Bonsoir tout le monde!
Bon, après la douleur qu'aura été mon dernier OS Code Lyoko, Trente Degrés, je dois reconnaître que ce chapitre sonnait au départ comme une libération. Je l'ai en tête depuis la mi-saison 1, et j'hésitais à la placer dans la saison 4, mais narrativement elle m'ouvre plus de possibilité maintenant. (En fait, j'avais surtout hâte de l'écrire). Sauf que ça s'est compliqué sur la fin, je m'embrouillais un peu dans ma propre excitation et c'était confus. Moralité, quand vous écrivez, soyez heureux mais pas trop. Ou pas du tout.
Bref, c'est donc l'interlude de la saison 2 (par Méphisto, c'est déjà la mi-saison), et possiblement le dernier interlude de Mondes Alternés. A priori, les constructions des saisons à venir n'auront pas l'occasion d'en avoir à nouveau, ou peut-être une éventuellement, mais pas sûr. C'est aussi le moment d'une grosse révélation (raison principale pour laquelle je voulais cette scène plus tard, ce n'était même pas pour des raisons scénaristiques, mais juste parce que je voulais faire traîner cette révélation, limite jusqu'à la fin. Mais encore une fois, c'est mieux ainsi).
Comme je ne pense pas avoir à répondre à qui que ce soit cette fois (avouez, vous ne m'aimez pas) (si en fait il s'avère que j'avais des réponses à formuler et que j'ai oublié, sachez que moi je ne vous déteste pas et je m'en occuperai la prochaine fois, de fait), je vous souhaite directement bonne lecture!
Des milliards d'informations striaient les parois lui servant de cellule. Les images n'étaient que des éclairs vifs et enflammés, mouchetés de pixels de couleurs électriques et changeantes. La frénésie l'entourait à chaque instant, et sans doute quelqu'un pénétrant dans son repaire pour la première fois en sortirait fou à lier, mais lui était insensible. Oh, pas par habitude, bien que ce ne serait pas s'avancer que d'affirmer qu'un certain temps s'était écoulé depuis son réveil initial dans la pièce. Mais déjà, quand ses yeux avaient découvert son nouveau foyer, ils étaient capables de suivre sans faiblir la masse colossale de données défilant dans un ballet ininterrompu autour de lui. Le temps avait passé, la danse ne s'était jamais interrompue et était une part de la vie de l'être à présent. Du premier instant n'avait survécu qu'un sentiment: celui d'être au centre de l'Univers et de toutes ses dimensions. Il savait tout, rien ne lui échappait, il touchait à la connaissance universelle, tel un Faust virtuel. Quant à la damnation promise par le mythe... Peut-être allait-elle l'embrasser un jour. Si son séjour forcé lui avait appris quelque chose, c'est qu'il n'existait pas de possibilités irréalisables ou inimaginables. Sans doute Méphistophélès allait-il se déclarer à lui et lui faire payer les informations qu'il consommait au quotidien, partie par partie, jusqu'à la dernière.
Parfois, il crut même que le diable touchait déjà son salaire. En effet, sa conscience, pourtant solide, accusait de temps à autre des néants mémoriels, comme si parfois le système isolé voulût lui rappeler que l'intrus ne serait jamais son maître et qu'il pouvait disposer de lui comme bon lui semblait. Quand les cloches de guerre tintaient, les ténèbres le frappaient, doucement, sournoisement, comme une ombre portée se fondant dans sa source alors que la lumière s'approchait. Le temps de sentir la crise s'immiscer, et déjà l'être était à terre, le cerveau s'ébranlant difficilement pour tenter de comprendre pourquoi il passait sans transition d'une situation à une autre sans rapport.
Au moins, depuis qu'il avait réussi à entrer en contact avec Jérémie Belpois, ce genre de désagrément s'était considérablement raréfié. A force d'épier tout ce qui était dans l'Univers, il avait fini par tomber sur des localisations étranges, floues et s'acharnant à jouer à cache-cache avec lui. Au début, il ne parvenait qu'à les apercevoir furtivement, puis elles filaient comme des fantômes intimidés par les vivants. Jamais il n'avait eu à faire preuve d'autant d'insistance, mais ce ne fut pas sans résultat. Un bref coup d'œil dans le premier univers qu'il put immobiliser et il avait déjà compris. Ces mondes étaient uniques, dénués d'ombres, car jamais ils ne serait touchés par la lumière du réel. Ils n'étaient que des créations privées, des ersatz de planète, des décors de théâtre avec pour seule fonction de concrétiser des délires d'esprits. Et pas n'importe lesquels: ceux de ses anciens camarades de combat, les Lyoko-Guerriers. Ce fut pourquoi Solar Building n'était qu'une cité barrée d'immeubles immenses et maigres: ce n'était qu'une fantasmagorie de Jérémie Belpois, basée sur son environnement, ses connaissances, et ses craintes. La ville était une planète, on pouvait en faire le tour mais rien ne l'entourait.
Seulement, quelque chose intriguait l'être dans sa théorie. C'était la première fois qu'il constatait l'existence de telles œuvres. Si chaque organisme pensant et ressentant avait la faculté de donner naissance à une forme alternative de lui-même, pourquoi le témoin ne l'avait-il remarqué plus tôt? Il y avait quelque chose derrière tout cela... Et un autre tour d'horizon de ces exceptions lui donna la réponse. Toutes étaient infestées par le même ennemi, XANA. Toutes. Un temps, il n'y prêta trop attention, songeant qu'après tout, le virus faisait partie du quotidien de ses anciens camarades et que de fait, il était normal de l'y retrouver. Oui, mais... Mais aucun monde ne reposait sur les même logiques que celles de la Terre. Pas plus qu'il n'y avait que des dystopies ou des utopies. Dans tous les cas, XANA était une base fondatrice, le point de départ de chaque univers. En clair, il occupait une place trop importante, trônant à la place des rois et reines légitimes...
Et voilà. Voilà pourquoi c'était étrange. Il ne s'agissait pas des mondes de ses amis. Oh, bien sûr, ils s'inspiraient d'eux. Mais ils étaient la création de XANA. Des lieux qu'il avait marqué de sa présence par un artefact, lui permettant de retrouver ses mondes fugaces, comme des tours de virtualisation stylisées reliés au propre monde du virus, celui dans lequel se trouvait le témoin solitaire... C'était affreusement ingénieux, car les adolescents n'auraient jamais rien soupçonné. Ils pouvaient bien détruire leur adversaire sur Terre, mais sa fin n'aurait pas provoqué celles de ses avatars. En clair, il s'était créé des soupapes de sécurité. Il pourrait même y envoyer ses adversaires qui, pris de court, n'auraient jamais pu gagner... La preuve, tous ces mondes possédaient des moyens de s'y téléporter, des scanners ou autres, qui pourtant auraient été inutiles à une créature immatérielle possédant déjà ses aimants indépendants du Supercalculateur... En clair, tout ce qu'accomplissaient les Lyoko-Guerriers ne servait à rien!
Cependant, XANA avait commis un impair: il avait un prisonnier sans chaîne. Lui, l'être, celui qui avait perdu et mis dans l'embarras ses alliés, il pouvait enfin prendre sa revanche et retourner dans l'arène. Puisqu'il avait accès aux connaissances du monde, il pourrait bien s'en servir pour trouver comment contacter son ancien chef et l'avertir!
Seulement voilà: comment allait-il s'y prendre pour le convaincre? Jérémie n'était pas un idiot, et encore moins quelqu'un de facilement confiant quand il s'agissait des affaires de Lyoko. Jouer franc jeu et dévoiler son identité? Non, il croirait à un piège. Lui expliquer en conservant l'anonymat? Impossible à nouveau de prouver sa bonne foi. Se faire passer pour quelqu'un de connu, comme Franz Hopper? Non, Jérémie n'allait pas l'écouter d'entrée de jeu, il lui faudrait un temps de confiance, et du temps ils n'en auraient pas beaucoup. XAN surveillait la Terre et ses adversaires, il ne tarderait pas à découvrir que son otage tentait de l'abattre en sabotant ses précautions... Les guerriers devraient rentrer en action à l'instant où la révélation serait faite...
Les mettre au pied du mur? Il n'aimait pas cette solution, mais elle était plus assurée... Si une partie des combattants étaient déjà jetés dans la mission, Jérémie n'aurait d'autre choix que de l'écouter et le croire. Lors de leur première communication, il n'aurait qu'à être évasif sur son identité, ce qui ne permettrait pas au génie de déterminer s'il s'agit d'un adversaire au bout du fil... A défaut de le convaincre du contraire. Ca, ça viendrait plus tard. Quant à la victoire... De toute façon, ils ne seraient jamais assez rapides pour XANA restât aveugle jusqu'à l'épilogue. Au mieux pourraient-ils accomplir le plus gros des purifications, affaiblir assez le virus pour qu'il ne fût pas trop inquiétant. En espérant qu'ils réussirent... De toute façon, ils n'auraient guère le choix.
Sans attendre, il saisit le premier monde qui lui passa sous la main et le lia à la Terre. Il y provoqua une anomalie suffisamment menaçante pour faire croire à une attaque de XANA, justifiant ainsi une mission sur Lyoko. Dès lors il n'avait plus qu'à récupérer les codes de ceux que le champ de bataille avait appelé et de les envoyer à Solar Building. En espérant toujours que Jérémie le croirait...
Tout se passa comme prévu. Ils se lancèrent dans la mission et en sortirent vainqueur, Belpois et ses acolytes tués et le Weregun récupéré. XANA ne pourrait plus retourner à Solar Building s'y cacher. Un point de retraite en moins pour le virus. D'ailleurs, il ne semblait pas avoir encore remarqué... Cette constatation rendait l'être fébrile d'appréhension et d'incertitude...
... Surtout depuis qu'à Verso était apparu Belpois, le prenant littéralement de court. Comment... Il l'avait vu mourir, bon sang! Comment avait-il fait? Comment? Et que cherchait-il avec son beau discours? Quel intérêt d'entrer ainsi en contact avec Aelita, puisque de toute façon il avait perdu son royaume et ses alliés, et qu'il ne serait jamais en position de force face aux guerrières de Proelys... Voulait-il semer le trouble en la jeune femme? L'être redoutait beaucoup cette étape dans ce monde, il connaissait la fragilité psychologique d'Aelita, il savait qu'un lien particulier l'attachait à l'utopie et que si le doute envers ses camarades s'installait, elle aurait tôt fait de la prendre à cœur... Au fond, elle demeurait la créatrice d'Eli, bien plus que le spectre d'Aelita qui avait régné autrefois. Si jamais elle s'identifiait de trop...
Son esprit tournait à plein régime tandis qu'il observait la jeune femme et la Reine se diriger vers la Tour de Paeno, tentant de deviner ce qu'il avait raté, ce qu'il n'avait pas assez surveillé, ce qu'il aurait dû faire...
Puis soudain, il sentit une présence. S'il avait un cœur, il en aurait fait une crise cardiaque. Cela faisait une éternité qu'il était seul, alors quand cette sensation s'estompa, remplacée par l'aura d'un autre dans son dos, cela lui donna le vertige. Une fois la surprise passée, il refusa de se retourner et préféra distinguer dans le reflet de ses parois le visage de l'intrus.
Il ne put s'empêcher d'en rire. Avec plus de nervosité que jamais. C'était si théâtral...
- Si je ne me retenais pas, je t'aurais déjà traité de bel enfoiré, Belpois".
Un autre rire lui répondit, amusé celui-là.
- J'ai toujours trouvé les prétéritions particulièrement insultantes pour la logique. Là est ta véritable injure, William".
Entendre son nom lui provoqua un second choc. Avec le temps, il l'avait presque oublié... Et n'avait pas vraiment espéré que cet espèce de psychopathe fût le premier à le prononcer depuis le début de sa captivité.
- Tu n'es pas venu pour me dire par quel procédé tu as triché, j'imagine"
- Triché? Peut-on mourir quand on n'est qu'une idée? Tant que le petit génie est toujours vivant, je ne peux que le suivre. Je suis un peu comme un Hyde... Jérémie a un côté très Docteur Jekyll, tu ne trouves pas?"
William haussa les épaules. "Soit, tu n'es pas humain dans le sens terrien du terme. N'empêche, ça ne m'explique ni comment tu es arrivé ici, ni ce que tu cherches à accomplir".
Belpois s'avança jusqu'aux côtés du prisonnier et s'accroupit en se calant contre son épaule. D'un geste du doigt, il désigna le ciel de Verso à travers l'écran. "Tu vois tout ça? Les habitantes de Verso ont pour coutume de penser que c'est le royaume de la destruction, parce qu'autrefois ce n'était que le néant. Il parait qu'en y plongeant, on se désintègrerait, on cesserait d'exister en tant que personne, on serait effacé de la réalité. Cependant, celui qui a mis en place cette idée était soit un fou, soit un incompétent, car si effectivement aucun corps ne survit à un petit plongeon là-dedans, le souvenir dans les mémoires des autres, lui ne meurt pas. Or Verso ne supporte pas l'incohérence ou l'incomplétude, pour lui une idée doit mourir avec sa forme. Tu me diras "Et l'ancienne Reine?". Eh bien, celle-là, elle a fait preuve d'une remarquable intelligence en créant Eli sans lui expliquer qu'en réalité, elle n'était qu'un support pour accueillir son esprit, même s'il faut le reconnaitre, les caractéristiques de la regrettée souveraine ne se sont pas encore montrées et que moi-même je n'ai pas compris par quel procédé elle est parvenue à cette prouesse... Au final, le cas de la Déesse Aelita n'est donc pas une anomalie, mais je ne pense pas te l'apprendre. C'est donc bel et bien un système contradictoire que tu as sous les yeux. Pour éviter de disjoncter, il va choisir le seul compromis valable à ses yeux: il ne va pas détruire le corps, il va juste l'effacer de Verso pour respecter la loi de la disparition et l'envoyer ailleurs. Un peu comme un mort irait dans un autre monde. Loi pas si étonnante que ça quand on sait que Verso est une création d'Aelita; elle aime les compromis, mais n'y réfléchit jamais assez... Sachant cela, il est facile de considérer le ciel de cet univers comme un moyen de transports entre mondes".
- En clair, tu profites des bizarreries que l'Univers ne peut supporter et que personne n'arrive vraiment à saisir tant c'est complexe et difficile à croire, garantissant ainsi que personne ne cherchera dans la bonne direction? Je le dis donc, tu es un bel enfoiré".
- Pour tout dire, c'était hasardeux de ma part. Je n'étais pas certain que ce fût vrai, ni même que j'allais arriver ici. Mais il faut croire que je suis programmé pour jouer un rôle dans cette bataille".
- ... Qu'Est-ce que tu veux dire?"
- Ce que je veux dire, tout simplement. Tu n'as rien remarqué quant à Verso?"
- Sinon que tu n'avais rien à y faire?"
- Que tu crois. J'imagine que tu es soulagé en pensant que XANA est aveugle à tout ce qui se trame?"
William hocha doucement la tête, redoutant de voir où en arrivait Belpois. Il ne lui jouait tout de même pas le même jeu que celui de Verso...? Il préféra mettre de côté ses craintes naissantes et se tourna vers son interlocuteur. Celui-ci observait fixement l'arrivée d'Eli et Aelita dans la Tour, comme si rater un seul pixel le condamnerait à une mort instantanée.
- Tu n'aurais aucun intérêt à me prévenir s'il était au courant. Jusqu'à nouvel ordre, tu es dans son camp. Pourquoi le trahir maintenant?"
- Encore une fois, tu te leurres. Je suis dans mon camp, rien de plus. Et s'il me plaît un jour de lui planter une lame dans le dos, je le ferai avec plaisir. Quant au fait que ce soit ou non le moment... Ne crois-tu pas qu'il n'aurait rien pu leur arriver de pire que Verso, au point où ils en sont?"
- Je suis étonné de constater que tu ne te considères pas comme le plus grand cataclysme qu'ils auraient pu affronter..."
- Oh, je l'aurais été haut la main si j'avais eu toutes les données d'entrée de jeu. Mais je partais désarmé, alors c'est humblement que j'occupe la seconde place, juste derrière la petite utopie de la princesse. Tu ne vois vraiment pas pourquoi?"
Non... Toujours déconcerté, William regarda Belpois plier et déplier ses doigts tranquillement, comme pour les détendre. Ce fut ainsi qu'il réalisa.
L'artefact...
- Si jamais tu as saboté Verso..."
Un regard sincèrement indigné lui répondit. "Enfin, comment peux-tu penser ça? Non, je n'ai pas manipulé leur précieux trésor, ça aurait été une perte de temps. Mais tu es sur la bonne piste. C'est avec la boule que j'ai compris quelque chose. Et tu me déçois à ne même pas arriver à me suivre. Moi qui pensais avoir une conversation intéressante..."
Alors quoi? Quoi?
- Oh, je suis sûr que tu sais ce qu'est XANA, pour Verso. J'en suis certain, c'est juste que tu n'y penses pas, et c'est fort dommageable..."
Verso, XANA...
- Oh non".
Oh non.
- Ah enfin il commence à se réveiller!"
- TU TE FOUS DE MOI?"
D'un bond, William se jeta sur l'intrus, le plaquant au sol sans ménagement. Il serra le col de sa chemise avec une telle force qu'il sentit ses doigts s'enfoncer dans ses paumes à travers le tissu virtuel. S'il pouvait réellement tuer dans ce monde sans vie, il l'aurait fait sans hésiter. Mais Belpois, loin d'être impressionné, sourit.
- Et tu comptes m'en vouloir pour ne pas l'avoir vu toi-même? Me faire payer ton idiotie? Tu devrais me vénérer, tu l'as dit toi-même, je trahis ce qui a priori est mon camp"
- Sauf que ça t'arrange. Bon sang, pourquoi je n'ai pas saisi ça quand je t'ai vu arriver à Verso?"
- Parce que c'est une utopie, et qu'en théorie, rien de mal ne peut arriver dans une utopie. Tout est plus parfait que dans le meilleur des mondes, et l'esprit humain aime cataloguer selon ses critères de discrimination, alors quand quelque chose arrive et qu'on n'en sait encore trop rien, il applique sa bête logique et ignore l'évidence. Pour toi, je ne pouvais rien faire à Verso parce que ce n'était pas mon monde et que je n'étais pas assez fort pour maîtriser une utopie. Tu as vraiment l'esprit trop synthétique et réducteur, William"
De frustration, le jeune homme fit siffler son poing juste à côté de l'oreille de son adversaire. Comment avait-il pu être aussi imbécile?
Mais il n'y avait pas de temps à perdre. XANA devait déjà être au courant. La faille était si grosse, si évidente qu'il ne pouvait que l'avoir vue. Ce n'était qu'une question de secondes, et après il ne pourrit plus agir...
Il lâcha brutalement Belpois, non sans l'envoyer cogner le sol une nouvelle fois, et se précipita sur ses écrans. S'il s'y prenait assez bien, sans paniquer ni faire d'erreur...
- Et que comptes-tu faire, hm?" Le nargua l'alter en se relevant. "Les prévenir? Par quel moyen?"
- Il faut qu'ils comprennent le signal. Il faut qu'ils le comprennent..."
Il chercha frénétiquement le programme nécessaire pour son plan, ses yeux volant d'un écran à l'autre. Pendant ce temps, il entendait l'ouverture de la cérémonie d'ouverture des Thalaam à Verso. Il supplia de toute la force de son esprit pour que quelque chose advint, n'importe quoi qui lui fit gagner un instant... Il n'était pas loin...
Finalement, l'interface convoitée s'afficha dans une lumière libératrice. Pris dans l'élan, William y asséna la paume de sa main avec force, provoquant des vaguelettes le long de ses contours. Allez, ça pouvait le faire...
Un cri strident retentit dans l'autre monde. William devait sans doute être le seul au monde à être ravi de l'entendre. Il ne se retourna pas, resta concentré sur ce qu'il faisait, refusa de se laisser détourner. Il ne fallait surtout pas qu'il retirât sa main, ou même que la pression faiblît. Il n'appréciait pas ce qu'il réalisait, mais c'était là la seule chose à faire. Tant pis s'il risquait de provoquer une incohérence entre les mondes...
- ... Eh bien, c'est une entreprise désespérée que voilà..." Commenta commenter Belpois en hochant la tête d'appréciation derrière l'ancien combattant, tel un spectateur devant un jeu d'enfants. Ce dernier ne releva pas et attendit. Pourvu qu'il ne fût pas trop tard...
Finalement, Eli interrompit la crise. La confusion mit un temps à s'estomper, mais quand enfin William put voir toutes les capsules, il soupira de soulagement. L'une d'elle ne s'était pas ouverte. Ca avait marché.
- Tu as vraiment interféré avec le fonctionnement de Verso? Il me semblait que c'était interdit, que la logique des Mondes Alternés veut que jamais l'un ne modifie la base d'un autre... Là, il ne s'agit pas de simplement envoyer des gosses pour renverser un règne..."
Cette fois-ci, William ne put l'ignorer. Sans doute parce que la pression redescendait, et qu'il avait réussi à gagner la première phase, et que quoi qu'eut prévu Belpois, il y aurait au moins un guerrier qui ne risquerait rien. "Il le fallait. En aucun cas ils ne devaient être tous dehors. J'espère juste qu'ils comprendront ce qui s'est passé..."
- ... Parce que ce n'est pas toi qui le leur expliquera"
William se glaça. Que... Comment?
Soudain, il eut l'impression qu'une salve de flèches laser le transperçaient de l'intérieur. Le monde autour de lui vibra, et son esprit se distordit. Il tenta de résister, mais commença à chanceler. Il voulut poser un genou au sol pour se reposer, mais alors qu'il ployait, tout son corps fut entraîné dans la chute et ses côtes frappèrent lourdement le sol. Il n'avait vécu cela qu'une fois. Quand XANA l'avait possédé pour la première fois et s'était définitivement implanté en lui. A l'origine.
Non...
- Eh si. Tu savais notre cher patron au courant, et tu ne t'es même pas attendu à ce qu'il réagisse? Il ne pouvait y avoir beaucoup de traîtres" Rit Belpois en s'accroupissant à nouveau aux côté du prisonnier. D'un geste presque compatissant, il passa sa main sur les mèches ébènes du jeune homme et dégagea son visage, avant de glisser vers ses épaules qu'il caressa doucement. William tenta de faire abstraction et ouvrit la bouche pour articuler, non sans difficulté:
- Ca aurait... Pu être toi... Qu'as-tu fait pour... Pour acheter ta place...?"
- Oh, trois fois rien. Je l'ai prévenu de ton manège, voila tout. Et je lui ai garanti quelque chose. Le cœur d'Aelita"
Evidemment. Pourquoi aurait-il pris la peine d'aller lui parler et lui révéler des éléments importants? Par sympathie? Impossible pour William d'admettre cette théorie, surtout quand il sentait la main de son ennemi le détendre. Il ne devait surtout pas se laisser faire! Il devait réfléchir, cet espèce de fou n'aurait pas sa concentration!
- C'était pour ça... Ta petite conver... Conversation avec elle..."
- Eh oui. Je me demande s'il leur reste encore une chance, maintenant..."
Le cerveau de William tourna à pleine vitesse, ignorant le chaos qui grandissait en lui. La situation n'était pas si désespérée... Il avait bloqué l'un des guerriers dans sa Thalaam, et sachant la peur phobique que ressentaient les habitantes de Verso pour toute sorte d'anomalie, elles n'allaient pas tenter leur chance à nouveau. Donc, quoi qu'il arriverait, il resterait quelqu'un, encore perdu dans les limbes d'entre mondes et par conséquent à l'abri... Il fallait juste trouver un moyen d'exploiter ce joker, et vite...
Dans un effort surhumain, le jeune homme releva la tête vers l'écran. Il se força à détailler chaque pixel au travers de sa vision trouble pour espérer y reconnaître les éveillés. Tout mais pas Jérémie... Si c'était lui, le groupe serait bloqué, car il n'y avait plus aucun pont d'accès vers Solar Building...
Par chance, il reconnut rapidement la chevelure blonde du génie, suivie par Odd et le triangle improbable qui lui ornait le crâne. Près d'Aelita, William repéra Yumi et souffla de soulagement. Ulrich était resté. Il fallait se reposer sur Ulrich. Mais surtout, surtout, il fallait que Jérémie comprît. Et pour ça, William devait lancer une dernière action.
D'un geste rageur, il repoussa enfin Belpois et se hissa comme il pût jusqu'à son interface. Une fois en appui contre un des écrans, il chercha les données d'Aelita. Il manqua plusieurs fois d'en effacer tant sa main tremblait, et faillit même renoncer en constatant le malaise de la princesse, mais il finit par toucher au but. Sa mémoire. Il fallait la lier à tout prix à celle de Verso, que ses doutes concernant son rapport avec l'ancienne Reine se précisèrent davantage... Qu'elle devint cette souveraine déchue, et qu'elle eut accès à toutes les informations que jamais ils ne pourraient obtenir autrement... Et là, que les forces de l'Univers leur vint en aide, car ils n'auraient pas le droit à une seule erreur d'interprétation. Ils devaient saisir à tout prix.
Ils ne pouvaient pas rester là-bas. Pas pour le moment. Pourvu qu'il fût encore temps...
- Ne me touche pas... Humain..."
Nouvelle libération. Ca avait marché! Un poids le quitta violemment, le poussant au passage en arrière. Il sentit deux bras se refermer sur lui avant qu'il pût atteindre le sol et le forcer à s'assoir doucement. William aurait volontiers rejeté Belpois une seconde fois, mais l'énergie lui manquait terriblement, et le malaise ne voulait pas s'arrêter...
- Bien joué, mais pourquoi te compliquer la vie? Tu aurais pu tout simplement leur dire l'entière vérité dans leurs esprits, non?"
- Ils... Ne m'auraient jamais fait... Confiance..."
- Résultat, de la perte de temps, encore et encore. L'amitié est quelque chose de trop fragile pour être utile en temps de guerre... Et toi, tu vas rejoindre ceux qui sont tombés? Pas trop effrayé?"
- Non... Et tu sais pourquoi?"
Belpois eut soudain l'air pincé, surpris par la réponse. De toute évidence, il ne voyait pas.
- Tu as un autre plan dans ta manche? Non, là, ça va devenir trop gros..."
- Mon autre plan... C'est toi. Tu... as survécu parce que Jé... Jérémie t'a recréé, parce que... Ses souvenirs ont... été féconds dans la Thalaam... Et tu sais quoi?... Ils ne sont pas tous... sortis... Et moi... Je suis devenu un tel pro... Problème pour eux que je n'ai... Jamais quitté leurs esprits..."
- Et tu miserais ta vie sur un coup de poker?"
- Il y a... Quelque chose que tu n'as pas... Compris sur moi... Je ne suis pas terrien, je ne suis pas vivant... Je suis un amas de données virtuelles... Mais dans mon monde d'origine, je ne suis plus... Rien depuis longtemps, juste un souvenir... Une idée... Comme toi qui as pu renaître... Parce que tu n'étais rien... Rien de plus qu'une création... Comme eux quand ils se virtualisent... Ils ne sont plus humains, juste des... Idées... Ulrich me redonnera vie... Parce que ses souvenirs m'ont sauvé de la mort... Et que je ne suis pas définitivement perdu... Comme si j'étais... Dans le ciel de Verso..."
- Il n'empêche, qu'Est-ce qui te garantis que tu renaîtras avec ta mémoire actuelle?"
- Rien... Rien du tout... Personne n'est garanti..."
- Ton argument ne tient pas la route, navré"
- Si tu savais comme... Comme ça m'est égal, d'avoir... Ton avis... Maintenant... Parce que moi, je sais pourquoi... Je ne suis pas foutu... Tu ne le sauras juste... Jamais... Et cette perspective est si... Jouissive..."
Enfin, il sentit son corps se disperser en milliards de données volatiles, échappant aux mains de Belpois. Celui-ci les regarda s'envoler, piqué au vif mais incapable de se défouler. Une fois le ballet fini, il resta encore un moment à genoux, ses bras immobiles et dessinant toujours le corps disparu de William. Puis, pour la première fois sans vouloir le comprendre ou le provoquer, il sourit.
... Vous êtes toujours en vie?
(J'aime tellement les discours de Belpois, il est complètement insuivable, le genre de personne dont on ne sait jamais si on peut la croire ou non)
Bref, j'espère que vous avez aimé, en tout cas passez une bonne nuit, et je vous revois dans deux semaines avec un retour à Verso! Bye!
