Stroboscopie
Troisième round
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Disclaimers : rien ne m'appartient, pas même les prompts. Heureusement, d'ailleurs.
Vague chronologie : techniquement ça devrait se passer pendant 84, juste avant l'épisode de Noël, voire pendant.
Note de l'auteur : il est complètement illusoire d'espérer me voir écrire sur ce sur quoi je suis attendue d'écrire.
Excuses : c'est n'importe quoi. Merci de ne considérer que la performance technique et non pas le fond de l'histoire, qui n'a ni queue ni tête. J'espère néanmoins avoir produit quelque chose de léger et distrayant, parce que c'est Noël et que Noël n'est pas aux idées noires.
Explications : il s'avère qu'au 15 décembre, j'ai eu envie d'un défi. J'ai donc mixé les deux listes qui m'ont été gentiment données, sans changer l'ordre des mots, afin d'obtenir un double prompt par drabble. Bon, par contre, j'ai été beaucoup moins regardante sur le nombre de mots, lequel oscille donc entre 100 et 200 (voire un peu plus) au lieu des 100 mots réglementaires pour chaque drabble. L'histoire s'est par ailleurs construite au fur et à mesure que j'avançais dans les prompts, ce qui donne quelque chose de très curieux (mais c'était rigolo, quand même).
Pour Andrea et Oldie. Merci pour les mots et joyeuses fêtes.
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1) Chocolat / hotte
Tout avait commencé par une remarque innocente de Lydia.
— Et vous capitaine, vous avez écrit au Père Noël ?
Harlock avait mis quelques secondes à réagir. Ah, oui. Décembre. Noël. Apparemment la gamine avait confié sa liste de cadeaux à son grand-père « ne t'inquiète pas je me charge de l'envoyer ».
— Je pense qu'il sera assez encombré avec tout ce que tu lui as déjà demandé.
— Le Père Noël a un sac magique, capitaine ! Il peut apporter des cadeaux pour tout le monde !
Dans ce cas… Harlock songea avec gourmandise que son stock cacaoté personnel était presque épuisé. Si le Père Noël voulait se montrer d'humeur généreuse, alors il avait bien une idée.
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2) Neige / sapin
Une idée entraînant l'autre, l'Arcadia s'était rapidement retrouvée en effervescence et Harlock, débordé par l'enthousiasme de son équipage.
— De la ouate ? Mais… Pour quoi faire ?
— Ce sera plus réaliste sur le toit de la crèche, capitaine !
Plus loin, le chef ingénieur et le doc débattaient avec véhémence.
— Il en faut un vrai, doc, je suis catégorique ! Rien ne remplace l'odeur naturelle de la résine !
Harlock avait renoncé à comprendre.
— Dites… intervint-il. Quand j'ai parlé de « fêter Noël », je pensais surtout à installer une grande tablée dans le mess, pas à foutre le bordel partout.
— Question d'ambiance, captain, rétorqua le doc. Faut quand même donner un petit air festif aux coursives, vous ne croyez pas ?
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3) Arbre / Toys'r'Us
— Ne croyez pas que j'approuve ! râlait Harlock. Un sapin, à la rigueur. Mais pourquoi plusieurs ? Vous voulez débuter un élevage ?
— On en a besoin d'un beau pour le mess, expliqua le chef, et de petits pour la salle de briefing, les machines et la…
Harlock lança au chef un regard assassin, juste à temps pour l'empêcher de prononcer le mot « passerelle ».
— Et, capitaine… reprit Maji avec un sourire narquois. Si vous pouviez également nous dénicher du houx, ce serait parfait.
— Comment ça, « si je peux » ? On ne s'était pas posé dans cette forêt pour pouvoir rejoindre discrètement les magasins de la banlieue, au départ ? Je vous ai accompagnés pour une opération « cadeaux », moi, pas pour servir de bûcheron !
— Les jouets c'est nous, captain. Puisque vous ne pouvez pas vous rendre en ville sans déclencher l'état d'alerte planétaire maximal, occupez-vous donc de scier quelques troncs.
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4) Famille / guirlandes
Scier quelques troncs ne lui avait pas pris beaucoup de temps. Faire rentrer un gros sapin et deux petits dans la navette de l'Arcadia avait été un peu plus problématique. La manœuvre ponctuée de jurons dérangea un couple de pingouins et une douzaine d'oisillons, qui s'égaillèrent dans un concert de caquètements insupportables.
Machinalement, Harlock posa la main sur la crosse de son sabre tout en se demandant si les bestioles étaient comestibles, et si un chapelet de petits pingouins à la broche ferait un plat de Noël convenable.
… Non, probablement pas.
Il n'y en avait de toute façon pas assez pour tout le monde.
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5) Tradition / boules
Tout le monde avait fini par revenir à bord de l'Arcadia, et Harlock s'était enfui dans ses quartiers avant que quelqu'un ne se souvienne de lui pour décharger la navette. Si son équipage tenait à faire perdurer la coutume de Noël, grand bien leur fasse, mais qu'ils ne comptent pas sur lui pour participer aux préparatifs.
— Lydia s'en chargera très bien, décréta-t-il lorsque le doc le rattrapa. C'est pour elle qu'on met l'Arcadia sens dessus dessous, non ?
— Lydia s'occupe de décorer le sapin, capitaine. Je lui ai laissé tout ce qu'il faut.
— C'est parfait, alors ! rétorqua Harlock avec mauvaise humeur.
— Ne faites pas comme si vous ne vous sentiez pas concerné, capitaine. Ça ne fera pas de mal à Lydia de penser à autre chose qu'à la guerre pour une fois, et vous le savez.
Le médecin le quitta avec une mimique indéfinissable au coin des lèvres.
— … Et ça ne vous fera pas de mal non plus, termina le doc dans un murmure.
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6) Russe / lutin
Muré dans le silence depuis qu'il avait posé sa question, Maji fixait obstinément ses pieds. Fort heureusement pour lui, Tochiro était venu en renfort. Harlock, lui, était perplexe.
— Oui, c'est ça, je suis allemand. Pourquoi ?
— Ben, il y a litige sur la nationalité du Père Noël. Du coup, comme tu es du coin toi aussi, on s'était dit que tu pourrais peut-être nous renseigner.
Harlock cligna rapidement des yeux.
— Hem… Vous êtes au courant que le Père Noël n'existe pas ?
— Bien sûr, captain ! réagit enfin Maji. Mais c'est pour Lydia ! La ptiote est un peu suspicieuse, si je peux étayer mon argumentaire avec quelque chose de tangible, c'est toujours ça de gagné !
Maji fit une moue désolée.
— Elle pense que le Père Noël est un cyborg et qu'une armée de robots l'aide à construire les jouets, continua-t-il. Je ne peux pas la laisser croire ça !
Ah. Okay. Harlock haussa les épaules.
— C'est slave, il me semble.
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7) Rouge / Pôle Nord
— 'me semblait que tu devais décorer le sapin ? grogna Harlock.
Ils lui avaient envoyé Lydia. Harlock avait craint un instant que la petite fille ne soit venue lui réclamer la permission de décorer la passerelle (ou, pire, ses quartiers), mais non.
— C'est quoi ça « slave » ? interrogea la fillette de but en blanc.
Le capitaine hésita entre le soulagement de ne pas avoir à supporter des guirlandes de couleurs criardes dans son bureau, et l'embarras de devoir se lancer dans des considérations géographiques qu'il maîtrisait, somme toute, assez mal.
— J'ai demandé à l'ordinateur et il m'a dit que ce n'était pas un pays de la Terre !
— C'est, euh, ainsi qu'on appelle les pays nordiques, expliqua-t-il maladroitement.
Un endroit flou, plein de neige, idéal pour un personnage de légende vêtu de fourrures et dans lequel lui-même n'avait jamais mis les pieds. Ou alors il y a très longtemps. C'était une autre vie.
Y songer provoqua un serrement dans sa poitrine. Il pensait avoir oublié. Apparemment non.
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8) Décoration / traîneau
— Non, n'y pense même pas.
Harlock avait fini par avoir faim et avait dû se résoudre à se rendre au mess (Tadashi s'était semblait-il laissé gagner par la fièvre ambiante et avait abandonné la livraison des repas à domicile au profit de la confection des plats de Noël). Le capitaine avait habilement évité Tochiro qui détaillait aux oreilles complaisantes sa vision fantasmée d'un Noël idéal (Harlock le soupçonnait de n'avoir jamais eu à diriger un attelage de chiens, ou de rennes, ou de n'importe quel truc pouvant tirer un attelage pour être aussi enthousiaste). Il n'avait cependant pu échapper à Kei et à sa suggestion perfide « peut-être pourriez-vous laisser tomber le noir et vous habiller dans des tons plus joyeux, capitaine ».
Il n'avait pas voulu être aussi brusque, mais son esprit venait de se bloquer sur le sapin customisé « pirate ». L'un des petits personnages suspendu aux branches portait un cache-œil et une cape noire bordée de rouge. C'était ressemblant, mine de rien, songea Harlock distraitement. Surtout le regard grognon. Derrière lui, Kei lâcha un léger rire.
— Vous savez, Maji a aussi ramené du gui, capitaine. J'espère que vous sacrifierez à la tradition…
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9) Anges / dinde
Traditionnellement, Harlock évitait les trop longs séjours en cuisine, notamment parce que l'endroit était gardé jour et nuit par un dragon féroce.
— Vous n'avez pas autre chose à faire que de rester dans mes pattes, capitaine ? le rabroua Miss Masu tandis qu'elle s'affairait autour d'une volaille gargantuesque.
Vexé, Harlock replia ses jambes sous lui, sans toutefois bouger de la chaise qu'il s'était appropriée.
— Kei vient de me parler de gui, marmonna-t-il. J'ai l'impression que la situation est en train de m'échapper.
Si elle ne lui avait pas déjà échappé complètement, d'ailleurs. Le capitaine nota avec horreur que des chérubins ailés étaient accrochés au plafond de la cuisine, et s'efforça de ne pas paniquer ouvertement. Attends voir… Le truc avec Cupidon, c'était en février, non ? Pourquoi y en avait-il ici ? Masu était-elle de mèche avec Kei ? De par la réputation de la cuisinière, il avait supposé que la jeune femme n'oserait pas s'aventurer en cuisine, mais avait-il eu raison ?
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10) Cadeaux / marrons
Il eut raison de se méfier. Il ne fut cependant pas assez prudent. Tochiro l'attendait en embuscade dans son bureau, les bras croisés et un bonnet de Père Noël sur la tête.
— Tu devrais laisser de côté la stratégie spatiale et t'investir un peu plus dans l'esprit de Noël, lui reprocha son ami.
— Tu devrais te souvenir que les Illumidas ne fêtent pas Noël, rétorqua-t-il du tac au tac. C'était un vrai vaisseau et un vrai combat, ce matin, même si tout le monde a eu l'air de considérer ça comme « un joli feu d'artifice ».
Agacé, Harlock agita la main devant lui. Il avait l'impression d'être le dernier à conserver les idées claires sur ce vaisseau de fous. Pour se remonter le moral, il avait volé au mess ce qu'il pensait être une boîte de chocolats, mais ce n'en était pas. C'était sucré et écœurant. Beuh.
— Tu es allé te servir sous le sapin ? s'effara Tochiro en fixant la boîte. Mais il ne faut pas toucher aux paquets avant Noël, enfin !
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11) Bonnet / bûche
En fin de compte, Harlock s'était résolu à autoriser Lydia à accrocher une guirlande sur la porte de ses quartiers (les regards lourds de reproches continus étaient pesants, à la longue), mais il refusait catégoriquement de s'approcher du couvre-chef rouge, orné d'un pompon et bordé de simili-fourrure blanche et d'étoiles en plastique que la fillette lui avait laissé. Ce n'était pas parce que tout le monde à bord s'était mis à porter ces choses qu'il allait céder et avoir l'air ridicule.
Le capitaine était toutefois soumis à un problème plus pressant. Il s'était aperçu que le repas de Noël serait précédé d'un échange généralisé de cadeaux, que Maji avait veillé à ce que chacun reçoive un présent (Harlock n'osait même pas imaginer ce qui avait été prévu pour lui), et surtout, que tous avaient contribué et apporté un petit quelque chose. À part lui. Il lui restait suffisamment de bonne éducation pour se sentir un peu gêné.
Il avait alors entendu Masu et Tadashi se désoler de ne pas pouvoir s'offrir les ingrédients nécessaires à un gâteau glacé traditionnel (enfin, en premier lieu il s'était surtout étonné de les entendre parler d'arbre, mais Maji l'avait obligeamment renseigné), et il s'était dit qu'il s'agissait là d'une mission dans ses cordes. Certes, la folie de Noël avait mis les caisses de l'Arcadia à sec, et se procurer un gâteau non synthétique pour quarante personnes coûtait autrement plus cher que des guirlandes clignotantes, mais Harlock n'avait pas la moindre intention de payer quoi que ce soit.
On était pirate ou on ne l'était pas.
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12) Jeux / petit Jésus
Parce que sa conscience le taraudait malgré tout, Harlock avait ouvert sa réserve personnelle d'alcool et déstocké une bonne douzaine de ses meilleures bouteilles. L'expression des gars lorsqu'il avait amené les deux caisses dans le mess lui indiquait qu'il avait fait mouche.
La bienséance exigeait également qu'il reste pour la soirée même s'il aurait préféré se morfondre tout seul dans son coin. Le repas fut néanmoins… digne d'intérêt. L'ambiance était un peu timide au départ (Lydia sortait d'une grippe et les dernières quarante-huit heures avaient globalement été éprouvantes pour tout le monde), mais elle s'améliora de façon notable tandis que la nuit avançait.
Lydia lutta jusqu'à la limite de ses forces.
— Il faut que tu ailles au lit, insista son grand-père alors que la fillette s'endormait en boule sur sa chaise. Tu t'es assez amusée.
— Oh non, attends ! Il est presque minuit, il faut que je mette le bébé dans la crèche !
Avec le sérieux que seuls les enfants peuvent avoir, Lydia posa délicatement un poupon de chiffon dans une mangeoire en carton, entre un bœuf et un âne grossièrement sculptés.
Puis elle se laissa conduire docilement à sa chambre.
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13) Renne / Jingle Bells
Ça chambrait à tout-va. La soirée dégénérait tranquillement en beuverie, et Harlock devait avouer qu'il commençait à s'amuser. Les gars se lançaient des défis, portaient en triomphe les plus chanceux et se moquaient des plus imbibés. Debout sur une table, un mécano avait fixé deux branches de sapin au-dessus de ses oreilles et une lampe rouge sur son nez.
— Je suis Rudolphe ! Regardez ! cria-t-il en commençant une danse improbable.
Trois de ses camarades l'encouragèrent en frappant dans leurs mains et tentèrent une chanson. Après une concertation hésitante, ils se lancèrent avec les paroles de « Douce Nuit » sur l'air de « Vive le vent ». Ce qui n'était pas du tout ce qui convenait pour Rudolphe, songea Harlock avec un sourire. Mais l'intention était louable.
Et puis personne ne s'en souviendrait demain matin.
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14) Chants / chaussettes
— Demain matin, tu nous laisses faire la grasse matinée, hein ? interrogea Tochiro avec angoisse. Ne nous fais pas le coup d'un poste de combat aux aurores !
Harlock répondit d'un… Euh… Bon, okay. D'un gloussement. Il avait beaucoup trop bu, en fait.
— Je crois que je vais avoir besoin d'une grasse mat' aussi, concéda-t-il.
Tochiro posa sur lui un regard flou par-dessus ses lunettes.
— Tant mieux. Et, euh… Désolé pour le cadeau, mais j'ai été pris de court. J'ai téléchargé ça sur le réseau fédéral public.
Ah. Ce n'était donc pas lui qui était à l'origine de ces bas en laine rêche, aux motifs stylisés de bonhommes de neige et de sapin. À vrai dire, Harlock soupçonnait une manœuvre du genre « bah, personne n'en voudra de ce truc-là, tu n'as qu'à le refiler au capitaine de toute façon il fera la tête quoi qu'il ait ». Mais peu importe. C'était inoffensif et bientôt oublié au fond d'un tiroir.
… Quoi que, dans les bottes…
Harlock secoua la tête. Tochiro était en train de poursuivre sur sa lancée, et l'alcool n'aidait pas à rester concentré sur la conversation.
— Je crois que les paroles sont en allemand, disait le petit ingénieur. Mais je ne connais pas un seul mot en allemand, alors…
Harlock leva un sourcil. Oh, il voulait vérifier ? Le capitaine tripota maladroitement le micro-disque et, après quelques tentatives infructueuses, réussit à le brancher sur son holo-tablette. Des notes familières se firent aussitôt entendre.
— Oh Tannenbaum, reconnut-il. Mais par contre…
Harlock plissa le front lorsque le morceau suivant débuta. Son allemand était loin, et il n'avait d'ailleurs jamais vraiment parlé cette langue. Néanmoins…
— J'ai l'impression que ça, c'est plutôt une chanson paillarde, termina-t-il. Où est-ce que tu as trouvé ces données ?
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15) Cheminée / givré
— Donnez-moi cette bouteille, capitaine. Et restez pas là, allez donc vous coucher !
— Grnf.
Harlock se cramponna avec obstination à son brandy, tenta d'en extraire les dernières gouttes (sans succès, la bouteille avait été vidée depuis longtemps), et ignora avec superbe Miss Masu et sa serpillière qui lui tournaient autour. Non, il ne bougerait pas. Le fauteuil dans lequel il s'était avachi était très bien pour cuver, décida-t-il. Idéalement positionné dans un des salons de repos attenants au mess, un peu à l'écart, installé face à un panneau holographique que quelqu'un avait programmé avec des images de flammes. Curieusement, le capitaine trouvait cela reposant. La danse hypnotique du feu le ramenait des années en arrière, à des souvenirs presque effacés de cadeaux déposés au coin de l'âtre, à des yeux clairs, des boucles dorées, un sourire. Des fragments noyés dans les brumes du temps.
— Je ne vous ai pas remercié, capitaine.
Kei s'était glissée sans bruit près de lui. Il hésita.
— Je ne t'ai rien offert.
La jeune femme pencha la tête de côté.
— Vous nous avez offert une fête de Noël en famille. C'est plus que quiconque à bord n'aurait osé espérer.
Harlock répondit d'un demi-sourire. Une famille. Rafistolée, éclectique, formée d'enfants perdus, de doux dingues ou d'olibrius complètement frappés, mais une famille malgré tout. Unie autour d'un seul but. Soudée dans l'adversité.
L'Arcadia était leur foyer.
Et c'était peut-être son plus bel atout.
