Grand Line. Saint Poplar.

La réaction de l'homme aux cheveux verts ne tarda pas. Il sortit de son fourreau un sabre et se précipita vers elle. Même si tout son corps lui criait de fuir ou de se défendre, Sohalia lui fit face, stoïque. La lame s'arrêta à quelques centimètres de sa gorge. Il planta ses yeux dans les siens et la défia du regard, attendant une quelconque réaction. Mais toujours immobile, l'attitude impassible et fière de la jeune femme fit encore croître la tension qui régnait entre eux.

Le petit animal, tremblant de peur, se cacha derrière un arbre en appelant son ami. Position de défense qui laissa Sohalia sceptique. En effet, il se cachait du mauvais côté du tronc, se rendant ainsi visible aux yeux de tous.

Le grand brun, lui, n'avait fait aucun geste. Ils restèrent quelques secondes à se toiser, chacun jaugeant l'autre, essayant ainsi de déterminer sa puissance. Sohalia devinait bien quel danger pouvait représenter ces deux hommes. Ils devaient sûrement appartenir au groupe qui tentait d'arrêter Jef.

« Qui es-tu ? Que viens-tu faire ici ? questionna le brun, en s'interposant finalement entre eux.

- Tu es une marine ? renchérit le vert.

- Je m'appelle Sohalia Shizen. Je n'ai pas vraiment les habits d'un marine. À moins qu'ils aient troqué leurs vieux uniformes pour un short en jean et un t-shirt.

- Pas faux, dit l'homme torse nu alors que son regard dérapait sur le corps de la jeune femme, mais ça ne réponds pas à ma question, que viens-tu faire ici ? répéta-t-il en s'approchant d'elle.

- Je cherchais Barbe Blanche, expliqua-t-elle.

- Qu'est-ce que tu lui veux ? l'interrogea le brun en montrant son tatouage sur son dos.

- Je demande une audience avec lui. »

Ce dernier se figea et l'observa. Elle sourit, le plus innocemment possible tout en essayant de cacher la joie qui grandissait en elle. Le vert baissa sa garde et questionna le brun du regard. Finalement, l'homme faisant partie de l'équipage de Barbe Blanche accepta et les guida dans la forêt. L'animal les accompagnants, restait, lui, le plus loin possible d'elle. Quant à l'épéiste, il suivait Sohalia en pointant son sabre dans le dos de cette dernière. Au moindre geste agressif, elle mourrait sans comprendre ce qui lui arrivait. Subitement, le brun accéléra le rythme de la marche et ils le perdirent de vue. La Shizen en déduisit que c'était pour prévenir de son arrivée. Elle ne devait rien laisser paraître, rester neutre, même si une certaine excitation mêlée d'appréhension la gagnait. Peu à peu, la lumière traversant le feuillage se fit plus diffus, annonçant une clairière ou l'orée de la forêt. La jeune femme en conclut qu'ils allaient arriver au campement.

Quand ils y parvinrent, la luminosité de l'endroit était si forte, bien qu'il commençât à se faire tard, qu'elle en fut éblouie. Le temps qu'elle s'y habitue, des murmures se firent entendre. Relevant la tête, la blonde embrassa du regard l'assemblée devant elle, un sourire malicieux sur les lèvres. Un verre se brisa sur le sol. Tournant la tête vers le bruit, elle repéra des cheveux blonds qui avaient une certaine ressemblance avec un ananas. Le brun se plaça devant elle, coupant court à sa contemplation. Il la guida jusqu'à l'empereur qu'elle désirait tant voir.

Sans crier gare, une tornade leur coupa la route. Un homme plutôt grand, possédant de longues jambes en apparut. Il avait des cheveux blonds, une cigarette au coin de la bouche, un œil caché par une mèche de cheveux et l'autre avait une forme ressemblant étrangement à un cœur. Il s'approcha lentement d'elle, déclenchant chez la jeune femme des frissons de dégoût.

« Que me vaut l'honneur de votre visite, charmante demoiselle ? demanda-t-il en baisant la main de la demoiselle en question. Je te félicite l'algue ! Pour une fois que tu ramènes autre chose que des marines ! s'exclama-t-il en toisant le vert.

- Tu me cherches love-Cook ?! s'énerva de suite l'intéressé.

- Euh ... tenta la Shizen.

- Va voir ailleurs la pelouse. Je vais m'occuper de cette sublime déesse pour le moment. Comment vous appelez-vous ?

- Je vous retourne la question, rétorqua poliment la blonde, malgré l'envie insistante d'envoyer cet homme effrayant loin d'elle.

- Je le savais ! Par la faute de ce maudit avis de recherche, je suis devenu la risée de la gente féminine ! Ô que j'aimerais disparaître ou revenir au moment où cette hideuse photo a été prise ! Je me noie dans un tourbillon de souffrance, déclara le blond dans une pose théâtrale.

- Bonne noyade ! Si tu souhaites un coup de main pour disparaître, n'hésites pas à demander... », marmonna l'homme aux trois sabres.

Après plusieurs provocations des deux hommes, une bagarre éclata. Sohalia s'en inquiéta mais remarqua bien vite la lassitude des autres pirates présents. Elle en déduisit que ce genre de chose était habituelle entre eux. Une grande rousse s'approcha d'eux lentement. Son visage était caché par ses cheveux. La Shizen eut un léger frisson en sentant l'aura sombre de la jeune femme. La rousse abattit ses poings sur les crânes des deux bagarreurs. Attrapant leur oreille, elle les souleva et hurla de toutes ses forces. Elle les laissa retomber au sol et retourna auprès de ce qui semblait être son équipage. Un jeune homme possédant un chapeau de paille sur la tête, se mit à rire, détendant immédiatement l'atmosphère.

Un homme s'approcha du petit groupe et la tension qui avait disparu, revint à la charge. Surprise par ce changement d'ambiance, Sohalia tourna son visage vers l'homme. Il possédait une aura impressionnante qui en disait long sur sa puissance. Un chapeau vissé sur la tête, une immense épée accrochée dans son dos. Ses yeux reconnaissables entre tous, se fixèrent sur la jeune Shizen. Cette dernière tressaillit en sentant le lourd regard de Mihawk sur elle. Le brun torse nu alla à la rencontre du Capitaine Corsaire. Il discuta brièvement avec Œil de Faucon puis revint aux côtés de Sohalia. Il la poussa vers le lieu reculé où s'était installé Barbe Blanche.

« Simple question, lâcha Mihawk, que fait-elle ici ?

- Elle traînait près du camp. Elle a demandé à parler avec le Paternel. Tu l'as connaît ? répondit le brun, étonné.

- C'est Sohalia, maîtresse de la nature, possédant une prime de deux cents millions de Berrys sur la tête. Il y a sept ans, elle a disparu sans laisser aucune trace, elle avait quinze ans, relata-t-il.

- Oui, bon, ça va. J'ai demandé une audience avec l'empereur, et non pas qu'on raconte ma vie, marmonna l'intéressée, gênée.

- Avance, je vais t'y conduire », ordonna le brun en la poussant sans ménagement.

La Shizen n'appréciait pas spécialement les manières du jeune homme. Il la reluquait sans aucune gêne et maintenant la pousser. N'avait-il donc aucune manière ?! Ses mains la démangeaient. L'envie de le remettre à sa place naquit. Mais ne connaissant rien de l'homme, elle préféra se retenir. Si elle se mettait à le frapper, elle doutait qu'ils la laissent seule avec Barbe Blanche. Préférant jouer la carte de la prudence, elle se laissa guider vers un coin reculé du campement.

Quelques conversations se taisaient lorsqu'elle passait près d'un groupe d'hommes. Son geôlier la dépassa et annonça sa venue. Il la bouscula une nouvelle fois et la força à se mettre devant les deux empereurs. Il lui semblait qu'elle avait demandé une audience avec Barbe Blanche et non pas avec l'empereur et Shanks. Elle soupira, elle n'appréciait vraiment pas cet homme. Elle aperçut également les commandants du Moby Dick derrière leur capitaine. Décidant de jouer le jeu, elle posa un genou à terre, baissa la tête et ferma les yeux. Elle était à présente vulnérable.

« Je demande une audience avec l'empereur Barbe Blanche », proclama-t-elle en priant pour qu'il accepte.

La confusion se peint sur les visages des hommes présents. L'incompréhension était à son comble. L'empereur la détailla un long moment ne laissant transparaître aucune émotion. Shanks, lui, encore rieur, il y avait quelques secondes, était devenu très sérieux. Tous les regards se posèrent sur l'homme qui avait amené cette jeune femme à eux. Ils attendaient des réponses.

« Elle était près du camp, lorsque je l'ai questionné, elle a quémandé une audience avec Père », expliqua-t-il.

Le silence revint. Barbe Blanche semblait perdu dans de profondes réflexions. Sohalia ne bougeait pas. Le moindre geste et elle se ferait tuer. Les pirates n'étaient pas des enfants de cœur, elle le savait mieux que quiconque. Le temps s'écoula. Elle se risqua à ouvrir les yeux et vit avec étonnement que personne n'avait bougé. Sa position était loin d'être confortable, des crampes commençaient à se faire sentir dans certaines parties de son corps. Est-ce qu'il la testait ?

Le Paternel se leva, rompant alors le silence. Il congédia tout le monde, acceptant ainsi la requête de la jeune femme. Cette dernière sentit les hommes quitter le lieu. Elle les voyait passer tout près d'elle, mais aucun ne tenta de la frapper. Lorsque tous furent partis, elle releva la tête en souriant. Barbe Blanche était de nouveau assis sur une immense chaise. Elle se releva doucement, faisant craquer les articulations de ses jambes.

« Merci, souffla-t-elle, n'osant pas regarder l'empereur dans les yeux.

- Je pense que quelques explications sont nécessaires, répondit-il.

- Tu as raison, elle plongea ses yeux marron dans ceux du vieil homme, lorsque tu m'as envoyé pour cette mission de reconnaissance sur l'île Banaro, j'ai été attaquée par des marines. Apparemment, ils attendaient la venue d'un membre de l'équipage. Ils me sont tombés dessus par centaines. Blessée, j'ai tenté de trouver refuge dans le désert. Idée stupide en soit puisqu'il n'y a rien dans le désert, mais je ne voulais pas me faire attraper. J'ai marché durant plusieurs heures avant de tomber sur une vieille maisonnette. J'ai frappé et un homme très âgé tenant dans ses mains une hache m'a ouvert. Remarquant que du sang coulait de mon bras gauche et de mes jambes, il m'a laissé rentrer et m'a soigné. Je n'avais aucun moyen pour vous prévenir de ma situation. J'ai tenté d'aller au village et de vous envoyer un message, mais mes points de suture ont sauté et, sous la douleur, je me suis évanouie. J'ai repris connaissance quelques jours plus tard. Je passais mon temps allongée sur un vieux lit dans une chambre empestant la moisissure. L'homme n'était pas méchant, juste un peu dérangé. Il était plutôt attachant. Un soir, alors que ma guérison touchait à sa fin, il s'est confié à moi et m'a expliqué pourquoi il vivait seul dans le désert. Sans que je ne comprenne pourquoi, il s'est figé et n'a pas terminé sa phrase. Il s'est levé mécaniquement, a tendu ses bras vers moi. Il a attrapé vivement mon bras blessé et a appuyé fortement sur mes points. Il hurlait différentes questions, mais, rendue sourde par la souffrance, je ne compris pas. J'ai tenté de me lever pour m'enfuir, mais tout ce dont je me souviens, c'est d'une sourde douleur à l'arrière de mon crâne.

- Que s'est-il passé par la suite ?

- Je me suis réveillée dans un lit que je ne connaissais pas. Une femme me ressemblant en tout point était à mon chevet. Elle m'a rassuré et a terminé mes soins. Lorsque je fus de nouveau sur pied, elle m'a alors tout expliqué, mon lien de parenté avec elle, mes véritables origines. Je ne peux pas vraiment entrer dans le détail, mais pour simplifier : elle m'a appris tout ce dont je devais savoir sur l'île où nous nous trouvions. Elle m'a protégé du mieux qu'elle le pouvait contre le Roi et les profiteurs. Mais ce n'était pas mon monde, même si j'en étais vraisemblablement issue, alors j'ai demandé à revenir auprès de vous. Ma requête a été rejetée. Je n'avais aucun moyen de vous joindre et je ne savais pas comment sortir de l'île. J'ai donc dû accepter mon sort. J'ai commencé une nouvelle vie avec les derniers membres existants de ma famille. Petit à petit, on m'a fait confiance et on m'a attribué différentes missions. Mais aucune ne me permit de sortir du royaume ou d'avoir un contact avec l'extérieur, aussi, je ne pensais jamais vous revoir. Je m'étais fait une raison. Et puis, il y a eu cette mission, il y a quelques mois. Le Roi m'a chargé d'arrêter un membre plutôt puissant de notre royaume. J'ai fini par réussir et tout semblait aller pour le mieux... Seulement, il s'est récemment échappé de la prison. Il a réussi à venir ici et c'est lui qui est responsable de tout ça... Cet homme que tu recherches, on m'a envoyé ici pour l'anéantir...

- Tu sais comment l'arrêter ? continua l'empereur, voyant que la jeune femme n'en dirait pas plus, il préféra changer de sujet.

- Oui, le sage Senrigan m'a donné différentes informations, dit-elle en fouillant dans son sac et en sortant plusieurs feuilles de papier, il m'a dit le lieu de votre rendez-vous, comment arrêter l'homme et où on pourrait commencer », poursuivit-elle en donnant les feuilles à l'empereur.

Barbe Blanche lut avec attention les notes griffonnées tout en marmonnant des mots incompréhensibles. Il restait encore plusieurs zones d'ombre dans tout ça, mais l'empereur décida de ne pas poser plus de questions pour le moment. Il était soulagé qu'elle soit vivante, ses dernières interrogations attendraient. Il soupira et posa à nouveau les yeux sur elle. Elle avait grandi. Elle ne ressemblait plus à cette adolescente sauvage qu'elle était auparavant. Soudain, une pensée rembrunit le vieil homme. Si elle n'avait eu aucun moyen de communiquer avec eux, elle n'était pas au courant pour Thatch. Elle qui était plutôt proche de l'homme, risquait de mal prendre la nouvelle de sa mort. L'empereur décida que le commandant de la première division se chargerait de lui annoncer. Pour le moment, il devait discuter avec le Roux. Il envoya Sohalia à la recherche de Shanks.

Cette dernière fut surprise par cette requête, elle s'attendait à une remarque, mais rien. Elle obéit et sortit du coin reculé. Elle embrassa du regard les hommes qui étaient autour d'elle, scrutant les environs afin de trouver l'homme que désirait voir Barbe Blanche. Elle le vit avec son équipage et se dirigea vers eux, non sans une certaine appréhension. Le jeune empereur la fixa lorsqu'elle approcha de leur campement.

« Barbe Blanche désire que vous le rejoigniez, informa-t-elle.

- Bien, j'y vais. »

Le jeune empereur se leva, relâchant son aura sur les Rookies pour calmer les esprits qui commençaient à s'échauffer. Sohalia, mal à l'aise à cause des yeux la détaillant, préféra suivre le Roux. Sa façon de fuir était minable. Elle le savait. Mais elle n'allait tout de même pas aller à leur rencontre en criant des phrases enthousiastes.

Pénétrant dans l'espace de Barbe Blanche, elle remarqua que tous les commandants étaient de retour auprès de leur capitaine. Tous, sauf un. Elle tressaillit légèrement et se mit à chercher l'absent du regard. Ne le trouvant pas, elle abandonna et se concentra sur la conversation des deux empereurs. Elle aperçut certains observer à tour de rôle la feuille, que possédait maintenant Barbe Blanche, et elle.

Lasse d'être le centre d'attention de tous ces hommes, elle se laissa tomber sur une souche d'arbre. Elle était fatiguée et mal à l'aise. Les voyages, qu'elle avait entrepris, et les émotions qu'elle avait ressenties au cours de sa journée l'avaient lessivée. Elle ne demandait qu'une chose : un lit.

« Je ne pense pas qu'on puisse avoir confiance en ces renseignements », déclara un homme.

La Shizen tiqua. Elle releva vivement la tête et toisa méchamment l'homme qui osait insulter les informations qu'elle avait eues au péril de sa vie. Elle reconnut immédiatement l'homme torse-nu, portant dans son dos la marque de son équipage. Il fixait Sohalia, un sourire arrogant plaqué sur ses lèvres. Il se prenait pour qui celui-là ?! En plus de n'avoir aucune manière, il n'avait aucun respect pour le travail des autres. L'envie de lui en coller une revint au galop. Il croisa ses bras sur son torse.

« On ne connaît rien d'elle. On ne peut pas avoir confiance, ajouta-t-il, provocateur.

- Ça suffit, Ace, lança Barbe Blanche en voyant Sohalia se diriger vers le jeune homme, j'ai toute confiance en cette jeune femme. Par ailleurs, c'est la seule piste que nous ayons. Sohalia ?

- Oui ?

- Étant donné que tu as déjà eu affaire à notre homme, tu dois connaître ses méthodes. Dis-nous en plus.

- Il n'a pas vraiment de méthode. Il passe son temps à se cacher. Il maîtrise très bien la manipulation de l'esprit.

- Comment fonctionne son pouvoir ? interrogea Shanks, curieux.

- Il va s'immiscer dans votre esprit, prendre peu à peu possession de votre corps et vous obliger à lui obéir. Lorsqu'il soumet beaucoup d'esprits, il ne peut dominer certains esprits totalement. Vous ne pourrez-vous défaire de son emprise, mais vous serez conscient de vos actes, narra-t-elle.

- Allons retrouver les Révolutionnaires et les Rookies », ordonna le plus puissant empereur.

Sohalia attendit que tous les hommes soient passés avant de ramasser son sac, qu'elle avait fait tomber en se levant précipitamment. Elle serra fermement la bandoulière de son sac en repensant à cet Ace. Il l'énervait. Tout la dérangeait en lui. Elle grogna avant de suivre les derniers hommes. Elle se figea en remarquant que Barbe Blanche et Marco, le Phénix, commandant de la première division de l'homme le plus puissant au monde. Elle les rejoignit tranquillement. Ils avancèrent silencieusement. La Shizen cherchait encore un des commandants, en vain. Inquiète, elle fronça des sourcils.

« Marco, je vais commencer à expliquer notre plan. Pendant ce temps, tu apprendras à Sohalia les récents événements qui nous ont touchés », exigea le capitaine.

L'empereur s'éloigna sans plus attendre. Sohalia observa un long moment Barbe Blanche s'éloigner, se posant mille et une question sur ce qui avait pu se passer. Sous l'étonnement, ses sourcils s'étaient haussés de concert, mais, maintenant que l'inquiétude reprenait, ses sourcils se froncèrent. En entendant le ton grave de l'homme le plus puissant au monde, la Shizen avait immédiatement compris que quelque chose de grave s'était produit. La mine sombre du commandant de la première division ne fit que renforcer son pressentiment.

De son côté, Marco la détaillait. Comment allait-il annoncer une chose pareille ? Elle allait mal réagir, c'était plus qu'une certitude. Il soupira, passa une main dans ses cheveux blonds et avança jusqu'à l'orée de la forêt. La jeune femme lui emboîta le pas sans lâcher le dos du phénix des yeux. Le blond s'appuya contre le tronc d'un arbre et vrilla ses yeux sur ceux marron de la Shizen. Un arbre était couché sur le sol et elle s'y assit.

M&S

Un silence suivit la déclaration du commandant. Sohalia voyait les lèvres de l'homme bouger, mais ne pouvait saisir ce qu'il disait. Son cerveau faisait barrage. Aucune information ne pouvait y pénétrer. Une seule avait pris toute la place. Ses neurones avaient beau analyser cette nouvelle, elle ne voulait pas la comprendre. Son corps se mit peu à peu à trembler. Sa bouche s'ouvrit plusieurs fois, cherchant à parler, mais aucun son n'en sortit. Sa tête, basse, se releva. Ses yeux brillants de larmes cherchèrent ceux de Marco, tentant de trouver quelque chose qui lui ferait comprendre qu'elle rêvait, ou que ce n'était qu'une blague.

Le phénix ne bougeait pas. Les bras croisés sur son torse presque dénudé, il attendait. Il croisa les yeux de la jeune femme. Un frisson le traversa. Qu'était-il censé faire ? La prendre dans ses bras et lui murmurer des mots réconfortants ? Non, il ne pouvait pas. Il était statufié par les larmes de détresse de la Shizen. Une larme s'évada de sa prison et s'écrasa sur la joue de Sohalia.

Le contact humide de cette goutte salée sur sa joue lui fit comprendre. Ce n'était pas une blague. Ses yeux s'écarquillèrent et sa voix sembla revenir. Des « non » murmurés s'échappèrent de ses lèvres. Elle se leva. Marco ne la lâchait pas du regard. Elle semblait se mouvoir mécaniquement.

Lorsqu'elle fut à quelques centimètres du commandant, elle embrassa du regard ses yeux, espérant voir une quelconque négation. Mais les yeux du phénix restèrent désespérément durs et froids. Un puissant frisson l'agita et d'autres larmes fuirent leur prison marron. Elles déferlaient par milliers, s'écrasant sans aucune pitié sur la peau maintenant rosie par l'assaut des gouttelettes. Ses mains s'abattirent avec force sur le torse de l'homme.

Il ne broncha pas. Évacuer cette douleur, cette tristesse, était primordiale. Il la comprenait, il avait eu à peu près la même réaction. Il la laissa se défouler sur lui. Il serait son exutoire le temps qu'il faudra.

M&S

Ace se servit son bol de soupe. Il s'assit en grognant à côté de Joz, commandant de la troisième division. Il aurait bien aimé manger avec ses frères, mais ils étaient occupés. Luffy harcelait son cuisinier malgré les sermons de sa victime et de sa navigatrice. Sabo, lui, était en train de discuter avec un Révolutionnaire brun à propos des nouvelles à transmettre à Dragon.

Le commandant de la seconde division était de mauvaise humeur. Il n'arrivait pas à croire que le Paternel fasse aussi vite confiance à cette femme. Suivre un plan d'une personne dont on ne connaissait rien n'était que folie. Il ne lui faisait pas confiance.

Alors qu'il allait enfourner sa cuillère dans sa bouche, il se figea. Où était passé Marco ? Trop énervé par l'idée de suivre cette femme, il ne remarquait que maintenant l'étrange disparition de son ami. Où était passée la blonde d'ailleurs ?! Il se leva précipitamment, posa son bol et s'avança vers la forêt. Il espérait que son ami n'avait rien, sinon cette blondinette allait passer un sacré quart d'heure. Même si c'était une fille, il n'hésiterait pas à la frapper si elle touchait à son équipage ou à ses frères.

Alors qu'il sortait du cercle qui s'était formé autour du feu, Marco apparut. Le soulagement envahi, Ace. Il allait lancer une pique au phénix lorsqu'il aperçut la femme derrière lui. Elle avançait, tête basse, serrant les poings. Ses longs cheveux blonds cachaient son visage. Curieux, Ace détailla Marco. Ce dernier avançait sans croiser les yeux de quiconque. Les yeux du commandant de la seconde division furent attirés par de petites marques bleues. Il fronça des sourcils. Qu'est-ce qui avait bien pu se passer entre ces deux-là ?!

« Elle t'a frappé ? » lança le brun en fixant son ami.

Cette simple phrase attira l'attention de tous les hommes présents. Les yeux faisaient la navette entre le phénix, Ace et la blonde. Cette dernière s'était raidie à l'entente de la question. Les larmes affluèrent aux portes de leurs cages. Marco embrassa du regard son ami et resta à long moment à le détailler. Il jeta un bref coup d'œil à la Shizen puis fixa le commandant de la seconde division.

« Non. »

Ce mot fut prononcé si froidement que cela étonna tout le monde. Il était rare que le commandant de la première division soit si froid, surtout avec l'un de ses amis. Ace comprit que la discussion, qui avait à peine débuté, était close.

Le phénix emmena rapidement Sohalia à l'écart et lui expliqua où trouver un Révolutionnaire capable de lui donner une tente. La jeune femme hocha faiblement la tête et s'en alla vers le lieu indiqué par le blond. Elle pénétra dans la partie du campement réservé aux hommes de Monkey D. Dragon. Beaucoup la détaillèrent. Elle avait la vague impression d'être un sujet d'expérience raté d'un scientifique fou. Elle aperçut une chevelure blonde et se dirigea vers elle comme lui avait dit Marco. Lorsqu'elle fut à quelques centimètres de lui, elle toussota. Sans vraiment s'en rendre compte, elle avait interrompu une conversation.

« Que veux-tu ? demanda un homme aux cheveux bruns.

- Marco m'a dit que c'était les Révolutionnaires qui étaient chargée de la disposition des tentes. J'aimerais savoir où est-ce que je pourrais dormir ? Répéta-t-elle.

- Oh. Sabo va te montrer ta tente. Je vais faire notre rapport à Dragon. »

Sabo acquiesça et entraîna la blonde vers le campement des Rookies. D'après ce qu'il avait compris, un homme de Capone était mort durant le voyage jusqu'à l'île, il restait donc une tente disponible. Le révolutionnaire détailla la jeune femme. Ace lui avait demandé de se méfier d'elle. Son frère ne faisait pas confiance à cette femme. Sabo sourit. Le brun n'avait pas changé. Il était toujours aussi méfiant face aux étrangers.

Plongé dans ses souvenirs, il ne vit pas Sohalia s'arrêter. Elle releva la tête. Son expression abattue, douloureuse et triste, avait quitté ses yeux et son visage. Elle était devenue inexpressive. Elle se baissa et ramassa un couteau qui traînait sur le sol.

Horrifiée, elle se sentit se relever et se remettre à avancer avec plus d'entrains que quelques instants plus tôt. Jef... Elle voulait hurler, lâcher l'arme, mais rien à faire... Elle était possédée. Elle se débattait intérieurement contre les doux murmures du Mentaru qui lui ordonnait de tuer. Le révolutionnaire se stoppa, elle savait qu'il parlait, mais elle n'entendit rien. Elle avait l'impression d'être dans un coin de son esprit et d'être enfermée. Elle sentit son bras tenant le couteau se lever dans les airs. Prêt à s'abattre sur l'homme. Elle hurla mentalement tandis que Jef jubilait. Elle percevait nettement l'infinie gaieté qui naissait en lui.

Dans un sursaut, elle reprit possession d'elle-même. Le souffle court, elle se reconnecta à la réalité. Sabo se retourna lorsque le couteau tomba au sol. Il fronça des sourcils et détaillait tantôt l'arme, tantôt la blonde essoufflée. Murmurant un « désolée », elle se réfugia dans sa tente, terrifiée.


MAJ : 27/11/2017