Lecteurs/Suivis/Favoris : Merci d'être de plus en plus nombreux ! :)
Disclamer : Certains personnages sortent de mon imagination. Les autres et l'univers reviennent à Monsieur Oda !
Nouveau Monde, île inconnu.
Sohalia avait passé la plus grande partie de son après-midi en compagnie de sa cousine, qui ne cessait de lui poser des questions sur le monde du Dehors. Maiya semblait totalement passionnée par l'extérieur, mais, en même temps, terrifiée par l'inconnu. Comme la plupart des habitants de l'île, la jeune adolescente avait appris à craindre le Dehors et les gens qui y vivaient. Sohalia tentait de faire taire cette peur irraisonnée et stupide, selon elle. Alors, à force de patience et de longues descriptions, elle avait réussi à faire naître en sa cousine un émerveillement attendrissant. Maiya s'intéressait surtout aux paysages. Sa fibre artistique se réveillait sous les contes de son aînée et elle peignait durant des heures des paysages qu'elle ne pouvait qu'imaginer. La première fois que la pirate avait vu ses œuvres, elle en avait eu le souffle coupé. C'était d'une ressemblance frappante et la jeune femme pouvait passer des heures à les observer. En fermant les yeux, elle pouvait se remémorer tous les petits détails de chaque île qu'elle avait explorée. Du goût des spécialités locales, aux senteurs de la flore, du confort de chaque lit qui l'avait accueilli.
M&S
Lorsqu'Emi rentra dans le salon privé avec Hachiro à ses côtés, elle découvrit sa fille peignant, posant de temps à autre une question à Sohalia pour perfectionner un détail. La jeune femme sortait alors de ses pensées puis répondait tranquillement. Aujourd'hui, la curiosité de Maiya ne s'était pas portée sur les îles, mais sur le Moby Dick. Cet immense navire qui portait depuis des décennies une grande famille, un peu étrange. Une toile était déjà terminée et reposait dans un coin de la pièce, à l'écart, afin de sécher. Dessus, on pouvait voir avec précision le bateau sur l'océan. On avait l'impression qu'il frôlait l'eau avec une grâce sans précédent. La luminosité qui l'entourait lui donnait une aura chaleureuse, qui invitait à monter à bord, pour mieux goûter à cette impression. Les voiles déployées semblaient être caressées par le vent avec douceur. Le couple sourit tendrement en découvrant cette toile, d'où on pouvait ressentir l'amour de Sohalia pour ce navire qui l'avait bercé bien des nuits durant son enfance.
Emi s'approcha silencieusement du tableau en cours et le détailla longuement. Elle n'eut aucun mal à reconnaître la proue du bateau. Un immense siège reposait sur les planches du navire où était assis le capitaine de l'équipage, Barbe Blanche. Un sourire joyeux étirait ses lèvres alors qu'il regardait ses enfants. Emi pouvait ressentir l'aura d'autorité et de puissance que dégageait cet homme, mais également l'amour vibrant dans ses yeux pour ses vauriens d'enfants.
Sur le bord gauche de la toile, Maiya était en train de peindre Curiel, le commandant de la dixième division. Emi l'avait simplement entraperçu sur le navire.
Elle ne pouvait s'empêcher de balayer la toile des yeux se posant mille et unes questions sur ses hommes qui avaient vu grandir Sohalia. Qui étaient-ils ? Que représentaient-ils pour elle ? Qui étaient ceux qui avaient séché ses larmes lors de cauchemars ? Qui était ceux qui la distrayaient pendant qu'on soignait ses blessures ou qu'on lui faisait un vaccin ? Qui étaient ceux qui lui passaient le moindre de ses caprices ? Qui étaient ceux qui lui imposaient des limites ? Qui étaient ceux qui la grondaient lorsqu'elle faisait des bêtises ? La Reine soupira discrètement. Elle savait qu'elle n'aurait pas de réponse. Sohalia ne se confiait jamais sur sa vie de pirate. Elle gardait précieusement pour elle chacune de ses informations, comme si chacun de ses souvenirs étaient des pierres précieuses.
À côté, du commandant de la dixième division se trouvait Diamond Joz, le commandant de la troisième. C'était un homme imposant et impressionnant. Sa nièce lui avait brièvement parlé de lui. Au départ, elle avait peur de lui. Dès qu'il s'approchait d'elle, elle se mettait à trembler comme une feuille. Puis, tout avait apparemment changé quand il avait sauvé la vie de la fillette. Elle devrait le remercier lui aussi.
Un peu en retrait, il y avait le commandant de la quatorzième division, le commandant Speed Jiru. D'après une histoire racontée à Maiya, il avait sauvé Sohalia lorsqu'elle avait été poursuivie par des cochons sauvages. La fillette se serait moquée de leur couleur étrange et elle se serait attirée leurs foudres. Ça n'avait pas dû être de tout repos d'élever pareille diablesse.
À côté de Speed, il y avait Izo, commandant de la seizième division. Sohalia semblait proche de lui. Elle les avait vus ensemble sur le navire. Il semblait avoir entre eux une réelle complicité. Pas comme frère et sœur, mais plutôt comme des amis de longue date qui pouvaient rire de tout et de rien.
À côté de lui était placé Portgas D. Ace, commandant de la seconde division. Il remplaçait Sohalia depuis quelques années déjà. Emi ne savait pas grand-chose de lui. Seuls ses traits lui faisaient penser à un certain pirate, bien connu sur l'île. De ce qu'elle avait pu voir sur le navire, Sohalia et lui étaient un peu comme chien et chat. Ils pouvaient travailler ensemble, se supporter, mais ils ne pouvaient pas s'empêcher de tacler l'autre dès qu'ils le pouvaient. Connaissant leurs pouvoirs respectifs, Emi n'était pas vraiment étonnée.
Derrière ces deux commandants, Maiya avait peint Vista, commandant de la cinquième division. Il avait été le commandant de Sohalia récemment. Cette dernière regardait le commandant avec un respect infini lorsqu'il lui adressait la parole.
À ses côtés, Namur se tenait près du capitaine. Il était le seul homme-poisson de l'équipage. La tolérance était très présente dans l'équipage et Sohalia l'avait en elle. Elle parlait rarement du commandant de la huitième division, mais, tout comme ses autres frères, on pouvait entendre le respect qui suintait de chacun de ses mots. Pour elle, il n'était pas une abomination de la nature, il était un frère, un camarade, un ami, un allié, un partenaire.
Derrière eux, dominant la scène à cause de leur taille, il y avait Fossa et Kingdew. Le premier était commandant de la quinzième division et le seconde dirigeait la onzième division. Sohalia paraissait les apprécier, mais Emi n'en entendait que rarement parler.
De l'autre côté de Barbe Blanche, il y avait Atmos. Son apparence faisait penser à un buffle énorme. D'après les rumeurs voguant sur l'océan, il était l'homme de main de Barbe Blanche. Il était redoutable à cause de sa force et de ses deux épées qui balayaient tout sur leur chemin. Un frisson échappa à la reine alors qu'elle détaillait son visage. Elle ne pouvait s'empêcher de penser que certains de ses hommes étaient des assassins. Rien que d'imaginer Sohalia grandir au milieu de tout ça l'effraya.
Devant le commandant de la treizième division, Marco était représenté. Il y avait dans sa posture quelque chose de nonchalant. Quand on le voyait ainsi, on ne pouvait imaginer qu'il était pirate et, surtout, le second de Barbe Blanche. Pourtant, l'emblème tatoué fièrement sur son torse prouvait le contraire et on pouvait sentir cette autorité naturelle qui émanait de lui. Sohalia était très proche de lui. Lorsqu'elle était revenue au palais, les deux prénoms qu'elle avait prononcés étaient celui du commandant de la première division et celui du quatrième.
À côté, du phénix, Rakuyou imitait la nonchalance de son frère. Emi n'aperçut pas une seule arme sur lui. Elle ne l'avait pas vu sur le navire, ou bien, elle n'avait pas fait attention. Sa curiosité s'éveilla se demandant quel pouvoir avait cet homme.
À ses côtés, Haruta souriait. Il avait une apparence si féminine que la reine doutait encore de son appartenance au sexe masculin. Même les traits de son visage portaient à confusion. Pourtant, la loi de Barbe Blanche était connue. Aucune femme sur le navire mis à part, les infirmières. Sohalia s'était imposée malgré eux, elle s'était faite sa place dans leur famille.
Derrière le commandant de la douzième division, Bramenco riait. Sohalia disait que c'était un farceur. Un homme qui aimait rire des autres et de lui. Son pouvoir avait marqué son corps, le différenciant des autres. Pourtant, lorsqu'il avait été accepté dans l'équipage, ce complexe s'était envolé sous les rires.
Blenheim était l'un des derniers représentés. Lorsque la Reine l'avait vu, elle s'était demandée avec quoi le cuisinier les nourrissait pour que certains aient cette taille. Puis elle avait vu Haruta et ses doutes s'étaient envolés.
Devant ce géant, il y avait un homme qu'Emi avaient l'impression de connaître malgré le fait qu'elle ne l'ait jamais vu. Satch, commandant de la quatrième division. L'homme que Sohalia considérait plus que quiconque comme son frère aîné. Elle avait été chamboulée par sa mort. Emi doutait qu'elle ait réussi à en faire le deuil. Elle aimait tellement cet homme. Encore aujourd'hui, elle dévisageait inlassablement le visage du commandant sur la toile. La jeune femme lui avait raconté tant de bêtises faites avec lui, tant d'aventures partagées à ses côtés. Toutes ses choses qu'elle n'avait fait qu'avec lui. Rien, ni personne ne pourrait remplacer cet homme dans le cœur de la jeune femme. Tout comme rien, ni personne ne pourrait combler le vide créé par la mort de sa sœur, Eri.
Maiya se déplaça en souriant et Emi retint son souffle. Là, juste à côté de Satch, une Sohalia était dessinée. Une jeune Sohalia que la reine n'avait jamais vue, qu'elle ne connaîtrait jamais. Elle avait de longs cheveux blonds ondulés. Maiya avait rajouté des feuilles de vigne dans sa chevelure où étaient suspendues des perles rouges. Un rappel de son appartenance aux Shizen. Elle possédait de grands yeux marron où de la timidité était lisible. Cette Sohalia était si différente de celle qu'elle était devenue. Elle semblait si fragile, si précieuse. Dans sa posture, on pouvait ressentir cette curiosité qu'elle avait toujours envers le monde. Son visage avait encore ses rondeurs d'enfants. Tout en elle respirait l'innocence, l'amour, la douceur.
Ce fut à ce moment précis qu'Emi se rendit qu'elle devrait plus que des remerciements aux pirates. Son regard se posa sur sa nièce qui félicitait chaleureusement sa cousine. Les rondeurs de l'enfance s'étaient envolées. Ses traits étaient maintenant marqués par l'expérience de la vie. Son regard avait perdu un de ces éclats si particuliers. L'enfant avait disparu pour laisser place à une femme qui n'appartenait pas à ce monde. Les yeux de la reine balayèrent à nouveau la toile et elle comprit que ce lien que Sohalia avait avec ces pirates, jamais il ne serait comparable à celui qui liait leur famille. Bientôt, elle devrait lui dire adieu à tout jamais. Bientôt, elle devrait se contenter de l'apercevoir dans les journaux. Elle ne pourrait la retenir plus longtemps à ses côtés.
Les larmes aux yeux, elle prit sa nièce dans ses bras et la berça un instant. Elle s'écarta et lui sourit afin de faire taire toutes les questions qui commençaient à naître dans ses yeux au sujet de cette étreinte soudaine.
« Nous avons réussi à convaincre le Conseil que tu devais repartir le plus vite possible. Ils veulent que tu restes encore cinq petits jours parmis nous. Penses-tu être capable de tenir le coup ? annonça la reine.
- Oui ! s'exclama-t-elle en sautant de sa chaise.
- Mais...
- Je me doutais bien que ça ne serait pas aussi facile... soupira-t-elle. Que veulent-ils ?
- Ils ont peur pour ta sécurité et ils voudraient que tu suives un entraînement intensif pendant ces cinq jours...
- Intensif ? Attends... Ils m'insultent ?! Je n'ai pas besoin d'entraînement ! Vista s'en occupe déjà et...
- Vista ne connaît rien à ton pouvoir. Cet entraînement te permettrait de mieux le contrôler, intervint Hachiro.
- Bien... accepta-t-elle. Ça commence quand ?
- Demain matin. Il a dit qu'il viendrait te chercher à une heure décente et qu'il t'emmènerait pour les cinq jours que dureront l'entraînement.
- Ça marche ! Tant que je ne vois plus les Kasai ! dit-elle d'un ton enjoué. Bon, je reviens tout de suite, il faut que je prévienne le Paternel de mon retour. »
Sans plus attendre, elle fila dans sa chambre en emportant le Den-Den Mushi. Emi s'assit sur le fauteuil, écoutant Maiya parler des histoires que Sohalia lui avait racontées durant l'après-midi. Maiya partit dans sa chambre en attendant le dîner, laissant le couple seul.
« Tu ne penses pas que tu aurais dû prévenir Sohalia... soupira Hachiro avec un sourire narquois.
- Non, je veux lui faire la surprise », répondit la reine avec un air de conspiratrice.
Le roi rit et s'approcha de sa femme. Il lui tendit sa main, attendant qu'elle l'attrape, comme toujours.
« Je doute qu'elle apprécie, lâcha-t-il une fois qu'elle ait placé sa main dans la sienne.
- Je sais, dit-elle, amusée en se levant aidée par son mari.
- Elle va hurler, supposa-t-il en la faisant danser sur un air qu'il percevait depuis la chambre de sa fille.
- Tant mieux », soupira-t-elle en posant sa tête sur son épaule.
Hachiro la questionna du regard, attendant qu'elle daigne lui expliquer ses pensées.
« Je profite juste des moments que je peux avoir encore avec elle. J'ai tellement de mal à la laisser partir, souffla-t-elle dans son cou.
- Je sais, moi aussi. Elle est devenue comme une seconde fille, n'est-ce pas ? sourit-il en embrassant l'oreille de sa femme, la faisant rire doucement.
- Oui. Elle l'est, murmura-t-elle. Maiya va être si triste quand elle s'en ira, ajouta-t-elle après un instant de silence.
- Je me doute. Elles sont plus proches que je ne l'aurais imaginé. Sohalia semble avoir la volonté de la protéger du moindre danger. Elle est très attentive à elle. Maiya, elle, la considère comme son héroïne. Son modèle. Elle boit ses paroles.
- Tu seras triste ? demanda la reine en plongeant son regard dans celui dans son mari.
- Je n'ai aucun lien avec elle, mais je l'ai vu grandir, s'épanouir, s'acharner, combattre, protéger, rire, pleurer, crier. Je ne m'imagine pas la vie sans une de mes femmes. »
Emi sourit tendrement en se serrant un peu plus contre lui. Ils se comprenaient parfaitement. Hachiro stoppa leur danse et se noya dans les prunelles marron de sa femme. Du bout de son index, il effleura une mèche de sa chevelure, son front, sa tempe, sa joue, sa mâchoire, son menton, ses lèvres. Emi soupira et ferma les yeux, essayant d'enfermer le souvenir de cette caresse en elle. Il tentait de marquer à jamais les traits de son visage dans sa mémoire. Il se pencha lentement vers elle et déposa un léger baiser sur ses lèvres.
Kyola pénétra dans le salon, brisant leur bulle et se tint stoïquement devant eux. Emi soupira fortement et toisa durement le messager.
« C'est fou comme je comprends maintenant Sohalia, marmonna-t-elle tandis qu'Hachiro se retenait de rire. Que se passe-t-il ?
- La Lignée Senrigan vient d'arriver. Ils sont au complet, annonça-t-il en s'inclinant.
- Bien, amenez-les dans la salle du trône, nous arrivons. Merci Kyola, dit-elle avec un léger sourire.
- À vos ordres, Majesté », se retira-t-il.
Emi soupira et offrit à un sourire d'excuse à son mari.
« On va manger en retard, lâcha-t-elle.
- Je peux le supporter, répondit-il en haussant des épaules. Par contre, ça, ça n'attendra pas », ajouta-t-il avec un grand sourire.
La Shizen s'esclaffa tandis qu'il déposait des baisers papillons dans son cou. Elle redevint sérieuse et l'embrassa rapidement. Hachiro grogna et l'embrassa à son tour.
« On prévient les filles ? questionna la Reine
- Non, laissons-les en paix. Elles en ont déjà bien assez fait aujourd'hui, s'amusa-t-il.
- De toute façon, je doute réussir à faire lâcher le Den-Den Mushi à Sohalia, s'esclaffa-t-elle à nouveau sous le regard complice de son mari.
- Après vous, très chère, dit-il en s'inclinant respectueusement en lui ouvrant la porte.
- Que c'est galant, s'étonna-t-elle faussement.
- Pas du tout. C'est une technique inventée pour mieux détailler les fesses des jeunes demoiselles », expliqua-t-il avec un clin d'œil tandis que sa femme riait aux éclats.
M&S
Sohalia referma rapidement la porte de sa chambre et se jeta sur son lit. Elle composa aussi vite que possible le numéro du navire. Elle n'eut pas le temps d'atteindre que son interlocuteur décrocha. Est-ce qu'ils avaient posté un homme à côté ?! Elle sourit en entendant la voix d'Izo.
« J'espère que c'est une belle blonde à l'autre bout du fil ? lâcha-t-il.
- Pourquoi ça ?
- Eh bien, une tête d'ananas commençait à s'impatienter, avoua-t-il dans un murmure.
- Oh, pourquoi n'a-t-il pas répondu alors ?
- Je l'ai enfermé dans les douches ! » rit-il.
Le rire de la jeune femme le rejoint bien vite le sien.
« Tu n'as pas peur de sa terrible vengeance ? s'amusa-t-elle.
- Pas du tout ! J'ai une arme imparable !
- Oh, dis-moi !
- Toi ! s'exclama-t-il. Tiens, en parlant du loup... s'écria-t-il pendant que la Shizen percevait un bruit sourd. Au fait, Lia-chan, as-tu déjà vu le loup ?
- Qu'est-ce que tu lui racontes ! Va donc nettoyer les douches, foutu travesti ! Fous-moi le camp, je te dis ! » s'énerva le phénix.
Malgré ses rires, elle put facilement entendre le cri de douleur du commandant de la seizième division. Elle mit un moment avant de se calmer.
« Tu as fini de rire comme une baleine ? demanda tranquillement le commandant de la première division.
- Ça rigole une baleine ? répliqua-t-elle amusée.
- J'en sais foutrement rien, marmonna-t-il.
- Ah ! Une chose que tu ne connais pas ! Ça fait du bien de savoir que tu n'es pas parfait !
- Et pourquoi ça ?
- C'est chiant les gens parfaits ! clama-t-elle avec conviction.
- Tu en connais peut-être ?
- Hum... Oui !
- Qui ? grogna-t-il, s'imaginant déjà lui infliger mille et une tortures.
- Ma cousine !
- Ah... Oui, ça se comprend. Ils t'ont raté, ils ont fait un meilleur exemplaire ensuite ! Tu as son numéro ? ajouta-t-il tandis qu'elle s'indignait.
- D'un, je t'emmerde, foutu piaf ! De deux, pas touche à ma cousine ! Elle est l'innocence et la pureté incarnée ! »
Il se mit à rire. Ça faisait du bien de lui parler sans qu'ils ne se prennent la tête.
« Que nous veut l'honneur de cet appel ?
- Oh, j'ai failli oublier ! »
Lui faisait-il perdre la mémoire rien qu'en discutant avec elle ?!
« Tu m'écoutes ?!
- Pas du tout ! Tu disais ? lança-t-il avec un sourire angélique.
- Ça fait bizarre de voir ce sourire sur un escargot, rit-elle. Je disais que dans cinq jours, je suis de retour ! Alors, profitez de votre tranquillité !
- Je préviendrai le Paternel. On s'est déjà mis en route pour la prochaine île, indiqua-t-il.
- Quelle destination ? Île tropicale ? Automnale ?
- Tu verras...
- Méchant ! Oh, j'ai oublié la mauvaise nouvelle ! Je ne pourrais pas appeler, ni répondre pendant ces cinq jours, dit-elle rapidement en espérant que ça passerait mieux.
- Pardon ?! Pourquoi ça ?! Hors de question ! On avait fait un marché ! Si je n'ai pas au moins un appel, je viens te chercher !
- Mais oui, mais oui ! Allez bisous, mon ananas ! Pleins de petits cœurs à tout le monde ! »
Sohalia raccrocha et sourit, fière d'elle. Finalement, c'était passé comme une lettre à la mouette !
M&S
Être au chaud dans son lit douillet, alors que la pluie se fracassait violemment contre ses fenêtres... Il n'y avait pas à dire, elle adorait. L'aube n'avait pas encore pointé le bout de son nez. La pluie l'avait réveillée brièvement, elle replongeait déjà dans le monde des rêves. Seulement, un hic vint interrompre ce moment de bonheur simple. Un hic de trois mètres de haut et de deux mètres de large qui venait de faire irruption dans sa chambre. Elle poussa un cri et tomba de son lit tandis que le colosse s'approchait d'elle.
« Debout, princesse ! Fini de flemmarder ! On commence l'entraînement dans quinze minutes ! » déclara-t-il d'une voix bourrue.
Il ressortit pour la laisser s'habiller. Pourtant, Sohalia resta figée sur le sol. Elle cligna rapidement des yeux et tourna sa tête vers la fenêtre. Il faisait encore nuit ! C'était quoi une heure décente pour ce malade ! Toutefois, ne voulant pas le voir revenir, elle prit ses vêtements du Dehors et les vêtit rapidement, avant de ressortir. Elle se posta devant lui et attendit. Il la détailla de la tête aux pieds en fronçant des sourcils.
« C'est quoi ça ?! grogna-t-il.
- Des vêtements adaptés à un entraînement, répondit-elle en haussant un sourcil comme si c'était évident.
- Mais contre le code de cette île. Veuillez-vous vêtir comme une héritière, je vous prie !
- Il pleut des torrents dehors ! Je vais être malade si...
- Pour avoir un puissant pouvoir, il faut avoir un corps puissant ! »
Sohalia cligna des yeux, à nouveau, n'y croyant pas. Elle croisa le regard de sa tante qui lui lança un sourire d'excuse. Où avaient-ils été pêcher ce type ?! Elle fit demi-tour en grognant. Elle attrapa une longue robe blanche. Elle était si longue que la jeune femme prit un short et un débardeur de la même couleur et les enfila avant de mettre la robe. Elle se regarda fièrement dans le miroir. Ni vu, ni connu, je t'embrouille ! Elle ressortit et lança un regard de défi à l'homme.
« Bien, c'est déjà mieux. Allons-y. À dans cinq jours, Majestés ! »
Il sortit rapidement sans regarder si Sohalia le suivait. Cette dernière toisa son oncle et sa tante et leur lança avant de passer la porte :
« La vengeance est un plat qui se mange froid ! »
M&S
Elle aurait mieux fait de se taire. Elle n'aurait pas dû parler de froid ! Ça avait dû lui porter la poisse ! Sohalia fixa son entraîneur, qui n'avait pas daigné se présenter, attendant qu'il s'exclame, « C'est une blague !». Mais lorsqu'elle le vit commencer à escalader, elle dut se rendre à l'évidence : c'était un fou très sérieux ! Elle avait envie de pleurer. En fait, elle le faisait déjà, mais pas volontairement. Le vent était si froid et violent que ses yeux pleuraient tout seul. Elle regarda le ciel et grogna. Ce qu'il ne fallait pas faire pour gagner un peu de puissance !
Dire qu'escalader une partie de la montagne, en robe légère, en ballerine avec un vent soufflant plus que ce n'était permis et la pluie avait été une partie de plaisir aurait été un mensonge. Sohalia se hissa, à bout de forces, et s'étala dans la neige. Elle se releva immédiatement, attaquée par le froid sur le ventre et le vent sur le dos. Elle n'en pouvait plus. Son corps était rouge. Ses doigts et ses pieds étaient ensanglantés. Ses yeux étaient secs, ses lèvres étaient gercées et elle ne sentait plus son nez. Son entraîneur s'assit près de la roche et marmonna des paroles incompréhensibles. Bien vite, les pierres autour de lui s'emboîtèrent et formèrent un toit rassurant au-dessus de lui. Un toit assez grand pour l'abriter lui, et seulement lui.
« C'est une blague ?! Vous me levez en pleine nuit, vous m'obligez à mettre une robe, vous me faites escalader une montagne dans cette tenue en pleine tempête, et maintenant, je vais devoir rester en plein vent dans la neige ! Vous voulez ma mort ?! hurla-t-elle, perdant patience.
- C'est exact. Tous les matins, nous escaladerons une partie de la montagne. Si vous avez faim, soif, froid, mal, vous devrez vous débrouiller seule avec votre pouvoir. Si, à mon sens, vous avez réussi, nous repartirons le lendemain plus haut. Chaque pause sera une nouvelle épreuve pour vous et votre pouvoir.
- Quel est le but de tout ça ?! Ma mort ?!
- Que vous ayez confiance en votre pouvoir, que vous le compreniez, que vous ne fassiez qu'un avec lui. Vous vous en servez comme ceux du Dehors. Mais vous avez ce pouvoir en vous depuis toujours. Il fait partie de vous. Il fera ce que vous voudrez si vous avez la force nécessaire.
- Vous servez à quoi, vous ?!
- Je vous guide, je vous aide en cas d'urgence immédiate.
- Mon état n'est pas une urgence immédiate ?!
- Vous avez assez de force pour hurler, donc non. »
Ce qu'elle ne donnerait pas pour le balancer au pied de sa montagne ! Elle soupira, essayant de retrouver son calme. Faire confiance à son pouvoir ? Elle lui faisait confiance ! Le comprendre ? Comment comprendre quelque chose qu'on ne voit pas, ne lit pas, n'entend pas ? Ne faire qu'un avec lui ?! Il était en elle ! Elle ne pouvait pas faire plus ! Si au moins, il s'expliquait, elle comprendrait mieux ce qu'elle devait faire. Elle frissonna violemment. Le vent semblait être encore plus puissant. Est-ce qu'une tempête approchait ? Elle fixa le ciel au-dessus de la ville et constata qu'il était clair.
« J'ai demandé à certaines Lignées de créer une tempête dans la montagne. Il n'y a plus personne, donc aucun risque, expliqua l'homme.
- Sauf pour nous, répliqua-t-elle.
- Pour vous. Je ne risque rien », rectifia-t-il.
Sohalia grogna et ferma des yeux. Malgré le froid qui paralysait peu à peu son corps, malgré ce vent qui la poignardait plus puissamment à chaque coup, elle se concentra. Quelle était sa priorité ? Ses Blessures ? Le froid ? Le vent ? La faim ? La soif ? La fatigue ? Le froid lui permettait de moins sentir ses blessures, mais elles n'étaient pas mortelles comparées à cet air glacial. Il lui fallait donc du feu, mais aucun feu ne tiendrait avec un tel vent. La priorité était donc l'abri. Ça, elle pouvait le faire. Elle appuya son dos contre la roche et visualisa la végétation de la montagne. Elle était gelée par ce temps, coincée dans la roche. Elle la réchauffa et la fit pousser. Elle rouvrit les yeux et aperçut de jeunes pousses autour d'elle. Elle se concentra et les imagina à maturité. Elle se visualisa entourée par ces plantes, formant un halo sûr et réconfortant autour d'elle, la protégeant ainsi du vent. Lorsqu'elle posa son regard sur son abri, elle soupira de soulagement et se laissa tomber au sol, vidée de toute énergie.
« C'est bien. Tu as réussi la première phase, accorda l'homme. Je suppose que tu n'as plus la force pour faire quoique ce soit d'autre avec ton pouvoir... soupira-t-il.
- Oui », lâcha-t-elle dans un souffle.
Elle commençait à comprendre ce qu'il avait voulu dire. Ils ne faisaient qu'un, son pouvoir et elle. L'énergie de son corps, c'était l'énergie de son pouvoir. Plus son corps était endurant, plus il le serait aussi.
« Dans ce sac, tu as des provisions, une couverture, une trousse de soin et quelques vêtements. Tu dois les économiser, ça doit te permettre de durer cinq jours ici. Repose-toi, demain matin, on escalade à nouveau. Pour le feu, débrouille-toi. Tu dois avoir des allumettes, normalement. Si tu as besoin, je suis à côté.
- On laisse tomber le tutoiement et la bien séance ? s'amusa-t-elle en le remerciant d'un signe de tête.
- Fais ce que tu veux.
- Ton nom ?
- Si tu réussis, je te le dirai. Je n'aime pas être connu de tous », dit-il en retournant dans son abri.
M&S
Sensei ?! Il s'était foutu de sa gueule ! Sohalia enfourna rageusement des vêtements d'été dans son sac de voyage. Elle avait réussi, elle ne savait pas comment, mais elle était sortie vivante de cet enfer. Cinq jours à mourir de froid et de douleur. Le pire, ça avait été les bêtes sauvages. Elle en avait vu de toutes les couleurs. Jamais elle n'avait autant craint pour sa vie. Elle soupira en refermant son sac. Mais maintenant, elle avait les moyens de protéger sa famille et de détruire Jef. Elle sourit légèrement, puis fronça des sourcils. Ça l'énervait de ne pas connaître le nom de cet homme. Sensei ! Mais bien sûr ! Quels parents appelleraient leur enfant Sensei ! Elle grogna et rejoignit sa tante, son oncle et sa cousine dans le salon. Elle prit Maiya dans ses bras en lui promettant de prendre des photos des îles qu'elle verrait. Alors qu'elle s'approchait de Hachiro pour lui faire la bise, il la prit dans ses bras en lui demandant de faire attention à elle. Elle fut si surprise qu'elle n'arriva qu'à acquiescer et lui offrir un mince sourire. Après un dernier signe de la main, elle suivit sa tante. Elle resta un moment dans ses bras et se plaça au centre du cercle que formait la Lignée des Ryoko. Bien vite, elle disparut.
M&S
Moby Dick
Sohalia commençait à s'habituer à cette sensation d'étouffement. Elle sentit rapidement ses pieds toucher le sol et elle ne put retenir un sourire. Elle était de retour ! Elle pouvait sentir l'air marin. Le vent qui fouettait son visage. Le froid qui la faisait trembler. Le froid ?! Comment ça le froid ?! Elle rouvrit les yeux, horrifiée par le spectacle qu'elle voyait. Le Moby Dick avançait difficilement entre les icebergs et la mer gelée. Elle regarda un iceberg passer près du bastingage et éternua lorsqu'il eut disparu. Elle se laissa tomber à genoux dans la neige qui avait pris place sur le pont du navire. Elle cligna des yeux rapidement.
« Non ! Par pitié ! Pas encore ! » hurla-t-elle.
Elle avait crié si fort que les hommes qui se trouvaient dans la salle à manger sortirent, armes aux poings. Tous se figèrent en l'apercevant, tentant de comprendre ce qu'elle fabriquait. Elle s'en foutait bien. Elle n'avait d'yeux que pour un seul. Une veine se mit à battre vivement sur sa tempe, faisant frissonner son sourcil. Elle se releva précipitamment et se précipita vers lui.
« Reviens ici, foutu ananas ! Je vais te couper en rondelles ! » s'époumona-t-elle en volant au passage l'épée d'Haruta.
EDIT : 08/05/2020
