Ce chapitre bonus contient un spoil majeur sur l'histoire. Vous devriez avoir lu les 34 premiers chapitres pour pouvoir comprendre et peut-être apprécier ce court chapitre ^^
Il s'agit du 29ème chapitre de Voyage à Kanto, du point de vue de Safran.
Bonne lecture ^^
- Regarde grand frère, il y a encore des humains ! s'exclama une Sabelette dans le bois en face de la sortie du souterrain.
- Maman nous a dit de ne pas nous en approcher, lui répondit un autre. Ils peuvent nous enlever et nous séparer pour toujours.
Je soupirai silencieusement en voyant que les Pokémon sauvages avaient toujours aussi peur de nous. Red s'était arrêté et regardait les Sabelette, l'air pensif. Est-ce qu'il voulait en attraper un ? Honnêtement, je préférais qu'il ne le fasse pas. Ces petits seraient bien tristes sans les autres membres de leur famille. J'en savais quelque chose. Finalement, Red se détourna de ces mignonnes petites bêtes et nous reprîmes le chemin vers Céladopole.
La ville était l'une des choses les plus magnifiques que j'avais eu l'occasion de voir. Toutes ces fleurs de partout, l'air pur qui se dégageait, un sentiment de sécurité qui s'installait enfin en moi depuis Azuria, la dernière ville saine où nous avions mis les pieds. Mais pourtant, je ne pouvais pas être rassurée, si Cyan était ici avec nous, c'était parce que la Team Rocket s'y trouvait également. Ils étaient nos ennemis et Papa, leur chef aux dires du professeur Chen. Il m'avait dit l'avoir connu pendant la guerre mais je ne devais pas être en état de voir et reconnaître les gens à cette époque là. Non, je ne devais pas y penser. Tout irait bien, Red était avec moi maintenant. Il ne savait toujours pas que Papa était notre ennemi mais je ne voulais pas qu'il le sache. J'avais trop peur de sa réaction ; il m'abandonnerait immédiatement, comme Papa l'avait fait avant lui. Je n'étais pas une bonne fille, je ne méritais pas d'être aimée. Mais je ne pouvais pas m'empêcher de le désirer...
Le Centre Pokémon de Céladopole se trouvait juste à l'entrée de la ville. Cyan demanda alors :
- Bon, on fait quoi maintenant ?
Bien sûr, il l'avait demandé à Red. Il était celui qui décidait de tout dans notre groupe et nous lui faisions une entière confiance. Je le regardai pendant qu'il répondait :
- Premièrement, on va soigner nos Pokémon.
Je souris et hochai la tête. C'était bien ce que j'attendais de lui. Il pense toujours à la santé des Pokémon, il était vraiment merveilleux.
- Ensuite, continua-t-il. On ira au centre commercial faire le plein de Potions et de nourriture. Selon l'heure qu'il sera, on rentrera au Centre pour la nuit. Ensuite, j'irai gagner mon quatrième Badge et on ira voir la Team Rocket. Ça vous va ?
Ça ne m'allait pas, du moins, la dernière partie. J'avais peur de me retrouver à nouveau confrontée à ces brutes. Mais pourtant, j'y étais bien obligée, je devais voir de mes propres yeux si Papa se trouvait vraiment à leur tête.
- Oui... répondit Cyan. Mais comment on va la trouver, la Team Rocket ? Il nous faut un plan de recherche.
- Fais-moi aussi confiance sur ce coup-là, répondit Red en souriant.
- Si tu me dis que tu sais aussi où est leur repaire, je trouve ça plutôt suspect.
Je comprenais ce qu'il voulait dire. Il avait dit cela en rigolant mais je me posais les mêmes questions. Comment Red pouvait-il en savoir autant sur tout ? Il avait juste mon âge donc nous avions dû avoir le même genre d'enfance... Même si le Bourg Palette n'avait pas été attaqué pendant la Révolution des Pokémon... Cela n'expliquait pas tout. Mais je savais qu'il était gentil donc je ne lui posais pas plus de questions que cela.
- Depuis que tu es avec nous, je pense que tu as compris que ni Safran, ni moi avons quelque chose à voir avec eux... Si ce n'est que nous sommes ennemis.
Ennemi. Le fait qu'il le confirme de nouveau à haute voix me fit mal au cœur. Mais si je voulais rester avec Papa, cela fera de moi l'ennemie de Red et si je reste avec Red, ce sera Papa qui me haïra. Je serais toujours la méchante. Je soupirai un peu plus fort que tout à l'heure et le regard de Red se tourna vers moi. Je détournai les yeux rapidement comme si un simple contact visuel pouvait lui permettre d'accéder à mes souvenirs. Je ne serais pas étonnée qu'il le puisse vraiment.
- Oui, je sais ça, lui dit Cyan après une courte pause. J'ai confiance en vous deux. Mais sois honnête, ton 'don' n'a rien à voir avec ton enfance avec le professeur Chen, pas vrai ?
Red secoua la tête en souriant sans rien dire. Non, le professeur Chen ne donnait pas cette impression. S'il n'était pas aussi renommé pour ses connaissances, j'aurais juré que Red en savait plus que lui sur les Pokémon. Cyan n'insista malheureusement pas, mais je ne pensais pas que Red nous aurait répondu de toute façon.
Cyan se mit à jurer en voyant un groupe de deux membres de la Team Rocket. Je déglutis à l'instant où je les vis. Ils ne nous connaissaient sans doute pas mais leur seule vue m'effrayait. Ces deux personnes étaient donc au service de Papa ? Cyan voulut aller à leur rencontre, il avait l'air très énervé, Red le retint alors par le bras.
- Qu'est-ce que tu fais exactement ? lui demanda-t-il.
- Quelle question ! On les attaque et on leur retire des informations sur la femme qui a tué mes parents. Puis, on les tue. Lâche-moi maintenant.
- Ce n'est pas dans mes projets. Réfléchis un peu à la situation. Tu veux attaquer deux hommes au milieu de la rue en pleine journée ? Je pense que quelqu'un viendra nous arrêter avant et, en plus, cela avertira la Team Rocket de notre présence. Si on doit finir par fuir la ville de force, je préfère que l'on ait fini tout ce qu'on a à faire.
Les tuer ? Mais comment pouvait-il penser à une chose pareille ? Lui qui était si gentil et serviable... Peut-être étaient-ils de bonnes personnes ces Rocket-là.
- Mais... Tu vas juste les laisser comme ça ? Et s'ils tuent quelqu'un d'autre pendant que nous ne les suivons pas ?
- Je ne risquerai pas notre vie à tous pour deux sbires sans importance !
Ils allaient se battre pendant longtemps et des gens commençaient à nous regarder bizarrement. J'essayai de trouver quelque chose de crédible à dire pour les arrêter.
- S'ils ont des bons Pokémon, ils pourront nous battre sans problème, dis-je enfin à Cyan. Tu as vu dans quel état sont les nôtres ?
Cyan se calma alors et Red lâcha son bras.
- Vous avez raison... dit-il. Faisons les choses dans l'ordre. Allons au Centre.
Je souris en voyant que j'avais réussi à l'empêcher de se jeter après des criminels. Nous nous dirigeâmes alors vers le Centre et rentrâmes.
- Hé ! Bienvenue...
- Au Centre Pokémon de Céladopole...
- Je suis Kate !
- Moi, Anna...
- À votre service !
Retenant un petit cri, je me cachai derrière Red qui reculait lui-même d'un pas. La surprise passée, je jetai un œil au comptoir. Ce Centre Pokémon était pourvu de deux infirmières Joëlle qui devaient avoir le même âge que Cyan. Leur coiffure différait également de celles des autres infirmières du Kanto ; l'une les avait coiffés en deux jolies couettes sur les côtés tandis que l'autre les laissait détachés. Elles étaient toutes les deux magnifiques.
- Vous avez besoin de quelque chose ? demanda celle qui s'était présentée comme Anna.
- Soigner nos Pokémon... répondit Red dans un demi sourire en tendant ses Pokéballs à l'infirmière qui avait parlé.
L'autre regardait Cyan et finit par lui dire :
- C'est quoi ce regard ?
- C'est juste que vous êtes plus jeune que les autres... répondit celui-ci
- Ouais, ouais, vous, vous pouvez risquer votre vie sur les routes alors que vous êtes plus jeunes mais nous, on peut pas gérer un Centre Pokémon ?
- Kate ! lui cria l'autre Joëlle.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire, nia alors notre ami. C'est plutôt admirable de travailler dans le Centre Pokémon d'une ville de cette taille.
- Admirable, c'est tout moi ça.
- Kate ! répéta la plus calme des deux infirmières.
- Oui, ça va, roh. On peut plus rien dire...
Je me cachai encore plus dans le dos de Red lorsque le regard de Kate croisa le mien. Celui-ci me jeta un bref coup d'oeil avant de retourner son attention sur la seconde Joëlle qui se penchait vers nous :
- Veuillez excuser la conduite de ma cousine...
Elles étaient cousines ? Ce devait être beau d'avoir autant de famille dans le monde. J'étais fille unique et mes deux parents l'étaient aussi. Je n'ai donc pas de cousins ni personne que je puisse vraiment appeler un ami humain.
- Ce n'est pas grave, assura Cyan. Il n'y a pas de mal à être un peu familier.
Je n'étais pas d'accord avec lui. Elle était un peu trop agressive à mon goût.
- Vous êtes cousines ? continua-t-il. Mais, on pourrait presque vous croire sœurs jumelles.
J'écoutai plus attentivement, curieuse de la tournure de la conversation. Le secret de la ressemblance des membres de la famille Joëlle m'avait toujours intriguée.
- Nan, le contredit Kate. Elle a un an de plus que moi. C'est sans doute pour ça qu'elle en a des plus gros...
- Des plus gros quoi ? demandai-je sans m'en rendre compte.
Anna frappa alors sa cousine alors que les deux garçons détournaient leur regard. Je regardai tout le monde en attendant ma réponse. Personne ne semblait vouloir me la donner. Je regardai à nouveau Red et son regard croisa celui de l'infirmière aux cheveux détachés. Elle lui sourit timidement et il le lui rendit. J'attrapai alors sa manche sans réfléchir et tirai dessus. Il se tourna finalement vers moi et son sourire s'élargit lorsqu'il vit mon visage.
Il posa sa main sur ma tête comme il avait pris l'habitude de le faire et me dit :
- Tu peux arrêter de te faire du souci, tu sais ? Je ne partirai pas.
Il ne partira pas... Mais il ne connaissait pas la vérité. Je me dis finalement que les infirmières iraient beaucoup mieux à Red que moi. Elles n'étaient pas les filles de la plus grosse menace du pays au moins. Et puis, elles étaient vraiment rayonnante de beauté. Pourtant, je ne voulais toujours pas qu'il me laisse seule. Il le fera un jour. Je voulais juste être honnête et lui dire la vérité mais j'en étais incapable. Je me détestais pour cela.
- Je sais qu'elles sont beaucoup plus jolies que moi, déclarai-je enfin. Mais je ne veux pas que tu t'en ailles aussi. Je veux rester avec toi.
Il me sourit tristement et répondit :
- Et tu y resteras... Rien ne pourra t'éloigner de moi.
Et pourtant. S'il savait qui j'étais vraiment, il ne tiendrait pas ces propos. Quand il sera au courant, il ne souhaitera plus rester avec moi... Avant que je ne m'en rende compte, je sentis une larme couler sur ma joue, puis une autre. Ces maudites larmes qui ne sortaient que trop de mon corps, pourquoi ne pouvais-je jamais les retenir ? Je m'essuyai rapidement en évitant de le regarder en face. Je me sentais tellement coupable. Soudainement, il me prit dans ses bras et me serra contre lui. Cela ne pouvait pas durer, il ne resterait pas avec moi éternellement et pourtant, je voulais profiter de ce moment le plus longtemps possible. Je lui rendis son étreinte et posai ma tête contre lui avant d'entendre :
- Hé, vous deux, c'est pas un hôtel ici !
Je fis un petit bond en arrière, me dégageant ainsi de Red. J'essayai d'essuyer mes larmes pour ne pas attirer l'attention mais de nouvelles les remplaçaient à chaque fois.
- Si, c'en est un, répliqua Red à l'infirmière.
- Pas faux, conclut cette dernière avant de m'apercevoir. Mais, merde, qu'est-ce qu'il y a ?
Tous les regards se tournèrent vers moi, ce qui me gêna encore plus. Cyan s'approcha et demanda si doucement que j'eus du mal à comprendre tous les mots :
- Qu'est-ce qu'il se passe Safran ?
Comme si je pouvais répondre à cela. Mais c'était justement ça qui n'allait pas chez moi. Tout le monde s'inquiétait pour moi et je me comportais égoïstement. Mais je ne pouvais tout simplement pas dire la vérité. À la place, je fis de mon mieux pour faire un sourire crédible et répondis :
- Ce n'est rien d'important. Vraiment rien...
Je me doutais qu'ils ne seraient pas dupes mais j'espérais qu'ils me laissent tranquilles pour l'instant. J'avais si peur. Je ne voulais plus être abandonnée. Red ne s'arrêta pas là, il saisit mes épaules et dit :
- On ne pourra pas t'aider si tu ne nous dis rien, Safran ! Dis-nous juste ce qui ne va pas !
Non ! Je ne pouvais pas, je...
- Lâche-moi ! criai-je en le repoussant.
Je regardai alors Red qui avait à présent une mine confuse. Mais qu'avais-je fait ? Il s'inquiétait juste pour moi et je l'avais agressé. Je suis vraiment une horrible personne.
Mais je ne pouvais pas m'excuser, il me demanderait des explications sinon. J'avais peur. Il avança à nouveau, prêt à parler, mais Cyan l'arrêta :
- Arrête mec, laisse-la un peu seule pour l'instant. Ne la force pas.
- Mais je...
- Non, me coupa-il sans m'écouter. Crois-moi, ça vaut mieux.
Il se détacha du bras de Cyan et lâcha :
- Très bien, j'attendrais qu'elle daigne nous parler d'elle-même.
Je l'avais fâché ? Bien sûr que je l'avais fâché. J'étais si bête. Mais que pouvais-je faire ? Je ne pouvais pas lui dire ce qu'il voulait entendre, je ne pouvais pas être la personne qu'il voulait que je sois.
- Désolé Safran, s'excusa Cyan. Red est juste très inquiet pour toi... Et moi aussi. Mais tu n'es pas obligée de nous en parler.
Je jetai un regard à l'intéressé pour m'assurer de ces paroles mais il détourna immédiatement les yeux. Il était vraiment énervé contre moi... Mes larmes venaient tout juste de s'arrêter et pourtant elles reprirent leur activité. Je les détestais, je me détestais.
- Kate, dit alors Anna. Tu devrais l'emmener dans la chambre derrière. Qu'elle puisse se calmer dans le silence.
J'appréciai le geste et je suivis Kate à l'intérieur de la chambre. Avant d'y rentrer, je jetai un dernier regard à Red ; il venait de sortir Carabaffe et lui demander de discuter. Pourquoi ? Carabaffe lui aurait-il révélé mon secret par un quelconque moyen ? Il n'avait rien à cacher à son dresseur, je comprenais cela. Pourquoi avais-je raconté ma vraie nature à tous les Pokémon du groupe cette nuit là ?
J'étais à présent seule avec l'infirmière Joëlle qui me faisait peur. Nous nous étions assises sur le lit. Son regard était devenu beaucoup plus doux et son ton de voix, moins agressif.
- Tu vas bien ? commença-t-elle. Je ne te forcerai pas à me parler. On se connaît à peine. Mais c'est toujours dur d'avoir un secret que l'on ne peut même pas dire aux gens que l'on aime.
Je hochai lentement la tête, consciente de ce fait. Kate me prit alors dans ses bras d'une manière différente de celle de Red. Je la laissai faire et attendis un peu dans cette position avant de parler :
- Et si les personnes que tu aimes vont découvrir ce secret à coup sûr. Tu ferais quoi ?
- Ça dépend du secret bien sûr, mais s'ils doivent le découvrir, il vaut mieux que ce soit de toi que d'une manière plus forte.
- Et si je n'avais pas le courage de le dire ? Et si ils s'en allaient loin quand je leur dirais ?
- Ça fait beaucoup de 'et si'... On ne peut jamais être vraiment sûr de quelque chose avant de l'avoir tenté. Mais tout ce que j'ai vu, c'était à quel point il s'inquiétait pour toi. Je pense que tu pourrais lui dire n'importe quoi qu'il ne te quitterait pas.
Je ris un peu et déclarai en me dégageant de son étreinte :
- Tu es moins effrayante que je ne le pensais...
- Effrayante ? Tu aurais pu choisir un meilleur adjectif quand même ! plaisanta-t-elle.
- Mais je comprends ce que tu veux me dire. Tout ira bien si je lui dis tout maintenant !
- Exact ! Tu n'as qu'à le prendre à part si c'est délicat, je t'y aiderais.
- Ce n'est pas la peine, il est parti parler seul avec son Carabaffe...
Elle me sourit et annonça :
- Tu l'as surveillé malgré cette situation... Tu l'aimes vraiment beaucoup, hein ? J'aimerais trouver quelqu'un comme ça moi aussi.
Je me levai et m'inclina devant elle :
- Merci beaucoup. Je vais mieux à présent. J'y vais.
Je me dirigeai vers la porte où je fus accueilli par Cyan. Anna était en train de s'occuper des Pokémon d'un dresseur qui venait d'arriver mais me jeta quand même un regard.
- Tu vas mieux ? demanda Cyan.
- Oui, le rassurai-je. Par où est parti Red ?
Il me désigna un couloir en souriant et je le remerciai avant de m'y engouffrer. Les couloirs des Centres Pokémon étaient plutôt longs, mais je les empruntai avec un grand sourire. Kate avait raison, tout irait mieux après.
J'arrivai dans une salle ovale où plusieurs tables étaient à dispositions des dresseurs. Red était là, sa tenue le rendait facile à identifier. Je fis un pas en avant avant de m'apercevoir qu'il n'était pas seul. Une fille rousse avec un Mystherbe était à la même table, face à lui. Elle se leva à moitié et se pencha vers lui avec un sourire. Elle se pencha beaucoup, leurs visages se touchaient presque et Red ne faisait rien pour l'éviter. Un son aigu s'échappa de ma gorge alors que je repartais en courant de là où je venais.
Bien sûr, une fille comme moi était facilement remplaçable. Elle sera toujours mieux pour lui que moi... Mais pourquoi cela me faisait-il si mal ? J'avais du mal à respirer et mon cœur battait beaucoup trop vite, comme s'il allait exploser. C'était pourtant la meilleure chose à faire, non ?
Lorsque j'arrivais au hall d'accueil en larmes, Cyan me lança un regard surpris mais je l'ignorai pour l'instant et partis me réfugier dans la chambre sous le nez des deux infirmières. Je me laissai tomber à plat ventre sur le lit et pleurai beaucoup plus bruyamment. Pourquoi devais-je tant souffrir ? Était-ce ma faute ? J'aurais du le lui dire plus tôt. À tous les coups, Carabaffe lui avait dit mon secret et il ne voulait plus me parler. Il voulait m'abandonner ici et repartir avec la fille au Mystherbe.
Cette pensée me faisait plus mal que tout le reste mais je ne pouvais m'empêcher de la ruminer. Kate entra alors dans la chambre. Je me retournai de suite et cria lorsqu'elle referma la porte :
- Ce n'était pas vrai ! Tu m'as menti !
Au fond de moi, je savais qu'elle n'y était pour rien mais je voulais blâmer quelqu'un. Ce devait être la faute de quelqu'un.
- Allons Safran, dit-elle. Raconte-moi ce qu'il s'est passé, il y a peut-être malentendu.
Je secouai vivement la tête et criai :
- Non ! C'est fini ! Va-t-en ! Laisse-moi seule !
Après plusieurs secondes de silence, elle acquiesça :
- Oui, je vais faire ça. Pleure. Plus tu pleureras et mieux tu te sentiras, crois moi.
Elle quitta alors la pièce et referma la porte derrière elle. La croire ? Comment ? Je ne pleurais déjà que trop et absolument rien ne s'était arrangé. Au contraire. Étais-ce bien de ma faute au final ?
La porte s'ouvrit à nouveau et Red entra. Il était accompagné par la fille que j'avais vu avec lui plus tôt. Elle tenait encore son Mystherbe dans ses bras.
- Ouah, s'écria celui-ci en me voyant. Ça part mal.
Je l'ignorai et lançai un regard meurtrier à Red. Lui aussi était fautif, je voulais lui dire tout ce que je lui reprochais mais au moment de le formuler, je perdis tout mes mots. Peut-être ne pouvais-je tout simplement pas lui en vouloir mais alors, quel était ce sentiment qui me faisait tant souffrir si ce n'était pas la haine... La haine était pourtant la seule chose capable de faire autant souffrir sans parler, les habitants de Jadielle me l'avait bien fait comprendre. J'avais subi leur haine pendant bien trop longtemps pour une chose que je n'avais pas faite. Papa ? Était-ce finalement la faute de Papa ? C'était toujours à cause de lui que les gens me détestaient... Red me coupa à mes réflexions en me criant dessus :
- Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans 'rien ne pourra t'éloigner de moi' exactement ?
Ce que je ne comprenais pas, c'était ce que faisait cette fille dans cette chambre. Je me levai et me plaçai devant lui. Mon premier reproche franchit enfin mes lèvres :
- Comment peux-tu dire ça alors que tu viens de l'embrasser ?
Je désignai rapidement la fille en question en essayant de ne pas la regarder. Et pourtant, ce fut elle qui répondit à cette question :
- Attends... Safran... On ne s'est pas embrassés, et on n'en avait pas l'intention !
Pouvais-je vraiment les croire ? Peut-être... C'était Red après tout. Il commença à s'expliquer :
- Tu es la seule qui compte pour moi. Il n'y a rien eu entre Ka... cette fille et moi.
J'aimerais réellement pouvoir croire cela. Mais pourquoi faisait-il autant d'efforts si Carabaffe lui avait tout raconté à mon sujet ? Peut-être n'avait-il pas compris ? Peut-être s'en fichait-il ? Mon regard croisa celui du Mystherbe et je demandai :
- C'est vrai ?
- Yup, elle était bien en 'mode drague' mais...
- Comment ça 'mode drague' ? reprochai-je à Red.
- Mais ton copain ne semblait pas intéressé, finit alors le Pokémon.
Je me calmai soudainement alors que Karen criai de surprise devant ma question. Je retournai mon regard vers Red, pensant qu'il y avait finalement un terrain d'entente mais il cria :
- Arrête ça ! Arrête d'utiliser les Pokémon comme ça !
Comment ça ? Je pouvais lui parler quand même. Cela ne lui avait jamais posé de problème avant. À moins qu'il ne veuille cacher quelque chose...
- Les Pokémon ne mentent pas souvent contrairement aux hommes... me justifiai-je.
- Ce n'est pas une question de vérité, mais de confiance ! Si tu veux savoir quelque chose, demande directement à la personne concernée.
Il prenait cela beaucoup trop à cœur. Il me cachait forcément quelque chose. Je voulais savoir quoi mais je préférais bluffer :
- Pourtant, ce Pokémon raconte une version différente, qui s'accorde parfaitement avec ce que j'ai vu...
Ce n'était pas tout à fait vrai mais je voulais voir la réaction de Red face à cela. S'il ne me cachait vraiment rien, je le verrai. Malheureusement, ce fut la fille au Mystherbe qui s'avança pour me répondre :
- D'accord. Je l'ai un peu dragué comme l'a dit Mist, je lui ai même proposé de faire du shopping avec moi. Mais il a refusé. On ne s'est vraiment pas embrassés par contre. Donc, maintenant, si tu veux me frapper, fais-le, mais je suis la responsable.
Elle m'énervait vraiment... Elle voulait que je la frappe ? Il arrivait souvent que certains habitants de Jadielle me frappent lors des coups de colère. Pourquoi recommenceraient-ils si ça ne leur faisait pas du bien ? Sans réfléchir plus longtemps, je tendis ma main et la giflai de toutes mes forces. Me sentir mieux ? Au contraire, j'avais l'impression de m'être salie. Je pensais encore qu'elle le méritait mais je ne voulais plus la frapper.
- Tu ne te sens pas mieux ? C'est normal. Comment veux-tu que la violence règle tes problèmes ? Réconcilie-toi avec ton petit-ami plutôt. C'est là que les choses changeront.
La violence... ne résout pas les problèmes ? Alors pourquoi ? Pourquoi avais-je passé une telle enfance ? Pourquoi tout le monde me battait-il s'ils n'avaient rien en retour ? Je ne comprenais plus. Red ne voudrait plus de moi à coup sûr maintenant. Je me suis humiliée et souillée devant ses yeux. Cette fille voulut quitter la pièce mais murmura à Red avant de partir :
- On se revoit plus tard. C'est à toi de régler ça maintenant.
- Ma maîtresse n'est pas une mauvaise personne. Elle veut aussi ton bonheur, me cria son Pokémon avant de disparaître derrière la porte que la fille referma.
J'avais eu tort. C'était vraiment de ma faute mais je n'y pouvait rien. Je recommençai à pleurer et cette fois, mes jambes ne me portaient même plus. Je me posai sur le sol et relâcha mes larmes. Red s'avança vers moi, se mit à ma hauteur et me prit dans ses bras.
- Désolée, désolée... Vraiment désolée, répétai-je en boucle jusqu'à trouver un peu de calme dans mon coeur.
Je voulus alors m'expliquer. Carabaffe lui avait déjà tout dit mais il ne connaissait pas mes sentiments.
- Je ne veux plus qu'on me laisse seule. Si tu pars, je n'aurais nulle part où aller. Et je sais que tu vas partir. Je ne veux pas.
Je posai ma tête contre lui et l'écoutai me répondre :
- C'est vrai Safran... Je ne pourrais sans doute pas veiller sur toi pour toujours, je l'admets. Mais, pour l'instant, je n'ai aucune intention de te quitter. Et rien ne changera cela.
Le fait que Papa soit son ennemi ne le dérangeait pas ? Il n'allait pas m'abandonner ? Je voulais pleurer encore et encore mais ne voulais plus être ridicule plus longtemps. Je tentai de retenir mes pleurs et de me relever mais j'avais du mal à tenir debout.
Je me sentais si faible à présent. Red me rattrapa et me posa sur le lit. J'attrapai sa main dans l'intention de la garder pour toujours dans la mienne mais même ce geste m'était devenu trop difficile. J'avais sommeil à présent. Je ne savais pas pourquoi mais je m'endormis paisiblement près de Red. Le garçon que j'aimais.
Et voilà ! Ça a l'air d'une histoire différente de ce point de vue, non ? x)
