et, aussi stupide que cela puisse être, il se sentait comme hypnotisé par le son de sa voix, par son rire et cette manière qu'il avait de parler, de rendre le moindre détail passionnant.

Harry était passionnant. Même s'il se croyait stupide et sans grand intérêt.

Soudain le blond entendit du bruit dans la cuisine. Un élan de déception attrista son regard, mais quand il comprit soudain qu'Harry venait de se lever pour aller aux toilettes, il était trop tard… Le brun apparaissait dans le couloir, si beau, si éclatant, avec ce jean abîmé que Draco avait songé à jeter jusqu'à ce qu'il lui fasse un strip-tease dans toutes les règles de l'art avec ce truc sur les hanches, et ce pull à col roulé qu'il avait par dizaines dans ses placards.

Draco vivait depuis bientôt trois semaines dans un corps d'enfant de cinq ans, et malgré son état d'esprit quelque peu lent par moments, il se rendit compte avec une force incroyable que, putain, il l'aimait encore comme un dingue. Et qu'il était toujours aussi beau. Même avec ses yeux d'enfants.

Et qu'il était toujours l'homme de sa vie.

Ses yeux verts se baissèrent vers lui et un léger sourire apparut sur ses lèvres. Le genre de sourire qu'il adressait toujours aux mômes, et à une époque, à lui aussi. Parce qu'il n'était qu'un grand gamin, comme il disait. Et sur ses petites guibolles, Draco se sentit complètement fondre.

Putain de maléfice.

« Bonjour, Laurence. Enfin debout ? »

Bêtement, Draco hocha la tête et quand Harry éclata de rire, il ne comprit pas tout de suite pourquoi. En temps normal, il l'aurait foudroyé du regard avant de lui gueuler dessus comme un putois… mais il n'était décidément pas d'humeur à lui faire la tronche, du coup il l'interrogea du regard en haussant un sourcil aristocratique.

« Oh, t'es vraiment trop mignon, toi. Pourquoi tu rougis ? »

Ah, c'était donc ça. Il pouvait lui pardonner le mignon, même si ça le gavait franchement d'entendre ça sans arrêt, comme si un Malfoy pouvait être mignon, franchement… Mais qu'il se fiche de lui parce qu'il était écarlate ! Aussitôt, le blond lui lança un de ces regards noirs dont il avait le secret, ce qui eut pour effet de le faire rire encore plus. Sans doute parce qu'il était encore plus rouge…

Enfoiré, va…

« T'es vraiment adorable. Hermione est dans la cuisine, si tu la cherches. »

Après un dernier sourire, Harry fit quelques pas vers lui, ébouriffa ses cheveux puis entra dans les toilettes. Ses joues s'embrasèrent un peu plus. Lentement, il ferma les yeux, savourant les restes de cette chaleur caressant son crâne. Puis, il marcha tranquillement vers la cuisine, le cœur léger.

On dirait que je suis shooté, ça fait peur…

Il n'était pas le seul à le penser, car en le voyant entrer, Hermione haussa un sourcil perplexe. Puis, elle le regarda d'un air suspicieux de détective qui s'apprête à mener son enquête. De quoi bien entretenir le far de ses joues rondes.

« Alors, jeune homme… On a fait une rencontre agréable ? »

Draco hésita à répondre, puis, lentement, il hocha la tête, les mains derrière le dos. Elle lui fit un léger sourire un peu moqueur qu'il décida de ne pas relever : il préférait qu'elle se fiche de lui plutôt qu'elle lui jette un de ses sales regards parce que, non, il ne méritait pas de profiter de ces petits moments de paradis alors que Harry ne savait rien.

Oui, des moments de paradis.

Ça faisait plus de deux mois que Harry l'avait quitté et ce sevrage que Draco avait dû s'imposer ne pouvait transformer ces moments qu'en plaisir.

Durant ces deux mois, il avait été comme un alcoolique en manque de bibine. Il avait été un drogué qui cherchait sa came partout et qui retournait le Manoir en espérant y trouver sa dose.

Sa dose de quoi ?

De câlins.

D'amour.

De discussions dans la cuisine, devant la télévision, au lit.

De sourires, de rires.

De complicité.

De Harry.

Le premier homme qui lui avait fait ressentir toutes ces choses qui vous rendent débiles et qui vous donnent envie de vous engager, parce que ça y est, vous savez que c'est le bon. C'est celui-là qui vous rend heureux, même si vous ne vous comprenez pas toujours, même si vous vous engueulez…

« Allez, viens manger. »

Même si vous vous engueulez tout le temps.

Et vous ne savez pas pourquoi.

Vous l'aimez comme un taré et vous vous engueulez sans arrêt avec lui, pour des conneries, parce que vous avez un orgueil gros comme votre manoir, parce que vous refusez de reconnaître vos torts et de comprendre pourquoi ça va mal. Et quand vous cherchez à savoir, vous ne comprenez pas.

Vous savez juste que vous l'avez perdu.

Et ça fait un mal de chien.

« Alors, qu'est-ce qu'il mange le matin ? »

Café et tartines beurrées.

« Du chocolat chaud et des tartines beurrées. »

Connard de petit copain trop mignon qui prépare le petit-déjeuner tous les matins…

« Ça c'est du petit-déjeuner. Et tu as le temps, tous les matins, avec ton boulot ? »

Du coup, plutôt que de partir, Harry se réinstalla à table et Hermione resservit du café. Et tandis que Draco buvait son chocolat, le jeune homme le regardait à la dérobée. C'était le genre de type qui était fait pour avoir des enfants. Au fil du temps, Draco avait compris que c'était en grande partie dû au fait qu'il n'avait jamais connu ses parents et qu'il voulait alors se construire la famille à laquelle il n'avait jamais eu droit.

Au bout d'un moment, Hermione quitta la pièce à cause de son téléphone qui sonnait. Ce devait être Ron, sans doute, duquel elle s'était séparée quelques temps avant son départ pour la Nouvelle-Zélande. Ils avaient décidé de vivre leur vie chacun de leur côté pendant les quelques mois que dureraient ce séjour et de reprendre leur relation au retour du rouquin, s'ils le désiraient. Et vu qu'ils s'appelaient tous les jours, aucun doute que la belette lui sauterait dessus à peine revenu au pays…

Il y eut un silence, troublé par le bruit frénétique du crayon que Draco martyrisait sur une feuille qu'Hermione lui avait donné un peu plus tôt, une fois son petit-déjeuner avalé. Après un petit moment paisible, Harry lui demanda s'il voulait un peu de jus d'orange. Draco n'aimait pas vraiment ça, mais il accepta quand même, comme le sombre idiot qu'il était depuis qu'il fréquentait ce crétin à lunettes. Sa mère n'avait jamais approuvé leur relation et estimait qu'Harry le tirait vers le bas. Dans un sens, ce n'était pas tout à fait faux. Tout était une question de point de vue.

« Qu'est-ce que tu dessines ? »

Rien. J'essaie d'écrire. Mais j'y arrive pas.

« Sais pas.

- Tu veux que je te fasse un dessin ? »

Sont pourris, tes dessins. Je comprends même pas pourquoi les mômes en redemandent.

« Oui. »

Harry attrapa le calepin et lui proposa d'un geste de venir sur ses genoux. Forcément, avec une fausse timidité, Draco acquiesça d'un mouvement de tête et le laissa le soulever. Il se retrouva assis sur ses genoux, le dos contre son torse, entouré par sa chaleur et son corps mince et sec. Apaisé au-delà des mots, comme sur un nuage, Draco le regarda changer de page et tracer une maison, une petite dame et un monsieur avec.

Peut-être que c'était parce que les mômes ne savaient pas les faire qu'ils raffolaient tant de ses gribouillages. Ou alors qu'il avait juste la gentillesse de les faire. Pour faire plaisir. Comme ça.

Pourquoi t'es parti ?

« Je suis désolée ! C'était Ron et… »

Harry se retourna pour lui adresser sans doute un sourire avant de lui demander comment il allait. Hermione se ressaisit assez vite, mais quand elle revint vers la table, elle lui lança un regard agacé. Forcément, le brun l'interpréta très mal, lui disant qu'il était mignon et que c'était lui qui lui avait proposé de venir sur ses cuisses.

« Quand même, il exagère ! Hein, Laurence ? Ne ris pas, Harry, c'est un gamin capricieux, tu devrais te méfier !

- Tu m'as dit qu'il était sauvage, aussi, et au final il a l'air de bien m'aimer. »

Qui ne pourrait pas t'aimer, sombre crétin ?

« Tu es trop gentil, Harry. »

Le brun haussa les épaules puis lui caressa les cheveux. Draco se sentit piquer un fard et quand il leva les yeux vers Hermione, il se sentit misérable. Pourtant, son regard avait changé, il était plus perplexe qu'autre chose, mais le plaisir qu'il tirait de ces petits gestes anodins faisait pitié. Vraiment.

Mais à vrai dire, il ne s'était jamais senti aussi bien ces deux derniers mois qu'à cet instant même…

OoO

Il allait la tuer. Là, vraiment, elle dépassait les bornes. Et le pire, c'était qu'elle se foutait de sa gueule, cette planche à pain mal peignée.

« Tu sais que tu es encore plus mignon quand tu es en colère ?

- Garce.

- Oh, pas de gros mot dans une si jolie bouche !

- M'en tape. »

Mais par pitié, qu'elle arrête de glousser comme une dinde… Bon, d'accord, sa mère n'avait pas été des plus intelligentes quand elle avait ressorti ses vieux vêtements pour enfants. Elle avait toujours eu des goûts qui le laissaient perplexe, et surtout quand il s'agissait de lui. Toutes les photos et peintures qu'il avait pu voir de sa royale personne lui renvoyaient une image le plus souvent ridicule et au mieux poupon. Harry lui disait souvent qu'il était l'un des plus beaux bébés qu'il ait vus et qu'il donnerait sûrement naissance à une jolie descendance. Draco n'avait pris en compte que le premier compliment. Bien sûr.

Bref. À cet instant, il portait une robe de sorcier bleu nuit, parce que quand on est enfant on peut se permettre de porter d'autres couleurs, mais pas trop extravagantes parce qu'on ne fait pas partie du bas peuple, ainsi que des petits souliers vernis. Mais ça, Hermione y était habituée. C'étaient plutôt sa cape d'un blanc immaculé à pompons bleus, ses gants, son écharpe et son bonnet assortis qui la faisaient pleurer de rire.

Il la haïssait. Vraiment.

Espèce de garce, tu me le paieras…

« Bon, on y va ?

- Non !

- Oh allez, je suis sûre qu'il va t'adorer !

- T'es méchante !

- Oooooh, le grand Draco Malfoy daigne enfin me faire des phrases complètes ! Si c'est pas magnifique ! »

Si j'avais pas à choisir entre toi et ma mère, crois-moi, je t'aurais copieusement insultée. Connasse.

« Allez, beau gosse, on y va ! »

Je t'en foutrais, des beaux gosses, pensa-t-il en ronchonnant. Et ronchonner, c'était la seule chose qu'il lui était permis de faire, pour la bonne et simple raison qu'il avait, sans le vouloir cette fois, épilé une partie du dos de Pattenrond en se prenant la table en pleine gueule et en faisant ainsi tomber un pot de cire chaude dans ses poils roux. Bon, c'était vrai, il s'était battu en duel avec ce putain de chat qui ne voulait pas lui rendre la télécommande et après lui avoir tiré les moustaches, le matou avait décidé de se venger. Du coup, il avait gémi, cherché à se débarrasser du pot, s'en était foutu absolument partout…

Oh ça, Hermione avait gueulé. Draco s'était même demandé à un moment si le couteau de cuisine près des plaques chauffantes ne représentait pas une arme potentielle, tant ses mains tremblaient de rage…

Du coup, sa punition avait été des plus humiliantes, à la hauteur de ce qu'il avait fait subir à ce stupide chat. Et c'était ça, ou ne pas voir Harry. Et même s'il ne représenterait définitivement rien de plus qu'un de ces mômes qui le faisaient complètement craquer, Draco s'était laissé faire. Parce que c'était toujours mieux que de ne pas le faire du tout.

Ainsi affublé, il quitta donc l'appartement de Hermione par la cheminée et ils atterrirent au chemin de Traverse. Après une petite course qui dura plus longtemps que prévu, forcément, la sorcière fit appel au magicobus, profitant du trajet pour se reposer un peu les jambes. Draco, lui, manqua de dégueuler, et quand Harry vint leur ouvrir sa porte, la figure du blond était aussi pâle que sa cape. Ce qui interloqua son ex, plus que surpris de voir le petit garçon dans un état si déplorable.

« Bah…Qu'est-ce qui s'est passé ?! Laurence, tu es malade ?

- Non, il a pris le Magicobus. »

Le regard d'Harry lui mit du baume au cœur, car Draco savait à quel point il pouvait détester ce bus, pour la bonne et simple raison qu'ils ne connaissaient rien de plus inconfortable que ce tacot. Outré par tant de cruauté, le brun se baissa et le prit dans ses bras pour le serrer contre lui en un geste réconfortant. Draco se vautra dans la douce chaleur de son étreinte, respirant son odeur. Il y trouva celle de son parfum, à la fragrance douce mais masculine qu'il avait commencé à porter au début de leur relation. Il sourit en pensant à cette soirée où le brun, le rouge aux joues, lui avait avoué n'en avoir mis que pour paraître plus homme à ses yeux et qu'il avait passé des heures à le choisir.

Bercé par ses bras solides, Draco sentit son petit cœur s'apaiser dans sa poitrine. Son odeur avait toujours eu un effet relaxant sur lui et il était même étonné qu'il le porte encore. Il pensait que Harry était du genre à tout jeter par la fenêtre, quand il se séparerait de quelqu'un. Il était en couple avec un crétin de banquier russe à l'époque où il avait commencé à lui faire la cour et quand Harry avait décidé de le quitter pour accorder une chance à Draco, il avait viré tous les souvenirs qui le rattachaient à son ex, les enfermant dans un carton qu'il avait jeté à la benne.

Bon, ce n'était qu'un parfum. Mais il savait que Draco l'adorait… Peut-être qu'il s'était fait à cette odeur et qu'il ne voulait pas y renoncer à cause de leur rupture.

« Tu veux manger quelque chose, Laurence ?

- Heu…

- J'ai fait du gâteau au chocolat. »

Comme si on pouvait dire non à un de tes desserts…

« J'ai l'impression qu'il est gourmand, ton neveu.

- Ça dépend pour quoi…

- C'est un enfant, Hermione… »

Ouais, vas-y, explique-lui, parce qu'elle est méchante avec moi !

« Tu ne pourras jamais être un père convenable si tu penses toujours comme ça ! Et ne ris pas, ce gamin est capricieux comme pas deux ! Ne te fie pas à sa tête d'ange !

- Désolée Hermione, je suis faible…

- Eh bien, ça va être beau quand tu seras père ! »

Les yeux levés vers son visage, Draco vit son regard s'assombrir quelques secondes, tandis que son petit cœur se serrait dans sa poitrine. Harry enchaîna aussitôt, mais il était trop tard, le blond avait déjà perdu toute sa bonne humeur.

Les enfants.

Il avait beau ne pas vouloir y penser, Draco savait que c'était en partie pour cela que Harry l'avait quitté. Il ne voulait pas d'enfants. Il ne voulait pas s'unir à lui de cette manière-là et se retrouver avec une telle responsabilité sur les épaules. Cela ne faisait que six mois qu'ils sortaient ensemble, le Gryffondor n'allait pas lui mettre la bague au doigt dans les semaines qui venaient, mais il était arrivé ce moment où Harry avait eu besoin de savoir dans quoi il s'engageait. De savoir si un avenir à deux comme il en rêvait serait possible avec lui. Et après avoir fermé les yeux pendant six mois, en se disant que son petit ami finirait bien par changer d'avis, Harry avait mis fin à leur relation.

Pas seulement pour ça. Mais en partie.

Draco se retrouva assis sur une pile de coussin avec un verre de lait chaud et du gâteau au chocolat. Un intense sentiment de nostalgie l'envahit dès la première bouchée et il se sentit si bien qu'il réagit à peine quand Hermione commença à se plaindre de lui et de ce qu'il faisait subir à son chat. Harry n'en finissait pas de rire, ébouriffant par moments ses cheveux blonds.

L'après-midi s'étira et Draco ne s'ennuya pas un seul instant, même si parfois leurs conversations laissaient franchement à désirer. Être près de Harry lui faisait du bien, même s'il avait cette désagréable sensation de le trahir, de l'espionner. Ce qui était un peu le cas… Un peu beaucoup, le cas.

C'était frustrant, aussi. Il avait tellement de choses à lui dire, tellement envie de lui expliquer… de le récupérer…

Elle est conne, Hermione, tu sais. T'aurais fait un papa super. Il est pas là, le problème…

« Et puis, là, ils m'ont collé une semaine chez les amnésiques… Je vais faire des horaires de fou, laisse tomber…

- Et tu vas faire quoi de Laurence ?

- Garderie. Là il aura pas le choix, je ne peux pas me le trimballer partout, c'est pas mon service… Oh, tu peux me faire les gros yeux, ça ne changera rien !

- Il n'aime pas ça ?

- Non et il casse les pieds à tout le monde. En même temps, la garderie est surchargée à cette période de l'année…

- Tu veux que je m'en occupe ? »

Aussitôt, Draco redressa la tête et jeta un regard plein d'espoir à Hermione qui lui fit les gros yeux. Même pas en rêve, beau gosse, semblèrent-ils lui dire.

« Non, ça ira.

- Tu sais, ça ne me dérange pas. Il y a la boutique mais…

- Je t'assure, Harry, il peut très bien aller à la garderie. Comme tous les enfants de son âge… »

Arrête de me regarder comme ça, grognasse, et de me parler comme à un môme de cinq ans… Putain, c'est vrai, je SUIS un môme de cinq ans…

« Bon… Moi je te proposais ça comme ça… »

Le brun tourna la tête vers lui et Draco lui fit alors un sourire éclatant. Un sourire sans doute parfaitement débile, mais là, tout de suite, il s'en fichait bien. Okay, ça réduirait son existence à regarder ses films débiles, à promener son chien dans le froid et à le suivre, des fois, dans sa boutique… Mais franchement, entre ça et la garderie où il perdait vingt ans d'âge mental…

Allez, mon cœur, dis-lui que tu veux me garder !

« Tu sais que…

- Harry, tu as autre chose à faire que de t'occuper de lui. Ta boutique a besoin de toi.

- Mais…

- Je ne plaisante pas. Tu y mets très peu les pieds depuis deux mois, il serait temps que tu te reprennes. »

Draco eut comme un sursaut avant de tourner la tête vers Hermione. Plus lentement, Harry en fit de même, puis il baissa les yeux vers sa tasse de café. Heureusement, il ne le regardait pas, car sinon le brun aurait vu toute la peine et la douleur qui broyaient son estomac à cet instant précis.

Cette boutique, c'était sa vie. C'était son objectif quasiment depuis sa sortie de Poudlard et il s'y était investi corps et âme. C'était sa fierté même si depuis deux ans il en avait laissé la gérance à un de ses employés en qui il avait pleinement confiance et qui s'occupait de la boutique comme un chef. À côté de cette activité, Harry faisait beaucoup de choses et il allait régulièrement dans les orphelinats pour aider, soutenir et apporter un peu de bonne humeur aux enfants. Malgré tout, il restait très attaché à son entreprise et il y consacrait encore beaucoup de son temps.

Pourquoi n'y allait-il plus ? À cause de lui ? De leur rupture ? Le lui rappeler, était-ce donc une manière pour Hermione de remettre Draco à sa place ? De lui faire comprendre que cette séparation n'avait pas fait du mal qu'à lui, mais à Harry, aussi ?

En tout cas, elle avait réussi. Elle voulait l'empêcher de passer du temps seul à seul avec Harry ? Eh bien, elle avait gagné… Car là, tout de suite, Draco ne savait plus vraiment s'il le méritait. D'accord, c'était Harry qui l'avait quitté… mais lui n'avait pas cherché à le récupérer non plus. Comme s'il n'en avait rien eu à foutre. Alors qu'en réalité, il pensait juste que son homme méritait mieux que ça, s'il ne parvenait pas à être heureux avec lui…

« Je sais, Hermione.

- Tu te laisses aller et ça ne me plaît pas. Maxwell s'occupe bien de la boutique mais…

- Oui, je sais. J'ai… Je suis juste un peu… Ça va passer. C'est juste encore un peu compliqué.

- Ce n'est pas en restant chez toi que ça ira mieux.

- Je sais. Je me demande même si je ne devrais pas déménager. »

Tout son petit corps se tendit. Draco lutta pour ne pas se replier sur lui-même tandis que la nausée lui retournait le ventre. Hermione, elle, lui jeta un drôle de regard. Entre inquiétude et…

Regrets.

« Ah… oui ?

- J'aime beaucoup ma maison. Mais j'ai du mal à rebondir et c'est peut-être à cause de ça, aussi. C'est la première fois que… enfin tu vois, quoi. »

Lui, il voyait. Parce qu'il était le premier homme à être ainsi entré dans son intimité, à être venu chez lui et surtout à y rester dormir. À partager son quotidien, pas tous les jours, c'était vrai, mais à se réveiller régulièrement à ses côtés et à se coucher contre lui plusieurs soirs par semaine.

À avoir une vie de couple, tout simplement.

Soudain, les larmes lui montèrent aux yeux. Par Merlin, pourquoi l'avait-il quitté si c'était pour ne plus supporter cette maison où il l'avait choyé comme un enfant ? Pourquoi, après ces deux mois, ressentait-il encore des difficultés à rebondir alors que, bordel de merde, c'était lui qui avait mis fin à leur relation ! C'était lui qui lui avait dit qu'il ne l'aimait plus ! Que…

Putain, il pleurait.

Par les couilles de Merlin, il était foutu.

« Harry, je ne sais pas si c'est une bonne idée de déménager, mais je ne peux pas vraiment t'aider là-dessus. Cela dit, le plus important, c'est que tu te réinvestisses dans ta boutique. Maxwell a besoin de toi, il m'a dit qu'il s'inquiétait beaucoup pour toi.

- J'y vais demain, s'il est si inquiet pour moi. Mais ne t'inquiète pas, je prends soin de moi ! »

Bénie soit Hermione et son bon fond. Elle lui tint la jambe suffisamment longtemps pour que Draco sèche ses larmes et retrouve un visage à peu près potable. Et quand Harry tourna enfin la tête vers lui, le blond avait le nez baissé vers la feuille de papier où il griffonnait depuis quelques minutes déjà.

« Bon, si tu veux, tu peux le garder lundi.

- T'es sérieuse ?! »

Draco leva la tête et jeta un regard étonné à la sorcière dont toute l'attention était tournée vers Harry. Ce dernier avait un grand sourire sur le visage et sans doute que toute idée de passer à la boutique avait disparu de son esprit. Et malgré lui, le blond ne réussit pas à se sentir heureux. Il ne comprenait pas. Il aurait pourtant beaucoup donné pour savoir pourquoi Harry n'allait pas bien, deux mois après leur rupture. Cependant, inutile de compter sur Hermione, elle était gentille mais beaucoup trop fidèle à Harry pour tout lui raconter.

« Si tu me promets d'aller à la boutique demain.

- Je te le promets !

- Sûr ?

- Oui ! Promis, je m'occuperai bien de ton neveu !

- Comme si je pouvais en douter… »

Un vrai gamin, songea Draco avait un demi sourire. Mais malgré le plaisir évident de Harry, le blond ne parvint pas à ressentir la même joie à l'idée de passer du temps avec lui.

Mais qu'est-ce qui avait bien pu se passer dans sa tête, quand il lui avait dit que tout était fini ?

OoO

« Pourquoi il m'aime plus ? »

Bon, en d'autres circonstances, il aurait formulé sa question autrement. Mais là, tout de suite, c'était ce qui lui avait paru être le mieux, même si sa question ne reflétait pas exactement ce qu'il aurait voulu exprimer. Et bien évidemment, la tronche d'Hermione, qui laçait ses chaussures, fut mémorable.

« Pardon ? »

Draco lui jeta un regard agacé puis répéta sa question en articulant du mieux qu'il put. Bon, il faisait des progrès, mais ça laissait quand même franchement à désirer…

« Tu es en train de me demander pourquoi il t'a quitté ?

- Oui.

- Ça n'a rien à voir avec l'amour…

- Réponds-moi, teuplé.

- Je ne peux pas. Je ne trahirai pas ses secrets.

- Tu m'aimes pas.

- Si c'était le cas, tu ne vivrais pas ici !

- Alors dis-moi. Teuplé.

- Non. Il t'a quitté parce que ça ne pouvait plus durer comme ça. Mais je ne peux pas t'aider. »

Assise par terre, Hermione s'attaqua à sa seconde chaussure qu'elle lui enfila en deux temps, trois mouvements. Draco la regarda faire, les yeux un peu tristes.

« L'aime encore. »

Les mouvements de la sorcière se bloquèrent, puis reprirent et terminèrent de lacer ses souliers. Puis, elle leva les yeux vers lui. Sur le canapé, Draco avait coincé ses mains entre ses cuisses et regardait ses genoux, incapable d'affronter son regard.

« Je sais. Je ne sais pas pourquoi tu n'as pas cherché à le garder, mais je sais que tu l'aimes encore. Tu as une tête de bébé mais je vois bien dans ton attitude que tu as encore des sentiments très forts pour lui. Mais je ne peux pas t'aider, Draco. Ce sont vos histoires et je ne vais pas le trahir. Si je te laisse aller chez lui, c'est uniquement parce que j'espère au fond de moi que tu sauras trouver des réponses à tes questions. Mais il ne faut pas qu'il sache que c'est toi. Tu le sais, ça. »

Oh ça oui, il le savait. La sorcière n'avait pas besoin de lui interdire de lui révéler son accident pour que Draco garde la bouche close. Harry deviendrait fou de rage si jamais il apprenait le pot aux roses. Leur toute dernière engueulade, celle où il avait mis fin à leurs six mois d'amour, avait été si violente que Draco ne préférait même pas penser à son état si jamais il découvrait la véritable identité du petit Laurence.

Sans doute perdrait-il la tête.

Parce que Draco, lui, l'avait totalement perdue, ce jour-là…

« Bon, on y va ? »

Le blond hocha vaguement la tête en essayant de faire un sourire peu convaincant. Et quelques minutes plus tard, ils étaient chez Harry, plantés devant sa porte à attendre qu'il leur ouvre. Draco fut comme statufié en le voyant avec son jean près du corps et cette chemise à carreaux rouges qu'il lui avait offerte des mois plus tôt. Ses joues s'embrasèrent à l'idée qu'il n'avait définitivement pas tout viré de chez lui après leur rupture, une vague de bonheur ravageant son petit cœur rongé d'angoisse. Quand son ex lui sourit avant de se baisser pour l'embrasser dans les cheveux, Draco se dit que ça devait quand même cacher quelque chose, tout ça. Malgré tout, il était très heureux de le voir dans cette tenue.

Car il adorait quand Harry portait des chemises. Lui qui n'avait jamais fréquenté de né-moldu ou de sang-mêlé raffolait de ce vêtement qui lui tombait si bien sur les épaules et qu'il adorait déboutonner ou bien lui arracher. Harry était taillé pour porter des chemises. Et puis des jeans, aussi, pour mettre en valeur ses belles jambes et son fessier…

Déjà cinq ans et déjà un vrai pervers, se dit-il tandis que Harry le prenait contre lui pour l'emmener dans le salon. Et malgré les avertissements de Hermione, qui lui recommandait de ne pas faire de bêtises en son absence, Draco savait qu'il n'allait pas s'en priver.

OoO

La maison était plutôt grande pour quelqu'un qui vivait seul mais aussi confortable et conviviale. À vrai dire, elle était plutôt à son image. Draco avait toujours bien aimé cet endroit et à présent qu'il était emmitouflé sous de chaudes couvertures avec une grosse tasse de chocolat chaud maison dans les mains, il ne pouvait qu'être l'enfant le plus heureux du monde. Enfin, l'homme-enfant. Hein. Faut pas déconner, non plus.

« J'ai presque fini, Laurence, j'arrive tout de suite ! »

Prends ton temps, prends ton temps…

À ses pieds, Paddy semblait dormir. C'était un labrador blanc d'environ deux ans que Draco avait eu bien du mal à apprivoiser au début de sa relation avec Harry. Battue par la pluie dans un carton détrempé, Paddy n'était qu'un chiot quand Harry l'avait récupérée dans la rue puis emmenée chez lui pour la sécher et la nourrir. Au final, il l'avait gardée et elle le suivait dans ses moindres déplacements. Et parce qu'il n'avait jamais eu d'animal de compagnie, hormis son hibou, Draco avait eu du mal à saisir l'intérêt qu'avait eu Harry à adopter ce chien. Et à vrai dire, Paddy elle-même semblait avoir eu du mal à comprendre pourquoi diable son maître s'enquiquinait avec un compagnon comme lui.

Au bout d'un moment, malgré tout, Draco avait réussi à se faire à sa présence et la chienne le tolérait dans son environnement, sans pour autant lui montrer de vrais signes d'affection. Et ce qui était vrai du temps où il était humain l'était toujours à présent… Car dès le premier jour, Paddy semblait avoir deviné qui il était vraiment. Sans doute à cause de son odeur. Et le moins qu'on puisse dire, c'était qu'elle était toujours aussi garce.

« Me voilà ! »

Et voilà le plus beau, songea-t-il en buvant une gorgée de chocolat chaud. Il avait pris goût à cette merde. Enfin, celui d'Hermione était forcément moins bon que celui de Harry, c'était une évidence… Et quand le brun s'assit à côté de lui, Draco se dit que de toute manière tout ce qu'il faisait était toujours meilleur, pour la bonne et simple raison qu'il y mettait tout son cœur.

« Qu'est-ce que tu regardes ? »

Une merde. Y a que ça à la télé, de toute façon.

« Un film.

- Tu préfères pas un dessin animé ?

- Non. Aime pas. »

Bon, en vrai, il avait passé une si bonne après-midi qu'il n'avait pas envie de tout gâcher avec un dessin animé de merde pendant lequel il ne pourrait pas critiquer à son aise et se faire câliner la tête comme Harry savait si bien le faire.

Cela faisait une semaine déjà que Draco se faisait garder par son ex petit copain et le moins qu'on puisse dire, c'était qu'il adorait ça. Après ces deux mois de séparation, le retrouver au quotidien n'était que du bonheur, même si parfois, Draco devait se cacher et laisser couler quelques larmes de douleur, parce que putain, que c'était dur de le regarder évoluer sans pouvoir le toucher et tout lui dire.

Cependant, malgré cette peur que Harry découvre tout et cette souffrance de devoir lui mentir à chaque instant, ces moments passés chez lui le remplissaient de bonheur. Le brun s'occupait de lui à chaque instant, l'emmenait partout avec lui, le présentait comme le neveu de son amie et le câlinait comme s'il faisait partie de sa propre famille. Il lui préparait plein de bonnes choses, l'habillait avec soin, et non pas avec le premier truc venu comme le faisait Hermione, et surtout, il lui parlait.

Et Draco l'écoutait. Il l'écoutait parler de la boutique, qu'il visitait trop peu, de la maison, trop grande pour lui, et de sa vie monotone qu'il aurait aimée rendre plus excitante. Jamais il n'aborda leur rupture, même si, parfois, il semblait en avoir envie. Sans doute par pudeur. Parce que ça ne regardait pas un enfant de cinq ans et que ça ne méritait, peut-être, pas d'être à nouveau raconté.

Draco ne posait pas non plus de questions, préférant le laisser venir. Il jouait depuis le début la carte du gentil petit garçon qui sait charmer son monde, surtout quand il fait des conneries aussi grosses que lui. Et putain, il en avait fait, des bourdes, depuis que Harry le gardait… Pourtant, il avait essayé de se contrôler au début mais très vite il avait enchaîné les bêtises, que ce soit seul ou avec cette garce de Paddy qui ne valait guère mieux que Pattenrond.

L'autre jour, elle avait attrapé le coussin sur lequel il était assis entre ses dents et l'avait tiré un grand coup pour le mettre par terre et y poser sa tête. Forcément, très vexé, Draco avait essayé de le récupérer, et après avoir récolté quelques grognements mécontents, il était allé chercher la bouteille d'eau qu'il avait vue traîner sur la table de la cuisine et l'avait renversée sur la tête du chien. Évidemment, quand Harry avait découvert le pourquoi du comment de la course poursuite qui avait abouti à un vase cassé et des dérapages peu contrôlés sur son parquet, Draco s'était bien fait engueulé. Mais parce que le brun était de bonne composition, il avait quand même bien rigolé, en lui disant de ne plus recommencer.

Sauf que Draco avait décidé de se venger et que Paddy, décidemment, adorait se disputer avec le petit garçon qu'il était et donc l'emmerder…

« Ah bon. Mais c'est un film très adulte, tu comprends au moins de quoi ça parle ? »

Ouais. D'un homme qui marche sur les murs avec une combinaison particulièrement ridicule. Et je comprends toujours pas ce que tu trouves de mignon à cet acteur…

« Ouais. Et l'est moche.

- Qui ? Spiderman ?

- Ouais.

- Ah bon. Il est plutôt mignon, pourtant. »

Me le rappelle pas, connard.

« Nan.

- Nan ?

- Nan, l'est moche. Comme Feodor. »

Soudain, Harry éclata de rire, ce qui arracha un léger sourire au blond. Il avait rencontré cet enfoiré la veille et la rencontre avait été des plus désagréables. L'ex de Harry était un beau blond à l'accent séduisant pour les amateurs. Pompeux et fier, c'était le genre de sorcier qui avait le don de l'énerver, et encore plus quand ils parvenaient à séduire des hommes comme Harry qui méritaient bien mieux que ça. Si Draco était honnête avec lui-même, il avouerait que Feodor et lui-même étaient de la même trempe, mais il avait beaucoup trop d'estime pour sa propre personne, et ressentait trop d'amour pour Harry pour l'admettre. Il préférait dire que le Russe était un abruti de première, c'était plus simple.

Revoir Feodor avait provoqué en lui un accès de rage qu'il avait été bien difficile de surmonter. Il savait qu'Harry l'avait quitté uniquement pour donner une chance à leur histoire et qu'il l'avait complètement rayé de sa vie. Cette manière qu'avait eue Feodor de le draguer ouvertement sans obtenir la moindre réponse positive ne pouvait que renforcer cette idée qu'Harry l'avait définitivement oublié. Cependant, les restes de cette jalousie maladive que Draco avait éprouvé envers ce type si fou amoureux de son homme demeuraient en lui.

Le soir même, Hermione l'avait ausculté et lui avait annoncé avec joie que le maléfice était en train de se stabiliser, ce qui lui avait permis de ne pas piquer une crise de nerfs devant Harry. Si Draco avait été soulagé d'apprendre que son calvaire pourrait bientôt prendre fin, cela ne rendait pas son quotidien plus facile à gérer. Et penser à cet enfoiré blond l'agaçait prodigieusement. Et tant pis si ça pouvait donner des idées à son chéri.

Non, pas son chéri. Harry. Juste Harry.

« Tu exagères.

- Non.

- Pourquoi tu le trouves moche ? Il est blond comme toi, pourtant. »

Je suis vingt fois plus beau que ce crâneur.

« Moche quand même.

- Bon.

- C'est ton amoureux ? »

Allez, avançons-nous sur une pente bien glissante, comme on les aime…

« Oh ça non ! Il y a longtemps, on était amoureux, mais plus maintenant.

- Pourquoi ?

- Parce que je suis tombé amoureux de quelqu'un d'autre.

- C'était qui ?

- C'était… »

Son regard partit dans le vague et son sourire disparut. Draco sentit les larmes lui monter aux yeux tandis que tout son corps se tendait, souffrant de voir une telle expression de tristesse sur le visage d'Harry. Il tourna légèrement la tête, comme s'il cherchait quelque chose, et ses mains abîmées tripotèrent un bout de sa chemise. Comme quand il était nerveux.

Comme quand il était triste.

« Ça n'a pas d'importance. »

Tu arrives à dire le nom de Feodor, mais pas le mien ?

« C'est de l'histoire ancienne. »

Il tourna la tête vers lui et tenta de lui faire un sourire avant de regarder la télévision, comme un échappatoire à sa propre douleur qui se lisait sur son visage. Ses yeux brillaient et il avait cette expression de souffrance sur le visage qu'ont les gens qui refusent de montrer leur douleur et qui l'intériorisent du mieux qu'ils peuvent.

« Pourquoi t'es triste ? »

Il y eut un silence et l'espace d'un instant, perdu dans ses pensées, Draco crut qu'il ne l'avait pas entendu. Puis, Harry prit une grande inspiration et lui répondit.

« Parce que ça fait deux mois que c'est plus mon amoureux. Mais je l'aime encore. »

Alors Harry tourna à nouveau la tête vers lui et fit un de ces sourires qui se veulent rassurants mais qui ne le sont pas vraiment. L'expression stupéfaite de Draco lui arracha un léger rire un peu bizarre, un peu triste. Et puis, soudain, juste avant qu'il ne craque, le téléphone sonna. Le brun sauta sur ses pieds et alla décrocher, entrant dans la cuisine où il avait laissé son portable.

Le blond, lui, se leva et se précipita dans les toilettes où il fit tous les efforts du monde pour ne pas faire trop de bruit, tandis que les sanglots secouaient son petit corps, les larmes dévalant ses joues rondes.

Par Merlin, ce n'était pas possible.

Il ne pouvait pas lui dire ça. Il n'avait pas le droit…

Il n'avait pas le droit de lui dire qu'il l'aimait encore alors que, putain, ça faisait deux mois qu'il l'avait quitté… Qu'il lui avait dit qu'il ne l'aimait plus… C'était lui qui l'avait poussé à bout, merde ! Qui avait créé cette crise, qui avait mis fin à leurs rêves, à leur vie à deux, à…

Pourquoi l'avait-il quitté ?

Pourquoi souffrait-il en silence, pourquoi se torturait-il, alors que lui, il l'avait attendu comme un sombre idiot, espérant un petit message, un simple geste ?

Pourquoi m'as-tu quitté si tu m'aimes encore ?

« Laurence ? T'es où ? »

Il fallait qu'il comprenne. Qu'importe le temps que prendrait sa guérison, il était hors de question qu'il laisse les choses ainsi. Il allait devoir jouer tout en finesse, certes, mais jamais Draco ne laisserait tomber. Pas avec ce qu'il venait d'entendre. Certainement pas.

OoO

Déjà dix minutes que sa mère hurlait comme un putois après le Dr McBoll et Hermione, dont le self-control à toute épreuve ne pouvait qu'inspirer le plus profond respect. Installé sur une chaise juste à côté d'elle, Draco tentait comme il le pouvait de s'enfermer dans une sorte de monde parallèle où elle n'existait pas, où ses hurlements n'étaient que de doux murmures et où ses mains griffues ne pouvaient prodiguer que de tendres caresses. Mais malgré son esprit prompt aux rêveries, et qui décrochait facilement de la réalité, il était bien difficile au blond de faire totalement abstraction de sa présence.

« C'est intolérable ! Vous entendez ce que je vous dis ?! Intolérable ! »

Le moins qu'on puisse dire, c'était que sa mère ne lui avait pas manqué. Bon, il l'aimait beaucoup et il éprouvait un certain manque quand il passait plus de deux semaines sans la voir. Cependant, vu les circonstances, il aurait préféré qu'elle l'oublie complètement. Elle avait tellement bien réussi ces trois dernières semaines, écartée de sa vie par les courriers réguliers d'Hermione, qu'elle aurait très bien pu continuer comme ça.

« Je vous confie mon fils, la chair de ma chair, et qu'est-ce que j'entends ?! Qu'il passe la moitié de son temps chez cette petite saloperie de Potter ?! Mais par Morgane, comment osez-vous confier mon fils à cette enflure ?! »

Oui, bon, sa mère n'avait jamais digéré leur rupture, pas plus que la sale dispute qu'ils avaient eu tous les deux quelques jours plus tard parce qu'elle avait pensé être alors en droit de critiquer ouvertement Harry. Or, Draco avait beau lui en vouloir à mort, son Harry, il était sacré, point.

« Cet homme inculte et mal-élevé est incapable de s'occuper correctement de mon fils, et qui plus est, imaginez qu'il découvre la vérité ! Qu'est-ce qu'il fera, je vous le demande ?! »

Il lui gueulerait dessus en le traitant de tous les noms et il le ramènerait à Hermione en crachant du feu. Voilà, ce qu'il ferait. Et peut-être qu'il n'aurait pas tout à fait tort, dans le fond…

« Mrs Malfoy…

- Il n'y a pas de Mrs Malfoy ! Vous n'êtes que des incapables irrespectueux et à la cervelle d'huitre ! Et dire que je vous faisais confiance ! »

Draco avait essayé de lui dire que c'était lui qui avait voulu, mais soit sa mère ne l'avait pas entendue, soit elle avait décidé de ne pas l'écouter. Elle n'était pas assez stupide pour croire qu'il l'avait oublié et qu'il n'essaierait pas de le revoir dans de pareilles circonstances, mais elle avait cru qu'Hermione serait suffisamment rancunière pour ne pas les laisser se rapprocher à nouveau. Et visiblement, elle avait sous-estimée la sorcière, qui du reste n'avait guère eu le choix…

« Vous êtes des êtres méprisables et sans aucun scrupule !

- Votre fils a…

- Et alors ?! C'est devenu un enfant, il est incapable de réfléchir correctement ! Et même si c'était le cas… Mon fils n'a pas à traîner avec cet écervelé de Potter ! Et vous le savez, Miss Granger, vous savez pertinemment à quel point…

- Ce que je sais, Mrs Malfoy, c'est que votre fils a toute sa tête et qu'il déteste autant passer ses journées à la garderie que l'idée de vivre au Manoir. Je sais que vous n'approuviez pas leur relation et que vous ne souhaitez aucune amélioration de ce côté-là.

- Dans ce cas, pourquoi…

- Parce que votre fils en a envie. Je sais que ce n'est pas l'idée du siècle et que cela comporte des risques, mais… »

C'était un dialogue de sourds, tout bonnement. Et de toute façon, que pouvait-on attendre de plus de la part de sa mère ? Elle ne pouvait pas comprendre. Elle qui s'était mariée pour échapper à sa famille dans l'espoir de mener une vie digne et sans souci ne pouvait comprendre ce que c'était que d'aimer passionnément une personne différente de soi. Lucius était un être froid et calculateur, mais tous deux faisaient partie du même monde, tandis qu'Harry, lui, était un homme généreux, charmant, un peu gaffeur mais aimant et attentionné. Il possédait cette humanité qui faisait tant défaut parfois à Draco et qui l'avait rendu meilleur.

Sa mère ne savait pas ce que signifiait « être heureux en couple ». En ménage, oui, parce qu'elle n'avait jamais manqué de rien, mais en couple, non. Elle ne savait pas ce que c'était que de s'engueuler pour un oui ou pour un non, que de se réconcilier dans le canapé du salon devant un film pourri ou dans un lit deux places qui sentait bon l'odeur de l'autre, que de s'embrasser devant le restaurant où ils étaient censé manger ensemble ou bien dans l'entrée après une dure journée de travail.

Elle ne savait pas ce que c'était que de tomber amoureux et de savourer chaque petit moment ensemble, s'approcher de plus en plus de l'autre et ne faire plus qu'un avec lui.

« Et que se passera-t-il si jamais Potter apprend que cet enfant est mon fils ?! Par cette garce de Morgane, il serait capable de lui en mettre une si jamais il l'apprenait ! Potter n'a aucune éducation et…

- Harry ne fera jamais de mal à Draco. Il sera juste très en colère.

- Mais pourquoi est-ce que vous ne comprenez pas que…

- Mrs Malfoy, s'il vous plaît, acceptez l'idée que votre fils aime encore mon ami et qu'il a envie d'avoir des réponses.

- Mon fils ne se remettra jamais en couple avec cette saloperie ! Pas avec ce qu'il lui a fait ! »

Sa mère baissa les yeux vers lui, cherchant sans doute son approbation dans son regard. Mais Draco lui répondit par un regard terne qui sembla la mettre hors d'elle. Et parce que de toute façon il ne pouvait rien lui arriver de pire que ce qu'il était en train de vivre actuellement, il ouvrit la bouche pour lui répondre :

« J'aime Harry. »

Et là, ce fut comme une éruption de rage et de colère. Draco aurait pu en sourire s'il n'était pas aussi fatigué de l'entendre hurler depuis au moins vingt minutes. Il ignora donc le regard furieux d'Hermione, baissa la tête et laissa la tempête souffler sur lui, balayant tout sur son passage.

Tout, sauf sa volonté de savoir pourquoi diable Harry l'avait quitté alors qu'il l'aimait encore.

OoO

Et que ça jacasse, et que ça jacasse… N'étaient-ils donc bon qu'à ça, jacasser ? C'était pas Merlin possible, Hermione était d'un bavard… Et Harry aussi, d'ailleurs, qu'est-ce qu'il pouvait être pipelette quand il était lancé… Bon, en soit, ce n'était pas dérangeant parce que Draco adorait parler et, surtout, raconter des ragots. Mais là, tout de suite, il se fichait éperdument de sa prétendue mère ingrate qui le laissait encore chez Hermione, enchaînant avec un autre pseudo voyage d'affaires.

En fait, ce qui l'emmerdait le plus, c'était qu'Harry ne s'occupe pas de lui. Il préférait discuter avec sa meilleure amie plutôt que de le prendre sur ses genoux, comme il le faisait si souvent, et lui faire des câlins tout en buvant son café. Du coup, Draco était dans le salon, installé devant la télé à tripoter la queue de Paddy qui se laissait emmêler les poils sans rien dire. Le son était si bas qu'il entendait distinctement les deux sorciers discuter et, franchement, il y avait de quoi être frustré.

Au bout d'un moment, agacé, Draco se leva et alla chercher la télécommande sur le canapé, histoire de monter le son et de ne plus les entendre du tout. Il était si agacé que lorsqu'il se pencha au-dessus de Paddy pour attraper le boîtier, il lui tomba dessus. La chienne réagit en lui grognant dessus et le blond lui répondit par un regard sombre. Ils se regardèrent quelques secondes, puis, rien que pour l'emmerder, Draco lui monta dessus, plutôt que de faire le tour pour monter sur le canapé, puis lui fit un sourire moqueur.

Soudain, sans doute pour lui rendre la pareille, Paddy se redressa sur ses pattes et se leva, manquant de le faire tomber. Aussitôt, Draco attrapa ses poils entre ses mains et se cramponna à elle, s'allongeant le long de son échine. Il eut envie de l'insulter, parce que putain il avait failli se gameller par terre avec ses conneries, mais il n'en eut pas le temps : elle se mit en marche, fit le tour de la table basse et fit mine de quitter le salon. Draco se mit alors à gesticuler pour descendre mais Paddy avait d'autres idées en tête, et parce qu'il n'avait pas envie de se faire mal et pleurer comme le bébé qu'il était, parce que putain il avait encore ces réactions débiles de môme de cinq ans, le blond resta accroché à ses poils.

Et, forcément, quand ils arrivèrent dans la cuisine, ce fut la honte.

Mais genre, la honte qui vous colle à la peau jusqu'à la fin de vos jours. Et quand il croisa le regard d'Harry et qu'il vit Hermione piquer une crise de rire, il sut qu'il était fini. Terminé. Parce que voir Harry éclater de rire et hoqueter de rire, c'était une chose. Mais voir Hermione manquer de se faire dessus, c'en était une autre.

Saloperie de chien.

Saloperie d'Hermione.

Saloperie de gobelin.

« Oh mon dieu, mais qu'est-ce que tu peux être mignon toi, quand même ! »

Je ne suis pas mignon, Potter. Je suis pitoyable. Nuance.

« Punaise, j'en peux plus ! »

En d'autres circonstances, sans doute aurait-il ricané en la voyant se lever et se précipiter aux toilettes en serrant les cuisses, mais là, tout de suite, il la maudissait. Les joues écarlates et les mains toujours accrochées aux poils beiges de Paddy, parce que cette conne ne s'était toujours pas baissé et Draco avait le vertige, oui, vous avez bien entendu, le vertige, le blond grognait en silence après le monde entier.

Soudain, deux mains se glissèrent sous son ventre et le soulevèrent dans les airs. Il eut un léger soupir de soulagement quand Harry le prit contre lui, et quand leurs regards se croisèrent, ses joues semblèrent s'embraser tandis que le sorcier lui souriait avec douceur.

Même de près, t'es vraiment trop beau…

Et tu sens bon…

« En fait, vous vous entendez super bien, avec Paddy. »

Nan, c'est une garce et elle me tourne en ridicule.

« Tu veux boire ou manger quelque chose ?

- Oui. Veux du lait, teuplé. »

Aussitôt, Draco se retrouva installé sur une chaise recouverte de coussins avec un verre de lait aromatisé au sirop de menthe devant lui. Hermione les rejoignit très vite, les joues rouges et un grand sourire sur les lèvres. Il était temps qu'elle parte alors elle l'embrassa sur la joue, lui glissant qu'il était vraiment mignon quand il voulait, puis elle s'enfuit non sans le gratifier d'un sourire moqueur qui en disait long sur ses pensées.

Connasse, va. Mais je t'aime bien quand même.

« Tu bois ton lait et on va un peu se balader ? Je dois passer à la boutique. »

Sans se faire prier, Draco hocha la tête et s'empressa de boire son verre. Puis, ils se préparèrent à partir : Harry enfila sa vieille veste en cuir alors qu'il faisait moins quinze dehors puis il se baissa vers lui pour l'aider à enfiler son manteau. Parce que, oui, Harry lui avait acheté un manteau. Un vrai manteau tout chaud qui ne laissait pas passer les courants d'air, et même si c'était un peu ridicule avec sa robe de sorcier, il s'en fichait complètement. Son Harry lui avait acheté quelque chose et de joli en plus, il n'allait pas faire le difficile. Et c'était toujours mieux que cette horrible cape à pompons bleus.

Maudite soit ma mère et ses goûts à chier…

Enfin, Harry appela son chien et ils sortirent tous les trois. Le chemin de Traverse était à quelques rues de là et c'était bien agréable de se balader dans ces rues tranquilles bordées de jolies maisons. Tenant la main d'Harry, si chaude et si large comparée à la sienne, Draco marchait d'un pas tranquille en se disant qu'au final, il aimait bien cette vie. Il aurait vite fait de s'en ennuyer, après tout cela faisait déjà un mois qu'il était dans cet état, mais marcher aux côtés du brun en lui tenant la main était agréable.

Mais ça ne pouvait durer indéfiniment. En effet, son corps paraissait jeune mais Draco avait en réalité les articulations d'un homme de vingt-cinq ans, et il en allait de même pour le reste de ses organes. Il ne pouvait pas grandir, coincé qu'il était dans cette tranche d'âge ingrate, mais son corps vieillissait chaque jour un peu plus et s'abîmait davantage que s'il était encore adulte. Le maléfice était quasiment stabilisé, ce n'était plus qu'une question de jours.

Dommage, se dit-il tandis qu'ils arrivaient devant la boutique. C'était difficile à gérer, mais partager à nouveau le quotidien de l'homme qu'il aimait et découvrir de nouvelles choses sur lui, des choses qu'il n'avait jamais été foutu de remarquer, c'était comme un cadeau tombé du ciel. Et le blond savait déjà qu'une fois redevenu adulte, il ferait tout pour le reconquérir et revenir dans sa vie.

Après un tour de la boutique, où Draco passa plus de temps à jouer avec Paddy dans un coin, ils rentrèrent à la maison. Bon, en vrai, il était monté sur un balai et avait volé si haut, et si mal, qu'il avait ruiné toute la mise en place de Maxwell qui s'était évertué deux jours auparavant d'exposer leurs balais de façon attractive en vue des fêtes de Noël. Du coup, il s'était mis à cracher du feu, réduisant l'espace vital du petit blond à un petit coin de la boutique où Paddy était censée le garder. Forcément, Harry avait bien rigolé, comme toujours, puis il avait aidé son employé à tout ranger.

Le sorcier prépara le déjeuner, puis il se fit un café et s'installa dans le canapé. Draco le regarda tripoter son téléphone d'un air agacé. Il savait que cet enfoiré de Feodor avait des cracmols dans sa famille et qu'il savait utiliser ces technologies moldues. Rien ne lui permettait d'affirmer qu'Harry discutait avec lui, mais quand même, il y avait de fortes chances que ce soit le cas. Difficile de charmer un homme comme lui si on ne s'adaptait pas à son mode de vie et donc à ces engins. Donc oui, Draco savait utiliser un téléphone et il en avait même un parce qu'Harry adorait quand il lui envoyait des messages. Il avait été tenté de le jeter après leur rupture, mais il n'en avait pas eu le courage. Il n'était pas comme Harry.

Qui, ce jour-là, portait un pull gris perle que Draco lui avait offert après une grosse dispute.

« Parles à qui ?

- Hm ? Oh, à Ron, mon meilleur ami.

- Ah.

- Pourquoi ? Tu croyais que je parlais à qui ?

- Ton amoureux. »

D'accord, ce n'était pas une bonne idée. Mais il n'avait toujours pas digéré l'idée qu'Harry l'aime encore depuis tout ce temps, et ces trois derniers jours, Draco n'avait pas eu le courage de le relancer là-dessus. Hermione, oui, il l'avait bien fait chier avec ça, il était même allé jusqu'à balancer de l'encre sur Pattenrond en espérant qu'elle craquerait. À la place, il s'était ramassé une fessée et quelques coups de griffes.

« Je n'ai pas d'amoureux, Poussin. »

Par pitié, Harry, arrête avec ces surnoms dégoulinants de tendresse, je vais m'y habituer…

« Pourquoi ?

- Pourquoi quoi ?

- Pourquoi t'as pas d'amoureux ?

- J'en avais un, mais il ne m'aime plus. »

QUOI ?!

« Donc j'ai plus d'amoureux. Pourquoi tu me regardes comme ça ? »

Mais parce que t'es en train de me raconter des conneries aussi grosses que toi ! Comment ça, je t'aime plus ?! T'as vu ça où ?!

« Pourquoi il t'aime plus ? »

Par Merlin, que cette question était difficile à poser… Son cœur allait bientôt sortir de sa poitrine tellement il battait fort de… Il ne savait pas trop, de colère, de douleur, de…

Mais qu'est-ce que Harry était en train d'inventer, là ?!

« Tu sais, c'est comme ça, c'est la vie. Les sentiments, ça ne se contrôle pas.

- Il te l'a dit ? »

Mais qu'est-ce que j'ai fait ? Putain, mais qu'est-ce que j'ai fait pour que tu croies des conneries pareilles ?!

« Non, mais ça se voyait. Tu sais, tu verras quand tu seras grand, mais quand tu te disputes tout le temps avec quelqu'un, ça veut forcément dire quelque chose. Et il me grondait pour beaucoup de choses. »

Je te grondais… Mais qu'est-ce que j'ai pu te dire pour que tu me quittes ? Qu'est-ce que je t'ai fait ?

« Il te disait quoi ?

- Tu es trop jeune, tu ne peux pas comprendre.

- Allez, s'teuplé !

- Mais pourquoi tu veux savoir ça ?

- Parce que t'étais triste, l'autre jour. »

Le regard d'Harry se brouilla et il perdit son léger sourire. Puis, sans doute parce qu'il avait envie de vider un peu son sac, il poussa un soupir, vaincu.

« Je n'étais pas assez bien. Il n'était jamais content de moi. Je ne m'habillais pas bien, je ne parlais pas correctement, je regardais trop la télévision, je… Il n'aimait pas comment je vivais. Je ne faisais jamais rien de bien et on se disputait tout le temps. Il était jaloux mais détestait que je me montre possessif, et quand je le faisais, parce que je l'aimais, je m'en prenais plein la tête. Il me reprochait sans arrêt d'avoir aimé d'autres personnes alors que lui flirtait avec ses ex parfois devant moi. »

Il allait crever.

Là, tout de suite, sur le canapé, il allait crever sur place. Son cœur allait s'arrêter de battre et ce cauchemar prendrait fin.

« Je ne le rendais pas heureux. Je n'étais pas comme il aurait voulu que je sois, et parfois, je me suis demandé s'il m'avait aimé à un moment donné. Mais je pense qu'il avait surtout peur de l'engagement. Il dormait souvent ici, tu sais, mais il refusait de vivre avec moi. Il disait que c'était trop petit, qu'il étoufferait, qu'il avait besoin de son indépendance. »

On s'engueulait trop, Harry. Si j'étais resté, on en serait venu aux mains, tu le s…

« Mais c'étaient des bêtises. Il ne voulait juste pas s'engager avec moi. Alors que moi, je voulais qu'il vienne vivre avec moi. Je voulais faire ma vie avec lui. Mais je n'étais pas assez bien, pour sa mère, pour sa famille, pour son milieu professionnel. J'étais juste bon à lui faire des câlins de temps en temps et à lui préparer ses tartines le matin… »

Harry prit une grande inspiration, le regard tourné vers la télévision, sans voir Draco à ses côtés qui agonisait sur le canapé.

« Je l'ai quitté quelques jours après lui avoir demandé s'il voulait un jour avoir un enfant. On en avait déjà un peu parlé, mais ce jour-là, il a affirmé qu'il n'était pas prêt à être père et qu'il n'en aurait qu'une fois marié avec l'homme de sa vie. J'avais juste besoin d'une raison pour le quitter. J'ai eu du mal à trouver le courage de le faire, mais au moins, j'avais une bonne raison de mettre fin à tout ça. »

Sa voix était pleine de larmes contenues. Draco, lui, ne pouvait plus retenir les siennes. Son petit corps tressautait à mesure que les poignards se logeaient dans son cœur, lui rappelant ces six mois d'amour et d'engueulades, de reproches et de câlins, de…

Ces six mois pendant lesquels Harry n'avait pas été aimé correctement.

Pendant lesquels il avait cru qu'il n'était pas assez bien.

Parce que Draco était un enfoiré orgueilleux qui n'avait jamais su comment prendre soin de quelqu'un, qui craignait l'engagement, mais qui surtout avait eu peur de précipiter leur chute si jamais il s'installait chez lui. Alors que les moments les plus heureux qu'ils avaient passé ensemble, c'était quand ils vivaient tous les deux dans cette maison.

Pardon, Harry…

Pardon de ne pas t'avoir aimé comme tu le mérites…

« Bah, Laurence ? Pourquoi tu pleures ? »

Pardon de t'avoir critiqué sans arrêt alors que t'es l'homme le plus fantastique du monde…

« Oh non, Poussin, il ne faut pas pleurer pour ça… »

Pardon d'avoir tout fait de travers et de t'avoir fait croire que t'étais pas l'homme de ma vie, alors que putain, j'ai juste peur de pas être assez bien pour toi, de pas être à la hauteur de tes espérances, de ne pas être un bon père parce que le mien, bordel, il ne m'a jamais vraiment aimé…

« En plus, t'as pas dû comprendre grand-chose… Enfin, suffisamment pour que tu pleures, visiblement. Allez, viens-là… »

Pardon, mon Harry…

Je ne voulais pas ça, je suis qu'un pauvre con, je t'ai fait du mal sans même m'en rendre compte…

Ou plutôt je ne voulais pas voir. C'était plus facile.

Mais je t'aime, bordel, si tu savais à quel point je t'aime…

« C'est de l'histoire ancienne, tu sais. Il faut juste que je tourne la page. J'ai l'habitude de tomber sur ce genre d'hommes, il n'est pas le premier, et il ne sera pas le dernier. »

OoO

Pour la première fois depuis un mois, ils avaient eu une vraie conversation. Bon, à la base, ils parlaient de sa mère qui les assommait de courriers depuis qu'elle avait vu son fils unique dans les bras de Harry tandis qu'elle allait acheter un présent pour les soixante-quatorze ans de sa cousine. Mais de fil en aiguille, ils en étaient venus à parler du jeune homme et Hermione lui avait cette fois ouvert son cœur.

Il fallait dire qu'il avait beaucoup pleuré. Une fois rentré chez elle, Pattenrond avait eu l'excellente idée de se mettre sur son passage, donc Draco lui était à moitié tombé dessus, et parce que cet enfoiré avait osé lui siffler après de colère, le blond lui avait mis un coup de pompe dans le derrière qu'Hermione n'avait guère apprécié. Forcément, elle l'avait engueulé et alors Draco avait complètement craqué. Il avait passé la moitié de sa soirée à pleurer et à vomir, et pas un seul instant il n'avoua à la sorcière pour quelle raison il se sentait si mal.

Le lendemain, Hermione prit sa journée et finit par avoir le fin mot de cette histoire. Elle parut bien triste quand Draco lui raconta avec ses mots à lui ce qu'Harry lui avait révélé. Plutôt que de le laisser avec ses souffrances qui l'avaient rendu si malade la veille, la sorcière lui parla longuement de son meilleur ami, des raisons pour lesquelles il avait rompu trois mois plus tôt et du fait qu'il ne s'en était toujours pas remis.

Forcément, Hermione lui fit des reproches et Draco dut regarder la vérité en face. Il était exigeant, éduqué d'une certaine manière, possessif, carriériste et égocentrique. Ces défauts, Harry s'y était fait et il avait réussi à en atténuer la plupart, mais il était vrai que Draco avait tendance à un peu trop le critiquer, visiblement au point que ses compliments passaient à la trappe. Ces engueulades à répétitions étaient en grande partie dues à ces incompréhensions mutuelles, au fait que Draco refusait de vivre avec lui et de s'engager durablement. Mais aussi à ce putain de pessimisme qui pourrissait la vie de Harry depuis des années… Certes, le blond n'était pas un ange et il s'en rendait encore plus compte à présent, mais son ex voyait toujours le verre à moitié vide quand il s'agissait de lui, de sa personne.

Non, Harry n'était pas parfait. Mais Draco l'aimait comme ça. Avec ses cheveux en bataille, ses jeans délavés, ses mains abimées, ses manies de né-moldus et ses sourires incroyables.

Il avait donc fallu mettre les points sur les i, sur les torts d'Harry et sur ceux de Draco. Ce dernier en avait longtemps voulu à Harry de l'avoir quitté et de l'avoir mis dans un état pareil, mais il n'avait jamais abandonné l'idée de se remettre avec lui et de tout lui pardonner. Et à vrai dire, il n'avait pas eu besoin d'Hermione pour admettre qu'il n'était qu'un gros con. Il avait très bien su le faire tout seul, comme un grand.

De même, il n'avait pas été compliqué de lui avouer qu'il aimait Harry comme au premier jour, qu'il ne s'était pas vraiment rendu compte de ce qui se passait, qu'il regrettait, qu'il saurait se corriger et l'aimer correctement.

Après cette conversation longue et éprouvante, Hermione avait accepté de l'aider. Parce que dans le fond, elle l'aimait bien et elle voyait de la souffrance aussi bien chez Harry que chez Draco. Le tout était de guérir le blond et de laisser ensuite faire les choses…

Du moins, c'était ce qu'il pensait.

OoO

« Laurence ! Laurence, par Merlin, arrête ça tout de suite ! »

Même pas en rêve. Elle doit comprendre qui c'est, le patron.

« Tu vas te faire mal ! Paddy ! »

Je lâcherai pas. Tu peux toujours courir.

« Laurence ! Putain, attention à… ! »

Soudain, sans doute parce qu'elle ne regardait pas où elle allait, Paddy dérapa sur le tapis dans une vaine tentative de ne pas se prendre la commode en pleine face. Elle réussit pourtant à se tourner sur le côté et sans doute eut-elle moins mal quand soudain elle percuta avec violence le meuble en bois. Draco, lui, accroché à ses poils, eut bien moins de chance.

« Laurence ! »

Tout son corps se retrouva projeté contre le meuble et sa tête frappa brutalement le bois sombre. Une vive douleur s'empara de lui tandis qu'il tombait du dos du chien et qu'il se mettait à hurler de douleur. Aussitôt, Harry se précipita vers lui et examina sa tête. Il l'entendit vaguement lui dire que ce n'était rien et qu'il allait avoir une jolie bosse, mais il criait si fort que le brun abandonna vite ses tentatives d'apaisement. Délicatement, il le prit dans ses bras puis l'emmena dans la cuisine. Il attrapa un torchon, y glissa quelques glaçons, puis il s'installa sur une chaise avec le petit garçon sur les genoux. Et forcément, quand Draco sentit la glace sur le côté droit de sa tête, il hurla à la mort.

Après de longues minutes de câlins, de petits tressautements contre son torse pour le bercer et de baisers dans les cheveux, Draco parvint à se calmer. De grosses larmes coulaient encore le long de ses joues, mais au moins, la crise était passée. Avec Hermione, sans doute aurait-il fait plus de caprices parce que, putain, il s'était vraiment fait mal, mais la douce odeur de Harry l'apaisait de façon incroyable. Et bientôt, il eut les joues sèches et un peu tirées à cause du sel. Après quelques petits coups de manches, Harry fit tout disparaître. Draco en profita pour refugier son visage au creux de son coude et le brun se laissa faire.

Sans se douter de rien.

Parce que Harry n'avait toujours pas deviné. Et c'était tout aussi bien, d'ailleurs, car sinon, Draco aurait dû renoncer à ces moments de tendresse qui révélaient son besoin presque viscéral d'avoir des enfants. Et malgré sa petite taille et cette incertitude sur l'avenir de leur couple, Draco savait déjà à quelles remises en question il allait devoir procéder une fois redevenu adulte. Et étrangement, ça ne lui paraissait pas aussi insurmontable que ça.

« Ça va mieux, Poussin ? Fais voir ta tête. »

Harry recula le torchon et regarda la zone blessée de sa tête, écartant ses cheveux mouillés. Une bosse était déjà en train d'apparaître, mais avec un peu de crème et, surtout, du repos, ça irait vite mieux. Draco acquiesça d'un mouvement de tête, faute de mieux. Puis, le brun se leva pour l'emmener dans le salon, et durant le court trajet, il en profita quand même pour lui faire des remontrances. Paddy n'était pas un cheval de rodéo et il devrait arrêter de lui monter sur le dos, ils allaient vraiment se faire mal tous les deux un de ces quatre matins.

Le sorcier le laissa seul sur le canapé, le temps d'aller dans la salle de bain pour récupérer de la crème. L'air bougon, Draco jeta un regard agacé à la chienne qui ne l'avait pas lâché des yeux depuis son arrivée. Harry revint vite et malgré toute sa douceur, ce crétin réussit à lui faire mal avec sa maudite crème qui sentait mauvais. Le téléphone se mit à sonner donc il le laissa très vite seul avec Paddy.

Cette dernière était allongée par terre. Elle se leva soudain et Draco crut qu'elle allait lui faire une crasse, mais plutôt que de le taquiner, elle préféra monter sur le canapé et s'allonger à côté de lui, posant sa tête tout contre sa cuisse.

Avant, il détestait quand elle faisait ça, parce que Draco avait, en réalité, peur des animaux. Du coup, il ne les aimait pas. Mais là, tout de suite, il apprécia ce petit geste d'affection, cet espèce de « je suis désolé ». Et plutôt que de lui tirer les oreilles pour se venger, le blond lui caressa les poils de la tête en se disant qu'il se ramollissait vraiment depuis qu'il était redevenu un enfant.

« Eh bien ! »

Tout à coup, Draco sursauta et chercha Harry des yeux, qui les regardait d'un air goguenard dans l'encadrement de la porte. Le blond piqua un fard monstrueux.

« Après la dispute, les câlins ? »

Vexé d'être ainsi pris en flagrant délit de câlineries, Draco détourna la tête et posa ses mains à plat sur ses genoux. Mais dès qu'Harry fut parti, il recommença son manège, jusqu'à avoir sa tête sur ses cuisses et les doigts plein de poils beiges.

OoO

Il faisait un froid de gueux. Harry disait que ça allait se réchauffer un peu, mais le constat était alarmant : il y avait du verglas sur le sol, du givre partout et Draco avait manqué de se casser quelque chose en courant après Paddy dans le jardin. Harry avait crié très fort après le chien qui lui avait volé son manteau et après Draco qui n'aurait pas dû lui renverser sa gamelle d'eau sur la tête parce qu'elle l'avait malencontreusement poussé contre un meuble de la cuisine.

Pourtant ce matin, en dépit du froid, Harry avait voulu aller voir sa boutique et faire quelques courses. Forcément, Draco l'avait suivi, en sachant qu'il avait des choses de prévues l'après-midi et qu'il passerait le reste de sa journée avec Hermione qui ne travaillait pas. Ainsi, il avait enfilé son manteau et ses chaussures, laissant à Harry le soin de lui faire ses lacets et de l'aider à fermer les boutons. Et parce qu'il avait presque réussi tout seul, il avait eu droit à un baiser sur le front.

Alors qu'il était quelqu'un de très casanier, Draco adorait ces balades, même s'il faisait très froid. Il aimait marcher dans les rues tranquilles, parfois en tenant la main d'Harry, et parfois en grimpant sur le dos de Paddy qui, pour une fois, se montrait sage. Le brun riait toujours en les voyant faire. Et c'était bon de le voir sourire. De sentir sa main chaude autour de la sienne, de regarder ses jolies jambes se mouvoir, d'entendre le son si doux de son rire et de ses pas.

Harry était immense à côté de lui, et quand il le voyait à travers ses yeux d'enfant, Draco se disait qu'il était la perfection même, malgré ces défauts qu'il n'avait eus de cesse de lui rappeler durant ces six mois de relation. Harry était un homme simple mais humain dont il ne se lassait pas de tomber amoureux.

Il allait le récupérer. Il le savait, ce n'était plus qu'une question de jours…

OoO

« Merci de l'avoir gardé ce matin ! Oh mon dieu, mais qu'est-ce que c'est que ça ?!

- De quoi ? Ah, c'est rien, il s'est pris un coup de balai à la boutique, ça lui a éraflé la joue.

- Mais c'est pas possible, tu ne peux pas te tenir tranquille ?! C'est incroyable, ça ! »

Et le pire, c'est que j'étais assis tranquillement, cette fois…

« Oh, ne le dispute pas, il a déjà eu un gros chagrin hier.

- Il l'a cherché, Harry ! Ce petit a un sérieux problème avec les animaux, c'est incroyable ! Tu sais que l'autre jour…

- Ah, téléphone ! »

Draco aurait voulu lui dire que ce n'était vraiment pas nécessaire de lui dire ce qu'il avait pu faire comme autres conneries chez elle, mais de toute façon, elle ne l'aurait pas écoutée. Agacée, elle regarda Harry quitter le couloir pour aller répondre au téléphone. Après un soupir, elle s'accroupit devant lui pour lui faire quelques remontrances.

« Quand même, je te laisse chez Harry et regarde dans quel état tu te retrouves ! Si ta mère savait ça…

- Je faisais des bêtises chez Mère.

- J'en doute pas, mais quand même ! Regarde-toi, tu as une bosse énorme et une griffure sous la joue. À croire qu'Harry te maltraite… »

J'ai besoin de personne pour me faire mal, merci bien.

« Bon, cette après-midi, on va aller chez Fleury et Bott, j'ai des livres à acheter pour Noël. C'est dans un peu plus d'un mois mais j'ai peur de manquer de temps…

- Tu m'achètes un livre ? »

Bah ouais, quand même, il n'allait pas la suivre dans une librairie si elle ne lui offrait pas quelque chose en retour, il n'était pas con non plus…

« Seulement si t'es sage ! Et puis on ira à l'animalerie, je n'ai plus de pâtée pour Pattenrond.

- Pas envie…

- Que tu en aies envie ou pas, ça ne changera rien !

- Pas envie !

- Je te signale que j'ai la gentillesse de te garder depuis bientôt un mois et demi et que je t'ai évité la garderie ! Donc tu ne fais pas de caprices et on va où je l'ai décidé !

- T'es sûr, Harry est pas libre ?

- Non, et tu as passé suffisamment de temps avec lui cette semaine.

- Même pas vrai. Veux pas aller à l'animalerie, ça pue.

- Mais qu'est-ce que tu pouvais être agaçant quand tu étais enfant…! Comment faisait ta mère ?!

- Je veux pas y aller !

- On ira quand même !

- Veux rester avec Harry !

- Draco, arrête de faire l'enfant !

- Comment tu l'as appelé ? »

Hermione ouvrit de grands yeux stupéfaits. Draco, lui, sentit tout son corps se statufier tandis que, lentement, la sorcière se tournait vers lui. Et quand le blond leva ses yeux bleus vers Harry, il vit une sorte de colère contenue dans son regard.

Putain, il les avait écoutés.

Il avait commencé à se douter de quelque chose et il les avait écoutés.

« Heu…

- Comment tu l'as appelé ? »

Ses mots bien articulés révélaient son état de nervosité et cette colère qui n'allait pas tarder à exploser. Il ne le lâchait pas des yeux, ses bras croisés sur son torse, et quand Hermione ouvrit la bouche, Draco vit sur son visage qu'il l'avait trahit.

Qu'il lui avait menti.

« Harry, écoute-moi…

- Comment tu l'as appelé, bordel ?!

- C'est une longue histoire…

- Tu te fous de ma gueule, Hermione ?! Dis-moi que tu te fous de moi, ça ira plus vite ! »

Elle s'était relevée, comme pour lui faire face, et de son corps elle semblait protéger Draco, se plaçant entre lui et Harry. Mais le blond pouvait voir le visage de l'homme qu'il aimait brouillé par la colère…

« Il a été ensorcelé…

- Parce que c'est bien Draco, c'est ça ?! C'est lui ! Comment tu as pu me faire ça ?! À moi !

- C'est compliqué, il a été…

- Mais j'en ai rien à foutre de ce qui a pu lui arriver ! Quoi, il a subi un maléfice ? Et alors ?! Il n'a que ce qu'il mérite, ce n'est qu'un connard pourri gâté qui n'en a rien à foutre de ce que les autres éprouvent, il n'y a que lui qui compte ! »

Par la rage, de s'être encore fait avoir…

« Comment t'as pu me faire ça, putain ! Tu sais à quel point il m'a fait du mal, et tu me le mets dans les pattes ! Ça va faire trois semaines que je le garde, que je m'occupe de lui en pensant qu'il est de ta famille !

- Je sais, Harry, je suis déso…

- Et je lui ai dit des trucs, merde ! Je lui ai dit des trucs sur moi ! C'était ça, son plan ?! Rentrer dans mon intimité, m'espionner et trouver un moyen de me reprendre ?! Putain mais c'est dégueulasse ! Avec le mal qu'il m'a fait !

- Ça n'aurait pas dû…

- Putain mais tu sais très bien que si je l'ai pas recontacté depuis deux mois, c'est parce que j'en veux pas ! T'entends, connard ?! Ça fait deux mois qu'on est plus ensemble, deux mois que j'arrive pas à m'en remettre, mais si je suis pas revenu c'est parce que t'en vaux pas la peine ! Tout aurait été comme avant et je mérite mieux que ça, enfoiré ! Je mérite mieux qu'un égoïste qui vient tirer son coup quand il en a envie !

- Harry !

- Qu'il sorte de chez moi ! Emmène-le, je ne veux plus jamais le revoir ! Ni toi non plus d'ailleurs !

- Harry, s'il te plaît…

- Tu dégages ! »

Le doigt qu'il pointa en direction de la porte mit fin à ses protestations. Sans dire un mot de plus, Hermione se baissa, l'attrapa, puis quitta la maison. Et dans ses bras, ce fut comme si elle transportait un poids mort.

OoO

Comme prostré, Draco n'avait pas bougé du canapé depuis leur arrivée à l'appartement. Hermione l'avait assis là et il n'avait pas bougé, regardant dans le vide, attendant que le temps défile et que la journée se termine.

Cela faisait une bonne heure qu'il était dans cet état-là. À plusieurs reprises, Hermione avait essayé de lui parler, de lui demander s'il avait faim ou soif, mais Draco ne lui répondait jamais. Il était comme enfermé dans une bulle qu'elle n'osait éclater.

Ç'avait été violent. Sans doute pas autant qu'elle l'avait craint, mais le Harry si gentil auquel il s'était habitué s'était soudain transformé en cette espèce d'harpie qu'il avait si bien su réveiller durant ces derniers mois. Blessé et trahi, le brun avait vidé une partie de son sac et l'avait éjecté une nouvelle fois de sa vie.

Mais la vérité, c'était qu'Harry l'aimait encore très fort et qu'il regrettait leur rupture, même s'il savait que c'était alors la meilleure chose à faire. Hermione n'en était pas persuadée car elle pensait qu'il y avait trop de non-dits entre eux pour qu'ils puissent être heureux ensemble, mais Harry avait refusé de l'écouter. Draco n'était pas toujours gentil et il ne pensait qu'à lui. Il ne voyait pas le mal qu'il lui faisait et cette insensibilité l'avait rendu très triste. Son refus d'avoir des enfants avec lui, ou plutôt, de s'engager sur le long terme lui avait fait tellement mal qu'il avait finalement mis fin à tout ça.

Son ami avait espéré que Draco se battrait pour eux, mais à la place, il n'avait obtenu qu'une formidable engueulade où les mots avaient largement dépassé leurs pensées, à tous les deux. Et sans doute parce qu'il pensait l'avoir définitivement perdu, le blond n'avait pas cherché plus loin. Hermione savait que laisser Draco chez lui n'était résolument pas une bonne idée, mais elle avait espéré que cela débloquerait les choses.

Harry l'aimait. Il l'avait attendu pendant deux mois, sans jamais faire le premier pas de peur que tout redevienne comme avant. Il fallait que Draco comprenne et avance vers lui…

Mais pour le moment, il était prostré dans le canapé à attendre que ça passe. Sauf que ça ne passerait jamais. Le plus dur du travail restait à faire et pour cela il fallait qu'il retrouve son apparence normale. Le maléfice était stabilisé depuis la veille et Hermione comptait passer une partie de son après-midi à l'ausculter pour commencer à préparer un remède. Mais vu l'état de Draco, elle savait que ce serait peu fructueux, même si elle devait bien commencer quelque part.

Alors même si elle était malheureuse à l'idée d'avoir blessé terriblement son meilleur ami, la jeune femme alla dans son bureau chercher de quoi commencer le travail. Elle mit un peu de temps à rassembler ses notes et instruments qui s'éparpillaient un peu partout. Une fois qu'elle eût tout pris, elle emmena le tout dans le salon. D'un coup de baguette, la table basse se décala sur le côté, lui laissant tout le tapis pour éparpiller son bordel. Puis, elle s'assit par terre, face à Draco.

Du moins, le voulut-elle.

Mais Draco n'était plus sur le canapé.

OoO

Il avait envie de tout casser. De toute jeter par terre. De monter dans sa chambre, de faire un tas avec toutes les affaires que Draco lui avait offertes et de les mettre à la poubelle, comme il l'avait fait avec Feodor. Garder des souvenirs d'une personne qui ne reviendra pas dans votre vie et qui fera la sienne avec un autre que vous n'était qu'une source de souffrances inutiles. Pourtant, Harry avait tout gardé. Il avait essayé de jeter, mais il n'avait jamais réussi. Même ce parfum qu'il aimait tant, il avait continué à le porter, alors qu'il n'avait plus personne à séduire.

Et dire que cet enfoiré l'avait vu avec ces fringues qu'il lui avait offertes…

Les larmes n'arrêtaient pas de couler sur ses joues. Il n'en revenait pas. Ce petit garçon si mignon et casse-cou, qu'il avait adoré trimballer partout, c'était donc Draco… Comment Hermione avait-elle pu lui faire ça ? Comment avait-elle pu le trahir et le laisser s'occuper de ce petit bout si…

Comment avait-il pu jouer avec lui ? Comment avait-il pu aller aussi loin, jouer avec cette corde sensible qui avait mis fin à leur histoire ? Comment avait-il pu profiter de ce côté paternel insupportable pour les uns et si charmant pour d'autres ?

Quel enfoiré…

Putain, mais quel enfoiré…

Et qu'on n'essaie pas lui faire croire que Draco regrettait, parce que non, il avait eu deux mois pour essayer de revenir vers lui. Or, il n'avait rien fait. Il ne s'était même pas battu pour le récupérer ou même comprendre. Ils s'étaient copieusement insultés et puis il était parti, comme le lâche qu'il était, pour ne plus jamais revenir.

Et le revoilà…

Avec un petit corps de cinq ans, si mignon et câlin…

Putain, mais l'enfoiré…

« Harry ! »

Soudain, le jeune homme sursauta. Il avait cru entendre la voix d'Hermione, qu'il haïssait comme jamais, et quand il entendit un bruit de pas précipités dans le couloir, cette rage qu'il avait réussi à canaliser refit surface.

« Harry ! Harry, s'il te plaît, dis-moi que tu es là ! »

Le sorcier se redressa sur son lit et essuya ses joues avec les manches de son pull. Mais qu'est-ce qu'elle lui voulait, encore ?! N'avait-elle pas ce crétin à charge ?! Et d'ailleurs, il ne comprenait même pas comment elle avait pu s'occuper de lui, après tout le venin qu'il avait déversé après leur rupture, dans son besoin de vider son sac et de se décharger de toutes ses douloureuses déceptions.

« Harry ! Oh tu es là ! J'ai un problème ! Ne me regarde pas comme ça, je sais que tu m'en veux à mort je sais que tu es très, très en colère, mais j'ai vraiment besoin de toi ! Tu le détestes, d'accord, il n'a jamais cherché à te récupérer, d'accord, mais Draco regrette énormément et je crois qu'il n'a pas réalisé à quel point il t'a fait du mal. D'accord, je n'ai pas la science infuse, je ne sais pas tout sur tout et il y a des choses que je ne peux pas comprendre. Mais voilà, il a des regrets, j'aurais pas dû faire ça, on est d'accord, mais putain Harry ! Il a disparu et je sais pas où il est passé ! »

Sur le coup, Harry ne sut quoi dire. Puis, la panique qui faisait briller les yeux de son amie s'empara petit à petit de lui. D'accord, il était en colère et rancunier, mais pas suffisamment pour rester sourd aux tous derniers mots de sa longue tirade.

« Comment ça ?

- Il était dans le canapé, je l'avais mis là quand on est arrivé et il n'en a pas bougé. Il ne réagissait à rien et tu sais, il y a des moments où il a des comportements un peu bizarres à cause du maléfice…

- Quel maléfice ? Qu'est-ce qui lui est arrivé, exactement ?

- Oh c'est trop long à expliquer… Il a ouvert le colis d'un collègue de travail, c'était censé être un repas que sa femme lui avait envoyé, et il s'est prit le maléfice en pleine tête…

- Et c'est toi qui t'en occupes ?

- Harry, il aurait été dangereux de le laisser sans surveillance, vu son statut, et sa mère était à bout de nerfs, elle n'aurait jamais pu s'en occuper… C'était ça ou la garderie et avec son médicomage, on…

- Donc tu as…

- Harry, on n'a pas le temps ! Il a des réactions assez particulières quand il vit des émotions très fortes, et là, il était prostré dans le canapé. Et je suis allée dans mon bureau chercher de quoi l'ausculter, comme le maléfice est stabilisé depuis hier, mais quand je suis revenu, il avait disparu ! Je t'en supplie, tu le connais mieux que moi, j'ai cherché partout, tu sais sûrement où il est !

- Désolé, Hermione. Mais j'en sais rien.

- Harry s'il te plaît, je sais que…

- Non, j'en sais rien. Désolé. »

C'était stupide. Il le sut au moment même où il prononça ces paroles, mais il avait tellement mal qu'il ne pouvait trouver la force pour se lever et l'aider. Il lut sur le visage d'Hermione de la colère et de la déception.

« Tu as autant de torts que lui. Et je te croyais meilleur que ça. »

Les larmes aux yeux, elle quitta la chambre et s'enfuit par la cheminée du salon. Et Harry se retrouva seul, comme un con, assis sur son lit avec les yeux rouges, les joues tirées et le cœur serré. Il se mordilla les lèvres, complètement perdu. Et puis, parce qu'il n'était décidément qu'un pauvre con encore amoureux d'un abruti égocentrique, Harry se leva et se traîna jusqu'à l'entrée de sa petite maison. Il mit ses pompes, enfila son manteau puis traversa la cheminée pour pénétrer dans l'appartement de Hermione. Cette dernière était dans son salon en train d'essayer de communiquer avec Pattenrond qui avait sûrement tout vu et qui était bien plus intelligent qu'il n'en donnait l'air. Mais visiblement, le félin n'avait absolument pas envie de coopérer. Alors, quand elle le vit, Hermione lui sauta dessus en fondant en larmes, le suppliant de l'aider.

Et quand elle lui dit que cela faisait déjà une heure qu'elle le cherchait partout, fouillant l'appartement puis les alentours et les endroits qu'ils avaient fréquentés ensemble, tels que les parcs ou les boutiques. Harry l'écouta en silence puis, l'air de rien, il lui demanda où était sa baguette. Aussitôt, la sorcière pâlit, se précipita dans sa chambre puis retourna l'appartement avant de revenir, essoufflée, et crier que sa baguette avait disparu. Et parce qu'elle ne pouvait pas être tête en l'air à ce point, il devint évident que, oui, Draco lui avait volé sa baguette. Et que peut-on faire avec une baguette quand on a cinq ans et qu'on veut se balader ?

On prend le Magicobus.

OoO

La dernière fois qu'Harry avait pris le Magicobus, Stan Rocade en était encore le contrôleur. Depuis, il avait été remplacé par un vieux débris incapable de se rappeler exactement où Draco avait pu descendre. Déjà, il avait manqué de lui en mettre une quand l'homme lui avait dit qu'il ne voyait pas où était le problème, c'était un petit sorcier avec une baguette et de l'argent, il n'avait donc eu aucune raison de lui refuser l'accès au véhicule. Hermione manqua de disjoncter quand il lui dit d'un air peu certain les trois ou quatre endroits où il avait sans doute pu descendre.

Après lui avoir jeté un sort qui avait recouvert son visage de pustules vertes prêtes à exploser, Harry répartit le travail de recherche et transplana dans un premier quartier à quelques pas du chemin de Traverse. Il était sans grand intérêt, si on omettait le salon de thé où Harry l'avait déjà emmené et un petit parc avec quelques jeux. Mais Draco n'y était pas et personne ne semblait avoir aperçu un petit garçon blond de cinq ans en robe grenat.

Puis, de plus en plus inquiet, Harry partit dans le coin le plus touristique du chemin de Traverse, et après avoir fait toutes les boutiques où Draco aurait pu potentiellement se trouver, Harry commença vraiment à paniquer. Son téléphone demeurait silencieux, signe que Hermione n'avait pas encore réussi à lui mettre la main dessus. Et ça devenait préoccupant.

La culpabilité lui retournait le ventre. C'était à cause de lui que Draco s'était senti mal au point de quitter l'appartement, pour une raison qui lui échappait totalement. Il avait été cru et mauvais, mais il fallait que ça sorte. Il fallait qu'il comprenne qu'il n'avait pas le droit de le manipuler comme ça, pas avec le mal qu'il lui avait fait, pas avec toutes ces critiques, ces remarques désagréables, ces engueulades et ces mots douloureux qu'il avait prononcés à propos de leur avenir.

Il n'aurait pas dû faire ça. Il lui en voulait, mais il ne lui avait jamais souhaité le moindre mal. Il n'était pas aussi mauvais…

Et tandis qu'il marchait, il songea soudain à l'un de leurs premiers rendez-vous, quand ils n'étaient pas encore ensemble mais qu'ils étaient proches de se mettre en couple. À cet endroit où ils se retrouvaient souvent avant d'aller manger ensemble ou de passer un petit moment tous les deux.

Il pensa à leur premier baiser.

À cette journée ensoleillée où il avait vu Draco assis sur un banc devant le petit lac artificiel en train de lire, sans doute agacé par ses trente bonnes minutes de retard, et où il l'avait embrassé pour la première fois pour se faire pardonner. Bizarrement, le blond ne l'avait pas du tout pardonné et s'était emparé de sa bouche de nombreuses fois au cours de l'après-midi.

Les joues écarlates, Harry tourna mécaniquement la tête sur le côté. Draco était-il allé dans ce parc minuscule derrière le chemin de Traverse ? Le cœur battant la chamade, le brun pressa le pas et bifurqua sur la gauche, longea les maisons, puis arriva à l'entrée de ce petit espace destiné aux enfants du quartier. Et quand il en passa les barrières, son cœur fit un bon dans sa poitrine.

Si petit, si pâle et si blond, Draco était assis sur ce banc où Harry l'avait trouvé des mois plus tôt. Il avait la tête baissée vers le sol, sans doute plongé dans ses pensées. Oui, ça lui fit quelque chose que Draco se soit rendu à cet endroit-là, et pas un autre. En fait, ça le rendait bêtement heureux.

Harry fit quelques pas et le bruit de ses chaussures sur le gravier attira l'attention de l'enfant, qui leva les yeux vers lui. il avait les joues rouges et le brun remarqua qu'il tremblait, sans doute à cause du froid de novembre qui balayait le jardin à coup de petites secousses. Aussitôt, le sorcier se précipita vers lui, retira sa veste et l'entoura avec.

« Par Merlin, Draco ! Mais qu'est-ce que tu fous ici ! Ça fait deux heures qu'on te cherche partout, Hermione est folle d'inquiétude ! »

Le blond ne réagit pas, se laissant faire, et quand Harry voulut le prendre dans ses bras pour le mettre au chaud, parce que putain il s'était lui aussi beaucoup inquiété pour lui, l'enfant leva la tête vers lui, les yeux humide et les coins de sa bouche tirant vers le bas.

« Je suis désolé, Harry. »

Cette phrase le bloqua net dans son mouvement. Il avait cette manière d'articuler chaque mot, comme si cela lui demandait un effort incroyable. Et sans doute était-ce le cas.

« Voulais pas te faire mal. »

De grosses larmes coulèrent sur ses joues rougies par le froid, ce qui fit écarquiller les yeux du brun.

« Je t'aime encore. »

Ce fut la parole de trop. Les mots en trop.

Ceux qu'Harry ne devait pas entendre mais qu'il avait espérés pendant ces deux longs mois.

Ceux qui le firent basculer vers cet état dangereux où on est capable de toute pardonner, parce qu'enfin, on entend les mots qu'on veut entendre.

Et parce que, même si c'était la voix d'un enfant qui les avait prononcés, cela lui mit du baume au cœur, le jeune homme le prit dans ses bras et le serra fort contre lui avant de quitter le parc et rentrer chez lui grâce à la cheminée du Chaudron baveur.

OoO

« Ne t'en fais pas Hermione, il va bien. Oui, il est emmailloté dans des couvertures et il a un gant froid sur le front. Mais non, il ne va pas mourir, il est douillet mais il faut pas exagérer non plus ! Ne t'inquiète pas, je ne vais pas l'asticoter, comme tu dis, il va se reposer et on discutera après. Comme si Draco n'allait pas essayer de parler avec moi… Mais non, arrête un peu, je ne vais pas l'emmerder alors qu'il est mal, je ne suis pas si cruel ! »

Blotti dans ses couvertures, Draco l'écoutait se disputer avec Hermione depuis quelques minutes. Il lui avait envoyé un message en arrivant à la maison, puis il lui avait fait prendre une douche bien chaude avant de l'habiller et de l'emmener dans le salon où il lui avait construit un lit dans le canapé avec des couvertures et des coussins. S'il en avait eu la force, et le courage, Draco lui aurait dit qu'il était vraiment un amour. Mais Harry l'aurait sûrement mal pris.

Ce ne fut qu'après l'avoir installé qu'il consentit à répondre aux appels incessants d'Hermione, qui aurait pu tout aussi bien pointer le bout de son nez. Visiblement, elle avait compris que certaines choses devaient se régler d'elles-mêmes et qu'elle n'avait pas à intervenir. Du coup, il s'excitait au téléphone en essayant de lui expliquer que tout allait bien et que, non, il ne malmènerait pas inutilement Draco. Chose dont le blond ne doutait absolument pas.

Une fois son coup de téléphone terminé, Harry se tourna vers lui et lui demanda s'il avait faim ou soif. Draco ne sut répondre car il se sentait un peu fiévreux et ne savait pas vraiment s'il aurait la force d'avaler quelque chose.

« Tu veux du chocolat chaud ? »

Après une courte hésitation, Draco hocha lentement la tête. Harry disparut dans la cuisine et il n'entendit plus qu'un bruit de casseroles et de télévision, signe qu'il lui en préparait un vrai et qu'il n'avait pas envie d'attendre que ça chauffe avec lui. Le blond se sentit vaguement déçu. En réalité, il était si triste que plus rien ne semblait l'affecter. Il avait été terriblement heureux quand Harry l'avait trouvé dans ce parc où il lui avait donné son premier baiser, mais cela n'avait duré qu'un instant, la terrible réalité le rattrapant aussi vite que la joie était montée dans son cœur.

Draco ne savait pas quoi faire. Harry savait tout, il était en colère, blessé, et tellement gentil dans le fond qu'il était quand même allé le chercher. Il ne doutait pas un instant que c'était dû à ses sentiments, mais c'était dans sa nature, de sauver tout le monde, de ne laisser personne dans la souffrance. Mais honnêtement, il ne pensait pas qu'Harry se serait déplacé pour lui. Pas après ce qu'il lui avait fait.

Son ex revint dans la pièce avec un mug rempli de chocolat chaud. Il le posa sur la table basse puis se pencha pour le redresser dans ses coussins. Enfin, sans un mot, il s'assit près de lui et tendit le bras vers la tasse, quand Draco éleva la voix.

« Pardon, Harry. »

Sa main resta bloquée dans les airs. Mais Harry ne se retourna pas, fuyant son regard.

« Voulais pas te faire mal. Mais… T'aime fort, tu sais. Et je voulais savoir.

- Savoir quoi ?

- Pourquoi tu m'aimais plus. »

D'un coup, Harry tourna la tête vers lui et lui lança un regard courroucé. Mais avant qu'il ne prononce le moindre un mot, Draco enchaîna, la voix un peu chancelante et le ventre noué.

« Suis pas revenu parce que… on s'est disputé. J'ai été méchant. Et je croyais que… tu m'aimais plus.

- C'est pas pour ça que je t'ai quitté.

- Je sais. Maintenant… je sais. Mais je pensais que… »

Par Merlin, que les mots étaient compliqués à prononcer, alors que ça défilait à toute vitesse dans sa tête…

« T'es trop bien pour moi. »

La voix vibrante, Draco se maudit d'être si faible, face à lui, de ne pas être foutu de garder son calme et de ne pas avoir été jusqu'au bout des choses, quand il avait accepté l'idée qu'il était amoureux de lui.

Et qu'il ne le regarde pas comme ça, par pitié… Qu'il arrête de le regarder avec cette douleur dans les yeux, parce que sinon, il allait vraiment se mettre à pleurer…

« T'es… T'es beau, t'es gentil… »

Échappant à son regard, Draco se mit à compter sur ses doigts alors que les larmes commençaient à lui piquer les yeux.

« T'es marrant, intelligent… Je suis pas comme toi. Je pense… qu'à moi. »

Puis, il leva les yeux, alors qu'il était tout bonnement en train de craquer.

« Mais toi, je t'aimais vraiment. J'avais peur… On se disputait tout le temps, t'étais pas heureux, tu criais… T'étais pas heureux, avec moi. »

Les yeux verts d'Harry brillaient de mille feux. S'il n'avait pas eu une telle expression sur le visage, Draco aurait pu les trouver magnifiques. Mais son amoureux était au bord des larmes et il ne pouvait trouver ça beau.

« Alors suis pas revenu. Mais je pense à toi tout le temps. Je t'aime Harry, t'aime tellement… »

Il n'arrivait plus à parler. Il hoquetait tellement qu'il ne savait même pas si Harry comprenait vraiment ce qu'il était en train de lui dire.

Mais il fallait qu'il sache. Il fallait qu'il lui dise, qu'il l'aimait et qu'il n'était pas revenu par lâcheté et parce qu'il croyait autre chose. Qu'Harry avait cessé de l'aimer et que, peut-être, il en chérissait un autre.

Soudain, le brun se pencha vers lui. Il l'attrapa dans ses bras, l'extirpant de ses couvertures. Puis, il se leva, en récupéra une, se rassit, et l'emmitoufla dedans. Draco ferma les yeux tandis que les bras minces mais rassurants du brun l'enfermaient dans une solide étreinte. Il posa sa tête contre la sienne, lui offrant sa chaleur et son odeur qui lui rappelait tant de bons souvenirs.

C'était un peu comme s'il était rentré à la maison.

Comme s'il retrouvait quelque chose qu'il avait perdu.

Ils restèrent un long moment comme ça. Draco aurait presque pu s'endormir si son cœur ne battait pas si vite dans sa poitrine. Harry n'avait encore rien dit, bien que ses gestes parlaient pour lui. Et Draco aurait au moins voulu une petite réponse. Toute petite.

Pour savoir s'il avait encore une chance de se faire pardonner.

« Tu sais, Draco… »

Sa voix était douce et basse. Il leva la tête en espérant pouvoir croiser son regard, mais Harry lui bloquait la tête sous son menton.

« Je sais que ce n'est pas le meilleur moment pour en parler. Mais tu m'as fait du mal, tu sais. On s'engueulait souvent, c'est vrai, et c'était parce qu'on n'arrivait pas à communiquer correctement. Toi, tu me critiquais sans arrêt, et moi, je te faisais chier avec cette vie à deux que je voulais tellement. À la fin, tu ne me disais même plus que tu m'aimais. Tu ne t'es même pas battu pour nous, tu as préféré t'en aller et me rayer de ta vie… Et jusqu'à aujourd'hui, je pensais vraiment que tu ne m'aimais plus du tout. »

De grosses larmes chaudes et salées dégoulinèrent sur ses joues sans qu'il ne puisse les retenir. Il avait envie de vomir. Voyant qu'il s'était remis à pleurer, Harry le redressa un peu sur ses cuisses, le regard inquiet.

Pitoyable.

Il était pitoyable.

« Draco, arrête de pleurer, sinon je vais finir par le faire aussi… »

Comment lui expliquer que c'était plus fort que lui, que c'était une manière instinctive d'exprimer et d'extérioriser des choses qu'il était incapable de formuler ?

Comment lui dire que ce n'étaient que des larmes qu'il avait retenues trop longtemps et qui ne demandaient qu'à sortir…

« Allez, Draco, calme-toi… Tu sais quoi ? On va faire une trêve. Le temps que tu guérisses, on va continuer comme avant. Visiblement, on s'est mal compris et on pense des choses fausses. Et j'ai envie de comprendre. Même si je t'en veux, je…

- T'as pas compris. »

Mollement, le blond leva la tête vers lui, l'appuyant contre son épaule. Harry haussa un sourcil interrogatif.

« Mon père, il m'aime pas. »

De surprise, et ne comprenant sans doute pas où il voulait en venir, le brun entrouvrit la bouche. C'était la première fois qu'il osait prononcer ces mots à voix haute. Sa mère lui disait souvent qu'il mésestimait son père et qu'il l'avait chéri à sa manière. Mais Draco ne s'était jamais senti aimé. Et ça, rien ne pourrait y changer quoi que ce soit.

« J'ai peur d'avoir un bébé. Même avec toi. Sais pas faire.

- Mais…

- Voulais juste dire que… Veux être marié pour avoir un bébé. Veux que ce soit… »

Draco chercha ses mains, bougeant ses mains sans parvenir à trouver le mot adéquat. Un mot qui ne froisserait pas Harry.

« Solide. Et toi et moi… c'était pas… solide. »

Le regard triste de Harry lui vrilla le cœur. Non, ce n'était définitivement pas le bon mot…

« On se disputait trop. Voulais pas que ça devienne pire, si je vivais ici. Mais pas dis que… je t'aimais pas. C'est pas vrai. J'ai jamais été amoureux, avant toi. »

Ses yeux verts se posèrent à nouveau sur lui. Il parut hésiter quelques instants avant de se lancer.

« Alors… Si je comprends bien… Enfin… C'est pas moi, le problème ?

- Non. C'est moi. Toi, t'es bien. T'es le meilleur amoureux du monde. »

Ces mots lui arrachèrent un sourire. Un vrai sourire.

« On est pas pareil. Mais je t'aime pour ça. »

Puis, comme pour clore la conversation, Draco enfouit son nez dans son doux pull en cachemire pâle. Il eut un sourire en sentant ses bras se refermer à nouveau sur lui. Il sut alors qu'il avait gagné une bataille. Pas la guerre, loin de là, mais au moins une petite bataille.

« Ah, je suis trop faible…

- Ouais.

- Hey ! Si tu veux qu'on se réconcilie, ne dis pas ça.

- Je t'épouserai quand je serai grand.

- Il faudrait déjà que tu grandisses.

- Méchant ! »

Harry éclata de rire. Par Merlin, qu'est-ce que ça faisait du bien de l'entendre rire comme ça…

Oui, il avait décidé d'être faible. Mais sans ça, ils n'auraient pas pu avancer et Harry était suffisamment intelligent pour comprendre qu'ils s'étaient tous les deux trompés. Et Draco était prêt à reconnaître que c'était en grande partie de sa faute. C'était peut-être ça d'ailleurs qui avait fait pencher la balance en sa faveur.

Il n'avait plus qu'à espérer qu'Harry ne revienne pas sur sa position…

OoO

« Pose la main sur cette baguette et je t'éclate la tronche. »

Pris sur le fait, Draco recula sa main. Puis, il tourna la tête vers Harry et lui fit une moue agacée absolument adorable qui aurait fait craquer n'importe quel adulte normalement constitué.

« Je ne plaisante pas.

- T'étais plus gentil, avant.

- Avant, je pensais que tu étais un enfant de cinq ans casse-cou et capricieux. Et crois-moi, si jamais tu oses la toucher, je te refais le portrait. Maintenant, descends de là, tu vas te faire mal. »

Boudeur, Draco voulut descendre du tabouret, mais il reposait en équilibre précaire sur une chaise et s'il avait réussi à monter sans trop de soucis, la descente allait se révéler compliquée. Mais il était hors de question qu'il demande de l'aide à Harry, déjà qu'il l'avait cramé…

« Tu sais que tu es ridicule ? »

En plus, il était devenu méchant avec lui depuis trois jours. Il passait son temps à se foutre de lui et à le regarder galérer sans arrêt. Et là, tout de suite, il le regardait d'un air amusé chercher une solution pour descendre de son tabouret sans se casser quelque chose. En même temps, il s'apprêtait à faire une connerie plus grosse que lui avec sa baguette, ce n'était que justice.

« Y a pas à dire, tes parents ne devaient pas s'ennuyer avec toi… »

Ça, c'est le moins qu'on puisse dire…

« Allez, viens-là. »

Bon, Harry n'était pas toujours très gentil, mais ça ne durait jamais longtemps. Il était même carrément adorable quand il avait décidé d'arrêter d'être méchant, comme là, par exemple, tandis qu'il traversait la cuisine pour l'attraper dans ses bras, remettre les sièges à leur place puis lui proposer d'aller faire un tour à la boutique, et ça sans le poser par terre.

« Nan, veux jouer.

- Jouer à quoi ?

- Echecs.

- Tu n'as vraiment pas envie de…

- Nan. C'est l'anniversaire de cousin Timothy.

- Qui c'est ?

- Mon cousin.

- Merci, j'avais compris. Mais quel est le rapport avec la boutique ?

- Mère va lui acheter un balai. »

Ils échangèrent un regard, et voyant qu'Harry ne comprenait pas bien, le blond fit l'effort de préciser ses pensées.

« Elle achète toujours des balais aux enfants. Il a neuf ans. »

Ah, ça y est, il avait compris. Enfin, il se souvint du manque cruel d'imagination de sa mère en matière de cadeaux.

« Et pourquoi elle se pointerait précisément aujourd'hui ?

- C'est demain, l'anniversaire. Et elle achète toujours la veille.

- Ta mère est réglée comme du papier à musique…

- Ouais. On va jouer ? »

Après un petit rire amusé, Harry le posa par terre et lui dit de l'attendre dans le salon. Bon, en vrai, Draco s'ennuyait ferme et n'avait pas du tout envie de sortir. Il risquait de croiser sa mère dans tous les endroits où Harry aurait pu l'emmener et ce n'était vraiment pas une bonne idée. Le brun n'était pas assez bon acteur pour jouer au copain sympa qui garde le neveu de sa meilleure amie et Draco ne voulait pas subir les remontrances prochaines de Narcissa. Elle serait fichu de lui reprocher chacun de ses gestes, que ce soit sa voix puérile, ses minauderies ou son mauvais caractère parce qu'elle en avait marre qu'il tienne la jambe de son mec. Non, de son ex mec. Pardon.

Bref, tout ce qu'il faisait étant adulte et qu'elle se retenait de lui reprocher, elle ne manquerait pas de s'en priver. Elle l'avait fait après l'avoir rencontré dans la rue avec Hermione et il n'avait vraiment pas envie qu'elle recommence. Surtout pas avec Harry. Qui était si mignon avec son jean près du corps qui lui faisait un fessier d'enfer et son tee-shirt un peu trop moulant d'un obscur groupe de musique. Le matin même, Draco n'avait pas manqué de lui dire qu'il était très beau, une fois qu'Hermione fût partie. Le brun avait piqué un far et lui avait répliqué qu'il n'était qu'un enfant. Ce qui, au final, ne changeait pas grand-chose.

Le brun revint dans le salon et installa le plateau d'échecs sur la table basse. En vérité, Harry n'était pas un joueur hors pair, contrairement à son meilleur ami, mais Draco aimait bien jouer avec lui. Pourtant, cette compétitivité inhérente à ce genre de jeu où il fallait prouver qu'on était plus stratège que l'autre était complètement absente, étant donné que le brun n'était pas mauvais joueur et qu'il jouait pour le plaisir. Paradoxalement, malgré son caractère, Draco aimait ces parties sans prises de tête où, souvent, il apprenait des tactiques à Harry qui les retenait plutôt bien, sans pour autant les appliquer correctement…

En fait, c'était juste agréable de jouer avec lui. Et quand il perdait, Draco ne se sentait même pas vexé, comme c'était le cas la plupart du temps. Il était juste content qu'Harry ait déjoué sa stratégie. Blaise lui disait souvent que c'était l'amour qui le rendait bon joueur quand le brun était dans les parages. Le blond pensait plutôt que son copain était tellement au-delà de tout ça que Draco se fichait bien de la victoire. Même si, d'accord, l'amour devait jouer un rôle là-dedans.

Harry prit des coussins et les posa de chaque côté de la table basse. Puis, il s'assit de manière à être face à la télévision, comme d'habitude, tandis que Draco se mettait dos à elle. Les yeux rivés sur l'écran, Harry attrapa dans la boite à pièces le sachet contenant le jeu blanc du blond. Ce dernier ouvrit de grands yeux en voyant qu'il les avait gardées et laissées avec les siennes. Il se mordilla la lèvre inférieure, puis se redressa et mit sa main sur le sachet en tissu, attirant son regard.

« Veux les noires.

- Ah bon ?

- Oui.

- Tu sais, t'as pas touché ma baguette, donc je ne suis pas en colère contre toi.

- Je sais. Donne les noires, teuplé. »

Après un haussement d'épaules, Harry rangea le sachet et lui tendit son sachet de pièces noires. Même s'il faisait mine de n'en avoir rien à faire, le brun paraissait quand même content. Donc non, Blaise n'avait pas tout à fait tort quand il disait que l'amour n'était pas étranger à sa courtoisie. Par ailleurs, se dit le blond en plaçant ses pièces, Harry était bien le seul homme à qui il avait laissé la possibilité de jouer en premier sans savoir subi de chantage affectif, sexuel ou bien d'un lancé de pièce.

Parce que Draco était un peu lent, Harry prit assez vite l'avantage sur lui mais il perdit la partie. Il eut droit à sa revanche mais échoua à nouveau. Leur troisième partie fut malmenée par l'arrivée d'un acteur plutôt bien foutu à la télévision, ce qui perturba grandement Harry. Enfin, il perdait en général de sa concentration après la première partie et elle s'envolait complètement après la deuxième, c'était toujours compliqué de tirer quelque chose de lui après cela… Du coup, ils finirent par ranger le jeu et s'installèrent dans le canapé. Après un premier refus, Harry accepta de l'avoir contre lui, puis sur ses genoux.

Au bout d'un moment, alors que le brun lui caressait les cheveux d'un geste mécanique, Draco lui dit qu'il était content d'être avec lui, même s'il lui en voulait encore. Après un silence, Harry lui dit qu'il était casse-pieds mais qu'il lui avait pardonné.

Le fard monstrueux qu'il piqua quand Draco se redressa pour déposer une myriade de baisers sur sa joue fut tout simplement adorable.

OoO

Il avait beau le cacher derrière un sourire des plus charmants, Harry était hors de lui. Il fallait dire que rencontrer sa mère dans ses grands jours n'était jamais une partie de plaisir, Draco en avait fait l'amère expérience des centaines de fois. Et encore, quand ils étaient ensemble, elle était juste désagréable et hautaine. Mais dans la situation qu'était la sienne, elle était arrogante, acerbe et pleine de critique. Harry manqua de disjoncter quand elle lui dit que le manteau que portait son fils était affreux et qu'heureusement qu'ils s'étaient séparés parce qu'elle n'aurait jamais supporté que ses petits-enfants portent des loques pareilles.

Au bord des larmes, après une bonne dizaine de minutes de remontrances aussi blessantes les unes que les autres, Harry partit à grandes enjambées vers le café le plus proche. Draco eut du mal à le suivre avec ses petites jambes, mais énervé qu'il était, il put malgré tout le rattraper. Enfin, heureusement que Paddy était là pour lui tenir la porte d'entrée… Et avec le même sourire charmant que d'habitude, Harry commanda un thé et un chocolat chaud avant d'aller s'asseoir à une table, non sans vérifier au passage que le blond était bien avec lui.

À vrai dire, Draco était très énervé car sa mère l'avait ignoré à chaque fois qu'il avait essayé d'intervenir et hurler n'aurait fait qu'empirer les choses. Harry possédait un self-control bien plus solide que le sien et le conflit se serait envenimé si soudain sa mère s'était réellement rendue compte de sa présence. Cependant, une fois qu'il fut assis sur son siège face à un Harry en colère qui se massait les mains pour essayer d'en arrêter le tremblement, il agita la main pour attirer son attention. Il finit par le regarder d'un air agacé.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Retire ton manteau, Poussin, sinon tu vas avoir froid dehors. »

Par Merlin, il était tellement désespéré depuis un mois et demi qu'il était prêt à accepter ce surnom pourri qui ne servait dernièrement qu'à le taquiner…

« Elle est bête.

- Pardon.

- Elle est bête. L'est beau, le manteau.

- Tu dis ça pour me faire plaisir. »

Le blond leva les yeux au ciel et se laissa aller en arrière. Après une telle démonstration d'exaspération, le regard de son ex s'apaisa, tout comme ses mains cessèrent de se triturer. Ils se regardèrent quelques secondes en silence.

« C'est vrai ?

- Crétin.

- Hey, ne m'insulte pas !

- C'est plus joli que la cape à pompons. »

Il y eut un silence, puis Harry éclata de rire. Draco se souvenait encore de la tête qu'il avait tiré en voyant sa garde-robe, un soir où il avait dîné chez Hermione plutôt que de rentrer chez lui après avoir gardé Draco toute la journée. Il lui avait dit que sa cousine avait des goûts très particuliers et son amie avait répliqué qu'elle trouvait ces vêtements particulièrement moches. Et pour une fois, Draco avait été d'accord avec elle.

« Il me semblait pourtant que tu n'aimais pas mes goûts vestimentaires.

- Confonds pas ce manteau et tes pantalons. »

À nouveau, Harry rit, le visage détendu et les yeux pétillants de malice. Du coup, le blond sourit à son tour, rassuré de voir que son après-midi ne serait pas fichu par l'attitude de sa mère et toutes les remarques acerbes qu'elle avait pu lui faire.

« Mes pantalons sont très biens.

- Pas tous. »

Un serveur déposa devant eux leurs consommations, et parce qu'ils étaient des habitués, il offrit une gamelle d'eau à Paddy qui secoua la queue.

« Suis désolé, pour Mère. C'est pas facile.

- De quoi ? Qu'est-ce qui est compliqué, pour elle ? C'est toi qu'on doit plaindre, pas elle.

- Elle a peur pour moi.

- Elle a une drôle de manière de le monter…

- Harry…

- Comme si j'allais te faire du mal… Je suis peut-être rancunier mais il y a des limites, je suis pas si mauvais.

- Je le sais, moi. »

Draco espéra que le ton appuyé de sa voix mettrait fin à cette discussion désagréable. Cela faisait une semaine qu'Harry était au courant de tout et le moins qu'on puisse dire, c'était qu'il était redevenu l'ange dont il était tombé amoureux. Il prenait soin de lui à chaque moment de la journée et avait même accepté deux jours auparavant que Draco reste dormir chez lui. Cela avait grandement soulagée Hermione qui s'était faite à la présence du blond mais qui aurait largement préféré que les choses continuent à bien avancer entre eux.

Parce que, oui, les choses avançaient. Draco avait la taille d'un nain de jardin et faisait connerie sur connerie, avec ou sans Paddy, mais les choses avançaient. Dire qu'il draguait Harry serait sans aucun doute un bien grand mot, mais Draco faisait tout pour lui montrer sa bonne volonté et récupérer ses faveurs. Et bien que ce soit un petit garçon de cinq ans qui range son salon, qui lui fasse des compliments et des câlins dans les cheveux, oui, même ça, Harry fondait.

Non, Draco ne s'avançait pas quand il disait ça. Harry lui avait pardonné ses mensonges en deux jours et il était de moins en moins piquant. Il avait recommencé à l'appeler Poussin, ce qui en soit était ridicule mais le fait que Harry lui redonne un surnom était très prometteur, et les câlins, franchement, ça y allait. Sans compter qu'il l'emmenait absolument partout avec lui et qu'il lui parlait sans arrêt. Bon, c'était frustrant parce que Draco ne pouvait pas lui répondre comme il en avait envie, ce qui avait donné lieu à une crise de larmes un matin où Harry lui parlait de la coupe du monde de Quidditch.

Mais tout allait bien. Rien n'était résolu, même si ce n'était plus qu'une question de jours d'après Hermione qui était en train d'élaborer une potion accompagnée d'un contre-sort pour le guérir. Mais au moins, Harry faisait des efforts et Draco s'arrangeait pour lui prouver à quel point il tenait à lui avec ses petits moyens. La veille, il avait réussi à se réveiller plus tôt que lui et s'était acharné à lui préparer un petit-déjeuner complet, ce qui n'était quasiment jamais arrivé en six mois de relation. Et ce qui avait donné lieu à des reproches le jour de leur rupture, car Draco préférait se laisser chouchouter plutôt que de dorloter.

Un sourire étira ses lèvres à ce souvenir. Bon, il avait dégueulassé les plaques de cuisson et le plan de travail, mais Harry avait été tellement touché qu'il n'avait rien dit. Il avait même eu droit à un bisou sur la joue, chose qu'il ne lui avait plus faite depuis qu'il avait appris sa véritable identité. Ça lui paraissait à la fois déplacé et embarrassant, alors que Laurence, ça ne le dérangeait pas du tout de le papouiller.

Non, rien n'était gagné. Mais Harry avait envie que les choses avancent, alors ça ne pouvait que marcher.

OoO

La veille, avant qu'il aille se coucher, Harry lui avait dit qu'il n'avait jamais été aimé dans son enfance et qu'il avait toujours été perçu comme un parasite. Son entrée à Poudlard lui avait offert une relative stabilité qui s'était effondrée avec la guerre et son départ de l'école. Du coup, il avait toujours besoin d'un vrai engagement quand il se mettait en couple avec quelqu'un. Ça le rassurait.

Avec ses mots à lui, Draco lui expliqua que ses parents s'étaient mariés sans ressentir quoi que ce soit l'un envers l'autre, mis à part un respect mutuel qui s'était mué au fil des années en une vague affection. Son père n'avait jamais été fidèle, bien qu'il ait eu la décence de cacher ses liaisons. Ainsi, Draco craignait ces mises en couple qui vous enchaînaient à l'autre. Harry avait été son premier vrai copain, le premier avec qui être ensemble non-stop n'avait rien d'ennuyant ou de malsain.

Après un baiser sur le front et un dernier câlin, Harry était parti se coucher, le sourire aux lèvres.

OoO

Par Merlin, mais qu'est-ce qu'il avait pu faire pour mériter un truc pareil… Bon, il le reconnaissait, il était casse-pieds, orgueilleux comme pas deux, il s'engueulait la moitié du temps avec Paddy et lui grimpait dessus dès qu'il en avait l'occasion, il grognait après Harry quand il osait sortir cette abominable sauce rouge sucrée dont il arrosait ses pommes de terre et il avait piqué une colère l'autre jour parce que ce crétin à lunettes avait osé se moquer de ses attributs minuscules. Bon, d'accord, Harry avait largement de quoi se moquer de lui quand on voyait son petit asticot, comme il disait, et oui il avait coincé sa brosse dans ses cheveux emmêlés pendant qu'il dormait pour lui faire comprendre qu'il serait temps de l'utiliser, mais quand même !

« Et du coup tu participes au festival, en janvier ?

- Je ne sais pas encore. Maxwell y tiendra un stand donc je pense que je n'aurai pas trop le choix…

- Je suppose que Ron sera de la partie.

- C'est pour ça que je te dis que je n'aurai pas le choix… »

Les deux hommes eurent un rire complice que Draco trouva quelque peu forcé chez Harry. Lui, par contre, il tirait carrément la gueule. Et Paddy aussi, d'ailleurs. Non, il ne s'inventait pas une alliée, il savait qu'elle le préférait à ce crétin de Russe qui ne lui avait même pas dit bonjour. Non, Draco ne saluait pas plus ce chien quand il était adulte, mais au moins il ne l'enfermait pas dans une chambre quand Harry avait le dos tourné. Et non, il ne parlait pas le chien, c'était Harry qui le lui avait dit.

« Il rentre quand ?

- Pour les fêtes.

- Hermione doit être heureuse.

- Oh ça… Je crois que la distance leur a fait réaliser pas mal de choses.

- Tant mieux pour elle ! »

Mais qu'est-ce qu'il pouvait l'agacer, ce grand dadais blond même pas fichu de se payer une robe convenable… Mais pourquoi diable Harry faisait-il l'effort de lui répondre, plutôt que de l'ignorer ? Il était vraiment trop poli.

« Et du coup, tu te retrouves encore avec son neveu dans les pattes ? »

Sa manière de prononcer son « encore » était horripilante. Oui, Feodor, il était encore là et il n'était pas prêt de s'en aller, loin de là.

« Et oui. Mais il va bientôt rentrer chez lui, hein Laurence ? »

Heureusement. Hermione lui avait assuré qu'il serait guéri dans les deux jours qui venaient. Autant dire que ça lui faisait un bien fou…

« Il retourne avec sa mère, c'est ça ?

- Oui. Elle rentre de son voyage d'affaires demain.

- Donc les vacances sont finies, n'est-ce pas Bonhomme ? »

Ta gueule, gros con.

« Malheureusement. Je m'étais habitué à sa présence.

- Il a quel âge, déjà ?

- J'ai cinq ans. »

Fais pas comme si j'étais pas là, c'est agaçant.

« Eh bien, tu es un grand garçon dis donc ! »

Tout ça parce que je sais dire mon âge ?

« Ouais. Et quand je serai grand, je me marierai avec Harry ! »

Par Merlin, que c'était jouissif de lire la surprise sur son visage puis voir ce magnifique sourire crispé. L'air angélique, Draco leva les yeux et gloussa en voyant les joues écarlates d'Harry, qui ne savait plus quoi dire. Puis, le brun parut se ressaisir et fit un charmant sourire à son ex.

« Ah les enfants, je te jure…

- Ouais, comme tu dis. Il doit beaucoup t'aimer.

- Je lui fais de bons chocolats chauds.

- Et Harry est trop beau.

- Laurence !

- Eh bien, si c'est pas de l'amour, ça… Ils doivent être drôlement bons, tes chocolats chauds.

- Ce n'est qu'un enfant, tu sais !

- Et ça te dirait d'en faire un à un grand enfant ? »

Viens, Chéri, on s'casse. Loin. Très loin.

« Désolé, c'est réservé aux enfants. Au revoir ! »

Et VLAM !

« Harry, attends !

- Désolé, on est pressé ! »

Dans tes dents, sale con.

« Si jamais tu… »

Trop tard, ils venaient de tourner au coin de la rue, la main du brun tenant fermement la sienne, Paddy sur leurs talons. Quand Harry s'arrêta devant l'entrée du Chaudron Baveur, il lui jeta un regard mauvais décrédibilisé par ses joues toujours aussi rouges. Draco leva alors les bras, souffrant de ne pouvoir le serrer contre lui comme il l'aurait souhaité, mais son ex se contenta de lui attraper la main et de le tirer dans le bar pour en emprunter la cheminée.

En quelques secondes, ils étaient chez Harry, et le blond n'eut même pas le temps de retirer son manteau que le sorcier se penchait vers lui d'un air mécontent.

« Ecoute, Draco, je sais que tu essaies de reconquérir mon cœur du haut de ton un mètre cinq…

- Huit.

- Pardon ?

- Un mètre huit.

- Pardon, de ton un mètre huit, mais qu'est-ce que ça change, par Merlin ! Bref, je sais que tu essaies de me séduire avec ta bouille de bébé, mais imagine qu'il se soit imaginé quelque chose !

- Il te drague encore.

- Et alors ? Tu sais très bien que…

- T'aime, moi. J'aime pas qu'il te drague. »

Les joues écarlates, Harry leva les yeux au ciel, puis il retira sa veste. Comme s'il allait laisser ce crétin le draguer alors qu'il était juste à côté… Bon, d'accord, Harry l'avait rembarré fort joliment et il fallait dire qu'il avait fortement apprécié sa manière de mettre fin à la conversation. Mais quand même.

Quand même.

« Allez, viens te réchauffer. Paddy ? Viens-là, ma belle. »

Toute pimpante, la chienne rejoignit son maître dans la cuisine. Seul dans l'entrée, Draco retira son manteau et le posa sur le meuble à chaussures, étant trop petit pour le pendre. Puis, il voulut aller au salon, mais préféra retrouver Harry qui jouait avec Paddy, lui faisant faire la belle pour lui donner une friandise.

Le lendemain, Draco rentrait chez Hermione et allait passer la soirée puis la nuit à Ste-Mangouste où il serait soumis à une batterie de traitement afin de le guérir. Il n'était pas inquiet, pour la bonne et simple raison qu'il n'était pas le seul sorcier à avoir subi un tel maléfice, le principal problème étant qu'il était destiné à un gobelin et non pas à un sorcier. Cependant, la suite des évènements, entre lui et Harry, se révélait moins prometteuse.

À vrai dire, Draco était terrifié.

Terrifié que ça se passe mal. Qu'Harry revienne sur sa décision, perçant cette bulle dorée où tous deux évoluaient depuis une dizaine de jours. Que ses sentiments pour lui ne soient pas assez forts pour re-cimenter leur couple. Qu'il ne soit pas assez convaincant et que finalement Harry n'ait plus envie de faire sa vie avec lui.

Soudain, le brun remarqua sa présence et lui fit un sourire.

Il était gentil.

Trop gentil.

Il avait envie que ça marche, avec la peur que tout s'effondre à nouveau. Il avait envie que Draco lui offre de nouvelles preuves d'amour, sans savoir si ce serait suffisant.

Ils avaient envie que ça marche. Sans être certain que l'autre le souhaitait aussi.

OoO

Son corps lui faisait un mal de chien. À chaque mouvement, ses membres lui rappelaient qu'un putain de sortilège les avait allongées de façon disproportionnées tandis qu'un tambourin avait élu domicile dans son crâne. Il tapait beaucoup moins fort depuis la veille mais ça restait douloureux quand même.

Ç'avait été long. Et douloureux. Il y avait eu des complications et Draco avait bien cru qu'ils n'y arriveraient jamais. Hermione avait préféré ne pas le prévenir que cette saloperie de gobeline avait manipulé le maléfice de façon à le rendre imperméable à nombre de contre-sort. Le Dr McBoll avait réussi à déjouer la plupart des pièges mais pas tous, évidemment. Du coup, Draco avait souffert le martyr pendant vingt-quatre longues heures.

À présent, ça allait mieux. Il avait mal partout mais au moins il pouvait faire autre chose que regarder le plafond et se lamenter sur son sort. Et penser à Harry, aussi.

Il allait devoir attendre encore une petite semaine, le temps que ses jambes se rétablissent et qu'il soit capable de se lever sans perdre l'équilibre. Peut-être que Harry viendrait le voir, mais il en doutait. Hermione lui avait assuré qu'il préférait attendre qu'il aille mieux. Bien qu'il soit déçu, Draco comprenait.

Et espérait que ce ne soit pas une manière de tirer un trait sur lui, en se disant que cette semaine passée ensemble n'était qu'une jolie parenthèse.

OoO

La maison d'Harry lui paraissait ridiculement petite. Il fallait dire qu'il avait gagné par mal de centimètres et que sa vision avait été grandement améliorée. Il sentit pourtant comme un élan de nostalgie tandis qu'il s'approchait de la porte d'entrée, gravissant quelques anecdotiques marches qu'il avait eu tant de mal à gravir les premiers temps.

Il n'était plus un enfant de cinq ans qui peinait à se déplacer et à parler convenablement. Il était redevenu un adulte qui ne pouvait plus jouer avec les sentiments des autres, résoudre une dispute par un sourire et minauder pour avoir ce qu'il voulait. Il devait à présent affronter la dure réalité et reconquérir comme un homme le cœur de celui qu'il aimait.

Cependant, Draco était en plein doute. Il ne savait pas si c'était le bon moment, étant donné qu'Harry n'était pas venu le voir une seule fois et qu'il n'avait pas répondu à sa lettre. Du coup, le blond se posait beaucoup de questions et se demandait s'il ne devait pas attendre un peu… Cela dit, laisser traîner les choses n'était pas une meilleure idée et surtout il ne savait pas quand exactement il devait recontacter Harry. Autant prendre des risques maintenant, même si ses jambes chancelaient encore et que ses yeux s'humidifiaient pour un oui ou pour un non.

Le sorcier prit une grande inspiration, puis il sonna à la porte. Son cœur tambourinait dans sa poitrine et il ferma un court instant les yeux tandis que Paddy se précipitait vers la porte, la griffant avec ses pattes d'après le bruit qu'elle faisait. Il entendit Harry grogner, puis il ouvrit la porte et alors leurs regards se croisèrent.

Tout de suite, Harry lui parut plus petit et moins solide. Ses mains abîmées par le froid paraissaient toutes petites et menues, sans parler de sa taille de guêpe qu'il devinait aisément sous sa chemise à carreaux rouge. Ses cheveux partaient dans tous les sens, lui donnant cet air gamin qui faisait tout son charme. Et à vrai dire, au risque d'être répétitif, Draco le trouva aussi beau qu'avec ses yeux d'enfant.

Le blond entrouvrit les lèvres pour dire quelque chose. Il aurait voulu lui dire qu'il était désolé, qu'il regrettait chaque mot qu'il avait prononcé lors de leur rupture, qu'il l'aimait comme un fou et qu'il était prêt à changer, vraiment, pour que les disputes disparaissent et ne laissent place qu'à des moments complices, parfois tendus, mais bien plus naturels dans un couple que des engueulades à répétition.

Mais avant qu'il n'ait eu le temps de s'exprimer, Harry lui attrapait déjà le visage pour l'embrasser passionnément sur la bouche. Après un instant de surprise, Draco ferma les yeux, enlaça sa taille et, ignorant les aboiements de Paddy, poussa Harry en arrière pour entrer dans la maison et fermer la porte.

Le brun se laissa faire sans opposer la moindre défense, bien au contraire. Il se laissa aller dans ses bras et se fit plaquer contre le mur en émettant un petit gémissement, tandis que Draco s'emparait sauvagement de sa bouche, glissant sa langue entre ses dents pour chercher sa jumelle et l'entraîner dans un ballet endiablé. Sentir ses mains caresser ses cheveux blonds, s'y glisser pour les ébouriffer, lui procura un plaisir sans nom. Les siennes parcouraient son dos, ses hanches, ses épaules, son visage…

L'embrasser, c'était comme rentrer à la maison. C'était comme retrouver ce qui avait fait son bonheur pendant six longs mois, c'était ressentir cette excitation et ce plaisir qui lui avait toujours fait défaut, avant de le connaître.

C'était sentir une vague d'amour déferler sur son corps, dans son cœur…

C'était retrouver sa place, celle qu'il n'aurait jamais dû quitter.

Leur baiser se fit plus tendre au fil des minutes et s'acheva par sa bouche qui butinait la sienne, le faisant sourire contre lui. Draco recula sa tête puis le regarda avec cette tendresse qu'il n'avait connue qu'avec lui. Il sentit ses yeux piquer en voyant son si beau sourire et ses yeux pétillants.

Il lui pardonnait.

Et il lui redonnait sa chance.

Et comme pour en avoir la confirmation, Draco chuchota quelques mots contre ses lèvres.

« Je suppose que ça veut dire que tu veux bien de moi ?

- Si toi tu veux bien de moi…

- Crétin ! Comme si j'allais renoncer à toi ! »

Le blond blottit son visage au creux de son cou pour embrasser sa nuque avec une sensualité à vous donner des frissons dans le corps. Il l'entendit rire tandis que ses bras serpentaient dans son dos comme pour le rapprocher encore plus de lui. Alors Draco le serra fort, comme pour ne former plus qu'un avec lui.

Il lui chuchota un pardon, puis un je t'aime à l'oreille.

Et Harry lui dit que tout était oublié.

OoO

Le décompte de Noël avait déjà commencé. Pourtant, le mois de novembre n'était pas encore terminé, mais déjà les boutiques étaient prises d'assaut et des mets prometteurs faisaient leur apparition dans les boutiques en vue des fêtes. Souvent, quand ils passaient dans les rues commerçantes de Londres, il voyait le regard de Harry pétiller d'envie, lui qui était si gourmand et si attaché aux fêtes traditionnelles.

Tout en marchant d'un bon pas dans une allée du chemin de Traverse, Draco réfléchit aux cadeaux qu'il allait devoir commencer à acheter pour Noël. Il n'était pas de nature très généreuse, en grande partie parce qu'il avait une sainte horreur de cette hypocrisie puante qui sévissait dans l'aristocratie sorcière, où chacun s'offrait traditionnellement des cadeaux qu'on rangeait aussitôt dans le grenier, parfois sans même les ouvrir. Ainsi, Draco avait mis fin à cette tradition, qui limitait l'encombrement de son grenier personnel et qui lui faisait faire de belles économies, lui qui comptait grimper dans les hautes sphères de Gringotts sans jamais s'embarrasser de politique et de magouilles en tout genre.

Bien évidemment, son attitude ne plaisait pas du tout à sa mère, mais cette dernière semblait décidée à le laisser tranquille. Depuis sa guérison, elle était aux petits soins avec lui et souffrait en silence de le voir à nouveau avec ce petit avorton de Potter, comme elle le disait si bien. Bon, elle ne cessait de lui faire des remontrances là-dessus, mais elles étaient supportables et c'était l'un des seuls sujets sur lesquels elle l'enquiquinait. Et depuis que son couple avait repris un nouveau souffle, Draco était comme sur un petit nuage.

Pourtant, cela ne faisait que deux semaines. Le temps avait filé très vite, entre sa reprise, ses amis, sa mère, Harry… Tous avaient cru aux mensonges de ses supérieurs qui avaient prétexté un voyage d'affaires pour cacher son accident, donc Draco était happé de toute part, au point qu'il ne savait plus où donner de la tête. Sa seule certitude, c'était qu'il devait consacrer le plus de temps possible à Harry et lui offrir tout ce dont il avait manqué durant leur relation passée.

Et apparemment, il s'en sortait plutôt bien.

Et le fait qu'il se soit installé chez lui la semaine précédente jouait beaucoup en sa faveur.

« Draco ! »

Le blond sursauta, quittant subitement ses pensées. Il se retourna et eut un sourire en voyant Harry. Ils avaient rendez-vous dans leur café habituel et visiblement, son petit ami avait pris un peu de retard. Cependant, en le voyant avec ce sourire si charmant, son vieux manteau sur le dos, son jean délavé sur les hanches et ses tennis défoncées aux pieds, Draco sentit disparaître son léger agacement. Un élan d'amour lui réchauffa le cœur, et même si cela paraissait niais à souhait, il était juste heureux de le voir.

« Désolé pour le retard ! »

Et avant que le blond n'ait le temps de lui faire le moindre reproche, Harry posait ses mains sur ses épaules et l'embrassait sur la bouche. Il se recula bien vite pour lui faire un sourire, puis il lui attrapa la main et le tira dans la rue, en se disant sûrement que l'incident était oublié. Ce qui était le cas.

« J'étais en train de faire du repérage. Tu sais qu'ils font de belles choses chez Beautiful Wizards ?

- Tu ne comptais pas acheter des bouquins à Hermione ?

- J'ai envie d'innover un peu, cette année… »

Leurs doigts s'entrelacèrent, et au bout d'un moment, Draco ne l'écouta plus qu'à moitié. Il se sentait bien. Tellement bien depuis deux semaines, depuis que Harry était revenu dans sa vie… Depuis qu'ils avaient discuté, de ce qui allait, de ce qui ne passait pas, de ce qu'il allait falloir changer pour que ça marche…

Depuis que Draco lui avait dit de vive voix qu'il l'aimait, qu'il était l'homme de sa vie et qu'il avait des soucis personnels, intimes à régler et qu'il y arriverait avec lui à ses côtés.

« Draco ?

- Oui ?

- Regarde devant toi. »

Sortant de ses pensées, le blond leva un peu le nez et sentit un mélange d'agacement et de dégoût quand il aperçut, non loin de là, Feodor qui marchait dans leur direction. Ces désagréables sentiments furent balayés par un élan de fierté en sentant la poigne d'Harry se resserrer sur ses doigts, comme pour le rassurer, ou le calmer.

Feodor, lui, n'avait franchement pas l'air aimable. Visiblement, se retrouver sur leur chemin n'était pas vraiment voulu et voir Draco ne lui plaisait pas, à en juger par son regard mauvais et ses traits tendus. Par politesse, ou pour les faire chier, il s'arrêta près d'eux pour les saluer, chose dont Draco se serait bien passée.

« Bonjour, Harry. Malfoy.

- Silvestrov.

- Bonjour, Feodor ! Comment vas-tu ?

- Aussi bien qu'on peut aller. Et toi ?

- Ça va.

- Alors les rumeurs étaient vraies, tu l'as repris. »

Tu pourrais pas employer d'autres mots, même si dans le fond, c'est exactement ça ?

« On peut dire ça. Les rumeurs vont vite. »

Bénies soient Pansy et ses copines, les commères de service qui n'avaient pas manqué de dire à tout le monde qu'ils avaient renoué…

« En effet. Je croyais pourtant que tu n'étais pas du genre à te remettre avec tes ex.

- Je ne veux pas parler de ça avec toi. On va y aller. »

Le Russe n'ajouta rien, mais leva les yeux vers Draco, si grand par rapport à Harry, pour lui jeter un regard qui en disait long sur ses pensées. Le blond n'ouvrit pas la bouche, même si ça bouillonnait en lui, et laissa Feodor partir. Réagir n'aurait pas été une bonne solution, même si Draco aurait aimé lui dire tout ce qu'il avait sur le cœur. Harry, cependant, l'aurait mal vécu. Il détestait les règlements de compte en public.

Ainsi, ils reprirent leur marche, et quand Harry voulut relancer la conversation, il ne parvint pas à atteindre son petit ami, ce qui sembla l'agacer un peu.

« Draco ? On peut passer à autre chose ?

- Oui oui.

- S'il te plaît, arrête ça… Tu sais très bien que je ne ressens plus rien pour lui.

- Ça, je l'ai bien compris. Mais ça m'agace.

- Tu es trop possessif.

- Oui.

- Tu me fais un sourire ? »

Bien qu'un peu crispé, il sembla lui faire plaisir quand même. Harry se satisfaisait d'un rien, et pour mettre fin à son agacement, son copain l'embrassa sur la joue, ce qui mit fin à ses tracas du moment. Sa main quitta la sienne et pour attraper son bras, en un geste plus intime encore. Draco serra son bras contre son flan, lui fit un vrai sourire, déposa un baiser tendre sur ses lèvres, avant de regarder devant lui et se laisser bercer par la voix chaude de son compagnon.

FIN