Lecteurs/Suivis/Favoris : Merci d'être de plus en plus nombreux ! :)
Disclamer : Certains OC proviennent de mon imagination ! Le reste de l'univers revient à Monsieur Oda !
Port Nanmin ni Shima, Moby Dick.
Hagarde, Sohalia resta un instant sans réaction, puis s'empressa de lâcher la main de Marco pour se précipiter vers Emi, qui était inconsciente. Elle jeta un regard autour d'elle, en quête d'aide, et fut surprise en ne voyant personne. Elle comprit peu à peu que c'était elle qui avait hurlé un peu plus tôt. Alors, elle posa un œil vide sur Marco.
Les prunelles marron sans vie où seul brillait un éclat de désespoir furent un électrochoc pour le phénix. Il s'avança pour voir les blessures de la tante de la Shizen et pinça les lèvres discrètement. Il n'y avait aucune chance pour que la femme survive, mais s'il n'essayait pas, Sohalia lui en voudrait, et il s'en voudrait également.
« Je vais chercher un médecin », annonça-t-il après avoir pressé l'épaule de la jeune femme en signe de réconfort.
La commandante de la quatrième division ne lui jeta pas un seul coup d'œil, hypnotisée par la tache de sang qui s'agrandissait sur le pont du navire. Fébrile, elle déchira un pan de la robe de sa tante et l'apposa sur la plaie, dans l'espoir fou de stopper l'hémorragie.
La douleur réveilla Emi et elle poussa un terrible hurlement qui glaça le sang de sa nièce.
« Sohalia… Dieu soit loué… Jef… A pris possession d'… D'Hachiro… Faut que… Que tu protèges Maiya… » souffla-t-elle, haletante en agrippant le bras de la pirate d'une main pleine de sang.
Sonnée, elle dévisagea la reine, encaissant difficilement les informations qu'elle venait de recevoir. Elle finit par acquiescer silencieusement. Elle ferma les yeux et inspira profondément afin de rassembler son courage et récupérer son calme. Elle ouvrit la bouche, prête à poser la question qui brûlait ses lèvres, mais le temps se figea de nouveau et elle remarqua l'air terrifié de sa tante.
La commandante de la quatrième division se redressa rapidement et fit face à son oncle, qui tenait un poignard ensanglanté dans sa main. Cette vision ébranla la jeune femme. Pourtant, elle resta impassible en apercevant cette lueur folle et malsaine qu'elle avait souvent vu dans les yeux de Jef. Une rage fit bouillir son sang dans ses veines, accélérant les battements de son cœur, tout comme sa respiration.
« Toujours aussi lâche ! cracha-t-elle avec tout le mépris qu'elle pouvait éprouver, serrant les poings pour se retenir de frapper le corps de son oncle. Tu te caches encore une fois dans un esprit qui ne t'appartient pas, tourmentant une âme innocente ! déclara-t-elle, méprisante.
- Laisse-moi l'achever… Qu'elle ne souffre pas inutilement », rétorqua-t-il en l'ignorant superbement.
Voir le visage d'Hachiro prononcer des mots dénués de tout sentiment lui donna envie de vomir. Elle réprima la bile qui commençait à lui brûler la gorge et fit un pas vers lui.
« Il faudra que tu me tues pour ça », affirma-t-elle.
Un rictus mauvais étira lentement ses lèvres et Sohalia refoula un frisson.
« C'est exactement ce que je souhaite, susurra-t-il.
- Que comptes-tu faire ? Hachiro n'est pas un combattant. Son pouvoir est défensif, répliqua-t-elle.
- Effectivement, mais ce n'est pas mon cas », admit-il.
La jeune femme n'eut le temps que de sourciller, car Jef se précipita vers elle uniquement armé de la lame qui avait déjà goutté au sang d'une Shizen ce soir-là. La commandante n'eut aucun mal à esquiver ou bien parer les attaques qu'elle subissait. Le corps d'Hachiro n'avait pas l'expérience des combats, alors que les réflexes de la Shizen étaient aiguisés depuis plusieurs années déjà.
Malgré cela, la peau de la princesse fut, à maintes reprises, entaillée, laissant de fines estafilades rougeâtres sur son épiderme blanc. Sa distraction était due aux fréquents coups d'œil qu'elle lançait à Emi, qui était de nouveau inconsciente.
Jef lui décocha un puissant coup de pied dans l'estomac qui l'envoya rouler sur le sol. Groggy, elle resta un moment à terre ce qui permit au Mentaru de se rapprocher considérablement d'Emi. Beaucoup trop au goût de la pirate. Et pourtant, elle ne pouvait se résigner à blesser son oncle.
Alors, elle créa un rempart de végétation pour protéger la reine, tandis qu'une tige émergea de l'eau. La fleur hideuse s'épanouit et un cri strident résonna immédiatement forçant les deux adversaires à plaquer leurs mains sur leurs oreilles pour se protéger un minimum du bruit.
Un élan de panique la ravagea en remarquant que sa tante restait inconsciente, malgré le son insupportable qu'émanait de la plante et qui résonnait comme un mauvais présage dans la nuit sombre. Elle ne sut combien de temps cela dura, mais cela lui sembla s'éterniser, encore et encore.
Du coin de l'œil, elle aperçut ses hommes monter un à un au pas de course sur le pont pendant qu'elle se précipitait vers Emi. Yori fut le premier à réagir et à venir lui prêter main-forte. Hogo et Kenta se jetèrent tous les deux sur Hachiro et le maîtrisèrent sans mal. La Shizen comprit que Jef avait déserté l'esprit du roi dès qu'il avait vu les renforts arriver.
La commandante fit disparaître ses créations et se concentra sur sa tante, alors que Barbe Blanche venait, à son tour, d'apparaître entouré par ses commandants. La Shizen sentit plus qu'elle ne vit Marco lui tenir la main qui n'agrippait pas déjà celle de la reine.
« Que s'est-il passé ? interrogea le capitaine.
- Jef… Jef a réussi à prendre le contrôle de mon oncle pour poignarder Emi. Elle est venue ici, répondit Sohalia les yeux perdus dans le vide.
- Son esprit est-il libre ? s'enquit Ace, méfiant en s'avançant vers Hachiro qui fixait sa femme, sonné.
- Vu sa tête, ça ne fait aucun doute, déclara Haruta.
- Lâchez-le », ordonna Barbe Blanche aux deux membres de la quatrième division qui tenaient encore fermement l'homme dont il était question.
Ils obéirent sans une once d'hésitation, mais restèrent tout de même près de lui dans l'éventualité que Jef le possède de nouveau. Hachiro s'approcha lentement, mais ses genoux cédèrent lorsque les images de ce qu'il avait fait l'assaillir. Il eut la nausée et détourna les yeux quand sa femme ouvrit de nouveau les siens.
« Jeune homme… lança-t-elle après avoir un moment détaillé Yori. Nous savons tous les deux… Abandonnez… dit-elle, le souffle saccadé.
- Emi ! Ne dis pas ça ! Yori est le meilleur ! Il va y arriver ! Yori, dis-lui ! s'écria Sohalia.
- Barbe Blanche… » appela-t-elle en ignorant sa nièce dont le désespoir marquait de plus en plus son visage.
L'empereur s'avança et s'agenouilla aux côtés d'Emi Shizen. Cette dernière attrapa sa main et la serra avec une telle vigueur que cela surprit le pirate.
« Je… Je ne pourrais… Jamais assez vous remercier… Vous et vos fils… Pour tout ce que vous… Ce que vous avez fait… Pour Sohalia… Écoutez-moi… Elle va devoir… Faire des choix… Des sacrifices… On ne quitte pas… Notre île si aisément… Surtout qu'elle va hériter… De mes responsabilités… C'est pourquoi… Quoi qu'il arrive… Ayez confiance en Sohalia… Promettez-moi… De veiller sur elle… Quoiqu'il arrive… »
Emi avait mis toutes ses forces dans ses mots et continuait d'empoigner férocement l'immense main de l'homme le plus puissant au monde. Sohalia ouvrit la bouche pour lui dire de se taire, de garder ses forces, de ne pas perdre espoir, mais son capitaine la devança :
« Reine Emi Shizen, je vous jure que mes fils et moi-même veillerons toujours sur vos filles. J'ai toute confiance en mes enfants. Je vous remercie à mon tour pour avoir pris soin d'elle. Si elle est devenue la femme incroyable qu'elle est, c'est en grande partie grâce à vous. Vous avez été une véritable mère pour elle. Vous lui avez offert ce que je n'ai jamais pu », déclara-t-il.
Emi, en retour, lui offrit son sourire le plus éclatant, rempli de gratitude à l'encontre de ce vieil homme.
Elle embrassa du regard son mari dont la honte marquait le visage. Elle tendit la main vers lui et il s'empressa de la prendre, de l'embrasser encore et encore sous son regard aimant.
Pas besoin de mot. Elle savait déjà ce qu'il avait en tête et elle le sentait dans son esprit. Partageant sa peine, son désespoir, sa peur, son amour, sa tendresse. Elle glissa un regard à sa nièce qui semblait si perdue, et la culpabilité d'abandonner cette jeune femme la saisit. Elle espéra qu'elle aurait la force de traverser tout ça et de protéger Maiya et Hachiro.
Ce dernier n'entendait ce qui se passait autour de lui seulement parce qu'il le percevait dans les pensées de sa femme. Il discernait Sohalia paniquer en s'écriant des « non » déchirants, tandis que l'éclat de vie diminuait dans les yeux d'Emi, pour finalement s'éteindre complètement.
La commandante de la quatrième division se figea en voyant la poitrine de la reine stopper tout mouvement. Elle eut l'impression que quelque chose se brisait en elle. Prise d'un accès de détresse, elle agrippa vivement les épaules de la défunte et la secoua en la priant de se réveiller. Elle entendit brièvement son père parler, mais tout lui semblait si lointain, floue, excepté cette vision horrible du corps sans vie de sa tante.
Marco, sur l'ordre de son capitaine, attrapa la Shizen et la fit lâcher Emi, qui retomba mollement sur le pont du Moby Dick dans un bruit sourd, macabre. Comprenant enfin, Sohalia hurla et se débattit violemment contre le phénix pour retourner auprès de la femme qui l'avait élevée et protégée durant sept longues années. Elle vit Yori venir à elle et aider le commandant de la première division pour maîtriser la jeune femme.
La voyant perdre le contrôle, devenir hystérique, Hachiro prit possession de son esprit et la fit sombrer dans les ténèbres.
M&S
La panique saisit le phénix lorsqu'il sentit soudainement le corps de Sohalia s'affaisser mollement entre ses bras. Il passa rapidement un bras sous ses genoux et derrière son dos. Yori le rassura et lui conseilla d'emmener la jeune femme dans un endroit calme où elle pourrait se reposer. Marco jeta un coup d'œil à son capitaine, attendant son approbation et ne perdit pas de temps lorsqu'il la reçut.
Le commandant de la première division n'hésita pas un seul instant et referma la porte de sa cabine d'un coup de pied avant de la déposer sur le lit qu'ils avaient partagé la veille. Il dégagea ses cheveux de son visage et s'agenouilla à ses côtés, la détaillant encore et encore, avec pour seule source de lumière l'astre lunaire.
Les traits de la commandante de la quatrième division étaient déformés par le chagrin, la douleur, l'abattement. Voir ces sentiments sur le doux visage de la blonde rendait l'homme fou furieux. Une grande partie de cette haine était dirigée contre Jef. Il était celui qui venait de tuer la tante de la jeune femme, qui était morte tout près d'elle, tout comme Hiroshi. Cet homme avait causé tant de peine autour de lui, mais surtout aux Shizen.
Cependant, une partie de lui culpabilisait. Marco se blâmait de ne pas avoir réagi plus vite, d'avoir perdu l'espoir de sauver Emi avant même d'avoir essayé quoique ce soit. Le sentiment majeur qu'il ressentait était de la triste, car il savait pertinemment que ce ne serait pas la dernière personne qu'ils perdraient. La mort faisait partie intégrante de la vie de tous, mais, pour eux, ils flirtaient avec elle bien plus souvent. Peut-être devrait-il laisser la Shizen s'en aller quand Jef serait mort... Il désirait tant la protéger...
Le pourrait-il ? Pourrait-il vraiment lui dire de partir vivre définitivement sur son île natale ? Pourrait-il se résoudre à ne plus jamais la revoir ? Il soupira et caressa sa tendre joue de la pulpe de son index. Non, il ne le pourrait pas. Il n'avait jamais pu. Satch avait emballé les moindres souvenirs qu'il possédait d'elle et il avait tout descendu dans les cales. Les autres commandants s'étaient murés dans le silence, ne parlant plus de la fillette qui avait illuminé leurs existences. Marco, lui, il avait conservé les photos, les cadeaux... Certes, il les avait placé en retrait, mais il n'était pas rare qu'il se perde dans ses vieux souvenirs. Il ne parlait plus de Sohalia avec ses frères, respectant leur choix de faire leur deuil. Il trouvait une oreille attentive auprès de son père, ou bien une attention passagère auprès d'une femme qui occupait une de ses nuits.
Depuis le premier jour où il avait vu cette gracile silhouette tenter de s'échapper de Satch, elle avait apposé sur lui une griffe mémorable et inaltérable. Il ne concevait pas le Moby Dick être extropié de sa présence. Egoïstement, il ferait tout pour la garder à ses côtés, même en sachant que ce mode de vie lui apporterait peine et danger.
Lentement, il attrapa délicatement sa main, espérant qu'elle sente sa présence et s'en nourrisse, puisant dans sa force pour traverser cette épreuve. Soudain, il écarquilla les yeux en apercevant des larmes s'échapper des paupières, toujours closes, de la Shizen. Il crut, un instant, que Sohalia s'était réveillée, mais sa respiration était toujours régulière et lente. Jamais il n'avait vu quelque chose d'aussi triste. Elle était comme prisonnière de sa souffrance, même dans l'inconscience, ne connaissant nul repos. Elle semblait si fragile, comme si le moindre choc allait la briser en deux… Le phénix sentit son estomac se nouer face à cette vision.
Il haïssait la voir ainsi. Pas elle. Non. Elle ne pouvait pas être si mal. Cela lui fendait le cœur. Tout le monde, mais pas elle, pas Sohalia. Pas cette pirate forte et féroce. Pas cette blonde belle et provocante. Pas cette femme aimante et tendre. Pas elle.
Doucement, il essuya de son pouce les larmes qui dévalaient les joues de la commandante, encore et encore. Le phénix continua à les effacer sans s'arrêter jusqu'à ce qu'elles se tarissent.
S&A
Port Nanmin no Shima, Moby Dick, trois jours plus tard.
Barbe Blanche sortit de sa cabine, entouré, comme souvent, par ses infirmières, et se dirigea vers la poupe du navire, saluant ses enfants qu'il croisait. Whitey Bay était en train d'accoster son navire à côté du sien avec à son bord Akihide Shizen. Il avait demandé l'asile à l'empereur et ce dernier avait accepté.
La capitaine du Moby Dick avait enjoint Marco à annoncer à Sohalia la disparition de sa grand-mère. La jeune femme était restée silencieuse et impassible, assise dans le lit du phénix. Elle était ainsi depuis la mort de sa tante, ne mangeant que peu, refusant la présence des autres exceptée celle du commandant de la première division.
Barbe Blanche espérait secrètement que l'arrivée d'Akihide permettrait à la blonde de se reprendre un peu, qu'elle puisse entamer le long et douloureux processus du deuil.
L'empereur s'installa dans son immense siège et fit glisser son regard sur l'assistance présente. La majeure partie de ses enfants était là, dévisageant ce prince déchu, qui ne possédait plus de famille, ni de foyer, ni de fortune. Il n'était absolument plus rien.
Shanks et son équipage étaient là, tenant à entendre le récit des événements. Les rookies, curieux, se tenaient légèrement en retrait.
L'absence de Sohalia sauta immédiatement aux yeux du Shizen adoptif. Il salua distraitement le capitaine du navire, tout en gardant sa grâce et son aisance.
« Bienvenue sur mon navire, gamin, salua en retour l'homme le plus puissant au monde.
- Merci de m'accueillir parmi vous, souffla le blond.
- Peux-tu nous dire ce qui t'amène ici ?
- Jef Mentaru a tenté de me tuer. Leïko Shizen m'a protégé, mais a, malheureusement, perdu la vie au court du combat. Avant de mourir, elle m'a demandé de rejoindre Sohalia et de rester à ses côtés.
- Je suis désolé pour ta perte.
- Merci, marmonna-t-il, trouvant que ces mots ne signifiaient pas grand-chose, car on ne peut décrire la perte, seulement la ressentir.
- Nous avons également connu des derniers jours durs, remplis de tragédies qui ont profondément choqué la commandante de la quatrième division.
- Que s'est-il passé ? interrogea-t-il, légèrement inquiet pour cette femme qu'il avait particulièrement apprécié.
- J'ai perdu des enfants qui m'étaient chers. Jef Mentaru a, aussi, assassiné Emi Shizen, la tante de Sohalia, par le biais d'Hachiro, son oncle. »
Le prince déchu comprit mieux l'absence de la jeune femme. Il encaissa la nouvelle en comprenant que ce Mentaru était bien décidé à anéantir cette famille dont il faisait secrètement part.
Le capitaine, constatant le mutisme du jeune homme, reprit la parole.
« J'autorise ta présence parmi nous, à condition que tu respectes mes règles, mais rien d'autre. Tu n'es pas fait pour être pirate, gamin.
- Je vous remercie. J'ai une dernière faveur à vous demander.
- Je t'écoute.
- Pourrais-je voir Sohalia ? »
Un silence s'installa sur le pont et tous les regards se braquèrent vers Barbe Blanche. Ce dernier pesa le pour et le contre avant d'acquiescer à la requête du blond.
« Izo va te conduire jusqu'à elle. Cependant, je dois te prévenir qu'elle n'a autorisé, jusque-là, la présence de mon second à ses côtés », prévint-il.
Akihide fit un signe de tête au vieil homme et attendit patiemment qu'Izo le mène jusqu'à elle. Il se questionna brièvement sur le pourquoi du second de Barbe Blanche et pas un autre ? Mais cette interrogation s'évanouit quand le travesti se stoppa devant une porte en bois. Le commandant de la seizième division frappa et s'effaça sans dire un mot.
M&S
Marco était assis à son bureau, la tête entre les mains, ne supportant plus de voir la jeune femme si brisée, ne supportant plus son impuissance.
Le phénix retint un soupir et posa un regard douloureux sur la blonde. Elle était allongée à même le sol, ses longs cheveux blonds emmêlés et détachés entouraient sa tête, telle une auréole. Vêtue simplement d'une robe blanche que le pirate avait eu le plus grand mal à lui faire enfiler. Tout simplement parce que cette couleur est la couleur du deuil.
Habitué au silence morbide qui régnait depuis trois jours, il sursauta violemment lorsqu'on frappa à la porte. Il jeta un coup d'œil à Sohalia et grimaça en remarquant qu'elle n'avait même pas sourcillé face à ce bruit soudain.
Il se leva, ouvrit la porte et se figea, choqué. Il savait qu'il devait arriver aujourd'hui, mais jamais il n'avait imaginé le croiser aussi tôt. Il sentit son cœur s'embraser de jalousie et se plaça inconsciemment devant la jeune femme, la cachant à la vue du prince déchu.
« Marco… commença Izo pour détendre son frère. Père a autorisé Akihide à rester quelque temps parmi nous… et, également, il lui a permis de voir Sohalia.
- Elle n'est pas en état, rétorqua-t-il aussitôt en serrant les dents.
- Ce n'est pas à toi d'en décider, Marco, mais à elle, et elle seule, répliqua le travesti.
- Elle ne parle pas ! grogna le phénix.
- Je vais le recevoir », souffla l'intéressée, les faisant sursauter.
Marco se retourna et la vit debout, ses cheveux devant son visage dévasté et l'une des bretelles de sa robe avait glissé de son épaule. Le phénix s'approcha d'elle, glissa une main à travers la barrière de cheveux pour la poser sur sa joue. Il ne réussit pas à croiser ses prunelles marron.
« Sûr ? » insista-t-il.
La Shizen hocha simplement la tête. Le phénix pinça les lèvres, guère ravi de laisser ces deux anciens amants seuls. Il soupira, se dirigea vers son armoire, attrapa un gilet et le fit mettre à la jeune femme. Cette dernière ne réagit pas et se laissa faire.
« Je ne serai pas loin », souffla-t-il en déposant un baiser sur son front.
En sortant, il lança un regard d'avertissement au jeune homme et suivit Izo sur le pont.
S&A
Lorsque la porte se referma, assombrissant de nouveau la pièce, Sohalia alla s'asseoir sur la chaise du bureau, s'agrippant aux meubles, ne semblant pas avoir confiance en ses jambes pour la porter jusque-là.
Akihide la détailla un instant avant de s'installer à son tour sur le lit. Le silence plana un long moment que le prince déchu mis à profit pour observer la pièce. Il arriva rapidement à la conclusion que ce n'était pas la cabine de la jeune femme : rien ne lui correspondait.
« Toutes mes condoléances pour ta tante », lança-t-il.
La commandante de la quatrième division releva lentement la tête et le laissa voir à quel point cette disparition la terrassait. Elle ouvrit plusieurs fois la bouche, mais aucun son n'en sortit. Elle attrapa fébrilement un verre d'eau et le vida.
« Moi aussi… Pour Leïko… » lâcha-t-elle d'une voix rauque.
Le blond hocha la tête pour la remercier et détourna le regard, ayant la désagréable impression de se voir dans un miroir. Il faisait de son mieux pour masquer ses sentiments.
« Que fais-tu ici ? questionna-t-elle, semblant se forcer pour prononcer chaque mot.
- Barbe Blanche m'a autorisé à rester ici, le temps que je trouve une solution.
- Une solution ? répéta-t-elle, ne comprenant pas ce qu'il racontait.
- Mon peuple pense que j'ai moi-même tué Leïko, expliqua-t-il rapidement.
- Tu vas être pirate ? murmura-t-elle, choquée par cette idée.
- Non. Ton capitaine trouve que cela n'est pas fait pour moi. Et je ne peux qu'être d'accord avec lui.
- Que vas-tu faire alors ? »
Le Shizen adoptif la fixa un moment en se rendant compte que sa voix avait été plus vive, comme si elle reprenait peu à peu vie en se préoccupant des soucis des autres. Il sourit quelque peu et se pencha vers elle.
« Pourquoi penses-tu que je suis là ?! Je viens recevoir tes précieux conseils. »
La jeune femme resta silencieuse, réfléchissant aux problèmes de cette personne qu'elle appréciait. Elle fronça des sourcils en frôlant une réponse, mais sa concentration fut brisée.
Des cris résonnèrent sur le navire. Elle sentait l'agitation qui secouait soudainement le Moby Dick. Elle se leva précipitamment et sortit sur le pont, aussitôt suivie par Akihide. Elle chercha des yeux le phénix, mais ne put que remarquer son absence.
La commandante se laissa porter par le mouvement de foule, entraînant son cousin adoptif. Elle se faufila sans mal puisque ses frères, en la voyant, s'écartèrent.
Elle put finalement apercevoir son oncle se déchaîner contre Joz afin qu'il le libère. Elle remarqua ensuite un fin poignard briller sur le plancher du pont. Elle se figea en comprenant ce qui avait dû se passer. Un frisson l'agita, son cœur s'emballa, et une décharge électrique la força à s'avancer un peu plus.
« Lâchez-moi ! hurla Hachiro.
- Vous tuer ne fera pas revenir votre femme à la vie, clama Barbe Blanche en ramassant la lame que l'oncle de la Shizen avait volée.
- Laissez-moi mourir en paix. Je ne peux pas vivre ainsi ! Pas sans elle ! »
Sohalia marcha vers lui. Ne s'attendant pas à la voir, il se tut et tous les autres l'imitèrent curieux de voir la réaction de la commandante de la quatrième division. Sa main fendit soudainement l'air et s'abattit avec puissance sur la joue de son oncle, dont la tête tourna sous le choc.
« Vous êtes un égoïste, mon oncle, siffla-t-elle d'une voix froide et tranchante comme la lame qu'elle avait entraperçue. Maiya, votre fille, vient de perdre sa mère et vous, vous n'hésiteriez pas à lui infliger encore plus de souffrance. Non, mon oncle. Je vous l'interdis. Si vous tenez tant que cela à périr, faites-le dignement ! Mourrez en protégeant votre fille ! Et, si votre amour pour votre enfant est si faible qu'il ne suffît pas à supplanter votre désir suicidaire, alors dîtes-vous que c'est un ordre de votre reine, votre nièce, Sohalia Shizen ! »
Chaque mot avait claqué, frappant avec force le Shizen par alliance. La plupart des pirates autour d'eux imitaient à la perfection l'expression du veuf. La jeune femme ne fit pas attention à leurs spectateurs, fixant d'un regard dur son ancien roi. Hachiro finit par se détendre et acquiescer tranquillement.
« Nous allons retourner auprès de Maiya afin de remplir votre mission, procéder à l'enterrement et régler les problèmes administratifs, reprit-elle. Et Akihide Shizen nous accompagnera », ajouta-t-elle en observant la réaction de l'intéressé.
La stupéfaction prit possession du visage du jeune homme. Elle n'eut pas le temps d'expliquer ses raisons que Marco lui empoigna la main.
« Si tu y retournes, tu ne reviendras pas, intervint-il.
- Je serai reine, je ferai ce que je voudrais », dit-elle en esquissant un faible sourire.
Mais ne le voyant pas se détendre, elle ajouta :
« Fais-moi confiance », souffla-t-elle en plongeant ses yeux dans les siens.
Une chaleur la réchauffa doucement. Elle posa sa main sur sa joue mal rasée et la caressa doucement. Le phénix entendit l'écho d'Emi les supplier de faire confiance à Sohalia. Il enserra la main de la blonde férocement. Son cœur s'emballa quand il la vit se mettre sur la pointe des pieds et les ferma en sentant ses lèvres sur les siennes.
Les pirates autour d'eux se mirent à les siffler et firent éclater leur joie. Les premiers éclats depuis trois jours, car Emi Shizen était morte l'endroit même où ils avaient retrouvé le corps de Satch.
EDIT : 01/06/2020
