Bonjour bonsoir!
Je t'en ficherais, moi, des "je ne serai plus jamais en retard"... *prend un air désolé*
La fac ne me laissera jamais en paix... Ni le monde... Enfin bref. Me voilà, deux jours après la date de sortie initiale, pour le chapitre 7 de Mondes Alternés!
Comme il n'y a pas de réponses à faire cette fois, je remercie simplement les lecteurs fantômes (vous avez fait péter les scores sur le dernier chapitre *_*) je passe directement au chapitre en vous souhaitant une bonne lecture! o/
Disclaimer : Jérémie et son équipe, ainsi que XANA, Lyoko et Kadik ne m'appartiennent évidemment pas, tout le mérite revient aux créateurs. Verso et ses personnages sont toutefois de mon fait.
La tension durait depuis quelques secondes, alourdie par l'immobilité générale. Les voiles dans la pièce n'osaient plus bouger, raides et opaques, délaissés par la douce brise artificielle, disparue dans l'air. On eut dit que mille ans d'Apocalypse défilaient sans relâche devant les yeux des Lyoko-Guerriers, projetés par les pupilles électriques d'Eli. Aelita lui accorda en première son attention, prise de court par le changement radical de sa protégée. Il n'y avait plus une once de douceur ou de paix en elle, tout avait été balayé par une flamme de détermination. Celle d'un animal blessé prêt à réduire le monde en cendres pour survivre. En un clin d'œil, la Reine de Verso était devenue l'antiphrase de l'utopie. L'inattendu provoqua en la jeune femme une vague d'incompréhension mutant rapidement en malaise. Quel élément avait-elle raté pour ne pas sentir en sa fille une telle réaction? Le temps d'un éclair, elle eut la sensation de redevenir la Aelita originelle et ses yeux cherchèrent d'instinct Jérémie. Ce dernier tournait à plein régime, les rouages de son cerveau s'ébranlant se reflétaient dans ses pupilles. Il n'osait pas détourner le regard d'Eli, et cette dernière guettait le moindre de ses mouvements. Les deux chefs se défiaient. Un mot, et une possible réconciliation pouvait devenir une lointain souvenir.
Finalement, ce fut Odd qui se lança, ce bon vieux Odd, délesté des préoccupations de dirigeants, toujours un peu aveugle et sourd au bon sens:
- X.A.N.A n'est pas quelque chose de bien, il finira par vous détruire!"
- Sans lui, ce monde ne serait que ruines. Personne n'aurait pu vous libérer des Thalaam. En un sens, vous lui devez la vie, actuellement" Répliqua la Reine sans sourciller, sans quitter des yeux le génie, droite comme une lance, l'ombre de sa silhouette barrant les voiles toujours fixes d'un trait sombre et strict. Elle refusait de voir les choses sous un autre angle, et continuerait ainsi un moment. Pour autant, Odd ne se laissait pas faire:
- Il devait avoir un plan, il devait savoir qu'on arriverait, il devait vouloir vous induire en erreur..."
- Est-ce si dur à admettre qu'il ait pu tout simplement vouloir survivre? Nous avions des intérêts communs. Lui sans nous et nous sans lui, tout était perdu"
- Et c'est une raison suffisante pour le protéger?"
- C'est toujours une raison de plus par rapport à celles que vous m'offrez. Et si c'était vous qui cherchiez à me tromper?"
- Ne soyez pas paranoïaque!" Oh non. Odd perdait patience. Sa voix habituellement haute grimpait encore, synchronisée avec sa nervosité. Eli dut le sentir, car elle consentit à se détourner du génie pour accorder un regard polaire au jeune homme.
- Je ne suis pas paranoïaque. Je suis une souveraine, et je protège ma terre de la guerre. A ce titre, je n'ai pas le droit ne vous faire confiance. Je pense que vous pouvez le comprendre, si vous y réfléchissez".
Un souvenir de sa vie sur Terre frappa Aelita. William Dunbar. Ils avaient été méfiants, pour commencer, l'urgence dans laquelle ils vivaient ne leur permettant pas d'évaluer sa fiabilité... En somme, ils avaient été aussi prudents que la Reine en cet instant, et ils ne s'était sentis ni paranoïaques, ni excessifs, ni en tort... Evidemment qu'Eli agissait comme sa position le lui imposait. Pour autant...
Pour autant, William n'aurait pas forcément été quelque chose de mauvais. Il n'était pas une Sissi trop curieuse, ni un Jim un peu bêta, ou même un XANA belliqueux. Sa volonté était certaine, et si les Lyoko-Guerriers s'y étaient mieux pris avec lui, peut-être que le virus n'aurait jamais réussi à le capturer... Il fallait convaincre Eli du bien-fondé de leur action, à tout prix. Il fallait faire ce que William, dès le début, avait tenté.
Mais leur bonne foi prouvait-elle pour autant la malice de leur ennemi sur les terres de Verso? A priori, il était plutôt invisible, le royaume ne paraissait pas souffrir de quoi que ce fût, contrairement à Solar Building où une intervention était une évidence... La Voix les auraient-elle vraiment envoyés pour éliminer un XANA inoffensif? Sachant que ces mondes sont nés de l'esprit des adolescents pour héberger des avatars du virus, se pouvait-il que l'un d'entre eux fût assez puissant pour influencer l'un des morceaux de leur adversaire? Cela ne retirait en rien la nécessité de le battre... Mais comment faire? Devaient-ils réellement en arriver à abattre quelque chose qui n'était pas entièrement mauvais? Et surtout, comment faire pour agir sans trahir Eli?
Au fond, si elle avait dû choisir en cet instant, Aelita aurait sans doute rallié le camp de sa fille. Après tout, ce XANA lui a sauvé la vie, s'il n'avait existé, que serait-elle devenue? Sans lui... Sans lui ou sa source, même la princesse de Lyoko ne serait pas grand chose. Si son père n'avait pas eu la folie de le créer, elle n'aurait jamais rencontré Jérémie - quoique cet argument se discutait assez en cet instant -, elle ne serait rien d'autre qu'une femme ordinaire, loin des aventures qu'elle vivait au quotidien... En clair, XANA était-il si mauvais que ça? Pouvait-il réellement n'être que l'incarnation du mal absolu? Ils étaient dans une utopie... Comment quelque chose d'aussi terrible aurait pu s'y développer?
Soudain, Jérémie sembla sortir de sa torpeur stupéfaite et tenta à son tour:
- Ecoutez. Vous êtes la Reine de ce monde, et moi je suis le chef de mon groupe. De responsable à responsable, on peut essayer de se comprendre. Je ne peux qu'approuver ce que vous venez de dire, évidemment qu'il est naturel que vous défendiez Verso. Mais réfléchissez. Vous dirigez quelque chose de fabuleux, quelque chose de pacifique et de raisonnable à la fois. C'est plus que ce que mes semblables peuvent faire. Ne croyez-vous pas qu'un souverain se doit d'être en adéquation avec ce qu'il a créé? Si vous restez sur vos positions, vous soutenez quelque chose qui ne connait que la destruction. Croyez-moi, vous n'êtes qu'une pièce d'un immense échiquier, si nous ne laissons passer ne serait-ce que l'une d'entre elle, nous accordons à notre ennemi une chance qui pourrait s'avérer fatale à tout ce qui existe. Vous n'êtes pas une destructrice. Vous tenez au bien"
Il avait dit tout cela très vite, en un souffle, comme s'il redoutait que ses idées n'allèrent plus vite que sa voix. Cette dernière avait lutté pour rester posée et stable. Elle ne put éviter une léger trémolo sur la fin, alors que Jérémie s'aperçut qu'à aucun moment Eli n'avait bronché. Il se tut, guettant chez la jeune femme le moindre signe de fléchissement, la moindre preuve de la réussite de son discours... Et n'eut pour seule récompense qu'un haussement de sourcils circonspect.
- Un dirigeant n'est pas quelqu'un de bien, mais quelqu'un de juste. J'ai détruit un monde, mais pour mon peuple, je ne pouvais agir autrement. Tout comme à présent, vous aider serait mettre Verso en danger. Même si cela implique de ne pas lutter pour le bien, comme vous dites, je ne peux que vous refuser mon aide"
Jérémie souffla, visiblement plus tendu encore. Mais il fit de son mieux pour ne pas trembler et s'approcha de la Reine, à pas mesurés.
- Vous savez, avant d'arriver à vous, nous étions dans un autre monde, le parfait contraire du votre. Nous avons rencontré des combattants, prêts à tout pour sortir leur cité de l'Enfer, et hélas, cela passait par une bataille. Tous ne sont pas revenus, mais finalement ils ont gagné. Je ne sais ce qu'ils sont devenus depuis notre départ, mais j'ai confiance en eux. Qu'ils aient eu à lutter est terrible, mais ils étaient d'accord sur une chose: ça en valait la peine. Ne croyez-vous pas que vous aussi, vous devriez faire cette concession?"
- Je sais ce qu'est une guerre, et je sais ce qu'elle prend en échange de son départ" Répondit la Reine. "Mais plus que cela, je sais ce que j'ai dû sacrifier. J'ai compris que l'utopie est une illusion, que ce monde n'est qu'un faux, créé par les rêves d'une autre. Les choses ne peuvent rester parfaites que si elles sont éloignées de tout. J'ai accepté d'aller à l'encontre de notre propre logique pour préserver Verso. Je ne suis pas la figure de proue de la paix, plus depuis que j'ai anéanti un monde. Mon royaume, sa paix, sa beauté, c'est le résultat, c'est ce que j'ai obtenu en retour. C'est ce que j'aurais voulu être. Pour rien au monde je n'accepterai de le corrompre. Il faut qu'il reste ainsi. Quitte à ce que la Question reste logée dans le cœur de Verso"
Aelita poussa un cri. Bien sûr... Bien sûr!
- Le cœur existait avant le Teletamera, n'Est-ce pas?"
Un silence léger frappa l'assemblée. Des regards stupéfaits la dévisagèrent, comme si elle venait d'énoncer la vérité la plus curieuse de l'Univers. Cependant Jérémie et Eli froncèrent les sourcils, un éclat de compréhension passant dans leurs pupilles. Qui hélas ne semblait pas rassurer Eli.
- Oui, bien sûr..."
- Alors XANA ne fait que le parasiter?"
- En effet..."
- On pourrait se débrouiller pour l'en déloger sans rien abîmer, non?"
- Tu penses qu'il se laisserait faire?" Lança Jérémie en sautant sur l'occasion. Aelita fit de son mieux pour ne voir en lui que l'adolescent qu'elle aimait avant Verso et continua:
- On pourrait au moins essayer... Je veux dire, nous avons l'Apsidia, il suffirait de ne tirer que sur XANA..."
- Sauf que la Question enserre le cœur. Vous risqueriez de l'atteindre en le transperçant" Objecta Asali, qui se fit décocher un regard désapprobateur de la part d'Eli.
- Et si on remplaçait immédiatement après le Cœur?"
Instant de flottement. La Reine se tourna vers Aelita, la confusion passant devant ses yeux comme une brutale éclipse. On eut dit qu'un monde qu'elle n'avait encore soupçonné en sa créatrice venait de se dévoiler à elle. Et il l'effrayait. La Princesse de Lyoko s'en voulut instantanément, sa lutte pour rester du côté des ses anciens camarades commençant à faiblir. Pourtant... Malgré tous les doutes qu'elle avait sur la nature du XANA de Verso, pouvait-elle se détourner de sa mission? Eli l'avait dit, une souveraine devait agir dans l'intérêt de ses administrés...
Cette dernière abaissa doucement son arme sans quitter des yeux Aelita, son expression résolument indéchiffrable. La tension suivit la descente de la lame dans un rythme fébrile. Les doigts d'Asali se déplièrent lentement tandis qu'elle jaugeait sa maîtresse. Elle ne récupéra toutefois pas l'objet de la méfiance et attendit un ordre, raide et alerte. Une chape de plomb dansa entre les voiles, se mêlant avec l'électricité ambiante. L'attente assourdit Aelita tant qu'elle crut l'entendre battre le tambour d'une échéance inconnue.
Soudain, la parole royale claqua, sèche et implacable.
- Mère, et vous autres, vous venez avec moi à Proelys. Je veux une réunion de crise avec les Sages immédiatement. Il me faut un avis extérieur. Après seulement, je déciderai quoi que ce soit à votre sujet"
Elle replaça vivement le poignard dans les mains de sa Gardienne, qui manqua de le faire tomber de surprise, et avant que le groupe n'amorça un mouvement, désigna Odd d'un air entendu pour la combattante:
- Asali, garde celui-là. Il me faut une garantie"
- Attendez, pourquoi moi?" S'exclama le félin. "Vous nous faites confiance ou non?"
- Il me semble avoir été claire sur ce point"
- Mais nous sommes avec Aelita..." Tenta Jérémie avant de ravaler ses paroles, la froideur de la princesse lui nouant toujours la gorge, l'hostilité de la Reine se chargeant de son ventre.
- Mais surtout, c'est une utopie ici, non? N'est-on pas sensés ne jamais avoir peur, dans une utopie?" Reprit Odd, ignorant le rythme de plus en plus lent et menaçant de la marche de la Reine.
Eli fondit sur lui. Elle semblait au bord d'un précipice dans lequel elle jetterait volontiers le jeune homme. Elle dominait telle une écrasante falaise, prête à lui asséner des rochers par légions. Son ombre enserra le cadet des Lyoko-Guerriers, pour un fois à court de répartie. Pendant un instant, il n'y avait plus qu'eux dans la pièce, toute l'attention du monde semblait dirigée vers eux et ce qui allait suivre. Le regard de la Reine fixait l'adolescent avec intensité, usant de plus en plus le fil de sa patience, sa colère devenant plus transparente que les voiles. Puis finalement, elle lui dit tout bas, d'une intonation qui n'admettait plus la discussion et s'adressant aussi bien à Odd qu'aux autres:
- Arrêtez de dire cela où je vous montrerai comment on défend vraiment une utopie du trouble".
Un silence lui répondit. Asali s'empressa de saisir Odd, moins par zèle que pour l'extirper de la vue de la Reine. Cette dernière se redressa et partit sans un mot, sans se soucier des autres, ses longs cheveux en cascade basculant dans son dos telles des vagues enragées. Le groupe mit un temps à se remettre dans la situation avant de la suivre, restant toutefois à bonne distance derrière elle.
Durant leur marche, Aelita aurait juré être la seule à voir les poings de sa fille trembler.
- Sérieusement, c'est quoi son problème, au juste..." Marmonna Odd, encore un peu bougon. Lui et sa geôlière avaient rejoint une Tour somptueuse, ornée de milliers d'armes différentes et étincelantes, s'étalant dans toutes les variétés de tailles, de couleurs et d'inspirations possibles. Toutes clignotaient régulièrement et étaient reliées à de fines racines, telles des veines descendant au cœur de Verso. Le mur en fond variait de teinte de temps à autre, mettant en valeur un arsenal à tour de rôle. Le plafond quant à lui s'éloignait constamment. Odd avait mis un temps à comprendre pourquoi: à chaque seconde, une nouvelle sorte d'arme se formait à partir de la surface de la Tour, forçant la pièce à s'agrandir constamment. Curieux concept de lieu dans un monde de paix... Avisant Asali, qui portait une lame au côté, il supposa qu'il s'agissait surtout d'intimidation. On ne pouvait dire que la combattante était aussi prompte à s'en prendre à des inconnus que ne l'était Elisabeth...
Il ne s'étonnait plus de ne pas sentir la poigne d'Asali sur son épaule, bien qu'il ne doutait pas que dans un monde plus humain, elle la lui aurait déboité. Il leva les yeux vers elle, espérant obtenir au moins un signe en réponse, mais la Gardienne se contentait de fixer le couloir devant elle sans ciller. Visiblement, elle était perdue dans ses pensées et n'avait que peu d'attention à accorder à son prisonnier. Il ne se laissa pas démonter et reprit:
- Pour un monde où tout se sait, on ne peut pas dire que vous soyez clairvoyante. Vous auriez pu voir que votre Reine allait prendre la mouche..."
- Je l'avais deviné" Répondit simplement Asali sans interrompre sa marche. Odd prit cela pour un encouragement.
- Et vous n'avez rien fait?"
- Je n'en ai pas reçu l'ordre"
- Mais si elle nous avait attaqué?"
- Elle ne l'aurait pas fait"
- Qu'en savez-vous?"
- Vous l'avez dit, tout se sait dans ce monde" Trancha Asali avec un subtil sarcasme.
Odd retourna dans le mutisme, pensif. La Gardienne les aurait réellement laissés se faire tuer? Mais... Le meurtre était-il possible dans une uto... Ah, oui. Ne plus penser cela. Pourtant, c'était le monde d'Aelita, la petite princesse, l'innocente jeune fille qui ne ferait de mal à personne... Verso était le reflet de son esprit, non? Une perfection cachait donc de plus sombres facettes? A moins que XANA n'eut corrompu la Reine... Ca expliquerait pourquoi elle tenait tant à le défendre...
- Arrête de penser. Tu ne te fais pas du bien" L'interrompit Asali en tournant à un angle, les enfonçant tous les deux dans une partie plus sombre de la Tour. Il n'y avait plus de magnifiques armes pour parer les parois, simplement des murs vierges perdus dans un étrange processus: ils se détruisaient pour se reconstruire perpétuellement, perdant quelques pixels pour les recréer aussitôt. La vue aurait eu de quoi blesser les pupilles d'un visiteur humain, mais étrangement, Odd put soutenir le spectacle le plus naturellement du monde.
- Parce que tu sais aussi ce qu'il se passe dans la tête des gens?" Soupira-t-il dans un demi-rire.
- Je suis la Gardienne de la Reine. Depuis le Teletamera, j'ai dû apprendre à saisir plus que ce qu'elle voulait bien me donner"
- Tu es à son service depuis toujours?" Hasarda Odd, ne sachant vraiment si une réponse, quelle qu'elle fût, lui serait utile.
- Non, juste par un concours de circonstance. C'est moi qui l'ai trouvée, après le retour de la paix à Verso. Nous avions perdu la Reine, et certains soutenaient avoir aperçu une femme ressemblant étrangement à notre souveraine. Nous redoutions le pire, mais nous vivions dans un tel chaos que personne ne savait vraiment où était la priorité. Et si nous avions perdu la Déesse et sa fille? Que ferions-nous?"
- Donc tu es allée à sa recherche" En conclut le jeune homme. Asali ralentit légèrement le pas et soupira.
- Je souhaiterais juste que tu comprennes pourquoi ma Reine a agi ainsi. Je sens bien que vous n'êtes pas des ennemis, mais je me dois de la soutenir, et je pense que si vous pouviez vous mettre à sa place..."
- Alors tu nous crois?" Tenta Odd, les yeux brillants d'espoir. Mais la Gardienne secoua la tête.
- Pas exactement. Je crois ce que l'Apsidia nous a montré. Cette relique ne peut ni nous mentir, ni se tromper. Et s'il avait été corrompu, je ne vois comment vous pourriez en être les responsables. Vous auriez d'abord dû sortir de vos Thalaam, or Eli n'a noté aucune activité de ce genre quand nous vous avons trouvés. Sinon elle nous en aurait avisés"
Odd hocha lentement la tête. Au fond, c'était déjà ça. Il nota que la Gardienne avait légèrement desserré son étreinte.
- Je n'avais plus personne. Quand une fille passe le rite pour devenir adulte, elle perd tout intérêt pour les autres. Elle a enfin l'accès illimité au savoir absolu - ou tout du moins ce que la Déesse présentait comme tel- alors l'intervention et la protection d'une tierce devient inutile... C'est tout de même quelque chose que toutes attendent avec impatience. Seule Eli cherchait à l'éviter. Dans mon premier âge, je ne comprenais pas pourquoi, je dois dire que je la méprisais un peu..." La Gardienne eut un petit rire alors que ses souvenirs défilaient au fil du récit. "Puis mon deuxième âge est venu, et la première personne que j'ai vue à mon réveil, c'était elle. J'ai remarqué ses yeux, et j'y ai vu l'appréhension alors qu'on me regardait me redresser sans m'aider. La première certitude qui m'a frappée, c'était que notre future Reine avait peur de la solitude. Ironique, quand on sait que son destin la promettait pourtant à l'isolement... Puis la guerre est arrivée. La panique, la peur, l'incompréhension... Personne ne savait quoi faire. Nous comptions toutes sur notre Déesse, mais plus le temps passait, plus nous constations qu'elle n'avait pas le moindre plan. Alors nous tenions bon. Je tenais bon, toujours en gardant un œil sur Eli, de loin. Avec toutes les réunions que devait assurer la Reine, elle était de plus en plus mise de côté... Je sentais bien qu'elle redoutait cela plus que tout. Elle commençait à se dire que son jeune âge l'empêchait d'être aux côtés de sa mère. Après la peur de la solitude, c'est celle d'être inutile qui l'atteignit"
Asali et Odd s'arrêtèrent finalement devant un portail assez petit et circulaire, quasiment identique au reste du mur. S'il n'y avait l'encadrure, gris et dénué d'originalité, le jeune homme ne l'aurait remarqué. En un souffle, ils passèrent dans une pièce vide aux angles ronds, une sorte de cube aseptisé et étonnamment étroit comparé aux autres pièces des Tours de Verso. On y respirait le calme, comme si rarement des vies y passaient. Sans doute était-ce le cas. La Gardienne s'adossa à un mur et se laissa glisser au sol, ramenant ses genoux sous ses coudes. Le garçon l'imita, attentif à la fin de l'histoire.
- Pendant le Teletamera, je l'ai revue. A croire que mes yeux sont destinés à ne jamais la quitter... Elle était dans les bras de la Déesse, courant vers cette maudite Tour...En un clin d'œil j'avais compris. Je ne voulais pas y croire, et pourtant le plan de la Reine était limpide... Il n'y avait pas d'autres raisons pour lesquelles elle aurait souhaité y emmener sa fille. J'ai tenté de les suivre, mais une boule d'énergie s'est écrasée non loin de moi et j'ai dû m'écarter pour ne pas mourir. Il en tombait tellement que j'ai fini par m'éloigner de trop... J'espérais toutefois pouvoir encore rejoindre la Déesse, mais soudain, Eli est passée devant moi, seule... Une autre Eli, et j'ai compris qu'il était trop tard. Puis le calme est revenu. Le sol ne tremblait plus, le ciel n'était plus déchiré d'ennemis... Un mauvais pressentiment a commencé à poindre en moi. Sans attendre, j'ai rejoint la princesse. Elle était toujours seule, effondrée face à un écran de contrôle éteint... Elle a commencé à parler, sans doute plus pour elle-même que pour moi, mais je ne comprenais pas grand chose... Juste qu'il fallait lire les mémoires de la Déesse. Ca avait l'air de tellement la troubler... J'ai ramassé la relique de la Reine, en évitant de me demander pourquoi il n'était plus à son cou, et je nous ai conduites toutes les deux vers la chambre Royale. Au-dessus d'une plateforme circulaire il y avait une interface. Je l'ai activé avec le médaillon, sans savoir encore que je scellais ma vie avec celle d'Eli par ce geste"
- Que... Qu'y avait-il, dans ces mémoires?"
- Les dernières paroles d'un dénommé Franz Hopper"
Seul.
Le souffle n'était pas venu caresser sa surface depuis un temps trop long pour l'entendement humain. Perdu dans le compte des secondes, il était incapable de dire depuis combien de temps son corps s'était paré d'argile. Et de toute façon, cela ne lui indiquerait pas quand sonnerait la fin de sa captivité. Alors quand passait le visiter cette étrange présence, flottant au-dessus de lui comme une foule au-dessus d'une tombe, au moins ne se sentait-il pas abandonné telle une planète dans une galaxie vide. Tant que l'autre respirait, il était sûr d'exister.
Mais le souffle n'était plus là, et il ne lui restait plus grand chose. Juste la colère grandissante, infestant ses veines, l'enracinant à la terre, tordant ses organes et l'indignation chantant en chœur dans son esprit, les voix lyriques incompréhensibles mais belliqueuses, lançant des ordres et des appels à la révolte toujours plus fort, comme si l'Apocalypse approchait et qu'il fallait que toutes les races de l'Univers s'opposèrent à elle. Un savoir étrange, ancien, ancré en lui et fondant son existence, était persuadé que les ténèbres approchaient, que la route était fausse et atroce mais que lui seul pouvait le comprendre. Lui qui était condamné à n'être d'une sculpture ignorée. Le Destin pour lui avait tout d'une Gorgone.
Soudain, une froideur inattendue le frôla. Il sentit le poids d'une existence sans vie se pencher sur lui. Cet être, quoi qu'il fût, avait autant de présence humaine qu'un hologramme. Méfiant mais autorisé à échapper un temps à sa folie prophétique, il lui accorda toute son attention.
L'autre ne bougea pas, ne respira pas, ne parla pas. Il laissait les secondes s'égrener sans les retenir, sans les changer en actes. Les deux immobiles glissaient dans le temps, une conversation muette pleine de questions sans réponses résonnant dans leurs esprits. Puis finalement, l'être sans vie parla.
- Il croit pouvoir me battre, tu sais" Commença-t-il avec un ton de confession. "Et pour l'instant, je dois reconnaître qu'il a l'avantage. Il ne me reste que peu de temps, et rien de ce que je puis faire sans porter atteinte à mes intérêts ne peut m'en faire gagner. J'ai cherché, pourtant, j'ai parcouru le savoir qu'il avait à sa disposition, j'ai observé nos pions, et j'ai compris ce qu'il a voulu faire. J'en suis sûr maintenant, il a parié sur le fait que je ne m'attendrais pas à ça de sa part... Il avait raison. Entre ce que j'ai entrevu de lui avant sa captivité et celui que j'ai eu en face de moi, que de chemin parcouru..." Il rit, d'un rire sans cœur. En possédait-il seulement un? "Je vais sans doute perdre la mémoire et les certitudes qu'elle me procure. Je vais sans doute devoir oublier mon visage, faire repartir mon cœur et accepter qu'il moleste mon torse, lui qui autrefois se tenait fier et inviolable contre les sourires et les larmes. Mais toi... Souviens-toi de qui tu es à présent. Souviens-toi de ce manteau de marbre qui t'habille. Tu le maudis, j'en suis certain, mais bientôt tu ne voudras plus t'en séparer. Il te reviendra de décider, quand l'horloge de la vie arrivera à son dernier chant, si tu veux qu'il fasse partie de toi. Mais quoi que tu choisiras, tu seras un autre".
Autre. Ce mot prit une étrange résonnance dans l'être de marbre.
Autre.
Il ne savait même pas qui il était.
Diantre, ce chapitre aura été tellement maudit que je suis assez soulagée d'en être enfin à bout... Le prochain s'en sortira mieux. On espère très fort.
J'espère tout de même qu'il vous a plu! N'hésitez pas à reviewer, que ce soit le cas ou non, et je vous dis à dans deux semaines! Aimez-vous les uns les autres et prenez soin de vous, bye!
