Chapitre corrigé par Pommedapi que je remercie énormément.
Ré
« Un piano ordinaire, qu'il soit droit ou à queue, possède 88 touches. Certains modèles en possèdent plus, mais ce n'est pas le standard. Jouer du piano est mécanique, cela demande de presser simplement une touche pour produire le son. On ne peut produire de fausse note, mais on peut jouer la mauvaise note au mauvais moment…
Le piano est un instrument souvent intégré aux orchestres, mais les pianistes se produisent le plus fréquemment en solo. Une représentation durant laquelle un musicien joue en solo plusieurs compositions est appelée un récital.
Le piano a entre deux et quatre pédales (celui de la maison en a trois), et cela permet de nuancer le jeu. Appuyer sur une pédale peut soit tirer ou relâcher les cordes de l'instrument, de sorte à augmenter ou étouffer le son. Cela permet au pianiste de s'exprimer… Chaque musicien peut ainsi, à sa guise, interpréter une œuvre.
Parfois, une même composition peut se jouer de façon si différente qu'on croirait entendre deux musiques qui n'ont rien à voir. »
À mesure que Mademoiselle Jolie parlait, Harry écrivait.
Et après avoir familiarisé Dudley avec le piano, elle l'invita à apprendre à jouer un morceau.
- C'est une composition très facile, tu verras. Du moins, le thème et la première variation. Laisse-moi te montrer d'abord.
Harry entendit alors une cascade de notes venir du salon et il reconnut l'air dès les premières secondes : c'était une comptine pour enfants.
« Ah ! vous dirais-je Maman… »
Mademoiselle Jolie joua pendant environ trois minutes, sans aucune interruption, et laissa ainsi son élève savourer la musique. Elle se tourna ensuite vers lui.
- À ton tour, fais comme moi…
Elle reprit le début de la comptine, plus doucement cette fois-ci, et Harry entendit une reproduction assez maladroite, jouée de travers et truffée de mauvaises notes.
- Mais je n'y arrive pas ! geignit soudain Dudley, s'adressant aux touches noires et blanches avec mépris. C'est trop difficile ! Le piano, c'est stupide !
- Dudley, n'aimes-tu pas écouter de la musique ? entendit-il Mademoiselle Jolie demander à son cousin.
Ce dernier ne répondit pas mais Harry supposa qu'il avait hoché la tête parce que Mademoiselle Jolie continua de parler.
- La musique se fait grâce aux instruments, tu sais… On ne pourra jamais véritablement les remplacer. Jouer d'un instrument est un art et chaque art doit être pratiqué pour être maîtrisé. Comme on ne réussit jamais un gâteau du premier coup, il faut souvent s'entraîner beaucoup pour bien jouer une œuvre.
- Mais j'ai joué beaucoup de fausses notes !
- Veux-tu que je te confie un secret ? lui proposa-t-elle alors, et Harry put jurer entendre un petit sourire dans sa voix à ces mots. Même les meilleurs pianistes font des fausses notes ! lui révéla-t-elle dans un rire. Parfois, ils en font d'ailleurs beaucoup, beaucoup plus que toi ! Je suis sûre que même Liszt jouait des fausses notes de temps à autre, même si c'était un musicien réellement talentueux à ce qu'il parait… C'est comme faire une faute d'orthographe, ça arrive à tout le monde, et parfois sans qu'on le remarque !
Dudley sembla convaincu puisqu'il se remit à jouer le début de la chansonet cette fois, il fit moins de fausses notes et joua à un rythme correct, même si c'était loin de la délicieuse fluidité de Mademoiselle Jolie.
Le cours se termina ainsi deux heures et demie plus tard, temps au bout duquel Dudley arriva presque à jouer les premières notes de la comptine sans accroc.
Mademoiselle Jolie partit en lui confiant un livre sur le solfège et un cahier d'exercices, lui demandant de préparer certaines choses pour le cours suivant durant lequel ils allaient apprendre à lire une partition pas à pas.
- Le solfège peut paraître compliqué mais il s'avère plus simple que lire des mots une fois qu'on a compris les quelques principes qui le régissent… Lis attentivement la page 2 et fais les exercices que je t'ai montré. De cette manière, tu seras prêt pour la prochaine fois. N'oublie pas de répéter ce qu'on a joué plusieurs fois : il faut te familiariser avec l'instrument pour progresser plus vite. Et n'oublie pas non plus de te tenir comme on l'a dit : ne fléchis pas ton dos, il faut rester droit.
A cet instant, Mrs. Dursley rentra par la porte du salon et proposa une tasse de thé à Mademoiselle Jolie. Cette dernière déclina poliment.
- Je suis très touchée, Mrs. Dursley, mais je dois rentrer au plus tôt. Ma sœur va me ramener sa fille et je vais devoir la garder pendant quelques temps.
- Oh, mais peut-être que vous pourriez lui prendre du gâteau, les enfants adorent les gâteaux ! J'en ai beaucoup au frais. Attendez une minute que je vous les apporte !
- Oh, elle en raffole mais son père lui en achète tout le temps, je ne pense donc pas que cela sera nécessaire…
- Mais si, mais si, s'entêta Mrs. Dursley en se dirigeant vers la cuisine. Je ne veux rien entendre, j'insiste !
Puis, elle chargea Mademoiselle Jolie de deux boites pleines de gâteaux au chocolat faits maison, les préférés de Dudley, à qui ce présent ne plut pas du tout.
Après que la professeure s'en soit allée, il manifesta d'ailleurs sans retenue aucune son mécontentement.
- Pourquoi lui avoir donné mes gâteaux, maman ! Tu sais que je les aime beaucoup ! se plaignit-il en croisant les bras au-dessus de son gros ventre.
- Mais parce qu'il faut bien remercier Mademoiselle Jolie et donner un petit quelque chose à sa nièce.
- Et pourquoi les gâteaux au chocolat ? C'était NOS gâteaux ! Tu es la pire mère du monde !
Le visage de Pétunia se décomposa instantanément. Tout son corps et l'entièreté de son âme de mère la supplièrent alors de reconquérir l'amour de son fils et elle obéit à ces injonctions sans la moindre forme de résistance.
- Oh, excuse-moi, mon chéri ! se désola-t-elle en tentant de l'enlacer même s'il était trop massif pour qu'elle puisse l'entourer de ses deux bras. Un jour, tu comprendras pourquoi j'ai fait ça, murmura-t-elle ensuite à son oreille. Tout ce que je veux, mon poussin, c'est ton bien. Et ne t'en fais pas, je vais t'en préparer d'autres. POTTER !
Harry, qui s'était pendant ce temps réfugié dans son placard, sentit son cœur rater un battement en entendant sa tante crier son nom.
Aussi rapidement qu'il le put, il rejoignit le salon où l'attendait une Pétunia aux sourcils froncés, les mains sur ses hanches étroites.
- Potter, combien de fois devrais-je t'appeler pour que tu viennes !
Harry aurait bien voulu lui faire remarquer qu'elle ne l'avait appelé qu'une seule fois mais Pétunia ne lui laissa pas l'occasion de placer le moindre mot et donna ses ordres d'une voix criarde.
- Dudley a faim, l'informa-t-elle. Il a beaucoup travaillé. Va laver la vaisselle et sors les ingrédients des gâteaux au chocolat. Tu vas lui préparer à manger et gare à toi si tu te trompes dans les dosages ! Il faut que les gens sans talent tel que toi se mettent au service des artistes, n'est-ce pas, mon roudoudou en sucre ? ajouta-t-elle en adoucissant sa voix pour s'adresser à son fils.
Dudley afficha alors un sourire diabolique.
- Oui, maman. Les bons à rien doivent servir ceux qui valent quelque chose, répéta-t-il en fixant Harry droit dans les yeux.
Ce dernier serra les dents et ravala sa fierté. Il voulait leur répondre mais il ne pouvait pas.
Souviens-toi, Potter, tu n'as nulle part où aller à part ici… Tu as besoin d'un toit sous lequel vivre.
Mais parfois, pensa-t-il en montant sur un tabouret pour s'occuper de la pile de vaisselle, le prix de ce toit était trop élevé, bien trop élevé pour la sécheresse et la froideur qu'il y trouvait et qui le tuaient petit à petit, bout par bout, jour par jour, tous les jours. Il était sûr de ne jamais véritablement se remettre de ce qu'on lui faisait subir ici… Si tant est qu'il en parte un jour.
Non, il s'en irait, il en était sûr. Il s'en irait ou mourrait en essayant. Un jour, se promit-il donc, il partirait. Il s'en irait et aurait une maison, une vraie maison débordant de chaleur par tous les côtés. Et il n'y aurait rien pour lui rappeler les Dursley, absolument rien, rien de chez rien, entendez-vous ?
À part un piano.
Dans sa future, chaude et accueillante maison, Harry voulait en effet que le bruit du piano ne cesse jamais de résonner, que la musique soit jouée à toute heure pour chasser les démons, dissiper les mélancolies et autres tristesses sourdes, apaiser les chagrins … ! Oui, ça, se dit-il en imaginant cette scène idyllique tout en mélangeant la mixture qui allait servir pour cuisiner les gâteaux de Dudley, c'était ce qu'il désirait.
Et une famille aussi, pensa-t-il en voyant Pétunia offrir les gâteaux à son fils quelques minutes plus tard. Il observa ainsi les sourires qu'ils ne se donnaient qu'entre eux, cette bienveillance dont on ne l'avait jamais drapé, et il rêva à une famille.
Une vraie famille.
…
- Tata Pam ! Ces gâteaux sont trop bons !
- Ravie qu'ils te plaisent, Martha, sourit sa tante avant de se diriger vers le salon, laissant sa nièce manger tranquillement.
Assise à la table de la cuisine, la petite Martha avait devant elle une assiette pleine de gâteaux au chocolat qu'elle dévorait sans retenue. Au terme de ce délicieux goûter, son visage s'était retrouvé barbouillé de crème marron et ses yeux sombres s'étaient illuminés. Toute sa physionomie reflétait sa satisfaction à mesure que le sucre faisait son chemin dans ses veines et gorgeait ses membres d'une énergie toute prête à être utilisée.
Après avoir terminé, elle sauta donc de la chaise et alla vers le salon où elle trouva Tata Pam en train de lire un gros livre à la couverture bleue sur lequel on pouvait voir le visage d'un homme que Tata admirait beaucoup. Choupi ? C'était comme ça qu'il s'appelait, non ?
Martha, désirant l'attention de sa tantine, monta sur le canapé et se colla à elle.
-Tata, tu lis encore Choupi ? lui demanda-t-elle en regardant à l'intérieur du livre.
Mais à la place de trouver des photos d'un petit lapin rose qui vous apprend à diviser et à multiplier comme dans ses livres à elle, Martha y trouva des… des partitions ? Et Martha n'aimait pas les partitions. Il n'y avait rien de plus sombre qu'une succession de notes et de symboles qui ne veulent rien dire.
Enfin… Martha n'était personne pour juger les lectures des autres, elle qui ne s'intéressait à un livre que s'il y avait une princesse sur la couverture.
- Choupi ? répéta Pam, incertaine. Oh, fit-elle en réalisant ensuite. Non, ma chérie, ce n'est pas Choupi, c'est Chopin ! Fréderic Chopin est considéré comme l'un des meilleurs pianistes et compositeurs de tous les temps, il est donc normal que je m'y intéresse. Et son œuvre est grande, le bougre !
- C'est encore un pianiste ? soupira Martha. Tu ne parles que de pianistes, Tata … Pourquoi tu aimes tellement cet instrument ?
- Parce que c'est celui dont j'ai commencé à jouer en premier… Lorsque j'ai mis mes mains pour la première fois sur les touches et que j'ai joué mon premier air, j'ai su à cet instant que je ne voulais plus jamais arrêter. C'était presque …magique. Tu vois, petit chou ?
Mais avant que la petite fille ne lui réponde, elle poursuivit.
- Maintenant, viens ici, dit-elle en tirant de sa poche un mouchoir et en tenant sa nièce par le menton. Viens ici qu'on nettoie ce joli visage…
- Je peux le faire toute seule ! Je suis grande, très grande !
Mais Pam ne la laissa pas lui échapper jusqu'à l'avoir complétement débarbouillée.
- Allez, va ! Maintenant, tu es de nouveau toute propre, s'amusa-t-elle en la relâchant.
- J'aurais pu le faire ! répéta Martha, le visage clair mais l'humeur noire. Arrête de me traiter comme une enfant !
Elle croisa les bras et sa petite mâchoire se durcit.
Pam soupira.
- On en parlera quand tu auras appris à manger sans t'en mettre partout, répliqua sa tante en retournant à sa lecture.
Martha bouda un moment puis s'ennuyant, alla dans sa chambre assignée chez sa tantine et ferma la porte dernière elle. La chambre était toute blanche. Il y avait un petit bureau de la même couleur au coin de la pièce près d'un lit. C'était un endroit neutre, épuré, comme Tata Pam les aimait tant… Tout était blanc et propre, sauf le sol.
Car le parterre était jonché de palettes de couleurs et de dessins qui séchaient encore. Sur le papier, c'était une infinité de lapins roses qui gambadaient dans les près, de licornes, de fées… Peter qui faisait un baiser à Wendy sur la bouche, Cendrillon qui nettoyait la cuisine avec les souris et les colombes, la petite sirène qui jouait du piano sous l'océan…
C'est sur cette dernière œuvre que Martha décida de revenir, parce qu'elle n'avait pas fini d'y mettre les couleurs.
Elle voulait donner des cheveux roses à sa sirène, mais sa mère se plaignait tout le temps de sa tendance à mettre trop de rose sur tout. Alors elle mit du violet… De beaux cheveux violets pour une belle sirène, n'est-ce pas plus raisonnable que du rose ?
Et Martha était quelqu'un de très raisonnable.
Elle regarda le piano qu'elle avait dessiné sur le modèle de celui qu'il y avait dans le salon de sa tante et elle s'imagina cette magie dont Tata Pam lui avait parlé juste avant, cette magie qu'elle ne sentait pas et que seuls les pianistes semblaient capables de comprendre.
Était-ce seulement vrai que cette magie existait ?
Mais Martha n'avait pas vraiment envie de savoir. Qui a besoin de la magie du piano lorsqu'on a entre ses mains la plus belle des magies ?
La magie des couleurs.
…
Si le piano était vraiment magique, alors Dudley n'était certainement pas un magicien.
Ainsi, il n'ouvrit pas son livre de solfège de toute la semaine.
Le bouquin se balada pourtant sous son bras à travers la maison, servant de repose-pied, d'accoudoir ou de sous-tasse, mais jamais de manuel. Lorsque Harry le regardait maltraiter cette source de connaissances, il avait envie de le rappeler à l'ordre, de lui crier dessus… Pourquoi ne travaillait-il pas ? Pourquoi ne faisait-il pas les exercices que lui avait confiés Mademoiselle Jolie ? Pourquoi n'éprouvait-il pas cet aliénant désir de jouer de ce piano délaissé ?!
Mais le cœur de Dudley était une terre aride, une pierre dure, incapable de se faire pénétrer par la beauté de la musique …
Contrairement à Dudley, Harry devenait fou.
Chaque fois qu'il passait par le salon, il ne pouvait détacher ses yeux de l'instrument : il avait l'air tellement triste, ce piano ! Contrairement aux apparences, ce n'était pas une pièce décorative mais un être vivant qui avait un cœur et une âme. Et il pleurait, implorait pour qu'on joue de lui !
Harry pouvait l'entendre.
Harry pouvait l'entendre le supplier de le toucher, de jouer de la musique, n'importe quelle musique pourvu qu'on fasse vibrer l'air et qu'on brise ce silence autour de lui. Car le silence est la torture de l'instrument.
Et Harry voulait le délivrer de cette souffrance, l'aider à révéler tous les beaux sons qu'il pouvait produire. Mais il ne pouvait pas… Si sa tante ou Mr. Dursley le surprenait à en jouer, c'en était fini de lui. Il allait encore être puni et son corps squelettique lui rappelait qu'il ne pourrait survivre à une autre période de privation. La faim le gardait dans les clous.
Malgré tout, ses mains le démangeaient comme si des milliers de minuscules insectes marchaient sous sa peau et le picoraient de l'intérieur, le seul moyen de les déloger étant de promener ses doigts sur les touches du piano.
Mais, ne cessait de lui remémorer sa raison, il ne pouvait pas se le permettre. Il avait trop à perdre.
Cette passion, il allait devoir l'étouffer, la comprimer jusqu'à ce qu'elle dépérisse et disparaisse. Il se répéta donc ce mantra dans sa tête jusqu'à pouvoir le réciter dans ses rêves… Mais rien n'y faisait. Cette petite étincelle brûlait infatigablement en lui. Elle pouvait s'adoucir pour quelques heures, pour quelques jours, mais elle ne s'éteignait jamais vraiment.
De ce fait, un jour que Dudley avait laissé son livre de solfège sur la table de la cuisine et que personne n'était là, Harry le vola.
Il le prit et l'emmena dans son petit placard pour l'étudier attentivement.
Il comprit les bases du solfège en deux heures seulement et de manière totalement instinctuelle : les rondes, les noires, les blanches… Tant de termes avec lesquels il devint plus familier qu'avec aucun membre de sa famille.
Il savait que voler était mal mais il n'ignorait pas que ce qu'il avait fait arrangeait également son cousin.
Ainsi, Dudley ne chercha même pas à savoir où son livre de solfège était passé et quand Mademoiselle Jolie lui demanda ce qui lui était arrivé, il lui avoua sans complexes l'avoir perdu.
A nouveau caché dans son coin, Harry entendit Mademoiselle soupirer avant de lui demander d'en racheter un autre …
Puis, une nouvelle leçon commença.
Et Harry, une nouvelle fois, écouta.
… Fin du Chapitre …
