Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !

Couple : Harry/Draco.

Rating : T.

Voici mon nouveau challenge, Purple, pour Lilomanga. Je le poste le jour de son anniversaire, du coup j'ai l'impression... Voici donc un OS qui est plus une tranche de vie, sur un thème que j'avais envie d'aborder depuis longtemps (enfin, la vie en communauté, quoi...). En espérant que ça vous plaise et que ça parle à quelques-un(e)s d'entre vous !

Bonne lecture !


Purple boy

Il faisait un froid de gueux. Le genre de température qui vous fait penser à ces années d'enfance où vous couriez ventre à terre à chaque récréation, geignant comme des bébés si jamais on vous en privait. Et qui vous amène à vous demander comment vous pouviez faire pour supporter le froid polaire de l'hiver, alors qu'aujourd'hui, vous seriez prêts à payer pour ne pas mettre un pied dehors et vous téléporter directement sur votre lieu de travail.

Harry était gelé. Pourtant, il avait fait l'effort de s'habiller chaudement, harcelé par son patron qui ne supportait plus de le voir en tenue si légère. La librairie avait beau être bien chauffée, les courants d'air et le trajet que le jeune homme se tapait tous les jours pouvaient facilement le rendre malade. Chose qu'il valait mieux éviter, vu le manque d'effectif dont souffrait la librairie depuis près d'un mois… Ainsi, Harry avait fait l'effort le matin même de troquer son blouson contre un vrai manteau bien chaud. Bon, forcément, il avait saigné des yeux en voyant le vêtement résolument féminin, mais au moins, il était au chaud. Et de toute façon, il ne pouvait guère en attendre plus de son employé.

Cependant, malgré tout, le froid s'insinuait dans ses vêtements et le gelait jusqu'aux os. Le trajet entre le métro et son appartement n'était pourtant pas bien long, mais suffisamment pour qu'il ait le temps d'adopter une démarche raide et de sentir les semelles de ses chaussures lui glacer les pieds. Quand le jeune homme vit son bâtiment, il pressa le pas, de la buée s'échappant de ses lèvres, fouillant dans son sac pour récupérer ses clés. Il attrapa son énorme trousseau, courut presque jusqu'à la porte du hall d'entrée, puis passa son bip et entra enfin.

Une agréable chaleur l'enveloppa. Il resta quelques secondes planté devant la porte fermée, laissant les faibles radiateurs lui décongeler les mains et les genoux. Puis, le jeune homme trouva le courage de traverser le petit hall et de gagner l'ascenseur. Le temps que la cabine monte au troisième et dernier étage, il avait déjà ouvert son manteau et commencé à dézipper ses bottines. En priant pour que personne ne sorte de chez lui à ce moment-là, Harry sortit de l'ascenseur et ouvrit la porte de son appartement.

Forcément, il n'y avait personne. Tout le monde bossait encore à cette heure-ci, ou bien vaquait à ses occupations. Et parce que Harry était terriblement casanier la semaine, il préférait rester bien au chaud chez lui devant la télévision avec un bon bol de chocolat chaud et des gâteaux. Enfin, s'il en restait. Il lui avait semblé entendre Théo se plaindre que la boite à cookies était dans un état critique, mais parce qu'il était de bonne humeur la veille, Harry n'avait pas osé y jeter un coup d'œil.

Après s'être déshabillé, Harry grimpa à l'étage poser son sac, passa se laver les mains dans la salle de bain, récupéra son ordinateur puis redescendit préparer son goûter. Il grogna en voyant qu'effectivement une bande d'ogres avait sévèrement malmené l'énorme tête de Jack Skellington qui leur tenait lieu de boîte à gâteaux. Il regarda l'heure, médita une petite minute, puis poussa un soupir à fendre l'âme. Finalement, il ressortit de la cuisine une bonne dizaine de minutes plus tard, le temps d'allumer le four, de préparer une pâte à cookie et s'en faire cuire une première fournée le temps qu'il prenne son goûter. Il était trop bon, songea-t-il. Et en même temps, c'était sa fonction, ici : faire à bouffer.

Comme un chat, Harry s'installa confortablement sur le canapé, s'emmitouflant sous une couverture pour bien se réchauffer, son ordinateur sur les genoux et son plateau-gouter. Il alluma la télévision et zappa sur les chaines du câble puis se mit sur son ordinateur pour se détendre de sa journée. Elle n'avait pas été si longue que ça mais plutôt éprouvante. Une épidémie de grippe avait ravagé le personnel et seul Harry y avait pour le moment échappé. La réduction du personnel rendait les journées difficiles, même pour quelqu'un d'aussi calme que Harry, attrapé dans tous les sens aussi bien par ses collègues, son patron que les clients.

À vrai dire, Harry ne tombait que très rarement malade. Tout en essayant de se rappeler de la dernière fois où il avait dû avaler un quelconque médicament, Harry se releva pour sortir la fournée de cookies et en remettre une dans le four. Il ne parvenait pas vraiment à s'en souvenir. Le fait qu'il ait travaillé dans le froid durant son adolescence et ses années d'étude avait beaucoup joué : il avait développé une résistance aux basses températures dont ses collègues et amis ne pouvaient guère se vanter.

Tandis qu'il regagnait le salon, le verrou de la porte d'entrée tourna. Tout en s'asseyant, Harry paria sur Blaise ou Théodore. Le premier ne mettait jamais plus d'une heure à quitter son école tandis que le second était loin d'enchaîner les heures supplémentaires sur son lieu de travail, bien au contraire. Cependant, il pencha plus pour Théodore, finalement, car il n'entendit pas ce bruit caractéristique du sac de course rempli de cahiers à corriger qu'on jette par terre en pensant qu'on aura le temps, et le courage, de les corriger le soir même, pour finalement les ramener à l'école dans le même état que la veille.

« C'est moi…

- J'entends ça.

- Je rêve où ça sent le gâteau ?

- C'est pas toi qui disais hier qu'on avait fait la razzia dans le pot à cookies ?

- T'es un amour, mon Harry, un vrai de vrai… »

Las, Théo retira ses chaussures cirées, pendit son manteau puis le rejoignit dans le salon. Il portait un costume simple mais élégant qui lui donnait un look d'homme d'affaire… ou de prof. Et en l'occurrence, de mathématiques. Il desserra sa cravate, jeta sa veste sur le dossier du fauteuil et se laissa tomber dans le canapé, non sans pousser un soupir de fatigue.

« Je suis vanné. Qu'est-ce que ça peut être chiants, des mômes…

- Tu dis ça, mais t'adores ton boulot.

- Ça reste chiant. Y a des jours, comme ça… Et toi, ça va ?

- Ouais, mon patron a adoré mon manteau !

- Celui que Hermione t'a offert et qui devrait normalement être porté par une gonzesse ?

- Ouais !

- C'est de l'ironie ?

- Ouais. Mais mes collègues ont adoré. Enfin, sauf Paul, il dit que je crains.

- À cause du manteau gothic lolita ou de ton pull petit poney ?

- Nan, le pull, il le connaissait déjà. Et te fous pas de moi ! Y a une petite fille qui m'a dit que j'étais très beau avec ! »

Théo lui lança un regard qui en disait long, mais Harry décida de l'ignorer. Il préféra se lever pour débarrasser son plateau et voir où en était sa fournée. Son colocataire le suivit dans la cuisine et piqua un biscuit dans l'assiette avant de le remercier : il espérait qu'il en refasse en fin de semaine, il ne s'attendait pas à ce qu'il se mette aux fourneaux ce soir-là. Et Harry eut beau lui dire que ça ne prenait pas tant de temps que ça, Théo le remercia quand même : il détestait faire la cuisine et n'avait jamais aussi bien mangé que depuis qu'ils vivaient ensemble.

Du coup, ils discutèrent un moment dans la cuisine autour d'un thé, attendant que les gâteaux cuisent en parlant de leurs journées respectives. Théodore était plus âgé que lui de deux ans et enseignait depuis quelques mois dans un lycée de la banlieue parisienne. Bien que leur différence d'âge ne soit pas énorme, il y avait un vrai fossé de maturité entre eux qui aurait pu rendre les choses difficiles si Théodore n'avait pas cet instinct de protection pourtant très bien caché.

Dire qu'il était le papa de la maison serait un bien grand mot. Mais il était assurément le casse-couille de service qui vous harcelait jusque dans votre sommeil si jamais votre chaussette traînait derrière le panier à linge…

Le pot à cookies se remplissait à vue d'œil, et comme attiré par l'odeur, Blaise rentra à son tour. Dans un silence complice, Harry et Théo écoutèrent le bruit de mammouth que leur colocataire fit en jetant ses affaires sur le sol. Et parce qu'ils étaient moqueurs, ils quittèrent la pièce et regardèrent avec amusement le sac de course rempli à ras bord. Plié en deux pour délasser ses chaussures, Blaise ne les vit pas venir, mais quand il leva la tête, il les foudroya des yeux.

« Un mot et je vous éclate.

- Mais on n'a rien dit, mon Blaise. Cahier de quoi, ce soir ?

- Histoire et Sciences. Putain, c'est pas possible de faire autant de fautes avec si peu de texte ! Peuvent pas recopier correctement, comme tout le monde ?!

- Mes élèves ont entre quinze et dix-neuf ans, et ils arrivent encore à confondre les deux « a ».

- Je m'en fous, ça me gave ! L'an prochain, je veux des CM2.

- Parce que tu crois vraiment qu'ils sont plus doués que tes CE2 ?

- Si tu fais de la maternelle, au moins tu corriges rien. »

Il y eut un silence, puis Théo explosa de rire. S'il n'avait pas été noir, sans doute Blaise aurait-il rougi de colère en le voyant se foutre royalement de lui. Après avoir jeté un regard courroucé à Théo, il en fit de même envers Harry, qui leva les yeux au ciel.

Bon, il ne connaissait ces deux-là que depuis deux ans, soit quand ils avaient emménagé ensemble. Déjà, quand il avait su que Théodore faisait une licence de mathématiques pour entrer dans le professorat, il avait été des plus surpris. Mais alors quand il avait su que ce grand black baraqué au regard de serial killer voulait être professeur des écoles… Il avait juste cru à une mauvaise blague. Et Ron aussi, d'ailleurs, il avait mis plusieurs semaines à admettre l'idée que c'était juste le rêve de sa vie et que cet ours goinfre et grognon adorait les mômes.

L'été dernier, il avait été titularisé et s'occupait d'une classe de CE2 particulièrement casse-bonbon, du moins selon ses collègues, et qu'il avait eu vite fait de driver. Si au début il avait littéralement terrifié ses élèves avec ses presque deux mètres, ses yeux noirs et ses mains d'ours, il était rapidement devenu la coqueluche de l'école. D'où les innombrables boites de chocolat qui avaient traîné durant des semaines et des semaines sur la table basse…

Cependant, si tout le monde s'était fait à l'idée que Blaise, le grand et sexy Blaise, passait ses journées à instruire des gosses de huit ans, l'idée qu'il puisse être amené à s'occuper d'enfants plus jeunes était tout simplement impossible à envisager.

Bon, en vrai, ils n'arrivaient toujours pas à imaginer Blaise en professeur des écoles, donc du coup, un rien le décrédibilisait…

« Vous n'êtes que des enfoirés. Ta gueule Théo ! Tu peux pas comprendre, espèce de matheux gueulard !

- Allez, calmez-vous. Bien, Blaise, je vais te faire du chocolat chaud. »

Bizarrement, les deux hommes se turent, et le temps que Harry retourne dans la cuisine et sorte une casserole pour faire chauffer du lait, ils le rejoignaient, toute moquerie et tout cahier à corriger oubliés. À vrai dire, ni l'un ni l'autre n'était vraiment habitué à boire ce genre de boisson avant d'emménager dans cet appartement, et ils n'en faisaient que rarement pour eux-mêmes. Mais ceux de Harry étaient tellement bons et travaillés qu'ils ne disaient jamais non quand il leur proposait une bonne boisson chaude qui, comme il le disait souvent, était idéale pour calmer les cœurs.

Et c'était sans doute là, la force de leur grande colocation de six personnes : ils avaient dans leur groupe un médiateur des plus efficaces. Nul doute que leur équilibre aurait fini par basculer si Harry n'avait pas été là pour apaiser les tensions. Et peut-être même que Théodore et Blaise, qui avaient enfin une situation stable, auraient pris la décision de s'en aller, ayant les moyens de se payer un loyer convenable. Mais ni l'un ni l'autre n'en avait eu l'envie, la situation leur convenant tout à fait pour le moment.

À eux deux, comme aux autres.

OoO

« Salut les jeunes ! Wesh Poussin, alors comment il a réagi le vieux en voyant le manteau ?!

- Il a dit que ma maladie s'arrangeait pas.

- Dans un sens, il a pas tort ! Mazette, entre le manteau et le pull, la totale quoi ! Et ce brave Paul, comment il a réagi ?

- Comme d'hab'. Il pense que je suis un attardé. »

Blaise ne put s'empêcher de ricaner, et ce n'était sans doute pas à cause des absurdités qu'il était en train de lire dans le cahier d'histoire de son élève. Pansy jeta sur Théo son foulard, s'attirant un regard de travers, puis elle se jeta sur Harry pour le serrer fort dans ses bras. À croire qu'elle ne l'avait pas vu depuis des mois… Ce qui était plus ou moins le cas, ils étaient séparés depuis le matin. Et dire que Ron lui avait à peine jeté un coup d'œil quand il était rentré, se contentant de grogner un bonjour à son meilleur ami avant d'aller se jeter dans son lit pour rattraper son horrible nuit ponctuée de quintes de toux et de reniflements.

Aussitôt, les deux commères se mirent à jacasser comme des pies. Installés dans le canapé, Blaise et Théodore corrigeaient leurs copies et cahiers en écoutant leurs cancans. Pansy avait une manière hallucinante de raconter sa vie, rendant le moindre détail important et plein d'humour, tandis que Harry enchaînait les réflexions qui, parfois, avaient un effet dévastateur sur Blaise qui finissait plié en deux. D'où le fait que même Théo faisait ses corrections dans le salon, lui qui aimait pourtant être au calme pour exécuter cette tâche fastidieuse.

Les yeux fatigués, Blaise leva les yeux d'un cahier particulièrement bien tenu et son regard se posa sur Harry debout près de la télévision, tripotant le câble de son téléphone portable tout en déconnant avec Pansy. C'était un garçon singulier, assez petit de taille et avec ce visage d'enfant assez déconcertant qui le faisait passer la moitié du temps pour un adolescent. Ses lunettes rondes, son sourire et ses cheveux fous ne faisaient que renforcer cette sensation de se trouver constamment face à un stagiaire qui cherche sa voie en bossant dans une belle librairie de la banlieue parisienne.

Mais plus qu'un physique, Harry était un personnage. C'était le genre de personne qui assume chaque aspect de sa personnalité et qui affiche ses goûts sans la moindre gêne. Ainsi, Blaise avait dû se faire à sa passion pour les mangas, les séries, les comics américains et films en tout genre, ainsi qu'à ses tenues des plus colorées. À vrai dire, Harry était une sorte d'excentrique un peu hippie sur les bords plein de bons sentiments et d'une espèce de niaiserie qui cachait des souffrances bien enfouies. En résultait un jeune adulte très doux, décomplexé et des plus surprenants, surtout vestimentairement parlant.

Et si au début ç'aurait pu être gênant, parce que Harry n'avait aucun problème pour sortir dehors avec des bottines à talons, un pantalon en cuir près du corps et un pull bisounours, le groupe avait fini par se faire à ce garçon un peu étrange mais sensible, attentionné et plein d'humour. Un concentré de vitamine qui vous redonnait la pêche quand vous allez mal et qui regardait vos soucis à la fois avec un regard de jeune adulte et d'enfant qui en a trop vu.

Blaise savait se montrer conciliant, mais il avait un caractère qui supportait mal les non-dits et les messes basses. Et s'il reconnaissait avoir eu des soucis avec l'attitude de Harry au début de leur colocation, il avait finalement eu comme un coup de cœur affectif pour lui à mesure qu'il avait apprit à le connaître et à voir ce qui se cachait sous ce nid d'oiseau qui lui servait de cheveux.

« Et après elle dit que j'exagère ! Mais t'aurais vu la gueule du mec, il faisait peur… D'accord, je suis pas le canon du siècle, mais putain je vaux mieux que ça quand même !

- Et de toute façon, tu manges pas de cette viande-là.

- Ah mais certainement pas ! »

À côté de lui, Théo pouffa, signe qu'il écoutait attentivement ce qui se passait à côté de lui. Blaise eut un sourire amusé tandis que les deux commères, sous couvert d'un langage plutôt imagé, parlaient ouvertement de leur vie sexuelle. Qui pour le moment était des plus modestes, Pansy étant célibataire depuis un mois et Harry ayant découvert les plaisirs de la chair assez récemment. Ce qui les faisait, par ailleurs, bien marrer…

« Bon, il faudrait peut-être que je prépare le dîner…

- Ce serait en effet une très bonne idée. J'ai une dalle d'enfer !

- Blaise, tu es un vrai ventre sur pattes ! Et avoue-le, c'est toi qui as fini le pot de gâteaux !

- Mais nan, c'est Ron !

- Arrête tes conneries, je suis sûre que c'est toi ! Espèce de goinfre ! Harry est vraiment trop gentil avec vous, à sa place, je cuisinerais pas autant.

- En même temps, t'es pas foutue de cuire une casserole de pâtes sans les faire cramer…

- Enfoiré ! »

Sourd à l'insulte, Théo posa son paquet de copies corrigées sur la table et se massa le crâne. Il se retint de préciser à Pansy que, suite à un vote à l'unanimité effectué trois mois après le début de leur collocation, Harry avait été délesté de toute activité autre que la cuisine dans l'appartement. En effet, on avait jugé qu'en dépit de ses qualités indéniables en matière de ménage, il valait mieux le laisser aux fourneaux, d'une part parce qu'il aimait ça, et d'autre part parce qu'il cuisinait largement mieux que les autres membres de la colocation.

Ainsi, c'était à lui que revenait la lourde tâche de nourrir les cinq personnes avec lesquelles il vivait, et parce qu'il était une crème, il s'arrangeait toujours pour que le bocal à cookies soit toujours plein de biscuits faits maison et préparait même la plupart de leurs déjeuners. Il s'était fait un devoir de nourrir correctement la maisonnée, il était donc inutile de le plaindre, car en vérité il adorait les chouchouter. Mais rétorquer cela à Pansy reviendrait à l'énerver car, de toute façon, elle prenait toujours la défense de sa copine. Pardon, de son copain. Bref, du type qui bouffait de la crème glacée avec elle devant Le journal de Bridget Jones et qui se laissait vernir les ongles quand elle s'ennuyait.

Théo préféra donc relancer la conversation sur le menu du soir. Et visiblement, Harry n'avait pas la plus petite idée de ce qu'il allait leur préparer… Ce qui ne semblait pas vraiment plaire à Blaise qui avait envie d'un bon repas après cette dure journée.

« J'ai un peu la flemme, ce soir… Vous avez envie de quoi ?

- Du curry !

- Sérieux ? Ça va me prendre au moins une heure…

- Allez Harry, s'il te plaît ! Attends, ça fait trois jours que tu nous fais bouffer comme des tortues, on a bien droit à un petit plaisir !

- En plus, tu dis ça, mais t'as fait des cookies à peine rentré, hein… »

Les mains dans les poches de son pantalon un peu large, Harry réfléchit quelques secondes avant de hausser les épaules et de tourner les talons. Les trois autres poussèrent un cri de victoire, et les poings en l'air, Pansy le rejoignit dans la cuisine quelques minutes, mais elle finit par revenir dans le salon, appelée par les garçons. Harry se retrouva donc seul avec sa marmite et ses légumes à éplucher. Loin d'être une corvée, c'était en général un moment de détente et avec un peu de musique, il oublia très vite la solitude.

Ça ne le dérangeait pas d'être seul. Quand on vivait à six sous le même toit, ce n'était pas toujours évident de trouver des moments à soi. L'appartement qu'il partageait depuis deux ans avec ses colocataires s'organisait sur deux étages et seule une chambre était commune à deux personnes, à savoir lui et Ron. Cependant, partager sa chambre avec son meilleur ami n'avait pas été un gros sacrifice étant donné qu'ils vivaient alors ensemble depuis quelques mois dans un studio. Ils partageaient le même lit et dînaient sur le clic-clac plié comme les deux étudiants fauchés qu'ils étaient. Les choses auraient pu être différentes si Ron n'avait tout simplement pas disjoncté un soir chez ses parents, l'amenant à quitter les lieux. Leur colocation avait été une nécessité pour Ron qui ne courait pas sur l'or et une opportunité pour Harry qui n'en pouvait plus des trajets incroyablement longs qu'il se bourrait depuis la fin du lycée.

Vivre à six avait été une décision de Ron. Ce dernier s'était lié d'amitié avec Blaise et Théodore des années auparavant, quand ils jouaient dans le même club de basket. Ils avaient quitté successivement l'équipe mais avaient gardé contact malgré tout. Ils s'étaient retrouvés par hasard dans un bar et leur amitié avait trouvé un nouveau souffle. Ils en vinrent à parler de leurs situations familiales et des difficultés qu'ils avaient de se loger dans la région parisienne avec le peu de moyens qu'ils avaient, et finalement, l'idée d'une grande colocation finit par germer dans leur esprit.

Au début, Harry avait été des plus perplexes. Il n'était pas contre la vie en communauté, loin de là, mais il n'était pas certain qu'une telle entreprise puisse fonctionner : Ron s'était toujours senti de trop dans sa grande fratrie et Harry savait parfaitement que son attitude « cool la vie, plus tard j'élèverai des poneys arc-en-ciel » pouvait déranger, ce qui avait d'ailleurs été le cas au début de leur colocation. Il n'avait pas trop bien compris pourquoi ses colocataires avaient changé d'avis, ou pourquoi ils l'avaient accepté totalement, et ce du jour au lendemain. Il avait cru un temps que c'était par pitié. La seule explication qu'il avait trouvé, finalement, c'était que les préjugés qu'ils avaient sur lui et ce rejet presque instinctif qu'il avait subi à cause de son look et de sa Bisounours attitude avaient été suffisamment mis à mal pour qu'ils voient le vrai Harry et qu'ils le prennent tel qu'il était.

L'été dernier, la question du déménagement s'était posée. Blaise et Théodore gagnaient suffisamment d'argent pour quitter la colocation et cela angoissait beaucoup Ron. À six sous le même toit, les frais étaient très réduits et étant donné qu'il s'était sérieusement repris en main, il ne voulait pas que les choses changent. Et parce que ça lui faisait du mal de voir Ron si angoissé, Harry avait fini par leur poser directement la question, chacun leur tour. Les deux hommes avaient été très clairs : ils ne comptaient pas quitter la colocation pour le moment, pour des raisons financières d'une part, mais aussi et surtout parce que tout se passait très bien, en grande partie parce que Harry était un excellent médiateur et qu'il prenait soin de tout le monde. Et ni l'un ni l'autre ne manifestait l'envie de mettre fin à ce quotidien très confortable.

Autant dire que cela lui fit très plaisir. Bon, il n'avouerait jamais qu'il avait dû s'enfermer dans la salle de bain pour pouvoir chouiner en toute tranquillité et se passer un bon coup d'eau sur le visage. C'était bien la première fois qu'on lui disait clairement qu'on l'adorait, qu'il faisait partie des amis proches et qu'il servait à quelque chose. Tout combiné, c'étaient beaucoup de choses d'un coup.

Harry fut arraché à ses pensées en entendant, par-dessus le brouhaha du salon, la porte d'entrée s'ouvrir une nouvelle fois. Un sourire fleurit sur ses lèvres, tandis que ses mains épluchaient tranquillement une énième carotte.

« Je suis rentré !

- T'es en retard, beau gosse !

- Y a eu une merde dans le métro… Un abruti a raté son arrêt donc il a actionné l'arrêt d'urgence !

- Putain, il faut vraiment être con pour faire un truc pareil !

- Tu lui as pété la gueule ?

- J'ai cru que le chauffeur allait le faire ! »

Comme à son habitude, Draco jeta son sac à l'entrée du salon comme un chien fout sa merde puis alla saluer ses colocataires. Il ne manqua pas de vider son sac quant au petit incident survenu dans le métro, d'après ce que Harry pouvait en juger depuis la cuisine. Draco détestait les retards, il ne supportait pas d'attendre sa rame plus de quatre minutes et grognait quand le moindre incident survenait sur la ligne qu'il devait emprunter. Il avait un comportement à la fois très citadin et très provincial. Ron mettait ça sur le compte de son origine anglaise et une bonne partie de son adolescence passée là-bas tandis que Pansy estimait qu'il était juste casse-couille. Question de point de vue.

Au bout d'un moment, sans doute après s'être bien plaint, Draco le rejoignit dans la cuisine. Le sourire de Harry s'accentua en l'entendant entrer, discutant encore à moitié avec Blaise sans doute toujours dans le canapé.

« Bonsoir, Purple boy.

- Bonsoir ! »

À peine entré, Draco se mit contre son dos et l'embrassa sur la joue. Puis, il caressa tendrement ses cheveux avant de lui demander comment s'était passée sa journée. Après un rapide résumé, et quelques remarques sur le manteau que son patron avait moyennement apprécié, le blond lui fit un rapport détaillé des incidents de la journée, se plaignant du métro parisien, des gens qui ne savaient pas marcher dans les couloirs, des codes qui lui cassaient la tête…

Le temps qu'il termine, Harry eut le temps de mettre les légumes et la viande à cuire dans la marmite et à commencer à faire la vaisselle. Au bout d'un moment, Draco vit bien qu'il ne l'écoutait plus qu'à moitié. Du coup, le blond lui enlaça la taille et cala son visage contre son cou avant de l'accuser de ne pas faire attention à ce qu'il racontait. Affirmation que Harry rejeta en bloc, non sans un léger sourire.

« Forcément, je rentre le dernier, t'as déjà écouté tout le monde…

- Draco, tu te plains tous les soirs des gens dans le métro, sans comprendre que t'es pas mieux qu'eux…

- Oh si, je suis mieux qu'eux ! Je suis civilisé, moi, et je marche droit ! »

Parce que donner de grands coups de coudes aux gens qui ne le laissaient pas sortir du wagon était civilisé… pensa Harry en levant les yeux au ciel. Il préférait néanmoins ne pas le contredire. Dernièrement, le blond était fatigué et subissait une pression monstre au travail, il s'agaçait donc d'un rien. Et parce que Harry était toujours une oreille attentive prête à remonter le moral à ses colocataires, Draco se laissait aller pour essayer de se débarrasser de ses mauvaises ondes. Ce qui marchait, il fallait le dire, plutôt bien.

« Dis, pourquoi tu fais du curry ? Je croyais que c'était gratin dauphinois, ce soir ?

- Ah, je me disais bien que j'avais prévu quelque chose ! Heureusement que t'es là !

- Ouais, sauf que ça ne change pas grand-chose.

- Tu veux des patates ?

- Non, c'est bon. »

Il y eut un silence à peine troublé par le bruit de l'eau qui coulait du robinet. L'air de rien, Harry finit par aborder le sujet qu'ils évitaient depuis au moins deux jours.

« Ton train est à quelle heure demain ?

- Vingt heures. Je repasse vite fait à l'appart' prendre mon sac.

- Et tu rentres samedi soir, c'est ça ?

- Ouais. Tu viendras me chercher ?

- Pas de soucis. »

L'étreinte de ses bras autour de sa taille se resserra tandis que Draco réfugiait son visage dans le creux de son cou. Une bouffée de chaleur s'empara du brun qui essuya ses mains avant d'en glisser une dans ses cheveux blonds, tournant légèrement son visage vers lui pour appuyer sa joue contre sa tête.

« Allez, juste quelques jours.

- J'ai pas envie d'y aller. Je vais me faire chier.

- Dis pas ça… Allez, fais-moi un sourire ! »

Harry se secoua pour se dégager de ses bras. Son étreinte se relâcha autour de lui, du moins suffisamment pour qu'il puisse se retourner dans ses bras, enlacer son cou et l'embrasser tendrement sur la bouche. Dans ses bras solides, Harry se sentit minuscule et fort à la fois, emporté par la suavité de son baiser et la chaleur rassurant de son corps contre le sien. Et quand leurs visages s'écartèrent, il ne put s'empêcher de penser à leur séparation prochaine, qui ne durerait pourtant que trois malheureux jours.

L'attitude de Draco rendait ce voyage d'affaires encore plus douloureux. Embauché dès la fin de ses études par une grande entreprise, le blond menait une carrière de webmaster qui lui plaisait énormément. Il était amené régulièrement à voyager en France, ce qui ne le dérangeait pas particulièrement. C'était devenu plus ou moins un problème depuis qu'ils avaient décidé de sortir ensemble. Et même avant, d'ailleurs. Harry le gardait pour lui et faisait mine de rien, mais il n'aimait pas vraiment quand il partait, tant il lui manquait. Draco, lui, cachait bien moins ses sentiments sur le sujet.

« On va rejoindre les autres ?

- Pansy m'a dit que son ex l'avait recontactée pour boire un verre.

- Promis, on se couche tôt, ce soir !

- J'espère bien, je l'adore mais franchement, elle me casse la tête avec ses histoires de cœur… »

Harry eut un léger rire, puis déposa un léger baiser sur sa bouche. Enfin, il le tira hors de la cuisine, le temps que leur repas mijote un peu. Ils avaient beau sortir ensemble, ils ne faisaient pas pour autant chambre commune. Ils avaient encore besoin de bien séparer leurs espaces, et il fallait dire que tous deux en avaient besoin, d'espace… Harry avait commencé à coloniser un peu celui de Draco avec ses bibelots et diverses fringues, mais pas encore suffisamment pour que ce dernier l'autorise à déménager dans sa chambre. Ou qu'il prenne plutôt la décision d'échanger sa place avec Ron…

Cependant, l'état de santé du rouquin avait amené Harry à s'exiler dans la chambre de Draco, chose qu'il faisait régulièrement mais rarement plusieurs jours de suite. Il se fichait bien d'attraper du mal, mais sa toux l'empêchait de dormir et Draco ne voulait pas qu'il tombe malade. Du coup, il partageait son lit depuis deux nuits, ce qui donnait des idées peu catholiques à son petit ami. Non pas que Harry s'en plaigne, mais lui qui voulait passer des nuits tranquilles, il n'était pas vraiment servi… Même si faire l'amour avec Draco était foutrement bon.

Du coup, ils rejoignirent les autres dans le salon, main dans la main, le temps que le plat cuise et qu'ils dînent tous ensemble.

OoO

« Tu sais quoi ? Blaise, il craint grave.

- Pourquoi ?

- Parce qu'il est pas foutu de dire à la fille qu'il aime qu'il est raide dingue d'elle.

- Franchement, Pansy, tu es mal placée pour dire ça…

- Nan mais attends ! T'as vu la gonzesse ?! Excuse-moi, d'accord, elle est mignonne tout plein, mais c'est pas un canon de beauté ! Elle a les cheveux filasse, elle s'habille…

- Luna est une fille très bien. Et j'aime bien comment elle s'habille.

- Ecoute, Poussin, je t'adore, toi, tes tee-shirts colorés, tes pyjamas de gonzesse et même tes bottines, alors que, franchement, là tu pousses le bouchon un peu loin. Mais sérieusement, elle est pas foutu d'accorder les couleurs ensemble ! Au moins ça, quoi, putain !

- Mais elle est gentille.

- Toi, il t'en faut vraiment peu, hein…

- Avoue que ça te gave que Blaise ait une petite amoureuse alors que toi, t'es pas fichue de garder une copine plus d'un mois.

- Je t'emmerde. Et toi, t'as attendu un an avant que Draco ne commence à s'intéresser à toi.

- Et moi je suis en couple.

- Mais je t'emmerde ! »

Pansy saisit un oreiller et se mit à le frapper avec. Harry se défendit faiblement, acceptant la sentence sans broncher. Après tout, elle n'avait pas vraiment tort, même s'il n'était pas du genre à s'en vanter. Pourtant, il nageait littéralement dans le bonheur depuis trois mois et il avait toutes les raisons du monde d'en profiter pleinement. Et si Pansy ne jalousait absolument pas son bonheur, bien qu'elle soit de nature très envieuse, elle ne manquait pas de lui faire payer à chaque fois qu'il lui rappelait qu'elle était célibataire.

D'un autre côté, Pansy adorait les potins, et surtout ceux qui concernaient les histoires d'amour. Du coup, la vie intime de Blaise qui avait tout simplement craqué pour une petite stagiaire en formation qui enseignait dans l'autre classe de CE2 de son école se retrouvait être le centre de son attention. Ils l'avaient rencontrée à plusieurs reprises car il l'invitait régulièrement à la maison pour boire quelque chose ou bien travailler, en tout bien tout honneur. Et parce qu'ils n'étaient pas à une part de tarte et de steak près… elle dînait à la maison. Et tous les cinq, ils regardaient ce grand dadais s'enfoncer toujours plus tandis qu'elle resplendissait de candeur sur son siège.

Bien que ce soit une garce dans l'âme, Pansy avait une attitude presque maternelle avec ses amis proches, et étant donné qu'ils étaient tous les trois rassemblés sous le même toit qu'elle, la jeune femme s'intéressait beaucoup à leur vie. Bon, Théodore était en train de se caser avec un garçon qui finirait incessamment sous peu par rejoindre la colocation, à force de squatter les lieux et à partager les courses quand il était dans le coin. Draco, quant à lui, semblait également heureux en ménage, même si c'était plutôt récent. Ne restait plus que Blaise.

Enfin, elle avait encore de quoi faire avec Harry. Après quelques réticences dues au côté naïf et gamin de Harry, Pansy avait eu comme un coup de foudre affectif pour le jeune homme. Elle était entrée un soir tandis qu'il regardait les Reines du shopping, et après un épisode mouvementé où ils avaient plus critiqué que complimenté l'énergique participante, ils avaient passé la soirée à discuter, se trouvant sans cesse des points communs. Ils étaient rapidement devenus amis, ce qui en avait surpris plus d'un. En effet, Harry n'était pas vraiment le genre de personne avec qui Pansy se liait d'habitude, mais elle était finalement tombée amoureuse de son look excentrique, de son culot et de son petit caractère.

Chose que Draco adorait également. Mais contrairement à lui, Pansy ne trouvait aucun plaisir à lorgner sur son derrière et à le dessaper entièrement… sauf quand ils faisaient du shopping. Mais Draco ne faisait jamais de shopping avec lui… La seule fois où ils avaient essayé, ils avaient passé leur temps à s'engueuler, à flirter, à s'enfermer dans les cabines pour s'embrasser et à se critiquer mutuellement. Ils avaient décidé de ne plus recommencer parce que c'était trop fatiguant et de toute façon ils étaient incapables de s'entendre. Sauf quand il s'agissait de s'aguicher dans les rayons et les cabines… Mais c'était une perte de temps considérable, quand le but du jeu était de s'acheter des vêtements… Ils préféraient alors faire leurs achats chacun de leur côté et faire un défilé à la maison.

« Et sinon, ton bellâtre, il rentre à quelle heure ?

- Vers six heures et demie. Il repart aussi sec.

- Tu l'accompagnes pas ?

- Non.

- Pourquoi ?

- Il préfère pas. Mais je vais le chercher. »

Par là, il voulait dire qu'il irait à la station de métro à côté de la maison pour le retrouver. Techniquement, ça ne servait pas à grand-chose et ça ne pouvait remplacer des retrouvailles directement à la gare, mais c'était toujours mieux que rien. Ils n'en avaient pas vraiment parlé, mais Harry n'avait pas vraiment pensé à aller le chercher dans Paris et Draco lui avait vaguement dit, comme pour ne pas le blesser, qu'il préférait éviter de s'afficher avec lui devant ses collègues.

Et si Harry n'en avait pas été froissé, c'était parce qu'il savait bien que le problème ne se posait pas à cause de lui. Pour avoir connu quelques ex de Draco, il avait compris très tôt que le blond ne parlait pas de son homosexualité au travail, même si la plupart de ses collègues avait très bien compris qu'il n'éprouvait aucun intérêt pour les femmes. Cela ne posait aucun souci sur son lieu de travail, mais de là à présenter son copain à ses collègues, il y avait quand même un monde. Et Draco n'était pas encore prêt à franchir ce pas, ce que Harry comprenait sans mal.

Pansy lui disait souvent qu'il était d'une nature trop complaisante. Mais Harry se fichait bien de ce qu'on pouvait penser de lui. Qu'importe que Draco n'assume pas vraiment sa sexualité et leur relation sur son lieu de travail. Le plus important, c'était sa main dans la sienne dans les rues de Paris, c'était sa bouche contre la sienne sur le quai du métro et c'étaient leurs doigts s'effleurant sur la nappe en papier d'une table de restaurant. Ses gestes comptaient bien plus que le reste.

« C'est con.

- De quoi ?

- Qu'il se cache autant.

- Si tu penses que ça me rend triste, tu te trompes.

- Je sais. Mais moi, ça me rend triste. »

Doucement, Harry glissa sa main dans la sienne et entrelaça leurs doigts. Pansy s'enfonça un peu plus dans le canapé et cala sa tête contre son épaule. Le regard dans le vague, elle se mit à jouer avec les pieds de Harry posés sur la table basse. Il portait des chaussettes rayées rose et noir qui avaient bien vécu.

« Tracey m'a demandé de lui redonner une chance, tu sais. Je sais pas si j'en ai envie.

- Pourquoi tu doutes ? Elle t'a trompée avec une autre. Elle s'est comportée comme une conne avec toi.

- Je sais. Mais j'en ai marre d'être toujours seule. Et elle m'a dit que ce n'était pas sérieux. Elle l'a juste embrassée.

- Ce n'est jamais sérieux. Et un baiser n'est pas juste un baiser.

- Tu ferais quoi si Draco embrassait quelqu'un d'autre ? »

Ce serait comme un coup de poignard, qui déchirerait son cœur et surtout l'image qu'il avait de sa personne, qui s'était tant enjolivée depuis qu'ils sortaient ensemble. Mais l'avouer à Pansy le ferait tomber dans une paranoïa stupide où il refusait de s'engouffrer. Draco savait qu'il avait des craintes, il le savait depuis le début et il avait tout fait pour l'apaiser quand leur relation était devenue plus charnelle. Harry ne voulait pas sombrer là-dedans, car Draco finirait par le savoir et cela les étoufferait.

« Je ne sais pas. Je pleurerais un bon coup. Et je ne sais pas. »

C'est ce que Pansy avait fait. Et deux jours après, elle avait pris la décision de casser, car elle était trop malheureuse et refusait de s'empoisonner avec de tels sentiments. Harry n'avait pu lui donner de conseils, incapable d'imaginer comment il aurait bien pu réagir à sa place. Il avait versé quelques larmes dans la douche, parce qu'il détestait la voir dans cet état, qu'il ignorait avec quel sérieux Draco considérait leur relation, et un mois après les faits, il se sentait toujours aussi perdu face à cette question.

« Je ressens plus rien pour elle. Mais j'en ai marre d'être seule.

- Dis-lui que tu mérites mieux que ça.

- Je peux pas lui dire ça…

- C'est la vérité pourtant.

- T'es gentil. »

Elle l'embrassa sur la joue puis lui demanda s'il voulait bien être son petit ami. Harry haussa les épaules et lui répondit qu'il n'était pas contre, si cela n'impliquait aucune relation sexuelle. Pansy fit la moue, lui répondant que tout l'intérêt d'avoir quelqu'un, c'était qu'on pouvait baiser avec. Mais elle ne se voyait pas non plus lui sucer la bite. Elle ricana en le voyant froncer le nez à l'entente de ce mot.

« T'es dégueu, Pans'.

- Draco est plus dégueu que moi.

- Je sais. Mais c'est pas une raison.

- Je t'adore, tu le sais, ça ?

- Ouais.

- Je déprime. Tu me remontes le moral ?

- Ouais. Je vais chercher la glace.

- Merci, Poussin. »

OoO

En sortant de la rame, Théodore et Draco remontèrent la fermeture de leurs manteaux dans un geste mécanique. Tout en discutant, ils traversèrent le couloir menant aux escaliers qu'ils gravirent rapidement. Le blond était pressé à cause de son train à prendre et Théodore devait retrouver son copain dans Paris. Ils s'étaient attendus pour prendre les transports ensemble, histoire de discuter un peu avant le départ Draco. Ce dernier voulait juste lui demander de faire attention à Harry, chose que son ami avait déjà prévu de faire de toute façon.

À vrai dire, le webmaster était partagé à propos de son départ. À la fois il savait qu'il allait s'emmerder, et d'un autre côté, il était content de partir pour partager son expérience et découvrir de nouvelles choses. Mais à côté de ça, il y avait Harry.

Harry, si petit, si menu, si sûr de lui avec ses tee-shirts bariolés et en réalité si sensible…

Purple boy.

Son purple boy.

Même si Harry n'en parlait pas, parce qu'il n'avait aucune raison de s'inquiéter et que franchement, ce n'était qu'un voyage d'affaires, Draco savait parfaitement qu'il s'inquiétait. Les raisons étaient multiples, la principale étant la piètre opinion que Harry avait de lui-même. Il avait beau s'aimer tel qu'il était, il se sentait terriblement inférieur par rapport aux autres hommes quand des personnes comme Draco étaient en jeu. Et parce que ce petit bout de garçon lui prenait la tête sans le vouloir avec ces doutes qu'il refusait d'aborder avec lui, le jeune homme voulait que ses amis gardent un œil sur lui. Chose que Blaise et Théodore comptaient déjà faire, parce qu'ils l'adoraient et ne voulaient pas le voir triste. Quant à Ron… D'une part, il n'était pas du tout discret, et d'autre part, il ne ressemblait à rien depuis plusieurs jours.

Il aurait pu demander ce service à Pansy, mais il savait que ce n'était pas une bonne idée. Elle était trop proche de Harry, trop intime avec lui pour se permettre de le surveiller et de faire un « rapport » à Draco à son retour, qui ne voulait pas connaître chaque détail de sa vie durant son absence mais être simplement certain qu'il allait bien. Oui, il le savait, il se faisait bien trop de souci pour lui. Mais c'était ça quand on sortait avec quelqu'un qui était bien plus qu'un petit copain.

Gelés, les deux hommes entrèrent précipitamment dans le hall de l'immeuble puis montèrent dans l'ascenseur. Logiquement, seuls Harry et Pansy devaient être rentrés : Ron était censé légumer jusqu'au lendemain chez sa petite amie et Blaise avait une « saloperie de conseil d'école », comme il disait si poétiquement, jusqu'à dix-neuf heures. Et effectivement, à peine entrèrent-ils qu'ils les entendirent jacasser devant la télévision, alors que manifestement Pansy avait autre chose à faire. Comme par exemple bosser ses cours de japonais…

« Quelle bande de branleurs…

- J'te jure…

- Heureusement que ton mec a pas fait d'études longues, il aurait jamais tenu.

- C'est ce que je me suis dit l'autre jour. »

Après avoir retiré leurs chaussures et avoir pendu leurs manteaux, les deux amis gagnèrent le salon. Et ils tirèrent une tronche à mourir de rire en voyant Pansy en train de vernir les orteils de Harry qui jouait tranquillement avec sa Nintendo DS©, avec en fond sonore le second Iron Man. Sans lever les yeux de leur occupation, à savoir déposer du vernis rose Barbie sur les ongles manucurés du brun ou jouer avec la console, ils saluèrent les deux hommes.

Et en voyant la scène, Théo craqua.

« Nan mais franchement, regardez-vous !

- Quoi, t'as un problème ?!

- Harry, je veux bien que tu sois excentrique et que t'en ai rien à foutre des autres… mais putain, quand même ! Du vernis rose sur tes pieds ! »

Draco lui jeta un regard de travers : lui, c'était le vernis tout court qui lui restait en travers de la gorge. Harry s'en mettait régulièrement sur les ongles des mains, mais ça, il y était habitué. Mais putain, le vernis sur les orteils… Heureusement qu'il partait ce soir, parce que lui qui adorait les jolis pieds, et notamment ceux de son petit ami, il était gâté…

« Bah quoi ?

- Mais un peu de virilité, que diable ! Pas rose, quoi ! »

Harry le regarda d'un air perplexe. Bon Dieu, ce que Draco pouvait détester ce regard quand c'était à lui qu'il le lançait…

« M'en fous, personne ne le voit.

- Et ton mec ?!

- Il part ce soir, ce sera parti quand il reviendra. »

Draco leva les yeux au ciel tandis que Théo quittait la pièce en poussant un soupir à fendre l'âme. Il s'avança vers Pansy, se baissa pour qu'elle l'embrasse sur la joue, puis il fit quelques pas vers Harry pour poser ses mains sur l'accoudoir et se pencher pour déposer un baiser sur sa bouche. Il ferma les yeux tandis que le brun caressait sa joue, répondant tendrement à son baiser. Une sorte de soulagement apaisa son cœur, et quand il se recula, le voir sourire allégea ce poids qu'il portait depuis quelques jours sur ses épaules.

« Ça va ?

- Très bien, Pansy me fait une manucure.

- Heureusement que je pars ce soir…

- C'est pas gentil, ça !

- Pour le mec qui partage ton lit, le vernis, c'est pas gentil non plus.

- Mais t'as pas de goût, Draco ! Ton copain est ouvert d'esprit, original et sexy ! Arrête de le critiquer sans arrêt ! »

En soit, Draco savait que Pansy voulait juste le taquiner. Mais Harry savait parfaitement pourquoi il avait du mal avec le vernis sur les pieds. Ce n'étaient pas ses pieds à elle qu'il avait léchés avant de s'attaquer à son entrejambe et le chevaucher sauvagement sur le lit, un soir où ils avaient eu l'appartement pour eux tous seuls… Et il était par ailleurs inconcevable qu'elle le sache.

« Pansy, franchement, tais-toi…

- Tu critiques mon copain et il est trop gentil pour répliquer !

- Crois-moi, il n'est pas si gentil que ça. Bon, je vais chercher mes affaires et je m'en vais. »

Draco se redressa et alla récupérer son sac de voyage. Quand il revint, Pansy avait disparu et Harry était seul dans le salon, tripotant son téléphone. Dans le couloir, le blond prit le temps de le regarder une petite minute. Il portait ce jour-là un sweat Batman plutôt simple et un jean bleu foncé près du corps. Le matin même, il l'avait vu enfiler des converses défoncées avec des smiley.

Harry n'était pas un garçon comme les autres. Quand ils étaient tous les deux, Harry était un homme, avec ses faiblesses, ses qualités, ses envies, sa virilité et sa sensualité. Mais quand il était avec les autres, c'était un garçon singulier au physique pas facile, entre sa petite taille et son visage qui peinait à vieillir. Depuis l'adolescence, il enchaînait les petits boulots en parallèle de ses études pour s'évader et s'acheter des vêtements quelque peu originaux. Des vêtements qui lui permirent de sortir du lot, de faire ce dont il avait envie, de vivre comme un rêve éveillé et d'oublier ses malheurs.

En les cachant, derrière des vêtements colorés, des sourires et une insouciance travaillée.

Draco ne voulait pas partir. Mais il n'avait pas le choix. C'était pour le travail, et surtout, il ne devait pas s'accrocher autant à lui. D'autant plus que Harry n'avait pas besoin de lui. Il n'avait jamais eu besoin de personne et ce n'était pas maintenant que ça allait être le cas. Mais quand il le voyait comme ça, sans savoir ce qui se tramait dans sa tête, Draco ne voulait plus le quitter. Il voulait le prendre dans ses bras, le serrer fort et lui dire que tout irait bien.

« Harry ? »

Le jeune homme leva la tête de son téléphone et lui fit un léger sourire. Personne, à l'appartement, ne savait qu'il avait été recontacté récemment par son oncle et sa tante, mis à part Ron. Il n'avait pas souhaité en parler, parce qu'il estimait que ça n'avait aucune importance. Il leur avait répondu des mois auparavant de façon très succincte, ne souhaitant pas renouer le moindre lien avec sa famille, mais le mois dernier, un nouveau message lui était parvenu et il avait apparemment eu du mal à y répondre.

C'était toujours compliqué quand votre seule et unique famille vous contacte pour vous demander de l'argent.

Compliqué de lutter contre les souvenirs et tous ces sentiments qui finissent par vous malmener le cœur, car même si vous avez accepté votre passé, le fait qu'il vous rattrape de cette manière-là reste douloureux.

Mais on doit aller de l'avant, comme disait Harry. On doit regarder devant soi et arrêter de se demander comme ça aurait pu se passer, si les choses avaient été différentes. Certains avaient de la chance et d'autres un peu moins. Lui, il faisait partie de la deuxième catégorie, mais il s'en était sorti et il n'était pas malheureux, loin de là. C'était tout ce qui comptait.

« Oui ?

- Je m'en vais. »

Le blond se ressaisit et s'avança vers lui. Les orteils écartés par un truc en mousse rose immonde, Harry se redressa sur ses jambes puis leva les bras pour enlacer son cou. Draco le serra fort contre lui avant de l'embrasser tendrement sur la bouche. Enfin, ils s'échangèrent un regard, se demandèrent mutuellement de prendre soin d'eux et finalement Draco s'en alla pour prendre son train.

OoO

Elle avait des couettes bien relevées de chaque côté de sa tête et qui tombaient en anglaises parfaites. Un petit jean sur les hanches et un pull clair sur le dos, la petite fille avait cet air d'enfant parfait que ses parents habillent avec tous les soins possibles. En la voyant entrer dans la boutique, Harry s'était même dit que c'était le genre de môme née avec une cuillère d'argent dans la bouche qui ne connaîtrait jamais le besoin ni l'échec.

Pourtant, quand ses parents la poussèrent à aller regarder les rayons pour enfants tandis qu'ils s'occupaient de son grand frère, Harry finit par se diriger vers elle pour lui demander s'il pouvait l'aider. Elle n'avait pas plus de huit ans et quand elle avait levé ses grands yeux bruns vers elle, il l'avait trouvée juste adorable. Elle l'avait regardée de haut en bas avec stupeur. En dépit du temps, le jeune homme avait opté ce matin pour un short en jean par-dessus un legging à motif de galaxie, ayant perdu un pari la veille avec une de ses collègues de travail. Avec ses Converse© d'un bleu délavé et son tee-shirt à manches longues Superman, autant dire qu'il détonnait dans la boutique.

Après un petit moment de surprise, la petite fille finit par lui dire ce qu'elle cherchait. Finalement, ils passèrent un bon moment ensemble et finirent même par s'asseoir par terre pour regarder les albums rangés dans les bacs. Des collègues passèrent le voir pour lui demander un renseignement, mais personne n'osa lui demander de se relever : d'une part parce que Harry avait fort à faire avec la demoiselle et d'autre part parce que cette dernière jetait un sale regard à tout adulte les dérangeant dans leur affaire. Finalement, il fallut que ses parents viennent la voir pour qu'elle se décide à se lever.

Depuis le rayon Fantastique, Harry regarda le petite fille quitter les lieux, non sans bénéficier d'un agréable échange de regard et d'un petit coucou qui promettaient une rencontre future. Même si ce n'était pas flagrant, Harry adorait les enfants. Il avait beau partager de nombreuses lectures avec les adultes, il préférait largement discuter avec les jeunes et les conseiller aussi bien en albums qu'en romans. Son look déjanté ne plaisait pas à tous mais attirait la sympathie et surtout marquait les esprits. Plus d'une fois, même si cela ne faisait pas si longtemps qu'il travaillait dans cette boutique, des clients lui avaient dit avoir reporté leur achat parce qu'il ne travaillait pas le jour où ils étaient venus. Ce genre de petit mot l'émouvait à chaque fois.

C'était peut-être ça qui plaisait à ses clients : Harry marchait à l'émotion. Il était content quand on venait le voir, il conseillait au mieux et plaisantait gentiment, sans aller trop loin. En somme, il savait se montrer agréable et affreusement hypocrite avec les enquiquineurs. Ce qui faisait beaucoup marrer ses collègues, qui appréciaient sa fraicheur et son professionnalisme, malgré son jeune âge.

« Harry ! Tu rêvasses ? »

Le jeune homme se tourna vers Hermione qui était en train de ranger des livres sur une étagère. Il regarda la pendule près de la caisse puis alla l'aider à ranger : il ne lui restait plus qu'une heure avant qu'elle ne s'en aille. Et lui, il lui resterait encore une heure avant qu'il ne rentre chez lui. Un peu triste, Harry l'aida à ranger les bouquins sur les rayons. Il aurait aimé qu'elle fasse son travail en silence, pour une fois, mais c'était trop lui demander. Et parce qu'elle était sa meilleure amie, il ne pouvait guère l'ignorer ou abréger la conversation comme il savait pourtant si bien le faire.

« Je suis fatiguée en ce moment… Je sais pas pourquoi, j'ai du mal à me lever le matin.

- Peut-être parce que la date buttoir de ton mémoire arrive à grands pas ?

- Il y a un peu de ça. Mais bon, quand même, je ne comprends pas pourquoi je suis si fatiguée en ce moment… »

Il fallait dire que Hermione était le genre de personne qui n'avait pas besoin de beaucoup de sommeil pour se tenir éveillée, ce qui allait parfaitement avec sa passion des études et des bouquins. Elle comptait passer un master dans les métiers de l'édition et faisait un stage dans la boutique depuis deux semaines. Harry adorait travailler avec elle, même si cette dernière était parfois embarrassée par son ami, qui ne différenciait guère sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Cependant, quand elle faisait une bourde, parce que oui ça arrivait, elle était bien contente de le trouver.

« Ron ne ressemble à rien non plus. Il est en train de se remettre, mais franchement, tu verrais sa tête…

- Mais je croyais qu'il dormait chez sa copine, hier ?

- Il a pensé que ça irait, et puis finalement il est rentré.

- Ça marche pas fort avec Padma, hein…

- Non. Elle est gentille, mais ça passe moyen. »

Hermione haussa les épaules. Quand ils étaient adolescents, elle avait vécu une amourette avec Ron qui s'était finalement soldée par une rupture, pour la bonne et simple raison qu'ils étaient trop amis pour s'aimer d'une autre manière. Ron avait trouvé en elle une espère de mère de substitution et la jeune fille avait cru percevoir derrière leur complicité quelque chose de plus profond. Depuis, ils s'entendaient merveilleusement bien, mais ils se connaissaient tellement que leurs échecs amoureux respectifs leur faisait toujours un peu mal. Hermione connaissait ses goûts et savait ce qu'il recherchait, tandis que ce dernier maudissait chaque homme qui la rendait malheureuse.

Au milieu des deux, Harry gérait au mieux la situation. Ron était comme son frère et il vivait avec lui depuis près de trois ans. Il se devait donc de s'occuper de ses affaires de cœur et d'essayer de lui faire comprendre que Lavande, cette blondinette un peu ronde, avait beau lui casser les pieds la plupart du temps à son boulot, c'était d'elle qu'il avait envie dans sa vie. Et de l'autre côté, il devait essayer de supporter les confessions de sa meilleure amie qui avait le chic pour tomber sur des crétins et s'y accrocher. Comme si elle ne méritait pas mieux.

C'était ce que Ron lui disait souvent : comme si tu ne méritais pas mieux.

« Je vois. Et Draco, il revient quand ? Samedi ?

- Ouais.

- Il te manque ?

- Ouais.

- Ça ne fait qu'un jour.

- J'ai dormi trois nuits avec lui, comme Ron était malade.

- Je comprends. Au début, c'est toujours…

- C'est pas à cause du début. Il me manque, c'est tout. »

Ses mots mirent fin à la discussion. Harry ne voulait pas en parler. Il refusait d'admettre que son départ le touchait autant et il préférait ne pas penser à son absence au travail, sinon il serait vraiment triste en rentrant à la maison. Et comme Pansy n'était pas franchement de bonne humeur ces derniers temps, il n'avait pas envie de saboter tout seul ses journées. Du coup, il préféra changer de sujet en abordant les études de son amie, un sujet intarissable qui les occupa quasiment jusqu'à son départ.

OoO

Comme tous les soirs, Harry préparait le dîner dans la cuisine, tout seul. Parfois, Pansy allait lui tenir compagnie, mais elle avait compris depuis longtemps qu'il aimait bien être seul quand il composait leur repas du soir. Il ne l'avouait pas clairement et il ne l'avait par ailleurs jamais jeté hors de la pièce, mais de part son passé, Harry avait acquis des habitudes un peu étranges auxquelles ils s'étaient tous habitués. Cuisiner dans le silence en faisait partie.

Un quart d'heure auparavant, alors qu'elle bossait son japonais, Harry était rentré. Elle l'avait longuement regardé, analysant chacun des vêtements qu'il portait, et après l'avoir salué avec un câlin et des baisers sur les joues, Pansy s'était réinstallée dans le canapé pour le laisser préparer le dîner.

Harry, c'était un rayon de soleil. Elle se faisait souvent la réflexion en le voyant rentrer, avec ses vêtements colorés, décalés et parfois féminins. En vérité, Pansy adorait le regarder. Elle aurait pu passer des heures à le faire. Non pas parce qu'il était beau, car en soit, Harry était un garçon mignon mais plutôt banal, une fois qu'il était débarrassé de ses artifices.

Non… C'était plutôt parce qu'il était… libre.

Harry était libre.

Violet.

C'était comme ça que Harry se qualifiait la plupart du temps, quand on lui faisait remarquer qu'il s'habillait n'importe comment, que le vernis sur ses ongles ne lui allait pas, que ses boucles d'oreilles étaient parfois trop longues et que ses manières ne laissaient aucun doute à son orientation sexuelle.

Il était un homme violet. Il n'était pas de ceux qui aiment le bleu parce que c'est la couleur des garçons, qui joue aux petites voitures, qui courent après un ballon à la récréation, qui regarde des films d'action parce que c'est viril et qui parle comme un charretier parce qu'il est un mec, un vrai, un dur. Il n'était pas non plus de ces types qui se cache pour enfiler les fringues de leur mère, qui piquent les Barbie de leur petite sœur, qui parlent avec cet accent gay insupportable et qui baisse les yeux parce qu'il n'est qu'un être dégueulasse qui ne mérite même pas le qualificatif d'homme sur sa carte d'identité.

Harry ne s'inscrivait dans aucun genre, dans ces groupes d'être humains qui se définissent par du bleu ou du rose, comme si deux couleurs pouvaient résumer l'identité d'une personne. Il n'était ni un homme, ni une femme, car un homme n'aime pas les fleurs ni les sacs à main, ni une femme, car il n'en possédait ni les attributs ni leur charme. Harry ne voulait pas être une gonzesse, tout comme il ne voulait pas être un homme viril. Ce n'était pas qu'il voulait être différent des autres…

Il voulait juste être lui-même.

Porter ce qu'il voulait. Aimer ceux qu'il souhaitait. Porter du rose s'il en avait envie, se percer les oreilles pour se sentir plus joli, sourire parce que ça lui faisait du bien, rire parce que les autres en avaient besoin…

Juste être lui-même et être heureux. Qu'importe ce que les autres pouvaient bien penser de lui, qu'ils le critiquent sans cesse, qu'ils le traitent de niais, de gonzesse, de pédé, de gamin ou d'efféminé. À ces crétins qui se permettaient de le juger, d'essayer de le mettre dans une case où il n'avait pas sa place, parce qu'il n'était ni bleu ni rose, parce que dans la vie, rien n'était tout noir ou tout blanc… À ceux-là, Harry répondait qu'il était un homme violet.

Juste un homme violet. Ni bleu, ni rose. Ni homme, ni femme, dans l'image qu'on se faisait aujourd'hui de ces deux êtres que tout semblait opposer. Juste un homme entre les deux qui s'aimait comme ça, qui ne demandait rien à personne et qui continuerait son bout de chemin comme ça, parce qu'il était heureux de cette manière.

Pansy avait eu du mal à comprendre sa conception des choses, mais finalement, elle avait fini par percevoir son grand optimisme et son besoin presque viscéral d'être lui-même. D'exister. Pas à grande échelle, Harry ne voulait pas être connu et ne faisait rien dans ce sens, mais il voulait exister aux yeux des gens, marquer les esprits et les faire sourire, parce qu'il avait l'air d'un gamin, d'un con, d'un rêveur, d'un hippie.

D'un homme bizarre.

D'un homme violet.

« Le dîner est bientôt prêt ! »

Pansy enviait sa joie de vivre, sa liberté et son manque total de crainte face à l'avenir, au regard que les autres portaient sur lui. Harry se fichait bien des moqueries, il avait trop souffert dans son enfance d'orphelin maltraité et puis mal-aimé pour s'embarrasser d'idées sombres. La jeune femme aurait aimé être comme lui, être une femme violette.

Une femme qui a le droit de se couper les cheveux, de mettre des pompes de camionneur et de parler comme une charretière, et puis de fondre devant une comédie romantique et gagatiser devant sa copine toute mignonne qui était venue la chercher à son travail. Une femme qui peut se sortir des sentiers battus, qui n'a pas à se glisser dans des moules préconçus pour être normale.

Pour Harry, la normalité n'existait pas. Il n'y avait pas de norme à atteindre pour être heureux. Il n'y avait que celle qu'on avait au fond de soit et qu'il fallait assumer, car chaque personne est unique et a le droit d'aimer et de faire ce qui lui chante.

Mais dans la vraie vie, ce n'était pas vraiment comme ça que ça marchait. Harry avait cette espèce d'aura qui le protégeait de tout, mais Pansy ne pouvait se vanter d'avoir la même. Elle aurait bien souhaité, pourtant, et vivre des histoires d'amour plus simples et plus belles, plus « conte de fée ». Depuis deux mois, Harry était comme une princesse de conte ayant trouvé son prince charmant. Draco fronçait toujours le nez en entendant cette expression, mais ça faisait marrer Harry.

Pansy aurait voulu trouver sa princesse. Mais ce n'était pas aussi simple que ça en avait l'air. Elle n'était pas comme Harry. Elle ne savait pas faire la part des choses, regarder la personne qu'elle aimait vivre loin d'elle et se faire une raison, se dire qu'elle n'était pas pour elle et qu'elle finirait bien un jour par trouver chaussure à son pied. Elle, elle était une femme comme les autres, qui se plaint de son amour impossible, qui fantasme dans son lit et qui n'ose en parler à personne, parce que c'est ridicule, parce que c'est voué à l'échec, parce que putain elle est tombée amoureuse d'une saloperie d'hétéro qui ne l'aimerait jamais.

La vie n'était pas toujours joyeuse. Ce n'était pas non plus un jeu. Et Pansy aurait aimé voir toutes ces couleurs que Harry percevait dans son quotidien…

« Pansy, tu viens mettre la table ?

- Oui, Poussin ! On est que quatre ce soir, c'est ça ?

- Nan, cinq, Ron dort à la maison ce soir.

- Ah bon ? Je croyais qu'il allait mieux ?

- Il va mieux, mais je crois qu'il s'est disputé avec sa copine.

- Encore ?! »

Ce garçon était définitivement un cas désespéré, pensa-t-elle. Il sortait depuis un bon mois avec cette Padma, que Pansy n'aimait pas du tout d'ailleurs, et ça n'avait pas l'air de se passer si bien que ça. Elle ne savait pas vraiment pourquoi, après tout Ron était plutôt de bonne composition, mais visiblement la jalousie de sa copine avait du mal à séduire le jeune homme qui préférait fuir plutôt que de lutter pour fonder quelque chose de solide avec elle.

À une époque, Pansy pensait que le rouquin ne s'était jamais remis de sa rupture avec Hermione quand ils étaient adolescents. Mais un soir, Harry lui avait expliqué que ces deux-là n'étaient pas faits pour être ensemble car ils ne s'aimaient pas comme des amoureux mais comme un frère et une sœur. De plus, ils ne correspondaient pas vraiment à leurs idéaux respectifs, alors plutôt que de saboter leur amitié, ils avaient préféré en prendre soin et tout arrêter avant qu'il ne soit trop tard.

Pansy n'aurait sans doute jamais eu le courage de faire une telle chose. Elle devait cependant admettre que ces deux-là s'entendaient très bien et s'aimaient toujours autant, prenant soin l'un de l'autre sans la moindre ambiguïté. Leur rupture n'avait pas été un échec et Harry, coincé entre eux, n'avait pas été obligé de choisir entre ces deux personnes qui faisaient partie de sa petite famille à lui.

« Ouais. Il sait pas encore s'il va rester avec elle ou s'il va la quitter.

- Ah bon, il pense déjà à ça ?

- Bah apparemment il s'est engueulé avec Lavande il y a quelques jours et il a un peu dérapé. Enfin elle a compris qu'il avait des vues sur elle mais elle ne voulait pas de lui. Il s'est senti comme un con, mais quand il a bossé avec elle avant-hier, bah…

- Elle lui a fait des avances ?

- Plus ou moins. Disons qu'à la pause déjeuner, elle a sous-entendu qu'elle aimait bien les roux et elle était toute rouge. Du coup, il se pose des questions.

- Ils en ont parlé, depuis ?

- Non. Il est trop malade pour avoir une conversation sensée avec quelqu'un. Et pour draguer, aussi. »

Pansy ricana tout en attrapant la vaisselle et les couverts. Elle s'empressa de mettre la table pour ensuite le rejoindre dans la cuisine et approfondir la question. Mais comme pour tout ce qui concernait son meilleur ami, Harry se montra plutôt fermé, gardant ses secrets pour lui. Et parce que Pansy était du genre acharné, le jeune homme finit par la diriger lentement mais sûrement vers une pente un peu plus glissante en abordant sa propre vie amoureuse.

Ce n'était pas vraiment le bon moment pour en parler, même si personne n'était encore rentré. Mais elle l'avait bien cherché et cela faisait déjà une semaine qu'elle laissait traîner les choses, évitant le sujet quand Harry la guidait dessus. Et parce qu'il était juste trop gentil, il lâchait souvent l'affaire en se disant qu'ils finiraient par en reparler. Sauf que Pansy fuyait depuis trop longtemps et que ça commençait à sérieusement lui peser. Elle faisait partie de ces personnes qui ont besoin de parler pour se sentir mieux mais qui ne font pas assez confiance aux autres pour se confier.

« Ashley ? Ah bon ?

- Ouais. Elle est plutôt mignonne, et elle est un peu garce sur les bords, j'adore ! Donc pourquoi pas, après tout. Et puis, un rendez-vous au ciné n'engage à rien ! Et tu sais que…

- Pansy, ma belle, je vais te dire un truc. Tu peux baratiner avec les trois mecs qui te servent d'amis autant que tu veux. Mais avec moi, ça marche pas. T'envoyer en l'air avec cette fille ne résoudra pas tes problèmes. »

Appuyée contre le plan de travail, Pansy leva les yeux au ciel en soupirant. Harry le connaissait bien et tellement mieux que ses amis. Ces derniers avaient beau se soucier d'elle, ils ne s'intéressaient pas vraiment à sa vie sentimentale. Et jamais Pansy ne s'aventurerait à leur parler de ses angoisses, de ses doutes et de ce mal-être qui la poursuivait depuis des semaines. Seul Harry avait deviné ce qu'elle savait si bien cacher, parce qu'il n'était pas du genre à se laisser berner par ses sourires et son évidente bonne humeur. De plus, ils étaient trop proches, trop semblables sur certains points pour qu'il ne comprenne pas ce qui se passait dans sa tête.

Il y eut un long silence. À côté d'elle, Harry terminait de préparer son gratin dauphinois, attendant en silence que Pansy veuille bien s'ouvrir. Puis, parce que cette tension devenait insoutenable, la jeune femme finit par céder. Se triturant les ongles, elle finit par lui poser une question d'une affreuse banalité, mais qui ouvrait sur toutes les autres qui tournoyaient dans sa tête :

« Comment va Hermione ? »

Ses mots flottèrent entre eux quelques secondes. Puis, Harry se redressa, et tout en allant au frigidaire, il lui répondit.

« Oui, elle va bien. »

Quelque chose se serra en elle. Hermione allait bien. Ça voulait tout dire.

« D'accord.

- C'est tout ce que tu as à dire ?

- Que veux-tu que je dise d'autre ?

- Je ne sais pas. Que ça te fait chier.

- Pourquoi je devrais dire ça ?

- Parce qu'à ta place, ça me ferait chier. »

En réalité, elle était juste triste. Pas énervée, parce qu'elle n'avait pas le droit d'imaginer autre chose, mais triste.

C'était ça de tomber sous le charme d'une hétéro. D'une fille qui aimait les garçons, qui aimait faire l'amour avec des hommes. C'était ça de tomber sous le charme d'une fille qui ne vous ressemble pas. Qui n'aime pas trop les couleurs, qui bosse comme une tarée et qui peut se fondre aisément dans ce moule de la société où Pansy ne parvenait pas à se couler.

Ça finissait toujours par arriver, même si on luttait contre ces sentiments qui vous poussaient vers ces personnes diamétralement différentes de vous. Pansy n'aurait jamais pensé être attirée par cette fille autoritaire, travailleuse et maternelle à la fois, parce qu'elles parvenaient difficilement à s'entendre et parce que, putain, Harry la regardait avec tellement d'amour que ç'avait de quoi rendre jaloux. Et Pansy l'adorait, son Harry. Son poussin à elle. Ce petit bout d'homme qui savait si bien lire en elle, éloigner ses nuages sombres et la faire sourire.

Mais c'était comme ça. Pansy était tombée amoureuse, comme d'autres avant elle, et la personne qui occupait ses pensées n'était pas faite pour elle. Parce qu'elle aimait les pénis et la normalité. Mais Pansy n'avait rien entre les jambes et elle entrait dans une case qui faisait d'elle une intruse. Quelqu'un de différent. Peut-être pas anormale, car elle savait se fondre dans le décor, mais pas comme les autres.

Parce qu'elle aimait les filles.

Parce qu'elle avait les cheveux noirs et courts, des bottes de camionneur et des décolletés plongeants, parce qu'elle avait ce côté garçon manqué qui pouvait semer le doute chez les esprits mal placés et cette féminité exacerbée, presque caricaturale.

Parce qu'elle sortait du lot.

« Non. C'est normal, elle n'est pas comme moi.

- Pas besoin d'être homosexuel pour sortir avec quelqu'un du même sexe que soi.

- Si, Harry. Bien sûr que si.

- Chacun son avis.

- Ça ne sert à rien d'en parler, Poussin. Ca ne changera rien. »

Hermione n'était pas faite pour elle, ou plutôt, Pansy n'était pas faite pour la rendre heureuse. La brune le savait déjà et pourtant elle avait tout fait pour attirer la jeune femme dans ses filets. En vain. Hermione avait déjà quelqu'un, et malgré leurs rapprochements qui auraient pu déboucher sur quelque chose, elle s'était toujours rétractée, imposant une nouvelle distance entre elles à chaque fois que ça aurait pu déraper. Au point que Pansy avait fini par se demander si ces rapprochements avaient vraiment eu lieu.

À un moment donné, elle en avait conclu que non. Et puis, l'espoir était revenu, avant de lamentablement s'effondrer une fois encore quelques jours auparavant, alors qu'elles déjeunaient ensemble. Tandis qu'elle la draguait gentiment, profitant du fait qu'il y ait de l'eau dans le gaz avec Cormac, Hermione lui avait annoncé qu'ils comptaient travailler sur eux-mêmes afin de sauver leur couple. Alors, malgré toute sa bonne volonté, Pansy craqua et monta sur ses grands chevaux, lui affirmant qu'elle méritait mieux que ça et que ce type n'était qu'un con. Elles s'étaient quitté en mauvais termes et s'étaient réconciliées le lendemain par texto. Pansy espérait pourtant que Hermione serait affectée par ce qu'elles s'étaient dites ce jour-là.

Et non.

Tout allait bien. Sauf pour Pansy, qui pensait à elle nuit et jour, maudissant Cormac et, parfois, la nature qui l'avait dotée d'un vagin et d'une paire de seins. Mais ça, c'était quand elle se sentait seule au fond de son lit et qu'elle se demandait pourquoi elle ne parvenait pas à vivre une vraie relation amoureuse comme elle en rêvait.

Mais ça arrivait.

Parce qu'on avait tous droit à nos moments de faiblesses.

« Je trouve ça dommage.

- De quoi ?

- Qu'elle refuse de te trouver attirante.

- Elle n'est pas lesbienne, Harry. Tu as encore plus de mal que moi à te faire à cette idée… »

Harry ne répondit pas. Perdu dans ses pensées, il regardait l'évier où traînait un peu de vaisselle. Pansy aurait payé cher pour connaître ses pensées. Mais jamais Harry ne se permettrait de trahir les secrets de sa meilleure amie, de lui avouer que le problème n'était pas là. Qu'il y avait autre chose, encore, quelque chose qui le dépassait mais qui empêchait que les choses avancent.

Mais Pansy n'était pas dans sa tête. Alors, quand il changea de sujet et lui parla de Paul, son collègue de travail un peu désagréable qui tentait de cacher derrière ses critiques son attirance pour lui, la jeune femme s'engouffra dans la brèche et décida d'oublier ses soucis l'espace d'une soirée. Cela ne ferait que reporter le problème, mais tant pis. C'était mieux comme ça.

OoO

Las, Théodore attrapa le fer à repasser et s'attaqua à la quatrième chemise du tas de linge. Dans la coloc', toutes les tâches étaient réparties afin que chacun ne fasse pas toujours la même chose. Il en allait de même avec la corvée de repassage. Cependant, pour tout ce qui était des chemises, tout le monde avait été clair sur le fait que seuls ceux qui en portaient devaient les repasser. Du coup, le professeur s'était bourré la corvée de lessive et de chemise toute la semaine… De quoi rendre dingue…

Surtout quand la seule source d'occupation était la télévision. Dans le fauteuil, Pansy travaillait son japonais en écoutant distraitement la télévision tandis que Harry, calé dans un coin du canapé, tapotait sur son ordinateur tout en regardant Le château dans le ciel. Blaise avait envahi le reste du sofa avec ses cahiers qu'il corrigeait, armé de son stylo rouge et d'une patience toute relative. Il venait de terminer la correction d'une série de contrôles où certains élèves l'avaient mis en pétard, après avoir écrit que le contraire de « loin » était « illoin », que celui de « pauvre » était « impauvre ». Enfin, Ron était assis par terre, tout près de Harry, son ordinateur portable sur les genoux et les yeux rivés sur l'écran.

Et lui, il était là, sur le côté, à repasser ces putains de chemises. À se demander pourquoi il en portait tous les jours… Bon, il se sentait plus professionnel, plus élégant avec ces tenues, d'autant plus que ça le rendait moins accessible et imposait une certaine distance par rapport à ses élèves. Et on ne pouvait pas dire que vivre avec des hommes qui portaient des chemises était un avantage : certes, les tâches étaient réparties mais ça faisait encore plus de vêtements à repasser…

Tandis que le fer glissait sur le tissu fin et blanc, Théo leva les yeux et son regard se posa sur la touffe de cheveux noirs de Harry. Draco rentrait le lendemain de son voyage d'affaires, et autant le dire, ça ferait du bien à tout le monde. Le blond n'était pas le bout en train de la colocation mais depuis son départ, Harry s'était fait des plus discrets. Et ça commençait à bien faire.

Enfin, en réalité, Harry était excentrique mais pas particulièrement exubérant. Il vivait sa vie comme il l'entendait sans emmerder les autres. Mais dernièrement, avec Blaise, Théo avait senti que quelque chose avait changé, qu'il avait des soucis personnels dont il refusait de parler.

Ils savaient tous deux qu'il était orphelin, il le leur avait avoué suite à de grosses tensions, au début de leur colocation. Ce jour-là, excédé par son attitude, Blaise lui avait craché au visage que ses parents ne lui avaient décidément pas appris à s'habiller correctement. Harry n'était pas rancunier et lui avait rapidement pardonné ses paroles, mais Blaise avait mis des semaines à échapper à cette culpabilité qui le poursuivait à chaque instant. Théo, lui, avait également fait profil bas.

Comment faire autrement, quand vous apprenez que la personne avait laquelle vous vivez depuis deux mois a été maltraité pendant des années, dormant chaque nuit dans un placard à balai rempli d'araignées ? Comment le regarder en face, quand vous comprenez que ce gamin coloré et plein de sourire a été trimballé de foyer en foyer avant de finalement atteindre sa majorité et pouvoir profiter du conséquent héritage de ses parents, qu'il peine à toucher parce que, putain, cet argent, il aurait tant préféré ne pas l'avoir et pouvoir profiter de son père et de sa mère… ?

Comment accepter l'idée que ce jeune homme trop gentil et plein de rêves avait été considéré des années durant comme un parasite, pour son oncle et sa tante, puis pour la société ?

Harry était un jeune homme plein d'amour qui ne demandait qu'à en donner et qui posait sur le monde un regard optimiste, car sinon, il sombrerait dans des travers qu'il ne voulait plus affronter. Et dans ce vaste appartement, il avait su trouver sa place, dans la vie de chacun. Même dans celle de Théodore qui ne se laissait pourtant pas facilement approcher. Mais quand il avait eu des problèmes, Harry avait été cette oreille attentive et cet œil neuf dont il avait eu besoin, il avait été cette boîte où il pouvait déposer ses secrets sans craindre qu'ils n'en sortent. Et il avait été ce sourire dispersant les nuages d'au-dessus de sa tête.

Ainsi, le voir dans cet état ne lui plaisait pas. Harry parlait rarement de ses soucis, et quand il le faisait, c'était toujours en termes très francs, très crus, qui résumaient sa pensée et qui freinaient les autres dans leur envie de poursuivre l'interrogatoire. Mais dernièrement, Harry faisait comme si de rien n'était, affirmant que tout allait bien. Ron leur avait quand même glissé, l'air de rien, que c'était en lien avec son oncle et sa tante et qu'il gérait, même si on aurait dit qu'il n'en avait rien à péter. Avant que Draco ne parte, Théo lui avait quand même dit que Ron ne semblait pas vraiment se préoccuper de son meilleur ami et le blond avait grimacé : en réalité, même si le rouquin n'était pas constamment sur son dos, il parlait énormément avec Harry et il avait l'art et la manière de l'amener vers lui, même quand son ami n'était pas du tout d'humeur à se confier.

Sur le coup, Théo avait été soulagé de savoir que Harry avait quelqu'un à qui se confier, étant donné que Ron était très différent de lui dans son comportement et son caractère. Cependant, à ses yeux, Harry faisait partie de ces gens qui n'avaient plus le droit d'être malheureux. Du coup, Blaise et lui se sentaient préoccupés depuis le départ de Draco. Mais la veille, alors qu'ils regardaient la télévision avec Ron, ce dernier leur avait dit que c'était une mauvaise passe mais que ça irait mieux. Et ce soir, effectivement, leur cuisinier semblait avoir repris du poil de la bête.

Et c'était tant mieux, car sans lui, cette colocation ne serait pas aussi agréable à vivre. Même si, franchement, Théo en avait vraiment marre de repasser les chemises de tout le monde toutes les deux semaines…

OoO

Son téléphone vibra sur la table basse. Distraitement, Harry l'attrapa et eut un grand sourire en voyant le nom de son petit ami clignoter sur l'écran. Il se leva puis se réfugia dans sa chambre un peu en bordel. Il décrocha juste avant d'entrer dans la pièce et d'en fermer la porte.

« Bonsoir Draco !

- Bonsoir, Purple boy. »

Entendre sa voix lui mit du baume au cœur. Draco faisait l'effort de l'appeler tous les soirs alors que Harry lui avait affirmé pouvoir se passer de ses coups de fils et se contenter de quelques SMS. Qu'il pense à lui tous les jours lui faisait malgré tout beaucoup de bien.

« Comment tu vas ? Pas trop fatigué ?

- Je veux rentrer à la maison.

- Oh, tout de suite…

- Si si, j'en ai marre. Attends, tu te rends compte que… »

Tout en s'installant confortablement dans son lit, Harry l'écouta se plaindre de son séjour certes fort agréable mais qui laissait parfois place à des moments d'ennui. Le blond faisait partie de ces gens qui avaient constamment besoin de se plaindre et de parler pour se sentir mieux. Il lui faisait penser à ces mômes qui parlent sans arrêt pour remplir l'espace autour d'eux par peur du silence. Blaise lui avait un jour parlé de sa mère qui disait souvent que Draco le soulait quand il était enfant et que ça ne s'était pas arrangé quand il avait grandi. Ça le vexait toujours, d'ailleurs.

« Et à la maison, tout va bien ?

- Ouais, nickel. Ron va quitter Padma et Pansy est un peu triste.

- Pour Ron, c'était prévisible, et il lui arrive quoi à Pansy ? Je croyais que cette nana, là, Ashley, elle était…

- Pas faite pour elle.

- Ça c'est toi qui le dis.

- Elle mérite mieux que ça.

- Encore une fois, c'est toi qui le dis.

- Je croyais que tu étais son ami…

- Je le suis. Et je la connais suffisamment pour savoir que c'est une grande fille et que si elle veut se la taper, rien ne l'empêchera de le faire. C'est toi qui es trop romantique, Purple boy. »

Harry se mordilla la lèvre. Puis, il se laissa tomber sur le côté, sa tête chutant sur ses oreillers. Draco avait raison, même si lui essayait de se convaincre que, oui, Pansy méritait bien mieux qu'un coup d'un soir plus ou moins bien fichu avec une gonzesse qui ne lui apporterait rien de constructif. Mais dans les faits, son petit ami était bien mieux placé pour connaître les penchants de Pansy et son besoin de contact, d'amour, de sexe. Choses dont Harry avait très bien su se passer avant que Draco n'entre dans sa vie.

« Je sais. Mais j'aime voir les gens heureux.

- Ça, je le sais. Tu viens toujours me chercher ?

- Oui, bien sûr. À moins que tu ne veuilles plus de moi ?

- Crétin.

- Je te ferai des lasagnes.

- T'es un amour. »

Un sourire fleurit sur ses lèvres tandis que, au téléphone, Draco lui promettait une agréable soirée en sa compagnie et une jolie balade le dimanche, histoire de se retrouver après ces quelques jours de séparation. La tête à demi enfoncée dans son oreiller et les bras serrés autour de son torse, Harry l'écouta en fermant les yeux. Il se sentait mieux, soulagé. Il ne voulait pas s'accaparer Draco dès son retour et le fait que son copain lui propose de passer du temps ensemble lui faisait plaisir.

Et ça le rassurait, aussi. Il se sentait moins ridicule. Moins adolescent.

Moins collant.

« Bon, je vais te laisser, on va aller boire un verre.

- D'accord. Fais pas de bêtises !

- Attends, je suis au bout du monde et sans petit ami bariolé dans les pattes, j'ai le droit de profiter, non ?

- Le petit ami bariolé attend sagement ton retour et il apprécierait que tu évites de traîner n'importe où !

- Qu'est-ce que tu peux être étroit d'esprit, c'est dingue…

- Ah, donc tu me donnes l'autorisation d'aller…

- Même pas en rêve ! Laisse-toi approcher par je ne sais qui et ça va barder ! »

Harry eut un léger rire, s'amusant clairement de la situation. Il poussa le vice à lui parler un peu de Paul qui l'avait invité à aller boire un verre après le travail, la veille, ce qui sembla agacer prodigieusement Draco.

« Allez, je te laisse. Profite bien et à demain !

- À demain, Purple boy. Je t'embrasse fort.

- Moi aussi, Draco.

- Dis-le-moi.

- De quoi ?

- Que tu m'embrasses.

- Ah… Je t'embrasse.

- À demain, beau gosse. »

Les joues écarlates, Harry mit fin à la conversation téléphonique. Il se sentait toute chose dans ses draps, plongé dans le silence de la pièce. Mécaniquement, il se pencha par-dessus son lit et farfouilla dans sa table de chevet où il avait caché un petit cadre avec la photo de Draco. Alors qu'ils n'étaient encore qu'amis, ils avaient pris ensemble quelques clichés dans un photomaton et Harry avait précieusement conservé le tout premier. C'était devenu comme une relique qu'il avait cessé de regarder quand leur relation avait pris ce tout autre tournant.

En fait, Draco, c'était juste un fantasme. C'était le beau mec de la colocation, un anglais qui avait passé son temps à voyager entre la France et son pays d'origine, un type sympa, taquin, déconneur, grande gueule, plein d'humour et de charme. C'était le genre d'homme dont il aurait partagé la vie, parce qu'il était canon, classe…

C'était juste le plus bel homme que Harry avait vu de sa vie. C'était son idéal, avec ses défauts et ses qualités qui le rendaient toujours plus séduisants. C'était l'inaccessible, car un mec comme lui ne pouvait pas s'intéresser à quelqu'un d'aussi con et mal fichu que Harry.

Ainsi, ils avaient été amis pendant près d'un an et demi, entre complicité, engueulades, attirance, distance et fantasme. Même si Harry savait qu'il n'y aurait jamais rien entre eux, il s'était souvent imaginé dans ses bras, contre son corps, lové dans son étreinte chaude et puissante. Draco avait rarement été célibataire durant cette période et son dernier copain était des plus sérieux. Souvent, Pansy reprochait à Harry de trop rêver, mais ce dernier estimait que ça ne faisait de mal à personne. Tant que Draco ne savait rien, il ne pouvait pas le détester ou être embarrassé.

Et puis, ce n'était que du rêve. Du fantasme. Draco était l'homme le plus parfait qu'il ait connu et rêver sa vie à ses côtés n'était que de douces parenthèses n'affectant en rien leur vie quotidienne. Harry savait faire la part des choses. Il avait toujours su le faire et c'était ce qui l'avait maintenu en vie. Il connaissait la frontière entre fantasme et réalité, entre ce qu'il voulait et ce qu'il avait. Pansy, ça la dépassait. Elle ne comprenait pas. Et elle ne pouvait pas comprendre.

Elle ne pouvait pas comprendre que vivre à côté de Draco était agréable, que ce n'était pas une souffrance et que l'idée qu'il ne serait jamais assez bien pour lui n'était pas un problème.

Harry ne demandait rien à personne. Il ne faisait de mal à personne. Rêver d'un amour impossible était juste une belle histoire qui finirait par s'essouffler, comme beaucoup d'autres choses.

« Harry ? T'es toujours au téléphone ?

- Nan, pourquoi ?

- Pour rien ! On lance le film dans dix, quinze minutes, le temps que Pansy se douche !

- Okay ! »

Sortir avec un gars rencontré lors d'une soirée geek aurait pu changer les choses. Harry était dubitatif mais s'était malgré tout lancé dans cette histoire, parce qu'en ne testant pas, on ne peut pas avancer. On reste un adolescent qui idéalise l'amour et qui ne sait toujours pas à quoi ressemble une vraie relation amoureuse, une bonne baise bien comme il faut.

Sauf qu'après ces deux mois, il ne savait toujours pas à quoi ça ressemblait, une baise. Il aurait pu, mais il avait préféré l'ignorer. C'était mieux comme ça. Ce type n'était pas fait pour lui et il n'avait pas la même vision de l'amour que lui. Donc autant tout arrêter avant de se laisser tenter, pour faire comme tout le monde, et se sentir dégoûté parce que même si ça fait un mal de chien, on rêve d'autre chose pour sa première fois.

Sa rupture l'avait rapproché de Draco, qui avait su être là pour lui remonter le moral et lui faire comprendre qu'il avait eu raison de laisser tomber. Il méritait mieux que ça, comme il disait. Et puis, lui aussi vivait une crise de couple, il savait que ce n'était pas toujours facile de gérer la fin d'une relation et d'y mettre un terme, chose qui risquait de lui arriver s'il ne se ressaisissait pas.

Et puis… quelque chose avait changé.

Il y avait eu du flirt. Tout simple. Juste de la taquinerie qui aurait pu passer pour autre chose si on avait des idées derrière la tête. Harry n'en avait pas eu, car ça lui paraissait inconcevable que Draco puisse s'intéresser à lui, vu ses ex et ses goûts en matière d'homme. Et puis, il avait fallu se rendre à l'évidence.

Il avait fallu considérer ses gestes, ses mots, ses regards pour ce qu'ils étaient. Il avait fallu se faire à l'idée que, finalement, il était un homme séduisant.

Enfin, ça, c'était impossible. Harry n'était pas séduisant. Il l'était devenu après une putain d'engueulade à faire vibrer les murs de l'appartement qui avait abouti, quelques jours plus tard, à des excuses bancales, et enfin à une remontée d'un quai à gare du nord, juste avant Noël, l'un à côté de l'autre. Et ce jour-là, tandis qu'ils essayaient de se dire au revoir, Harry avait soudain pris son visage entre ses mains pour l'embrasser.

Sur les lèvres.

Comme ça.

Comme dans un rêve.

Parce qu'il en avait eu envie.

« C'est bon, je suis douchée ! Je mets mon pyjama et j'arrive ! »

Parce qu'il aurait tant aimé être plus beau qu'il ne l'était, plus classe et davantage dans la norme, pour créer l'envie chez cet homme si lumineux et plein d'assurance.

Et plutôt que de le repousser, il avait soudain senti son bras sur ses hanches et sa main dans ses cheveux, tandis que ses lèvres appuyaient sur les siennes, lui offrant un baiser comme il en avait rêvé des nuits entières.

Un vrai baiser.

Un baiser comme dans les films.

Mais en mieux.

« Dépêche-toi, putain !

- Tu pouvais pas le prendre avant d'aller te laver ?! »

Et puis, ils s'étaient regardés quelques secondes en silence, leurs lèvres toutes proches. Draco avait caressé sa joue, lui avait dit d'un air perdu que ce n'était sans doute pas le bon moment de lui demander de sortir avec lui, étant donné qu'il devait passer une semaine chez ses parents à Londres. Et puis, un agent avait crié que le train n'allait pas tarder à partir, alors le blond l'avait à nouveau embrassé sur la bouche avant de céder et lui demander d'être son petit ami, en lui promettant qu'il se rattraperait plus tard. Avec la sensation de vivre un rêve éveillé, car il ne pouvait pas en être autrement, Harry avait souri comme un enfant avant d'accepter.

Un dernier baiser et Draco montait dans son wagon. Ils s'étaient regardés à travers la vitre de la porte, et parce que Harry était con comme ses pieds, il avait marché puis couru sur le quai jusqu'à ce que le visage amusé de Draco disparaisse. Les jours qui suivirent le laissèrent dans un état étrange, entre rêves et angoisses. Il fallut que le blond rentre d'Angleterre et le coince dans la cuisine pour ravager sa bouche de baisers pour que Harry se sente homme.

Pour qu'il se sente désiré.

Leur histoire avait véritablement commencé à ce moment-là. Une histoire pas toujours simple, avec des hauts et des bas. Mais Draco avait sérieusement réfléchi avant de s'engager avec lui et il fit en sorte que leur histoire se poursuive, à coups de concessions et de discussions. Il avait essayé d'en faire un homme séduisant, ce qu'il était à ses yeux bien avant ce premier baiser. Mais changer le regard que Harry posait sur sa personne était une tâche bien difficile, même si les choses commençaient à bouger. Il fallait dire que quand votre amoureux vous chouchoutait au quotidien et prenait mille précautions pour rendre votre première fois la plus agréable possible, ça ne pouvait avoir qu'un effet positif sur vous.

Harry ouvrit les yeux, les joues toutes rouges. Par moments, quand il était bien installé dans ses bras, il avait envie de lui ouvrir son cœur. De lui dire qu'il était amoureux de lui depuis des mois. Cela ne faisait pas si longtemps que ça que Harry avait accepté cette idée, et à vrai dire, il y avait sérieusement réfléchi quand ils allaient franchir le cap des deux mois et que Draco avait commencé à avoir les mains très baladeuses. Le jeune homme s'était demandé si c'était le bon moment pour lui offrir sa première fois et si ses sentiments pour lui étaient assez forts pour surmonter ses craintes.

La réponse avait été si puissante que Harry en avait presque été sonné : il aimait Draco et il avait envie de lui. Il avait envie de sentir ses mains sur son corps, d'avoir sa bouche contre la sienne et de découvrir ces plaisirs inconnus avec lui. Le fait que Draco ait refusé de céder à ses charmes, préférant attendre le bon moment pour le dévergonder comme il se devait, à savoir durant un petit séjour à Londres prévu depuis longtemps où ils ne furent que tous les deux, ne fit que renforcer les sentiments déjà bien encrés de Harry.

Cependant, le lui avouer le terrifiait. C'était sans doute trop rapide, trop pressant… Peut-être que Draco prendrait peur, même s'il considérait leur relation avec le plus grand sérieux. Après tout, ils n'étaient ensemble que depuis trois mois et Draco n'était pas du genre à s'amouracher. Et vu ses ex…

Vu ses ex…

Harry poussa un soupir en songeant que le problème était bien là. Ses ex. Il ne leur ressemblait pas et ne savait donc pas trop à quoi s'en tenir avec Draco. Il s'aimait tel qu'il était, certes, mais il n'était pas spécialement beau, il n'avait rien d'élégant, ses talents au lit étaient plus que modestes et niveau sexy-attitude, on pouvait repasser. Par rapport à Draco, il se sentait presque médiocre.

« Poussin ! Viens, Blaise a lancé le film !

- Allez beau gosse, raccroche le téléphone et ramène tes fesses ! »

Lentement, Harry se redressa et se leva de son lit. Tout irait mieux quand Draco serait rentré, ses doutes s'envoleraient et il pourrait profiter de ses bras solides et réconfortants.

OoO

Il faisait très froid pour un mois de mars. Il avait beau avoir vécu à Londres où le temps était moins clément, Draco ne put s'empêcher de frissonner tandis qu'il remontait le quai, son sac de voyage sur une épaule et un sac dans son dos. Il pleuvait sans cesse et le vent le malmenait à chaque fois qu'il posait le pied dehors. D'après Harry, le temps s'était radouci depuis son départ, mais Draco ne lui faisait guère confiance : Harry ne craignait pas vraiment le froid, porter un manteau relevait plus du confort qu'autre chose.

Fatigué, Draco prit le métro avec deux collègues de travail qu'il sema très vite, changeant de ligne pour rentrer chez lui. À demi affalé sur son siège, il regarda les stations défiler sans parvenir à sortir un bouquin pour s'occuper. Sa semaine avait été intéressante et, dans un sens, il ne regrettait pas d'avoir quitté Paris pour quelques jours. Néanmoins, le webmaster avait hâte de rentrer chez lui. Il était naturellement casanier et son couple était trop récent pour qu'il puisse partir en toute quiétude. C'était assez paradoxal, mais Harry lui manquait énormément. Sa bouille de gamin, ses petites attention, la ligne délicate de son corps, ses baisers innocents qui le retournaient complètement…

Le gars le faisait complètement fondre. Il y avait des coups de cœur, comme ça, qui ne s'expliquaient pas. Ce n'était pas vraiment une question de physique car Draco n'avait pas de genre particulier. C'était plutôt le caractère qui pouvait poser problème, et parce qu'il était honnête, le blond reconnaissait que ça n'avait pas toujours été évident.

Peu de temps après leur mise en couple, ils avaient eu une violente dispute à cause des vêtements de Harry, un peu trop bariolé pour la soirée à laquelle ils devaient se rendre ensemble. Harry refusait de faire des concessions, estimant qu'on devait le prendre tel qu'il était, et Draco avait eu énormément de mal à gérer sa langue de vipère, si sensible quand il était blessé dans son orgueil.

Oui, ce jour-là, il avait été blessé dans son orgueil. Parce que cet abruti comptait alors déjà trop pour lui pour qu'il lui ordonne de se changer et que la seule chose qu'il lui avait demandée, c'était de mettre un autre manteau. Ça avait dégénéré, Draco était parti seul, et le lendemain, ils avaient eu une longue conversation. Comme un môme, Harry avait encaissé les critiques en lui promettant de faire des concessions. Cependant, son attitude n'avait pas vraiment plu à Draco, en grande partie parce qu'il craignait que le brun se ferme complètement ou bien qu'il change pour lui convenir.

Deux jours plus tard, alors qu'ils étaient censés aller boire un verre avec des amis de Draco, Harry s'était présenté à lui avec un jean près du corps, une chemise sombre et des Converse© neuves aux pieds. Ses colocataires avaient été si choqués qu'ils avaient jeté un regard stupéfait à Draco, qui s'était empressé de l'emmener dans sa chambre pour quasiment le dessaper et lui choisir de nouvelles fringues. Depuis, son petit ami avait compris le sens du mot « concession » : au moins une à deux pièces sobres dans ton amas de couleurs.

Un sourire fleurit sur ses lèvres en repensant à leur première fois, dans un charmant hôtel de Londres. Ce soir-là, Draco l'avait emmené dîner dans un de ses restaurants préférés et Harry avait fait de gros efforts vestimentaires. Il l'avait trouvé si beau qu'il lui avait été bien difficile à leur retour d'attendre qu'ils prennent leur douche pour lui sauter dessus et le malmener de la plus agréable des façons. Le lendemain matin, quand Draco s'était réveillé, la première chose qu'il avait vue était Harry dans son pyjama Mickey en train de jouer avec son espèce de Game Boy© tactile. Certains auraient vu là un terrible tue-l'amour. Lui, il avait juste trouvé ça adorable.

Sa soirée, qui n'était pas encore terminée, Draco la voyait comme ça : étalé sur le canapé ou allongé dans son lit avec Harry tout contre lui, en train de le câliner ou bien de jouer à un de ses jeux tandis que lui s'endormirait contre lui. C'était arrivé de nombreuses fois, qu'il s'allonge à moitié sur lui et qu'il s'endorme tandis qu'il jouait à Pokemon, Kingdom Hearts, Professeur Layton et il ne savait quel autre jeu. C'était dans ce genre de moment qu'on se rendait compte à quel point on pouvait être bien avec quelqu'un, quand on se contentait de respirer son odeur et profiter de la chaleur réconfortante de son corps et de son étreinte.

Quand il ne fut plus qu'à quelques arrêts de sa station, Draco envoya un message au brun pour qu'il vienne le chercher. Il avait été tenté de lui demander de venir le retrouver directement à la gare, puis il s'était ravisé. Ce n'était pas une bonne idée, même si la plupart de ses collègues avait parfaitement compris de quel bord il était. Il préférait ne pas tout mélanger et garder sa vie privée pour lui. Il savait néanmoins qu'il finirait par en arriver là : pour la première fois, Draco avait un peu parlé de Harry à ses collègues de boulot les plus proches. Le tout était de se lancer.

Mais ce soir n'aurait pas été le bon moment, pour la bonne et simple raison que Draco n'aurait pas su gérer correctement leurs retrouvailles. Difficile de se retenir de l'embrasser alors qu'il ne rêvait que de ça depuis son départ… Et il avait tellement faim de lui que ses collègues auraient été comme éclipsés. Et ce n'était pas forcément cette image-là qu'il avait envie de donner, lui qui était si attaché aux apparences et, il fallait le dire, à l'intimité de sa vie personnelle.

Son petit ami ne tarda pas à lui répondre : il enfilait ses pompes et il descendait aussi sec. Le cœur léger et les yeux mi-clos, Draco termina tranquillement son trajet. Une fois à son arrêt, il fila vers la sortie, grimpa les escaliers et quand il passa les portes, il eut le plaisir de voir Harry en train de l'attendre dans un coin. Il portait une espèce de gros gilet avec des têtes de Jack Skelligton trop grand pour lui par-dessus un jean vert foncé. Il semblait avoir enfilé la première paire de chaussures qu'il avait trouvées, à savoir une paire de bottines plates qui appartenaient en réalité à Pansy.

Un élan de tendresse l'envahit tandis que son regard se posait sur lui. Peu d'hommes avaient réussi à créer un tel sentiment dans son cœur si difficile d'accès, et même s'il était fatigué, il savait qu'il trouverait l'énergie de rattraper un peu le temps perdu avec son copain.

Copain qui leva le nez de son portable, croisa son regard et lui fit un joli sourire. Draco se pressa vers lui tandis que l'autre venait à sa rencontre, et quand ils furent l'un en face de l'autre, le blond saisit son visage entre ses mains pour l'embrasser passionnément sur la bouche. Surpris, Harry posa ses mains sur ses hanches avant de les enlacer, entrouvrant les lèvres pour ensuite gémir doucement tandis que Draco glissait sa langue entre ses dents. Ce dernier sentit ses poils se hérisser en entendant ce son.

Non, vraiment, ça n'aurait pas été une bonne idée de lui demander de le retrouver à la gare. Attendre la maison aurait été une véritable torture. La maison ou la station de métro. Parce que les gens avaient beau le regarder, il n'en avait juste rien à foutre. Il avait son homme blotti contre lui, sa bouche contre la sienne et son souffle caressant sa joue, il ne demandait rien de plus.

Quand ils s'éloignèrent, pour reprendre leur souffle et se regarder, ils échangèrent un sourire complice. Puis, ils se demandèrent mutuellement s'ils allaient bien, pouffèrent parce qu'ils avaient parlé en même temps, puis après un dernier baiser, ils prirent le chemin de leur appartement, main dans la main.

OoO

Il y avait des jours comme ça où Hermione se demandait sérieusement si son meilleur ami était tout seul dans sa tête. Elle l'adorait, vraiment, et de façon générale elle le trouvait plutôt mignon avec ses lubies. Mais ça, c'était parce qu'elle ne sortait pas avec lui et n'était que son amie. Ainsi, si elle était d'une extrême tolérance avec ce petit lutin, elle ne parvenait absolument pas à comprendre comment un homme aussi élégant que Draco pouvait le trimballer à droite et à gauche sans mettre son veto sur certaines de ses tenues.

Parfois, elle se disait que c'était l'amour. Mais Draco ne pouvait pas être amoureux de Harry, pas aussi vite, même s'il était évident qu'il ressentait quelque chose pour lui. Cela se sentait dans sa manière de lui parler et de le regarder, car après l'avoir fréquenté pendant deux ans, Hermione pouvait affirmer que son attitude avec Harry était très différente de celle qu'il adoptait avec ses ex. Cependant, cette manière qu'il avait de le regarder la laissait perplexe. Son meilleur ami n'était pas une bombe sexuelle, ni même des plus attirants quand on le regardait pour la première fois et qu'on le trouvait perdu dans des vêtements étranges ou tue-l'amour. Et pourtant, parfois, Hermione surprenait des regards emplis de tendresse et de désir, comme si le jeune homme qui marchait devant était la personne la plus désirable que la Terre ait portée.

Alors, quand Harry lui disait qu'il n'était pas très beau et que son histoire avec Draco ne pourrait jamais durer, parce qu'il finirait par se lasser d'un petit ami mignon, déluré et complice, Hermione l'envoyait bouler. Parce qu'on ne dévore pas quelqu'un des yeux comme Draco le faisait si on ne désirait pas cette personne.

Non, Draco n'était pas amoureux. Hermione ne le connaissait pas assez bien pour l'affirmer, mais elle en était certaine. Ce serait trop rapide et ils étaient trop différents pour ça. Ou alors elle était juste de mauvaise foi et préférait se dire que, non, Harry n'avait pas réussi à faire ce qu'elle tentait désespérément de réaliser depuis des mois et des mois.

À savoir se trouver quelqu'un de bien et vivre une vraie histoire d'amour, comme dans les films, avec lui.

« Tu sais que tu habites tellement près de la station de métro qu'il faudrait vraiment que je sois conne pour me perdre ? »

Harry venait d'arriver vers elle, tout essoufflé. Si elle ne se trompait pas, il avait enfilé de vieilles baskets défoncées qui devaient appartenir à Ron et elle préférait ne pas faire de commentaires sur son pantalon recouvert de patches brodés et la veste qui était tellement grande qu'elle appartenait forcément à Blaise. Non, il ne ressemblait à rien. Mais quand elle le voyait comme ça… il était juste tellement lui.

« Oui mais quand même ! Je t'avais promis que je viendrais te chercher ! »

Hermione haussa les épaules, l'embrassa sur les deux joues, effaça avec sa manche le rouge qu'elle lui avait laissé sur la peau, puis le suivit jusqu'à l'appartement. Quand elle entra, elle sentit une bonne odeur de propre, signe que le grand ménage avait été fait peu de temps auparavant.

Cette grosse colocation, Hermione en avait eu très peur. Le studio où Ron et Harry logeaient auparavant était constamment en bordel à cause du manque de place mais très propre malgré tout. Cependant, l'idée qu'ils vivent à six sous un même toit lui paraissait inconcevable, à cause de l'attitude de Harry, le côté ultra-protecteur de Ron, leur besoin de propreté et le nombre trop important de colocataires. Pourtant, tout se passait très bien. Par moments, elle regrettait même un peu de ne pas en faire partie : elle vivait toujours chez ses parents et ressentait parfois un besoin de liberté. Mais elle n'était pas faite pour vivre en communauté et le danger, ce n'était définitivement pas pour elle.

Parce que vivre à plusieurs était un danger. Elle n'avait pas voulu le tenter et craindre à tout moment de retourner chez ses parents, parce que ça n'avait pas marché ou parce qu'elle ne s'entendait pas avec les autres. Mais le fait est que tout se passait bien et, parfois, elle aurait bien voulu vivre là.

« Je vais préparer du thé ! »

La jeune femme hocha mollement de la tête et partit s'asseoir dans le canapé du salon. L'appartement, immense, était vide. Tout le monde travaillait encore et ceux qui auraient pu être à l'appartement bossaient leurs cours. Elle regrettait que Ron ne soit pas rentré, elle ne l'avait pas vu depuis une semaine et il passait son temps à lui envoyer des SMS dernièrement, à cause de Lavande qui le déstabilisait, mais pas suffisamment pour qu'il quitte Padma. Ils avaient convenu de se voir le lendemain, mais elle aurait préféré le voir à l'appartement plutôt que dans un Starbucks devant un thé bouillant et une pâtisserie hyper calorique.

Quelques minutes plus tard, après quelques allers-retours, Hermione se retrouva avec une tasse de thé dans les mains et une émission à chier de coiffure à la télé. Elle l'adorait, son Harry, vraiment, mais parfois, il craignait vraiment…

« Ça sent le propre ici, vous avez fait le ménage ?

- Ouais, samedi.

- Je me disais bien…

- Ça servait à rien de le faire le dimanche, Draco aurait été bon à rien et il aurait grogné toute la journée.

- Il était si fatigué que ça ?

- Ouais. Et il voulait qu'on nous fiche la paix.

- Ah, je comprends mieux… »

Ils échangèrent un sourire complice. Elle savait par Ron que le dimanche passé, ils étaient restés collés l'un à l'autre comme des sangsues. Et parce que c'était elle, il lui avait quand même dit que le samedi et dimanche soir, Harry n'avait pas passé la nuit dans leur chambre… Ce qui, en soi, ne les regardait absolument pas, mais ça les faisait bien marrer quand même.

« Et toi, avec Cormac ? Ça va mieux.

- Moui. Toujours pareil, tu sais.

- Pourquoi tu restes avec lui si tu ne l'aimes plus ?

- Parce que je n'ai pas de raison de le quitter. Il n'est pas méchant, et…

- Et tu ne l'aimes plus. »

Elle ne l'avait jamais vraiment aimé. Elle avait eu des sentiments, oui, mais rien d'assez fort pour que cela puisse être confondu avec de l'amour. Il était beau, gentil, intelligent, un peu trop orgueilleux et fêtard, mais on s'y faisait. Ils s'engueulaient souvent et le sexe, ce n'était pas toujours génial. Mais on s'y faisait.

Ouais, on s'y faisait. C'était toujours mieux que d'être seule.

« Harry, je ne le quitterai pas. Je n'en ai pas envie.

- Je sais. Mais je voudrais que tu sois heureuse. »

En amour, c'était chacun sa merde. Il n'y avait guère que Harry pour croire le contraire, pour s'inquiéter de choses qui ne le regardaient pas et qui ne le rendaient pas directement malheureux. Quand il était célibataire, Hermione ne s'était jamais inquiétée pour lui et son instinct protecteur ne s'était pas vraiment réveillé quand il était sorti avec différents garçons. Harry était assez grand pour gérer tout seul et savoir ce qu'il voulait. Ce n'était pas une question d'égoïsme. C'était juste ça.

Chacun sa merde.

Parfois, Ron lui disait qu'elle exagérait. Que c'était normal qu'il se fasse du souci pour elle, puisqu'il était comme ça. Ils étaient ses meilleurs amis depuis des années et il les chérissait comme personne. Mais il était bien difficile de retourner la pareille quand on était une fille solitaire et craintive pas fichue d'attirer les hommes dont elle rêvait, et quand votre presque frère est la mascotte d'une belle bande d'amis et file le parfait amour avec un gars trop beau pour lui. Trop bien pour lui.

Trop… tout, par rapport à lui.

Non, Hermione n'était pas jalouse. Non, elle n'était pas médisante et, non, elle n'en voulait pas à Harry d'être plus heureux qu'elle.

Elle pensait juste que la vie était injuste.

Pourquoi lui avait-il droit à tout cela, et pas elle ? Pourquoi tous les autres avaient-ils le droit d'être heureux alors qu'elle, elle mendiait sans cesse un peu d'amour et d'affection…

Pourquoi n'était-elle qu'un rat de bibliothèque juste bonne à travailler, à peine jolie, mal fichue de partout… Pourquoi ne parvenait-elle pas à être bien dans sa peau alors que, d'après tout le monde, elle avait tout pour elle ?

« Je sais, mon Harry. »

Il y eut un silence entre eux. Hermione regardait sans le voir l'écran de la télévision. Elle sentait la chaleur du genou de Harry contre sa cuisse. Elle avait envie se pencher vers lui et de le laisser la prendre dans ses bras. Et oublier l'espace d'un instant tous ses soucis, comme lui savait si bien le faire, à coup de sourires et de bavardages incessants.

« Et sinon, comment va tout le monde ? »

Oui, elle était lâche. Tant pis. Elle en avait marre de penser à elle et à ses problèmes de couple qui lui pourrissaient la vie. Elle ne voulait pas non plus que Harry lui parle de son chéri, de leurs câlins dans le canapé, de leurs baisers dans la cuisine et de ces parties de jambes en l'air qui faisaient tant marrer Ron.

« Bien. Blaise semble sur le point de se lancer avec Luna, parce qu'elle n'a toujours pas compris qu'il flashe complètement sur elle. Théo est toujours avec son copain et il gueule tous les soirs à cause des réunions qu'il se bourre en ce moment. Ron, tu sais. Et Pansy s'est plus ou moins trouvé une copine. »

Ces mots restèrent en suspens entre eux. Puis, lentement, le corps de Hermione pencha sur le côté et elle finit par poser la tête contre l'épaule de Harry. Ce dernier inclina la sienne et ils restèrent comme ça quelques minutes, sans parler.

« Elle m'a demandé de sortir avec elle. »

Son chuchotement glissa de sa bouche, comme un secret que personne ne devait entendre. Harry soupira puis chercha sa main qu'il attrapa dans la sienne, nouant leurs doigts.

« Elle m'a dit que vous vous étiez disputées.

- C'est le cas. Et ça s'est terminé comme ça. »

Ça ne pouvait pas se terminer autrement. Pansy et elle étaient deux filles très différentes, qui n'étaient pas faites pour s'entendre ni pour s'associer, de quelque manière que ce soit. C'était une évidence et il était inutile de la combattre.

Pourtant, Pansy avait essayé. Parce qu'elle avait décidé d'y croire. Comme si c'était si simple… C'était facile, pour elle, d'aimer quelqu'un et de tout faire pour la convaincre de se laisser chérir et aimer par elle. Mais pour l'autre… Pour cette personne qui n'était pas comme elle, qui vivait dans un monde normal avec des envies normales…

Oui, Pansy était différente. Comme Harry. Et elle n'acceptait pas que les autres puissent être normaux.

« Tu ne veux pas te laisser une chance ? »

Soudain, les larmes lui montèrent aux yeux. Pourquoi diable était-elle forcée de penser comme ça pour chasser Pansy de son esprit ? Pourquoi allait-elle jusqu'à marquer cette frontière entre elle, Harry et les gens comme lui ?

« Non. »

Pour se protéger.

Parce que c'était la seule solution qu'elle avait trouvée.

Marquer une ligne blanche entre elle et les autres, pour ne pas céder, pour ne pas faire de conneries.

« Qu'est-ce que tu perds à essayer ?

- Je ne suis pas lesbienne, Harry.

- Pas besoin d'être lesbienne pour aimer une fille.

- Si, Harry. Dans ton monde à toi, ce n'est pas obligé. Mais dans le vrai monde, si.

- Elle te plaît ?

- Non.

- Alors pourquoi tu doutes ? »

Parce qu'elle voulait qu'on la regarde comme Draco regardait Harry. Qu'on la déshabille du regard quand elle passait devant la télévision, qu'on l'admire quand elle sort de la chambre habillée pour sortir, qu'on lui sourit quand elle entre dans une pièce.

« Je sais pas.

- Tu ne veux pas me le dire.

- Je ne suis pas lesbienne.

- Je sais.

- Alors oublie tout ça. Il ne s'est rien passé et il ne se passera jamais rien. »

Doucement, Harry retira sa main de la sienne puis leva le bras pour l'attirer contre lui. Il ne la trahirait pas, elle le savait. Mais Hermione ne pouvait pas lui livrer le fond de son cœur, parce qu'il ne comprendrait pas, et si c'était le cas, il n'arriverait pas à se résoudre à tout oublier. Il était trop gentil pour ça.

« D'accord. »

Hermione ferma les yeux et lui chuchota qu'elle l'aimait. Harry lui rendit la pareille, la voix un peu chevrotante. Il détestait voir ses amis malheureux, ça le remuait au plus profond de lui-même. La jeune femme lui chuchota qu'elle l'aimerait toujours, et même si elle n'allait pas très bien en ce moment, il serait toujours son petit frère adoré.

Elle n'osa pas lever les yeux vers lui. Elle le connaissait assez pour savoir qu'il pleurait, comme à chaque fois qu'on lui disait qu'on l'aimait.

OoO

« Purple boy, je peux savoir ce que tu fabriques ? »

Harry faillit en faire tomber son bouquin. Les mains maladroites, il baissa la tête vers Draco. Visiblement, à force de gigoter pour attraper son bouquin dans son sac, il avait fini par le réveiller. Ses joues s'embrasèrent quand son regard tomba sur son épaule blanche et la magnifique courbe de son dos nus.

« Heu… Je lis ?

- Rallonge-toi…

- Mais je suis bien réveillé, maintenant.

- Alors câline-moi les cheveux. »

Le brun ne put résister à sa voix endormie. Du coup, il se décolla du mur pour se rallonger dans le lit douillet. Aussitôt, Draco se redressa pour s'allonger à moitié sur lui. Harry ne put s'empêcher de se sentir agréablement gêné en sentant son corps nu glisser contre le sien et ses bras l'entourer. Tendrement, il commença à lui caresser les cheveux et bientôt, son souffle régulier l'informa qu'il s'était endormi.

La veille, ils s'étaient disputés, parce que Draco était énervé et parce que Harry avait décidé d'être aussi têtu qu'une mule. Finalement, ils décidèrent de se réconcilier dans la chambre de Draco qui l'attira dans son lit pour discuter et mettre les choses à plat. Une fois leur dispute réglée, leurs mains avaient dévié et ils avaient fait l'amour passionnément. À la fois pour oublier leur conflit et parce qu'ils n'avaient pas eu ce genre de corps à corps depuis presque une semaine.

Coincé entre le matelas et le corps chaud de son petit ami, Harry se sentit bien. Pourtant, la veille, ça n'allait pas du tout. Pansy avait quitté l'appartement après une embrouille qui avait étrangement mal tourné, en fin d'après-midi. Harry avait essayé de la retenir et de se calmer, mais il n'y était pas parvenu. Et puis Draco était entré, lui avait méchamment pris la tête, et ils avaient fini l'un contre l'autre, emmêlés et en sueur. Harry aurait préféré que ça se termine autrement, mais il avait eu le cœur tellement malmené qu'il avait juste eu besoin d'oublier.

Harry ferma son livre et regarda le visage paisible de Draco. En fait, il y avait eu plus qu'une embrouille, la veille. Ils s'étaient violemment engueulés, avec Pansy. Elle avait dit des mots trop haut et lui avait enchaîné, parce qu'il avait beau être gentil, il n'était pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Et pas un seul instant il ne lui avait montré la douleur qu'elle avait provoquée en lui et qui avait été bien difficile à gérer quand Draco s'en était pris à lui à son retour du travail.

Hermione avait décidé d'arrêter de la voir. C'était mieux comme ça, qu'elle disait. Alors, Pansy s'était plainte auprès de Harry, qui avait essayé de lui faire entendre raison : c'était triste mais Hermione était fermement décidée à mettre fin à cette ambigüité. Du coup, son amie s'était emportée et l'avait accusé d'avoir saboté ses chances avec elle. La conversation s'était envenimée de plus en plus au fil des secondes.

Et à un moment donné, Pansy lui avait dit que depuis qu'il sortait avec Draco, il les prenait tous de haut, se permettant de les juger et de leur donner des conseils pourris. D'autant plus qu'il n'était pas si important que ça pour lui et qu'il n'était pas du genre à se battre pour garder ses copains, donc à la moindre difficulté, Harry pourrait sauter sans souci.

Elle était partie sur ces mots. Il lui avait fallu attendre deux heures pour que Draco rentre, mais plutôt que de le rassurer, ils s'étaient pris la tête. Dans le lit, voyant qu'il y avait clairement un problème quelque part, le blond avait essayé de lui tirer les vers du nez. En vain. Il était hors de question de lui avouer que Pansy lui avait retourné la tête en quelques mots et qu'il était terrifié à l'idée que Draco le quitte parce qu'il ne lui convenait plus. Son copain n'aurait pas compris ses peurs et il se serait sans doute énervé. Il n'aimait pas quand Harry écoutait un peu trop ceux qui croyaient le connaître.

Mais à présent que c'était le matin et que Draco sommeillait tout contre lui, le jeune homme se trouvait ridicule. Pansy savait où appuyer pour lui faire mal, et si elle était proche du blond, elle ne savait en réalité pas grand-chose de ses sentiments. Draco ne parlait jamais de ses histoires de cœur avec elle et se confiait beaucoup plus à Blaise et Théo. Ses paroles n'avaient donc aucun fondement. Malgré tout, elles lui avaient fait un mal de chien.

« Putain, mais t'as un ver dans le derrière ou quoi ? »

Aussitôt, Harry fit la statue. Mais trop tard : Draco avait décidé de se réveiller et de comprendre pourquoi son matelas humain n'arrêtait pas de gigoter sous lui plutôt que de faire son travail en restant immobile et en lui caressant les cheveux.

« J'arrête de bouger.

- Trop tard, couillon. Qu'est-ce que t'as ? Si t'as envie de te lever, lève-toi pour de bon…

- Non, je suis bien, là. »

Draco redressa la tête et le regarda droit dans les yeux. Il y eut un silence, puis il déposa un baiser furtif sur sa bouche avant de lui demander en chuchotant s'il voulait lui parler du problème de la veille. Harry garda la bouche close, hésita, puis il lui dit que c'était sans importance. L'air agacé, son copain répliqua que s'il y pensait encore, c'est qu'il y avait une blessure quelque part. Le libraire se mordilla la lèvre, puis décida de se confier. C'était trop pesant pour qu'il le garde.

« C'est juste que Pansy… C'est ridicule, je sais mais…

- Arrête de dire que c'est ridicule si tu y penses encore. Qu'est-ce qu'elle t'a dit ? Hein, Purple boy ? »

Qu'est-ce qu'il pouvait adorer ce surnom. Draco avait commencé à l'appeler ainsi après une conversation un peu spéciale où il avait cherché à comprendre pourquoi il portait ce style de vêtement. Le fait qu'il lui explique n'être ni bleu ni rose, mais entre les deux, l'avait vraiment interpelé. « Violet » était le mot qui semblait le qualifier au mieux à ses yeux, d'où son surnom d'abord moqueur, puis taquin et enfin très tendre.

Doucement, le jeune homme plongea sa main dans ses cheveux noirs et ramena quelques mèches derrière son oreille pour dégager son visage. Face à son regard d'adulte, Harry se sentit comme un enfant.

« Pansy a dit que tu ne tenais pas vraiment à moi. Et que tu pourrais me quitter n'importe quand. »

Sur le coup, Draco ne répondit pas. Sa main cessa de bouger et ses yeux s'arrondirent légèrement, puis reprirent leur apparence normale tandis que ses doigts caressaient ses cheveux. Ils descendirent doucement sur sa joue, et sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, Draco lui caressait le visage avec tendresse, ses doigts voyageant sur ses joues, son front, ses sourcils, son nez, ses pommettes. Finalement, Harry ferma les yeux, savourant ses douces caresses. Il poussa un soupir en sentant soudain sa bouche contre la sienne, si chaude et gourmande, qui en voulait toujours plus.

Avec le plus grand naturel, Draco se redressa et lui monta carrément dessus sans jamais éloigner sa bouche de la sienne. Harry ne put retenir un gémissement en sentant son corps lourd et chaud allongé sur le sien, ses bras solides posé de chaque côté de ses épaules et lui tenant le visage, tandis que le brun enlaçait ses hanches et caressait son dos.

Il avait envie de faire l'amour. Et oublier. Mais Draco en avait décidé autrement. Car quand il abandonna sa bouche pour croiser son regard, il ne fit aucun geste pour faire définitivement basculer la situation. Au contraire, il lui tenait toujours le visage et caressait ses joues avec ses pouces.

« Arrête d'écouter ce genre de conneries. Tu sais très bien que tu es important pour moi et que je ne suis pas prêt à te laisser partir, même après une dispute comme celle qu'on a eue hier. Tu m'as fait chier mais je n'ai pas pensé un seul instant à te virer d'ici ou de ma vie.

- Je sais mais…

- Arrête, Harry. Arrête. Tu es une personne foncièrement optimiste et pleine de vie, donc crois en toi. Arrête d'écouter les autres te rabaisser. Tu ne les écoutes jamais, d'habitude, et en ce moment tu…

- M'en fous qu'on me critique. Mais toi, tu…

- Putain, Harry ! Quand est-ce que tu vas comprendre que tu es un homme désirable, bordel ?! Tu n'es pas un gamin ou un adolescent, tu es un homme ! Et un bel homme, qui plus est. Donc arrête de penser que tu n'es pas assez bien ou que je vais te larguer quand j'aurai trouvé mieux que toi, parce que je ne ferai jamais ça. Je ne suis pas aussi superficiel et tu sais que je n'ai jamais pris notre relation à la légère.

- Je sais…

- Elle ne sait rien de ce que je ressens pour toi. Mais toi, par contre, tu le sais. »

Harry hocha la tête, incapable de remettre en cause ces paroles et de lui poser les questions qui le taraudaient depuis la veille. Draco dut voir ses doutes mais il fit comme s'il n'en était rien. Ses mains dérivèrent sur lui, mais voyant que Harry n'était pas des plus réceptifs, le blond se mit sur le côté et l'attira contre lui pour le câliner gentiment et tenter d'apaiser ses doutes.

OoO

« Tu t'es engueulé avec Pansy, tout à l'heure ?

- Ouais.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Mécaniquement, Draco regarda derrière lui, des fois que Harry soit revenu des toilettes un peu plus vite que prévu. Ne voyant personne, il se retourna vers Blaise et se pencha vers lui.

« Elle a raconté des conneries à Harry.

- Genre ? »

Draco n'aimait pas vraiment parler de ses problèmes personnels dans des lieux publics, comme le cinéma par exemple, où n'importe qui pouvait les entendre. Cependant, les places vides de Harry, Hermione et Luna les isolaient des autres, il pouvait donc lui parler sans craindre d'être entendu.

« Ils se sont engueulés et elle a laissé entendre que je n'étais pas aussi sérieux qu'il le pensait avec lui.

- T'es pas sérieux…

- Si et j'ai l'impression qu'il se pose encore des questions. Ça me fait chier, il a pas besoin de ça en ce moment, et moi non plus d'ailleurs…

- Mais pourquoi elle lui a dit un truc pareil ? Je croyais qu'ils étaient les meilleurs amis du monde ?

- C'est compliqué. Je crois qu'il s'inquiète trop pour elle, à propos de ses histoires de cœur. Enfin bref, j'ai pas tellement envie de parler de ça.

- D'accord. Mais qu'est-ce qu'elle peut être conne quand elle veut…

- Harry l'a plus ou moins cherché aussi, je pense.

- Pardon ?! »

La salle commençait à être bien remplie et les publicités n'allaient pas tarder à démarrer. Harry était parti aux toilettes avec les filles et n'était pas prêt d'arriver, vu le temps qu'ils mettaient tous à faire leurs besoins en groupe… Cependant, Draco préférait être méfiant, il ne voulait pas que Harry entende sa conversation, même s'il y avait peu de chance que ça arrive vu le bruit ambiant et leur éloignement par rapport au couloir. Le blond jeta un nouveau regard en arrière, puis éclaircit sa pensée.

« Je ne peux pas t'en parler mais disons que Pansy est dans une situation peu évidente et Harry essaie de l'aider au mieux, mais il a ses limites. Je lui ai déjà dit d'arrêter de vouloir autant aider les autres parce que ça finit forcément par lui retomber dessus. Et c'est ce qui est arrivé.

- Il est trop gentil. C'est une qualité et une faiblesse.

- C'est surtout que quand il aime, il veut ce qu'il y a de mieux pour les autres. »

En deux ans, Draco avait compris que Harry fonctionnait à l'émotion. Il n'avait jamais été aimé et reconnu à sa juste valeur, alors quand il tombait amoureux, il ne faisait pas dans la demi-mesure. Pansy était une vraie garce qui ne se laissait pas marcher sur les pieds et pourtant ils s'aimaient bien plus qu'ils n'accepteraient de le reconnaître. Un peu plus tôt, quand Draco lui était sévèrement rentré dedans, il avait réussi sans le vouloir à la faire pleurer comme une madeleine. Elle savait qu'elle avait vraiment blessé Harry et elle le regrettait amèrement, chose qui arrivait en réalité très rarement, mais elle était trop lâche pour aller le voir et s'excuser.

Du coup, elle n'était pas partie avec eux au cinéma, ce que le blond avait trouvé stupide, même si dans le fond il était bien content de ne pas avoir à la supporter. Il était si énervé contre elle qu'il savait déjà qu'il aurait passé une mauvaise soirée en sa présence et il n'avait pas besoin de ça. Il savait cependant que Harry l'avait mal pris, même s'il savait très bien que Pansy n'était pas motivée pour venir à cause de Hermione et de leur dernière discussion. Avant de partir, Draco avait essayé de lui remonter le moral, en vain.

« Tu lui as dit ça ?

- Non. On se serait engueulé et j'avais pas envie.

- Il n'est pas si susceptible que ça…

- Je me suis déjà chauffé avec lui hier soir, j'ai pas envie de recommencer… En plus…

- En plus… ?

- Tu le gardes pour toi ?

- Bah ouais ?

- Je vais lui proposer qu'on partage la même chambre.

- Nan, t'es sérieux ?! »

Blaise le regardait d'un air goguenard. Depuis le temps que lui et Théo le travaillaient au corps… Mais oui, Draco se sentait prêt à franchir le pas. Depuis son retour, Harry n'avait passé que deux nuits hors de son lit et le blond n'en pouvait plus que son copain sorte systématiquement de sa chambre quand lui-même n'y était plus, tout ça parce que ce n'était pas la sienne et qu'il ne voulait pas s'y imposer. Mais pour cela, il allait devoir apaiser les choses et trouver le bon moment pour faire cette proposition à Harry. Draco allait également devoir en discuter avec Ron. Au final, ça ne changeait pas grand-chose car la chambre de Draco était aussi grande que la leur, mais ça méritait quand même une discussion.

« Ouais.

- On dirait que vous allez emménager ensemble…

- C'est un peu ça, j'avoue. »

Ils avaient fêté leurs trois mois quelques jours avant son voyage professionnel. Draco avait réservé une belle table dans un bon restaurant et il avait dû lutter toute la soirée contre son envie de lui arracher ses vêtements, tant il était beau avec sa chemise blanche, son pantalon près du corps et ses chaussures en cuir. Il était très différent de d'habitude, ce qui généralement ne plaisait pas vraiment à Draco, mais il avait adoré le découvrir si élégant pour cet évènement.

Un évènement plutôt modeste, il fallait le reconnaître, mais Harry avait été si heureux qu'il l'invite quelque part et semblait si épanoui depuis qu'ils étaient ensemble que Draco avait voulu fêter dignement cet anniversaire. Mais de toute manière, avec Harry, tout était très différent de ce qu'il avait vécu auparavant.

« On est là ! »

Blaise et lui tournèrent la tête. Harry et les deux filles venaient d'arriver, tout sourire. Ils s'empressèrent de se rasseoir à leurs places, et quand son petit ami posa ses fesses sur son siège, Draco glissa aussitôt sa main dans la sienne. Le brun l'embrassa sur la joue et lui raconta leurs mésaventures aux toilettes. Mais très vite, les publicités démarrèrent et le film débuta. Harry se blottit contre lui, comme souvent quand ils se rendaient dans ces salles obscures.

Et tandis que la séance débutait, Draco repensa à leurs premiers rendez-vous, quand ils n'étaient pas encore ensemble mais qu'ils en prenaient petit à petit le chemin.

Il était encore en couple quand l'idée de sortir avec Harry l'avait effleuré. À l'époque, ils s'entendaient vraiment bien et se fréquentaient pas mal en-dehors de l'appartement, que ce soit pour boire un verre à la sortie du boulot ou pour aller voir un film. Ils avaient les mêmes goûts cinématographiques, chose étonnante quand on connaissait leurs caractères mutuels. De plus, ils avaient développé une grande complicité qu'ils entretenaient du mieux qu'ils pouvaient.

À ce moment-là, Draco sentait qu'il était attiré par Harry. Physiquement, il était plutôt mignon et il avait un sourire à tomber, et au niveau du caractère, quand on mettait de côté son excentricité, c'était un garçon plein d'humour et protecteur. Il aimait prendre soin des autres et cette colocation n'aurait pu survivre s'il n'avait pas été là pour apaiser les tensions et créer une véritable unité à travers ses bons repas préparés à heure précise et les soins divers qu'il leur prodiguait.

Cependant, cette attirance n'avait été que latente. Quand Harry avait quitté son copain et que Draco l'avait aidé à tourner la page, les choses avaient commencé à changer. Lors d'une après-midi, fin septembre, ils étaient sortis tous les deux dans Paris et avaient fait les cons dans les jardins des Tuileries. Et là, Draco avait eu le déclic. Ce déclic, celui qui vous disait qu'il était temps d'arrêter les frais et de tenter autre chose.

Alors le blond avait quitté son mec, qui l'avait assez mal vécu même si ça ne marchait plus du tout entre eux, du moins du point de vue de Draco qui ne faisait plus aucun effort pour le voir et arranger leurs emplois du temps respectifs. Durant quelques mois, le webmaster avait flirté avec Harry avant de l'entraîner dans un véritable jeu de drague particulièrement difficile. Jamais il n'aurait cru que ce serait aussi compliqué de se mettre en couple avec ce garçon si gentil et optimiste.

Cependant, ce que Draco n'avait absolument pas prévu, c'était le regard si négatif que Harry posait sur lui-même. Il réagissait timidement à ses avances et ne semblait pas chercher à les comprendre. Désarçonné, Draco avait cru que le jeune homme n'était en réalité pas du tout intéressé par lui avant de comprendre qu'il était tellement persuadé que ne pas être assez bien pour lui qu'il préférait faire comme s'il ne voyait rien. Le séduire ne fut donc pas si compliqué que ça, mais l'attirer dans ses filets fut bien plus ardu.

Leur histoire débuta sur le quai de la gare du Nord. Il devait aller à Bruxelles rendre visite à de la famille avant de s'envoler pour Londres passer les fêtes avec ses parents. À ce moment-là, lui et Harry sortaient d'une dispute houleuse et Draco aurait tellement voulu partir avec le cœur léger qu'il n'avait su quoi lui dire quand l'heure du départ sonna. Repousser les lèvres chaudes et tendres de Harry pour monter dans son train fut une véritable torture. Sur le coup, il n'avait su quoi lui dire, ne pouvant se résoudre à lui demander de sortir avec lui, mais le sifflet d'un chemineau l'avait rendu pressant : hors de question de le quitter sans un dernier baiser et une mise en couple ne serait-ce que promise.

Harry avait accepté. Il avait couru le long du quai jusqu'à ce que Draco disparaisse et cette image l'avait aidé à tenir durant tout son séjour chez ses parents. C'était bête, mais c'était à son image : enfantin, différent, rafraichissant.

À son retour, ils s'étaient cherchés les deux premières heures, le temps que Draco boive le thé et qu'ils se distribuent mutuellement leurs cadeaux de Noël. Puis, le blond l'avait finalement attrapé par le poignet et l'avait entraîné dans la cuisine pour le coincer contre la porte et l'embrasser langoureusement. Harry avait été si timide contre lui que Draco s'était senti littéralement fondre. Il se rappelait encore de ses mains sur ses hanches qui n'osaient pas bouger, de sa bouche un peu maladroite et de ses soupirs de plaisir.

Dans un sens, c'était un peu comme s'il sortait avec un adolescent. Harry n'avait aucune expérience avec les hommes, il était puceau et n'avait jamais vécu de grande histoire. Du coup, Draco avait dû tout lui apprendre. Et quand il regardait en arrière, le blond se disait que c'était plutôt Harry qui avait dû tout lui apprendre… Car avant lui, les câlins dans le canapé, les bisous dans le cou, les mains baladeuses dans les magasins de fringues, les petits cadeaux quand on en avait envie… Il ne connaissait pas.

« Draco ?

- Hm ?

- T'as un chewing-gum, s'il te plaît ?

- T'as pas pensé aux tiens ?

- J'ai oublié… »

Le blond farfouilla dans la poche de son manteau, pas vraiment certain d'avoir un paquet sur lui. Mais il réussit à mettre la main sur quelques barres à la menthe et en profita pour en manger une. En guise de remerciement, Harry l'embrassa à nouveau sur la joue avant de se blottir à nouveau contre lui.

Même ça, ses ex n'y avaient pas eu le droit. Il n'aimait pas quand on le collait sans arrêt et Harry était un jeune homme très tactile. Cependant, l'avoir sans cesse dans les pattes était rapidement devenu un besoin, une nécessité.

Et sans qu'il ne le voie venir, deux mois s'écoulèrent et ses sentiments pour Harry se renforcèrent. Vint ensuite ce moment un peu particulier où son petit ami se posa des question sur leur sexualité inexistante, qui ne dérangeait pas tellement Draco, bien conscient qu'il fallait lui laisser du temps, mais qui commençait à inquiéter grandement Harry. Un soir, il dit soudainement, sans aucune préparation psychologique, qu'il était prêt pour faire l'amour s'il en avait envie. Le blond, qui était en train de se laver les dents, manqua de s'étouffer avec son dentifrice.

Quelques semaines plus tard, ils partaient pour Londres pour un week-end qui aurait dû se passer entre simples amis s'ils n'avaient pas décidé de sortir ensemble entre temps. Draco réussit à réfréner ses avances, d'une part parce que Harry ne lui semblait pas si prêt que ça à franchir ce cap important et d'autre part parce que, quitte à le dépuceler, autant pouvoir faire autant de bruit qu'il en avait envie, chose impossible dans un appartement comme le leur.

Ce fut un week-end exceptionnel, mais aussi un peu étrange. Durant ces deux jours, pendant lesquels ils se baladèrent main dans la main, visitant des lieux que Draco connaissait par cœur et que Harry découvrait avec un grand plaisir, le blond fit bien malgré lui le point sur leur relation. Son copain se montra différent de ce qu'il était d'habitude, adoptant une attitude plus posée et mature. Draco découvrit alors un autre Harry, celui qui se cachait la plupart du temps dans un petit coin de son esprit et qu'il n'avait jusqu'alors qu'entrevu.

Et alors Draco réalisa à quel point sa relation avec Harry était sérieuse. Il n'était pas juste un petit copain, un mec avec lequel il avait souhaité vivre quelque chose. Harry, c'était son homme. Et même s'ils étaient différents, Draco ne se voyait pas le laisser partir, bien au contraire. Il était heureux avec lui, il se sentait mieux dans sa peau et voyait ses horizons s'ouvrir. Et pour la première fois de sa vie, il se sentait capable de vraiment s'engager avec quelqu'un. D'où ces nuits passées ensemble, et pas forcément pour faire l'amour, et cette envie de partager le même espace avec lui.

« Il est beau, l'acteur, tu trouves pas ?

- Tu dis ça au mec qui partage ton lit ?

- Je ne partage pas ton lit tous les soirs.

- Dommage.

- De quoi ?

- Que tu partages pas mon lit tous les soirs. »

Harry leva son visage d'enfant vers lui. Il le regarda quelques secondes en silence, se désintéressant totalement du film et de l'acteur qui, d'accord, était plutôt canon.

« Tu veux que je vienne dans ta chambre ?

- Ouais.

- Je croyais que…

- Tu me manques, quand t'es pas avec moi. »

Il avait prévu de lui en parler plus tard, mais repenser à leur histoire lui donna envie d'accélérer les choses. Les yeux verts de Harry brillaient de mille feux dans l'obscurité de la pièce. Il entrouvrit les lèvres, ses jolies lèvres bien dessinées que Draco mourait d'envie de lécher et malmener.

« T'es sûr ?

- Oui. Tu ne veux pas ?

- Je ne veux pas t'étouffer.

- Tu m'étouffes déjà. Et je veux que tu le fasses encore plus. »

Ses mots lui arrachèrent un sourire. Une petite caresse sur sa joue fit disparaître la larme qui allait y couler. Draco l'embrassa tendrement sur la bouche et lui souffla qu'ils en reparleraient une fois rentrés à la maison. Les lèvres serrées, Harry hocha la tête et resserra sa prise sur son bras qu'il tenait entre les siens.

OoO

Un gâteau au chocolat en forme de château fort cuisait dans le four depuis quelques minutes. Seul face à son plan de travail, Harry se battait avec ses pommes de terre et ses carottes. Il préparait un bœuf bourguignon pour le lendemain et il avait mis à chauffer une grosse casserole où il avait jeté pêle-mêle haricots de Paimpol, carottes, oignons, lard et échine de porc. Ça mijotait depuis déjà une heure à feu doux et plus d'un était déjà venu soulever le couvercle pour sentir la bonne odeur.

Il en avait fini avec les carottes quand Draco entra dans la pièce avec deux tasses de café sales qu'il entreprit de nettoyer. Avant de quitter la pièce, il se glissa dans son dos pour l'embrasser dans le cou et lui demander si tout allait bien et s'il n'avait pas besoin d'aide. Son ton lorsqu'il lui répondit ne dut pas beaucoup lui plaire car plutôt que de le laisser tranquille, Draco resta dans la cuisine, s'appuyant devant le plan de travail, juste à côté de lui.

« Tu veux me dire ce qui ne va pas ou tu comptes bouder jusqu'à ce qu'on aille se coucher ?

- Je vais bien, Draco…

- Ron n'est pas de cet avis.

- Pourquoi tu me parles de Ron ?! Et qu'est-ce qu'il en sait, d'ailleurs ?!

- Tu vois, tu es énervé.

- Draco, s'il te plaît, laisse-moi tranquille… »

Maudit Ron, songea le brun d'un air boudeur. Il lisait définitivement trop bien en lui… Il le voyait bien peu en ce moment, entre sa récente grippe et son couple tout nouveau, tout beau, tout neuf avec sa jolie Lavande. Mais ça suffisait amplement pour qu'il voie que quelque chose n'allait pas. Ils avaient pourtant eu une longue conversation sur le sujet mais ça n'avait pas été suffisant. Sinon, il n'en aurait pas parlé à Draco.

« Qu'est-ce qui se passe ? Allez, raconte-moi tout.

- J'en ai déjà parlé avec Ron, ça va aller.

- Ron te connaît tellement bien qu'il lui suffit de te regarder pour savoir ce qui ne va pas. Moi, je ne sais pas faire ça, mais ce que j'arrive à voir, c'est que votre conversation n'a servi à rien. Donc arrête de faire ta tête de mule et raconte-moi ce qui te chagrine. »

Harry hésita, puis finalement décida de garder la bouche fermée. Il ne voulait pas lui en parler, même s'il savait que Draco était aussi têtu que lui et qu'il finirait par revenir à la charge. Au cours de la semaine, ils avaient déménagé petit à petit ses affaires et Harry avait définitivement quitté la chambre de Ron, y laissant son lit qui servirait pour les amis ou une éventuelle dispute de couple. Le fait qu'ils partagent à présent la même chambre ne protégerait plus Harry des questions insistantes de son petit ami.

« Tu sais quoi ? T'essaies de tout me cacher depuis le début mais je suis parfaitement au courant de la situation. Toi et Pansy, vous êtes comme des livres ouverts, c'est très facile de lire en vous. Donc oui, Harry, je sais qu'elle craque complètement pour ta meilleure amie. »

Stupéfait, le jeune homme se tourna vers Draco qui, les bras croisés, le regardait d'un air agacé. Comment avait-il pu deviner ? Etait-ce donc si évident ? Et pourquoi ne le lui avait-il pas dit depuis tout ce temps s'il était au courant ?

« Pour… Pourquoi t'as rien dit ?

- Parce que ça ne me regarde pas. Et j'attendais que tu m'en parles.

- C'était un secret !

- Ça ne l'est plus. Allez, parle-moi. »

Après une hésitation, Harry poussa un soupir à fendre l'âme. Il n'était pas du genre à trahir des secrets mais Draco était au courant, donc c'était inutile de tout garder pour lui encore plus longtemps.

« J'en ai marre. Hermione est ma meilleure amie et j'adore vraiment Pansy. Depuis qu'elles se fréquentent, Hermione a changé, elle s'est comme… fermée. Tu vois ? Elle est moins tolérante, plus blessante… Et Pansy semble vraiment accro. Je sais que Hermione est attirée par elle, je la connais, ça se voit.

- Mais elles ne sont pas ensemble.

- Non. Elle n'est pas heureuse avec Cormac, elle n'était pas heureuse avec les autres non plus. On a déjà discuté de ça et je sais qu'elle n'est pas totalement fermée. Du moins, c'était le cas avant qu'elle ne se rapproche de Pansy…

- Et qu'est-ce qui te rend malheureux comme ça ?

- Qu'elles ne soient pas ensemble. Parce qu'elles en ont toutes les deux envie et Hermione ne veut pas.

- Tu vois que ton amie est triste, donc ça te rend triste.

- Oui.

- Est-ce que tu sais pourquoi elle ne veut pas être avec Pansy ?

- Parce qu'elle n'est pas lesbienne.

- Tu crois que c'est à cause de ça ?

- C'est ce qu'elle me dit à chaque fois. »

Il y eut un silence. Puis, Draco, qui était appuyé sur le plan de travail, se retourna pour être dans le même sens que Harry. Ce dernier le regarda faire, la boule au ventre. Lui dire honnêtement ce qui le bouffait ne lui fit pas du bien, pas plus du moins que lorsqu'il l'avait dit à Ron. Draco ouvrit la bouche, parut hésiter, le regarda quelques secondes puis prit une grande inspiration, pensant ses mots.

« Purple boy… Est-ce que je peux te parler… sans que tu te vexes ? Je veux dire, est-ce que je peux te donner mon avis sans que tu ne le prennes mal ?

- Oui, bien sûr.

- Je ne veux pas qu'on s'engueule.

- Je t'écoute, Draco. Je ne me vexerai pas, tu peux être honnête. »

Le libraire lui adressa un sourire qui se voulait encourageant. Il craignait un peu ce qu'il allait lui dire, même si Draco semblait peser ses mots.

« Tu sais, Harry… Franchement, je t'adore. T'es un mec génial, t'as de l'humour, tu es généreux, t'es beau… Si, Harry, arrête de secouer la tête quand je te le dis, tu es beau. Pas un pur canon de beauté, mais tu as du charme et je t'apprécie tel que tu es.

- D'accord…

- Mais, tu sais, le problème de Hermione n'est pas seulement dans sa sexualité. Toi et moi, on aime les hommes, on n'a jamais eu ce problème, cette peur de se retrouver vers un sexe qui est l'exacte réplique du nôtre. Cela dit, je comprends ce qu'elle vit, je comprends la peur qu'elle peut ressentir. Qu'elle soit lesbienne ou non ne change rien : elle a peur de changer de bord, que ce soit pour une femme ou pour la vie, et ce pas n'est pas évident à franchir. Toi, tu ne peux pas vraiment la comprendre parce que vous êtes radicalement différents, tu te fiches bien de ce que le monde pense de toi contrairement à elle. Et moi. »

Harry cessa de couper sa carotte en tranche et leva les yeux vers lui, le sourcil relevé. Visiblement, Draco s'avançait vers une pente glissante.

« Encore une fois, je ne veux pas que tu le prennes mal. Je t'adore et, franchement, si t'en doutes, je suis prêt à t'allonger sur son plan de travail après cette conversation pour te prouver à quel point je tiens à toi ! Mais, tu sais, t'es pas facile à vivre. T'es pas facile parce que t'es pas comme tout le monde. T'es pas anormal, mais tu es différent. Quand on regarde ta garde-robe, ce que tu es capable de porter dans la rue, tes manières, ta façon de regarder le monde… Et encore, on s'en fout de ton caractère, il suffit de te regarder pour avoir peur.

- Avoir… peur ?

- Oui. Parce que tu es quelqu'un de vivant, de coloré, d'extraverti… et ça peut faire peur. Quand on est une fille et qu'on aime un garçon, c'est louche, mais ça passe. Quand on est deux hommes, ou bien deux femmes, c'est très différent. Parce que généralement, les hommes n'aiment pas être observé et sortir de la norme. »

Harry ne savait pas quoi en penser. Bien sûr, Draco ne lui apprenait rien sur lui, mais il ne pensait pas que son image puisse être aussi compliquée à gérer. Était-ce pour cela qu'il n'avait jamais eu de petit copain sérieux avant Draco ?

« Moi, j'ai beaucoup réfléchi avant de sortir avec toi. Tu me plaisais mais je ne savais pas si je serais capable de sortir avec quelqu'un de si différent de moi, si… si toi. C'est compliqué de te qualifier, et franchement j'ai pas envie de le faire, on est au-dessus de ça. Tu te connais, tu sais comment tu es et pour moi, ce n'était pas facile.

- Si c'était si compliqué, alors pourquoi…

- Si je t'ai demandé de sortir avec moi, c'est parce que je suis passé par-dessus ça, et si on est encore ensemble, c'est parce que j'aime comment tu es. Tu es bien comme ça et je ne veux pas que tu changes. Mais ç'aurait pu ne pas passer.

- Donc tu n'as pas de problème avec moi ?

- Non. Je n'en ai aucun. »

Ils marchaient tous les deux sur des œufs et ç'aurait pu exploser. Mais le regard que lui lança Draco, si doux par rapport à d'habitude, apaisa son petit cœur malmené. Il lui caressa tendrement la joue, terminant de le rassurer par ce simple geste.

« Mais ce n'est pas le cas de Hermione. Pansy et toi, vous êtes différents, mais au final vous vous ressemblez beaucoup. Elle a beau ne pas le hurler sur tous les toits, elle assume son homosexualité, elle va dans les bars, elle va aussi dans des soirées lesbiennes, elle tient la main de ses copines dans la rue et les embrasse… Et puis, parlons de son look, elle peut ressembler à un camionneur le lundi et taper dans la mini-jupe le mardi. Elle a un comportement aussi bien dominant que féminin. Je ne dis pas qu'elle tombe dans la caricature, mais quand on la met à côté d'une petite nana comme Hermione, en jean et baskets toute l'année, et qui est discrète comme tout… T'imagines, le contraste ?

- C'est si…

- Oui, Harry. Ça peut rebuter. L'amour, c'est une question de caractère. Dans ce domaine, tu as toujours manqué de confiance en toi et si je n'avais pas fait les premiers pas, on ne serait pas ensemble. Pour Hermione, c'est pareil. Elle ne se sent sans doute pas capable de vivre quelque chose. Déjà avec une femme et en plus avec une femme comme Pansy.

- C'est si difficile que ça ? »

Sa question posée du bout des lèvres, lui écorcha la gorge. Il n'en revenait pas de ce qu'il était en train de lui dire, inconscient de toutes les questions que Draco avait pu se poser avant qu'ils ne se mettent ensemble. Il avait le cœur serré et mal au ventre.

« Je dis que ça peut faire peur et ce n'est pas évident. Mais avant qu'on ne se mette ensemble, j'ai compris que je n'en avais rien à péter que les autres te regardent bizarrement parce que tu portes un pantalon rose ou un tee-shirt Superman. Ah, j'ai réussi à te faire sourire. »

Harry hocha la tête. Il ferma les yeux en le voyant bouger pour venir se lover contre son dos, enlaçant sa taille. Il sentit un baiser dans son cou et les larmes lui monter aux yeux. Il les rouvrit en battant des paupières.

Non, il n'aurait jamais changé pour un homme. Mais il ne pensait pas que ça pourrait poser autant de problèmes pour les autres, pour ceux qui étaient si attachés à l'opinion des gens et à leur regard acéré. Il était heureux que Draco ait surmonté cela et qu'il l'aime tel qu'il était.

« Je ne connais pas Hermione autant que toi et je ne te dis pas tout ça pour te critiquer. Je ne tire aucun plaisir à cette conversation, même si au final ce n'est pas plus mal que tu le saches. Mais je pense qu'une partie du problème est là. Hermione n'est pas lesbienne mais elle a une attirance pour une fille, mais quelque chose la bloque. Connaissant le caractère de Pansy, je pense que c'est ça. Peut-être que je me trompe, mais il y a des signes qui ne trompent pas vraiment.

- Ah bon ?

- Oui.

- Je n'aurais pas pensé…

- C'est pour ça que je t'en parle. Je ne peux pas le faire avec Pansy, elle le prendrait mal. Je ne te demande pas non plus d'en parler avec elle. Mais comme je sais que tu es entre les deux, je te donne mon avis sur la situation. Je pense vraiment que Hermione a un problème avec son exubérance, sa manière de vivre sa sexualité, qui ne lui correspond pas du tout. Ça rend le pas difficile à franchir. Je sais que ce n'est pas comparable, mais rappelle-toi quand on a commencé à sortir ensemble : tu étais complètement largué et tu ne savais pas comment t'y prendre.

- Oui, ça je m'en rappelle…

- Ça, c'est parce qu'on n'est pas pareil. Tu n'allais jamais dans les bars, les boîtes de nuit, personne ne t'emmenait au restaurant, tu n'as jamais voyagé et…

- J'ai compris. J'ai compris, Draco.

- T'es pas vexé ? Ou blessé ?

- Non.

- C'est vrai ?

- Ouais. Je ne pensais pas que ça pourrait être si difficile de me…

- Je ne suis sorti jusqu'ici avec qu'avec des hommes qui me ressemble. C'est normal que je me remette en question. Et je ne t'échangerai pour rien au monde, tu le sais, ça. »

Contre lui, un léger sourire aux lèvres, Harry hocha la tête. Puis, il la tourna pour l'embrasser sur la joue et Draco en profita pour cueillir sa bouche.

Bien sûr qu'il le savait. À leur retour de Londres, il avait surpris une conversation entre lui et Blaise dans la cuisine. Il avait entendu Draco lui révéler qu'il n'aurait jamais imaginé à quel point leur relation pouvait être aussi sérieuse. Pourtant, il fallait se rendre à l'évidence : il tenait à Harry, il se sentait bien avec lui et n'avait pas l'intension de le laisser filer. Harry l'avait écouté pendant une bonne dizaine de minutes avant d'entendre le bruit de leurs pas qui se dirigeaient vers la sortie de la pièce. Il s'était enfermé dans la salle de bain pour pleurer comme une Madeleine, ressentant ces paroles comme une déclaration d'amour.

Un peu plus tard, ils en avaient parlé parce que Harry vivait cette écoute comme une trahison alors qu'il n'avait pas cherché à l'espionner. Draco n'avait pas si mal réagi que ça, sans doute parce que Harry lui avait retourné la pareille.

« J'aime quand tu me parles comme ça.

- Quand je te dis que je ne t'échangerai contre personne d'autre ?

- Ouais. Je me sens important.

- Tu l'es, mon petit homme violet. »

Ses lèvres voyagèrent sur sa joue et descendirent dans son cou. Ses lèvres brulèrent, il avait tellement envie de lui dire qu'il l'aimait, qu'il ferait tout pour le rendre heureux et qu'il serait toujours là pour lui… Mais ses mots restèrent coincés dans sa gorge. Draco venait de lui dire qu'il tenait à lui, juste à lui, et il valait mieux ne pas aller plus loin.

Mais il lui dirait, bientôt. Quand ce serait le bon moment. Quand il se sentirait prêt à lui ouvrir son cœur, après avoir caché son secret pendant des mois…

OoO

Le bocal à gâteaux était encore vide. Pourtant, Harry en avait fait une plâtrée deux jours auparavant, mais ses petits sablés avaient fait un malheur dans la coloc'. Ron était sûr que cet enfoiré de Blaise avait bien tapé dedans. C'était son grand truc, ça, et non seulement il prenait des biscuits pour lui, mais il en chourait aussi pour Luna. La dernière fois, il avait piqué plein de cœurs, tout ça parce que la blondinette adorait cette forme. Pansy avait piqué une crise parce qu'elle aussi, elle adorait les cœurs.

Par moments, il se disait qu'il était quand même tombé dans une drôle de colocation. Cela dit, il n'était pas prêt à y renoncer, loin de là, même si les choses étaient en train de changer. Blaise et Théo commençaient à voler de leurs propres ailes, même s'ils refusaient pour le moment de quitter l'appartement, et Harry était en train de se mettre plus ou moins en ménage avec Draco. Pansy, elle, restait égale à elle-même. Enfin, pour le moment.

Et puis, il y avait lui, Ron. Ses études se passaient assez bien, il était soutenu par ses proches et il avait depuis peu une petite amie casse-pied mais qui le faisait rêver. Il l'avait emmenée à l'appartement, l'autre jour, et après quelques minutes de méfiance, notamment envers Hermione qui sirotait un kir dans son coin, elle s'était ouverte aux autres qui l'avaient plutôt bien adoptée. Vers la fin de la soirée, il avait même dû la décoller de son ex petite amie avec laquelle elle parlait bouquin depuis une bonne heure.

Un peu agacé et le ventre vide, Ron alla se préparer un chocolat chaud et prit une pomme dans la panière à fruits avant d'aller s'affaler dans le canapé du salon. Au passage, il jeta quand même un œil à la casserole contenant leur repas du soir. Ni Harry ni Draco ne seraient là pour le déguster ce soir-là car ils dînaient au restaurant tous les deux, un message commun avait été envoyé à tout le monde pour les prévenir, comme d'habitude. Cependant, ce que les autres ignoraient, c'était que les deux tourtereaux fêtaient leur premier « je t'aime », échangé après presque quatre mois de relation. Pas besoin de SMS pour le savoir : Harry lui avait dit le matin même qu'il comptait lui avouer ses sentiments, et vu que le message venait de Draco, Ron n'avait aucun doute sur la réciprocité de son amour. Et il saurait le lendemain qu'il avait vu juste.

Après tout, ils étaient faits pour s'aimer, ces deux-là. Ron avait été des plus perplexes quand Draco avait commencé à se rapprocher de Harry, pour la bonne et simple raison que c'était un dragueur et que son histoire d'amour n'était pas encore terminée à ce moment-là. Il ne voulait pas qu'il blesse son meilleur ami en jouant avec ses sentiments ou bien qu'il arrête tout parce que Harry était spécial.

Pourtant, tout s'était bien passé. Il y avait eu des vagues, forcément, mais tous deux avaient envie que ça marche. Harry était amoureux depuis des mois et n'aurait pas pensé un seul instant que Draco puisse le regarder autrement que comme son colocataire, et ce dernier avait mûrement réfléchi avant de se lancer dans cette aventure. Et quand il les voyait ensemble, même si par moments c'était compliqué de laisser son ami voler de ses propres ailes, Ron était heureux pour eux.

Harry méritait le bonheur. Il avait été si malheureux dans son enfance et lors de son adolescence qu'il méritait bien qu'on prenne soin de lui et qu'on le chérisse. Qu'importe qu'il soit différent des autres et qu'il cache ses souffrances derrière des yeux verts pétillants de joie et des couches de vêtements. Il avait droit au bonheur autant que les autres.

Ron était content de la tournure que prenaient les choses ce soir. Harry se faisait trop de soucis dernièrement pour Hermione et Pansy, ce qui engendrait des inquiétudes de la part de Draco. Ron, lui, était plutôt serein là-dessus. Un peu trop même selon le blond, mais il savait que se faire du mouron pour ces deux-là serait inutile. Car contrairement à Harry, il savait exactement ce qui était en train de se passer entre les deux jeunes femmes et il savait donc quelle attitude adopter.

Attendre.

Il fallait juste attendre.

Que ça passe ou bien que ça casse.

Ron était pourtant un jeune homme impulsif, passionné, solidaire et fidèle. Mais il connaissait Harry et Hermione depuis des années, il savait donc très bien comment tous trois avaient évolué et comment se comporter en fonction des situations. Prendre Harry de front était une grossière erreur et jouer finement avec Hermione ne marchait pas mieux. C'était pourquoi il ne sautait jamais sur son ami quand quelque chose n'allait pas, ce que Draco et Pansy faisaient sans cesse, et c'était pourquoi il préférait laisser Hermione mariner avant de l'attraper et ensuite engager un combat de force pour lui soutirer des informations.

Mais pour cette histoire, Ron avait déjà ses réponses. Il n'avait pas vraiment eu besoin de se battre pour les obtenir car il connaissait une part de Hermione dont Harry n'avait pas tout à fait conscience, parce que lui n'était pas sorti avec elle.

Ron poussa un soupir tandis que ses pensées allaient vers Lavande. Sortir avec Hermione avait été une grosse bêtise d'adolescent et leur rupture avait sa version officielle et officieuse. D'un côté, ils n'étaient pas faits pour être ensemble. Mais de l'autre, ils étaient deux adolescents qui avaient tenté de sauver les apparences. Parce que Ron voulait une petite copine et avait essuyé un petit chagrin d'amour, qu'il avait caché à tout le monde parce que la fille en question était une vraie conne, et parce que Hermione voulait prouver à tout le monde qu'elle pouvait avoir un petit copain.

Romance adolescente qui prit fin quand Ron comprit que Hermione n'était pas heureuse. Que sa place n'était pas auprès de lui et qu'elle cachait quelque chose de douloureux.

À savoir le sentiment de ne pas être normale.

Et cela n'avait rien à voir avec Harry, si jovial et déjà si ouvert sur son attirance sexuelle. Elle se posait des questions auxquelles elle ne voulait pas trouver de réponses, parce que cela impliquerait trop de choses qu'elle ne pouvait assumer. Parce qu'elle était fille unique, parce que ses parents croyaient en elle, parce que…

Parce que…

Parce qu'elle était normale. Parce qu'elle voulait être normale.

Se séparer avait donc été la meilleure solution et Ron ne lui en avait jamais voulu. Cependant, les années étaient passées et Hermione avait persisté dans ce déni qui la rendait parfois désagréable, ces deniers temps. Il était compliqué pour Ron d'expliquer à Harry de cesser de s'inquiéter et de la pousser dans les bras de Pansy, car tant que Hermione n'accepterait pas cette part refoulée d'elle-même et ne vaincrait pas sa peur de l'inconnu, de l'exubérance de Pansy et de tout ce qu'elle représentait, leur amie ne pourrait jamais accorder la moindre chance à la jeune femme.

Forcément, Pansy n'était pas la meilleure personne pour la sortir de ce déni. Elle était un peu comme Harry, elle avait son univers à elle, ses habitudes et sa vie de femme qui aime les femmes. Tout cela qui pouvait faire peur à quelqu'un comme Hermione, qui avait peur d'avancer dans un chemin semé d'embuches où elle décevrait les uns et serait jugée par les autres.

Mais les choses prenaient une bonne tournure et cette pensée fit sourire le rouquin. Ce ne serait pas facile, mais une longue et éprouvante discussion semblait avoir mis Hermione sur les bons rails. Il savait qu'elle avait donné rendez-vous à Pansy la veille et que ça s'était bien passé. Est-ce que cela se terminerait par une mise en couple ? Ron n'en savait trop rien et il préférait ne pas se prononcer. Tout ce qui comptait, c'était qu'elle s'épanouisse et qu'elle soit heureuse.

Ah, se dit Ron, il n'avait vraiment pas des amis faciles. Mais il les aimait comme ça, et il ne les échangerait pour rien au monde. Il ne lui restait maintenant plus qu'à assurer avec Lavande et éviter de se prendre un râteau, parce que déjà qu'il s'en était pris un quand il était ado' avec elle, il n'avait vraiment pas envie de s'en prendre un autre six ans plus tard…

FIN