Titre : The Little Mermaid
Oui, je sais, j'ai mis beauuuuuucoup de temps avant de poster la suite. Mais j'ai été débordée par mes cours et mes devoirs, en plus avec la moitié qui se fait en enseignement à distance, franchement, c'est galère. Bref. Je vais essayer d'être moins longue pour le prochain chapitre, promis ! Mais celui-ci était relativement long, donc vous comprendrez que ça a naturellement pris du temps.
Sur ce je vous souhaite une bonne lecture !
Disclaimer : Masami Kurumada, Disney
Si, comme moi, vous écrivez des fanfictions, vous savez à quel point il fait plaisir de recevoir des reviews et commentaires. Cela motive pour continuer à écrire, et aussi nous permettre de voir quels sont les points forts et les points faibles de notre récit. Alors si vous pouviez laisser un petit mot pour donner vos impressions, ce serra avec grand plaisir !
p.s : si vous voyez des petites erreurs que j'aurais laissé passer par mégarde, n'hésitez pas à me le signaler pour que je puisse les corriger
réponse aux reviews anonymes :
Athéna : merci beaucoup pour ta review ! Et non je ne me suis pas découragée, j'ai juste pris du temps pour écrire le chapitre 2, qui est quand même un gros morceau.
chapitre 2
Milo se baladait tranquillement sur le bord de la plage, sa douce voix cornant les paroles d'une mélodie et faisant fuir les mouettes.
- Je ne le retrouverais jamais, soupira-t-il en caressant un petit scorpion juché sur son épaule. Je devrais peut-être passer à autre chose, t'en dit quoi, Écarlate ?
Pour toute réponse, l'arachnide fouetta l'air de sa queue.
- Ouais, t'as raison, faut que j'arrête de vivre dans mes fantasmes. En plus si ça se trouve j'ai déliré et personne m'a sauvé, je me suis juste échoué lamentablement sur la plage.
En disant ces mots, le prince aux boucles blondes trébucha dans le sable et s'étala sur quelque chose de chaud et humide.
Chaud et humide ?
Milo redressa vivement la tête pour voir sur quoi il était tombé. Ou plutôt sur qui. Un bellâtre entièrement nu, allongé sur le ventre, des cheveux bleus/verts étalés en vague sur ses épaules et son dos à la carnation très pâle, presque comme du lait. Et qui sentait divinement bon. Le prince ne put s'empêcher se plonger son nez dans les longues mèches, et ne retint pas le petit cri qui s'échappa de sa bouche lorsqu'il comprit qui était l'inconnu évanoui sur la plage.
Fébrilement, Milo retourna le corps inconscient. Il cru pleurer de joie quand il vit le magnifique visage qu'il avait pensé avoir rêver.
Réveillé par le cri de Milo, Camus ouvrit un œil, et le referma aussitôt. Il devait rêvé. C'était impossible, ce genre de hasard : Milo qui se tenait devant lui, et même sur lui !
Mais il rouvrit bien vite les paupières en sentant quelque chose lui parcourir le ventre : mais qu'est-ce que c'était que cette créature du démon !
Devant l'air effrayé qu'arborait son beau naufragé, Milo compris qu'il avait fait une boulette.
- Excusez-moi, fit-il en récupérant le petit scorpion et le replaçant sur son épaule. Écarlate n'a plus de venin, mais il peut un peu effrayer quand on ne s'y attendant pas.
Il leva les yeux pour se retrouver ensuite confronter à deux immenses lacs gelés.
- Vous...heu...vous...
Mince. Cet homme était tellement beau qu'il lui en faisait perdre ses mots !
- Je m'appelle Milo, finit-il par dire. Troisième prince de ce petit royaume, ajouta-il avec un grand sourire. Et vous ?
L'homme en face de lui ne répondit pas, se contentant de le fixer étrangement. Bien sûr, se dit-il. Il devait être sous le choc.
- Vous devez être épuisé, en déduisit Milo. Venez avec moi au château, je vais m'assurer à ce qu'on vous soigne, et qu'on vous donne des vêtements, ajouta-t-il avec un sourire. Après un bon bain chaud vous serez sûrement plus à mène de me raconter comment vous êtes arrivé là.
Le jeune homme à la peau laiteuse secoua la tête, un air désolé sur le visage.
- Qu'y a-t-il ? s'inquiéta tout de suite Milo. Vous ne vous sentez pas bien ?
Pour toute réponse, le beau naufragé lui tandis son poignet, où se trouvait accroché un petit bracelet en cuir, seul trace d'habillage chez lui.
Le prince prit délicatement le poignet fin entre ses doigts, et faillit laisser échapper un petit soupire tant la peau de son vis-à-vis était douce.
- Camus, déchiffra Milo. Qu'est-ce que ça veut dire ?
En guise de réponse, le jeune homme aux cheveux bleus/verts se désigna lui-même.
- C'est votre prénom ? comprit le blond.
Camus hocha la tête en signe d'appréciation.
- Pourquoi vous portez un bracelet avec votre prénom ? Et dites, même si vous êtes sous le choc, vous pourriez me répondre quand je vous parle.
Camus lui jeta un regard navré, et la lumière se fit dans le cerveau du troisième prince.
- Oh, comprit-il en perdant son sourire étincelant. Vous ne parlez pas.
Il relâcha son poignet et jeta un coup d'œil à Écarlate, toujours sur son épaule. Le petit scorpion claqua de ses pinces. Moui, son ami venimeux avait raison : même si Camus n'était pas la personne qu'il cherchait, il ne pouvait pas le laisser planter là. Après tout, ce n'était pas sa faute.
- Venez, fit-il avec un air décidé et en prenant par le bras le beau jeune homme. Je vais vous soigner.
Et sans lui demander son avis, Milo entraîna Camus sur le petit sentier qui menait au château, où il allait encore se faire passer un savon pour être allé près de l'eau. Enfin cette fois, il aurait l'excuse d'avoir sauvé la vie de quelqu'un.
Sans essayer de comprendre comment il en était arrivé là, Camus barbotait tranquillement dans une grande bassine d'eau chaude recouverte de bulles de savons. Celui lui faisait très bizarre de se retrouver dans une eau douce sans avoir à en subir les conséquences, c'est-à-dire une déshydratation de la peau et des écailles, ainsi qu'une sévère irritation.
Le jeune homme ferma les yeux et se laissa aller contre le rebord de la baignoire. Rien que pour cet instant de détente, il pouvait bénir sa sœur. Et quelle rencontre il avait faite sur la plage, à peine une heure plus tôt ! Parce qu'à ce niveau là, ce n'est plus du hasard, ni même une coïncidence ! Il n'allait pas devoir perdre du temps à la recherche de son beau prince, il lui était carrément tombé dessus. Par contre, Camus n'avait pas du tout aimé la manière dont la flamme dans le regard de Milo s'était éteinte quand il avait compris qu'il ne parlait pas. D'un autre côté, c'était à prévoir : à chaque fois qu'il était venu l'espionner sous sa fenêtre, le blond fredonnait La légende de la petite sirène. Il avait dû se souvenir en grande partie de sa voix. Bon, en soi ce n'était pas dramatique, il n'aurait qu'à lui écrire ce qu'il s'était passé.
Un domestique vint le tirer de ses réflexions en lui apportant de quoi se vêtir, et le fit sortir du bain, maintenant qu'il était propre. Le valet s'extasia sur la douceur de la peau de l'ancien sirène, et lui passa un beau pantalon bleu cintré d'or, une délicate chemise blanche et des bottes de cuir noire. Ensuite, il le fit s'asseoir devant un miroir et entreprit de démêler sa longue chevelure bleue/verte.
- Eh bien, je m'attendais à voir des cheveux plus abîmés par le sel. Pour quelqu'un qui vient de survivre à un naufrage, vous êtes en excellent état, si je puis me permettre.
Camus sourit intérieurement. Sous sa forme de sirène, c'est s'il avait passé du temps à la surface qu'il se serrait abîmés ses longues et soyeuses mèches dont il avait toujours pris grand soin.
L'homme qui s'occupait de lui finit par poser sa brosse sur la coiffeuse et lui demanda de le suivre, qu'il allait le conduire dans la salle où la famille royale l'attendait pour dîner.
- Père, vous acceptez vraiment de dîner avec un parfait inconnu ?
- Pour la dixième fois Shura, oui ! s'énerva Dohko, assit sur son siège et qui présidait la grande table où neuf couverts avaient été dressés, à la différence des huit habituels. Ton frère vient de sauver la vie à un pauvre jeune homme, reprit le roi. Il est de mon devoir de lui offrir le gîte et le couvert. Et puis il ne va pas être si dérangeant.
- Ça c'est sûr, il est muet !
- Très fine remarque, Angelo, murmura un jeune homme aux cheveux blonds et étranges reflets lilas qui avait déjà pris place et qui semblait attendre que ses frères fassent de même. Maintenant si tu veux bien te joindre à nous...
Le prince de vingt-deux ans aux cheveux blancs grogna mais finit par s'asseoir sous le regard sévère de son père.
- Père, demanda un grand jeune homme à la carrure imposante et qui semblait avoir vingt ans. Pensez-vous que le bateau de cet homme que Milo a recueillit ait put faire naufrage à cause des sirènes ?
Dohko ne répondit pas tout de suite, se contentant de fixer son assiette encore vide d'un regard lointain.
- Si c'est le cas, finit-il par dire, il a de la chance de s'en être sorti vivant.
Le silence se fit, emplit de tragiques souvenirs. Il fut cependant brisé par l'arrivé discrète mais néanmoins remarqué de Camus.
- Sere-chan ?
Milo, qui jusque là était resté silencieux, ouvrit de grands yeux devant l'incarnation de la Beauté qui venait d'apparaître devant lui. Sans savoir exactement comment il était arrivé à ses côtés, il prit la main de Camus et l'emmena à sa place, juste à côté de lui.
- Père, mes frères, je vous présente Camus.
Les hommes présents dans la pièce saluèrent l'ex-sirène d'une signe de tête ainsi que d'un « bonjour » discret et poli pour certains.
- Camus, je vous présente mon père, le roi Dohko. Et voici mes frères, Shura, Angelo, Aldébaran, Shaka, Mû, et le petit là c'est Kilian, mais tout le monde l'appel Kiki.
Camus jeta un regard discret aux princes humains. Shura, qui par sa carrure et sa prestance semblait être l'aîné, était un jeune homme élancé au visage bien dessiné et courts cheveux noirs, les yeux de cette même couleur qui semblaient essayer de percer les mystères de l'âme. Assis à côté de lui, Angelo, qui semblait plus âgé que Milo mais néanmoins plus jeune que Shura, avait des cheveux d'un blanc étrange, une peau hâlée et des yeux d'un bleu assez pur, comme ceux de Milo, mais pas assez cependant pour cacher la lueur de méfiance qui s'y reflétait. À ses côtés se trouvait le dénommé Mû, qui devait avoir l'âge d'Aioros, et qui possédait une belle chevelure blonde aux reflets mauves et des yeux du même bleu que celui de ses frères. En face de Camus siégeait le petit Kiki, un gosse d'une dizaine d'années aux cheveux carottes et regard espiègle. Aux côté de l'ancien sirène se trouvait bien évidemment Milo, et près de celui-ci un jeune homme à la longue chevelure blonde et yeux clos, celui-là même qui avait parlé quand il était entré, et semblait maintenant en proie à une profonde réflexion, comme le montraient ses sourcils froncés. Et enfin en bout de table le dénommé Aldébaran, imposant par sa carrure et sa pilosité faciale, mais qui ne semblait pas vouloir faire de mal à une mouche.
Et en dernier, trônant parmi ses enfants et son invité, à la droite de Camus, le roi Dohko, le père de tous ces princes. Cet homme d'une quarantaine d'années semblait soucieux et fatigué, comme lassé par le temps et ses épreuves. Un regard que Camus ne connaissait que trop bien, pour l'avoir déjà vu à de nombreuses reprises chez son propre père. Il nota d'ailleurs l'absence notable de reine. La chaise vide en face de celle de Dohko prouvait pourtant de l'existence de celle-ci.
Suivant son regard, et semblant comprendre ses interrogations muettes, Milo lui répondit :
- Ma mère est morte quand j'avais douze ans.
Camus leva un sourcils, interrogé.
- Elle a été tuée par les pires créatures de l'univers, cracha Angelo. Des monstres sans cœurs que je voudrais exterminer jusqu'au dernier.
- Surveille tes paroles, murmura Shaka. Peut-être que notre invité ne partage pas totalement ton point de vue.
Le visage du second prince se crispa.
- Tu oses dire que le meurtre de notre mère, ce n'est rien ?
- Calme-toi, Angelo, fit Mû. Shaka n'a jamais dit ça.
- Et puis c'est vrai que tu y vas un peu fort, argua Aldébaran. Nous aussi nous les détestons, mais nous ne choquons pas les invités avec des propos vulgaires.
Et c'est reparti, sembla penser Milo qui leva les yeux au ciel.
- Angelo a raison, dit pourtant Shura, qui jusque là était resté silencieux. Ce qu'il faudrait ce serait exterminer ces monstres.
- Dans ta face de boudin, Bouddha !
- Angelo ! s'horrifia Mû.
- Shura et Angelo ont raison, fit le petit Kiki. Si je n'ai pas connu Maman, c'est de leur faute !
- Même le gamin est d'accord avec moi !
- Ce n'est pas une raison pour choquer les invités !
- Pas de dispute ce soir ! cria Dohko, en vain.
- Mère s'est faite dévorée par les sirènes ! explosa tout d'un coup le prince aux cheveux blancs. C'est une raison suffisante pour vouloir les exterminer !
L'atmosphère était devenue électrique : d'un côté Shura, Angelo et Kiki, de l'autre Aldébaran, Mû et Shaka, qui donnaient l'impression qu'ils allaient se sauter à la gorge d'un instant à l'autre.
- C'est toujours la même chose, soupira Milo. Dès qu'on parle des sirènes, ils se mettent à se disputer. Pour ma part c'est vrai que je ne les aime pas, mais je ne pense pas que ce soit une raison pour gâcher un repas de famille. Qu'est-ce que tu en penses, Camus ? Au fait, je peux te tutoyer ? ...Camus ?
À ses côtés, le jeune homme était devenu livide. Le regard fixe, il tentait de remettre ses idées en place. Milo... La mère de Milo avait été tuée par des sirènes. Et sa famille les haïssait. Angelo avait même dit qu'il souhaitait exterminer son peuple. Donc par extension lui-même...et sa famille. Il eut une pensée pour ses frères et sa sœur, les voyant se balancer, le corps inerte, au bout d'un harpon. Camus secoua ses longues mèches vert d'eau pour tenter de chasser cette vision de son esprit. Non, ça n'arriverait pas. Il allait séduire Milo sans lui parler de ses origines et il deviendrait humain, laissant son secret bien enfoui derrière lui. C'est ça. Il ne fallait surtout pas que Milo apprenne la vérité.
- Camus... ?
L'interpellé tourna la tête vers Milo, qui l'appelait pour la cinquième fois, sous les regards inquiets de sa famille, qui avait finit par interrompre leur dispute.
- Est-ce que tu vas bien ?
Le jeune homme se força à acquiescer.
Oui, bien sûr. Il venait d'apprendre qu'il avait probablement mangé la mère de l'homme qu'il aimait, mais tout allait bien.
Assis sur son trône, Shion fronça ses sourcils, agacé. Allons bon. Où était passé Camus ?
- Aucun d'entre vous n'a vu votre frère ? s'impatienta le souverain des océans.
Ses six enfants présents secouèrent la tête, négatifs.
- Personne ne l'a vu depuis qu'il est partit se promener, hier en fin d'après-midi, l'informa Aioros, un air passablement inquiet sur son visage.
- Tu es vraiment sûr de toi ?
Le jeune sirène hocha la tête.
- Personne ? Saga ?
- Désolé, Père.
Toutes ces réponses l'inquiétait. Il n'était pas dans les habitudes de son fils aîné de disparaître aussi soudainement et surtout aussi longtemps. Il se tourna donc vers son unique fille, et lui demanda, tentant de masquer l'angoisse dans sa voix.
- Serena ? Peux-tu localiser Camus s'il-te-plaît ?
La sirène de vingt et un an acquiesça, et ferma les yeux pour se concentrer, une légère lumière bleuté enveloppant son corps. Elle rouvrit les yeux et posa son regard perdu dans celui de son père.
- Je... Je n'arrive pas à le sentir.
Le Roi se leva précipitamment.
- Gardes ! appela-t-il. Fouillez toutes les grottes, toutes les fausses, jusqu'au moindre recoin de l'océan que personne ne dorme avant que vous ayez retrouvé mon fils !
Camus se réveilla entouré d'un halo de lumière tel qu'il n'en avait jamais vu. La chambre qu'on lui avait attribué était illuminée par la clarté matinale, donnant à cet endroit une sensation de bien-être. Le jeune homme se leva et fit quelques pas pour se dégourdir les jambes. Il avait rarement aussi bien dormi. Allongé dans un lit moelleux, bercé par le rythme lointain des vagues et surtout sous le même toi que l'élu de son cœur, sa nuit n'avait put n'être que reposante.
Soudainement, alors qu'il admirait les reflets des rayons du soleil sur la mer, la porte s'ouvrit pour laisser place à l'homme qui entait ses moindres pensées.
Milo, qui était venu chercher Camus pour une sortie en ville, rougit subitement à la vue de son naufragé dans son plus simple appareil. Celui-ci s'avança d'ailleurs vers lui, un fin sourire aux lèvres.
Le blond posa une main sur ses yeux et de l'autre repoussa le jeune homme, balbutiant des paroles sans queue ni tête.
- Ce n'est pas que la vue de ton corps nu me dérange...enfin si...je veux dire non ! Enfin...si tu pouvais t'habiller... Ce n'est pas que tu es laid, au contraire ! Tu es même très beau... Non ! Ce n'est pas ce que je voulais dire... Mais voilà si tu pouvais mettre quelque chose...
Mais qu'est-ce qu'il racontait ! Il allait réussir à le faire fuir.
De son côté, Camus esquissa un sourire. Milo le trouvait beau ? Il se mettrait nu plus souvent, alors. Surtout si ça permettait de mettre le prince dans ce genre d'états.
Une fois que l'ancien sirène fut habillé plus décemment, les deux jeunes hommes sortirent du palais pour se diriger vers la ville qui le bordait.
- J'ai obtenu qu'aucun garde ne nous accompagne, sourit Milo. Ce sera sûrement plus agréable pour toi.
Camus hocha distraitement la tête, le regard attiré par tout ce qu'il pouvait voir. Milo le remarqua, et fut très amusé par cette lueur discrète mais néanmoins présente dans le regard de son compagnon.
Il lui attrapa doucement le bras et lui dit :
- Viens, je vais te faire visiter.
Et sans plus attendre, le troisième prince de ce petit royaume emmena son nouvel ami à travers les rues de la capitale, lui présentant toutes les choses qu'il y avait à voir. Ainsi, ils s'arrêtèrent dans une librairie, et Milo fut stupéfait du nombre de livres que voulait acheter son beau naufragé. Mais il accéda cependant à sa requête, trop heureux de voir Camus sourire sous sa pile de bouquins. Même si c'était un sourire discret, il n'en demeurait pas moins étincelant.
Ils entrèrent ensuite dans une pâtisserie, où le blond fit goûter toutes les spécialités au jeune homme aux yeux aigues-marines, et qui trouva ces nouvelles saveurs fortes intéressantes. Mais malgré le nombre incalculable de sucreries que Milo lui fit avaler, la tarte à la pomme obtint la préférence de Camus, qui trouvait cette saveur douce-amer délicieuse.
Ils flânèrent ensuite dans les rues de la ville, Milo insistant pour faire cadeau à Camus d'un anneau en argent surmonté d'un saphir. Celui-ci fut quelque peu retissant, mais devant la mine de chien battu de son partenaire, il ne put que céder. Et puis la pierre était de la même couleur que les yeux de l'élu de son cœur. Ça lui ferait un souvenir.
Au bout d'une heure à déambuler dans les rues de la capitale, les oreilles fines de Camus furent attirées par ce qui ressemblait à de la musique. Intrigué, il entraîna Milo, qui se demandait ce que son ami avait bien put voir cette fois-ci.
La vérité était que, sur la grande place, accompagnés par des musiciens, des couples de danseurs s'étaient formés pour se perdre dans une danse populaire endiablée.
Devant le regard brillant de Camus, Milo ne put retenir un petit rire et tendit la main à son compagnon, qui le regarda, surpris.
- Tu veux que je t'apprennes à danser ? lui demanda-t-il.
Hésitant un instant, le beau jeune homme finit par accepter la main que lui tendait le prince. Heureux, celui-ci l'attira doucement au centre de la piste et lui montra les pas les plus simples de la danse.
À son grand étonnement, Camus était doué. Et au bout d'une demi-heure, il maîtrisait parfaitement tous les pas de cette danse populaire. Il attira même l'œil de plusieurs femmes, tout âges confondus. Ce n'était pas surprenant, songea Milo. Camus était un très bel homme.
- Vous dansez merveilleusement bien, le complimenta une fleuriste, à qui les deux hommes venaient de prendre quelques gardénias que Milo s'amusait à piquer dans la chevelure sombre de Camus.
- Je parie que vous n'avez jamais vu quelqu'un danser aussi bien, sourit le troisième prince.
- Si, une fois, répondit la fleuriste. Une jeune femme d'une grâce incroyable. Je crois qu'elle faisait parti d'une troupe de comédiens ambulants et qu'elle tenait le rôle de danseuse/chanteuse.
- C'était la plus belle femme que je n'ai jamais vu, ajouta son mari.
L'ancien sirène rit de bon cœur devant cette taquinerie et cette simplicité et cette joie de vivre qu'avaient les gens d'ici.
Milo l'emmena ensuite dans une grande étendue verte, une prairie, à en croire le blond. Là ils sortirent ce qu'ils avaient acheté pour déjeuner : de la viande, du pain, toutes sortent de légumes, des fruits frais, du fromage, de l'eau et du vin. C'était très différent de ce que Camus avait pu manger au court de sa vie, mais tout aussi délicieux. Le sortilège avait-il aussi transformé ses papilles gustatives ?
Quant à Milo, il regardait avec douceur ce jeune homme étrange qu'il avait repêché hier après-midi en se promenant sur la plage. Il avait parfois l'impression que Camus découvrait le monde pour la première fois, tant il regardait tout avec une curiosité et un désir d'apprendre évidents. Même si ses sourires étaient discrets et son apparence froide, Milo avait envie de veiller sur lui. Il n'oubliait pas le bel inconnu qui l'avait sauvé de la noyade, mais il pouvait aussi passer du temps avec cet homme-là. Et puis, ils avaient l'air bien partis pour devenir amis.
Une fois le déjeuner terminé, le prince emmena son invité faire une promenade en barque sur le lac.
- J'allais souvent ici du temps de ma mère, expliqua-t-il face au regard interrogateur de son vis-à-vis. Elle disait que si on restait longtemps immobile à écouter les bruits de la nature, on pourrait apercevoir une fée ou une autre créature enchanteresse. J'ai passé des heures à jouer ici avec mes frères. Je regrette un peu que Kiki n'ait pas ce privilège.
Il s'arrêta un instant pour soupirer puis reprit, tout en continuant de ramer :
- Mais mon père est devenu paranoïaque il veut contrôler nos moindre faits et gestes, de peur qu'il nous arrive malheur. C'est en soit un miracle que j'ai pu t'emmener jusqu'ici.
En face de lui, Camus se sentit touché par le récit de Milo. Doucement, il approcha sa main pour la poser sur celle de son interlocuteur.
Et même s'il ne pouvait pas parler, Milo put sentir toute la compassion du monde dans ce regard de glace à la fois envoûtant et déstabilisant.
Ils se regardèrent pendant un long moment les yeux dans les yeux, Milo sentant ses forces le quitter et Camus son cœur battre de plus en plus fort. Leurs visages se rapprochèrent lentement, leurs yeux commencèrent à se fermer, leurs lèvres se frôlèrent...
Et ils se retrouvèrent dans l'eau.
Un peu gêné, Milo se mit à rire. Que venait-il de se passer ? La situation était grave, s'il se mettait à vouloir embrasser son ami juste parce qu'il ressemblait à l'homme qui lui avait accordé le plus doux des baisers il y a de cela un peu plus d'une semaine.
Heureusement, ce n'était pas profond, et ils purent regagner la rive sans trop de problèmes. Et pour se sécher, Milo proposa à Camus de l'emmener dans l'endroit le plus magnifique qu'il connaisse. Intrigué, l'ancien sirène acquiesça aussitôt.
Et c'est ainsi que, une heure plus tard, les deux jeunes hommes étaient assis l'un à côté de l'autre, à contempler le soleil sombrer dans la mer au sommet d'un vieux phare abandonné.
Pour Camus, qui n'avait jamais assisté à un couché de soleil, c'était quelque chose d'à la fois fantastique et merveilleux. Toutes ces nuances de couleur, allants du rose au violet en passant par du rouge, du jaune et du orange, c'était vraiment incroyable. Il avait l'impression de voir l'océan s'embraser.
- Je n'ai jamais emmené personne ici, lui confia Milo.
Ils restèrent silencieux. L'un par impossibilité de prendre la parole, l'autre par nécessité.
- Je ne sais pas exactement pourquoi, commença le prince, mais je me sens bien, avec toi. Même si tu ne me réponds pas, je n'ai pas l'impression d'être seul. Et Dieu sait que je l'ai été...
Cet aveu brisa le cœur de Camus. Lui était d'un naturel solitaire, mais aussi loin qu'il se souvienne, il avait toujours été entouré de l'amour de sa famille. Il pensait qu'il en était de même pour Milo, qui vivait dans une famille aussi nombreuse que la sienne, mais il fallait croire qu'il se trompait. C'était triste, songea-t-il. Avoir autant de monde autour de soit et se sentir invisible.
- Il y a encore peu de temps, je pensais que ma vie ne valait rien, ou du moins pas grand chose. Je suis le troisième prince, et même si je meurt, il y aura quelqu'un pour me remplacer. Mon père n'est plus que l'ombre de lui même depuis le décès de ma mère, et mes frères passent leur temps à se crier dessus. Du coup moi, qui aime l'océan et sentir le vent dans mes cheveux, je me sens un peu à l'écart, et je me demande si ça vaut vraiment la peine que j'existe.
Milo marqua une courte pause, toujours sans le regarder, et reprit :
- Mais il y a peu de temps, quelqu'un m'a sauvé la vie. Je ne sais pas qui c'est, et je sais que je ne le reverrai sans doute jamais mais... Je ne peux pas m'empêcher d'espérer. C'est la première personne à avoir accordé de la valeur à ma vie, et à m'avoir sauvé non pas parce que c'était une obligation ou parce qu'il souhaitait quelque chose en échange, mais juste parce qu'il a estimé que ma vie avait de la valeur et que je devais continuer de vivre. Quand cet homme m'a embrassé, j'ai eu l'impression que mon cœur se mettait à battre de nouveau, comme s'il s'éveillait d'un long sommeil. C'est triste à dire, mais c'est mon premier amour.
Le jeune homme aux amples boucles blondes tourna enfin son visage vers celui de Camus, et le regarda avec un mélange de tristesse et de douceur.
- Tu lui ressembles beaucoup, je trouve. Je pense que c'est pour ça que je t'apprécie autant. Tu me le rappelles, et en même temps tu es différent.
Dans d'autres circonstances, Camus aurait sûrement rit de savoir qu'on le trouvait différent de son « lui » d'il y a une semaine, mais là il ne put qu'accrocher ses yeux à ceux saphirs de Milo.
La lueur dans les pupilles magnifiques de son interlocuteur changea brusquement, se teintant maintenant de joie et d'espièglerie.
- Dis-moi, puisque tu sais lire, tu dois probablement savoir écrire, aussi ?
Le prince des mers hocha prudemment la tête, ne voyant pas où il voulait en venir.
- J'aimerais beaucoup en apprendre plus sur toi, s'exclama alors Milo. Ça te dirais de me raconter ton histoire ?
Camus paniqua légèrement, mais ne le montra pas. Il prit un instant pour remettre ses idées en place, et finit par attraper l'épaule du troisième prince et lui sourire timidement, comme une réponse positive à sa demande.
Tant pis s'il omettait quelques détails de l'histoire, comme le fait qu'il était un sirène, par exemple.
Milo ne dormait pas. Il restait allongé dans son lit, les yeux grands ouverts à contempler le plafond. Il faudrait qu'il demande aux servantes de faire les poussières là-haut, d'ailleurs. Parce que là, il pouvait déjà compter trois toiles d'araignées. Pas que ça le dérange particulièrement, il aimait bien les arachnides, en témoignait son vivarium remplit de scorpions, mais bon, il était prince et vivait dans un château. Il estimait avoir le droit à un minimum de propreté chez lui.
Le jeune homme fut arraché de ses contemplations par un bruit étouffé provenant de la pièce voisine... : la chambre de Camus.
Milo pouvait très distinctement entendre des bruits semblables à des gémissements. Sauf que voilà : le naufragé était censé être muet.
Pris d'une soudaine angoisse, le prince se leva pour aller ouvrir la porte communicante avec la chambre de son ami et passer une tête ébouriffée par l'entrebâillement.
- Camus ? Tu vas bien ?
Le jeune homme aux cheveux verts d'eau ne réagit pas. Il dort, comprit Milo.
Doucement, le jeune prince se rapprocha de celui qui dormait profondément et s'assit sur son lit, le regard légèrement inquiet.
Camus tressautait inexplicablement, le front perlant de sueur à la lumière de la lune. Et, s'échappant de sa bouche, quelques gémissements entre-coupés de paroles presque inaudibles.
- Camus ? rappela doucement Milo.
Tremblant, il posa sa main fraîche sur le haut du visage de son ami aux cheveux océans, ce qui sembla l'apaiser pendant un instant.
Trouvant sa température corporelle anormalement basse, le blond se rapprocha et, sans prévenir, se retrouva propulsé aux côté de Camus, qui vint le serrer contre lui, comme si sa vie en dépendait.
- Serena, murmura-t-il.
Qui ? Milo ne comprenait plus rien. Pourquoi Camus, qui était censé être muet, se mettait-il à parler dans son sommeil ? Pourquoi sa peau était-elle si fraîche ? Et qui était cette Serena, qu'il semblait appeler inconsciemment ?
Se trouvant soudain gêner par sa proximité soudaine avec le bel endormi, le prince toussota légèrement et secoua l'épaule de son ami pour le réveiller. Ce qui ne fut pas très compliqué, Camus ayant un sommeil relativement léger.
L'ancien sirène ouvrit lentement les yeux et tomba nez à nez avec le visage inquiet de Milo, ce qui le fit se redresser immédiatement.
- Milo ! ne put-il s'empêcher de s'exclamer.
- Camus... Tu parles ?
Intérieurement, le jeune homme aux cheveux bleus/verts se maudit de s'être laissé aussi facilement dérouter par la présence enchanteresse de son amour secret. Il réfléchit un instant, histoire d'inventer un mensonge crédible.
- Oui, finit-il par murmurer, le rouge aux joues.
- Pourquoi ne pas me l'avoir dit ? demanda le prince aux boucles blondes, le ton plein de surprise et d'incompréhension.
- Je ne pouvais pas, révéla le prince des océans. Du moins le jour, je ne peux pas.
- Le jour ?
Le jeune homme fronça les sourcils, ne comprenant pas plus.
- Je ne peux parler que la nuit, c'est comme ça.
- Je n'ai jamais entendu parler d'une telle maladie, fit prudemment son vis-à-vis.
- Ce n'est pas une maladie, révéla Camus. C'est un sortilège.
- Un sortilège?
- Une malédiction, si tu préfères.
- Tu as été...maudit ?
Il hocha la tête.
- Je ne peux reprendre la parole qu'à la tombée de la nuit, quand le soleil a disparu du ciel. Et dès qu'il se relève, je suis de nouveau muet.
Milo passa une main réconfortante sur le bras de son ami.
- Je suis désolé, je ne savais pas.
Il hésita un instant, avant de demander :
- Tu fais souvent des cauchemars ?
- Je... Oui. Toutes les nuits, en fait.
Milo fixa un long moment Camus dans les yeux, puis lui demanda, avec le plus grand sérieux :
- Tu veux que je dorme avec toi, cette nuit ?
L'ancien sirène cligna des yeux.
- Pardon ?
- Tu veux que je dorme avec toi ? Peut-être que tu auras moins peur.
Camus réfléchit un instant. Une partie de son cerveau lui criait de sauter sur l'occasion, tandis que l'autre lui rappelait que ce n'était absolument pas convenable.
Oh et puis au diable ses principes.
- D'accord, Milo.
Tout contentant, le prince aux boucles blondes se cala confortablement sur les oreillers de son ami et contre Camus lui même, plus rouge qu'une tomate. Néanmoins, après quelques minutes où Milo lui caressa tendrement les cheveux, il finit par s'endormir tranquillement.
Milo passa quelques minutes de plus à contempler le visage du jeune homme endormi. On aurait dit un enfant.
Ne pouvant résister, il passa tendrement sa main sur la joue de Camus en murmurant :
- Je ne sais pas ce qui te fait faire autant de cauchemars, mais ça devrait être un crime de torturer quelqu'un d'aussi beau et d'aussi gentil que toi.
Et il s'endormit à son tour, sa dernière pensée lucide étant, avec un léger pincement au cœur, Je me demande qui est Serena...
Saga n'hésita pas un instant avant de franchir le rideau d'algues mauves qui barrait l'accès à la chambre de la princesse héritière. Cet endroit n'était pas utilisé souvent, sa sœur aînée squattant la chambre des princes et passant le reste de son temps entre le palais et la grotte marine où elle exerçait en tant qu'enchanteresse. Pourtant, l'endroit était toujours impeccablement propre et bien rangé.
Le jeune sirène de vingt ans s'approcha de la fine silhouette qui se tenait penchée au dessus d'un livre couvert de runes antiques que peu de gens savaient encore déchiffrer. Saga, en bon érudit, avait bien entendu appris leur maniement, mais il n'était pas venu ici pour tester son niveau en langues anciennes.
- Qu'as-tu fait, Serena ?
Sa grande sœur tourna un visage un peu étonné vers lui.
- Qu'est-ce que tu fais là, Saga ?
Son frère éluda la question.
- Je répète : qu'est-ce que tu as fait ?
La sirène aux longs cheveux verts d'eau fronça les sourcils, ne semblant pas comprendre.
- Si je t'ai offensé en quoi que ce soit, j'en suis désolée, crois moi.
- Ce n'est pas de moi qu'il est question.
Saga s'avança pour planter son regard bleu dans celui si semblable de Serena, qui avait croisé ses bras sous sa poitrine recouverte de coquillages, l'air de celle qui ne comprend pas – ou qui ne veut pas comprendre.
- Qu'est-ce que tu as fait à Camus ?
Ce fut très léger, tellement infime qu'une personne non habituée ne l'aurait pas remarqué, mais la respiration de sa sœur fit un accroc.
- Tu insinues que je suis responsable de la disparition de Camus ?
- Je ne pense pas que tu y sois étrangère, en tout cas.
Le frère et la sœur se défièrent du regard pendant un instant, et Serena finit par lâcher, perfide :
- Tu oses prétendre que j'aurais fait disparaître Camus ? Que j'aurais tué mon propre frère ?!
- Je ne sais pas ce que tu en as fait, mais je compte bien le découvrir.
Camus se réveilla le nez enfouit dans la chevelure blonde et bouclée de Milo. Le jeune homme prit un instant pour savourer l'odeur si apaisante qui s'en dégageait, puis se leva doucement. Ou tout du moins essaya.
Milo l'avait fermement attrapé contre lui et le maintenait prisonnier de ses bras puissants. Le rouge aux joues, Camus tenta de se défaire de l'étreinte poulpesque de celui auquel il comptait bien prétendre, mais n'arriva pas à bouger d'un millimètre.
Mince, si on les trouvait dans cette position, il était bon pour se faire exécuter. On ne discutait pas avec les lois humaines, il le savait.
Prenant son courage à deux mains, l'ancien sirène se mit à parcourir toutes les zones du corps de Milo qu'il savait sensible de ses doigts fin et habiles. Et en à peine quelques secondes, le prince se réveilla dans un grand éclat de rire.
- Bonjour Camus, fit-il en essuyant les larmes qui perlaient au coin de ses yeux – Milo était particulièrement sensible aux chatouilles.
Il se rendit alors compte de l'état de gène avancé de son ami et s'empressa de s'écarter de lui.
Oups. Boulette.
- Je suis désolé, dit-il. D'habitude, c'est mon oreiller que je sers comme ça.
Camus lui fit comprendre d'un signe de la main que ce n'était rien.
Les deux jeunes hommes partirent s'habiller et se retrouvèrent devant les appartements du prince, et ce dernier sourit en voyant son ami le regarder avec des yeux émerveillés.
- Nous ne quitterons pas le palais aujourd'hui, l'informa Milo. Comme j'ai cru comprendre que tu aimais les livres, je nous emmène dans la bibliothèque.
Le sourire qui naquit sur les lèvres de Camus valait tout l'or du monde, pensa le blond en prenant fermement sa main dans la sienne, et l'entraînant parmi les couloirs du château. Il avait hâte de voir celui que son ami aborderait lorsqu'il verrait la quantité incroyable de livres que les différents souverains avaient amassés au fil des siècles. Et il ne fut pas déçut. Le sourire qu'afficha alors le prince des océans aurait suffit à éclairer la ville entière.
Ils passèrent ainsi la journée à feuilleter parmi les immenses étagères de la bibliothèque royale, Camus s'émerveillant toujours plus de ce qu'il découvrait. Il put ainsi dévorer une histoire sur deux amants maudits dans une ville appelée Vérone, lire un livre sur un couple persécuté par leurs collègues pendants leurs premières vacances en amoureux, et trouver un ouvrage sur un mage et un chevalier partant au secours d'une princesse en détresse et liant des liens tout d'abord d'amitié puis d'amour sincère(1).
- Tu aimes bien les histoires d'amour, on dirait.
La voix de Milo l'interrompit dans sa passionnante lecture sur un pauvre bossu amoureux d'une belle gitane (2).
Camus hocha la tête, et Milo pencha la sienne pour décrypter le titre du livre.
- Vous n'avez pas ce genre d'histoires, là d'où tu viens ?
Le jeune hommes aux yeux aigues-marines fit la moue.
- Ça te dirais, ce soir, quand tu pourras de nouveau parler, de me raconter une histoire de chez toi ?
Camus hocha de nouveau la tête, heureux que son prince de cœur lui demande une telle chose. Les sirènes aussi avaient de belles histoires.
De son côté, caché derrière les étagères, Angelo fronça les sourcils. Comment ça « quand tu pourras de nouveau parler ? ». Il en étais sûr, il y avait quelque chose de louche avec le protéger de son jeune et insouciant petit frère. Il avait eu raison de faire basculer cette barque, hier après-midi.
Une fois le soir venu, les deux amis se glissèrent sous la couette de l'ancien sirène et se blottirent l'un contre l'autre. C'était un peu embarrassant pour Camus, qui avait des sentiments pour le prince, mais Milo trouvait ça amusant, ça lui rappelait son enfance, du temps où sa mère vivait encore.
- Alors ? Quelle belle histoire as-tu à me raconter ?
- Je ne sais pas si je suis très doué pour ce genre de choses, fit Camus, modeste. Mais il y a une histoire assez connu là d'où je viens que j'apprécie particulièrement.
- Raconte.
Les yeux de Milo pétillaient. Visiblement, il avait hâte que le jeune homme aux cheveux bleus/verts prenne la parole.
Camus se racla la gorge et commença :
- Ça s'appelle Vincit qui se vincit (3). « Il était une fois, dans un pays lointain, un jeune prince qui vivait dans un somptueux château. Bien que la vie l'ait comblé de tous ses bienfaits, le prince était un homme capricieux, égoïste et insensible. Un soir d'hiver, une vieille mendiante se présenta au château et lui offrit une rose en échange d'un abri contre le froid qui faisait rage. Saisi de répulsion devant sa misérable apparence, le prince ricana de son modeste présent et chassa la vieille femme. Elle tenta de lui faire entendre qu'il ne fallait jamais se fier aux apparences, et que la vraie beauté venait du cœur. Lorsqu'il la repoussa pour la seconde fois, la hideuse apparition se métamorphosa sous ses yeux en une créature enchanteresse. Le prince essaya de se faire pardonner, mais il était trop tard car elle avait compris la sécheresse de ce cœur déserté par l'amour. En punition, elle le transforma en une bête monstrueuse et jeta un sort sur le château ainsi que sur tous ses occupants.
Horrifiée par son aspect effroyable, la Bête se terra au fond de son château, avec pour seule fenêtre sur le monde extérieur, un miroir magique. La rose qui lui avait été offerte était une rose enchantée qui ne se flétrirait qu'au jour de son vingt et unième anniversaire. Avant la chute du dernier pétale de la fleur magique, le prince devrait aimer une femme et s'en faire aimer en retour pour briser le charme. Dans le cas contraire, il se verrait condamné à garder l'apparence d'un monstre pour l'éternité. Plus les années passaient et plus le prince perdait tout espoir d'échapper à cette malédiction ; car en réalité, qui pourrait un jour aimer une bête ? »
Au fil de son récit, les yeux de Camus avaient dévié vers les lèvres de Milo, tout comme ceux de l'autre homme étaient irrésistiblement attirés par la bouche vermeille de son ami. Tout doucement, leurs visages se rapprochèrent, et leurs yeux se fermèrent.
Qui pourrait un jour aimer une bête... ?
Alors que leurs lèvres commençaient à se frôler, Camus se leva subitement, soudain pris d'un étrange frisson à la fois brûlant et glacé.
- Camus ? l'appela Milo alors qu'il partait se réfugier sur le balcon. Tout va bien ?
Le jeune homme ne lui répondit pas. Les yeux dans le vague, perdus dans la contemplation des reflets de la lune sur l'océan infini, l'écho de ses propres paroles lui revenaient en tête. Des sirènes avaient tué la mère de Milo, et depuis sa famille voyait son peuple comme des monstres. Et c'était ce qu'il était un monstre. Il ne pouvait pas cacher une telle chose à l'homme qu'il aimait. Si le prince devait tomber amoureux de lui, ce serait pour ce qu'il était vraiment, et non pour une idée qu'il se faisait de lui-même. Après tout, c'était de sa forme aquatique qu'il s'était épris.
Camus se tourna vers la chambre et plus particulièrement le lit où Milo l'attendait toujours.
- Milo, il faut que je t'avoue quelque chose.
Angelo parcourait rapidement des yeux le registre de chasse qui était tenu depuis près de vingt ans, à la lumière d'une petit lampe à huile et sous le regard impénétrable de son frère aîné.
- Je peux savoir pourquoi tu me traînes à cette heure dans le bureau de Père, Angelo ? claqua la voix sèche de Shura.
- Toi aussi tu trouves qu'il y a quelque chose qui ne va pas avec le naufragé que Milo a recueillit, non ?
- Je n'aime pas cet homme.
- À tenter qu'il en soit bien un.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
Angelo laissa échapper un petit cri de victoire tandis que son frère se rapprochait pour lire par dessus son épaule.
- Le recueil de chasse à la sirène ? Mais pourquoi tu-
- Là.
L'homme aux cheveux blancs pointa du doigt une des enluminures qui parsemaient la page. De son doigt mat, il désignait le portrait d'une sirène aux immenses cheveux violets qui avait été attrapée il y a dix ans de cela.
- Je savais que j'avais déjà vu ce mec quelque part, mais là ça devient tout de suite plus clair.
- Je ne te suis pas, fit Shura en fronçant les sourcils.
- Regarde, bordel ! Les mêmes traits fins, la même peau blanche, le même air sur le visage...
La lumière se fit soudainement dans l'esprit de l'héritier.
- Tu veux dire que tu penses que Camus est...
- Je ne le pense pas, j'en suis persuadé et convaincu. Ce type est une sirène qui est venu sur terre pour se venger de la mort de ses semblables. C'est pour ça qu'il ne parle que la nuit.
Le brun leva la main pour couper le plus jeune.
- Même si je dois dire que je n'apprécie pas particulièrement Camus, tu ne peux pas l'accuser sans preuves. Et qu'est-ce que c'est que cette histoire de parler seulement la nuit tombée ? Je croyais qu'il était muet.
Angelo ricana.
- Et bien figure-toi que non. J'ai entendu Milo en parler tout à l'heure dans la bibliothèque, et ce cher noyé peut parler après le coucher du soleil. Et d'ailleurs quand on y réfléchi, ça concorde avec la chanson sur les sirènes dont Milo nous rabat sans cesse les oreilles depuis une semaine. Si ces créatures du diable viennent sur terre, elles perdent l'usage de leur voix. Ça tombe sous le sens, non ?
Shura réfléchit un instant, méditant sur les paroles de son petit frère. Si Angelo avait raison, cela voulait dire que...
- Milo est en grand danger.
- Exactement. Réveille Père et les autres et emmène les dans la salle du trône, moi je vais chercher les gardes et arrêter ce sale monstre. On a va le faire passer aux aveux devant toute notre famille.
Le prince aux courts cheveux bruns hocha la tête, prêt à rendre justice auprès de sa famille.
- Milo, il faut que je t'avoue quelque chose.
La porte s'ouvrit avec fracas, faisant sursauter les deux hommes.
- Gardes ! s'écria Angelo, qui menait la troupe. Emparez-vous de cet homme !
Les soldas s'exécutèrent, attrapant fermement Camus par les bras et le traînant hors de la chambre, sous les cris indignés de Milo, qui avait prestement quitté le lit de son ami.
- Angelo ! Pourquoi tu fais ça ?!
- Désolé petit frère, fit le plus âgé en posant sa main sur son épaule. C'est pour ton bien.
- Mon bien ? répéta Milo, qui ne comprenait pas.
- Suis moi, lui dit simplement son frère.
Le prince aux cheveux blancs entraîna son cadet à travers les couloirs du palais, le menant dans une pièce que le blond reconnu immédiatement pour être la salle du trône, où leur père siégeait déjà, et aux côtés duquel se trouvaient ses frères. Et ils avaient beau être à moitié déshabillés pour certains, leur expression n'en restait pas moins terrifiante.
- Que ce passe-t-il ? demanda le troisième prince.
Shura fit un signe de la main tandis qu'Angelo l'emmenait à sa place, près de son père.
- Que ce passe-t-il ? répéta Milo en voyant Camus être traîné devant eux par des soldats de son frère.
- C'est peut-être un malentendu, hasarda Aldébaran, ignorant la question de son aîné.
- Nous allons voir, décréta Dohko, qui se pencha un peu en avant. Camus.
L'intéressé redressa la tête à l'entente de son prénom.
- Est-il vrai que tu peux parler ?
Le cœur du prince des océans s'accéléra. Non. Ils n'avaient tout de même pas...
- Bien sûr qu'il peut parler, s'énerva Milo. Il a été maudit et retrouve l'usage de la parole à la tombé de la nuit.
- Maudit ? demanda Shura. Ou bien transformé en humain ?
Le prince Shaka tourna un peu trop vivement la tête pour sa réputation d'homme calme.
- Transformé en humain ?
- On ne t'as pas informé, Shaka ? fit hautainement Angelo.
- Camus, reprit le roi, ignorant l'intervention de ses fils. Répond honnêtement à cette question. Es-tu une sirène transformée en humain?
Cette fois-ci, son cœur rata un battement, et sa respiration s'arrêta. Il redressa la tête et jeta un regard emplis de peur et de détermination à la famille royale.
- Mais qu'est-ce que vous racontez ? s'écria Milo. Camus n'est pas une...
- Si.
L'assistance se tut.
- Si, je suis bel et bien une sirène, à qui l'on a jeté un sort pour le transformer en humain.
- ...Quoi ?
- Milo, fit calmement Camus. C'est ce que j'ai essayé de te dire tout à l'heure, avant que ton frère n'intervienne. Je t'ai sauvé de la noyade quand ton bateau a fait naufrage. Je t'ai ramené sur la plage, et je suis tombé amoureux de toi. J'ai demandé à une magicienne de mon peuple de me transformer en humain pour que je puisse vivre avec toi, et en échange elle m'a prit ma voix. Je comptais te dire la vérité, tu dois me croire.
En face de lui, Milo s'était décomposé. Camus était... Il avait été sauvé par... Non. C'était impossible.
Lentement, le prince se leva et descendit les marches jusqu'à se retrouver en face de celui qu'il avait pris pour son ami, et qu'il avait même commencé à aimer.
- Tu m'as menti, souffla-t-il, peiné.
- Je ne pouvais pas parler, se justifia l'autre. Et au moment où j'allais te le dire ton fr...
- TU M'AS MENTI !
Le blond venait de lui décocher une gifle magistrale, et le tenait maintenant par les épaules pour le secouer avec force et violence.
- Tu savais que je haïssais les sirènes, que c'était elles qui m'avaient pris ma mère. Et tu t'es joué de moi, alors que je t'ai ouvert mon cœur !
Milo avait maintenant deux sillons brûlants sur les joues. Camus aurait voulu les effacer, mais il ne pouvait pas, ses mains étaient liées dans son dos, et l'homme qu'il aimait ne supporterait sûrement pas qu'il le touche. Cette constatation lui serra le cœur.
- Tuez-le, ordonna sèchement Angelo.
Les gardes dégainèrent leurs épées, et l'ancien sirène ferma les yeux.
- Attendez, s'écria Milo. Donnez-moi votre épée.
Les yeux de Camus s'agrandirent. Milo n'allait tout de même pas le tuer!
Le troisième prince leva son épée haut au-dessus de sa tête, et l'abattit violemment...sur les liens qui maintenaient l'homme aux cheveux verts d'eau prisonnier.
Camus regarda l'homme en face de lui avec un regard plein d'incompréhension.
- Une vie, pour une vie.
Milo planta un regard dur dans celui aigue-marine de son vis-à-vis.
- Tu as sauvé ma vie, je te rends la pareille. Maintenant vas-t'en, et ne reviens jamais.
D'un mouvement de tête, il fit signe aux gardes de l'emmener dehors. Bien trop abasourdit par ce qu'il venait de se passer, le prince des océans ne résista pas. Ce n'est que lorsqu'il fut dehors que son cœur se brisa, et qu'il éclata en sanglots.
Les heures de la nuit avaient passé, et le soleil pointa ses premiers rayons sur un rocher où se trouvait recroquevillé un homme à la longue chevelure bleue/vertes qui regardait l'océan, ses yeux vides baignés de larmes.
Lentement, alors que le jour se levait, Camus déplia ses longues jambes fines pour faire un pas dans l'eau. Il avança jusqu'à ce que, le visage noyé de ses larmes salées, l'eau ne viennent l'engloutir et ne lui rende une forme qu'il n'aurait jamais dû quitter.
Le sortilège venait de prendre fin.
Alors Camus se mit à nager de toutes ses forces, le plus vite possible, pour rejoindre les siens et quitter ce monde de désespoir.
Lorsqu'il arriva au palais, il ne fit même pas attention aux gardes qui tentèrent de l'arrêter, ni à ses frères qui se jetèrent sur lui pour lui demander où il était depuis trois jours et si il allait bien. Il se contenta de les ignorer pour regagner sa chambre et s'asseoir sur l'immense fenêtre qui bordait son lit, sous le regard désolé de sa jumelle.
Saga serra les poings. Il vira de la nageoire et se dirigea vers la salle du trône où se trouvait son père, laissant ses frères et sa sœur tenter de savoir ce qui était arrivé à Camus. Même si Serena et Aphrodite savaient parfaitement bien de quoi il en retournait.
- Vous êtes tout les deux consignés au palais.
- Oui, père.
Le ton de Shion était dur, empreint de colère et de tristesse, tout comme son regard qu'il passa sur sa fille unique et son quatrième fils.
- Pourquoi tu ne nous jettes pas en prison ?
- Serena ! Tu resteras consignée jusqu'à ce que tu ais compris ce que tu viens de faire !
- Qu'est-ce que nous avons fait ? Dis-le moi Père.
Aphrodite se tourna vivement vers sa sœur.
- Serena tais-toi voyons !
- Non ! Nous n'avons vraiment rien fait de mal.
Elle nagea pour se retrouver en face de son père.
- Nous avons seulement voulu aidé Camus...
- Tu sais pourtant que c'est illégal.
- Mais pourquoi ? Pourquoi on a pas le droit d'aimer les humains !
Shion sembla hésiter un instant, puis lâcha :
- Cette discussion est terminée.
- Non ! Dis-le moi.
- Je regrette je n'ai pas à me justifier devant toi.
Le roi se leva et se dirigea vers la sortie, Serena le suivant obstinément.
- Mais je ne comprends pas... J'aime aller à la surface.
- Je ne veux pas que mes enfants se fassent tuer par les humains !
Serena recula un peu face à la soudaine colère du sirène aux cheveux verts. Elle baissa les yeux et sembla réfléchir un instant, avant de lâcher en passant devant Shion :
- Je n'ai peut-être pas beaucoup de souvenirs de ma mère, mais je suis sûre qu'elle n'aurait pas approuvé ça.
La jeune sirène s'enfuit ensuite en direction de la chambre de ses frères, qui était un peu devenu la sienne au fil des années.
Elle passa le rideau d'algues et se posta devant un miroir, avant de laisser échapper un sanglot. En relevant la tête, elle vit à travers le reflet que Saga la regardait.
- Saga... ?
- Il faut toujours que tu ailles trop loin.
Son frère passa devant elle pour rejoindre son lit, suivit de son jumeau, et d'Aphrodite.
- Quoi ?
Elle se tourna vers Aioros et Aiolia, qui étaient restés à côté d'elle.
- C'est terminé Serena, fit ce dernier en entraînant son frère vers leurs lits.
- Mais... Il avait enfin trouvé le bonheur.
Saga lui lança un regard peiné avant de le tourner vers son aîné, toujours assis sur le rebord de la fenêtre.
- Regarde-le. Où vois-tu du bonheur ?
Serena regarda ses frères un à un, cherchant un quelconque soutien quelque part. Mais ils demeuraient obstinément couchés dos à elle.
La sirène de vingt et un an serra les poings et fit volte face, sortant de la chambre et même du palais, pour se diriger vers le seul endroit où elle pourrait voir le soleil briller.
(1) références respectivement à Roméo et Juliette de William Shakespeare, à Vacances Improvisées de Millénium d'Argent et Sauver la Princesse de Dreamingindividual. Les deux dernières sont des fanfictions que j'apprécie particulièrement et que je vous conseil vivement d'aller lire si ce n'est pas déjà fait
(2)Notre Dame de Paris de Victor Hugo
(3)trad : vaincra celui qui se vaincra lui-même / les paroles de l'histoire sont celles du prologue de la Belle et la Bête
Merci à tous de m'avoir lue ! On se retrouve au prochain chapitre !
