Rar :

Guest : Merci pour cette review :) Tant mieux si tu aimes que les choses prennent leur temps car bien que l'on se rapproche de ce fameux dénouement, j'ai encore quelques petits trucs à faire vivre (ou devrais-je plutôt dire, endurer ?) à Hermione et Drago, les pauvres !

Zoé : Oh merci, je suis flattée :) J'espère que la suite te plaira !

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Chapitre 14 - Drago

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Mardi 21 février 2006 - Poudlard

De sa baguette, Drago se servit un second café, le premier n'ayant pas suffit à absorber les restes d'alcool, ni à atténuer son mal de crâne. Il fallait qu'il arrête de boire les soirs de semaine, il le savait. Il avait cours dans moins d'une heure et était loin d'être présentable.

Drago but la tasse d'une traite avant de la remplir une troisième fois. La baguette dans une main et la tasse dans l'autre, il marcha jusqu'à sa salle de bain, chacun de ses pas résonnant douloureusement dans son crâne. D'un sort informulé, il actionna les robinets de sa douche et tourna la jauge de température jusqu'au minimum.

Trois cafés, associés à une douche glaciale.

Généralement, cela suffisait. Drago le savait car cette routine, il la connaissait par cœur. Elle avait été la sienne durant les mois qui avaient suivi la fin de ses études à Poudlard. Les mois durant lesquels l'alcool était devenu sa seule béquille, le seul rempart à un désespoir qui le tenait éveillé. Chaque nuit, Drago ruminait, pensant à ce qu'il aurait pu faire différemment, à ce qu'il aurait faire différemment, trouvant chaque nuit un nouveau scénario où Hermione continuait à faire partie de sa vie. Des scénarios rendant la réalité de son absence toujours plus difficile à affronter. Face à l'insistance de sa mère qui assistait impuissante à la détresse et au dépérissement de son fils, il avait fini par céder à la Potion pour un sommeil sans rêve qu'elle lui proposait sans cesse. Seulement, après plusieurs semaines d'une prise quotidienne, son organisme s'y était habitué et le remède avait cessé d'en être un. Ça, il l'avait caché à sa mère.

Sournoisement, l'alcool s'était peu à peu imposé à lui comme dernier refuge. Du moins, le dernier qu'il s'autorisait à utiliser.

Il en restait un autre qu'il se refusait : l'Occlumancie. Drago savait pertinemment qu'il ne parviendrait plus jamais à en sortir s'il s'y engouffrait de nouveau. Cette fois, l'appel du vide l'emporterait et l'avalerait entièrement. Si l'alcool apaisait temporairement sa douleur, l'Occlumancie, elle, l'annihilerait totalement. Rien ne pourrait l'empêcher de passer son existence l'esprit fermé, avec le néant pour seule compagnie.

Cette routine, Drago était finalement parvenu à en sortir en fuyant l'Angleterre. Loin de tout, l'esprit submergé par la découverte de nouvelles pratiques magiques, il s'était promis de ne plus jamais la revivre, de ne plus jamais retomber dans ce mal insidieux qu'était l'alcool. Seulement voilà, celle qu'il aimait, celle qui sans en avoir conscience avait redonné un sens à son existence, l'avait de nouveau rejeté. Et cette fois, elle était là, juste sous ses yeux. Cette fois, il ne pouvait pas fuir à l'autre bout du monde pour tenter de l'oublier. Pas encore, du moins.

Drago posa sa tasse et sa baguette sur le rebord du lavabo. Il se débarrassa machinalement du seul caleçon qui l'habillait avant de se glisser sous la douche. Il resta figé, laissant l'eau gelée ruisseler le long de son corps, sentant chaque parcelle de sa peau se contracter douloureusement. Une douleur qu'il espérait salvatrice, souhaitant chasser les dernières traces de son enivrement.

Afin d'immerger son visage, Drago ferma les yeux et s'avança davantage sous le jet glacé. Malheureusement, même pour un instant aussi bref que celui-ci, l'obscurité de ses propres paupières n'était pas promesse de sérénité. Il fut forcé de les rouvrir car elle était tout ce qu'il voyait. Elle était tout ce qui occupait son esprit.

Hermione.

Elle, et ses derniers mots.

Je ne veux plus te voir.

Quand Hermione était entrée dans sa vie lors de sa première année à Poudlard, Drago l'avait haïe, insultée et maltraitée pour tout ce qu'elle représentait, pour tout ce qu'elle était. Puis, lorsque ce auquel il croyait jusqu'alors de façon indéfectible s'était écroulé, il avait préféré l'ignorer pour tout ce qu'elle n'était finalement pas. Drago avait donc vécu la majeure partie de son existence sans qu'Hermione n'y prenne véritablement part. Mais en l'espace de quelques mois, entre des étagères de livres et un arbre à fleurs, elle était devenue celle qui lui réapprenait à vivre. Hermione lui était devenue indispensable. Quelle ironie du sort.

Fixant le carrelage blanc habillant les murs de sa salle de bain, Drago laissa l'eau parcourir son visage et lui brûler les rétines. A peine savonné et rincé, il sortit de la douche et attrapa sa tasse de café qui subit rapidement le même sort que les deux précédentes. Tout en la reposant, il aperçut son visage dans le miroir et put constater les dégâts de sa courte nuit sur celui-ci. Une nuit qu'il avait encore passé à boire avant de finalement réussir à s'endormir, échoué sur son canapé. Drago n'avait aucune idée de l'heure à laquelle le sommeil l'avait finalement gagné. Heureusement, ce matin, il ne paraissait que fatigué. La caféine et l'eau froide ayant eu l'effet escompté sur les restes de son ivresse, comme à l'époque où il cachait cette consommation d'alcool à sa mère. Drago se sécha à l'aide de sa baguette et s'habilla avec des vêtements propres. Tout est une question d'apparence, lui répétait-on lorsqu'il était enfant. D'apparence et de faux-semblants.

Rejoignant le salon, il fit disparaître la bouteille vide de sa table basse, dernière preuve s'il en fallait une, de cette routine qui était redevenue sienne. Il s'affala dans le canapé tout en regardant sa montre. Son cours commençait dans une petite dizaine de minutes. En partant maintenant, il serait à l'heure. En attendant un peu, il serait en retard.

Drago s'enfonça davantage dans son canapé. Il le savait, Hermione, elle, n'était jamais en retard. En partant au dernier moment, il ne risquait pas de la croiser au détour d'un couloir, comme cela avait pu être le cas ces derniers jours. Si penser à Hermione était douloureux, la voir était un mal d'un autre acabit, un mal cuisant, cruel et écrasant.

Tandis qu'il se frottait les yeux, espérant naïvement y faire disparaître les dernières traces de fatigue avant le début de son cours, un bruit sec l'interpella. Le hibou lui livrant la Gazette tapotait son bec contre la fenêtre. Drago se leva, fit entrer l'oiseau afin qu'il se réchauffe un instant et attrapa le journal qu'il déplia machinalement avant d'en parcourir la une, de nouveau assis dans son canapé. Il le feuilleta et s'arrêta à la rubrique des sports.

Coupe d'Europe de Quidditch :

Les Corbeaux de Paravør (Nor.), grand favori de leur poule !

Après trois victoires successives en phase de poule, il est maintenant certain que les Corbeaux de Paravør sont sélectionnés pour les 8ème de final. Il leur reste néanmoins deux équipes à affronter : les Harpies de Holyhead (P. De Gal.) et les Busards de Heidelberg (All.)

Peu de pression pour les Norvégiens, car même s'ils venaient à perdre ces deux matchs, leur place est assurée.

C'est une entrée fracassante pour leur nouveau poursuiveur, Marius Kibet. Arrivé il y a seulement quelques mois dans l'équipe, son parcours est un sans faute. A l'image de son magnifique Plongeon d'Orazio lors de son dernier match, remporté 250 à 120. Un grand joueur qu'il faudra garder à l'œil !

A la lecture de ce dernier paragraphe, Drago se fendit d'un léger sourire. Il replia le journal qu'il déposa sur sa table basse et se leva afin de refermer la fenêtre derrière le hibou qui venait de s'envoler. Il regarda sa montre, son cours commençait dans moins de deux minutes. Drago attrapa sa robe de sorcier et l'enfila tout en passant la porte.

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- Mercredi 24 février 1999 -

Depuis quelques minutes, les Serpentard et Poufsouffle de 7ème année prenaient place, les uns après les autres, autour de la grande table trônant au milieu de la serre numéro trois. Sur les parois en verre de celle-ci, résonnaient les trombes d'eau qui tombaient du ciel depuis la veille au soir, la neige hivernale ayant fini par disparaitre. Le soleil peinait à se lever et l'obscurité extérieure se ressentait jusque dans les yeux encore mi-clos des élèves. A peine assis, certains somnolaient déjà, terminant une nuit qu'ils devaient juger trop courte.

La leçon de Botanique n'allait pas tarder à commencer. Drago s'était installé sans trop faire attention aux élèves qui l'entouraient. Son cercle d'amis s'étant drastiquement restreint et Blaise ne suivant pas ce cours, il changeait de partenaire chaque semaine sans y accorder grande importance. Pour l'instant, le tabouret à ses côtés était vide et Drago savait que s'il le restait tout au long du cours, il ne s'en plaindrait pas.

Le Serpentard laissa trainer ses yeux sur la table et s'arrêta sur les nombreux pots de Datura sanguis se trouvant au milieu de celle-ci. De toute évidence, le sujet qu'avait choisi la Professeure Chourave. Drago connaissait déjà quelques éléments sur cette espèce. Notamment qu'en cas de danger, ses délicates fleurs blanches paraissant inoffensives pouvaient dégager un gaz incroyablement toxique pour quiconque l'inhalait.

Attendant le début du cours, Drago sortit un livre de son sac. Celui-ci traitait d'un nouveau courant de potionistes s'inspirant de pratiques ancestrales, depuis longtemps oubliées. Un livre passionnant que le Professeur Slughorn lui avait prêté il y a deux jours, lorsqu'il lui avait rendu visite.

« Salut. »

Le Serpentard releva lentement la tête de son livre. Près de lui, se dressait Marius Kibet, un grand sourire accroché aux lèvres. Le Poufsouffle était trempé, de l'eau de pluie ruisselant sur toute la longueur de ses vanilles.

« Je peux ? demanda le brun en désignant le tabouret sur lequel étaient déjà tombées quelques gouttes.

— Comme tu veux. » marmonna Drago avant de se replonger dans sa lecture.

Marius prit place à ses cotés et sortit sa baguette afin de se lancer un sort de sécheresse.

« Enchanté, moi c'est Marius. »

Drago abandonna une nouvelle fois son livre et observa la main que lui tendait le poursuiveur. Après un instant d'hésitation qu'il ne put s'empêcher d'avoir, le Serpentard accepta la poignée de main et se présenta à son tour avant de poursuivre sa lecture.

« Chourave n'est pas encore arrivée ? demanda le Poufsouffle. Merlin, j'aurais pu dormir plus longtemps. »

Drago ne répondit pas et tourna la page de son bouquin.

« Qu'est-ce que tu lis ? »

Vraiment, le Serpentard se serait contenté d'un tabouret vide. Il releva néanmoins la couverture de son livre afin de permettre au poursuiveur d'en lire le titre.

« C'est intéressant ? »

Ne tenant plus, Drago ne prit pas la peine de masquer son agacement avant d'acquiescer silencieusement. Ce livre serait encore plus intéressant s'il parvenait à le lire sans être interrompu. Marius sembla comprendre qu'il ne serait pas plus expansif que ça et n'en demanda pas plus.

Deux Poufsouffle entrèrent dans la serre et vinrent saluer leur camarade qui leur lança une réflexion que Drago n'écouta pas mais qui les fit éclater de rire. Faire rire, Marius savait faire, Drago en avait été plusieurs fois témoin.

De nouveau seul, le poursuiveur soupira d'ennui. Apercevant les Datura sanguis, il se pencha et tira un pot vers lui afin d'en humer les fleurs. Drago abandonna son livre et d'un geste sec éloigna la plante du visage de Marius. « Alors je préférerais que ton nez, tes yeux et tes oreilles ne se mettent pas à pisser le sang lorsque tu es assis à côté de moi. Quand elles se sentent agressées, ces fleurs dégagent un poison qui peut être fatal.

— Quoi ? s'étrangla Marius en se reculant. Mais Chourave est complètement malade de laisser ça sur les tables !

— Ça lui arrive. Alors dans le doute, ne renifle jamais quelque chose que tu ne connais pas.

— Noté… Enfin, t'avoueras que c'est quand même inconscient de sa part, elle… »

De nouveau plongé dans son livre, Drago n'écouta pas le reste de la phrase de Marius, préférant se concentrer sur le bruit de la pluie résonnant toujours dans la serre.

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« N'oubliez pas de vous lancer un sort de protection olfactive, insista la Professeure Chourave. Vous ne pouvez pas prévoir quand la plante se sentira en danger. La Datura sanguis est une plante fascinante, aussi dangereuse que précieuse. Le poison qu'elle contient peut être récupéré et transformé en son propre antidote. Fascinante, elle est absolument fascinante ! »

« T'as joué au Quidditch il y a quelques années, non ? »

Le cours avait commencé depuis plusieurs minutes et la Botaniste était en pleine explication. Visiblement, celles-ci n'intéressaient pas spécialement Marius. Drago l'ignora et se lança le sort le protégeant de la toxicité de la plante.

« Non ? » le relança Marius tout en se lançant le même sort.

« Si, céda finalement Drago, sentant que ce silence ne freinerait aucunement son voisin. Attrapeur, jusqu'en 5ème année. J'ai arrêté après.

— Pourquoi ?

— Je pense que tu peux facilement deviner pourquoi. » se contenta-t-il de répondre en soupirant. En plein milieu d'un cours de Botanique, il préférait éviter de parler des raisons qui l'avaient éloigné des terrains de Quidditch, les mots Voldemort et Mangemort ayant tendance à attirer l'oreille.

« Ah, je vois. T'étais pas bon. »

Marius avait parlé avec une telle spontanéité et sans aucune gêne que sa remarque eut le mérite d'arracher un léger rire au Serpentard.

« Voilà, on n'a qu'à dire ça, répondit-il. J'étais aussi mauvais que le reste de ton équipe.

— Ne m'en parle pas, sourit Marius. Vivement que je quitte Poudlard. Je les adore, ne te méprends pas. Mais j'aimerais tellement voir ce que c'est de jouer avec une équipe pro. J'espère qu'un jour… »

Le Serpentard approuva d'un signe de la tête avant de se reconcentrer sur les explications de la Professeure Chourave, conscient qu'il ne pourrait pas les écouter bien longtemps avant d'être de nouveau interrompu.

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Après avoir délicatement incisé les pistils des fleurs, Drago fit léviter les particules de poison dans un flacon hermétique. Une opération délicate qui, encore une fois, n'émouvait pas spécialement Marius. Celui-ci le regardait faire, passivement.

« Tu bosses souvent avec Hermione, non ? »

Les doigts du Serpentard se resserrèrent un peu plus autour de sa baguette, ses phalanges prenant une nouvelle teinte de blanc.

« Oui, on a quelques matières en commun, répondit-il, impassible.

— C'est une amie de ma sœur. Elle est vraiment sympa comme fille. »

Drago acquiesça sobrement. Des qualificatifs désignant Granger, il en avait plein en tête. Sympa était en effet l'un d'eux, mais pas celui qui la décrivait le mieux.

Elle était tellement plus que ça.

« Je suis vraiment content que ma sœur l'ait rencontrée. Elle lui a permis de s'intégrer et de s'ouvrir aux autres, Eden en était capable mais Hermione a été le coup de pouce dont elle avait besoin. Je lui en suis vraiment reconnaissant. C'est quelqu'un de bien. »

Drago reposa sa baguette et referma le pot contenant le poison, il serra si fort le couvercle qu'il doutait que quelqu'un puisse l'ouvrir un jour. Le Serpentard regarda sa montre. Sa mâchoire se contracta en apercevant les aiguilles, bien loin de l'heure qu'il aurait espéré lire. Marius l'observait, un léger sourire en coin.

« Mais ne t'inquiètes pas, pour moi, Hermione n'est qu'une amie, fit le Poufsouffle.

— Tu fais ce que tu veux, lança Drago d'une voix neutre. De toute manière, elle sort avec Weasley.

— Je sais. Mais il parait que leur relation n'est pas des plus épanouissantes... »

Drago fronça légèrement les sourcils, ce que remarqua Marius.

« A force de trainer avec ma sœur et ses amies, j'en apprends un peu trop sur leurs histoires de cœur, justifia le Poufsouffle. Mais encore une fois, c'est une amie. Je joue pour l'autre camp… C'est une fille super, mais... le problème est là, c'est une fille. »

Une fille ? Oh.

« Ah, je vois. Je n'étais pas au courant, dit simplement Drago.

— Disons que je ne l'ai pas crié sur tous les toits à mon arrivée il y a deux ans, mais je le vis ouvertement. Comme je suis resté célibataire depuis, peu de gens le savent j'imagine. D'ailleurs, ton pote, celui avec qui t'es tout le temps en Arithmancie… Non ?

— Blaise ? Non, fit-il dans un demi-sourire. Enfin, non ? » Drago fut pris d'un léger doute. « Je le connais depuis qu'on est gamin, mais on n'en a jamais parlé. Je ne l'ai toujours vu qu'avec des filles. D'ailleurs, il y en a une qui l'intéresse actuellement. »

Là, Drago s'avançait peut-être, mais Blaise n'avait pas besoin de le lui confirmer. Il s'intéressait à Luna, c'était évident. Zabini n'aurait jamais supporté autant d'heures de travail à ses côtés si ce n'était pas le cas. Il n'en avait jamais fait autant de toute sa scolarité.

Merlin, il était à l'heure à chacun de leurs cours.

« Et toi ? murmura Marius qui s'était penché vers lui.

— Moi ?

— Quel camp ? »

Drago laissa échapper un léger rire teinté de surprise. « Désolé, dit-il tout en secouant lentement la tête.

— Dommage. » souffla le Poufsouffle d'un ton rieur.

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« Sans hésiter, le plongeon d'Orazio d'Ivan Sarkov en 87. C'était incroyable ! s'exclama Marius. Je m'en souviens comme si c'était hier. J'avais six ans mais j'en ai rêvé pendant des mois. C'est en le voyant voler que j'ai voulu être poursuiveur. Et toi ? »

Une fois le cours de Botanique terminé, Marius et Drago avaient quitté la serre. Ils remontaient vers le château, se dirigeant vers le cours d'Arithmancie, une autre matière qu'ils partageaient. La pluie avait cessé mais vu la couleur de plomb qui continuait d'habiller le ciel, celle-ci ne tarderait pas à revenir.

Les deux garçons parlaient Quidditch depuis quelques minutes. Les interruptions de Marius avaient fini par ne plus déranger Drago, qui était forcé de reconnaître qu'en effet, ce type était marrant. Si toutefois on savait faire preuve d'autodérision.

« Pour moi ça a été Josef Wronski, répondit Drago tandis qu'ils pénétraient l'enceinte du château. Ce mec était un génie. C'est en le voyant voler que j'ai voulu être attrapeur.

— Ça ne te manque pas, d'ailleurs ? »

Drago hésita un instant avant de répondre. Ce qui lui manquait, c'était de voler. Lorsqu'il voyait les Serpentard quitter la salle commune pour partir à l'entraînement, ce manque se faisait plus intense. Mais la compétition, les tricheries, la pression de son père et celle qu'il s'imposait lui-même, il était soulagé de s'en être débarrassé. « Pas spécialement. Je ne jouais pas pour les bonnes raisons, j'ai bien fait d'arrêter. Et puis, comme tu l'as dit, ajouta Drago dans un sourire railleur, j'étais nul. »

Marius lui rendit son sourire tandis qu'ils approchaient tout deux de la salle d'Arithmancie. « En vérité, je sais que tu te débrouillais plutôt bien. Alors si un jour, t'as envie de venir jouer, juste comme ça, histoire de remonter sur un balai... Tu pourras ramener ton pote. » Le Poufsouffle n'attendit pas de réponse et salua Drago. « Eden, Hermione ! héla Marius en apercevant les deux jeunes filles près de la porte de la classe. Il faut que je vous raconte ! J'ai failli mourir pendant le cours de Botanique… »

Drago l'observa rejoindre les deux Gryffondor. Le regard de Granger passa plusieurs fois du Poufsouffle au Serpentard, qu'elle semblait étonnée de voir ensemble.

« Je croyais que tu ne l'aimais pas. » souffla Blaise par-dessus l'épaule de Drago, d'un ton suspicieux. Marchant derrière les deux garçons depuis quelques mètres, Zabini n'avait rien loupé de leur conversation.

« Je n'ai jamais dit ça. » répondit Drago.

Blaise se posta à ses côtés et Drago put apercevoir un sourire se dessiner sur le visage de son meilleur ami. Un sourire lui signifiant qu'encore une fois, il n'avait pas eu besoin de le lui dire pour qu'il ne s'en rende compte.

« Finalement, il est plutôt sympa. » avoua-t-il, n'ayant ni l'envie, ni la force de nier qu'il y avait encore quelques heures, Marius lui sortait par les yeux.

« D'abord Slughorn, maintenant lui… C'en est trop pour moi, je ne peux plus supporter cette compétition, lança le brun, feignant d'essuyer une larme au coin de son oeil.

— Tu me fatigues, fit Drago en s'éloignant de lui.

— Tu vas quand même t'asseoir à côté de moi en cours ? » s'écria Zabini, des trémolos dans la voix.

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Drago poussa la porte de la bibliothèque et remonta les allées menant jusqu'à la table du renfoncement. Sur le chemin, il croisa le regard de Mme Pince qui faisait léviter des livres jusqu'aux étagères et pendant un bref instant, le Serpentard jura la voir grimacer.

Granger était déjà là, occupant l'une des deux chaises entourant leur table. Drago s'arrêta avant qu'elle ne puisse le voir et s'adossa contre une étagère. Penchée sur un parchemin vierge, elle le regardait d'un air perplexe. De la plume qu'elle tenait de sa main droite, elle y inscrivit deux mots relativement courts que Drago ne put lire. La Gryffondor s'apprêtait à écrire la suite lorsqu'elle se ravisa, relâchant un profond soupir à la place. D'un geste hésitant, elle approcha de nouveau sa plume du parchemin, puis finalement, la reposa sur la table.

Drago était davantage habitué à la trouver en train de noircir frénétiquement plusieurs centimètres de parchemin. Granger n'hésitait pas, jamais. Elle couchait son savoir avec entrain, ardeur et passion. Des qualités qui semblaient l'avoir quittée tandis que Drago continuait discrètement de l'observer.

« Tu comptes t'assoir un jour ou tu as prévu de travailler debout ? » glissa Granger en relevant la tête de son parchemin. « Non pas que ça ne me pose problème, au contraire, ça me fera plus de place. »

De tout évidence, Drago n'était pas si discret que ça. Il esquissa un sourire tandis qu'il délaissait son étagère pour prendre place auprès de la Gryffondor. Curieux, il laissa trainer son regard sur le parchemin posé devant elle et lut les seuls mots qu'elle était parvenue à écrire.

Cher Ron.

« Alors comme ça, tu as sauvé la vie de Marius ? » s'amusa-t-elle en pliant ce qui s'avérait être une lettre destinée à Weasley.

Une lettre qui semblait difficile à écrire, songea Drago, qui ne put s'empêcher de repenser aux paroles de Marius.

Il parait que leur relation n'est pas des plus épanouissantes.

Des paroles qui, sur le moment, l'avaient légèrement perturbé.

La Gryffondor ne se confiait pratiquement jamais sur sa relation avec Weasley et finalement, Drago en était plutôt reconnaissant. Il avait appris à apprécier Granger, plus qu'il ne l'aurait jamais imaginé, mais Weasley restait... Weasley. Drago ne considérait plus les membres de sa famille comme des traitres à leur sang et en y réfléchissant, il ne ressentait plus aucune animosité à leur encontre. Mais concernant Ron, c'était différent. Il y avait comme une incompatibilité de caractère qui demeurait entre eux et il ne souhaitait pas vraiment l'entendre s'épancher sur ses sentiments pour le rouquin.

Une seule fois, il avait interrogé Granger sur le sujet. Début janvier, lorsque sa curiosité était devenue trop forte, il avait voulu savoir pourquoi elle avait choisi de rester à Poudlard pour Noël plutôt que de rejoindre Weasley au Terrier. La Gryffondor lui avait plus ou moins expliqué les raisons de son choix. Mais surtout, il se souvenait l'entendre dire que, depuis, tout allait bien entre eux. Ou du moins, tout allait mieux. Suite à ces vacances qu'elle avait préféré passer loin de lui, les choses s'étaient arrangées.

Mais ce n'était visiblement plus le cas, à en juger par les propos de Marius et par cette lettre restée vierge. Que pouvait-il y avoir de si pénible à écrire ?

« Il m'a vanté ton héroïsme pendant tout le cours d'Arithmancie. » continua-t-elle tout en rangeant la missive dans son sac, tirant Drago de ses pensées.

— Je lui ai simplement évité de perdre quelques litres de sang, répondit-il dans une fausse modestie qui la fit sourire.

— Première règle d'un cours de Chourave...

— ... Ne rien toucher avant qu'elle ne soit arrivée, compléta Drago. C'est incroyable qu'en deux ans, il n'y soit pas passé avant.

— Marius est quelqu'un d'impulsif. Enfin ça, tu le verras bien assez vite. Je crois que tu as gagné un partenaire de Botanique pour le reste de l'année.

— Ou un partenaire pour la vie, lança Drago. Visiblement, ça ne tient qu'à moi. » La Gryffondor ne sembla pas comprendre où il voulait en venir. « Quand tu m'as parlé de lui, il y a des choses que tu as oubliées de me dire, Granger. » Elle fronça les sourcils, s'interrogeant sur ce qu'elle aurait pu omettre. « Enfin, j'imagine que je devrais me sentir flatté.

— Flatté ? s'étonna-t-elle. Attends, il t'a… »

Comprenant finalement ce que sous-entendait Drago, Granger éclata de rire avant de pouvoir terminer sa phrase.

« Oui, "il m'a" comme tu dis. En plein milieu d'un cours de Botanique, je dois admettre qu'il a du courage. »

Le rire de Granger résonna de plus belle dans les allées de la bibliothèque. C'était fort, beaucoup trop fort, mais une véritable mélodie pour Drago qui, comme hypnotisé, ne put faire autre chose que la regarder, oubliant totalement la grimace de Mme Pince à son arrivée.

« En effet, c'est l'une de ses nombreuses qualités, admit-elle, une fois ses rires calmés.

— De ce que j'ai compris, il aurait pu en laisser un peu à sa soeur... »

Encore une fois, l'interrogation s'empara du visage de la Gryffondor. Une interrogation mêlée à un soupçon de méfiance qui amusa Drago.

« Est-ce que ça avance avec Irving ? » demanda-t-il d'un ton évasif.

Granger écarquilla les yeux, stupéfaite. Cette vision arracha à Drago un rire franc. Déconcerter la Gryffondor était un passe-temps grandement satisfaisant auquel il s'adonnait avec joie dès qu'il le pouvait.

« Co... Comment tu sais ça ? murmura-t-elle, soudainement inquiète.

— Je ne dévoile jamais mes sources. » répondit-il fermement. Granger se renfrogna et croisa les bras sur sa poitrine. Un signe de mécontentement peu impressionnant auquel Drago céda néanmoins. « Surtout quand la source est la principale concernée. Si elle veut que cela n'arrive pas jusqu'à Irving, vous devriez baisser d'un ton quand vous en parlez en cours. »

Les yeux de la Gryffondor se plissèrent, cherchant dans les traits de Drago un quelconque signe révélant une toute autre vérité.

« Je vois, finit-elle par répondre, un sourire équivoque étirant légèrement ses lèvres. Si le sujet t'intéresse vraiment, sache que ça avance. Ils se parlent de plus en plus et je dirais que... »

Le regard de Granger se perdit derrière Drago. Il vit son sourire disparaitre subitement, son visage devenant blême.

Devinant sans mal l'origine de cette crainte soudaine, Drago suivit son regard et se tourna.

« Ça suffit vous deux ! Vous êtes dans une bibliothèque, j'en ai assez de vous entendre jacasser et rire à tout va. »

Mme Pince avait beau être en train de chuchoter, après des années à pratiquer ces réprimandes murmurées, la fureur dans sa voix était bien présente. Pour Granger, l'effet fut le même que si la vieille dame lui avait hurlé au visage.

« Pardon, Mme Pince, s'excusa-t-elle, rougissante. Nous allons nous taire. »

La bibliothécaire agita le doigt. Cette fois, les excuses de la Gryffondor ne suffiraient pas.

« Si vous voulez discuter, vous avez tout le château pour ça. Je ne veux plus vous voir de la journée. Dehors. »

La sentence fut accompagnée d'un geste sec désignant la porte. Granger ramassa ses affaires et se leva, sa tête disparaissant entre ses épaules. Sentant que débattre avec Mme Pince ne ferait qu'aggraver leur cas, Drago la suivit.

Arrivés dans le couloir, la bibliothécaire referma vivement la porte derrière eux.

« Merlin, je me suis fait virer de la bibliothèque. Virer. » Abattue, la Gryffondor se laissa tomber sur l'un des rebords de fenêtre du hall.

« Granger, détends-toi. C'est juste pour le reste de l'après-midi…

Virer.

— … On y retournera demain et tu t'excuseras quarante fois, comme d'habitude. Mme Pince t'adore, elle ne t'en voudra pas indéfiniment. En attendant, on va trouver un autre endroit pour travailler. »

Hermione acquiesça silencieusement, les yeux rivés sur le sol. A la voir comme ça, Drago était presque gêné d'être en partie responsable de ce qui semblait être le pire châtiment existant pour un rat de bibliothèque : en être évincé. Le Serpentard laissa traîner son regard au travers de la fenêtre. La pluie tombait de nouveau, peut-être encore plus fort que ce matin. Il regarda l'eau couler sur la vitre tandis qu'une idée germait dans son esprit.

« On va à la Glycine ? » proposa-t-il dans un demi-sourire.

La Gryffondor sortit de sa stupeur et se retourna pour regarder le ciel extérieur. « T'en as d'autres des idées de génie comme celle-ci ? fit-elle tout en posant ses yeux sur le Serpentard.

— Quoi ? On y a bien été sous la neige. T'as peur d'être mouillée ? » Pour seule réponse, Granger leva les yeux au ciel. « Ah, c'est vrai... J'ai tendance à oublier que les Lions ne sont rien de plus que des gros chats. » ajouta-t-il d'un air railleur.

Granger ouvrit la bouche, offusquée. La seconde suivante, son poing s'enfonça profondément dans l'épaule de Drago.

« Allons-y. » lança-t-elle.

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Lorsqu'ils arrivèrent devant la Grande-Porte, Drago fut étonné de parvenir à entendre le bruit de la pluie à travers le bois massif de celle-ci. Un bruit sourd, pratiquement indiscernable pour qui n'y prêterait pas attention, mais tout de même présent. Il ouvrit la porte et subitement, ce même bruit devint effroyable et assourdissant. Les averses matinales qui avaient bercé son cours de Botanique n'avaient rien de comparable avec celle ayant lieu actuellement. L'horizon était indiscernable, caché par un épais rideau de pluie. Le niveau du lac semblait avoir monté et chaque goutte d'eau s'y échouant le déformait, conférant à l'étendue d'eau une impression d'océan sous la tempête.

Drago quitta ce paysage apocalyptique des yeux pour observer la Gryffondor, debout à ses côtés. L'idée d'aller travailler à la glycine dans ces conditions ne semblait plus la gêner. Elle regardait l'extérieur comme si le soleil brillait dans le ciel. Et après tout, avec un peu de magie, cela serait tout comme.

Le Serpentard leva sa baguette, un Impervius au bord des lèvres. Mais avant qu'il ne puisse lancer le sort visant à les protéger de la pluie, Granger posa sa main sur la sienne, le faisant tressaillir. Une réaction involontaire qu'il ne cherchait plus à s'expliquer. D'une légère pression, elle le força à abaisser sa baguette.

« Granger, t'es pas sérieuse ?

— Et c'est moi le "gros chat" qui a peur de la pluie ? » lâcha-elle tout en le défiant du regard.

Drago était certain que cette phrase finirait de convaincre la Gryffondor. Lui-même savait qu'il n'apprécierait pas d'être comparé à un orvet.

« Très bien. »

Mêlant le geste à la parole, Drago s'avança sur le perron. Il ne fallut qu'un instant pour que la pluie ne pénètre sa robe de sorcier. Quelques secondes plus tard, l'eau s'infiltra sous sa chemise et dans ses chaussures. Restée à l'abri, Hermione le regardait, apparemment amusée de le voir dans une telle situation. Et en y réfléchissant, c'était probablement la première fois. Jamais un Malefoy ne se retrouvait volontairement démuni sous la pluie. Même lors des matchs pluvieux de Quidditch, Drago avait toujours eu l'Impervius facile, trouvant avilissant le fait de se retrouver à la merci des éléments.

Lorsqu'il fut trempé jusqu'aux os, Hermione s'avança sous la pluie pour le rejoindre, plantant ses prunelles marrons dans les siennes.

Ce fut à cet instant, trempé et transi par le froid, que Drago sut qu'il s'était trompé. Comme pour tant d'autres choses, il s'était trompé.

Il n'y avait absolument rien d'avilissant à se retrouver dans une telle situation. Surtout si dans celle-ci, deux yeux marrons l'accompagnaient.

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Drago se souvenait avoir découvert la glycine en mars ou en avril de sa 6ème année. Ce jour-là, il était en train de déjeuner dans la Grande-Salle, entouré d'autres Serpentard qu'il n'écoutait pas. A vrai dire, il ne les écoutait plus depuis des mois. Il ne supportait plus tous ces bavardages futiles, alors que lui était aux prises avec un dilemme où chacune des issues menait irrémédiablement à la mort de quelqu'un, qu'elle soit celle de Dumbledore, de ses parents, ou la sienne. Bientôt, il allait devoir tuer pour espérer ne pas l'être. Au milieu de la Grande-Salle, l'angoisse liée à l'inévitable l'avait une nouvelle fois submergé. Il avait senti sa poitrine se contracter et sa respiration se raccourcir. Il avait quitté la table en trombe, ignorant les vertiges qui suivaient toujours cette sensation d'étouffement. Il avait besoin d'air et s'était instinctivement retrouvé sur le perron du château. Sans réellement choisir de direction, il s'était simplement mis à marcher. Jusqu'au lac, jusqu'aux tribunes de Quidditch, jusqu'à l'orée de la Forêt Interdite. Il avait marché. Jusqu'à ce que la glycine ne lui ordonne de s'arrêter.

Après ce jour, à chaque nouvelle crise d'angoisse, Drago s'y était réfugié. A l'abri des regards, il avait pu pleurer sa rage et hurler son désespoir. Cet arbre, ce lieu irréel et hors du temps, il ne l'avait jamais montré à personne.

Jusqu'à il y a dix jours, lorsqu'il y avait amené Granger.

Le Serpentard était certain que si la glycine avait pu calmer ses angoisses, celles que la Gryffondor ressentait face à l'Occlumancie n'y résisteraient pas. Et il avait eu raison. Il savait que cette réussite soudaine et inespérée n'était pas seulement due à ses conseils. Cet arbre possédait quelque chose d'inexprimable qu'Hermione avait, de toute évidence, également ressenti. Dès lors qu'il avait pénétré son esprit, Drago y avait perçu un sentiment de bien-être, une félicité suffisant à faire taire ses inquiétudes.

Lorsque ses pensées avaient progressivement disparu de son esprit, Drago avait pris le temps d'observer la glycine. Et celle-ci lui avait soudainement paru différente. Avec Hermione à ses côtés, l'arbre lui semblait plus grand, les couleurs paraissaient plus vives et le parfum émanant des fleurs plus pénétrant. Partager ce lieu qu'il avait toujours souhaité garder secret l'avait rendu plus réel et, si cela était possible, encore plus beau. Et aujourd'hui, alors qu'ils y avaient accouru pour s'abriter de la pluie, Drago s'était aperçu que ce sentiment ne s'était pas estompé, bien au contraire.

Après s'être séchés, ils avaient protégé l'arbre de la pluie tout en l'encerclant d'un sort de chaleur. La Gryffondor était également parvenue à rendre le sol plus confortable. Ce fut lorsqu'ils s'installèrent pour commencer à travailler qu'ils s'aperçurent qu'ils n'avaient aucun devoir sur lequel s'avancer. Mais ils étaient tout de même restés.

Assis contre le tronc depuis un peu plus de deux heures, Drago terminait le livre que lui avait prêté le Professeur Slughorn. Mais, plongé dans ses pensées depuis quelques minutes, il remarqua qu'il était en train de lire la même page pour la troisième fois. Granger, elle, était allongée sur le ventre, feuilletant un ouvrage sur l'alphabet Anglo-Saxon. Un alphabet runique tombé en désuétude lorsque le latin était apparu. Ce n'était pas une lecture nécessaire à leur cour d'Etude des Runes, et pourtant, la Gryffondor recopiait sur un parchemin tout ce qui devait avoir le moindre intérêt à ses yeux. Elle le faisait avec l'entrain, l'ardeur et la passion que Drago lui connaissait.

La Gryffondor releva la tête de son ouvrage et mit fin au silence qui régnait autour d'eux. Ironiquement, le genre de silence dont Mme Pince devait rêver la nuit.

« Ce livre est incroyable. » s'exclama-t-elle, forçant le Serpentard à abandonner la page qu'il lisait maintenant pour la quatrième fois. « Cet alphabet est très similaire au vieux futhark mais il y a tout de même des différences. Notamment Ansuz, qui y est partagé en trois variantes. Puisque la langue anglaise évoluait, il a nécessairement fallu créer de nouvelles entités pour tous ces nouveaux... » La Gryffondor s'interrompit. « Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ? »

Drago n'avait pas pu s'empêcher de sourire face à cette excitation. Les runes la passionnaient et il n'avait plus aucun doute sur la voie que Granger choisirait après Poudlard. Elle n'en avait simplement pas encore conscience.

« Rien. Continue. » dit-il tout en rangeant son propre livre dans son sac.

Granger plissa les yeux, comme si elle cherchait à sonder son âme pour y vérifier que le sujet l'intéressait réellement. Elle dut y trouver ce qu'elle désirait puisqu'elle esquissa un sourire et poursuivit ses explications.

La nuit tombait lorsqu'elle eut terminé de résumer ce que Drago soupçonnait être la totalité du livre. Granger attrapa l'ouvrage dans lequel elle glissa plusieurs parchemins. Le Serpentard aperçut alors la lettre destinée à Weasley. Inconsciente du regard de Drago sur elle, la Gryffondor passa l'index sur les deux seuls mots qu'elle avait écrits, un voile de tristesse s'emparant de son visage.

Mais cette tristesse laissa place à la colère lorsqu'elle referma brusquement le livre et le fit disparaitre dans son sac.

« On y va ? » lança-t-elle tout en se levant.

Malefoy ne put s'empêcher de penser que s'il avait été dénué de conscience comme sa tante, ses capacités de Legilimens lui auraient permis d'assouvir sa curiosité et il aurait pu découvrir ce qui allait suivre ce foutu Cher Ron.

Pour toute réponse, Drago se leva à son tour et s'étira les jambes avant de remettre sa robe de sorcier. Elle s'approcha du tronc et se baissa pour y ramasser la sienne. Lorsqu'elle se releva, Drago remarqua que le pendentif qu'elle portait s'était échappé du pull sous lequel il était coincé. Il mit quelques secondes avant de se rendre compte que le grenat n'était plus seul autour de son cou. Elle y avait ajouté la rune liée.

Sa rune liée.

« Je trouvais que les deux allaient bien ensemble. » dit-elle, comprenant ce que le Serpentard fixait. Elle attrapa les deux pierres qu'elle fit rouler entre ses doigts. « Je la gardais sur ma table de chevet. Puis, j'ai pensé que ces runes seraient encore plus efficaces si je les portais sur moi, non ?

— Oui, j'imagine. » répondit-il tout en cachant son trouble.

Car, oui, Drago était forcé de le reconnaitre, cela le troublait. Qu'elle porte son cadeau autour de son cou avait une saveur particulière. Et c'est avec ce sentiment indicible lui emplissant la poitrine qu'ils quittèrent la glycine.

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Vendredi 03 mars 2006 - Poudlard

Ce cours, Drago aurait préféré l'éviter, sa salle de classe étant maintenant emplie d'une odeur aussi agréable qu'affligeante. Malheureusement, étudier l'Amortentia était obligatoire en 6ème année. Ce puissant philtre d'amour faisait partie des potions que les élèves devaient absolument connaître afin de valider leurs ASPIC l'année suivante.

Depuis les paillasses, une vingtaine de chaudrons fumants délivrait au nez de Drago une senteur de papier à grimoire, mêlée à un parfum fleuri et à une odeur sucrée plus que familière.

Bibliothèque. Glycine. Hermione.

Pour Drago, ce philtre possédait cette odeur depuis quelques années maintenant. Evidemment, ça n'avait pas toujours été le cas. Lors du cours de Slughorn, pendant sa 6ème année, le Serpentard se souvenait avoir senti une odeur de cuir, de brindilles de balai et un troisième élément qu'il avait depuis longtemps oublié.

Le cours touchait à sa fin, Drago parcourut les allées de la classe, observant ses élèves terminer leur préparation qui, dans l'ensemble, étaient plutôt réussies. « Est-ce que l'un d'entre-vous pourrait me donner les risques que peut représenter une telle potion ? » demanda-t-il. Certaines mains se levèrent et le Professeur désigna un Serdaigle du 3ème rang.

« Elle induit un faux-sentiment d'amour. »

Drago acquiesça et désigna une Serpentard assise non loin.

« On pourrait même parler d'obsession.

— Tout à fait. Et donc, quel peut-être le risque ? » relança Drago tout en rejoignant l'estrade faisant face aux élèves.

D'autres mains se levèrent, plus hésitantes cette fois. Il désigna une Poufsouffle du premier rang.

« Cette obsession peut-être utilisée à mauvais escient ? hésita-t-elle. Je... pense qu'une personne sous Amortentia peut devenir facilement manipulable.

— Exactement. Généralement, quand on aime une personne, on fait tout notre possible pour la satisfaire. Cette personne passera avant tout, car on ne souhaite que son bonheur, parfois au détriment du sien. Avec l'Amortentia, ce faux-sentiment d'amour sera mêlée à une véritable obsession pour celui ou celle qui aura administré le philtre. La personne sous l'effet de celui-ci lui obéira aveuglément. Voilà pourquoi cette potion est si dangereuse. Lors de notre prochaine leçon théorique, nous étudierons les signes qui vous permettront de reconnaître une personne sous l'influence d'un philtre d'amour, qu'il soit aussi puissant que l'Amortentia ou non. Pour aujourd'hui, nous en avons terminé. Bon travail à tous. Vous pouvez y aller. »

S'asseyant derrière son bureau, il regarda ses 6ème année ranger leur table. Avant de quitter la pièce, une partie d'entre eux en profita pour respirer une dernière fois l'odeur se dégageant de leur chaudron. Certains sourirent bêtement, d'autres semblèrent questionner ce qui venait chatouiller leurs narines, étant encore étranger aux sentiments qui les animaient. Ces derniers, Drago les enviait, nostalgique de la période où il n'avait pas encore conscience de ceux qu'il portait à Hermione.

Un fois seul, il observa sa salle de classe pendant un instant. Il n'avait pas encore annoncé sa démission à McGonagall, mais il savait déjà qu'enseigner allait lui manquer, c'était certain.

L'ancien Serpentard huma une dernière fois les effluves nacrées s'élevant des chaudrons, l'affliction prenant définitivement le pas sur le caractère agréable de cette odeur. Saisissant sa baguette, il s'apprêtait à faire disparaître toutes traces du philtre lorsque Paul Declair passa la porte.

« Professeur Malefoy ? Vous avez un moment ? » demanda le Gryffondor.

Drago reposa sa baguette et lui fit signe d'entrer. Paul referma la porte derrière lui et s'avança entre les paillasses. « Je venais vous dire que ma mère était sortie de l'hôpital moldu. Elle va pouvoir recevoir des soins à domicile et les médecins sont plutôt optimistes.

— C'est une très bonne nouvelle, Paul. » Drago lui adressa un sourire qu'il espérait réjoui. Il l'était sincèrement, mais ce sentiment était difficile à afficher ces dernières semaines. « Je suis très heureux pour vous et votre mère.

— Merci. » répondit sobrement son élève.

Declair laissa traîner ses yeux sur les paillasses et s'approcha d'un des chaudrons dont il renifla les vapeurs. « C'est quoi ? demanda-t-il. Ça sent comme… » Le Gryffondor ne termina pas sa phrase. Ses joues habituellement si pales prirent une légère teinte rosée.

« Un philtre d'amour, répondit le Professeur. Vous l'étudierez l'année prochaine si vous validez vos BUSE. Mais je ne me fais pas de soucis à ce sujet. » Troublé, Paul ne bougea pas, la tête toujours penché au-dessus du chaudron. « Ce philtre a l'odeur de ce qui nous attire, lui expliqua Drago.

— Oui, j'avais deviné, marmonna-t-il tout en reprenant ses esprits. J'imagine que je ne peux pas espérer en avoir une fiole. »

Drago haussa les sourcils, incertain d'avoir réellement entendu les propos de son élève. Paul se recula du chaudron et regarda son Professeur. Derrière ses iris vertes, l'ancien Serpentard devinait un torrent de pensées que le brun tentait tant bien que mal d'organiser.

« Professeur, commença Paul. Vous qui adorez me donner des conseils sans que je ne vous les demande... Pour une fois, j'en ai besoin. Il y a cette fille. Je la connais depuis la 1ère année, on a toujours été amis. Juste amis. C'est à elle que j'ai parlé de ma mère et elle est la raison derrière ma retenue en début d'année, ce Blake se permettait de dire des trucs sur elle... Bref, on a toujours été amis parce qu'à côté de ça, elle sortait avec un garçon de sa propre maison. Sauf que... Vous vous rappelez de l'épidémie de Trementia labra qui a touché les Serpentard ? Et bien, visiblement, cet abruti fraternisait avec d'autres filles derrière son dos. Donc voilà, maintenant, elle est seule. Et moi, j'aimerais être plus que son ami. »

Drago repensa au bal du Nouvel-An et à ce regard qu'il avait surpris chez son élève tandis qu'il observait la Serpentard danser. Ce souvenir en amena immédiatement d'autres. Le feu d'artifice, le perron et tout ce qui avait suivi. Ne supportant plus l'odeur qui embaumait la pièce et lui étreignait le cœur, Drago vida les chaudrons d'un coup de baguette. Son geste fut brusque, presque désespéré.

« Alors ? Un conseil ? le relança Paul.

Malefoy passa une main sur son visage et expira profondément. « Oui. Lancez-vous. Au pire, vous vous ramasserez, vous aurez le cœur brisé et vous mettrez plusieurs années à vous en remettre, si tant est qu'un jour vous vous en remettez. »

Paul le dévisagea, n'attendant pas de son Professeur des mots d'une telle dureté. Le regard du Gryffondor se voila et il fit un pas en arrière. « Je ne vous pensais pas si cynique. Pardon de vous avoir dérangé. » lâcha-t-il froidement.

Drago le regarda s'approcher de la porte. « Paul, attendez...

— Non, dit-il rageusement en lui faisant de nouveau face. C'est de ma faute, j'aurais dû voir qu'encore une fois, ce n'était pas le bon moment. »

De toute évidence, Paul n'était pas passé à côté de l'état de son Professeur. Drago avait de plus en plus de mal à maintenir les apparences, il était épuisé car l'alcool avait cessé de faire des miracles. Il buvait toujours autant mais le sommeil ne venait plus. Il se retrouvait de nouveau au fond du trou, le même qu'il y a six ans. Avec cette fois, l'impression de continuer à creuser.

« Paul, pardonnez-moi, ce n'est pas de votre faute. C'est juste que je ne suis peut-être pas le mieux placé pour vous donner des conseils dans ce domaine... » Drago ne put retenir le rire teinté d'amertume qui s'échappa de sa bouche. « Cependant, je le pense vraiment, lancez-vous. Retenez juste qu'il ne faudra jamais rien regretter car quoi qu'il se passe après, vous finirez par en guérir. Parfois, ça prend juste un peu de temps. Et parfois, la plaie se rouvre, d'où le cynisme, peut-être. Mais n'ayez jamais de regret. »

Drago ne pouvait pas mentir à Paul et lui dire que tout se passerait bien, que tout finirait bien. C'était faux. Sa propre plaie s'était rouverte avant même qu'elle ne soit entièrement refermée.

Mais cette plaie, Drago ne la regrettait pas. Il ne regrettait pas d'avoir appris à connaitre Hermione et encore moins d'en être tombé amoureux. Il ne regrettait pas de lui avoir ouvert son coeur en lui faisant part de ses sentiments, même si cette déclaration était restée sans réponse.

« Cette Serpentard a beaucoup de chance de vous avoir. Il faut simplement qu'elle s'en rende compte. »

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Samedi 25 mars 2006 - Douglas, Île de Man.

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Drago avait hésité à se rendre au mariage de Neville et Hannah, pensant être actuellement la personne la moins à même de célébrer l'amour. Jusqu'au dernier moment, il avait envisagé de rester à Poudlard et de s'enfermer dans ses appartements pour le week-end. Puis, trouvant finalement un compromis avec lui-même, il avait décidé d'assister à la cérémonie et de s'éclipser discrètement après le vin d'honneur. Dans l'effervescence, il était certain que les mariés ne s'en rendraient pas compte.

Il avait donc revêtu le costume noir qu'il n'avait pas porté depuis les dîners caritatifs auxquels sa mère l'avait traîné lorsqu'il était rentré en Angleterre. Il avait même fait l'effort de raser entièrement la barbe qu'il négligeait clairement ces derniers temps.

« La cérémonie n'a même pas commencé mais je vois que tu as déjà trouvé le bar. »

En entendant cette voix plus que familière, Drago sourit immédiatement dans le verre qu'il tenait au bord de ses lèvres. En effet, il avait trouvé le bar assez rapidement, estimant que la cérémonie prenait beaucoup trop de temps à démarrer.

« Ne t'en fais pas, je t'en ai laissé, répondit-il en se tournant vers Blaise.

— Trop aimable. » Les deux anciens Serpentard échangèrent une brève étreinte. « Comment tu vas ? lui demanda Zabini.

— Je vais parfaitement bien, répondit-il tout en tendant un verre vide à son meilleur ami. Et toi, comment tu vas ?

— Ah, tu veux jouer à ça ?

— Oui, souffla-t-il en versant du whisky dans le verre de Blaise. Je n'ai pas encore assez bu pour vider mon sac. »

Zabini laissa échapper un rire et vint effleurer le verre de Drago avec le sien. Sous toute vraisemblance, une promesse silencieuse lui signifiant qu'il reviendrait à la charge un peu plus tard.

« Où est Mme Zabini ? Attends, laisse-moi deviner... Elle a trouvé mieux que toi sur le chemin ? railla Drago en reprenant une gorgée de Whisky.

— Tu sais bien que c'est impossible, sourit Blaise. Non, elle est avec ses amis. D'ailleurs, ils comptent s'arrêter à combien les Potter ? Ça grouille de gamins autour d'eux. Ils préparent une équipe de Quidditch ? » Le brun ricana à sa propre blague. « Tu l'aurais cru ça ? Qu'on soit un jour invité au mariage de Londubat ?

— Toi, t'es un "plus un". Moi, je suis invité.

— T'es conscient que t'es en train de te vanter d'être devenu ami avec Londubat ? Si je pouvais trouver un retourneur de temps, j'irais l'annoncer au Malefoy de 1ère année. »

En imaginant la scène et l'effroi qu'aurait probablement ressenti l'enfant qu'il avait été à l'entente de cette nouvelle, Drago ne put se retenir de rire. Un rire franc qui se faisait rare ces derniers temps.

« Je suis content que tu sois là, avoua-t-il à Blaise.

— Je sais, sourit le brun avant de marquer une pause. J'ai vu Hermione en arrivant. » ajouta-t-il d'un air plus grave.

Drago soupira et avala la dernière gorgée de son verre.

« C'est toujours pas le moment de vider ton sac ? continua Blaise.

— Non, toujours pas. Plus tard, promis. »

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Bonjour, bonsoir !

Alors première chose, bonne année à toutes et à tous ! :)

Me revoilà, un peu plus tard que je ne le pensais, je m'en excuse. Je vous disais la dernière fois que le chapitre était pratiquement écrit mais malheureusement, au manque de temps s'est ajouté le manque d'inspiration. Donc les quelques passages qui ne l'étaient pas encore ont été difficiles à coucher sur le papier. Les idées étaient dans ma tête, mais impossible de les retranscrire de façon satisfaisante... Mais ça a fini par se débloquer et finalement, ce chapitre est encore plus long que le précédent. Mais encore une fois, je n'ai pas voulu le couper en deux.

J'espère qu'il vous a plu ! J'y ai laissé un tout petit indice sur la raison de la discorde entre Hermione et Drago. Je pense qu'il est facile à trouver, mais il sera peut-être plus compliqué à interpréter...

J'attaque le prochain où se déroulera, entre autre, la suite du mariage et un doux moment sous la Glycine (j'espère que vous n'en avez pas marre parce que j'adore la poésie de ce lieu qu'eux seuls connaissent). Il y aura des confidences, des déceptions... Bref, je m'y attèle !

N'oubliez pas de me laisser une petite review ! Merci à celles et ceux qui prennent le temps de le faire :) C'est tellement motivant d'avoir des retours, même si c'est juste pour me dire que vous voulez la suite, ahah ! (En plus les statistiques buguent depuis quelques jours, ce sera le seul moyen de savoir que je suis lue) (non, ce n'est pas du chantage...)

A bientôt :D