Chapitre corrigé par Pommedapi que je remercie infiniment du service.

Fa

La supercherie ne dura pas longtemps.

En effet, si au début Mrs. Dursley avait été dupée par les excuses de son fils, tout bascula quand elle surprit Harry au piano à sa place.

- Sale morveux ! Voleur de talent ! hurlait-elle en faisant s'abattre des coups de cravache sur le corps de l'enfant.

Ce jour-là, recroquevillé contre le mur et silencieux comme un meuble, Harry ne répliqua pas, supportant le châtiment avec toute la dignité qu'il pouvait encore avoir.

Derrière eux, Dudley regardait la scène en silence, la gorge nouée. Il savait que c'était de sa faute, que Harry prenait les coups à cause de lui. S'il y avait eu la moindre once de courage ou de noblesse en lui, il serait intervenu. Mais Dudley n'était que mollesse et couardise, et même quand il avait le pouvoir de changer la situation, d'arrêter le calvaire d'un petit garçon qui n'avait rien fait sinon lui obéir, il n'en faisait rien.

Il se contenta donc de regarder.

Regarder Harry se faire battre, encore.

Car il n'y avait rien de nouveau dans cette scène. Ce n'était pas la première fois et ce serait sûrement loin d'être la dernière qu'on punissait Harry Potter d'être Harry Potter. Au fond, tous, y compris le principal concerné, savaient que c'était profondément injuste.

Harry aurait ainsi voulu se battre, se défendre… Mais il ne pouvait rien faire hormis se taire.

Alors il se taisait et prenait les coups de la même manière.

Son cœur, lui aussi, était réduit au silence. La musique s'y était arrêtée. Ce n'était qu'un autre rêve cassé, que d'autres morceaux aux bords tranchants à ramasser. Il avait l'habitude. Il en avait récoltés plein d'autres avant.

Pour autant, ses mains n'avaient jamais été aussi rouges.

Tout avait commencé lorsque Mademoiselle Jolie avait deviné ce qu'ils trafiquaient.

- Ce n'est pas toi qui as fait ce devoir, avait-elle affirmé à Dudley en lui rendant son livre de solfège.

- Huh ? Comment ? avait répondu le petit garçon, la mine incrédule.

- Tu m'as bien entendu. Ce n'est pas toi qui as fait ces devoirs. J'ai vu ta méthode de travail et elle est en tout point différente de celle utilisée cette fois-ci. Quelqu'un d'autre l'a fait à ta place, c'est évident.

- Huh…

- Avoue ! l'avait-elle pressé. Avoue, Dudley, ou c'est avec ta mère qu'on poursuivra cette discussion !

Avalant la grosse boule qui s'était formée au creux de sa gorge, Dudley avait pris une grande inspiration, pesant le pour et le contre avant de définir sa stratégie.

- Je vous jure, Mademoiselle Jolie, ce n'est pas de ma faute, c'est la faute à Potter !

- Potter ?

- Oui, Potter, Mademoiselle ! C'est lui qui m'a volé mon livre de solfège et m'empêche toujours de répéter le piano ! Il y reste tout le temps, tout le temps, je vous dis ! Et si je lui demande de me laisser jouer, il menace de me frapper !

Au bord des larmes, Dudley avait ainsi raconté à sa professeure ce que lui faisait subir son voyou de cousin.

- Et il sait que je n'ai pas le droit d'en parler ou il va me faire du mal ! D'ailleurs, il me surveille et il nous écoute probablement maintenant !

- Vraiment ? avait-elle demandé, un sourcil levé.

- Oui, vraiment ! avait-il répondu.

Se levant, Mademoiselle avait alors marché jusqu'à l'entrée du salon. Elle avait regardé des deux côtés de la porte, puis ses yeux avaient accroché un point précis.

- Nul besoin de te cacher, je te vois...

Et effectivement, derrière une plante décorative se tenait un petit garçon chétif et tremblant. Faute d'une issue, il était sorti en tremblant de sa cachette après avoir été débusqué.

La tête baissée, un petit calepin sous le bras, il s'était avancé vers Mademoiselle Jolie comme le condamné va vers la guillotine.

Mademoiselle ne lui avait pas parlé directement. Elle avait tout d'abord regardé son allure, son habillement… Il portait un col roulé de seconde main, un pantalon qui tenait à peine sur ses hanches fines grâce à une vieille ceinture et aux pieds, il portait des chaussettes noires trouées. De plus, il était maigre, si maigre ! Clairement, ce n'était pas son métabolisme de petit garçon à blâmer pour cette maigreur mais les gens qui le nourrissaient. Cet enfant ne mangeait pas assez, c'était évident.

- Comment tu t'appelles ? lui avait-elle demandé, pliant les genoux pour se mettre à sa hauteur.

- Harry… Je m'appelle Harry Potter, Mademoiselle, lui avait-il dit.

- Viens avec moi, Harry, j'ai à te parler et en présence de Dudley de préférence…

Elle avait pris dans sa main aux ongles limés et couverts d'un vernis beige la sienne, plus menue, et l'avait mené au salon.

Elle s'était ensuite tenue debout entre les deux petits garçons et avait croisé les bras.

- Dudley, avait-elle commencé en le contemplant, je reconnais que tu avais raison sur le fait que Potter se cachait ici mais j'aimerais bien que tu me dises comment une petite chose aussi fragile a pu avoir raison d'un gaillard aussi bien bâti que toi car vois-tu, ça m'intrigue énormément.

- Huh … En fait…

Se trouvant devant une impasse, Dudley avait bafouillé une explication tirée par les cheveux qui n'avait fait qu'achever de convaincre Mademoiselle Jolie qu'il lui avait menti.

Cette dernière s'était alors tournée vers Harry et sans lui demander sa version des faits, elle l'avait interrogé sur un tout autre sujet.

- Cher Harry Potter, tu n'es pas le frère de Dudley, ça, je le vois bien. Alors qui es-tu pour lui ? Et pourquoi ne t'ai-je pas vu plus tôt ?

- Nous sommes cousins, avait répondu Potter, la tête toujours baissée. Et je ne me montrais pas parce que Mrs. Dursley ne me l'autorise pas. Elle dit que je ne dois pas être vu.

- Et pourquoi cela ?

- Il est bizarre et il nous fait toujours honte ! avait répondu Dudley à sa place.

Sans prêter attention à son élève, Mademoiselle Jolie avait continué de questionner Harry.

- Pourquoi restes-tu chez les Dursley ? Où sont tes parents ?

Harry avait un peu hésité mais avait fini par répondre.

- Mes parents sont morts … Je vis chez les Dursley depuis aussi longtemps que je m'en souvienne…

- Oh.

Le visage de Mademoiselle Jolie s'était décomposé une seconde et ses yeux bleu clair s'étaient écarquillés. Soudainement, tout avait fait sens pour elle : sa figure chétive, ses vêtements usés, son air profondément triste…

- Qu'est-ce que c'est que ce cahier sous ton bras, Harry ? avait-elle demandé quelques instants plus tard, voulant détourner le sujet de la conversation.

Sans un mot, Harry lui avait tendu le calepin et une fois entre ses mains, Mademoiselle Jolie avait constaté qu'il était aussi usé que les vêtements du petit garçon.

L'ouvrant, elle y avait trouvé des notes prises au crayon. Il s'agissait de ses leçons. Chaque cours qu'elle avait dispensés à Dudley depuis leur première entrevue jusqu'à maintenant était ainsi retranscrit sur ces pages jaunies.

- C'est toi qui as fait ça ? avait-elle demandé en baissant les yeux vers lui, incrédule.

Il avait seulement hoché la tête et gardé les yeux obstinément fixés sur ses chaussettes trouées comme un criminel honteux pris en flagrant délit… Même s'il n'avait rien fait de mal, absolument rien.

Reprenant possession d'elle-même, Mademoiselle Jolie s'était brutalement raclée la gorge et avait fait signe à Dudley de se lever du siège devant le piano.

- Harry, lui avait-elle dit en montrant l'instrument, assieds-toi là-bas.

Clignant des yeux comme s'il entendait une étrangeté invraisemblable, Harry l'avait dévisagé.

- Moi ? Moi ? Mais…. Mademoiselle, je …

- Cesse, je t'en prie, et va t'assoir. Tu m'as bien entendu.

Obéissant, Harry s'était mis devant le piano mais n'avait pas touché le clavier jusqu'à ce que la jeune femme le force à le faire.

Et alors, comme les fois précédentes, dès que ses doigts s'étaient posés sur les touches, le mystérieux mécanisme s'était enclenché.

Sa posture s'était redressée d'elle-même et ses mains s'étaient placées sur l'instrument comme des danseuses se positionnent sur une scène avant un spectacle, comme si elles s'apprêtaient à faire une chorégraphie qu'elles jouaient depuis toute une vie.

Il avait pris une grande inspiration … Et il avait joué.

Chaque fois qu'Harry jouait, il n'était plus vraiment maître de lui-même. Il avait ainsi intimement conscience que ce n'était pas lui qui posait ses doigts sur les touches pour tirer du piano ces mélodies. C'était autre chose. Un esprit peut-être ? Et si oui, était-ce un gentil ou un méchant esprit ? Peut-être était-ce un monstre ? Au fond, personne ne pouvait savoir…

Harry s'était même demandé s'il avait pactisé avec le démon dans l'un de ses rêves.

Sinon, comment pouvait-on expliquer le fait que sa musique semblait parfaite ? Qu'il ne faisait pas de fausses notes ? Qu'il avait ce pouvoir de mouvoir les cœurs et d'exciter les pensées ?

Près de lui, Mademoiselle Jolie avait laissé ses bras tomber le long de son corps, la bouche entrouverte, et à côté d'elle, Dudley avait éprouvé pour sa part une admiration mêlée à du mépris pour son cousin, comme le font tous les minables lorsqu'ils sont confrontés à leur médiocrité.

- Arrête ! avait soudain exigé Mademoiselle Jolie.

Harry avait obéi.

- Depuis combien d'années joues-tu du piano ?

- Depuis deux semaines.

- Impossible ! s'était alors exclamée Mademoiselle Jolie, posant sa main sur son visage sous le choc.

Elle avait alors scruté Harry, voulant déceler la moindre nervosité qui aurait pu trahir son mensonge mais celui-ci était resté calme, presque resigné, et une aura si pure l'avait entouré qu'on lui aurait accordé le bon Dieu sans confessions.

Ses doutes s'étaient envolés.

Il disait vrai. Ça se voyait, ça se sentait … Même si ça ne s'entendait pas.

- Mais … mais, avait-elle alors balbutié. Si tu joues depuis aussi peu de temps, comment fais-tu ?

- Faire quoi ?

- Mais jouer de cette façon ! Harry, écoute … Ton jeu n'est pas celui d'un petit garçon, pas même celui d'un grand pianiste ! C'est autre chose…

- Je ne sais pas, avait avoué le petit garçon, décontenancé. Je ne sais pas comment je fais. Mais je le fais.

- Rejoue, je t'en prie.

Reposant ses mains le clavier, il avait donc permis à la musique de s'échapper à nouveau, se libérant des partitions pour danser dans l'air et réduisant Mademoiselle Jolie et Dudley au silence.

- Mais qu'est-ce qui se passe ici ?!

La musique s'était arrêtée et Harry avait tourné la tête vers l'entrée du salon au moment où une Mrs. Dursley au visage rouge avait foncé vers lui.

S'interposant entre Harry et la maîtresse de maison, la professeure avait pris la parole.

- Il se passe, Mrs. Dursley, que votre neveu était curieux et qu'il voulait jouer. J'ai jugé inoffensif qu'il s'essaye à cette pratique.

- Oh, mais …

Elle n'avait rien pu dire devant Mademoiselle Jolie.

- Je vous assure que Dudley n'était pas contre une petite pause, lui qui ne cesse jamais d'en réclamer une !

Entendant la jeune femme prendre sa défense face à sa tante, le cœur de Harry avait bondi dans sa poitrine.

Croyant sans doute bien faire, Mademoiselle Jolie s'était alors tournée vers lui.

- Je pense qu'Harry a un vrai talent… Ecoutez, Mrs. Dursley, il joue merveilleusement bien ! Il a l'or et la lumière au bout des doigts ! Il gagnerait bien plus à prendre des cours que Dudley car bien que votre fils soit, n'en doutez pas, plein de ressources et d'intelligence, il ne semble pas prendre le piano à cœur. Il devrait peut-être se tourner vers autre chose…

Et là, comme dans un dessin-animé, Harry aurait juré voir de la fumée sortir des oreilles de sa tante. Pourtant, cette dernière avait simplement souri. Femme de convenances qu'elle était, elle avait ensuite répliqué d'une voix doucereuse et pédante.

- Merci d'avoir partagé votre point de vue avec moi mais Harry n'a pas le temps de prendre des cours, il est occupé autre part. De plus, comme vous l'avez dit, Dudley a des ressources et une intelligence qui arriveront à le faire progresser au piano malgré ses débuts quelque peu … hésitants.

Harry avait essayé de lire l'expression de Mademoiselle Jolie après ces mots mais cette dernière avait fermé tout son visage, rendant ses émotions indéchiffrables.

Par la suite, et comme c'était la fin du cours, Mrs. Dursley avait cordialement invité la jeune femme à prendre la route. Elle l'avait même pressé plus que de coutume car elle avait quelque chose à faire.

La professeure de piano partie, Harry était redevenu à la merci de sa tante.

Et cette dernière n'avait jamais eu de merci.

Pamela ne serait pas partie aussi rapidement d'habitude mais cette femme l'avait pratiquement mise hors d'elle-même.

Dès sa première entrevue avec Mrs. Dursley, elle avait détecté chez elle une profonde et vicieuse fourberie. Les plis sur son front révélaient en effet une femme soucieuse et irritable alors que ses joues creuses démontraient clairement qu'elle était capable d'une jalousie maladive.

On pouvait ainsi affirmer rien qu'en la regardant qu'il s'agissait d'une femme à l'âme teintée, au cœur mauvais.

Cependant, tout le monde a une part de méchanceté en lui et si l'on ne se cantonne qu'à la compagnie des hommes bons, l'on ne peut même pas rester avec soi-même.

Pamela s'était donc doutée que cette femme qui requérait ses services n'était pas la plus grande des saintes, mais elle n'aurait pas pu prédire qu'elle était pourrie jusqu'à la moelle.

Et pourtant, tous les signes avaient été mis sous ses yeux dès le départ. Elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même de ne pas l'avoir deviné plus tôt.

Pam n'était pas étrangère aux histoires d'enfants maltraités. Chaque jour, elle en voyait des tas, étalées sur les pages des faits divers : un enfant tué par ses parents alcooliques lors d'une crise de colère, un autre encore mort lors d'un accident dont la seule cause se trouvait être la négligence.

Malgré tout, entre lire le journal en buvant son café le matin et être confrontée à une telle situation pendant son travail, il y avait un monde.

En plus, les Dursley, famille de petits bourgeois soucieux des apparences, n'avaient en aucun cas le profil type des bourreaux d'enfants.

Mais il n'y avait nul doute sur le fait qu'ils se montraient terribles envers le petit Harry. Ses vêtements et son air chétif le prouvaient bien… Pamela avait vu cette sombre colère qui s'était formée dans les yeux de Mrs. Dursley quand elle lui avait parlé du talent d'Harry et elle avait réalisé à ce moment qu'elle avait commis une erreur. Elle aurait dû s'y prendre plus adroitement pour permettre au pauvre petit de jouer du piano plus souvent.

Dans sa petite voiture rouge, les yeux fixés sur la route et enveloppée par la musique classique qui provenait de la radio, Mademoiselle Jolie repensait ainsi à ce qu'elle venait tout juste de vivre quand soudain, jetant un coup d'œil sur le siège près du sien, elle constata qu'il manquait quelque chose.

Son sac.

Elle avait oublié son sac chez les Dursley.

Soupirant, elle se prépara à faire demi-tour. Elle ne voulait pas revoir Mrs. Dursley avant au moins une semaine mais elle avait besoin de son sac qui contenait, notamment, les clés de son appartement.

Lorsqu'elle gara sa voiture près de chez eux quelques minutes plus tard et qu'elle se dirigea vers le perron de la porte cependant, elle entendit des cris provenir de l'intérieur et se figea.

C'était les cris d'une femme en colère. Aucun doute.

Sans même avoir à tendre l'oreille, Pamela l'entendit alors entre deux coups de cravache.

- Raté ! Enfant de malheur ! Imbécile ! Comment as-tu osé faire ça à ton cousin ?!

Curieuse et horrifiée à la fois, la jeune femme se précipita vers une fenêtre qui, elle le savait, donnait sur le salon.

Elle découvrit ainsi le corps de Harry jeté près du mur dans une position qui laissait deviner qu'il ne se protégeait pas d'un câlin et il était maintenant certain que ce n'était pas la première fois qu'il se trouvait dans cette situation.

Mademoiselle Jolie se mordit les lèvres. Elle devait alerter les services sociaux, dire quelque chose ! Il fallait placer ce petit garçon chez quelqu'un qui se souciait davantage de lui !

Pourtant, elle hésita. S'il s'était agi d'une famille ordinaire, elle l'aurait fait, mais ce n'était pas le cas.

Les Dursley étaient au-dessus de tout soupçon et ils passeraient sans difficulté aucune l'inspection d'une assistante sociale. Tout ce qu'ils avaient à faire, c'était habiller Harry en une tenue convenable pour une fois et le menacer de ne pas manger pendant trois jours pour qu'il ne dise rien de ce qu'il subissait…

Non, il lui fallait trouver autre chose.

Elle inspira donc profondément avant de revenir vers le perron et de toquer chez cette famille peu banale pour reprendre son sac. Pamela sut ensuite en revoyant la figure détendue de Mrs. Dursley qu'elle avait raison et qu'il fallait s'y prendre d'une autre façon pour les percer à jour.

Une minute plus tard, de retour dans sa voiture, elle secoua finalement la tête. Quand elle lui avait rendu son sac avec des mots polis, Pétunia avait eu l'air d'être une épouse et une mère exemplaire. Dans son joli tablier à froufrous et avec son collier en perles éclatantes, on ne pouvait pas la suspecter d'avoir battu son neveu quelques instants auparavant.

Lorsqu'elle rentra chez elle ce soir-là, Pamela retrouva sa propre nièce assise devant le poste de télévision à dessiner le petit lapin qui passait à l'antenne.

Enlevant ses talons à l'entrée et se posant sur le canapé blanc à ses côtés, elle prit la petite fille dans ses bras et l'embrassa plus que de coutume.

- Hé ! Mais qu'est-ce qui te prend aujourd'hui, Tata ? se mit à rire la fillette en essayant de lui échapper, chatouillée par ses baisers.

Pam ne la laissa pas s'extraire pour autant et l'attira même près de son cœur pour lui faire un câlin.

- Je t'aime, Martha, lui souffla-t-elle.

- Je t'aime aussi, Tata Pam, répondit la petite fille en sentant la main de sa tante passer dans ses cheveux courts.

- Tu sais que je ne te ferai jamais de mal, hein ?

- Oui, je le sais.

- Et tu me le dirais si je te faisais du mal, n'est-ce pas ? Tu ne me mentirais pas ? Tu ne me le cacherais pas ?

Ces questions, elle les lui posa en la regardant dans les yeux, attentive.

Quand elle regardait sa nièce, Pamela ne voyait rien de sa sœur. Tiffany avait toujours eu des yeux froids et un port très noble alors que sa fille avait le visage rond et des yeux chocolat. Elle avait tout pris de son père décidément… C'était peut-être pour ça qu'il la gâtait outrageusement.

Elle avait en effet toujours reproché à son beau-frère d'être trop laxiste, de céder un peu trop vite aux caprices de Martha. Mais au final, lorsqu'on pesait le tout, les attentions du père balançaient l'autoritarisme de la mère car sans son mari pour la tempérer, Tiffany aurait fait de la vie de sa fille une existence réglée comme du papier à musique, une vie où aucune fausse note n'aurait été permise.

Heureusement, Martha était tombée entre de bonnes mains et avait eu une éducation conforme aux normes établies : lorsqu'on voyait ses joues rosies et ses yeux sombres, l'on ne pouvait douter du fait que c'était une enfant heureuse et épanouie… Au contraire, lorsqu'on regardait dans les yeux d'Harry, malgré leur belle couleur émeraude, l'on n'y discernait que l'inverse du bonheur…

Ce soir-là, Pamela permit à sa nièce de regarder une rediffusion d'un film qui passait après 21h. C'était l'histoire d'un petit sorcier nommé Gabriel qui était inscrit dans une école de magie nommée « Beauxbâtons » en France même si le film était produit par une multinationale américaine. Bien qu'elle y appréciât l'utilisation de certaines compositions de Ravel pour illustrer les scènes de magie, Pamela ne fut impressionnée ni par le scénario ni par la réalisation.

C'était passable, mais pas transcendant.

Cette impression venait peut-être du fait qu'elle n'était pas le public cible car Martha avait absolument adoré.

- Hé, Tata Pam, lui avait-elle ainsi demandé alors qu'elle la mettait au lit. Tu penses que Gabriel voudrait être ami avec moi ?!

- Euh …

Pamela avait un peu hésité, elle qui n'avait fait qu'écouter le film sans chercher à comprendre.

- Je pense qu'il serait très content d'avoir une amie comme toi, sucrette, et je suis sûre que si tu te montres patiente, tu recevras, toi aussi, une lettre pour Beauxbâtons.

- Bien sûr que je vais aller à Beauxbâtons ! Je suis une gentille, moi, je ne suis pas comme les méchants de Durmstrang !

- Je n'en doute pas, avait-elle souri en éteignant la lumière, Maintenant, bonne nuit, ma gentille Martha…

Et si la gentille Martha dormit paisiblement ce soir-là, Pamela eut quant à elle du mal à fermer l'œil.

Elle ne pouvait s'empêcher de penser que beaucoup de choses seraient plus simples si le petit Harry vivait la même chose que l'orphelin Gabriel Delaunay, s'il recevait une lettre d'acceptation à une école de magie où il pourrait vivre loin de ses tortionnaires et où il serait libre de pratiquer ce pourquoi il était doué…

Malheureusement, la vraie vie était loin d'être une superproduction cinématographique et la magie n'existait pas dans leur monde.

- Dans un autre univers peut-être, bailla-t-elle en posant la tête sur son oreiller, finalement emportée par le sommeil.

Et elle rêva à une autre réalité, à un monde dans lequel tout était plus simple.

Tellement plus simple.

… Fin du Chapitre …