Lecteurs/Suivis/Favoris : Merci d'être de plus en plus nombreux ! :)


Disclamer : Certains OC proviennent de mon imagination ! Le reste de l'univers revient à Monsieur Oda !


Nouveau monde, île inconnue.

Sohalia était debout face aux portes imposantes de la chapelle qu'elle avait franchie la veille dans un état de deuil. Pourtant, elle percevait les murmures joyeux des citoyens qui se trouvaient déjà à l'intérieur, heureux de ce nouveau couronnement. Lia grimaça en se souvenant d'Emi stressée juste avant son couronnement, ne cessant de remettre une mèche de cheveux derrière les oreilles de Maiya ou de Sohalia, d'enlever une poussière imaginaire sur les épaules de son mari.

La Shizen déglutit en pensant qu'elle n'avait même pas pu dire à sa tante que Leïko était vivante. Elle aurait été si heureuse de savoir sa mère en vie, qu'elle avait encore une chance de la voir, lui parler et lui faire rencontrer sa fille. Emi vouait un amour et une admiration sans limite à Maiya. Elle s'était souvent demandé si sa propre mère était pareille avec elle. Elle n'avait jamais pu s'empêcher d'être envieuse face à cet amour gargantuesque que recevait sa cousine de la part de ses parents, comme si elle était la chose la plus précieuse au monde.

L'ouverture des portes la sortit de ses pensées. Elle inspira profondément, carra les épaules pour se donner le courage d'avancer dans cette allée. Elle ne prêta pas la moindre attention aux personnes présentes, il n'y avait pas un visage devant elle qui aurait pu l'aider à affronter cette épreuve plus facilement. Alors, la commandante s'imagina avec ses hommes dans les cales du navire en train de faire les inventaires des vivres ou bien chasser des nuisibles. Elle se visualisa avancer sur le pont du Moby Dick pour aller à la proue voir son père qui était assis sur son immense siège, toujours si impressionnant, mais l'amour pour ses enfants adoucissait son visage marqué par le temps, entouré de ses frères. Marco lui souriant en l'observant avec intensité, Ace la tête dans une assiette, Haruta et son visage enfantin, Izo replaçant une mèche de cheveux dans sa coiffure, Joz impassible, mais un éclat tendre dans ses yeux, Vista fier en hochant la tête vers elle. Oui elle rêva d'eux tous, ici présent, la soutenant.

Sohalia revint à elle lorsque l'ancienne des prêtresses arrêta son chant si envoûtant. Elle déglutit discrètement et s'imposa le calme en remarquant qu'elle avait les larmes aux yeux. Son cœur lui hurlait de foutre le camp d'ici. Tout cela ne la concernait pas. Elle faisait partie des enfants de barbe Blanche. Pourquoi devait-elle prendre toutes ces responsabilités ?! Pourquoi elle ?! Elle pria pour que quelque chose empêche l'inévitable. Elle croisa alors le regard de Maiya qui semblait soulagée de la voir prendre sa place, la protéger. Elle détourna les yeux et embrassa ceux de la vieille prêtresse qui récitait les vœux.

« Jurez-vous de tout faire pour protéger notre île, la rendre plus prospère, plus puissante ?

- Oui », déclara-t-elle en ayant l'impression que quelqu'un d'autre contrôlait son corps.

Sohalia savait pourquoi… Elle le faisait pour Maiya. Elle voulait tenir la promesse faite à sa tante. Elle voulait protéger cette jeune fille si pure de la folie de cette île.

« Jurez-vous de mourir pour nous et notre refuge ? questionna durement la prêtresse.

- Je le jure, sur mon honneur, ma famille et ma vie ! » clama-t-elle fortement.

La vieille femme la dévisagea avec un petit sourire satisfait, appréciant la détermination de la jeune femme. Elle se tourna vers un petit coffre qu'elle ouvrit. Le silence était si opressant qu'elle pu percevoir les grincements protester.

La Shizen observa, troublée, la couronne s'approcher d'elle. Elle comprit qu'elle était kidnappée par une vie qui ne la rendrait jamais heureuse. Elle réalisa que même si dans quelques jours elle pourrait retourner sur le Moby Dick, elle devrait revenir sur l'île et quitter sa famille de cœur. Elle devrait abandonner son père qui lui avait tant donné et Marco…

Sohalia ferma les yeux en sentant sa couronne pesant doucement sur sa chevelure. Elle était lourde sur son coeur, mais légère au-dessus de sa tête. Cachée derrière ses paupières, elle refoula ses larmes alors que Marco s'éloignait au loin dans son esprit. Elle rouvrit les yeux, accepta la main tendue de son oncle et se releva de son siège. La foule l'acclama, mais elle resta impassible, leur répondant par automatisme. Elle sentit les chaînes du destin l'enserrer et la condamner.

S&A

A peine avait-elle pu retourner au palais après le tour d'honneur de l'île, que le Conseil avait demandé une réunion d'urgence. La Shizen comprit bien vite le sujet de cette séance lorsque le messager lui avait apprit que le visiteur devrait assister au débat. Sohalia était déjà à fleur de peau et prit sur elle pour ne pas écouter la pirate en elle qui ne désirait qu'un peu de liberté. Elle faisait de son mieux pour ne pas craquer, mais il semblerait que les dieux n'étaient pas décidés à lui laisser une once de repos.

Voilà pourquoi, au moment de s'asseoir, elle se cacha derrière ses longs cheveux blonds et poussa un discret soupir pour évacuer toute la tension qui régnait dans son corps. Elle fit face aux quatre lignées, impassibles, bien décidée à ne pas les lâcher du regard, au cas où un fou tenterait quoique ce soit pour attenter à la vie d'Akihide, qui se tenait debout à côté d'Hachiro.

La commandante remarqua du coin de l'œil sa cousine s'agiter sur son siège en jetant des coups d'œil gênés du côté des Kasai. Curieuse, elle détailla rapidement l'héritier qui avait perturbé la douce Maiya. Un sourire, qui disparut bien vite, fleurit sur ses lèvres en voyant Kino Kasai complètement absorbé par la princesse, ne semblant rien voir d'autre qu'elle.

Les lignées s'inclinèrent respectueusement et Sohalia les autorisa à parler. Aussitôt des cris résonnèrent. Si cela n'avait pas été si prévisible, elle en aurait presque sursauté. Elle échangea un sourire moqueur avec le sage de la lignée des Senrigan qui semblait trouver ce raffut très distrayant. Elle percevait des cris outrés, horrifiés, haineux à propos de la présence d'Akihide. Elle sourit un peu plus en pensant qu'un seul homme sans pouvoir réussissait à paniquer les êtres les plus puissants de l'île.

« Eh bien… Tant de remous pour un seul homme… Akihide, tu devrais te sentir honoré… se moqua-t-elle tranquillement, les faisant taire par la même occasion.

- Votre Majesté ! s'insurgea l'ancienne des Kasai.

- Oui ? répondit-elle innocemment.

- Comment pouvez-vous laisser un intrus du Dehors s'immiscer dans notre château ? Dans notre vie politique ? insista-t-elle.

- Comment ? répéta-t-elle. Hum… réfléchit-elle. Il a plus d'expériences de la vie princière que vous, pour commencer. Cela lui donne un avantage certain comparé à vous… débuta-t-elle en faisant bien attention à rappeler à la vieille femme et son mari qu'ils n'étaient pas du même rang.

- Un prince du Dehors ne vaut rien ici ! siffla-t-elle, blessée dans son orgueil.

- Je pense que je pourrais mieux m'expliquer en vous le présentant : Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs, je vous présente Akihide Shizen », lança-t-elle fièrement.

Un silence s'installa et Sohalia se délecta des expressions choquées des personnes qui lui faisaient face. La vieille des Kasai ressemblait à une vieille chouette déplumée qui venait de se manger en pleine face une vitre. Quant à son mari, lui s'était un morse qui venait de glisser de sa banquise. Tout à coup, les lignées explosèrent et la Shizen les laissa brailler, histoire qu'ils se dépensent un petit peu. Uniquement les Senrigan restèrent calme, connaissant déjà toute l'histoire.

Lia observa Mizuki s'avancer vers elle, s'incliner, faisant taire tout le monde.

« Votre Majesté ? Puis-je vous demander quels sont vos liens avec cet homme ?

- Hum… Bonne question… Mon oncle adoptif ?

- Je comprends plus rien, souffla la matriarche de la lignée des Kiku en se massant les tempes semblant subir une méchante migraine.

- Je pense que la plupart d'entre vous ont connu ma grand-mère, Leïko Shizen… Elle a disparu soudainement suite à la mort de ma mère. Elle est allée sur l'île où ma mère et son mari vivaientt avec moi pour voir de ses propres yeux les destructions. Elle a alors découvert ce jeune garçon, Akihide, dans les débris. Elle a décidé de prendre soin de lui, mais elle savait qu'elle ne pourrait revenir avec lui sur cette île. Elle s'est fait passée pour morte et a pris le contrôle d'une île qui n'était pas loin de l'abandon. Elle a élevé Akihide comme son propre fils et lui a parlé de notre Histoire, résuma-t-elle rapidement en décidant d'abréger les souffrances des lignées.

- Votre grand-mère… ? » répéta surpris le chef de la lignée de Kizu.

Les Senrigan hochèrent la tête pour confirmer les propos de la jeune reine, les Mizuki se rassirent pour mieux assimiler l'information, les Kizu restèrent figés, choqués, et, sur le visage de certains Kasai, Sohalia pouvait voir la colère prendre place.

« Nous ne pouvons lui faire confiance ! attaqua le vieux Kasai. Cet homme n'a rien à faire ici ! Et s'il est courant de tout, il doit être éliminé ! Nous ne pouvons nous permettre d'être découvert !

- Nous ne pouvons pas faire confiance aux Shizen, également ! renchérit sa femme, attirant tous les regards sur elle. Ils se moquent bien de ce qu'il peut nous arriver ! Ils nous mettent en danger ! Eri Shizen qui s'enfuit de l'île, puis revient avec un homme du Dehors, se fait engrosser ! Leïko Shizen qui se fait passer pour morte pour dévoiler tous nos secrets à un gamin du Dehors ! Emi Shizen qui a toujours contredit notre regretté roi Taiyō ! Et enfin, Sohalia Shizen ! Une bâtarde élevée par des pirates du Dehors qui se permet de faire entrer des intrus sur notre île ! »

Le silence les enveloppa. Sohalia sentit les auras menaçantes des Senrigan, des Mizuki, des Kizu et de son oncle se déployer autour des Kasai. Elle eut un sourire satisfait en voyant leur loyauté, mais sa colère balaya ce sentiment rapidement.

« Lignée Kasai, gronda-t-elle. Savez-vous ce que vous venez de faire ?! Même dans le monde du Dehors, que vous trouvez si barbare, insulter son supérieur est sévèrement puni ! » claqua-t-elle en se levant pour faire face à cette femme détestable.

Cette vieille bique pouvait l'insulter autant qu'elle le voulait, elle s'en fichait bien, mais sa famille biologique ou celle du cœur… Non. Elle ne le permettrait pas !

« Ce que vous êtes, je peux le défaire aussi facilement que claquer des doigts ! siffla-t-elle en laissant son aura se développer entièrement. Je pourrai vous condamner à mort, vous et toute votre famille !

- Votre Majesté… Commencer un règne avec du sang ne présage qu'une fin dans le sang, intervint sagement Nostradamus, bien vite appuyé par des hochements vifs des Kizu, Mizuki et Shizen.

- Je le sais, dit-elle en se radoucissant. Voilà pourquoi je vais bannir les deux patriarches du Conseil, du palais, ainsi que de la capitale. Gardes ! appela-t-elle en ignorant les suppliques des deux anciens. Emmenez-les près de la forêt. Je ne veux plus jamais revoir ces deux vieux serpents.

- Oui, Votre Majesté. »

Les deux hommes les emmenèrent hors de la salle et Sohalia se détourna d'eux alors qu'ils hurlaient pour obtenir son pardon.

« Kino Kasai ! appela-t-elle durement faisait sursauter l'interpellé et sa cousine.

- Votre Majesté ? demanda-t-il peu confiant.

- Vous êtes dorénavant le représentant de votre lignée, dit-elle plus doucement.

- Bien, Votre Majesté. »

Le silence plana encore un court instant, faisant soupirer Sohalia, lasse de tout ça.

« Votre Majesté ? Où est Leïko Shizen ? demanda finalement la chef des Mizuki.

- Assassinée par Jef Mentaru. Akihide est venu me voir pour avoir de l'aide sous l'ordre de ma défunte grand-mère, car il est également poursuivi par lui », expliqua-t-elle en voyant le prince déchu se tendre à l'évocation de ce fou.

Des murmures s'élevèrent. Ils se rejoignaient tous pour dire que Jef était vraiment devenu trop dangereux et que son élimination serait une bonne chose pour tout le monde.

« Votre Majesté ? Est-ce pour cela que vous avez amené cet homme chez nous ? A cause de la menace de Jef et de son lien avec Leïko Shizen ? » questionna Kino, peu assuré.

Sohalia acquiesça et les laissa discuter entre eux, espérant que ces deux faits suffiront à protéger Akihide. Elle lui fit signe de la rejoindre discrètement. Il se plaça derrière elle, dans l'obscurité. Elle lui prit la main pour le rassurer.

« Avez-vous fait votre choix ? demanda-t-elle après avoir remarqué le silence qui s'était installé dans la pièce.

- Oui, Votre Majesté ! répondirent-ils d'une même voix.

- J'écoute.

- Les Senrigan ne voient aucun inconvénient à ce que ce jeune homme reste parmi nous. Il s'agit de sa sécurité et d'une volonté de la défunte Leïko Shizen. Qui plus est, cela doit faire un moment qu'il est au courant de notre Histoire, il n'a jamais rien dit, alors pourquoi le ferait-il aujourd'hui, alors que nous pouvons le protéger, déclara Nostradamus qui reçut un hochement de tête reconnaissant de la part de Sohalia.

- Les Kiku s'opposent à ce qu'il réside parmi nous, Votre Majesté. Nous demandons également la peine de mort, car ces informations ne peuvent être sues de n'importe qui. Ces liens avec votre famille ne suffisent pas à nous assurer le fait qu'il ne nous trahira pas. Qui plus est… La menace de Jef est déjà bien suffisante sur votre famille, mais également sur notre île, nous ne pouvons nous permettre de le provoquer et qu'il vienne le chercher en provoquant un massacre pour l'atteindre, confessa le chef de la lignée, contrariant la Shizen.

- Les Mizuki n'acceptent pas qu'ils demeurent parmi nous. La menace de Jef serait encore plus importante pour l'île. Comme l'a précisé mon collègue, si Jef décide de venir le chercher, il pourrait créer un véritable massacre. Par contre, nous ne le condamnons pas à mort, au vu de ses liens avec votre famille et la dernière volonté de votre grand-mère. Nous demandons simplement qu'il soit relâché dans le monde du Dehors, annonça Mizuki et Sohalia lui lança un regard reconnaissant, sachant qu'elle faisait déjà beaucoup.

- Les Kasai sont de l'avis des Kiku. Nous craignons également que Jef vienne de nouveau chez nous et créer un véritable chaos, tuant des êtres innocents pour l'atteindre. Nous ne pouvons nous permettre de le laisser vivre avec les secrets qu'il détient. Nous demandons la peine de mort », dit Kino, mal à l'aise.

Sohalia sentit les muscles d'Akihide se tendre, puis se relâcher, comme s'il abandonnait. Elle serra sa main, le rassurant, lui disant de lutter. Elle ne comptait pas cesser de se battre. Elle ne prit pas garde au silence qui s'installa, alors qu'ils attendaient tous son avis définitif.

La Shizen soupira, sans se cacher cette fois-ci. Elle avait espérer ne pas en arriver à un tel extrême, mais il semblerait que c'était la dernière solution pour que Akihide reste sur l'île. Elle se redressa sur son trône et dévisagea les représentants longuement. Elle rassembla son courage, enferma son cœur pour qu'il cesse de hurler, lâcha la main d'Akihide.

« Il y a une autre solution, débuta-t-elle, surprenant tout le monde. Je pourrai aussi l'épouser. »

S&A

Sohalia pénétra dans le salon privé des appartements royaux et soupira en voyant la mine triste d'Ume. Elle remarqua les regards curieux des gardes qui surveillaient l'entrée de pièce. Elle perçut sans mal les pas précipités de son oncle, sa cousine et de son futur époux dans le couloir. La nouvelle avait vite fait le tour du château, pensa-t-elle amèrement.

« Sohalia ! s'écria Hachiro en passant le pas de la porte, faisant sursauter les gardes.

- Ne commence pas Hachiro ! La décision est prise. Je ne peux pas revenir en arrière, déclara-t-elle sachant pertinemment ce qu'il allait lui dire.

- Sohalia-nee-sama… Il doit y avoir une autre solution… Je pourrai demander aux prêtresses de fouiller les anciens textes… intervint Maiya.

- Ma belle, il n'y en a pas d'autres, affirma-t-elle. Me marier avec Akihide est le moyen le plus sûr pour qu'il vive avec nous en toute sécurité et qu'il ne soit pas considéré comme un esclave, intrus ou autre.

- Sohalia… Je ne veux pas que tu fasses ça ! Pas pour me sauver la vie ! Tu devrais avoir le droit de…

- Ô pour l'amour de je ne sais quel Dieu, tais-toi ! claqua-t-elle à bout de nerfs. Je sais très bien que je devrais avoir le droit de vivre la vie que je veux. Malheureusement, je suis déjà condamné à devoir abandonner ma famille de cœur dès que Jef fera partie du passé. Ce qui veut également dire quitter l'homme que… »

Elle se coupa un instant, puis pensa que si quelqu'un devait être au courant en premier de ses sentiments pour Marco, ça ne serait pas eux, mais le principal intéressé.

« Bref ! J'ai déjà une couronne que je ne voulais pas ! Alors un mariage en plus, je ne vois pas ce que ça change.

- Ça change tout, Sohalia ! répliqua le prince déchu, sentant la colère gronder dans son corps. Je ne veux pas d'un mariage forcé ! D'ailleurs, moi, je ne suis pas d'accord ! Il faut que les deux parties soient d'accord pour s'unir pour que le mariage soit valide, et je ne le suis pas !

- Akihide… Tu tiens à ta tête, n'est-ce pas ? demanda-t-elle calmement, étonnant les personnes présentes dans la pièce. Alors tu accepteras. Tu peux être sûr que dès que tu auras dit « non, je ne le veux pas », la lignée des Kizu et celle des Kasai activeront leur pouvoir pour te tuer.

- Mais enfin c'est du délire ! s'exclama-t-il.

- Sans blague ?! railla-t-elle mauvaise. Les habitants de cette île sont fous ! déclara-t-elle ignorant les mines outrées de sa dame de compagnie, de ses gardes, de son oncle et de sa cousine. Ils ont été élevé en vase clos, entendant chaque jour à quel point les êtres du Dehors étaient mauvais, dangereux pour eux. Certes, ces personnes sont biens les descendants de ceux qui nous ont massacré, mais ils ne sont pas tous tels qu'ils les décrivent. Je ne dis pas qu'il n'y en a pas… Le meilleur exemple, ce sont les Tenryubitos », avoua-t-elle.

Les larmes aux yeux voulant que ses concitoyens comprennent qu'ils n'avaient pas les bonnes sources pour se faire une bonne opinion du Dehors. Elle voulait tant qu'ils comprennent...

« Mais, je sais, pour avoir vécu avec eux, pour en avoir croisé, qu'il y a aussi beaucoup d'êtres bons Dehors, expliqua-t-elle en serrant les poings. J'ai vu un père se priver de nourritures volontairement pour que ses enfants puissent manger à leur faim. J'ai vu une pauvre et fragile femme se mettre entre un assassin et son mari pour protéger celui qu'elle aimait. J'ai vu des enfants plus âgés se sacrifier pour des plus jeunes. J'ai vu un homme s'arrêter pour aider une vieille femme. J'ai vu un vieil homme se battre, alors qu'il n'avait aucune chance d'en sortir vivant, pour qu'une famille puisse s'échapper. J'ai connu la chaleur des bras d'un père aimant. J'ai connu les punitions lorsque je faisais des bêtises. J'ai connu mon père furieux qu'on puisse lever la main sur mes frères ou moi. J'ai connu un homme, un pirate, qui se levait la nuit, peu importait l'heure, dès qu'il m'entendait hurler après un cauchemar. J'ai connu un homme qui en a aidé un autre à mourir dignement. J'ai… »

Sohalia se tut, essoufflée. Elle mettait tout son cœur dans ses mots en espérant que cela atteindrait les habitants de l'île. En souhaitant qu'ils comprennent ce qu'elle pouvait ressentir pour ce monde qu'ils haïssaient tant.

« Je veux juste que cette île et ses habitants voient ce monde magnifique et cruelle à la fois. Je veux qu'on puisse un jour voyager d'île en île comme n'importe qui. Je veux que nous puissions vivre librement sans craindre un autre massacre. Je veux juste vous offrir tout ce que j'ai pu vivre dans le monde du Dehors. Si je peux aider cette île, ma famille, alors je le ferai, même si je dois tout sacrifier pour cela », souffla-t-elle en fixant, déterminée, Akihide.

Le prince déchu la dévisagea et ne fit pas un geste pour la retenir lorsqu'elle s'enferma dans sa chambre. Troublé par cet amour inébranlable qu'elle possédait pour ce monde et son désir de le partager avec les habitants de cette île.

Sohalia s'adossa à la porte de sa chambre, la respiration saccadée. Ses souvenirs de sa vie insouciante à bord du Moby Dick lui revinrent violemment. Puis, ils laissèrent place à ceux plus récents, ceux partagés avec ces nouveaux frères et son amant. Elle se mordit le poing alors que des larmes dévalaient ses joues. Elle se précipita vers son lit et mordit férocement son oreiller, étouffant le cri de désespoir.

M&H

Moby Dick.

Marco frappa à la porte du commandant de la douzième division et attendit patiemment que son frère vienne lui ouvrir la porte. Bien vite, la petite silhouette se dessina sur le pas de la porte. Haruta bailla en saluant le second de l'équipage et en lui demandant s'il y avait un problème.

« Aucun. Je tenais juste à te remercier pour tes bons conseils avec Lia.

- Bah, de rien… dit-il, étonné que le phénix lui montre de la gratitude pour si peu.

- Cadeau », fit-il en donnant une grosse bouteille de saké nonchalamment.

Haruta écarquilla les yeux et s'en saisit.

« Eh bien ! Tu te fous pas de moi, siffla-t-il d'admiration en reconnaissant la provenance de l'alcool, réputé pour être l'un des meilleurs au monde. Je devrais penser à te donner de bons conseils plus souvent, ça rapporte bien », rit-il en remerciant son frère d'un signe de tête.

Marco s'esclaffa à son tour. La journée avait été bonne. Il faisait voile vers la prochaine île avec rapidité et sans problème. Les rookies n'avaient causé aucun ennui. La veille, il avait eu une longue conversation avec Lia à propos de tout et de rien, mais cela lui avait fait du bien d'entendre sa voix, même si la blonde n'était pas en grande forme après l'enterrement de sa tante.

« Sohalia t'a appelé aujourd'hui ? questionna le commandant au visage enfantin.

- Non, répondit-il en secouant la tête. La journée a dû être chargée pour elle. Ce matin, je sais qu'elle devait être couronnée, expliqua-t-il. Elle devrait m'appeller ce soir… »

Haruta sourit et hocha la tête. Ses frères et lui-même avaient été ravis de les voir si proches, complices et heureux ensemble. Cela faisait longtemps que le phénix n'avait été si souriant. La mort de Thatch, la trahison de Teach, le départ d'Ace pour retrouver le traître… Ces quelques mois avaient été durs pour les enfants de l'homme le plus fort du monde.

« Marco ! appela Izo en avançant rapidement vers eux, un papier dans la main. Un messager est apparu sur la proue du navire. Il est venu te donner ça. Ça semble être écrit de la main de Sohalia. »

Le phénix se raidit et prit doucement l'enveloppe. Un mauvais pressentiment lui tirailla l'estomac. Pourquoi écrirait-elle, alors qu'elle pouvait l'appeler ? Il remercia Izo, le salua ainsi qu'Haruta et fila dans sa cabine, voulant être seul.

S&M

Le commandant de la première division était assis à son bureau depuis plusieurs minutes. Devant lui, il avait posé la lettre de la Shizen. Il la fixait, essayant de savoir ce qu'elle contenait. Il hésitait à l'ouvrir, perturbé par son esprit qui lui faisait imaginer les pires scénarios. Excédé, il attrapa son coupe papier et ouvrit d'un geste habile de la main l'enveloppe. Si elle écrivait, c'est qu'elle allait bien et c'était tout ce qu'il souhaitait. Il n'avait pas en s'en faire. Il la déplia doucement, admirant l'écriture en calligraphie. Il sourit en se souvenant de ces pattes de mouche.

« Marco,

Je t'écris depuis une île magnifique où s'épanouit les quatre saisons en même temps, mais cette île si sublime aux premiers abords est en fait rongée par la crainte et la rancune. Je t'écris depuis l'Ouest de cette île où le printemps règne en être suprême, où un palais lumineux domine la capitale. Je t'écris depuis une chambre immense, luxueuse, mais si froide et si impersonnelle qui me fait me sentir si seule et loin de vous. Elle surplombe la ville bouillonnante de vie, où se croise des personnes différentes, mais qui ont tous une Histoire commune.

Je t'écris pour te dire la vérité, peu importe ce qu'elle me coûtera, car il m'est impossible de te mentir. Je veux que tu saches toute la vérité sur mes origines. Malheureusement, je ne peux tout t'écrire. Voilà pourquoi j'ai également écris à père pour qu'il t'explique. Il sait tout de moi depuis plusieurs mois déjà.

Tu dois te demander pourquoi je n'attends pas pour tout te dire à haute voix, face à face, les yeux dans les yeux… Je pense que ce qui va suivre répondra à ta question.

Je t'écris, car je n'ai pas la force de te dire cela à haute voix Je t'écris, car je crains ta colère. Je t'écris pour te demander pardon pour le choix que j'ai fait, pour la souffrance que je vais te faire subir, pour la déception que je suis.

Je t'écris pour t'expliquer le sacrifice que je dois faire. Un sacrifice nécessaire pour sauver et protéger une vie. Akihide est, tout comme père, au courant des moindres secrets de mes origines. Ce qui est mal perçu par le Conseil de mon île. Ils veulent sa tête. Même moi, qui suis leur reine, ne peut le protéger avec seulement mon autorité. Voilà pourquoi j'ai fait la seule chose qui pouvait le garder en vie et en sécurité.

Dans mon pays, la solidarité est une chose importante qui nous a permis de survivre tant de fois. Pour nous protéger, nous nous sommes coupés du monde, refusant tout contact avec l'extérieur. Mais, tu te doutes bien que si on s'était véritablement renfermé sur nous, nous serions tous des consanguins aujourd'hui. Pourtant, ce n'est pas le cas. Nous acceptons d'aider des naufragés, de les recueillir, et même qu'ils deviennent de véritables citoyens lorsqu'ils décident de s'installer parmi nous. Pour nous assurer de leur loyauté envers nous, nous les faisons épouser un natif de l'île. Crois-moi, les naufragés ne sont pas une chose rare chez nous…

Voilà la seule façon de sauver Akihide. Je dois l'épouser … »

Marco se figea et ses mains se crispèrent sur le papier.

« C'est quoi ces conneries ?! » beugla-t-il en toisant l'écriture.

Le phénix sortit précipitamment de sa cabine, pénétra dans celle de son père qui n'était pas présent, heureusement pour lui. Il attrapa l'escargophone et appela Sohalia. Ce devait être une très mauvaise blague ! La sonnerie retentit, grignotant doucement, mais sûrement, la patience du commandant de la première division.

« Décroche, bordel ! » hurla-t-il.

L'escargophone finit par s'éteindre. Il le fixa rageusement quelques secondes avant de balancer la lettre, ainsi que son poing dans le mur, encore et encore. Ace entra en trombe et resta figé en voyant son frère dans un tel état. Il se réveilla et attrapa ses bras pour les plaquer dans son dos pendant qu'il le collait au mur en lui ordonnant de se calmer. Il ne l'avait vu qu'une seule fois dans cet état : lorsqu'il avait appris la trahison de Teach.

Barbe Blanche observa son fils aîné se débattre contre son petit frère. Il entra et attrapa la lettre de sa fille. Il venait de lire celle qu'elle lui avait envoyée, lui demandant de tout dire au phénix à propos d'elle, de son île.

« Voilà la seule façon de sauver Akihide. Je dois l'épouser. Le Conseil a émis cette simple, mais terrible condition : Maiya ou moi doit l'épouser. Je ne peux condamner ma presque sœur à cela.

Je sais que tu ne comprends pas. J'avoue que je vis moi-même tout ceci dans un état second. J'ai l'impression d'être une simple spectatrice, de ne plus rien contrôler…

Je t'écris ces mots brouillons pour te dire que je suis désolée de te faire souffrir. Désolée de te décevoir, toi et notre famille. Je t'écris pour te dire que lorsque tu liras cette lettre, les vœux seront prononcés et mon destin scellé. Je t'écris désespérée de plus jamais te voir me sourire. Je t'écris car je ne peux que pleurer en imaginant que tu ne veuilles plus jamais me voir. Je suis terrifiée que jamais tu ne me pardonnes. Je t'écris déchirée par ce sacrifice. Je t'écris, car, malgré tout, je t'appartiens corps et âme.

Sohalia Shizen

Commandante de la quatrième division de l'équipage de Barbe Blanche

Reine de LT. »

Barbe Blanche relit une seconde fois la décision de sa fille. Puis, il observa Marco continuer à se débattre, ignorant la troupe de curieux qui s'était formé à la porte de sa cabine.

« Marco, mon fils, dit-il doucement, ce qui figea son second. Il ne s'agit pas d'une lettre d'adieu, mais d'une déclaration d'amour. »

Le phénix le dévisagea, perdu. En quoi le mariage de la femme qu'il aimait avec un autre homme pourrait être une déclaration d'amour ? Son père lui tendit la lettre, lui intimant silencieuse de lire la suite. Ces mains se crispèrent, puis ces quelques mots le laissèrent troublé. La rage s'était atténuée en colère. Son cœur était toujours en morceau, mais une douce chaleur chassait très lentement cette froideur qu'il avait ressentie en pensant à aller tuer cet enfoiré de ses propres mains.

« Je t'écris, car, malgré tout, je t'appartiens corps et âme. »


Mis en ligne : 04/12/2017

EDIT : 03/06/2020