Chapitre corrigé, comme d'habitude, par la merveilleuse Pommedapi.

Mi

- Voici votre nouvelle camarade, Martha Brown ! présenta le maître d'école avec un grand sourire, sa main posée sur l'épaule de la fillette.

Harry, assis au fond de la classe, ne prêta pas beaucoup attention à cette nouvelle venue. Malgré tout, même de là où il était, il comprit qu'elle était nerveuse.

- Allez, Miss Brown, lui demanda l'enseignant avec un sourire encourageant. Parlez-nous un peu de vous, présentez-vous à la classe…

Gardant les yeux sur ses chaussures roses, ladite Martha hésita un peu avant de parler.

- Je-je … Je m'appelle Martha Brown, je viens d'Amérique et… et… j'aime bien Cendrillon, balbutia-t-elle d'une voix à peine audible.

Harry ne savait pas pourquoi elle avait précisé d'où elle venait. Tout le monde l'avait déjà deviné dès son premier mot : son accent chantait l'hymne américain à chaque syllabe.

- Oh, sourit le maître d'école. Et quoi d'autre ?

- J'aime aussi le dessin…

Dans la classe, un élève bailla et les autres regardèrent par la fenêtre. Il faisait beau ce jour-là. Un soleil éclatant sans aucun nuage à l'horizon : c'était une trop belle journée pour écouter une fille banale parler de sa vie ordinaire.

- Pourriez-vous expliquer à vos petits camarades pourquoi vous êtes ici ? lui demanda encore l'enseignant.

- Papa et Maman sont allés travailler hors du pays et je reste avec ma tante.

- Ils font quoi tes parents ? voulut soudain savoir Dudley, surprenant Harry et toute la classe.

Martha le dévisagea également avec stupeur.

- Ils sont égyptologues et ils ont découvert un endroit où il y a une momie, avoua-t-elle alors.

- Une momie ? entendit-on alors les élèves répéter, ignorant sans doute ce que ce terme voulait dire.

Sautant sur l'occasion, leur maître d'école expliqua à toute la classe en quoi consistait le métier d'égyptologue et ce qu'était une momie. Après cela, les yeux des enfants devinrent tout ronds et ils regardèrent la petite Martha avec une curiosité nouvelle.

- Oh, mais c'est sympa en fait, chuchotèrent-ils, s'accordant silencieusement sur le fait qu'ils devaient devenir amis avec la nouvelle au plus tôt.

- Maintenant, Miss Brown, allez-vous assoir, conclut bientôt le professeur. Il y a une place libre à côté de Mr. Potter je pense, à l'arrière…

Harry baissa les yeux pendant que tous les élèves s'étaient tournés pour le regarder.

- Potter, c'est un raté, ne lui parle pas ! intima alors une fille à Martha alors qu'elle passait devant elle.

- Oui, elle a raison ! approuva un autre élève.

Potter garda les yeux baissés, blessé. Il avait espéré que Martha apprendrait à le connaitre avant d'entendre tout ce qui circulait à son propos. Malheureusement, sa réputation s'était faite plus rapide que lui et toutes ses chances de se faire une nouvelle amie s'étaient envolées.

Il était persuadé que Martha n'allait jamais lui parler maintenant.

Pour autant, si Potter avait été un peu moins pessimiste et avait levé la tête, il aurait été complétement détrompé.

Car au lieu de l'ignorer comme les autres lui avaient dit, Martha fit tout le contraire.

Durant tout le cours, elle ne le lâcha pas des yeux et ne fit que le regarder.

Le regarder, lui.

Et rien que lui.

RIIIING ! RIIIIIIIIIING !

C'était peut-être une nouvelle école et un autre continent mais la sonnerie qui annonçait la récré faisait exactement le même bruit.

Quand ses parents lui avaient annoncé qu'elle allait devoir vivre avec Tata Pam pendant un certain temps, Martha s'était sentie très ennuyée : elle avait vécu en Floride toute sa vie et elle n'avait jamais voulu déménager.

En comparaison avec les habitants de Floride, les Britanniques étaient définitivement bien plus austères. Ils avaient généralement des mines moins sympathiques et leur humeur était aussi sombre que leur météo.

Pourtant, ce qui lui manquait plus que tout, plus que le soleil omniprésent de Floride, c'était ses amis. Elle avait des tonnes de copains et de copines aux Etats-Unis, tout le monde l'aimait bien et personne ne faisait cas du métier de ses parents.

Mais ici…

- Et alors, est-ce que vous avez des objets maudits à la maison ? lui demanda une fille de sa classe dans la cour.

Autour d'elle, un petit cercle s'était formé et on l'écoutait parler de ce métier fabuleux que faisaient ses parents.

- Non, on n'a pas d'objets maudits. Papa dit que ça n'existe pas, répondit-elle avec un sourire forcé.

Cette réponse ne sembla pas les satisfaire car aussitôt, elle les vit échanger un regard entendu comme s'il ne la croyait pas une seconde. Alors qu'elle ne mentait vraiment pas !

L'imagination des enfants était débordante et elle se retrouva ainsi confrontée à ses effets. Par exemple, ils devaient sans doute penser que ses parents étaient de braves aventuriers vivant beaucoup d'expériences paranormales et voyageant entre les dimensions comme à la télé alors que c'était tout à fait faux.

Elle était bien placée pour savoir qu'à part rester tard le soir à dépoussiérer des pierres et étudier le nombre de couches terrestres sous lesquelles pouvait se trouver un tombeau, ses parents ne faisaient rien d'extraordinaire.

Mais pourquoi se plaindrait-elle au final ? Les gens ici semblaient la trouver exotique, étrange et fascinante. Ils voulaient être amis avec elle… Elle devait donc s'estimer heureuse car si on l'avait ostracisée, elle n'aurait su que faire pour être acceptée. Elle aurait sûrement fini comme Potter qui, assis sur une balançoire tout seul, répulsait les autres comme s'il était porteur d'une maladie mortelle et hautement contagieuse.

Pourquoi ? se demanda Martha plusieurs jours plus tard alors qu'elle jouait à la marelle avec d'autres filles. Elle ne trouvait rien de bizarre chez Potter pourtant. Il était certes un peu effacé et il portait des vêtements trop grands et très vieux mais ça, ce n'était pas de sa faute…

- Hé, demanda-t-elle alors à une fille en pointant Potter du doigt. Pourquoi il est toujours tout seul ?

- Potter ? Oh, répondit sa camarade avec une grimace de dégoût. Tu ferais mieux de ne pas l'approcher. Ce type attire la poisse… Et il sent mauvais, en plus.

- Ah…

Sa camarade sourit, pensant certainement l'avoir convaincue qu'il valait mieux rester loin du petit canard boiteux de la classe.

Mais cette réponse ne fit qu'attiser sa curiosité davantage.

Au fil des jours, assise à côté de Potter, Martha eut ainsi le loisir de l'observer du coin de l'œil.

Elle remarqua alors que ses devoirs étaient souvent rendus en retard et qu'il était toujours fatigué en classe. Parfois, elle avançait même un peu sa chaise pour le couvrir de sorte à ce que le maître d'école ne remarque pas qu'il dormait. Elle faisait ça pour lui laisser des moments de répit, lui qui, elle le devinait, devait en avoir si peu.

Martha avait aussi constaté que si Potter était le côté pile de cette école, alors Dudley était le côté face. C'était LUI le Roi. Il était toujours bien habillé, les cheveux bien coiffés et les joues roses de toujours bien manger. Sa popularité venait en grande partie du fait qu'il avait toujours le jouet à la mode, le costume du super héros du moment et que sa mère lui donnait souvent des bonbons et des gâteaux à partager avec ses camarades.

De ce fait, être son ami semblait une place très prisée et elle put noter que tous devinrent encore plus sympathiques à son égard quand Dudley se mit à lui donner de ses sucreries.

Martha l'aurait sûrement trouvé gentil s'il n'était pas le principal bourreau de Potter. C'était lui qui lui donnait des noms d'animaux, le coinçait dans les toilettes pendant les pauses ou le ciblait lors d'une partie d'un jeu nommé « chasse à la sorcière », sorte de variante anglaise du Cowboy et de l'Indien.

Martha, bien qu'on l'y incitait fortement, ne prenait jamais part à ses actes qu'elle jugeait barbares. Dans son ancienne école, cela ne se serait jamais produit, jamais … ! Mais en même temps, pensait-elle parfois, dans son ancien établissement, Dudley n'aurait jamais eu le moindre pouvoir. Dans son ancienne école pleine d'enfants sveltes et bercés par l'amour du sport, Dudley, à cause de son surpoids, aurait été le moqué, pas le moqueur.

Mais ici, dans cette école sous le joug de cette version miniature de Louis XVIII, cette persécution semblait passer dans le trou de la morale parfaitement lubrifiée par la graisse entre les bourrelets de ce cher Dudley.

Et comme pour chaque Roi il faut une Reine, il y avait un équivalent féminin à Dudley, les kilos en moins, nommée Jerusha Taylor.

Jolie brune aux yeux bleus, première de la classe en tout, toujours vêtue à la mode et grande gagnante de plusieurs concours de piano, Jerusha était une petite princesse adorée de tous.

Il n'y avait pas de piano à l'école donc elle invitait un nombre de privilégiés à venir chez elle pour l'écouter jouer… Seules les filles les plus estimées étaient conviées, évidemment. Et si Martha avait été invitée au départ, ce privilège lui fut retiré bien assez tôt lorsqu'elle eut montré qu'elle n'était définitivement pas comme les autres.

En effet, même si le métier de ses parents avait suscité l'admiration durant les premiers temps, Martha ne sut pas rebondir sur ce premier élan favorable. Elle ruina même définitivement toutes ses chances en suivant ses principes chevaleresques.

C'est ainsi qu'une fois, alors que Dudley et les autres s'en prenaient à Potter un peu trop méchamment en enfonçant sa tête dans les ordures, Martha avait quitté les autres filles et s'était interposée. Après qu'elle les ait menacés de les dénoncer au directeur, les garçons avaient lâché Potter et s'en étaient allés, non sans lui jeter des regards haineux au passage.

Sans doute traumatisé, Potter ne l'avait même pas regardé et était allé se réfugier elle ne savait où après cet incident…

Et comme prévu dès le lendemain, tous les élèves l'avaient ignoré en suivant l'exemple de Dudley et on lui attribua l'adorable surnom de « la petite copine de Potter ».

C'en fut alors fini des invitations chez Jerusha Taylor ou des bonbons de Dudley et ce fut aussi le début de la solitude et de l'exclusion. Mais Martha se fichait bien d'être amie avec eux au fond… Elle avait plein d'amis de l'autre côté de l'océan, amis qu'elle allait retrouver au bout d'un an. Son état n'était que temporaire, contrairement au pauvre Potter.

Et si sa nouvelle situation pouvait sembler peu enviable, elle avait un avantage qui surpassait tous ceux de la précédente à ses yeux. Maintenant qu'elle n'avait plus rien à perdre, elle avait enfin une excuse valable pour aller parler à cet intriguant petit garçon à lunettes.

Ainsi, un jour, elle prit son courage à deux mains en plus d'une barre chocolatée et alla s'assoir sur la balançoire à côté de laquelle Potter se trouvait toujours lorsqu'on ne le tourmentait pas…

Elle coupa sa barre chocolatée en deux et lui en tendit un bout.

- Prends.

Il regarda le chocolat avec ses gros yeux verts une seconde puis la prit d'une main tremblante, la remerciant dans un murmure.

- De rien, répondit Martha avec un grand sourire.

Ils mangèrent ensuite en silence. Potter dégusta son chocolat pendant que Martha, qui l'avait mangé en une bouchée, prenait plaisir à se balancer.

- Oh ! J'aime beaucoup les balançoires mais c'est quand même plus drôle quand il y a quelqu'un pour me pousser ! s'exclama-t-elle soudain.

- Je suis désolé…

A ces mots, elle s'immobilisa et lui jeta un regard inquisiteur.

- Désolé de quoi ?

- C'est à cause de moi s'ils te détestent tous maintenant… Tu n'aurais pas dû venir m'aider. De toute façon, je suis habitué, lui confia-t-il sans la regarder.

- Potter, personne ne devrait être habitué à ça… Je n'ai pas besoin d'amis comme eux, surtout s'ils te traitent aussi mal…

- Mais…

- Hé, tu veux que je te dise ? l'interrompit-elle en regardant les autres enfants qui jouaient sans eux avec une moue indignée. Ils ne te méritent pas. Tu es bien mieux qu'eux !

Cette phrase fit rougir Potter jusqu'aux oreilles.

- En tous cas, merci, Brown... Merci de ce que tu as fait la dernière fois. Personne n'avait encore fait ça pour moi avant, avoua-t-il du bout des lèvres.

- Mais de rien, lui dit-elle pour la seconde fois. Oh, et je ne veux plus t'entendre dire Brown, mes amis m'appellent Martha !

Potter releva soudainement les yeux et la regarda en face pour la première fois. Elle put alors voir dans son regard comme une fleur de bonheur qui s'ouvrait dans un champ ravagé par le malheur et la solitude. Cette vue emplit son cœur de petite fille d'une joie immense et elle offrit à Potter un sourire plus radieux que mille et un soleils.

Le garçon se remit alors debout et se plaça derrière elle. Sans prévenir, il se mit ensuite à la pousser sur la balançoire, faisant glousser Martha de surprise. Bientôt cependant, ses rires aigues prirent le relais et elle se laissa griser par la vitesse.

- Merci, Potter, merci ! rit-elle tandis que ses pieds touchaient le ciel gris de la Grande-Bretagne, encore et encore.

- Appelle-moi Harry, lui demanda-t-il quelques instants plus tard alors que la sonnerie marquait la fin de la récré.

- D'accord, Harry, répondit-elle, les yeux rêveurs.

Elle se dirigea vers la classe en sautillant et ignora les regards haineux de ses camarades.

Martha ne savait pas pourquoi elle sentait cette chose tambouriner dans sa poitrine mais elle avait l'impression que c'était déjà Noel et qu'on lui avait fait le plus beau des cadeaux.

Et ce cadeau, c'était Harry.

Si tout était plus facile à l'école pour Harry grâce au soutien de Martha, rien ne s'était amélioré à la maison. Si possible, les choses avaient même empiré.

- Dudley ?! pouvait-on entendre Mrs. Dursley crier à son fils. Pourquoi restes-tu assis à regarder la télévision ? Tu devrais aller travailler ton piano !

Mademoiselle Jolie s'était entretenue au sujet de la négligence de Dudley avec Mrs. Dursley. Elle lui avait dit qu'il ne répétait pas et que s'il n'y mettait pas plus de sérieux, elle allait devoir arrêter de le suivre… Cette discussion avait estomaqué Mrs. Dursley qui s'était répandue en excuses et en promesses face à la jeune femme, lui répétant que Dudley serait dès leur prochain cours bien plus coopératif.

- Mais, Maman… ! ronchonna le concerné en plongeant sa main dans un paquet de chips.

- Je ne veux rien entendre ! continua cette dernière en lui prenant la télécommande des mains pour éteindre le poste de télévision. Tu vas aller jouer du piano, et maintenant ! Je vais lire mon magazine en haut et si je ne t'entends pas répéter, je peux te jurer que tu ne goûteras plus à aucun gâteau au chocolat !

La mâchoire tombante et l'air scandalisé, Dudley observa ensuite sa mère monter les escaliers en se retenant de crier à son tour. Il avait été loin de se douter qu'elle pouvait être si sévère pour du piano ! Il ignorait quel sort cette Mademoiselle Jolie lui avait lancé mais c'était un enchantement drôlement puissant...

Il était d'autant plus choqué que sa mère n'avait jamais été strict à propos de quoi que ce soit… Dudley ne s'était ainsi jamais investi dans aucune des activités imposées par ses parents et ce foutu piano n'allait pas être le début d'un quelconque effort de sa part.

Il devait bien y avoir un moyen de se défiler face à cette corvée et il allait le trouver !

Il se dirigea alors vers le placard sous l'escalier et l'ouvrit d'un mouvement sec.

A l'intérieur, il trouva Potter agenouillé sur sa petite couchette, une lampe torche à la main en train de réviser ce qui semblait être le manuel de mathématiques puisqu'il n'avait pas le droit d'utiliser la table de la cuisine pour travailler.

Faisant peu de cas de la mine surprise de son cousin et des questions qu'il lui posa, Dudley le souleva par le col et l'entraina vers le salon rapidement.

Le jetant sans cérémonies sur la chaise en face du piano, il lui plaça le livre de solfège sur les genoux.

- Je ne veux rien entendre, Potter, fit-il en imitant le ton de sa mère. Tu vas rester ici et tu vas jouer de ce foutu piano ! Je veux t'écouter jouer ce morceau au plus vite, lui montra-t-il en mettant la partition devant lui. Sinon, je te tue !

Tandis qu'il déglutissait, Harry n'essaya même pas de protester, sentant que son cousin ne plaisantait absolument pas à propos de sa menace.

Il se tourna alors vers le piano pour se mettre en face des touches noires et blanches et sentit son cœur se contracter.

- Mais t'attends quoi ?! s'impatienta bientôt son cousin. Je ne te demande pas de jouer de la musique, juste de faire du bruit avec cet instrument pendant que je vais lire « Charlie et la Chocolaterie » !

- Une minute, une minute… Je vais jouer, mais donne-moi une minute !

Comment on place les mains, déjà ? se demanda Potter en se mâchouillant la lèvre inférieure. Le stress l'avait envahi et il ne se souvenait presque plus de ce qu'il avait noté des cours de Mademoiselle Jolie…

Pourtant, dès qu'il posa ses mains sur les touches, quelque chose s'enclencha immédiatement en lui sans qu'il ne puisse rien maîtriser, comme un vieux mécanisme qu'on ranime par inadvertance.

Son dos se redressa de lui-même, ses doigts surent exactement où se placer et alors que les mots de Mademoiselle Jolie lui revenaient en tête, il se mit à jouer sans savoir ce qui lui prenait.

Ses doigts bougèrent ainsi de leur propre volonté sur l'instrument, pressant les bonnes touches instinctivement et laissant une musique presque parfaite s'échapper du piano. Sentant son corps échapper à son contrôle, le garçon eut soudain l'impression d'être possédé.

La musique se jouait d'elle-même et son corps obéissait à l'impulsion spontanée sans poser de résistance.

Et Harry ne voulait pas s'arrêter.

La première variation achevée, il entama donc la seconde sans même y penser, se soumettant à cet impérieux désir qui grondait à l'intérieur de lui, ce désir de faire chanter ce petit piano comme un orchestre de mille personnes.

À côté de lui, Dudley était figé tel une statue. Le pauvre garçon ne semblait même pas pouvoir respirer, ahuri de constater que son cousin qui n'avait jamais touché un piano de sa vie pouvait parfaitement interpréter un air que lui-même ne maîtrisait pas après plusieurs leçons.

Il essaya de déglutir mais sa gorge était trop nouée.

Alors il resta là, muet, lèvres closes, cœur battant et yeux grands ouverts.

Pour sa part, Harry ne lui prêtait aucune attention, trop accaparé par cette soudaine magie qui le dominait. Et c'était sans doute pour le mieux.

Car si Harry avait jeté un coup d'œil vers Dudley, il aurait pu apercevoir quelque chose qui ne lui avait jamais été adressé auparavant.

Du respect.

Oui, dans le regard morne et haineux de Dudley, on pouvait apercevoir une étincelle de respect, bien cachée, toute petite mais indubitablement présente et qui scintillait comme une étoile au cœur d'un trou noir.

Evidemment cependant, Dudley préféra taire ce sentiment et vaqua plutôt à la lecture du livre de Roald Dahl qu'il avait entamé la veille.

Depuis son siège, il pouvait néanmoins entendre la partition de « Ah ! vous dirais-je Maman… » jouée encore et encore.

Au fond de lui, Dudley osa même s'avouer qu'il trouvait le jeu de Potter plus délicat et précis que celui de Mademoiselle Jolie. Mais ça, c'était dans son inconscient. Car le conscient de Dudley ne pouvait reconnaitre à Potter plus d'une qualité par jour, au risque de sombrer dans une crise existentielle. Il trouvait donc qu'il jouait passablement bien du piano, et c'était amplement assez pour l'instant.

En haut, Pétunia Dursley arborait quant à ell un sourire satisfait, assise sur son lit à feuilleter les pages de « Jeune & Jolie », son magazine du moment. Elle bougeait même sa tête au rythme de la mélodie qui provenait du salon.

- J'en étais sûre ! Mon petit Dudley est un prodige ! Il joue mieux que tous les concertistes que j'ai pu écouter. J'ai toujours su qu'il avait un don ! Il ne travaillait pas bien parce que je lui mettais trop de pression, mère indigne que je suis ! Mais maintenant que je sais qu'il lui faut simplement de l'intimité pour travailler, il va progresser à une vitesse folle ! Dans tes dents, Taylor !

Ce soir-là, Dudley eut ainsi une double portion de gâteau en plus de la promesse de recevoir un nouveau jeu-vidéo. De l'autre côté, Potter fut privé de nourriture en raison de ses maigres résultats en mathématiques et il eut beau essayer d'expliquer qu'il n'avait pas eu le temps de réviser, Mr. Dursley ne voulut rien entendre.

Pourtant, même s'il se coucha avec la faim au ventre cette nuit-là, Potter s'estima le plus heureux des petits garçons.

- Je l'ai touché… J'ai touché le piano, murmura-t-il en fermant les yeux, les touches s'agitant encore sous ses doigts.

Il était réellement aux anges mais sentait également que quelque chose avait changé.

Il pressentait ainsi que maintenant que l'étincelle en lui avait été nourrie, ce n'était plus une simple et pauvre petite flamme mais un feu, un grand feu de joie qui le consumait de l'intérieur.

Il en voulait plus.

Il avait besoin de jouer plus.

Plus, toujours plus.

Jusqu'à ce qu'il ne reste rien.

… Fin du Chapitre …