Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !
Couple : Harry/Draco.
Rating : K+.
Avant toute chose... Bon anniversaire à ce recueil d'OS qui a atteint sa 30e histoire ! J'avoue que je suis quand même fière de moi et j'en profite pour remercier tous ceux qui me suivent !
Par ailleurs, j'ai reçu une review anonyme me disant que ce n'était pas juste que je mette cette fic en statut "terminé", étant donné que, à chaque publication, elle remonte le fil d'actualité et ça me fait donc de la pub. Cependant, étant donné que c'est un recueil d'OS indépendants les uns des autres (pour la plupart) et qu'il ne sera sans doute jamais terminé, je laisserai ma fic avec ce statut. Je ne sais pas quand je l'arrêterai, et au final, c'est comme poster régulièrement un nouvel OS sur mon profil... Sauf que je les mets dans un seul recueil pour donner plus de cohérence à ma démarche. Désolée si ça ne plait pas à certains, mais c'est comme ça !
Parlons un peu plus de cet OS. Parce que j'ai eu un peu de temps pour moi, et enfin un petit peu d'inspiration, j'ai eu le temps de me consacrer à ce challenge réservé par une de mes amies depuis le tout début de ce projet. Jusqu'ici, je n'ai jamais réussi à trouver quelque chose qui me plaise, je passais mon temps à changer d'histoire. Cette fois, je me suis lancée dans un OS sans prétention mais que j'ai aimé écrire.
Le prochain OS est en plein travail, il mettra malheureusement un peu de temps à être écrit... D'où la publication de cette histoire pour vous faire patienter un peu !
Une personne sera sélectionnée parmi les reviews de cet OS et de l'OS suivant.
Bonne lecture !
Snow
Malgré le temps maussade, le vent frais qui balayait les rues de Paris et la menace d'une pluie battante, les étudiants trainaient quand même dehors, profitant du peu de répit que leur offrait l'intercours. Tous les fumeurs étaient de sortie, s'agglutinant près des poubelles à clopes. Il y avait ceux qui sortaient leur paquet comme si ce simple geste était d'une classe absolue, ceux qui venaient gratter une cigarette, parce qu'ils étaient fauchés ou juste rats, et puis les derniers qui roulaient leur tige avec des gestes plus ou moins assurés d'étudiants pauvres et assumés. Parmi eux trainaient quelques courageux avec parfois un gobelet de café dans la main qui avaient décidé d'affronter le froid pour rester avec leurs potes.
Harry, lui, n'aimait pas le froid. Il n'était pas vraiment craintif, c'était juste qu'il détestait avoir froid. C'était le résultat de toutes ces vacances passées à la montagne, à rouler dans la neige et à passer des journées entières à glisser dessus au risque de se péter quelque chose. Ses parents adoraient la montagne, et comme son parrain possédait un établissement dans les hauteurs, Harry y passait une bonne partie de ses congés, et ce jusqu'à ce qu'il soit majeur et qu'il puisse dire merde à ses parents. Et à son parrain.
Pourtant, il avait trouvé le courage d'aller se chercher un café à cafétéria, lui qui pourtant n'était pas du genre à quitter les locaux de l'université si rien l'y forçait. Mais il avait mal dormi la nuit passée et peinait donc à garder les yeux ouverts sur son ordinateur, chose inacceptable pour un étudiant aussi appliqué que lui. Ainsi, avec d'autres jeunes en quête de chaleur et d'une petite pause café bien méritée, le jeune homme gagna la cafétéria, fit la queue, trop longtemps, et ressortit avec un gobelet bien rempli d'un affreux liquide qui le remettrait cela dit rapidement d'aplomb.
Tout en traversant la place afin de regagner les locaux, Harry jeta un œil aux fumeurs entassés dans leur coin, comme pour se tenir chaud. Et son regard se posa sur Lui, assis sur un petit muret en pierre, le visage levé vers un de ses amis, ses cheveux blonds cachant le haut de son visage souriant.
Harry ne l'avait remarqué dès qu'en début d'année. Pourtant, on lui avait dit qu'il était là depuis le début de la licence, mais il fallait croire qu'il était tellement occupé par ses études, son job à mis temps et ses histoires personnelles que Harry n'avait jamais vraiment fait attention à lui. Il avait capté son visage deux ou trois mois avant la fin de l'année, mais il n'en était qu'un parmi tant d'autres. Et puis, le hasard les avait placés cette fois dans les mêmes cours et alors son regard s'était véritablement posé sur lui.
C'était le genre de garçon qu'on remarque assez vite. Il avait les cheveux très blonds, d'un blond si clair qu'ils paraissaient teints, ainsi que de grands yeux bleus qui vous faisaient vaguement penser à un enfant, car normalement, il n'y a que les enfants qui pouvaient avoir les cheveux si clairs et les yeux si bleus. Mais son visage n'avait rien d'enfantin. Il avait des traits beaux et expressifs, et un joli sourire. Harry avait entendu dire que son père avait des origines serbes, d'où son prénom un peu bizarre, mais qui lui allait pourtant assez bien.
Bien malgré lui, Harry laissa trainer son regard sur le jeune homme assis un peu plus loin, qui semblait rire. Il ne portait qu'une veste noire en cuir par-dessus un jean délavé et trop clair, et des pompes noires. Rien autour du cou, pas la moindre trace d'écharpe ou de col roulé.
De là où il était, Harry n'aurait rien pu voir. Et pourtant, ses yeux cherchèrent cette trace dans son cou qui avait tant attiré son regard la première fois qu'il l'avait vraiment vu.
La trace d'un flocon qui avait comme atterri pour sa peau, pour ne plus jamais la quitter.
OoO
Le cours n'allait pas tarder à commencer. Installé dans un coin stratégique de l'amphithéâtre, là où il avait libre accès à une prise électrique et où personne, logiquement, ne viendrait l'emmerder, Harry pianotait sur son ordinateur d'un air songeur. Il avait bien avancé sur ses devoirs à rendre mais il était dans cette période tendue où les dates finales de ses travaux se suivaient les unes après les autres, le collant à son ordinateur plus que d'ordinaire et parasitant sans cesse ses pensées.
Il avait beau aimer ce qu'il faisait, Harry se remettait toujours en cause quand les examens arrivaient. Il avait toujours été un élève studieux qui termine ses travaux deux ou trois jours avant et qui les rend bien à temps, se faisant un devoir de ne jamais avoir le moindre retard. Ça, c'était à cause de sa mère qui l'avait traumatisée étant enfant avec la ponctualité. Mais quand la pression se faisait aussi intense et qu'il avait la sensation de ne pas avancer, de faire toujours les mêmes erreurs et de ramer comme un con, Harry se demandait vraiment ce qu'il fichait là. Ce n'était l'affaire que de quelques semaines, mais ce n'était pas agréable malgré tout.
Une soudaine agitation secoua l'amphithéâtre. Harry leva le nez et vit leur professeur entrer dans la salle, un gobelet de café dans la main et sa sacoche dans l'autre. Il poussa un soupir un peu las, se préparant à suivre un cours passablement ennuyant plutôt que de bosser sur ses travaux comme il aurait aimé le faire. Mais sécher ne faisait pas partie de sa philosophie de vie, pas plus que de passer son temps sur les réseaux sociaux quand il était sur le point de s'endormir sur sa table.
Parfois, ses amis lui disaient qu'il n'était vraiment pas drôle, comme étudiant. Et dans le fond, ils n'avaient sans doute pas tort. Mais il n'allait pas à la fac pour glander ou s'amuser, mais pour bosser. S'il sombrait dans la facilité, c'en était fini de lui. Alors, il se fichait bien de ce qu'on pouvait penser de lui.
« Salut le binoclard ! »
L'étudiant sursauta quand soudain un jeune homme s'assit bruyamment à côté de lui, parvenant à faire du bruit avec le strapontin lui servant de chaise. Harry leva les yeux au ciel et poussant un long soupir.
« Bonjour, Draco.
- Quel enthousiasme, ça fait toujours plaisir !
- Tout l'amphi' n'a pas besoin de savoir que tu es venu en cours aujourd'hui…
- Enfoiré, je viens en cours tous les jours ! »
Le blond lui coula un regarda agacé avant d'ouvrir son sac et sortir son cahier de notes. Il avait beau être accro à la technologie, il était de ces personnes qui ont ce besoin de tout écrire à la main pour retenir quelque chose ou tout simplement relire et apprendre son cours. C'avait tendance à pas mal le dépasser. Surtout quand il voyait l'état de ses papiers, gribouillés de partout, comme des cahiers de collégiens.
« Tu comptes vraiment t'installer là ?
- Bah ouais. Tu veux du café ?
- T'as du sucre ?
- Ouais.
- J'en veux bien alors. »
Aussitôt, Draco sortit sa thermos, dévissa son gobelet, en sortit un autre et enfin termina par poser des sachets de sucre sur la table. Leur prof, en conte-bas, installait ses affaires sur son bureau et ne les regardait donc pas se faire une pause café juste avant le début du cours. Il n'y avait vraiment que Draco pour apporter tout son petit-déjeuner dans son sac, comme s'il n'avait pas le temps de bouffer chez lui… Harry ne manqua pas de le lui dire tandis qu'il lui servait du café d'un air concentré.
« J'ai quasiment pas dormi de la nuit, j'ai besoin d'un remontant.
- T'avais qu'à t'y prendre avant.
- Je ne suis pas comme toi, je ne peux pas tout planifier !
- Tu ne planifies tout, mais que ce qui t'intéresse.
- Ouais, et je le vis bien. »
Le jeune homme lui fit un clin d'œil puis rangea sa thermos. Il était vraiment incroyable, se disait souvent Harry. Et dire qu'avec sa belle gueule, il pensait que ce fils de bourge était du genre à bosser comme un acharné pour prouver à la terre entière qu'il était le meilleur de tous… Mais non, ce crétin était un vrai branleur. Il bossait le minimum syndical et s'en sortait toujours avec des notes plutôt bonnes. C'avait quelque chose de très frustrant car Harry, lui, bossait tellement pour avoir un bon niveau que l'attitude de son camarade l'exaspérait au plus haut point.
Pourtant, depuis que Draco avait commencé à s'assoir à côté de lui, gribouillant plus que prenant des notes, Harry n'avait jamais cherché à vraiment le déloger de sa place, sauf les quelques fois où, vraiment, il était insupportable, avec sa manie de prendre les autres de haut, d'aiguiser sa langue de vipère pour cracher son venin sur les plus cons que lui, et de faire le mariole juste pour montrer que, lui, il avait des facilités. Cette « basse classe » dont il se moquait ouvertement, Harry en faisait partie et il ne manquait pas de le lui rappeler.
Le reste du temps, cependant, Draco était plutôt sympa. Enfin, il avait décidé de l'être avec Harry, pour une raison qui lui échappait encore, et sa présence n'était donc pas un poids, sauf quand il avait décidé d'être con. Et heureusement pour lui, Harry avait développé une certaine patience à son égard, car s'il devait le virer à chaque fois qu'il lui cassait les pieds, il ne le verrait plus beaucoup.
« Tu sais que Pansy a largué son mec ? Tu sais, le roux, là…
- Draco, le cours commence, donc tais-toi.
- Putain, t'es vraiment pas drôle…
- Si je suis pas drôle, va rejoindre tes potes derrière.
- Je peux pas suivre le cours, si je reste avec eux.
- Alors arrête de parler et écoute. »
Le blond leva les yeux au ciel et fit semblant de prendre des notes sur son cahier, tandis que leur professeur faisait un rapide rappel du dernier cours. Sachant déjà ce qu'il allait raconter, Harry jeta un regard furtif à son voisin.
Comme souvent, Draco portait des vêtements qui ne correspondaient pas forcément à son physique de premier de la classe et qui auraient donné un look dégueu à n'importe qui, sauf lui. Parce que lui, il était bien foutu, il avait une belle gueule et un style bien à lui. Ainsi il portait un jean foncé qui avait connu des jours meilleurs et une vieille chemise élimée à gros carreaux noirs et rouges retroussés aux manches et grande ouverte, laissant voir son t-shirt métalleux juste en-dessous. La veille, il portait déjà cette chemise et sans doute l'avait-il enfilée ce matin sans trop réfléchir. Et parce que Draco n'était pas frileux, il portait son éternelle veste en cuir et pas d'écharpe, parce qu'il était un dur de dur et les écharpes, c'est pour les tapettes.
Souvent, Harry lui disait qu'il était complètement con, et ça faisait rire le blond, parce que lui le trouvait beaucoup trop habillé pour la saison. On n'était même pas encore en hiver qu'il avait déjà sorti les cols roulés. Cela dit, dans un sens, le brun ne regrettait pas que Draco ne mette pas d'écharpe ou de bonnet. Ça évitait que ses cheveux ne cachent ses trop nombreux piercings aux oreilles et cet écarteur qui avait fait apparition sur son oreille gauche deux semaines plus tôt, ainsi que le discret tatouage qu'il s'était fait faire dans le cou.
L'an dernier, à l'époque où ils ne se connaissaient pas encore, Draco s'était fait tatouer un flocon de neige dans le cou. C'était un tatouage d'aspect très simple, sans chichis, mais avec une foule de détails qu'on ne découvrait qu'on étudiant plus attentivement le motif. Les lignes grises entourant les parties blanches donnaient au dessin une grande légèreté et une belle impression de mouvement.
Harry n'avait pas de fascination particulière pour les tatouages, mais c'était la première chose qui l'avait marquée, chez lui. Ça rendait bien sur sa peau, cela accentuait sa beauté froide. Certains disaient qu'il poussait la provocation un peu loin et qu'il lui serait compliqué de trouver un boulot avec un tatouage dans le cou. Harry était plutôt d'accord avec eux. Et même très d'accord. Mais ça lui allait tellement bien qu'il ne lui avait jamais pris la tête avec ça.
Un soir, alors qu'ils avaient bon coup dans le nez, Harry lui avait que ça lui allait si bien qu'il avait l'impression qu'il était né avec. Alors Draco lui avait fait un sourire magnifique, et quand Harry s'était penché pour déposer un baiser dans son cou, le blond avait éclaté de rire.
« Je peux savoir ce que tu fais ? »
Draco leva les yeux vers lui en haussant un sourcil. C'était son grand truc, le haussement de sourcil. Petit con, eut-il envie de lui dire, en réponse.
« Arrête de t'écrire sur la main.
- Je me fais chier.
- Prends des notes, ça t'occupera. »
Le blond leva les yeux au ciel et continua à dessiner sur sa main avec son Bic. On aurait dit un adolescent, mais Harry le connaissait beaucoup trop à présent pour y voir une simple lubie.
Draco adorait dessiner.
C'était une passion dévorante, un besoin presque viscéral qui lui apportait autant de bonheur que de malheur. C'était des envies d'ailleurs et des restrictions, c'était une partie de sa vie et un de ses plus grands regrets. Dans un monde idéal où chacun faisait de sa vie ce qu'il entendait, Draco serait devenu illustrateur, dessinateur, imaginateur. Mais dans leur monde à eux, il n'était qu'un excentrique plutôt doué avec son crayon qui avait intérêt à se trouver un boulot alimentaire s'il ne voulait pas que ses parents lui coupent les vivres et s'il souhaitait s'adonner à sa passion sur son tems libre.
Ses deux premières années de fac avaient été compliquées à cause de ça. Il s'était lancé dans une licence sur les métiers du livre parce qu'il adorait lire et parce qu'en devenant libraire ou quelque chose du genre, il pourrait avoir un boulot pas trop mal payé et du tems libre à côté pour faire ce qu'il aimait vraiment faire. Mais il était compliqué de maintenir sa motivation quand elle n'était alimentée que par ce potentiel temps libre, qu'il mettrait des années à atteindre. Son vrai rêve, à lui, c'était d'être artiste.
Sa troisième année avait débutée difficilement mais Draco avait eu vite fait de remonter la barre. Certains disaient que sa rencontre avec Harry lui avait remis du plomb dans la tête. Mais le brun n'était pas de cet avis-là. Draco avait toujours eu beaucoup de plomb dans la tête et n'était pas aussi irréfléchi qu'il n'en avait l'air. Au contraire, il avait si cruellement conscience de la situation qu'il lui était difficile de trouver la motivation de se lancer dans une formation qui ne lui apporterait jamais ce qu'il voudrait vraiment.
Et au fond de lui, Draco en avait assez d'être le premier de la classe qui bosse pour faire plaisir à ses parents et qui met de côté tout ce qui fait de lui une personne à part entière.
« Qu'est-ce que tu fais ?
- Des flocons de neige.
- C'est pas encore la saison…
- Bientôt, tu verras ! Il neigera à Noël, j'en suis sûr.
- Si tu le dis.
- Je peux te dessiner sur le bras ?
- Draco !
- Allez, s'il te plait. »
Harry poussa un soupir à fendre l'âme tout en levant les yeux ciel. Il n'y avait personne derrière eux et les gens ne faisaient jamais vraiment attention à ce qu'ils mijotaient, même si Draco était le genre de personne que tout le monde suivait des yeux, parce qu'un beau pédé blond avec un flocon de neige dans le cou, ça attirait forcément les regards. Mais comme Harry était la caricature même de l'étudiant binoclard scotché à son PC qui devait sans doute regarder des vidéos de cul de temps en temps sur le net, parce qu'on ne l'avait jamais vu avec la moindre petite copine, on leur fichait généralement la paix. Sauf quand on venait les voir et qu'on demandait à Draco quand est-ce qu'il arriverait à dévergonder son pote, et que ce dernier répliquait qu'il essayait, mais qu'il était tellement étroit d'esprit que ce n'était pas gagné… Harry avait toujours envie de le taper quand il répondait ça.
Même si ce n'était vraiment pas le moment et qu'il n'avait pas envie d'avoir le bras recouvert de tatouages à l'encre Bic si tôt le matin, Harry céda et remonta la manche de son pull. De toute manière, il ne parvenait jamais à lui dire non très longtemps, et puis Draco ne prendrait aucune note du cours, vu comment il était parti. Alors, tout en prenant des notes, Harry le laissa tracer des lignes sur son bras et dériver sur sa main quand il n'était plus en train de taper. Ce petit manège dura un bon moment, et quand il sentit le blond s'acharner sur son poignet, Harry regarda quand même ce qu'il était en train de dessiner sur sa peau. Il était en train de tracer un motif compliqué fait d'arabesques et qui devait représenter un oiseau en train de s'envoler.
« Tu fais un oiseau ?
- Ouais. Ca te plait ?
- Ca va.
- Sois plus enthousiaste ou sinon je te dessine une bite.
- M'en fous, j'ai un pull.
- Je te la ferai sur la main.
- Je ferai un gros pâté dessus.
- Enfoiré. »
Sans jamais décrocher du cours, Harry le regarda terminer son oiseau. Draco se recula un peu, fronça le nez, l'air peu satisfait. Harry trouvait ça toujours adorable quand il fronçait le nez.
« Pourquoi tu ne prendrais pas rendez-vous avec un tatoueur pour faire un stage ?
- Dis pas de bêtises.
- La seule personne qui dit des bêtises, ici, c'est celle qui prétend venir en cours mais qui dessine des oiseaux sur le bras de ses voisins. Putain je rêve où t'as dessiné un caca sur mon bras ?!
- C'est pour te punir.
- Punir de quoi ? De te dire la vérité ?
- Je peux pas arrêter, mes parents me tueraient. Et j'ai besoin de leur thune.
- Ils ne sont pas obligés de savoir. »
Tandis qu'il tapait quelques lignes sur son document, Draco leva les yeux vers lui. Ses parents étaient toujours une affaire délicate et il y avait eu tellement de tensions avec eux quand il avait préféré s'engager dans la filière du livre plutôt que du droit, de la médecine ou de l'économie que le jeune homme entretenait une relation un peu particulière avec eux. Il les adorait, ses parents, mais vivait dans la crainte qu'un jour ils lui en mettent vraiment une et lui coupent les vivres, ce qui sonnerait la fin de tout.
« Si tu disais demain à tes parents que tu veux être tatoueur ou dessinateur, ils t'arracheraient les yeux.
- Ne compare pas nos parents, Draco. J'ai toujours voulu bosser dans l'édition.
- Je peux pas me lancer là-dedans.
- Rien ne t'empêche de contacter des tatoueurs. T'as rien à perdre.
- Si. J'aurais plus la motivation de venir ici.
- Je te forcerai à venir.
- C'est pas une bonne idée, Harry.
- C'est cette formation qui n'est pas une bonne idée. Tu ne t'épanouis pas, ici, et on le sait tous les deux. »
Quand le brun tourna à nouveau la tête vers lui, Draco venait de dessiner un gros cœur autour de la crotte qu'il avait tracée plus tôt, et en le voyant faire, agacé, Harry reprit son bras. Le blond se marra et le laissa tranquille. Il fit semblant de prendre quelques notes, comme pour prouver que si, il avait sa place dans cet amphithéâtre, mais Harry n'était pas dupe. Et il avait bien raison, car Draco craqua très vite.
« Tu vas chez Daphné, ce week-end ?
- Nan, j'ai du boulot.
- T'as plus qu'un devoir à rendre et…
- Je n'irai pas.
- T'es pas drôle.
- Nan, je suis pas drôle.
- Je ne veux pas y aller seul.
- J'ai dit non, Draco.
- Parfois, quand tu me parles, j'ai l'impression d'entendre ma mère.
- Parce que tu n'aimes pas quand on te dit non et tu ne sais pas t'arrêter.
- Je peux venir chez toi, ce soir ?
- Je bosse, cette aprem'.
- Je sais. Je bosserai à la bibliothèque en attendant.
- Comme tu veux. »
Ils échangèrent un rapide regard, se sourirent, puis Harry reprit le fil du cours, tandis que Draco gribouillait sur son cahier, ce qu'il fit jusqu'à la fin, sans jamais prendre la moindre note.
OoO
Pour un mois de décembre, Draco trouvait qu'il faisait plutôt bon. Ils avaient eu un mois de septembre plutôt capricieux et un automne assez rude, les températures actuelles lui paraissaient donc assez clémentes. Bien sûr, Harry n'était pas de son avis, mais il était si frileux qu'au final, son avis ne comptait pas. Il s'habillait trop et son corps s'habituait ainsi à ne jamais avoir froid, et au moins coup de vent, le brun devenait aigri comme une petite vieille.
Un petit vent frais balayait la rue, mais ce n'était pas assez pour décourager les fumeurs de s'en griller une. Après un petit bras de fer dans l'amphithéâtre, Draco avait finalement réussi à faire céder Harry et ils se retrouvaient là, assis sur un petit muret, à attendre que le blond ait terminé de rouler sa cigarette pour enfin l'allumer. C'avait tendance à toujours faire rager Harry, parce qu'il détestait tellement le froid qu'il ne comprenait même pas que Draco ne prépare pas ses clopes à l'avance ou qu'il ne les achète pas toutes prêtes, comme tout le monde.
Mais Draco aimait rouler ses cigarettes. Et surtout, il adorait, il n'y avait pas si longtemps, faire mine de perdre son temps pour gagner quelques précieuses minutes en sa compagnie.
Cependant, jamais il ne s'aventurerait à le lui dire. Cela n'aurait guère de conséquences, mais Draco trouvait cela gênant. Alors il préférait continuer à rouler ses clopes dans le froid, écouter Harry se plaindre, puis l'allumer et la fumer le plus lentement possible, car il n'avait droit qu'à une seule cigarette et il fallait qu'elle dure le plus longtemps possible. Après quoi Harry se lèverait, comme toujours, estimant qu'ils avaient perdu assez de temps comme ça.
« Tu finis à quelle heure, ce soir ?
- Dix-huit heures trente.
- Si tard ?
- Ouais.
- La bibliothèque sera fermée avant…
- T'iras boire un café.
- La cafet' sera fermée.
- Commence pas à me prendre la tête…
- Et comment ça se fait que tu finisses si tard ?
- C'est bientôt le bac blanc, du coup on m'a rajouté des heures. »
Draco fit un mouvement de tête, signe qu'il comprenait. Quasiment depuis son entrée à la fac, Harry donnait des cours particuliers à des collégiens et lycéens. Il avait un bon niveau dans tout ce qui était lettres et histoire, parce qu'il adorait ça, et il avait de bonnes capacités en sciences, du moins assez pour aider des collégiens. Draco n'avait pas de patience et, dans le fond, il l'admirait un peu. Et l'enviait, aussi. Lui, il n'avait jamais bossé de sa vie et il n'en éprouvait pas vraiment l'envie. Enfin, pas dans ces jobs d'étudiants chronophages et épuisants. Donner des cours, il pourrait, mais une part de lui disait qu'il n'en serait jamais capable et qu'il ne tiendrait pas la route bien longtemps. Cette part de lui était une garce. Mais entre elle et l'argent de ses parents, Draco n'avait pas vraiment de motivation pour bosser.
Ouais, il était fainéant, dans le fond. A croire qu'il avait trop bossé durant son adolescence et qu'à présent il n'était plus bon à rien. Ce n'était qu'une excuse, et Harry le lui disait souvent, mais ses parents ne le motivaient pas à s'engager dans un emploi à côté de ses études et préféraient qu'il s'y consacre totalement, de peur qu'il ne finisse par tout lâcher pour se trouver un travail et tout abandonner. Même si au final, le jeune homme ne bossait pas beaucoup et passait plus de temps sur les réseaux sociaux et à dessiner sur tout et n'importe quoi qu'à apprendre ses cours.
« Et demain tu bosses aussi, c'est ça ?
- Ouais. Je finis à la même heure.
- Je vais essayer de finir mes travaux ce soir et demain.
- T'as ce week-end pour bosser, aussi.
- Je peux squatter chez toi ?
- Seulement si tu t'es avancé ce soir et demain.
- Ne me dis pas qu'il me reste mon week-end si c'est pour me faire bosser avant !
- On ne vit pas ensemble, je te signale, t'as un appart'.
- Le tien est mieux.
- Bosse et tu pourras venir.
- On dirait presque du chantage.
- C'en est.
- Enfoiré. »
Harry lui fit un sourire et un clin d'œil, avant de regarder à nouveau son portable. Draco adorait son sourire, sans doute parce qu'il était assez rare. Harry était le genre d'hommes qui ne sourient pas pour rien et qui portent en eux une certaine mélancolie, à l'image du temps et du ciel gris qui les surplombait depuis des jours. Mais il fallait dire aussi que Harry était encore plus beau quand il souriait. Et quand il riait, il était juste canon.
« Salut les garçons ! »
Le jeune homme fut arraché à ses pensées quand, soudain, Lavande et Parvati apparurent devant eux. Draco eut beaucoup de mal à cacher son agacement, et à vrai dire, si Harry n'avait pas été là, il les aurait envoyées chier, toutes les deux. Mais il ne pouvait guère se le permettre en sa présence, même s'il en crevait d'envie : il avait réussi à attirer Harry dehors et elles étaient en train de saloper leur petit moment à deux.
« Salut !
- Salut !
- Vous voulez un truc, les filles ?
- On peut pas juste vous dire bonjour ?
- Non, vous voulez forcément quelque chose.
- Tu vas à la fête de Daphné, ce week-end ?
- Nan, j'ai du boulot.
- Allez, s'il te plait ! »
Il n'y avait pas à dire, Draco détestait ces deux garces. Généralement, il se méfiait toujours des filles, car c'étaient de vraies pestes, souvent pires que les hommes. Elles l'énervaient, avec leurs gros seins, la courbure de leurs hanches, leur maquillage… Et ces deux connes étaient les prototypes mêmes de l'étudiante toute mignonne, bien sapée et irréprochable à tout point de vue.
Et Draco détestait ça. Cette pseudo perfection qu'il voyait en elles et qui, dans un sens, lui faisait peur.
Ouais, il détestait les filles. Surtout celles-là.
Celles qui regardaient Harry avec des pensées bien précises en tête.
« J'ai du boulot, les filles, ça sert à rien d'insister.
- Mais ça va être une super soirée !
- Draco, t'y vas toi ?
- J'en sais rien.
- Allez, c'est ta pote ! Tu peux pas lui poser un lapin ! »
Harry avait décidé de ne pas y aller, il n'avait donc aucune raison d'y mettre les pieds. Ça le faisait chier, parce que les soirées chez Daphné étaient toujours d'enfer, mais malheureusement, Draco faisait partie de ces gens qui ne se déplacent qu'à deux. Et son partenaire comptait bosser ce week-end. Et de toute façon, il n'aimait pas vraiment ce genre de fêtes, où on picolait un peu trop et où on finissait forcément par tout dégueuler dans le cabinet des toilettes, quand tout se passait bien.
« Je suis pas marié à elle ! Et j'en sais rien, je vais voir.
- Allez, les garçons, venez !
- Ca va être d'enfer ! »
Plus elles insistaient, et moins Draco avait envie d'aller à cette soirée et d'essayer de convaincre Harry de bouger son cul. Même s'il savait déjà que Lavande et Parvati étaient invitées et ne manqueraient pas d'y aller, Draco ne voyait pas leur présence, et celles d'autres invités qu'il n'aimait pas, comme un problème en soi. Mais à présent qu'il les voyait, toutes les deux, avec leur visage fardé, leur rouge-à-lèvres trop marqué et leurs grandes lunettes mangeant leur visage de poupée, le jeune homme ne voulait plus s'y rendre.
Il n'avait pas envie de se battre. Il ne voulait plus aller à cette soirée perdue d'avance où il lutterait en vain pour garder toute l'attention de Harry et où il finirait dans un coin à fumer cigarette sur cigarette parce que voir toutes ces filles lui tourner autour le rendrait malade. Surtout cette conne de Lavande, qui en début d'année avait fait circuler la rumeur qu'elle avait tapé dans l'œil de Harry et que ce ne serait plus qu'une question de jours pour qu'il tombe dans ses filets. Et puis, au bout d'un moment, le brun viendrait le chercher, le gronderait parce qu'il avait trop bu et trop fumé, et ils rentreraient en taxi chez lui. Il lui tiendrait sûrement la tête au-dessus des WC.
Ca se passait toujours comme ça. Mais à chaque fois, Draco espérait que ce serait différent. Qu'il parviendrait à faire la part des choses. Mais il n'y arrivait jamais, et inévitablement, la soirée se terminait mal pour lui.
« Ecoutez, je verrai.
- C'est vrai ?!
- Tu vas réfléchir ?!
- Ouais.
- Tu nous tiens au courant, hein ?
- Oui, ne vous en faites pas.
- C'est super !
- On se voit samedi alors ! »
Les doigts crispés sur sa cigarette quasiment finie, Draco les regarda partir. Puis, il jeta un regard de travers à Harry, qui pianotait sur son vieux téléphone. Un coup de coude dans les côtes et il levait ses grands yeux verts vers lui, l'interrogeant du regard.
« Quoi ?
- Tu leur as dit oui.
- Hein ?
- Tu leur as dit oui. A moi, tu me dis non, mais à elles, tu leur dis oui.
- Mais non, je ne leur ai pas dit oui.
- Bien sûr que si !
- Draco, c'est comme avec les enfants : tu leur dis « On verra » et ils te fichent la paix.
- Donc t'y vas toujours pas ?
- Non.
- Tu sais qu'elles vont te harceler quand elles verront que tu viens pas ?
- Et alors ?
- T'es pas gentil avec elles. Et moi qui croyais que tu étais un gentleman…
- Draco, j'ai de plus en plus de mal à te supporter en soirée. Je ne t'aime pas dans ce genre de moments. Donc ça ne sert à rien qu'on y aille, c'est toujours la même chose, et ça m'emmerde. »
Draco ne répondit rien. Nerveusement, il gratta sa cigarette contre le sol et la posa à côté de lui, pour la jeter plus tard, et sortit sa blague à tabac pour s'en rouler une autre nerveusement. Harry ne le regardait plus, à nouveau happé par son téléphone.
A cet instant, il aurait aimé que Harry le prenne dans ses bras. Ou au moins qu'il lui attrape la main, qu'il la serre fort dans la sienne, et qu'il lui dise que ça irait. Mais il n'était pas comme ça, son Harry. Les câlins, ce n'était pas son truc.
Et assumer, ça ne l'était pas non plus.
« J'avais envie de m'amuser avec toi.
- Tu ne t'amuses jamais longtemps.
- Les choses seraient différentes si…
- Tu me forces à aller à des soirées perdues d'avance. Je n'y vais que parce que tu me le demandes.
- On ne s'amuserait jamais si je ne te demandais rien.
- Tu choisis mal tes endroits.
- J'ai envie d'être comme tout le monde.
- Mais je ne suis pas comme tout le monde. »
Draco poussa un soupir à fendre l'âme. Il ne se sentait pas bien. Bien sûr qu'il savait que ce n'était pas une bonne idée, que jamais Harry ne se lâcherait vraiment et resterait avec lui jusqu'à la fin. Mais Draco avait l'espoir, malgré tout, qu'à un moment il aurait une sorte de déclic. Mais en deux mois, cela ne s'était jamais produit. Parce que Harry n'assumait pas, comme beaucoup d'autres, parce qu'il le lui avait toujours dit, que c'était compliqué pour lui, et qu'il devrait faire avec.
Et Draco faisait avec, mais avec cet espoir fou qu'un jour, Harry l'attire avec lui et danse avec lui non pas comme avec un ami.
« Je sais.
- Tu sais ce qu'on va faire ? »
Harry lui prit sa cigarette, qu'il allait allumer, et la tint entre deux doigts. Il avait un léger sourire sur les lèvres et malgré sa soudaine tristesse mêlée de colère, envers tous ces connards qui ne comprenaient rien à rien et qui mettaient à mal la plus belle histoire d'amour de sa vie, Draco le trouva vraiment adorable.
« On bosse comme des fous et samedi, on sort.
- Je croyais que tu voulais pas sortir ?
- J'ai dit que je n'irais pas chez Daphné…
- Parce que tu as du boulot.
- Le boulot, ça se gère.
- On va où je veux ?
- Où tu veux.
- T'es sérieux ?
- Ouais. »
Alors aussitôt, Draco retrouva le sourire et les nuages gris flottant au-dessus de leur tête parurent disparaître. Il lui demanda s'ils pourraient aller en boite, Harry leva alors les yeux au ciel mais accepta. Il ne lui disait jamais non, pour la boite de nuit. Car c'était le seul endroit public où ils pouvaient être collés l'un à l'autre sans que cela ne pose de problème à qui que ce soit.
OoO
Il serait bientôt temps de reprendre les cours, et à vrai dire, cette perspective ne l'enchantait pas vraiment. Ils finissaient toujours assez tôt le jeudi, mais Harry aurait à peine le temps de bosser avant d'enchaîner avec ses cours particuliers. C'était le genre de journée interminable qui, en cette période de l'année, le fatiguait plus que de raison. Il avait hâte que la semaine se termine, même s'il bossait samedi matin et qu'il n'était pas prêt de se coucher ce soir-là. Mais c'était ça ou passer une soirée un peu triste avec Draco qui lui ferait l'effet d'un chat en manque d'affection, toujours collé à lui et désireux d'être l'objet de toutes ses pensées, sans jamais lui accorder le moindre répit.
Le blond s'était assis comme d'habitude en face de lui, mais il semblait l'avoir complètement oublié. Deux de ses amis de la fac de droit les avaient rejoints à leur cafétéria et du coup plus rien n'existaient à part eux. Et dans un sens, ce n'était pas plus mal. Cela lui permettait à la fois d'avoir une vraie pause avant la reprise des cours et il n'avait plus à remonter péniblement son moral.
C'était toujours pareil, de toute façon, pensa Harry tout en avalant sans grande conviction son yaourt. Draco s'obstinait à vouloir l'emmener dans des soirées où il leur était impossible d'être vraiment ensemble. Harry savait qu'il espérait qu'il fasse un pas vers lui et qu'il assume enfin leur relation aux yeux de tous et ainsi sa sexualité, mais cette barrière que le jeune homme avait construite entre lui et le monde extérieur avait des fondations beaucoup trop solides pour ça. Ce n'était pas parce que Draco ne cachait pas son amour des hommes que tout le monde devait se comporter comme lui.
Souvent, il lui disait qu'il ne lui était jamais rien arrivé et que ce n'était pas les insultes qui allaient le freiner dans son épanouissement personnel. Mais Draco était un jeune homme ouvert, expressif, un peu excentrique et désireux de vivre comme il en avait envie, quoiqu'en pensent les autres. Il voulait exister pleinement et se moquait bien de ce qu'on disait sur lui. Et il aurait aimé que Harry en pense de même.
Personne, mis à part leurs amis les plus proches, n'étaient au courant de leur relation, car il était inenvisageable que Harry puisse être homosexuel et plus incroyable encore qu'il puisse sortir avec une pile électrique comme Draco. Ils ne se ressemblaient pas, n'avaient pas vraiment de passions communes et ne remplissaient pas vraiment les schémas du couple standard, avec un dominant et un chaton raide dingue de son homme. Ils avaient tous deux leurs caractères et se disputaient très souvent, pour ne pas dire tout le temps. Si leur amitié était déjà une étrangeté en soi, l'idée qu'il puisse être en couple était totalement invraisemblable.
Et pourtant, tout s'était fait assez vite. Un peu trop vite, même, se dit Harry, tout en sortant son téléphone qui vibrait depuis ce matin. C'était sa mère qui était déjà en plein préparatifs pour leur Noël familial et elle lui prenait la tête avec le menu, et avec ses invitations répétées à propos de Draco pour le nouvel an. Mais Harry ne savait pas vraiment s'il voulait faire le faire venir chez ses parents à une telle occasion. Cela ne faisait que deux mois qu'ils étaient ensemble, après tout.
Harry poussa un soupir et attrapa la pomme posée sur son plateau et mordit dedans. En face de lui, Draco discutait avec son voisin de droite et avait donc la tête tournée. Harry pouvait donc voir à loisirs le flocon de neige tatoué dans son cou.
Un flocon qui avait attiré son regard, des mois plus tôt, et qui avait fait de ce blondinet un peu trop bruyant un être à part.
Un flocon qu'il adorait embrasser quand Draco était contre lui ou quand ils faisaient l'amour.
« T'es pas sérieux ?!
- Mais si je te jure !
- Putain mais tu déconnes, sérieux !
- Sérieusement, Harry, comment tu fais pour le supporter ?
- Je le laisse dessiner sur mes bras. »
Un flocon qui les avait amenés à discuter, parce qu'ils avaient des amis communs et que Harry aurait vraiment voulu discuter cinq minutes avec ce garçon singulier. Le contact était passé assez bien, même si ce jour-là, tous deux avaient été comme intimidés de se parler. Après tout, ils n'avaient pas spécialement d'atomes crochus et Draco était vraiment trop déluré pour lui. Trop pédé, aussi. Mais ça, il n'allait pas lui dire. Du moins, pas à ce moment-là.
Mais les choses avaient vite changé, car Draco s'était mis en tête de dérider ce gars un peu trop sérieux. A ce moment-là, Harry ne savait pas encore que cette petite conversation qu'ils avaient eue ensemble, où ils n'avaient échangé que des banalités, avait complètement chamboulé le blond. Ainsi, bien que la tâche soit ardue, il s'était mis en tête de le séduire et s'emparer de son cœur bien protégé derrière ses trop nombreuses couches de vêtements.
« Fais voir ton bras !
- Tu les prends toujours en photo, Draco ?
- J'essaie mais il est pas très coopératif…
- Ah ouais quand même ! Putain, tu lui as dessiné une crotte ?!
- Ouais, il m'emmerdait.
- Tu vas te venger Harry ?
- C'est un cas désespéré, qu'est-ce que tu veux que je fasse… »
Cependant, Draco n'avait pas besoin de lui faire la cours pour le séduire, et il le comprit assez vite. Il fallait juste le convaincre de franchir le pas, et surtout, qu'il accepte l'idée que Harry n'assumait pas sa sexualité et qu'il faudrait faire avec. Les explications sur le sujet, ils n'en avaient pas vraiment eues, mais Draco n'en avait pas besoin car il les connaissait déjà par cœur. Mais au cours d'une conversation, où ils étaient tous les deux assis sur un banc dans un grand parc, à attendre leurs amis, Draco avait fini par craquer et lui demander pourquoi Harry ne lui avait toujours pas demandé de sortir avec lui.
Alors, le brun avait hésité, et puis finalement, il lui avait avoué qu'il lui plaisait beaucoup mais qu'il ne savait pas s'il saurait le rendre heureux, parce qu'il n'assumait pas. Ses parents savaient, ses amis proches aussi, mais il ne pourrait jamais lui prendre la main dans la rue, l'embrasser où il voulait et quand il voulait, ni se montrer un minimum tactile avec lui à la fac. Il était prêt à faire des efforts, pour lui, à essayer d'aller de l'avant et d'arrêter de tout cacher, mais il ne savait pas si ce serait assez et si Draco arriverait à tenir. Du coup, pour éviter de lui faire du mal et de se faire larguer parce qu'il ne serait pas assez bien, Harry préférait ne rien lui demander.
Et puis, soudain, Draco l'avait embrassé sur la bouche. Et lui avait dit qu'il pouvait lui demander de sortir avec lui, maintenant. Et Harry l'avait fait, son cœur s'emballant dans sa poitrine quand Draco lui sourit d'un air soulagé et heureux. Avant de l'embrasser une dernière fois…
« J'avoue que tu crains.
- Le seul mec qui te supporte, tu lui écris des cochonneries dessus !
- C'est pas des cochonneries, il était chiant. Et j'ai pleins d'amis, connards !
- Des masochistes comme lui, nan, t'en as pas d'autres ! »
Harry ne put s'empêcher de sourire en les entendant. Il comprenait parfaitement leurs sous-entendus, et à vrai dire, les amis de Draco étaient tellement soulagés qu'il se soit enfin trouvé un copain stable et posé qu'ils passaient leur temps à essayer de le faire murir un peu, histoire qu'il se rende compte de la chance qu'il avait. Ils s'étaient mis si vite ensemble que personne n'avait cru que ça tiendrait. Mais quand ils avaient franchi le cap du premier mois, au cours duquel Harry le présenta à ses parents venus passer un week-end dans son appartement, les amis de Draco devinrent extrêmement protecteurs envers leur couple.
C'avait même quelque chose de gênant, parfois. Surtout pour Draco, en fait, qui à un moment donné ne savait plus où se mettre, avec cette relation où il se sentait épanoui mais où tout allait trop vite, et les sentiments qu'il nourrissait pour Harry et qui amenaient ce dernier à faire de plus en plus d'efforts envers lui. Dernièrement, Draco lui avait dit qu'il était heureux avec lui, même s'il n'était pas simple, et qu'il ne l'échangerait pour rien au monde. Mais il y avait des moments où il avait la sensation d'être un poids.
Alors Harry dut lui faire comprendre que le seul poids qu'il se trainait, dans sa vie, c'était celui du regard des autres.
Il n'avait pas honte de Draco.
Il avait juste honte de lui-même.
Ces mots le rendaient souvent triste, et Harry détestait voir Draco triste. Mais ça allait de mieux en mieux, et ça, le blond le savait. Il le voyait.
Un jour, Harry serait fier de ce qu'il était. Mais même si ce jour approchait, il n'était pas pour tout de suite.
OoO
A côté de lui, Marcus semblait s'être endormi sur son bouquin. Un peu plus tôt, il lui avait dit qu'il était vraiment fatigué et qu'il avait besoin de fermer ses yeux, et depuis, il ne les avait plus rouvert. Draco ne l'avait pas réveillé, en grande partie parce que vue l'heure, ils n'étaient de toute façon plus vraiment opérationnels pour bosser. Bon, Draco avait quand même beaucoup bossé et quasiment terminé ses travaux à rendre. Ne manquaient plus qu'une bonne relecture, deux ou trois corrections et des conclusions par-ci, par-là. En somme, le jeune homme pouvait être fier de lui.
D'un autre côté, il n'avait pas vraiment eu le choix. Il avait des devoirs à rendre et, surtout, s'il voulait éviter de bosser chez Harry, il avait tout intérêt à se motiver pendant que lui donnait ses cours particuliers. Ses amis lui disaient qu'il pourrait au contraire bosser en même temps que lui, ça lui donnerait une motivation, d'autant plus que le brun était un acharné du travail. Mais à vrai dire, Draco détestait ces moments où ils étaient tous les deux devant leurs PC, généralement silencieux et enfermés dans leur bulle. Quand Harry était le seul à étudier ou plancher sur ses devoirs, Draco s'occupait autrement. Il rangeait un peu, préparait le repas, jouait à des jeux en ligne ou dessinait.
En fait, Draco passait sa vie chez son copain. Il avait un appartement pourtant, payé par ses parents qui voulaient le rapprocher de son université, mais plus le temps passait, et moins le jeune homme rentrait chez lui. Très vite, il avait commencé à squatter chez Harry, d'abord pour passer un peu plus de temps avec lui, et ensuite parce qu'il ne lui disait jamais non et qu'ils aimaient, dans le fond, vivre ensemble. Parce que même s'ils étaient très différents, ils avaient des sentiments l'un pour l'autre et ressentaient ce besoin de se voir plus souvent qu'à la fac, où ils n'étaient que deux amis.
Enfin, en tout cas, Draco avait besoin de le voir, de l'embrasser, de lui faire des câlins et de lui parler comme il n'en avait pas l'occasion de le faire sur leur lieu d'étude. Et autant Harry était très fermé dans sa vie publique, autant il était vraiment adorable dans sa vie privée. Ce qui l'avait attiré, chez lui, c'était à la fois son beau visage, son air de premier de la classe et son petit côté brun ténébreux. Mais ce qui l'avait vraiment fait craquer, c'était son sourire, son humour et cette douceur qu'il n'avait découverte qu'en entrant dans son intimité.
Soudain, Draco sursauta en entendant un message diffusé par les haut-parleurs de la bibliothèque. Il se passa une main fatiguée sur le visage tandis qu'une fois grave et grésillante leur demandait de quitter les lieux. Le blond donna un coup de coude à Marcus qui gémit. L'annonce l'avait réveillé mais pas du tout motivé à se lever.
« Allez Marcus, on y va.
- J'suis mort.
- Ouais, moi aussi. Allez, on va aller boire un verre.
- Hein ? Tu rentres pas chez toi ?
- Nan, je vais chez Harry, mais il rente un peu tard.
- Quand est-ce qu'il va te donner les clés de chez lui, ce crétin ?
- Ca ne fait que deux mois qu'on est ensemble, ça ne se fait pas comme ça.
- J'suis trop mort pour rester avec toi, désolé.
- Pas grave. Je vais boire un verre tout seul.
- Fais donc. »
Ils rangèrent leurs affaires et son ami parvint à trouver la force de se lever. Lentement, ils gagnèrent la sortie de la bibliothèque, et histoire de ne pas se rendormir en chemin et se prendre une rangée de bouquin dans la tronche, Marcus lança la conversation sur Harry, si casse-pieds avec ses petites manies. Ils en vinrent à parler de la soirée chez Daphné à laquelle ils ne se rendraient pas et de ce qu'ils avaient prévu à la place. Bien que peu réveillé, son ami lui promit de réfléchir car peut-être qu'il trouverait la force de les rejoindre avec son copain. Mais ce n'était gagné, vu son état de fatigue.
Ils passèrent les portes de la bibliothèque et allaient prendre le chemin du métro, car au point où il en était, autant l'accompagner jusqu'à la station, quand Draco vit soudain devant les portes, dans l'obscurité de la nuit, sa meilleure amie Pansy et sa copine Tracey. Penchée en avant, cette dernière tremblait et serrait ses bras autour d'elle comme pour se réchauffer. Aussitôt, le blond pressa le pas vers elle, tirant un Marcus complètement déconnecté de la réalité.
« Ca va, les filles ?
- Ouais, on fait aller. »
Pansy fit la grimace, et en s'avançant, Draco fronça les sourcils en voyant que Tracey pleurait. Des larmes coulaient le long de ses joues, et à chaque fois, une de ses mains venait les essuyer rageusement. Ce n'était pas vraiment le genre de fille facile à bouleverser et la voir dans un tel état étonna vraiment Draco, qui du reste ne l'avait jamais vue pleurer. Et Pansy paraissait bien embarrassée. Un peu comme si elle ne savait pas quoi faire.
« Qu'est-ce qui se passe ?
- Pourquoi tu pleures ?
- Lisa m'a trompée.
- Hein ?! T'es sérieuse ?! »
Soudain bien réveillé, Marcus la harcela de questions. Cela faisait presque un an que Tracey et Lisa sortaient ensemble, et en dépit d'une relation plutôt chaotique, avec des hauts et des bas, les deux filles avaient réussi à tenir et à fonder une relation solide. Les principaux problèmes qu'elles avaient rencontrés étaient dus aux difficultés qu'avait Lisa d'assumer son homosexualité. Et à vrai dire, c'avait été tellement compliqué à gérer pour Tracey qu'elle avait vraiment mis en garde Draco quand il avait décidé de courtiser Harry, ce qui ne l'avait pas empêché de lui faire des avances et de s'engager avec lui.
« Marcus, du calme !
- Nan mais sérieusement, t'es sûre qu'elle t'a trompée ?
- Oui. On n'est plus ensemble. »
Tracey renifla, regardant sur le côté. En la voyant si colère, et à la fois si malheureuse, Draco pensa à Harry, qui bossait trop, qui ne pensait pas à lui, qui stressait pour un rien et qui lui consacrait au final beaucoup trop de temps, comparé à celui qu'il s'accordait à lui-même.
« Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Elle t'a trompé avec qui ?
- Avec un homme. »
Aussitôt, Draco braqua son regard sur elle, stupéfait. Avec… avec un homme ? Lisa avait couché avec un homme ? Comment était-ce possible, elle qui aimait les femmes et qui ne jurait que par elles ?
« Hein ? Un mec ?
- Ouais.
- Et comme tu le sais ?
- Elle me l'a dit.
- Mais… mais pourquoi ?!
- Parce que… Parce que putain, elle veut pas le dire à ses parents ! Elle veut pas les décevoir, elle veut pas leur dire qu'elle est gouine ! Alors, pour pas les décevoir, elle a décidé de redevenir hétéro… Putain, mais la salope ! Comme si on pouvait… Je la déteste ! »
Et cette fois, Tracey fondit en larmes, se cachant son visage dans ses mains. Aussitôt, Pansy s'approcha d'aller pour tapoter maladroitement son épaule, tandis que Marcus insultait copieusement Lisa, même si cette dernière ne pouvait pas l'entendre.
Draco, lui, se déconnecta complètement de la réalité. L'espace d'un instant, il imagina Harry, son Harry, en train d'embrasser Lavande, Parvati ou une autre de ces connes qui lui tournaient autour depuis des mois. Et cette image dans son esprit lui creva le cœur. Il eut soudain du mal à respirer et perdit l'équilibre l'espace d'une seconde.
Harry ne ferait jamais ça. Il n'assumait pas, mais il était homo, il aimait les hommes, il aimait faire l'amour avec lui, il l'embrassait dans le cou quand ils étaient tous les deux… Et pourtant, malgré toutes ces pensées, Draco ne parvint pas à calmer les battements effrénés de son cœur et l'angoisse qui commençait lentement à faire son chemin dans son esprit.
Et si Harry le quittait ? Et s'il se tapait une fille, pour voir ? Pour correspondre enfin à ce qu'on attendait de lui, pour enfin être libre de tenir la main de quelqu'un dans la rue et de l'embrasser quand il le souhaitait ?
Draco avait vraiment du mal à respirer. Il devait rentrer, absolument, et se rassurer. Il attendit quelques minutes avant de leur fausser compagnie, laissant Marcus et Pansy s'occuper de Tracey qu'ils comptaient ramener vers le métro une fois qu'elle se serait un peu calmée. Devinant peut-être ses propres angoisses, ses amis ne firent aucune remarque et le jeune homme gagna alors le plus rapidement possible la station à proximité.
Le trajet jusqu'à son appartement lui parut extrêmement long. Et pourtant, vu l'heure, il n'avait pas vraiment intérêt à trop se presser s'il ne voulait pas attendre sur le pallier que Harry rentre chez lui. Un changement un peu de casse-pieds, avec des couloirs encombrés et une attente trop longue sur le quai, lui fit perdre du temps, mais vu l'heure il était à présent certain que son copain serait rentré chez lui quand Draco sonnerait à sa porte.
Mais il fallut encore supporter quelques minutes de métro et marcher jusqu'à chez lui. L'air frais de la nuit lui fit du bien, et quand il vit un peu plus loin son immeuble et sa fenêtre allumée, Draco parvint à se calmer. Il avait paniqué pour rien, c'était complètement stupide de perdre la tête pour une histoire pareille. Lisa et Harry étaient deux cas de figure différents, l'une craignait de décevoir sa famille et ses proches, l'autre craignait les critiques et les regards de travers. Et puis, en plus, Harry avait fait des efforts depuis leur mise en couple, il lui prenait parfois la main dans la rue et il leur était arrivé de s'embrasser au cinéma, devant leurs amis, et parfois, rarement, dans la rue.
Et pourtant, Draco ne parvenait pas à calmer ses angoisses. Il n'était pas impossible que Harry retourne sa veste et aille fricoter avec une femme, pour se donner bonne conscience ou juste pour tester. A vrai dire, ils n'en avaient jamais parlé mais Draco supposait qu'il avait déjà couché avec une fille, plus jeune, mais cette idée le dégoûtait tellement qu'il avait préféré ne jamais aborder le sujet. Lui, il n'avait jamais cédé à la pression de ses parents, de ses amis ou de ces gonzesses qui étaient tombées amoureuses de lui. Mais en parler avec Harry, comme ça, d'un coup, ce serait malvenu. Ils pourraient s'engueuler. Et Draco n'en avait pas envie.
Tout ce qu'il voulait, c'était être rassuré. Rien de plus.
Et l'embrasser, aussi. Ils ne s'étaient pas embrassés de la journée et ses lèvres brûlaient presque à cause du manque.
Harry habitait au deuxième étage, mais plutôt que d'attendre l'ascenseur, le jeune homme grimpa les escaliers et sonna, piétinant sur place. Quand le brun lui ouvrit, Draco sentit son corps se détendre. Le voir avait toujours un effet relaxant sur lui, surtout à cet instant.
« Bonsoir, Draco. Entre. »
Il ne se fit pas prier, et à peine entra-t-il qu'il enlaça le cou de Harry pour l'embrasser. Ce dernier le prit dans ses bras et répondit tendrement à son baiser. Il entrouvrit les lèvres quand Draco se montra plus pressant, tenant son visage entre ses mains et glissant sa langue entre ses lèvres. Harry recula et se laissa gentiment plaquer contre le mur, tandis que ses mains passaient sous sa veste ouverte pour caresser son dos à travers sa chemise et son t-shirt.
Petit à petit, leur baiser perdit de sa vigueur et se termina en de petits bécots qui les firent sourire. Draco finit par blottir son visage contre son épaule pour fermer les yeux et respirer son odeur, poussant un long soupir de bien-être quand Harry l'embrassa dans le cou, sur ce tatouage qu'il s'était fait des mois plus tôt parce qu'il adorait la neige et qu'il voulait être aussi froid et dangereux qu'elle, tout en sachant qu'il lui suffirait de rencontrer un beau soleil pour fondre lamentablement.
Mais ça ne le dérangeait pas de fondre contre Harry. Au contraire, il adorait ça.
« Ca été, cette après-midi ?
- Ouais. Toujours pareil, hein. Et toi, avec Marcus ?
- Il était mort. Mais j'ai bien bossé.
- C'est vrai ?
- Bah oui, crétin. Avec toi, j'ai pas le choix de toute façon. »
Cette remarque dut le faire sourire, et comme pour mettre fin à la taquinerie, Harry déposa un long baiser dans son cou, puis fit un mouvement pour le repousser. Ils s'embrassèrent une dernière fois, puis Draco retira sa veste et ses pompes tandis que Harry retournait dans l'unique pièce de vie de l'appartement, si on omettait la minuscule cuisine où ils peinaient à tenir à deux. Le studio était vraiment petit, plus petit que celui où le blond vivait, mais il était plus près de l'université et, surtout, Harry n'avait ni l'envie ni le temps de se déplacer jusque chez Draco pour passer la soirée ou la nuit chez lui. Le plus simple était donc de le rejoindre dans son appartement.
Harry se rassit dans le canapé-lit et remit son ordinateur sur ses genoux. Draco lui demanda s'il travaillait et le brun lui répondit qu'il relisait son devoir pour virer toutes les fautes, il ne lui manquait plus que la conclusion. Alors, Draco s'assit à son tour dans le canapé, replia ses jambes pour être en tailleur, se tritura les doigts quelques secondes, et puis se lança.
« Harry ?
- Hm ?
- Je peux te parler ?
- Ouais ?
- J'ai vraiment besoin de te parler. »
Le brun lâcha son écran des yeux pour le regarder. Puis, fronçant les sourcils, il ferma son ordinateur d'un mouvement de main.
« Qu'est-ce qui se passe ? Tu as un souci ?
- Ouais. Enfin… Pas vraiment. Mais…
- Il s'est passé quelque chose, cette après-midi ?
- Plus ou moins. Disons que… Harry, est-ce que, pour faire plaisir à tes parents, ou même pour toi… Est-ce que tu serais capable de coucher avec une femme ? »
Draco croisa enfin son regard et la stupeur qu'il lut sur son visage lui fit piquer un fard. Il l'avait rarement vu aussi halluciné, et sur le coup, il parut même manquer de mots. Puis, il commença à se reprendre, mais Draco enchaîna, embarrassé au possible.
« J'ai vu Tracey tout à l'heure et…
- Et quoi ?! Qu'est-ce que cette conne t'a dit pour que tu penses un truc pareil ?!
- Elle s'est séparée de Lisa, elle l'a trompée avec un homme.
- Hein ? T'es sérieux ?
- Bien sûr que je suis sérieux !
- Et tu te dis que je vais peut-être faire pareil ? Nan mais Draco, tu te rends compte de…
- Tu n'assumes pas, pas plus qu'elle ! On se tient jamais la main dehors, on peut pas aller aux soirées ensemble, tu gardes tes distances, et…
- Attends attends, je t'arrête ! Une minute ! »
Les mains levées en signe de paix, Harry le regardait d'un air complètement largué. Il attrapa son ordinateur et le posa sur la table basse avant de se tourner davantage vers lui.
« Attends, Draco, on va mettre les choses au clair, et tout de suite. Même si j'assume pas, je suis homo, et ça, je le sais depuis longtemps ! J'aime les hommes et j'ai jamais cherché à me le cacher. Ma famille est au courant, mes amis les plus proches aussi, donc non, je n'ai absolument aucune raison de te larguer pour me taper une nana demain et renier tout ce qui peut me rendre heureux. Donc arrête, Draco, s'il te plait. Je peux entendre beaucoup de choses, mais ça, certainement pas.
- Mais la question peut se poser…
- Pourquoi elle peut se poser ? Depuis quand elle se pose ? Je suis gay, Draco, je n'ai aucune attirance envers les femmes, et du reste, je n'ai jamais couché avec une femme ! Je n'ai eu que des hommes dans ma vie et ça n'est pas prêt de changer. »
Sur le coup, Draco ne sut plus quoi dire. Il était partagé entre ce soulagement stupide de savoir que Harry n'avait jamais été avec une fille et qu'il ne comptait pas le faire, et cette angoisse qui demeurait là, tapie dans un coin, parce qu'elle faisait partie de ces peurs si difficiles à déloger.
« Hey, Draco… »
Harry se rapprocha de lui et voyant que Draco, toujours en tailleur, se tournait vers lui, il posa son dos contre le dossier du canapé. Il le regarda quelques secondes, puis soupira.
« Tu sais, Draco, je pense que tu te prends beaucoup trop la tête. Moi et Lisa, on est très différents et tu le sais, en plus. Elle n'a jamais caché sa bisexualité et les gros problèmes qu'elle rencontrait avec…
- Je sais, mais… J'ai paniqué, tout à l'heure. Je t'ai imaginé avec une femme et ça ne m'a pas fait du bien.
- Si j'avais voulu faire plaisir à mes parents, Draco, je l'aurais fait bien avant. Ils n'ont pas de problème avec ça, ils t'ont même rencontré et ça s'est bien passé. Et puis, comment tu peux avoir ce genre d'images en tête ? Moi, je ne m'amuse pas à t'imaginer avec quelqu'un d'autre que moi !
- Désolé.
- Je m'en fous que tu sois désolé… Ecoute, tu t'es inquiété pour rien, d'accord ? Les filles, c'est vraiment le dernier truc dont tu dois te méfier.
- Me dis pas ça, ou je vais t'empêcher de parler aux mecs.
- Il me faudra ton autorisation, pour le faire ?
- C'est déjà le cas.
- J'étais pas au courant.
- Parce que tu respectes pas les règles.
- T'es bête.
- Je sais. »
Ils se sourirent, puis, lentement, Harry approcha sa main de son visage et caressa doucement sa joue. Il y eut un silence, pendant lequel son copain regarda son visage et caressa sa peau. Puis, sa voix douce s'échappa de ses lèvres et parut caressa son cœur.
« De toute façon, que ce soit une femme ou un homme, ce serait difficile de passer après toi. »
Alors Draco ouvrit de grands yeux surpris. Il ne sut quoi lui répondre, sur le coup, touché au plus profond de lui-même par ses mots et la manière qu'il avait de le regarder.
« Ah ouais ? Je suis si bon que ça ?
- On s'en fout que tu sois bon ou pas. C'est juste que ce serait compliqué de passer après toi. »
Sa main caressait toujours sa joue et Draco se sentit si retourné, soudain, qu'il déplia ses jambes et lui monta dessus, s'asseyant sur ses cuisses pour le prendre dans ses bras et blottir son visage dans son cou. Harry l'enlaça et le serra fort contre lui, avant de caresser ses cheveux et de lever son visage vers lui pour l'embrasser sur la bouche. Le jeune homme se laissa alors emporter par la tendresse de ses lèvres, la douceur de ses mains et le plaisir de ne l'avoir que pour lui.
Quand ils s'écartèrent, ils eurent tous deux la sensation que tout allait mieux, même s'ils savaient qu'il leur restait encore un grand chemin à parcourir. Mais les peurs de Draco s'étaient envolées et celles de Harry également, car imaginer son copain se torturer avec de pareilles pensées était inenvisageable.
« Ca va mieux ?
- Ouais. Ca fait du bien de parler.
- Ouais. Je t'adore, tu le sais, ça ?
- J'essaie de ne pas l'oublier.
- Bon, je vais aller préparer le repas.
- Tu casses l'ambiance…
- Je te signale que t'as pourri l'ambiance dès que t'es entré…
- Mais on avait relevé le niveau, là !
- J'ai relevé le niveau, nuance !
- C'est pareil !
- Non, c'est pas pareil !
- Tu m'embrasses encore ?
- Nan, j'ai faim. Bouge de là !
- Encore une minute !
- Putain mais qu'est-ce que tu peux être chiant quand tu veux ! »
Il coupa court à ses plaintes en l'embrassant passionnément, enlaçant son cou et pressant son corps contre le sien. Avec un peu de bonne volonté, il parviendrait peut-être à le dévergonder un peu ce soir, mais ce n'était pas gagné. Harry ne faisait jamais l'amour quand il avait du travail. Mais Draco ne perdait pas espoir.
Il ne l'avait jamais perdu, et ce n'était pas maintenant qu'il était à lui qu'il allait commencer.
OoO
Malgré le temps maussade, le vent frais qui balayait les rues de Paris et la menace d'une pluie battante, les étudiants trainaient quand même dehors, profitant du peu de répit que leur offrait l'intercours. Tous les fumeurs étaient de sortie, s'agglutinant près des poubelles à clopes. Il y avait ceux qui sortaient leur paquet comme si ce simple geste était d'une classe absolue, ceux qui venaient gratter une cigarette, parce qu'ils étaient fauchés ou juste rats, et puis les derniers qui roulaient leur tige avec des gestes plus ou moins assurés d'étudiants pauvres et assumés. Parmi eux trainaient quelques courageux avec parfois un gobelet de café dans la main qui avaient décidé d'affronter le froid pour rester avec leurs potes.
Draco, lui, adorait le froid. Il n'était pas vraiment masochiste, c'était juste qu'il supportait difficilement les hautes températures. C'était la conséquence logique de toutes ces vacances passées en bord de mer, à barboter dans l'eau salée et collante et à passer des journées entières à lézarder sur la plage ou au bord de la piscine avec ses parents. Ces derniers adoraient la mer et comme son grand-père possédait une propriété dans le sud, Draco y passait la plupart de ses vacances d'été, jusqu'à ce qu'il soit assez grand pour demander à ses parents d'aller en colonie de vacances à l'étranger pour échapper à ce calvaire.
Ainsi, plutôt que de rester dans la salle, Draco était descendu avec tous les fumeurs pour s'en griller une, qu'importe le froid qu'il faisait. Ça ne le dérangeait pas. Mais plutôt que de s'agglutiner avec tous les autres, il préféra s'assoir sur le muret près des poubelles pour les clopes, savourant le courant d'air frais qui caressa son cou et se glissa dans ses cheveux. Il roula sa cigarette avec des gestes précis que conférait l'habitude, puis l'alluma. Son pote debout devant lui se plaignit du froid avant d'attraper son briquet et allumer la sienne.
Tout en tirant sa première bouffée, Draco jeta un coup d'œil à ses camarades sortant de la cafétéria qui se pressaient vers les locaux, un gobelet de café fumant dans les mains. Et son regard se posa sur Lui, debout parmi tous les autres, le regard dans le vide, ses cheveux noirs bouclés cachant le haut de son visage pensif.
Draco ne l'avait remarqué que l'an dernier. Pourtant, on lui avait dit qu'il était là depuis le début de la licence, mais il fallait croire qu'il était peu préoccupé par ses études, préférant se consacrer davantage à ses passions, ses soirées et ses histoires de cœur qu'il n'avait jamais vraiment fait attention à lui. Il avait capté son visage les premiers mois, mais il n'en était qu'un parmi tant d'autres. Et puis, le hasard les avait placés l'un à côté de l'autre dans l'amphithéâtre et alors son regard s'était véritablement posé sur lui.
C'était le genre de garçon qu'on remarque assez vite. Il avait les cheveux plutôt longs, noirs et bouclés, ainsi que de grands yeux verts cerclés de minces lunettes, lui donnant un air qui vous faisaient vaguement penser à un enfant, car normalement, il n'y a que les enfants qui pouvaient être aussi mignons avec des lunettes rondes sur le nez. Mais son visage n'avait rien d'enfantin. Il avait des traits beaux et imperturbables, et un air d'étudiant mystérieux que rien ne peut atteindre. Draco avait entendu son nom, un jour, un prénom qui aurait pu être banal s'il ne l'avait pas aussi bien représenté.
Bien malgré lui, Draco laissa trainer son regard sur le jeune homme marchant un peu plus loin, qui semblait pensif. Il ne portait une veste épaisse par-dessus un jean sombre qui lui tombait impeccablement sur les jambes et des Converse noires. Il portait déjà une écharpe autour du cou, bien que ce ne soit pas encore la saison.
De là où il était, Draco ne pouvait pas bien le voir. Et pourtant, malgré la distance, ses yeux retracèrent les traits harmonieux de son visage et trainèrent sur les belles lignes de sa silhouette.
Un jour, il lui parlerait.
Et peut-être que ses beaux yeux verts se poseraient à nouveau sur lui, comme ce jour dans l'amphithéâtre, quand Draco avait osé lui demander un stylo et qu'il lui avait souri en levant les yeux au ciel, parce que ce n'était pas normal de venir en cours sans avoir au moins ça sur lui.
Ouais, un jour.
Un jour, il lui reparlerait.
FIN
