Lecteurs/Suivis/Favoris : Merci d'être de plus en plus nombreux ! :)


Disclamer : Certains personnages sortent de mon imagination. Les autres et l'univers reviennent à Monsieur Oda !


Port de San Faldo, Moby Dick.

Le silence alourdissait l'ambiance tendue dans la cabine. Le messager, hautain, balaya les deux hommes du regard avant de se concentrer à nouveau sur son vis-à-vis. Sohalia n'avait pas bougé d'un centimètre depuis l'annonce de l'intrus. Elle était perdue, confuse. Prendre la succession, devenir princesse, assumer les responsabilités de son poste, vivre au palais, vivre sur cette île pour toujours. La sonnerie stridente qui ne cessait de résonner dans sa tête augmenta, ses doigts se crispèrent sur ses cheveux et elle ferma les yeux, encaissant le choc de cette révélation. Face au manque de réaction de la jeune femme, le messager soupira et s'approcha d'elle. Marco s'interposa tandis qu'Ace enflammait son poing. Soudain des pas lourds se firent entendre. Les deux pirates fixèrent l'entrée de la cabine, attendant de le voir apparaître. Sohalia ouvrit les yeux et vit le torse imposant de son Père. Ses yeux vifs fixaient la scène, analysant chaque élément.

« Marco, Ace, il me semble que certains de vos frères ont besoin de votre aide pour ranger le chargement », lança-t-il sans lâcher du regard la jeune femme.

Le commandant de la seconde le dévisagea un instant, fixa intensément le messager et haussa les épaules. Il sortit de la pièce en marmonnant. La Shizen releva la tête vers le phénix, étonnée de ne pas le voir suivre son frère. Marco détaillait la jeune femme. Ces yeux n'étaient que deux braises incandescentes, prêtent à la brûler vive dans l'instant. Sohalia déglutit difficilement et détourna le regard. Il se posa instinctivement sur son Père, quémandant silencieusement son aide. Elle n'était pas prête à tout avouer à son frère.

« Marco ! » insista-t-il.

Ne pouvant plus ignorer l'ordre de son capitaine, le commandant de la première division quitta la pièce à contrecœur. Énervé ? Il l'était. Contre elle ? Oui, mais pas seulement. Il était en colère de ne pas être celui à qui elle confiait ses doutes, ses secrets. Pourquoi ? Avait-elle peur de sa réaction ? Peut-être que s'il l'avait appris autrement, il aurait agi différemment. Il s'accouda au bastingage et observa l'horizon, laissant ses souvenirs l'emporter. Auparavant, ce paysage l'apaisait, alors pourquoi aujourd'hui la solitude l'envahissait ? L'un de ses meilleurs amis était mort et l'enfant qu'il avait protégé était devenu une femme qu'il ne connaissait pas. Il soupira et passa sa main sur son visage. La princesse d'une île. Si elle partait, elle ne reviendrait pas. Il en était persuadé.


« Bien, venez dans ma cabine, nous serons plus à l'aise pour discuter », déclara Barbe Blanche après le départ de ses deux fils.

Le messager hocha la tête et suivit le capitaine du navire. Sohalia se leva, hagarde et marcha derrière eux automatiquement. Elle croisa les membres de sa division qui dévisagèrent la petite procession. La jeune femme tenta de les rassurer, mais lorsqu'elle vit les sourcils de Yori se froncer, elle comprit qu'elle avait échoué. Le Paternel s'allongea sur son lit et détailla le nouveau venu. La Shizen se laissa tomber sur une chaise sous le regard mécontent du messager.

« Je suis désolée Père, lâcha la jeune femme se sentant obligée de s'excuser.

- Vous n'avez pas à vous excuser, mademoiselle ! s'exclama l'intrus.

- De quoi ? demanda le pirate en ignorant l'homme.

- Je vais devoir partir pendant un moment, répondit-elle.

- Pendant un moment ?! Vous ne pensez tout de même pas revenir sur ce rafiot, princesse ?! s'écria le messager.

- Il faut que je termine la mission ! répliqua-t-elle en le toisant tandis que le capitaine haussa un sourcil en entendant le terme rafiot.

- La mission est annulée ! C'est Jef qui a tué le Roi. Notre devoir est de nous protéger ! cria-t-il.

- Je ne laisserai pas des innocents se faire tuer ! hurla-t-elle en bondissant de sa chaise.

- Ça suffit », soupira le pirate.

Sohalia se figea et retourna s'asseoir. Barbe Blanche les dévisagea.

« Quand dois-tu partir ? interrogea-t-il.

- Euh, ce soir ? répondit-elle en jetant un coup d'œil au messager.

- Maintenant, ça aurait été mieux, marmonna-t-il.

- Quand reviens-tu ?

- Dans une semaine ou deux, je pense, dit-elle après avoir réfléchi un instant.

- Je vous ai déjà dit que la mission est annulée, répéta avec lassitude l'intrus.

- Je maintiens cette mission. »

Sohalia sursauta et dirigea son regard vers la nouvelle venue. Appuyée nonchalamment contre la porte, elle observait avec amusement la surprise de sa nièce, l'impassibilité du pirate et la colère du messager. Ses longs cheveux blonds ondulés étaient fermement attachés en un chignon bas. Ses yeux marron n'avaient d'intérêt que pour sa nièce.

« Majesté ! Que faites-vous ici ?! Vous ne devriez pas être là ! s'offusqua le messager.

- J'en ai parfaitement le droit que cela vous plaise, ou non. Votre mission, qui était d'annoncer la nouvelle à la princesse, est un succès, vous pouvez donc rentrer, ordonna-t-elle en s'avançant vers lui.

- Oui, votre Majesté, obéit-il en disparaissant.

- Ce navire n'est pas un moulin, lâcha Barbe Blanche.

- Je m'excuse pour les problèmes que notre messager vous a causé, et pour mon entrée, mais je pense que c'était nécessaire, dit-elle en s'installant à côté de sa nièce.

- Que fais-tu ici ? demanda Sohalia.

- Je suis Reine maintenant, je fais donc ce que je veux, répondit-elle en souriant innocemment. Et puis, je voulais rencontrer l'homme qui t'a sauvé la vie, ajouta-t-elle en se tournant vers le pirate. Merci, je ne serai jamais assez reconnaissante pour ce que vous avez fait.

- Sohalia est un membre de cette famille, et sur mon navire, on protège sa famille, éluda-t-il en souriant.

- Vous êtes exactement comme elle vous a décrit.

- Et comment m'a-t-elle décrit ? questionna-t-il.

- Imposant, puissant et un Père aimant », répondit la Reine.

Sohalia se tortilla, gênée de la tournure de la conversation. Elle toussa pour se redonner contenance.

« C'est quoi cette histoire avec la mission ? demanda-t-elle ravie de changer de sujet.

- Que dirais-tu d'aller faire un tour sur cette île pour en discuter ? répliqua-t-elle.

- Oh, ne t'inquiète pas, Père est au courant, lui expliqua-t-elle.

- Je vois, même si cette mission avait été annulée, tu avais déjà un plan B pour rester ici, commenta la Reine en souriant tristement.

- C'est chez moi ici, je ne me sens bien que sur ce navire, répondit-elle en souriant.

- Bien, céda Emi en sachant pertinemment que l'obstination était un trait de caractère chez les Shizen, le conseil est ébranlé depuis la mort du roi. Ils veulent empêcher quiconque de sortir et de rentrer sur l'île. Jef commence à leur faire peur, narra-t-elle.

- Ils pensent qu'en fermant les frontières, ils arriveront à stopper Jef ?! ironisa la jeune femme.

- Oui, ils ne réfléchissent plus correctement. Tout ce qui compte pour eux, c'est survivre. »

Un lourd silence s'installa entre les jeunes femmes. Barbe Blanche se redressa et prit la parole :

« La mission est donc maintenue ?

- Oui, j'ai fait jouer ma position, m'attirant quelques ennemies, mais Jef est beaucoup trop dangereux pour que nous le laissions vivre plus longtemps, répondit Emi.

- Il nous faudrait un moyen de joindre rapidement Sohalia afin de la prévenir de notre position, lança-t-il.

- Pas de soucis. Le den-den mushi royal nous appartient dorénavant et il est sécurisé, affirma la Reine.

- Bien, pourriez-vous me transmettre les coordonnées ?

- Bien sûr, je vous les donnerai lorsque je reviendrai chercher Sohalia à la nuit tombée, accepta la chef des Shizen.

- Merci. »

Emi sourit et s'intéressa de nouveau à sa nièce.

« Sois prête à la nuit tombée et n'oublie pas de mettre la tenue des Shizen, déclara-t-elle en posant sa main sur la joue de la jeune femme.

- Oui, ma tante, ironisa-t-elle.

- Et débarrasse-toi de cette ironie avant de mettre un pied sur l'île, ordonna la Reine en tirant la joue de sa nièce. J'ai déjà bien assez d'ennemies, ajouta-t-elle en soupirant.

- D'accord, s'exclama-t-elle en tentant d'échapper à la punition de la femme.

- À toute à l'heure. »

La Reine se redressa et offrit un dernier sourire à la jeune femme. Le temps s'arrêta et l'instant suivant, Emi Shizen avait disparu. Sohalia s'écroula sur la chaise la plus proche, épuisée. Le rire grave du Paternel la fit sursauter.

« Eh bien, je comprends de qui tu tiens, expliqua-t-il.

- Je vais aller me préparer, dit-elle en ouvrant la porte.

- Attends une minute, la stoppa-t-il.

- Oui ?

- Préviens les membres de ta division et tes frères », ordonna-t-il.

Il sourit en la voyant grimacer.

« Et s'il y a le moindre problème, appelle-nous, ajouta-t-il en lui tendant un morceau de papier.

- Bien, Père. »

Elle sortit de la cabine du capitaine après avoir récupéré la petite feuille qu'il lui avait donnée. Une fois sur le pont, elle s'appuya sur la rambarde et déplia le papier. Elle sourit en identifiant le numéro de den-den mushi du navire. Elle se retourna vers les cabines et jeta un coup d'œil sur le proue du Moby Dick. Bien que midi était passé depuis un moment, le pont était désert. Elle sourit en se souvenant de la soirée de la veille. Ses camarades pirates devaient être en train de manger après avoir fait la queue à l'infirmerie pour calmer leurs maux de tête. Elle se dirigea vers la salle à manger. La jeune femme grimaça en rentrant dans la pièce. La plupart des membres de l'équipage dégustaient leur premier repas de la journée. Elle soupira et repéra bien vite le rire tonitruant de Dom. Elle se faufila entre les tables et le rejoignit.

« Dom, l'appela-t-elle en lui tapotant l'épaule.

- Ah, Sohalia ! Comment va ? lança-t-il toujours aussi joyeux.

- Bien, bien, dis-moi, tu peux me rendre un service ? répondit-elle en souriant contaminée par la bonne humeur naturelle de l'homme.

- Bien sûr ! accepta-t-il sans se poser plus de question.

- Tu peux faire taire ce bordel ? Il faut que je parle à tout le monde, demanda-t-elle en grimpant sur la table.

- Pas de soucis, s'esclaffa-t-il. Fermez-la ! » hurla-t-il.

Les conversations et les rires se stoppèrent et tout le monde se figea.

« La naine a quelque chose à vous dire, ajouta-t-il en riant.

- La naine, elle t'emmerde ! s'écria Sohalia en frappant le pirate. Hum, désolée de vous déranger en plein repas, mais j'ai quelque chose d'important à vous dire. Il y a eu quelques soucis sur mon île natale, je dois y retourner dès ce soir. Je serai de retour dans deux semaines maximum. Voilà, c'est tout. Bon appétit ! »

Dès qu'elle eut terminé son annonce, elle descendit de la table et s'assit entre Vista et Izo. Les deux hommes la dévisagèrent pendant un moment.

« C'est si grave que ça ? demanda le commandant de la seizième division.

- Jef a assassiné le Roi. Je suis obligée d'assister à différentes cérémonies, éluda-t-elle en croquant avec gourmandise dans un croissant.

- Ton départ explique le visage de Marco », lâcha Vista en buvant un peu de café.

Sohalia stoppa tout mouvement et détailla le commandant de cinquième division. Elle déglutit rapidement, trop rapidement. Aussitôt, elle manqua d'air. Elle toussa, et, les larmes aux yeux, elle tenta d'attraper son verre. Elle tendit le bras en direction de l'objet tant désiré, mais, étonnée, elle vit quelqu'un d'autre le prendre. Elle releva les yeux vers ceux noirs d'Ace. Elle gémit afin d'attirer la compassion du commandant de la seconde, mais rien à faire. Elle bascula en arrière, les larmes dévalant sur ses joues.

« Je te donne ce verre si tu me dis ce que l'autre abruti voulait dire tout à l'heure », déclara Portgas.

Sohalia le dévisagea pensant tout d'abord à une blague, mais comprenant à quel point le commandant était sérieux, elle s'agrippa à la manche de Vista. Ce dernier l'observa un instant et soupira.

« Vous n'avez pas bientôt fini avec vos gamineries ? lança le commandant de la cinquième en prenant le verre de la Shizen. Laisse-la vivre, elle peut encore nous être utile, ajouta-t-il en donnant le verre à la jeune femme.

- Ça veut dire quoi ça ?! » s'exclama-t-elle essoufflée.

Elle se rassit et posa sa tête dans ses bras afin de reprendre une respiration normale. Une fois calmée, elle se redressa et fit signe à Ace de la suivre. L'homme obéit non sans marmonner quelques mots inintelligibles. Sohalia l'ignora et s'arrêta devant la cabine de l'homme. Ce dernier sourcilla quelque peu puis haussa des sourcils. Il rentra dans sa chambre et s'installa directement sur son lit. La Shizen l'observa s'affaler en soupirant et commença à ramasser les photos de la veille.

« Alors ? lança l'homme de feu après quelques secondes de silence.

- Le Roi de mon île étant mort sans successeur, quelqu'un d'autre doit prendre sa place et cette personne est ma tante. Je suis la princesse héritière tant que ma cousine n'a pas atteint sa majorité. Il n'y a pas grand-chose d'autre à savoir.

- Pourquoi tu n'as rien dit ? demanda-t-il curieux.

- Père est le seul à qui je l'ai dit, soupira-t-elle en rangeant les photos dans la boîte. Et puis je ne pensais pas que ce vieux allait claquer aussi vite ! s'exclama-t-elle en s'approchant de la porte. C'est tout ce que tu voulais savoir ? » ajouta-t-elle en ouvrant la porte.

Ace resta songeur suite aux révélations de la blonde et ne répondit pas. La jeune femme soupira à nouveau et sortit de la pièce. Elle se dirigea vers les dortoirs afin de préparer ses affaires. Lorsqu'elle ouvrit la porte, elle fut surprise par le comité qui l'attendait. Elle soupira et se dirigea jusqu'à sa couche. Elle attrapa un sac et fourra au hasard des vêtements.

« Quel genre de soucis ? demanda Hogo en s'asseyant sur son lit.

- Jef a tué le Roi, répondit-elle après avoir roulé des yeux.

- En quoi ta présence est obligatoire ? questionna Aki en ramassant une chaussette de la jeune femme et en lui tendant.

- Étant donné qu'il est mort sans descendant, une autre famille doit régner sur l'île. Ma tante sera la nouvelle reine, lâcha-t-elle en appréhendant leurs réactions.

- On doit donc t'appeler princesse ? lança Kan en souriant.

- Ou Majesté ? » enchaîna Hade.

Sohalia sursauta en les entendant plaisanter sur son statut social avec autant de légèreté. Elle se mit à rire en les frappant gentiment, ravie qu'ils ne la traitent pas comme une pestiférée. Après tout, c'était la division de Satch. Qu'importe qui elle était, c'était avant un membre de l'équipage de Barbe Blanche, un membre de la famille, son tatouage en témoignait.

« Tu pars vraiment ce soir ? intervint Aki, stoppant la légère dispute entre les deux hommes et la Shizen.

- Oui, je vous tiendrai au courant de la situation en vous appelant, promis, affirma-t-elle en souriant de toutes ses dents.

- Il te reste combien de temps ? questionna Genjiro, qui ne cessait de sourire.

- Hum, elle réfléchit un instant, je dois être prête pour la tombée de la nuit, sachant que je dois dire au revoir à tout le monde avant...

- Bien, finis de te préparer et retrouves-nous dans la salle à manger, déclara Ikaku en souriant diaboliquement.

- Pourquoi ? »

La jeune femme n'était pas du tout rassurée après le sourire de l'homme. Les autres se mirent à rire discrètement et sortirent du dortoir. Hogo lui tapota l'épaule et suivit le mouvement. Elle observa un instant la porte close de la pièce, bouche bée. Qu'est-ce qu'ils lui préparaient ? Surtout dans la salle à manger... Sur le coup de la révélation, elle lâcha les vêtements qu'elle s'apprêtait à ranger dans son sac. Le bizutage... Elle gémit et regretta de ne pas être partie immédiatement. Si elle se débrouillait bien, elle avait une chance d'échapper à cette torture. Elle continua à se préparer avec une lenteur volontaire.


Sohalia soupira et observa son sac, qui semblait être sur le point d'exploser. Elle se détailla et soupira à nouveau. Elle avait revêtu la tenue obligatoire de la Lignée des Shizen. Elle détacha ses cheveux et se plaça devant un miroir. Elle attrapa sa brosse et commença à démêler sa tignasse blonde. Elle batailla un moment afin de leur donner une allure correcte. Elle posa ses yeux sur son sac et fit glisser son regard sur la porte. Elle déglutit bruyamment. Elle n'avait vraiment aucune envie de se faire torturer. Soudain, ses yeux s'illuminèrent et elle s'approcha du hublot. La mer n'était pas trop agitée. Elle avait une chance de leur échapper en passant par la petite fenêtre du navire pour rejoindre discrètement le pont du Moby Dick. Ensuite, elle irait se cacher. La Shizen s'approcha du hublot et l'ouvrit le plus discrètement possible. Elle prit son sac et fit apparaître une liane.


Hogo les avait prévenus : Sohalia se doutait déjà de ce qu'ils lui préparaient. C'est pourquoi Aki et Ikaku patientaient de chaque côté de la porte menant aux dortoirs. Cela faisait déjà une heure qu'ils avaient laissé la jeune femme se préparer. Alors qu'Aki poussait un énième soupir d'ennui, une liane, portant un sac de voyage, apparut au-dessus du bastingage. Les deux hommes échangèrent un coup d'œil étonné puis Ikaku se mit à rire bruyamment. Aki alla chercher le sac et s'adossa au bastingage. Ikaku s'agenouilla de façon à ce que seulement sa tête ne dépasse du bois. Bientôt, ils virent des cheveux blonds apparaître. Dès que la jeune femme releva la tête, ravie, elle devint livide. Ikaku se redressa, l'attrapa de force et la balança sur son épaule.

Gigotant dans tous les sens, elle continuait de protester tandis qu'Ikaku l'emmenait vers sa dernière demeure. Menaces, chantages, corruptions, rien n'y faisait. Les deux pirates étaient bien décidés à la traîner jusqu'à la salle à manger. Soupirant de désespoir, elle se tut. Sa lèvre inférieure ressortant, ses joues gonflées et ses sourcils froncés attiraient les regards curieux des pirates les croisant. Ikaku la déposa devant la porte et les deux hommes l'entourèrent pour contrer toutes tentatives de fuites potentielles. Sohalia les dévisagea afin de tester leur volonté puis soupira à nouveau.

« Bien, mais pas de bataille de nourriture ou tout autre chose pouvant me salir ! Je dois avoir une tenue correcte, moi ! » lâcha-t-elle en ouvrant la porte.

La jeune femme fut surprise par l'obscurité de la pièce. Elle sourcilla, sentant le piège arriver. Elle fit un pas dans la salle et se figea en entendant des bruits de pas se précipiter vers elle. Des mains puissantes se refermèrent sur ses deux poignets, pendant qu'un épais tissu était installé sur ses yeux.

« Qu'est-ce que vous foutez ?! » hurla-t-elle en sentant quelqu'un la pousser dans une direction.

Elle était totalement désorientée. On la fit asseoir et elle fut attachée à la chaise.

« Prête pour ton bizutage ? demanda Hogo.

Sohalia tourna sa tête vers sa voix en fronçant des sourcils. Les membres de sa division se mirent à rire pendant qu'elle grognait différentes injures à leurs égards.

« Bien commençons, ricana Hade. Pour réussir ton bizutage, tu devras identifier cinquante substances différentes. Tu as trois chances pour chacune d'elle, mais seulement trois indices pour les cinquante. A chaque fois que tu échoueras, tu devras boire cul sec une immense chope de saké. Si tu perds, tu devras faire toutes nos corvées, si tu gagnes, bah... Tu n'as rien, s'esclaffa l'homme.

- Comment ça des « substances » ? s'exclama-t-elle. Vous n'allez tout de même pas me faire boire de l'essence ou bien des choses dans le même genre ?!

- Vista l'a dit tout à l'heure : tu peux encore nous servir. Donc nous te donnerons seulement des choses comestibles, répondit Genjiro en riant bruyamment.

- Ou pas, ajouta Aki.

- Rassurant ! cria-t-elle en se débattant pour enlever ses liens.

- Allez, commençons ! » les coupa Hogo.

Sohalia perçut le bruit de couverts s'entrechoquant contre une assiette, mais aussi celui d'un liquide qu'on faisait couler. Si elle voulait réussir cette épreuve, il fallait qu'elle se concentre sur tous les sens qu'elle pouvait utiliser. Elle sentit quelqu'un approcher et elle se tendit automatiquement. Elle renifla discrètement, mais rien ne lui parvient.

« Faut que tu avales tout », lança sadiquement Kan.

La Shizen déglutit avec difficulté et ouvrit la bouche après avoir adressé une dernière grimace à l'homme qui se tenait en face d'elle. Dès que le liquide fut sur sa langue, elle tapa ses pieds contre le sol afin de stopper ses larmes. Moutarde ?! Non. Mais c'était proche. Elle déglutit et inspira un goulet d'air.

« Wasabi ! Enfoirés ! cria-t-elle, espérant avoir crevé le tympan du pirate le plus proche d'elle.

- Bien ! félicita Ikaku. Passons au prochain test ! »

Elle gémit sachant pertinemment que ses papilles gustatives allaient souffrir jusqu'à la fin du bizutage.


Sohalia sentit la corde glisser sur sa peau. Le tissu, emprisonnant son regard marron, disparut. Libre ! Enfin ! Elle n'écouta un pas un seul mot de ce que lui racontait Hogo et se précipita vers la salle de bains. Elle avait beau boire de l'eau, du thé ou autre, le mélange de tous les produits qu'elle avait avalé ne cessait de revenir. En soupirant, elle prit sa brosse à dents. Il lui fallut trois lavages des dents plus une dizaine de bain de bouche afin de faire disparaître le goût des substances. Lorsqu'elle fit de nouveau irruption sur le pont du Moby Dick, le Soleil entamait sa lente descente vers l'horizon afin de disparaître pendant quelques heures. Et durant ce laps de temps, la Lune serait la reine du monde.

Pendant un long moment, elle fixa l'astre, lui posant silencieusement les questions qu'elle ne cessait de ruminer. Ces mêmes questions qui revenaient la percuter avec plus de force qu'une mer enragée durant une tempête. Un sourire triste fleurit sur ses lèvres et, nerveusement, elle lissa les pans de sa robe. Elle ferma les yeux et inspira profondément. Il était temps de dire au revoir à Sohalia la pirate et de laisser la place à Sohalia Shizen, future princesse. Rien que de penser à ce titre la fit grimacer. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle expira. Elle tourna son regard vers la cabine du capitaine et s'y dirigea sans aucune hésitation.


Sohalia était restée cloîtrer dans la cabine de son Père jusqu'à ce que la dernière lueur du Soleil ne disparaisse. Quand elle vit les pirates allumer les lanternes sur le navire, elle se redressa quelque peu. Barbe Blanche se releva de son lit et la fixa. Le regard de la jeune femme ne lâchait plus la flamme de la bougie qui s'agitait légèrement. Il sourit, la petite sauvageonne était devenue une femme. Une femme forte et fragile à la fois. Satch aurait été ravi de voir la femme qu'elle était devenue. La Shizen se retourna vers lui, les sourcils froncés. La peur et l'incertitude brillaient dans ses yeux. Le vieil homme attrapa sa cape et la plaça sur ses épaules.

« Va gamine, je te rejoins », lâcha-t-il.

Sohalia hocha la tête et sourit. Elle se dirigea vers la salle à manger afin de saluer ses frères. Elle fut surprise de ne trouver qu'Izo en compagnie d'Haruta et de Joz. Les trois commandants lui sourirent. L'homme travesti s'approcha d'elle et lui tendit son sac de voyage.

« Ils t'attendent sur le pont avant », dit-il en répondant à sa question silencieuse.

La jeune femme plaça son sac sur son épaule et enfouit son visage dans le torse du commandant de la seizième division. Le pirate posa l'une de ses mains sur son crâne et la garda quelques secondes supplémentaires contre lui. Elle s'écarta doucement, sourit et alla embrasser Joz et Haruta. Au moment de passer la porte, Izo la retint.

« Marco n'est pas sur la proue. On ne sait pas où il est depuis ce matin », lâcha-t-il en la fixant avec intensité.

Le commandant de la seizième division était-il au courant de ce qu'il s'était passé entre le phénix et Ace ? Bien qu'elle-même ne sache pas ce qu'il s'était réellement passé. Elle soupira et hocha à nouveau la tête. Une fois la porte close, elle appuya son dos dessus et se mordit la lèvre inférieure. Où pouvait-il bien être ?! Elle ne pouvait pas partir sans lui dire au revoir. Elle ne pouvait pas partir après la dispute de ce matin. Même si elle n'était pas sûre qu'ils se soient disputés. Elle soupira et se dirigea vers la cabine du commandant de la première. Elle frappa à plusieurs reprises, mais, n'ayant pas de réponse, elle rentra sans invitation.

« Izo, fous-moi la paix ! l'accueillit sympathiquement le phénix.

- Tu trouves que je ressemble à Izo ?! » lança-t-elle en haussant un sourcil et en souriant timidement.

Le commandant de la seizième ne venait-il pas de lui dire qu'il ne savait pas où était le phénix ?! Elle grogna contre l'homme travesti et détailla l'occupant de la chambre. Elle déglutit en croisant son regard dur et froid. Qu'est-ce qu'elle avait bien pu faire pour le mettre dans une colère pareille ?!

« C'est quoi cette robe ? » demanda-t-il en retournant à ses livres.

Sohalia soupira, discrètement, de soulagement. Pendant un instant, elle avait eu peur qu'il ne la mette à la porte. Elle déposa son sac à côté de la chaise du bureau et s'assit sur le lit.

« La tenue obligatoire pour les membres de ma famille », répondit-elle en souriant légèrement.

Comme il ne répliqua rien, la jeune femme enchaîna afin de combler ce silence gênant. Du moins, pour elle, il l'était.

« Cette tenue n'est pas la plus pratique, mais je m'y sens plutôt bien. Et puis, elle est belle. »

L'homme se retourna vivement la faisant sursauter. Il fit tomber son livre sur le bureau et se redressa sur la chaise en la toisant. Sohalia eut l'impression de revenir dans le passé et d'être de nouveau la fillette qui se faisait gronder parce qu'elle avait fait une bêtise. Elle trouva, soudainement, un certain intérêt pour le sol de la cabine du commandant. Marco garda le silence et continua de la détailler. Pourquoi agissait-il ainsi ?! Parce que c'était un idiot. Il soupira et attrapa le sac de la jeune femme.

« Effectivement, cette robe est belle et elle te va très bien, déclara-t-il en s'accroupissant devant elle.

- T'as fini de ta faire crise ? répliqua-t-elle, sceptique.

- Désolé, je n'aurais pas dû me mettre en colère contre toi, avoua-t-il en se relevant.

- J'ai l'habitude de tes sautes d'humeur, marmonna-t-elle en se redressant à son tour.

- Pardonné ? demanda-t-il en lui lançant un sourire éblouissant.

- Hum, peut-être, souffla-t-elle en posant sa tête sur son torse.

- Tu es cruelle avec moi, murmura-t-il en l'entourant de ses bras.

- À mon retour, je t'expliquerai tout, décida-t-elle en le serrant un peu plus contre elle.

- Si tu reviens, rétorqua-t-il en souriant tristement.

- Je vais revenir ! Et de toute façon, je vous appellerai de temps en temps, dit-elle en relevant vivement la tête vers son visage.

- Tous les jours, ordonna-t-il en fronçant des sourcils.

- Ça, je doute que ça soit possible, soupira-t-elle. Je vais être très occupée, ajouta-t-elle devant le regard interrogateur du phénix.

- Tous les jours, insista-t-il, ou sinon je te garde ici », la menaça-t-il.

Pourquoi la vision d'elle attachée dans la cabine du commandant de la première division l'amusait autant ?! Elle se mordit la lèvre et secoua la tête. Durant un instant, Marco crut qu'elle allait refuser, mais elle lui coupa l'herbe sous le pied.

« Bien, je vais essayer, mais ça ne va pas être facile ! céda-t-elle.

- Je ne te demande pas de discuter avec tout le monde, nuança-t-il, en vérité, il en avait rien à foutre que les autres aient de ses nouvelles, c'était uniquement pour lui qu'il le voulait. Juste un appel pour nous dire que tout va bien.

- Bien, bien, mon commandant », accepta-t-elle en riant.

Marco sourit et lui embrassa le sommet du crâne. Il attrapa son sac et l'entraîna hors de sa cabine pour l'emmener sur la proue. Sohalia découvrit alors Emi en pleine conversation avec son Père. Elle sourit à sa tante et se dirigea vers les membres de sa division. Elle les salua, rit avec eux et serra même Hogo dans ses bras. Elle embrassa les commandants qu'elle n'avait pas encore salués et échangea quelques insultes avec Portgas sous les rires des membres de la seconde. Lorsqu'elle se retourna, elle sursauta en remarquant Marco juste derrière elle. Il lui tendit son sac et lui sourit.

« Tu nous appelles dès que tu arrives, intima-t-il.

- Mais enfin, je ne pars pas pour la guerre ! s'exclama-t-elle, exaspérée par son comportement surprotecteur.

- Je ne dirais pas ça si j'étais toi, rétorqua Emi en saluant d'un signe de tête le commandant.

- C'est à ce point-là ? s'inquiéta la jeune femme.

- Ils sont tous paranos sur cette île, alors... » dit-elle en riant.

La jeune femme gémit. Elle appréhendait déjà bien assez le retour. Elle souffla et offrit un dernier sourire aux pirates. Sohalia se tourna vers Barbe Blanche. Ce dernier lui sourit et hocha la tête. Le capitaine considérait chacun des membres de son équipage comme son enfant et pourtant, jamais la jeune femme ne l'avait entendu prononcer des mots d'affection. Mais l'éclat d'amour qui brillait dans ses yeux ne laissait aucun doute sur ses sentiments. Emi prit la main de sa nièce et la serra avec douceur. La vie sembla se stopper sur le Moby Dick et lorsque le temps reprit, les deux femmes avaient disparu.


Après le départ d'Emi et de Sohalia Shizen, les pirates discutèrent un moment avant de vaquer à leurs occupations. Aki fixa un instant l'endroit où les deux femmes se tenaient un peu plus tôt. Les mains dans les poches, il se dirigea vers les dortoirs. En passant devant la porte du commandant de la quatrième division, il se figea. Il s'appuya sur le bastingage et attendit patiemment que les environs se vident. Dès qu'il fut sûr que personne ne le verrait, Aki pénétra dans la cabine du défunt. Il attendit que sa vue s'habitue à l'obscurité et se dirigea vers le bureau. Posé sur un coin rangé du meuble, un escargophone dormait paisiblement. Aki sortit un papier, le déplia, composa le numéro et attendit. À chaque sonnerie, les battements de son cœur s'accéléraient. Lorsqu'on décrocha à l'autre bout du fil, il soupira de soulagement. Personne ne parla.

« Je suis Aki, membre de la quatrième division de Barbe Blanche, déclara-t-il en jetant des coups d'œil angoissé vers le hublot de la cabine.

- Ah, Aki ! Comment vas-tu ? lança joyeusement son interlocuteur.

- Bien, monsieur, répondit-il en déglutissant bruyamment.

- Que veux-tu par une si belle soirée, mon ami ? demanda l'homme.

- Sohalia Shizen est repartie sur l'île », dit-il.

Aki sursauta en entendant son interlocuteur rire.

« Parfait, Kyola va prendre la suite, mais n'hésites pas à me donner de nouvelles informations », ordonna-t-il en raccrochant.


Grand Line.

L'homme se mit à rire à nouveau et s'approcha du centre de la pièce, là où tournait lentement une immense sphère en or. Seul cet objet illuminait la pièce. L'homme se pencha vers la sphère. La lumière de l'objet faisait ressortir l'éclat argent dans ses yeux verts et donnait à l'homme un air machiavélique. Un homme pénétra dans la pièce et salua son hôte.

« Ah, mon ami, Kyola ! Ne trouves-tu pas qu'elle brille encore plus qu'avant ? demanda l'homme en ne lâchant pas du regard la sphère.

- Si, monsieur, répondit humblement l'invité.

- Détends-toi, détends-toi, chantonna l'homme. Si tu me sers bien, tu resteras en vie, mais si tu me trahis, je te détruirai comme je vais détruire la Lignée des Shizen, menaça sombrement l'homme, toute trace de joie effacée de son visage.

- Bien, monsieur. »

L'homme se redressa et ses yeux verts s'illuminèrent.

« Sohalia vient de retourner sur l'île, je veux tout savoir. Tu me feras un rapport toutes les heures, ordonna-t-il en se laissant tomber sur son siège.

- Ce sera tout, monsieur Mentaru ? questionna Kyola.

- Oui, je te contacterai plus tard dans la soirée, dit-il pensivement.

- Bien, monsieur. »

Kyola sortit de la salle. Dès que son subordonné fut parti, Jef se releva de son siège et frôla la sphère d'un doigt. Un sourire amusé fleurit sur ses lèvres et il s'agenouilla pour mieux contempler l'objet de sa fascination. Il était tellement impatient que ces pions ne se mettent en place.

« Comment vas-tu t'en sortir, ma chère Sohalia-chan ? »


EDIT : 06/05/2020