Grand Line. Saint Poplar.
Juste après la bataille, les hors-la-loi n'aidant pas au village retournèrent au campement. Beaucoup commencèrent une petite fête pour célébrer leur première victoire, tandis que d'autres retournèrent dans leurs tentes pour changer leurs vêtements déchirés ou tâchés. Les deux empereurs s'éloignèrent avec leurs seconds pour discuter des récents événements. Vista encouragea ses hommes à se joindre à la fête, mais Sohalia déclina l'offre, préférant se changer.
Ses affaires étaient imprégnées du sang du marine que Jef avait assassiné. Elle prit des vêtements de rechange, une serviette et un savon dans sa tente et partit en direction de l'étang. Elle voulait effacer le sang du soldat qu'elle avait laissé se faire assassiner. Les images ne cessaient de se répéter dans son esprit alors qu'elle lançait ses vêtements sur une branche. Sans prendre en compte, la température de l'eau, elle y pénétra. Elle se stoppa lorsque le liquide transparent lui arriva au menton. Elle observa le contraste entre sa peau tâchée de ce liquide rouge si précieux et la blancheur du savon. Elle se lava lentement, prenant soin de bien effacer toute trace du récent combat. Une fois qu'elle fut propre, elle se laissa bercer par les doux remous de l'eau contre son corps et détailla le ciel.
Sa tranquillité fut de courte durée. Des voix fortes se rapprochaient. Pour éviter toute surprise, la jeune femme sortit de l'eau rapidement et enroula sa serviette autour d'elle. Elle sauta pour récupérer ses affaires sur la branche et vit, bien trop tôt à son goût, apparaître Marco et Ace tous deux suivis par quelques membres de leur division respective. Sohalia soupira. Elle aurait préféré se changer ici. Maintenant, elle était obligée de retourner à sa tente pour revêtir ses vêtements. Mais pour cela, elle devait traverser le camp en serviette. Elle avait l'habitude du manque d'intimité, et sur un navire, c'était un moment privilégié d'avoir un peu de temps pour soi. En la remarquant, les hommes se stoppèrent.
« Sohalia ? Je ne savais pas que tu étais ici. Je te pensais avec Vista, déclara Marco au bout de quelques secondes de silence.
- Non... J'avais besoin d'un bain.
- Bien, on va peut-être repasser plus tard, proposa le phénix, gêné.
- Non, c'est bon. J'ai terminé. Vous pouvez y aller. On se retrouve plus tard, répondit la jeune femme en prenant ses affaires et en les serrant contre elle.
- Comme tu veux, Père te cherchait justement. Il veut te parler, la renseigna-t-il.
- D'accord, merci. À plus tard », souffla-t-elle en passant à côté des hommes.
Comment était-elle censée réagir ? Ça faisait sept ans qu'elle avait disparu, et maintenant, elle était de retour. Comment devait-elle agir ? Que devait-elle dire ? Devait-elle dire quelque chose d'ailleurs ? Peut-être devrait-elle faire comme si rien ne s'était passé ? Sohalia se stoppa net, attrapa sa tête entre ses mains et poussa un grognement. Trop de questions sans réponses ! Elle allait finir par s'arracher les cheveux ! Elle inspira profondément puis expira avant de reprendre sa route vers le campement.
Arrivée à la lisière de la forêt, elle se figea à nouveau. Elle n'avait pas vraiment envie de traverser tout le camp vêtue simplement d'une serviette de bain. Elle rougit fortement et entreprit de trouver un buisson pour se changer. Elle en repéra un, et fila se cacher. Une fois sa tâche accomplie, elle rentra dans le camp où la fête battait son plein. Elle trouva rapidement Barbe Blanche, dominant tous les hors-la-loi par sa stature imposante. Une chevelure rousse proche de son capitaine lui fit comprendre que les deux empereurs étaient en pleine conversation. Ne voulant pas les déranger, elle décida d'aller voir son capitaine plus tard.
Des rires bruyants attirèrent son attention. Elle les aurait reconnus entre des milliers. Elle sourit en voyant plusieurs commandants entrechoquer leur chope pour une raison qui lui était inconnue. Elle fit un pas dans leur direction. Des sentiments qu'elle n'avait pas ressentis depuis longtemps remontèrent en elle. Une sensation de bien-être la fit frissonner lorsque leurs rires résonnèrent jusqu'à elle. Des flashes de son passé apparurent dans son esprit. Elle n'avait qu'une envie : les rejoindre, retrouver ce passé qui lui manquait tant. Elle voulait leur sourire comme avant, rire avec eux.
Alors qu'elle amorçait un second pas vers eux, elle se figea. C'était du passé maintenant. Plus rien n'était comme avant. Il y avait des choses qui étaient restées, comme leurs rires, et d'autres qui avaient changé, disparu, comme Thatch. Sa respiration devint saccadée en remarquant le manque du commandant de la quatrième division. Elle croisa le regard de son commandant. Il lui fit signe de venir les rejoindre. Devait-elle y aller ? Ses yeux se posèrent sur chacun des commandants présents. Ils étaient tous là, sauf Marco et Ace qui devaient être en train de se laver. Sauf, Thatch qui ne serait plus jamais là. Thatch, cet homme souriant et riant dès qu'il le pouvait ne serait jamais plus à leurs côtés, à ses côtés.
Elle mordit sa lèvre inférieure pour retenir un sanglot, sa vision devint floue. À travers ses yeux embués, elle vit Vista ouvrir la bouche, sûrement pour l'inviter à se joindre à eux. Elle secoua la tête. Quelques larmes s'échappèrent de leur prison marron, alors qu'elle s'enfuyait vers sa tente. C'était au-dessus de ses forces de s'asseoir à côté d'eux et faire comme si ces dernières années n'avaient jamais existé, comme si Thatch était encore avec eux.
Quelques heures passèrent où elle resta seule avec sa peine. Les seuls bruits qui venaient troubler sa tranquillité étaient ses sanglots. Quand elle fut sûre de n'avoir plus de larmes en elle, elle prit un petit miroir, appartenant jadis à sa défunte mère, et s'observa tout en grimaçant. Elle aurait pu passer un casting pour le premier rôle d'un film d'horreur. Ses yeux gonflés et rouges, son nez de la même couleur, ses cheveux blonds en batailles, elle aurait été sûre d'avoir le premier rôle. Après une bonne toilette afin d'être un tant soit peu décente, elle sortit de sa tente et détailla le paysage autour d'elle. Les autres campements étaient silencieux et d'après les bruits de fête qu'elle percevait au loin, les hors-la n'étaient pas près d'aller se coucher.
Arrivée au centre du camp, elle vit avec surprise plusieurs pirates de son équipage allongés sur le sol, ivres. Certains rookies dansaient de façon étrange, d'autres mangeaient ou buvaient tranquillement. Au loin, elle vit Barbe Blanche assis en retrait, observant ce qui se jouait devant lui, souriant par moment. Elle tenta de le rejoindre tant bien que mal. Lorsqu'elle fut enfin devant lui, un silence s'installa. Elle ne savait pas si elle devait parler en première ou le laisser engager la conversation. Ils se turent durant un long moment.
« Marco m'a dit que tu voulais me voir ? finit-elle par dire mal à l'aise.
- Effectivement. Doma viendra nous rejoindre sur l'île demain matin pour protéger les habitants et les navires de nos alliés. Nous reprendrons la mer sûrement en fin d'après-midi, l'informa-t-il.
- Très bien. Quel rapport avec moi ? demanda-t-elle perdue et ne comprenant pas où il voulait en venir.
- Ah, Marco, je finis avec Sohalia et nous discuterons ensuite, dit-il en saluant le nouvel arrivant. Tu dormiras dans les dortoirs avec les autres membres de l'équipage.
- Très bien », accepta-t-elle, elle se retourna sachant la conversation terminée.
Elle s'éclipsa, laissant le capitaine et le second discuter, seuls. Sohalia fit face à la fête, elle resta un long moment à observer silencieusement les autres célébrer leur victoire. Elle vit non loin d'elle un tronc d'arbre couché sur le sol et alla s'asseoir dessus.
Lorsqu'elle aperçut Vista s'approchait d'elle, elle grimaça. Elle se doutait que la discussion qui allait suivre n'allait pas être plaisante. Il lui tendit une chope de saké et elle la saisit en le remerciant d'un signe de tête. Il lui sourit en s'installant à ses côtés. Elle le détailla longuement en silence. Il n'avait pas véritablement changé en sept ans. Il avait quelques marques du temps sur son visage, mais il était toujours aussi bien conservé. Il possédait toujours ses deux épées et son haut de formes qu'elle adorait. Il ressemblait à un vieux gentleman avec ce chapeau et sa moustache.
Un sourire triste apparut aussi vite qu'il disparut sur son visage et elle but une gorgée de saké. L'alcool lui brûla la gorge. Elle retint une quinte de toux difficilement. Ça faisait sept ans qu'elle n'avait pas bu de boisson alcoolisée, elle n'était plus habituée à la brûlure dans sa gorge.
« Pourquoi n'es-tu pas venue toute à l'heure lorsque je t'ai invité ? lâcha-t-il sans lui jeter un regard, elle grimaça.
- Je me suis sentie mal, souffla-t-elle en sentant le regard perçant de son commandant sur elle.
- C'est un piètre mensonge, répliqua-t-il en jouant avec sa moustache.
- J'ai pensé à Thatch, j'avais besoin d'être un peu seule, avoua-t-elle finalement.
- Que s'est-il passé pendant le combat ? Tu semblais pétrifiée, dit-il en abordant finalement le sujet que Sohalia redoutait après de longues minutes de silence.
- Celui qui contrôle les marines se nomme Jef. Il m'a parlé à travers le soldat et m'a menacé. Il a torturé le marine avant de le tuer, expliqua-t-elle sachant qu'il ne la laisserait pas tranquille tant qu'il ne saurait pas la vérité.
- Le fameux suicide... Eh bien, cet homme à l'air spécial. Ne t'en fais pas, on va l'arrêter », la tranquillisa-t-il en se levant.
Il partit rejoindre Curiel et Rakuyou qui étaient en train de faire un match de bras de fer. Elle observa le match de loin et vit Curiel plaquer le bras du commandant de la septième division contre le bois de la table. D'autres se pressèrent autour du gagnant pour tenter de le vaincre tandis que d'autres récupéraient l'argent qu'ils venaient de gagner en pariant sur Curiel. Elle vida sa chope et alla la poser sur une table. La Shizen jeta un dernier regard avant de prendre la direction de sa tente.
Elle était épuisée mentalement. Elle avait dû supporter trop d'émotions fortes, elle avait besoin de repos et de calme. De loin, elle aperçut Marco et Ace en pleine discussion. Elle pénétra sous la toile tout essayant de faire abstraction de leur voix. Dès qu'elle fut enroulée dans son sac de couchage, elle se laissa emporter par ses songes.
Des voix graves la tirèrent lentement de son sommeil. Sohalia resta quelques instants allongée dans son sac de couchage, son bras sur ses yeux pour masquer la luminosité qui devenait de plus en plus forte. Elle soupira et ouvrit légèrement sa tente, intriguée par les bruits qu'elle percevait. La Shizen observa longuement certains membres de son équipage plier leur toile tout en bavardant joyeusement.
Elle s'habilla rapidement, et rangea ses affaires dans son sac, plia son sac de couchage et finit par démonter également son campement. Elle se dirigea ensuite vers le centre du camp, chargée comme une mule essayant de garder un semblant d'équilibre pour ne pas attirer les regards sur elle. Sohalia déposa son sac de couchage et sa tente à côté de celle des autres et alla prendre son petit-déjeuner. Elle s'installa près de sa division, mais légèrement en retrait ne voulant pas déranger leur discussion. C'était sans compter Vista qui se plaça à ses côtés tout en lui souriant.
« Bien dormi ? commença-t-il en mordant dans un croissant.
- Oui, on peut dire ça. Il manque pas mal de monde ce matin, remarqua-t-elle en buvant une gorgée de café.
- Doma ne devrait pas tarder. Les rookies, les révolutionnaires, quelques commandants et les empereurs sont partis l'accueillir, répondit-il en jetant un coup d'œil aux alentours.
- Je ne savais pas qu'il y avait besoin d'autant de monde pour saluer un allié, marmonna-t-elle en détaillant sa tasse de café. D'ailleurs depuis quand Doma fait partie de nos alliés ? reprit-elle surprise de savoir l'un des plus puissants capitaines du Nouveau Monde allié à Barbe Blanche.
- Ça ne fait pas longtemps. C'est Ace qui a réussi à le convaincre, expliqua-t-il en désignant l'intéressé du pouce, elle le regarda surprise. Il est puissant. Il est un peu maladroit et il fonce souvent dans le tas, mais il a de l'avenir, répondit-il en voyant le regard surpris de la jeune femme. D'ailleurs, il possède l'un des plus puissants fruits du démon.
- Vraiment ? Lequel ? questionna-t-elle en continuant de détailler leur sujet de conversation des yeux.
- Un logia, le feu, répondit-il en souriant.
- Je comprends mieux maintenant pourquoi il me tape sur le système, souffla-t-elle en vidant sa tasse. Il maîtrise le feu, et moi, la nature. Le feu fait parti des pires ennemis de la nature », expliqua-t-elle en interceptant son regard interrogateur.
Il rit, attirant les regards des autres sur eux. Elle le regarda un moment étonnée par son hilarité. Il riait rarement, lorsque quelque chose était drôle, il esquissait un sourire amusé ou bien moqueur. Elle ne put s'empêcher de sourire face à ce son. Son premier véritable sourire depuis qu'elle était arrivée. Il lui tapota gentiment la tête avant d'aller saluer Haruta. La Shizen le suivit des yeux, le cœur un peu plus léger après cet instant partagé avec lui. Mais ses doutes étaient toujours présents. Elle savait que revenir serait difficile. Il fallait qu'elle s'accroche.
Lorsque les empereurs réapparurent, les commandants appelèrent leurs divisions pour qu'ils se rassemblent. Barbe Blanche ordonna à son équipage de récupérer leurs affaires et de se mettre ensuite en route vers le navire. Sohalia obéit et prit son sac, son campement et son sac de couchage. Elle retrouva ensuite les hommes faisant partie de sa division. La plupart d'entre eux faisaient un bon mètre quatre-vingts et tous étaient des montagnes de muscles. Ils la dévisagèrent un moment en la voyant arriver chargée comme une mule. Elle se sentait ridiculement petite et faible à côté d'eux avec son un mètre soixante et ses cinquante-deux kilos.
En récupérant ses bagages, Sohalia avait entendu deux hommes de la troisième division qu'ils allaient mettre du temps à rentrer au bateau. Sur le coup, elle n'avait pas fait attention. Mais maintenant qu'elle portait trois sacs d'un poids non-négligeables, les quatre prochaines heures à venir la firent pâlir. Elle soupira et tenta vainement de relativiser les choses. Ils se mirent en route. Les hommes avançaient rapidement discutant et blaguant. Elle tenait difficilement le rythme, mais elle arrivait à ne pas faire ralentir son groupe.
Durant le chemin, plusieurs hommes discutèrent avec elle. Aucun ne posa des questions indiscrètement et elle les remercia mentalement pour leur tact. Elle n'avait pas spécialement envie de raconter des choses qui l'auraient mise mal à l'aise tout en essayant de ne pas tomber au sol. Quand elle aperçut enfin le Moby Dick, elle ne put s'empêcher de soupirer de soulagement. Ses épaules commençaient vraiment à la faire souffrir. Dom, un homme à la peau mate, possédant de larges épaules, et ses bras devaient faire la largeur de la jeune femme, rit en entendant le soulagement de la Shizen. Ça faisait un moment qu'il discutait avec Sohalia. Il l'avait de nombreuses fois stabilisée sur ses deux jambes pour éviter qu'elle se retrouve au sol.
Il l'aida à monter à bord et à enlever ses sacs, elle le suivit dans une salle et ils rangèrent leur tente et leur sac de couchage. Ils remontèrent sur le pont et allèrent à l'arrière du navire pour aider à hisser l'ancre. Même si la Shizen avait l'impression que sa maigre force ne faisait pas grand-chose comparée à la puissance que les autres utilisaient pour remonter l'ancre. Dom alla aider un homme d'une autre division à attacher l'ancre, puis il entraîna la jeune femme vers l'avant du navire pour voir s'ils ne pouvaient pas donner un coup de main.
Voyant que tous les postes étaient pris et que tout semblait bien se dérouler, l'homme d'une trentaine d'années laissa Sohalia pour aller prendre une douche. Elle alla s'appuya sur le bastingage et laissa son esprit dériver tout en observant l'océan. Elle inspira profondément l'air marin, voulant remplir ses poumons de cet air frais qui lui avait bien trop manqué à son goût alors que le navire s'éloignait de l'île Saint Poplar. Elle vit les trois autres répliques du Moby Dick prendre le large.
Perdue dans ses pensées, elle ne vit pas le temps passer. Lorsqu'elle revint à elle, il n'y avait plus aucune trace du Soleil, cet astre brûlant qu'elle appréciait temps. À la place, la Lune était installée, fière, éclairant l'étendue d'eau. Sohalia resta un moment à observer l'astre de la nuit avant que son estomac ne la rappelle à l'ordre, elle n'avait pas mangé depuis le matin. Elle rentra dans la cuisine et découvrit avec étonnement le monde qu'il y avait. Vu l'heure avancée, elle pensait que la plupart des membres de l'équipage seraient éparpillés sur le navire. Elle pénétra dans la salle et les hommes, attablés près d'elle, stoppèrent leur conversation pour la détailler puis reprirent leur discussion, l'ignorant.
La jeune femme soupira et chercha un endroit calme et isolé. Le cuisinier l'aperçut et lui fit signe qu'il lui allait lui préparer son assiette. Vista la vit s'approcher à la recherche d'une place, alors qu'il allait l'appeler pour l'inviter à se joindre à lui, une voix puissante résonna dans la salle provoquant un silence. Dom faisait de grands signes à Sohalia afin qu'elle vienne manger avec lui. Mal à l'aise, elle esquissa un sourire et s'assit à côté de lui. Le cuisinier lui apporta un bol de ramen, elle le remercia et entama son dîner.
Attendant que les hommes finissent de prendre leur douche, Sohalia arpentait le pont du Moby Dick, patientant comme elle le pouvait. Un moment, elle observait le ciel comptant les étoiles, contemplant l'océan à perte de vue, ensuite elle se mettait à compter les planches de bois.
Bientôt, elle entendit des voix graves. Elle vit les membres de l'équipage sortirent de la salle de bains. Elle s'y dirigea, désireuse de relaxer ses muscles avec de l'eau bien chaude. Elle descendit rapidement les escaliers et lorsqu'elle voulut attraper la poignée pour ouvrir la porte, celle-ci s'actionna toute seule et elle découvrit Marco. Les cheveux encore mouillés et en bataille, une serviette blanche sur ses épaules, son éternelle chemise mauve ouverte laissant apparaître son tatouage, il avait troqué son pantalon bleu-gris contre un caleçon noir. Il tenait dans sa main droite son pantalon, trempé, et avait ses sandales aux pieds. Le tout était plutôt comique.
« Sohalia ? Tu n'es pas encore couchée ? demanda-t-il en recommençant à se sécher les cheveux.
- J'attendais que vous ayez terminé, répondit-elle en ayant la désagréable impression d'être une enfant.
- Ne te couche pas trop tard », la prévint-il en remontant sur le pont.
Elle n'eut pas le temps de lui répondre qu'il avait déjà disparu. Elle rentra dans la salle de bain et l'odeur la frappa de plein fouet. Le parfum des gels douche des hommes étaient lourds. Elle se déshabilla et prit une serviette sur la pile propre avant de se diriger vers la cabine la plus proche. De petites cloisons séparaient chaque cabine, une petite porte en bois, fermant la cabine, donnait un minimum d'intimité. Elle s'était toujours demandée à quoi elles servaient puisque les hommes du navire ne les utilisaient jamais. Mais elle remercia encore une fois le charpentier qui avait construit le Moby Dick de les avoir installées.
L'eau chaude détendit chacun de ses muscles. Elle leva sa tête vers le jet, voulant profiter au maximum de cet instant de tranquillité. Elle soupira de contentement. Elle chercha à tâtons son gel douche à la framboise. Elle se lava lentement, laissant l'odeur du fruit emplir ses poumons et son esprit. Une fois totalement détendue, elle coupa le jet, attrapa sa serviette qui pendouillait à la porte. Elle s'enroula dedans et sortit de la cabine. Elle mit son vieux jogging et sortit de la salle de bains, sa serviette sur les épaules pour ne pas tremper son t-shirt avec ses cheveux.
Un vent froid la fit frissonner. Elle accéléra le pas afin de rejoindre au plus vite son dortoir, n'ayant plus qu'une envie : se glisser dans son lit. Il ne lui restait plus que quelques mètres à faire lorsqu'elle se figea. Elle se tourna lentement vers la porte qui était sur sa droite. Une boule se forma dans sa gorge tandis que son cœur se serrait.
Elle avait reconnu cette porte bien que toutes celles du navire se ressemblaient, elle s'en souvenait parfaitement. Elle l'avait si souvent passé en appelant joyeusement l'occupant de la cabine, parfois, elle râlait en pénétrant dans la pièce, mais jamais elle n'avait passé le pas de cette porte en pleurant. Son souffle se coupa et elle eut l'impression d'avoir pris un coup dans le ventre. Sa main se tendit instinctivement vers la poignée.
« Seulement certaines personnes sont autorisées à rentrer dans cette cabine, lâcha Ace en attrapant la main de Sohalia pour l'empêcher d'ouvrir la porte. Et tu n'en fais pas partie, continua-t-il en se plaçant entre la porte et la jeune femme.
- Je peux savoir de quoi tu te mêles ? siffla-t-elle, énervée d'avoir été interrompue de cette manière, mais surtout par lui.
- Tu as peut-être réussi à berner tout le monde, mais moi, tu ne m'auras pas. Je ne sais pas ce que tu veux, mais je ne te laisserai pas faire. Je vais t'avoir à l'œil et je finirais par savoir qui tu es vraiment, rétorqua-t-il en faisant un pas vers elle.
- Si tu espères m'intimider, va falloir faire mieux, flammèche. J'ai connu bien pire, répliqua-t-elle en lui offrant un sourire carnassier tout en faisant également un pas vers lui.
- Si je voulais vraiment t'intimider, j'aurais fait mieux. C'était un simple avertissement, dit-il en lui retournant son sourire de manière provocante.
- Que des mots, quand passes-tu aux actes ça devient ennuyant à force ? soupira-t-elle en feignant un ennui profond.
- Sohalia ! appela Vista, elle se retourna légèrement vers son commandant sans perdre de vue Ace. Va te coucher. »
Elle acquiesça, souhaita une bonne nuit à Vista tout en ignorant le brun qu'elle laissait en plan. Elle avait oublié que les commandants logeaient dans des cabines privées. Elle jeta un dernier regard en direction de la cabine de Thatch, heureuse de la savoir vide. Elle n'aurait pas supporté que quelqu'un d'autre que lui y vive.
Elle ouvrit la porte menant aux dortoirs des divisions. Elle descendit lentement et prudemment l'escalier raide, loupant la première marche, et arriva sur un couloir. Elle découvrit un nombre de portes égal à celui de division. Elle ouvrit la cinquième porte et tomba sur un des hommes de sa division qui la dévisagea un moment. Il la conduisit silencieusement vers un lit superposé.
Le lit du haut était déjà occupé par un Dom endormi, ronflant comme un bien heureux. Son bras et sa jambe gauche dépassaient du lit et durant un long moment Sohalia se demanda si le lit n'allait pas craquer vu la masse de muscle qu'était Dom. Elle ouvrit le petit tiroir qui avait été fabriqué dans le bois du lit. Elle rangea ses vêtements de rechange, quelques livres et déposa une photo sur une étagère proche du lit. Elle la représentait entourée par sa tante et son oncle tandis qu'elle portait sa cousine dans ses bras, cette dernière possédait un sourire éclatant. Elle posa sa serviette au bout de son lit, enleva ses rangers et se glissa sous la couette. Malgré les ronflements de son voisin du dessus et ses craintes de voir la couche du haut s'effondrer sur elle, Sohalia s'endormit bien vite.
MAJ : 27/11/2017
