Chapitre corrigé et amélioré par Pommedapi. Merci beaucoup !

La

- Comment ça ?! Pourquoi elle ne veut pas jouer avec moi ?! s'écria-t-il en tapant du pied contre le tapis rouge de la salle de jeux de son père, parfaitement furieux.

- Du calme, jeune homme… Quand ton imprésario lui en a touché un mot, elle a simplement dit qu'elle n'avait pas le temps, répondit Lucius en prenant un cigare cubain de sa poche et en l'allumant.

Leur médecin de famille lui avait pourtant recommandé d'arrêter de fumer, disant que c'était mauvais pour sa santé, mais Lucius Malefoy aimait trop ses cigares cubains et personne, médecin ou pas, ne peut refuser à un Malefoy ce qu'il aime.

Drago Malefoy ne dérogeait pas à cette règle.

Jouets, voyages, friandises, Drago avait tout ce dont un petit garçon pouvait rêver et il pouvait tout avoir… Grâce à la position de ses parents, jamais rien ne lui avait été refusé, même pas les choses les plus extravagantes.

Ainsi, quand le film « Gabriel à Beauxbâtons » était sorti, il avait réussi à se rendre à l'avant-première et à rencontrer les acteurs. Etant donné son joli minois, il aurait pu décrocher un rôle dans ce même film mais son père ne voulait pas qu'il participe à une production trop « populaire » et sa mère ne souhaitait pas qu'il porte une étiquette d'acteur. Ils disaient tous les deux que c'était préjudiciable pour sa future carrière dans le commerce.

Drago avait été attristé mais quand il avait obtenu d'assister au tournage du second film et de jouer avec l'orchestre de la bande-son, la compensation lui avait parue équitable.

Car la vraie passion de Drago, ce n'était pas le vulgaire et bas cinéma, mais la hautement admirable et estimable musique classique.

Il jouait de cinq instruments différents mais il ne se distinguait qu'au piano. Cela lui importait peu de n'être doué qu'avec ce dernier car le piano était sans doute l'instrument le plus prestigieux du lot.

Il s'était produit avec plusieurs grands chefs d'orchestre et tous avaient été unanimes quant à son talent.

Ou pas.

Car dire « talent » sous-entend qu'il y a une part d'inné dans le processus, quelque chose de donné par les cieux. Or, Drago avait très tôt assimilé que son haut niveau tenait plus de la pratique que du don.

Et pour cause, tout le temps qu'il ne passait pas à étudier ou à satisfaire ses caprices, il l'utilisait pour répéter.

Il lui était par exemple déjà arrivé de jouer quinze heures sans interruption, passant son temps à mémoriser chaque note, chaque partition, de chaque compositeur.

S'il n'avait pour sa part aucune bête en lui, on pouvait dire sans trop exagérer qu'il était lui-même une bête de concours.

Après cette discussion déplaisante avec son père, Drago regagna donc sa chambre pleine de trophées et de médailles. Tous n'avaient pas été obtenus grâce à la musique – cela aurait été trop simple – mais il en devait une bonne moitié à son talent pour le piano. Il était indubitablement, et de loin, le meilleur pianiste de moins de dix ans de toute l'Europe, si ce n'est du monde entier.

Même cette Chinoise, Cho Chang, avait perdu face à lui l'année dernière et on la disait l'Asiatique la plus douée qui soit.

La cause de sa victoire ?

Il travaillait beaucoup plus qu'elle, pardi.

Drago ne s'arrêtait jamais de répéter.

Il était notamment conscient que pour gagner un concours de piano, il faut avoir des centaines d'heures de sonates et de concertos en tête. On joue sans partition et pendant plusieurs heures, plusieurs semaines… De plus, les juges y sont souvent impitoyables, insatiables de perfection technique.

Contrairement à ce qu'on pouvait penser, Drago savait que l'émotion n'avait pas beaucoup de place dans l'interprétation d'une œuvre. On pourrait croire que lorsqu'il s'agit de départager des pianistes qui ont déjà atteint un niveau surhumain de perfection et de raccord, l'on puisse se fier à ses sentiments… Mais si on passait assez de temps dans ces concours, on réalisait qu'il y avait toujours moyen de jouer mieux, plus précisément, de mieux transmettre la vision du compositeur…

Drago connaissait donc Chopin, Debussy, Liszt, Mozart, Boulanger, Ravel… comme s'il était un de leurs contemporains, comme s'il prenait le thé avec eux tous les jours. À côtés des éditions reliées des quatre premiers tomes de Gabriel à Beauxbâtons (en français bien sûr, même si honnêtement, Drago ne le parlait pas assez bien pour les lire et qu'il aimait juste crâner lorsqu'il invitait ses amis de Serpentard chez lui), on ne trouvait que des biographies de grands compositeurs de toutes les grandes ères musicales. Il les lisait et les relisait tout le temps pour mieux se souvenir de ce qu'ils voulaient communiquer à travers chaque composition…

Il avait également beaucoup d'idoles dans le milieu même s'il y en avait une en particulier qu'il adulait par dessus tous.

Drago s'affala sur son lit puis leva la tête vers son portrait accroché sur l'un de ses murs verts. C'était l'image d'une femme blonde aux yeux bleus et à la figure douce, assise près d'un piano. Il ne lui manquait que les ailes pour aller au paradis… Drago la trouvait sublime, divine, magnifique…

Lorsqu'il l'avait vue jouer l'année dernière, il n'avait plus voulu que faire un duo avec elle.

Mais elle venait de refuser.

Elle, c'était Mademoiselle Delacour.

Fleur Delacour.

Elle était originaire de France mais vivait à Venise et se produisait régulièrement en Grande-Bretagne.

Fleur était la pianiste la plus récompensée du monde. On la disait la meilleure de tout le siècle.

Elle avait un style sobre, épuré, sans grandes fantaisies, mais cette simplicité d'interprétation s'accompagnait souvent d'une perfection rythmique hors du commun. C'était comme si elle avait un métronome à la place du cœur.

Elle était la seule, jugeait Drago, capable de l'égaler… Elle était celle avec qui il fallait être vu. S'il se rapprochait d'elle, il était sûr d'entrer dans l'Histoire en tant que pianiste… Même s'il allait devoir arrêter un jour et se ranger dans l'ombre du monde des affaires…

En plus, se disait-il en regardant son visage digne d'une sculpture grecque, le fait qu'elle soit belle ne le gênait pas.

Au contraire.

Vers la fin du cours ce jour-là, un jeune homme la rattrapa à la sortie du bâtiment de l'université et lui proposa un rendez-vous d'une voix tremblante.

- Hé, Pamela… Tu sais, si tu es libre ce soir, on pourrait aller à ce nouveau restaurant italien qui vient tout juste d'ouvrir…

Pamela Jolie sourit légèrement et releva ses beaux yeux bleus. Dans ses prunelles, le ciel virait à l'orange comme le soleil se couchait. Ça l'amusait toujours quand on venait l'aborder ou lui proposer une sortie. Il s'agissait en effet généralement de phrases cliché que ses soupirants utilisaient, faute d'être très recherchées, ou encore de propositions adorables, comme celle-ci par exemple.

Certaines femmes n'aimaient pas être importunées mais Pamela, elle, trouvait l'attention de la gente masculine flatteuse.

Elle trouvait toutes les attentions flatteuses.

Depuis toujours, elle était la plus jolie fille de sa classe, celle dont tous les garçons sont amoureux, celle qu'on veut avoir à son bras pour être quelqu'un… On lui avait ainsi déjà proposé de devenir mannequin et elle aurait honnêtement accepté si seulement sa mère n'avait pas eu le milieu de la mode en horreur et ne le lui avait pas catégoriquement interdit.

Maintenant qu'elle était plus vieille et plus expérimentée, elle réalisait d'ailleurs qu'elle n'aurait pas eu toutes les armes pour affronter ce milieu et qu'on l'y aurait détruite.

Heureusement qu'elle s'était tournée vers la musique, même si son père avait désapprouvé son choix de ne pas devenir médecin et de reprendre sa clinique.

Il avait ainsi tout misé sur sa fille cadette parce qu'il avait toujours su qu'il n'allait jamais pouvoir tenir l'ainée en laisse.

En effet, Tiffany avait toujours été impérieuse et conquérante, et aucune autorité n'avait jamais réussi à la faire ployer. C'est ainsi que lorsqu'elle avait annoncé vouloir aller aux Etats-Unis pour y suivre des études d'égyptologie, personne n'avait pu l'en dissuader même si la santé de leur père était déjà sur le déclin à cette époque…

Enfin, ce n'était pas comme si on avait déjà vu Tiffany se soucier d'autre chose que de son nombril. Non pas qu'elle n'aimait pas leurs parents mais elle était très douée lorsqu'il s'agissait de le cacher… Pourtant, dans les coups durs, Pamela l'avait toujours trouvée.

La preuve que Tiffany n'était pas aussi froide qu'elle en donnait l'air était qu'elle avait pris Marc Brown pour époux et Pamela ne connaissait personne d'aussi chaleureux et farceur que son beau-frère. En le rencontrant juste avant les fiançailles, elle n'avait pas réussi à comprendre comment sa sœur, si froide et mesurée, était tombée amoureuse de sa personnalité haute en couleurs.

Cependant, Pamela avait vite compris que ces deux-là s'aimaient vraiment et que d'une façon insolite, ils se complétaient assez bien. Individuellement, ils étaient bizarres mais ensemble, ils étaient redoutables, dans la vie comme au travail.

Ils étaient brillants tous les deux et elle les admirait d'être aussi talentueux …

Si son père les voyait aujourd'hui, elle était sûre qu'il n'en voudrait plus à Tiffany de ne pas être devenue médecin. Mais la concernant, par rapport à son choix de devenir pianiste, voie sans sciences et sans intellect, il n'y aurait eu aucune rédemption aux yeux du patriarche et ça, elle en était consciente.

Ce n'était pas la première fois que Pamela décevait ses parents.

S'ils ne savaient que la moitié de ce qu'elle leur cachait, ils ne la laisseraient plus rentrer par la porte de la maison…

- Désolée, répondit-elle finalement, mais je ne peux pas, je dois garder ma nièce, tu te souviens ?

Il parut déçu et se détourna rapidement tandis qu'elle reprenait elle-même son chemin.

Ils paraissaient tous déçus quand elle les rejetait, raisonna-t-elle en essayant de ne pas se sentir mal pour lui. En effet, Pamela les rejetait toujours.

Cela n'avait pas toujours été le cas pourtant. Quand elle était encore au lycée, elle avait accepté de sortir avec plusieurs garçons, tous très beaux et très populaires. Ils l'avaient emmenée au cinéma ou au parc d'attraction et ils avaient essayé après, dans un coin plus au moins discret, de l'embrasser ou de la toucher.

Il y avait même eu une compétition à l'école pour savoir qui allait la mettre dans son lit en premier. Pamela n'avait pas été dupe.

Deux ou trois fois, elle n'avait pas protesté et les avait laissés faire leur petite affaire avec elle, voulant ressentir ce légendaire plaisir dont on parlait dans les livres… Mais elle avait eu tôt fait de comprendre qu'embrasser, toucher ou même sentir un autre corps contre le sien ne lui procurait aucune sensation particulière.

Il s'était agi de ternes expériences dont elle était ressortie à chaque fois frustrée, même si ses partenaires étaient tous unanimes sur la grande qualité de l'étreinte et qu'ils lui avaient systématiquement proposé de se revoir…

Pendant longtemps, des années, elle avait cru que le problème venait d'elle-même. Si le contact d'un beau garçon ne lui faisait rien, c'était parce qu'elle n'était pas normale, parce qu'elle n'était pas comme les autres…

Elle avait ensuite entendu parler du fait que certaines femmes avaient moins de désir que les hommes et elle s'était pensée parmi elles.

Mais il y a un fossé entre désirer peu et ne pas désirer du tout et elle avait réalisé, bien malgré elle, que son cœur n'avait jamais battu pour un autre homme.

Pourquoi est-ce qu'elle n'était pas comme les autres ?

Cette question l'avait accaparée pendant des années sans qu'elle puisse y trouver de réponse… Jusqu'à cette fameuse soirée étudiante, cette soirée étudiante très arrosée où l'une de ses camarades qu'elle trouvait exquise l'avait embrassée derrière une porte dérobée.

Ce simple contact, lèvre sur lèvre, lui avait alors dévoilé tout ce qu'elle avait eu besoin de savoir sur elle-même et soudainement, toutes ces caresses masculines qui n'avaient fait que l'impatienter avaient pâli en comparaison.

Evidemment, elle avait payé cette petite découverte au prix fort. La fille qui l'avait embrassée avait été si éméchée qu'elle avait vomi sur ses chaussures peu après et elle ne s'en était même pas souvenu le lendemain… Ensuite, Pamela avait remarqué qu'elle s'était remise à sortir avec d'autres garçons, comme si rien ne s'était jamais passé…

Pour certaines, ce genre d'expériences n'est qu'une phase, quelque chose pour ne pas mourir bête. Mais pour Pamela, ce fut une révélation…

La révélation qu'elle n'allait jamais avoir la vie respectable que menait sa sœur : le beau travail, le bon mari, les merveilleux enfants, la grande maison, le chien… Elle n'aurait rien. Cette vie que menait des millions de femmes et qu'on iconisait dans les spots de publicités.

Et pourtant, ce n'était pas comme si elle n'en voulait pas de cette vie. C'était cette vie qui ne voulait pas d'elle.

Qui ne souhaitait pas avoir une existence rangée ? Être Mrs. Quelque-Chose, aller chercher ses enfants à la sortie de l'école, cuisiner de bons petits plats à son mari… Et surtout, ne pas être pointée du doigt par le reste de la société en optant pour le bonheur simple de Madame Tout-Le-Monde.

Ce bonheur, elle en avait déjà un avant-goût avec sa petite nièce.

Martha n'était pas un ange à bien des égards, bien sûr, mais ce n'était pas un démon non plus. Elle était comme les autres enfants et discuter avec elle était un plaisir rare et pur.

Pamela chérissait l'innocence des enfants. Elle pensait que chacun d'entre eux avait le droit à une enfance normale et heureuse.

Mais ça, c'était une vision utopique. Elle n'ignorait pas que c'était bien différent dans la vraie vie et Harry en était la preuve vivante.

Être maltraité par les services sociaux était une terrible chose mais l'être par sa propre tante l'était tout autant. Mrs. Dursley ne méritait que du mépris pour ce traitement infâme qu'elle lui infligeait.

Elle aurait volontiers quitté son emploi après avoir découvert le vrai visage de cette femme mais Pam souhaitait garder un pied dans leur maison, au cas où …

D'un autre côté, et si Dudley n'avançait guère malgré l'effort qu'elle investissait en lui, Harry, lui, volait au-dessus des nuages de la grandeur par sa maîtrise de l'instrument.

Il jouait tellement bien que ça lui faisait peur. Et il jouait si peu !

Harry lui avait en effet raconté que les seuls moments où il pouvait toucher un instrument de musique étaient ceux où personne n'était présent dans la maison des Dursley, et ce délai ne dépassait jamais une ou deux heures du fait que Mrs. Dursley était une femme au foyer qui ne quittait le dit-foyer que pour faire les courses ou se rendre à une Garden-Party du voisinage.

Mais malgré ce temps d'entrainement si restreint, Harry jouait toujours à la perfection.

Toujours en rythme, pas même besoin d'un métronome, et il ne faisait AUCUNE fausse note ! C'en était prodigieux. En réalité, Pam devait avouer qu'elle ne pouvait le faire progresser d'un point de vue technique. Il était déjà parfait. Tout ce qui était en son pouvoir, c'était de lui présenter des compositions à mémoriser.

Ainsi, en quelques semaines durant leurs rendez-vous secrets chez elle et toujours grâce à l'aide de Molly Weasley qui continuait à jouer le jeu auprès des Dursley, Pamela avait fait passer Harry par plusieurs grands noms de la musique classique.

Et il les avait tous aimés. De Chopin à Liszt, de Beethoven à Debussy, de Ravel à Mozart… Surtout Mozart, en fait.

Harry adorait Mozart. Elle l'avait noté quand elle lui avait donné une de ses plus fameuses sonates pour piano et qu'il avait voulu la conserver après l'avoir, comme d'habitude, sensationnellement interprétée.

- Ca, lui avait-il dit en prenant la partition et en la dévorant des yeux, je veux jouer ça jusqu'à ma mort. Je n'ai pas de piano mais je vais la jouer dans ma tête.

- Dans ta tête ? avait-elle demandé en arquant un sourcil, intriguée.

- Oui, lui avait-il répondu. Quand je ne peux pas toucher au piano des Dursley, je joue dans ma tête. Je connais le clavier par cœur et les notes aussi, je peux jouer dans ma tête… Je le fais tous les soirs avant de me coucher, ça m'aide à dormir…

- Ah…

Pamela n'avait rien pu dire d'autre tant elle avait touvé ça à la fois étrange et touchant.

Avant d'écouter Harry, elle avait toujours été catégorique sur le fait que pour devenir un bon pianiste, il fallait travailler durement.

Et elle continuait de préconiser un tel régime pour les gens ordinaires, mais pas pour Harry.

Harry avait le piano dans l'âme. Son don venait du ciel et personne n'allait pouvoir la convaincre du contraire.

Comment faisait-il ? Elle l'ignorait et il semblait qu'il en était de même pour lui.

Une fois, après qu'il ait terminé une composition particulièrement compliquée de Liszt usant d'une technique que seuls les pianistes les plus avancés dans leur art maitrisaient, elle lui avait demandé de lui expliquer ce qu'il venait de faire.

Et sa réaction avait été – pour être gentille – édifiante.

- Ce que je viens de faire ? Oh, mais …, avait-il balbutié en rougissant et en baissant les yeux sur le clavier.

Et là, elle avait compris qu'il ne savait pas ce qu'il faisait, que même si sa vie en dépendait, il ne pourrait pas lui répondre…

C'était étrange.

Elle était sûre que même si elle prenait Drago Malefoy, ce petit fils de riche qui narguait toute la profession du haut de sa montagne de trophées, il pourrait lui expliquer en détails en quoi consistait sa technique, la façon dont il jouait telle ou telle partie, la manière qu'il utilisait pour garder le rythme à tel passage…

On aurait beau tout dire à propos des enfants prodiges, on ne pourrait jamais nier que ce sont, pour l'écrasante majorité, des bourreaux de travail.

La plupart d'entre eux n'ont de spécial qu'une discipline de fer ou des parents avec une discipline de fer.

Depuis qu'elle avait commencé à donner des cours particuliers, Pamela avait en effet pu noter que l'initiative de mettre un enfant devant un piano venait toujours d'un adulte, jamais de l'enfant lui-même. Pour ce qui était d'apprécier ou non la musique par la suite par contre, cela dépendait de la personnalité du sujet.

Certains en sortaient passionnés et épris à vie de la musique, comme elle-même, et d'autres n'appréciaient la pratique que parce qu'elle brossait leur égo dans le sens du poil. Drago Malefoy en était la parfaite incarnation. Et il y avait aussi ceux qui atteignaient des niveaux vertigineux dans la maîtrise de l'instrument sans vraiment aimer ce qu'ils faisaient.

Pour sa part, Pamela était opposée au fait de pousser un enfant à faire quelque chose qu'il n'aimait pas car elle savait que c'était destructeur à long terme. Mais allez faire entendre cela à des parents qui pensent agir dans le meilleur intérêt de leur bambin !

Ils étaient tous des archétypes de Pétunia Dursley, la cruauté en moins.

En effet, Mrs. Dursley était aussi cruelle qu'une marâtre et sa cruauté était d'autant plus inacceptable qu'on ne pouvait y trouver de justification. Harry était non seulement son neveu mais aussi un enfant par dessus le marché. Il n'avait rien fait à part être le fils d'une sœur que Pétunia n'aimait pas pour d'obscures raisons.

Malgré tout, elle voyait bien qu'Harry allait devoir la supporter pendant encore une bonne décennie et que d'ici-là, cette méchante tante allait avoir tout le loisir de lui saboter son futur.

Par exemple, Martha lui avait dit que les performances scolaires d'Harry étaient bien en-dessous de ses capacités et que si cela continuait, il allait devoir redoubler à coup sûr.

Pour l'extraire de cette situation malheureusement, Pamela avait très peu de marge de manœuvre. A part…

- Tu pourrais l'inscrire à la compétition internationale des pianistes juniors, lui proposa Molly.

Elles prenaient le thé dans l'appartement de Pamela ce jour-là et la jeune femme parut déconcertée quand Molly lui tendit une brochure parlant de cette fameuse compétition.

La compétition internationale des pianistes juniors, ou CIPJ pour les intimes, était l'un des concours les plus, si ce n'est LE concours le plus prestigieux pour les plus grands petits pianistes. Elle incluait cinquante pays qui chacun envoyait un représentant et y gagner revenait à démarrer sa carrière musicale dans une fusée.

C'était cette même compétition que ce petit morveux de Drago Malefoy gagnait chaque année sans faillir.

Non pas qu'elle était contre cette institution, mais Pamela trouvait que tout le monde en faisait bien trop à ce sujet. Bien sûr que le jury était composé de grands noms du métier, bien sûr que la Reine elle-même aimait y assister et bien sûr que c'était le rassemblement des plus grands interprètes de demain… Mais…

Mais c'était une dictature de l'excellence.

Pamela elle-même n'avait jamais été autorisée à y participer quand elle avait eu l'âge car ses parents avaient catégoriquement refusé. Certains de ses élèves s'y étaient frottés et ils en avaient tous souffert, même les plus doués.

Un bon nombre n'avait même pas pu dépasser la sélection locale et quasiment tous avaient été éliminés lors de la sélection régionale… Certains en revenaient vieillis, fatigués, dégoûtés de la musique et de tout ce qui l'entourait.

Il n'était pas rare d'abandonner le piano après avoir subi cette compétition. Pour cause, seuls les plus fins musiciens y participaient et le jury local n'avait jamais la langue dans sa poche.

Ce n'était pas de simples critiques qu'on vous assénait si vous vous trompiez mais des insultes à peine voilées, des discours à rallonge sur votre nullité… Et ça, devant tous les autres candidats et leurs parents.

Pour rêver d'y concourir, il fallait donc une centaine d'heures de musique mémorisée à la perfection et la rare mais utile capacité de pouvoir jouer conformément aux standards ! C'état-à-dire comme un robot.

Ainsi, il n'y avait pas de place pour le style et chaque parti-pris un tant soit peu original était synonyme d'élimination.

Pour toutes ces raisons et pour un autre élève, même très bon, Pamela aurait catégoriquement refusé mais pour Harry… Elle eut un doute.

- Je ne pense pas que ce soit la solution, Molly… C'est un peu trop extrême.

- Mais la situation est extrême ! répliqua son amie. Nous ne pouvons pas laisser un tel talent se flétrir entre les mains d'une famille comme celle des Dursley ! Et tu m'as toi-même dit qu'Harry jouait à la perfection ! N'ose pas me dire qu'un pianiste comme lui n'a pas toutes ses chances !

- Je n'ai pas dit ça… Bien sûr qu'Harry pourrait gagner, même au niveau international mais…

- Mais quoi ? À la clé de cette compétition, m'a expliqué la petite Granger, il y a une importante somme d'argent et une grande célébrité ! Je suis sûre que beaucoup de choses changeraient pour Harry si on lui mettait un micro sous le menton sur une chaine nationale…

- Il faut l'autorisation d'un tuteur et je doute de pouvoir convaincre Pétunia Dursley de laisser concourir son neveu qu'elle déteste …

- Oh mais, Pamela, il ne faut pas une autorisation parentale, il faut une signature parentale… Et j'imagine que tu connais la signature de Pétunia Dursley, elle qui te paye en chèques…

Pamela ouvrit grand les yeux et faillit recracher la gorgée de thé qu'elle avait en bouche.

- Molly ! s'indigna-t-elle. Tu n'es pas en train de me proposer d'imiter sa signature, enfin !

- Et où est le mal ? C'est juste un petit trait de stylo, pas grand-chose…

- Je pourrais aller en prison !

- Tututututut, chantonna la mère de famille en agitant son doigt comme lorsqu'elle détrompait l'un de ses enfants. Je doute que les choses aillent aussi loin. Et si quelque chose arrive, Arthur connait de très bons avocats. Je te promets que rien ne t'arrivera !

- Mais je ne peux pas le faire ! C'est mal !

- Oh, sourit alors Molly, attendrie. C'est mal, tu dis ? répéta-t-elle pensivement. Bien, c'est vrai… Oh, Pamela, tu devais être tellement sage quand tu étais enfant… Mais nous ne sommes plus des enfants et nous sommes au-dessus de ces simplistes considérations de bien et de mal. On sait parfaitement que le second peut prendre la forme du premier, et inversement

Rougissant, Pam se redressa et fit semblant de ne pas avoir été touchée… Pourtant, intérieurement, elle se souvenait de toutes ces affreuses fois à l'école où elle avait été traitée de coincée et de lèche-bottes … Même si, honnêtement, Tiffany avait toujours été la vraie coincée.

Cependant, elle avait été trop déterminée pour être intimidée, elle.

Cette discussion avec Molly Weasley terminée, Pamela y repensa toute la semaine qui suivit.

Les inscriptions étaient en cours et allaient se terminer dans quelques jours… C'était le moment ou jamais pour inscrire Harry et lui offrir ainsi une chance de se débarrasser des Dursley.

Mais elle n'était toujours pas sûre… Un débat sans fin se déroulait en elle. Un bien pour un mal, murmurait le malin en elle. C'est un bien pour un mal Harry va avoir une chance de s'en sortir et tu ne veux pas l'en priver, n'est-ce pas ?

Ce n'est pas à moi de choisir, avait-elle finalement décidé. C'est à Harry de le faire.

Et effectivement, le bon sens préconisait d'avoir l'opinion du principal concerné avant d'entreprendre la moindre démarche en son nom…

Même si, franchement, Pamela n'avait pas de doutes quant à la réponse du petit garçon…

Cette compétition, c'était la suite logique.

Et il faut bien que l'histoire suive la logique.

… Fin du Chapitre …