Correction : Nanthana 14
La chasse
Chapitre 6 : Le hasard fait bien les choses.
Lucas était sur la défensive. Will lui avait parlé de Fanny, mais il avait répondu par des phrases aussi courtes que possible et il avait semblé pressé de partir. Il s'était un peu détendu quand le policier avait évoqué ses propres chiens, et sa crainte de perdre Zoé, la plus vieille de la bande. Ils avaient échangés quelques conseils, quelle marque de croquettes convenait le mieux aux vieux chiens, comment éviter certains comportements non désirés, quel type d'os donner...Cependant, la discussion s'était arrêtée là et Lucas avait disparu dans un autre rayon. Will avait lui aussi continué à faire ses courses et ils s'étaient retrouvés au même moment à la caisse. Là, l'ex profiler ne tenta rien, ne voulant pas insister auprès d'un homme qui visiblement, avait juste envie d'être tranquille. Alors que la caissière scannait ses articles, Will regarda les siens pour éviter de fixer le visage de Lucas, aux traits bien trop familiers.
Un juron lui fit relever la tête. Lucas ne pouvait pas payer : sa carte bancaire ne fonctionnait plus. Il lui proposa de régler pour lui, surtout qu'il n'avait que peu de marchandises et le brun accepta, même si la situation l'ennuyait visiblement beaucoup. Il promit de le rembourser, ce que Will déclina étant donné la petite somme, et sauta sur l'occasion de l'inviter boire un café. Il se sentit vaguement coupable de compter sur le fait que Lucas lui était redevable, mais l'occasion était trop belle.
La curiosité le poussait à agir de la sorte et il se rendit compte qu'il avait accepté d'enquêter non seulement par amitié pour Théo, mais aussi pour lui-même. Lucas avait l'air innocent. Lucas avait l'air gentil de quelqu'un en qui on peut avoir toute confiance, le bon ami qui saute dans le lac gelé pour vous en sortir, celui sur qui on peut toujours compter et Will se demandait s'il était possible que tout ça ne soit qu'une façade. Lucas avait-il plus en commun avec Hannibal qu'une simple ressemblance physique ? Et si au contraire, Lucas était accusé à tort, tout comme il l'avait été ? Il serait peut-être le seul à lui tendre la main et à pouvoir le sortir de sa prison invisible.
― Vous êtes bien silencieux...
― Oh, désolé, j'étais juste concentré sur la route. Nous y sommes bientôt.
― Je sais, je connaissais votre Oncle. Il était gentil...
― Vous vous parliez souvent ?
― De temps à autre, avant...Toute cette histoire.
― Oh...je suis désolé.
― C'était un vieil homme...Il a écouté la rumeur, comme beaucoup d'autres.
Will ouvrit la barrière et entra sur son terrain, se faisant accueillir par ses chiens qui vinrent renifler Lucas. Ce dernier sourit immédiatement, son visage s'illuminant alors qu'il caressait un à un tous ses protégés à la truffe humide. Le policier les lui présenta et la meute poilue les suivit à l'intérieur. Il mit les courses de Lucas au frais dans son frigo, en attendant que ce dernier reparte.
Entouré par un plaid vivant fait de sept chiens, Lucas semblait bien plus à l'aise et ils sirotèrent un café dans un silence confortable.
― Monsieur Graham, j'apprécie l'invitation...et votre aide au supermarché, mais j'aimerais savoir ce que vous me voulez vraiment.
― Appelez-moi Will, s'il-vous-plaît. Je crois que nous avons des choses en commun. J'ai été accusé à tort et j'aurais bien pu passer le reste de ma vie en prison si je n'avais pas eu de la chance. J'aimerais vous aider.
― Vous ne me croyez pas coupable ?
― Il y a beaucoup d'éléments qui indiquent qu'il est peu probable que vous le soyez, même si actuellement, je ne peux pas en être sûr à cent pour cent. Néanmoins...si je devais me fier uniquement à mon intuition, je dirais que vous êtes innocent. Mais mon intuition ne suffira pas à vous blanchir complètement. Je voudrais une véritable preuve ou du moins, une explication rationnelle qui pourrait vous disculper pour de bon.
― J'ai été innocenté.
― Sur papier, oui. Il n'y a aucune preuve contre vous, mais vous ne pouvez pas récupérer votre emploi et vous êtes toujours suspect aux yeux de certains. Les gens que vous côtoyez tous les jours, auront toujours des doutes. C'est un climat détestable. Personne ne devrait vivre comme ça...Et à vrai dire, je me suis demandé pourquoi vous n'aviez pas quitté la ville.
― J'ai toujours vécu ici. Je suis chez moi...Mon fils vit tout près, chez sa mère. Et puis j'avais une relation...Ce n'est pas juste de devoir prendre la fuite et ça aurait conforté tout le monde dans l'idée que j'avais quelque chose à me reprocher. Maintenant dites-moi, monsieur Graham, comment êtes-vous au courant que beaucoup d'éléments tendent à prouver mon innocence ?
Will soupira, et décida de dire la vérité, en la modifiant un tout petit peu. Elle éclaterait de toute façon, tôt ou tard.
― Je me suis montré curieux et j'ai demandé l'accès à votre dossier, ce qui m'a été accordé.
― Théo est au courant ?
― Oui, il a accepté.
― Tout le monde a donc été consulté, en-dehors de moi. C'est parfaitement illégal.
― C'est pourquoi je souhaitais vous en parler...
― Vous ne trouverez rien de plus. Tout est fondé sur quelques mots provenant de Klara, le plus grand expert ne peut pas prouver quoi que ce soit à partir de ça. Vous allez seulement attiser la suspicion en enquêtant de votre côté. C'est un petit village ici, monsieur Graham, tout se sait. Agnès parlera, elle ne peut pas me voir et alors ce cauchemar recommencera...Mêlez-vous de ce qui vous regarde.
― J'ai déjà des éléments. Je vous promets que si vous n'avez rien à vous reprocher, la situation ne s'envenimera pas.
― Non merci. C'est facile pour vous, vous n'avez rien à perdre. Au revoir.
Lucas se leva et Will tenta une dernière fois de le convaincre :
― Si vous êtes innocent, pourquoi Klara a-t-elle dit vous détester ce jour-là ?
― Elle a dit qu'elle me détestait.. ?
― Vous n'avez pas eu accès à toutes les informations. Lucas, je suis du côté de la vérité. Je ne suis pas d'ici, je ne vous connais pas, je suis complètement neutre. Personne ne dira que je prends votre parti.
Lucas hésita, le regardant un moment dans les yeux et Will nota une chose merveilleuse : il avait les yeux marrons, un ton plus sombre qu'Hannibal dont les yeux havanes pouvaient tirer sur le jaune en pleine lumière, ou aisément refléter les tons rouges.
― Est-ce que ça vous dirait d'aller à la pêche avec moi demain ? demanda Lucas.
― Avec plaisir. Vous ne le regretterez pas.
― Je l'espère...
