Bien le bonjour! J'espère que la rentrée s'est bien passée pour vous tous! En ce qui me concerne, elle est chargée, très chargée, mais Merlin merci, j'ai enfin un temps de libre, ce qui me permet donc de lancer la saison 2 de Mondes Alternés, direction un nouvel univers à explorer!

Ce monde-là est sans doute, pour des raisons scénaristiques ou même au niveau des personnages, un de mes deux préférés. Il a été tout autant merveilleux que casse-pieds à mettre en place. Sans doute est-il celui qui m'a demandé le plus de travail. Après les premiers tâtonnements de Solar Building (ou, rétrospectivement, j'allais parfois à reculons), je pense avoir assez de bases dans l'histoire pour creuser encore plus les mondes et leur lien avec le Lyoko-Guerrier correspondant.

Mais je n'en dirai pas plus, de crainte de vous spoiler. Je vous invite donc dans le premier épisode de la saison 2 de Mondes Alternés! Bonne lecture à vous!

Disclaimer: Jérémie et son équipe, ainsi que XANA, Lyoko et Kadic ne m'appartiennent évidemment pas, tout le mérite revient à leurs créateurs.


473 353 890 secondes auparavant...

Une petite fille gambadait joyeusement dans les verdoyantes terres de la forêt de Peerasinisma. Sa longue robe blanche, illuminée de reflets verts, voletait derrière elle telle une étincelante aura protectrice. Elle balançait ses petits bras en baladant ses pupilles pêche autour d'elle, admirant les arbres lisses et brillants défiler à la vitesse de sa course. Les feuilles, qui jamais ne quittaient les branches, s'unissaient et formaient un ciel de verdure impénétrable. Pourtant, rien autour de la fillette n'était sombre, elle y voyait aussi clair que ce fût possible. C'était sans doute ce qu'elle préférait à Peerasinisma: peu important à quel moment votre cœur désirait la visiter, cette forêt se dévoilerait toujours aux yeux de leur visiteuse. Et il semblait qu'à présent, elle n'en avait qu'une, la plus enjouée de toutes.

Cette dernière passa une main dans son ondulante chevelure grenat en tentant d'en dompter ses vagues. Son escapade les avaient déchaînées, mais ce n'était pas pour lui déplaire, au contraire. Elle n'avait pas échappé aux espèces de grandes perches raides et pincées que l'on nommait "meilleures coiffeuses de Verso" pour se pavaner avec des mèches domptées et douloureusement tassées sur son crâne! Comme elle préférait les savoir aussi libres qu'elle lors de ses fugues! Et puis, être aussi peu présentable hors de la Tour Staam, le refuge de la Déesse et son foyer depuis toujours, avait un incroyable goût d'interdit. C'était si différent... Et si bon.

Elle savait qu'on devait la chercher à travers tout Verso, c'était certain. Toutes les gouvernantes, toutes les suivantes, toutes les gardiennes étaient probablement en train de pester contre elle tout en parcourant les Cinq Royaumes. Mais elle n'en avait cure. Elle ne reviendrait pas... Du moins pas avant quelques cinquante mille secondes. De toute façon, elle était déjà en retard, alors valait mieux faire profil bas.

Vingt-cinq mille deux cents secondes plus tôt, elle était attendue à la Tour Proelys, le haut lieu des Sages de ce monde, pour son premier rituel de l'Ayesee. Deux fois dans leur vie, les jeunes filles devaient passer une sorte d'épreuve: perchées sur un plateau en lévitation, il leur fallait sauter dans un vide constellés de petits éclats blancs chutant vers d'insondables profondeurs à une vitesse tout juste soutenable. Elles disparaissaient de la vue de toutes pendant quelques secondes, puis elles reparaissaient avec une apparence plus grande, plus élancée, plus majestueuse. On disait alors qu'elles avaient "évolué". Jusqu'alors, la petite fille n'avait assisté qu'à une poignée d'Ayesee, mais cela suffisait pour l'effrayer. Oh, bien sûr, toutes ses petites camarades trépignaient à l'idée de changer un peu, mais elle... Elle n'en savait que penser. Elle se sentait bien ainsi, dotée d'un esprit léger et insouciant, bien loin des figures susceptibles des femmes qui entouraient la Déesse. Cet univers si fermé, si austère, n'aurait jamais été le sien si on le lui avait juste proposé. Mais le choix ne lui était accordé, donc... Donc elle ne savait pas, mais alors que l'heure fatidique fonçait vers elle, la fuite lui avait paru être une excellente option. Peut-être pas la meilleure, mais la plus attrayante. Ce qui était toujours le cas, d'ailleurs. Ainsi, la petite fille ignora l'évidence, qui lui hurlait qu'elle allait finir par se retrouver bloquée à la fin de la terre, pour se concentrer sur sa course. C'était tout ce qu'elle avait, alors elle comptait en profiter. Aussi longtemps que cela allait durer...

- J'espère que tu avais songé à un moyen pour ne pas te perdre"

La voix, haute et claire, surprit la jeune fille dans son élan. Elle se stoppa net, figée par la crainte et la déception d'avoir été retrouvée. Elle n'osa se retourner, redoutant les remontrances qui n'allaient pas manquer de pleuvoir. Mais les secondes passèrent, et rien d'autre ne vint qu'un petit rire amusé et attendri. Moins crispée mais toujours méfiante, l'enfant se retourna aussi lentement que possible.

Devant elle se dressait de tout son port altier la Déesse de Verso. Magnifique dans sa robe rose et ses parures de toutes les couleurs, elle toisait la fugueuse d'un sourire bienveillant mais expectatif. Elle avait les bras croisés contre sa poitrine dans une vague reproduction d'une image autoritaire, mais face à la moue intimidée de la jeune fille, elle soupira. Ce n'était pas comme si elle n'avait pas l'habitude, au fond...

- Tu peux me répondre, à quelle instance supérieure voudrais-tu que je te dénonces? Si tu ne me fâches pas, tu ne fâcheras personne, tu sais".

La petite fille rit un peu, du bord des lèvres. Le ton ne prêtait pas à la désapprobation, mais elle n'était pas certaine qu'elle fût en position de s'amuser. Tout en trouvant l'observation des arbres soudainement fascinante, elle répondit:

- ... Je n'ai pas vraiment réfléchi, à vrai dire..."

- Tu as eu peur" Acheva la Déesse. La fillette approuva mollement, craignant la suite. Mais il n'y en eut pas. A la place, une longue main élégante se tendit devant elle, invitante et chaleureuse. Elle la saisit avec résignation.

Elle fit demi-tour avec une volonté relative, refusant de regarder la Déesse. Au bout d'un certain temps, cette dernière rit à nouveau. Un peu vexée, la fillette essaya de se dégager, mais sa faible tentative fut déjouée par une légère caresse contre sa main. Elle consentit à se tenir en place et à écouter les paroles de l'aînée:

- Je me doute bien que ce n'est pas facile. Moi aussi, j'ai eu peur pour ma première fois".

- Mais on m'a dit que c'est vous qui aviez initié l'Ayesee... Alors pourquoi?"

Un petit soupir lui répondit. "Je me suis laissée entraîner par des lectures d'ailleurs..."

- Des... Lectures?"

- Des choses que personne n'a jamais lues, mais dont on dépendu la genèse de Verso..." Remarquant qu'elle avait piqué la curiosité de l'enfant, la Déesse ajouta: "Ce sont de bien grandes histoires pour une jeune fille comme toi. Tu vois, c'est pour cela que l'on évolue: pour apprendre et comprendre toujours plus et toujours mieux"

- Je ne comprends pas..."

- L'Ayesee n'a pas qu'une seule vertu. Certes, celles qui la vivent changent d'enveloppe, mais la sève qui bout en elles devient aussi plus étincelante. La vie n'est pas faite pour rester éternellement la même. Peut-être que cela fait peur, d'abord, mais ensuite on se réjouit de la personne brillante que l'on peut voir dans son miroir".

La petite fille se tut un instant, un peu étourdie par les efforts qu'elle mobilisait pour comprendre ces paroles. Pourtant, toutes ses instructrices la trouvait intelligente, alors pourquoi cela lui échappait? Un peu frustrée mais déterminée à décoder le mystère de ces mots, elle les retint dans un coin de sa tête pour plus tard.

Pour après l'Ayesee, sans doute...

La Tour de Proelys se détacha dans le paysage. Imposante et écrasante. Mais lumineuse comme une chape de lumière sur la plaine verte qui l'entourait, loin dans l'horizon de la forêt de Peerasinisma. Aussitôt, une horde de gardiennes armées de lances acérées se précipitèrent vers les nouvelles arrivantes. Elles se détendirent en les reconnaissant et hélèrent un groupe de gouvernantes derrière elles. La petite fille prit son inspiration. Elle y était, elle ne pouvait plus se défiler. Les fanatiques de l'évolution venaient la prendre, et elle n'en réchapperait pas. Un peu hésitante, elle serra davantage la main de la Déesse et ralentit sa marche.

- Et vous, vous aimez ce que vous voyez?" Demanda-t-elle sur un ton légèrement ironique. Sa chaperonne s'apprêta à répondre quand une gardienne l'appela d'une voix cassée:

- Déesse, déesse, nous vous cherchions partout!"

La surprise figea les deux arrivantes le temps d'un battement de paupières. Mais l'aînée reprit contenance et haussa un sourcil interrogateur vers la gardienne. Cette dernière toisa d'un œil hésitant la plus jeune. La Déesse comprit aussitôt et poussa la petite vers une gouvernante à l'air anormalement agité.

- Va avec elle, j'ai à faire. Je pense que tu as échappé à ton supplice pour cette fois..."

La fillette fixa la femme. Un léger trouble voilait son regard, mais elle tâchait de sourire avec tout ce qu'elle avait de rassurant. Peu convaincue mais consciente qu'elle n'avait pas son mot à dire, l'enfant accepta de rejoindre la gouvernante. Alors qu'elle lâchait la main, elle se sentit étrangement mal à l'aise. Comme si le sol se dérobait peu à peu sous ses pieds. Comme si le ciel s'effondrait sans qu'elle pût s'abriter.

Avant d'être entraînée au loin, elle eut le temps d'entendre la gardienne murmurer à sa supérieure d'une voix terrifiée:

- Je suis désolée, Déesse..."

Aucun des apprentissages qu'il lui avait été dispensé jusqu'à présent ne lui parut plus capital que ces quatre petits mots.


Aelita battit fébrilement des paupières, attendant ses coutumières difficultés à émerger de son sommeil. Depuis qu'elle était redevenue humaine, elle avait pu redécouvrir les joies des sensations brouillées du réveil. Peu importait la délicieuse excitation à l'idée d'une nouvelle journée pleine de découvertes et de merveilles, son corps perdu lui réclamait toujours un petit temps d'adaptation. Au début, elle s'était consolée en se disant qu'en dormant, elle rejoignait d'autres mondes, floutés et parfois illogiques, mais tellement amusants quand a posteriori elle y repensait. Au sortir de sa première nuit, elle s'était même empressée de retrouver Jérémie pour lui en parler. Il lui avait expliqué avec une patience attendrie qu'il s'agissait d'un rêve. Il n'avait cependant pas pu s'étendre davantage, la question devenant soudain délicate alors que la jeune fille lui demandât si lui aussi rêvait d'elle. Parce qu'elle, en tout cas, rêvait de lui.

Les premiers temps, cela l'avait amusée. Pouvoir voyager d'un monde à l'autre, sans bouger de son lit... Presque comme Lyoko à l'exception de l'imprévisibilité de la destination! Hélas, cela ne dura pas. Elle comprit vite qu'il lui fallait choisir entre rester au lit pour tenter de prolonger un rêve et perdre du temps dans la journée, ou le quitter en faveur de sa vie terrestre et prendre le risque de ne jamais en savoir la fin. Le sourire de Jérémie la convainquit en à peine cinq secondes. Elle serait prête à tout pour ce garçon si intelligent, si sûr de lui, si fort... Pour son roc, en clair. Alors elle s'accommodait du mieux possible des réactions indignées de ses muscles exigeant de toutes leurs forces de rester au chaud dans les draps moelleux.

C'était ainsi qu'en cet instant, à mi-chemin entre la douce ignorance de l'inconscience et la solidité de la réalité, elle s'était retrouvée à battre des paupières, par pur réflexe d'éclaircissement. Mais, à sa grande surprise, il ne lui fallut que deux petits papillonnements. Intriguée, elle ferma aussitôt les yeux et jaugea ses bras. Pas engourdis, au contraire. Agiles et alertes. Étrangement légers. Même constat pour les jambes. C'était comme s'ils n'avaient aucun poids propre, comme si rien ne courait ou ne pulsait en eux... Mais le pire était son esprit. Mille fois trop clair, alors qu'il devait tout juste sortir de la torpeur. Il était déjà lancé pour analyser son monde, comme s'il lui avait suffi d'appuyer sur un bouton pour s'activer automatiquement.

Une sensation familière de virtuel envahit la jeune femme et la plongea dans un océan de confusion. Pourquoi n'avait-elle aucune impression d'humanité?Pourtant, elle se souvenait sans problème de ses amis, de la mission sur Solar Building, d'Elisabeth, du Supercalculateur, de Jérémie et des Lyoko-Guerriers, tous intacts, tous humains. Tous près d'elle dans le scanner géant.

Tous absents autour d'elle à présent.

Du moins, c'était ce qu'une glaciale absence de chaleur lui indiquait. Où étaient-ils, tous? Et pourquoi avait-elle l'impression qu'un souffle paralysant lui gelait les muscles, les veines et la chair? Timidement, elle passa sa main à ses côtés, espérant pouvoir serrer celle d'un de ses amis. En moins d'un battement de cils, ses doigts heurtèrent quelque chose. Ou tout du moins le crût-elle. Si ses nerfs ne transmettaient aucune sensation, son mouvement ne pouvait continuer, comme interrompu par une force mystérieuse... Elle la longea, tenta d'en trouver une faille, mais alors que son bras se tendait au maximum, rien ne laissait présager que la frontière se terminât. Sa panique allant crescendo, Aelita ouvrit les yeux et tourna la tête.

Devant elle, une surface blanche et lisse s'imposait à tout juste quelques centimètres de son visage. La matière était indescriptible, différente de tout ce qu'on pouvait trouver sur Terre, si parfaite qu'elle se dénuait de tout naturel. Elle brillait sans toutefois éblouir, elle capturait sans toutefois étouffer. Les yeux de la jeune fille continuèrent leur course, suivant le lent pivotement du crâne. Au-dessus d'elle, et de l'autre côté, la même barrière lui répondait, solide et implacable. Aelita tenta de passer sa main sur le toit, mais il fut tout juste assez éloigné d'elle pour qu'elle pût glisser sa paume entre lui et son nez. Elle essaya alors de s'extraire de l'étreinte en se glissant en arrière, mais sa tête comme ses pieds ne purent que constater l'oppressante réalité. Elle était enfermée dans une tombe immaculée.

Ses lèvres s'entrouvrirent sans y être invitées, tentant dans une débâcle de réflexes d'happer de l'air. Leur porteuse n'en fut que plus terrifiée en ne sentant rien passer dans sa gorge. Elle insista, mais son organisme était anesthésié, les nerfs réduits à l'impuissance. Pourtant, le cerveau marchait bien, à en juger par la foule de questions et de cris qu'il cherchait désespérément à faire évacuer par d'inaccessibles soulagements physiques. Le stress continua à monter sans relâche alors qu'Aelita remuait vivement dans son cercueil. Pourquoi ne ressentait-elle pas sa propre respiration? Même sur Lyoko, les chocs reçus par les attaques lui envoyait de la douleur, des faiblesses... Dans quel genre d'enfer se trouvait-elle, bon sang?

Finalement, le fil décousu de son angoisse atteignit un seuil critique. La jeune fille fit de son mieux pour s'octroyer un peu d'espace et frappa la parfaite surface de toutes ses forces. D'abord hésitants, ses poings se firent de plus en plus assurés et déterminés. Une lueur d'espoir perça Aelita: pourvu qu'il y eut quelqu'un qui pût l'entendre! N'importe qui, n'importe quoi, mais quelqu'un!

Elle frappa encore et encore, le son brut glapissant des appels au secours. Si la matière n'évoquait rien de connu à Aelita, elle avait toutefois l'impression de jouer du tambour. La batterie qu'un jour Odd lui avait fait essayer avait produit le même son, quand elle avait d'abord battu un rythme avec ses paumes. Le vacarme avait été tel que Jim était arrivé, l'air vivement irrité, pour menacer les apprentis musiciens d'interdire leurs répétitions.

D'un seul coup, ce souvenir sembla doux à Aelita. Sur le moment, elle avait eu un peu peur de l'avertissement, mais à présent, elle donnerait n'importe quoi pour le réentendre...

Au bout d'un temps, durant lequel aucune douleur n'avait affaibli son poignet, la prisonnière comprit qu'elle n'était pas entendue. Songeant qu'elle ne faisait sans doute que trop peu de bruit, elle rassembla son courage et murmura plusieurs syllabes assez indistinctes et incertaines. A l'essai suivant, elle se surprit elle-même à crier avec vigueur:

- Au secours, que quelque m'aide!"

Elle attendit, mais aucune réponse ne lui parvint de l'extérieur. Elle enchaîna alors, encore plus fort:

- Je suis coincée ici, je m'appelle Aelita et..."

Soudain, elle fut interrompue par un "BIP!" provenant de la partie supérieure de la tombe. Elle sursauta et interrompit tout mouvement. Aussitôt, une sorte d'écran lumineux s'afficha devant ses yeux, sous la forme d'un rectangle bleu azur vierge. Aelita tâcha de calmer l'angoisse qui la reprenait et replia laborieusement un bras. Doucement, comme si elle allait toucher une plaque de cuisson, elle approcha un doigt et frôla la surface. Comme rien ne se produisit, elle déplia lentement sa paume et la posa tout entière. Une horde d'informations chiffrées s'affichèrent alors, longeant les contours de la main et s'enchaînant à une vitesse ahurissante. Cela rappela à la jeune fille les Tours de Lyoko et leurs interfaces... Était-ce la même chose? Rassurée à l'idée qu'elle pouvait se raccrocher à quelque chose de familier, elle patienta. Finalement, l'écran clignota et afficha un étrange message:

- Naaposyreet vo apteemopen"

Quelle langue était-ce? Et qu'essayait-elle de dire? Aelita hésita un instant sur la marche à suivre. Devait-elle retirer sa main? Ou la garder? Ou dire quelque chose? Et qu'allait-il arriver si elle se trompait? Mais la réflexion parla pour elle. Inconsciemment, elle éloigna sa main de l'écran. Il cessa alors ses clignements et remplaça le message:

- Kalosoreema ine vo basileeo, Taeeli"

Sur ces intrigantes paroles, l'écran disparut. Aelita redouta un instant d'avoir raté sa seule chance de sortie, quand soudain la surface au-dessus d'elle crissa et se divisa en deux parties. Avec une régularité minutieuse, les pans se séparèrent et libérèrent leur prisonnière. Elle resta encore un instant allongée, fixant le vide remplaçant le lisse couvercle dans son champ de vision. Rien de plus que des ténèbres lointaines, rappelant fortement le plafond des Tours de Lyoko. Cela voulait-il dire qu'elle était dans le monde virtuel? Intriguée mais méfiante, Aelita prit appui sur les bords de sa tombe et se redressa. Elle remarqua alors pour la première fois les mitaines blanches couvrant ses mains. Elle les regarda comme si elles contenaient à elles seules toutes les réponses à ses questions, puis remarqua ses bras nus. Pourtant, elle portait toujours son sweat rose, d'aussi loin qu'elle pût se rappeler... Elle continua son inspection et remarqua que sa tenue avait intégralement changé. A la place de sa petite jupe de collégienne se trouvait un tissu d'un magenta profond, fendu sur le côté, resserré à la taille par une ceinture assortie à ses gants. Sa poitrine était couverte par un autre tissu rappelant la jupe mais découvrant le ventre. Les deux parties de la tenue étaient reliées l'une à l'autre par des sortes de bretelles zizolines. Ses épaules étaient couvertes par une sorte de voile bleu céruléen transparent. Enfin, elle chaussait des ballerines couleur neige. La jeune fille s'admira, étonnée par cet ensemble qu'elle n'avait encore jamais vu. Quand avait-on pu le lui enfiler? Était-ce durant le transfert, comme lorsqu'elle passait de sa forme humaine à sa forme virtuelle? En tout cas, l'aspect immatériel des vêtements, et l'étrange lisseur de sa peau lui évoquait ses jours sur Lyoko. Pour elle, plus de doute, elle était artificielle. Un coup d'œil autour d'elle acheva de la convaincre.

Elle se trouvait dans une sorte de temple, à en juger par les nombreux voiles multicolores décorant les murs d'un blanc parfait. En guise de bougies, des petits écrans faisaient défiler des colonnes de chiffres et de lettres étincelantes. Ils étaient tous reliés à des câbles lumineux courant vers l'insondable plafond. Le sol albâtre ressemblait à un parquet si irréprochablement poli qu'il n'était sans doute pas l'œuvre d'un être humain. Elle-même reposait dans une étrange capsule opaline perchée sur un autel rectangulaire et assorti, transpercé de nombreux branchements identiques à ceux serpentant le long des parois de la pièce. Elle frissonna en s'y extirpant, la petite taille de la tombe lui rappelant l'angoisse qu'elle venait tout juste de quitter.

Elle se leva doucement. Sans grand étonnement, elle ne ressentit aucune courbature. Une fois sur ses pieds, elle écarta ses voiles et s'avança vers un écran plus sombre, où elle prit le temps de se détailler. Son apparence n'avait pas grand chose de commun avec son design "Lyoko", comme si le moteur graphique était plus évolué. Ses pupilles étaient bien plus détaillés, ses traits plus fins, la texture de ses cheveux plus naturelle. D'ailleurs, elle les avaient un peu plus longs, leurs pointes arrivant à présent à mi-nuque. Leur rose était plus profond, plus foncé, tirant davantage sur le grenat. En jouant avec quelques mèches, elle remarqua que ses oreilles avaient retrouvé leur forme elfique coutumière à la version virtuelle de la jeune fille. Des boules bleu océan y pendaient élégamment. Enfin, Aelita reconnut ses habituelles marques roses sur son visage, partant de la mâchoire pour traverser ses joues. Elle passa ses doigts de long de leur cours, ne pouvant arrêter un croissant sentiment de fierté dans son esprit. Sa nouvelle enveloppe lui donnaient quelques années supplémentaires; elle avait tout d'une jeune femme plutôt jolie. Un petit sourire lui plissa magnifiquement les yeux. C'était sans doute stupide, mais se découvrir ainsi la rassurait un peu. Même si ça ne répondait à aucune de ses questions.

Aelita tâcha de revenir à sa mission. Une fois certaine de s'être totalement découverte, elle se redressa et observa la salle à la recherche d'une issue. Sur sa gauche, elle remarqua un hall marqué par un tapis couleur nuit. Il devait tourner à droite, car la jeune fille ne put deviner son point d'arrivée. Cependant il constituait sa seule chance de sortie... Elle ignora la peur qui lui vrillait l'esprit et se dirigea vers le couloir, les épaules crispées par la méfiance.

La traversée lui parut durer une éternité, ralentie par la lenteur de ses pas incertains et l'uniformité des murs vierges de toute décoration, mais enfin elle aperçut une sorte de portail circulaire creusé dans la paroi, affichant en continu des images de différents paysages. Une forêt, une banquise, un désert et des montagnes apparurent devant Aelita, qui ne put s'empêcher de trouver tout cela trop familier. Etait-elle donc vraiment sur Lyoko? Mais la salle d'où elle venait ne lui disait pourtant rien... Une zone inexplorée? Fut-ce possible que Jérémie ne l'ai jamais vue, quand il explorait par écran interposé le monde virtuel? Cela étant, ça n'aidait en aucune manière la jeune femme... Où aller, où trouver ses amis? Quel territoire était le bon? L'idée qu'ils pouvaient être dispersés et isolés lui parut cohérente, étant donné le nombre de zone, mais elle espéra se tromper. Sa quête ne serait que trop longue, sans compter qu'il lui fallait aussi se concentrer sur XANA et son incarnation... Quoi qu'il arrivait, elle ne se sentait pas de taille à l'affronter seule. La priorité était de trouver du soutien, et ça allait passer par la recherche des Lyoko-Guerriers. Il faudrait juste tâcher de se presser...

Elle scruta chaque image, espérant y trouver un indice sur la destination à privilégier. Elle commençait à se désespérer quand, soudain, une ombre furtive passa entre les arbres de la forêt. Elle n'en était pas sûre, mais cela avait la silhouette d'un gros chien... Kiwi? Intriguée, elle passa sa main dans l'image, puis s'y jeta. En une fraction de secondes, elle quitta les murs lisses du temple pour atterrir au beau milieu d'un cercle d'arbres aussi naturel que s'ils eurent été faits de verre couleur acajou. Même les feuilles semblaient avoir été conçues par le plus précis des verriers. Seul le bruissement de leurs mouvements évoquait une naturelle végétation. Le sol n'avait de terre que la teinte, et les quelques pierres et touffes d'herbe jonchant le chemin çà et là échouaient également à ne pas paraître artificiels. Mais cela n'étonnait plus Aelita; elle préféra mobiliser ses sens sur le bruits alentours. Et si un Krabe ou un Kankrelat l'avait repérée...?

Un bruissement. Derrière elle. Comme des petits pas précipités fonçant vers elle. Retrouvant ses instincts de combattante virtuelle, elle se retourna vivement et alla se cacher près d'un arbre. Un petit buisson, à une poignée de mètre d'elle, tremblait et tressautait. Mais impossible d'en déterminer la cause. S'attendant à tout, Aelita s'empara d'une petite pierre et la serra de toutes ses forces. Pourvu qu'elle parviendrait à s'en servir... Certes, elle savait viser d'ordinaire, mais...

- Wif!"

Wif?

Prise de court, Aelita cessa de triturer son arme de fortune. Depuis quand les monstres de Lyoko couinaient? Intriguée, elle osa quelques pas en direction du buisson virtuel. Deux ou trois petits cris retentirent encore, la fausse végétation continua à se dandiner...

... Et laissa échapper deux petites oreilles pointues.

Non, décidément, il ne s'agissait pas d'un des monstres de XANA.

L'instant d'après, une créature rouge qu'Aelita n'avait jamais vue sortit du fourré avec un enthousiasme adorable. Elle arborait un museau de lapin s'achevant sur une truffe triangulaire, le tout posé sur un long et fin cou d'oiseau. Des pattes de lion, décorées d'énormes griffes noires à demi-rentrées, constituaient son seul point d'ancrage avec le sol, des ailes aux plumes versicolores remplaçant les pattes avant telles une brillante cape. A bien y regarder, cet étrange animal avait des airs de dinosaure ou de petit dragon, si ce n'était ses grands yeux curieux et enjoués. Étonnée et assez attendrie, la jeune fille se courba et s'approcha. Elle tendit doucement la main vers l'animal, qui sautillait toujours plus. Elle mit un temps avant de comprendre qui fixait intensément le projectile calé dans sa paume. Elle le lui montra, provoquant une vague d'entrain encourageante. Il voulait donc jouer!

Convaincue que cette mignonne créature ne pouvait être XANA, elle accepta de lancer la pierre au loin. Aussitôt, l'animal se précipita à sa poursuite, attrapa la balle de fortune et la ramena dans un concert de couinements. Aelita lui répondit d'un sourire conquis. Ce monde inconnu ne lui parut plus aussi menaçant...

Jusqu'à ce qu'une flèche vint lui frôler l'oreille et la faire trébucher de surprise.

La créature déguerpit aussitôt, effrayée. Aelita lui suivit du regard un instant, figée et hébétée. Elle savait qu'elle devait se retourner pour affronter la menace, mais ses idées mirent un temps à s'ordonner. Elle perçut des sons de course autour d'elle, des voix indistinctes s'appelant à grands renforts de cris, mais ne put se convaincre pour autant de bouger. Ce ne fut que lorsqu'elle vit des ombres se poster autour d'elle et les sons se taire qu'enfin elle s'autorisa à lever les yeux.

Elle était encerclée par une légion d'immenses femmes vêtues de combinaisons fauve et jade, coiffées de longues et étroites queue-de-cheval et colorées de ce qui ressemblait à des peintures de guerres sur leurs bras. Leurs yeux en amande pulvérisaient d'hostiles éclairs l'intruse. Elle tenta de se lever, calmement, sans geste brusque. Elle ignorait ce qui pourrait paraître inamical selon ces guerrières, et ne tenait pas à le savoir. Au fur et à mesure de son redressement, Aelita vit des lances, des sabres, des flamberges et des arcs bandés suivre son front sans manifester de relâche. Par réflexe, la jeune femme écarta ses mains de son corps et les mit en évidence. Erreur. Une lourde tension s'abattit, durant lesquelles les bras reculèrent et les jambes préparèrent leur élan. D'un instant à l'autre, quelqu'un allait attaquer...

Finalement, la plus grande des guerrières lança un regard entendu vers ses compagnes et s'approcha.

- Quia eimeat? Kalus questa epsiokeat esi?"

Aelita resta muette, se demandant pendant quelque secondes si elle avait bien entendu. Elle fronça les sourcils, incapable de dire si elle pouvait expliquer ne rien comprendre sans risquer d'attiser davantage de colère. Mais le temps de réfléchir, une lance s'approcha d'elle.

- Apaneteet! Oko nexetadseet zo psedomeen!"

Non, rien à faire, cette langue ne ressemblait à rien de connu pour la jeune fille... Malgré ses efforts, elle ne comprenait pas un traitre mot des ordres qu'on lui intimait. Jamais elle n'avait autant regretté son savoir encyclopédique du temps où Lyoko était sa seule maison. Tout ce qu'elle pouvait déduire était que, visiblement, elle n'était pas bienvenue ici... Pas encore un monde hostile, tout mais pas ça! Pas alors qu'elle était seule et désarmée! A défaut d'une meilleure idée, elle décida de parler, espérant ne pas commettre une erreur:

- Je suis désolée, j'ai atterri ici sans le vouloir, je ne sais pas où je suis mais je ne vous veux aucun mal..."

Pour souligner ses propos, elle leva les mains en l'air. L'instant d'après, les paires d'yeux qui la scrutaient s'agrandirent et les lances reculèrent. Aelita recula. Qu'avait-elle fait? Et si ce geste signifiait autre chose pour ces femmes que pour elle? Pourtant, les murmures qui s'ensuivirent parurent davantage perplexes que menaçants. Tendue, Aelita les écouta sans bouger, redoutant le moindre mouvement.

- Okotozeev sa ker!"

- Ekeat da Emadii..."

- Preeat Bazia Eli proedoper?"

Les pourparlers continuèrent encore, de plus en plus agités. Aelita jaugea son milieu, cherchant par avance une issue. Mais les arbres étaient omniprésents et ralentiraient sa course. D'autant qu'elle ne connaissait pas du tout cette forêt, contrairement à ses adversaires... Elles auraient l'avantage...

Ses pensées furent interrompues par une main méfiante devant elle. La plus imposante des guerrières la regardait intensément, comme cherchant dans les pupilles d'Aelita une preuve qu'elle aurait tort de s'apaiser. Bien moins rassurée qu'elle, la jeune femme accepta l'invitation et s'avança au milieu du cercle armé, le moindre pas anormalement lourd. L'attroupement se mit aussitôt en mouvement, Aelita suivant sans déterminer si elle avançait vers son salut ou sa fin...

La marche parut durer le temps d'une éternité. Malgré le parfait et familier paysage qui entourait Aelita et s'illuminait davantage à mesure qu'elle avançait, elle était incapable d'en profiter. Tout en ces lieux respiraient la fertilité virtuelle, et pourtant cela ne la rassurait pas. Les femmes se resserraient autour d'elle, comme si elles redoutaient qu'en s'approchant de leur objectif, les occasions d'échappées allaient se multiplier. Encore eût-il fallut que la captive songeât à fuir... Sonnée par la situation, tout ce qu'elle parvenait à en comprendre était que sa garde rapprochée la menait peut-être à des réponses. Du moins, au mieux.

Enfin, la troupe sortit de la forêt virtuelle pour faire face à une immense tour, bien différente de celles auxquelles Aelita avait l'habitude. En lieu et place des racines d'encre enserrant les phares de Lyoko se tenaient des sortes de lierres fluorescents aux couleurs changeantes, entourant délicatement la surface extérieure. Sous la lumière, la jeune femme pouvait distinguer l'édifice, aussi éclatant que du verre poli à la perfection. L'ensemble s'élevait si haut dans les faux cieux qu'il était impossible de distinguer sa fin. Bien que d'apparence moins terrestre que ses anciens refuges, Aelita trouva le lieu bien plus chaleureux. Au-delà de l'aspect imposant et implacable, la lumière que les lierres dégageaient étaient rassurante, protectrice, et si apaisante... Sans bien comprendre l'origine de cette impression, elle se crut à la source de sa vie, à l'origine de son être, au point de départ de ses souvenirs... Elle était chez elle. Elle cessa de penser à sa situation inquiétante l'espace d'un instant et se laissa porter par la fugace sérénité...

Mais rapidement, la réalité la rattrapa. Elle avait dû quelque peu ralentir, car une des guerrières la poussa en avant. Elle cligna des yeux, tentant de se réajuster. Comment avait-elle pu se sentir bien dans un pareil moment? Elle ne devait pas se relâcher ainsi! Peut-être était-ce un piège, peut-être cette tour portait de maléfiques secrets pour envoûter ses prisonniers! Elle était sûre d'avoir lu ce genre d'histoire quelque part, dans les livres de son enfance! Et s'ils disaient vrai?

Aussitôt, elle se refusa à regarder de nouveau la tour et avança. Elle tâcha de transformer son esprit en statue de marbre alors que sa garde rapprochée s'arrêta devant l'édifice. Les premières gardiennes avancèrent sans ciller et se fondirent dans le surface, encerclées par un halo de lumière rouge sang. Ainsi donc, ces tours ne partageaient pas seulement leur apparence avec celles de Lyoko, mais également leur système? Aelita prit son courage à deux mains et pénétra dans le bâtiment à son tour, sans attendre qu'on lui en intimât l'ordre. Sa vision se perdit au beau milieu d'une vague immaculée, qui s'effondra aussi vite qu'elle s'était dressée. L'intérieur de l'édifice se dévoila devant les yeux ébahis de la jeune femme.

Une salle gigantesque décorée de tissus chatoyants et de cristaux de glace aux couleurs des belladones s'étendait autour d'elle. Tout semblait resplendir d'une artificialité naturelle, comme si chaque élément était à sa place et participait à éblouir la vue des visiteurs. Les teintes étaient chaudes et douces, tant qu'Aelita sentit que rien ne pourrait jamais lui arriver en ce lieu. On eut dit un temple dédié au repos des âmes tourmentées... Ce qui contrastait d'autant plus avec sa situation. Elle n'était pas là par plaisir, et cependant elle ne put s'y sentir totalement étrangère. Comme s'il n'y avait nul autre lieu dans l'univers où elle devrait plutôt être.

Alors que la dernière gardienne fut entrée dans la Tour, une étrange mélodie, semblable à celle d'un baglama mélancolique et solennel, résonna dans le hall. Aelita remarqua l'arrivée paisible d'une petite fille, armée d'une sorte de guitare à caisse ovale, tapotant doucement les cordes en laissant flotter derrière elle de longs cheveux noirs. Tout dans sa physionomie exprimait la paix et le bonheur calme. On eût dit que rien jamais ne l'avait atteinte. Même sa chanson avait des airs de berceuse d'enfant, sonnant doucement aux oreilles d'Aelita.

La petite s'interrompit en remarquant le groupe, sans se défaire de son sourire confiant. Ses pupilles polies et tranquilles volèrent d'une femme à l'autre jusqu'à tomber sur la Lyoko-Guerrière. Elle la jaugea un instant, vaguement intriguée. Aelita lui adressa un petit salut de la main, attendrie quoiqu'assez mal à l'aise, oubliant les ennuis qu'un tel geste avait déjà provoqué. Elle s'en souvint rapidement quand, soudain, l'enfant ouvrit grand ses yeux, brisant la sérénité qui l'entourait jusque là. Aucune gardienne n'eut le temps de lui parler qu'elle fila à la vitesse du vent par le voile vaporeux d'où elle était arrivée. Aelita voulut la héler, mais l'immobilité de sa garde rapprochée la convainquit de rester sur place. Les armes émanaient toujours de menaçants éclairs, il serait sans doute malavisé de les attirer vers soi... Par chance pour son calme, elle n'eut pas à patienter bien longtemps avant que la petite ne revînt, accompagnée de deux autres femmes, étrangement familières à Aelita bien qu'elle ne put se souvenir de les avoir auparavant rencontrées. L'attention de l'étrangère se fixa naturellement sur la première.

Rarement avait-elle eu l'occasion de voir une aussi belle femme. Sa silhouette harmonieuse, balancée de formes à l'équilibre pictural était décoré de magnifiques et étincelants tissus azur, blancs et émeraude. Une longue robe moulante fêlée sur le côté la vêtait comme si elle était faite pour elle, une longue cape retenue aux épaules par des broches finement travaillées et reliées aux poignets la couvrait dans une impressionnante étreinte immaculée. Son visage quant à lui était d'un rond délicat et serti de deux pupilles couleur pêche, parfaitement assorties à ses longs cheveux, ondulant dans son dos tel un océan cerise. Deux marques blanches enfin maquillait sa mâchoire dans un tatouage tribal minimaliste. Son maintien était altier, sa marche si mesurée qu'elle paraissait flotter. L'espace autour d'elle semblait même se colorer pour former une aura protectrice et chaleureuse.

A ses côtés, une autre femme surveillait étroitement l'invitée. Cette dernière sut tout de suite avoir affaire à la gardienne de la magnifique dame. Un corps élancé et athlétique enveloppé dans un sarouel rouge et un chemisier blanc serré à la taille par un corset vert, des cheveux ébène coupés au carré, un visage aux traits plus durs et aux yeux plus perçants... Par bien des aspects, elle lui rappelait un peu Yumi. En un peu plus méfiant. Elle serrait solidement un sabre immense doté d'une lame argentée, brillante et parfaite. En retrait par rapport à la dame, ses genoux courbés suggéraient cependant qu'elle n'hésiterait à s'interposer entre sa protégée et un ennemi. Bien qu'Aelita se demandait quel genre de combattant pourrait vouloir faire face à cette guerrière... Même sans démonstration, elle ne doutait pas un instant qu'elle fût redoutable. Son attitude valait tous les avertissements.

Les trois femmes se dévisagèrent pendant quelques instants, le temps suspendu à leurs immobiles corps. Aelita, gênée, ne sut que dire. Elle joua nerveusement avec ses voiles avant de finalement autoriser son esprit à analyser la dame. Les yeux de cette dernière s'agrandissaient imperceptiblement, tandis qu'une expression contenue de surprise commença à marquer ses traits. La princesse de Lyoko ne put s'empêcher de trouver du Jérémie en ce visage perplexe. Tout comme lui, elle entrouvrit la bouche, comme pour s'apprêter à parler, mais se tut. Aelita se sentit de plus en plus mal à l'aise. Qu'avait-elle de particulier, pourquoi la regardait-on ainsi? Avant de pouvoir faire un geste vers elle, la femme s'approcha rapidement et posa délicatement ses doigts sur la joue de la jeune fille. Aussitôt, un flot d'émotion la submergea. Tout ce qu'elle avait pu vivre, ressentir, expérimenter ou comprendre dans son existence rejaillit tel un ouragan incontrôlable. Le monde se flouta autour d'elle, les sons devinrent muets alors que ses souvenirs s'abattaient en éclairs devant ses yeux et lui pulvérisaient le corps. Dans la confusion, elle ne tenta pas de s'écarter de la dame. Elle allait pourtant la tuer en lui brûlant ainsi la mémoire... Elle allait craquer, elle allait exploser et se répandre dans le vent...

Puis plus rien.

D'un coup sec, elle fut extirpée de l'ouragan. Tout redevint normal sans transition ni préavis, tout juste ses jambes eurent-elles besoin de recul pour retrouver leur point de gravité. Sa conscience se clarifia à une vitesse prodigieuse tandis que ses souvenirs s'ordonnaient naturellement. Sans attendre, elle leva les yeux vers son assaillante. Elle avait refermé ses poings et paraissait tout à faire stupéfaite. Elle adressa à Aelita un regard mêlé d'incompréhension, d'incrédulité, mais surtout, ce qui marqua le plus la cadette, de soulagement.

Encore une fois, avant qu'elle n'ait eut le temps de raisonner cette étrange information, la dame parla, d'une voix mélodieuse malgré de légers trémolos:

- Mère..."


Voici donc pour cette intro du deuxième monde, Verso! J'espère que vous avez aimé, et que votre frustration est au maximum avec cette fin! *VLAN* Les réponses arriveront vite, durant les prochaines vacances de Toussaint!

(J'en profite pour vous annoncer qu'un fanart (assez vieux) sur Aelita dans Verso est disponible via mon deviantart, vous m'y trouverez facilement, j'ai le même pseudo qu'ici, VioletBottle! N'hésitez pas à aller y faire un tour!)

Passez du bon temps en attendant, et à bientôt!