Bonjour bonsoir ! Ici Violet Bottle, de retour de vac... Partiels. Ce fut long, intense, et je dois dire que le début du mois de Mai a été agité par chez moi (pour changer), mais je reviens enfin ! (Avec deux jours de retard. Enfin, les bonnes vieilles habitudes, hein...).
De fait, j'ai malheureusement raté les deux ans de Mondes Alternés, datés du 29 Avril. Deux ans déjà... Je ne suis pas une personne à anniversaires, mais celui-là, quand j'y ai pensé, m'a un peu émue. Si j'avais suivi mes prévisions originelles, cette fic devrait être très proche de sa conclusion. Finalement, nous n'en sommes même pas à la moitié. Donc à ceux qui lisent, suivent, commentent, ceux de passage ou ceux d'un peu plus que ça, merci à vous de votre attention, de votre curiosité, de votre appréciation, de vos critiques. Bisous sur vos vies.
C'est donc sur ce court message que nous commençons le final de cette saison 2 ! Un final qui se déroulera en trois parties, une fois n'est pas coutume (et ne le sera d'ailleurs pas). Bonne lecture à vous ! o/
Disclaimer : Jérémie et son équipe, ainsi que XANA, Lyoko et Kadik ne m'appartiennent évidemment pas, tout le mérite revient aux créateurs. Verso et ses personnages sont toutefois de mon fait.
Les yeux clos, il pouvait sentir une tornade balayer le creux de son corps. Pas d'organes, pas de muscles, pas de veines, pas d'os, rien. Juste un récipient fait de la chair d'un autre, une peau qui pulsait sous l'effet d'un vent continu et grandissant. Il pencha la tête en arrière, savourant le carnage qui naissait en lui, laissant chaque microseconde de colère monter crescendo, lui sciant l'esprit comme l'archer sur les cordes d'un violon. L'envolée lyrique le transperçait, dévoilait le vide de son être et offrait toujours plus d'ouverture au souffle glacial. Il fallait que ce sentiment restât vivace. Il fallait qu'il l'enserrât, qu'il l'étreignît, qu'il devînt du lierre envahissant sa structure. Il fallait qu'il eût au moins quelque chose à lui. Quelque chose qui pût signer son existence.
Il lui fallait une colère pour ne plus être qu'un cerveau qui bout d'un orgueil malsain. Il lui fallait l'inhumain, le bestial, le viscéral.
Aussitôt il le sentit. Son ombre, son âme, sa voix et sa foutue existence. Une chance qu'un miroir ne fût pas présenté devant lui. Il l'aurait réduit à néant dans l'instant pour avoir osé lui renvoyer son apparence prêtée. Son cou tendu, sa gorge déployée, il était à deux doigts de rugir, d'émettre le cri le plus menaçant que l'Univers ne pourrait jamais entendre. Il préféra le laisser se déployer en lui et le remplir, comblant les espaces vides et compensant tout ce que l'autre, en étant humain et réel, lui avait pris. La tension grimpait avec les degrés...
Puis tout se stabilisa. Fût-ce une accalmie ou une accoutumance, il n'avait ni l'énergie ni la volonté de le déterminer. Il se contenta de l'immobilité statique, de la sensation d'être paralysé à jamais, proie futile d'un sentiment grandiose. Et il serait resté ainsi s'il ne s'était remémoré la présence de l'autre, sur son autel, une supplicié attendant la libération. Une force inerte perdue entre deux eaux mais que l'on privait de l'asphyxie. Il semblait ne vivre que pour lui, pendu à ses lèvres et attendant une parole qui le libérerait. Pauvre fou... Il venait d'entrer dans une spirale infernale. Et si cette dernière n'autorisait que peu de fois qu'on en prît congé, lui n'allait sûrement pas l'aider à être une exception. Au contraire... La statue de vent saurait bien façonner l'être inerte à l'image de ses ambitions.
Ce fut sa dernière pensée avant que ses yeux ne l'aperçurent, elle.
L'Apsidia, de retour dans sa forme sphérique, alternait vigoureusement ses couleurs tandis qu'Aelita le tenait dans ses mains en souriant doucement. Un véritable kaléidoscope de teintes se donnait en spectacle entre ses doigts, courant le long des lignes comme des reflets de verre sur une piste de course, se fondant ou se confondant en sifflotant un air languissant et flottant à la fois. Pendant un instant, la jeune femme se prit au jeu et ferma les yeux pour se laisser glisser dans l'ambiance. Pour un peu, elle aurait cru l'objet vivant et sensible à son angoisse. Sans doute aurait-il des raisons de s'inquiéter de l'état de sa porteuse... Adossée à une sorte de clocher paré d'une enveloppe rouge bismarck, elle passa la relique d'une main à l'autre et leva une énième fois les yeux au ciel. Malgré les efforts vigoureux de l'objet, elle n'arrivait pas à ordonner ses idées, ou au moins les changer. Et le silence régnait tant entre elle, Eli, Jérémie et Yumi qu'il ne fallait pas compter là-dessus pour se distraire. Elle se résigna donc à l'observation du paysage devant elle, bien qu'elle le connût déjà par coeur. C'était, au fond, mieux que rien.
Au dehors, une foule s'amassait dans un territoire encore méconnu d'elle. Des fanions aux reflets et à la transparence de glaciers sous le froid soleil d'hiver étaient suspendus dans l'air et tournoyaient en se tordant au-dessus de plusieurs rangées d'arcades gigantesque et lumineuses, dénuées d'allées derrière elles, telles des ruines d'un autre temps. Le principe d'une telle chose avait surpris Aelita au début, jusqu'à ce qu'elle remarquât que des femmes y évoluaient dans un monde uniquement visible des personnes faisant parfaitement face à l'édifice. On aurait dit une exposition de tableaux vivants mettant en scène des salons, des décors, des bibliothèques, le tout avec une impressionnante profondeur. Intriguée, la jeune femme avait flâné dans les allées et remarqué que la foule était surtout constituée d'adultes accompagnant des enfants émerveillées. Aelita elle-même avait eu du mal à cacher les étoiles dans ses yeux : une variété fantastique de spectacles étaient donnés, des démonstrations sur l'art de créer un arbre, une montagne, une maison, une reproduction du rite de l'Ayesee, de l'Histoire de la Déesse... Toute la connaissance de Verso s'exposait pour son peuple. Du moins celle que la Souveraine voulait bien dévoiler...
- Certaines ont passé des dizaines de milliers de secondes devant ces spectacles; il y en a même que je n'ai jamais vues ailleurs qu'ici" Avait commenté la Reine lors de leur retour au pied du clocher "Apprendre aux suivantes ce que les précédentes ont enseigné... Globalement, c'est une des seules occupations de Verso. Empêcher la mort du savoir en provoquant celle de l'ennui, en somme"
Malgré le ton léger de la conversation, Eli ne parvenait cependant pas à cacher une pointe étrange dans sa voix. Certes, depuis sa sortie de la Tour Proelys, elle guettait chaque élément autour d'elle, gardant un réflexe de repli, comme si Asali était toujours là, prête à la défendre... Sans doute cela expliquait la tension qui émanait d'elle avec force, mais ça ne semblait pour autant pas justifier une telle anxiété. Après tout, l'issue du duel avec Yumi n'était pas celui escompté par la souveraine, et les Sages étaient à présent réunies dans le plus grand secret - même le lieu avait été tu -, ne permettant donc aucune forme de soulagement pour le petit groupe. Ce dernier avait purement et simplement été poussé vers ce monde inconnu et sommé de se détendre en s'adonnant au tourisme. Et même si Aelita aurait sans doute apprécié cette occupation dans un autre contexte, l'angoisse et les questionnements qui dansaient en elle ne lui permettait pas même de profiter pleinement de l'accalmie dans la mission. Elle se contentait de ressasser, de repenser à tout ce qui avait été accompli, examinant la moindre microseconde de chaque souvenir, en extrayait tous les scénarios possibles, surtout les pires, puis les rejetait pour mieux les laisser revenir. Au pied d'une Tour de passage, elle n'écoutait que d'une oreille distraite les commentaires d'Eli, qui elle-même ne paraissait que lointainement présente et concernée. Mais Aelita ne pouvait lui en tenir rigueur. Si les Sages parvenaient à se décider, Yumi plongerait dans le Coeur de Verso et y détruirait quelque chose qui en ces lieux n'était pas maléfique... Ca avait quelque chose d'absurde, dans le fond... A se demander comment le triumvirat avait pu accéder à la requête aussi facilement...
- Alors vous ne faites qu'enseigner dans ce monde, c'est ça ?" Tenta Jérémie dans l'espoir de relancer un semblant de conversation. Il n'avait jamais été doué pour les attentes silencieuses s'il ne pouvait songer aux prochaines manoeuvres, et le moins que l'on pouvait dire était que la situation lui échappait depuis son arrivée à Verso.
Eli ne daigna même pas le regarder et haussa les épaules.
- Faites-vous mieux, chez vous?"
- Eh bien, oui, nous avons plus de possibilités; nous pouvons modifier des choses, en créer, en découvrir..."
- Donc vous courrez après un accomplissement qui ne pourra qu'être incomplet..." Conclut Eli avec un semblant de mépris dans la voix. Bien qu'il ne parût pas exactement naturel, Jérémie en parut piqué et se redressa imperceptiblement.
- Au moins, l'ennui ne nous guettera jamais"
Le mot dut être de trop, car la Reine fit trembler ses poings, le regard soudain brûlant. Jérémie quant à lui avorta là-dessus ses précisions d'invectives et retourna à la contemplation de l'exposition. Aelita soupira. Comment pourrait-elle jamais concilier sa fille et son sauveur ? Une Reine désabusée et un Homme sans scrupules ? Et comme elle ne voulait pas songer à son ami en ces termes... Pourtant la nouvelle Aelita qui naissait en elle n'avait aucun remords à utiliser ses termes... Que devenait-elle ?
- Qu'attendons-nous ?" Finit par demander Yumi, d'une voix encore calme pour la situation, dans une évidente tentative de détourner l'attention d'une éventuelle dispute.
- L'avis des Sages sur la manière de mener votre mission" Soupira Eli. "Le Coeur est, vous vous en doutez, une chose sensible. Y entrer ne sera déjà pas une mince affaire, et votre réussite est loin d'être assurée. Je préfère être claire là-dessus"
- Mais, le combat..."
- Son principal intérêt était de voir si vous pouviez supporter l'Apsidia. Dans quel monde pensez-vous que battre un souverain équivaut à mettre son royaume à genoux ?"
- Ce n'est pas notre intention..."
- EH BIEN QUAND MEME !"
Le cri soudain fit sursauter tout le groupe, alertant au passage quelques Versaliennes, qui toutefois reconnurent vite les Sages et détournèrent le regard sans le moindre naturel. Jenny sortit la première avec l'air d'un chien que l'on libère de sa chaîne, et clamant encore son soulagement d'une voix exceptionnellement enjouée. Juste derrière, Biggy tenait ses pattes croisées contre son ventre, moins enthousiaste que sa consoeur mais s'autorisant un léger sourire. Seule Dancy ne dépassa pas le pied du clocher et se contenta d'observer intensément Yumi, comme cherchant en elle une bonne raison de reprendre la réunion. Quelque chose avait dû la contrarier, ses fils légèrement moins ordonnés qu'à l'accoutumée en témoignait, mais...
- Nous sommes enfin arrivées à quelque chose. Vous allez nous suivre séance tenante. Pas le temps de paniquer, de douter, de se rétracter, d'avoir envie de faire de l'ordre dans ses données ou que sais-je encore, il est l'heure pour vous de briller, jeune fille !" S'exclama joyeusement Jenny d'une traite en tapotant l'épaule de la japonaise.
- Avons-nous besoin d'Asali ?" Tenta Eli. Les yeux de Dancy se durcirent, mais la poupée la devança en s'élançant à nouveau vers la Tour.
- Pas le temps. Et puis il n'y a pas grand chose à redouter, et je doute que votre autre ami nous soit utile. Nous n'avons besoin que de la volontaire. En route !"
- Je n'ai eu qu'un désir durant mon règne. Qu'une seule aspiration, conforme au but de ma naissance. Je voulais que ce monde soit un havre de paix, si magnifique et tranquille que même le sommeil des Hommes paraisse l'Enfer en comparaison. J'ai revêtu ce souhait, j'en ai fait mon plus chatoyant manteau, mais à chaque fois que je tentais de réaliser mon désir, il se réduisait, encore et encore. Finalement, j'ai usé l'habit jusqu'à la fin, le temps de comprendre que Verso était mon souhait, et que lorsque mon désir ne me couvrirait plus, alors le Royaume mourrait".
- Vous entrerez dans la Tour. Sa forme et son entrée sont particulières, mais vous ne devrez surtout pas vous en formaliser. Elle restera active et ouverte tant qu'Eli le voudra. Elle ouvrira l'accès, et à son signal, vous y plongerez. A partir de là... Que votre force et votre volonté soient vaillantes, car vous n'aurez aucune autre arme pour vous défendre"
Dancy avait parlé très vite, sans interrompre sa marche ne fût-ce qu'une seconde, ses jambes manquant plusieurs fois de s'emmêler dans les fils valsant autour d'elle. Le petit groupe avait tenté de rester à son niveau, mais il semblait que dès qu'il y arrivait, elle accélérait davantage, se mettant presque à courir. En rythme avec ses envolées, une excitation fébrile montait et montait, jetant la confusion entre l'appréhension, la curiosité et l'envie de ne pas songer au pire. Autour d'eux, le ciel était rouge braise et le sol carbonisé. L'horizon était nu, sans vies ni ruines. Jamais le territoire du Désert n'avait revêtu une apparence inhospitalière aussi picturale.
Soudain, les Sages s'arrêtèrent. Biggy s'écarta de la troupe d'un grand pas. Tandis que tous s'arrêtaient et l'observaient, elle jeta la tête en arrière et frappa la terre de ses pattes. Un écho semblable à celui d'une pierre lâchée dans un puits résonna, alourdissant l'ambiance et le vide dans les corps. Aelita frissonna; à quel point leur support était-il fin ? Certes, le monde virtuel ne pouvait avoir la structure rocheuse de la Terre, mais l'idée qu'elle ne marchait que sur du sable soutenu par rien angoissa soudain la jeune femme. Et s'ils tombaient tous sous l'effet des assauts pédestres de la Sage ? Elle allait finir par briser le sol, c'était sûr...
Par chance cependant, rien de tel ne se produisit. L'oursonne se contenta de sourire après quelques secondes de percussions minutieuses et déclara avec solennité :
- Nous y sommes. Ma Reine..."
Aelita remarqua l'air incrédule de Jérémie et Yumi. Arrivés... Alors qu'il n'y avait à perte de vue que des reliefs désertiques ? La Tour était-elle sous terre, derrière un rocher ? Etait-ce un leurre comme ils avaient déjà pu en déjouer ? Cependant la Gardienne de Lyoko sourit. Elle sentit une bouffée de confiance en sa fille gonfler son orgueil... Elle avait bien compris que Verso cachait de nombreux secrets, et même si sa mémoire récente peinait à lui dévoiler celui-là, elle ne put que se sentir fière face à la complexité de son monde. Toute angoisse la quittait doucement, remplacée par de l'amusement pour les réactions de ses amis, comme si elle était responsable, au moins un peu, de la construction de Verso. Elle-même s'étonna légèrement d'un tel lunatisme, mais... Sans doute l'effet de ses deux "elle".
Pendant ce temps, Eli s'avança et frôla le sol, jouant doucement avec les grains artificiels, les faisant tournoyer entre ses doigts. Etrangement, ils suivirent l'intention et se mirent à encercler la main de la souveraine dans une fluide danse aérienne. On eût dit des pixels de Soleil tant leur éclat illuminait le visage de la jeune femme. Puis soudain, elle en prit une pleine poignée et la jeta au loin.
Brutalement, au premier contact du premier grain sur le sol, celui-ci se déroba. Une tombe se creusa, avalant tout ce qui se trouvait dans son sillage, ne s'arrêtant devant rien. Le groupe recula, surpris par le grondement du gouffre grandissant. Un monstre semblait essayer de sortir de sous terre... Mais malgré l'abysse qui s'approchait d'elle, Eli ne s'éloigna pas, continuant de jeter des grains comme on jette des miettes à un cygne. Un fort courant d'air s'échappa du vide et fit valser des mèches de cheveux de la Reine, barrant son visage tranquille. Pourtant, le vent qui se levait avait de quoi retourner un désert... Seules Aelita et Eli parvenaient à lui tenir tête aisément. Jérémie par contre trébucha violemment, tout juste récupéré par une Biggy qui luttait pour ne pas s'effondrer. La tempête se mit alors à chanter, des milliards de voix déchirantes s'élevant et attaquant les témoins; ils purent même sentir chaque décibel, chaque note les transpercer et les repousser... Le cauchemar se prolongea quelques secondes encore, jusqu'à ce que le précipice parvînt aux pieds de la Reine. Aussitôt, elle cessa de le nourrir et tendit la paume de sa main vers lui, toute son autorité jaillissant de son simple mouvement. La terre cessa aussitôt de s'avaler elle-même, les voix aériennes se suspendirent en un faible soupir. L'apsidia, maintenu dans sa forme sphérique et accroché à la ceinture d'Eli, s'éveilla brutalement et commença à clignoter, répondant à la puissance de sa porteuse. Tout doucement, chaque geste pesant et impressionnant, Eli se pencha au-dessus du vide comme pour murmurer à l'oreille du monstre autophage, puis du bout des lèvres, souffla.
Progressivement, alors que l'expiration se répandait dans le vide, des poussières aux couleurs de l'aube volèrent en scintillant et tintant, illuminant le territoire sur leur passage. Elles restèrent en suspension dans l'air, flottant tranquillement comme des lucioles polychromes perdues dans un champ d'étoiles versicolores. Fascinés, les Lyoko-Guerriers ne parvinrent à quitter la Reine des yeux alors que le ballet la contournait, la frôlait, l'entourait, l'étreignait. On eut dit de microscopiques créatures reconnaissant leur maîtresse et se réjouissant de sa venue...
Puis soudain, une sorte d'écho emplit le territoire, comme une pierre tombant en eau troubles et profondes. En retournant leur attention vers le précipice, le groupe aperçut une surface aquatique, d'un bleu minéral translucide et statique. En s'approchant, on pouvait remarquer l'absence de fond, la couleur se fonçant petit à petit mais sans jamais devenir totalement noire. Aelita en s'y penchant sentit naître un vertige. Ce n'était pas la première fois qu'elle voyait des choses sans fond dans ce monde, mais là... Elle s'imagina une éternelle noyade. Pour autant, elle ne s'écarta pas. Une part d'elle ne redoutait pas le petit lac, au contraire... Elle semblait bien le connaître, et était persuadé qu'il ne lui ferait rien de mal. Alors elle resta accroupie au bord, prise entre l'assurance et la crainte.
Les trois Sage firent signe à Yumi de s'approcher. Celle-ci, hésitante, osa prendre l'Apsidia que la Reine lui tendit. Dancy reprit alors son exposé du plan :
- Ne redoutez pas votre chute, rien ne vous arrivera. Ce passage sait lire vos pensées, et si vous le craignez, si vous pensez avoir à vous défendre contre lui, alors il vous rejettera"
- Comme l'Apsidia ?"
- En quelque sorte, mais imaginez-vous qu'en plus de l'intérieur, elle vous attaque de l'extérieur. Ce que vous avez expérimenté n'était qu'un avant-goût"
Yumi serra la sphère avec plus de vigueur, comme si l'image de mille Apsidia lui arrachant son énergie venait de la frapper. Elle s'accroupit en espérant vaguement cacher son trouble, puis passa son doigt sur la surface. Elle ne put retenir un hoquet de surprise.
- Mais il n'y a rien..."
- Faux. Vous croyez effectivement ne pas sentir de matière, mais il y a bien quelque chose. Une simple versalienne n'oserait approcher, pour une raison simple : ce passage est un paradoxe. Vous voyez ce qui n'existe pas. C'est une illusion qui tend à faire de vos pensées une réalité. Lorsque ce système a été créé, nous avons tenté de le complexifier au maximum, afin que l'incompréhension éloigne les curieuses qui surprendraient éventuellement notre Souveraine si d'aventure elle avait à ouvrir l'accès. Il n'y a guère que la Reine qui puisse manipuler ce passage, le trouver et l'activer. Un des petits avantages de son... Anomalie de pensée"
Eli grimaça et se releva. Elle passa ses doigts le long du dos de Yumi et lui jeta un coup d'oeil. Elle se pencha sur elle et lui murmura, suffisamment bas pour que ses paroles restassent dans le secret :
- Vous allez être la première à pouvoir pénétrer notre Coeur en espérant en sortir. Sachez qu'une fois à l'intérieur, nous ne viendrons pas vous secourir ou vous assister. Nous ne prendrons pas ce risque. Mais il y a une chose que je peux vous dire. Le Coeur est une conscience à part, autrefois liée à sa première Reine, ma mère. Honneur dont je n'ai pas hérité, par sécurité"
- Comment cela ?" S'enquit la guerrière, tâchant de ne pas parler plus fort que la Reine.
- Je vous l'ai dit, un bon royaume est un royaume qui ne s'effondre pas lorsque sa souveraine tombe. Après le Teletamera, il a été décidé très rapidement de ne pas me lier à la source de vie de Verso. Nous ignorons déjà comment ma mère a pu disparaitre sans l'emporter..."
- Donc qu'est-ce que cela veut dire ?"
- Que même une fois à l'intérieur, vous jouerez quitte ou double. Espérons qu'il ne vous prenne pas pour une ennemie à son intégrité, le cas échéant je ne pourrais rien pour l'apaiser... Bien qu'il n'entraînerait pas votre destruction de lui-même, il ne vous guiderait pas, et croyez-moi, vous aurez besoin de ses conseils pour ne pas vous y perdre, du moins jusqu'au Gardien"
- Et le Gardien..."
- Vous verrez de vous-même. N'y voyez pas là de la mauvaise volonté... Nous ignorons vraiment tout de sa forme et de sa puissance"
L'information ne fut pas pour rassurer la jeune femme, mais elle décida de la prendre comme telle; un appel à la prudence. Il n'était pas question de compter sur une aide extérieure, et quelle que fut sa préparation, elle ne pourrait y croire totalement. Pendant qu'elle rassemblait ses pensées pour mieux tenter de les repousser, Eli toucha l'Apsidia, ui redonna sa forme d'arc et la fixa au dos de Yumi avec sa propre ceinture.
- Bien. Tout est dit. Ne perdez pas l'esprit, et advienne que pourra"
Sur cette dernière bénédiction de la Reine, la guerrière salua ses camarades et, en essayant de ne pas trop réfléchir, sauta dans le précipice.
Ce fut comme se perdre entre éveil et sommeil, au début. Ses yeux voulaient se fermer et l'éloigner de ce qu'elle vivait, mais dans le même temps ils voulaient rester grands ouverts et alertes à ce qui pourrait arriver. Yumi eut l'impression d'être prise dans une tornade sous-marine : ses membres flottaient lourdement, mais étaient ballotés dans un mouvement constant, quasi pulvérisés par la puissance qui les animait. Elle sentit de l'eau glisser entre ses lèvres et ressortir immédiatement par les pores de sa peau, comme une éponge que l'oeil d'un cyclone essorerait. Pourtant, cela ne la dérangea pas. Il n'y avait en elle ni bonne, ni mauvaise impression, juste la certitude d'être ordonnée, reposée, protégée par un cycle immuable et inoffensif. Comme si les minutes passants la gardait de la souffrance et de la mort. Et ce bleu autour d'elle... A perte de vue, mais l'immensité n'était pas angoissante. Elle était rassurante. Il n'y avait qu'elle, et elle seule dans les environs, pas d'ennemis à combattre alors qu'elle se sentait tout juste la capacité et l'envie de se laisser aller...
Soudain, sans préavis, des tambours résonnèrent en elle. Ils envahirent son esprit, pulsant dans son corps et déréglant son système. Elle pouvait sentir toutes les fibres de sa conscience tenter de rejeter le son assourdissant d'un autre monde. Elle voyait mille images sans sens, entendait mille sons dénués de logique, elle comprenait tout mais n'arrivait à déterminer comment... Elle sentait le froid, le chaud, la douleur, le soulagement, le contact, l'absence, l'aisance et le trouble, tous les opposés se confronter en elle comme la bataille finale des sentiments humains. Toutes les images du monde se bousculaient, les lumières et les couleurs l'avalaient alors qu'elle se sentait ingurgiter tout ce qui pouvait exister. Elle n'était qu'un corps en contradiction qui se déchirait et se détruisait pour mieux tendre vers la perfection. Elle tenta de bouger pour essayer d'encaisser le choc et sa somatisation, et se rendit compte qu'elle n'était plus rien de physique. Comment pouvait-elle alors ressentir la douleur ? Y avait-il seulement une logique derrière ce qu'elle vivait ?
Soudain, un silence de mort pesa sur elle et la plaqua au sol. Un froid immense l'asphyxia l'espace d'une seconde, puis toute sensation la quitta, comme si les avoir appréhendées une fois suffisait pour une vie. Le petit cri de surprise qu'elle laissa échapper vibra dans tout son corps, chaque onde redonnant naissance à une partie de son corps au fil de leur progression. Elle avait l'impression d'être faite de pixels courant sur une page au chargement excessivement difficile. Mais emportée dans un élan brutal, elle se retrouva debout, solidement campée sur ses pieds, l'insensibilité virtuelle retrouvée. Elle dût même passer sa main dans son dos pour s'assurer que l'Apsidia se trouvait toujours dans son fourreau. Aussitôt que ses doigts frôlèrent l'arme, elle sentit une vague de puissance l'envahir, l'exhorter à aller plus en avant. Ce fut à cet instant qu'elle comprit. Elle venait de passer la barrière. Elle était dans le Coeur. Elle ferma les yeux et tenta de renouer le contact avec Aelita, conformément au plan. La voix de cette dernière ne tarda pas à la rejoindre, soupirant à son oreille avec la grâce d'une Reine commandant à son armée. Avec la présence de son amie, Yumi devait reconnaître être rassurée. Après s'être accordée quelques instants de plénitude avant la bataille, elle rouvrit les paupières et scruta les environs.
Elle était entourée d'un vaste décor teint de sépia, dont l'image sautait parfois telle le film d'une vieille VHS. A chaque sursaut un petit grésillement se déclarait, l'ensemble donnant une étrange mélodie désaccordée. Mais le plus intriguant étaient les édifices et la végétation, poussant ou se bâtissant en accéléré pour ensuite se détruire et se reconstruire en boucle. La jeune femme eut même une petite frayeur alors qu'une tour crachait soudain ses débris dans sa direction, mais ceux-ci se désagrégèrent avant de l'atteindre. En y regardant de plus près, Yumi reconnut Verso, à un détail près : tout semblait plus luxuriant, plus baroque, presque étouffant et exagérément rempli, comme si le créateur du lieu avait redouté des vides. Par chance, l'anéantissement permanent du décor permettait à la combattante d'évoluer en profitant de la disparition temporaire des éléments. L'oeil alerte, les jambes souples, elle ne perdait aucune occasion et repérait les courts vides pour avancer. La voix en elle lui disait d'aller toujours plus avant, de ne pas se détourner ou reculer. Elle avait été mise face à son objectif, et rien sur son chemin ne devait l'arrêter.
Soudain, un arbre poussa violemment sans préavis. Surprise, Yumi n'eut pas le temps de l'éviter et trébucha. Mais alors qu'elle ferma les yeux, en attendant le choc avec le sol, elle sentit le vide sous son visage. Un coup d'oeil lui apprit qu'elle était la tête en bas... Et un autre que son pied la maintenait pendue à une branche en perpétuel allongement. Non ! Elle ne pouvait être bloquée de la sorte, pas maintenant ! Mais avant qu'elle n'eut le temps de tenter de se dégager, l'arbre arriva au bout de son évolution et se désagrégea, comme réduit doucement en cendres. Yumi tomba alors lourdement sur le sol, le crâne pour seul réception. Elle sentit le contenu de son cerveau virtuel se secouer sous le choc, et une voix atrocement clinique lui annonça "10 points". Le combat n'avait pas commencé que déjà elle s'affaiblissait... Elle prit un temps de récupération, puis releva la tête, non sans frustration. Mais encore une fois, les évènements ne l'autorisèrent à s'appesantir sur son sort. Un Krabe avançait vers elle d'un pas tranquille, l'oeil lancé devant lui, ignorant presque la jeune femme à terre. Aussitôt, cette dernière se saisit de son poignard, prêt à attaquer, guettant le moindre signe d'hostilité pour pouvoir y répliquer. Sauf que...
Sauf que le monstre ne lui accorda aucune attention et continua sa route paisiblement. Quoi, ne l'avait-il donc réellement pas remarquée... ?
Yumi commença à reculer, méfiante, et se tint en joue. L'autre allait finir par réagir, voir l'étrangère, l'attaquer, faire son devoir, ce pour quoi il était programmé...
Et pourtant, non. Il ne dévia même pas. Et ce fut à nouveau une chose étrange qui arriva. Il passa littéralement... Au travers de Yumi. Il la transperça sans ciller, comme si elle n'était faite que de fumée, comme si elle n'était qu'un fantôme... Surprise, elle se redressa davantage et remarqua qu'elle était entourée de monstres ou de versaliennes, marchant simplement, sans accorder la moindre importance à ce qui les entouraient. Tout juste, de temps à autre, un Frelion s'arrêtait pour butiner une fleur virtuelle avant qu'elle ne fane prématurément, tout juste une Méduse prenait le temps d'étirer ses tentacules comme pour profiter d'un soleil absent... Mais quoi qu'elle fît, Yumi ne pouvait qu'être traversée par la population du Coeur...
Puis elle comprit. Tous ces êtres... Etaient les disparus du Teletamera. Tout ce qui avait été emporté par la guerre, avalé dans la gueule de la désolation... Tout était là. Le Coeur était le Royaume des Morts, en somme, un sorte d'Enfer, et les esprits - le passé - une sorte de source... Et elle, créature encore vivante, qu'aucune blessure n'avait anéantie, était bel et bien un fantôme...
Perdue dans ses pensées, elle ne sentit pas la Méduse qui fonçait vers elle. Ce ne fut que lorsque le monstre tira l'Apsidia qu'elle parvint à revenir à sa mission. Entraînée par la tentacule et la surprise, elle se rattrapa de justesse et frappa la Méduse. Bien que sa main passa au travers, la voleuse parut prendre conscience de la présence de la guerrière et stoppa tout mouvement. Elle se tint immobile un moment, comme interdite, puis soudain s'écarta. Si elle avait eu des yeux, sans doute aurait-elle exprimé une brutale stupéfaction. Yumi eut un geste défensif vers son arme, toute son attention dirigée vers la créature, oubliant la relique qui étincelait de plus belle dans son dos. La guerrière ignorait comment battre un fantôme, mais elle ne se laisserait pas prendre son unique arme !
Plusieurs secondes, d'une tension cassante, défilèrent, les deux adversaires s'analysant dans l'indifférence des autres habitants du Coeur. Plus le temps passait, plus Yumi se tendait, ses genoux cambrés dans une posture d'attente, son ennemie toujours repliée mais attentive, les tentacules ondulant autour d'elle, cherchant une ouverture, une manoeuvre à tenter. Mais, inexplicablement, soudainement, la Méduse se raidit et s'effondra.
Yumi se redressa, surprise. Comment... ? Qu'était-il arrivé ? Avait-elle fait quelque chose sans le savoir, l'Apsidia avait-il attaqué à distance sans qu'elle le sût ? Avait-il seulement ce pouvoir ? Ou alors... Une aide extérieure ? La voix qu'elle entendait ? Non, ce n'était qu'une voix... Enfin, il lui semblait...
Elle n'eut pas le temps de prolonger sa réflexion qu'un coup de tonnerre explosa sous terre. Sa dernière vision avant de perdre toute notion de calme fut celle d'un main de marionnette de bois jaillit violemment.
- Le propre d'une arme de destruction, c'est d'être l'artisan de sa perte. Lorsqu'elle accomplit sa raison d'être, elle n'a d'autre choix que d'être emportée par sa folie"
Voila pour la première partie de ce final, j'espère qu'il vous aura plu !
Pour les annonces, je m'excuse du retard de The Day is My Enemy, programmé finalement dans la semaine qui vient, soit avec presque un mois de retard. Son écriture aura été un peu plus longue que prévue, mais elle est quasi terminée !
Vous pouvez d'ailleurs me retrouver dès à présent sur Deviantart en cherchant le pseudo VioletBottle; il y aura des fanarts notamment de Code Lyoko, mais aussi d'autres fandoms, des illustrations de Mondes Alternés mais aussi d'autres fics, et sans doute encore d'autres choses que je tâcherai de poster régulièrement !
Sur ce, je vous souhaite un bon mois de Mai, on se retrouve le 29 (ou environs) pour le prochain chapitre, et d'ici, prenez soin de vous et portez-vous bien, bye et bisous !
