Merci à Pims10, lololitaoe, et adenoide pour leurs commentaires.

Bonne lecture !

Douzième chapitre

Retour en arrière

Lily avait toujours tout pris à Pétunia.

Depuis toujours, Pétunia savait qu'il y'avait un monde entre elle et sa sœur. N'importe qui pouvait deviner le fossé entre les deux filles Evans rien qu'en entendant leurs prénoms.

L'histoire derrière ces derniers était d'ailleurs assez amusante. En fait, Mrs. Evans avait nommé chacune de ses filles d'après les fleurs qu'elle avait trouvé sur sa table de chevet à l'accouchement. Des pétunias pour la naissance de Pétunia, et des fleurs de lys pour la venue au monde de Lily.

Leur mère avait suivi le hasard et ne s'était pas renseignée avant de leur attribuer leurs prénoms respectifs. Pour Lily, fleur de l'innocence et de la pureté, ce ne fut rien de grave, mais pour Pétunia, portant le nom de la fleur de la colère et de la jalousie par excellence, ce fut un drame.

Quand elle avait appris ce que voulait vraiment dire sa fleur de naissance, elle avait fait un scandale terrible à la maison. Criant, protestant, pleurant pour qu'on le lui change.

Mais à la place d'obtenir gain de cause de la part de ses parents, elle avait plutôt réussi à les remonter contre elle.

Pour eux, cette volonté de changer de patronyme n'était rien d'autre qu'un caprice de plus qu'elle faisait pour les ennuyer, et pas une vraie réclamation. Il n'y avait rien de mal avec le prénom Pétunia, même s'il était tiré d'une fleur à la mauvaise signification. Et puis, la plupart des gens n'allaient pas faire l'effort de se renseigner là-dessus. Alors pourquoi se donneraient-ils de la peine pour le modifier ?

Pétunia n'en valait pas la peine, après tout.

Ils trouvaient qu'elle n'était qu'une boule de ressentiment et de méchanceté, tandis que Lily n'était que bonté et grâce. Avec sa crinière rousse et ses yeux verts, ses jolies dents et son sourire ensorceleur, personne ne pouvait nier que Lily lui était supérieure physiquement.

Il en était de même dans les autres domaines.

Elle était plus intelligente et plus athlétiques, obtenait de meilleures notes et gagnait plus de trophées que sa grande sœur.

Elle avait même réussi à intégrer Poudlard, école de laquelle Pétunia avait été refusée deux ans auparavant.

À cause de tout cela, Mr. et Mrs. Evans avaient toujours favorisé leur fille cadette, lui achetant de meilleurs vêtements, de meilleurs livres, exauçant chacune de ses volontés. Elle le méritait tellement plus que cette rouspéteuse de Pétunia, cette bonne à rien ! La honte de leur famille.

De son enfance, Pétunia ne retenait que le sentiment d'être mise à l'écart, d'être exclue, d'être ignorée… Tout ça parce qu'elle n'était pas assez bien, assez jolie, assez intelligente pour être dans la lumière avec eux.

Jamais sa mère ou son père ne l'avait prise dans leurs bras. Alors qu'à chaque fois, et pour la plus futile des raisons, ils enlaçaient Lily et la félicitaient de ses accomplissements.

Ils lui disaient souvent qu'elle devait changer, changer pour être comme Lily, se débarrasser de son mauvais caractère… Elle devait changer parce que si elle restait elle-même, elle était indigne d'être aimée.

Elle n'était pas assez bien.

Elle n'était pas assez.

Alors que Lily, si.

Lily avait toujours tout pris à Pétunia.

Si son enfance fut ternie par la présence de Lily, tout changea heureusement quand cette dernière dut partir pour Poudlard, laissant leurs parents seuls et attristés.

Pétunia commença alors à s'épanouir.

Maintenant qu'il n'y avait plus de Lily à laquelle se comparer, elle pouvait enfin faire à sa guise, se faire des amis, avoir des passetemps, profiter pleinement de sa vie…

Bien sûr, tout cela s'arrêtait pendant l'été et les vacances, quand Lily revenait à la maison et monopolisait l'attention pendant son passage. Mais ce n'était que deux ou trois mois par an, rien de vraiment insupportable. Le reste du temps, Pétunia était heureuse et libre de faire ce qu'elle voulait. Parfois, elle allait dans un camp d'été rien que pour ne pas passer du temps avec sa sœur.

Ce fut à l'un de ces camps qu'elle le rencontra. C'était un camp de scouts, une immersion de deux mois dans la forêt. Ils dormaient dans des bungalows et se levaient aux aurores. C'était un rythme de vie éprouvant mais il était parmi ceux qui s'en accommodaient le mieux.

Il était toujours le plus rapide, le plus débrouillard, le plus courageux…

Il, c'était James.

Il avait de larges épaules, de grands yeux bruns, et un sourire à faire fondre des glaciers.

Pétunia, bien qu'elle y mît vraiment tous ses efforts, ne lui arrivait pas à la cheville en matière de débrouillardise. Elle ne savait pas ramasser le bois, allumer le feu, chasser, ou ouvrir des boites de conserve… Tous les autres se moquaient d'elle à cause de sa maladresse et la laissait souffrir toute seule, mais pas James.

Il était le seul à venir lui prêter main forte. Il l'aidait à porter les charges trop lourdes, à reconnaître les plantes comestibles, à façonner des pièges pour les animaux, ou à faire des nœuds. C'était grâce à lui, et seulement lui, qu'elle avait survécu à ce camp de scouts, cet été-là.

Petit à petit, elle et James commencèrent à nouer des liens. James lui parlait de sa passion pour le sport, et elle s'entretenait avec lui aux sujets des bijoux qu'elle préférait. Lui, il évitait de lui parler de sa famille, et elle, elle évitait de lui parler de sa sœur. Chacun déchiffrait les limites de l'autre et les respectait. Ils se comprenaient mieux que personne.

Pétunia n'avait jamais rencontré quelqu'un comme James avant, et par là, elle entendait qu'elle avait l'impression d'être une toute autre personne à ses côtés.

Les yeux de James la pénétraient et décelaient la vraie elle.

James ne voyait pas ses hanches trop petites, ses yeux trop écartés, ses cheveux trop fins, son cou trop long. Non, lui, il ne voyait en elle qu'une bonne amie, quelqu'un de bien, quelqu'un d'entier et d'unique, quelqu'un qui n'avait pas besoin d'être changé.

À travers les yeux de James, elle avait l'impression de suffire.

Ils continuèrent de se rapprocher.

Quand le soir venait et que tous les autres allaient dormir, Pétunia et James restaient près du feu de camps à réinventer le monde et chanter.

Il avait toujours sa guitare avec lui, guitare avec laquelle il lui jouait des ballades populaires en espagnol. Pétunia n'en comprenait mot, mais elle était toujours enchantée d'entendre sa voix la bercer.

Ces moments avec James sous les étoiles étaient les plus beaux. Jamais elle n'était plus heureuse que quand il la prenait dans ses bras et passait sa main dans ses cheveux.

Un soir en particulier, un 27 Juillet sous la lune, alors qu'ils étaient emmitouflés dans une couverture près du feu et que seuls les hiboux dans les arbres environnants leur tenait compagnie, James lui dit quelque chose.

- Je t'aime, Pétunia.

Il avait dit cela sans préparations, sans préambules… Il lui avait dit ça comme seul lui pouvait le faire. Et ce fut pour elle une flèche qui la toucha droit au cœur, qui terrassa toute ses barrières et qui la mit à nue.

Et là, au lieu de lui confesser ses sentiments à son tour, elle fit quelque chose de stupide : elle se mit à pleurer.

Elle se mit à pleurer dans les bras de James parce que, pour la première fois de son existence, la toute première, on lui disait qu'on l'aimait.

Pour la première fois de sa vie, cet été-là, quelqu'un l'aima.

Elle s'était sentie pleine, submergée par l'amour, par la tendresse, par l'affection…

Et elle avait pleuré dans ses bras, pleuré toute la nuit, et il ne s'en était pas plaint.

Il l'avait juste étreinte et consolée, sans poser de questions, sans outrepasser ses limites…

C'était la chose la plus gentille qu'on ait jamais faite pour elle.

Après ce camp de scouts, Pétunia et James gardèrent contact.

Durant les mois qui suivirent, ils s'écrivirent d'innombrables lettres et monopolisèrent leurs lignes téléphoniques respectives.

Pétunia comprit à travers leurs conversations que James avait une peur bleue de son père, et qu'il faisait de son mieux pour l'éviter.

Alors, pour lui éviter de le revoir pendant les vacances de fin d'année, Pétunia l'invita à passer le réveillon chez elle.

C'était une occasion en or pour le présenter à sa famille et le montrer à sa sœur.

Pétunia avait eu hâte de voir la réaction de Lily quand elle allait apprendre qui était son bien-aimé.

Mais quelle ne fut sa surprise, cet hiver-là, quand elle vit James et Lily revenir à bord du même train et portant le même uniforme.

James lui avait fait comprendre qu'il suivait ses études dans un collège prestigieux, mais il ne lui avait dit à aucun moment qu'il était un élève de Poudlard.

Malgré sa surprise, Pétunia avait fait de son mieux pour accueillir James et Lily cordialement, aussi cordialement qu'elle le pouvait sur le moment.

Heureusement pour elle, elle ne mit pas longtemps à comprendre que sa sœur et son petit ami, même s'ils étaient dans la même maison à Poudlard, ne se connaissaient que de vue et ne partageaient aucune affinité.

Lily le trouvait grossier et prétentieux, et James la pensait fermée d'esprit.

Pendant le diner du réveillon, leur animosité certaine ne manqua pas de refroidir l'ambiance. Mais ce n'était rien pour Pétunia Evans, elle qui n'avait jamais passé un bon réveillon depuis que sa sœur était née.

Si ce n'est ce petit contre-temps, les vacances de fin d'années se passèrent bien.

Pendant qu'il logeait chez eux, Pétunia fit découvrir à James ses magasins préférés, ses jardins préférés, ses coins préférés… Elle le présenta même à quelques-uns de ses amis.

Pendant ce temps, Lily passait ses journées avec ce garçon étrange qui habitait au coin de la rue.

Les vacances se terminèrent inéluctablement et James et Lily durent retourner à Poudlard.

Avant de partir, Pétunia fit promettre à James de toujours être honnête avec elle dans leurs communications, et elle ne dit pas aurevoir à Lily.

Les deux partis, Pétunia ne put s'empêcher de ressentir une certaine angoisse. Ce n'était rien de bien important, pas même une crainte consciente, mais elle se sentait nerveuse.

Elle et James continuèrent de parler. Rien n'avait changé de son côté, et elle aurait voulu que ce soit la même chose pour James.

Mais jour après jour, lettre après lettre, coup de fil après coup de fil, Pétunia sentait leur passion se diluer dans la monotonie… Elle s'était mise à douter, se demandant si elle avait vraiment quelque chose à apporter à James.

Peut-être s'était-il rendu compte qu'elle était nulle, bête, sotte, que comparée à sa petite sœur, elle n'était rien, qu'elle ne pouvait pas suffire.

Tourmentée, elle finit par questionner James à ce sujet, et il la rassura. Avec quelques mots bien choisis, il balaya toutes ses inquiétudes et lui assura qu'elle était celle qu'il aimait et qu'il n'allait jamais lui faire de mal.

Il lui avait menti.

L'été arriva plus tard que prévu, cette année-là. Pétunia réinvita James chez eux, mais il refusa, disant qu'il avait une affaire familiale à régler.

Par contre, Lily se montra bien plus attentionnée et prévenante à son égard que d'habitude. Le matin, elle lui préparait toujours ses gâteaux préférés pour le petit déjeuner, faisait ses corvées à sa place, la laissait choisir le programme qu'elle voulait à la télévision… Pétunia n'y préta aucune attention, bien qu'elle se demandât de temps à autres quelle mouche avait piqué sa sœur pour qu'elle devienne aussi gentille.

Mais ce n'était pas parce que Lily était devenue une sainte que Pétunia s'était mise à la supporter. Au contraire, son caractère exemplaire la rendait encore plus détestable aux yeux de sa grande sœur, grande sœur qui sauta sur l'occasion de quitter la maison pour un bout de l'été, acceptant hâtivement l'invitation d'une de ses amies qui la priait de l'accompagner elle et sa famille à leur résidence secondaire.

Mais elle s'était vite ennuyée. La vie au bord de la mer avait beau être relaxante, cela venait directement du fait qu'elle était répétitive, routinière.

Plage, barbecue, dodo.

Vers la fin du séjour Pétunia avait réussi à gagner un bronzage magnifique, accompagné d'une petite maladie qui rendait bien. Elle finit par rentrer plus tôt à la maison, sans prévenir personne.

Mais ce n'était pas comme si sa famille l'aimait assez pour se souvenir du jour de son retour.

En rentrant, elle remarqua que la voiture n'était pas dans le garage, et après inspection du placard, elle constata que les chaussures de ses deux parents étaient parties, mais que celles de Lily étaient toujours là… Sur le coup, elle ne prêta pas attention à la nouvelle paire de chaussures de son père.

Elle n'avait pas voulu se faire discrète, mais elle était rentrée sans faire de bruit.

Montant les escaliers, elle alla directement dans sa chambre et vida sa valise… Pour se détendre, l'envie lui prit d'écouter de la musique… Sauf que sa platine n'était pas là.

Et il n'y avait qu'une seule personne qui aurait pu la prendre.

Elle soupira et alla à la chambre de Lily. Elle trouva la porte fermée, mais, par la force de l'habitude, elle l'ouvrit sans toquer.

Lily n'était pas là.

Pétunia allait refermer la porte quand elle remarqua quelque chose qui trainait dans un coin.

Une guitare.

Mais pas n'importe quel instrument. C'était une guitare classique avec des initiales gravées.

JP

À cette découverte, Pétunia sentit comme du verre se briser, du verre tomber par terre et se briser en mille morceaux, s'éparpillant dans des endroits qu'elle ne pouvait atteindre.

Elle prit la guitare et alla au salon, oubliant sa platine. Elle ne voulait plus écouter de musique.

Quelques heures plus tard, Lily entra en rigolant, du rouge sur ses jolie pommettes et des soleils dans ses charmants yeux verts.

Elle trouva sa sœur assise à la table de la salle à manger, la guitare posée devant elle, inratable.

- Pétunia …

Son rire s'évapora et le rouge de ses joues devint blanc.

Pétunia ne la regardait pas.

- Tu l'as fait.

La voix de Pétunia était monocorde, monotone. Aucune variation du son. Elle ne posait pas de questions. Elle voulait confirmer une vérité.

La belle rousse la regarda, la mâchoire tombante. Elle essaya de remuer ses lèvres pour dire quelque chose, mais les mots lui échappaient.

Cette hésitation, ce doute, cette appréhension, c'était tout ce dont Pétunia avait besoin pour comprendre qu'elle avait raison.

Depuis le début.

Elle se leva brutalement de sa chaise, imitant le soulèvement de son âme provoqué par tant d'indignation, de haine, de déception, de réalité. Ce qu'elle vivait maintenant, c'était un rappel à l'ordre de la vraie vie, un rappel de sa vraie valeur.

Un sanglot lui monta à la gorge, ses yeux s'humidifièrent et ses membres commencèrent à trembler. C'était comme si, soudain, ses jambes ne pouvaient plus la porter.

Elle avait pensé qu'elle pouvait suffire, pour une fois. Être assez.

Mensonges !

Sans rien dire, elle se précipita vers l'escalier et en monta les marches en courant.

Elle rejoignit sa chambre et ferma la porte à double tour. Puis, elle laissa les sanglots sortir, et misérable, elle permit à son corps glisser le long de la porte en bois blanc.

Tock ! Tock ! Tock !

Lily l'avait suivie.

- Pétunia ! Ouvre ! Pétunia, je t'en prie ! Mais ouvre !

Tock ! Tock ! Tock !

Pétunia continua de pleurer sans l'écouter.

Tock ! Tock ! Tock !

- Pétunia ! Par pitié, oh pardonne-moi ! On ne voulait pas te l'apprendre comme ça ! Pétunia, on s'aime lui et moi. Pardonne-nous ! Je suis désolée pour tout !

Ce que Lily ignorait, c'était que ses plaintes et ses supplications étaient vaines. Pétunia n'allait jamais lui pardonner. Ni à elle, ni à James de l'avoir trahie. Et elle n'allait jamais se pardonner d'avoir pensé, l'espace d'un instant, qu'on pouvait l'aimer.

Lily avait toujours tout pris à Pétunia.

Même l'amour de sa vie.

… Fin du Chapitre …

Note de l'auteur : C'est confirmé, je suis de retour.

Si vous voulez m'encourager à écrire, vous pouvez laissez un commentaire. J'y répondrais.

Portez-vous bien.