Correction : Nanthana14


La Chasse

Chap 2 : Une ombre surgie du passé.

Will rejoignit ses collègues à l'endroit qu'ils lui avaient indiqué, le Vieux Bar, qui était exactement ce que son nom indiquait. Marwin et Viggo l'attendaient devant, et le sachant un peu réservé, le présentèrent à l'assemblée. Will avait espéré passer inaperçu, mais de nombreuses personnes passèrent le saluer pour lui parler de son oncle décédé, Albert, et lui raconter une petite anecdote sur le vieil homme qu'il n'avait pas connu. Si le nombre de gens présents dans le bar le gênait, il apprécia d'en apprendre un peu plus sur celui qui lui avait légué sa maison et son immense terrain, où ses chiens adoraient courir et creuser des trous. Il souriait à la plaisanterie d'un vieux monsieur qui était son voisin, lorsqu'il aperçut Hannibal.

Ce dernier se tenait accoudé au bar dans une posture à mille lieux de son maintien élégant habituel. Il avait des lunettes, n'était pas impeccablement peigné et portait un vieux pull que Will aurait pu trouver dans sa garde robe personnelle, mais c'était bien lui. Même pommettes hautes, même yeux havanes, même lèvres au dessin si particulier. Will n'était pas en service, et n'avait pas son arme alors il se tourna vers le barman et lui demanda s'il en avait une. Quand ce dernier confirma, il lui demanda de la lui montrer. Le type obtempéra sans réfléchir, ici les armes étaient un sujet de conversation habituel, et il supposait que Will voulait juste regarder. L'ancien profiler attrapa aussitôt le fusil, le tirant des mains potelées de son propriétaire et le pointa sur Hannibal, créant un mouvement de panique dans le bar. Le criminel, lui, leva les mains avec un air apeuré que Will ne lui avait jamais vu. Le grand type qui l'accompagnait, à la tignasse et à la barbe épaisse, s'interposa.

― Qu'est-ce qui vous prend ? Posez ça tout de suite, vous allez blesser quelqu'un.

― Restez où vous êtes. Vous n'avez aucune idée de qui il est...

― Lucas ? C'est mon meilleur ami. Qu'est-ce que vous lui voulez ?

― Depuis combien de temps ? Depuis combien de temps vous le connaissez ?

― Depuis toujours. On a grandi ensemble.

― Non...ce n'est pas possible.

Viggo intervint à son tour, puis Marwin, et de nombreux autres hommes du bar, certifiant que Lucas avait toujours vécu ici. Le concerné montra ses papiers, les mains tremblantes alors qu'un des collègues de Will lui reprenait le fusil. L'ami de Lucas, Théo, se tenait toujours entre eux et lui aboya de s'asseoir et de s'expliquer. Le nouveau policier obéit, entouré de près par ses collègues au cas où il péterait soudainement les plombs.

― Je...heu...Je suis un ancien profiler. J'ai travaillé sur une affaire difficile, le tueur m'a accusé de ses propres meurtres, et j'ai brièvement été en prison. Mes collègues sont déjà au courant de tout ça. Le tueur que je poursuivais est mort, et toutes les preuves ont pu être apportées contre lui. Votre ami Lucas est son portrait craché. J'ai cru...j'ai cru qu'il s'agissait de lui.

― Revenu de l'au-delà ?

― Il était du genre à vous faire croire à n'importe quoi alors...pourquoi pas à sa mort. La ressemblance est telle...

― C'est l'histoire la plus dingue que j'ai jamais entendue, à part celles que Sven nous raconte quand il est bourré. Il va falloir développer un peu plus. C'était qui, ce tueur ?

― Je préfère ne pas parler de ça.

― Fallait p'tet y penser avant de pointer une arme sur l'un de nous, mon gars.

Will ne voulait pas parler d'Hannibal, mais il pensait aussi à cet homme, Lucas. Il valait mieux que personne ne sache qu'il ressemblait autant à un tueur cannibale, sinon il serait très certainement l'objet de moqueries. Bon sang, comment pouvait-il être aussi malchanceux ? Quelles étaient les probabilités pour qu'un sosie d'Hannibal vive dans le village où il venait de s'installer ?

― C'est vrai que le type ressemble vraiment à Lucas, commenta Marwin en regardant son téléphone.

― Allez, montre nous ça...demanda le patron du bar.

Bientôt, et malgré une tentative de Will pour les arrêter, tout le monde avait vu la photo d'Hannibal. Il avait fait la une des journaux aux USA et si l'un d'eux faisait des recherches, la précaution de Marwin, qui avait caché le nom du serial killer, ne servirait à rien. Et puis nom ou pas nom, la ressemblance était déjà source de plaisanterie. Même Théo qui avait pris la défense de Lucas se permis de l'asticoter avec ça, et Lucas qui était resté calme jusqu'à présent, probablement sous le choc d'avoir été ainsi menacé, se leva, déclarant :

― Je n'ai rien de commun avec ce type. Et je n'ai rien de commun avec aucun criminel !

― Lucas, c'était juste une blague...

Mais Lucas était déjà sorti du bar et Théo n'essaya pas de le rattraper. Il pensait sans doute qu'il valait mieux le laisser tranquille, mais Will, lui, ne le connaissait pas, et le suivit. On lui demanda où il allait, et il expliqua qu'il allait juste s'excuser auprès de Lucas. Après la scène qu'il venait de faire, il s'étonna que personne ne le suive pour vérifier qu'il ne comptait rien faire d'autre que discuter avec lui. Dehors, Lucas était sur le parking et il se raidit en le voyant arriver.

― Laissez-moi tranquille !

― D'accord...Je vais vous laisser tranquille. Je voulais juste m'excuser. J'étais persuadé...je...je suis vraiment désolé.

― C'est ça.

― Vraiment.

― Je ne vous crois pas, et je ne crois pas votre foutue histoire de criminel. Vous vouliez juste m'intimider. Vous vous croyez tout permis parce que vous êtes flic ? Vous avez lu les journaux avant de débarquer ici et vous vous êtes dit que vous alliez vous payez la tête du pédophile ? C'est ça ?

― Non, je vous assure...je ne savais même pas que c'était vous. J'ai lu les articles, c'est vrai, mais il n'y avait pas de photos et ils disent que vous êtes innocent. Je n'ai rien contre vous, je vous le jure.

Lucas lui lança un regard noir et blessé à la fois, faisant claquer sa portière avant de s'en aller, laissant Will seul sur le parking.

― Merde...