SOURIS
Cherchant désespérément un petit animal de couleur sable, Sohalia, âgée alors de six ans, était couchée sur le sol de sa cabine, détaillant le dessous du lit avec attention. Elle se releva prestement et utilisa ses maigres forces pour déplacer légèrement sa commode. Cela faisait déjà une bonne heure qu'elle retournait sa chambre tentant de trouver Rēta. Elle avait beau l'appeler, l'appâter avec un peu de nourriture, rien à faire ! La petite souris couleur sable demeurait introuvable. La fillette s'affala sur son lit, abattue. Si les membres de l'équipage tombaient dessus, elles allaient avoir le droit à une sacrée punition. Quoique, Sohalia avait peu d'espoir que l'animal reste en vie.
Frissonnante, elle attrapa son oreiller et l'abattit sur son visage. Dire qu'elle avait réussi à dissimuler Rēta pendant trois jours aux pirates. Elle ne pouvait pas se faire prendre maintenant. Sans parler de la punition qui lui tomberait dessus après la découverte de la petite souris. Elle avait volontairement désobéi aux ordres de Marco, Thatch et Vista, sans parler du Paternel, en montant à bord du navire avec cette souris. Mais était-ce réellement de sa faute si cette petite souris était si mignonne ?! Couinant, elle sauta du lit et partit en trombe sur le pont, espérant trouver Rēta avant l'un des membres de l'équipage. Si elle était une petite souris, où se cacherait-elle ?! Se figeant sur le pont, elle fit demi-tour et fila en direction des cales, là où se trouvaient les réserves de nourriture et avec un peu de chance, Rēta.
S&T
Thatch pénétra dans la cuisine, armé de son plus beau sourire. C'était une journée sublime. Le Soleil était au rendez-vous et un petit vent frais venait adoucir la chaleur des rayons de l'astre brûlant. Et le meilleur dans tout ça, c'était qu'il n'y avait pas de bateau ennemi en vue. Rien. Juste une journée tranquille où les pirates de Barbe Blanche pouvaient se reposer. Cela faisait longtemps qu'ils n'avaient pas pu profiter d'une si belle journée. Sifflotant gaiement, le commandant de la quatrième division sortit les divers ingrédients pour se préparer un sandwich. Devait-il également faire un goûter à la jeune pirate ? Ça faisait un moment qu'il ne l'avait pas vu. Dormait-elle ? Par une journée si magnifique, ce serait du gâchis. Ouvrant le frigo, il continua à chercher quelques victuailles supplémentaires qui pourraient apaiser sa faim.
Thatch se retourna vers le plan de travail, les bras chargés de divers ingrédients. Ses yeux s'écarquillèrent et il lâcha les paquets. La nourriture toucha le sol dans un bruit sourd. Le pot de moutarde se brisa. Le commandant de la quatrième division devait halluciner. Oui, c'était ça. Il devait délirer. Et ce mirage était sûrement dû à une insolation. Il fixa l'illusion, la bouche grande ouverte, les bras ballants. Le produit de son imagination lui retourna son regard tout en continuant de grignoter le pain qu'il avait déjà coupé. Satisfaite de la qualité de la nourriture, son hallucination remua sa longue queue. Couinant, la bestiole le renifla de loin tout en le détaillant avec prudence.
Lentement, Thatch s'arma d'une cuillère en bois qui traînait dans les parages et s'avança à pas de loup vers sa cible. Son délire lui semblait bien trop réel à son goût. Comment diable cette saleté avait réussi à monter à bord ?! Il se figea et, d'un geste las, il se passa une main sur son visage. Sohalia. Elle allait l'entendre ! Ils lui avaient pourtant interdit de ramener l'une de ces souris sur le Moby Dick, mais cette jeune fille n'en avait fait qu'à sa tête. Ces animaux étaient tout aussi dangereux que des marines pour eux ! Dévorant leur stock de nourriture, ces vermines se nourriraient des pirates, une fois que ces derniers seraient morts de faim. Il fallait éliminer la menace le plus vite possible avant qu'elle ne se reproduise et que ça devienne ingérable. Il en allait de leur survie !
Un pas après l'autre, Thatch se rapprochait de sa proie. Il calculait chaque geste pour ne pas effrayer l'animal. La souris, elle, continuait de se régaler avec le début du sandwich du commandant de la quatrième division. Fichue bestiole ! Elle ne pouvait pas grignoter les sandales de Marco au lieu de s'occuper de son casse-croûte ! Encore un peu et il pourrait abattre l'ustensile sur cette saleté. Encore un peu, plus qu'un petit pas de rien du tout et ça serait terminé. Il brandit la cuillère en bois et retint son souffle. La porte de la cuisine s'ouvrit vivement et alla cogner dans le mur d'à côté. La souris fut immédiatement en alerte et courut se cacher derrière des bouteilles. Un projectile blond empêcha l'homme de poursuivre l'animal.
« Thatch ! Non ! Ne fais pas ça ! s'écria la jeune fille en tentant d'attraper l'arme.
- Ah, te voilà toi ! Tu peux m'expliquer ce que fait cette bestiole sur le navire ?! demanda-t-il en la menaçant avec l'ustensile tout en la toisant.
- Eh bien, commença-t-elle en tortillant ses doigts dans tous les sens, elle était trop mignonne, et puis je l'aimais bien. Alors, bredouilla-t-elle en esquivant le regard du commandant de la quatrième.
- Alors tu as violé notre interdiction, n'est-ce pas ? Finit-il en passant une main sur sa nuque, soudain très fatigué.
- Je suis désolée, s'empressa-t-elle de s'excuser, promis, je ne le ferais plus.
- Y a intérêt jeune fille ! répliqua-t-il en fronçant des sourcils, mais un léger sourire adoucit son expression dure et froide. Maintenant aide-moi à attraper cette saleté avant qu'elle ne dévalise toute la cuisine, ordonna-t-il en cherchant la souris.
- Ce n'est pas une saleté, s'exclama Sohalia en croisant ses bras sur son torse, elle s'appelle Rēta, et elle est très gentille. J'ai même réussi à lui apprendre quelques tours.
- Je serais ravi de voir ça avant qu'on ne la fasse cuire », marmonna-t-il en regardant en dessous de la table.
Thatch se releva et vit avec étonnement Sohalia l'observer, choquée par ses propos. Il rit en tapotant la tête de l'enfant. Son hilarité fut de courte durée. Elle se tenait là, juste devant lui, le narguant tout en continuant de grignoter ce qu'il restait de son sandwich. Sohalia passa devant lui et appela l'animal qui partit en courant. Le pot de sel tomba au sol tandis que Thatch s'élançait vers la souris. Il ne vit pas le récipient et marcha dessus. Perdant l'équilibre, il s'étala de tout son long sur le sol dans un bruit sourd. Rēta observa la scène en remuant sa queue, elle laissa échapper un petit couinement. Énervé, le commandant de la quatrième division se releva et attrapa vivement le couteau de boucher.
Se ruant à nouveau sur le petit animal, il poussa un cri rageur. Sohalia le vit brandir le couteau et hurla. L'arme s'abattit avec force sur le plan de travail et trancha le paquet de farine. La poudre blanche se répandit dans toute la pièce lorsque Thatch frappa le sachet avec la cuillère. Rēta esquiva chacune des attaques du commandant de la quatrième sans grand effort. La jeune fille regardait avec horreur les armes de l'homme frôler la petite souris. L'animal bondit et s'enfuit sous une étagère. Thatch se jeta à sa poursuite, couteau et cuillère. en avant. Il glissa sur le sol et ne s'arrêta que lorsque ses deux armes touchèrent le mur.
Un silence régna pendant quelques secondes dans la cuisine. Sohalia attrapa discrètement l'animal et la plaça dans une des poches de son short. Un grincement détourna son attention de Rēta. Les objets qui étaient disposés sur l'étagère tanguèrent dangereusement en même temps que le bois. La jeune fille entendit brièvement Thatch jurer. Elle regarda au ralenti le meuble tomber sur le commandant de la quatrième. Dans un vacarme assourdissant, les objets et l'étagère s'écrasèrent sur le pauvre homme. Sohalia grimaça tandis que son frère se remettait du choc. Il dégagea habilement le meuble qui pesait sur lui et se releva difficilement.
Sohalia le détailla un long moment avant de laisser libre cours à son hilarité. Les vêtements de Thatch, habituellement d'un blanc impeccable, étaient dorénavant couverts de diverses substances, colorant ses affaires. Ses cheveux, toujours bien coiffés, étaient maintenant collés dans un tas uniforme par l'huile d'olive. Son visage était couvert d'égratignure et du reste de farine. Thatch fronça des sourcils et chercha vivement l'animal qui était la cause de tout ce raffut. Son regard se posa sur la fillette qui continuait de rire, les larmes aux yeux. S'agitant rapidement comme pour confirmer sa victoire, la souris émergea de la poche de l'enfant.
Remarquant le regard insistant du commandant, elle déglutit bruyamment et s'enfuit rapidement. Sohalia passa entre les jambes du cuisinier, qui, attiré par le vacarme, venait inspecter l'état de sa précieuse cuisine. Lorsque le patron de la pièce pénétra dans son sanctuaire, il poussa un hurlement. La jeune fille s'enfuit en vitesse vers la cabine de Namur. Elle était sûre que l'homme-poisson l'aiderait à cacher Rēta jusqu'à la prochaine île.
« Thatch ! s'époumona le cuisinier, son cri résonna à travers le navire. Je te conseille de me ranger toute la cuisine et tu utiliseras ton argent pour restaurer tout ce qui a été détruit », continua-t-il en claquant la porte de la pièce.
À la fin de la journée, Thatch était toujours en train de nettoyer la cuisine. Essayant, vainement, de recoller la théière. Rēta était encore en vie et Sohalia avait échappé à une punition, contrairement au pauvre commandant de la quatrième division qui devrait faire les courses à la prochaine île avec son argent au lieu de le dépenser pour s'amuser et se détendre. Il faut toujours se méfier des souris, surtout si elles sont accompagnées d'une petite blondinette.
ENNUI
Ce jour-là, la chaleur sur le Moby Dick était étouffante. Le vent jouait aux abonnés absents et le navire à tête de baleine n'avançait pas. La plupart des hommes de l'équipage de Barbe Blanche s'étaient réfugiés dans leurs chambres afin d'échapper aux rayons de l'astre brûlant. D'autres étaient allongés sur le sol du pont, à l'ombre et faisaient la sieste. Parmi eux, Sohalia, âgée de sept ans, dessinait pour tuer son ennui. À côté d'elle, Thatch dormait profondément, la chemise légèrement ouverte. Avec le Soleil qui les agressait, il n'y avait pas grand-chose à faire sur le bateau, au grand damne de la jeune pirate. Elle avait pourtant bien tenté d'entraîner le commandant de la quatrième division dans une partie de cache-cache, mais l'homme avait rejeté sa proposition.
Alors que le Soleil déclinait lentement, Sohalia continuait de dessiner. Elle tentait de reproduire les différentes pièces du Moby Dick et les hommes qui y étaient le plus souvent. Finissant de décorer l'une des feuilles, elle souleva son œuvre et la détailla avec satisfaction. Elle la reposa et tendit le bras pour s'emparer d'un nouveau morceau de papier. Ne sentant pas la texture de la feuille, elle se retourna et découvrit avec horreur qu'elle venait d'utiliser la dernière. Qu'allait-elle faire si elle ne pouvait plus dessiner ?! La jeune fille balaya du regard les alentours, mais les hommes continuaient de ronfler comme des biens heureux. Sohalia se tourna vers Thatch, dépitée. Le commandant de la quatrième gigota durant son sommeil, puis se remit à respirer bruyamment.
Cela devait faire une bonne heure déjà que Sohalia tentait vainement de trouver le sommeil. Mais il n'y avait rien à faire. Il faisait bien trop chaud pour dormir. Elle se rassit vivement et attrapa machinalement l'un de ses feutres. Elle le tourna et le retourna dans tous les sens, cherchant quelque chose pour se distraire. Soudainement, Thatch se mit à marmonner quelques mots incompréhensibles. La jeune fille l'observa un moment, puis le feutre. Elle fit glisser son regard de l'homme endormi à son crayon plusieurs fois de suite. Un immense sourire s'installa sur son visage.
S'approchant à pas de loup, Sohalia ôta le capuchon de son feutre et commença à dessiner diverses formes ridicules sur le torse du commandant de la quatrième division. Ayant terminé son œuvre, elle s'écarta pour mieux la contempler. Elle fronça des sourcils. Ça serait vraiment pousser sa chance de lui écrire sur le visage ?! Jetant un coup d'œil autour d'elle, elle rapprocha à nouveau la mine sur la peau de l'endormi. Et pourquoi ne pas maquiller tous les hommes qui ronflaient sur le pont ?! Ni une ni deux, la jeune pirate prit ses feutres de toutes les couleurs et s'amusa à décorer le visage de Marco.
Alors que Sohalia commençait à dessiner sur Curiel, Lady, l'infirmière en chef, s'installa à ses côtés et lui tendit une petite trousse rose. La femme souriait, nullement offensée par le passe-temps de la fillette. Voir ces grands pirates ainsi ridiculisés par une enfant de sept ans était un spectacle des plus amusants pour l'infirmière.
« Utilise le rouge à lèvre. Il est dur à enlever », indiqua-t-elle en s'éloignant, retenant difficilement un rire.
Ravie, Sohalia se saisit de l'objet et l'appliqua avec minutie sur les lèvres du commandant. Curiel était sa première poupée, et elle en prit grand soin. Elle lui mit un peu de fard à joues avant de s'occuper de ses paupières et de les peindre d'un vert foncé. Avec le crayon noir, elle lui dessina une sublime moustache. La fillette rangea avec attention le maquillage de l'infirmière et lui rapporta. La jeune pirate remercia la femme puis se précipita dans sa chambre pour s'y barricader. Sohalia aurait bien aimé rester pour voir la réaction des hommes, mais elle n'avait pas spécialement envie de se retrouver pourchassée à travers le navire par une chaleur pareille.
Sohalia patientait tranquillement dans sa chambre. La fillette avait vidé sa commode, afin de la déplacer facilement contre la porte, avant d'y remettre toutes ses affaires. Cachée sous son lit, elle guettait le moindre bruit venant du pont. Soudain, quelques rires se firent entendre. Un long silence stoppa ce moment d'hilarité. Un cri résonna dans tout le Moby Dick, réveillant les derniers dormeurs.
« Sohalia ! »
Thatch avait déjà compris qu'elle était la coupable. Ce n'était pas juste. Elle qui avait espéré qu'ils auraient cherché pendant un moment qui était l'artiste. Elle grimaça lorsqu'elle entendit les hommes frappaient à sa porte pour avoir une explication. Elle pourrait toujours leur faire sa petite moue et leur dire qu'ils étaient plus beaux ainsi. Sohalia avait tout de même peu d'espoir d'échapper à une vengeance.
Quelques heures plus tard, Sohalia déambulait à travers le navire, maquillée comme un clown. Son teint était aussi blanc que la barbe du Paternel. Son petit nez beige était maintenant bordeaux. Ses joues étaient marquées par diverses formes géométriques bleues, jaune et vert. Ses cheveux, dorénavant frisés, avaient une couleur rouge. Sa nouvelle couleur sentait étrangement la tomate. Une inscription était lisible sur son front « Qui s'y frotte, s'y pique ! ». La vengeance d'un pirate est toujours terrible. Mais lorsqu'il y en a plusieurs, c'est une horreur.
PUNIE
Thatch et Sohalia étaient, tous les deux, allongés sur le sol de la cuisine, répétant inlassablement au cuisinier qu'ils s'ennuyaient. Ne pouvant pas en supporter davantage, l'homme les mit à la porte sans plus de cérémonie. Assis par terre sur le pont avant du Moby Dick, le commandant de la quatrième division et la fillette, âgée de huit ans, observèrent les autres membres de l'équipage vaquer à leurs occupations. C'est alors qu'un certain phénix apparu dans le champ de vision de l'homme. Souriant, Thatch entraîna la jeune fille un peu plus loin. Il venait de trouver une idée géniale pour faire passer son ennui, et il allait avoir besoin d'elle.
Après avoir transmis le nom de la prochaine île et leur date d'arrivée au capitaine, Marco se dirigea vers sa cabine. Un peu plus tôt, il avait commencé un roman, qu'il s'était offert sur la dernière île qu'ils avaient visitée, et il avait hâte de le terminer. Il ne s'était pas trompé en dépenser quelques Berrys pour ce policier, l'auteur avait un certain talent pour le suspense et les rebondissements. Alors qu'il allait pénétrer dans sa chambre, Thatch l'interpella. Il se recula pour dévisager son ami, oubliant de fermer sa porte.
« Tu tombes bien Marco ! Ça te dérange de me donner un coup de main ? demanda le commandant de la quatrième division.
- Maintenant ? interrogea le phénix en haussant un sourcil.
- Eh bien, en fait, je voulais faire une blague à Sohalia et je lui ai volé le livre qu'elle était en train de lire. Je l'ai caché dans la cale, mais impossible de remettre la main dessus, expliqua-t-il en riant nerveusement.
- Tu ne peux pas arrêter de la martyriser ? répliqua-t-il en se grattant pensivement la nuque.
- Allez, s'il te plaît ! Ça ira plus vite à deux. Et je n'ai vraiment pas envie qu'elle m'en veuille parce que je lui ai perdu son livre. »
Le commandant de la première division suivit son ami dans les cales. Ils cherchèrent ensemble pendant un long moment, mais rien. Thatch avait décidément trop bien caché le roman de la fillette, il était introuvable. Le phénix sermonna son ami, l'enfant serait inconsolable. S'il ne voulait pas que Sohalia lui en veuille pour cette mauvaise blague, il avait plutôt intérêt de remettre la main dessus rapidement.
Marco remonta sur le pont, bien décidé à terminer enfin son roman. Il pénétra dans sa cabine et se figea. Où était passé son livre ?! Il s'avança prestement et chercha le bouquin sur son bureau. Rien. Il était pourtant persuadé qu'il l'avait laissé là ! Peut-être était-il tombé ?! Il se baissa et regarda sous le meuble, rien. Il devenait fou ! Un livre ne s'envolait pas comme ça ! Il retourna sa chambre pour trouver l'objet si désiré, mais le roman restait introuvable. Il se stoppa. Peut-être l'avait-il laissé à la bibliothèque ? Décidé, il s'y dirigea rapidement.
Une heure ! Et ce maudit bouquin restait introuvable. Si encore ce n'était que ça ! Mais maintenant, son encre, ses plumes, et son journal de bord jouaient aux abonnés absents. À chaque fois, c'était la même chose. Il posait les divers objets dans un endroit précis et quelques instants plus tard ses derniers avaient disparu. Il se laissa tomber sur le sol de sa cabine, épuisé. Peut-être était-ce un effet secondaire de son fruit du démon ? Non, impossible. Grognant, il se releva et se dirigea vers la cuisine. Manger l'aiderait peut-être à se calmer et il serait dans de meilleures dispositions pour trouver ses objets.
Alors que Marco rentrait dans la salle à manger, deux ombres se faufilèrent dans sa cabine et dévalisèrent son armoire. Fiers d'eux, les voleurs repartirent rapidement du lieu du crime, leur butin dans les bras, sous les regards amusés de Vista et Izo. Ces deux derniers les observaient faire depuis un moment déjà. Si le phénix leur mettait la main dessus, ils allaient en baver à coup sûr.
Marco claqua la porte de la salle de bains en fulminant. Ce n'était décidément pas son jour ! Ses affaires disparaissaient les unes après les autres, et maintenant, il se prenait un seau d'eau dans la figure. Le seau était, en principe, destiné à la petite Sohalia, mais le phénix, bien trop occupé à rechercher ses affaires qui continuaient de disparaître, s'était retrouvé involontairement entre l'eau et la fillette. Il se déshabilla rapidement tout en continuant de jurer contre sa malchance et rentra dans l'une des cabines de douche.
Dès que l'eau se mit à couler, Thatch et Sohalia pénétrèrent discrètement dans la salle d'eau. La fillette ramassa vivement l'épée, le bermuda, la chemise et les sandales du phénix avant de ressortir rapidement de la pièce et de cacher les vêtements de la victime dans la chambre de Thatch. Ce dernier prit le caleçon et la serviette de son ami après avoir déposé un petit mot sur la porte de la pièce. Il s'enfuit aussi vite que possible, retenant tant bien que mal son hilarité.
Marco coupa l'eau et tendit machinalement le bras pour attraper sa serviette qu'il pendait toujours à la porte de sa cabine. Il ouvrit les yeux lorsque ses doigts ne rencontrèrent pas le morceau de tissu. Bien, maintenant, il en était sûr. C'était un complot. S'il trouvait les coupables, ils allaient souffrir. Le phénix sortit de sa cabine et remarqua que ses vêtements avaient disparu. La seule chose qui restait était un petit morceau de papier, collé à la porte de la salle de bains.
« On joue à cache-cache ? » lut-il à haute voix.
Il reconnut rapidement l'écriture de Thatch, qui avait pourtant essayé de la truquer pour ne pas se faire attraper, et froissa le morceau de papier. Il ne lui avait rien laissé. Même pas son caleçon ! Il n'allait tout de même pas sortir comme ça, et il n'allait pas attendre non plus que quelqu'un lui vienne en aide. Le commandant de la première division sortit de la salle de bains. Dès qu'il fut sur le pont, il se transforma en phénix et alla se percher sur l'un des mats du navire. S'il avait mangé un fruit paramecia ou un logia, il aurait dû traverser pratiquement tout le pont nu, prenant le risque de croiser l'une des infirmières ou encore Sohalia.
Marco attendit un long moment sur le mat que sa proie se montre. Thatch sortit finalement de sa cabine, en compagnie de Sohalia. Tous les deux riaient vivement. La gamine s'était donc elle aussi amusée à le rendre chèvre. Le commandant de la quatrième devrait arrêter de lui mettre ce genre d'idée dans la tête. Soupirant, il se résigna à punir également la fillette. Il fonça sur ses proies et les plaqua au sol, toujours sous sa forme animale. Il les toisa méchamment tandis qu'ils déglutissaient péniblement. Oh oui, ils allaient souffrir.
Quelques instants plus tard, Marco était en train de boire et de lire, enfin, son roman dans la salle à manger en compagnie d'Izo. Ce dernier regardait en riant Sohalia. La fillette était ficelée et bâillonnée sur une chaise. Elle baragouinait des excuses et suppliques pour que le phénix la relâche. Vista, lui, observait avec amusement Thatch se balancer au grès du vent. Le commandant de la quatrième division était pendu par les pieds en haut du plus grand mât. Ses mains étaient attachées dans son dos, l'empêchant de défaire son bâillon. L'homme était pratiquement nu, il ne lui restait que son caleçon. Marco avait consenti à lui laisser. Il avait eu pitié des âmes sensibles du navire. Il ne faut jamais jouer avec les affaires d'un phénix flegmatique, ou alors méfiez-vous de sa vengeance.
MAJ : 17/12/2017
