Chapitre 1 - Drago

Mercredi 31 août 2005 — Poudlard

En entrant dans la pièce, Drago ne s'attendait pas à l'ouragan qui allait le percuter. Il eut l'impression que son cœur était projeté hors de sa poitrine. Un cognard reçu en pleine face. Il crut vaciller.

Elle était là. Devant lui. Après plusieurs années d'une attente interminable, elle était .

Ne voulant rien laisser transparaitre, Drago reprit ses esprits, salua l'assemblée et s'assit à la dernière place libre. Juste en face d'elle, comme un coup du destin. Un autre coup du destin visiblement, car Drago ignorait complètement qu'elle enseignait à Poudlard.

Il était rentré pour cette raison, évidemment. Il espérait la revoir. Il comptait la revoir. Mais pas comme ça, pas tout de suite. Bien qu'il se répétait mentalement depuis six ans ce qu'il lui dirait lorsqu'il se tiendrait enfin en face d'elle, il ne pensait pas l'affronter aujourd'hui. Incapable de se concentrer sur ce qui était dit autour de lui, il n'écouta rien de la réunion. Trop occupé à calmer les battements erratiques de son cœur, à contrôler sa respiration, à éviter son regard.

Son regard… S'il le croisait, là, tout de suite, il savait qu'il ne pourrait plus rien contrôler.

Lorsque McGonagall prononça la fin de la réunion et proposa de se retrouver le soir-même pour célébrer cette nouvelle rentrée, Drago se précipita hors de la salle. Avant toute chose, il fallait qu'il retrouve ses esprits.

Il se rendit dans ses nouveaux appartements, un salon-bureau, accolé à une chambre privée avec salle-de-bain. Il n'était pas forcé de vivre à Poudlard mais comme McGonagall lui avait également demandé d'assurer la direction des Serpentard, cela lui avait paru plus simple d'être dans le château la nuit. Pour avoir lui-même été un jeune Serpentard, il savait à quel point la salle commune pouvait être sujette à de nombreux débordements nocturnes.

Plus rien n'allait être simple désormais. Pas avec Hermione, ici.

Drago se tenait, immobile, les yeux allant et venant d'un bout à l'autre de la pièce. Ce bureau, il le connaissait bien. Il avait été celui du Professeur Rogue puis du Professeur Slughorn. Deux hommes qui, d'une manière différente, l'avaient sauvé. Ils avaient été son salut. Il espérait être à la hauteur de ses prédécesseurs. Tandis qu'il déballait ses affaires et prenait possession des lieux, Drago se remémora les prémices de ce qui allait être sa dernière année d'étude à Poudlard.


- Mardi 1er septembre 1998 -

Drago avait les yeux rivés sur le paysage extérieur défilant à toute allure. Il venait d'apercevoir le vieux puit en ruine par la fenêtre, il restait donc approximativement une trentaine de minutes avant l'arrivée en Gare de Pré-au-Lard. D'ici dix minutes, il apercevrait le vieux chêne centenaire au tronc troué. Dans quinze, le train passerait sous un pont, les plongeant dans l'obscurité pendant quelques secondes. Dans vingt, il distinguerait le début du lac. Dans vingt-cinq, la plus haute tour du château.

Ce trajet, Drago le connaissait par coeur. Tous ces éléments familiers qu'il avait profondément détestés, aujourd'hui, il les accueillait avec soulagement.

Blaise et lui se trouvaient dans l'un des compartiments, à l'arrière du train, seuls. Bien sûr, d'autres élèves à la recherche d'un siège s'étaient approchés, mais en apercevant Drago, ils avaient rapidement fait demi-tour. Le jeune Malefoy, impassible et résigné, les avait tous regardés s'éloigner. Il savait pourquoi il retournait à Poudlard, et ce n'était pas pour se racheter une réputation ou se faire de nouveaux amis.

« Comment vont tes parents ? »

La voix de Blaise brisa un silence qui durait depuis plusieurs heures.

« Le procès aura lieu au printemps, répondit Drago d'une voix rauque, son regard d'acier toujours fixé sur le paysage. Ils auraient soi-disant des raisons d'être confiants. Ma mère, du moins. Mon père, c'est... Enfin, il fallait que je sorte de là avant de devenir complètement dingue.

— Tu m'étonnes... T'as une tête affreuse. T'as dormi dernièrement ?

— Merci, moi aussi ça me fait plaisir de te revoir. » railla-t-il.

Drago éluda la question.

Effectivement, il n'était plus que l'ombre de lui-même. Son regard fier et suffisant avait perdu de sa splendeur. Il ne restait plus rien de Drago Malefoy. Seulement une coquille vide. Vide, ou plutôt pleine de remords.

Et effectivement, il dormait peu. Depuis des mois, le sommeil ne venait plus, ou alors constamment accompagné de cauchemars. Des cauchemars qu'une Potion pour un sommeil sans rêve auraient pu facilement faire disparaitre. Mais cette potion salvatrice, Drago se la refusait, estimant mériter d'être hanté par tous ces visages déformés par la douleur, par tous ces regards le suppliant, l'implorant d'agir. Oui, le lâche qu'il était méritait de revoir ces personnes qu'il avait regardé être torturées et tuées alors qu'elles lui hurlaient leur souffrance. Il devait les revoir, les réentendre. Continuellement. Nuit après nuit.

Blaise laissa le silence se réinstaller. A l'arrivée du train, d'un accord tacite, les deux garçons quittèrent leur wagon dans les derniers. Zabini avait bien compris que Drago ne souhaitait pas se mêler à l'exaltation ambiante du début d'année.

Ils approchèrent de la dernière calèche à laquelle deux sombrals étaient accrochés. Drago passa délicatement ses doigts le long du cou de l'un deux. Il pouvait les voir depuis quelques années maintenant et avait appris à apprécier ces créatures et leur beauté terrifiante.

« Bonjour » entendit-il.

Blaise, dans un élan de politesse, venait de saluer les deux personnes déjà présentes à bord de la calèche. Drago y grimpa pour y prendre place. Quelle ironie. En voulant éviter de croiser qui que ce soit, il tombait sur deux des personnes qu'il redoutait le plus de revoir.

« Bonjour » répondit Luna Lovegood, de son ton habituel si détaché. Drago n'en était pas certain, mais il pensait l'avoir vu lui sourire. Un sourire très léger.

Hermione Granger, elle, resta silencieuse, les yeux braqués vers l'horizon. Drago répondit à Luna d'un hochement de tête poli et décida de regarder le sol de la calèche pendant tout le trajet jusqu'au château. La moindre des choses lorsque l'on a laissé sa famille séquestrer une personne et torturer l'autre, c'était de se faire oublier. Blaise, lui aussi, resta silencieux. Davantage parce qu'il n'avait rien à dire à ces deux personnes.

Ce fut Luna qui brisa ce silence.

« Je me demande quelles créatures Hagrid va nous montrer cette année. J'aimerais bien voir un billywig en vrai. Ça ne me dérangerait pas de flotter plusieurs jours dans les airs… » La jeune Lovegood lâcha un doux rire rêveur. Elle n'avait pas changé, la guerre ne l'avait pas changée, pensa Drago, les yeux toujours rivés sur le sol. « C'est dommage que tu ne suives pas ce cours, Hermione. Et vous les garçons ? » Luna se tourna et fixa tour à tour Blaise et Drago. Ce dernier leva la tête et ses yeux rencontrèrent ceux de la jeune fille. Ils n'étaient teintés que d'un brin de curiosité, et rien d'autre. Drago secoua la tête tandis que Blaise la hocha.

Lovegood et Zabini commencèrent alors à discuter de ce qui les attendait peut-être cette année en Soins aux créatures magiques. Du moins, Luna discutait et Blaise acquiesçait de temps en temps d'un air perplexe.

Lorsque la calèche arriva aux abords du château, le silence liait de nouveau les quatre occupants. Blaise en descendit, suivi de Luna qui sortit de sa poche un morceau de viande crue qu'elle tendit aux sombrals sous le regard horrifié du brun. Drago se leva à son tour mais sa descente fut interrompue par Granger qui se redressa devant lui, plantant ses yeux marron dans les siens. Elle le regarda avec une telle puissance que ses jambes défaillirent. Drago ne pensait pas affronter l'une des victimes de sa lâcheté aussi rapidement. Surtout elle, mais soit. Il était prêt, il ne méritait que ça.

Granger prit une profonde inspiration et entrouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Drago vit alors ses sourcils se froncer et sa bouche se refermer. Subitement, elle semblait hésitante. Avant qu'il ne puisse articuler quoi que ce soit, elle descendit de la calèche. Drago se retrouva seul, la Gryffondor s'éloignant d'un pas décidé.

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Parmi la nuée d'élèves surexcités prenant place dans la Grande-Salle, les deux Serpentard, eux, s'asseyaient discrètement à la table de leur maison. Pas assez discrètement, semblait-il, car leur déplacement fut accompagné de légers murmures. Drago n'entendait pas ce qu'on disait de lui, mais il pouvait facilement le deviner. Ça aussi, il le méritait.

La directrice, Minerva McGonagall, fit un discours se voulant fédérateur et optimiste. Il s'agissait de la première rentrée depuis la défaite du Mage Noir. Elle expliqua que l'année scolaire précédente ayant été interrompue, certains élèves volontaires étaient revenus afin de compléter leur 7ème année et valider leurs ASPIC. Quelques regards se posèrent sur l'héritier Malefoy. L'ancien lui leur aurait asséné l'un de ses rictus sardoniques ou regards suffisants dont il avait le secret. Il n'en fit rien.

« Et ben, ça promet. Entre ton mutisme et leurs regards en coin, je sens que je vais passer une super année. Je ne regrette pas d'être venu. À la tienne Drac ! ironisa Blaise tout en venant effleurer le verre de Drago avec le sien.

— Tu n'es pas au courant ? Il parait que j'ai tué une vingtaine de personnes pendant la bataille de Poudlard.

— Mais toi, tu sais que c'est f...

— On s'en fout, le coupa Drago, de toute façon ça n'y changera rien. »

Il y avait quelque chose d'étrange à être de retour à Poudlard, d'assister au discours de rentrée et d'observer la cérémonie de répartition du Choixpeau. Étrange, mais libérateur. Cette normalité lui avait manqué. Drago mourait d'envie de la retrouver, cette normalité. Ou du moins, un semblant de celle-ci.

La présentation des préfets-en-chef l'arracha à ses pensées. Si Drago avait dû parier sur l'un des noms qu'il entendrait, il aurait tout misé sur celui de Granger. Ça, ce n'était pas normal. Ses yeux la trouvèrent à la table des Gryffondor, entourée de Lovegood et de la sœur Weasley. La blonde et la rousse la fixaient avec la même pointe d'interrogation dans le regard que Drago.

Il dut fixer la jeune fille trop longtemps car celle-ci, se sentant sûrement observée, finit par capter son regard.

Aussitôt, Drago baissa les yeux.

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« Tu ne trouves pas ça étrange ? demanda-t-il, le repas touchant à sa fin.

— Bon sang mais il parle ! railla Blaise.

— Tu ne trouves pas ça étrange ?

— Un repas entier face à un mur. Je te jure que j'étais à deux doigts de commencer à m'intéresser à la conversion des deuxièmes années à côté. Je sais que je ne suis pas des plus bavards. Mais l'être humain est un être social, Drago. Même moi j'en ai besoin. Alors il ne faudra pas m'en tenir rigueur le jour où tu me croiseras dans les couloirs en pleine discussion avec des... Poufsouffle. » Sur ce dernier mot, Blaise exagéra une moue de dégout qui habituellement aurait arraché un sourire à Drago.

« Tu ne trouves pas ça étrange ? insista-t-il.

— Quoi ? lâcha Zabini, légèrement excédé. De quoi tu parles ?

— Granger. Elle n'est pas préfète-en-chef.

— Ah, fit-il d'un ton révélant le peu d'intérêt qu'il accordait à cette observation. J'imagine qu'elle n'a peut-être pas été choisie.

— Blaise, sérieusement. Je crois qu'elle n'est même plus préfète. Ils viennent de partir avec les 1ère année et elle est encore assise à sa table.

— Et ? En quoi ça t'intéresse ? demanda Blaise, perplexe.

— En rien. » répondit-il d'une voix neutre, mettant fin à la conversation.

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Pour n'importe quel élève extérieur à la maison Serpentard, leur salle commune n'avait rien d'accueillant. La pièce se trouvant sous le niveau du lac, la seule source de lumière était donc celle traversant les fenêtres immergées. L'obscurité y était teintée du vert de l'eau. Il n'y avait qu'à l'étage, dans les dortoirs, que la lumière de la lune parvenait à se frayer un chemin. Ce lieu n'avait rien d'angoissant pour Drago, au contraire, il s'y sentait bien.

Bercé par le bruit de l'eau frappant une partie des fenêtres, Drago cherchait le sommeil.

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« Drago, mon chéri. Nous n'avons pas le choix. Tu dois le faire. Il nous tuera sinon. Il nous tuera tous. Tu le sais. Tu dois le faire. ». Le visage de sa mère, l'implorant, remplacé par celui de Dumbledore, livide. « Ne faites pas ça, Drago. »

« Pitié, ne faites pas ça. » Les derniers mots de Charity Burbage avant qu'elle ne retombe inerte sur la table de réception du Manoir. Puis, le bruissement glaçant de Nagini s'approchant et s'enroulant lentement autour d'elle, brisant ses os, les faisant craquer les uns après les autres, jusqu'à ce que sa chair elle-même ne se déchire.

« Drago, fais sentir encore une fois à Rowle l'intensité de notre déplaisir... » Cette voix, ce sifflement infernal, ce mal pernicieux.« Vas-y ou c'est toi qui subiras ma colère ! »

« Endoloris ». Les hurlements de douleur de Granger lui brûlaient le crâne. « Endoloris ». Les éclats de rire de sa tante lui dévoraient l'estomac.

« Lâche. » lui soufflait sa propre voix. Perpétuellement. « Tu n'es qu'un lâche. »

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Drago se réveilla en sueur. Il se redressa brusquement pour venir s'assoir sur le rebord de son lit, se prenant la tête entre les mains, cherchant à retrouver une respiration normale et régulière.

Ses yeux d'acier s'arrêtèrent sur son avant-bras gauche. La Marque des Ténèbres qui était là autrefois avait disparu. Elle s'était estompée dès lors que Voldemort avait été vaincu. Il restait cependant une légère cicatrice.

Drago y passa la pulpe de ses doigts.

Cette cicatrice, c'était la trace de sa pénitence. Ces cauchemars, le prix à payer.

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Drago arriva en retard, évidemment.

L'une de ses règles personnelles auxquelles il ne dérogeait jamais. Il attrapa l'une des nombreuses bouteilles du bar et se servit un verre de Whisky Pur-Feu. Drago avait hésité à venir à cette soirée de rentrée, mais commencer l'année en se tenant à l'écart de l'équipe ne lui avait pas semblé être une bonne idée.

Hermione était déjà là, probablement arrivée en avance. L'une de ses règles personnelles auxquelles elle ne dérogeait jamais.

Elle sirotait un verre d'élixir coupé au jus de citrouille. Quelle horreur, elle buvait encore ce mélange atroce qu'elle lui avait déjà fait goûter : trop sucré et pas assez fort à son goût.

Elle discutait avec une de leur nouvelle collègue dont Drago n'avait pas encore retenu le nom. Jeanne, Johanne… Johanna ? Il n'était pas certain. Les deux femmes devaient échanger une conversation que l'on pouvait qualifier de sérieuse car Hermione fronçait légèrement les sourcils et se mordillait la lèvre inférieure, chose qu'elle ne faisait que lorsqu'elle était en pleine réflexion. Il connaissait chaque centimètre de son visage et chaque expression pouvant l'habiter et l'animer.

Drago reçut une tape dans le haut du dos, un geste se voulant amical qu'il exécrait profondément.

« Drago, c'est ça ? Moi c'est Isaac, Isaac Borealis, se présenta l'homme en lui tendant la main.

— Enchanté, mentit-il tout en acceptant la poignée de main.

— Défense contre les forces du mal. Potions pour toi c'est ça ? »

Était-ce une pointe de mépris que Drago avait perçue dans sa voix ?

« Absolument, répondît-il d'un ton qu'il voulut le moins froid possible, préférant éviter de se battre avec un collègue dès son premier jour.

— Ancien Serpentard ? » C'était donc bien du mépris, aucun doute là-dessus. « Moi j'étais à Serdaigle, fit Isaac sans attendre de réponse. Mais on n'a pas dû être à Poudlard en même temps.

— Regrettable. » persifla Drago, le sourire en coin et le regard glaçant.

Isaac ne sût visiblement pas lire entre les lignes car il procéda à déployer l'entièreté de son CV, depuis sa sortie de Poudlard, jusqu'à son retour en tant que professeur de Défenses contre les forces du mal il y a deux ans. Il s'avérait qu'avant d'obtenir ce poste, Isaac avait été, entre autre, Auror aux côtés de Potter et Weasley.

L'homme palabrait maintenant depuis vingt minutes. Drago avait cessé de l'écouter dès la quatrième. Cet homme dégoulinait de suffisance et de dédain, ses paroles n'étant faites que d'autocongratulations orgueilleuses.

Drago Roi de l'Égo Malefoy, battu, sur son propre terrain.

Hochant la tête à intervalle régulier, il prétendait ainsi être un interlocuteur actif. Bordel, ce qu'il était devenu patient avec les années. L'avantage, c'était qu'Isaac n'attendait pas réellement que Drago participe à la conversation. Il fournissait les questions et les réponses. Quand on aimait autant s'écouter, laisser l'autre intervenir, c'était risquer de perdre un peu de place et de tomber sur plus captivant que soi.

Drago n'était pas sûr de savoir de quoi Isaac était en train de parler. Dans le doute, il s'y intéressa de nouveau.

... Non, toujours rien valant la peine d'être écouté. Mais il aura eu le mérite d'avoir essayé. Deux fois.

S'il choisissait d'endurer la présence d'Isaac et de son récit si passionnant, ce n'était non pas par masochisme, mais parce que de là où il se tenait, il se trouvait parfaitement dans l'orientation du grand miroir qui habillait l'un des murs de la Salle Professorale.

Et sur ce grand miroir, se reflétait le visage d'Hermione, en pleine conversation avec Londubat.

Drago pouvait l'observer comme bon lui semblait, examiner les mouvements de sa bouche à chaque mot, voir ses lèvres se retrousser lorsqu'elle se mettait à rire, assister à ces roulement d'yeux et constater ses plissements de nez à chaque nouvelle gorgée d'alcool. Et tout ça... sans jamais risquer de croiser son regard.

Si l'un deux devait être surpris en pleine séance de fixation abusive, ce serait elle.

Ne supportant plus la voix d'Isaac comme fond sonore, Drago fit glisser sa main dans sa poche et enroula ses doigts autour de sa baguette. D'un sort informulé, il put enfin entendre une voix qu'il désirait davantage.

« … je ne rigole pas Neville, ne me laisse pas seule avec lui. Si un jour tu le vois me parler, interviens et tire-moi de là. Si tu t'éloignes ce soir, c'est certain qu'il viendra m'en parler et je n'en ai pas du tout envie, supplia Hermione à voix basse.

— A ce point-là ? gloussa Neville.

— Oh oui, à ce point-. C'est une vieille histoire, plus qu'insignifiante, que je souhaiterais oublier. Ce soir, je serai ton ombre. Où que tu ailles, j'irai. Où est Hannah d'ailleurs ? Deux boucliers vaudraient mieux qu'un... » La jeune fille fronça les sourcils dans une inquiétude exagérée et lâcha un rire empreint d'élixir.

— Elle ne devrait pas tarder. Elle termine l'inventaire de l'infirmerie. On va s'assoir ? lui proposa Neville.

— Volontiers. »

Les deux anciens Gryffondor s'éloignèrent vers la table et brisèrent ainsi le sortilège de Drago, retrouvant l'intimité de leur conversation.

Insignifiante. Mais comment pouvait-elle ? Comment osait-elle ? Parler de leur histoire en ces termes à Neville Londubat.

Insignifiante. Drago bouillonnait. Ses pensées se bousculaient. Il méritait des explications. Il le méritait il y a six ans de ça et il le méritait encore aujourd'hui. Il voulait qu'elle lui dise pourquoi.

Insignifiante. Et l'autre abruti de Borealis, toujours devant lui à déblatérer des conneries. Drago dut puiser dans tout ce qu'il avait pour ne pas lui balancer son poing dans la figure.

« Je vais me chercher un verre. »

Isaac fut coupé dans son torrent de parole, Drago fonçant vers le bar.

Si elle pensait que Neville Londubat allait l'empêcher d'avoir ce qu'il attendait, elle se trompait lourdement. Drago se servit un nouveau verre de whisky et le descendit immédiatement. Il répéta cette danse deux, trois fois. L'alcool aidant peut-être, il se sentait maintenant prêt à lui parler. Il commença à s'avancer vers Hermione. Les quelques mètres les séparant lui paressaient être des kilomètres. Il y était presque. Les mots se bousculaient à ses lèvres, prêts à sortir. Ces mots qu'il retenait depuis si longtemps, trop longtemps. Ça n'allait pas être beau, avec l'alcool il n'était même pas sûr de pouvoir attendre qu'ils soient en privé pour tout lâcher. S'il fallait que cela se passe , au milieu de leurs anciens professeurs et nouveaux collègues, tant pis. Il n'était plus qu'à quelques pas, son prénom au bord des lèvres.

Mais avant même qu'il n'ait eu le temps de le réaliser, elle se leva et sortit précipitamment de la pièce.

Sonné, alcoolisé, Drago ne pensa même pas à la suivre. Il resta planté là, les yeux rivés sur l'encadrement de la porte, son verre vide à la main.

Verre qui n'allait pas le rester très longtemps.