Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !

Couple : Harry/Draco.

Rating : K+.

Après une si longue absence, me voici avec un nouveau challenge que j'avais écrit il y a un moment pour une certaine Harmonie !

Je suis vraiment désolée pour ce retard dans mes challenges mais le dernier, Hope, me donne beaucoup de mal. A côté de ça, ma vie professionnelle m'a mangé pas mal d'énergie, du coup c'était compliqué... Mais je n'abandonne pas le projet, ne vous en faites pas ! ^^

J'espère que cet OS vous plaira, en attendant le suivant ! :)

Bonne lecture !


Tradition

Il faisait un temps merveilleux. Un chaud soleil de fin de printemps illuminait le vaste parc verdoyant dont la verte pelouse avait été finement taillée pour l'évènement. Elle était comme une mer émeraude où surgissaient çà et là arbres et buissons en fleurs, dégageant d'agréables parfums qu'un léger vent amenait vers eux. Vraiment, cette journée commençait sous les meilleurs auspices.

Face à lui, deux portes grandes ouvertes donnaient sur une vaste pièce remplie à raz-bord et bruyante au possible. Il la connaissait parfaitement, cette pièce, et honnêtement, il ne pensait un jour y entrer de cette manière-là. Pourtant, Draco se trouvait devant ce grand escalier en marbre, le cœur tambourinant dans sa poitrine et une émotion sans nom bouleversant tout son être.

Lentement, Draco tourna la tête vers Pansy qui lui tenait le bras d'une manière crispée, comme si elle craignait que le blond ne s'envole. Tous deux échangèrent un regard. Elle était magnifique. A ses yeux, Pansy n'avait jamais été aussi belle. Elle portait une robe d'un blanc pur, avec de nombreux jupons qui flottaient autour de ses pieds dans elle marchait. Les innombrables perles brodées sur le tissu et le corsage illuminaient sa tenue qui semblait avoir été cousue sur elle tant elle lui allait bien. Les épaules nues, elle avait laissé pousser ses cheveux afin de les relever en un élégant chignon où étaient plantées quelques fleurs blanches ainsi que les épingles tenant son voile délicat.

Elle était si belle que Draco en avait les larmes aux yeux. Il le lui avait dit, un peu plus tôt, qu'elle était sans aucun doute la plus belle mariée qu'il ait vu dans sa vie. Alors, elle avait ri comme seules de jeunes mariées pouvaient le faire, ses yeux sombres pétillant de plaisir.

Et à présent, ils se tenaient là, tous les deux, devant un grand escalier de marbre blanc, bras dessus, bras dessous, avec de petites demoiselles et damoiseaux d'honneur qui tenaient fermement son long voile. Tous deux savaient que ça finirait par arriver, et malgré tout, ils avaient cette sensation étrange, comme si en réalité ça n'aurait jamais dû se produire. Mais il en était ainsi.

Soudain, un puissant bruit d'orgue leur parvint. Ses poils se hérissèrent sur tout son corps. On y était. Il était temps de gravir les marches et d'entrée dans cette vaste salle de réception où Draco avait assisté à tant d'unions. Après un dernier regard empli d'émotions, et presque de déclarations d'amour, l'homme regarda droit devant lui et commença à monter les marches, Pansy à son bras, sa robe blanche caressant ses jambes à travers le tissu noir de sa propre tenue.

Lentement, suivant la mélodie de l'orgue, ils entrèrent dans la vaste salle. Aussitôt, tous les regards se braquèrent sur eux et Draco, pour la première fois de sa vie, se sentit vraiment stressé. Parce que la pièce était aussi grande que la Grande Salle de Poudlard et qu'elle était dix fois plus remplie. Des rangées et des rangées de sièges d'alignaient de part et d'autre de l'allée centrale mise en valeur par un long tapis rouge. Sur son bras, les doigts de Pansy s'enfoncèrent alors que la tension montait en elle, à mesure qu'elle traversait la pièce.

C'était la reine du jour. Celle que tous allaient admirer pour ces quelques minutes de traversée, et qu'ils critiqueraient un peu plus tard, parce que sa robe ne serait jamais assez belle pour convenir à toutes les langues de vipère bien installées sur leurs sièges, parce que ce n'était pas une jolie fille et que son futur époux méritait quand même mieux qu'un laideron pareil.

Mais en cet instant, toutes ces critiques n'avaient pas d'importance. Car à ses yeux, à lui, Pansy était la plus belle des femmes et il était fier de remonter cette allée avec elle à son bras.

Tout au bout, sur une large et haute estrade, se tenait le marieur, superbe dans une robe blanche finement brodée d'or. Il les regardait avec une grande tendresse toute paternelle. Il leur fit un large sourire quand, enfin, ils arrivèrent ensemble devant lui, tandis que la mélodie solennelle de l'orgue prenait fin.

Perdu dans son ascension, Draco faillit se diriger vers les escaliers, mais il croisa soudain le regard ardent de Marcus Flint, tout près du marieur. Alors, le blond se ressaisit et cessa de marcher. Le cœur serré, il regarda son ami descendre les quelques marches. Il était splendide, dans cette robe vert foncé qui mettait remarquablement sa peau halée en valeur, et quand il le vit regarder la future mariée avec tout cet amour, Draco crut vraiment que son cœur allait le lâcher.

Lentement, le blond se tourna vers Pansy, saisit ses deux mains pour les embrasser l'une après l'autre avant de les tendre au futur marié. Ce dernier les saisit, tremblant, puis guida Pansy vers l'autel où les attendait le marieur. Enfin, Draco se retourna et alla s'assoir à côté de Daphnée Greengrass qui papillonnait des yeux, les écarquillant comme si elle n'y voyait pas clair. A peine posa-t-il son séant sur son siège que la sorcière blonde lui attrapait la main pour la serrer fort dans la sienne. Elle était au bord des larmes.

L'orgue cessa d'enchanter leurs oreilles. Il y eut un silence, puis, la voix chaude et douce du marieur s'éleva dans les airs.

« Mes chers amis. Nous sommes ici aujourd'hui pour célébrer l'union de deux personnes chères à vos cœurs. »

La main de Daphnée se resserra dans la sienne. Son autre main était crispée à sa robe bleu pâle et Draco se demanda si elle ne finirait pas par la déchirer avec ses longs ongles rouges. Si elle était déjà si émue par le discours du marieur, elle ne ressemblerait plus à grand-chose quand il lui faudrait se lever et se placer aux côtés de Pansy.

« Aujourd'hui, nous allons célébrer l'union de ces deux êtres : Marcus Julian Enrico Flint et Pansy Modesty Aglaé Parkinson. »

Le cœur de Draco se serra dans sa poitrine. Il serra les dents, luttant contre les larmes qui commençaient à lui monter aux yeux. Ce n'était pas le moment de flancher. Alors, il se concentra, les yeux posés sur le dos à demi découvert de Pansy, et fit de son mieux pour supporter le poids de l'émotion et la pression de la main tremblante de Daphnée.

OoO

« Et vous pouvez embrasser la mariée. »

Accrochée à son bras, Daphnée pleurait toutes les larmes de son corps. Elles dégoulinaient sur son visage en petites rigoles. A ses côtés, Draco luttait contre ses propres émotions, alors que Marcus relevait délicatement le voile blanc du visage de son épouse pour ensuite saisir ses mains et l'embrasser tendrement sur la bouche. Et malgré tout son self-control, deux larmes débordèrent de ses yeux et caressèrent ses joues, brouillant sa vue. Un tonnerre d'applaudissements retentit dans la pièce et il s'y joignit, incitant Daphnée à en faire de même. Mais la sorcière, toute grimaçante, secoua la tête, ce qui le fit bêtement rire.

Puis, le sourire aux lèvres, il regarda à nouveau les mariés qui, comme perdus dans leur bonheur, se regardaient comme s'ils se découvraient pour la première fois. Ils finirent par se tourner vers l'assemblée et les applaudissements se firent plus forts encore, presque plus violents. Rayonnante, Pansy prit le bras de son époux et feignit de descendre les escaliers. Aussitôt, les enfants s'agglutinèrent autour d'elle et les invités quittèrent leur siège, se pressant vers la sortie de la salle de cérémonie.

Plutôt que de suivre tout ce monde, Draco tira Daphnée jusqu'aux mariés. Pansy rayonnait de bonheur, ses yeux brillant de mille feux, sans doute à cause des larmes qui semblaient à deux doigts de déborder. Une fois en bas, elle lâcha le bras de Marcus et se jeta dans ceux de Draco qui la serra fort contre lui.

Il lui dit à quel point elle était belle et à quel point il était heureux pour elle, et que cette cérémonie avait juste été parfaite. Son amie ne put répondre, et quand elle releva la tête, elle préféra rire plutôt qu'essayer de parler. Afin de féliciter Marcus, Draco se tourna vers lui et ils eurent un rire en voyant Daphnée accrochée à son cou et si crispée que le marié semblait incapable de la repousser. Cela le faisait bien sourire, d'ailleurs. De leur côté, Olivier Dubois et Martha Vaisey se marraient bien, même si la témoin n'en menait pas large non plus. Finalement, ils réussirent à décrocher Daphnée qui se réfugia dans les bras de Pansy pour y verser ses dernières larmes et Draco put enfin serrer franchement la main de son ami.

Oh oui, la cérémonie avait été superbe. Ils étaient beaux tous les deux et le marieur, comme toujours, s'était montré exceptionnel. Touché, même s'il faisait tout pour contenir ses émotions, Marcus le remercia, et après avoir reçu les compliments et accolades de ses témoins, ils gagnèrent la sortie de la pièce à demie vide, escortés par leurs amis et les enfants d'honneur qui tenaient fièrement le voile de la mariée. Daphnée se mouchait bruyamment en se tenant à Olivier tandis que Martha marchait tranquillement aux côtés du blond, un peu en retrait.

Et ce fut sous les applaudissements, les gerbes de riz et de pétales de fleurs que les mariés sortirent de la salle de cérémonie et descendirent l'escalier de marbre, unis pour le restant de leurs jours. Draco regarda leurs silhouettes se découper dans la lumière du jour puis disparaître petit à petit. Il sortit bien après les demoiselles et damoiseaux, si joliment vêtus et fiers de leur tâche, et put donc regarder avec une certaine émotion Pansy disparaître dans la foule, célébrée de toute part et félicitée par ses proches.

« Beau mariage, hein ?

- Superbe mariage.

- Elle est heureuse.

- Qui ne le serait pas à sa place ? »

Les deux témoins échangèrent un regard entendu. Le couple avait mis près d'un an à organiser ce mariage, après un an d'amour rendu compliqué par les tensions au sein de leurs familles respectives. Mais à présent, ils étaient heureux et unis. Ils entraient dans une nouvelle phase de leur vie qu'ils n'auraient pu connaître sans cette union.

Sans mariage, pas d'enfants, ni de vie commune. Ça fonctionnait comme ça, et pas autrement. Cette journée était donc aussi importante que symbolique, aussi bien pour eux que pour leurs familles. Et du haut de l'escalier, Draco ne pouvait s'empêcher d'envier leur bonheur, d'une certaine manière, même s'il savait que ces normes étaient contraignantes sur bien des aspects.

Mais chacun devait se plier à ces traditions ancestrales. Et à cet instant, Draco était heureux pour ses amis qui pourraient enfin songer à fonder une famille, comme ils le souhaitaient. Enfin, la pression exercée par leur famille s'apaiserait. Mrs Parkinson ne serait plus angoissée à l'idée que sa fille unique ne se marie jamais et Mr Flint ne craindrait plus que son coureur de fils n'engrosse il ne savait quelle petite pucelle. Tous deux se faisaient de fausses idées : le décès de son mangemort de père ne réduisait pas les chances de Pansy de s'unir à un homme et Marcus n'avait jamais été plus loin que le flirt avec ses précédentes conquêtes.

Ah, les mères, songea-t-il en descendant les marches à son tour, le cœur plus léger. Il n'apercevait pas ses parents qui semblaient s'être volatilisés. Mais sans doute étaient-ils en train de se pâmer dans un coin parce que leur fils avait emmené l'héroïne du jour à l'autel. Peut-être même étaient-ils en train de pronostiquer la date de son potentiel mariage. Après tout, ses parents rêvaient d'un grand et beau mariage, qu'on célèbrerait chez ce même marieur qui était ce qu'on faisait de mieux en la matière et qu'on fêterait dans la vaste salle de balle du manoir Malfoy.

« Draco ! »

Le sorcier eut comme un léger sursaut puis sourit en voyant son compagnon venir vers lui. S'il avait trouvé Pansy absolument splendide dans sa robe de reine, il était indéniable que Harry resterait la plus belle chose qu'il ait vue depuis ce matin. Il portait une de ces robes faites sur mesure qui lui faisaient un corps de rêve, dans un vert magnifique aux broderies subtiles. Vraiment, son tailleur avait fait des merveilles, quoi qu'en dise son compagnon.

Un grand sourire sur les lèvres, comme lui seul savait en faire, Harry s'approcha d'un pas leste et aisé vers lui. Et quand il fut devant lui, Draco se dit qu'il était juste merveilleux à regarder.

« Je te cherchais partout. Alors, ce mariage ? »

Tout en prononçant ces paroles, Harry passa naturellement son bras autour du sien, comme il avait coutume de le faire. Son cœur encore fatigué par l'émotion qui l'avait tant fait battre pendant la cérémonie fut en comme soulagé par sa présence.

« C'était magnifique. »

Draco pressa son bras contre son aine puis se pencha vers lui pour l'embrasser tendrement sur le front. Harry ferma les yeux et poussa un soupir de bien-être, puis ils échangèrent un regard complice. Ils ne s'étaient pas vus depuis le lever et son absence à ses côtés lui avait un peu pesé. Cependant, ils n'étaient pas mariés et il était hors de question de le mettre au premier rang avec la famille proche et les témoins. Du coup, il s'était assis quelque part dans la salle avec ses amis Gryffondor, qu'il avait visiblement semés en chemin.

« C'est vrai que Pansy était superbe. Vous étiez très beaux, tous les deux.

- Oh toi, tu as une idée derrière la tête…

- Pas moi, mais les petites vieilles devant nous avaient un avis très pointu sur le sujet.

- Elles savaient que tu étais derrière elle ?

- Quand elles m'ont vu, je leur ai fait un grand sourire. Elles n'ont plus ouvert la bouche jusqu'à la fin de la cérémonie. »

Draco ricana, caressant sa main pâle posée sur la sienne. Ce genre de commérage amusait toujours Harry, qui n'était pas un homme jaloux, bien au contraire. Le blond lui embrassa quand même le dos de la main, comme pour lui demander pardon. Pour avoir été quasiment fiancé à Pansy dans son adolescence, Draco savait très bien que les critiques fuseraient lors de ce mariage, étant donné qu'elle avait décidé que ce serait lui qui l'emmènerait à l'autel au lieu de son oncle, désigné comme chef de famille depuis la mort de son père. Si Harry ne le prenait jamais mal, c'avait tendance à agacer Draco qui craignait toujours que son compagnon, un jour, ne le supporte pas et lui en fasse le reproche. En deux ans, ce n'était pourtant jamais arrivé.

« Cela dit, c'était un mariage très émouvant. Je ne sais pas comment tu as fait pour ne pas craquer pendant ton discours, à ta place, je n'aurais pas pu garder mon calme.

- Je sais, j'ai vu ça au mariage de tes amis.

- Tu es incroyable.

- Je suis passé avant Daphnée.

- Ah oui, c'est vrai. La pauvre, elle m'a fait de la peine…

- C'est une Serpentard dans l'âme, mais les mariages la rendent toute chose à chaque fois… Elle m'a tenu la main pendant toute la cérémonie. Regarde ça, elle m'a fait des bleus !

- Elle ne t'a pas loupé, en effet ! »

Ils marchaient tranquillement dans le parc, longeant le groupe de sorciers qui félicitaient encore les mariés pour leur union et cette magnifique cérémonie. Certains les regardaient du coin de l'œil et d'autres les saluaient d'un signe de main.

« Et mon discours, qu'est-ce que tu en as pensé ?

- Draco, tu me l'as récité des dizaines de fois à la maison…

- Justement, tu es le meilleur juge !

- Tu étais parfait. Si je ne l'avais pas autant entendu, j'en aurais presque pleuré.

- Tu as les yeux un peu rouges, non ?

- Hermione s'est mise à pleurer quand Daphnée a commencé son discours. Du coup, j'ai craqué.

- Le discours de Martha était superbe, aussi.

- Oh, je pleurais déjà à ce moment-là, tu sais. Elle aurait pu raconter n'importe quoi, j'aurais pleuré quand même.

- C'est toi qu'on aurait dû mettre à côté de Daphnée.

- Tu n'avais qu'à m'épouser avant. »

A nouveau, ils échangèrent un regarde entendu et Draco se pencha vers lui pour déposer un baiser sur son front. Ils continuèrent à marcher, ce qui détendit considérablement le blond, tout en parlant du mariage, de cette pression monstre que Draco s'était mis pendant des semaines et du bonheur de les voir enfin unis devant le marieur. Harry avait regardé toute cette agitation d'un œil plutôt serein, ce qui contrebalançait avec l'agitation constante de son compagnon.

« Ah, voilà tes parents.

- Ils sont en charmante compagnie.

- Je croyais que les Higgs n'étaient pas invités ?

- Difficile de dire non à tes parents quand ce sont eux qui paient ton mariage. »

Les Higgs faisaient partie de ces antiques familles de sorciers comme seule la Grande-Bretagne savait en produire. Draco et l'un de leurs jeunes poulains avaient eu une courte aventure ensemble, et depuis, cette famille nourrissait de nobles desseins à leur propos. Bien évidemment, Lucius et Narcissa s'étaient faits une raison depuis longtemps, mais les Higgs continuaient à espérer que Draco reviendrait un jour dans le droit chemin et cesserait de se montrer avec son si médiocre partenaire.

Tranquillement, le couple s'avança vers le chef de famille et sa cours sans chercher à éviter cette rencontre inévitable. Sa mère les aperçut très vite et se pressa vers eux, les bras grands ouverts et un sourire rayonnant sur les lèvres.

« Oh Draco ! Harry ! Par Merlin, mon fils, tu étais splendide !

- C'est plutôt à la mariée que tu devrais dire ça, Mère.

- Oh mais je le lui ai dit ! Mais tu es bien plus beau qu'elle. Sans vouloir vous offenser, Harry. »

Le brun hocha la tête avec le sourire. Il n'avait jamais relevé les critiques fréquentes que sa mère faisait sur son physique. A ses yeux, Draco était la huitième merveille du monde et rien ni personne ne pourrait rivaliser avec sa beauté et son élégance naturelle. Autant dire que Harry, en dépit de tous ses efforts, faisait constamment tache à côté de lui. Il était bien difficile de lui faire comprendre que c'était son grand naturel et son manque cruel d'éducation et de classe qui l'avaient séduit.

« Ne vous en faites pas, Narcissa. Et je partage votre avis, Draco était superbe.

- N'est-ce pas ? Oh Draco, j'étais si fière en te voyant défiler ! Le jour où tu te marieras, il faudra absolument faire ça ici, ce lieu est magnifique, et… »

Draco n'écoutait déjà plus ce que sa mère lui racontait. Il voulut la corriger sur le mot « défiler » mais préféra finalement s'abstenir. Il caressait mécaniquement la main pâle de Harry posée sur son avant-bras, cherchant du regard ses amis. Mais quand il crut apercevoir Ron et sa chevelure flamboyante, son père les rejoignit enfin.

Souvent, Harry lui disait qu'il avait beaucoup pris de sa mère, même si tout le monde s'accordait depuis des années à dire qu'il ressemblait surtout à son père. Il avait ses beaux cheveux fins qui ne demandaient pas des heures d'entretien pour rester en place, il avait son front, son regard perçant et cette manière toute particulière de parler que Lucius n'avait changée qu'en vieillissant. Et pourtant, Draco avait tendance à se ranger de plus en plus à l'avis de son compagnon. Il aurait beau faire tous les efforts du monde, il n'aurait jamais cette noblesse qui transpirait de chaque pore de la peau de son père, cette fierté et cet orgueil qui en faisaient une personne inaccessible que rien ne semblait émouvoir.

A une époque, il vivait assez mal, dans le fond, de ne pas être à la hauteur des attentes de son père. Mais en tombant amoureux d'un homme simple et honnête qui voyait en lui autre chose qu'un riche héritier, Draco s'était accepté tel qu'il était et ne regardait plus son père qu'avec une certaine admiration. Lui ressembler ne ferait que le rendre malheureux. Il avait failli perdre Harry à plusieurs reprises en voulant se placer au niveau de son géniteur, et si son honneur, son statut, sa réputation et sa famille avaient une grande importance pour lui, le bonheur de vivre à ses côtés n'avait guère de prix. Et Draco n'était pas prêt à sacrifier sa vie intime pour convenir à ses parents et à la société dans laquelle il évoluait.

« Très belle cérémonie. Et très beau discours.

- Merci, Père.

- Peu de personnes pourraient se vanter d'avoir un ami tel que toi, ton texte était remarquablement tourné. Vraiment, Draco, c'était parfait. »

Visiblement, son père n'avait retenu du mariage que le moment où il avait parlé face à la foule… C'était tout à fait son genre. Lucius n'aimait pas les mariages, ces évènements l'ennuyaient à un point inimaginable. La plupart du temps, il parvenait à se créer un petit cercle de sorciers avec lesquels il passait la majeure partie de la soirée, sans réellement se mêler aux festivités. Au contraire, sa mère était sur tous les fronts, se gavant de potins et cancans en tout genre, acceptant quelques valses pour toujours mieux fourrer son nez dans des affaires qui ne la regardaient absolument pas.

« Merci, Père. Mes efforts n'ont pas été vains. »

Lui dire qu'il avait récité son texte des dizaines et des dizaines de fois à Harry lui paraissait trop intime. Pourtant, son compagnon avait été d'une patience hors du commun et avait fait preuve de bons conseils. Cependant, son père ne comprendrait pas son besoin de se faire écouter par une tierce personne, lui qui ne doutait de rien, et certainement pas de lui-même.

Draco fut coupé dans ses réflexions par sa mère qui fit à Harry quelques compliments sur sa tenue. Ce dernier feignit la gêne, comme si ses compliments l'embarrassaient de plaisir, alors qu'en réalité, leur héros national se fichait éperdument de l'avis de sa mère. Si elle le savait, Narcissa en serait très vexée car elle éprouvait une très grande affection pour lui, mais Harry n'avait que faire des compliments qu'on pourrait lui faire sur sa tenue. Il n'était pas de ces hommes qu'on achète avec sourires et des jolis mots, et il avait beau apprécier sa mère, il la considérait toujours avec une sorte de méfiance toute naturelle. Après tout, elle avait tenté sournoisement de les séparer et avait presque réussi, chose que Harry peinait encore à lui pardonner, même si l'eau avait coulé sous les ponts depuis.

« Narcissa, vous n'allez quand même pas analyser chaque broderie, ce n'est qu'une robe…

- Une robe de cette qualité mérite le coup d'œil ! Regardez-moi tous ces gentlemen à peine capables de se vêtir correctement ! C'est une honte de venir à un mariage avec de robes pareilles. Heureusement que tu n'as pas viré comme eux, Draco, j'en serais morte de honte !

- Draco vaut bien mieux que cela, Cissy. Mais il est vrai que ce tailleur est d'une redoutable habileté. Je lui ai commandé une robe pour les noces d'argent des Grey, quelque chose de simple mais de distingué.

- Nous avons également passé commande. Quand est-ce, déjà ?

- Oh, à la fin du mois. Quelles couleurs avez-vous choisi ? »

Ses parents avaient beau penser le connaître par cœur, ils ne s'imaginèrent pas un seul instant que Draco leur mentait comme un arracheur de dents depuis quelques minutes. Quelques temps auparavant, il avait reçu l'invitation de son lointain cousin et avait hésité à s'y rendre. Depuis que Harry faisait partie de sa vie, le nombre de ses sorties se réduisait constamment mais ne pas honorer ces noces de sa présence aurait grandement agacé ses parents et une partie de sa famille. Il se devait d'entretenir ses liens avec sa famille, quels qu'ils soient, et n'ayant pas d'enfant ni de ménage à entretenir, Draco n'avait aucune raison de décliner cette invitation.

Pourtant, un soir, tandis que Harry préparait paresseusement leur dîner en lui parlant de son épuisante journée, Draco avait décidé de ne pas s'y rendre. Il savait qu'il subirait le courroux de ses parents et qu'il se mettrait à dos une partie de sa famille, qui ne comprendrait pas son choix de partir en vacances plutôt que de célébrer les noces d'argent de son cousin. Il serait trop compliqué que leur expliquer que ce soir-là, il l'avait pris dans ses bras pour le serrer fort contre lui et que cette fatigue qu'il sentait dans son corps lui avait juste donné envie de prendre soin de lui. Et lui imposer ces ennuyantes festivités, juste après le mariage de Pansy et Blaise, ne lui avait pas paru être une bonne idée.

A une époque, les besoins de Harry n'avaient jamais la priorité sur les siens. A vrai dire, la tendance avait commencé à s'inverser quand ils avaient dépassé ce fameux cap du premier anniversaire. Et dernièrement, le blond avait tendance à écouter un peu trop son compagnon, même si ce dernier n'en avait pas toujours conscience. Blaise et Théodore lui disaient parfois qu'il exagérait, car il n'était pas marié et privilégier ainsi le petit confort de Monsieur Le Sauveur pourrait être mal perçu.

Mais dernièrement, Draco avait décidé de ne pas y accorder trop d'attention.

« Ah, je crois que le photographe est arrivé ! Il était temps ! »

Sa mère ne pouvait pas mieux dire. La sortie des mariés était toujours très longue et s'achevait par une photo de groupe sur les escaliers de la salle de cérémonie. Puis venait une séance photo pour une petite sélection d'invités de marque. Les autres sorciers iraient prendre un apéritif dans la vaste demeure des Flint en attendant le retour du couple. Aussitôt, Narcissa attrapa le bras de son mari et ils rejoignirent l'escalier pour avoir une place de choix. Comme toujours, ce fut une véritable bagarre pour avoir son petit emplacement le plus près possible du couple. Draco, lui, n'eut aucun mal en temps que témoin pour poser à côté de Pansy, rejoignant alors ses amis postés autour des mariés, serrant au passage la main de Blaise et Théodore. Il réussit à caler son compagnon près de lui, chose qui serait très commenté après coup.

Enfin, après que le photographe ait capturé cette grande et belle image, les sorciers gagnèrent la zone de transplanage. Draco vit ses parents filer vers le fond du parc, souhaitant sans doute être les premiers à arriver sur les lieux et à être photographiés avec les mariés. Draco, lui, laissa les invités se presser tous dans le même sens, souriant d'un air moqueur. Lui, il pouvait prendre son temps. Tout comme Harry qui lui serrait le bras, comme s'il craignait qu'il ne parte sans lui.

Le blond tourna la tête vers lui et lui adressa un sourire qui se voulut rassurant. Harry le lui rendit mais ne fit aucun pas vers la zone de transplanage qui n'attendant pourtant qu'eux.

« Ca va ?

- Oui. Ta mère est survoltée.

- Elle connait Pansy depuis qu'elle est toute petite.

- Elle se fiche éperdument de Pansy…

- Ne dis pas ça.

- Pourquoi ? Parce que tu sais que j'ai en partie raison ?

- Allez viens, allons-y.

- Je te suis. »

Ils entreprirent alors de rejoindre la zone de transplanage d'un pas tranquille, suivant les mariés au loin qui se déplaçaient avec peine. Harry ne lâchait pas son bras et le tenait même fermement, comme souvent dans ce genre de moment. Ce n'était pas tant une peur qu'un besoin de se rassurer. Cet environnement n'était pas le sien, il n'avait pas grandi entouré d'une foule de sorciers bien nés et éduqués avec une cuillère en argent dans la bouche. Il ne comprenait pas toutes les règles de ce monde et ne s'y était jamais senti à l'aise, même s'il parvenait à le faire croire. Harry était plutôt bon comédien. Pas parfait, mais il savait y faire, pour tromper son monde.

Cependant, cette vie mondaine où tout n'était qu'illusion, ce n'était pas pour lui. Et pourtant, il avait choisi de vivre une histoire d'amour avec un homme attaché aux traditions, aux us et coutumes, aux mœurs d'une société fermée qui n'admettait pas le moindre changement, la moindre modernité. Harry avait dû se plier à ses exigences, aussi difficiles à satisfaire qu'à vivre au quotidien, puis il s'était soumis aux caprices de ses parents qui lui en avaient fait voir de toutes les couleurs. N'importe quel homme issu des basses classes aurait fini par craquer.

Mais pas lui. Et aux yeux de son monde, après avoir essuyé une réputation de traînée et d'homme vulgaire gouverné par ses bas instincts, Harry Potter était devenu l'exemple même de la ténacité et de la fidélité, lui qui était parvenu à fonder une relation longue et stable avec l'unique héritier Malfoy, réputé pour son mauvais caractère et son incroyable exigence en matière d'homme.

Rares étaient ceux à connaître la vérité. A savoir que derrière ce doux sourire imperturbable se cachait quelqu'un de solide et fragile à la fois, un homme avec ses forces et ses faiblesses qui l'avait malmené comme jamais personne n'était parvenu à le faire. Et qui avait cédé, aussi. Qui avait tout remis en cause à plusieurs reprises, parce que parfois, c'était trop dur pour lui.

Je ne suis pas ta mère, lui disait-il souvent.

Et effectivement, Harry n'était pas et ne serait jamais Narcissa Malfoy. Et jamais il n'essaierait d'être comme elle, car leur conception du bonheur n'était pas la même.

« Donc maintenant, nous allons faire des photos, c'est bien ça ?

- Oui. Mais nous ne serons pas si nombreux que ça. Et nous passerons en premier.

- Tant mieux. Comme ça, je ne t'attendrai pas trop longtemps.

- Harry…

- Quoi ? Je vais t'attendre, je ne vais pas rejoindre Hermione et Ron tout seul. Sauf si tu préfères qu'on fasse comme ça, qu'importe.

- Pansy et Blaise te veulent sur les photos.

- Eux peut-être. »

En temps que couple non-mariés Harry n'avait pas le droit de figurer à ses côtés sur les clichés des traditionnelles photos de famille, de mariage ou autres. Ainsi, Draco savait déjà que sa présence sur la photo de groupe à quelques mètres des mariés ferait un tollé. Il n'était que son amant, son amoureux qui, pour une raison qui échappait à tout le monde, n'était pas encore devenu son époux. Mais le blond ne voulait pas poser seul, pas pour cette union qu'il avait encouragée et protégée du mieux qu'il avait pu. De plus, ses amis l'avaient presque supplié de le faire, se fichant éperdument de ces traditions stupides qui éloigneraient Harry vers les plus hautes marches.

Cependant, Draco ne pourrait pas vraiment agir de la même manière pour ces photos. Il y aurait la photo des témoins, des témoins avec leurs compagnons, puis de sa famille et enfin des amis proches. Harry ne pourrait participer, officiellement, qu'à la dernière et à celle que Draco comptait faire uniquement avec lui. Jusque là, ses parents restaient fermés à l'idée qu'il s'introduise à leurs côtés sur ce cliché, étant donné qu'il ne faisait pas partie de leur famille. Quant à la photo des témoins accompagnés, Draco ne savait pas si Marcus et Pansy trouveraient le courage de mettre de côté les traditions et de laisser le blond et Olivier poser avec leur âme sœur.

Ces photos ne représentaient pas grand-chose pour Harry, qui connaissait sa position et qui la vivait plutôt bien. Cependant, c'était toujours pesant de subir ces regards de travers, parce que lui restait sur le côté en attendant son compagnon posant seul sur les clichés. C'avait quelque chose de presque humiliant. Et si Harry endurait la situation avec le sourire, Draco le vivait au contraire très mal. C'était une vraie torture de le laisser dans son coin et de le regarder l'attendre patiemment, parce qu'il avait rarement quelqu'un avec qui discuter ou bien il avait la crainte d'être entendu, d'où ses discussions insipides avec Pansy, Blaise ou Théodore.

Epouse-le, lui disait souvent Pansy. Epouse-le et arrête toute cette mascarade.

« Tu seras magnifique sur les photos.

- Tu dis ça ! Mais tu es le plus beau de nous deux, Draco, c'est toi qui resplendiras sur cette photo.

- Tu dis des bêtises. En plus, cette robe te va à ravir.

- Ce n'est pas une robe qui…

- Arrête, s'il te plait. Pense à ce que je t'ai dit ce matin. Allez, viens, on y est presque. »

Harry hocha mollement la tête et sa poigne se raffermit sur son bras. Ce matin, il lui avait pratiquement piqué une crise devant le miroir quand il avait enfilé sa robe et qu'il s'était trouvé d'une affligeante banalité, si médiocre comparé à son compagnon et tous ces pompeux aristocrates au regard perçant et à la critique acérée. Il avait fallu le rassurer, le caresser pour qu'il cesse de se frotter le bras, comme il avait coutume de le faire quand il était angoissé, lui remettre sa tenue et lui faire re-rentrer dans le crâne qu'il était beau comme le jour. Ce n'était pas le bon moment pour ça, et à une époque, son attitude aurait franchement mis Draco en pétard. Mais il avait appris à connaître Harry et les larmes qu'il avait vu naître dans ses yeux lui avaient donné la force de se contenir.

Et en dépit des évènements du matin, Draco était serein et heureux. La suite ne serait pas évidente pour lui mais ses amis étaient là pour le soutenir. Alors, le blond attrapa ses doigts et l'embrassa sur le dos de la main en lui coulant un regard qui en disait long sur les sentiments qui faisaient battre son cœur. Le brun lui fit un sourire, un vrai sourire, puis l'embrassa légèrement sur la joue, tandis que ses doigts dans les siens se resserraient douloureusement autour des siens.

Enfin, l'un contre l'autre, ils pénétrèrent dans la zone de transplanage et disparurent dans un craquement pour réapparaître dans les vastes jardins de la demeure des Flint.

OoO

La salle de réception resplendissait comme jamais. Depuis l'extérieur, grâce aux larges baies vitrées, on pouvait en admirer toute la décoration, et bien qu'il l'ait vue à de nombreuses reprises, Draco avait été emporté par la magnificence du lieu. Certes, cette pièce au sol marbré et aux immenses baies vitrées ne valait pas les salles de bal du manoir Malfoy, mais l'organisatrice du mariage avait fait des merveilles avec la décoration et le blond ne pouvait s'empêcher d'envier les nouveaux époux, charmé qu'il était par les tables, les murs et les plafonds.

Les tables ovales étaient éparpillées dans la pièce de façon à laisser un espace vide en son centre et un passage vers les portes de la véranda qui permettaient d'accéder au parc. Après un débat acharné entre Marcus, Pansy et leurs parents respectifs, les témoins placés à leur table eurent le droit de venir accompagnés, ce qui soulagea grandement Draco et Olivier. Ce dernier vivait une relation fusionnelle avec une jolie Suisse rencontrée à sa sortie de Poudlard et avec laquelle il avait eu un petit garçon quelques mois auparavant. Autant dire que la naissance de cet enfant avait donné lieu à de nombreux commérages, surtout quand Marcus l'avait pris sous son aile en devenant son parrain. Convier sa compagne et Harry à leur table était alors devenu une évidence, aussi bien pour le marié que sa fiancée.

Après une séance photo épuisante mais plutôt rapide, les mariés avaient pu rejoindre leurs invités dans le parc, qui étaient beaucoup moins nombreux qu'à la cérémonie étant donné que tout le monde n'avait pas été convié au vin d'honneur ou au repas. Draco les avait déjà quittés depuis longtemps et buvait un peu d'eau tout en discutant avec Hermione, plutôt mignonne dans une robe rouge que Pansy avait choisie spécialement pour elle. Harry était de charmante humeur et riait aux blagues de Théodore et Daphnée avec un tel naturel que Draco en oubliait ses angoisses du matin et les larmes qui avaient perlé au coin de ses yeux.

Un peu plus tôt, ses parents avaient fait un pas vers lui en acceptant qu'il pose avec eux pour une seule photo. Ils étaient alors à côté de Marcus et Draco avait laissé Pansy lui prendre le bras. Alors que le blond allait s'éloigner, son père lui avait dit d'une voix sèche que son amant pouvait venir. Il avait été si surpris qu'il avait mis quelques secondes à réagir. Un peu plus loin, Harry avait été encore plus long à réagir, ce qui avait bien fait rire les mariés, mais pas ses parents agacés qu'il mette tant de temps à les rejoindre, sous les yeux curieux des invités qui attendaient. Ecarlate, son compagnon s'était avancé vers lui, avait attrapé son bras, et avait paru si ému quand il s'était éloigné que Draco l'avait senti complètement perdu.

Et depuis, un grand sourire ornait ses jolies lèvres. Cette photo n'était peut-être pas le meilleur moment de sa journée mais la preuve que ses parents l'estimaient assez pour l'intégrer à cette photo de famille. Ou peut-être avaient-ils compris certaines choses que Draco n'avait pas osé aborder avec eux et dont il ne leur parlerait jamais. En tous les cas, le blond était heureux de leur ouverture d'esprit, signe qu'il croyait en leur couple. Et qu'ils aimaient leur fils, aussi.

Car Draco n'avait aucun projet de mariage et il savait que c'était une vraie souffrance pour sa mère et une grande inquiétude pour son père.

« Draco, tu dors ? Tu ne m'écoutes même pas !

- Comme si les histoires de ta mère pouvaient m'intéresser…

- Attends, c'est son huitième mari ! Tu te rends compte, à son âge ? »

Le mariage. Seule institution qui permettait de poursuivre une vie à deux, partager un même logis, un même lit, envisager une vie de famille et s'accorder en public des gestes d'amour. C'était ainsi que les choses se passaient dans la haute société, où les traditions faisaient office de lois. Ne pas les respecter revenait à se décrédibiliser aux yeux de la société, à perdre son honneur et son prestige, à faire honte à sa famille et à ses ancêtre, et parfois, à se suicider socialement.

Cette option était inenvisageable pour Draco. De sa conduite dépendait son héritage, à savoir tous les biens de sa famille et ce prestige qu'il avait été si difficile à reconstruire après la guerre, à cause des actes de son père qui avaient été lourdement sanctionnés. Il était libre mais extrêmement surveillé, et sans la résistance dont avait fait preuve Draco durant le conflit, se rangeant secrètement du bon côté avec la complicité de sa mère, qu'il avait supplié de demeurer loin de tout cela. Harry lui disait, parfois, que son père ne méritait pas cette liberté. Et, souvent, quand Lucius allait un peu trop loin, son compagnon le reprenait gentiment. Mais fermement.

Cependant, même si l'honneur de leur famille avait été taché par cette guerre, les Malfoy restaient puissants et Draco se devait d'être un héritier à la hauteur du prestige de sa famille. Sa conduite exemplaire ne pouvait s'entacher du moindre faux pas, que ce soit dans sa vie professionnelle ou personnelle. Ainsi, il était entré au Département de la justice magique après une formation d'avocat qui en avait fait en quelques années un redoutable adversaire lors des procès. Et parce qu'il ne pouvait se hasarder à choisir n'importe qui pour partager son existence, Draco s'était montré très exigent envers les hommes qui avaient cru pouvoir entrer dans sa vie.

On ne choisit pas la personne qui partagera son existence sur un coup de cœur. C'est un pari sur la vie, qui peut se révéler gagnant ou perdant.

Le mieux aurait sans doute été de contracter un mariage arrangé, comme l'avait fait son père avant lui. Faute de trouver la perle rare, l'homme qui saurait convenir à ses parents et répondre à ses attentes, Draco s'y était résolu, à vingt-six ans à peine. Il avait si peur de s'engager avec quelqu'un et d'être déçu par lui qu'il valait mieux s'unir à un sorcier sérieux avec lequel il pourrait nouer une affectueuse complicité, comme l'avaient fait ses parents avant lui.

Et puis…

Il y avait eu Harry.

Ils s'étaient rencontrés lors d'une sombre affaire mêlant crime passionnel et détournement d'argent. Jeune auror, Harry s'était montré très professionnel avec lui et leurs relations cordiales n'avaient souffert d'aucune dispute. Par la suite, ils s'étaient revus pour d'autres affaires, et quand Blaise s'était mis en tête de conquérir Luna Loufoca Lovegood, Draco avait été amené à le revoir sur son temps personnel, et de plus en plus fréquemment.

« Et la machine marche encore ?

- Oh tu sais, connaissant ma mère, ça marchera jusqu'à sa mort…

- Ta mère est insatiable.

- Oh ça… Elle finira un jour par me présenter un homme qui aura l'âge d'être mon fils, tu verras !

- Merci Blaise pour l'image mentale… Vraiment, ce n'était pas nécessaire ! »

La main devant la bouche, Harry n'en finissait plus de rire. C'était sans aucun doute une de choses qui l'avaient très vite charmé, chez lui : son sourire, son naturel et sa grande ouverture d'esprit qui en faisait un homme riche et plein de vie. Tout ce que Draco n'était pas, dicté qu'il était par son éducation rigide et ses objectifs prédéterminés quasiment depuis sa naissance.

Rien ne les rapprochait, à l'époque. Ils n'étaient pas issus du même monde, ils se méfiaient l'un de l'autre et se taquinaient à longueur de temps pour entretenir cette vieille rivalité née à Poudlard. Ils pouvaient même se montrer méchants par moments, surtout Draco en fait, mais s'ils s'entendaient plutôt bien généralement, il y avait un petit quelque chose qui les maintenaient éloignés l'un de l'autre, sans qu'ils en aient vraiment conscience au tout début.

Mais assez vite, quand Harry commença à le courtiser, ce petit quelque chose qui clochait devint une évidence pour Draco.

C'était le sexe.

Harry était un dévergondé. C'était le meilleur mot qui pouvait qualifier son comportement avec les hommes, aux yeux de la société où Draco évoluait. Et même à ses yeux, à l'époque, Harry était quelqu'un de vulgaire. Parce qu'un homme qui s'envoie en l'air avec d'autres hommes parce qu'ils lui plaisent ou parce qu'il en est amoureux, et ce sans mariage, c'était du dévergondage. Le fait que Harry n'ait eu que trois hommes dans sa vie ne rendit pas sa cours plus sérieuse. C'était un sorcier gouverné par ses bas instincts et il ne méritait même pas que Draco lui accorde la moindre attention.

Le sexe, c'était après le mariage. Pas avant. On ne gâchait pas un tel acte juste pour quelques moments de plaisir, c'était beaucoup trop important pour cela. Et il en allait de même pour ces baisers que Harry distribuait à tout va à ses conquêtes. On n'embrasse pas sur la bouche ses compagnes et ses compagnons en public. Ca se fait dans l'intimité, quand celle-ci est suffisamment forte pour le permettre. Sinon, on ne s'autorise que quelques caresses et baisers sur le front ou les mains. Rien de plus.

C'était comme ça que ça marchait, et pas autrement. Draco n'était pas un de ces sorciers vulgaires que Harry avait l'habitude de fréquenter et il se refusait à le devenir, même si c'était un homme réellement charmant. Son honneur en dépendait et il était hors de question qu'il salisse le prestige de sa famille avec de telles bêtises. Il savait pourtant que son père n'avait jamais été fidèle à sa mère, mais il avait toujours eu l'intelligence de le cacher pour éviter tout scandale et ces rumeurs qui vous détruisent une réputation en quelques heures.

« Ah, voilà les mariés !

- Qu'est-ce que Pansy est belle dans cette robe, elle lui va à ravir !

- Elle est minuscule à côté de Marcus.

- Regardez leurs parents, à croire que c'est le plus beau jour de leur vie ! »

Son histoire avec Harry avait été semée d'embuches. La vérité, c'était que le sorcier lui plaisait énormément et qu'il était partagé entre cette attirance et sa vie passée où il avait aimé d'autres hommes, qu'il ne cachait pas. Plus tard, il comprendrait que son attitude ne serait pas uniquement dictée par ses valeurs mais également par sa jalousie. Harry avait appartenu à d'autres et cette idée lui était insupportable. Ainsi, malgré tous les efforts du jeune homme qui avait essayé de toutes ses forces de faire amende honorable et d'être à la hauteur de ses espérances, Harry finit par laisser tomber.

Il y eut une dispute de trop, où Draco prononça un mot en trop, et Harry craqua. Il laissa tomber, les larmes aux yeux, et lui souhaita tout le bonheur du monde avant de s'en aller et disparaître de son existence.

Incapable de se remettre en question, persuadé qu'il avait raison d'agir ainsi, Draco lutta contre sa douleur et ne la laissa l'emporter qu'un soir où il le rencontra à l'anniversaire d'une connaissance commune. Ses incroyables yeux verts s'étaient détournés de lui toute la soirée, de façon plus ou moins discrète, et à bout de nerfs, Draco finit par l'aborder, le prendre à part et lui demander son pardon.

« Mais dis-moi, Draco, où sont donc tes parents ? On ne les a pas encore vus !

- Père doit être dans un coin en train de parler politique avec je ne sais qui et Mère est avec Tante Adora.

- Ils ne t'ont pas fait de grand discours sur…

- Ils me parleront mariage sans doute demain, tels qu'ils sont… »

Leur histoire avait alors commencé, avec son lot de difficultés et d'embuches. Draco avait finalement accepté l'idée que Harry n'avait rien d'une trainée et que c'était juste un homme plus moderne et passionné. Son grand sérieux avait permis à Draco de lui accorder sa confiance et de fonder avec lui une relation amoureuse solide, celle que le blond avait espérée vivre un jour sans en imaginer une seule seconde tous les bienfaits.

Harry le rendait heureux. Cela faisait deux ans qu'ils avaient décidé de se mettre en couple, et cela faisait deux ans qu'il ensoleillait son quotidien. Draco ne lui rendait pas la vie facile, mais la grande générosité de son compagnon soignait son égoïsme familial et changeait sa vision du monde et de la vie qu'il souhaitait mener. Bien évidemment, il y avait toujours les apparences à sauver et des normes à respecter, Harry ne l'avait pas sorti du chemin qui lui était prédestiné et où il comptait bien progresser. Cela n'avait d'ailleurs jamais été son objectif.

Draco était un Sang-pur issu d'une des plus nobles familles du Royaume-Uni. Et rien ni personne ne pourrait changer cela.

« Oula, je vois déjà le tableau ! Etonnant que tes parents vous aient pas encore mis devant me marieur.

- Blaise, vraiment, ce n'est pas le moment de parler de ça…

- C'est si tendu que ça entre toi et tes parents ? Je croyais pourtant qu'ils t'avaient un peu lâché la grappe ?

- Pas du tout. Ils ont juste attendu que le mariage se passe, des fois que ça me donne envie de me lancer… »

Blaise eut un sourire amusé tandis que son regard se tournait vers Harry. Il discutait avec Daphnée et Hermione, et alors que les nouveaux époux se rapprochaient d'eux, son ami lui glissa qu'ils feraient tous deux de beaux mariés. Draco lui sourit sans lui répondre. Il se fichait éperdument des critiques que les sorciers bien pensants faisaient sur son couple et plus précisément sur Harry. Il avait beau le défendre, Draco savait pertinemment que lutter contre eux serait futile : son compagnon n'était pas digne de lui et ne le serait sans doute jamais, tout héros qu'il fut. Draco connaissait sa valeur, il savait à quel point c'était un homme bon et sincère, et son amour pour lui était bien plus précieux que le prestige qu'une belle union lui aurait offert.

Il méritait mieux que ça, se disait-il parfois. Il méritait mieux que le bonheur futile de sa mère et l'insatisfaction permanente de son père.

« Ah, voilà les plus beaux !

- Vive les mariés !

- Marcus, t'as l'air épuisé…

- Je déteste les photos, par Merlin mais quel calvaire… »

Pansy éclata de rire. Elle avait l'air aussi un peu fatiguée, sans doute à cause de toutes les émotions qui l'avaient traversée depuis le matin. Cet interminable moment passé sur la place devant l'escalier de la salle de cérémonie et ces photos n'avaient guère arrangé les choses et sans doute aurait-elle bien fait une petite pause afin de reprendre des forces. Mais à peine arrivait-elle vers eux que déjà des sorciers commençaient à se rapprocher d'eux. Un regard mauvais des Serpentard et les invités indésirables s'écartaient, au grand soulagement des mariés qui avaient vraiment besoin d'un peu de détente.

Très vite, Pansy se rapprocha de lui pour partager avec lui son bonheur d'être enfin unie à l'homme qu'elle aimait et qu'elle regardait de loin depuis des années, mais aussi lui avouer son épuisement. Elle avait mal dormi la veille et elle sentait que l'après-midi et le dîner allaient être longs. Elle avait fait le choix avec Marcus de se marier peu après midi pour éviter de nourrir ses invités une journée entière et passer la grande partie de sa journée assise sur sa chaise, au risque de s'ennuyer. Leurs parents avaient froncé le nez mais c'était tout aussi bien ainsi. La soirée promettait d'être très longue et la reine du jour pouvait se permettre de la raccourcir un peu. Draco n'en était pas mécontent, d'ailleurs.

Jusqu'à ce que les mariés ouvrent les festivités, levant leur baguette dans un geste traditionnel pour garnir les longues tables installées dans le parc de multiples victuailles, Harry resta avec ses amis, sans jamais chercher à s'immiscer dans la conversation. Certains diraient qu'il était resté à sa place. D'autres diraient qu'il était d'une discrétion à pleurer.

La vérité, seul Draco la connaissait vraiment. Il savait qu'il l'avait laissé profiter de ce moment avec Pansy. C'était une journée importante pour lui, il l'avait emmenée jusqu'au marieur et il avait scellé son union avec Marcus Flint. Pendant ce petit moment de complicité, plus rien n'existait autour de lui, mis à part son amie d'enfance et son sourire éclatant. Harry avait toujours eu cette capacité à comprendre quand il fallait le laisser seul et quand il pouvait s'approcher de lui.

En deux ans, Harry avait appris par cœur les règles qui régissaient sa vie en public et il les respectait à la perfection. Et quand son homme reprit son bras, un peu plus tard, Draco se dit qu'il était réellement le compagnon idéal.

OoO

La fête battait son plein. Ce bruit de couverts, d'assiettes et de verres posés sur les nappes immaculées qui avait empli la salle de réception avait laissé place à un orchestre grandiose. Il avait fallu bien peu de temps aux musiciens pour attirer les mariés sur la piste de danse puis tous les convives, attroupés autour de la piste ou bien évoluant autour de Pansy et Marcus. Théodore, Blaise et Draco les avait regardés danser une valse gracieuse tout en se laissant allègrement compresser le bras par Daphnée qui luttait contre son émotion.

Après une ouverture de bal parfaite, la famille proche et les témoins avaient investi la piste de danse. Suite à un honteux chantage affectif, Harry l'avait suivi sans mot dire, coincé au possible et un sourire faussement décontracté sur les lèvres. Depuis le temps, il avait appris à danser, mais il détestait ça et n'était guère à l'aise quand des dizaines et des dizaines de paires d'yeux se braquaient sur lui. Pourtant, lui qui était si gauche savait se montrer souple et docile entre ses bras experts.

Après cette danse, Harry avait eu vite fait de disparaître de sa vue, se faufilant jusqu'à la table de ses amis pour prendre la place de Théodore qui s'amusait bien avec Daphnée. Draco, lui, avait eu l'honneur d'obtenir une valse avec la mariée qu'il avait ensuite laissée à Olivier, peu adroit mais plein de bonne volonté, ce qui faisait toujours sourire Pansy. L'ancien Gryffondor avait vécu une histoire tumultueuse avec Marcus, entre amitié cachée et rivalité sportive, et malgré son caractère assez doux, Pansy adorait Olivier et voyait en lui une sorte de grand frère. Il avait su temporiser le jeune couple au début de leur relation, que ce soit Marcus et son caractère de chien ou Pansy et ses manières de grande dame qui cachaient une grande fragilité.

Après avoir enchaîné valses et bavardages avec différents convives, tout en prenant soin d'éviter ses parents, Draco chercha son compagnon des yeux. Il ne l'avait pas vu depuis un bon bout de temps et même s'il l'avait prévenu qu'il risquerait de le délaisser, le blond n'aimait pas le laisser seul trop longtemps. Ainsi, il se rapprocha de la table de Ron et Hermione et eut la surprise de ne pas le voir avec eux. Fronçant les sourcils, Draco se pressa vers leur table puis se glissa dans le dos du rouquin, qui sursauta en le voyant.

« Par le caleçon de Merlin, Draco ! Ca va pas ?!

- Tu es si facilement impressionnable…

- L'honneur de ta maison a été déshonoré par Martha et Daphné qui…

- Oui, bon, ça va. Où est Harry ?

- Maman l'a appelé, apparemment Teddy avait mal au ventre.

- Ah bon ?

- Harry pense que c'est un caprice, mais il est allé l'appeler quand même.

- Et il est allé où ?

- Il m'a dit qu'il allait dans sa chambre, je sais pas où… Il m'a dit que tu savais où c'est.

- D'accord, merci. »

Draco se redressa et fila discrètement en direction de la véranda. Les autres portes permettant de gagner les étages avaient été ensorcelées pour ne pas pouvoir s'ouvrir afin d'éviter que les invités ne se baladent comme bon leur semblait dans la demeure, mais Draco avait une clé lui permettant en revanche de se déplacer à sa guise dans le manoir. Harry n'en avait pas eu mais sans doute l'avait-il empruntée à Blaise ou Théodore, qui ne lui auraient jamais dit non. Pour ce que Harry en avait à faire des tableaux et bibelots des Flint…

Le sorcier sortit de la pièce bruyante et longea le mur jusqu'à atteindre les cuisines où des elfes de maison s'activaient encore. Draco traversa la pièce sans leur jeter un regard puis sortit sa clé et ouvrit une porte donnant sur un couloir peu fréquenté. Un silence apaisant régnait dans ce passage étroit, le blond put donc rassemble ses idées et se calmer. Il n'aimait pas vraiment quand la mère de Ron les appelait parce que Teddy avait un souci. En fait, c'avait tendance à vraiment l'agacer, voire même à l'énerver.

Depuis huit ans, Harry avait la garde exclusive de son neveu, suite au décès de sa grand-mère qui n'avait pu supporter la perte de sa fille unique et de son époux. Bien qu'il le considère comme son fils, Harry ne l'avait jamais adopté, en grande partie parce qu'il ne voulait pas prendre encore davantage la place de Remus dans le cœur de l'enfant. Et puis, sa relation avec Draco l'avait forcé à renoncer à ce projet : jamais ses parents n'auraient toléré que leur fils s'unisse à un homme ayant déjà un enfant, qui s'avérait en plus être un hybride. Cependant, Teddy venait de fêter ses onze ans et ne pas être reconnu par Harry lui pesait de plus en plus.

Et il n'y avait pas qu'à lui que cette situation pesait. En effet, il était bien difficile de vivre une relation avec un père sans éprouver quelque chose pour son enfant, que ce soit de l'affection ou de la répulsion. Dans leur cas, après une période un peu compliquée où il fallut s'apprivoiser, Draco et Teddy avaient noué une relation saine qu'il était de plus en plus difficile à gérer hors de Godric's Hollow. En effet, Draco avait de plus en plus de mal à s'adresser à l'enfant de façon détachée devant sa famille, lui qui était si habitué à lui parler comme s'il l'avait lui-même mis au monde, tandis que Teddy se mordait la langue constamment pour ne pas laisser échapper un mot malvenu.

Mais ce qui était le plus douloureux pour l'enfant, c'était de ne pas pouvoir le toucher. Sa présence était à peine tolérée devant ses parents et quand personne ne pouvait le garder, ou que Harry décidait de l'emmener, Teddy pouvait difficilement se réfugier auprès de Draco. Il y avait des règles à respecter.

Ce n'était pas de la cruauté, contrairement à ce que Ron et Hermione avaient longtemps pensé.

C'était au contraire une manière de protéger ce que Harry et lui avaient construit, et en dépit de son jeune âge, Teddy l'avait parfaitement compris.

Il savait que tant que les règles seraient respectées, personne ne viendrait les déranger et leur vie tranquille à Godric's Hollow pourrait se poursuivre paisiblement.

Cependant, dernièrement, Teddy s'inventait de maux de ventre. Harry gardait toujours son téléphone sur lui et Molly avait appris à l'utiliser pour l'avertir, si jamais un accident venait à se produire. Mais Teddy abusait de ce téléphone depuis quelques semaines, et si Draco n'était généralement qu'agacé, parce qu'il savait que Teddy était fragile et que cette situation hypocrite était difficile à vivre pour lui, cela avait à présent tendance à l'énerver sérieusement. L'enfant angoissait car son départ pour Poudlard avançait à grands pas et c'était bientôt l'anniversaire de sa maman. Et malheureusement, Draco se sentait impuissant face à tous ces problèmes et Harry se retrouvait à gérer seul les crises d'angoisses de son filleul.

Le sorcier mit peu de temps à rejoindre leur chambre Harry avait pris refuge pour téléphoner. Ils auraient pu rentrer chez eux par le réseau de cheminée mais Draco avait accepté la proposition de Marcus : étant donné qu'il comptait bien passer une partie de la soirée avec ses amis, le marié et quelques bouteilles de champagne, il valait mieux que le blond reste sur place.

Il ouvrit la porte avec une autre clé, dont Harry possédait le double, et à peine la poussa-t-il qu'il entendit sa voix douce. Il se trouvait face à la baie vitrée donnant sur un balcon. Il faisait encore un peu jour et le profil que dessinaient les derniers rayons du soleil était magnifique.

Harry était magnifique. C'était un homme avec ses qualités et ses défauts, d'un charme incroyable, d'une innocence délicieuse et d'une joie de vivre à toute épreuve. En très peu de temps, il était devenu le soleil de son existence. Et à présent, il ne se voyait pas faire sa vie sans lui.

« Je sais, mon grand. Je sais. Non, on ne pourra pas demain, on sera trop fatigué avec Draco. »

Harry, qui s'était tourné vers lui en entendant la clé tourner dans le verrou, se retourna vers la baie vitrée. A pas lents, Draco le rejoignit, et tandis qu'il tentait d'écourter sa conversation avec son filleul, le blond se colla à son dos et enlaça sa taille. Aussitôt, son compagnon se laissa aller en arrière, calant sa tête contre son épaule. Le blond aperçut son léger sourire quand il déposa un baiser appuyé sur sa joue, le serrant fort contre lui.

Ils ne s'étaient quasiment pas touchés de la journée. Il n'y avait eu que son bras sur le sien et quelques baisers sur son front ou ses mains. Ces gestes étaient les seuls autorisés dans la haute société et ils reflétaient la grande affection que le couple se portait, avec un dominant, et un dominé. Au fil du temps, ces gestes avaient acquis une valeur affective qui n'existait pas au tout début de leur relation. Même quand Draco refusait de l'embrasser sur la bouche et que Harry se rendait malade de ne pas se sentir aimé comme il aurait tant souhaité l'être.

Ce ne fut qu'en créant une véritable intimité avec lui que ces gestes avaient trouvé une signification, qu'ils étaient devenus le substitut de tout ce qu'ils auraient souhaité faire en public. Harry avait appris à s'en contenter. Pour lui, son compagnon avait appris à faire beaucoup de choses, et à en sacrifier d'autres.

« Allez, mon ange, va te coucher. On se voit demain. Moi aussi, je t'embrasse fort. A demain, Teddy. »

Le brun raccrocha puis poussa un profond soupir. Puis, il tourna la tête et Draco cueillit sa bouche. Sentir ses lèvres contre les siennes lui procura un sentiment de bien-être inégalable. Depuis le matin, ils se tenaient éloignés l'un de l'autre, et la journée avait beau être parfaite en tout point, sentir Harry si loin de lui pesait sur son moral.

Harry n'était pas de ces hommes qui se contentent d'un prestige et d'un beau train de vie pour être heureux. Les apparences ne l'intéressaient pas, pas plus que l'argent et l'admiration de ses paires. C'était avant tout un homme simple qui vivait simplement dans une grande maison avec un enfant, qui adorait cuisiner, recevoir ses proches et profiter de la vie. L'univers où Draco évoluait ne lui était pas familier et il n'éprouvait pas l'envie d'en faire partie, car son bonheur ne dépendait pas de ces gens-là.

Mais il était tombé amoureux de Draco. Alors, il avait fallu faire un chemin vers lui, sacrifier de son identité pour faire partie de sa vie, quitte à s'en rendre malade et à grignoter les miettes d'affection qu'il acceptait de lui laisser. Cependant, une relation ne pouvait fonctionner dans un seul sens, et quand Draco réalisa à quel point son petit ami souffrait de la situation, d'avoir sans cesse l'impression de jamais être à la hauteur, de toujours trop lui en demander et de ne jamais recevoir l'amour dont il avait tant besoin pour avancer, le changement fut radical.

S'il ne changeait pas, Harry le quitterait. Et ce n'était pas envisageable. Alors tant pis s'il malmenait les valeurs dans lesquelles il avait été élevé, tant pis s'il s'accordait quelques baisers de temps en temps et des étreintes un peu plus poussées. Tant pis s'il se vautrait dans tout cet amour que Harry lui offrait, s'il le prenait un peu trop souvent dans ses bras, s'il l'embrassait tous les soirs en rentrant du travail et tous les matins quand il se levait… Tant pis si le manoir Malfoy demeurait sa résidence officielle, alors qu'il passait toutes ses nuits dans une jolie maison bourgeoise de Godric's Hollow.

« Qu'est-ce qui se passe ?

- Teddy s'est disputé avec Victoire, elle lui a dit qu'il avait un caractère de Serdaigle et qu'il irait forcément dans cette maison.

- Et alors ? C'est toujours mieux que Poufsouffle.

- Draco ! »

Le blond ricana puis l'embrassa dans le cou. Il écouta à peine Harry lui répondre d'un air courroucé que sa cousine avait été à Poufsouffle et que Teddy rêvait d'aller dans une maison où ses parents avaient eu leur place. Cependant, son compagnon prenait cette rentrée tellement à cœur que Draco préférait en rire, même s'il comprenait parfaitement les désirs de l'enfant. Il avait eu les mêmes à son âge.

Contre lui, son compagnon se détendit mais ronchonnait toujours, prétendant que le blond ne comprenait pas les craintes de Teddy et tout ce stress que Harry essayait de gérer au mieux depuis quelques mois. Pour se faire pardonner, Draco lui baisait le cou et la joue tout en lui glissant de petits compliments à l'oreille. Le sourire aux lèvres, Harry le traita d'hypocrite, sans pour autant essayer de le faire taire.

« Qu'est-ce que tu peux être charmeur quand tu en as envie…

- Tu invites au charme, Harry.

- Arrête un peu, tu veux ? Tu sais que tout le monde te regarde depuis ce matin ? A croire que c'est toi qui as été marié…

- Heureusement que tu n'es ni jaloux ni possessif.

- Je suis possessif !

- Tu as une manière très agréable de l'être.

- Si on était marié, les choses seraient très différentes.

- Je n'ai aucun doute là-dessus. C'est bien pour ça que je n'ai jamais demandé ta main.

- Espèce de crétin. »

Harry se retourna dans ses bras, puis enlaça son cou et l'embrassa tendrement sur la bouche. Ce que peu de personnes savaient, c'était que si Harry lui était soumis en public, ce n'était absolument pas le cas dans leur intimité. Entre les murs de sa maison de Godric's Hollow, les masques tombaient et cette hiérarchie dans leurs rapports disparaissait. Ne restaient plus que deux hommes amoureux qui vivaient leur histoire comme n'importe quel couple.

Une belle histoire dont Harry tenait les rênes, avec douceur et fermeté. Et cette histoire où Draco n'était plus qu'un homme comme tous les autres, dépendant d'un homme attentionné, angoissé et si gentil, elle était sans doute ce qu'il avait de plus précieux au monde.

Souvent, ses amis lui disaient d'arrêter cette mascarade, de cesser ses cachoteries et d'assumer cet amour qu'il vouait à Harry depuis deux ans. Mais afficher la réalité de leur relation reviendrait à s'attirer les foudres de sa famille, et là, ce n'était pas seulement son prestige qui serait menacé, mais sa tranquillité même. Plus que lui, c'était Harry qui avait décidé que cette tranquillité valait bien quelques sacrifices et il préférait passer des heures dans ces galas interminables plutôt que voir disparaître le Draco qui partageait son lit depuis un an et demi.

Le mariage aurait sans aucun doute été une des meilleures solutions. Ses proches et ses parents ne cessaient de l'encourager à s'unir à Harry : qu'on l'apprécie ou non, il était évident que le héros national était l'homme de sa vie. A quoi bon retarder cette union et continuer à vivre officiellement chez ses parents alors qu'il protégeait leur cocon avec obstination, alors qu'il chérissait Teddy comme s'il était son propre fils…

Un soir, Harry lui avait demandé pourquoi il ne l'avait pas demandé en mariage. Cela s'était passé quelques mois après leur premier anniversaire, juste après l'union d'une de ses cousines proches, et c'allait bientôt faire un an qu'ils vivaient ensemble. Harry avait alors un visage très sérieux et Draco avait lu dans ses yeux une très grande nervosité. Sa question ne le prit pas au dépourvu, il s'y attendait, même s'il ne pensait pas qu'elle viendrait comme ça.

Alors, le cœur battant, il lui avait saisi les mains pour lui avouer qu'il ne se sentait pas capable de se marier. Pas de l'épouser, lui. Mais de se marier. D'organiser un évènement d'une telle envergure, de gérer les invités, de prévoir un plan de table qui évite toute tension, de choisir les bonnes tenues, le bon organisateur de mariage, les bonnes musiques pour la cérémonie et la fête qui suivrait au manoir, de canaliser ses angoisses et son stress, de se préparer aux critiques, aux regards rivés sur lui et à tout ce que cette union induirait dans son monde à lui…

C'était trop de pression. Se marier le terrifiait littéralement et il n'envisagerait pas cette journée comme une partie de plaisir, même s'il savait que le moment où Harry accepterait de partager sa vie pour l'éternité devant le marieur serait un moment magique et précieux. Mais tout le reste, Draco ne se sentait pas capable de l'affronter, d'autant plus que cela induirait leur installation au manoir Malfoy et de nombreuses obligations que Harry ne saurait prendre en charge.

Cette vie-là ne lui correspondrait pas. Et Draco aimait trop leur vie pour y mettre fin. Préparer ses parents au changement et leur faire comprendre qu'il ne suivrait pas leur chemin, qu'il ne prendrait pas leur succession au Manoir et que, sans doute, Teddy deviendrait son fils d'une manière où d'une autre après leur union représentaient un travail considérable auquel le sorcier ne se sentait pas prêt à s'atteler.

Harry l'avait écouté calmement, sans l'interrompre. Puis, il lui avait demandé s'il l'aurait demandé en mariage s'il n'y avait pas eu tout cela à gérer. Draco lui avait alors répondu que si sa famille n'était pas ce qu'elle était, il n'aurait pas mis si longtemps à succomber à ses avances et ils seraient déjà unis depuis longtemps. Cette réponse avait fait rougir de plaisir son compagnon qui, timide, lui avoua que s'il lui faisait sa demande, il l'accepterait. Alors Draco lui avait embrassé les mains, ému et soulagé.

Depuis, ils n'avaient plus vraiment reparlé de mariage, même si leurs proches remettaient régulièrement ce sujet sur le tapis. A maintes reprises, Draco avait su prouver à Harry qu'il était son compagnon à part entière et cette frontière qu'ils avaient crée entre le monde du blond et le leur permirent à leur couple de se renforcer toujours plus au fil des mois. Le fait que Harry lui soit si soumis en société mais qu'il impose lui-même ses lois quand Draco retirait ses chaussures pesait aussi lourdement dans la balance.

« Bon, on redescend ? Ils vont se demander ce qu'on fait.

- Qu'est-ce que tu veux qu'ils s'imaginent ?

- Je ne sais pas. Peut-être que ma vulgarité naturelle a fini par te salir ? »

Ses doigts noués derrière ses hanches, Draco ricana. Contre lui, Harry souriait doucement, caressant sa joue. Après deux ans de relation, personne n'était dupe : il était évident que, dans l'intimité, ils avaient fini par s'embrasser sur la bouche, chose normalement réservée au jour du mariage. Ce baiser fut difficile, presque douloureux, car Draco était si fermé à l'époque, si réservé quant à l'avenir de leur couple et tellement obnubilé par le sérieux de leur relation et les traditions qu'il refusait d'accorder ce baiser à Harry. Et en dépit de sa patience, de sa grande compréhension, de sa tolérance et de son incroyable capacité d'adaptation, le brun n'avait pu se satisfaire de ses caresses et de ses baisers dans les cheveux ou sur les mains.

Harry l'aimait. Il était fou amoureux de lui et ne pas se sentir aimé le détruisait. Le fait qu'il ne soit pas accepté par ses parents et sa famille l'entraînait dans une spirale infernale où il ne cessait de se dévaloriser, de se sentir imparfait, insuffisant, et au final, pas du tout à la hauteur de son petit ami. Draco ne vit pas tout de suite ses souffrances, et quand il les perçut, il ne pensait pas qu'un simple baiser pourrait soigner ses maux.

Et pourtant, il avait suffi de cela.

D'un simple baiser sur la bouche, et la promesse de lui en faire d'autres de temps en temps. Parce qu'il tenait à lui et qu'il ne voulait pas que tout cela cesse.

Mais très vite, Draco tomba amoureux de sa bouche, de cette sensation de bien-être quand Harry se blottissait contre lui, qu'il lui caressait les joues et qu'il le laissait cueillir ses lèvres. Il tomba sous le charme de son corps qu'il aimait caresser à travers le tissu de ses vêtements, luttant contre lui-même pour ne pas les arracher et le faire sien à même le sol.

« Difficile de te résister, tu es d'une vulgarité sans nom.

- N'est-ce pas ? »

Il avait cédé quatre mois après leur premier baiser. Si Harry s'était montré plus pressant dans son besoin de l'embrasser quand il le souhaitait, il ne lui avait jamais fait la moindre avance à caractère sexuelle. C'était difficile pour lui de supporter cette abstinence, mais ce choix de rester vierge jusqu'au mariage, son petit ami l'avait respecté sans jamais lui faire le moindre reproche. Un soir, pourtant, Draco l'avait surpris en train de se détendre dans la cabine de douche et cela avait donné lieu à une stupide dispute après laquelle le blond reconnut que Harry ne faisait rien de mal et qu'il n'était guère évident pour lui de demeurer chaste sans savoir si, un jour, ils franchiraient le pas, lors d'une nuit de noces ou bien un peu avant.

Quelques temps après ce petit incident, ils avaient dîné dans un excellent restaurant de la capitale britannique puis ils étaient rentrés et s'étaient couchés. Sans la moindre préméditation, Draco avait attiré le brun contre lui, et quand ses mains s'étaient aventurées un peu trop bas, Harry s'était laissé faire. Ils avaient l'amour comme des adolescents, brutalement, et avec un peu de douleur, parce que Harry avait réservé durant toutes ces années cette partie de son corps à l'homme de sa vie.

Au petit matin, la honte n'avait pas envahi l'esprit de Draco. Cela s'était passé si naturellement qu'il n'avait ressenti aucune culpabilité, bien qu'il ait bafoué une bonne partie de ses valeurs. Paradoxalement, ce fut Harry qui ne sut plus où se mettre, ne sachant comment son petit ami allait réagir face à ce changement dans leurs rapports. Il eut la surprise et l'émotion de comprendre que Draco avait décidé de faire sa vie avec lui et que l'amour charnel n'avait rien de sale ou de vulgaire. Du moins, pas avec lui.

La nécessité de se marier et de projeter cette épuisante et couteuse cérémonie n'était alors plus du tout une nécessité. Leur discrétion sur leur vie amoureuse leur permettait de vivre cette existence de concubins que très peu de personnes jugeaient factice. Seuls ses amis étaient au courant de l'avancée de leur relation, ce qui les avait stupéfaits, et ses parents avaient bien fini par se douter que la vertu de leur fils avait été entachée par la sexualité débordante de son compagnon. Leur mariage devenait donc une de leur principale préoccupation, craignant que le scandale n'entache l'honneur de leur famille parce que Draco avait fauté. Harry s'était toujours montré très perplexe, ne comprenant pas que leur vie de couple chez lui n'ait pas éveillé les soupçons. Or, personne ne venait vérifier que Draco dormait au manoir chaque soir, et à vrai dire, le fait que le blond vive dans une aile différente de celle de ses parents lui avait permis de leur faire croire pendant un an qu'il vivait chez eux, alors qu'il logeait chez Harry depuis tout ce temps.

« Allez, allons retrouver les autres. Ca va bientôt être l'heure de la pièce montée.

- Olivier m'a dit qu'ils avaient commandé quelque chose de monstrueux…

- A mariage incroyable, gâteau incroyable !

- Ce mariage est parfait, mais il n'a rien d'incroyable, Chéri.

- Tu sais, j'en ai quand même vu pas mal, des mariages, depuis que je te connais. Et c'est la première fois que je vois des invités féliciter autant les mariés qu'un des témoins. Franchement, je ne voudrais pas être le compagnon de cet homme-là, ça me rendrait fou. »

Draco ricana puis l'embrassa une dernière fois sur la bouche avec tendresse. Il était bien heureux d'avoir un tel homme dans sa vie, qui ne faisait pas de chaque instant un enfer. Draco se connaissait suffisamment pour savoir qu'il n'aurait pas été capable d'être aussi patient et tolérant à sa place, lui qui était si jaloux et possessif. La grande affection que son compagnon nourrissait pour Pansy était également un grand soulagement, car il comprenait à quel point elle était importante pour lui et à quel point cette journée lui était chère.

Harry lui saisit le bras, puis ils sortirent tranquillement de la chambre dont ils verrouillèrent la porte. Ils traversèrent les nombreux couloirs et descendirent les escaliers tout en discutant des évènements de la soirée, et enfin, le couple gagna la salle de réception. Effectivement, on était en train de préparer la venue du dessert qui avait déjà bien tardé. Draco emmena son compagnon à la table de ses amis où le laissa en bonne compagnie. A peine était-il entré qu'on lui faisait déjà des grands signes et il savait que Harry préférait largement rester avec ses proches plutôt que de le suivre pour écouter des discussions qui ne l'intéressaient pour ainsi dire pas.

Ainsi, après un dernier baiser sur son front, Draco rejoignit sa mère qui discutait avec de la famille. A peine arriva-t-il que la question de son propre mariage fut abordée. Bien rodé à cet exercice, Draco parvint à détourner habilement la conversation vers les futurs héritiers du camp Flint qui ne tarderaient pas à pointer le bout de leur nez. Depuis leur arrivée au manoir, Draco était félicité de toute part et sans cesse encouragé à mettre enfin la bague au doigt de son compagnon. La plupart des convives était persuadée que Harry émettait des réserves à s'unir à l'unique héritier Malfoy, ce qui était aussi incompréhensible que ridicule. Le brun n'était pas opposé à un mariage, il attendait simplement que Draco se décide à lui demander sa main. Or, ce n'était pas pour tout de suite.

Souvent, ses amis lui disaient qu'il était lâche, et dans le fond, ils n'avaient pas tout à fait tort. Mais même après cette journée où tout s'était remarquablement bien passé, Draco ne se sentait pas capable de se lancer dans cette aventure. Ni lui, ni Harry. Dernièrement, il avait beaucoup réfléchi à l'idée du mariage, mais il ne savait pas s'il saurait gérer ses propres angoisses dues à cette journée aussi compliquée qu'intense et celles de Harry qui n'en dormirait plus la nuit. Ce ne serait pas une partie de plaisir, ni pour l'un, ni pour l'autre.

Non, vraiment, Draco ne voulait pas se marier. Il aimait passionnément Harry et chérissait Teddy plus que de raison, mais il n'avait pas le courage d'affronter ses parents et la société. Quitter le manoir pour déménager ses affaires à Godric's Hollow n'avait pas été une décision prise à la légère, elle avait demandé une grande réflexion et de nombreuses discussions. Après un an et demi de vie commune, Draco ne se voyait pas retourner au manoir pour mener une vie de prince dans les immenses pièces de la demeure familiale. Faire accepter à ses parents l'idée qu'il ne reviendrait jamais, qu'il fonderait une famille dans cette petite maison et que Harry ne remplirait jamais les devoirs destiné à la compagne ou au compagnon de l'héritier Malfoy, c'était beaucoup trop de travail, et de douleur.

Ses parents en souffriraient. Sa mère, surtout. Mais qu'importe, car même s'il n'en avait jamais parlé avec Harry, Draco avait déjà pris sa décision. Il savait que cette vie de concubin rassurait beaucoup Harry car tant qu'ils vivraient ainsi, la question du déménagement et du basculement de sa vie publique et personnelle ne se poserait pas.

Alors qu'il était en train de discuter avec un lointain cousin qu'il n'avait pas vu depuis fort longtemps, Pansy déboula dans la salle de réception, son monumental bouquet à la main et les joues toutes roses. Draco la regarda pointer sa baguette sur sa gorge pour annoncer haut et fort qu'il était l'heure du lancé du bouquet. Aussitôt, toutes les jeunes filles à marier se précipitèrent vers elle. Ce genre de spectacle avait tendance à agacer Draco qui trouvait cette coutume bien stupide. Cependant, ça amusait beaucoup Blaise et Théodore qui ne tardèrent pas à le rejoindre, accompagné de Marcus qui pourtant était du même avis que le blond. Durant les cinq mariages auquel le jeune homme avait assisté avec Pansy avant sa demande en mariage, jamais cette dernière n'était parvenue à attraper le bouquet de la mariée. Il avait fallu qu'il lui offre enfin une bague de fiançailles pour qu'elle cesse de se battre comme une chiffonnière afin d'attraper quelques pauvres fleurs.

Taquins, Blaise et Théodore firent des pronostics. En première lignes se trouvaient les sorcières pressées de s'unir à leur fiancé ou leur petit ami du moment, le visage hargneux et le regard passionné. Derrière ses amazones en belle toilette, suivaient les jeunes femmes célibataires espérant que ces quelques fleurs feraient basculer leur destin. Quelques hommes s'étaient levés, mais il était bien rare qu'ils s'abaissent à participer à ce genre d'activités.

Ce jeu était un véritable piège. Aux quatre coins de la pièce, certains hommes tenaient leurs partenaires bien assis à côté d'eux, ce qui semblait parfois s'avérer bien difficile. Draco voyait des femmes gigoter sur leur siège en étirant le cou et des hommes afficher un air méprisant, jetant des regards sombres à leurs compagnes ou compagnons qui les forçaient à rester à leur place. Or, le lancé de bouquet était un jeu très dangereux pour ceux qui ne souhaitaient pas se faire passer la bague au doigt. En effet, il était impossible de se soustraire à la tradition si jamais votre partenaire attrapait ce fameux bouquet. Bien qu'ancienne, cette coutume était respectée et il était très mal vu qu'un mariage ne suive pas très vite ce victorieux lancé de bouquet.

Cette tradition avait toujours tendance à agacer grandement Draco, qui trouvait le comportement de ces femmes idiot et déplacé. Fort heureusement, Harry n'avait jamais eu l'idée saugrenue de s'y glisser, chose que son compagnon aurait extrêmement mal prise. Mais ce jeu ne l'intéressait pas, il ne venait même pas regarder ce désagréable spectacle.

Pansy s'avança d'une marche triomphante et regarda l'attroupement de femmes tendues et surexcitées à la fois. A la main, elle tenait son grand bouquet composé de fleurs blanches et rose pâle. Avant le lancé, il était toujours ensorcelé afin de retomber plus lentement sur le sol, de manière à ce que les concurrentes puissent taper dedans, à défaut de l'attraper, pour éviter qu'un autre ne l'attrape.

« Vous êtes prêtes ? Je lance ! »

Pansy tourna le dos à ses invitées puis jeta son bouquet en l'air. Aussitôt, les sorcières désarmées de leurs baguettes se précipitèrent sur le bouquet une véritable guerre se déclara. Le bouquet vola, tomba par terre, fut trépigné par des harpies griffues et aux crocs acérés. De là où il était, Draco arrondit les yeux de stupeur les voyant quasiment s'écharper pour attraper ces fleurs écrasées sous leurs pieds. L'assistance autour d'elle criait et applaudissait en riant à gorge déployée. Le blond suivit des yeux le voyage du bouquet qui peinait à être attrapé, tant les femmes enragées se bagarraient.

Soudain, l'une d'elle, voulant empêcher une concurrente de l'attraper, donna un grand coup de pieds dedans. Le tas de fleurs encore noué par les tiges s'envola et fut poursuivit dans la salle par les sorcières avides de mariage. Leur course à travers la pièce déclencha les rires et Blaise se plia en deux quand elles montèrent sur une table afin de l'attraper. Les convives assis à ladite table s'amusèrent beaucoup moins de cette péripétie et furent soulagés de les voir grimper ailleurs.

Ca n'en finissait pas, se disait Draco en soupirant. Il les regarda d'un œil agacé monter sur une nouvelle table, s'arracher à moitié les cheveux et pousser le bouquet d'un puissant mouvement vers une autre table non loin d'eux. Le sortilège parut s'essouffler car il tomba soudain, cessant de flotter, ce qui occasionna des hurlements de rage.

Vaguement intéressé, Draco chercha des yeux le visage de l'heureuse élue. Ses yeux s'arrondirent de stupeur et son cœur parut vouloir sortir de sa poitrine quand il vit Harry, les mains sous la table, en train de regarder d'un air atterré ses cuisses. Le visage paniqué, il regarda ses deux amis stupéfaits, tandis que ce qui restait du bouquet apparaissait de sous la table, ou plutôt de dessus ses jambes.

Il avait attrapé le bouquet.

Le bouquet était tombé sur ses genoux, et machinalement, Harry l'avait attrapé.

Draco se sentit pâlir, et soudain, il n'y eut plus rien autour de lui. Ni ses amis qui se turent soudainement pour le regarder, ni les regards braqués sur lui, ni le silence qui commençait à envahir la pièce… Il n'y eut que les grands yeux verts de Harry qui le regardèrent, le visage désespéré.

Alors, son cœur s'emballant dans sa poitrine en manque de souffle, Draco tourna les talons et quitta la pièce.

OoO

Accoudé à la rambarde du balcon, Draco regardait le ciel étoilé d'un air perdu. En bas, il entendait beaucoup de bruit, mais la pièce montée n'était pas encore arrivée, il en était certain. Toutes les conversations devaient tourner autour du lancé de bouquet et sur Harry qui, comme soudé à sa chaise, devait attendre que Draco revienne, la mort dans l'âme.

Il avait fait une erreur. Une grosse erreur. Plutôt que de quitter la pièce comme il l'avait fait, Draco aurait dû lui prendre la main et l'emmener dehors, d'abord pour l'extraire aux regards de la foule, et ensuite pour discuter avec lui. Mais plutôt que de lui venir en aide, le sorcier avait préféré fuir la pièce comme un lâche pour s'isoler au balcon du premier étage. Et à présent qu'il était seul dans la fraicheur et l'obscurité de la nuit, le blond sentait son estomac se nouer de plus en plus à l'idée que Harry affrontait en silence les regards et les chuchotements des convives.

Quitter la pièce, c'était comme marquer son refus. Harry avait beau ne pas maîtriser à la perfection tous les codes de la société, il avait compris le message, alors qu'à ce moment-là, Draco s'était senti tellement perdu et abasourdi qu'il avait eu besoin de fuir cet endroit. La honte le malmenait comme jamais, au point que Draco ne parvenait même pas à redescendre dans la salle.

Le cœur serré, Draco se prit la tête dans les mains. Il s'en voulait terriblement, mais il était tellement perdu à ce moment-là… Cette maudite tradition le condamnait au mariage et l'idée de s'unir à Harry le terrifiait. Jusque là, il avait réussi à repousser l'échéance mais à présent, il était enchaîné à son compagnon. Il ne voulait pas que cela se passe ainsi. Pourquoi diable le bouquet était-il tombé sur lui ? Pourquoi Harry l'avait-il attrapé, au lieu de lever les bras et laisser ces furies le saisir ?

Draco ne voulait pas se marier.

Il n'en avait jamais eu envie et cette cérémonie l'avait encore plus renforcé dans l'idée que, non, cela n'était pas fait pour lui.

Ce qu'il aurait voulu, lui, c'était regarder Harry se vêtir de sa plus belle robe, l'emmener chez leur marieur et échanger ses vœux sans personne autour d'eux.

Juste eux.

Par Merlin, si Harry savait à quel point il avait envie de lui mettre la bague au doigt et lui dire qu'il serait à jamais à lui…

Soudain, Draco entendit du bruit derrière lui. La porte donnant sur le salon derrière lui s'ouvrit doucement puis se referma. Il écouta ce bruit presque rassurant de chaussures cirées claquant sur le dallage de la terrasse. Quelques secondes plus tard, Blaise et Théodore s'accoudaient de part et d'autre de lui. Ils demeurèrent silencieux quelques instants, puis le premier desserra enfin les lèvres.

« Il ne l'a pas fait exprès.

- Je sais. Je ne suis pas en colère contre lui.

- Alors il faut que tu descendes. Harry n'a pas bougé de sa chaise et il a l'air très inquiet. Et malheureux, aussi.

- Et comme tu n'es pas en bas, la pièce montée n'est toujours pas arrivée.

- Théodore ! On s'en fout, de ça !

- Ah non, on s'en fout pas ! Tant qu'elle ne sera pas arrivée, tout le monde ne parlera que de ça !

- Je me sens perdu. »

Ses amis cessèrent de se chamailler et tournèrent la tête vers lui. Draco se sentait mal, tellement mal…

« Je ne m'attendais pas à ça. C'est trop soudain.

- Arrête de te lamenter, par Merlin !

- Blaise, calme-toi…

- Comment veux-tu que je me calme ?! Draco, c'est le seul et unique homme capable de te supporter et de t'aimer à ta juste valeur. Je sais que tu as peur, que tu ne veux pas vivre ce genre de journée et que tu vas t'en prendre plein la tête par tes parents et ta famille… Mais ça fait deux ans, Draco, deux ans que tu le fréquentes, plus d'un an que tu vis avec lui, et avoue-le, tu rêves de fonder une famille ! Tu ne peux pas continuer comme ça ! Ce stupide lancé de bouquet, c'est un coup du destin !

- Harry est en bas et il ne sait pas quoi en penser. Il doit culpabiliser et craindre ta réaction, alors que tu es juste terrifié à l'idée que ta petite existence tranquille à Godric's Hollow soit révélée au grand jour.

- Il est temps que tu assumes. On te connait dans ton intimité, tu es tellement différent avec lui…

- Va le retrouver et rassure-le.

- Ca ne résout pas tout…

- Tu n'as plus le choix, maintenant. Tu l'aimes, tu vis avec lui depuis plus d'un an, tu veux faire ta vie avec lui. Maintenant, tu vas descendre, le prendre à part, le rassurer et ensuite vous allez organiser vos fiançailles et votre mariage.

- Théodore a raison. »

Blaise lui tapa gentiment l'épaule, comme pour lui donner du courage. Alors Draco se redressa en soupirant, s'apprêtant à affronter la foule. En silence, ils traversèrent le petit salon et descendirent les escaliers pour retourner à la salle de réception. Le cœur battant d'angoisse, le sorcier entra dans la pièce d'un air tendu. Aussitôt, les regards se braquèrent sur sa personne et quelques conversations se turent. Mais ce fut sans compter le vif esprit de Pansy qui, d'un mouvement de main, ordonna à son orchestre d'introduire avec bruit la venue de son énorme gâteau de mariage.

Draco profita de cette soudaine perte d'attention à son égard pour se glisser jusqu'à la table où s'était installé Harry. La tristesse contenue qu'il lisait sur son visage lui vrilla le cœur. Aussitôt, Draco fit un détour pour contourner la table, de manière à arriver dans son dos et non pas face à lui. Hermione fut la seule à voir son petit manège et elle ne fit aucun mouvement pour prévenir son ami. Ainsi, quand le blond se glissa dans son dos pour caresser doucement ses cheveux, Harry eut un sursaut. Il se retourna vers lui et voulut dire quelque chose, mais Draco se baissa et l'embrassa tendrement sur le front.

La voix du brun se bloqua dans sa gorge. Ignorant les regards suspicieux de ses amis et les applaudissements des convives acclamant l'arrivée de la pièce montée, Draco se pencha pour lui dire quelques mots à l'oreille.

« C'est pas grave, Harry. Et pardonne-moi d'être parti, s'il te plait.

- Je suis vraiment désolé, Draco, j'ai…

- Je sais, Harry. Ne t'inquiète pas, tout va bien. »

Le sorcier se redressa puis tendit la main vers le bouquet dont il ne restait plus que quelques fleurs abîmées. Il attrapa la plus jolie, la moins écrasée, puis la glissa derrière son oreille. A côté de lui, Ron rit doucement en le voyant faire, ce qui arracha un sourire amusé à Draco. Les joues rouges, Harry baissa les yeux mais Draco réussit à obtenir un petit sourire en l'embrassant sur la joue.

« Je t'aime. »

Ces quelques mots finirent de rassurer Harry, du moins pour le moment. La soirée serait encore longue et une conversation plus poussée serait nécessaire le lendemain pour clarifier les choses. Cependant, son compagnon avait retrouvé le sourire et quand Draco lui fit signe de revenir se rassoir à leur place, il le suivit de bonne grâce.

Ils gagnèrent ainsi tranquillement leurs places à la table des mariés. Draco pria pour que ses parents ne viennent pas les aborder, même s'il savait très bien que ce serait très compliqué pour sa mère de tenir sa langue et surtout de rester à sa place jusqu'à la fin de la soirée. Avec un peu de chance, elle saurait prendre son mal en patience jusqu'au lendemain, où elle lui exposerait très certainement ses premiers plans pour le somptueux mariage qu'elle comptait bien organiser en leur honneur.

Mais pour le moment, il n'était pas encore question de mariage.

Du moins, pas encore.

OoO

Le ventre douloureux et la langue pâteuse, Draco se redressa dans son lit. Sa tête pesait bien lourd sur ses épaules, et pourtant, il parvint à trouver la force de s'assoir, calant son dos contre ses oreillers. Le regard vague, Draco regarda la chambre à demi-plongée dans la pénombre. La veille, les elfes de maison semblaient avoir omis de tirer les rideaux et quand ils étaient allés à se coucher, ils avaient tous deux eu d'autres choses en tête.

Doucement, le sorcier baissa les yeux vers son compagnon qui dormait à poings fermés, allongé sur le ventre et ses bras enserrant son oreiller. Parce qu'il était incapable de dormir toute une nuit dans une même position, Harry n'avait plus qu'un léger drap sur les hanches, laissant entrevoir la délicate courbe de sa chute de reins. Un léger sourire naquit sur ses lèvres tandis qu'il laissait errer son regard sur son dos pâle sans la moindre imperfection. Il remarqua une rougeur sur son épaule, trace de leur corps à corps torride, et quelque peu brutal, de la nuit passée.

Draco se gratta la tête. Il savait que le mariage de Pansy serait une date clé de son existence : son amie d'enfance, celle à laquelle il avait été fiancée pour au final l'emmener lui-même jusqu'à l'autel du marieur, s'était unie à un homme dont elle était éperdument amoureuse. Une nouvelle vie s'ouvrait à elle, et à Draco également, car il savait que cette famille qu'elle comptait concevoir avec son époux, le sorcier y serait intimement lié. Et Harry, qui aimait tellement les enfants, ferait un oncle d'exception, à n'en pas douter.

Cependant, les évènements de la veille avaient bouleversé les choses. Malgré tous ses efforts pour éviter ses parents, Draco n'avait pu fuir bien longtemps ni son père ni sa mère, et la stabilité de son existence n'avait fait que tanguer encore davantage. Ce bouquet attrapé par mégarde le mettait devant le fait accompli : il devait épouser Harry et le plus tôt serait le mieux. Rapidement, alors que Draco aurait souhaité éviter une pareille situation, le ton était monté et ils avaient dû s'isoler pour éviter l'esclandre. Et ce fut au moment où son père commença à voir rouge que Harry les interrompit.

Par un formidable tour de force, il parvint à calmer ses parents, arguant qu'ils formaient un couple depuis deux ans, qu'ils étaient destinés à se marier un jour mais qu'il était inutile de se grogner dessus de la sorte, cela ne ferait qu'envenimer les choses et retarder toujours plus cette échéance. Il avait conclu son discours en affirmant que Draco était l'homme de sa vie, que dans son cœur ils étaient mariés depuis le jour où il avait posé ses valises chez lui, que ce mariage n'était qu'une formalité et, enfin, que s'ils ne mettaient pas autant de pression sur leur fils, ce denier lui aurait déjà passé la bague au doigt depuis fort longtemps.

Ces derniers mots mirent Draco dans tous ses états. Se rassoir à sa place pour regarder Pansy danser dans les bras de son conjoint fut une véritable torture. Finalement, le cœur battant la chamade, il convoqua ses amis puis s'envola chez lui pour revenir à la salle de réception. Sous le regard des invités, au beau milieu de la piste de danse, Draco fit venir son compagnon pour lui avouer une fois encore à quel point il était important pour lui et à quel point il pouvait le chérir, lui qui avait dû tant sacrifier et apprendre pour pouvoir exister à ses côtés.

Enfin, quand il vit les larmes embuer les yeux verts de Harry, Draco posa un genou sur le sol, et sous les encouragements de l'assistance, il lui présenta cette bague de fiançailles qu'il avait achetée des mois auparavant. Ce fut un moment magique et paradoxalement plein d'angoisse, car Harry eut tellement de mal à lui répondre que Draco craignit qu'il ne refuse sa demande. En larmes, parce qu'il attendait ça depuis des mois et que jamais, Ô combien jamais, son compagnon ne serait douté qu'il lui ferait une demande publique, Harry avait accepté avant de se blottir dans ses bras.

Complètement ébranlé, Harry avait eu bien du mal à se calmer. A vrai dire, Draco ne l'avait jamais vu dans un état pareil, et plutôt que de s'agacer de voir ses yeux s'humidifier sans cesse, le sorcier trouva son compagnon attendrissant. Pas un seul instant il n'aurait cru qu'une demande en mariage aurait pu le rendre si heureux. Et tandis qu'il le regardait dormir près de lui, nu sous les draps, Draco peina à réaliser qu'il serait bientôt son époux.

Une bouffé de fierté gonfla son cœur. Sans doute se fianceraient-il cet automne et échangeraient-ils leurs vœux l'été prochain. Il laisserait à sa mère le soin de tout organiser, elle en rêvait depuis son adolescence. Ce serait une manière comme une autre de se faire pardonner pour la vie que Draco ne comptait pas mener à leurs côté au manoir Malfoy. Dès le lendemain, il allait échafauder un plan avec ses amis pour faire avaler la pilule à ses parents et organiser leur nouvelle vie, qu'elle soit dans cette maison ou dans une autre un peu plus grande.

Avec tendresse, Draco plongea sa main dans les cheveux noirs et indomptable de son futur époux. Il serait toujours sa priorité, et dès ce soir, ils auraient une longue conversation sur cette vie à deux qui commençait à déjà leur ouvrir ses portes.

Il faudrait préparer l'avenir. Et ce serait beaucoup plus compliqué que ce à quoi Harry s'attendait. Cependant, la décision de Draco était prise, et ce depuis fort longtemps. Il ne lui restait plus qu'à rassurer son compagnon, convaincre ses parents, et organiser cet évènement fastueux qui resterait longtemps dans les mémoires.

Le blond se pencha et l'embrassa sur l'épaule. Il sentit sa peau frissonner sous ses lèvres, et émoustillé par cette agréable sensation, Draco entreprit de le réveiller en douceur, ses mains venant caresser son dos et ses flancs.

Qu'importent les traditions. Qu'importent les valeurs de sa famille qui l'avaient enfermé tant d'années. Qu'importent ces règles qu'ils ne suivaient pas, qui l'empêchaient de connaître et de chérir les personnes qui attirent votre cœur. Qu'importe que ça se sache, qu'il passe pour un dévergondé, qu'on le regarde de travers parce qu'il embrassait un enfant qui n'était pas le sien…

L'amour n'avait pas de normes. Le leur n'entrerait donc pas dans celles que la société bien pensante voudrait leur imposer.

Et sur ces pensées, Draco regarda Harry se réveiller sous lui, si beau dans son demi-sommeil et cette nudité parfaite qui n'avait rien de sale. Il était juste magnifique. Et il serait dorénavant le seul à pouvoir en admirer tous les charmes, et ce jusqu'à la fin de ses jours.

FIN