Chapitre 2 - Hermione

Mercredi 31 août 2005 - Poudlard

Donc il était en vie, constatait Hermione. Après six ans de silence, elle en avait douté plus d'une fois. La presse également, se souvenait-elle.

A peine un regard. Il l'avait complètement ignorée tout au long de la réunion. A la fin de celle-ci, il était sorti de la salle comme si un incendie s'y était déclaré. Dans un sens, c'était tout aussi préférable. Hermione n'était pas certaine de vouloir lui parler, ni même d'en être capable. Elle n'avait rien à lui dire. Elle n'avait pas non plus besoin de l'entendre dire ce qu'elle savait déjà.

Pour lui, rien n'était arrivé. Elle l'avait bien compris. Drago le lui avait bien fait comprendre.

« Alors ça, si je m'attendais à voir Malefoy… » Neville ramena Hermione au monde qui l'entourait. En voyant le visage de la jeune femme, il sembla inquiet. « Ça va Hermione, t'as pas l'air bien ? »

A la fin de la réunion, tout le monde avait quitté la table et était maintenant en train de discuter, à différents endroits de la Salle Professorale. Seule Hermione était resté assise, le regard dans le vide et l'air hagard.

« Si… Si, si. Tout va bien, sourit Hermione.

— Malefoy, professeur de Potions à Poudlard… C'est incroyable non ? Je ne savais pas qu'il s'était spécialisé dans ce domaine… On va être amené à se côtoyer… souvent… parce qu'avec la Botanique, les Potions... » Neville déglutit avec peine.

Hermione eut l'impression de revoir l'adolescent anxieux et craintif qu'il avait été mais qu'il n'était plus. Drago pouvait avoir cet effet.

« Neville, nous n'avons plus quinze ans. Lui non plus. » le rassura-t-elle.

Il lui adressa un sourire complice.

« Tu viens ce soir ? s'enquit-il. Il faut qu'on profite de cette dernière soirée avant l'arrivée des élèves. Surtout toi, tu verras que tes soirées seront bien remplies avec les Gryffondors… Les futurs cinquièmes années sont particulièrement retors et très imaginatifs. Ils nous en ont fait baver l'année dernière. J'espère que les BUSE vont les calmer. Je suis assez soulagé que tu aies accepté la direction des Gryffondors. J'étais en haut de la liste… ajouta-t-il, quelque peu gêné de le reconnaitre.

— Ah… Du coup, je ne dis pas non à une dernière soirée entourée d'adultes, sourit Hermione.

— Alors par contre, je te préviens, ça a légèrement dégénéré l'année dernière. Hagrid avait apporté une espèce d'alcool obscure trouvé en Roumanie. Flitwick a fini dans ses bras à chanter, ou plutôt à hurler, Trelawney était en transe et prophétisait à tout va, Binns a défié tout le monde à une course de balai dans les couloirs…

— … Et… Et McGonagall ? articula-t-elle difficilement, prise d'un fou rire.

— J'ai interdiction d'en parler. » répondit-il en lui adressant un clin d'œil.

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Après s'être rendue dans ses appartements afin de s'y installer, l'ancienne élève ne put s'empêcher de se rendre dans la salle commune des Gryffondors. Tandis qu'elle s'approchait du tableau de la Grosse Dame, pas après pas, de nombreux souvenirs la submergèrent.

Marcher de nouveau dans ses couloirs, entendre ses pas résonner sur la pierre, croiser certains tableaux devenus si familier. Être à la maison.

« De retour à la maison, jeune fille ? » gloussa la Grosse Dame.

Hermione sourit au portrait qui se faisait l'écho de ses propres pensées et lui murmura le mot de passe qu'elle venait de choisir, privilège de nouvelle directrice des Gryffondors.

« Vita Nova ».

Le tableau s'ouvrit et Hermione pénétra à l'intérieur de la salle. Rien n'avait changé. On aurait pu s'attendre à voir Dean et Seamus en pleine partie d'échec version sorcier, à entendre Lavande et Parvati glousser près de la cheminée, à apercevoir Ginny dans sa tenue de Quidditch, prête à aller s'entraîner, à entendre Luna essayer de négocier avec les préfets afin de rester dans leur salle commune après le couvre-feu, à surprendre Eden toujours en train d'admirer Léo Irving plus ou moins discrètement, et bien sûr à voir Harry et Ron débouler du haut des escaliers. Tant de souvenirs habitaient ces murs.

Hermione monta à l'étage et pénétra dans son ancienne chambre.

Elle s'assit sur le lit qui avait été le sien pendant sept ans mais qui était maintenant celui d'une autre.

Elle avait vécu tellement de choses ici. Du bon comme du mauvais.

Elle y avait ri, elle y avait pleuré.


- Mardi 1er septembre 1998 -

A la fin de la cérémonie de répartition, Hermione avait rejoint son dortoir afin d'y déballer sa malle. Cette année, elle allait partager sa chambre avec Ginny et trois autres filles de 7ème année. Deux d'entre elles étaient en train de discuter de l'été qu'elles venaient de passer, elles semblaient très complices. Ginny n'était pas encore remonter de la salle commune. Celle-ci était en train de prévoir les séances d'entrainement avec l'équipe de Quidditch dont elle était maintenant la capitaine. Ginny n'était pas revenue à Poudlard pour ses ASPIC, mais surtout pour s'améliorer encore en tant qu'attrapeuse. Elle envisageait une carrière professionnelle l'année prochaine.

Tandis qu'Hermione faisait léviter ses vêtements jusqu'à son armoire, sa dernière colocataire s'approcha timidement.

« … Hermione, c'est ça ? Enfin, je sais que tu t'appelles Hermione, tout le monde le sait. Je veux dire, bonjour Hermione. Excuse-moi, je vais quand même me présenter. Tu dois te demander "C'est qui cette folle ?", je m'appelle Eden. Eden Kibet. »

Eden la regardait de ses grands yeux noirs, pupilles et iris se confondant. Visiblement un peu stressée, elle entortillait ses doigts autour d'une de ses mèches de cheveux. Elle possédait une magnifique chevelure crépue, une multitude de mèches frisées entourant parfaitement son visage rond.

« Enchanté Eden, je me souviens de toi, tu n'es pas à Poudlard depuis très longtemps, c'est ça ?

— Tout à fait. Je suis arrivée là en 5ème année, avec mon frère jumeau, Marius. Il est à Poufsouffle. Tu l'as peut-être déjà croisé ? Il joue dans l'équipe de Quidditch. Il y jouait déjà quand on était dans notre ancienne école, à Uagadou. On vient du Kenya, on habitait Nairobi… Oh, excuse-moi, je parle, je parle, sans m'arrêter, je suis désolée. »

Hermione lui sourit chaleureusement et d'un coup d'œil lui fit comprendre de venir s'installer sur son lit, à ses côtés.

« Ne t'en fais pas… Marius, en effet ça me dit quelque chose. J'ai entendu parler d'Uagadou, cette école a l'air incroyable. Vous êtes formés très tôt à la magie sans baguette, non ? J'y arrive parfois pour quelques sorts très simples... J'ai aussi entendu dire que vous appreniez à vous métamorphoser. Tu y es déjà parvenue ? » Hermione se mit à rire et ajouta : « Moi aussi, je peux parler sans m'arrêter.

— Oui, on apprend quelques sorts sans baguette dès la 1ère année. Mais tout le monde n'y arrive pas, alors on apprend aussi à utiliser une baguette. Au fil des années, son utilisation peut se faire de plus en plus rare pour certains sorciers vraiment doués… Et en métamorphose, oui, on apprend à se transformer soi-même, mais seulement en 6ème et 7ème année. Comme je suis partie avant, je ne l'ai jamais expérimenté... Mais ma mère peut se transformer en flamant rose !

— Incroyable. Mais pourquoi êtes-vous venus au Royaume-Uni ? l'interrogea Hermione.

— Notre mère a obtenu un emploi au Ministère il y a deux ans, au Département International de la Magie. Avec les événements des deux dernières années, on peut dire que ma famille a eu le nez fin… Mais, on a quand même décidé de rester. »

Les deux jeunes filles discutèrent ainsi pendant un long moment. Eden parla de sa vie au Kenya et à l'école de Uagadou. Elle évoqua les amis qu'elle avait dû laisser derrière elle et les difficultés qu'elle avait ressenties à son arrivée à Poudlard. Eden était une jeune fille angoissée qui pouvait manquer de confiance en elle. Elle se pensait dénuée du courage des Gryffondors et disait ne pas comprendre la décision du Choixpeau. Ces deux dernières années, elle n'était pas parvenue à se lier d'amitié avec ses homologues rouge et or. Eden dut se sentir suffisamment à l'aise pour se livrer ainsi à l'oreille attentive d'Hermione. Sa candeur d'âme la toucha et lorsque leur conversation fut terminé, Hermione l'appréciait déjà beaucoup.

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« Asurdiato. » murmura Hermione.

La lumière de la lune éclairait légèrement la pièce. Bien que les respirations régulières de ses camarades de dortoir la berçaient, le sommeil ne venait pas. Hermione déposa sa baguette sur la table de chevet et attrapa à la place le cadre qui y était posé.

Une photo de ses parents, prise lors de son cinquième anniversaire.

Elle s'en souvenait si clairement.

Son père avait passé la matinée à essayer de préparer son gâteau préféré. Cela avait été un véritable carnage. Le batteur électrique qu'il utilisait avait complètement explosé et les murs de la cuisine, tout comme son père, avaient été recouverts de pâte à gâteau chocolatée. Elle avait tout de même soufflé ses bougies, mais celles-ci avaient été plantées dans un pain au lait industriel, faute de mieux. Ils avaient tellement ri ce jour-là. Son père avait encore du chocolat dans l'oreille deux jours après. Sur la photo, on le voyait embrasser la joue de sa mère d'un baiser chocolaté, tandis que celle-ci riait aux éclats.

Elle s'en souvenait si clairement.

Pas eux.

Pas encore.

Peut-être plus jamais.

Du revers de la main, Hermione chassa la larme qui coulait le long de sa joue. Elle serra le cadre contre sa poitrine et, dans l'intimité assourdissante qu'elle s'était créée, cessa de retenir ses sanglots.

Elle pouvait presque sentir l'odeur du chocolat.

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Le lendemain, Hermione se réveilla, les yeux légèrement rougis, la photo toujours dans les bras. Elle reposa le cadre sur sa table de chevet.

Évitant habilement ses camarades de dortoir, elle alla se passer un coup d'eau sur le visage ,espérant qu'au contact du froid, le gonflement de ses yeux s'atténuerait.

Lorsqu'elle rejoignit la salle commune, elle aperçut Ginny. Celle-ci, assisse dans l'un des fauteuils se trouvant près de la fenêtre, avait les yeux rivés sur un morceau de parchemin qu'elle semblait lire comme si sa vie en dépendait.

« Qu'est-ce que tu lis ? » Hermione céda à la curiosité.

— Oh, c'est... Une lettre. Une lettre d'Harry. Il... me l'a donnée juste avant... que je ne parte, balbutia-t-elle rougissante. Je ne devais la lire que ce matin.

— Et il t'y donne le secret de l'humanité ?

— Qu... Quoi ?

— Ta lecture avait l'air... intense.

— Oui... Oh oui, c'est le cas. Intense. Il est... très doué avec les mots. Je ne pensais pas. Je crois que je vais la relire encore un bon millier de fois. Et ensuite, je pourrai mourir en paix. » souffla Ginny, extatique.

Ginny rayonnait. Dès qu'elle prononçait le nom d'Harry, on pouvait apercevoir des flammes danser dans le fond de ses iris. Dès qu'elle le regardait, dès qu'il l'a touchait, ne serait-ce qu'un effleurement lorsqu'il passait à côté d'elle, Ginny brûlait pour lui. Elle se consumait d'amour.

Leur relation paraissait tellement profonde et puissante et aussi tellement simple et évidente. Ils étaient comme deux aimants impossibles à séparer. Ils étaient faits l'un pour l'autre, ils étaient tout l'un pour l'autre.

De son côté, Hermione ne savait pas comment les choses allaient se passer avec Ron. Comment allaient-ils gérer cette année de distance ? Elle savait que pour Ginny et Harry, la question ne se posait pas. Même à des milliers de kilomètres, ils étaient ensemble. La distance n'était rien.

Ron et elle s'étaient également promis de s'écrire le plus souvent possible et de se parler régulièrement par la cheminée de la salle commune. Mais pourquoi ne ressentait-elle pas cette certitude indéfectible que leur relation pouvait tout surmonter ? Elle avait aimé passer tout cet été à ses côtés. Mais brûlait-elle pour lui ? Se consumait-elle d'amour ?

Hermione étouffa ces interrogations et chassa le doute de ses pensées.

Elle aimait Ron. Bien sûr, qu'elle l'aimait.

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Installées à la table du petit-déjeuner, Ginny, Eden et Hermione furent bientôt rejointes par Luna. Hermione avait proposé à Eden de s'assoir avec elles et celle-ci avait accepté. Elle était sûre qu'elle s'entendrait également très bien avec ses deux autres amies.

« Botanique, Sortilèges, Défense et Métamorphose, énumérait Ginny tout en regardant son emploi du temps. Je n'ai pris qu'une option en plus… Divination. Je veux pouvoir m'entraîner au Quidditch le plus possible et Trelawney ne donne quasiment pas de devoirs… J'ai aussi laissé tomber l'Etude des moldus... Désolée papa, s'excusa-t-elle, la main sur le cœur.

— J'espère que le Professeur Trelawney pourra me dire où j'ai mis ma malle, soupira Luna d'une voix lointaine. Je ne la retrouve pas.

— … Elle te dira peut-être le temps qu'il fera le jour de ta mort. Mais pour ta malle, j'irais plutôt voir aux objets trouvés, rigola Ginny. Et toi Eden, tu suis quelles matières ?

— Botanique, Métamorphose, Sortilèges, Potions, Histoire de la magie et Arithmancie. J'avais hésité à continuer la Divination en arrivant à Poudlard… Mais Trelawney m'a un peu foutu les jetons.

— Oh c'est dommage… Un cours de divination avec Trelawney et Luna, c'est quelque chose qu'il faut vivre au moins une fois. » plaisanta la rousse.

Luna ne protesta pas et sembla même d'accord avec Ginny.

« Montre-moi ton emploi du temps Hermione... reprit-elle.

Ginny lui attrapa le parchemin des mains. Ses yeux le balayèrent et l'instant d'après : « Mais Hermione, tu as sept matières en tout dont l'Arithmancie et l'Etude des runes ? Tu n'as pas prévu de dormir cette année ?

— Le sommeil est surfait, plaisanta-t-elle tout en avalant une bouchée de porridge.

— Je vois, fit Ginny, dépitée. Donc si on te cherche, ce sera à la bibliothèque. »

Bien décidée à se jeter à corps perdu dans les devoirs et les rédactions, Hermione voulait travailler sans relâche. C'était pour cette unique raison qu'elle avait choisi de revenir à Poudlard. Elle avait préféré décliner les positions de préfète et préfète-en-chef car Hermione avait besoin de s'occuper l'esprit, et non patrouiller des heures dans les couloirs, seule avec ses pensées et ses interrogations au sujet de ses parents, de Ron et de son avenir…

Reprendre le chemin de Poudlard était une évidence. Hermione ne concevait pas de ne pas valider ses ASPIC. Harry et Ron n'avaient pas fait le même choix. Elle avait bien essayé de les convaincre, mais les deux garçons lui avaient ri au nez. Après tout ce qu'ils avaient vécu, ils ne comprenaient pas pourquoi elle souhaitait retourner sur les bancs de l'école. Cette époque était pour eux totalement révolue. D'autant plus que durant l'été, le Ministère leur avait permis de rejoindre la formation d'Auror, sans avoir à valider leurs ASPIC.

Hermione les enviait. Non pas la carrière d'Auror qui s'offrait à eux avec une évidence marquée. Mais le fait, justement, que cette carrière soit une évidence. La Gryffondor n'avait aucune idée de ce qu'elle souhaitait faire de sa vie. Un tas de domaine la passionnait, les possibilités étaient infinies. Elle espérait que cette année lui permettrait d'y voir plus clair. Elle allait donc suivre les cours de Métamorphose, Sortilèges, Botanique, Potions, Défenses contre les forces du mal, Arithmancie et Etude des runes. Sa semaine était en effet chargée mais elle avait tout de même quelques moments de libre dont elle comptait tirer profit… en les passant à la bibliothèque.

Hermione n'écoutait plus la conversation de ses trois amies depuis un moment. Perdue dans ses réflexions, elle sentit pourtant quelque chose l'en extirper. Comme une présence lui susurrant à l'oreille de reprendre ses esprits et de lever les yeux. Elle se sentait épiée et elle sut exactement où regarder. C'était la deuxième fois qu'elle le surprenait à l'observer. Déjà lors de la cérémonie de répartition, leurs yeux s'étaient rencontrés.

Cette fois-ci, il ne baissa pas la tête.

La veille, Hermione avait été surprise de le voir s'approcher de la calèche. Elle avait entendu dire que les Malefoy se terraient dans leur manoir, dans l'attente de leur procès. Elle pensait que cela s'appliquait aussi à Drago. Visiblement pas.

Pendant le trajet, elle avait donc réfléchi à ce qu'elle pourrait lui dire. Peut-être une remarque assassine, mais tout de même correcte. Pour marquer le ton.

Correcte, parce qu'elle n'oubliait pas ce qu'avait fait sa mère en mentant à Voldemort, elle n'oubliait pas qu'il n'avait pas confirmé l'identité d'Harry auprès de sa tante et elle n'oubliait pas qu'une fois face à Dumbledore, il n'était pas allé au bout de sa mission.

Assassine, parce que cela restait tout de même Malefoy.

Une remarque assassine, mais correcte. C'était donc ce qu'elle s'apprêtait à lui dire lorsqu'elle s'était redressée dans la calèche et que ses yeux avaient rencontré les siens.

Ce qu'elle n'avait pas prévu, c'était ce qu'elle y verrait. Ce garçon n'était pas Malefoy. Il lui ressemblait certes. Il avait peut-être été Malefoy dans une autre vie, mais certainement plus maintenant. Son regard était vide, ses joues creusées, son teint gris, ses cheveux ternes. Il était le spectre de Malefoy, tout au plus. Lui balancer sa remarque toute prête, ça aurait été comme frapper un homme à terre. Et Hermione n'était pas de ce genre-là.

Dans la Grande-Salle, le Serpentard continuait de la fixer, le regard toujours vide. Hermione fronça les sourcils et articula un « quoi ? » sourd. Le blond sembla revenir à lui-même et baissa rapidement la tête pour se reconcentrer sur son assiette d'œufs au plat.


19h55. Hermione allait être en retard à la soirée dont Neville lui avait parlé. Elle activa le pas. Hermione n'était jamais en retard, question de principe.

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A son plus grand regret, il n'y avait pas une goutte de cet alcool roumain dont lui avait parlé Neville. L'ambiance était donc plutôt bon enfant. Elle espérait tout de même assister à quelques faits mémorables, le bar étant très généreusement fourni…

Elle avait eu une longue conversation avec une de ses nouvelles collègues, Joanna Strongbark, professeur d'Arithmancie. Physiquement, c'était une femme qui pouvait sembler un peu intimidante au premier abord. Joanna était le genre de personne dont on sentait la présence avant même qu'elle n'entre dans une pièce. Elle dégageait une aura qui pouvait vous désarçonner. Néanmoins, elle n'en jouait pas, elle ne cherchait pas volontairement à vous mettre en porte-à-faux. Au contraire, elle faisait preuve d'une incroyable douceur et bienveillance lorsqu'elle s'adressait à vous. Evidemment, les deux femmes avaient échangé sur l'Arithmancie, domaine qui passionnait Hermione lors de ses études. Joanna lui donnait plusieurs références d'ouvrages lorsqu'il était entré.

En retard, évidemment. Ils n'avaient jamais pu s'entendre sur ce point.

L'ancien Serpentard s'était discrètement glissé vers le bar et s'était servi un verre de Whisky Pur-feu. A son tour, Hermione l'avait ignoré. Elle avait étouffé un léger rire lorsqu'elle avait aperçu, du coin de l'œil, Isaac s'approcher de lui. Ils n'allaient pas du tout s'entendre. Elle le savait déjà.

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« Alors Neville, raconte-moi, que s'est-il passé depuis le mariage d'Harry et Ginny ? C'était quand… il y a quatre ans ? Merlin, on ne s'est pas vu depuis quatre ans ? J'ai entendu que ton cœur était pris par une jolie infirmière, se réjouit-elle en lui adressant un clin d'œil.

— En effet, rigola Neville. Cela fait trois ans que nous sommes ensemble. J'ai revu Hannah à Londres, par hasard. Je terminais ma formation de botanique et elle, de guérisseuse. On a pris un verre dans le bar qui était juste dans la rue où on s'était croisé. On est resté tellement longtemps attablés dans ce petit café moldu qu'ils ont dû nous demander de partir, ils fermaient. On ne s'est plus quitté après ça. Je l'ai demandé en mariage il y a trois mois… »

Les yeux de Neville débordaient d'amour. Hermione le regarda avec une très légère pointe d'amertume qu'elle ne sut contrôler. Il s'en aperçut et perdit tous ses moyens.

« Mince Hermione, je suis désolé. Je suis désolé de raconter ça, s'excusa Neville, rougissant.

— Neville, ne t'excuse jamais d'être heureux ! Je le suis pour toi en tout cas. Tu as l'air très amoureux, sourit Hermione.

— Merci... Je suis désolé que tu aies dû traverser ça, que ta vie privée ait été portée aux yeux de tous. Skeeter a été dégueulasse de publier ça. Si tu as besoin d'en parler, sache que je suis là.

— Je suis contente d'avoir un ami ici, même deux, se reprit-elle en pensant à Hannah Abbot qu'elle avait toujours beaucoup appréciée lorsqu'elles étaient à Poudlard. Cela compense la présence de certaines personnes… » ajouta-t-elle dans un murmure.

Le regard confus de Neville la poussa à s'expliquer. Elle se pencha à son oreille : « Isaac. Je le connais, c'est un ancien collègue de Ron et Harry, il a été auror au ministère avant d'enseigner ici. Et… comment dire ça simplement ? Je le trouve exécrable. Il est odieux, prétentieux, arrogant, misogyne… Je m'arrête là, mais je pourrais trouver d'autres qualificatifs du même acabit. Chaque conversation avec lui sont de véritables tortures, pourtant Merlin sait que je suis plutôt patiente, mais avec lui, impossible. Lors d'une soirée organisée par le Ministère, il m'a fait sortir de mes gonds. C'est un très mauvais souvenir qu'il se fera un plaisir de me rappeler !

— Vraiment ? Je ne le connais pas plus que ça… En fait, il ne m'a jamais trop parlé l'année dernière… dit Neville, perplexe quant aux raisons pouvant expliquer cela.

— Oui vraiment, je ne rigole pas Neville, ne me laisse pas seule avec lui. Si un jour tu le vois me parler, interviens et tire-moi de là. Si tu t'éloignes ce soir, c'est certain qu'il viendra m'en parler et je n'en ai pas du tout envie, supplia Hermione à voix basse.

— A ce point-là ? gloussa Neville.

— Oh oui, à ce point-. C'est une vieille histoire, plus qu'insignifiante, que je souhaiterais oublier. Ce soir, je serai ton ombre. Où que tu ailles, j'irai. Où est Hannah d'ailleurs ? Deux boucliers vaudraient mieux qu'un... »

Hermione fronça les sourcils dans une inquiétude exagérée et lâcha un rire empreint d'élixir.

« Elle ne devrait pas tarder. Elle termine l'inventaire de l'infirmerie. On va s'assoir ? proposa Neville.

— Volontiers. »

Tandis que les deux amis s'asseyaient à la table de bois massif, Hermione vit Drago capituler et se jeter sur le bar. Isaac lui avait tenu le crachoir pendant un bon moment. Il méritait une médaille pour être parvenu à endurer une conversation d'une telle longueur. Peut-être s'était-elle trompée et qu'un début d'amitié était né ? Non. Les trois verres de whisky que Drago avala en quelques secondes lui indiquèrent qu'elle avait eu raison.

Isaac était maintenant seul et balayait la pièce des yeux, à la recherche d'une nouvelle victime. Visiblement, il avait choisi sa cible puisque son regard vint s'arrêter sur elle. Il commença à s'approcher, un sourire empli d'arrogance accroché au visage.

Hermione n'était vraiment pas d'humeur à supporter une conversation avec lui.

Au diable les convenances, Neville comprendra.

Sans un mot, elle se leva de sa chaise et quitta la pièce.

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Voilà les premiers chapitres de cette histoire. J'espère que les différents sauts dans le temps sont assez compréhensibles.

J'ai quelques chapitres déjà écrits qu'il faut simplement que je relise. La suite arrivera donc très vite.

C'est une première pour moi, alors n'hésitez pas à me donner votre avis ! :)