Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !
Couple : Harry/Draco.
Rating : K+.
Avec un peu de retard (mais pas tant que ça vu la date à laquelle m'a été donné ce challenge), je vous souhaite à tous un Joyeux Noël et une très bonne année 2016 ! :D
Alors que je comptais éviter ce sujet cette année, car je ne parvenais pas à trouver une idée pas trop longue et relativement originale, Fiona.H13 m'a donné Christmas comme challenge. Ainsi, j'ai tenté d'écrire une histoire plus légère qui, je l'espère, vous plaira.
Je tenais à vous remercier, tous, pour votre soutien. En effet, il y a des moments où ce n'est pas toujours facile de trouver le temps, la motivation et la concentration pour écrire ces histoires, car je suis rentrée dans le monde du travail et je bouge pas mal en ce moment. Ainsi, vos commentaire, notamment sur les derniers chapitres, m'ont fait énormément de bien. Cela me motive grandement à continuer ce recueil, à vous offrir des textes et à essayer de vous faire rêver avec mes histoires. Alors, merci beaucoup pour tout ça et j'espère être plus productive cette année :D
Par ailleurs, je suis à la recherche d'une ou plusieurs bêta pour corriger les OS de ce recueil, donc si vous êtes intéressés, n'hésitez pas à me le dire ! Et comme toujours, je choisirai une review pour avoir mon nouveau challenge. Surveillez bien vos boites mail !
Et, s'il vous plait... Aucun commentaire sur le titre peu inspiré de cet OS... Vous serez charmants...
Bonne lecture !
Joyeux Noël, Berlioz !
Maman était en train de repasser le linge. Il ne la voyait pas vraiment faire, mais au mouvement de ses bras, il devinait les allées et venues du fer sur les linges propres. A vrai dire, il ne voyait que son dos et la grande tâche de ses cheveux roux qui cascadaient sur ses épaules et glissaient sur ses omoplates. Elle portait une jupe pâle. Ou peut-être une robe.
Il y avait de la musique, dans le salon. Et Maman fredonnait, annonçant les paroles, qu'il ne comprenait pas bien. Mais qu'importe, parce qu'elle chantait bien. C'était doux et ça lui donnait envie de dormir, même si ce n'était pas encore l'heure. Il aimait quand Maman chantait. Il aimait entendre sa voix. Elle était plus agréable que celle de Papa.
Il chercha Papa des yeux. Il n'était pas avec eux dans la chambre. La tristesse l'envahit un court instant, car Papa lui manquait. Il n'était pas souvent à la maison et il n'était jamais là quand Maman pleurait. Il n'y avait que lui et ça ne suffisait pas à sécher ses larmes.
Maman arrêta de chanter. Il y eut un bruit, comme une porte qu'on ouvre. Elle tourna la tête sur le côté et attendit. Lui aussi, il attendit. Il crut voir Papa dans l'entrebâillement de la porte, mais peut-être que c'était juste Parrain. Ou Tonton. Oui, c'était Tonton. Il le reconnaissait à ces traits bizarres sur le visage. Il souriait, mais il avait l'air un peu triste. Tonton avait toujours l'air triste.
Tonton était toujours triste.
Comme Maman.
Comme Papa.
Comme Parrain.
Il voulut tendre les bras pour que Tonton le prenne dans ses bras. Mais il ne le regardait pas. Il parlait avec Maman, et il avait beau essayer de les appeler, ils ne l'entendaient pas. Il voulut écouter, mais il ne comprenait pas ce qu'ils disaient et sa propre voix n'était que gémissements.
Maman cacha son visage dans ses mains et Tonton la prit dans ses bras. Lui aussi, il voulut la prendre dans ses bras, mais Maman ne l'entendait pas. Ou alors elle ne faisait comme s'il n'existait pas.
Il eut envie de pleurer.
Il voulait qu'elle tourne la tête vers lui. Mais Maman ne voulait pas qu'il voit son visage. Il était beau, pourtant.
Il s'approcha d'elle et essaya d'attraper sa jupe. Mais elle s'échappa de ses mains. En fait, elle portait un pantalon, pas une jupe. Il s'était trompé. C'était pour ça qu'il n'arrivait pas à l'attraper.
C'était pour ça qu'il n'arrivait pas à la toucher.
OoO
Harry se réveilla en sursaut. Le cœur battant à cent à l'heure, il chercha son réveil des yeux, qui sonnait de façon tonitruante non loin de sa tête. Le souffle court, il chercha à reprendre sa respiration avant de réussir péniblement à lever la main vers l'appareil pour l'éteindre. Le silence retomba dans la chambre paisible, et se fit incroyablement pesant.
Le jeune homme regarda son réveil quelques secondes. Ce dernier semblait se cacher derrière ses vieilles lunettes rondes, comme s'il cherchait à se faire oublier, après l'avoir tiré si violement du sommeil. Mais Harry n'était pas franchement d'humeur à se venger sur lui. Il poussa plutôt un soupir et ferma les yeux, cherchant à rassembler ses esprits et à récupérer quelques bribes de son rêve, qui n'était guère différent de tous les autres qu'il avait pu faire sur ses parents.
En vain, bien sûr. Les rêves n'étaient pas faits pour perdurer dans les esprits, quelles que soient les motivations et les sentiments de leurs inconscients propriétaires. Harry aurait pourtant donné cher pour pouvoir se replonger à nouveau dans cette enfance révolue dont il ne gardait guère de souvenirs et enfin voir le visage de sa mère, qui ne l'avait semble-t-il pas regardé un seul instant, des souvenirs qu'il avait de ce rêve trop court.
Au fil des secondes, Harry sut qu'il ne parviendrait plus à retrouver le chemin du sommeil. Il était bien réveillé, à présent, même si son corps à demi-nu et engourdi ne lui répondait que très peu. D'un autre côté, il n'avait guère de raison de se presser un dimanche matin. Il ne se rappelait même pas avoir programmé son réveil… C'était sans aucun doute son petit ami qui était la cause de cette perfidie, lui qui n'aimait pas passer ses matinée de congés tout seul dans le salon à regarder des émissions de téléachat en griffonnant des messieurs tous nus dans ses carnets.
Harry poussa un soupir et enfonça son visage dans la couette moelleuse. Il entendait de la musique venant de la cuisine et des petits pas pressés dans le couloir. Non, vraiment, il n'avait pas envie de se lever maintenant. Il était encore fatigué, il faisait froid dehors et si chaud dans son lit, et il avait encore cette mélancolie dans le cœur, comme à chaque fois qu'un de ses parents lui apparaissait en rêve…
« Harry ! Harry, mon cœur, t'es réveillé ? »
Non, il n'était pas réveillé. Il avait éteint le réveil mécaniquement et s'était rendormi aussi sec.
« Allez, Chéri, je sais que tu es réveillé ! »
Il pria pour que son copain ne vienne pas vérifier par lui-même. Il ne savait pas combien de temps il serait capable de jouer l'endormi, surtout avec un tel boute-en-train.
« Harry, il est dix heures ! Allez, marmotte, debout ! »
Trop tard, il venait d'entrer dans la chambre. Le cœur battant à la chamade, il le sentit s'assoir brusquement sur le matelas, tout près de lui. Il y eut quelques secondes de flottement, puis son petit ami le recouvrit de son torse et de ses bras, en un gros câlin aussi tendre que la couette entre eux. Mais bien sûr, ce moment de douceur fut de bien courte durée.
« Fais pas l'endormi, je sais que t'es réveillé. Allez, Harry, la journée a déjà bien commencé ! »
Le jeune homme grogna, se trahissant et lui faisant part de son mécontentement par la même occasion. Il n'en fallut guère plus pour que son copain lui monte soudain dessus, s'asseyant sur ses hanches, et sautille pour les faire rebondir sur le matelas.
« Allez, Harry, réveille-toi !
- Mais laisse-moi tranquille, merde !
- Ah, enfin une réaction ! Tu sais que je suis debout depuis huit heures et demi, moi ?
- T'es pas humain…
- Ah, si tu savais !
- Oh mais je le sais. Arrête de faire ça ! »
Son copain lui fit un sourire taquin mais ne cessa pas pour autant de s'amuser à les faire rebondir doucement sur le matelas. Harry dut alors déplier ses jambes et se tourner sur le dos pour lui jeter un regard faussement agacé. A vrai dire, il n'aurait pas été contre une petite séance de câlins plus ou moins approfondis, mais son chéri avait d'autres idées en tête.
« Bon, tu te lèves ?
- Tu t'es assis sur moi.
- C'est pas comme si t'avais vraiment envie de te lever.
- Non, j'ai pas envie. J'ai eu une semaine difficile, moi !
- Mais moi aussi ! Qu'est-ce que tu crois ? Que je ne fais rien de mes journées ? Je suis allé chercher des viennoiseries et j'ai préparé du thé à damner un saint ! Oui, je sais que tu ne bois que du café le matin, mais tu verras comme il sent bon !
- Tu ne veux pas plutôt me faire des câlins ?
- Ah non, j'ai faim ! Qu'est-ce que tu as ? Tu as fait un mauvais rêve ?
- Ouais.
- Et tu vas faire ta mauvaise tête pour ça ?
- Non, mais…
- Oh allez Harry ! C'est dimanche, c'est les vacances et il fait beau ! Que demander de plus ?
- Parle pour toi ! Comment tu peux avoir autant d'énergie un dimanche matin ?
- Et toi, comment tu peux être si déprimé ? C'est bientôt Noël !
- Mais arrête de faire ça ! Le lit !
- C'est Noël dans trois jours !
- Oui, je sais !
- Y'a rien de mieux que Noël !
- Draco, pitié !
- Allez, lève-toi, j'ai faim ! »
Son amoureux planta un baiser sur sa bouche puis se leva et repartit en trottinant vers la cuisine. Harry le regarda quitter la pièce d'un air exaspéré. Il n'avait jamais compris comment il pouvait bien faire pour être si énergique dès le matin. Ce n'était pas humain ne pouvoir sauter partout et parler si fort après les semaines qu'ils passaient. Bon, il fallait reconnaître qu'il avait des journées bien moins chargées que les siennes. Mais quand même.
Péniblement, Harry se redressa sur ses coudes et se hissa hors du lit, récupéra son pantalon de pyjama posé en tas à côté de la table de chevet et l'enfila par-dessus sur caleçon. Il faisait si chaud sous la couette qu'il ne pouvait pas se permettre d'être trop couvert, mais contrairement à son copain, il lui était impossible de sortir de son lit en sous-vêtements et faire sa vie comme de rien n'était, avec ces maudits courants d'air froid qui vous caressent les jambes.
Après s'être drapé du premier peignoir lui tombant sous la main, le jeune homme quitta sa chambre et s'en alla rejoindre Draco, occupé à verser l'eau bouillante dans la théière et à lui faire couler un café.Il avait rempli une panière de viennoiseries et lui avait fait une tartine de confiture avec le reste d'une brioche achetée la veille. En voyant la table ainsi garnie, Harry sentit un élan d'amour envahir son cœur.
Il était vraiment adorable. Il en avait connus, des hommes, mais aucun n'avait jamais été aussi attentif envers lui. Harry n'avait jamais demandé la lune, pourtant. Et Draco semblait le seul capable de la lui apporter, lui qui pourtant n'était pas foutu d'ouvrir une conserve sans se couper et pisser le sang à s'en sentir mal.
« Tu veux du jus d'orange ?
- Non, ça ira. Merci. »
Harry s'approcha de lui et se hissa sur ses pieds pour l'embrasser. Il eut envie de lui dire qu'il était vraiment mignon, mais Draco n'aimait pas vraiment quand il le lui faisait remarquer. Il lui disait toujours qu'il exagérait et qu'il n'était en réalité qu'un gros égoïste. Ce n'était peut-être pas faux. Après tout, lui aussi mangeait des viennoiseries. Mais il était mignon quand même.
Harry s'assit à table et attendit que son copain prenne place en face de lui. La cuisine n'était pas bien grande, mais suffisamment pour eux deux et pour les quelques personnes qu'ils invitaient de temps en temps à venir manger. Harry s'y sentait bien, dans cette cuisine, et même dans tout le reste de cet appartement qu'ils partageaient officiellement depuis un peu plus d'un an. Avant, il ne faisait que le squatter, parce que son studio était résolument trop petit pour passer du temps ensemble sans se rentrer dedans à chaque mouvement. Un jour, Draco en avait eu marre et lui avait demandé de vivre avec lui, avant de lui donner une clé et de lui dire qu'il l'aimait.
Draco et son romantisme à deux balles…
Son petit ami s'assit en face de lui et lui souhaita un bon petit-déjeuner, et sur ces mots, il attrapa un roulé à la cannelle, dont il coupa un petit bout avec ses doigts pour le mettre dans sa bouche. Draco avait de drôles de manières de manger. A vrai dire, il avait de drôles de manières tout court. Il faisait partie de ces gens qui ne mettent rien dans leur bouche si cela n'a pas été précédemment coupé, qui ne trempent pas leurs aliments dans la sauce mais qui utilisent un couteau pour le faire, et qui, summum du summum, coupent leurs frites pour les manger plus aisément à la fourchette.
Comme disait souvent Hermione, Draco était un délicat. Un petit bourge délicat, avec des manières désuètes qui le laissaient parfois franchement perplexe. Cependant, Harry le trouvait adorable, la plupart du temps. Après tout, il avait été confronté dès le début à ses petites manies et cette bonne éducation bourgeoise qui transpirait de chaque pore de sa peau. De temps en temps, son copain essayait de l'« éduquer », mais ses tentatives tombaient le plus souvent à plat, en grande partie parce que Draco n'y mettait pas beaucoup de conviction, sachant pertinemment que Harry était têtu et satisfait de ses manières à lui.
C'était pour cela que ça marchait, entre eux, de toute façon. Si Draco avait voulu en faire un de ses semblables, ils auraient fini par se séparer, car aussi con que cela puisse paraître, Harry ressentait plus de plaisir à croquer dans une pomme qu'à la manger déjà coupée. Ils avaient tous deux appris à s'aimer tels qu'ils étaient, sans vraiment chercher à changer l'autre. Même si parfois, Harry savait très bien qu'il l'exaspérait beaucoup. Comme la semaine dernière, quand ils avaient invité du monde chez eux et qu'il lui avait fait l'offense de servir Bryan avant Mackenzie. Il en avait entendu parler pendant des jours et des jours…
« Chéri, tu ne manges pas ?
- Hein ? Si si, pardon.
- Alors, qu'est-ce que tu as fait comme rêve ?
- J'ai rêvé de Maman.
- Ah…
- Et Tonton, aussi.
- Et qu'est-ce qu'ils faisaient ?
- Elle faisait quelque chose, le ménage ou le repassage, je ne sais plus. Et il est arrivé. Et puis, je ne sais plus… Je crois qu'elle était triste.
- Et toi, tu es triste ?
- Plus maintenant. »
Harry lui fit un sourire pour le rassurer. A vrai dire, cela faisait un bon moment qu'il ne se laissait plus aller à la mélancolie quand des souvenirs de son enfance lui revenaient à travers ses rêves. En fait, il avait fallu qu'il tombe amoureux de ce jeune homme bien élevé et un peu étrange pour relativiser ses problèmes et aller de l'avant. Sa vie avait tellement changé depuis qu'il le connaissait que ses vieux soucis étaient passés au second plan.
« Tout va bien, ne t'en fais pas.
- J'espère bien ! On ne va pas se gâcher la journée pour un mauvais rêve.
- Qu'est-ce que tu as prévu ? »
En vérité, ils ne faisaient jamais rien d'exceptionnel, le dimanche. Le plus souvent, ils ne sortaient même pas de l'appartement. Cependant, c'était leur journée à eux, la seule qu'ils se consacraient réellement l'un à l'autre dans la semaine. A vrai dire, Harry travaillait tellement que Draco avait eu très vite le besoin de ne l'avoir rien qu'à lui au moins une journée. Et ce n'était pas Harry qui allait renoncer à cette petite pause dans sa vie bien remplie.
Ainsi, il écouta d'une oreille peu attentive le programme de son copain, qui se résumait à aller déjeuner au restaurant français au coin de la rue, emballer les derniers cadeaux devant un bon film et se câliner dans le canapé. De toute manière, il l'aurait suivi, quels que soient ses plans. Même s'il devait reconnaître avoir fait pas mal la tronche, quand son homme l'avait emmené faire les magasins pour ses achats de Noël, au lieu de le laisser glander sur le canapé… Mais Draco avait su se faire pardonner par mille et une attentions, et une jolie boite de chocolats au praliné.
« Sinon, tu vois toujours Hermione, le vingt-quatre?
- Oui, on va boire un café ensemble.
- D'accord. Vous avez vraiment choisi votre jour…
- Oh, écoute !
- T'as de quoi…
- Oui, Draco.
- Tu me le dis, sinon.
- T'en fais pas, j'ai ce qu'il faut. »
Son copain hocha la tête et but une gorgée de thé. Il avait un côté maman poule plutôt mignon de façon générale mais parfois assez exaspérant. En fait, c'était assez agaçant d'être sans cesse surveillé quand il était question d'argent, surtout à son âge. Pourtant, Harry savait qu'il avait besoin d'être cadré et surveillé, et Draco le faisait d'une telle manière que, de façon générale, il ne le vivait pas trop mal.
Son copain était un amour, de toute façon. En dépit de ses petits côtés casse-pieds, c'était vraiment un amour, comme on en faisait bien peu sur cette terre.
OoO
Hervey était un grand Noir d'une bonne trentaine d'année qui cachait derrière ses airs de tueur en série une très grande gentillesse. A vrai dire, avec son mètre quatre-vingt-douze de haut, ses yeux sombres et son accent africain très accentué quand il voulait faire peur à des clients relativement casse-couilles, Hervey faisait assez peur. Et si Draco n'avait pas été là le jour où Harry était venu proposer son CV à la jolie vendeuse du magasin, il aurait détalé à toute vitesse. Et il avait failli le faire quand ce qu'il avait pris pour un vigile l'avait convoqué pour un entretien.
Dans le monde de la vraie vie, ce monde impitoyable où vous essuyez échec sur échec sans bien comprendre pourquoi cela vous arrive à vous, le CV de Harry n'aurait jamais dû attirer le regard d'Hervey, gérant d'une modeste animalerie dans le centre de Londres. Il avait vingt-trois ans, aucune formation, aucun diplôme, enchaînait les petits boulots au mois, à la semaine, voire à la journée, n'avait que de maigres connaissances en comptabilité et souffrait, en plus, d'une grande timidité. Il n'avait donc aucune chance dans cet établissement qui demandait une certaine expérience et, au moins, une formation spécifique.
Pourtant, Harvey l'avait recruté sur une période d'une semaine, le chargeant d'aider Cesario dans toutes les tâches ménagères qu'incombait l'entretien d'une animalerie. Tous les soirs, quand il ne voyait pas son copain, Harry l'appelait pour lui raconter sa journée et lui répéter toujours la même chose : il adorait son travail et aurait bien aimé que ça dure plus d'une semaine. Car à l'époque, il n'aurait jamais cru qu'Hervey renouvèlerait son contrat pour un mois, et par la suite, qu'il le prendrait à temps complet et définitivement.
Car dans la vraie vie, personne ne vous donne ce genre de chance, car personne ne vous fait confiance, surtout quand votre CV montre très clairement que vous avez vécu un sévère décrochage scolaire, ce qui vous rend aussi débile et incapable qu'un môme de trois ans.
Qu'est-ce qui avait bien pu convaincre Hervey de l'engager et de le garder ? Harry n'en avait rien su très longtemps, car il avait préféré l'ignorer. Le savoir aurait cassé la magie de ce qui lui arrivait, et aurait peut-être mis fin à ce joli rêve qu'il vivait dans cette boutique qui devint très vite une partie de son univers.
« Harry, viens ici !
- Oui, j'arrive. »
Hervey n'était pas vraiment le genre d'hommes à qui on pouvait dire non. Car même si c'était quelqu'un de vraiment gentil, dans le fond, il restait son patron et surtout un type au sang chaud qui ne mâchait pas ses mots. Alors Harry rappliqua dare-dare dans l'arrière-boutique et regarda l'amoncellement de cartons remplis à ras-bord avec la désagréable sensation d'étouffer.
Son patron avait été très clair avec lui, le jour où il l'avait embauché : il était là pour faire du nettoyage, et qu'importe ce qui pouvait bien se passer dans la boutique, sa tâche resterait toujours la même. Cela ne le dérangeait pas outre mesure, car avant de travailler dans cette animalerie, Harry était passé par tout un tas de boulots ingrats. Bien sûr, il aurait préféré quelque chose de plus reluisant, mais travailler dans un lieu plus restreint avec des animaux et des gens censés aimer les bêtes lui faisait envie.
Cependant, Hervey se rendit très vite à l'évidence qu'en dépit de son CV vide de tout diplôme, sa grande réserve et son regard bas, Harry était très loin d'être bête. Et très loin d'être irresponsable. Et il savait compter. Très bien compter, même.
Et il savait y faire, avec les bêtes. Même les plus casse-couilles. Même les plus hargneuses.
Et surtout.
Surtout.
On pouvait lui faire confiance.
Ainsi, au bout de deux mois, Harry devint plus ou moins officiellement l'homme à tout faire de la boutique. Sa tâche principale restait d'entretenir les lieux mais il complétait souvent d'autres postes à plus ou moins haute responsabilité. Ç'aurait bien mérité une augmentation de salaire, mais Harry avait refusé de négocier avec son patron de peur de se placer dans ses mauvaises grâces et de ne pas voir son contrat renouvelé. C'était stupide, et il le savait. Mais perdre cette stabilité pour une question d'argent le paraissait davantage.
« Bon. Je suppose que tu comprends le message.
- Je dois le faire seul ?
- Bah ouais. Cesario n'est pas là.
- Il devait venir travailler ?
- Ouais. Il me casse les burnes, celui-là ! Bon, je te laisse, j'ai du boulot.
- D'accord, Patron.
- Ah, au fait, tu finis à cinq heures, c'est ça ? Ouais ? Tu peux me dépanner, ce soir ?
- Heu, je ne sais pas…
- Allez, juste une ou deux heures ! C'est pas la mer à boire !
- Je vous dis ça ce midi.
- Pourquoi, t'es occupé ?
- Ecoutez…
- Bon, va dans le vestiaire, appelle ton beau gosse et dis-moi si t'es dispo ou pas ! Les cartons peuvent bien attendre cinq minutes ! »
Ronchon, Hervey quitta l'arrière-boutique, et discrètement, Harry s'éclipsa dans les vestiaires. A une époque, il aurait accepté sans réfléchir, et il aurait même travaillé toute la nuit s'il l'avait fallu. Mais depuis près d'un an et demi, il n'était plus seul. Et depuis un an, il ne vivait plus seul. Alors, comme à chaque fois qu'il était question d'heures supplémentaires, Harry essaya d'appeler son copain, et tombant sur sa messagerie, il lui envoya un message, en espérant qu'il lui réponde vite.
Il s'apprêtait à ranger son téléphone quand, soudain, Cesario entra dans les vestiaires. L'air peu aimable, son collègue ouvrit son casier et y jeta son sac à dos. Il sentait la cigarette et cet après-rasage un peu fort que Harry ne remarquait quasiment plus, à force de le côtoyer. Il sut rien qu'en le voyant que la journée serait bien longue, et il n'était même plus certain de vouloir dépanner son patron.
« Salut, Harry.
- Salut, Ces…
- Qu'est-ce que tu fous là ? T'es pas censé t'occuper des clebs ?
- Hervey m'a demandé de m'occuper des rayons.
- Il pouvait pas attendre que j'arrive ? Je sais qu'il faut pas être malin pour mettre des trucs sur des étagères, mais quand même, c'est mon job ! »
Harry encaissa la pique sans rien dire. Il avait l'habitude, de toute façon. Il fit un mouvement pour sortir, mais la voix de son collègue le retint.
« Laisse-moi deviner, t'appelais ton mec, hein ?
- En quoi ça te concerne ?
- Je comprends vraiment pas ce qu'il te trouve.
- Moi non plus. T'as qu'à lui demander.
- Sans façon. Il va me dire que t'es mignon, et franchement, le seul truc que t'as à peu près pour toi, c'est ta tronche. Enfin, tu dois quand même être baisable, si ce mec… »
Harry quitta le vestiaire. Il en avait assez entendu. L'estomac noué, il se pressa vers l'arrière-boutique pour ouvrir un premier carton, en extraire des jouets pour chiens et repartir dans la boutique. Il n'était pas midi et la boutique déjà prise d'assaut voyait ses rayons souffrir de l'affluence. Les gens étaient comme pris d'une frénésie pendant les fêtes, comme si c'était le meilleur moment pour acheter un chien à son enfant ou bien un hamster, ou encore un poisson rouge pour les parents les plus frileux.
Harry n'aimait pas cette période de l'année, si traître pour ces bêtes adoptées et souvent abandonnées quand venait l'été. Souvent, il avait envie d'aller dans un refuge et adopter un animal, mais Draco se montrait toujours réfractaire à cette idée. Le principal souci, à vrai dire, c'était qu'il avait peur des animaux et Harry travaillait trop pour l'aider à gérer un nouveau venu dans leur vie. Il lui avait cependant promis qu'ils en parleraient après les fêtes, quand Harry prendrait sa semaine de congé bien méritée.
Quand le jeune homme revint dans l'arrière-boutique et qu'il vit tous ces cartons, il poussa un soupir à fendre l'âme. Il aurait bien aimé avoir une baguette magique et lancer un sort à tous ces paquets pour qu'ils se vident tous seuls et remplissent d'eux-mêmes les rayonnages du magasin. Ah, si la magie existait, pensa-t-il en se baissant vers un autre carton qui semblait contenir des friandises pour chien. Il allait l'ouvrir quand il entendit Cesario entrer dans la pièce. Calmé, Harry fit mine de ne pas le voir.
« On a tout ça à ranger ?
- Plus ou moins.
- Désolé, pour tout à l'heure. Je suis de mauvais poil.
- Je m'en fous.
- Non, tu t'en fous pas. »
Harry prit les friandises et repartit aussi sec. Il n'avait pas envie de discuter avec son collègue. Il n'avait pas envie de savoir pourquoi il était encore en retard, pourquoi il se montrait si désagréable avec lui, encore, ni pourquoi il avait une telle tête de déterré. Cesario quittait la boutique fin janvier et cela le rendait imbuvable la plupart du temps. Quelque part, cela le soulageait qu'il s'en aille.
Pourtant, jusque là, il s'entendait plutôt bien avec lui. Cesario lui faisait beaucoup penser à Draco, dans ses taquineries, son humour un peu piquant et cette manie qu'il avait de se regarder sans cesse dans le miroir pour vérifier qu'il était bien coiffé. Mais depuis quelques mois, il semblait le tenir pour responsable de son départ négocié. Harry ne savait pas vraiment pourquoi. Un temps, il avait mis cela sur le compte de son homosexualité. Comme une bonne partie des gens, Cesario n'aimait pas les gays. Enfin, il n'aimait pas Draco, surtout. Puis, il s'était dit qu'il était juste la cible idéale. Et maintenant, il ne savait pas trop à quoi s'en tenir.
Mais qu'importe. Harry avait l'habitude que les gens le méprisent, tout comme il avait l'habitude de passer pour un abruti. Il s'était fait aux brimades et aux insultes, qui coulaient sur lui sans jamais l'atteindre. Il avait déjà été cogné, par des gens qu'il ne connaissait pas, par ses copains… Depuis six ans, il en voyait des vertes et des pas mûres. Alors, maintenant, plus rien ne le touchait.
Le mois précédent, il s'était vraiment rendu compte que sa résistance aux insultes avait quelque chose de presque surhumain. Pourtant, ses proches ne cessaient de lui faire remarquer à quel point il était fort, derrière ses airs fragiles de chien battu. Mais ce jour-là, c'avait été un peu différent de toutes les autres fois. Cesario lui avait fait une réflexion particulièrement salace et dégueulasse sur les rapports sexuels qu'il entretenait avec Draco. Harry avait réussi à rester de marbre.
Mais pas Mackenzie.
Elle, elle n'avait pas réussi à garder son calme.
Quand Hervey était revenu à la boutique, peu aprèsla réouverture de l'après-midi, il avait trouvé sa vendeuse raide derrière son comptoir, et son employé avec une trace très nette de doigts longs, fins et rouges sur sa joue, complétée de quatre griffures, dues à des ongles un peu trop bien manucurés.
Ce jour-là, Harry avait été mis dehors pour l'après-midi. Il était rentré chez lui, et quand Draco était rentré, la conversation fut tendue. Celle qu'il eut au téléphone avec Hervey juste après le fut tout autant. Bien que son chéri se soit enfermé dans la chambre pour parler avec son patron, Harry l'avait entendu le menacer de porter plainte si jamais il ne faisait pas quelque chose, et il avait compris qu'une mise à pied avait déjà été imposée. Bien sûr Cesario avait repris très vite le travail et avait fait profil bas pendant plusieurs jours.
Et puis ç'avait recommencé.
Et un matin, Harry avait appris que Cesario serait licencié fin janvier, histoire qu'il ait le temps de trouver un nouveau travail.
Le jeune homme refusait d'associer cet incident, et les précédents, à ce renvoi. Il n'en avait parlé avec personne, ni à Hervey, ni avec Mackenzie, ni avec Draco, et encore moins à Hermione. Harry ne voulait pas prendre le risque de sentir coupable et, quelque part, d'être redevable à ce patron à qui il devait déjà beaucoup.
Harry repoussa toutes ces pensées négatives et se concentra sur son travail. Il attendit une heure avant de retourner au vestiaire pour voir si Draco lui avait répondu. Sa réponse fut sans appel : il voulait qu'il rentre à la maison. Son cœur se réchauffa et il poussa un soupir.
« Alors ? »
Harry eut un sursaut et se retourna. C'était Hervey, qui le regardait de ses yeux sombres, le visage peu avenant. Ses doigts se crispèrent sur son téléphone.
« Draco est à la maison, alors je vais rentrer.
- Putain ! J'ai besoin de toi, moi !
- Désolé, Patron.
- Donne-moi ton téléphone, je l'appelle !
- Ça sert à rien, Patron…
- Mais si ! Je vais lui expliquer ma façon de penser, à ton beau gosse !
- C'est les fêtes de Noël, vous n'arriverez pas à l'énerver ni à lui faire lâcher prise.
- Il m'emmerde, ton copain ! Qu'il vienne bosser ici, il verra ce que c'est !
- Je suis désolé. »
Hervey leva les yeux au ciel et quitta le vestiaire. La vérité, et ils le savaient tous les deux, c'était que Harry n'était pas si dépendant que ça à son copain. C'était juste qu'il l'aidait à trouver la force de dire non. Et ce soir, il ne voulait pas travailler davantage, même s'il aurait été prêt à le faire.
A une époque, le travail, c'était tout ce qu'il avait. Ça, et les copains qui venaient et qui partaient, sans jamais aller au bout des choses, parce que Harry voulait vivre une belle histoire et qu'aucune d'entre elles ne l'avait été suffisamment pour lui donner envie de fermer les yeux et de s'oublier dans les bras d'un autre. Hervey le savait, ça. Tout comme il savait qu'avant de mettre les pieds dans sa boutique, Harry n'allait pas bien.
Et que si jamais il lui arrivait quoi que ce soit, il aurait une pédale blonde pas du tout commode sur le dos.
Tranquillement, Harry reprit son travail, ignorant cordialement Cesario qui fit pourtant tout pour se racheter. Il se montra plutôt gentil avec lui, mais le jeune homme préférait ne pas entrer dans son jeu. Ses pensées tournaient autour de Draco, qui l'attendait à la maison et qui avait prévu de l'emmener manger quelque part.
OoO
« Bon mon chat, tu viens ?
- Oui oui, deux minutes.
- T'es vraiment gentil de m'accompagner, tu sais !
- Je t'en prie.
- T'as prévenu ton chéri ?
- Oui, il est au courant.
- Au final, tu rentreras aussi tard que si tu avais travaillé…
- C'est pas grave. »
Harry enroula son écharpe autour de son cou, enfila son manteau puis passa la lanière de son sac par-dessus sa tête. Il vérifia s'il n'avait pas reçu de message entre-temps, de Hermione qu'il voyait le lendemain après le travail ou de Natacha qui l'avait invité à manger chez elle le lendemain de Noël. Mais très vite, Mackenzie vint se planter devant lui pour le regarder ranger son téléphone dans la poche de son manteau puis lui attraper la main pour le tirer hors du vestiaire.
Ensemble, ils traversèrent la boutique, firent un signe de main à Hervey qui était en train de discuter avec un couple du côté des poissons exotiques, ignorèrent Cesario qui remplissait un rayon de décorations pour aquariums et sourirent d'un air faussement moqueur à Pierce et Georgina qui feraient la fermeture. Enfin, ils passèrent les portes de la boutique et se retrouvèrent dans le froid rude et un peu humide de ce glacial mois de décembre.
Ils se regardèrent, échangèrent un sourire, puis se pressèrent vers la voiture de la jeune femme comme des enfants. Sa collègue avait une petite trois-portes rouge tout à fait à son image de petite bimbo indépendante et bien dans ses bottines à talons. Elle se glissa derrière le volant, enfila des ballerines pour mieux conduire et Harry s'installa à son côté. Il faisait nuit noire et si froid dans le véhicule que la fatigue de la journée parut s'abattre sur lui d'un coup.
« Bon, allons-y gaiement ! T'es attaché, Chaton ?
- Je ne comprendrai jamais les gens qui font leurs courses de Noël à quelques jours de…
- Ecoute, j'ai pas eu le temps, et c'est tellement compliqué d'acheter un cadeau à Bryan !
- C'est toi qui te prends beaucoup trop la tête. »
Le jeune homme écouta d'une oreille distraite son amie bougonner. De toute manière, c'était toujours pareil, avec elle. Mackenzie était de ces grandes blondes toutes apprêtées et parfumées d'une douce superficialité qui en faisait une jolie cruche, du moins jusqu'à ce qu'elle cesse de jouer ce rôle et montre sa grande force de caractère. Harry l'adorait pour ça, pour ce double jeu dont il était un peu trop souvent complice. Leur jeu favori, c'était de flirter à la boutique où dans les rues comme un jeune couple et regarder les passants les mater d'un air envieux ou incrédule, parce que Mackenzie avait un physique de mannequin et parce que Harry lui arrivait à l'épaule.
Parce qu'ils n'avaient juste rien à faire ensemble.
Elle était belle, avenante et sexy.
Il était maigre, timide et mélancolique.
Pas tellement le genre le genre d'homme à attirer le regard d'une fille comme elle.
Mais comme tout être humain, Mackenzie avait des faiblesses qu'elle s'acharnait à cacher derrière des sourires, du maquillage et de jolies robes. Harry avait su voir ces failles et les mots pour l'aider à les accepter, et essayer de les surmonter.
En quelques mois, ils étaient comme tombés amoureux l'un de l'autre, même s'ils avaient tous deux la sensation de ne pas mériter l'autre.
Parce que Mackenzie était une fille bien et qu'elle méritait mieux que ça.
Parce que Harry était un gars bien et qu'elle ne parvenait pas à le soigner.
« Ça s'est bien passé avec Cesario, du coup ?
- Ouais, on va dire ça.
- Quel con, celui-là… J'arrive de moins en moins à le supporter.
- Il ne va pas bien, en ce moment.
- Il l'a bien cherché. Il était pas comme ça, avant. Tu sais pourquoi il a changé ?
- Non.
- Tu ne te poses pas la question ?
- J'ai pas tellement envie d'en parler.
- Tu n'aimes pas parler des choses qui fâchent.
- Non. Ça ne sert à rien. De toute manière, il s'en va, donc bon… »
Mackenzie ne répondit pas. Elle conduisait prudemment, les yeux rivés sur la route et les mains souples sur le volant. Elle s'engagea dans le parking sous-terrain du centre commercial où elle avait prévu d'acheter un bijou à son amoureux puis chercha une place, qu'elle peina à trouver dans cette marée de voiture plus ou moins bien garées et bien incrustées dans le sol bétonné.
Enfin, elle parvint à se garer entre une voiture et un mur sale, qu'il serait bien difficile de longer sans effleurer. La jeune femme coupa le moteur et Harry retira sa ceinture. Mais pas elle. Intrigué, il lui jeta un regard et haussa un sourcil en voyant sa petite moue hésitante. Il attendit un peu, et puis finalement, elle se lança.
« Il ne te déteste pas, tu sais.
- Je m'en fous, Mac'.
- Non, tu ne t'en fous pas. Celui qu'il déteste, c'est Draco. Pas toi.
- Et pourquoi il déteste Draco ?
- Parce qu'il t'aime. Et parce que quand on le voit avec toi, votre couple parait tellement facile et tellement évident que…
- Draco lui plait ?
- Oui.
- Il n'est pas gay.
- On n'a pas besoin d'être homosexuel pour aimer quelqu'un, Chaton.
- T'as déjà été amoureuse d'une fille ?
- Non. Mais Cesario n'est plus le même quand Draco est là. Toi, tu regardes trop ton chéri pour le remarquer…
- Et il me le fait payer ?
- Quelque part, oui. Draco t'aime et ça se voit dans chacun de ses mots, chacun de ses regards, chacun de ses gestes. C'est beau, quand on vous voit ensemble. On dirait que ça fait des années que vous êtes ensemble. Même quand t'es en pyjama, il te regarde comme si t'étais la huitième merveille du monde.
- T'exagères.
- Non. Des fois, j'aimerais bien que Bryan me regarde comme ça.
- Il te regarde comme ça.
- Non. T'es l'homme de sa vie. Ca se voit dans ses yeux. »
Ses joues n'en finissaient plus de rougir. Les yeux baissés vers ses mains croisées sur ses cuisses, Harry ne trouva pas la force de la regarder. De lui dire qu'elle exagérait. Que c'était faux.
Parce qu'il l'aimait, son Draco.
Il ne le lui montrait pas assez, mais il en était fou.
Il pensait à lui tous les jours, son cœur s'emballait à chaque message, à chaque coup de téléphone, et quand ils étaient ensemble, c'était comme si sa vie trouvait un sens.
Draco, c'était la plus belle histoire d'amour de sa courte vie et il priait pour qu'elle dure éternellement.
Il était ce qu'il avait de plus cher, et même si, quelque part, il savait qu'il ne le méritait pas lui non plus, qu'il aurait dû rencontrer quelqu'un de son milieu, avec son standing, qui saurait lui offrir tout ce qui lui était dû, Harry s'accrochait à lui avec toute la force de son amour.
« Ça va, Chaton ?
- Ouais.
- Tu l'aimes, hein ?
- Tu peux pas savoir. J'aimerais…
- Tu es comme tu es, et on t'aime comme ça. Et ceux qui ne t'aiment pas sont des cons.
- Je sais, mais…
- Ce n'est pas ta faute, mon chat. T'y es pour rien. »
Bien sûr, il le savait. Ce n'était pas sa faute, mais malgré tout, il payait pour cela chaque jour.
Il le payait quand il devait trouver un logement et qu'il ne pouvait compter sur personne, parce que son unique famille ne voulait pas entendre parler de lui.
Il le payait quand il devait trouver un travail et qu'il devait présenter un CV vide de tout diplôme.
Il le payait quand il se retrouvait en entretien et qu'il se retrouvait, encore, à justifier ce papier merdique par le fait qu'il souffrait d'une profonde amnésie.
Il le payait quand il expliquait qu'il n'avait aucun souvenir de son adolescence, de ses dix ans à ses dix-huit ans, et qu'il se replongeait pour quelques minutes dans ce gouffre où il s'enfonçait toujours plus, à mesure qu'il avançait dans une vie qui n'était pas la sienne.
Il le payait quand il pleurait, le soir, parce qu'il enchaînait les heures de boulot, parce qu'il vivait dans une cage à lapins, parce que les gens le regardaient de travers, parce que les hommes le maltraitaient…
Il le payait chaque jour. Même si ce n'était pas sa faute.
« Je sais.
- T'es le genre de personne qui mérite d'être connu, Chaton. Ton CV ne te définit par en temps que personne.
- Si tu le sais, c'est le principal. »
Harry leva la tête et lui fit un sourire. Derrière son joli visage, son rouge à lèvre carmin, son mascara et son fard à paupières, il vit une jeune fille malmenée par une vie familiale compliquée, des études peu abouties et des amours douloureux. Chacun avait son fardeau à porter et devait s'en accommoder.
« J'aimerais que tout le monde le sache.
- Je n'ai pas besoin que les gens me regardent pour être heureux. Toi, Draco… Ça me suffit. »
Elle lui fit un sourire. Un vrai sourire. Un peu timide. Presque enfantin.
C'était dans ces moments-là qu'il l'aimait le plus. Quand le maquillage semblait disparaître et qu'il ne restait plus que la petite Mac', celle qui était déjà venue dormir à la maison et qui se baladait dans un pyjama trop grand de Draco en se trémoussant pour émoustiller son homme qui n'en pouvait plus de rire…
« Bon, allez Chaton, on y va. Sinon tu vas rentrer trop tard et ton chéri va me gronder !
- Je l'entends d'ici.
- Moi aussi ! »
Ils sortirent de la voiture et, main dans la main, quittèrent le parking pour rejoindre l'étouffante marée humaine envahissant les allées du centre commercial. Ils se dirigèrent vers une bijouterie où Mackenzie avait déjà repéré quelques bijoux. Ils peinèrent à se rapprocher du comptoir pour mieux voir les bracelets qu'elle se tâtait à acheter, et quand ils y furent enfin, Harry se sentit incroyablement fier en regardant les bijoux en argent.
Cette année, il avait réussi à économiser assez d'argent pour acheter un bracelet à Draco. L'année d'avant, il était si fauché qu'il lui avait acheté une bague en forme de serpent argenté s'enroulant autour de son doigt, parce que ça l'avait fait penser à lui quand il l'avait vue et qu'il avait trouvé ça marrant. Depuis, elle n'avait pas quitté le doigt de son chéri. Mais cette année, Harry avait voulu faire mieux, et il avait réussi. Qu'importe que son copain soit blindé et donc capable de s'en acheter des dizaines comme celui-là. C'était lui qui le lui offrirait, et Draco le porterait tous les jours. Harry espérait juste que ça lui plairait, mais il n'avait guère de doutes là-dessus, il savait depuis le temps ce qu'il aimait porter.
« Et celle-là, t'en penses quoi ?
- C'est celle que je préfère.
- Ah ouais ?
- Ouais, je pense qu'elle lui ira mieux que celle-là. Il a le poignet fort.
- C'est ce que je me suis dit… Je regardais le poignet de Pierce, l'autre jour, et j'essayais d'imaginer sur lui…
- Pour moi, ce serait celle-là, la mieux.
- D'accord. Bon, bah je prends celle-là. »
Attraper un vendeur fut toute une épreuve. En fait, Mackenzie n'avait pas eu tellement besoin de lui, mais elle avait toujours tellement peur d'échouer dans ses cadeaux qu'elle avait besoin d'être accompagnée. Elle avait des amies, plus qualifiées que lui pour cela, mais il semblait être le seul en qui elle avait véritablement confiance pour cet épineux sujet.
Une fois son précieux achat en main, ils quittèrent la bijouterie et retournèrent au parking pour rentrer chez eux et retrouver leur moitié.
OoO
Draco était un très mauvais cuisinier. A vrai dire, à part faire chauffer de l'eau et y jeter quelque chose dedans en espérant que ça cuise correctement sans déborder, il n'était pas bon à grand-chose. Pourtant, Harry avait essayé de lui enseigner quelques rudiments, mais il fallait croire qu'il n'était vraiment pas bon à cela. Pour s'amuser avec l'appareil à jus de fruits qu'on lui avait offert à son anniversaire ou pour préparer des cocktails, il était le meilleur, mais dès qu'il fallait allumer un feu, il n'y avait plus personne.
Ce n'était pourtant pas sorcier, lui disait-il souvent. Et Draco lui répondait que les sorciers, eux, n'avaient pas besoin de cuisiner pour se nourrir : un coup de baguette et leur repas apparaissait devant eux. Alors Harry lui répondait qu'il fallait bien quelqu'un ou quelque chose lui prépare quand même ce repas : ce n'était pas en jetant un sort à une vache qu'elle allait se transformer en rôti de bœuf tout chaud avec ses petits légumes. Et Draco répliquait qu'au final, les sorciers ne faisaient quand même pas la cuisine.
Si seulement la vie était aussi simple, pensait souvent Harry. Un sort et tous ses problèmes s'arrangeaient. Mais le monde ne fonctionnait pas ainsi, et Draco aurait beau agiter un bâton en bois devant le frigidaire, son repas ne se préparerait pas tout seul. Non, son copain n'avait jamais essayé de le faire. Mais il était parfois tellement fainéant qu'il l'imaginait sans mal invoquer le grand dieu de la bouffe et le supplier de lui faire apparaître un repas.
Fort heureusement pour Draco, les dieux de la bouffe étaient légions : il y avait les livreurs à domicile, les traiteurs, les supermarchés et les restaurants. Et Harry, aussi. Parce que c'était quand même lui qui le nourrissait la plupart du temps.
Mais ce soir, son chéri avait décidé de jouer aux gentlemen et de l'emmener dîner dans un bon restaurant. Ils s'étaient alors retrouvés dans un établissement français, et se fichant éperdument du regard des autres clients, ils avaient partagé ce repas comme des amoureux.
Et puis, ils avaient pris un taxi et étaient rentrés à la maison. Draco avait une sainte horreur des transports en commun, où les gens puaient, se tassaient contre lui et faisaient sans cesse preuve de leur débilité affligeante. Alors, quand ils sortaient, ils commandaient toujours une voiture, car Harry n'avait bien évidemment jamais eu les moyens de se payer le permis, et Draco avait trop d'argent pour s'en offrir un(?).
Son chéri était un être singulier. Même quand il mettait la bouilloire sur le feu pour se préparer du thé, il avait ce petit quelque chose qui le rendait différent.
Harry n'avait jamais su définir ce petit quelque chose. Pourtant, il avait longtemps cherché, mais il était incapable de mettre le doigt dessus. Mackenzie et Natacha lui disaient qu'il avait juste des lubies bizarres et qu'il était plein de contradictions. Mais pour Harry, c'était différent.
Draco était différent.
Il l'avait su dès la première fois où il l'avait vu, dans ce supermarché du centre-ville où il travaillait depuis trois mois à déballer les cartons et à remplir les rayons.
Draco n'était pas comme les autres gens, et à vrai dire, Harry ne savait pas si cela tenait à son éducation ou bien à sa nature même. C'était un peu bête. Il savait que son petit ami était le fils unique d'un couple de châtelains issu de la noblesse et qu'il avait grandi dans un grand château de la campagne écossaise, qu'il ne quittait que pour aller dans un pensionnat réputé. Sa manière d'être était dictée par son éducation et son enfance aussi solitaire que stricte. A vingt ans, il avait quitté la Grande-Bretagne pour faire ses études en France et en Allemagne, avant de finalement revenir, quelques années plus tard. Puis, il avait fui ce monde trop restreint où le libre-arbitre n'avait pas sa place et s'était installé du jour au lendemain dans une grande ville où il n'avait quasiment jamais mis les pieds.
Ils s'étaient rencontrés trois mois après son retour, et autant le dire, Draco n'était alors pas bien dégourdi. Jusque là, il avait toujours vécu dans un certain luxe, profitant des biens familiaux lors de ses séjours à l'étranger, et se retrouver soudain dans le vrai monde fut comme une dégringolade. Mais une dégringolade voulue, car à vrai dire, Draco était si riche qu'il aurait pu aisément louer un vaste appartement en plein cœur de la capitale et y vivre comme un prince. Harry l'avait su en tombant par hasard sur un de ses relevés de compte, qu'il faisait pourtant toujours en sorte de cacher.
Mais pour une raison qui lui échappait encore, Draco avait renoncé à tout ça. Il y avait des choses plus importantes que l'argent, lui disait-il. Et il ne voulait plus faire partie de ce monde hypocrite et sans saveur qui avait pourtant été le sien pendant de trop longues années. Qu'importe qu'il doive sacrifier ses parents, sa famille… Tant pis s'il ne devait plus jamais revoir sa mère. Son choix de vie n'était pas toujours facile mais il s'épanouissait et, chose qui ne lui était encore jamais arrivé…
Il était heureux.
Avec lui.
Dans ce trois-pièces trop grand pour eux qui sentait bon le propre.
Quand il regardait Draco se préparer si simplement une boisson chaude dans une délicate théière en porcelaine, Harry se pouvait s'empêcher de se dire que, malgré tout, il était différent. Que son éducation n'était pas la seule explication.
Un homme riche ne s'enterre pas dans un appartement de la proche banlieue londonienne pour y vivre comme un prince, à se faire faire à manger et à payer une femme de ménage pour s'occuper de son intérieur.
Un homme bien éduqué et promis à une grande carrière de magistrat n'abandonne pas les grandes écoles qui lui ouvrent toutes leurs portes pour se consacrer à l'art.
Un homme comme lui ne peut pas sombrer dans la dépression et y trouver un exutoire.
Et surtout…
Un homme si parfait ne peut pas tomber amoureux d'un petit employé miséreux et fatigué condamné à laver les sols et à ranger des conserves jusqu'à la fin de ses jours.
Les contes de fée n'existaient pas. Harry ne s'était jamais fait d'illusions et il avait la sensation de l'avoir toujours su. Il avait eu une sale vie, dont il avait oublié une bonne partie, ce qui n'était pas plus mal. Et il n'y avait aucune raison pour que ce bourge de deux mètres de haut baisse les yeux vers lui et lui fasse un sourire, à lui qui n'avait jamais existé pour personne.
« Chéri, tu veux du thé ?
- Pourquoi pas. »
Draco se retourna et attrapa sur l'étagère à thés l'un des rares que Harry appréciait. A vrai dire, il n'aimait pas trop ça, mais son copain aimait en boire avec lui. Et puis, vue l'heure, c'était toujours mieux qu'un café. Et Draco détestait le café. En boire aurait gâché son moment.
« Au fait, je ne t'ai même pas demandé si Mackenzie avait trouvé un cadeau, finalement.
- Oui, elle a choisi un bracelet pour Bryan. Elle avait du mal à se décider.
- Pour une belle plante, elle manque cruellement de confiance en elle !
- Elle se sent inférieure à lui. Et c'est la première fois qu'elle tombe sur quelqu'un de bien.
- Derrière ses airs de pétasse, c'est une gentille fille.
- Draco…
- Elle se donne cet air pour avoir l'air plus sûre d'elle.
- Et ça marche bien.
- Si on veut.
- Tu n'aimes pas quand je critique ta copine, hein ?
- Non, je n'aime pas ça.
- Et moi, tu m'aimes ?
- Oui, toi, je t'aime. »
Ils s'échangèrent un sourire, puis Draco s'approcha de lui et prit doucement son visage entre ses mains. Les bras croisés sur son torse et le dos appuyé au mur, Harry plongea son regard dans les yeux bleus de son amoureux, qui le regardait avec tant de tendresse qu'il oublia tout ce qui n'était pas lui. Ses paupières se baissèrent dans son chéri se pencha vers lui pour déposer un baiser appuyé sur sa bouche.
Jamais il ne pourrait se passer de lui.
Même pour tout l'or du monde.
Même s'il faisait une rechute, et que du jour au lendemain, il n'avait plus un rond en poche.
Draco était l'homme de sa vie. Celui pour qui il voulait se battre et avec lequel il voulait partager le reste de son existence.
Celui qui lui avait donné l'envie de reprendre ses études, de reprendre sa vie en main et de regarder vers l'avenir.
De penser aux vacances.
Aux week-ends au bord de la mer.
Aux séjours à la montagne.
A tout ça.
A la vie, la vraie. Celle où on ne fait pas que travailler pour survivre, mais où on vit des fruits de son labeur.
Draco écarta sa bouche, mais le rêve ne prit pas fin. Harry souriait, serein. Il y avait des hauts et des bas, mais dans l'ensemble, il allait quand même mieux. Son soleil était là pour éclairer ses jours et lui donner la force de se reconstruire.
Soudain, la bouilloire siffla, les arrachant à leur petite bulle de douceur. Aussitôt, son copain se précipita vers la gazinière et versa l'eau chaude dans la théière. Harry en profita pour sortir deux tasses, du sucre, car il buvait toujours son thé avec du sucre même si c'était une hérésie et un véritable gâchis, et se dirigea vers le salon. Il posa le tout sur la table basse et s'installa par terre, attendant que son copain le rejoigne avec sa théière et son dessous de plat en forme d'escargot, cadeau d'un de ses anciens amis artistes qui travaillait le bois. Donc en fait, ce n'était pas vraiment un dessous de plat, mais qu'importe.
Avec toutes ses petites manières d'aristocrate britannique, son chéri s'installa sur un oreiller, royal fessier oblige, puis les servit généreusement et fronça le nez en le voyant sucrer sa boisson, mais il ne fit aucune réflexion. Il n'avait pas intérêt, de toute façon.
« Dis voir, on mange toujours avec tous tes collègues, le vingt-sept ?
- Ouais. Pourquoi ? T'as quelque chose de…
- Non non, mais j'avais un doute avec le vingt-huit.
- Ca va être quelque chose…
- Déjà l'année dernière, c'était folklorique, mais alors là… »
Harry ne put s'empêcher de rire en imaginant la scène. En fait, l'année précédente, suite à un débat culinaire avec Mackenzie, Hervey les avait tous invités chez lui après les fêtes pour lui faire goûter la vraie south food. Ainsi, ils avaient débarqué chez leur patron avec leur copain ou copine respective, s'étaient attablé dans le salon avec sa femme et ses deux mômes, et dans une ambiance joviale et propice aux plaisanteries, Harry s'était cru être dans un film. Il avait passé un moment magique, dont il se rappelait encore tous les détails.
« Tout le monde vient, cette année ?
- Ouais. Sauf Cesario.
- Il n'était pas venu, l'année dernière. Tant mieux, ça nous fera une mauvaise tête en moins !
- Hervey ne l'a pas invité, en fait.
- Ah. En même temps, il l'a viré… J'avais presque oublié, tiens.
- Bah pas moi !
- Il t'a enquiquiné, aujourd'hui ?
- Pas plus que d'habitude. »
Les yeux rivés sur sa tasse, Harry évita le regard inquisiteur de son petit ami. Le jeune homme repensa à ce que lui avait dit Mackenzie dans la voiture et hésita à aborder le sujet avec lui. A vrai dire, jusque là, Harry avait tellement nié son implication dans le renvoi de Cesario qu'il ne s'était pas vraiment posé de questions, et il n'avait pas voulu en poser non plus. Mais à présent, il devait avouer que quelque chose le chiffonnait. En fait, l'idée que son collègue puisse en pincer pour Draco le dérangeait. Pourtant, il n'était pas d'un naturel jaloux.
En fait, il trouvait ça triste.
Il savait ce que c'était, que d'aimer sans avoir de retours. Il avait connu pas mal d'hommes avant Draco, des hommes parfois bien et le plus souvent mauvais, qui l'avaient exploités, qui lui avaient volé de l'argent, qui avaient piraté sa carte bleue… Il savait ce que c'était que d'être trahi et blessé par les autres. Et il savait ce que c'était que d'aimer de loin un type un peu mieux que soi qui ne vous regarde pas et que vous ne méritez pas de toute façon…
Harry ne tenait rien pour acquis. Il savait qu'il devait se battre pour garder Draco et pour que leur couple tienne, car c'était ainsi que cela fonctionnait. Mais ils étaient si complices et si amoureux qu'il ne pouvait s'empêcher d'être triste pour Cesario. C'était le genre de peine qui vous ronge et vous poursuit nuit et jour, à vous empêcher de vous endormir et de regarder les autres, parce que tout votre être est attiré par lui.
« Tu sais, Dray, j'ai discuté avec Mackenzie dans la voiture. De Cesario. Et elle m'a dit quelque chose qui me laisse perplexe.
- Et c'est ? »
Harry hésita. Il regarda son petit ami qui sirotait tranquillement sans thé, indifférent à toutes ces questions qui se bousculaient dans sa tête. Puis, il se lança, en se disant qu'il ne serait pas bon de garder ça pour lui.
« Elle pense savoir pourquoi Cesario ne m'aime pas.
- Ah ?
- Tu as une idée, toi ?
- Pour moi, c'est juste un sombre crétin.
- Pour ne pas dire un con.
- Voilà.
- Mais il n'était pas comme ça, avant.
- Ecoute, Harry, j'en sais rien…
- Hervey ne t'a rien dit ?
- Chéri, je l'ai menacé au téléphone de porter plainte si jamais il ne faisait pas quelque chose, parce que tu avais trop peur de perdre ton travail pour le faire toi-même. Il ne m'a fait aucune confidence. Et puis, de toute façon, je croyais que ça ne t'intéressait pas ?
- Elle m'a dit qu'il me détestait parce qu'en fait il craque pour toi. »
Draco manqua d'en recracher son thé. Harry eut un mouvement recul et se pencha vers lui en le voyant tousser comme un perdu. Amusé, bien malgré lui, le jeune homme lui tapa maladroitement dans le dos et s'excusa. Draco lui jeta un sale regard, qui remplaça l'injure qui lui monta aux lèvres mais qu'il ne s'abaissa pas à prononcer. Puis, il prit une serviette, s'essuya la bouche et lui montra la théière, lui ordonnant en silence de lui en resservir une tasse, chose que Harry fit de bonne grâce.
« Ça va, mon cœur ?
- Ne me fais plus jamais ce genre de blague. J'ai failli recracher mon thé !
- Ça n'aurait pas été un crime.
- Bien sûr que si ! Je ne suis pas un sauvage comme toi ! »
Le jeune homme ricana mais Draco le regardait toujours de travers. Il était visiblement vexé de s'être ainsi laissé avoir. Sauf que Harry ne plaisantait pas du tout.
« Je ne te faisais pas de blague.
- Bah voyons ! Arrête un peu et sois sérieux. Alors, qu'est-ce qu'elle t'a dit, Mac' ?
- Ça.
- Arrête.
- Elle m'a dit que son attitude changeait toujours quand tu étais là.
- Et alors ?
- Il te regarde et il est toujours gentil avec toi.
- C'est un hypocrite et tu le sais très bien.
- Draco, il y a forcément quelque chose…
- Pourquoi tu t'y intéresses maintenant ?
- Parce que… Je ne veux pas me sentir responsable de son renvoi. J'ai rien fait pour qu'il se fasse virer et je ne me suis jamais plaint à Hervey. C'est toujours Mackenzie qui le fait, et toi aussi, des fois. Mais elle m'a dit ça et je… Je ne sais pas, je ne comprends pas. »
Ça ne pouvait pas être de sa faute, de toute façon. Cesario était taquin et le cherchait un peu mais il n'était pas insultant ni même mauvais avec lui, quand il avait été embauché. Tous savaient qu'il était homosexuel et qu'il vivait depuis peu avec son copain, qui venait le chercher quasiment tous les soirs après le travail. Et puis, son attitude avait commencé à changer et Harry ne comprenait pas pourquoi.
Il ne voulait pas que ce soit de sa faute. Car il n'avait rien fait. Et il était si facile de frapper sur quelqu'un comme lui, qui s'était endurci avec les années et que plus rien ne pouvait affecter.
Soudain, Draco poussa un gros soupir. Il lui jeta un regard profondément agacé, de ce qu'il lui adressait toujours quand son entêtement commençait à le pousser à bout. Ils s'affrontèrent du regard quelques secondes, chacun jaugeant l'autre, puis son petit ami poussa un nouveau soupir et se redressa.
« Bon. Je peux t'expliquer deux, trois choses, mais il faut que tu me promettes que tu garderas ça pour toi.
- Je te le promets.
- Tu ne diras rien à ta grande copine ?
- Rien.
- Bon. Bon, en fait, Cesario a un problème avec moi.
- Pardon ?
- Il n'a rien contre toi. C'est contre moi qu'il en a.
- Comment ça ?! »
Surpris, Harry manqua d'en renverser sa tasse. Draco lui fit les gros yeux, mais Harry n'en avait cure.
« Pour faire simple… Cesario et moi, nous sommes cousins. Enfin, cousins très éloignés.
- Pardon ?!
- On a des liens familiaux. Enfin, on a un peu de sang en commun… Mais sur l'arbre généalogique, nous ne sommes pas très proches.
- De quel côté ? De ton père ou de ta mère ?
- De ma mère. Je suis lié à lui par mon arrière-grand-mère.
- Putain…
- Ouais.
- Ton arrière-grand-mère, elle s'appelait comment ?
- Irma. Irma Crabbe, du coup. »
Stupéfait, Harry le regardait avec de grands yeux. Il en avait presque le souffle coupé. Jamais il n'aurait pensé que Cesario et lui puissent être liés d'une manière ou d'une autre, car outre leur physique et leur allure, ils ne venaient pas du tout du même monde. Et alors il réalisa que le problème venait peut-être de là : ils n'avaient pas eu les mêmes chances à la naissance.
« D'accord… Mais vous vous connaissiez avant ou…
- On se voyait, quand on était petits. Mais disons que la vie a fait que… Eh bien, nos parents respectifs ont arrêté de se fréquenter.
- Pourquoi ?
- Harry, mon cœur, je pense que tu peux trouver la réponse tout seul…
- Vous ne venez pas du même monde.
- Non.
- Vous ne vous voyiez…
- Qu'aux réunions de famille.
- Qu'est-ce qui s'est passé, pour lui ?
- Pas grand-chose. Disons que lui et ses parents sont tout en bas de… l'échelle.
- Ah.
- Ils ne sont que peu considérés, par ma famille.
- Ils n'appartiennent pas à la noblesse ?
- Si, mais ils n'ont pas beaucoup d'argent et… c'est comme ça. Ce sont un peu les moutons noirs de la famille. Et Cesario… Disons que c'a été compliqué, pour lui.
- Comment ça ?
- Il n'était pas comme nous.
- Pourquoi ?
- C'est compliqué. Mais il faisait encore moins partie de notre monde que ses parents. Et regarde où il a fini, sans vouloir te vexer. »
Harry n'était pas vexé. Il était plutôt triste, à vrai dire. Quelque part, il avait envie de se mettre se mettre en colère, comme ce système pourri, contre cette hypocrisie et ce désintérêt de la part de ces familles bien comme il fallait et riches à millions. Mais le jeune homme se contint et préféra ne pas hausser le ton. Ce n'était pas la faute de Draco. Il n'était ni meilleur ni plus mauvais que les autres. Et quand il parlait, il prenait tant de précautions et paraissait si embarrassé qu'il ne mérita pas son agacement.
« Et du coup, vous vous êtes recroisés quand j'ai été embauché à la boutique.
- C'est ça. Je le voyais de temps en temps quand j'étais adolescent parce que j'étais ami avec son cousin, enfin son cousin direct, mais je l'ai perdu de vue lui ne s'était pas revu depuis que j'avais, quoi, peut-être treize ans ?
- Et ça t'a fait quoi ?
- Rien. Je ne le connaissais quasiment pas, tu sais.
- Pourquoi tu as perdu son cousin de vue ?
- Parce qu'il est mort.
- Ah.
- Il est mort comment ?
- Dans un incendie.
- Ah…
- Ouais.
- Je suis désolé.
- T'en fais pas. C'est du passé. J'ai tiré un trait là-dessus. Mais pour en revenir à Cesario, ça faisait longtemps que je ne l'avais pas vu, mais ça ne m'a rien fait. J'ai eu une conversation avec lui, bien sûr. Je lui ai demandé de ne jamais te parler de nos liens.
- Mais pourquoi ? Qu'est-ce que c'aurait changé ?
- En m'installant ici, j'ai voulu commencer une nouvelle vie. Je ne veux pas avoir de liens avec ma famille ni même entendre parler d'eux. Ce n'est pas que j'ai eu une vie difficile… C'est juste que je veux tourner la page. A l'époque, ça faisait un bout de temps qu'on était ensemble, mais je ne voulais pas qu'il te parle de tout ça. Je voulais le faire moi-même.
- J'en sais pas beaucoup plus qu'à ce moment-là…
- Peut-être, mais ce que tu dois savoir, c'est à moi de te le dire et pas à lui. »
Le jeune homme acquiesça. Il savait que sa famille était un sujet sensible et Draco n'aimait pas vraiment en parler. Parfois, il lui parlait de sa mère, qui semblait lui manquer, mais à chaque fois que Harry lui en faisait la remarque, le blond lui répondait qu'elle avait beaucoup changé et qu'elle n'avait plus grand-chose à voir avec ce qu'elle avait été autrefois. Quant à son père, Harry ne savait pas bien s'il était vivant ou mort. Draco se contentait de lui dire qu'il n'existait plus.
Et des fois, il y avait des larmes dans ses yeux bleus.
« Et pourquoi il t'en veut maintenant ? Enfin, depuis quelques mois ?
- Quand on s'est parlé, il voulait que je l'aide financièrement et je lui ai répondu que je n'étais pas une banque.
- T'es sérieux ?
- Oui.
- T'es blindé, Draco.
- Ce n'est pas pour autant que je vais donner mon argent à n'importe qui.
- C'est ton cousin !
- Harry, mon ange, tu es la plus belle chose qui me soit arrivé dans ma vie. Ce n'est pas pour autant que je te couvre de cadeaux et que…
- Si je ne voulais plus travailler, tu subviendrais à mes besoins, j'en suis sûr.
- La raison pour laquelle on est encore ensemble, c'est parce que tu te fiches éperdument de mon compte en banque. Je donne mon argent à qui je veux. Et je n'ai aucune raison de donner quoi que ce soit à Cesario. Il n'est rien pour moi. Et la raison pour laquelle il a commencé à devenir mauvais, c'est d'une part parce qu'il a compris que ses minauderies ne servaient à rien, et d'autre part parce qu'il a commencé à avoir de sérieux problèmes d'argent.
- Donc il m'a fait payer le fait que tu ne veuilles par lui donner un rond ?
- Il s'est vengé sur toi. Et il s'est peut-être imaginé que j'allais finir par céder. Il sait que tu adores ton boulot.
- Hervey est au courant de tout ça ?
- Bien sûr.
- Tu lui as dit au téléphone, ce jour-là ?
- Oui.
- Pourquoi il l'a viré ?
- Pour toutes les raisons que tu connais déjà : il arrivait souvent en retard, il était désagréable avec tout le monde, même la clientèle, il t'insultait régulièrement… Tu subissais un harcèlement, Chéri.
- Arrête…
- Il y a des soirs où tu pleurais. Je lui ai dit, à Hervey. Je ne pouvais plus le lui cacher, Harry, ça allait trop loin. Tu as les nerfs solides mais tu atteignais tes limites. Cela dit, je ne lui ai jamais demandé de le virer. Cette décision, il l'a prise tout seul. Il faut croire qu'il te préfère à lui.
- Je suis moins qualifié que lui.
- C'est pourtant toi, et pas lui, que sa femme a invité pour son anniversaire, l'été dernier. »
Harry baissa les yeux, les joues rouges. Il ferma les yeux en sentant sa main pâle caresser sa joue. Puis, il l'entendit lui dire à voix basse que ce n'était pas de sa faute et il n'avait pas à payer pour des choses dont il n'était pas responsable. Il avait suffisamment payé, dans sa vie.
Ce n'était pas de sa faute.
Et cette phrase eut un tel écho en lui qu'il sentit les larmes lui monter aux yeux.
« Je te demande pardon. J'aurais dû t'en parler avant, mais comme tu ne me posais pas de questions et que…
- C'est pas grave.
- Si, parce que c'est de ma faute.
- Tu n'aimes pas parler de ta famille.
- Non, mais quand même. J'aurais dû t'en parler.
- C'est bon, Draco. C'est bon. »
Le jeune homme releva la tête et lui fit un sourire, un vrai sourire, qui ne put pourtant effacer les larmes aux coins de ses yeux. Il vit une lueur colère dans ses yeux bleus, et l'instant d'après, il se levait pour s'assoir dans son dos et le prendre dans ses bras. Il le serra fort contre lui, et la tête calée contre la sienne, Harry ferma les yeux pour se laisser aller à son étreinte solide.
Qu'importe que Draco ne parvienne pas à lui faire totalement confiance. Qu'il garde encore pour lui toutes ces blessures qu'il ne parvenait toujours pas à partager et à lui montrer. Qu'importe.
Ce n'était pas grave.
Rien n'était de leur faute.
La vie n'était pas juste.
Ni pour Harry qui avait tout perdu, du jour au lendemain.
Ni pour Draco, qui avait renoncé à sa famille.
Ni pour Cesario, qui n'était pas comme les autres…
OoO
La nuit avait été difficile. Comme souvent ces derniers temps, Harry avait rêvé de ses parents. Il s'était réveillé en plein milieu de la nuit, seul dans le lit. Draco l'avait abandonné pour aller s'acharner sur son bloc de dessin ou bien sur une de ses illustrations en cours, chose qui arrivait régulièrement. Son petit ami avait souvent du mal à trouver le sommeil, et plutôt que de tourner en rond, il préférait se lever et s'occuper. Généralement, Harry le laissait tranquille. Mais la veille, il avait si mal dans sa poitrine et il avait tellement eu envie de pleurer qu'il s'était levé et était allé le chercher dans son atelier. Alors Draco l'avait pris dans ses bras et remis au lit, avant de s'allonger contre lui et lui caresser les cheveux jusqu'à ce qu'il trouve à nouveau le sommeil.
Ce genre de choses lui arrivait souvent quand il s'apprêtait à passer de bons moments. Un peu comme si des souvenirs enfouis tentaient de lui rappeler qui il était vraiment, à savoir un orphelin sans le sou qui avait grandi comme un merdeux dans une famille qui ne l'aimait pas. Harry était habitué, à présent, mais il y avait des moments comme ceux-là où la souffrance était là et où il s'autorisait un peu réconfort. Draco comprenait. Ou du moins, il essayait. En tous les cas, il était toujours gentil avec lui, même après une grosse dispute.
La journée s'annonçait bien longue. Ce soir, c'était la veille de Noël, et après une journée éreintante, il avait prévu de boire un café avec Hermione. Ce n'était franchement pas le meilleur moment pour sortir quelque part, avec tous ces touristes et ces familles qui faisaient la course au cadeau, mais ils avaient déjà décalé deux fois et Harry avait vraiment envie de la voir. Elle lui manquait beaucoup, en ce moment, et en plus il devait lui donner son cadeau de Noël.
Ainsi, Harry arriva au travail déjà fatigué d'avance, et autant le dire, quand Hervey annonça que la boutique fermait pour la pause déjeuner, le jeune homme en fut grandement soulagé. Avec Pierce, ils se dépêchèrent de ranger tout ce qui trainait dans la boutique avant de se presser dans la salle de repos rejoindre Georgina et Mackenzie, qui étaient déjà en train de recouvrir la table de victuailles. Pour ce dernier repas avant une semaine de congés bien mérités, ils avaient tous décidés de ramener tout plein de bonnes choses à manger et surtout à partager.
Comme toujours, Hervey avait ramené son fameux poulet grillé et épicé qui faisait sa renommée dans tout le pays, et il ne manqua pas de grogner sur ses deux employées quand elles voulurent lui faire l'affront de réchauffer son plat dans le four à micro-ondes. Depuis l'été dernier, il avait installé le vieux mini-four de son cousin dans la salle de repos et il était hors de question de ne pas l'utiliser pour l'occasion. En le voyant ainsi pester, Harry ne put s'empêcher de sourire.
Hervey était un grand grincheux qui semblait passer sa vie à pester après tout et n'importe quoi. Mais c'était surtout un homme profondément bon et généreux, qui n'aimait juste pas montrer ses sentiments. Il se rappela de la conversation qu'il avait eue la veille avec Draco et de cet anniversaire que sa femme avait organisé avec tous ses amis proches et ses employés. Hervey avait été si surpris en rentrant chez lui qu'il s'était mis à grogner après sa épouse et ses deux meilleurs amis qui ne l'avaient même pas prévenus, lui qui détestait tant les surprises, tout ça pour cacher les larmes qui perlaient aux coins de ses yeux sombres.
Comme pour beaucoup de gens, la vie ne l'avait pas épargné, lui non plus. C'était un homme écorché qui avait beaucoup souffert d'une vie de famille dissolue et d'un racisme exacerbé dans les cités où il avait grandi. Il avait une sainte horreur de l'injustice et s'était toujours battu pour obtenir ce qu'il voulait, pour prouver aux autres qu'il était aussi bon que n'importe quel autre homme.
Aujourd'hui, il était marié avec une métisse au sourire solaire qu'il aimait profondément et qui lui avait donné la force de reprendre cette boutique. A trente-six ans, Hervey avait réalisé une partie de ses rêves et il pouvait se vanter à présent d'avoir réussi sa vie. Toutes les blessures n'étaient pas guéries, et elles ne le seraient peut-être jamais, mais c'était malgré tout un homme heureux.
Sans doute avait-il vu une partie de lui-même en Harry, quand il était venu déposer son CV, les yeux baissés et la voix timide. Et peut-être s'était-il reconnu en lui, lors de cette fameuse semaine où il avait compris dans quel monde vivait ce jeune homme dont le seul vrai repaire se trouvait chaque soir au coin de la rue.
Une fois que tout fut réchauffé, ils s'installèrent autour de la vieille table en formica et les festivités commencèrent. Aussitôt, Harry tapa dans le poulet de son patron, qu'il adorait et qu'il peinait à reproduire aussi bien chez lui. L'ambiance était conviviale et sentait bon les fêtes de fin d'année.
Indifférent aux autres convives, Harry dégusta son poulet tranquillement dans son coin. Du moins jusqu'à ce que Georgina lui secoue doucement le poignet pour attirer son attention.
« Hey Chaton ! Je t'ai pas dit, mais mon chéri a adoré le dessin ! On reconnait vraiment le bébé, c'est fou ! Tu remercieras bien ton copain, il est vraiment génial !
- Ah, tant mieux. J'espère que ta sœur va aimer.
- J'ai aucun doute là-dessus !
- Draco est vraiment super doué, c'est terrible !
- Il est fait pour dessiner, ce gars !
- T'as de la chance de vivre avec un artiste, mon chat !
- Ouais, bah heureusement qu'il est blindé, ce beau blond, parce que sinon croyez-moi qu'il aurait arrêté de scribouiller ! »
Sourd aux protestations de ses employés, Hervey jeta un regard à Harry et leva fièrement le menton quand il hocha la tête. Draco avait beau être doué, il était bien difficile de vivre de son art et il s'en était bien rendu compte, depuis le temps. Généralement, il faisait plutôt des illustrations et il arrivait à vendre quelques toiles dans des expositions amateurs. Quelques mois après leur mise en couple, Harry lui avait ouvert une page sur le web et créé un site internet, ce qui avait fait exploser sa cote de popularité et son petit livret de commandes.
Au début, quand ils s'étaient rencontrés, Draco lui avait menti en prétendant qu'il était étudiant en droit, et en inculte qu'il était, Harry l'avait cru. Cependant, très vite, le blond lui avait avoué du bout des lèvres qu'il adorait dessiner, et finalement, il lui avait montré son atelier comme un enfant dévoilant sa passion honteuse. Mais plutôt que de considérer ce passe-temps pour ce qu'il était, Harry avait été attiré par les images accrochées aux murs, par ces toiles inachevées et ces croquis qui trainaient partout. Sur une table recouverte de taches, Draco avait scotché une aquarelle représentant un enfant qui, le visage levé, regardait la neige tomber, une grosse écharpe rouge et jaune autour du cou. Il s'était reconnu, sur ce dessin délicat, à cause des cheveux gris foncés, des yeux vert menthe à l'eau, et cette douce écharpe que Draco lui avait mis autour du cou, un jour de septembre où Harry avait été surpris par le froid et était sorti avec juste une veste sur le dos.
Une écharpe qu'il portait encore, car c'était le premier vrai cadeau que son chéri lui avait offert, deux mois après leur mise en couple.
Premier cadeau que Harry acceptait de sa part, même s'il savait qu'il n'aurait alors jamais les moyens de lui rendre la pareille, lui qui peinait tant à payer son loyer et à se nourrir.
« Et toi, Pierce, t'offres quoi à ta copine du coup ?
- Une montre, elle a cassé la sienne. Ouais, je sais, c'est pas du tout original… Mais au moins, c'est utile !
- Et vous, patron ?
- Une Nespresso.
- Sérieux ?!
- Ouais. Elle veut pas me le dire mais je suis sûr qu'elle a fait exprès de faire tomber sa Senseo par terre… »
Le dessin scotché sur la table, Draco le lui avait offert avec un sourire timide, qui ne lui ressemblait pas vraiment. Harry avait acheté un cadre à deux sous et l'avait posé à côté de son lit. C'était toujours mieux que lui demander une photo de lui. Tous les soirs, il regardait l'aquarelle en pensant à lui et en priant dans son petit cœur meurtri qu'il ne se lasse pas trop vite de lui.
Depuis, le dessin avait déménagé, comme son propriétaire, et se trouvait à présent sur une étagère du salon. Harry ne le regardait plus vraiment, mais quand il le faisait, il se rappelait du tout début de leur relation, de cet hiver affreux qui avait suivi la réalisation de cette aquarelle, de son emménagement et de leur premier « je t'aime ».
Ce dessin, c'était l'image même de cette période de sa vie, où il faisait si froid dans son existence, et où un inconnu lui avait mis une écharpe autour du cou pour le réchauffer et lui apporter un peu de bonheur. Et pourtant, à ce moment-là, rien n'aurait pu présager que leur histoire durerait si longtemps, et qu'elle soit si belle.
« Vous abusez, Patron ! Sérieux !
- Au moins, elle arrêtera de me pomper l'air avec Georges Clooney et sa cafetière ! Qu'est-ce qu'elle m'emmerde avec lui ! Elle avait qu'à épouser un Blanc, tiens !
- Vous êtes plus fringuant que Georges Clooney, Patron.
- Mais moi, j'ai pas joué dans Urgences !
- Ah ça, vous pouvez pas lutter… »
Harry esquissa un sourire en écoutant son patron grogner après sa femme. Souvent, pour taquiner Draco qui était d'une possessivité incroyable, Harry lui faisait part de son intérêt pour certains acteurs et ça le mettait toujours dans tous ses états. Pourtant, il n'avait pas vraiment de souci à se faire, vu son physique de rêve. Il aurait pu avoir n'importe quel homme. Mais c'était lui qu'il avait choisi.
Un triste jour d'avril.
« J'essaie plus de lutter contre Georges Clooney… C'est perdu d'avance, de toute façon…
- Mais entre la classe Georges Clooney et le poulet du patron, je préfère le poulet.
- Ça c'est de l'argument, mon chat !
- Ah, en voilà un qui a du goût ! Va dire ça à ma femme, tu me rendras un grand service ! »
Il pleuvait des cordes, ce jour-là, et le ciel était si sombre qu'on aurait dit qu'il faisait déjà nuit, alors qu'il était à peine cinq heures du soir. Il travaillait depuis quelques mois dans un supermarché du centre-ville, où il faisait à la fois le ménage et le rangement des rayons, quand on manquait de personnel, ce qui arrivait fréquemment. Le patron était difficile, et les temps, aussi.
Harry se rappellerait toujours de ce jour-là. Il traversait alors une allée pour gagner la réserve et il avait vu ce grand et beau jeune homme planté devant le rayon des condiments. Il n'y connaissait rien à la mode, et il s'en fichait pas mal d'ailleurs, mais il lui parut évident que ce client avait de l'argent. Il portait un jean gris qui lui tombait parfaitement sur les jambes, des chaussures en cuir, une veste noire parfaitement taillée et une chemise gris perle qui mettait en valeur la blondeur de ses cheveux coiffés en arrière.
C'était sans aucun doute le plus beau garçon qu'il ait vu de sa vie. Enfin, en vrai. Et il l'avait trouvé si beau qu'il avait marqué un temps d'arrêt, juste pour le regarder quelques secondes. Puis, il avait repris son chemin, détournant les yeux pour éviter de passer pour impoli. Mais le jeune homme paraissait perdu, et quand il tourna la tête vers lui, un sourire se forma aussitôt sur ses lèvres bien dessinées.
Ce type est mannequin, songea-t-il aussitôt. Il ne pouvait pas en être autrement.
Et cette idée persista longtemps, même quand plus tard son client lui affirma être étudiant en droit. Car, comme on disait toujours, soit on avait le corps, soit on avait la tête. Et on ne pouvait pas dire que ce garçon était bien dégourdi. En fait, ça faisait bien cinq minutes qu'il hésitait à choisir une boite ou un bocal de sauce tomate et il paraissait si perdu face à ce choix cornélien que Harry se dit qu'il était mignon mais quand même pas bien fute-fute.
Quelque part, il ne s'était pas vraiment trompé.
L'expérience lui avait prouvé que sa théorie était en partie bidon, car Draco était l'un des hommes les plus intelligents qu'il ait rencontré dans sa courte vie, mais Bon Dieu qu'est-ce qu'il pouvait être nouille, quand il le voulait…
Prétendant qu'il venait d'emménager dans le coin, après avoir fui sa campagne écossaise, Draco revint souvent au supermarché pour faire ses courses. Et comme il n'était vraiment pas dégourdi, et que ses collègues n'avaient pas l'air aimable, il vint régulièrement lui demander de son aide pour choisir ses produits. Au début, Harry se demanda vraiment si ce grand dadais ne se foutait pas de sa gueule, mais il finit par comprendre que non. Et au fil du temps, ils en vinrent à sympathiser, car Draco était tellement nul pour s'acheter à manger et se préparer de quoi se nourrir que ses visites devinrent un véritable passe-temps pour Harry.
Et puis, un jour, Draco lui demanda si ça lui disait de prendre un café avec lui. Après une petite hésitation, le jeune homme avait accepté, en se disant que ça ne lui ferait pas de mal de sortir un peu avec ce qui pourrait devenir un ami.
Mais Draco ne devint jamais vraiment son ami.
Ç'aurait pu être le cas. Draco avait lutté, pour que ce soit le cas. Mais finalement, il avait lâché prise, mettant de côté le fait qu'ils n'avaient rien à voir l'un avec l'autre et il avait entamé une cour lente et pénible, dont il sortit finalement vainqueur. Leur histoire commença fin juin, peu après le début de l'été. Une histoire compliquée, qui eut des hauts et des bas, en grande partie parce que Harry n'y croyait pas. Mais l'arrivée de l'hiver, cette écharpe autour de son cou, ses mains chaudes sur ses joues et son sourire incroyable balayèrent peu à peu ses doutes.
Un type venu faire ses courses était tombé sous le charme d'un employé chargé de nettoyer et de remplir les rayons.
Quelque part, cela tenait presque du conte de fées. Dans la vraie vie, aucun client ne se retourne sur le petit gars chargé de nettoyer les sols et de remplir les rayons. Et pourtant, ça lui était arrivé. Commes'il n'existait pas plus beau que lui… Draco l'avait choisi, lui, et pas un autre. Alors qu'il avait le choix. Peu importe où ils allaient, il se faisait toujours draguer. Mais il s'en fichait.
C'était Harry qu'il voulait.
Et personne d'autre.
« Tiens, reprends du poulet, ça va pas te faire de mal !
- Vous devriez emmener votre dame chez Mme Tussauds, vous savez.
- Mais je l'ai fait !
- Pierce, t'as pas vu la photo qu'ils ont dans leur salon ?
- Sérieux ?! Et vous avez laissé votre femme faire ?
- Elle a dit qu'elle ferait la grève si je la retirais…
- Faut être fort, Patron !
- Vous avez qu'à remplacer le Dr Webber, vous lui ressemblez un peu. Votre femme sera fière de vous !
- Elle ne regarde pas Grey's anatomy… Elle préfère Esprits Criminels. Oui, je sais, Pierce, je n'ai aucune chance pour jouer la doublure de Derek Morgan… »
Ils éclatèrent tous de rire alors que Hervey se prenait la tête dans les mains, poussant un soupir à fendre l'âme. Draco aimait bien cette série, aussi, même s'il la critiquait en long, en large et en travers à chaque fois qu'ils regardaient un épisode. Il trouvait que Spencer lui faisait penser à Hermione, avec sa manie de toujours tout savoir et tout deviner. Harry levait toujours les yeux au ciel, même s'il devait reconnaître qu'il avait plutôt raison.
Et puis, ce qui était drôle, c'était que son chéri ne comprenait pas toujours tout. Enfin, il avait fait de gros progrès depuis qu'ils se connaissaient, mais de manière générale, il n'était pas bien dégourdi.
En fait, à bien des niveaux, Draco semblait tout droit sorti d'un autre monde. Souvent, Harry se demandait comment il faisait pour vivre avant de le connaître. Ils avaient vingt-trois ans quand ils s'étaient connus et son petit ami avait beau être très intelligent, il paraissait bien peu adapté à la vie moderne. Quelque part, il lui faisait penser à ces personnes âgées qui, en dépit de nombreuses explications, ne parviennent jamais à ouvrir un SMS et encore moins à y répondre.
Oui, c'était ça, son Draco. Un homme tout droit sorti d'un conte de fée, qui ne sait pas utiliser un téléphone portable, ni allumer un ordinateur, ni ouvrir une boite de conserve. Un homme magnifique, au taquet pour tout ce qui est question d'argent, mais une vraie brêle pour toutes ces technologies qui le laissaient, de façon générale, assez perplexe. Quand il l'avait connu, il n'y avait même pas de télévision chez lui… Ni même de téléphone, parce qu'il ne savait pas comment brancher l'appareil qu'il avait acheté…
Même si cela avait quelque chose de légèrement surprenant, et voire irritant par moment, Harry trouvait ça adorable. C'était lui qui l'avait initié aux technologies modernes et qui, les premiers temps, avait géré ses sites Internet. Il n'était pas un grand connaisseurs, n'ayant jamais eu les moyens de se payer une connexion dans son minuscule chez lui ni même de s'offrir un téléphone digne de ce nom, mais Draco manquait tant de logique pour toutes ces choses qu'il l'appelait à la moindre étrangeté. Dernièrement, une mise à jour de sa boite mail l'avait mis dans tous ses états et Harry en entendait encore parler…
Draco était un véritable mystère ambulant. Comment diable un homme vivant dans le luxe et ayant voyagé en Europe avait-il bien pu ne jamais s'intéresser à la technologie moderne ? Il voyait des télévisions partout et tout le monde avait au moins un numéro de téléphone, ne serait-ce que fixe… Et avec l'argent qu'il avait, ne pouvait-il pas demander à quelqu'un de tout installer chez lui ? Cette idée ne l'avait même pas effleuré, car il ne pensait pas qu'on pouvait payer des gens pour brancher une prise… Il ignorait même le concept d'opérateur téléphonique. Avec ces deux mots, il le perdait dès la première syllabe.
Depuis, Harry s'était fait à l'idée qu'après avoir vécu au milieu des livres, Draco n'avait juste pas ressenti le besoin de s'intéresser à tout cela. Et à présent qu'il y avait goûté, il s'y adonnait avec un certain plaisir. Harry trouvait ça vraiment mignon. Il lui faisait souvent penser à un enfant.
Un enfant maniéré qui, semble-t-il, avait été très aimé, mais qui avait souffert de la solitude.
Un élan d'amour gonfla son cœur. Il avait hâte de le voir, ce soir. Il avait réservé une table dans un beau restaurant pour l'occasion, et le lendemain, Harry préparait un bon repas qu'ils partageaient seulement tous les deux, comme l'année passée. Ils s'échangeraient leurs cadeaux, se câlineraient dans le canapé, et profiteraient juste de l'autre.
Il avait vraiment d'être à ce soir. Et de le serrer fort dans ses bras, comme il l'avait fait la nuit dernière, pour lui faire oublier son rêve et l'aider à se rendormir.
OoO
Planté près de l'entrée du Starbucks, avec sa nouvelle doudoune sur le dos, ses bottines un peu abîmées aux pieds et son bonnet rouge et jaune sur la tête, Harry attendait son amie depuis dix bonnes minutes en tripotant son téléphone portable. Il faisait assez froid, mais aucun brin de vent ne venait s'engouffrer sous son pantalon pour lui glacer les os. Ainsi, l'attente n'était pas si inconfortable, même s'il aurait franchement préféré qu'Hermione soit à l'heure, pour une fois.
Hermione était toujours en retard. A chaque fois, elle lui inventait une excuse, aussi bidon que la précédente, et à chaque fois, il faisait mine d'y croire. C'était plus facile ainsi. Harry n'aimait pas entrer en confrontation avec elle, car c'était le genre de personne à toujours avoir raison, et il n'aimait pas sa sale manie de lui rappeler un de ses propres défauts pour contrer l'importance du sien. En plus, il avait déjà ça à la maison avec Draco, et il n'avait vraiment pas envie de subir la même chose avec une autre personne. D'autant plus que leurs disputes ne pouvaient pas se résoudre par un baiser.
De toute manière, Hermione n'aimait pas les baisers. Ni même les câlins, d'ailleurs. Mackenzie, elle, lui faisait souvent des câlins, même quand son copain était là. Natacha aussi, elle adorait le prendre dans ses bras. Elle lui disait souvent qu'il lui faisait penser à un petit chat abandonné, avec ses grands yeux verts et ses cheveux toujours en désordre. Une fois, Hervey avait essayé de l'enfermer dans une des cages du magasin, après qu'il lui ait avoué une bêtise et qu'il lui ait fait ses adorables yeux de chat malmené, car il n'en pouvait plus de ses irrésistibles regards. La seule que cette histoire n'avait pas fait rire, c'était Hermione.
Elle n'était pas très rigolote, en fait. Ce n'était pas qu'elle n'avait pas d'humour, c'était plutôt qu'elle était coincée. Mais qu'importe, parce que malgré tout, Harry l'aimait beaucoup. Elle lui ressemblait un peu, dans cette solitude qui faisait tant partie de lui et dans cette sensation d'être différent des autres. Ce qui les différenciait vraiment, dans le fond, c'était qu'Hermione refusait de se couler dans le moule. Avant, Draco lui disait souvent qu'il avait tort. Et puis, il s'était rangé à son avis.
Hermione était différente des autres, car elle était trop intelligente pour se fondre dans la masse des gens ignorants.
Des ignorants qu'elle n'aimait pas.
Car Hermione n'aimait pas les gens.
Alors, des fois, Harry se demandait pourquoi elle l'aimait bien, lui. Ils s'étaient rencontrés par hasard dans une bibliothèque où il allait de temps en temps emprunter des livres, parce qu'il n'avait pas les moyens d'en acheter. Ils s'étaient croisés au rayon des romans fantastiques et avaient attrapé en même temps un livre un peu abîmé. Tous deux surpris, ils avaient cherché le regard de l'autre avant d'échanger un petit rire amusé. Au fil des semaines et des rencontres, ils avaient sympathisé et, aussi étrange que cela puisse paraître, ils étaient devenus amis.
Pourtant, il y avait un monde entre eux. Hermione était étudiante en droit international, à l'époque où il l'avait connue, et lui, il n'était qu'un bête caissier qui peinait à payer son loyer et ses maigres repas. Il n'aurait su dire pourquoi elle s'était attachée à lui. Ce qu'elle avait pu aimer chez lui, si simple d'esprit et si perdu, dans cette grande ville qui refusait de lui laisser sa chance.
Peut-être ses yeux de chat triste.
Peut-être son sourire, qui cachait ses peurs et ses souffrances.
Ou bien était-ce juste la pitié.
Cette pitié, qui vous fait tout relativiser. Vos joies comme vos peines.
Mais Harry n'en voulait pas, de sa pitié. Ni de la sienne, ni de celle de personne. Il avait même failli quitter Draco à cause de ça, parce qu'il ne supportait plus cette peine mêlée de douceur dans son regard. C'était devenu insupportable.
Harry voulait qu'on l'aime pour ce qu'il était, et non pas pour ce qu'il inspirait.
Mécaniquement, le jeune homme regarda sa montre. Hermione avait quinze minutes de retard, maintenant. Il commençait à en avoir vraiment marre, et il avait froid, en plus. Et c'était la veille de Noël, en plus. Il pensa à son amoureux confortablement installé dans le canapé à regarder des bêtises à la télévision tout en dessinant.
Maintenant, il avait envie de rentrer chez lui. Il commençait à se faire tard et il avait envie de se blottir dans ses bras solides pour oublier le froid de l'hiver et la tristesse de ces nuits interminables.
« Harry ! »
Mais ce petit moment de tendresse ne serait pas pour maintenant, car il voyait Hermione s'avancer à pas pressés vers lui. Il lui fit un sourire un peu crispé, de ceux qu'on esquisse quand on a attendu comme un con dans un froid glacial alors qu'on avait largement mieux à faire.
« Je suis désolée, Harry ! J'ai été retenue, et…
- Viens, on rentre, je suis gelé. »
Et sans en attendre davantage, le jeune homme entra dans le Starbucks, en écoutant vaguement les excuses bredouillées par son amie. Il était vaguement question de Ron qui avait perdu il ne savait quoi et qui lui aurait pris la tête… Mais cela ne l'intéressait pas. De toute façon, Ron lui prenait toujours la tête. Il ne comprenait même pas pourquoi ils restaient ensemble, si c'était pour se disputer sans arrêt… Un jour, Harry lui avait dit le fond de sa pensée, et le lendemain, une terrible dispute avait éclaté chez lui, quand Ron était venu lui expliquer sa philosophie de vie et que Draco s'était interposé entre eux. Harry gardait très peu de souvenirs de cette engueulade. Son esprit avait décidé d'oublier. Et puis, ils s'étaient réconciliés, depuis cette histoire.
Mais à ses yeux, Ron restait un putain de casse-couille qui ne savait pas ce qu'il voulait et qui avait en plus eu la bêtise de sortir avec une fille têtue et très intelligente. Pour être dans le même cas de figure, Harry pouvait affirmer qu'il fallait être bien accroché.
« Tu prends quoi ? Je te l'offre, pour me faire pardonner !
- Non, c'est bon.
- Allez, Harry !
- C'est bon, je te pardonne. »
C'était à leur tour. Ils commandèrent une boisson et une douceur, parce que c'était bientôt Noël et Draco lui avait glissé un petit billet dans son porte-monnaie, puis ils cherchèrent une place où s'assoir. Ils parvinrent à trouver une table isolée avec deux chaises, sur lesquelles ils se jetèrent comme la misère sur le monde. Puis, ils ôtèrent leurs écharpes et manteaux, et enfin, ils échangèrent un vrai sourire. L'agacement et la culpabilité s'envolèrent, laissant place à leur amitié, qui leur avait quelque peu manqué, ces derniers temps.
« Alors mon Harry, comment vas-tu ? Pas trop fatigué ? La journée n'a pas dû être facile, c'est un miracle qu'il t'ait permis de finir plus tôt !
- J'avais fait des heures sup' dernièrement et il m'a fait une fleur. Mais sinon, ça a été. C'est toujours fatiguant, les fêtes de Noël…
- Ah ça… Je ne vois quasiment plus Ron, en ce moment, tellement il travaille.
- Il ne voulait pas quitter la boutique de son frère ?
- Si, mais je crois qu'il va y rester. Ou alors il va ouvrir quelque chose d'autre. Il a pris goût au commerce et puis, tu sais, Ron n'a jamais aimé les études, alors les reprendre maintenant…
- Il n'est jamais trop tard, tu sais.
- Ce n'est pas parce que Draco peut te faire avaler n'importe quoi que j'arrive à faire la même chose avec Ron ! Ne rigole, c'est impossible de le ramener à la raison quand il a une idée en tête !
- Moi aussi, je suis têtu !
- Bah voyons ! »
Ils échangèrent un rire complice. Hermione paraissait de bonne humeur. Les fêtes, sans doute. Généralement, ses plaisanteries sur Draco étaient teintées d'ironie, mais cette fois, c'était juste de l'humour.
« Il prend des vacances après les fêtes ?
- Tu plaisantes ? Il a posé quelques jours après le nouvel an, c'est tout !
- Pile au moment où tu passes une partie de tes examens ?
- Mais tais-toi donc… »
Harry eut un léger rire, puis il tenta de boire une gorgée de son café brulant. Il manqua de se bruler la langue et se rappela soudain qu'il n'avait pas pris de sucre. Aussitôt, il se leva pour aller en chercher et en ramena beaucoup trop, ce qui fit ricaner son amie.
« Et ton homme, comment va-t-il ? Maintenant qu'on a parlé du mien…
- Oh, toujours pareil. Il dessine. Et dernièrement, je lui ai expliqué comment fonctionnait Twitter.
- Verdict ?
- Il aime pas du tout. Il ne comprend même pas pourquoi ça existe.
- Il disait la même chose quand il a découvert Facebook…
- C'est ce que je lui ai dit.
- Et il a des projets, en ce moment ?
- Heu… Je sais qu'il participe en ce moment à deux recueils d'illustrations sur je en sais plus quel thème… Il a tellement de trucs en cours de route que j'en perds un peu le fil. Et puis Mackenzie et son copain lui offrent une tablette numérique pour son Noël, du coup ça va être la grande aventure.
- Oula ! Il va te casser les pieds, avec ça !
- Je le vois déjà s'énerver après son stylet et se plaindre sans arrêt… Un vrai gamin.
- Ta collègue a eu l'idée du siècle.
- C'est ce que je lui ai dit, elle s'est foutue de ma gueule. »
Hermione sourit pour la forme. La vérité, c'était qu'elle n'aimait pas Mackenzie. Elle lui disait souvent qu'elle ne comprenait pas comment il pouvait être ami avec une cruche pareille. Draco lui avait sorti les mêmes âneries, mais lui, il avait fini par comprendre, car lui, il avait fait l'effort d'essayer de la connaître. Bon, il fallait dire aussi qu'il était comme cul et chemise avec Bryan et que ç'avait beaucoup joué en faveur de sa collègue. Mais Hermione, elle, n'avait pas fait cet effort. D'un autre côté, c'était son amie à lui. Elle n'avait pas à se lier à ses autres amis.
Malgré tout, Harry aurait aimé qu'elle fasse preuve d'un peu plus d'ouverture d'esprit. Cependant, il avait lâché l'affaire depuis bien longtemps, avec elle. De façon générale, Hermione n'aimait pas vraiment ses amis, même si elle ne le montrait jamais. Quand il travaillait au supermarché, elle avait déjà du mal à supporter Natacha, qui était pourtant une des femmes les plus adorables qu'il connaisse. C'était une maman célibataire qui subvenait tant bien que mal aux besoins de son petit garçon tout en essayant de se former pour travailler dans la petite enfance. A l'époque, c'était sa grande copine. La seule, même, parce qu'il avait beau adorer Hermione, elle ne pouvait pas comprendre ce qu'il vivait. Il n'était pas non plus capable d'accepter son aide.
S'il avait quitté son travail, c'était parce que Natacha comptait également s'en aller. Elle avait trouvé un emploi plus proche de chez elle avec des horaires plus simples. Plus rien ne le retenait à cet établissement et il lui avait fallu chercher autre chose. Et la seule porte qui lui avait été ouverte, outre les supermarchés qui avaient toujours besoin de basse main d'œuvre, c'était cette animalerie où il avait postulé car il aimait les animaux, et comme disait Draco, pourquoi pas.
Ses amitiés n'avaient jamais posé de problèmes avec Draco, car il avait toujours réussi à les comprendre. Mais Hermione avait cette espèce d'étrange jalousie qui l'amenait à imposer une barrière entre elle et ces gourdes qui n'avaient pas su faire les bons choix et qui galéraient à présent à beurrer leurs pâtes. Et quand Harry lui disait qu'il n'était guère mieux qu'elle, Hermione lui répondait toujours que pour lui, c'était différent. Il ne voyait pas tellement quoi, car il galérait autant qu'elles et il n'était pas plus intelligent. Enfin, c'était son avis, pas celui de Draco qui lui faisait toujours les gros yeux quand il se rabaissait ainsi. Mais l'idée était là.
Mais de toute façon, Hermione faisait partie de ces « Qu'importe ta couleur de peau, tes origines, ton sexe ou ta religion… De toute façon, je déteste tout le monde pareil », donc c'était vraiment un combat perdu d'avance.
« Cela dit, c'est quand même une bonne idée car ça lui permettra de se diversifier.
- Ouais, il aime bien tester plein de choses. Et il est vraiment doué, en plus.
- Si j'avais su que tu tomberais un jour amoureux d'un petit aristocrate qui se prend pour un artiste…
- C'est un artiste ! »
Elle lui tira la langue en souriant. C'était de bonne guerre. A vrai dire, si elle ne s'entendait pas avec ses amies, elle ne s'entendait pas davantage avec son petit ami. Elle et Draco étaient comme chiens et chats, même s'ils faisaient toujours preuve d'une certaine diplomatie pour éviter les clashs. Il leur arrivait souvent de s'engueuler à coups de sourires de travers, de pics acérés jetés, relancés et re-balancées etde regards mauvais. Cependant, ils n'haussaient jamais le ton devant lui, comme s'ils souhaitaient le préserver. Alors que dès qu'il sentait de la tension dans l'air, Harry allait se cacher dans sa chambre pour éviter d'entendre la dispute. Il détestait les conflits. Et c'était soit il fuyait, soit il mettait la télévision à fond pour éviter de les entendre…
Harry ne savait pas vraiment ce qui clochait, en fait. Il se disait qu'ils se ressemblaient trop, tous les deux, dans leur volonté de toujours savoir mieux que les autres, dans leur entêtement, leur intelligence et leur bonne éducation. Et puis, pour une raison inexplicable, ils étaient jaloux l'un de l'autre. Elle, parce qu'il avait réussi à le tirer vers le haut et le convaincre de vivre avec lui dans un son petit confort. Lui, parce que… il ne savait pas. Harry ne savait pas. Du tout. Il ne voyait pas ce qu'il pouvait lui jalouser et pourquoi cette copine-là était différente des autres. Ca le dépassait littéralement.
Au final, le problème restait le même : Hermione et Draco s'entendaient bien la moitié du temps, et se chamaillaient pour des broutilles l'autre moitié. Harry aurait aimé qu'ils s'entendent mieux et qu'il n'ait pas à jouer à pile ou face quand elle venait à la maison. Tout se passait si bien d'habitude, même avec Natacha qui avait fils un peu trop vif et un peu trop dans les pattes de Draco, qui ne savait pas du tout y faire avec les mômes… Il fallait croire qu'ils n'étaient pas tellement faits pour s'entendre.
C'était dommage.
Que Draco déteste cordialement Ron, qu'il traitait de tous les noms après chaque friction, pourquoi pas.
Mais qu'il n'apprécie pas tellement Hermione, c'était un peu douloureux.
Il faisait des efforts, pourtant.
Pour lui, il faisait des efforts.
Il ne l'avait jamais insulté et l'avait toujours, quelque part, respectée, même ce jour-là où elle était allée trop loin avec lui et qu'elle lui avait qu'il ne méritait même pas de regarder Harry.
Par amour, il n'avait jamais franchi ces limites-là.
Mais ils ne s'entendaient pas, et ils ne s'entendraient sans doute jamais. Hermione n'accepterait jamais qu'il sorte avec un homme parfois un peu lunatique, maniéré et riche, qui le laissait travailler dans cette animalerie alors que lui passait ses journées à dessiner et ne rien faire d'autre, même pas le ménage ou la cuisine.
Et lui n'accepterait jamais qu'il soit ami avec une fille qui se permettait de le juger et de les mettre face à la réalité des réalité à elle.
Une réalité un peu culottée, car quand on sort avec un homme déjà dans le monde du travail qui ne fait plus tellement d'efforts pour vous voir et qui laisse trainer ses fiançailles depuis deux ans, on ferait parfois mieux de se la boucler.
« Vous partez un peu, après les fêtes ?
- On part quatre jours à Milan.
- Ah ? Vous ne deviez pas aller en Allemagne ?
- J'avais envie d'aller en Italie. Et il m'a dit que c'était une belle ville.
- Vous ne partez pas plus longtemps ?
- Non, parce qu'on mange chez mon parton le vingt-sept et puis je reprends le travail le deux janvier. Et on a envie de se repose un peu à la maison.
- Oui, enfin…
- Moi, j'ai besoin de me reposer, Hermione.
- T'aurais pu prendre un peu plus de congés.
- Je n'en ai pas besoin.
- Au contraire. Tu peux te le permettre.
- Non. Même si ça te dépasse, je suis heureux comme ça, tu sais. »
Arrêter de travailler le rendrait sans doute malade. Il avait beau aimer Draco, il serait incapable de partager son quotidien des journées entières, et surtout, il se sentirait complètement inutile. Il lui était inenvisageable de vivre à ses crochets. Même s'il resterait toujours pauvre et démuni à côté de lui, il voulait disposer de son argent et avoir ce plaisir de lui offrir quelque chose quand il en avait la possibilité.
« Je sais que tu es bien comme ça, mais tu dois apprendre à te ménager.
- Ne t'en fais pas pour moi.
- Je m'en ferai toujours pour toi.
- Je t'ai dit que je commençais mes cours début janvier ?
- Si tôt ?
- Ouais ! J'ai limité un peu mes heures pour pouvoir travailler à la maison et Draco m'a promis de m'aider.
- Moi aussi, je peux t'aider. Je te l'ai promis, d'ailleurs !
- Je sais, mais tu ne vas pas être disponible, le mois prochain.
- Ah ça non… Mais après, je serai toute à toi, c'est promis. Enfin, t'es quand même pas plus bête qu'un autre, mon Harry. Tu vas l'avoir, ton certificat d'études…
- Je l'ai même pas passé, c'est pas dit que je l'obtienne.
- Ça t'en sais rien.
- Oui, c'est vrai. Mais au pire, je l'ai passé et je l'ai pas eu, ce qui revient au même.
- Pas vraiment. Mais en tout cas, je suis sûre que tu l'auras à la fin de l'année. Et puis on va tellement te faire travailler avec Draco que tu ne pourras que l'avoir, tu verras ! »
Harry avait quelques doutes là-dessus, mais il ne voulait pas casser son bel optimisme. Avec Draco, ils s'étaient fixés pour objectif d'accéder à une formation plus approfondie afin de travailler au plus près des animaux au sein de l'animalerie. En somme, Harry voulait le même travail que Pierce, et après une conversation avec Hervey, il avait compris que son patron serait prêt à l'embaucher à ce titre. Mais pour cela, il devait accéder à des diplômes basiques dont il ne disposait pas, dont le fameux certificat de fin d'études qu'il aurait dû obtenir lors de sa quinzième année.
Ce ne serait pas si compliqué, lui affirmaient ses amis, mais ils savaient tous que si, ce serait difficile pour lui. Il n'était certes pas plus bête qu'un autre, mais se plonger là-dedans, affronter sa peur de l'échec, cette sensation d'être stupide et d'avoir foutu sa vie en l'air, et de n'être au final qu'un demeuré, car il fallait vraiment l'être pour ne pas avoir cet examen-là…
Mais il y arriverait. Il devait y arriver, pour avoir un meilleur travail, pour avoir la fierté d'avoir réussi, pour rendre à Draco un peu de ce qu'il lui offrait depuis un an et demi, et surtout, pour se dire qu'il n'était pas un raté.
« Il m'a dit que si je travaillais bien, on aurait le droit d'avoir un animal à la maison.
- T'es pas sérieux…
- Si !
- Il te traite vraiment comme un gamin !
- T'as vu ça ? Bon, en fait, il est d'accord pour qu'on ait un chat.
- Oh, Monsieur Malfoy se décide enfin à avoir un animal chez lui ?
- Ouais. Il ne veut pas de chien parce qu'il ne veut pas être obligé de le sortir la journée mais…
- Mais quel fainéant…
- Ne lui dis pas ça, on s'est déjà pris la tête avec ça…
- J'essayerai de m'abstenir. Mais un chat, ça ne le dérange pas ?
- Si je l'autorise à lui faire son éducation.
- Genre au placard s'il griffe le canapé ?
- Par exemple.
- Il est terrible. Et je suppose qu'il veut un type de chat particulier ?
- Tu le vois adopter un chat de gouttière ?
- Pas du tout… Il faut toujours ce qu'il y a de meilleur pour un Malfoy.
- Arrête de l'appeler par son nom, c'est stupide.
- Et qu'est-ce qu'il veut comme espèce ?
- Un bleu russe.
- Ah, c'est beau, ça ! Tu aimes ?
- J'aurais même aimé un chat de gouttière, moi…
- Mais tu n'es pas un Malfoy.
- Non, mais je vis avec l'un d'eux. Et c'est du sport. »
Ils échangèrent un regard complice. Harry avait hâte que Draco se décide à accepter d'acheter un chat. Au prix d'un combat acharné, son chéri lui avait promis qu'ils prendraient un animal au printemps s'il s'investissait dans ses cours par correspondance, mais pas avant. C'était déjà une grande victoire car Draco avait déjà tant de mal à s'occuper de lui-même et à partager que son accord était presque inespéré.
Il en fit d'ailleurs part à son amie qui haussa les épaules : elle avait un chat depuis des années et ce n'était pas le genre d'animal qui demandait beaucoup d'entretien. Draco était juste peu dégourdi et pas vraiment familier des animaux, de ce qu'elle avait pu voir. Elle lui demanda quand même pourquoi il avait choisi cette race et Harry lui répondit qu'il était passé à la boutique la semaine précédente et qu'il lui avait montré leur dernier arrivant. Il le trouvait si mignon qu'il s'était senti obligé de le lui montrer. Et la veille, il lui avait dit qu'à la rigueur, il en voudrait bien un comme celui-là.
La conversation dériva sur le gros chat roux de Hermione qui commençait à se faire vieux et qui s'était pris un bol entier de pâte à pancakes sur lui, et qu'il avait fallu laver à deux sous peine de se faire trancher la carotide. Riant aux éclats, Harry écouta son amie lui raconter ses mésaventures des derniers jours, tout en sirotant son café et en grignotant son roulé à la cannelle. Le sourire aux lèvres, il profita pleinement de ce moment avec elle, sans plus songer à son amoureux qui l'attendait sagement chez eux, déjà prêt à sortir.
OoO
« Harry ! Il s'est caché sous le meuble !
- Mais arrête de l'emmerder, aussi !
- Mais il est trop beau !
- Et après c'est moi que tu traites de gamin ?
- Chéri, aide-moi à le récupérer, il n'arrête pas de bouger ! »
Dominé par un chaton de trois mois, si c'était malheureux… Songea Harry en souriant. Il posa la théière sur un plateau, où se trouvaient déjà deux tasses, le pot de lait et le sucrier, puis il se dirigea vers le salon. Le dos contre le parquet et les jambes un peu relevées, Draco regardait sous un meuble du salon. Il paraissait bouger le bras pour essayer d'attraper le chaton bien peu coopératif qui s'était caché dessous.
Attendri, Harry le regarda quelques secondes avant de poser le plateau sur la table basse. Il était vraiment incroyable qu'un homme aussi distingué que lui, qui l'avait emmené dans un des meilleurs restaurants de la capitale et qui lui avait loué pour l'occasion un costume, afin de lui faire vivre une soirée de rêve, soit à présent allongé en pyjama sur le parquet à essayer d'attraper un bébé chat un peu trop joueur. Le cœur léger, et plein d'amour, Harry s'approcha de lui et s'agenouilla juste au-dessus de sa tête. Son petit ami tourna alors son visage vers lui et lui fit un sourire. Il ferma les yeux quand son chéri prit son visage entre ses mains et y déposa un tendre baiser.
Taquin, Harry butina sa bouche tout en caressant ses joues douces et pâles. Il sourit quand son amoureux voulut mettre la langue et ils eurent un léger rire car ce n'était pas très aisé. Alors le jeune homme leva la tête et ils échangèrent un regard complice.
« Il me mordille le doigt.
- Ah, il a arrêté de te fuir.
- Ouais. »
Draco ramena son bras vers lui, extirpant en douceur le chaton de sous le meuble. Et alors une petite boule de poils toute grise apparut et fut délicatement posée sur son torse. Harry le trouva vraiment minuscule, ainsi allongé sur la poitrine de son copain. Il lui caressa le dos, mais le chaton était beaucoup trop occupé à jouer avec la main taquine de son maître pour s'intéresser à lui.
« Il faudrait peut-être lui trouver un nom.
- Ouais. T'as une idée ?
- Berlioz ?
- Comme dans les Aristochats ?
- C'est mon préféré.
- Si tu veux.
- Ça te va ?
- Du moment que tu ne fais pas comme Hermione qui a appelé son chat par rapport à la forme de ses pattes… Ne rigole pas, c'est exaspérant ! En plus, il est bête, son chat !
- Tu dis ça parce qu'il a griffé ton pantalon…
- Griffé ? Déchiré, oui ! Tu sais combien il m'a coûté ?!
- Beaucoup trop cher ! Donne-le-moi ! »
Harry attrapa le chaton puis s'assit en tailleur. Draco se redressa un peu et posa sa tête sur ses chevilles croisées pour mieux le regarder le caresser. Blotti contre son haut de pyjama, Berlioz se tint tranquille et se mit ronronner. Aussitôt, ils pouffèrent comme des idiots.
Comme un jeune couple qui vient d'accueillir un animal chez eux et qui le considère déjà comme son bébé.
« Il est vraiment trop beau. J'étais tellement triste quand Hervey m'a dit qu'il était réservé…
- C'est toi qui es trop beau.
- Flatteur.
- Pris sur le fait ! »
Le jeune homme déposa un baiser sur la petite tête fragile du chaton. C'était sans aucun doute le plus beau cadeau que Draco aurait pu lui faire pour son Noël. Et dire qu'il avait mis tout ce temps à se décider, pesant sans cesse le pour et le contre… avant de finalement jeter son dévolu sur ce chaton qu'il avait réservé juste avant de quitter la boutique à un Hervey ravi qui avait caché la bestiole chez lui et que Draco était allé récupéré dans la matinée. Autant dire que quand ils rentrèrent chez eux et que Harry découvrit une grosse boite percée de trous sur son lit, sa joie fut immense.
Il avait même manqué de pleurer. Ce n'était qu'un animal, c'était bien vrai, mais il ne s'attendait tellement pas à ce que Draco l'ait mené en bateau depuis plusieurs semaines qu'il l'avait couvert de baisers, en lui répétant sans cesse à quel point il l'aimait. Radieux, Draco s'était laissé bécoter sans se plaindre et lui avait ensuite offert tout ce qui allait de paire avec un chat, et à son entretien, bien sûr. Forcément, le cadeau de Harry paraissait bien maigre à côté de tout ça, mais son amoureux le serra si fort contre lui et l'embrassa si passionnément qu'il oublia un instant le fossé qui les séparait.
A présent, ils étaient tous deux dans un coin du salon, à regarder un bébé chat qui représentait déjà beaucoup. Et alors qu'il caressait son doux pelage, Harry se rendit compte à quel point il était heureux, dans cette nouvelle vie. Et à quel point il était heureux, dans cette existence paisible faite de plaisirs simples.
C'était dans ce genre de moments qu'il était heureux de vivre, et heureux de ne pas avoir cédé à la facilité. Celle qui lui avait tendu les bras tant de fois, des années auparavant, et à laquelle il avait manqué de céder dans les moments les plus sombres de son existence. La vie méritait d'être vécue, quel qu'en soit le prix, et il était heureux de s'être accroché pour vivre ce genre de moments.
Bien sûr, il aurait préféré que les choses soient différentes, mais la vie n'avait pas été douce avec lui. Et plus les mois passaient, et plus Harry parvenait à se faire une raison, à tirer un trait sur cette période pénible de son existence, où ce bonheur n'existait pas.
Où le bonheur, tout simplement, n'existait pas.
Tout ça, parce qu'il avait tout oublié.
Comme ça.
Il avait tout oublié.On ne savait même pas comment, ni pourquoi. Il s'était réveillé un matin, avec un gros bandage sur la tête, quelques livres dans la poche et la sensation d'avoir fait un vaste cauchemar, dont il n'avait que des bribes, qui s'effacèrent au fil des jours.
Il gardait quelques souvenirs de cette période, qui ne fut qu'une longue et douloureuse errance. Elle l'amena à retrouver sa famille, cet oncle et cette tante qui l'avaient recueilli durant son enfance, et puis à atterrir dans un refuge pour les jeunes égarés comme lui, sans argent et sans repaires.
Harry était un jeune adulte sans passé et sans avenir, qui essayait de s'en sortir parce qu'il ne voulait pas tourner en rond comme tous ces gens qu'il avait côtoyés et qui mourraient à petit feu. Qu'importe de galérer et de vivre dans la misère, de ne jamais voir la lumière du jour et de subir les crachats et les insultes à longueur de temps. Il savait qu'il finirait par s'en sortir. Il était quelqu'un de bien. Il le savait au plus profond de lui-même. Et les gens biens finissent toujours par s'en tirer.
Bien sûr, c'était faux, et une partie de lui-même le savait parfaitement. Mais malgré la dépression qui le rongeait et qui assombrissait ses yeux, Harry vivait avec cet espoir qu'un jour, il arriverait à s'en sortir. Que quelque part, même s'il n'y avait aucune trace de sa scolarité et aucun diplôme à son nom, il était quand même quelqu'un de bien.
Et quand ce maigre espoir, entretenu par ses rares et éphémères amis qui étaient alors comme des étoiles de sa vie d'un noir d'encre, commença à disparaître… un soleil vint éclairer sa vie.
Discrètement.
Avec cet air de ne pas y toucher.
Avec cette timidité qui ne lui ressemblait pas vraiment.
Un soleil si éblouissant et si beau que Harry ne pensait pas avoir le droit de le toucher, ni même de le regarder. Mais quand il vint caresser son visage de sa chaleur, il ne lui fut plus possible de s'éloigner de lui.
Il faisait nuit dans l'appartement, et pourtant, son soleil allongé sur le parquet du salon le réchauffait comme jamais de son amour et de ses attentions, le comblant comme il n'aurait jamais osé le rêver.
Doucement, Draco leva la main vers lui et Harry baissa la tête pour qu'il lui caresse la joue. Le visage toujours levé vers lui, son petit ami le regardait intensément, avec une espèce de sérieux qui le fit rougir. Les mots qu'il prononça ne fut qu'un chuchotement, qui lui donnèrent des frissons.
« Je t'aime, mon amour. »
Puis, il lui fit un sourire. L'un de ses plus beaux sourires.
« Je t'aime à la folie. Et je t'aimerai toute ma vie. »
Son « moi aussi » fut pénible à prononcer, car Harry était si ému et si surpris par les larmes qui venaient de perler au coin de ses yeux bleus qu'il eut du mal à articuler.
« Je serai toujours là pour toi, mon chéri. Toujours.
- Je sais, mon cœur.
- Non, tu sais pas. Même quand tu ne voudras plus de moi, je serai toujours là pour veiller sur toi.
- Je voudrai toujours de toi.
- On ne connait pas la vie. Mais ce que je sais, c'est que tu es l'homme de ma vie. Et je serai toujours là pour te protéger. »
A présent, les larmes débordaient de ses yeux. Sa bouche grimaçait et il peinait à avaler sa salive. Harry fronça les sourcils, le cœur serré et lui chuchota qu'il l'aimait plus que tout, lui aussi, et qu'il serait à jamais à lui. Draco hocha lentement la tête. Les yeux humides, Harry lui demanda d'arrêter de pleurer, incapable de comprendre pourquoi il se mettait dans un tel état. Son amoureux lui répondit que ça lui faisait tellement plaisir de le voir heureux et qu'il avait tellement peur, parfois, qu'il se lasse de lui et qu'il ne l'aime plus…
Mais c'étaient des bêtises. Harry était fou de lui, qu'importe ce que pouvait bien dire Hermione sur son compte. Draco était un être fantastique qu'il aimait passionnément et avec qui il pouvait faire sa vie, qu'importent son caractère, ses gamineries et les secrets qu'il préférait garder pour lui. Il l'aimait pour ce qu'il était : un homme triste qui essayait de voir le bon côté des choses, qui vivait sa passion autant qu'il le pouvait, qui se montrait sans cesse maladroit avec toutes ces choses de la technologie moderne, et qui était toujours là quand on avait besoin de lui.
Un homme comme les autres, avec ses défauts et ses qualités, qui trainait un poids qu'il refusait de partager et qui, depuis un an et demi, semblait s'ouvrir chaque jour un peu plus au monde et au bonheur.
Comme s'il avait trouvé son soleil à lui.
Son tout petit soleil.
Qu'on ne pouvait pas acheter. Qui ne pouvait que se trouver, et qu'il avait découvert, à un moment de sa vie où il ne pensait plus pouvoir être heureux avec quelqu'un.
Doucement, Harry se recula, posa le chaton par terre et lui fit signe de se redresser. Son chéri s'adossa péniblement contre le meuble et ouvrit grand les bras pour l'accueillir contre. Il le serra fort dans ses bras, lui soufflant des « je t'aime » et des « je veux faire ma vie avec toi », alors que Harry déposait des baisers dans son cou en essayant de le rassurer.
En lui rappelant qu'il était le premier à avoir avoué ses sentiments, et qu'ils étaient toujours aussi forts, même après tout ce temps. Et qu'ils le seraient toujours.
Qu'importent les aléas de la vie, il l'aimerait toujours.
Lui, il ne l'oublierait jamais.
Au fil des minutes, Draco parvint à se calmer, et les yeux clos, Harry respira son odeur. Doucement, son chéri glissa son nez contre le sien pour le frotter doucement, puis l'embrasser tendrement sur la bouche. Harry voulut lui dire quelque chose, mais soudain, Berlioz sauta sur ses genoux et essaya de grimper tant bien que mal sur son haut de pyjama. Harry ne put s'empêcher de rire en le voyant faire et il sut que Draco souriait, quand il l'embrassa sur la tempe, sur une vieille cicatrice qu'il cachait sous ses cheveux noirs.
« Il est jaloux.
- Ne le chouchoute pas trop, sinon c'est moi qui vais être jaloux.
- Tu seras toujours mon préféré.
- J'espère bien ! »
Sa voix était basse et un peu enrouée. Harry décida de l'ignorer. C'était ce qu'il y avait de mieux à faire, de toute façon. Ces moments de doutes où Draco perdait ses moyens étaient à prendre avec douceur et sourires. Et puis, il souriait à nouveau, et c'était le principal. Il était tellement plus beau quand il souriait.
« Joyeux Noël, mon chéri.
- Joyeux Noël, mon coeur. Je t'aime fort, tu sais.
- Moi aussi.
- Et rien ne changera jamais ça.
- Non, rien.
- Même si un jour je me rappelle de qui j'étais, avant, tu m'aimeras toujours ?
- Toujours. Et si un jour je te raconte…
- Ça ne changera rien non plus.
- Joyeux Noël, Harry.
- Joyeux Noël, Draco.
- Joyeux Noël, Berlioz !
- T'es con.
- Je sais.
- Je t'aime.
- Moi aussi, Harry. Pour toujours. »
FIN
