Moby Dick. Année 1505. Infirmerie.
Des bruits de pas résonnèrent précipitamment sur le sol en bois du navire et des voix les suivirent bien vite. Elle se mit à trembler, effrayée qu'on la trouve. Lorsqu'elle avait ouvert les yeux, elle se trouvait déjà dans cet endroit. Apeurée, elle s'était glissée sous le lit où elle était auparavant allongée. Petite comme elle était, elle n'avait eu aucun mal à ramper sous l'un des lits blancs aux barreaux de fer. Elle ne discernait pas grand-chose de sa cachette. Il n'y avait pas de lumière dans la pièce où elle était cachée. Une odeur désagréable lui chatouillait les narines, lui donnant envie d'éternuer. Un parfum de différents médicaments régnait dans la salle. Elle fronça une fois encore le nez pour retenir un éternuement qui aurait signalé sa position. Les pas et les voix se rapprochèrent et elle se tassa un peu plus sur elle-même. Un léger tintement la fit sursauter. Elle se rendit peu à peu compte que le son qu'elle avait entendu venait d'elle. Son regard glissa sur son poignet et elle observa le bracelet argenté où se balançaient doucement six breloques de la même couleur que la chaîne. Sa main se tendit instinctivement vers l'un d'eux. La porte s'ouvrit à la volée et elle sursauta violemment, se cognant dans une latte du lit où elle se cachait. Les pas se rapprochèrent et bientôt elle les vit apparaître, ils s'arrêtèrent juste devant son abri. Elle arrêta de respirer pour mieux masquer sa présence. Son nez se remit à la picoter. Elle fit son possible pour retenir l'éternuement qui aurait pu la trahir. Les pas firent demi-tour et la porte se referma. Ne pouvant plus se retenir, elle se laissa aller. Le bruit du spasme fut discret, elle guetta un long moment la porte. Mais elle resta fermée. Alors que le soulagement l'envahissait, la porte se rouvrit dans un fracas assourdissant. L'homme se mit à terre et chercha sous les lits et la trouva enfin. Il lui offrit un sourire victorieux.
« Eh bien, tu étais bien cachée ! J'ai mis du temps à te trouver. Si tu sortais de là pour qu'on puisse faire connaissance ? déclara-t-il en glissant sa main sous le lit, une invitation muette à le rejoindre, en la voyant se reculer un peu plus. Tu ne veux pas venir voir l'océan, ou manger ? Je suis sûr que tu as faim. Aller viens. Promis, personne ne te fera du mal. »
Après un long moment à le détailler, elle rampa pour sortir du lit de l'autre côté, voulant être le plus loin possible de cet homme. Elle se plaça devant lui, un bon mètre les séparait. Elle leva les yeux vers lui pour voir à quoi il ressemblait. Il n'était vêtu que de blanc et d'un foulard jaune. Des cheveux bruns coiffés en ce qu'elle reconnut comme une banane. Il avait une barbiche noire au menton et une grande cicatrice près de son œil gauche. En voyant la marque, elle recula. Il lui offrit un sourire réconfortant et s'agenouilla afin d'être à sa hauteur. Mais même ainsi, il la dépassait d'une bonne tête. Elle esquissa un pas vers lui, puis se figea à nouveau en le détaillant. L'homme sourit d'avantage et tendit un bras vers un meuble à côté de lui. Il se saisit d'un bol et le présenta à la fillette. L'odeur ne tarda pas à l'atteindre et elle reconnut très vite le parfum du chocolat. Ses yeux se mirent à pétiller d'envie, ce qui fit rire l'homme.
« Je t'en ai gardé un peu, je me doutais que tu aurais faim. Le cuisinier a fait cette mousse toute à l'heure pensant que tu apprécierais. J'ai même pensé à t'apporter une cuiller, tenta-t-il de la convaincre. Je te préviens, à force d'hésiter, tu vas laisser passer ta chance d'y goûter, car moi, elle me tente bien cette mousse au chocolat », reprit-il en plantant l'ustensile dedans.
Elle fit un autre pas vers lui et tendit ses petites mains pour avoir le bol. Il lui donna en souriant. Elle se recula rapidement et alla s'asseoir dans un coin de la pièce, sous l'œil attentif de l'homme. Il l'observa prendre la cuiller maladroitement et la mettre dans sa bouche, tâchant son visage de chocolat. En voyant le visage de l'enfant tâché, il ne put s'empêcher de rire. Il se leva et attrapa une boîte de mouchoir et enleva le chocolat qu'elle avait autour de la bouche. À peine avait-il fini qu'elle enfourna une nouvelle bouchée, se remettant du chocolat partout. Lorsqu'elle eut fini le bol, il lui nettoya le visage et lui sourit.
« Alors ? Elle était bonne la mousse ? questionna-t-il en jetant les mouchoirs usagés dans une poubelle toute proche. Notre cuisinier aime bien avoir des avis sur son travail, poursuivit-il en ayant pas de réponse, il la vit hocher la tête en signe d'appréciation, il sourit.
- Encore », s'exclama-t-elle en tendant son bol vide, le faisant rire.
S&T
Moby Dick. Année 1505. Sur le pont, à l'avant du navire.
Le Soleil brillait de mille feux et la température était insupportable. Sohalia était appuyée contre un mur à l'ombre observant discrètement de sa cachette les hommes de l'équipage travailler sous l'astre brûlant qui ne les épargnait pas. Un vent chaud la frappa de plein fouet et fit voleter ses cheveux blonds, elle portait une petite robe blanche légère. Alors qu'elle se dirigeait vers la cuisine en quête de fraîcheur et d'un verre d'eau, une voix puissante retentit sur le navire, la faisant sursauter. Elle se colla un peu plus au mur, espérant se fondre dans le décor pour que l'homme ne la trouve pas. Elle le vit apparaître et foncer droit sur elle en criant des « Trouvée ! ». Elle gémit, il ne lâchait pas. Elle avait passé ces derniers jours à tenter de se cacher de lui, en vain. Il la trouvait à chaque fois. Elle se mit à courir dans la direction opposée à lui, sans grand espoir. Il l'attrapa et la jeta sur son épaule malgré les cris de protestation de la fillette.
« Tu es douée à cache-cache, mais je commence à avoir de l'expérience, rit-il, joyeux à l'idée d'avoir gagné la partie.
- Thatch, si tu lui foutais la paix. Tu vas lui faire peur à force de lui courir après comme ça. Lâche-la donc, elle n'a pas l'air d'apprécier d'être portée ainsi, intervint un homme avec des cheveux blonds en bataille.
- Ah, tu es revenu de mission ? Sohalia, je te présente Marco. C'est le commandant de la première division, il a mangé le fruit du phénix. Il pense être plus beau que moi, mais il se fait des illusions, je suis le plus beau, narra-t-il en la reposant au sol et lui offrant un sourire qui se voulait charmeur.
- On y croit tous, Thatch. Dis-moi, depuis quand tu enlèves des fillettes ? répliqua-t-il, alors que l'enfant en question les observait en fronçant des sourcils.
- Je ne l'ai pas enlevé, s'indigna-t-il faussement, Père m'avait envoyé sur cette île qui a été totalement détruite. Je l'ai trouvée là-bas, c'est la seule survivante apparemment, raconta-t-il en posant sa main sur la tête de l'intéressée, Père a accepté qu'elle monte à bord. Il réfléchit à ce qu'on va en faire.
- Et elle a quel âge notre nouvelle pirate ? interrogea-t-il en se baissant pour parler avec elle.
- Elle a cinq ans, n'est-elle pas adorable ? répondit Thatch.
- Pourquoi tu réponds à sa place, elle est muette ? rétorqua le blond en se relevant pour faire face à son ami.
- Non, elle a d'ailleurs une très jolie voix, mais elle ne parle qu'à moi. Si tu veux mon avis, je crois qu'elle est tombée sous mon charme, souffla-t-il en continuant de sourire.
- Mais bien sûr, c'est pour ça qu'elle a tenté de s'enfuir lorsqu'elle t'a vu arriver, rappela le phénix en apercevant le vif hochement de tête négatif de la fillette.
- Tu dis ça, car tu es jaloux parce que c'est moi qu'elle préfère », finit le brun.
Elle les observa un long moment continuer leur joute verbale. Voyant que Thatch ne lui prêtait plus aucune attention, elle commença à s'esquiver discrètement. Elle avait fait quelques pas dans la direction opposée à la leur, quand elle entendit Thatch l'appeler. Elle se retourna et le vit foncer sur elle sous le regard intrigué de Marco. Il l'attrapa en pleine course et la souleva à bout de bras dans les airs. Il la garda dans les airs alors qu'il revenait à la hauteur du commandant de la première division. Lorsqu'il la reposa au sol, il lui chatouilla vivement le ventre, comme vengeance pour avoir voulu s'enfuir. Elle essaya de fuir la torture de Thatch en riant.
S&T
Moby Dick. Année 1505. Au large de l'île Foodvalten.
Cela faisait quelques semaines que Sohalia était sur le navire de Barbe Blanche. Elle ne l'avait encore jamais vu, mais Thatch ne cessait de lui raconter des histoires sur leur capitaine et sur eux. Elle ne parlait pas énormément, le laissant faire la conversation, hochant parfois la tête signifiant au brun qu'elle écoutait. Peu à peu, elle avait cessé d'avoir peur d'eux et ne fuyait plus Thatch. Elle le suivait partout. À sa demande, elle avait essayé de se souvenir ce qu'il s'était passé sur l'île, mais elle n'arrivait pas à se remémorer les événements qui avaient pu se produire. Elle ne se rappelait pas grand-chose de l'île, seulement des odeurs et des couleurs. Les odeurs et les couleurs du feu et du sang. Elle ne se souvenait même plus de ses parents, ce qui l'avait plongée dans une crise d'angoisse. Le commandant de la quatrième division n'avait pas insisté et s'était contenté des maigres informations qu'elle lui avait données. Marco se joignait souvent à eux dans la bibliothèque où elle aimait passer du temps.
Ce matin-là, elle se réveilla avant que Thatch ou bien Marco vienne le faire dans l'infirmerie. Elle dormait ici, le temps que le capitaine trouve une solution. L'enfant se leva et s'habilla toute seule, elle poussa une chaise jusqu'à un évier et grimpa dessus difficilement. Elle ouvrit le robinet et se nettoya le visage. Elle attrapa la brosse à cheveux et se coiffa tant bien que mal. Prête, elle sortit et chercha l'un des deux commandants. Elle croisa plusieurs membres de l'équipage qui la saluèrent gaiement. Elle répondit en faisant des signes de la main ou en souriant. Ne trouvant ni Thatch ni Marco, elle commença à les appeler. Elle les trouva à l'arrière du navire, appuyés sur le bastingage, ils discutaient en regardant l'océan. Elle se précipita dans les jambes du brun et tira sur son pantalon pour attirer son attention. Il sourit et la prit dans ses bras, il échangea quelques mots avec le blond qu'elle n'écouta pas, préférant jouer avec le foulard jaune de Thatch. Il emmena Sohalia dans la cuisine et ils mangèrent dans le silence, ce qui étonna la fillette. Elle était habituée à ce que le commandant de la quatrième engage la conversation. Tandis qu'elle mangeait tranquillement, elle lui jetait quelques regards furtifs, mais il semblait être perdu dans ses pensées.
Alors que la journée s'écoulait lentement, un homme ayant une grande moustache et un chapeau haut-de-forme se joignit à eux pendant que Sohalia regardait un livre dans la bibliothèque. Il échangea quelques mots avec Thatch avant de partir. Ce dernier soupira et se retourna vers la fillette qui avait délaissé son livre pour un autre. Il regarda autour de lui et vit le bazar qu'elle avait mis dans la pièce en l'espace de quelques heures. Des livres étaient éparpillés un peu partout sur le sol et la grande table, une chaise était également renversée. Il sourit et commença à ranger. Sohalia l'observa un instant faire puis l'imita. Une fois que tout fut à sa place, ils sortirent de la salle et montèrent sur le pont. Elle écarquilla les yeux de surprise, lorsqu'elle remarqua qu'ils étaient maintenant dans un port. Plusieurs hommes se préparaient à débarquer. Elle détailla l'île, fascinée. Marco se mit à sa hauteur et mit un sac sur ses frêles épaules, il sourit en la voyant l'interroger du regard. Il se releva et s'éloigna. Thatch l'attrapa et descendit du navire avec Sohalia dans les bras qui se tortillait dans tous les sens pour voir ce qu'il se passait autour d'elle. C'est là qu'elle vit un homme d'une taille impressionnante. Elle ouvrit sa bouche sous la surprise et regarda tour à tour le géant et Thatch. Il sourit, comme pour acquiescer à sa question silencieuse et l'amena près de l'homme, qui tenait dans l'une de ses mains la plus grande épée que Sohalia n'avait jamais vue.
« Voilà donc la fameuse fillette, Sohalia, lança-t-il en souriant à l'enfant que portait son fils, est-ce que tout est prêt ? demanda-t-il à Marco qui se trouvait juste à côté du capitaine.
- Oui, tout est prêt », répondit le blond, impassible.
Sohalia assista à la scène sans comprendre ce qu'il se passait. Elle ne savait pas où ils étaient et cela l'inquiétait. Elle vit plusieurs groupes d'hommes se mettre en route et avancer dans l'île. Thatch les suivit en silence. Elle continuait à s'agiter dans toutes les directions pour ne rien perdre du paysage qu'elle découvrait, malgré les demandes du brun qui la suppliait qu'elle se tienne tranquille. Elle remarqua bien vite que les habitants de l'île avaient tous des plumes dans les cheveux. Elle pointa du doigt, en désignant une qui l'attirait particulièrement et murmura un « joli ». Elle posait plusieurs questions sur les fleurs, arbres et diverses autres choses qui la fascinaient, les hommes qui l'entouraient répondaient toujours à ses questions. Ils arrivèrent dans un petit village où un homme les attendait à l'entrée. Thatch la déposa sur ses deux pieds avant d'attraper sa main et de l'entraîner vers Barbe Blanche, Marco et l'homme. Il était assez âgé et détaillait avec la plus grande attention la fillette qui avançait.
« Bonjour jeune fille, je suis le maire du village, Monsieur Tig, la salua-t-il en tendant la main vers elle.
- Elle ne se souvient de rien et elle est un peu sauvage, mais elle est plutôt calme, expliqua rapidement Barbe Blanche en jetant un regard à Sohalia.
- Je vois ça, dit-il en voyant la fillette se cacher derrière le commandant de la quatrième division.
- Pour une enfant, vivre sur un navire de pirate, ce n'est pas conseillé », continua le capitaine.
Sohalia n'écoutait plus ce que disait le géant au vieil homme. Elle fronça des sourcils et tourna son regard inquisiteur vers Thatch. Il soupira et s'agenouilla devant elle. Il plongea ses yeux noirs dans ceux marron de la fillette.
« Tu vas vivre ici, avec les gens qui portent de jolies plumes dans les cheveux. Tu vas voir, ils sont très gentils, et ils s'occuperont bien de toi, lâcha-t-il en souriant tristement.
- Pourquoi ?
- Pourquoi quoi ? répéta-t-il ne comprenant pas sa question.
- Pourquoi je ne peux pas vivre avec toi ?
- Parce que c'est dangereux.
- Pas vrai ! s'écria-t-elle en secouant vigoureusement sa tête, rejetant sans aucune hésitation l'argument qu'il lui fournissait.
- Sohalia ? l'appela Marco. Tu ne peux pas vivre avec nous, car nous ne sommes pas des gentils. Nous sommes des pirates, si tu restes avec nous, tu seras aussi une pirate.
- Mais vous êtes de gentils pirates, s'exclama-t-elle joyeuse, et moi aussi, je veux être une pirate !
- Je t'avais dit que ça serait compliqué de lui faire comprendre, elle est têtue. Et encore le mot est faible », geignit Satch en s'asseyant sur le sol.
Marco regarda Sohalia se diriger vers le brun, et lui tapoter le bras comme pour le réconforter. Il sourit, amusé. Il se retourna vers son Père et échangea un court regard avec lui. Barbe Blanche contemplait, lui aussi, la fillette réconforter maladroitement le commandant de la quatrième. Alors que ce dernier tentait vainement de faire comprendre à l'enfant que c'était mieux pour elle qu'elle reste ici, le capitaine appela son second et ils discutèrent ensemble de longues minutes. Lorsque le blond revint, il prit Sohalia dans ses bras et aida son ami à se relever. Thatch ne comprenait pas ce qu'il se passait et suivit le commandant de la première.
« Père va discuter avec le maire, il nous a chargé de faire les provisions, lança-t-il à l'assemblée, tous commencèrent à murmurer, se répartissant les tâches, il veut qu'on fasse visiter le village à Sohalia pendant qu'il cherche une solution, expliqua-t-il au brun sous les cris de joie de la petite blonde.
- Elle n'a pas l'air d'aimer le vieux, précisa le commandant de la quatrième.
- J'ai remarqué et Père aussi. Elle semble t'apprécier, remarqua-t-il en la voyant quémander les bras de Thatch.
- Je t'avais dit qu'elle était tombée sous mon charme, rit-il en la prenant dans ses bras, mais elle t'adore aussi, car tu lui lis des tas de livres, elle adora ça », ajouta-t-il en avançant vers les magasins du village.
Le commandant de la première division ne répondit rien, observant la fillette pointer du doigt une grande plume rouge et blanche. Il la prit et lui mit dans les cheveux. Elle lui offrit un sourire éclatant pour le remercier. Ils continuèrent à déambuler dans les rues du village, s'arrêtant seulement quand Sohalia était fascinée par quelque chose. Ce qui arrivait très souvent.
Lorsqu'ils revinrent auprès des autres membres de l'équipage, ils virent que tous les achats avaient été fait. Barbe Blanche était assis avec le maire et ils discutaient joyeusement tout en buvant du saké. Le capitaine leur fit signe de s'approcher et ils obéirent. Arrivés devant lui, Thatch mit Sohalia par terre et la poussa à rejoindre les deux chefs. Elle hésita un moment puis avança lentement vers eux. L'homme le plus fort du monde tendit sa main vers l'enfant, l'invitant silencieusement à s'approcher à un peu plus.
« Sohalia, il faut que tu comprennes que la place d'une enfant ce n'est pas sur un navire pirate. Être sur un bateau pirate, ce n'est pas comme être en croisière. Il faut travailler dur et se battre pour survivre. Ta place n'est pas là-bas, mais ici. Tu seras en sécurité dans ce village, déclara-t-il.
- Pas vrai, rejeta-t-elle en secouant la tête et elle reprit avant que Barbe Blanche est le temps de le faire, je devrais être avec papa et maman ! Mais je me souviens plus où ils sont.
- Sohalia, commença Marco.
- Je veux être avec Thatch ! Je veux rester sur le grand et beau bateau et manger des mousses au chocolat, pas avec le vieux monsieur, s'entêta-t-elle.
- Sohalia, tenta alors Thatch.
- Non ! Je ne veux pas être seule ici ! » cria-t-elle en laissant quelques larmes couler sur ses joues.
Pensant qu'ils allaient la forcer à rester dans ce village, elle s'enfuit et pénétra dans la forêt. Elle entendit vaguement des voix l'appeler. Elle ne voulait pas rester ici avec le vieux monsieur, elle ne l'aimait pas. Elle voulait rester avec Thatch et Marco et vivre sur le grand bateau qui ressemblait à une baleine. Mais plus que tout, elle ne voulait pas rester seule dans un endroit qu'elle ne connaissait pas, avec des personnes qu'elle n'avait jamais vues. Si elle ne pouvait pas être avec les pirates, alors elle voulait retrouver ses parents. Être avec eux.
Mais comment pouvait-elle les retrouver alors qu'elle ne se souvenait plus de leurs visages, de leurs voix, de leurs noms ? Pourquoi avait-elle tout oublié ? Pourquoi lorsqu'elle avait ouvert les yeux, elle s'était retrouvée sous des planches de bois ? Pourquoi tout ce dont elle se souvenait, c'était des flammes léchant et détruisant des maisons et des flaques de sang sur sol ? Pourquoi ses parents n'étaient-ils pas à côté d'elle à son réveil ? Aveuglée par ses larmes et sa peine, elle ne fit pas attention où elle courait et ses pieds se prirent dans les racines d'un arbre. Elle chuta en criant, roulant sur le sol tentant d'arrêter sa descente en essayant d'attraper des branches, racines, cailloux, mais rien ne stoppait sa chute. La peau de ses mains était tranchée sans pitié, sa robe se déchirait.
Sa dégringolade s'arrêta finalement dans un fossé rempli de feuilles mortes. Chanceuse, elle se releva difficilement après que son étourdissement soit passé. Lorsqu'elle posa son pied gauche au sol, une terrible douleur la fit basculer à nouveau sur le sol humide et froid de la forêt. Elle s'efforça de se mettre debout plusieurs fois, mais chaque essai fut un lamentable échec à cause de la douleur. Elle tourna la tête et chercha autour d'elle un quelconque moyen pour s'aider à marcher, les yeux larmoyants.
Le paysage qu'elle découvrit, l'effraya. Elle ne reconnaissait rien. Même si elle trouvait un moyen pour l'aider à se mettre debout, elle ne saurait pas où aller. Affolée, elle se mit à crier les noms de Marco et Thatch, espérant qu'ils l'entendraient et qu'ils viendraient la chercher. Soudain, une tâche sombre bondit devant elle, surprise, elle poussa un nouveau cri avant de se pétrifier, d'effroi. Un jaguar se dressait face à elle, les crocs sortis. Elle ne bougea pas, fascinée et effrayée par l'animal qui se tenait prêt à bondir. Il possédait une robe d'un noir intense, ses yeux jaunes saisissants la faisaient trembler. Il bougea légèrement et, grâce aux rayons du Soleil qui traversaient difficilement les branchages, elle aperçut sur son pelage des tâches légèrement plus claires que le reste de ses poils. Ses yeux marron croisèrent ceux jaunes du prédateur et elle ne put s'en défaire. Tout son corps vibrait, sachant qu'elle était la proie et lui le chasseur. Il lâcha un léger ronronnement, et les muscles de l'animal se tendirent.
Il bondit en grognant. Elle ferma fortement les yeux, hurlant de peur. Mais rien ne vint. La mort pouvait-elle être aussi douce ? Elle en doutait. Toujours effrayée, elle n'osait pas ouvrir les paupières et voir par elle-même si elle était ou non dans un autre monde. Elle utilisa ses autres sens, tâchant de comprendre la situation. Elle percevait une odeur différente de toutes celles de la forêt qui l'entourait, elle lui était étrangement familière. De légers bruits également, comme si quelqu'un foulait le tapis de feuilles mortes. Des murmures de voix d'homme s'élevèrent peu à peu dans les airs. Des pas se rapprochèrent prudemment d'elle.
« Sohalia ? C'est bon, tout va bien. Tu n'as plus rien à craindre », la rassura Thatch.
Ses muscles se détendirent et elle ouvrit les yeux. Une vague de soulagement la fit sourire en voyant le visage du commandant de la quatrième et de la première un peu en retrait, les lèvres pincées, semblant en proie à de profondes réflexions. Elle ne s'occupa pas de l'air préoccupé du phénix, préférant se réfugier dans les bras du brun qui observait ses diverses blessures. Il grimaça en notant l'étendue des dégâts. Il la souleva et se mit en marche. Le début du trajet se passa dans le plus grand des silences. Sohalia respecta pendant un moment le silence des autres malgré sa curiosité qui devenait de plus en plus féroce. Elle jouait avec le foulard de Thatch luttant contre la fatigue. Elle était épuisée physiquement et mentalement. Mais elle tint bon. Lorsque sa soif de connaissance atteint son paroxysme, elle dévisagea son porteur tout en lui tapotant la joue pour avoir son attention. Ce dernier soupira, se doutant de ce qu'elle désirait.
« Oui ?
- Comment s'appelle l'animal de toute à l'heure ? demanda-elle en regardant derrière eux.
- C'était un jaguar, une mère. Ces petits ne devaient pas être très loin, c'est pour ça qu'elle t'a attaqué, répondit-il.
- Elle est morte ? souffla-t-elle en imaginant les bébés jaguars seuls.
- Non, elle aura juste un bon mal de crâne à son réveil », rit-il en voyant la mine soulagée de l'enfant.
Elle lui sourit en réponse à son hilarité et nicha sa tête dans le creux de son épaule. Maintenant que ses questions avaient maintenant des réponses, elle se sentait plus légère et elle laissait le sommeil l'envahir. Le rythme de marche de Thatch la berçait peu à peu. Sa respiration ralentit. Une crainte qui avait été balayée par les récents événements revint aux galops. Qu'est-ce qui allait se passer ? En sentant son souffle dans son cou devenir plus lent, Thatch pensa qu'elle s'était endormie. Il fut donc surpris lorsqu'elle se redressa vivement hagarde, combattant désespérément pour garder les yeux ouverts. Une lueur de peur faisait briller ses yeux.
« On va où ? questionna-t-elle en tentant de trouver dans le paysage qui l'entourait un point de repère qui l'aiderait à répondre à sa question.
- On rentre, répondit simplement Thatch en échangeant un regard avec Marco.
- Où ça ? insista-t-elle insatisfaite de la réponse du brun.
- Sur le bateau », déclara Marco en lui offrant un sourire réconfortant.
Sohalia sourit aux deux commandants et se recala contre l'épaule de Thatch. Ils rentraient sur le navire, elle ne resterait donc pas au village. Elle pourrait à nouveau manger des mousses au chocolat, écouter Thatch lui raconter des histoires sur leur équipage, lire des livres avec Marco. Elle aimait la vie sur le navire, et même s'ils étaient des pirates, ils étaient gentils. La fillette adorait l'odeur de l'océan. Elle aimait passer des heures à regarder l'eau qui s'étendait à perte de vue. Elle appréciait cette vie et elle ne voulait pas autre chose. Elle se sentait à sa place. Doucement, ses paupières se fermèrent et son souffle ralentit. Elle sombra bien vite dans les bras de Thatch.
MAJ : 10/12/2017
