*revient d'entre les morts universitaires*

Bonjour bonsoir! C'est avec un retard conséquent (du moins pour moi) que je vous livre la suite, qui fait figure de transition dans le monde ! On va en apprendre un peu plus sur ceux qui en tirent les ficelles...

Je vous le laisse à votre appréciation ! Bonne lecture à vous!


L'homme à sa fenêtre sursauta alors qu'un coup de tonnerre fit trembler la ville. Les machines derrière lui vibrèrent dangereusement, dans un ensemble inquiétant avec les surfaces vitrées. Sous ses pieds, le sol de fer gémit. Mais il ne paniqua pas. Le tremblement n'était pas assez puissant pour que s'effondrât son bureau. Il ignorait son origine, mais il le saurait dans peu de temps. Peut-être même n'était-ce rien d'autre qu'un spasme terrien.

Le temps d'y songer, et déjà le calme revint.

Depuis le reflet renvoyé par la vitre qui lui faisait face, l'homme remarqua derrière lui une épaisse colonne de fumée noire s'élevant au dessus des plus bas toits et entre les plus hautes tours. Elle ne survit qu'un instant avant d'être remplacée par une forte lumière et des lignes de codes disparaissant vers les nuages.

L'homme à sa fenêtre ne bougea pas. Il ne s'inquiéta pas. Sûr, ce genre d'évènement n'annonçait rien de bon. Mais bientôt ses hommes allaient débouler dans une fanfare chaotique pour enchaîner des théories toutes aussi irréfléchies qu'indémontrables. Sauf s'ils savaient déjà. Auquel cas, il ne serait dispensé que de la séances de suppositions stupides. Ses subordonnés claqueraient quand même la porte en entrant.

VLAM!

Comme de juste.

L'homme à sa fenêtre se pinça l'arête du nez alors qu'une voix suraigüe ouvrait le bal. L'élocution trop rapide témoigna d'un intérêt particulier du lieutenant dans l'affaire. Mais pas de conclusion hâtive, surtout avec une migraine naissante. Il ne chercha pas à le calmer, attendant le ton féminin qui ne manquait jamais d'intervenir quand on ne l'y invitait pas.

"Oh, mais tais-toi!"

Avaient-ils jamais conscience de leur prévisibilité?

"On a compris que c'était une attaque importante ("Ah, une attaque?" nota le chef), qu'ils nous ont touchés près du Q.G, inutile de le hurler..."

""Ils"?"

L'intervention fit taire tout le monde. "Ils". Le pronom maudit. Celui qui provoquait une tension insoutenable dès qu'il était murmuré. L'homme savait bien ce qui se cachait derrière ce "ils". N'empêche, il voulait l'entendre.

Il y eut un moment de gêne, puis la voix féminine s'éleva avec une assurance fébrile:

"Oui, hum... Des Mantas survivantes _ seulement trois _ nous ont confirmé la présence de XANANTIS. Notamment Elisabeth Delmas, Nicolas Poliakoff et trois hommes, plutôt jeunes, des nouvelles recrues peut-être..."

"Où en était l'attaque quand les Mantas sont intervenues?"

"En fait... Elle n'avait pas réellement commencé... La seule information que nous avons est que des étrangères selon les gardes Krabes furetaient autour du Q.G. Ces derniers ont été abattus après avoir lancé l'alerte".

Des étrangères. Tiens donc.

"Il y avait aussi... Trois étrangers supplémentaires pendant l'assaut... Avec les XANANTIS. Ils connaissaient les deux espionnes, d'après les Mantas".

Cinq inconnus... Ca c'était nouveau. Pourtant, tout mouvement hors et dans la cité était prohibé pour faciliter la surveillance et le repérage de traitres... Comment avaient-ils pu tromper la vigilance des gardes-frontières? D'où venaient-ils?

"Vous avez des images des caméras de rues, je suppose?" Un malaise s'installa brutalement à l'entente de la question. L'homme perçut des toussotements : soit ses lieutenants envisageaient de lui mentir, soit ils cherchaient du tact. Eh bien, cela n'était plus arrivé depuis longtemps...

"Elles sont en cours de vérification. Quelque chose cloche" Répondit finalement une voix masculine et posée. Le second lieutenant. Sans doute ses camarades n'avaient pas osé se lancer. Encore que cette réplique ne permît aucun éclaircissement.

"Quoi donc?" L'intonation du chef était un peu plus menaçante. Pas question de tourner autour du pot. Le second lieutenant reprit, presque sans hésitation :

"Parmi les étrangers, quatre présentaient d'étranges ressemblances avec nous. Les Mantas affirment avoir douté devant les trois garçons, pensant avoir affaire à nous".

L'homme à sa fenêtre ne bougea pas, mais cette fois il fut pris de court. Des sosies? Les guerriers et les machines étaient-ils mal programmés? Il était possible que la matérialisation de masse des monstres ait provoqué une erreur, mais pourquoi les caméras aussi? Jusqu'à présent, un tel cas de figure n'avait jamais eu lieu...

"Et le cinquième étranger?"

"Une jeune fille, même âge à première vue. Elle n'a qu'une particularité, des cheveux roses".

Cheveux roses.

Le choc frappa l'homme en pleine poitrine. Ca ne lui évoquait qu'une chose. Une. Seule. Chose. Une simple image. Plus de sens que n'importe quoi dans le monde. Il pouvait se tromper, mais ne savait s'il le souhaitait ou non. Et si...

"Alors, que fait-on?"

La voix aigue de l'homme ne lui parvint que lointainement. Il ne savait pas, et n'avait pas envie d'y réfléchir. Trop de sentiments se bousculaient en lui, tous contradictoires et surpuissants. Il ne tentait même pas d'y mettre de l'ordre. Le pouvait-il juste... Il avait juste besoin de savoir. Il fallait qu'il confirmât quelque chose. Il lui fallait une excuse pour sortir de là.

"Je vais... Aller programmer un nouveau Favori... Et des gardes... Vous, allez dehors à la recherche de traces des XANANTIS..." Il n'était même pas sûr d'avoir réellement dit tout ça, mais c'était en tout cas ce que son cerveau embrumé lui rapporta. A défaut de mieux, il se retourna et quitta son bureau, sans un autre regard vers le trio.

Il broncha à peine quand la lumière du couloir vitré menant hors du bureau vint l'agresser. Il bouscula quelques personnes en entrant dans le carrefour du dernier étage que la récente panique avait rempli. Du reste, il eut rapidement le chemin dégagé. Avait-il l'air si effrayant que nul n'osât rester dans sa trajectoire? Qu'importe. Ses pas martelant le sol dallé gris ne ralentirent pas. Quand il arriva à l'ascenseur, semblable à un corbillard, il expulsa par sa simple présence un groupe de soldats entre deux âges, apeurés. Il appuya sans patience sur le bouton "Niveau - 2". Un boitier s'activa, réclamant de l'homme qu'il y apposât sa main pour reconnaissance digitale. Ce dernier se prêta au jeu avec agacement. Le corbillard s'ébranla et s'enfonça dans les ténèbres.

Tout au long de la descente, l'homme pensa. Il pensa à elle. A la première fois qu'il l'avait vue, derrière un écran, cherchant du regard quelqu'un. On lui avait affirmé qu'elle ne pouvait qu'être un programme, qu'elle n'était pas humaine, que ce qui semblait être de la peur n'était en fait que son propre cerveau la conditionnant à des sentiments connus par lui... De fait, elle était neutre. Neutre. Sans parti, sans avis, sans rien. Cela voulait dire qu'en cas d'arrivée dans le monde réel, elle n'aurait aucun code social, aucun réflexe de défense. Il avait misé là-dessus, si un jour un de ses scientifiques réussissait à la lui amener. Elle se ferait vite repérer, elle lui ferait confiance sans préjugé. Il avait vérifié, nulle autre n'avait de chevelure rose comme elle. Avec les frontières fermées, encore une fois personne ne pouvait être entré. Toute modification corporelle était interdite, pour ne fausser aucun fichier. Aucune alerte n'avait émané de ses chercheurs, elle n'avait pas pu venir des salles informatiques... Et encore moins s'intégrer dans un camp inconnu en si peu de temps et si discrètement.

Alors quoi? Un coup des XANANTIS? Ils étaient trop calmes en ce moment... Préparaient-ils leur coup? Mais comment avaient-ils pu savoir? Et avec quels moyens? Il fallait bien les siens pour réussir pareille prouesse... Comment?

"Comment?"

La question pulvérisa le calme alors qu'il pénétra dans une immense pièce sans fenêtre et sans autre issue. Toute de blanc parée, les surfaces en ferraille formaient un rectangle froid. Au centre, un écran géant laissait défiler des milliards de codes dans un ballet vertigineux. Autour de lui, plusieurs ordinateurs affichaient les images des rues sombres et masquaient à la vue le fond de la salle. Seuls quelques néons sans couleur éclairaient le tout, sans conviction.

L'homme vit se détacher les teintes de son corps dans le reflet de l'écran. Raide, tendu, sans passion. Ses yeux fixes devant lui tremblaient un peu. Il y remédia à la seconde suivant le constat. Pas devant... Lui. Il était venu pour des réponses. Il allait taper du poing sur la table s'il le fallait.

"J'ai dit : "COMMENT?""

Les séries de codes s'arrêtèrent net. Brutalement, un logo rouge représentant un œil stylisé fit son apparition. L'homme attendit qu'Il parlât. "Il" savait très bien le pourquoi de sa visite. Il avait vu, lui aussi. Ses caméras scrutant la ville sans repos ni exception avaient dû assister à l'attaque. Il n'aurait pas la patience de le lui rappeler.

"Je ne sais pas" Répliqua calmement l'écran, d'une voix automatique.

"Tes yeux sont rivés sur la moindre parcelle de ce fichu monde. J'ai fait en sorte que nul angle mort ne te soit étranger. Je t'ai installé de quoi entendre la moindre brise. Tu es les yeux et les oreilles de Solar Building. Tu ne PEUX PAS me dire que tu ne sais pas ce qu'il s'est passé!"

"C'est la vérité. Quand les gardes m'ont renvoyé leurs images en simultané, j'ai bien cru à une trahison de la part de tes amis. J'ai fait ce qu'il fallait en envoyant un Favori. Je ne pouvais pas deviner qu'ils allaient l'abattre".

"Le Favori est une chose, mais l'avoir vue, ELLE, dans le champ de bataille en est une autre! Elle ne peut pas être apparue par magie, si ce n'est nous qui lui avons donné naissance, ce ne peut être que nos ennemis. De ce que nous savons de leur matériel, ce n'est même pas envisageable. Alors je te repose la question : Comment l'avatar a-t-elle fait pour atterrir en plein affrontement et s'opposer à nous?"

"Je ne sais pas".

"D'où les XANANTIS tireraient une telle ressource?"

"Je ne sais pas"

"Pourquoi n'ont-ils pas directement pris d'assaut Solar Building?"

"Je ne sais pas"

"Bon sang, tu sais au moins quelque chose!"

"Elle est avec moi, celle qui t'inquiète autant"

L'affirmation frappa à nouveau l'homme en pleine poitrine. Elle... N'était pas dehors?

"Prouve-le. Je veux la voir maintenant".

Aussitôt, un visuel remplaça le logo. Devant lui reposait le corps pixellisé d'une jeune fille. Une longue robe rouge et large à la jupe couvrait son corps coincé entre l'enfance et l'adolescence, accompagné d'un cache-coeur blanc cassé. Ses mèches roses encadraient sans ordre son visage fermé par le sommeil. Elle avait l'air paisible. Juste l'air.

L'homme insista sur la dernière idée en caressant l'écran. Il ne pouvait se permettre de croire qu'elle rêvait ou cauchemardait vraiment. Elle n'était qu'un avatar, un simili humain créé par la technologie de son allié. Mais un jour, il l'aurait en face de lui. Il lui apprendrait tout, lui donnerait tout, et elle serait à lui. Pour le moment, le "logo" la protégeait de l'instabilité du nouveau monde qu'il instaurait. Mais dès que tout serait finalisé, dès que la résistance serait annihilée, il n'y aurait plus de raison d'avoir peur. Elle serait en sécurité avec lui.

Avec lui. N'empêche qu'en ce moment, une autre jeune fille répondant à son signalement se baladait quelque part en ville. Donc loin de lui. Même si elle n'était pas l'avatar, son existence demeurait troublante. Il fallait élucider cette énigme.

"Cette fille, qui peut-elle être?"

"Pas ton avatar en tout cas" Répondit l'écran alors que le logo reprit sa place. "Je l'ai sous bonne garde".

"Ca ne peut être une étrangère non plus... Pas de mouvement suspect dans un foyer ces derniers jours?"

"Mis à part la vandalisation des barrières frontalières par Milly Solovieff et Tamiya Diop, non. Si je puis me permettre, cette fille aux cheveux roses n'est pas ton unique problème. Que fais-tu des clones de tes lieutenants et de toi-même sur les lieux de l'affrontement?"

Il y avait aussi cela, en effet. L'homme ne savait qu'en penser. Mais il était évident que cette intriguante était liée à eux. Des sosies... Tout ceci avait forcément un sens.

"Sais-tu quelle direction ont-ils pris?"

"Ils ont fui vers l'est, en camionnette. Le véhicule s'est renversé quand le Favori s'est effondré. Malheureusement, sa chute a aussi détruit quelques bâtiments et les caméras qui y étaient accrochées. Au delà des dizaines de victimes, c'est notre moyen de surveillance de cette zone qui est perdu. Je n'en sais pas plus".

Le Sud... On y trouvait entre autres la gare... Un des premiers lieux que les XANANTIS s'étaient empressé de prendre quand tout a commencé, histoire d'avoir de quoi fuir... Mais ils ne le feraient pas. Leur première et dernière tentative avait échoué, et fait tomber une bonne vingtaine de personnes au passage. Ils n'oseraient pas...

L'homme sourit. Il les tenait peut-être... Et elle avec. Qu'elle soit son avatar ou une autre, il allait l'approcher. La voir, la comprendre, la toucher... Qu'importe qui elle était. Elle était une question. Mais peut-être deviendrait-elle un espoir. Il n'allait pas devenir fou pour un élément inconnu. Pas lui.

"Envoie tout ce que tu as de soldats inspecter les rues, le moindre indice est capital et mes lieutenants auront besoin d'aide" Ordonna-t-il au logo en quittant la pièce. "La moindre personne suspecte finira à Kadik pour une petite discussion. Si vous mettez la main sur eux, je veux tout le groupe vivant. Pas de quartiers pour les autres. Mettez le quartier Est à genoux s'il le faut, mais ces intrus ne s'en sortiront pas".


Voilà voilà ! La menace grandit sur nos héros... Les révélations continuent la prochaine fois, alors restez connectés ! En espérant que vous avez apprécié, n'hésitez pas à laisser une petite review, et que les temps devant vous s'annoncent excellents! Bye o/