Encore une fois, merci à celles et ceux ayant pris le temps de me laisser des reviews après leur lecture.
Merci à Drou et Lusyne à qui je n'ai pas pu répondre directement en message privé.
Merci à toutes les personnes qui ont placé mon histoire dans leurs favoris ou qui la suivent.
Merci, merci, merci.
Et bonne lecture :)
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Chapitre 6 - Hermione
Dimanche 16 octobre 2005 - Poudlard.
Hermione remontait le couloir d'un pas décidé. Comment pouvait-il se permettre de régler des différends entre élèves sans se concerter avec les directeurs des maisons concernées ?
Incroyable. Heureusement qu'un 1ère année était venu la voir pour la prévenir. Paul Declair et Blake Finnegan avaient été séparés par Drago depuis plus d'une heure et le Gryffondor restait introuvable.
Trop énervée, Hermione ne prit même pas la peine de frapper. Elle ouvrit la porte du bureau avec ardeur. « Où est Paul Declair ? » lança-t-elle.
Drago était assis à son bureau, penché sur un parchemin, une plume à la main. Il releva lentement la tête et posa ses yeux sur Hermione. Elle vit alors un petit sourire satisfait se dessiner sur ses lèvres. Visiblement, il l'attendait.
« Bonsoir à vous aussi Professeure Granger. Je ne vous demande pas comment vous allez… Il est là, il termine de préparer quelques ingrédients, comme je le lui ai demandé. »
Professeure Granger ? Vous ? Hermione leva les yeux au ciel avant d'apercevoir son élève dans un coin de la pièce. Il découpait des feuilles qu'elle ne parvenait pas à identifier.
« Professeur Malefoy, je vous saurais gré de venir me voir lorsqu'un de mes élèves manque au règlement. M. Declair, si vous voulez bien me suivre, nous allons discuter de ce qu'il s'est passé avec Blake Finnegan.
— L'histoire est réglée. Paul et moi-même en avons déjà discuté et nous nous sommes mis d'accord sur la sanction à prendre. »
Paul ? Drago était-il aussi familier avec tous les élèves ?
« Pardon ?
— Durant 1 mois, il viendra tous les soirs travailler avec moi. Hors week-end, évidemment.
— Évidemment, répéta Hermione, tendue. Puis-je vous parler un instant ? » Elle se tourna vers le jeune garçon et ajouta : « M. Declair, pouvez-vous nous laisser ? Je pense que le Professeur Malefoy ne vous retiendra pas plus longtemps, le repas va être servi dans la Grande-Salle. »
Et comme pour en rajouter à la colère d'Hermione, Paul Declair regarda Drago afin d'avoir son accord. Il approuva d'un hochement de tête et le Gryffondor sortit du bureau.
« Tu as l'air tendue Hermione, il y a un problème ?
— Ah, soudainement, on ne se vouvoie plus ?
— Seulement lorsqu'il y a des élèves. Je trouve que cela fait plus professionnel.
— Et c'est professionnel de sanctionner mon élève, sans jamais me consulter ?
— Je pensais que tu serais heureuse de voir que je prenais au sérieux mon rôle d'éducateur. »
Hermione ne put se retenir de rire. Un rire peut-être légèrement blessant car Drago en perdit son sourire.
« Ecoute Hermione, je l'apprécie ce gamin. Je voudrais vraiment l'aider, la retenue est surtout un prétexte. Je pensais bien faire.
— Paul Declair ? Tu l'apprécies ? … Pourquoi ne suis-je pas étonnée ? Toute l'équipe se plaint de lui, il rend dingue tous ses professeurs. Il est à l'origine de toutes les conneries des Gryffondors. Franchement si tu ne l'avais pas collé ce soir, il l'aurait été demain pour une autre raison. S'il y avait bien une personne pour voir à travers ça, ça ne pouvait être que toi.
— Il me rappelle quelqu'un.
— A moi aussi… souffla-t-elle.
— Je vais essayer de faire en sorte que cette retenue soit la dernière. »
Hermione se dirigea vers la porte. Avant de disparaitre par l'encadrement, elle ajouta : « Je le précise au cas où, mais il est interdit d'user de la violence sur un élève.
— Pour qui me prends-tu Hermione ? » sourit-il.
Tout en refermant la porte, elle tenta de retenir le sourire complice cherchant à se dessiner sur ses lèvres.
Dans le couloir, à l'abri de son regard d'acier, elle put enfin reprendre sa respiration. Etre dans la même pièce que lui en tentant de ne rien laisser paraitre était des plus difficile. C'était comme être en apnée pour une durée inconnue. Elle avait peur de sombrer, de craquer. Elle avait peur qu'il puisse lire dans son regard, peur qu'il puisse y deviner à quel point elle l'aimait encore.
Mercredi 19 octobre 2005 – Poudlard.
« Entrez. » lança Hermione en entendant frapper à la porte de sa classe. Son prochain cours ne commençant que dans une vingtaine de minutes, elle n'attendait personne en particulier.
« M. Declair, que me vaut une telle visite ? s'exclama-t-elle en apercevant la chevelure bouclée du garçon.
— Je crois que je vous dois quelques explications, au sujet de dimanche.
— En effet… J'attendais que vous vous décidiez à venir me voir. C'est bien que vous l'ayez fait. Asseyez-vous là. » dit-elle en désignant un fauteuil qu'elle rapprocha doucement du sien.
« Je n'ai eu que la version de Blake Finnegan. J'attendais la vôtre. Je vous écoute, glissa-t-elle simplement.
— Alors voilà, Blake est un abr... Enfin, disons que je ne l'aime pas. Je sais évidemment que ça n'excuse rien. Et par miracle, j'avais jusque-là réussi à me retenir… »
Les explications du brun commençaient très mal, pensa Hermione. Paul Declair était tellement le Drago des premières années. Effronté, suffisant, insolent. La seule différence c'était que le Gryffondor ne s'en prenait jamais aux autres élèves. Domaine dans lequel le Serpentard avait, à une époque, montré un réel talent. D'après son dossier, c'était la première fois qu'il se montrait violent envers un camarade.
« Dimanche, il est allé beaucoup trop loin, continua le jeune garçon. Il m'a mis hors de moi en s'en prenant volontairement à quelqu'un que j'apprécie et je n'ai pas été capable de me retenir plus longtemps. Je lui ai présenté mes excuses depuis, comme M. Malefoy me l'a demandé, maugréât-il. Il faut juste que vous sachiez que je ne lui aurais jamais rien fait, pas avec ma baguette en tout cas. »
Hermione haussa les sourcils. « Non mais je veux dire, je ne l'aurais pas non plus frappé…
— Je suis rassurée de vous l'entendre dire.
— … même s'il le méritait.
— Personne ne mérite d'être frappé. » répondit-elle, les sourcils froncés.
Le jeune garçon étouffa un léger rire. « Il avait deviné que vous diriez ça. »
Avant qu'Hermione n'ait pu réagir à cette remarque, il se leva. « Je suis désolé Professeure Granger, mon prochain cours commence dans quelques minutes et je dois traverser tout le château. Bonne journée. » lança-t-il tout en passant la porte qu'il referma derrière lui.
Elle resta là, assise à son bureau, quelque peu hébétée.
Samedi 22 octobre 2005 – Poudlard.
Contrairement aux déjeuners et aux dîners, les professeurs n'étaient pas tenus d'assister aux petits-déjeuners. Ainsi, comme une grande partie de ses collègues, Hermione petit-déjeunait rarement dans la Grande-Salle, possédant tout ce qu'il fallait dans ses propres appartements. Seulement, il y avait quelque chose qu'elle ne voulait en aucun cas manquer ce matin : l'effervescence liée au premier match de Quidditch de la saison, entre les Serpentards et les Serdaigles. Devant elle, une marée d'élèves prenait place autour des quatre grandes tables. Grâce à un sortilège de changement de couleurs, ils portaient tous autour du cou celles de l'équipe qu'ils soutenaient, qu'elles soient celles de leur maison ou non. Le jaune et le rouge caractéristiques des maisons Poufsouffle et Gryffondor avaient ainsi complètement disparu au profit du bleu et du vert.
Hermione n'avait jamais porté un grand intérêt au jeu en lui-même, se rendant surtout aux matchs afin de soutenir ses amis, Harry, Ron, Ginny puis Marius. C'était cette allégresse, cet engouement partagé qu'elle était venue observer ce matin. Elle adorait voir l'émerveillement des 1ère année à la vue des deux gigantesques bannières flottant dans le ciel de la Grande-Salle, ainsi qu'entendre les encouragements et les applaudissements des élèves à l'entrée des joueurs.
« Je vois que je ne suis pas le seul à me sentir nostalgique. »
Sur ces mots, Drago prit place sur la chaise se trouvant juste à côté de la sienne. Son regard se planta dans celui d'Hermione et encore une fois, celle-ci retint son souffle. Il était tellement près d'elle, trop près. La professeure pu remarquer qu'en six ans, Drago n'avait que très peu changé. Ses cheveux blonds lui tombaient maintenant un peu plus dans les yeux. La seule véritable nouveauté, c'était cette petite barbe à laquelle Hermione ne s'habituait pas. Évitant de le regarder trop fixement, elle fuit son regard et se concentra de nouveau sur les élèves et leurs éclats de voix.
« Dommage que le match ne soit pas Serpentard-Gryffondor. J'aurais aimé voir ça, ajouta-t-il d'un ton rieur.
— Ne sois pas si pressé, Drago. Les Gryffondors ont gagné le tournoi l'année dernière.
— Certes, mais Neville m'a dit que votre attrapeur vedette avait quitté Poudlard. Dommage pour vous qu'il n'existe pas de 8ème année… La victoire sera plus dure à obtenir cette saison, siffla-t-il, le sourire aux lèvres.
— Neville ? Hermione haussa les sourcils.
— Oui, Neville. N'aie pas l'air si étonnée. On parle Quidditch, entre autre.
— Avec Neville ?
— Oui, avec Neville, répéta-t-il, légèrement impatient.
— C'est assez surprenant, c'est tout.
— De quoi ? Qu'on puisse avoir une discussion civilisée sans que je ne m'en prenne à lui ? On en a parlé tous les deux, je me suis excusé. Je pensais que toi, tu avais compris que cette époque était révolue, que je n'étais plus celui que j'avais été. »
Ça, Hermione l'avait su, puis en avait douté. Elle savait qu'il n'était plus le gamin violent et abusif qu'il avait été. Mais avait-il vraiment été le garçon attentif, captivant et même sensible qu'elle avait ensuite réussi à découvrir ?
« C'est juste que je ne pensais pas que vous pourriez vous entendre… hésita-t-elle.
— Il s'avère que l'on a des centres d'intérêt en commun. Et mes choix sont assez limités en matière d'interactions sociales. Notamment parce que tu continues de m'éviter.
— Je ne t'évite pas. » lâcha-t-elle tout en pensant l'inverse.
Drago ignora ses paroles d'un geste de la main. « Si tu le dis. La moyenne d'âge de nos collègues est tout de même assez élevée…
— Il y a Isaac, souffla-t-elle en tentant de garder son sérieux. Rassurée par la foule présente dans la Grande-Salle, Hermione se déridait légèrement.
— Hermione… dit-il agitant lentement la tête, le regard amusé. Isaac est un connard doublé d'un abruti. Il ne m'a fallu que cinq minutes pour m'en rendre compte. Mais c'est vrai que, te connaissant, tu as dû mettre le double. Tu t'obstines toujours à chercher le meilleur chez les autres.
— … C'est vrai qu'à l'époque, quand Ron et Harry m'en ont parlé pour la première fois, j'ai essayé de lui trouver des excuses… Je connais déjà Isaac, il a travaillé au ministère avec eux, ajouta-t-elle. Bref, je le défendais, je ne pouvais pas croire qu'il puisse être comme ils le décrivaient tous les deux. Puis, je l'ai finalement rencontré lors d'une soirée au ministère. On a discuté. J'ai tenu une heure avant de…
— De ? la relança Drago.
— De lui balancer mon verre au visage.
— Hermione Jean Granger ! se réjouit-il. Quel a été le mot de trop ?
— Une proposition indécente doublée d'un geste qui l'était tout autant. Le fait d'être une femme et d'avoir tenu une heure à ses côtés l'avait rendu trop confiant. »
Drago éclata de rire. Un rire franc et cristallin qu'elle avait découvert pour la première fois lors d'une après-midi à la bibliothèque. Un rire qui avait résonné tant de fois que Mme Pince les en avait exclus pour le reste de la journée. Hermione le regarda, le souffle encore une fois coupé.
« Et voilà, je regrette déjà de t'en avoir parlé.
— Je suis une tombe, promit-il, essayant de retrouver son sérieux.
— Comment se passe la retenue de Paul Declair ? tenta Hermione afin de changer de sujet. Il est venu me voir pour m'expliquer la raison de son comportement.
— Bien. Tu sais qui il a voulu défendre ? Je lui ai demandé le jour de l'altercation mais il n'a rien voulu me dire.
— Du tout. Tu as une idée ? »
Drago secoua la tête. Les deux professeurs cherchèrent du regard Declair. Celui-ci était évidemment assis à la table des Gryffondors, entouré de sa bande d'amis habituelle. Le groupe riait aux éclats. Des grains de raisins volaient entre eux, l'un deux essayant de les gober au vol.
Le ciel de la Grande-Salle fut bientôt envahi par une nuée de hiboux. Là aussi, c'était un moment qu'Hermione appréciait observer. Il était toujours touchant de voir ses élèves se réjouir d'avoir des nouvelles de leurs proches. Paul Declair attrapa au vol l'une des lettres. Il lut les quelques mots inscrits sur l'enveloppe et son visage se décomposa. Personne à sa table ne sembla s'en rendre compte. Il la décacheta lentement et commença à lire la lettre qu'elle contenait. Le jeune garçon devint livide. A la fin de sa lecture, il plia la feuille et la glissa dans sa poche, si rapidement qu'Hermione crut qu'il cherchait à la faire disparaitre. Declair parcourut du regard ses amis, vérifiant qu'aucun d'entre eux n'avait surpris son malaise. Il attrapa un grain de raisin et visa parfaitement la bouche d'un de ses camarades.
Hermione quitta des yeux la table des Gryffondors et se tourna vers Drago. Au même instant, celui-ci fit de même.
Sans un mot, elle lui fit comprendre qu'il allait devoir lui en parler.
Sans un mot, il lui fit comprendre qu'il comptait déjà le faire.
Malheureusement, Hermione savait par expérience que le courrier n'était pas toujours porteur de bonnes nouvelles.
- Samedi 17 octobre 1998 -
« Où est Ginny ? » demanda Luna tandis qu'elle s'asseyait à la table des Gryffondors, aux côtés d'Eden. Elle portait autour du coup une écharpe rouge et or, signe de son soutien à leur équipe de Quidditch. Ce samedi marquait le début du tournoi : Gryffondor contre Poufsouffle.
« Déjà à l'entraînement, probablement. Les Poufsouffle sont mal barrés. Mon frère est mal barré. Depuis deux semaines, elle ne descend de son balai que pour dormir, et encore… fit Eden.
— Je n'ai pas vérifié mais je pense qu'elle l'emmène à la douche. » ajouta Hermione, le plus sérieusement possible.
Les rires des trois jeunes filles furent interrompus par les bruissements d'ailes des dizaines de hiboux venant de pénétrer le ciel de la Grande-Salle.
L'un d'eux lâcha, presque dans les mains d'Hermione, une petite enveloppe lui étant adressée. Elle reconnut immédiatement l'écriture de Ron. Elle la décacheta rapidement et se mit à la lire avec empressement. Elle n'avait pas eu de ses nouvelles depuis son anniversaire, il y a presque un mois de ça.
A mesure que ses yeux balayaient les lignes d'écriture, l'empressement se fit moins fort. A la fin de sa lecture, elle reposa froidement la lettre sur la table.
« Ça ne va pas Hermione ? l'interrogea Luna.
— C'est une mauvaise nouvelle ? fit Eden.
— Oh non, du tout. Ron va bien, il s'est assuré de me l'écrire plusieurs fois. Tout-va-bien-pour-lui.
— Tant mieux. Pourquoi tu fais cette tête ? demanda innocemment Luna.
— Parce que c'est tout ce qu'il dit ! s'exclama-t-elle. Un mois sans nouvelles et c'est tout ce que j'ai ? « Tout va bien, ne t'inquiètes pas ». Ce n'est pas une lettre, c'est une preuve de vie ! Je sais qu'il est très occupé au ministère, c'est ce qu'Harry dit à Ginny. Mais bon sang, il a bien dix minutes à m'accorder pour m'écrire une lettre digne de ce nom ? Harry y arrive bien lui. Évidemment je n'attends pas de lui une lettre d'amour enflammée, je sais qu'il n'est pas des plus à l'aise quand il s'agit de parler sentiments, mais il y a un juste milieu ! Vous ne croyez pas ? »
Les deux amies comprirent vite que cette question n'attendait pas vraiment de réponse de leur part.
« Parfois, je ne sais pas, je doute… De lui, de moi, de nous. Je… je suis perdue. Mais ne dites rien à Ginny. Oubliez ça. »
Luna posa délicatement sa main sur celle d'Hermione et Eden lui adressa un sourire compatissant.
« On pourrait se passer des hommes et ne vivre qu'entre nous, créer une communauté de sorcières célibataires. Je signe tout de suite. Visiblement, je terminerai vieille fille. » soupira Eden, les yeux fixés sur Léo Irving qui quittait la Grande-Salle afin de se rendre à l'entrainement.
Cette proposition eut le mérite de faire sourire Hermione.
« Tu as une plume pour que je signe aussi ? rigola-t-elle. Plus sérieusement, toujours rien du côté de Léo ?
— Rien, le néant, le vide. Il ne sait toujours pas que j'existe, se lamenta Eden.
— Alors va te présenter, dit Luna sur le ton de l'évidence. Tu veux que je vienne avec toi ?
— N-non, pitié non, puis je lui dirais quoi franchement ? « Bonjour Léo, je m'appelle Eden. Je t'observe passivement depuis maintenant deux ans, sans que tu ne l'aies jamais remarqué. Je ne t'ai jamais dit un mot et tu ne m'as jamais regardée et pourtant, chaque jour qui passe, je ne pense qu'à toi. »
— Oui, ça me parait très bien. » fit Luna.
Hermione et Eden échangèrent un regard et éclatèrent de rire.
« Merci Luna, merci d'être toi. » Sur ces mots Eden se pencha près de la blonde et posa sa tête sur son épaule, cette dernière l'accueillant volontiers.
Hermione les regarda et esquissa un sourire attendri. Les deux jeunes filles étaient tellement différentes physiquement. Leurs deux têtes ainsi emboîtées lui évoquaient le symbole du yin et du yang.
Les yeux d'Hermione se reposèrent sur la lettre de Ron. Elle doutait de plus en plus de leur relation. Les semaines passaient et Ron lui manquait tout autant qu'Harry, pas plus, pas moins. Et ça, Hermione savait que ce n'était pas normal.
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Le match de Quidditch ne commençant qu'en début d'après-midi, Hermione se rendit à la bibliothèque dès la fin du petit-déjeuner. Il était suffisamment tôt pour espérer s'installer à sa place. Depuis la première fois où elle avait surpris Malefoy assis là, début septembre, ça n'avait été qu'à celui qui parviendrait à arriver en premier. Une vraie bataille. Mais ce matin, elle ne l'avait pas vu dans la Grande-Salle, alors peut-être qu'il était encore dans la salle commune des Serpentards. En tout cas, il n'avait pas pris de petit-déjeuner, il était donc peu probable qu'il soit déjà à la bibliothèque.
Evidemment, Hermione se trompait. A croire que le Serpentard dormait là.
« C'est pas vrai. Tu es déjà là ? Mais tu n'as même pas mangé. »
Drago la regarda, perplexe quant à l'intérêt soudain qu'elle portait à son alimentation. Dépitée, elle souffla tout en entamant ce demi-tour qu'elle avait pris l'habitude de faire.
« Granger, attends, tu tombes plutôt bien. Je peux avoir ton avis sur le devoir de Runes ? » lança-t-il.
Drago fit glisser son parchemin vers l'extrémité de la table. Hermione se rapprocha, elle avait déjà bien avancé sur ce travail donné par le Professeur Babbling il y a quelques jours. Il s'agissait d'interpréter un tirage de runes en triangle de Merlhyn. Cette disposition était assez complexe car elle nécessitait quinze runes. Ce tirage permettait de faire un bilan du passé, tout en évaluant les effets de celui-ci sur le présent, afin d'en connaitre les répercussions sur l'avenir.
« Pour la quinzième rune, Thurisaz, je ne suis pas certain de son interprétation. »
Elle jeta un œil rapide au parchemin puis le tendit de nouveau au Serpentard. « Thurisaz n'est pas la quinzième mais la quatorzième rune du tirage. »
Elle lui adressa un signe de tête poli et s'éloigna de la table.
« Pourquoi ? »
Hermione s'arrêta. Elle avait toujours eu un point faible, celui d'expliquer ce qu'elle savait. Elle adorait terminer une conversation en sachant que la personne en face d'elle en ressortait plus informée. On lui avait souvent reproché d'être une Miss Je-Sais-Tout. Seulement, Hermione ne répandait pas son savoir pour prouver au monde qu'elle savait mais justement pour lui permettre d'en savoir autant qu'elle.
Et ce fut pour cette unique raison qu'elle s'approcha de nouveau du Serpentard.
« La quinzième rune se trouve en bas à gauche de la deuxième branche, pas à droite. » Hermione pointa du doigt la branche en question.
— Donc là, le résultat final serait un appel à la prudence ?
— En effet. Et la rune a été tirée à l'envers alors elle indique également qu'un mauvais choix pourra être commis, qu'il faudra faire machine arrière et ne pas s'obstiner. »
Drago acquiesça et, de sa plume, griffonna quelques mots. « Comment as-tu interprété la quinzième alors ? Naudhis, du coup ? » demanda-t-il.
Hermione prit place à la table et sortit de son sac son propre parchemin qu'elle glissa sous les yeux du Serpentard. Plus près de lui, elle remarqua les cernes noirs qui encerclaient ses yeux. Malefoy ne dormait pas à la bibliothèque car visiblement, il ne dormait pas du tout.
« Et bien, Naudhis évoque une crise, un obstacle, une remise en question qui pourra être douloureuse. Ce sera la conséquence directe de ce contre quoi Thurizas nous met en garde, ce mauvais choix.
— Je vois, fit Drago tout en griffonnant de nouveau. Tu as déjà interprété tout le tirage ?
— Oui mais seulement au brouillon, je dois encore tout remettre au propre. Je peux voir ce que tu as écrit pour les cinquième et dixième runes, les synthèses du passé et du présent ?
Il hocha la tête et lui présenta son parchemin. Les yeux d'Hermione balayèrent les lignes d'écriture. Ses lèvres s'agitèrent silencieusement, s'étirèrent parfois, ses sourcils se froncèrent puis se haussèrent, son nez se plissa puis se détendit.
« C'est… vraiment bien. » souffla-t-elle à la fin de sa lecture, déposant le parchemin devant le garçon. Elle en sortit un vierge de son sac, prit sa plume et commença à rédiger proprement son interprétation du tirage.
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Hermione releva la tête du livre qu'elle était en train de feuilleter, son estomac la rappelant à l'ordre. Après avoir réécrit son interprétation, elle avait rédigé 50 centimètres de parchemin sur les sortilèges informulés et 30 centimètres sur l'Ignis Folium pour les cours de Sortilèges et de Botanique. Elle était maintenant plongée dans un vieil ouvrage, effectuant des recherches pour un devoir de Défenses. Elle n'avait absolument aucune idée de l'heure qu'il était, aucune idée du temps qu'elle avait passé assise ici. Sa montre était restée sur sa table de chevet, mais par habitude, Hermione la chercha des yeux autour de son poignet gauche.
« Il est 13h45 » souffla Malefoy.
Sans un mot, elle ramassa précipitamment ses affaires, les fourrant dans son sac sans aucune précaution. Elle lança la lanière sur son épaule et quitta le renfoncement de la bibliothèque en courant. Le match commençait dans quinze minutes, elle ne pouvait pas manquer le début, Ginny en serait folle.
Tandis qu'Hermione courait à travers les couloirs de Poudlard, essayant de rejoindre la Grande-Salle afin d'attraper quelque chose à manger, elle repensa à la matinée qu'elle venait de passer. Elle avait travaillé aux côtés de Malefoy pendant plus de cinq heures.
Malefoy. Le plus étrange étant qu'elle ne s'en rendait compte que maintenant. Elle s'était assise sans en avoir conscience et avait simplement commencé à travailler là, à côté de lui. De toute la matinée, les deux élèves ne s'étaient pas parlé une seule fois. Tant et si bien qu'Hermione en avait oublié sa présence.
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