Et c'est un mois plus tard que je vous reviens avec la seconde partie de la bataille finale! *meurt*
Oui, il m'aura fallu un mois pour me dénouer du sac de nœuds que devenait irrémédiablement ce chapitre. Mais la suite viendra plus vite, ça j'en suis sûre, elle est déjà écrite.
Nous arrivons donc au bout du voyage Solar Building, après la révélation du dernier chapitre vient la bataille en elle-même! Ce sera donc plutôt de l'action (domaine dans lequel j'espère progresser un peu), mais les réflexions seront toujours au rendez-vous!
Je salue au passage Eldeya, ainsi que ses deux gentils commentaires, j'espère que la suite ne t'a pas déçue!
A tous, bonne lecture!
Disclaimer: Jérémie et son équipe, ainsi que XANA, Lyoko et Kadic ne m'appartiennent évidemment pas, tout le mérite revient à leurs créateurs.
L'ascenseur se referma tel un couperet sur la silhouette de Jérémie. Le son des deux pans de la porte se heurtant était brutal, définitif, inquiétant. Yumi observa Aelita, qui gardait sa main levée depuis quelques secondes, incapable de détourner son regard. Qu'est ce qui pouvait bien attendre Jérémie, là où cette boîte grise et froide le conduisait? L'ignorance la glaça d'un coup et la peur se changea en une brise doucereuse et coupante contre sa peau. Elle lut dans les yeux de sa princesse la peur, l'incertitude de ce qu'ils allaient faire s'il arrivait quelque chose à son ami... Et il était vrai que les choses avaient toujours maintenu la fille en rose loin de ce genre de considération. Elle était là pour se battre, pour le protéger, pour taper le Code Lyoko avant que l'attaque ne pût atteindre Jérémie. Là, c'était différent, Yumi le savait. Et ça rendait son cœur nauséeux. Elle n'avait décidément jamais apprécié l'inconnu, bien trop susceptible de tout ravager.
Soudain, son souffle se perdit dans sa gorge tandis que sa conscience se brouilla. Pas encore...
- Ca alors, encore plus ressemblante que sur les images!"
Yumi se retourna vivement, ignorant les protestations énergiques de ses poumons à vif. Elle tenta de ne pas ciller en se trouvant face à son reflet, à un sourire narquois de différence. L'alter Yumi portait la même veste rouge qu'à leur première "rencontre", volant autour d'elle comme une aura de sang alors qu'elle descendait des escaliers marche après marche, à pas mesurés. Sa mèche ébène masquait une partie de son visage, mettant l'accent sur la brillante pupille noire qui balayait la scène avec sagacité. Yumi n'aurait jamais cru se voir si inquiétante un jour. Pourtant, à bien y regarder, elle trouvait les même traits de jeune fille, encore en âge de demander la permission de minuit pour retrouver un petit-ami. La juvénilité sous ce sourire suffisant, greffé qui plus est sur son identique reflet, rendit la japonaise malade de colère. Comment XANA pouvait se comporter de la sorte, avec SA jumelle? Elle entendit Elisabeth bouger à ses côtés et entrevit la combattante serrer le Weregun d'une main tremblante, comme retenue par une force invisible. La respiration qu'elle percevait, saccadée et lourde, semblait prouver cette idée... D'un coup, Yumi eut peur. Elle n'était plus certaine de pouvoir faire confiance à la promesse d'Elisabeth... Mais il était trop tard pour douter.
Juste derrière Ishiyama, un jeune homme brun fixait Ulrich tranquillement, la main posée sur son épaisse ceinture ornée de fourreaux. Il écarta d'un mouvement de tête une mèche rebelle, exactement comme le samourai l'aurait fait. Les deux versions se toisèrent intensément, l'indignation commençant à poindre dans leurs traits.
- C'est pas possible, je peux pas être comme ça, même dans un autre monde!" Clamèrent-ils en même temps, provoquant un petit sourire crispé de la part d'Odd et une crise d'hilarité chez son alter. Les deux versions d'Ulrich se dévisagèrent, aussi sonnés qu'après un violent coup de poing au visage. "Qu'est-ce que tu insinues?" Reprirent-ils, à nouveau d'une même voix. L'agacement se lut dans leurs traits, et après un instant de silence défiant, Ulrich répondit:
- Regarde-toi, tu es d'une... Prétention, bon sang! Je peux pas ressembler à ça..."
- Vous clamez depuis tout à l'heure qu'on a rien à voir avec vous, alors à quoi il ressemble, qu'est-ce que ça peut te faire?" L'interrompit Odd en éloignant une larme de rire de ses pommettes. Ulrich ne sut ce qui le surprit le plus, la pertinence de la remarque ou la réalisation qu'en effet, sa réaction était stupide. Celui qu'il avait en face de lui était possédé, il n'agissait pas ainsi volontairement, alors sa critique n'avait pas lieu d'être. N'empêche, il ne s'ôtait pas de la tête que c'était lui qui se tenait dans cette pièce, à le regarder comme un alien... Un toussotement l'empêcha d'approfondir sa réflexion.
- Bon, maintenant que les présentations sont faites, nous allons pouvoir commencer..." L'alter Yumi sortit deux pistolets de sous sa veste. Le groupe recula dans un même ensemble, quelques pistolets cliquèrent. L'air devint électrique, saturé de défiance.
- Vous êtes ici dans l'aile Est. Les murs sont insonorisés, aucun réseau ne peut passer et nous sommes assez loin des habitations pour limiter les dommages collatéraux. Nous pouvons donc nous battre sans problème" Reprit Ishiyama tranquillement, comme si ses adversaires n'étaient pas à deux doigts de lui sauter dessus, comme si ses paroles n'avaient provoqué aucune tension.
- Mais nous voulons tout de même l'éviter" Rappela Della Robia alors que son Favori trépignait, ses griffes rayant les marches avec impatience. Ishiyama lui jeta tout juste un bref coup d'œil de confirmation et reprit.
- Nous avons pour ordre de garder nos... Doubles en vie, jusqu'à ce que le chef consente à les voir. Les autres, cependant, n'auront pas le droit à cette grâce. Depuis le temps que nous attendons de régler nos comptes, je crois qu'il ne se présentera pas meilleure occasion, n'est ce pas, Sissi?"
Elisabeth brandit son arme et se mit en joue, le corps tremblant de colère et l'expression d'un dragon enragé sur son visage. "Mon nom est Elisabeth. Ne me donne pas d'autres bonnes raisons de te coller une balle entre les deux yeux".
- Non, tu as promis!" S'exclama Yumi en se plaçant entre son alter et la combattante. Aelita laissa échapper un souffle de crainte, ses pupilles se balandant d'un camp à l'autre sans savoir quoi faire ou quoi dire. Les deux combattantes dévisagèrent la japonaise, à la fois surprises et courroucées.
- Ne me force pas à te blesser" Siffla Ishiyama en s'approchant, plus menaçante que jamais. "J'ignore de quelle promesse tu parles, mais la mienne consiste à abattre la chef des rebelles. Je doute qu'elle se laissera faire..."
Yumi se retourna vers Elisabeth. Tout en gardant son attention rivée sur son ennemie, la combattante s'adressa à la jeune japonaise, les yeux meurtriers et les pupilles grossies par la colère: "Ecarte-toi. Je ferai mon possible pour ne pas la tuer. Rien d'autre. Et je te rappelle que j'ai bien moins intérêt à vous garder en vie à présent, alors si je dois m'en prendre à toi pour t'écarter de mon chemin, je n'hésiterai pas une seconde".
Derrière elle, les XANANTIS se préparèrent au combat, les poings solidement greffés sur leurs armes et le corps alerte. La situation dégénérait, malgré le calme persistant. Odd se rapprocha d'instinct d'Aelita en surveillant son alter, immobile mais le sourire soudain attristé, presque désolé. Quant à Ulrich, il courba les genoux, comme avant chaque lutte sur Lyoko. L'habitude sans doute... Tout comme cette salve d'adrénaline que lui envoya le cerveau et qui fit tressaillir ses muscles et bouillir son sang.
- Vous, vous vous occupez du Favori" Ordonna Nicolas à ses hommes. L'alter Ulrich rit.
- Oh, vous allez envoyer vos petits à l'abattoir? Non, parce que nous sommes aussi venus avec nos animaux, alors trois monstres contre une poignée de gamins..."
Il claqua des doigts. Aussitôt, un bruit assourdissant envahit la pièce, suivi par un tremblement. Le Favori de Della Robia s'excita avec joie et leva le museau vers les escaliers les plus hauts. Deux immenses ombres ressortaient de la pénombre. Le groupe dut s'écarter pour mieux voir. Aelita poussa un cri. Un énorme sanglier doté d'éblouissantes cornes dorées et d'yeux en verre noirs se détachait peu à peu des ténèbres. Deux longues queues, argentées et fines comme des lames, se balançaient derrière lui comme pour trancher l'air alors qu'il frappait le sol en ferraille de ses sabots ébènes et brillants. Sa peau semblait parée d'une armure d'acier fauve, frémissante sous l'effet des grognements du Favori. A ses côtés, une tortue à la carapace noire et rouge et au bec blanc acéré se balançait d'une patte à l'autre, causant le séisme qui secouait les murs. Elle soufflait avec force en observant les hommes, rendant l'air glacial et électrique à la fois. Les éclairs ambiants firent frissonner Yumi, sentant l'expectation de la bataille à venir provoquer une vague d'énergie le long des muscles. Elle passa sa main sur son pistolet et observa le plus calmement qu'elle pût ses adversaires, comme elle avait coutume de le faire sur Lyoko. La peur se changea en tambours envahissant son esprit. L'anticipation sciait ses nerfs. Autour d'elle, ses camarades et les XANANTIS se tendirent.
- Ca ne change rien au plan", annonça Elisabeth en s'avançant. "Vous prenez ces monstres. Et tâchez de ne pas mourir".
Soudain, un bourdonnement se fit entendre. Le groupe releva la tête d'un même mouvement. La Tortue avait la gueule ouverte, dévoilant un canon éclatant, une lumière rouge dirigée vers eux. La scène était trop familière aux Lyoko-Guerriers. L'attaque allait commencer.
- Attention!" S'écria Aelita. Tous eurent le temps de s'écarter avant que le tir n'heurtât le sol. Il laissa de son passage une marque béante et fumante. Elisabeth et Yumi restèrent la regarder un instant, puis retournèrent leur attention vers les monstres. Une secousse ébranlant l'étage suffit à leur indiquer qu'ils étaient descendus.
- Maintenant!" Le cri d'Elisabeth lança la bataille. Des coups de feu sonnèrent comme un concert chaotique, les tirs formèrent des coupures lumineuses dans l'espace, ricochant sur la surface des Favoris. Les pattes géantes de ceux-ci battaient l'air en tentant de toucher les moucherons qui les attaquaient. Il fallut aux combattants toute leur énergie pour garder leur équilibre alors que chaque assaut des géants manquaient de les faire trébucher. Des vitres éclatèrent ça et là en répandant leurs débris avec fracas.
Yumi se trouva prise de court par la soudaineté de l'action. Elle chercha à se mettre à l'abri tout en balayant la scène du regard, en quête de son alter. Deux pas plus tard, elle vit celui d'Ulrich lui foncer dessus en évitant des tirs croisés. Elle arrêta l'assaut rapide d'un bras armé, pile avant qu'il ne rencontrât ses tempes. Son cœur rata quelques battements alors que les regards se croisèrent.
- Voyons si tu es aussi performante que la mienne" Susurra l'alter avant de se dégager, le sourire aux lèvres.
Il leva son pied et le fit filer vers les côtes de la Lyoko-Guerrière. Yumi chercha à l'éviter, mais un sursaut terrestre la fit quitter le sol. Ses pieds retombèrent trop droits et lui envoyèrent une pulsation de douleur le long des mollets. Elle tâcha de l'ignorer et se précipita sur le torse qui se présentait devant elle. Elle l'enserra du mieux qu'elle put et laissa un deuxième sursaut les entraîner tous deux par terre. La vue brouillée par le choc et la vitesse, la japonaise asséna à son ennemi un coup de pistolet sans savoir exactement où. Un second coup allait partir, mais un genou replié l'envoya voler dans les airs. Elle poussa un cri de douleur et de surprise alors que son dos se crispa en cognant la surface de fer. Sa peau glissant au sol se râpa à travers la veste, le son du tissu crissant en amplifié dans ses tympans. Un sifflement brutal frôla son lobe et la brûla au passage, suivi d'un effroyable bruit d'impact. Elle surmonta ses membres endoloris et son équilibre malmené pour se relever. L'une des queues du Sanglier avait arrêté sa course. Elle se redressa et remarqua aussitôt les trop nombreux tirs qui la frôlaient. Elle ne devait pas rester là!
Dopées par le chœur bien trop proche des balles, ses jambes battirent désespérément dans le vide, jusqu'à ce qu'enfin les semelles des chaussures adhérèrent au sol. Encore accroupie, Yumi courut sans savoir où, mais malheureusement arriva trop près du Sanglier. Le mouvement de retour d'une des queues la faucha en plein élan. La vitesse l'immobilisa, lui coupant le souffle. Les images dansèrent à une vitesse insoutenable devant ses yeux alors qu'elle entraperçut la tignasse blonde d'Odd aux prises avec son alter. A moins que ce ne fut l'inverse. Essayer de le deviner la rendait malade. La nausée la prit à mi-parcours, son cerveau incapable de remettre en place ce qu'elle percevait, son corps insensible à tout ce qui n'était pas douleur. Finalement, la gravité reprit ses droits et la fit choir de son manège infernal. La chute parut à la fois trop longue et trop courte. La jeune femme retomba lourdement sur son bras droit, son épaule lâcha un cri d'agonie sous la forme d'un craquement fracassant. Une exclamation de souffrance tenta de passer la barrière des lèvres, mais la gorge la bloqua douloureusement. Les organes dansèrent dans son corps, en suivant un rythme si incontrôlé que leur porteuse laissa passer du temps avant d'oser ouvrir les yeux. La violence du choc la maintint sonnée quelques instants. Ses perceptions ne renvoyèrent que l'inquiétant engourdissement à l'épaule et un étrange goût métallique dans la bouche. Soudain, le sol bougea et commença à la faire glisser vers un vide imprévu. Elle se força à reprendre conscience. Des reflets dorés dansaient comme des flammes sous et devant elle. De temps à autre, un éclat la manqua, laissant de petites fêlures au point d'impact. Mais qu'importait le point d'appui que sa vision choisissait, il disparaissait automatiquement de gauche à droite dans une valse maladive. Les combattants quant à eux étaient devenus tout petits et tassés, courant comme des fourmis à une distance incroyablement haute. C'est ce qui lui fit comprendre. Elle était sur le Sanglier!
Elle eut tout juste le temps de s'accorder à cette idée que Stern atterrit derrière elle. Dans un second élan de panique, Yumi se releva à l'aide de son bras gauche. Le pistolet, que sa main serrait toujours obstinément, s'enfonça dans la paume. Elle massa son épaule blessée, mais n'obtint d'elle aucun résultat. Ca, plus son équilibre assez précaire, elle n'était plus vraiment confiante... D'autant que la moindre chute risquait de la tuer... Elle se sentit fébrile, mais paradoxalement, toute son énergie conflua dans chaque partie de son corps, l'élan de la bataille l'assourdissant et la changeant en bête de survie. Il n'y avait plus rien d'autre qu'elle, son adversaire, et ce terrain dangereux. Tant de paramètres à prendre en compte... Et tout ce que son cerveau lui ordonnait avait un rapport avec le fait de foncer tête baissée. Jamais telle motivation ne l'avait traversée auparavant. Était-ce la proximité de la mort qui rendait les choses si intenses...?
Encouragée par ce soudain élan, elle se précipita vers son ennemi. Elle pointa son pistolet vers lui et tira. La balle alla se ficher quelque part au loin, mais l'alter dut se pencher pour l'éviter. Yumi sourit en sentant son rythme cardiaque accélérer d'excitation. Elle avait l'ouverture qu'il lui fallait. Elle profita du corps à découvert de Stern et envoya son bras gauche aussi puissamment qu'elle le put. Elle sentit la solidité de la cage thoracique contre son radius, ainsi que la respiration tranchée s'échappant de son ennemi et venant attaquer son front. Le courant d'air chaud lui envoya un sentiment de victoire soulagé. Mais l'instant d'après, il se transforma en une vague d'horreur alors qu'une main vint saisir son poignet. Tout juste le temps de cligner des yeux que, déjà, une autre main se cala contre son épaule et la propulsa tout entière en avant. Yumi parvint à ramener ses jambes contre elle et à retomber accroupie, redoutant à chaque seconde de glisser par maladresse. Une raideur dans ses cuisses la fit vaciller, mais si son estomac semblait déjà en chute libre, elle retrouva fébrilement l'équilibre. Aussitôt rassurée, un soubresaut du monstre la renvoya contre Stern. Elle s'affala sur lui et, sans réfléchir, pesa de toute sa masse sur son adversaire. Elle résista à ses tentatives de la renverser, déterminée à ne pas perdre le dessus. Tout en confiant son poids à l'adhérence de ses chaussures, elle se risqua à lever son poing et frappa, frappa, frappa, n'importe où, autant que possible. Prise dans sa furie, elle ne sut combien de coups elle avait pu asséner quand ce Stern finit par lui serrer la main et la repoussa. Le dos de Yumi heurta à nouveau la rude surface et projeta une vague de douleur dans tout son être. Elle se laissa glisser sur le côté, tendant plus que de raison sa colonne courbaturée. Ses dents serrées l'empêchèrent de gémir alors que son corps, cassé, suppliait pour une pause. Le mouvement permanent rendait son monde incertain, elle n'avait plus rien sur lequel se raccrocher, rien d'autre que les crampes l'attaquant et l'adrénaline lui vrillant les tempes.
Une étrange bourrasque froide balaya ses cheveux trempés de sueur. Elle se retourna. Les deux queues fouettait à nouveau l'air, et perchée sur chacune d'elles, Elisabeth et Ishiyama. Yumi admira la première s'accrocher puis lâcher prise en plein vol, pour retomber gracieusement près d'emme. Elle avait le Weregun dans une main, et de l'autre un pistolet ordinaire ressemblant furieusement à l'un de ceux que possédait Ishiyama. Malgré quelques routes de sang barrant ses bras, ses jambes et ses joues, elle rayonnait de force et de combativité. Ses cheveux noirs collait à son visage, s'y détachant seulement quand des soupirs erratiques les y forçaient. Elle baissa vers Yumi un regard interrogateur:
- Est-ce que tout va bien?"
- Euh, oui, je... J'ai dû me déboiter l'épaule ou un truc du genre, mais... Mais ça va..."
Elles se retournèrent tous les deux vers Stern, qui commençait à se remettre de ses multiples coups de poings. Il se redressait avec raideur, soutenu de mauvaise grâce par son alliée, du sang s'échappant de son nez et de sa bouche. Il s'en débarrassa vivement en se voyant observé. La colère perçait son regard avec une transcendance implacable. Il irradiait d'une colère et d'une vexation que Yumi n'aurait jamais cru percevoir en Ulrich.
Elle s'étonna en remarquant qu'elle ne pensait pas avoir XANA en face d'elle. Le reflet paraissait étrangement naturel. Humain.
- Qu'est ce que vous avez à me regarder comme ça, hein?" Cracha-t-il en se dégageant d'Ishiyama. "Tu crois m'avoir vaincu, peut-être? Mais tu n'es qu'une gamine! Et toi, là, tu te crois à notre hauteur, fille à papa?"
La phrase sembla électrifier Elisabeth tout entière. En un souffle, elle brandit le pistolet simple. "Ne t'avise pas de penser à lui, assassin! Tu ne mérites même pas la plus injuste des justices!"
- Oh, et toi, qui crois-tu être?" S'exclama l'alter japonaise en riant. "Si tu n'avais pas décidé de te mettre en travers de notre chemin, crois-tu que ton père aurait eu à te protéger? Tu peux bien te faire passer pour une révoltée ou une justicière, mais il est mort par ta faute!"
Soudain, une secousse interrompit l'invective. Le Sanglier se plia et leva la tête, un cri d'agonie s'échappant de sa gueule comme une tornade apocalyptique. Un tremblement de terre secoua la pièce, suivi d'un second. Le sol en ferraille sonna d'un son strident qui pulvérisa les tympans de Yumi. Elle se laissa tomber en avant dans l'espoir de ne pas chuter du Favori et sonda la pièce du regard, ignorant les tambours qui fracassaient son crâne. Le Chat était effondré, de faibles sursauts animant encore ses membres criblés de trous fumants et électriques. Des éclairs valsaient autour de lui en crépitant. Sa gueule béante était sombre, dénuée de toute lueur menaçante et ses yeux étaient des billes noires sans vie. De l'autre côté de la pièce, la Tortue reposait sur le dos, le ventre déchiré et grésillant comme une machine sur sa fin. Ses pattes se désarticulèrent et allèrent s'écraser au sol dans un sourd vacarme. La seconde suivante, les deux Favoris rendaient leur dernier souffle. Le cri de victoire d'Odd vint confirmer l'évidence: il ne restait plus que le Sanglier. Le quatuor se dévisagea une courte seconde, l'univers suspendu autour d'eux, capables en un clin d'œil de lire en l'autre.
Les choses s'accélérèrent d'un coup. Yumi serra son pistolet et courut vers la tête du Favori, mais Stern se cala devant elle et la plaqua. L'adolescente ignora ses poumons choqués, dopée par l'urgence de la situation, et asséna un coup de coude à son adversaire. Elle commença à ramper pour se relever et reprendre sa course, mais fut aussitôt rattrapée. Elle agita ses pieds frénétiquement dans une farouche tentative de se dégager. Elle y parvint presque quand elle entendit des pas rapides marteler le dos du Sanglier. L'instant d'après, Elisabeth passait à toute vitesse à côté d'elle, poursuivie par Ishiyama. La rebelle était rapide, mais sa poursuivante arrivait à son niveau... Les yeux de Yumi passèrent de son pistolet aux deux femmes. Son sang ne fit qu'un tour. Du plus vite qu'elle put pour tromper l'alter, elle leva la main, pointa son arme vers son alter, et tira. La balle ne la toucha pas, mais fila devant elle et la ralentit. Ce fut juste assez de temps pour Elisabeth, qui bondit sur une des défenses du monstre.
Un coup de canon déchira l'air. Le Sanglier poussa un grognement de mourant. L'onde de choc du son poussa Yumi en arrière. Elle crut que sa boîte crânienne allait exploser. Elle se recroquevilla autant que possible. Ses jambes tremblaient, son dos hurlait. Pour un peu pouvait-elle voir l'air onduler avec le cri derrière ses paupières closes.
Yumi sentit le poids de son assaillant s'éloigner, laissant un courant d'air frais attaquer sa peau moite. Le Favori entamait sa chute à une vitesse magiquement lente. La réalisation, freinée par la conscience secouée de la japonaise, ne lui parvint qu'au ralenti. Elle resta un instant hébétée, figée par le sol de plus en plus proche, quand soudain un main l'agrippa et la força à se relever. Une tornade rose et noire la souleva et l'entraîna vers le bas. Un cri de terreur lui parvint sur sa droite. Elle remarqua Stern, en train d'agiter les mains en tentant désespérément de prendre appui sur quelque chose alors que la gravité le faisait descendre sans pitié de son support. Les images tournoyèrent devant les yeux de la Lyoko-Guerrière, son attention ne parvenait à se fixer où que ce fût. Enfin, elle sentit quelque chose de solide sous ses pieds. Ses genoux se courbèrent d'instinct, mais l'impact du Favori avec le sol envoya une autre vibration et la fit trébucher. Le bras d'Elisabeth se posa sur son dos comme une barrière protectrice. Elles attendirent toute les deux, couchées étrangement l'une contre l'autre, attendant que leur monde consentît à retrouver sa stabilité. Le temps continua à marcher au ralenti, un silence pesant d'appréhension écrasa les deux jeunes combattantes.
Elisabeth leva les yeux sans oser bouger sa tête. Son souffle erratique incendiait ses poumons tandis que son cœur bataillait pour retrouver un rythme normal. Elle plia et déplia sa main gauche, constatant qu'elle avait perdu son pistolet dans la panique. Cependant son Weregun était toujours là, greffé sur son autre paume, luisant comme une lanterne dans le paisible chaos. Elle se redressa et tapota l'épaule de sa protégée. Ses pupilles sondèrent la pièce dans un réflexe d'évaluation. Elle remarqua Nicolas, essoufflé mais relativement intact, tenant en joue Della Robia. A côté de lui, Odd se massait la nuque. Ses cheveux blonds en désordre arboraient des mèches rouges foncées, mais il s'en sortait visiblement bien. Dans un coin, Ulrich et Aelita aidaient un XANANTI perdu à reprendre conscience. Sa jambe avait pris un angle étrange. Cependant, il parut être le seul survivant de son équipe. Deux cadavres sanguinolents étaient collés au mur, l'un d'eux avait même laissé une traînée de sang sur la paroi. Ca et là, la chef des rebelles repéra un bras dépassant de sous la carcasse d'un Favori. Peu de chances qu'ils fussent encore en vie. Le poids de la bataille se retira des épaules d'Elisabeth en constatant que, malgré tout, ils étaient victorieux. Ils avaient réussi.
Soudain, un cri de colère la surprit. Elle eut tout juste le temps de se retourner pour faire face à une Ishiyama rouge de rage, pantelante de haine, la jambe dressée filant vers la combattante.
- Tu vas payer ça!"
Le coup de pied fracassa le ventre d'Elisabeth. Elle heurta violemment le sol, son dos dérapant contre la ferraille, pulvérisant sa colonne. Elle tenta de se ralentir en posant ses semelles sur le sol, ses mollets entraînés par le mouvement parurent se déchirer, mais elle tint bon. Elle s'arrêta juste à temps pour ne pas toucher la vitre derrière elle, le froid agressant sa nuque alors qu'elle reprenait ses esprits. Elle n'en eut guère le temps que, déjà, Ishiyama prit appui sur le cadavre de son Favori et bondit sur la combattante, un débris tranchant d'une des carcasses dressé, ses yeux incendiaires, son expression enragée.
Elisabeth ne réfléchit pas. Tout s'enchaîna sans qu'elle ne l'anticipât vraiment. D'un seul coup, elle leva son Weregun, plaça ses doigts contre la détente... Son ennemie fondait sur elle, elle était juste au-dessus... Elisabeth replia les jambes, il fallait qu'elle se protégeât... Elle visa de son arme, elle ne savait pas où, n'importe où... Ses jambes crispées se bloquèrent encore alors que le corps touchait les pieds... Son expression se durcit, la seule idée que son cerveau renvoyait était "Défends-toi, défends-toi, elle est à ta portée alors DEFENDS-TOI"...
Elle tira. Elle entendit tout juste la détonation. Elle sentit à peine le tremblement de l'arme. Un peu de sang lui tomba dessus. Prise dans son mouvement, elle bascula en arrière, entraînant son ennemie touchée vers la vitre. Un bruit suraigu de verre explosé lui transperça les oreilles. Alors qu'elle roulait en arrière, la gravité voulut la remettre debout. L'amplitude du mouvement l'amena tout droit vers les restes de la surface brisée. Elle crut tomber...
Une main agrippa la sienne et la tira en avant. Elle tomba brutalement au sol, la chaleur d'un corps la couvrant. Ses paumes pressèrent le sol alors qu'elle se pencha et tenta de reprendre le contrôle de son souffle erratique. Un cri attira son attention dévastée. Deux voix, ensemble, différentes, mais déchirantes.
Elle leva les yeux et reconnut à ses côtés Ulrich, son regard passant de la vitre brisée à Elisabeth. Il était autant inquiet que choqué. Devant elle, Stern et Della Robia la dévisageaient. On aurait dit que le ciel venait de leur tomber sur la tête. Mais le pire était Yumi, figée comme une statue, le cri qu'elle avait poussé dessinant encore ses lèvres grandes ouvertes. Elisabeth vit les genoux de la japonaise trembler, se courber, entraîner le corps vers le sol. Un instant plus tard, elle était à terre.
Le bureau de Belpois trembla alors que Jérémie fixait son alter. Ses mots avaient bien atteints son cerveau, mais pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, il ne les comprenait pas. Ce garçon, en face de lui... Pareil à lui? Sa face sombre? C'était impossible, ça ne pouvait être cette solution, ça ne pouvait...
Mais ces murs, cette pièce, tout cela lui ressemblait... Ce monde était trop commun à ses doutes, trop comme lui. Sans fantaisie, juste concret, juste informatique, mathématique... Juste lui. Il n'arrivait pas y croire, mais aussi fort qu'il essayait, l'idée s'imposait malgré lui.
Ce monde, c'était lui et pas XANA. Il avait créé ce monstre qui le dévisageait d'un rictus infernal.
"Ils ne sont pas vraiment "vous", mais plutôt ce qui aurait pu vous arriver" C'était évident. Depuis le début, il avait sa réponse. Belpois était sa peur. Belpois était le "et si..." qui le hantait.
Il ignorait encore comment, mais c'était bien Jérémie qui avait donné naissance à cette folie. Pas son double.
Il sentit ses yeux le brûler et sa tête lui tourner. Il détourna le regard, le ventre serré, pensant à Aelita. Pensant aux autres. Il les avait envoyé tout droit dans un enfer... Qui était le sien. Dans un danger pire qu'un XANA assaillant Lyoko. Et il n'avait aucune idée de comment les en sortir. Il n'était pas sûr que sa mort pourrait effacer ce monde. Il n'était pas sûr qu'un retour dans le passé pouvait changer quoi que ce fût, à ce stade. Il n'avait aucun plan. Quel chef partait en mission sans plan, hein? Quel genre de guide était-il? Comment pouvait-il prétendre comprendre la situation, et Lyoko...
Lyoko. Le nom le frappa aussi violemment qu'une gifle alors que ses pupilles s'arrêtèrent sur les ordinateurs hantant le bureau.
Lyoko n'apparaissait nulle part. Pourtant, avec autant de moyens, il devrait y avoir au moins un écran consacré au monde virtuel... Lyoko n'existait pas dans ce monde? Ou tout du moins son alter ne l'avait pas découvert? Alors n'avait-il jamais parlé à Aelita? D'après ce qu'il savait de Belpois, il avait rencontré XANA, mais la jeune princesse du monde virtuel, elle...
Il comprit alors. Il comprit la différence. Ce qui avait fait que lui, Jérémie, n'était pas le monstre destructeur qu'il craignait de devenir. La réponse était là aussi depuis le début, mais cette fois-ci l'évidence ne blessa pas le génie. Elle le secoua. Il devait se reprendre à tout prix! Lui aussi avait une bataille à mener, ce n'était pas le moment de se laisser décontenancer! Il était loin d'avoir perdu... Il ne devait juste pas se tromper. Surtout pas.
Doucement, Jérémie releva la tête vers son alter, plus sûr de lui que jamais bien que ses mains tremblaient. Il s'approcha, s'autorisant à détailler l'adversaire: ses yeux fixes et arrogants, son rictus sûr de lui, ses muscles tendus comme une statue... Comment avait-il pu se croire vaincu?
- Tu sais, avant d'arriver ici, j'en étais à douter de la noblesse de mes actions. Je me demandais ce que j'aurais pu être, si mes choix avaient été différents. Peut-être qu'au fond, je n'étais pas aussi bon qu'il ne m'arrangeait de le croire... Alors, quand on m'a parlé de toi, j'ai redouté de conclure que nous sommes pareils, même si ça me semblait évident, au fond. Mais maintenant que j'ai vu le désastre que tu as provoqué, aussi bien pour toi que pour les autres, tu ne me fais plus peur. Oui, ta solitude a été la mienne. Oui, tes craintes sont communes aux miennes. Mais que nous soyons identiques? Non".
L'alter leva un sourcil, intrigué par le discours de Jérémie. Il s'approcha à son tour, chercha le doute ou la peur dans l'expression de Jérémie. Celui-ci fit de son mieux pour ne pas broncher. Il pouvait l'avoir s'il gardait son calme. Il pouvait avoir le dessus. Il garda ses yeux rivés dans ceux de son alter, même alors qu'il fût assez proche pour que leurs souffles se mêlassent. Belpois siffla avec lenteur:
- Pourquoi es-tu là, alors? Pour régler des comptes avec toi-même? T'assurer naïvement que tu es meilleur que moi?"
- Je suis là pour tenter tout de même de t'arrêter. Ton allié n'est pas le bon. Ton combat ne mènera nulle part. Ca, même si nous sommes différents, tu peux le comprendre".
L'alter éclata de rire. Froidement, sans amusement. Juste un rire sorti de nulle part, mais terriblement glaçant.
- Mon combat, dis-tu... Commment peux-tu l'affirmer, puisque tu n'y as pas pris part? Tu ne sais rien. Rien. Et dire que tu penses pouvoir m'apprendre quelque chose!"
Jérémie eut le temps de voir le poing de son alter foncer sur lui, mais ne put l'anticiper. Il heurta son estomac à toute vitesse, envoyant un spasme de douleur dans son estomac, l'étourdissant un moment. Deux mains agrippèrent sa veste et l'envoyèrent voler à travers la pièce. Son dos fut arrêté par un mur qui ne manqua pas de lui fracasser la colonne vertébrale. Il retomba lourdement sur son bras gauche et réprima un gémissement, les yeux fermé dans un effort de concentration. Il eut à peine le temps de se redresser que déjà, son alter était au-dessus de lui. Il inclina son corps raide dans un angle droit et observa Jérémie se tordre pour se relever. Il n'y avait plus aucune trace d'amusement dans ses traits. Au contraire, il était devenu plus glacial que les murs de Solar Building.
- J'ai essayé d'être gentil. On en a profité. J'ai essayé d'être cool. On y a pas cru. J'ai essayé d'être intelligent. On s'en foutait. J'ai essayé d'être indifférent. On m'en empêchait. Les autres n'en savent pas plus que toi. Tu es comme eux, comme tous ceux à qui j'ai fait payer. Après tout, plonger quelqu'un dans un tel désespoir qu'il n'a plus rien à perdre, c'est criminel, n'est ce pas, monsieur le Justicier? Quelle peine on donne, à ceux qui écartent de leurs jeux un pauvre enfant à grands coups de pieds? Ah, ils voulaient être "les autres" par rapport à moi? Ah, ils voulaient de la distance? Aujourd'hui, ils ne sont rien de plus que ça, les autres, les minables, les méprisables, les détestables autres. Anonymes, au mieux. Rien, en général. Elle est belle, la justice, hein, Saint-Jérémie?"
L'alter saisit à nouveau le col du génie. Ses mains tremblaient en serrant le tissu. Les regards s'encastrèrent l'un dans l'autre, avec une violence indicible.
- J'ai rêvé que ce jour vienne. Et ça y est. Je suis dans ce rêve. Sauf que le jour ne se lèvera plus jamais. Mais ça, tu ne peux pas comprendre, parce que tu es... Commun. Comme eux. C'est terrible, d'être comme eux".
Il ria à nouveau, sans décrocher son regard. Mais Jérémie n'eut pas même un frisson. Il avait compris. Il savait comment l'avoir.
- Ose m'arrêter. Ose être leur soleil. Tu brûleras avant..."
- Moi aussi, j'ai essayé"
L'interruption surprit l'alter, qui resta la bouche ouverte et les sourcils froncé, trop pris de court pour réagir. Jérémie enfonça encore son regard dans les orbes troubles qui lui faisait face, et parla lentement, détachant chaque syllabe avec un calme si naturel, si libérateur.
- J'ai essayé. J'ai fait tout ce que je pouvais. J'allais renoncer, moi aussi. Puis je l'ai vue. Elle, cette fille aux cheveux roses".
Les yeux de Belpois s'agrandirent brutalement, comme s'il avait été frappé par la foudre. Il lâcha un peu le col, ses muscles délaissés par le cerveau surpris. Jérémie crut l'avoir assommé par la force de ses mots. Mais il n'en avait que faire. Il avait compris ce monde, ces alters, cet autre, tout. Il avait compris.
- XANA t'en a parlé, n'Est-ce pas? Cette fille aux cheveux roses, cet avatar parfait, cette Belle au Bois Dormant à un code près de la renaissance? C'est pour elle que tu n'as pas encore trahi XANA, n'est ce pas? Tu pourrais t'emparer de son savoir. Tu pourrais ne plus dépendre de lui. Mais tu ne l'as pas fait. Parce qu'il t'as parlé d'elle".
Les pupilles de son alter s'assombrirent brusquement, ses traits se crispèrent en une moue menaçante, ses doigts retrouvèrent leur vigueur. Il ressemblait à un dragon proche d'incendier une région entière. Ca ne suffisait plus pour avoir Jérémie.
- Ne viens pas me parler de ton désespoir. Tu n'as pas la moindre idée de ce que c'est vraiment, sinon tu ne serais pas là, à tenter de la mener à toi. Tu n'es pas un justicier, tu n'es qu'un gamin apeuré qui veut un ami à serrer dans ses bras le soir, quand les monstres sortent des ombres. Tu n'es pas un génie du mal, tu es un doute né de mon esprit, et si je te retire le pouvoir de m'effrayer, alors tu n'es plus un danger pour moi, pas même un ennemi!"
Il conclut sa phrase d'un coup de pied dans le tibia de son alter. Sa jambe partit avec une force qu'il n'aurait jamais soupçonnée et atteignit sèchement son but, provoquant un cri de douleur. Belpois se courba davantage, emporté dans un mouvement de recul. Jérémie sauta sur l'occasion et se redressa aussi vite que possible. Il replia son bras et envoya son poing dans le ventre de son adversaire. Il sentit ses phalanges heurter le corps et s'enfoncer dans la chair, expulsant un souffle coupé hors des poumons de l'alter. Profitant de l'effet de surprise, Jérémie écarta sans ménagement son double de son chemin et lui asséna un dernier coup de pied. Une fois assuré que l'alter était assommé, il se précipita vers les ordinateurs. Il souleva la chaise de bureau et, de toutes ses forces, la jeta contre l'armée d'écrans en face de lui. Trois ordinateurs volèrent au sol et s'y fracassèrent dans un crépitement de cassure. Jérémie reprit son massacre et brisa d'autres machines, encore et encore, la gorge brûlante sous le cri que lui arrachèrent ses membres endoloris, l'adrénaline annihilant toute pensée. Le front en sueur, le souffle coupé et le dos plié, il laissa ses bras reposer son "arme" au sol. Il n'avait plus en face de lui qu'un immense écran, celui de XANA. Il dut le regarder un peu trop longtemps, car Belpois rappela sa présence derrière lui:
- Non! Surtout ne le brise pas!"
Jérémie tourna lentement son attention vers son alter, son souffle faisant voleter quelques mèches folles. Il le dévisagea, à la fois sonné et fier du déchainement d'énergie qui venait de le secouer. Si on lui avait dit un jour qu'il massacrerait volontiers tout un tas d'ordinateurs! Même Belpois semblait ne pas en revenir. Son regard, toujours venimeux, dégageait aussi une certaine appréhension. Ses pupilles volaient entre les mains de Jérémie, crispées sur le siège, et l'écran de XANA, où brillait l'œil stylisé. Il ne semblait s'accorder aucun mouvement, comme si le moindre tremblement risquait de faire s'effondrer Solar Building... Ses membres étaient tendus, prêts à bondir mais retenus avec autorité. Le génie pouvait voir en Belpois l'instinct batailler avec la raison. Il sentit une vague de soulagement l'envahir. Il avait réussi... Il avait l'avantage! Il fallait qu'il gardât son calme, qu'il restât concentré sur l'objectif de la mission...
Doucement, en s'assurant que son alter comprit la menace, il souleva la chaise et s'approcha de l'écran rescapé. Le chef de Solar Building écarquilla les yeux et ne put s'empêcher de s'avancer.
- Je te dis de ne pas le briser!"
- Dis-moi où se trouve le Supercalculateur, et mène-moi à lui. Je laisserai cet écran en paix à cette condition".
- Ne te moque pas de moi! Tu voudras l'éteindre! A ce prix, tu peux bien faire pareille promesse!"
- C'est toi qui vois. Tu coopères, où tu perds toute chance de trouver la fille en rose un jour. Sans communication directe avec XANA, il serait compliqué d'arriver à tes fins, n'est-ce pas? De plus, je sais que tu as sur cet ordinateur des fichiers dédiés à elle. Si je brise cette machine, tu peux les oublier. Au moins garderas-tu cela, si tu m'obéis".
Belpois jaugea Jérémie un temps, hésitant, incapable de se décider. Les bras de l'adolescent commençaient à crier de douleur, ils ne parviendraient pas à porter cette chaise davantage, et pourtant la savoir prête à reprendre son carnage rassura le génie. Il serra les dents et patienta. Belpois quant à lui faisait danser son regard entre le dernier ordinateur et son adversaire, semblant à la fois hésitant et concentré. Finalement, il baissa la tête et murmura simplement, la voix étrangement tremblante:
- Très bien, très bien. Suis-moi, nous allons devoir redescendre..."
Le cœur du jeune homme ne put déterminer s'il pouvait cesser sa course effrénée ou non. C'était une demi-victoire, mais... Jérémie ne se sentirait vainqueur qu'une fois assuré que le Supercalculateur était neutralisé. La sensation lui rappela ces instants, où lorsqu'Aelita tapait le code Lyoko, il repassait mentalement chaque élément et priait pour n'avoir rien omis... La seule donnée qu'il ne possédait pas était l'état de ses alliés. Pourvu que la bataille se passât bien...
Vivement, Jérémie sortit son poignard et le pointa vers Belpois à bout de bras. Il passa sa langue sur ses lèvres dans une ferme tentative de garder son calme et redressa ses lunettes sur son nez. Son alter le regarda mi-agacé mi-perplexe en se relevant. Une fois debout, il s'autorisa un sourire et siffla:
- J'espère pour toi que tes amis ne sont pas en miettes... Réalises-tu que s'ils ont cédé, tu ne pourras te défendre?"
- Je leur fais confiance" Répondit gravement Jérémie en faisant de son mieux pour y croire. Son intelligence cependant ne cessait de répéter qu'il ne pouvait ignorer la pire possibilité...
Les deux jeunes hommes montèrent dans l'ascenseur, le poignard toujours pointé vers le chef de Solar Building, tremblant un peu plus à chaque seconde les rapprochant du champ de bataille. Ils ne se quittèrent pas un instant des yeux, s'appréciant comme deux bêtes avant l'assaut.
La porte du cercueil de fer s'ouvrit finalement, mettant fin à l'affrontement muet. Jérémie ne reconnut qu'à grand peine l'endroit d'où il venait. La pièce était occupée par le cadavre de trois immenses créatures, dont le Favori de Della Robia. Sans doute les deux autres étaient-elles ses camarades... A sa droite, une partie de la vitre était en morceaux. Le sol était barré de griffures et occupés par quelques corps ou parties parfois désarticulés, parfois sanguinolents. Mais le plus impressionnant était Elisabeth, à terre et se précipitant vers une Yumi papillonnant comme au retour d'un évanouissement. Les alters des Lyoko-Guerriers étaient immobiles tels des statues, seule la rage jaillissant de leurs traits rappelaient leur condition vivante. Jérémie nota aussitôt que parmi eux manquait Ishiyama. Cela ne devait pas être normal, car Belpois s'agita à ses côtés.
- Que s'est-il passé, qu'avez-vous fait?!"
Les combattants se tournèrent d'un même vif mouvement vers les deux génies, frappés par le cri. Les expressions varièrent de l'étonnement pur à la crainte en passant par l'espoir et l'interrogation. Jérémie ne sut pourquoi, mais il sentit qu'il dût clarifier les choses au plus vite. Il mit son poignard en évidence contre la joue de son alter et se colla à lui en balayant du regard l'assistance.
- Votre chef s'est rendu, nous nous rendons au Supercalculateur. Je vous conseille de suivre sa décision, ou je l'abats!"
La perplexité domina d'un seul coup toutes les autres réactions. Même le jeune homme se sentit intrigué par ses propres paroles. S'en prendre à la seule personne qui pût le mener à son but? Stupide, affreusement stupide, cela ne convaincra personne...
- Faites ce qu'il vous dit. Nous allons au Supercalculateur".
Jérémie ne sut comment prendre le soutien de son ennemi. Il lui jeta un coup d'œil, mais ne lut en lui qu'un calme assuré et autoritaire. Il y eut une seconde de flottement durant lesquelles chacun chercha à analyser la situation, mais elle fut vite interrompue par l'ordre coupant de Belpois:
- Obéissez. Maintenant".
Della Robia et Stern se regardèrent vivement. Une lueur d'appréhension brilla dans leurs yeux, mais ils consentirent à se diriger vers la grande porte. Jérémie intima à son alter de reprendre sa marche. Abasourdis, ses camarades le rejoignirent sans piper mot. Une ambiance lourde de méfiance électrifia l'air. Une poignée de monstres les aperçurent et se dirigèrent vers eux, mais Stern claqua des doigts et lança un regard menaçant vers les survivants. Aucun d'entre eux n'étaient humains... Les machines se plaquèrent aussitôt contre les murs et se maintinrent immobiles. Jérémie fit de son mieux pour ne pas se tourner vers eux. Il n'était pas sûr de pouvoir rester impassible s'il voyait leur symbole stylisé étinceler sur son passage...
La descente se fit dans le même calme étrange et pesant, les pas s'alourdissant à chaque marche. Jérémie crut à plusieurs reprises tomber en avant alors que son équilibre devenait précaire. Il inspira le plus discrètement possible par le nez et tenta de capter l'attention d'Aelita. Il eut l'agréable surprise de remarquer qu'elle en faisait autant. Ils se sourirent, peu rassurés.
Finalement, le groupe atteignit le rez-de-chaussée. Le sol était encore jonché de cadavres de monstres ou de XANANTIS, comme écrasés par le silence de mort. Jérémie retint son souffle devant ce spectacle. Personne ne s'autorisa un mouvement alors que Nicolas alla dégager l'ascenseur central de la pile de monstres qui le bouchait. Jérémie garda un œil sur son double, qui lui-même fixait les corps d'un air fier, récoltant des coups d'œil méprisant de la part d'Elisabeth. Il se passa quelques secondes lourdes, durant lesquelles il semblait que le moindre souffle pouvait tout faire basculer. Belpois lui-même parut à peu de choses de narguer ses adversaires, tandis que la chef des défunts combattants gardait la main crispée sur son arme, prête à lui faire ravaler le moindre sourire. Puis, enfin, Nicolas déclara la voie libre. Un dernier sourire mesquin de la part de Belpois et la troupe entra dans l'élévateur. Jérémie s'interdit le moindre regard supplémentaire aux combattants étendus devant lui. Il n'était pas sûr de pouvoir le supporter. Son alter posa sa main sur un boitier, tapa un code affreusement long et s'annonça dans un petit micro avec de mécaniques réflexes. Aussitôt, les portes se refermèrent, emprisonnant derrière elle des cœurs battants et des souffles impatients tout juste contenus.
La descente se fit pesante et interminable, comme si les effets de la gravité s'était abattue sur chacun avec une force décuplée. L'attention de Jérémie s'accrochait au plafond, espérant peut-être accélérer le temps. Ou le ralentir. Il ne savait plus, l'excitation brouillant tous ses sens. Il n'entendait plus que son organe vital, suspendu à un fil au-dessus du vide. Il n'avait aucune idée de ce qui allait arriver, mais cela allait être la conclusion de cette étape. Et il n'était pas certain d'être prêt pour ce qui fonçait sur lui à toute vitesse. Maintenant qu'il connaissait l'origine de ce monde... Quel genre d'épreuve finale l'attendait au bout des chemins sinueux de son esprit?
Les lourdes portes d'acier mirent un terme à ses questions. Ses yeux se posèrent sur la salle du Supercalculateur et il se surprit à n'être étonné de rien. Sans doute parce qu'aucune attente n'avait eu le temps de naître de son imagination.
La pièce était immense et circulaire, du gris sombre de l'acier. Des tuyaux, imposants, couraient le long des murs comme des racines artificielles. Des lumières vacillantes et poussiéreuses marquaient le tour du plafond en grésillant tel des violons torturés. Des particules volaient dans l'air et le rendait irritant. Sur le côté, une sorte de cylindre géant ouvrait la gueule, laissant apparaitre son palais sinistre nuancé par une légère teinte de bleu métallique. C'était un scanner, prêt à envoyer des volontaires vers une destination inconnue. Il faisait face au flanc de l'élément central, le Supercalculateur. Il était quasiment identique à celui dont les Lyoko-Guerriers avaient l'habitude, si ce n'était ses détails d'ordinaire dorés, devenus rouges. Sans doute n'était-ce que le terrible contexte, mais il sembla à Jérémie que le Supercalculateur était aussi agrandi... Jamais il n'avait autant pris l'apparence d'un monstre prêt à le détruire. Mais surtout, il était pour le génie comme une ligne d'arrivée, le dernier obstacle à franchir pour en finir avec Solar Building... Le cœur même de ses doutes. Dans un monde comme dans l'autre.
Il respira un grand coup, essayant de calmer le bourdonnement infernal qui troublait ses pensées. Dans un même élan avec le groupe, il s'avança vers le bouton de la machine. Sans trop comprendre pourquoi, le jour où il l'avait pressé pour la première fois lui revint en mémoire. La curiosité mêlée à l'excitation, les questions envoyant sa main en quête de réponse, sa peau frôlant la surface froide puis la pressant sans plus de réflexion... Tout dans cette réminiscence respirait l'attirance. Il avait été attiré par ce simple cercle. Il l'avait appelé, le bout de ses doigts frissonnant en imaginant les théories les plus folles...Et ce pouvoir... Celui de découvrir un secret. D'être le seul, face à tous ceux qui ne savaient pas... Cela avait été grisant. Était-ce ainsi que son alter l'avait vécu? Sans doute. Il n'y avait qu'à voir l'air de pure nostalgie qui voilait ses yeux, comme ce sourire attendri, rajeuni. La différence n'avait pas dû se situer là. Au moment de plonger dans le vide, ils avaient dû penser les mêmes choses, être du même côté pour la dernière fois.
Jérémie secoua la tête. Comment pourra-t-il jamais s'empêcher de songer à cela dans les moments les moins propices? Il devait se concentrer pour venir à bout de sa tâche. Le reste... Le reste viendrait après. Peut-être.
Il se décida à reprendre les choses où elles en étaient rendues et passa son poignard contre la peau de son otage. Le moment décisif était venu.
- Maintenant. Lance la désactivation. Arrête tout".
Belpois se tourna vers Aelita, l'air rêveur. Il s'approcha et frôla une mèche de cheveux rose du bout des doigts, semblant ignorer les tremblements secouant la jeune fille. Jérémie pressa un peu plus le poignard sur la gorge de son double. Il n'avait pas envie de tuer, mais que cet autre approchât sa princesse, pour voir, et il saurait faire taire la voix de sa raison. Il ne laisserait pas une version maléfique de sa personne blesser Aelita.
Pourtant, Belpois ne fit rien de plus. Il se contenta d'observer. Doucement, il éloigna sa main. Un cheveu se logea entre ses doigts. Il le regarda encore un instant, puis s'en débarrassa vers le scanner. Le fil rose retomba gracieusement dans la machine avec un calme hypnotique, surnaturel. Puis, comme sorti de nulle part, Belpois rit. Un rire explosif, hystérique, vainqueur. Jérémie put sentir sa puissance pulser contre sa lame. Il ne broncha pas, incertain mais prêt à tout.
- Je n'ai jamais su accepter la défaite, de toute façon..." Souffla l'alter.
D'un seul coup, il se propulsa vers le Supercalculateur et se cala entre le bouton et les XANANTIS. Jérémie n'eut le temps de rien anticiper. Il vit un éclair argenté foncer sur lui. Il l'évita de justesse, serrant les dents alors qu'il sentit la froideur d'une arme à feu frôler ses tempes, et se précipita vers Aelita dans une rapide tentative de la couvrir. Un coup de feu partit derrière lui tandis que quelque chose se planta dans le mur. Une balle.
- Nicolas!"
Jérémie se tourna vers l'origine du cri. Le combattant était à terre, un point rouge affreusement déplacé fiché entre ses deux yeux. En face de lui, Stern tendait une arme, son expression calme et dure. Alors que la génie luttait pour comprendre ce qui se passait, Yumi et Elisabeth furent frappées d'un coup de crosse surpuissant asséné par Della Robia et s'effondrèrent, inconscientes.
Les oreilles du génie sifflèrent de surprise et de panique alors que son cerveau partait dans toutes les directions. Ses yeux se baladèrent partout et nulle part, obéissant aux ordres incompréhensibles de l'esprit. Ils s'accrochèrent au regard effrayé de la princesse, puis au rose qui l'entourait comme une auréole incongrue dans cette scène de bataille.
Le rose. Belpois. Il devait le retrouver!
Tout juste eut-il le temps d'y songer qu'un coup de pied le frappa au ventre et le sépara de sa protégée. Le souffle coupé, il se rattrapa de justesse sur ses coudes. La rudesse du choc envoya un spasme douloureux dans ses avant-bras. Mais son ventre ne n'avait pas heurté le sol que le corps tout entier fut soulevé par derrière et quitta le sol pour être rejeté en arrière sans ménagement. Il retomba lourdement contre une surface inégale. Le moindre rebord s'enfonça dans sa peau, fracassa ses os. Les yeux crispés dans un vain espoir d'échapper à la douleur, Jérémie se redressa. Une main vint enserrer son cou et, à nouveau, il n'avait plus pied. Ses paupières s'écartèrent alors que ses mains, dangereusement raides, serrèrent celles qui le retenait prisonnier. Le monde devant lui se résuma à des orbes bleues identiques aux siennes, électriques et folles. Elles envahirent l'esprit du génie, jusqu'à ce qu'il ne pût penser à rien d'autre.
Yumi se redressa, lourdement appuyée contre le mur, sa tête tournant douloureusement. Une agaçante faiblesse s'acharnait à la ramener au sol. Ses muscles étaient engourdis, ses tympans explosés, sa vision confuse. Elle sentit la chaleur ferrailleuse d'un liquide contre sa tempe et y passa sa main. Ses doigts se rougirent, mais son esprit sonné ne put mettre des mots sur ce qu'elle vit. Elle resta affalée contre la surface froide, incapable d'amorcer le moindre mouvement.
Finalement, ses sens revinrent, sifflants et laborieux, mais suffisants pour lui dévoiler la scène. Odd tâchait de défendre Aelita contre son alter tandis qu'Elisabeth portait maladroitement secours à Ulrich, acculé par Stern. Ce dernier saisit la combattante par le bras et, d'un geste terrible et imparable, la retourna et plaqua son pied dans son dos. L'instant d'après, un bruit glaçant de craquement, suivit d'un cri strident et du son d'un objet retombant au sol achevèrent d'éveiller Yumi. Elle évita la scène du regard et repéra Jérémie, face à son alter. Il tentait tant bien que mal de se défaire d'une prise enserrant son cou, renversant sa tête en arrière, menaçant de le briser en deux... La japonaise approcha, titubante, incertaine. Mais quelque chose au sol la fit trébucher. Sa paume s'écrasa sans grâce sur un objet cylindrique, dur, froid...
Le Weregun. Il brillait, appelant, envoûtant, étrangement doux et tentateur, mais surtout naturel. Du bout de ses doigts, la jeune femme caressa la crosse, puis passa à la détente. Elle n'eut pas même besoin de songer à ce qu'elle faisait. Une impression inédite, inévitable mais chaleureuse l'envahit comme une vague puissante et protectrice. Jamais elle n'avait été aussi certaine de ce qu'elle devait faire. Qu'importait qu'elle n'en avait aucune idée.
Elle saisit le Weregun, parfaitement encastré dans les plis de sa main, comme si on l'avait taillé pour elle. Dans un mouvement qui lui parut éternel, elle leva le bras, visa Belpois. Elle ne chercha pas à garder sa trajectoire, seule sa main agissait...
La détonation la propulsa en arrière, le choc du tir envoya une salve de douleur dans son bras fatigué. Mais ses yeux, eux demeurèrent ouverts. Elle vit la balle traverser Belpois et laisser une petite pointe rouge dans son abdomen. Derrière lui, le bouton d'activation du Supercalculateur éclata, pulvérisé.
Soudain, tout s'arrêta. Les alters cessèrent de bouger, comme si ce fut eux que le tir avait fauchés. Jérémie recula en hoquetant. Il se débarrassa de la prise meurtrière de son double et passa sa main sur sa gorge en la massant maladroitement. Ses pupilles balayant la scène du regard ne parvenaient à déterminer quel élément devait retenir son attention. Puis enfin, Yumi vit Elisabeth la dévisager, étonnée et pâlissante. Son épaule blessée la maintenait effondrée et ses cheveux barraient son visage tordu de crispation, mais elle tenta de se relever, vite soutenue par Ulrich. Au même moment, une poigne força Yumi à se dresser. Odd et Aelita étaient à ses côtés et fixaient la chef des XANANTIS. Un ordre muet passait entre eux. Il fit tout comprendre à la japonaise.
Elle avait tué Belpois. Elle tenait l'arme qui venait d'abattre le chef de Solar Building. Elle avait tué un homme.
Elle trembla alors que les mots la frappaient sans ménagement. Elle n'entendit plus qu'un vague acouphène, elle crut flotter alors que le temps s'interrompait sur ce détail...
Puis une voix lui parvint, comme une bouée de sauvetage venue la tirer hors de son océan de confusion. Son corps resta engourdi, alourdi par l'eau fantôme qui l'entourait alors que les évènements s'accélérèrent.
- Tout le monde dans l'ascenseur MAINTENANT!"
D'un seul élan, le groupe se précipita dans l'élévateur. Chaque étape parvint à Yumi en saccadé, à la fois rapides et détachées de sa personne. Elle fut entraînée par ses deux amis vers l'ascenseur. Elisabeth, première arrivée avec Ulrich, n'attendit pas les autres pour enfoncer le bouton de montée. Le reste des Lyoko-Guerriers sautèrent à ses côtés avant que les lourdes portes ne se refermassent sur eux. La combattante eut juste le temps de lancer un fumigène dans la salle, ainsi qu'une petite bombe. La dernière image qui s'offrit aux Lyoko-Guerriers avant que les deux lèvres d'acier ne se rejoignissent fut celle des deux derniers alters, étrangement calmes et souriants, presque sereins...
La montée parut affreusement lente, mais enfin la gueule de l'ascenseur se rouvrit. Accrochés les uns aux autres, le cœur battant, les jambes légères et le cerveau perdu, tous se retrouvèrent dans le hall où les corps des XANANTIS et des monstres reposaient encore. Ils coururent devant eux, incapables de voir autre chose que le monde extérieur. La sortie annonça la délivrance alors qu'une déflagration engloutit l'espace. Le sol trembla, fissurant la surface sous les pieds incertains. Jérémie finit plaqué face contre terre, le front heurtant un peu trop violemment le chemin. Les images dansèrent devant ses yeux comme des flashes éblouissants, trop vifs. Les lumières de la ville s'éteignaient autour de lui tandis qu'un grondement sourd envahit l'esprit du jeune homme. Il ne voulait même plus se retourner pour voir ce qu'il se passait derrière lui. Les ténèbres étaient trop fortes, son ventre hurlait d'agonie et lui n'en pouvait plus... Il ne chercha pas à résister et laissa sa conscience s'éloigner.
Et voila pour la fin de la Bataille de Solar Building! (j'aurais pu appeler ça le Solar Fight, tiens). Une victoire des Loko-Guerriers... Peut-être?
En tout cas, on se revoit pour l'épilogue de cette saison 1 très vite!
Les fanarts de Solar Building arrivent aussi très bientôt, mais pour ceux qui ne peuvent attendre, mon Deviantart contient déjà un fanart Code Lyoko (du moins, essai de fanart puisque je venais de retrouver Illustrator et ma Tablette graphique, je tâtonnais donc encore un peu), vous pouvez donc me retrouver sous le même petit nom qu'ici, VioletBottle!
A très bientôt, passez du bon temps en ce mois d'Août!
