Bonjour à tous !
Avec un léger décalage (ce sera sans doute nécessaire en travaillant à deux), voici le texte pour le second jour de l'Inktober 2020. Cette fois-ci, c'est mon tour de partager avec vous un petit texte.
Nous rappelons à toutes fins utiles que nous n'apprécions pas les ajouts en favoris sans reviews. Nous ne forçons personne, mais respectez cette demande, s'il vous plaît !
Disclaimer : Tous les personnages appartiennent à Masami Kurumada.
Nous vous souhaitons une agréable lecture !
2- Wisp (Feu follet)
par Saharu-chan
La première fois, il s'était frotté les yeux, persuadé qu'il était en train de rêver. De devenir fou. Ou bien certain que son maître avait fini par endommager sa vue de façon permanente. Après autant de coups, ce n'était pas à exclure. Il s'était habitué à ne voir correctement que d'un côté, cumulant les coquards depuis plusieurs années. Puis, il avait sincèrement cru— espéré— que cela n'était qu'une énième illusion lancée par Saga pour le punir après qu'il ait encore dépassé les bornes à l'entraînement. Car autour de lui, il y avait ces centaines de petites flammes bleu grises qui dansaient, se déplaçaient, recouvrant tout ce qu'il entourait où qu'il se tournât.
Par la suite, non content de les voir, il avait pu les entendre. Ces murmures fantomatiques, qui n'avaient de cesse de l'appeler. De le tenir éveillé. Il avait beau presser l'oreiller sur sa tête, s'enterrer sous ses draps, rien n'y faisait. Les échos désincarnés continuaient de résonner. Il avait demandé à ses meilleurs amis si eux aussi voyaient les feux follets. A la façon qu'ils avaient eu de le regarder, il avait su que quelque chose clochait.
Alors un soir, ignorant leur expression inquiète après qu'il ait posé une énième fois la question, il avait marché vers le sommet de la falaise, ne quittant pas des yeux ces êtres étranges. Et plus il avançait, plus le monde autour de lui semblait se ternir : les couleurs de l'été Grec disparaissaient, au profit d'ombres toujours plus grandissantes, dans lesquelles il se sentait étrangement à son aise.
« Angelo ! »
Il avait entendu le hurlement d'Aphrodite et le juron de Shura, et n'avait eu que le temps de se tourner brièvement pour leur sourire, alors qu'il faisait un pas dans le vide, sans se soucier un instant de la chute qui aurait dû suivre. Mais au lieu de tomber, il s'était retrouvé ailleurs. Dans ce monde de ténèbres, au cœur de millions de cris si dissonants et si similaires à la fois.
« Que fais-tu là ? »
Au-dessus de lui, il y avait cet être ailé, immense, écrasant de force et d'autorité. Un regard d'or sévère, et une expression moins que cordiale sur ses traits durs. L'enfant avait penché la tête, un sourire insolent sur les lèvres.
« Où ça, 'là' ?
— Ceci est le mont Yomotsu, l'entrée du Royaume d'Hadès. Tu n'as rien à y faire.
— Je les ai suivis. »
Il pointa du doigt les feux follets, avant de remarquer que ces derniers avaient disparu. A leur place, il trouva de longues files d'âmes terrifiées, s'avançant inexorablement vers une ouverture immense, sans que quoi que ce fût ne put les arrêter. Un froissement de plumes, et une présence ô si puissante qu'Angelo en frémit, levant la tête vers l'être perché devant lui, qui l'observait de ses yeux plissés.
« Tu n'es pas mort. C'est donc toi, le prochain… »
Il y avait un dégoût absolu dans ces paroles. Le Futur Chevalier du Cancer aurait reconnu ce ton n'importe où, puisque c'était le seul que la plupart des adultes utilisait pour s'adresser à lui. Et il avait appris depuis longtemps à ne surtout pas s'en soucier. Se redressant de toute sa puissance encore endormie, il plongea son regard de sang dans l'or qui le surplombait, les mains sur les hanches et un sourire narquois sur les lèvres.
« Ça me plaît bien, ici. Je reviendrais, à l'occasion.
— Evidemment. C'est le privilège de votre infâme lignée. Sache néanmoins que je ne te laisserais pas ternir ces lieux. »
L'enfant haussa les épaules, et levant la main, il vit au bout de son doigt une volute de fumée qui lui rappela les feux follets. Souriant terriblement, il redressa la tête, avant de murmurer :
« Puisque le Royaume sous-terrain m'a appelé, je vais l'honorer. Je n'avais pas encore de nom pour cette attaque, mais… Les Vagues d'Hadès, c'est plutôt accrocheur, non ? Souviens-t-en quand on viendra vous massacrer.»
Et Rhadamanthe n'eut que le temps de hurler avant que l'enfant ne disparût, laissant derrière lui un ricanement sournois, et la sensation nauséabonde que le Royaume avait tout de même été souillé.
