Malgré quelques mois d'absence, je n'abandonne pas cette fiction :) Allez savoir, la passion revient toujours toquer à la porte de mon esprit, tant qu'il reste ouvert (même s'il est très lent u_u). J'en ai profité pour réécrire (en profondeur) les trois premiers chapitres. Ils manquaient un peu de contenu et clarté. Bonne lecture !
Chapitre 4 - Risque
Malgré son avance indéniable dans la poursuite du criminel dormant, Ginoza entendait au loin sa supérieure courir derrière lui. Ou plus précisément lutter de toutes ses forces pour ne pas se faire distancer.
Tsunemori tentait de le rattraper à en perdre haleine, le rythme de ses foulées devenu chaotique voire désespéré. Elle avait encore quelques difficultés de principe à lâcher prise, trop habituée à prendre la tête de son équipe en toute circonstance. Un mince sourire amusé s'étira sur les lèvres de l'exécuteur lorsqu'il accéléra, porté par ses jambes élancées qu'il entrainait sévèrement depuis quelques semaines. Toujours dans l'optique de renforcer son rôle de protecteur, il avait développé ses compétences physiques. Un bon bouclier se devait d'être résistant. Puissant. Utile. Pour le bien de Tsunemori, il fallait qu'il aille au devant des dangers. Ginoza ne se sentit pas coupable de forcer de nouveau le pas, laissant son inspectrice à bout de souffle tandis qu'il se hâta de rattraper de sa cible.
Ce fut chose faite au bout d'une courte course.
Après quelques minutes Ginoza put repérer leur suspect : un homme courant comme si sa vie en dépendait. Se rapprochant de lui au prix d'une nouvelle accélération, il nota avec surprise son apparence jeune, frêle et serrée dans un costume un peu grand pour lui : le stéréotype du salaryman. Sa teinte avait du se dégrader lorsqu'il ne devait plus tenir le stress de son travail éprouvant psychologiquement. La peur devait lui donner des ailes - ou plutôt une vitesse de pointe élevée. Ginoza avait des difficultés à le rattraper. En apercevant l'exécuteur, l'individu acculé changea de stratégie et tenta de le semer dans une ruelle. Son choix se révéla défavorable : une grille verrouillée bloquait l'accès quelques mètres plus loin. L'affaire allait finalement être pliée.
Cet obstacle ne stoppa pourtant pas sa fuite. Le suspect tira d'un coup sec sur la barre cadenassée. Cette dernière se brisa en plusieurs morceaux sous une force phénoménale déployée. Ginoza pesta. Il était en toute probabilité drogué aux stimulants musculaires. Il comprenait à présent sa cavale endurante face à des agents entrainés de la Sécurité Publique. Plutôt que de continuer à fuir par la porte à présent libérée, le salarymen changea de comportement. Malheureusement pour en adopter un bien plus agressif. Se retournant face à son poursuivant, son nouvel objectif paraissait clair. Se débarrasser du chien qui lui collait dangereusement aux basques avant de reprendre sa course plus librement.
Ginoza s'était aventuré dans une arrestation bien plus risquée qu'anticipé, se jetant seul dans la gueule du loup. Comment en était-il arrivé là ?
Une heure auparavant, la section 1 avait été alertée par Sybille d'un contrôle de teinte suspect dans une zone résidentielle. La couleur sombre du Psycho Pass relevé restait dans la zone récupérable, présentant encore peu de danger. Du fait de la densité de population, le système avait néanmoins souligné le risque non négligeable d'une propagation de stress topographique si l'individu n'était pas rapidement appréhendé. Un cas assez classique. Tsunemori avait décidé que la présence d'un inspecteur et deux exécuteurs serait suffisante.
Déployés rapidement dans le quartier, Hinakawa et lui avaient à peine eu le temps de prendre leur Dénominateur en main que Karanomori annonçait avoir triangulé la localisation du Psycho Pass incriminé. Experte dans le maniement des caméras et signaux téléphoniques, son support se révélait comme toujours précieux. A l'affichage du point rouge sur leurs écrans hologrammes, les membres de l'équipe constatèrent avec surprise que ce dernier se déplaçait à une allure très soutenue. Il avait déjà commencé à fuir. Karanomori leur intima de renforcer leur vigilance, surprise que l'individu ait compris qu'il avait été repéré par un capteur de teinte. Les contrôles positifs ne déclenchaient aucun système d'alarme. Leur cible devait se douter que sa teinte s'était dégradée au point de risquer un arrestation.
Ginoza se tourna vers sa supérieure. Comme s'il devançait ses pensées, il lui exposa son plan d'attaque.
- Le criminel latent semble prendre la direction du centre-ville. Envoyons des drones former un barrage au bout du boulevard pour éviter un contact avec la foule. Il est encore à notre portée, à deux rues d'ici. Son itinéraire est confus, ses détours sont trop alambiqués pour être cohérents. Il doit être perdu. Je peux l'atteindre rapidement en courant si j'agis immédiatement. Cela restera discret mais efficace.
Sa requête revêtait la forme d'un questionnement, mais ne laissait visiblement pas de place à un refus. Sa détermination manifeste irradiait de ses yeux verts, rivés sur Tsunemori dans l'attente de son consentement.
- Si cela vous convient, Inspecteur, ajouta-t-il face à son manque de réaction.
Cette dernière finit par hocher simplement de la tête, soutenant son regard avec intensité. Ginoza se retint de frémir. Ses sentiments menacèrent de refaire surface à un moment inopportun. Avant qu'il ne soit davantage troublé, il s'élança pour rattraper le suspect. Il entendit derrière lui Tsunemori ordonner à Hinakawa, resté en retrait, de contourner leur trajectoire dans les rues adjacentes. Cette simple précaution leur permettrait d'intercepter l'individu s'il parvenait à les semer. Ginoza se fustigea de ne pas y avoir pensé. Cela ne lui ressemblait pas de pêcher d'imprudence. Pris dans ses élans protecteurs, il commençait à devenir arrogant. Il ne devait pas perdre de vue que ses succès ne faisaient pas de lui un être surhumain. Un jour ou l'autre, ses prises de risque le rattraperaient.
Il était loin de se douter que ce moment arriverait bien plus tôt qu'anticipé. Ginoza se retrouvait seul, face à un suspect drogué puant le danger. Décidément, il ne s'agissait pas d'une simple arrestation qu'il aurait pu traiter sans Tsunemori. Vu sa course rapide, cette dernière devait encore se trouver loin. Dans cette situation, une dizaine de secondes de retard pouvaient faire la différence. Quoi qu'il en soit, ce n'était pas le moment de s'appesantir sur ses erreurs de jugement. Ginoza n'avait pas perdu le contrôle de la situation. Le salarymen ne semblait pas posséder d'armes sur lui, se contentant de l'observer les bras ballants.
Il commença justement à avancer d'un pas pesant vers lui, sa figure se crispant dans un rictus menaçant. Son agressivité véhémente tranchait avec sa frêle stature. Dégainant son Dominateur, Ginoza allait le mettre en joue avant de s'apercevoir trop tardivement que l'individu lui fonça dessus. Sa charge fulgurante le désarçonna, il ne put qu'esquisser un pas de côté.
Esquivant son poing de justesse, ce dernier s'écrasa sur le mur de la ruelle - creusant un trou béant dans le béton dans un bruit assourdissant. La prothèse mécanique de Ginoza risquait de s'avérer incapable d'encaisser une telle puissance. Ainsi dopé à des stimulants musculaires d'une intensité inouïe, le moindre coup du forcené l'enverrait dans le meilleur des cas en hospitalisation intensive. Rassemblant son sang-froid, Ginoza s'employa à mettre plus de distance entre eux. Le criminel latent - en bonne voie pour en devenir réellement un, si ce n'était pas déjà le cas - semblait sonné, lui-même surpris par sa force exceptionnelle.
Profitant de cette distraction, l'exécuteur tenta de le viser rapidement. Le temps que le Dominateur ne puisse le verrouiller, son adversaire retrouvait déjà ses esprits et s'élança en un éclair sur lui. Ginoza se retrouva de nouveau à portée de ses attaques meurtrières. Il jura avant de s'en remettre à son jeu de jambes. Un déluge de coups s'abattit sur lui. La vitesse combinée à l'adresse de son adversaire l'obligeait à se défendre constamment, ne laissant aucune ouverture pour attaquer. Ses poings le frôlaient en permanence.
La plupart des novices imaginaient que les affrontements de ce genre s'éternisaient longuement, permettant à ceux plus endurants ou expérimentés de triompher. Face à tant d'agressivité, dans la réalité presque glaçante, les échanges ne duraient qu'un instant. Moins d'une minute avait dû s'écouler depuis le début de leur confrontation, pas assez pour lui permettre d'espérer des renforts. Enchainant les parades Ginoza se retrouvait piégé, condamné entre l'éreintement et l'impossibilité de riposter. Privé de l'usage de son Dominateur, l'issue de cette lutte s'en retrouvait déséquilibrée. Il luttait contre la panique, refusant de céder à l'idée qu'il pourrait y rester.
Sentant qu'il pouvait en finir, le salarymen s'arrêta pour ramasser un morceau de l'ancienne barre éclatée. Le métal assez long en main, il se permit le luxe de la laisser trainer bruyamment au sol tout en progressant vers Ginoza, se délectant de la tension de sa victime acculée. L'arme improvisée se leva pour faucher l'exécuteur sur place.
Misant le tout dans une ultime tentative, il plongea au dernier moment sur le côté tout en braquant son Dominateur. Sa mi-hauteur lui permit d'esquiver le coup. Surpris, son assaillant eut un moment d'absence avant de brandir à nouveau sa barre. Ces quelques secondes d'apesanteur permirent à Ginoza d'entendre les mots tant attendus du système Sybille, libérant sa gâchette à la mise à jour du diagnostic.
- Facteur criminel estimé à 250. Mode paralyseur non létal. Visez avec calme et maitrisez la cible.
Il ne s'en fit pas prier.
L'éclair lumineux frappa le criminel de plein fouet, l'incapacitant sur le coup. Malheureusement pour Ginoza, la rotation déjà amorcée du métal lui permit de finir son mouvement, le heurtant à la tête. L'impact du choc le terrassa.
Ginoza tomba douloureusement au sol, aux côtés du corps inconscient du salarymen. Il sentit à peine son sang chaud couler le long de son visage. Sa vision commença rapidement à se brouiller. Malgré son esprit désorienté, un sentiment de soulagement s'empara de lui. Il avait réussi. Les stimulants n'avaient pas empêché le bon fonctionnement du Dominateur. Cette conclusion relevait du miracle, mais il n'eut pas la force de tergiverser dessus. Un faible sourire se serait étiré sur ses lèvres s'il les sentait encore.
De plus en plus engourdi, un voile noir se propagea devant lui.
Avant que l'obscurité complète ne l'engloutisse, il crut distinguer une présence familière se précipitant vers lui. Le visage d'Akane Tsunemori apparut dans son champ de vision, horrifié. Elle semblait hurler à plein poumons, pourtant il n'entendait pas le moindre son. Sa détresse flagrante fut son dernier souvenir, associé à une immense peine.
Pour sûr, la culpabilité qu'elle allait ressentir réduirait à néant ses efforts du mois passé … Quel gâchis. Il voulait juste la voir sourire.
En espérant que cette scène d'action renoue davantage avec l'ambiance de la série, comparée à mes trois premiers chapitres un peu introspectifs ahaha ! Petite surprise à prévoir pour le cinquième, déjà écrit mais nécessitant une réécriture approfondie. Chacun sa façon d'écrire, la mienne est confuse par nature et nécessite de nombreux remaniements ultérieurs pour révéler (un peu) sa valeur :)
