Chapitre 6 :

La brume laissait apparaître un ciel grisâtre sous la rosée matinale lorsque Snape fit son retour dans le domaine de Poudlard. D'une main, il tenait un sac de toile qui pendait à ses côtés, comme s'il avait été rempli d'une lourde cargaison.

Ses paupières semblaient terriblement lourdes, comme si elles étaient prêtes à se baisser totalement, bien qu'il sût pertinemment que le sommeil ne l'emporterait guère cette nuit là. Alors, il se contenta de grommellements silencieux en arpentant l'herbe détrempée. Le gazouillement joyeux d'oiseaux qu'il ne pouvait pas même distinguer ne faisait qu'accentuer sa migraine.

Enfin, il fit son entrée dans l'immense couloir de pierre qui constituait l'entrée principale du château de Poudlard. Sans même ralentir le rythme, il laissa le sac glisser de ses mains. Lorsque celui-ci heurta le sol, son contenu : deux grands coffres en bois, quelques sacs de voyages ainsi qu'une valise violette se déversa négligemment au sol. Il n'y regarda pas à deux fois, préférant laisser les elfes de maisons se charger de tout cela.

Rapidement, Severus gravit les escaliers qui le mèneraient au bureau du Directeur. En approchant la grande gargouille en granit, il se prit à froncer les sourcils. D'un roulement des yeux, le sorcier cracha le mot-de-passe.

Sablé à la fraise. Sérieusement, cet homme ne pense qu'avec cet estomac. Je jure que s'il m'offre encore un de ses fichus sorbet-citrons je...

La gargouille lui libéra le passage menant aux escaliers. Il gravit les marches jusqu'à la porte du bureau à laquelle il frappa doucement.

Entre, Severus, je t'en prie, répondit une voix ô combien familière depuis l'intérieur de la pièce.

Snape poussa la porte et fit quelques pas dans la pièce ô combien encombrée et, comble de l'horreur pour un homme tel que Severus, extrêmement désorganisée.

Dumbledore était assis derrière son immense bureau, lisant, au coin du feu, quelques feuilles volantes. Il les replaça dans l'un des tiroirs et fit signe à Severus de s'avancer.

Entre donc, entre donc. Assieds-toi. »

Il s'était redressé et désignait l'une des chaises vides et mal-assorties au reste du bureau de la main. Severus s'avança mais se contenta de poser les mains sur le dossier d'une des chaises.

J'aime autant rester debout si cela ne vous gêne pas.

Dumbledore haussa les épaules en signe de reddition. Il tendit la main et attrapa un bol en verre violet.

Un sorbet-citron ?

Non, merci, s'étrangla le sorcier brun, réprimant une forte envie d'étrangler le vieil homme avec sa propre barbe laquelle se trouvait d'ailleurs être particulièrement ébourriffée.

Bon, très bien, se résigna le Directeur remettant à leur place les friandises au milieu du désordre qui avait envahi son bureau. Il reposa son regard sur son cadet. Allons-y alors.

Snape baissa la tête et esquissa un geste de la main. La Pensine sortit de l'endroit dans lequel elle était habituellement rangée et flotta vers le bureau. Positionnant le bout de baguette sur sa tempe, Severus retira de son esprit un long filament étincelant et le mélangea au liquide que contenait déjà la Pensine. Il remit alors sa baguette dans sa poche et s'écarta.

Dumbledore s'approcha du grand bocal tandis que Snape, lui, se retirait près de la fenêtre, derrière le bureau. Pendant que le Directeur s'immergeait dans les souvenirs que Snape lui offrait de la précédente réunion, celui-ci s'adossa au chambranle de pierre. Severus ferma les yeux et, l'espace d'un instant, s'efforça de laisser à l'extérieur de lui-même toute pensée, rêvant d'un peu de repos.

Cela dut marcher d'une certaine façon car il lui sembla que peu de temps seulement ne s'était écoulé avant que Dumbledore ne s'éclaircisse la voix signalant son retour de la pensive à l'état présent.

Ouvrant rapidement les yeux, Severus croisa le regard grave du Directeur.

« Severus... Je... » Dumbledore secoua la tête, ne parvenant pas à trouver les bons mots.

Un brasier s'empara bientôt de Snape lorsqu'il réalisa que le vieil homme réfléchissait déjà à de possibles stratégies. Fronçant les sourcils, il avança sur le Directeur.

« Ce que vous venez de voir... C'est précisément ceci que vous avez toujours exigé de moi, gronda-t-il en désignant la pensine du doigt. Vous vous rendez bien compte qu'il ne s'agit pas de simples pique-niques et de verres de jus-de-citrouille ! »

Dumbledore, à son tour, ferma les yeux, et, l'espace d'un instant, on eut pu croire qu'une terrible migraine venait de le saisir.

« Je sais bien de quelles atrocités Voldemort et tous ceux qui le suivent sont capables, Severus. Tu l'étais également lorsque tu as accepté de me servir : moi tout comme l'Ordre. »

Snape laissa échapper un soupir, passant une main lasse sur son visage au souvenir de cette terrible nuit pleine de désespoirs quelques années plus tôt. Il avait désiré à toutes forces faire quelque chose, n'importe quoi pour sauver Lily. Dumbledore avait promptement su comment tourner cela à son avantage. Pour être honnête, jamais, jusqu'à présent, il n'avait regretté cette décision il n'avait jamais, jusqu'à présent, eu aucune raison de le faire. Tout ce qu'il avait fait, il l'avait fait en honneur de Lily. Mais à présent, lorsqu'il songeait à ce qu'elle aurait bien pu voir eût-elle seulement regardé, il se sentait bien plus que honteux.
Dumbledore reprit, sans parvenir à cacher la frustration qui pointait dans sa voix :

« Je ne t'ai rien demandé de plus que ce que je savais que tu pouvais supporter, Severus.

Supporter ? grinça Severus. Je viens de voler l'innocence d'une élève, d'une enfant, et n'aurai d'autre choix que de répéter cela encore et encore. Alors permettez-moi de vous poser la question, Monsieur le Directeur, comment suis-je censé supporter ça ? »

Le vieillard leva une main au ciel :

« Miss Granger est bientôt majeure selon nos lois. De plus, tu sais tout comme moi qu'elle fait preuve d'une grande sagesse : bien plus que les jeunes gens de son âge... Je ne doute pas un instant qu... »

Snape était sur le point de soulever une importante objection quand un bruit attira leur attention sur la porte du bureau. En une fraction de seconde, les portes s'ouvraient à la volée, produisant un grand boum lorsqu'elles se heurtèrent aux murs.

Le Professeur Minerva McGonagall fit irruption dans la pièce. Elle était toujours vêtue de sa chemise de nuit à motifs écossais et ses longs cheveux s'échappaient en tous sens du chignon lâche qui ornait le sommet de son crâne. Son apparence actuelle, totalement échevelée était en telle contradiction avec l'allure d'ordinaire tirée à quatre épingles et décente, qu'elle aurait, en temps normal, été plutôt comique n'eût-ce-été l'air furieux qu'elle arborait à ce moment précis.

« Dîtes-moi que c'est faux ! » hurla-t-elle, avançant férocement vers les deux hommes, sa baguette dangereusement pointée en direction de Severus.

Celui ci bougea légèrement, mal à l'aise, mais Dumbledore s'empressa d'intercepter la sorcière enragée qui leur faisait face avant que celle-ci ne puisse faire de dégâts.

« Minerva, je t'en prie, débuta-t-il en posant ses mains sur les bras se sa collègue d'un geste réconfortant. Il est inutile de t'agiter ainsi... »

Bien qu'elle ne répondit pas immédiatement, la bouche de la directrice adjointe ne cessait de trembler de rage.

Son regard brûlant de rage semblait prêt à calciner le front pâle de Severus Snape.

« Oh, veuillez m'excuser, Professeur Dumbledore, cracha-t-elle, posant soudainement son regard sur le Directeur, mais quand Poppy Pomfrey m'informe que l'une de mes étudiante se trouve à l'infirmerie dans un état d'une telle gravité... Estimez-vous heureux que je n'aie fait que m'énerver ! »

Snape ne put s'empêcher de hausser un sourcil lorsque sa collègue mentionna la discussion qu'elle et Madame Pomfrey avait entretenue :

« La plus grande discrétion, n'est-ce pas ?

Vous ! s'écria-t-elle en se dégageant de l'étreinte du Directeur et agitant sa baguette d'un air menaçant. Donnez-moi une raison, . , Severus Snape, une raison pour que je ne vous fasse pas exploser en un million de fichus morceaux ! »

Snape posa ses mains sur le bureau avec grand fracas, se contentant de la fixer d'un regard glacial.

« J'adorerais vous voir essayer, Minerva mais, voyez-vous, dans l'hypothèse où vous réussiriez, vous ne feriez que résoudre Miss Granger au même sort funeste. »

Le Professeur McGonagall sembla prise de court face à une telle déclaration. Son regard ne cessait de circuler entre Snape et un professeur Dumbledore subitement devenu mystérieusement silencieux.

« Monsieur, se risqua-t-elle, sa voix baissant de plusieurs tons. « Est-ce que … Ce..Est-ce vrai ? »

Dumbledore hocha tristement la tête et s'éclaircit la voix :
« Oui ».

Avisant qu'il ne s'expliquait pas plus avant, elle dirigea donc son regard vers l'autre homme présent dans la pièce, l'observant avec insistance. Haussant un sourcil sévère et penchant légèrement la tête en arrière, elle l'implorait silencieusement de lui donner des réponses.

Snape se redressa de toute sa taille et lui adressa un regard froid en retour. Puis, remarquant qu'elle ne détournait pas les yeux, il décida de se gausser d'elle, bien que cela ne lui parût guère sage.

« Il semblerait que Lord Voldemort aie décidé que Miss Granger pourrait être un atout de grande valeur... C'est pourquoi, dans le but de la contrôler, il a décidé qu'il serait dans ses meilleurs intérêts de … la lier à moi. »

« La...L...Lier ? »

McGonagall, visiblement bouleversée par cette révélation poussa un soupir à fendre l'âme et se laissa tomber sur une chaise. Snape ne put que remarquer le visage de la vieille femme devenir aussi pâle que le sien.

« Est-elle... Est-ce qu'elle le sait ? » demanda-t-elle, tortillant ses mains nerveusement.

Severus jeta un regard à Dumbledore qui se contenta de baisser la tête en signe d'acquiescement. Il baissa alors les yeux et les fixa sur le bureau lorsqu'il reprit :

« Miss Granger était consciente lors du processus bien qu'elle ait été placée dans un profond sommeil depuis lors. Etant donné que nous n'enseignons rien à nos étudiants au sujet de telles pratiques ... il s'arrêta un moment, lançant à nouveau un regard vers Dumbledore, suggestif cette fois. ...Il est peu probable qu'elle ne réalise les conséquences que cela va avoir sur sa vie.

C'est pour cela, qu'il te faudra l'en informer dès son réveil, Severus. Nous n'avons pas de temps à perdre. »

Snape hocha la tête mais le professeur McGonagall s'élança hors de son siège.

Professeur Dumbledore, je souhaiterais être présente lorsqu'on le lui dira. »

Le Directeur semblant être perdu dans ses pensées, le deuxième homme s'empressa de répondre : « Ca ne sera pas nécessaire, Minerva.

C'est Professeur McGonagall pour vous ! Et, nécessaire ou non, Professeur Snape, s'écria-t-elle d'une voix suraïgue, je suis à la tête de sa maison et j'ai bien plus de compassion qu'un souaffle. A ce que je sache vous ne pouvez vous vanter d'aucune de ces qualités ! »

Ses narines frémirent, mais il ravala une réplique désagréable. Il se contenta de hausser les sourcils de répondre lentement :

Comme vous voudrez, Mi-ner-va.

Un brasier illumina aussitôt les yeux de l'écossaise qui s'avança vers Snape.

« Ca suffit ! rugit la voix de Dumbledore, arrêtant les échanges amers entre les deux directeurs de maisons. Tu peux rester, Minerva, mais ce sujet ne sort pas de cette pièce ! Il se trouve que je suis d'accord avec Severus : mieux vaut qu'un minimum de gens n'aient connaissance de toute cette histoire. »

McGonagall baissa la tête en signe de respect, ne cessant de lancer des regards victorieux à Severus.

Le Professeur de Potions ne remarqua pas ce regard, son attention fixée sur le cri de douleur qui venait subitement d'éclater dans son esprit. Il inspira profondément, et, sans un mot, contourna le bureau et se dirigea vers la porte.

Où allez-vous comme ça ?

Roulant des yeux, Snape se retourna pour faire face à la directrice adjointe.

« Etant donné que Miss Granger vient de se réveiller il me semblait simplement plus prudent d'aller la récupérer sur le champ.

Oh je pense à un certain nombre de choses que vous devriez « récupérer « , répliqua McGonagall amèrement. En ce qui concerne Miss Granger, cependant, je pense que je devrais la récupérer.

Sans attendre l'approbation d'aucun des sorciers présents, la vieille femme sortit à toute vitesse de la pièce.

Snape la regarda partir avec fureur, ne pouvant plus que grincer des dents. Dumbledore se contenta de secouer la tête.