Lecteurs/Suivis/Favoris : Merci d'être de plus en plus nombreux ! :)


Disclamer : Certains personnages sortent de mon imagination. Les autres et l'univers reviennent à Monsieur Oda !


Royaume de Saint Urea, forêt de l'Ouest, les ruines.

Écrasée contre le sol, la Shizen ne pouvait qu'assister, impuissante, au spectacle sordide qui se jouait devant elle. Ikaku et Dom continuaient de lutter l'un contre l'autre, s'acharnant à frapper avec toujours plus de force que l'autre. Kenta, lui, était en mauvaise posture. Il se relevait difficilement après une énième chute, tandis que son adversaire le dominait par une puissance qui n'était qu'illusion. Le combattant de la quatrième division se redressa et toisa l'homme vêtu de noir. Jef sourit et pencha la tête sur le côté, comme intrigué. Les yeux de Kenta se révulsèrent et sa bouche s'ouvrit en grand sans qu'aucun son n'en sorte. Ses jambes fléchirent et il tomba à genoux. Sohalia l'appela à plusieurs reprises, mais son coéquipier ne percevait que la douleur qui le ravageait. Le Mentaru s'avança et attrapa les cheveux de Kenta.

« Si faible, souffla-t-il dans un rire moqueur, vous n'êtes que des bons à rien. »

Il le relâcha et se retourna. Kenta porta ses mains à sa tête et se coucha contre le sol. Son hurlement résonna dans la végétation. Sohalia l'observa un moment, horrifiée. Avec force, elle parvint à se relever doucement. Jef capta aussitôt son mouvement et sourit. Il s'approcha d'elle et plaça sa main au-dessus de son dos. Le corps de la jeune femme se cambra et elle hurla. La douleur, déjà vive, de son dos fut multipliée par quatre. C'était comme si on l'écrasait encore et encore jusqu'à ce que ses os ne deviennent que poussières. Jef retira sa main et Sohalia s'écroula au sol, essoufflée. Il s'agenouilla devant elle tandis qu'elle reprenait peu à peu ses esprits.

« Quelle atroce blessure, lança-t-il en désignant sa tête, ça doit faire si mal. »

Sohalia le toisa, incapable de répondre et appréhenda la souffrance à venir.

« Ne t'inquiète pas, ton tour viendra bientôt, alors reste sage », dit-il en se relevant.

Dom administra un magistral coup de poing dans la mâchoire d'Ikaku. Ce dernier tomba, inconscient, contre le sol. Le Mentaru sourit et désigna d'un signe de tête l'une des armes à feu du membre de la quatrième. Dom, tel un automate, se dirigea vers l'un des pistolets automatiques. Il le prit et visa le pirate inconscient. Kenta se redressa péniblement et écarquilla les yeux.

« Tue-le, ordonna Jef.

- Dom, non ! » hurla la Shizen en se débattant contre la pression mentale de l'homme.

Le coup de feu résonna en elle et elle ferma les yeux. Elle savait que la puissance qui la retenait clouée contre le sol n'était qu'illusion, alors pourquoi n'avait-elle pu se relever et empêcher Dom de faire ça ?! Pourquoi n'était-elle pas foutue de faire bouger son corps ?! Elle aurait pu se lever et arracher l'arme des mains de son ami. Elle pourrait se mettre debout et se battre contre Jef, mais le Mentaru avait raison, elle était trop faible. Kenta soupira de soulagement et la jeune femme se tourna vers lui. Elle suivit son regard et écarquilla les yeux. Sabo. Il maintenait la gueule du pistolet dans les airs avec l'aide de son épée. D'un agile mouvement de la main, il éjecta l'arme et assomma le pirate de la cinquième. La Shizen soupira et sourit. Jef observa avec intérêt le nouvel arrivant.

« Bonjour, lança-t-il au Révolutionnaire.

- Ça va ? demanda-t-il à Kenta.

- On peut dire ça, grogna-t-il en se relevant.

- Tu es tout seul ? interrogea la jeune femme.

- Non, Marco nous survole, il va atterrir. Les autres ne devraient plus tarder », les renseigna-t-il.

Kenta aida Sohalia à se relever tandis qu'une flamme bleue se posait à côté d'eux. Sabo inspectait les pirates inconscients tout en gardant un œil sur le Mentaru. Marco parcourut rapidement les ruines du regard avant de fixer la jeune femme. Il la détailla rapidement, inquiet. La Shizen lui sourit pour le rassurer et se concentra sur Jef. Il était bien trop inactif à son goût. Le Mentaru regardait les deux nouveaux combattants en souriant. Il planta ses yeux verts dans ceux marron de la jeune pirate et rigola. Le révolutionnaire l'observa, tendit ses muscles, appréhendant une attaque. Le phénix resta égal à lui-même et se contenta de fixer leur adversaire, impassible. Jef arrêta de rire et passa sa main dans ses cheveux blancs.

Les muscles de Kenta se contractèrent et la pression qu'il exerçait sur la Shizen, afin de la maintenir debout, doubla. Sohalia se retourna vers lui, et lui demanda ce qui le rendait si nerveux. Il la prit par les épaules et écarquilla les yeux. La rage assombrit son regard. Il la souleva et la jeta un peu plus loin.

« Enfoiré », s'époumona-t-il.

Sohalia s'appuya sur ses coudes et se releva. Elle perçut le bruit dans les buissons qui les entouraient. Les renforts étaient enfin là. Elle les embrassa du regard. Ils semblaient aller bien pour la plupart, seulement essoufflés. Kenta profita de ce moment et fonça sur elle. Il la plaqua au sol et la surplomba. Les hors-la-loi étaient figés par l'incompréhension. La Shizen reprit ses esprits lorsque son coéquipier lui hurla dessus.

« Tu croyais tout de même pas que j'allais laisser une occasion pareille m'échapper ! »

Le pirate lui balança son poing et la jeune femme eut juste le temps de tourner la tête pour esquiver le coup.

« Kenta ! s'écria Hogo en tentant de se précipiter vers eux, mais, à nouveau, un mur invisible barrait la route aux pirates.

- Regarde ça, Hogo ! Ce connard se fout devant moi et me nargue ! Je ne raterais pas la chance que j'ai de venger mon commandant ! répondit-t-il en toisant Sohalia.

- Qu'est-ce que tu racontes ? » souffla l'homme.

Il essaya de se rapprocher, mais rien, il fronça des sourcils. C'était bien Sohalia que Kenta tentait de tuer et non Teach. Il fixa l'homme qui se trouvait au milieu des corps inconscients. La Shizen le regardait avec colère. L'attention de la jeune femme fut attirée par des étincelles bleues. Marco se transformait peu à peu afin d'assommer le pirate.

« Marco, non ! » lui lança-t-elle.

Le commandant se stoppa et la détailla. Il hocha la tête et croisa ses bras sur son torse. Kenta retira sa main de la terre et la Shizen découvrit, stupéfaite, le trou qu'il avait fait. Kenta possédait une force et une capacité à encaisser les coups incroyables. Si elle se faisait toucher par l'une des attaques de l'homme, il y avait peu de chance qu'elle se relève tout de suite. Elle planta ses yeux dans ceux noirs de haine de son partenaire.

« Je ne suis pas Teach », déclara-t-elle avec aplomb.

Le rire de Kenta résonna dans les ruines, mais il avait perdu sa chaleur. C'était un rire froid et sans âme. Sohalia aperçut Marco s'élancer vers le Mentaru. C'était le moment de faire entendre raison à Kenta.

« Si, tu es Teach, l'homme qui a tué Satch et je vais te tuer, répliqua-t-il en armant son poing.

- Je ne suis pas Teach. Réfléchis, Kenta ! Que faisais-tu avant de le, elle grogna, me voir ? reprit-elle.

- Je, commença le pirate en fronçant des sourcils, je soutenais Sohalia, répondit-il.

- Où est-elle ? » continua la jeune femme en voyant le bras de l'homme s'abaisser.

Kenta tourna la tête et ouvrit la bouche, puis la referma. Il observa à nouveau les ruines, mais Sohalia avait disparu.

« Yori a dû la transporter sur le navire pour la soigner », marmonna-t-il.

La mauvaise foi des hommes étonnerait toujours la jeune femme.

« Crois-tu réellement que Yori aurait laissé Aki alors qu'il est gravement blessé ?! s'exclama-t-elle. Yori se trouve juste à côté d'Hayate », informa-t-elle.

L'homme suivit les indications de son adversaire et découvrit le médecin entre deux de ses amis. Il se redressa légèrement, cherchant à comprendre.

« Penses-tu que Teach serait venu sans son équipage ?! » poursuivit-elle en s'appuyant sur ses coudes.

Kenta se releva et chercha l'équipage en question. Il n'y avait rien. Sohalia se remit rapidement debout et le gifla.

« Sohalia ?! Mais t'es malade ! Pourquoi tu m'as frappé ? s'exclama le pirate en se tenant la joue.

- Enfin », laissa-t-elle échapper en soupirant.

Marco envoya valser au même moment Jef. Le Mentaru siffla de rage et disparut. La Shizen eue à peine le temps de voir Hogo frapper Kenta.

« Mais qu'est-ce que j'ai fait ?! s'écria le pirate.

- Tu trouves vraiment qu'elle ressemble à Teach ? lui demanda Hayate en riant.

- Teach ? Non, mais pourquoi tu me demandes ça ?

- T'as bien failli la tuer ! répliqua Hogo.

- Quoi ?! »

Sohalia les laissa à leur discussion et rejoignit Yori. Elle le trouva agenouillé devant Aki, lui prodiguant les premiers soins. Il la salua brièvement en la voyant s'asseoir à côté du jeune pirate.

« Il va s'en remettre ? demanda-t-elle doucement.

- Oui, il lui faudra juste du repos.

- Tant mieux.

- Et toi ? Comment tu te sens ?

- Tu t'inquiètes trop, répliqua-t-elle, amusée. Un peu de repos et ça ira. »

Le docteur hocha la tête et recommença à bander la cheville gonflée du pirate. Sohalia regarda les hors-la-loi transporter les blessés. Elle aperçut Sabo qui tentait de soulever l'un de ses amis. Elle s'excusa auprès du médecin et se précipita pour l'aider. Elle passa le bras gauche de l'homme autour de ses épaules et enserra sa taille. Sabo la remercia.

« Il va s'en tirer ? demanda-t-elle.

- Oui, ne t'inquiète pas, rit-il, il a la tête dure. »

Elle hocha la tête et se concentra sur la marche. Tous les pirates aidaient à rapatrier blessés et morts aux navires. Il était difficile d'avancer dans la végétation luxuriante et le moral des pirates était au plus bas. Le silence rendait la progression pesante.

« Merci, déclara Sohalia.

- De quoi ? questionna Sabo, surpris.

- D'avoir sauvé Ikaku et Dom par la même occasion.

- Je suis juste intervenu au bon moment, répondit-il en souriant.

- Si la balle avait atteint Ikaku, je ne m'en serais pas remise. Et ça aurait aussi tué Dom d'une certaine façon, dit-elle en fixant Stephen et Vista qui portaient le pirate de la cinquième.

- Tu as fait la même chose, répliqua-t-il.

- Pas vraiment, j'ai surtout été un boulet, rit-elle.

- Si tu n'avais pas protégé Aki, il serait sûrement mort. Et si Kenta t'avait tué, il ne s'en serait jamais remis, rétorqua-t-il.

- Certes, mais Aki n'a toujours pas repris connaissance, soupira la jeune femme en regardant derrière elle pour observer Yori et Kan porter le jeune pirate.

- Même si tu fais de ton mieux pour les protéger, tu ne peux pas sauver tout le monde, Sohalia. La mort n'est pas un choix, mais une obligation, on y passe tous. Nous avons seulement la possibilité de décider de la façon dont nous mourrons, déclara-t-il.

- Je sais, mais...

- Beaucoup disent qu'ils ont peur de voir mourir les personnes qu'ils aiment. Je pense que la plupart sont hypocrites. Ce n'est pas de voir les êtres qui leur sont chers mourir qui les effraient, mais seulement d'affronter le vide que créé leur absence. Ils ont simplement peur de souffrir », la coupa-t-il en fixant un point que seul lui percevait.

Sohalia l'observa un long moment en silence. Ces paroles résonnaient inlassablement en elle. Le visage de Satch lui apparut et elle sentit aussitôt une douleur, si familière à présent, lui transpercer la poitrine. Le visage du pirate fut remplacé par celui d'un homme qu'elle n'avait connu qu'avec l'aide de quelques photographies, son père. Le visage souriant de sa mère s'afficha à son tour, sa tante avait tout fait pour qu'elle la connaisse un maximum. Elle lui avait tant de fois narré des anecdotes sur sa mère qu'elle savait l'odeur de son parfum. Mais jamais elle ne sentirait la chaleur de son corps contre le sien, ni celle de son père, et celle de Satch avait disparu à jamais. Était-elle hypocrite, elle aussi ? Elle était terrifiée à l'idée de perdre à nouveau sa famille, ses amis. Elle était terrorisée de se retrouver toute seule. Lorsqu'elle prit conscience de cela, sa respiration se coupa. Pourquoi la douleur dans son cœur était-elle si forte ?! Pourquoi cette douleur ne voulait-elle pas disparaître ?! Elle porta ses mains à son cœur et flancha.

« Sohalia ?! s'exclama Sabo en rattrapant in-extrémiste son coéquipier.

- Je suis désolée », souffla-t-elle.

Marco se retourna en entendant l'appel du Révolutionnaire. Il la vit à genoux contre la terre, les yeux écarquillés d'horreur, les mains sur sa poitrine. Izo, qui se trouvait à ses côtés, se précipita vers la jeune femme. Il suivit le commandant de la seizième. Yori s'était agenouillée à côté d'elle, et l'appelait. Sohalia répétait inlassablement qu'elle était désolée. Marco fronça des sourcils et plissa les yeux, cherchant une quelconque blessure.

« De quoi ? demanda Izo en lui attrapant les mains.

- Je suis hypocrite », chuchota-t-elle en fixant le phénix.

Sohalia s'effondra. Yori se plaça au-dessus d'elle et perçut immédiatement le sinistre sifflement lorsqu'elle respirait. Il jura et palpa son torse. Il la souleva et accéléra. Les pirates se remirent en route. Il fallait faire vite. L'un de ses poumons était perforé par une côte. Marco et Izo suivaient le médecin comme leur ombre, écoutant, terrifiés, les séquelles que la jeune femme encourait.


Quelque part dans le nouveau monde, sur une île inconnue.

Le Roi Taiyō ruminait en silence, attendant que la servante habituelle vienne le chercher pour le repas. Quelques coups discrets retentirent et il se mit à hurler après la domestique. C'était pour lui un petit rituel. Il se faisait vieux, il avait bien le droit de profiter de son statut pour se distraire comme il le pouvait. La porte s'ouvrit et il étouffa un juron. Son visiteur sourit et s'avança. Après une sublime révérence, Jef fit face à son Roi. Le seigneur de l'île daigna le regarder après avoir longuement baillé.

« Que fous-tu ici ? lança le vieil homme en se grattant le crâne.

- Je viens vous apporter de bonnes nouvelles, mon Roi, répondit humblement le Mentaru.

- Bah, parles, je n'ai pas que ça à faire ! répliqua-t-il en s'asseyant plus confortablement sur son trône, ravi d'avoir un peu de distraction.

- Mon plan fonctionne à merveille. Sohalia Shizen souffre d'un mauvais pneumothorax.

- Et ? Je ne t'ai pas demandé de lui donner un pneumothorax mais de la tuer ! s'énerva le dirigeant.

- Et d'une méchante hémorragie, ses chances de survie sont minces, mon Seigneur, continua-t-il en ignorant l'agacement de son vis-à-vis.

- Magnifique ! Je savais que tu ferais du bon travail, rit le Roi avant de redevenir sérieux. Et sa famille ? Où ça en est ? Car je les vois tous les jours et ils se portent comme un charme !

- Justement, pour cette partie, je vais avoir besoin de votre aide, avoua le jeune homme en souriant.

- Il est hors de question que je ne me salisse les mains, beugla le vieil homme.

- Mais, je n'ai pas mentionné cela, votre Majesté, annonça doucement le Mentaru en s'avançant.

- Ah ? Que devrais-je faire ? demanda-t-il, intrigué.

- Rien, ne bougez surtout pas, déclara Jef.

- Pardon ?

- Vous n'avez pas songé à un seul moment à respecter votre part de marché, n'est-ce pas ? Vous aviez l'intention de me donner aux autorités et de me faire pendre sur la place après que j'ai tué tous les Shizen, n'est-ce pas ?

- Comment... ?

- Je ne suis pas stupide, mon Roi, mais vous, si. »

Le dernier descendant de la Lignée des Taiyō ouvrit la bouche pour répliquer. Mais aucun son n'en sortit. Il porta ses mains à sa gorge et chercha désespérément l'air si précieux qui lui permettrait d'appeler les gardes. Il écarquilla les yeux, tendit les bras vers son assassin et arriva à articuler un « pitié » étranglé. Jef sourit et s'approcha de lui. Il savait que ce vieillard ne vivrait plus dans quelques instants.

« Ne vous inquiétez pas, je tuerais tous les Shizen », susurra-t-il au Roi.

Jef attendit que l'activité cérébrale s'arrête complètement avant de se retirer. Il traversa le palais calmement sans rencontrer quiconque. Il se dirigea vers l'une des ailes privées de château. Avant d'y pénétrer, il envoya une vague de sommeil, il patienta quelques secondes et rentra dans l'aile. Il ouvrit la porte menant au salon et s'assit dans le fauteuil et observa le spectacle figé devant lui. Emi Shizen, souriante, tenant sa seule et unique fille dans ses bras. Maiya Shizen avait le même âge que Sohalia lorsqu'il l'avait vu pour la première fois, mais la beauté de la jeune adolescente n'avait rien à envier à la jeune femme. Sohalia avait quelque chose d'imprévisible et de sauvage, un charme que personne ne possédait sur cette île. Un charme qui s'était forgé en dehors de ces murs. Il détailla longuement son oncle. Hachiro regardait les deux femmes en souriant. Il était regrettable de tuer un Mentaru, mais il avait choisi son sort en changeant de nom et de pouvoir. Jef jeta un dernier regard à sa cousine et sortit. Il disparut quand la porte se referma. La vie reprit son cours sans que personne ne soupçonne ce qui venait de se passer.


Comme tous les soirs, la jeune servante allait chercher le Roi pour l'emmener dîner. C'était pour elle un vrai calvaire. Sa Majesté n'était pas l'une de ses personnes qu'on pourrait de qualifier s'adoucissant avec l'âge. Plus il vieillissait, plus il devenait coléreux, impatient et têtu. La jeune Ume soupira et arrangea ses vêtements. Rassemblant son courage, elle frappa à la porte. S'attendant à entendre brailler le Roi, elle fut surprise en ne percevant aucun son. Elle hésita un moment et actionna le poignet. Elle s'avança quelque peu en laissant la porte ouverte, s'étonnant que le Roi n'ait pas allumé la lumière. Du bout des doigts, elle frôla l'interrupteur. La lumière l'aveugla un court instant. Elle rouvrit les yeux et les écarquilla aussitôt. Le Roi était assis sur son trône, les mains autour de sa gorge et les yeux écarquillés. Un hurlement suraigu déchira sa gorge et alerta tout le palais.


Grand Line, Royaume de Saint Urea.

Une heure déjà que Sohalia était allongée sur la table d'opération. Marco attendait devant la porte depuis qu'elle y était entrée. En se concentrant, il arrivait à percevoir des « bips » réguliers. C'est fou comme un simple son peut vous rassurer. Izo le rejoint durant cette première heure d'attente. Il s'assit à ses côtés et resta silencieux, écoutant, lui aussi, les bruits réguliers qu'émettaient la machine mesurant les battements de cœur de la jeune femme. Une heure, seulement, pour lui, c'en était une de trop. Il se laissa glisser contre le mur et s'assit sur le plancher.

« Hémorragie interne ! » beugla Yori.

Voilà comment avait débuté la seconde heure. Vista venait juste d'arriver et il s'était retourné vers la porte en écarquillant les yeux. Le commandant de la seizième avait bondi sur ses pieds et s'était mis à faire les cent pas. Le phénix avait serré les poings et fermé les yeux. C'était si horrible de se sentir inutile tandis qu'un membre de votre famille se battait pour vivre juste derrière vous.

La troisième heure était déjà bien entamée lorsque les membres de la quatrième division s'étaient joints aux trois commandants. Ils arrivaient avec des bonnes nouvelles. Aki allait bien et se réveillerait bientôt, Ikaku menait la vie dure au médecin. Il voulait venir, lui aussi, pour soutenir Sohalia. Hogo s'assit devant la porte et croisa les bras sur son torse en marmonnant « Je déteste ce genre de moment ». Kan se posa contre le bastingage.

« Tout ira bien », souffla-t-il en fermant les yeux.

Marco ne sut pas si c'était un simple vœu formulé ou son intuition qui parlait. Le phénix préféra choisir la seconde proposition. Une demi-heure plus tard, les vieux membres de la seconde arrivèrent et s'installèrent en silence. Ace suivait lentement. Le commandant de la seconde s'assit à côté de son ami aux flammes bleues et lui tapota la cuisse. Marco sourit et le remercia d'un signe de tête. Oui, tout irait bien. Sohalia était une femme forte, pas de quoi s'inquiéter. Il sourit en pensant au mot « femme ». Elle était devenue une magnifique femme, ce n'était plus la petite fille qui ne cessait de faire des cauchemars. Il se laissa bercer par les « bips » réguliers du cœur de la pirate.

Quatre heures. Dom avait réussi à fausser compagnie aux médecins qui étaient bien trop occupés à retenir Ikaku. Stephen et Titi avaient également rejoint leur commandant. Dom racontait une blague pour détendre l'atmosphère lorsque le « bip » régulier se transforma en un son strident.

« Arrêt cardiaque ! » s'époumona Yori.

Marco bondit sur ses pieds comme tous ceux qui étaient présents. Chaque fois que Yori criait « dégagez », les pirates retenaient leurs respirations. Mais le « bip » strident continuait inlassablement.

« Tu n'as pas le droit, Sohalia ! » hurla Izo en frappant dans le mur.

Yori s'écria à nouveau, les respirations cessèrent. Silence. Un son, deux sons. Le bruit régulier était revenu. Les pirates crièrent leur joie. Quelques minutes plus tard, Yori sortit de la salle et fit face aux pirates.

« Tout ira bien », déclara-t-il en souriant.

Marco glissa à nouveau contre le plancher, soulagé. Il leva son visage vers le ciel et sourit. Ace l'aida à se relever et lui offrit une accolade joyeuse. Yori leur expliqua qu'ils allaient la transférer en salle de réveil. À cause d'une côte cassée qui avait percé son poumon, elle devait être intubée pendant quelques jours afin de soigner la plaie. Yori les préviendrait dès qu'elle pourrait recevoir des visites. Les pirates le remercièrent et s'en allèrent. Marco se dirigea vers la cabine du capitaine pour le tenir au courant de la santé de sa seule et unique fille.


Moby Dick, salle de réveil.

Sohalia ouvrit lentement les yeux. Elle ne vit que des points blancs danser devant ses yeux. Le temps que sa vision se rétablisse, elle utilisa ses autres sens pour comprendre ce qu'il s'était passé. Un son régulier retentissait dans la pièce silencieusement. Lorsqu'elle perçut l'odeur des médicaments, elle fronça le nez et tenta d'éternuer. Quelque chose la gênait dans la gorge. Elle porta ses mains à sa bouche et écarquilla les yeux. Quand elle prit conscience qu'un tube était enfoncé dans sa trachée, elle paniqua. Elle avait envie de vomir. Son cœur s'affola en même temps qu'elle. Un mouvement à sa gauche la surprit. Yori se précipita vers elle et la calma. Sohalia s'intéressa aux marques qu'il avait sur le visage. Dormait-il ? Et elle ? Depuis combien de temps dormait-elle ? Que s'était-il passé ? Elle aurait aimé lui poser toutes ses questions, mais le tube l'en empêchait.

« Tout va bien, souffla-t-il en refoulant un bâillement. Tu as perdu connaissance sur le chemin du retour. Tu aurais dû me dire que tu avais mal à la poitrine, lui reprocha-t-il en fronçant les sourcils. Lorsque tes côtes se sont brisées, elles ont perforé ton poumon. Je n'ai pas pu tout réparer pendant l'opération. Je t'ai entubé pour soigner le poumon. Je sais, c'est désagréable. »

La Shizen roula des yeux pour lui faire comprendre que « désagréable » était un euphémisme.

« Durant l'opération, on a repéré une hémorragie interne au niveau de ton foie. Encore l'œuvre de tes côtes, continua-t-il en lisant sa feuille de soins. Et le numéro gagnant est que tu nous as fait un arrêt cardiaque pendant la chirurgie. »

Sohalia écarquilla les yeux de surprise. Elle était passée si près de la mort ?! Pourtant, elle ne se souvenait pas de tout ça. Juste une horrible souffrance dans la poitrine. Elle avait assimilé la douleur à ses pensées, mais ce n'était que son corps qui lui hurlait qu'il souffrait. À moins qu'elle n'est réagie à la douleur mentale et à celle physique. Elle se souvint d'une phrase que Jef lui avait dit une fois : « La douleur mentale est parfois plus effroyable que celle physique. » Elle roula des yeux ; il avait vu juste. Elle grimaça en sentant la douleur dans son thorax se manifester à nouveau. Yori se leva immédiatement et s'approcha des fils qui pendouillaient à côté d'elle. Il y planta l'aiguille et la jeta dans la poubelle.

« Tu vas encore dormir un peu », souffla-t-il en souriant.

Elle lui attrapa les doigts, ayant soudainement peur de se rendormir. Yori s'assit à côté d'elle et lui serra la main.

« Tout ira bien. »


Sohalia ouvrit les yeux et les écarquilla. La morphine lui faisait faire de drôle de rêve. Elle perçut à nouveau le son régulier qu'émettait la machine, mais il y avait un bruit nouveau à ses côtés. Elle tourna légèrement la tête, toujours gênée par le tube. Bras croisés sur son lit, Marco dormait paisiblement. Yori, l'ayant vu bouger, s'approcha de la jeune femme. Il posa un doigt sur ses lèvres et fit son examen dans le plus grand des silences. Il écouta attentivement ses poumons et fut satisfait du résultat. Les blessures guérissaient plus vite que prévu.

« Ça fait deux jours que tu dors », chuchota-t-il en lui montrant l'horloge.

Sohalia fut surprise par l'heure avancée de la nuit et posa sur le médecin un regard dur. Il devrait être, lui aussi, en train de dormir. Yori sourit et s'assit sur le lit d'à côté dans un soupir de soulagement.

« J'avais calculé lorsque les effets de la morphine se dissiperaient. Je guettais ton réveil pour t'examiner », répondit-il en souriant.

La jeune pirate fit glisser son regard de Marco à Yori et interrogea silencieusement le médecin.

« Il est là depuis le début de la journée. Il n'a pas bougé, murmura-t-il. Je vais te redonner des antalgiques », l'informa-t-il en se relevant.

À nouveau, il perça l'un des tubes transparents et exerça une légère pression sur la seringue. La Shizen fixa un long moment les fils et commença à sentir les effets de la morphine.

« Bonne nuit », souffla le médecin en s'allongeant dans le lit sur lequel il s'était assis.

Sohalia utilisa ses dernières forces pour poser doucement sa main sur la joue du phénix. Elle sombra peu de temps après.


La Shizen ouvrit à nouveau les yeux. Elle se sentait beaucoup mieux que pendant ses deux précédents réveils. Et pour cause, le tube dans sa gorge avait disparu. Il ne restait plus qu'à supprimer la sensation de glaire qu'elle avait. Une odeur familière vient effleurer les narines de la jeune femme. Elle tourna la tête et fut surprise de découvrir Izo. Elle comprit rapidement pourquoi elle avait rêvé de lui durant son sommeil. Le commandant de la seizième avait un peu trop abusé sur le parfum. Elle fronça le nez et éternua. La douleur dans son thorax se raviva et elle jura. Yori sursauta, la regarda un long moment puis alla à son chevet. Il soupira lorsque ses yeux frôlèrent l'horloge murale. Quatre du matin, il était encore trop tôt, ou trop tard. Il débuta son examen et sourit à sa patiente.

« Les trous dans tes poumons se sont totalement résorbés. Je t'ai enlevé le tube hier, commença-t-il.

- C'était quand hier ? demanda-t-elle d'une voix rauque.

- Ça fait dix jours que tu es ici, répondit-il en palpant délicatement ses côtes.

- Tant que ça ? s'étonna la jeune femme.

- Tu ne ressens pas de douleur ? questionna-t-il en ignorant la question de la Shizen.

- Non, j'ai juste eu mal lorsque j'ai éternué. D'ailleurs, je suis désolée de t'avoir réveillé, dit-elle en souriant doucement.

- Tant mieux. Il n'y a pas de soucis. »

Il retourna à son bureau et prit la fiche de soin de la jeune femme. Il revint la voir.

« Je vais te garder encore deux jours ici. Ensuite, tu pourras sortir. Mais tu as interdiction de faire des efforts physiques », déclara-t-il sévèrement.

Sohalia hocha la tête et l'invita à se rendormir. Elle ne bougerait pas d'ici, il n'avait pas besoin de la veiller, tout allait bien. Le médecin accepta et alla se coucher dans le lit d'à côté. Sohalia ne dut pas attendre longtemps pour entendre le doux ronflement de l'homme. Elle se retourna et détailla Izo. Elle repensa à son rêve et rit en silence. Elle lui prit la main et vit les lèvres de l'homme s'étirer en un sourire. Bien qu'elle eût dormi dix jours, elle repartit rapidement dans les bras de Morphée.


Edit : 05/05/2020