Aaaaand I'm back !
Pardon, pardon, pardon...
Mais qui dit longue attente, dit long chapitre.
Quand je dis long, je n'exagère pas. Alors, on se prépare un thé, un chocolat chaud ou un verre de vin (ou même un café, je ne juge pas...), on s'installe dans son canapé, et c'est parti !
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Bonne lecture :)
Rar :
FlorineF : Merci beaucoup ! J'espère que la suite te plaira :)
Guest : Ahahah, désolée ! Mais je devais bien arrêter le chapitre à un moment, j'avais absolument besoin du point de vue d'Hermione pour la suite du mariage :D
Sandy : Merci pour ce petit mot d'encouragement :) Pas de panne d'inspiration pour ce chapitre, juste le temps que j'ai eu du mal à trouver (et cette fâcheuse tendance à reprendre cinquante fois le même passage au lieu de passer à une nouvelle scène..!)
Marlene : La voici, la voici, la voici ! Marlene, j'ai le plaisir de t'annoncer que tu es la centième à me laisser une review. Voilà, je ne sais pas si ça te comblera autant que moi, mais au moins tu le sais :D
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Chapitre 15 - Hermione
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Samedi 25 mars 2006 - Douglas, Île de Man.
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Hermione s'était engouffrée dans l'âtre de sa cheminée, accompagnée par le vacarme de la pluie frappant les vitres du château. Depuis plusieurs jours, une pluie torrentielle ravageait le pays et pourtant, celle-ci semblait miraculeusement épargner cette île perdue au large de la côte anglaise, en pleine mer d'Irlande.
Ici, la quiétude du printemps semblait avoir déjà pris possession des lieux. Hermione avait presque oublié le picotement caractéristique du soleil sur sa peau. Une sensation que tous les hivers nord-écossais de son adolescence avaient maintes fois rendue étrangère.
Ces premiers rayons de soleil printanier sublimaient les nombreuses collines et vallées qu'offrait ce lieu. Un paysage surprenant tant il paraissait intact, inaltéré. Aucun champ, aucune culture, seulement des étendues d'herbes sauvages agitées par le vent. La seule et unique preuve d'une présence humaine était cette mince route d'asphalte menant à cette propriété qu'Hermione venait de rejoindre et à cette bâtisse dont elle venait de sortir. Une imposante longère appartenant à la famille Abbot, qu'un lierre grimpant semblait engloutir depuis des décennies.
D'autres invités en sortirent et Hermione les observa se lancer mutuellement des sortilèges de récurage, chassant la cendre souillant leur tenue et leur visage. Elle remarqua alors qu'une fine pellicule de cendre ternissait le sauge de sa propre robe. D'un Récurvite informulé, elle se débarrassa de cette poussière que le vent emporta.
La cérémonie ayant lieu dans le jardin, Hermione s'engagea dans un petit chemin de gravier contournant la longère. Elle passa non loin d'une grande tente abritant ce qu'elle devinait être les tables de réception et la piste de danse. Elle aperçut une silhouette familière prête à s'y engouffrer. Leur regard se croisèrent et Blaise la salua d'un signe de la main, puis, pointa du doigt une direction qu'elle interpréta comme étant celle où elle pourrait trouver sa femme, Luna. Elle le remercia d'un mince sourire et le regarda se glisser à travers les pans de tissu blanc de la tente.
Six ans après, Hermione se rappelait encore parfaitement sa surprise lorsque, pour la toute première fois, Luna et Blaise s'étaient montrés ensemble. Elle se rappelait du souffle coupé d'Eden, de la mâchoire entrouverte de Ginny et des murmures confus se propageant parmi les autres élèves. Mais ce qui l'avait profondément marquée, c'était cet éclat magnifique qu'elle avait vu danser dans le regard de Luna lorsqu'elle le posait sur Blaise. Ses grands yeux bleus si rêveurs et distraits possédaient cette nouvelle lueur ineffable qui avait subjugué Hermione.
Malgré les indices, l'ancienne Gryffondor était passée à côté de ce lien créé entre la Serdaigle et le Serpentard. Un lien tenu secret mais qui paraissait si évident une fois dévoilé.
Elle n'avait jamais blâmé Luna d'avoir préféré garder ses sentiments et cette relation pour elle. Après tout, Hermione avait gardé le même secret. La seule différence étant que Luna avait fini par dévoiler le sien. Hermione, elle, n'en avait pas eu l'opportunité. Sa relation avec Drago était née dans le secret ; elle y était morte également.
Ce jour de 7ème année, Hermione avait accueilli avec joie un deuxième Serpentard dans sa vie. Sans savoir que, presque immédiatement après, le premier déciderait d'en sortir, rendant la présence de Blaise beaucoup plus amère et finalement, incroyablement douloureuse. Dans l'esprit d'Hermione, il était inconsciemment associé à Drago et, le voir, la renvoyait irrémédiablement à des souvenirs qu'elle tentait d'oublier. Voir Blaise, c'était rendre l'absence de Drago plus tangible et impossible à ignorer. C'était se rappeler que celui qu'elle considérait comme son ami et dont elle était tombée amoureuse avait brutalement disparu, sans un mot, sans une explication. Pour cette raison, ces six dernières années, Hermione s'était efforcée de garder leur relation cordiale et leurs échanges brefs. Que cela soit au Ministère où Blaise travaillait en tant que Langue-de-Plomb ou en privé, elle ne se retrouvait jamais seule ou de façon trop prolongée auprès de lui. Evidemment, elle ne lui parlait pas de Drago. Et, peut-être parce qu'il n'était au courant de rien, ou au contraire, au courant de tout, Blaise ne l'avait jamais fait.
« Hermione, par ici. »
Tirée de ses pensées, elle aperçut Ginny lui adresser des grands signes de la main. Harry, Luna et elle étaient déjà assis face à la magnifique arche fleurie sous laquelle les futurs mariés échangeraient leurs voeux d'ici peu. Hermione s'engagea dans l'allée centrale, recouverte de pétales blanches, qu'Hannah et son père n'allaient pas tarder à fouler. Au bout de celle-ci, Augusta Londubat fustigeait la personne responsable, selon elle, du désastre, de l'ignominie, que représentait cette arche à ses yeux. Elle pointait d'un doigt rageur une rose qu'elle considérait flétrie mais qu'Hermione ne parvenait même pas à distinguer. Une seule rose, parmi la multitude de fleurs qui composait l'arche. Le pauvre employé terrifié s'excusa et régla le problème d'un coup de baguette. Satisfaite, la grand-mère de Neville s'éloigna. Aussitôt après, sa voix s'éleva de nouveau pour hurler que la troisième chaise du septième rang n'était pas correctement alignée avec les autres.
« Merlin, ça explique tant de choses... Neville a grandi avec une beuglante sur pattes. » glissa Harry à Ginny lorsque Hermione arriva à leur hauteur.
Apercevant sa marraine et celle qu'il considérerait à jamais comme sa tante, James quitta immédiatement les genoux de son père et sauta en criant dans les bras d'Hermione. Heureuse de le retrouver, cette dernière le couvrit de baisers et, après une longue étreinte, le reposa par terre. Dans le creux de ses bras, James fut vite remplacé par Albus qui, l'instant d'avant, s'amusait à arracher des brins d'herbe, assis aux pieds de sa mère. Harry se leva également et embrassa Hermione en imitant le cri de joie strident de son fils ainé, ce qui eut le mérite de faire hurler de rire les deux garçons.
« Une arrivée tout en discrétion. » sourit Ginny en l'enlaçant à son tour.
Soudainement surexcités, James et Albus disparurent dans l'allée, courant l'un derrière l'autre et se faufilant entre les chaises et les convives.
« Ils n'assistent qu'à la cérémonie, expliqua Harry, sans prendre la peine de cacher son impatience. Je les déposerai tous les trois au Terrier juste après. Je n'ai pas prévu d'être un adulte responsable ce soir.
— J'en connais un qui va encore passer deux jours à s'en remettre, s'amusa Hermione.
— Je préfère être honnête, je table plutôt sur trois. » l'entendît-elle répliquer tandis qu'elle s'approchait de Luna.
Restée assise, cette dernière tenait dans ses bras sa future filleule et dernière-née Potter, Lily. Elle la berçait, subjuguée par son visage endormi.
« Bonjour Hermione, chuchota-t-elle d'une voix lointaine, sans quitter le nourrisson des yeux. Tu t'assieds près de moi ? »
Elle prit place sur l'une des deux chaises libres entourant son amie et se pencha pour l'embrasser. Elle en profita pour venir caresser du bout des doigts l'une des joues du bébé.
« Est-ce que tu as vu Blaise ? » souffla Luna.
Les paupières de Lily commencèrent à papillonner, dévoilant les mêmes prunelles noisette que sa mère.
« Seulement de loin... »
... Comme d'habitude, aurait-elle pu ajouter.
Un soupir songeur s'échappa de la bouche de Luna.
Maintenant pleinement réveillée, Lily examina un instant tout ce qui pouvait l'entourer, notamment la robe jaune vif de celle qui deviendrait bientôt sa marraine. Mais rapidement, elle se perdit dans l'immensité de ses yeux bleus. Hermione les observa, un sourire attendri sur les lèvres. Un sourire qui s'effaça dès lors qu'elle entendit son amie murmurer ces trois mots :
« Il cherche Drago. »
Drago. Evidemment.
Hermione savait que Neville et Hannah l'avait invité, ne le considérant plus seulement comme un collègue, mais comme leur ami. Ce qu'elle ne savait pas, c'était si Drago viendrait. Il semblait s'être évaporé de Poudlard, à tel point qu'elle s'attendait à ce que des élèves finissent par alerter McGonagall de la disparition de leur Professeur de Potion. Mais non, bien qu'elle ne l'ait pas croisé depuis des semaines, Drago semblait continuer d'assurer ses cours.
Hermione préféra rester silencieuse et cacher son trouble à Luna en se tournant vers le reste des invités. Parmi la foule se pressant pour prendre place, elle put reconnaître de nombreux visages familiers. Notamment des collègues ou des anciens camarades de Poudlard à qui elle adressa sourires et signes de la main. Un visage manquait néanmoins à l'appel. Hermione pensait pourtant que le mariage de Neville serait l'occasion de le revoir et de s'assurer qu'il allait bien...
Elle se tourna vers Harry et Ginny, les sourcils légèrement froncés.
« Il n'est pas là, fit Harry. Il n'a pas pu venir. »
Ce regard n'avait pas échappé à son meilleur ami, lui qui le connaissait si bien. Hermione s'apprêtait à lui demander si sa propre présence était la raison de son absence, mais Ginny la devança :
« Je t'arrête tout de suite, il ne t'évite pas. Ron voulait venir, vraiment. Mais il est en mission depuis deux semaines. »
Hermione accueillit cette explication avec soulagement. Un soulagement qui fut de courte de durée car, rapidement, elle ne put s'empêcher de se demander si celle-ci était vraie.
Quoi qu'en dise Ginny, il l'évitait. C'était évident.
Pendant des années, Hermione avait pensé qu'une rupture rimait forcément avec déchirement. Elle imaginait des torrents de larmes se mêler à des cris de rage. Elle imaginait des supplications hurlées par l'un et ignorées par l'autre. Elle imaginait des portes claquer et des murs trembler.
Elle aurait préféré avoir raison. Elle aurait mérité d'avoir raison.
Le soir de leur rupture, Ron ne voulait savoir qu'une seule chose : était-elle enfin prête à faire de lui un père ? Le cœur serré, Hermione lui avait de nouveau répondu par la négative, ne prenant pas la peine, cette fois, d'ajouter que l'envie finirait par venir. Elle avait pu lire dans son regard qu'il ne croyait plus en cette ritournelle à laquelle ils se raccrochaient tous les deux. Les deux questions qu'il lui avait ensuite posées en avaient été la confirmation.
Est-ce que tu le seras un jour ? Ou est-ce que je me berce d'illusions ?
Incapable de répondre, le silence d'Hermione avait parlé pour elle. Et c'est ainsi que leur séparation s'était déroulée. Dans un silence des plus assourdissants, sans qu'aucun cri, ni aucune larme ne vienne le déchirer. Même la porte de leur appartement n'avait pas claqué. Ron l'avait doucement refermée derrière lui, sa déception comme unique point final à leur relation. Il n'avait cherché aucune explication. Peut-être les connaissait-il déjà, ou peut-être pensait-il qu'Hermione elle-même n'était pas capable de lui en donner. Elle n'avait pas non plus essayé de le retenir, bien consciente qu'elle ne pouvait pas continuer à lui mentir comme elle se mentait à elle-même. Oui, elle aussi s'était bercée d'illusions en refusant de s'avouer la plus cruelle des vérités : elle ne serait jamais prête à faire de Ron un père, non pas par crainte de devenir mère, mais parce qu'elle ne serait tout simplement jamais prête à être la mère de ses enfants.
Après cette soirée de mai, elle n'avait vu Ron qu'à deux occasions. La première, afin de décider qui des deux garderait l'appartement. La seconde, afin qu'elle déménage et lui rende ses clés. Là encore, aucun cri, aucune larme. Presque aucune parole, ni aucun regard. Sans colère, ni rage, Ron semblait faire le deuil de cette relation qu'il savait maintenant vaine, avec pour seul compagnie l'amertume de cette désillusion. Elle l'avait profondément blessé, si ce n'est détruit.
Il l'évitait, et il en avait tous les droits.
« Hermione ? Excuse-moi. »
Blaise la tira de ses pensées, souhaitant se faufiler jusqu'à la chaise située à la droite de Luna. Elle ramena ses jambes vers elle afin de le laisser passer et regarda discrètement derrière lui. Il était seul, n'ayant visiblement pas trouvé Drago.
Hermione aurait dû en être soulagée. Elle aurait dû regarder la chaise libre à côté de la sienne et se sentir soulagée de ne pas voir Drago s'y assoir.
Tout comme elle aurait dû se sentir soulagée de ne plus le croiser dans les couloirs de Poudlard, de ne plus tomber sur lui en Salle Professorale, de ne plus l'apercevoir dans la Grande-Salle.
Mais ce n'était pas le cas.
Hermione avait pourtant souhaité qu'il disparaisse de sa vie une seconde fois.
Drago, je ne veux plus te voir.
Elle l'avait supplié de la laisser en paix, pensant naïvement que cela lui permettrait de l'oublier plus facilement. Mais si ces six dernières années lui avaient appris quelque chose, c'était que de ne plus le voir ne suffisait pas à l'oublier. Malgré ces six ans d'absence, ses sentiments avaient subsisté, tout comme le vide affreux qu'elle pouvait ressentir au creux de sa poitrine.
Et ces dernières semaines, Hermione avait compris que si la présence de Drago lui était douloureuse, son absence l'était tout autant.
Des notes de violon s'élevèrent dans le jardin, marquant le début de la cérémonie. Neville était maintenant sous l'arche, tremblant d'impatience. Sa grand-mère, assise au premier rang, essuyait discrètement une larme qui pointait déjà dans le coin de son œil. Les invités se levèrent lorsque Hannah apparut en haut de l'allée. Hermione se leva également et se retourna, espérant apercevoir la mariée.
Mais son regard fut happé par une autre personne, debout, de l'autre côté de l'allée centrale.
Hermione ne vit absolument rien de la somptueuse robe blanche de la mariée, de l'amour paternel brillant dans les yeux de M. Abbot ou du sourire qu'Hannah adressa à Neville lorsque leur regard se croisèrent. Non, Hermione ne vit rien d'autre que ce costume noir et cette décontraction non moins élégante avec laquelle il le portait. Sans cravate, les mains dans les poches. Elle ne vit que ce visage rasé de près qui lui rappela à quel point elle avait trouvé sa peau douce lorsqu'elle lui avait caressé la joue pour la toute première fois. Elle ne vit que ce regard métallique dans lequel elle s'était perdue tant de fois, mais qu'il gardait désespérément braqué sur Hannah et son père.
La marche nuptiale débuta et là encore, Hermione fut incapable de se concentrer sur la mariée descendant l'allée. Elle regardait Drago avec l'intensité d'une première fois, comme si elle recouvrait la vue après des années d'obscurité et découvrait en cet instant précis toute la finesse et la beauté des traits de son visage.
Les silhouettes d'Hannah et son père passèrent devant elle, lui arrachant brièvement Drago. Quelques secondes durant lesquelles Hermione sentit son coeur se tordre dans sa poitrine. Son absence, aussi douloureuse que sa présence. Plus douloureuse, peut-être.
Lorsqu'il réapparut enfin, les yeux de Drago capturèrent ceux d'Hermione. Autour d'elle, les notes de violon s'évanouirent et furent remplacés par les chuchotements émus des autres convives. Hermione, elle, n'entendait que le bruit de sa propre respiration. Une respiration tantôt suspendue, tantôt erratique. Incontrôlable. Le regard brûlant et pénétrant que Drago posait sur elle lui faisait perdre pied, pourtant, elle ne pouvait se résoudre à détourner le sien.
Puis, subitement, d'un battement de cils calme mais assassin, l'ardeur quitta les iris grises de Drago. Il fixa froidement Hermione, comme si elle n'était rien d'autre qu'une simple inconnue qu'il croisait dans une rue bondée. Il la regardait sans réellement la voir, le visage fermé et inexpressif. Véritablement inexpressif, sans qu'aucun petit rien ne vienne le troubler ou le trahir.
Hermione sentit une main s'enrouler autour de la sienne, probablement celle de Luna, tentant de la ramener au monde qui l'entourait. Elle s'aperçut alors qu'Hannah avait quitté le bras de son père pour celui de son futur époux. Tous les invités étaient de nouveau assis. Luna lui pressa une nouvelle fois la main et elle se laissa tomber sur sa chaise, abandonnant ainsi le regard de Drago.
Désespérément, Hermione se concentra sur la voix du mage, sur celles de Neville et Hannah échangeant leurs voeux, sur leur sourire et leurs mains liées. Elle se plongea jusqu'à se perdre dans leur regard, espérant oublier celui de Drago et le vide abyssal et glaçant qu'elle venait d'y apercevoir.
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Hermione attrapa deux coupes sur le plateau qui lévitait près d'elle et en offrit une à Ginny. Tandis qu'elle trempait cérémonieusement ses lèvres dans le liquide dorée, elle vit son amie avaler d'une traite le contenu de son verre.
« Ah, je ne t'ai pas dit ? glissa cette dernière en attrapant une nouvelle coupe sur l'un des plateaux passant près d'elle. Moi non plus, je n'ai pas l'intention d'être responsable ce soir. »
Les deux amies éclatèrent de rire et Hermione vint effleurer le verre de la rousse avec le sien. La Coupe d'Europe de Quidditch venant à peine de se terminer, l'attrapeuse méritait amplement de décompresser. Et à l'instar d'Harry, qui n'allait pas tarder à revenir du Terrier sans enfant, Ginny semblait décidée à se montrer déraisonnable. Et ce, dès le vin d'honneur.
« Félicitations Ginny ! »
Elles se retournèrent et aperçurent Neville tentant de les rejoindre en se glissant à travers ses invités. Le jeune marié salua ses deux amies d'une étreinte leur révélant à quel point il passait la plus belle journée de sa vie.
« Neville, c'est toi qui vient de te marier et c'est moi que tu félicites ? s'étonna la rousse.
— Championne d'Europe ! s'exclama-t-il. Bien sûr que je te félicite. Non mais cette finale, c'était incroyable... Je veux absolument savoir si la dernière action de Milner était prévue !
— Celle où elle s'est suspendue à son balai d'une seule main, tout en bloquant le Souafle avec ses pieds ? Alors... Pas vraiment, non. Tu le gardes pour toi, mais à la base, Milner avait glissé de son balai, lui confia Ginny dans un clin d'oeil.
— Q-Quoi ? s'étrangla-t-il.
— Mais Milner étant aussi maladroite que talentueuse, elle a quand même réussi à marquer avec les pieds.
— Quand j'ai vu le Souafle passer l'anneau... C'était dingue... souffla Neville en secouant la tête. Je ne m'en remets toujours pas.
— Les Vautours de Vratsa non plus à mon avis, s'amusa Ginny.
— Je revois la tête de leur attrapeur et son air complètement ahuri. Il ne savait même plus où voler !
— Et heureusement ! Daskalov ne me lâchait pas le balai depuis le début du match. C'est ce qui m'a donné l'ouverture nécessaire pour attraper le Vif d'Or.
— Championne d'Europe... » répéta Neville d'un ton rempli d'admiration.
Pour l'avoir entendu une quarantaine de fois de la bouche d'Harry, Hermione connaissait le récit de la victoire des Harpies de Holyhead par coeur. Elle était certaine de pouvoir énumérer et nommer chaque geste technique et décrire chaque point marqué par l'équipe de Ginny. Alors quand Neville commença à interroger l'attrapeuse sur l'une des fautes de l'équipe bulgare ayant mené à un penalty, Hermione ne put s'empêcher de décrocher de la conversation et regarda les autres invités d'un oeil distrait.
Un oeil distrait qui se posa néanmoins rapidement sur Blaise et Drago, adossés au petit muret de pierres entourant la propriété. Les deux hommes discutaient, un verre à la main. De ce qu'Hermione pouvait voir, Blaise semblait être celui alimentant la conversation, Drago, se contentant de secouer la tête de temps en temps, les yeux rivés sur son verre. Lorsqu'il prit finalement la parole, seuls quelques mots s'échappèrent de sa bouche. Malgré la distance, Hermione put voir que Blaise y répondit d'un rire railleur. Le regard de Zabini se dirigea ensuite vers la foule d'invités et accrocha presque immédiatement celui d'Hermione. Avant qu'elle ne puisse voir le demi-sourire se dessiner sur ses lèvres, elle détourna la tête. Ce qu'elle regretta instantanément car ce réflexe absurde ôtait tout hasard à la situation et confirmait simplement à Blaise qu'elle était bien en train de les observer. Stupide.
« ... même pas passé la phase de poules, grognait Neville. Pour un club historique comme celui-ci, franchement, c'est honteux.
— J'ai entendu dire qu'ils cherchaient un nouvel entraineur, répondit Ginny sur le ton de la confidence.
— Tant mieux. Si on veut rester dans la Ligue, le Club de Flaquemare a intérêt de se bouger. Un Roy Twig ou un Ernest Mangnall en entraîneur, ce serait formidable ! »
Ginny lâcha un rire franc qu'Hermione ne put interpréter, n'ayant absolument aucune idée de qui étaient ces deux hommes.
« Rien que ça ! Neville tu as des goûts de luxe. Mais j'admets que leur vision de la ligne de défense est beaucoup plus offensive. C'est ce qui manque à cette équipe. »
Aux yeux d'Hermione, une discussion sur le Quidditch était aussi passionnant qu'un échange sur la politique monétaire internationale pour un enfant de quatre ans. Encore une fois, son attention flancha et son regard fut attiré par une longue chevelure blonde et une robe jaune vif, disparaissant à travers le tissu blanc de la tente.
« Je vais faire un tour, leur souffla Hermione. Je reviens tout de suite. »
Elle s'éloigna de ses deux amis qu'elle entendait déjà entamer un débat sur la prochaine compétition de Quidditch. Sans regret.
Arrivée aux abords de la tente, elle s'y engouffra.
« Luna ? »
Hermione parcourut l'espace du regard mais ne trouva aucune trace de la jeune femme. L'endroit était désert, tous les invités préférant profiter des derniers rayons de soleil avant que celui-ci ne disparaisse et que le dîner ne débute.
Les jeunes mariés avaient opté pour de longues tables, plus conviviales selon eux. Hermione s'approcha de l'une d'elle, attirée par l'odeur des pivoines rose pâle décorant son centre. Elle remarqua qu'auprès de chaque assiette se trouvait le nom d'un invité, écrit à l'aide d'un mince filament lumineux, contenu dans un petit flacon en verre.
Hermione parcourut la tente à la recherche du sien. Lorsqu'elle s'approcha de la table jouxtant la piste de danse, elle fut attirée, si ce n'est appelée, par l'un des flacons dont le filament semblait briller plus que les autres. Un sortilège permettant de trouver sa place plus rapidement.
La sienne se trouvait entre celle de Ginny et d'un dénommé Ted Ikeda qu'elle ne connaissait pas. A côté de la rousse se trouvait le prénom d'Harry. En faisant le tour de la table, Hermione vit que ce dernier serait assis en face de Luna, Ginny en face de Blaise et elle, en face de...
Drago.
Face à l'ironie de la situation, Hermione relâcha un rire sans joie.
Elle ne comprenait plus rien à ce qu'elle pouvait ressentir. Sa colère et sa rancoeur la consumaient tout autant que son amour et son désir. Son envie de le voir disparaitre de sa vie était aussi forte et prégnante que celle de l'avoir à ses côtés. Elle voulait le fuir et en même temps le retrouver. Elle voulait le détester, mais elle continuait de l'aimer.
Hermione avait passé de longs mois à tenter de comprendre ce qu'il avait pu ressentir ou penser le jour où il avait quitté Poudlard, juste après avoir quitté ses draps. Elle avait cherché une explication, un indice, dans tous ses souvenirs, dans chaque moment qu'elle avait partagé avec le Serpentard. Elle avait décortiqué toutes ses paroles, tous ses sourires et ses regards.
Rien. Hermione n'avait rien trouvé lui indiquant que Drago choisirait de sortir de sa vie comme il l'avait fait.
Il lui paraissait maintenant évident que ses sentiments amoureux n'avaient jamais été partagés. Malheureusement, le soir où elle s'était retrouvée dans ses bras, Hermione l'ignorait. Elle était désormais convaincue que cette nuit-là, Drago avait simplement agi comme le jeune homme de dix-neuf ans qu'il était. Emprunt de désir, et non d'amour.
Hermione ne lui reprochait pas d'avoir cédé à ses pulsions. Elle lui reprochait le silence qui avait suivi. Elle lui reprochait d'avoir mis fin à cette amitié à laquelle elle croyait sincèrement. Elle lui reprochait de ne pas avoir pensé qu'elle méritait au moins un C'était une erreur ou un Je préfère qu'on en reste là. N'importe quoi, mais pas ce silence.
Sans plus de réflexion, elle attrapa le flacon renfermant le prénom de Luna et l'échangea avec celui de Drago. Elle savait qu'elle ne supporterait pas un autre de ses regards, qu'il soit brûlant d'un désir purement physique, ou atrocement et inexplicablement vide.
Souhaitant quitter le lieu du crime le plus rapidement possible, elle pivota sur elle-même. Malheureusement, sa fuite fut arrêtée avant même qu'elle n'ait commencé. Juste devant elle, se tenait Minerva McGonagall.
« C'était une cérémonie absolument magnifique, n'est-ce pas Professeure Granger ? »
— O-Oui, magnifique. » bredouilla Hermione, terriblement gênée à l'idée d'avoir été surprise en pleine revisite du plan de table. Pire, gênée à l'idée de devoir se justifier.
La Directrice la fixait, le visage neutre. Pendant un bref instant, Hermione crut que cet échange de place lui avait échappé. Mais comme pour lui montrer qu'elle se trompait, le regard de Minerva quitta son visage rougissant pour se poser directement sur ce qu'elle aurait juré être le flacon contenant le nom de Drago. Les lèvres pincées de McGonagall se déformèrent en un léger sourire.
« Je... Ce n'est p...
— Je venais m'assoir un instant, la coupa l'ancienne Professeure de Métamorphose. Mes jambes ne sont plus ce qu'elles étaient, vous savez. Mais j'ai bien l'intention de voler quelques danses ce soir. Alors... »
Laissant ce dernier mot en suspens, la Directrice s'éloigna. Les épaules d'Hermione se relâchèrent et, dans un soupir de soulagement, elle la regarda se diriger vers une autre table où un petit flacon brillait plus fortement que les autres.
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Au déclin du soleil, un à un, les invités quittèrent le jardin pour s'engouffrer sous la tente. Hermione guida Harry et Ginny vers leur table où se trouvait déjà Ted, un jeune homme sensiblement du même âge que le leur, à la chevelure d'un noir de jais, et qui les salua d'un grand sourire. En face de lui, se trouvait une jeune femme qu'il semblait connaitre, Erin. Ils se présentèrent comme deux amis d'Hannah, rencontrée lors de leurs études de médicomagie.
« Luna ! »
Entendant Ginny l'interpeller, Luna glissa sa main dans celle de Blaise et traversa la tente, l'entrainant avec elle. Derrière eux, Drago marchait d'un pas trainant.
« Il est à notre table ? murmura Ginny à l'oreille d'Hermione. Ça va aller ? »
Hermione acquiesça d'un léger hochement de tête. En échangeant les places de Luna et Drago, elle s'en était assurée. Du moins, c'était ce qu'elle pensait.
Arrivé près de la table, Blaise tira galamment la chaise destinée à Luna. Et alors, une nouvelle fois, surgit cette force impitoyable qui empêchait Hermione de rester éloignée de Drago. Celle qui s'acharnait sur elle en anéantissant chacune de ses tentatives. Blaise tira en effet la chaise faisant face à Harry, comme si l'échange de flacon n'avait jamais eu lieu. Ou plutôt, comme s'il y en avait eu un second.
La respiration d'Hermione s'accéléra à mesure que Drago s'approcha de la chaise lui faisant face. Blaise lança une remarque qui fit rire toute la table mais qu'elle n'entendit pas, trop occupée à fixer Drago qui, sans un regard, prit place en face d'elle.
Hermione ne l'avait pas vu d'aussi près depuis des semaines. Une éternité, à en juger son visage. Depuis quand paraissait-il aussi fatigué ? Ses yeux étaient cerclés des mêmes cernes violacés qu'elle avait vus progressivement disparaitre lors de leur 7ème année. Ces cernes, marques incontestables des nuits sans sommeil qu'il endurait alors.
Les endurait-il de nouveau ?
« Il y a un problème, Hermione ? sourit Blaise.
— Aucun, répondit-elle d'un ton qu'elle espérait naturel. Aucun problème. »
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L'entrée se déroula dans les discussions. Des discussions auxquelles Hermione avait du mal à prendre part, ne parvenant pas à se concentrer sur autre chose que sur son vis-à-vis, dont elle détaillait le visage et épiait les moindres gestes. Elle craignait de croiser son regard et pourtant, ironiquement, c'était elle qui ne le quittait pas des yeux. Lui, gardait les siens rivés sur son assiette et sur ce verre qui ne semblait pas avoir de fond tant il ne cessait de le remplir.
Harry, dans une curiosité paraissant sincère, avait questionné Drago sur son poste à Poudlard et sur ces dernières années passées à l'étranger. Il lui avait répondu, sans pour autant s'épancher. Comme s'il cherchait à mettre fin à la discussion avant même qu'elle ne débute. Comme s'il souhaitait se faire discret.
Drago, je ne veux plus te voir, je ne veux même plus t'entendre.
Ces mots étranglés, désespérés, avec lesquels Hermione avait voulu lui faire comprendre qu'il devait cesser de lui faire des avances, cesser de vouloir reproduire ce qu'il avait clairement considéré comme une nuit sans lendemain, se pouvait-il que Drago ait décidé de les respecter ?
« Donc tu travailles aussi à Poudlard, c'est ça ? Tu enseignes quelle discipline ? »
La présence de Drago, même silencieuse, lui faisait oublier celle de Ted. Depuis le début du repas, ce dernier tentait désespérément d'entamer une conversation avec elle. Lors de sa première tentative, Hermione avait appris qu'il travaillait avec Erin à Ste Mangouste, au service de Recherche et Développement en Soin Magique. Né-moldu, il s'était spécialisé dans les innovations s'inspirant de la technologie non-magique. Hermione avait vite compris que si Hannah les avait placés l'un à côté de l'autre, ce n'était pas par pur hasard. Après tout, pour la mariée, elle était un coeur à prendre.
Qu'il soit en réalité pris par la personne se trouvant juste en face d'elle, ça, Hannah l'ignorait.
« L'Etude des Runes, répondit-elle.
— Ça te plait ? D'enseigner, je veux dire.
— Oui, énormément. Ce n'est pas quelque chose que j'avais prévu. Ça m'est un peu tombé dessus, mais je ne le regrette pas. Surtout pas d'enseigner à Poudlard. D'ailleurs, je ne crois pas t'y avoir vu pendant ma scolarité.
— Parce que je n'y suis malheureusement jamais allé, sourit-il timidement. J'ai été à Mahoutokoro. Ma mère est anglaise, mais mon père est japonais. Je suis revenu ici pour mes études supérieures. »
Hermione ignorant tout de cette école, une avalanche de questions s'abattît sur Ted. A quel âge y entrait-on ? Les élèves étaient-ils répartis en maison ? Les matières étaient-elles les mêmes qu'à Poudlard ? Y enseignait-on des formes de magie spécifique ? Avaient-ils la chance d'avoir autre chose que le Quidditch comme divertissement ? Chaque nouvelle question élargissait le sourire de Ted, heureux d'avoir finalement réussi à susciter son intérêt.
Malheureusement pour lui, ce fut à cet instant qu'Erin choisit de s'adresser à Drago pour la première fois du repas, et alors, l'intérêt d'Hermione vola aussitôt en éclats.
« Tout à l'heure, tu as dis que tu étais passé par le Pérou. Dans quel coin exactement ? »
— Dans le Nord. » répondit Drago, sans même la regarder. Il avait abandonné l'assiette qu'il avait à peine touchée et semblait maintenant fixer un point, de l'autre côté de la tente.
Erin ne se formalisa pas de cette réponse brève et peu engageante. Elle pivota sur sa chaise et écarta son assiette vide, libérant un espace pour y reposer son coude.
« Laisse-moi deviner, reprit-elle avec aplomb. Le Loreto ? Ou peut-être l'Amazonas. »
Les sourcils de Drago se froncèrent très légèrement. Hermione reconnut tout de suite ce petit rien, celui de sa curiosité piquée. Il porta son verre à ses lèvres et en but une gorgée. Lorsqu'il le reposa, il se tourna enfin vers Erin pour lui faire face. Hermione vit ses yeux gris dévaler le visage de la jeune femme, un visage qu'il n'avait visiblement pas regardé depuis le début du repas.
Erin possédait tout ce que l'Irlande faisait de plus beau. Une longue chevelure d'un roux éclatant, des taches de rousseur qui la complimentaient parfaitement et des yeux d'un vert profond. C'était une jolie femme. Une belle femme même, Hermione ne pouvait le nier. Drago non plus, très probablement.
« Et pourquoi pas le Tumbes ? demanda-t-il sérieusement.
— J'ai tout de suite éliminé cette région, sourit-elle. Les plages de sable fin, ça n'a pas l'air d'être ton truc. »
L'ombre d'un sourire se dessina sur le visage de Drago. Sous la table, les doigts d'Hermione se resserrèrent autour du tissu de sa robe.
« Je ne vois vraiment pas ce qui te laisse penser ça... répliqua-t-il. Mon teint superbement hâlé, peut-être ? »
Erin éclata de rire. D'un rire parfaitement mélodieux. Le genre de rire qu'aucune personne réelle n'a jamais eu. Sauf elle, visiblement.
Sur la table, les assiettes de l'entrée disparurent subitement et le plat fut servi. Hermione entendit Ted lui parler, elle tourna la tête pour lui sourire, sans avoir la moindre idée de ce qu'il venait de lui dire. Mais qu'importe, car en face d'elle, la discussion entre Erin et Drago continuait.
La rousse ne connaissait pas la géographie péruvienne par hasard. Elle y avait vécu, et ce, dans la même région que Drago. Comme lui, elle y était allée afin de découvrir de nouvelles techniques de préparation de potions. Contrairement à Ted, Erin s'était spécialisée dans la recherche de potions curatives. De toute évidence, Hannah s'était sentie l'âme d'une marieuse en élaborant son plan de table.
Ce foutu plan de table qui obligeait Hermione à assister à cette conversation entre Drago et cette femme partageant la même passion que lui. Cette belle femme, au rire mélodieux. Un rire qui résonna tant de fois, que rapidement, Hermione ne le supporta plus. De peur de leur balancer le contenu de son assiette au visage, elle se réfugia dans l'échange ayant lieu de l'autre côté de la table.
« Et sinon Zabini, le boulot ? » tentait innocemment Harry entre deux bouchées de son plat.
Blaise, qui se resservait un verre de Whisky Pur-Feu, reposa la bouteille, un sourire narquois sur les lèvres.
« Rassure-moi Potter, t'as un peu plus de finesse pendant tes interrogatoires ? C'est ton congé paternité qui te ramollit ?
— Ecoute, j'ai tout essayé. Alors, peut-être qu'en étant plus direct, tu finiras par me raconter ce que vous pouvez bien foutre au Département des Mystères.
— Tu sais quoi ? Je me sens d'humeur charitable, alors je vais te proposer un truc. » Blaise attrapa de nouveau la bouteille de Whisky Pur-Feu et en versa dans le verre d'Harry. « Si t'arrives à tenir le rythme, je répondrai à l'une de tes questions.
— N'importe laquelle ? » répondit Harry, clairement intrigué.
Le Langue-de-Plomb saisit son propre verre et le leva devant lui. « N'importe laquelle. » fit-il avant de le vider d'une traite.
La trachée d'Hermione gardait un souvenir atrocement douloureux de l'unique fois où elle s'était essayée au Whisky Pur-Feu. Blaise, lui, ne cilla même pas. A croire que les vieilles familles de Sang-Pur élevaient leurs enfants à l'Ogden's Old Firewhisky.
Harry attrapa son verre et accepta le défi de Blaise en l'imitant, non sans un douloureux raclement de gorge à la dernière goutte. « Le plus dur, ce sera de choisir laquelle te poser, lança-t-il.
— Ça, Potter, ça reste à voir. » ricana Blaise en leur resservant un deuxième verre.
« On est vraiment obligé d'assister à un nouveau concours de la plus longue baguette ? » soupira Ginny.
La réponse des deux intéressés fut immédiate, ils vidèrent leur verre avec encore plus d'enthousiasme. La gorge d'Harry étant probablement anesthésiée par le premier, il but celui-ci avec plus de facilité, ce qui n'augurait rien de bon. A cette allure, il risquait de passer une nouvelle ouverture de bal à vomir dans l'un des buissons du jardin.
« Très bien, reprit Ginny d'un ton résigné. Neville m'a dit qu'il y avait des chambres dans la longère. Peut-être qu'il avait prévu que les deux imbéciles que vous êtes se lanceraient dans un autre défi puéril. J'imagine qu'il se souvient de celui de votre mariage, ajouta-t-elle en lançant un morceau de pain au visage de Blaise qui l'attrapa en plein vol, le sourire aux lèvres.
— Les rosiers chantants de mon père n'ont jamais fait d'aussi belles mélodies que depuis ce jour, fit Luna d'une voix douce. Merci Harry.
— N'hésite pas à faire de même ce soir, je suis sûre que Neville et Hannah t'en seraient reconnaissants. » railla Blaise.
Hermione n'entendit pas Harry répliquer car une voix lui souffla à l'oreille :
« J'ai cru comprendre que c'était souvent comme ça entre eux. »
Elle tourna la tête vers Ted, qui regardait la querelle se déroulant de l'autre côté de la table d'un œil rieur.
« En effet. Et ça finit toujours de la même manière. Harry va perdre... Et ça ne sera pas beau à voir.
— Vraiment ? fit-il, un léger sourire au coin des lèvres. Tu veux parier ? »
Hermione haussa les sourcils, aussi étonnée qu'amusée de cette proposition.
« Blaise n'a jamais perdu à leur petit jeu. Jamais.
— Dans ce cas, tu prends peu de risque, dit-il en tendant l'une de ses mains.
— On parie quoi, au juste ? demanda-t-elle, légèrement suspicieuse.
— Rien. Seulement le plaisir indicible de savoir qu'on avait raison. »
Hermione éclata de rire et sans plus d'hésitation, serra la main de Ted.
De l'autre côté de la table, une chaise raya brusquement le sol, attirant l'attention d'Hermione. Sans un mot, ni un regard, Drago se leva, attrapa son verre d'une main et glissa la seconde dans la poche de son pantalon. L'instant d'après, il s'éloigna de la table et quitta la tente.
Depuis le début du repas, Drago semblait relever un pari lancé contre lui-même. Après une dizaine de verres et deux assiettes restées pleines, ce n'était pas étonnant qu'il ressente le besoin de prendre l'air.
Blaise se leva à son tour. D'un geste lent, il reboutonna sa veste de costume tout en arrêtant son regard sur l'espace entre Hermione et Ted. Elle réalisa alors que sa main se trouvait encore dans la sienne. Une main qu'elle retira avec empressement tant le regard de Blaise se fit insistant. Aussitôt, il se pencha à l'oreille de Luna, lui murmura quelques mots et quitta la tente à son tour.
« Parfait, souffla Ted à son oreille. La voie est libre. »
Hermione le regarda se lever, se rappelant à peine leur discussion et la raison de leur poignée de main.
« J'ai un homme à aider et un pari à gagner. » ajouta-t-il dans un clin d'oeil.
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Blaise était réapparu quelques minutes après. Drago, lui, n'était pas revenu à table. Le dessert avait été servi et Hermione l'avait avalé tout en fixant la chaise vide lui faisant face.
Les jeunes mariés avaient échangé leur première danse il y a quelques minutes, sous les regards émus de leurs invités. Une grande partie d'entre eux les avaient ensuite rejoints et Hermione avait regardé la piste se remplir à mesure que les chaises tout autour d'elle s'étaient vidées.
Portant son verre de vin jusqu'à ses lèvres, Hermione but la dernière gorgée qu'il contenait avant de le reposer lentement sur la table. Elle laissa traîner son regard vers la piste de danse tandis que son index commençait à glisser distraitement sur le rebord de son verre, faisant chanter le cristal de celui-ci. Un son qu'elle seule pouvait entendre et qui se mêlait parfaitement aux notes d'alto et de piano résonnant sous la tente.
Neville et Hannah dansaient toujours au milieu de leurs invités. La musique, lente et délicate, semblait suivre leurs mouvements. Les yeux fermés, la jeune mariée reposait sa tête sur le torse de celui qu'elle pouvait désormais appeler son époux. Neville déposa un baiser sur le sommet de la tête d'Hannah avant d'enfouir son visage dans ses cheveux. Hermione aperçut alors les lèvres de cette dernière s'étirer en un sourire tendre. Plus rien ne semblait exister pour les jeunes mariés. Si ce n'est les battements du cœur de Neville qu'elle devait probablement entendre, et le parfum de la chevelure d'Hannah qu'il devait avidement respirer.
Hermione eut l'étrange impression qu'en les observant ainsi, elle s'immisçait dans ce doux moment d'intimité et leur en dérobait une partie. Elle préféra détourner le regard et tout naturellement, celui-ci se posa sur Harry et Ginny.
Hermione ne savait pas quel conseil Ted avait pu lui donner, mais Harry tenait encore debout. Il avait ainsi pu accorder une danse à Ginny. Une danse qui, finalement, s'était transformée en trois. Ils tournoyaient, sans réellement faire attention au rythme de la mélodie. Harry avait toujours été un piètre danseur mais tandis qu'Hermione les observait, il lui paraissait évident que Ginny n'y accordait aucune importance. Entre deux baisers, tendres et légers, le brun lui murmura quelques mots qui la firent sourire. Puis, Harry s'attarda un peu plus longuement à son oreille. A mesure qu'il lui parlait, les yeux de la jeune femme s'écarquillèrent et ses joues rosirent. Lorsqu'il quitta le creux de son oreille, les mains de Ginny délaissèrent la nuque d'Harry pour venir lui frapper le torse dans un geste dénué de conviction ou de violence. L'instant d'après, elle saisit le col de sa chemise et le tira vers elle afin de l'embrasser avec plus de profondeur. Harry était un piètre danseur, certes. Mais comme elle le lui avait confié il y a quelques années, il avait appris à manier les mots avec talent.
Encore une fois, Hermione préféra leur rendre leur intimité. Son index suivant toujours le chemin imposé par le cristal de son verre, son regard se perdit ailleurs dans la salle et s'arrêta sur un autre couple. Partiellement dissimulés par d'autres danseurs, Luna et Blaise se mouvaient avec une telle fluidité qu'ils semblaient ne faire qu'un. Après quelques pas, Hermione put les discerner entièrement et s'aperçût que l'ancienne Serdaigle était, en réalité, juchée sur les pieds de son mari. Celui-ci la tenait fermement par la taille et la faisait tourner sans effort au rythme de la musique. Luna promenait ses doigts le long du col de la veste de costume de Blaise. Ils se regardaient, sans ciller et sans articuler le moindre mot. Pourtant, tellement de choses transparaissaient de cet échange silencieux. Blaise fixait sa femme avec une intensité qui aurait fait pâlir n'importe qui. Il ne regardait qu'elle, car il ne voyait qu'elle. Luna arborait son habituel air rêveur, mais, dans ses grands yeux bleus, Hermione reconnut cette même lueur qu'elle avait observée pour la première fois en 7ème année.
Qu'importe l'endroit où son regard arrêtait sa course, Hermione était visiblement condamnée à assister à ces instants d'intimité. Y avait-il plus cruel que de se retrouver submergée par tout cet amour, en étant assise là, incroyablement seule ?
« Est-ce que tu veux danser ? »
Hermione se figea, cessant de faire chanter le cristal de son verre. Les nombreuses chaises vides qui l'entouraient lui avait fait oublier que l'une d'elle était pourtant occupée. Assis à ses côtés, Ted attendait une réponse, un sourire aussi innocent que séduisant sur les lèvres. Oui, Ted était un homme séduisant, Hermione n'avait aucun mal à s'en rendre compte, d'autant plus qu'il ne semblait pas en avoir conscience.
Pendant une seconde, l'idée d'oublier cette solitude dans les bras de cet homme lui parut être d'une simplicité déconcertante.
Une seconde, seulement.
« ... Je, non merci. Je- j'allais me chercher un verre, en fait. »
Regardant la piètre menteuse qu'elle était se lever, Ted tenta de cacher sa déception sous un sourire encore plus large.
« Si jamais tu changes d'avis, tu sais où me trouver... »
Elle acquiesça, et s'éloigna de la table.
Elle ne changerait pas d'avis, elle le savait. Essayer d'oublier sa solitude, d'oublier Drago, dans les bras d'un autre, était une erreur qui avait coûté à Ron près de six ans de sa vie. Cette erreur, Hermione ne la referait plus, même le temps d'une danse.
Foulant les quelques mètres la séparant du bar, elle eut soudainement une réponse à la question pourtant rhétorique qu'elle s'était posée après avoir observé ses amis danser.
Oui, il y avait plus cruel encore que de se sentir incroyablement seule face à tout cet amour brûlant, sincère et partagé. Se sentir incroyablement seule et constater amèrement que Drago, lui, ne l'était pas.
Accoudé à l'une des extrémités du bar, Erin était à ses côtés. Sa main droite reposait avec beaucoup trop d'aisance sur l'épaule gauche de Drago. Hissée sur la pointe de ses escarpins, elle s'inclinait à son oreille, cherchant probablement à se faire entendre malgré la musique.
Cette proximité ne semblait pas le déranger. Lui, qui avait pourtant mis des mois avant d'accepter cette même proximité venant d'Hermione, n'avait aucun mouvement de recul, aucun tressaillement de gêne pour cette femme qui n'était pourtant qu'une inconnue.
Hermione s'accouda à l'autre extrémité du bar, le plus loin possible de Drago. Elle pouvait l'apercevoir sourire, et c'était déjà trop.
L'un des barmans se pencha vers elle, l'oreille tendue.
« Un jus de citrouille avec un fond d'élixir, s'il-vous-plait. » Hermione entendit le rire d'Erin résonner jusqu'à elle. Mélodieux. Insupportable. « Glacé. » ajouta-t-elle avant que l'homme ne s'éloigne.
La centaine d'invités regroupés depuis des heures sous cette tente avait rendu l'air ambiant étouffant. Hermione sentait l'humidité gagner sa nuque et ses boucles s'y coller de façon désagréable.
Hermione observa le barman faire léviter un verre devant lui. Il y versa du jus de citrouille, puis un généreux trait d'élixir qui disparut instantanément, les deux liquides se mélangeant sous l'effet de sa baguette. Du givre apparut sur la surface du verre, résultat d'un Glacius qu'Hermione aurait volontiers jeter à l'arrière de sa propre nuque.
Bien que concentrée sur les gestes du barman, les mouvements à sa gauche attirèrent son attention. Drago se débarrassait de sa veste de costume, sensible lui aussi à cette chaleur accablante. Après l'avoir déposée sur le bar, il ôta ses boutons de manchette qu'il glissa dans la poche de son pantalon et retroussa méticuleusement les manches de sa chemise, dévoilant la pâleur de ses avants-bras.
« Votre poison. » Le barman déposa devant Hermione sa commande. « Glacé, ajouta-t-il en souriant.
— Merci. Vous n'avez pas idée à quel point ce poison va me sauver la vie. »
Sous le regard mêlant amusement et curiosité du barman, Hermione ramena sa chevelure sur son épaule gauche et attrapa le verre qu'elle approcha de sa nuque, prête à frémir à son contact. Un contact qui ne vint pas car ce geste salvateur fût arrêté par la voix d'Erin, s'élevant entre deux morceaux de musique :
« Je ne t'aurais pas imaginé avec une branche d'aconit tatouée sur le bras. »
Hermione tourna la tête avec une rapidité à s'en démettre une cervicale, son verre toujours à quelques centimètres de sa nuque. Un verre qui lui échappa des mains dès l'instant où elle vit le tatouage en question.
Pourquoi Drago avait-il choisi de rendre permanent ce dessin, cet instant du passé ? Ce souvenir qu'elle gardait précieusement et dont elle avait fini par se convaincre qu'il n'avait pas eu, pour lui, la même importance que pour elle.
Drago ne corrigea pas l'erreur d'Erin. Pourtant, Hermione en avait la certitude, ce n'était pas une branche d'aconit qui habillait son avant-bras, le violet des fleurs était trop clair pour cela.
« Mademoiselle ? »
Ramenée à elle par la voix du barman, Hermione remarqua son verre renversé. Le liquide qu'il contenait se répandant sur le comptoir, dégoulinant de part et d'autre de celui-ci. D'un geste machinal, presque inconscient, elle sortit sa baguette et fit disparaitre sa maladresse.
« Je- je suis désolée. » articula-t-elle, la gorge serrée.
Hermione s'éloigna du bar, l'esprit envahi par la trace de cet instant qu'elle croyait oublié par Drago et qu'il avait pourtant choisi de rendre indélébile. Une trace qu'Erin commentait et parcourait impunément de la pulpe de ses doigts, sous le regard indifférent du jeune homme.
« Attendez, Mademoiselle, je peux vous en refaire un ! » entendit-elle lorsqu'elle passa le tissu de la tente, cette chaleur lui étant devenue absolument insupportable.
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- Samedi 20 mars 1999 -
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« Tu es prête ? »
Fermant les yeux, Hermione se concentra sur sa respiration. Au-dessus d'elle, le bruissement du vent s'engouffrant dans les branches de glycine devint de plus en plus lointain, jusqu'à disparaitre complètement.
Après plusieurs semaines d'entrainement aux côtés de Drago, la Gryffondor parvenait à vider son esprit avec plus de facilité. Lors du dernier cours pratique de Défense contre les forces du Mal, le Professeur Littletree l'avait félicitée et encouragée à poursuivre ses efforts. Chose qu'elle n'avait tout naturellement pas besoin de l'entendre dire deux fois.
Depuis quelques jours, elle s'entrainait donc à dissimuler une seule et unique pensée, ce qui, d'après Drago, rendait l'utilisation de l'Occlumancie plus difficile à déceler.
Le Serpentard lui avait proposé de commencer par une pensée assez futile : le contenu de son petit-déjeuner. A chaque nouvel entraînement, elle tentait donc de lui cacher ce qu'elle avait avalé quelques heures plus tôt. Malheureusement, qu'y avait-il de plus difficile que de ne pas penser à ce que l'on essayait éperdument de cacher ? Malgré les efforts d'Hermione, il ne lui fallait à chaque fois qu'une poignée de secondes avant de trouver ce qu'il cherchait.
Seulement, la nuit dernière, alors qu'elle se trouvait aux portes du sommeil, Hermione s'était subitement souvenue des paroles de Drago, lors de leur premier entrainement.
La première technique est de vider ton esprit pour m'empêcher de percevoir tes émotions ou tes pensées. La deuxième, plus avancée, ce serait de t'en créer de fausses afin que je ne me doute de rien.
Et ce matin, tandis qu'Hermione dégustait son petit-déjeuner aux côtés d'Eden, son esprit était déjà à l'entrainement qui l'attendait l'après-midi-même, bien décidée à ne pas essuyer un nouvel échec.
« Oeufs brouillés, toasts à la confiture et jus de citrouille. »
La voix de Drago sortit immédiatement Hermione de sa torpeur.
« Confiture de ? fit-elle en rouvrant les yeux, le coeur battant.
— Groseille. » répondit-il avec assurance, persuadé de sa réponse. Et comme à chaque fois que la Gryffondor échouait, il tenta de trouver une victoire là où il n'y en avait pourtant pas. « C'est pas mal, Granger. J'ai mis un peu plus de temps à trouver. »
Mais aujourd'hui, elle n'avait pas échoué et Hermione laissa un mince sourire se dessiner sur ses lèvres.
« A trouver quoi ? Le petit-déjeuner d'Eden ? Parce que... Ce matin, j'ai plutôt eu envie d'un porridge au chocolat, de fruits rouges et d'un verre de jus d'orange. »
Hermione se délecta de l'incompréhension s'emparant du visage du Serpentard. Un spectacle qui valait son pesant de gallions tant il était rare.
« Tu as réussi à falsifier une pensée, comprit-il après quelques secondes à la dévisager. Comment ?
— J'ai passé le petit-déjeuner à me focaliser sur celui d'Eden, jusqu'à tromper mon esprit en lui faisant croire qu'il était le mien. Je ne pensais pas que ça fonctionnerait. »
Dès lors qu'elle s'était retrouvée sous la glycine, assise en tailleur face à Drago, Hermione s'était concentrée sur cette pensée factice, espérant enfouir la véritable.
Drago esquissa un sourire. « Si tu continues comme ça, bientôt, c'est toi qui me donnera des conseils.
— Ça m'étonnerait. Cette technique ne fonctionnera pas à chaque fois et elle m'a demandé une préparation en amont. Si je tombe sur un Légilimens sans le savoir, ça ne sera pas efficace puisque je n'aurais pas eu le temps de me préparer. Non, ce qu'il faudrait, c'est que je puisse...
— Granger, arrête. » Interrompue, Hermione le regarda se lever et faire quelques pas en direction du tronc de la glycine. « Tu progresses, ajouta-t-il tout en s'asseyant contre celui-ci. Alors arrête-toi et savoure. »
Savourer ?
Certes, ses progrès étaient indéniables. Mais après avoir lu l'intégralité des ouvrages de la bibliothèque portant sur l'Occlumancie, la Gryffondor ne pouvait s'empêcher de les trouver incroyablement maigres. Hermione connaissait toutes les possibilités qu'offrait cette discipline et elle était encore loin du niveau qu'elle espérait atteindre. Loin de celui du Serpentard.
Loin de pouvoir savourer.
« Tu ne savoures pas du tout là, constata Drago.
— Non, pas du tout. » s'empressa-t-elle de répondre avant de se lever à son tour et d'aller s'assoir à ses côtés. « Parce qu'il y a quelque chose que je ne comprends pas. Je ne peux utiliser l'Occlumancie qu'en étant totalement focalisée dessus. Alors que toi... Tu restes fonctionnel.
— Fonctionnel ? reprit-il en haussant un sourcil. Tant de flatteries vont me faire rougir. »
Hermione ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel. Un réflexe qui fit rire le Serpentard. Pas d'un rire méprisant ou railleur. Ni d'un rire triste ou amer. Mais d'un rire cristallin qu'Hermione avait de plus en plus souvent la chance d'entendre. Cristallin et stupéfiant.
« Fonctionnel, dans le sens où tu peux l'utiliser en marchant, en parlant... Tu peux l'utiliser sans que cela ne se voit et sans que personne ne le sache.
— Granger, tu t'entraînes depuis deux mois à peine. J'ai commencé quand j'avais cinq ans. Et, bien qu'immorales, je dois reconnaître que les méthodes d'apprentissage de ma tante étaient efficaces. Malheureusement, va savoir pourquoi, elles n'ont jamais fait l'objet d'un manuel. Alors si tu le veux bien, je préfère que l'on continue d'utiliser la méthode douce. »
Derrière cette tentative d'humour, Hermione vit toutes les horreurs que sa tante lui avait fait subir refaire surface et s'agiter en lui. Et le mince sourire qu'il tenta d'afficher ne l'empêcha pas de se sentir horriblement honteuse. Honteuse d'avoir osé lui envier des capacités qu'il avait été forcé d'acquérir, seul moyen de se défendre de toutes ces intrusions infâmes dans son esprit. Finalement, derrière chaque nouveau progrès que Drago tenait tant à ce qu'elle savoure, aussi infime soit-il, se cachait autant d'affront fait à sa tante.
« Je suis dés- »
Drago balaya ses excuses d'un revers de la main.
« Je ne pense pas que ce soit forcément une bonne chose de devenir un bon Occlumens. » glissa-t-il. Son regard s'était assombri et il le gardait rivé sur l'horizon. « De pouvoir rester fonctionnel, comme tu dis.
Hermione s'apprêtait à lui demander pourquoi, quand une horde de hiboux passa près de la glycine. Certains volèrent jusqu'à la volière, d'autres s'engouffrèrent dans la plus haute tour du château, à travers des fenêtres laissées ouvertes. Et comme à chaque fois qu'elle apercevait ces volatiles, elle ne put s'empêcher de se demander si Coquecigrue en faisait partie.
Ron s'était-il soudainement souvenu de son existence ?
« Pendant des années, j'ai utilisé l'Occlumancie pour me calmer avant les matchs de Quidditch, continua-t-il. A l'époque où la peur de me planter et de décevoir mon père était la principale, voire la seule que j'avais. La belle époque. » ajouta-t-il d'un ton amer.
Belle époque qu'Hermione savait loin de l'insouciance habituelle de l'adolescence. Et pourtant, elle était peut-être la plus clémente qu'il ait connue, car il n'était finalement pas encore question d'allégeance aux Forces du Mal. Drago vivait encore l'illusion d'une vie dont il était le seul maitre.
« Mais c'est devenu plus que ça. » devina-t-elle.
A ses côtés, le Serpentard prit une profonde inspiration, comme s'il cherchait le courage de lui avouer ce qu'il n'avait jamais dit à quiconque. Il abandonna l'horizon du regard et captura celui d'Hermione.
« Imagine être tellement annihilée par la peur que celle-ci te paralyse, te ronge petit à petit, à tel point que tu ne parviens même plus à réfléchir. Imagine ressentir un sentiment de désespoir et d'impuissance si intense, si prégnant qu'il t'accompagne chaque seconde, non, qu'il t'anéantit chaque seconde. Et imagine qu'on te propose de taire tout ça, d'un simple claquement de doigts, d'un simple battement de cils. Tu accepterais ? »
Hermione repensa à cette immense détresse qu'elle avait ressentie lorsqu'elle avait laissé derrière elle ses parents, après avoir modifié leur souvenir. A l'aube d'une guerre dont elle souhaitait les protéger, elle leur avait fait ses adieux sans qu'ils n'en aient conscience. Et si à ce moment-là, quelque chose avait pu atténuer le désarroi qu'elle ressentait et qui lui broyait le coeur, Hermione n'aurait pas hésité. Même aujourd'hui, elle ferait tout pour taire cette douleur, plus lancinante, mais encore présente.
Perdue dans le regard du Serpentard, Hermione acquiesça. Inutilement, car son silence avait parlé pour elle.
Drago baissa la tête et dirigea son attention sur son avant-bras gauche. Hermione le regarda passer ses doigts sur le tissu du pull le recouvrant et lorsqu'elle comprit ce qu'il s'apprêtait à faire, ce qu'elle s'apprêtait peut-être à voir pour la première fois, son coeur fit une embardée.
Il releva sa manche d'un geste lent, dévoilant à Hermione sa peau meurtrie. La Marque avait disparu, mais comme tout traumatisme, elle avait laissé une trace. Une cicatrice, inscrite en filigrane sur son épiderme, dans une succession de striures incarnates. Autrefois imposant et menaçant, le Serpent paraissait maintenant frêle et atrophié. Voldemort avait été vaincu, mais son souvenir perdurait sur le bras de tous ses anciens disciples. Dernière volonté du Maitre des Ténèbres, adressée à quiconque oserait l'oublier.
« Le soir où j'ai reçu la Marque, c'est ce que j'ai fait. Je savais ce qui m'attendait depuis des mois, mais j'étais terrifié. J'ai cédé à cette terreur en fermant mon esprit. Ma peur s'est envolée en même temps que les doutes que je commençais à avoir. Il m'apposait la Marque, scellait mon destin en faisant de moi un Mangemort et pourtant, je ne ressentais rien. Juste une douleur sourde liée à sa baguette m'écorchant la peau et à cette encre me brûlant la chaire. Après ça, l'Occlumancie est presque devenue une habitude, un refuge. Je ne passais pas une journée sans fermer mon esprit. Seulement quelques minutes, au début. Mais arrivé à Poudlard, l'angoisse de cette mission et la menace qui pesait sur ma famille... Tout ça est devenu insupportable... L'Occlumancie me tendait les bras et les minutes sont devenues des heures. Il n'y a qu'ici, sous la Glycine, que je parvenais à m'en passer. »
Drago marqua une pause et suivit du regard le mouvement des grappes de fleurs violettes. Hermione, elle, continuait de détailler cette cicatrice, hypnotisée par ce qui lui semblait être l'incarnation visible de toutes celles qui ne l'étaient pas. Le Serpentard se redressa légèrement et regarda à son tour la trace laissée sur son avant-bras. Lorsqu'il accrocha de nouveau le regard d'Hermione, cette dernière fut submergée par ce qu'elle put y voir. De la crainte, dans sa forme la plus brute. La crainte que cette fois, elle ne serait pas capable d'entendre ce qu'il avait à dire.
Une crainte injustifiée qu'Hermione chassa en glissant sa main dans la sienne. Un geste instinctif mais surtout irréfléchi. Dès l'instant où ses doigts rencontrèrent les siens, elle le sentit tressaillir, comme si le simple contact de sa peau sur la sienne le brûlait douloureusement. Cette impression, c'était celle qu'elle avait à chaque fois qu'elle le touchait, même lorsque cela était involontaire. Lorsqu'elle lui tendait un livre et que leurs doigts s'effleuraient, lorsqu'ils marchaient l'un à côté de l'autre et que leurs mains se rencontraient. Il y a quelques années, Hermione aurait justifié cela par le dégoût que sa condition de née-moldue lui inspirait. Aujourd'hui, ça ne pouvait plus être ça. Non, Drago était simplement de ceux qui exécrait les contacts physiques.
Et pourtant, dès l'instant où elle commença à retirer sa main, il l'en empêcha en resserrant ses doigts autour des siens.
« Après la mort de Dumbledore, j'ai- j'ai sombré. Facilement. Lâchement. »
Lâchement. Ce dernier mot, Drago l'avait craché avec tout le mépris qu'il pensait mériter. La deuxième main d'Hermione rejoignit la première. Elle entremêla ses doigts aux siens ; il la laissa faire.
« J'ai passé des jours entiers l'esprit fermé, à arpenter le Manoir comme un putain de fantôme. Je n'avais pas étouffé que ma peur, j'avais étouffé tout le reste. J'ai assisté à toutes ces réunions où étaient prévus enlèvements et massacres. J'ai écouté tout ça et... Je n'en avais rien à foutre. Je- Je ne ressentais plus rien. »
La mâchoire de Drago devint saillante. Il serrait les dents avec force, tentant de réfréner des émotions qu'il ne s'autorisait pas encore. Des émotions gardées depuis des années dans une cage rouillée, prête à céder.
« Jusqu'à ce que ces massacres aient lieu sous mes yeux... Burbage a... Burbage a été la première, celle qui m'a permis d'arrêter de m'enfoncer dans le néant. J'ai cessé d'utiliser l'Occlumancie dès l'instant où je me suis aperçu que je l'avais regardé se faire déchiqueter, avec le même regard vide que tous les autres disciples. »
Hermione se sentit pâlir, comme la première fois où il lui avait raconté la mort du Professeure. Le coeur au bord des lèvres, elle pressa davantage la main de Drago. Un geste rassurant, aussi bien pour lui que pour elle. Il baissa la tête, observant tour à tour les vestiges de la Marque et leurs mains liées.
« Ce jour-là, j'ai laissé la peur et la culpabilité reprendre leur place en me promettant que plus jamais, je ne serais aussi lâche. »
De sa main libre, Drago replaça la manche de son pull jusqu'à son poignet. Le voyant faire, Hermione ne put s'empêcher d'imaginer ce qu'il se passerait dans quelques heures. En réalité, ce qu'il devait se passer chaque soir, lorsqu'il se débarrassait de ses vêtements et se retrouvait forcé de regarder cette cicatrice. L'idée que cette trace laissée par le sceau des ténèbres soit la dernière chose qu'il puisse voir avant de s'endormir la révulsait.
Alors sans un mot, Hermione tira vers elle la main de Drago et reposa son avant-bras sur ses cuisses. Surpris, il tenta de le retirer mais elle l'en empêcha.
« S'il-te-plait, Drago, laisse-moi faire. »
Douce injonction à laquelle le Serpentard céda en la laissant remonter sa manche.
« Tu as suffisamment de cicatrices. Tu n'as pas besoin d'en avoir une constamment sous les yeux. »
Hermione fouilla dans son sac et en sortit sa baguette, une plume et une bouteille d'encre. Et alors, pour la seconde fois de la journée, la Gryffondor pouvait se targuer d'être à l'origine de l'incompréhension qui habillait le visage du Serpentard.
« Colovaria. » murmura-t-elle, pointant sa baguette sur la bouteille d'encre.
Sous l'effet du sortilège, le liquide noir prit une couleur violette si familière qu'il devina immédiatement ce qu'Hermione s'apprêtait à dessiner sur sa peau. Alors, dans un assentiment des plus silencieux, il baissa les paupières et reposa sa tête contre le tronc de la glycine.
Hermione trempa la plume dans l'encre violette et l'approcha du bras de Drago. Incertaine de l'endroit par lequel commencer, elle arrêta son geste avant que l'extrémité ne touche son épiderme. Une extrémité peut-être trop pointue pour que la sensation de celle-ci sur cette peau meurtrie ne soit pas douloureuse. Prise d'un doute, Hermione passa ses doigts sur la cicatrice. L'effleurant d'abord, elle y effectua ensuite de légères pressions.
« Je ne te fais pas mal ? » Hermione releva la tête vers le Serpentard. Les yeux toujours clos, il semblait presque endormi. « Drago ? »
Hermione vit ses sourcils se froncer et les commissures de ses lèvres se relever d'une façon presque imperceptible. Sa question semblait l'amuser. « Non, tu ne me fais pas mal. »
La Gryffondor se reconcentra sur l'avant-bras de Drago et y déposa la pointe de sa plume. Elle observa l'encre violette pénétrer sa peau et, goutte après goutte, recouvrir cette cicatrice qui, ce soir, ne l'entacherait plus. Bercée par le bruissement du vent, elle s'appliqua à tracer les contours sinueux d'une grappe de fleurs. Fleurs dont elle remplit ensuite un à un les pétales d'une nuance légèrement plus claire.
Hermione ne voulait pas seulement lui offrir un semblant de répit en dissimulant cette cicatrice et de fait, cette culpabilité qui continuait de le ronger. Elle espérait que lorsque Drago ôterait son pull et poserait les yeux sur son avant-bras, il n'y verrait plus son asservissement aux forces du Mal et cette soit-disant lâcheté, mais tout ce que cet arbre fleuri pouvait lui évoquer. Elle voulait qu'il songe aux nombreuses heures qu'ils passaient ici depuis leur éviction de la bibliothèque où, finalement, ils n'étaient pas retournés. Elle voulait qu'il repense à toutes leurs conversations, des plus intenses aux plus anodines. Elle voulait qu'il se rappelle tous ces moments partagés, qu'ils l'aient été dans le silence ou dans les rires.
Elle espérait que cette branche de glycine lui permette de voir ce qu'elle-même voyait.
Drago. Pas Malefoy, l'héritier au Sang-Pur, Prince déchu des Serpentard et ancien Mangemort étouffé par le poids de ses remords, persuadé d'être l'opprobre de la communauté sorcière, mais Drago, celui qu'elle découvrait un peu plus chaque jour et qui selon elle, méritait la quiétude du présent et non l'infamie du passé. Drago, celui qu'elle appréciait aussi, un peu plus chaque jour.
Hermione ne saurait dire combien de temps cela lui prit, mais lorsqu'elle releva la tête, la lumière vespérale lui indiqua que l'après-midi était terminé. Le bras de Drago reposant toujours sur ses cuisses, la Gryffondor examina son dessin, satisfaite. Celui-ci n'était pas parfait, loin de là. Il manquait de détails et de profondeur, mais après tout, l'art plastique n'était pas la matière dans laquelle elle brillait le plus lorsqu'elle était à l'école primaire moldue.
Ne sentant plus le contact régulier de la plume sur sa peau, Drago rouvrit les yeux.
« Tu as terminé ? » demanda-t-il d'une voix éraillée par ce silence prolongé.
Hermione acquiesça et avec une soudaine appréhension, le regarda porter son bras à ses yeux. Merlin, il allait trouver le résultat grotesque, c'était évident. Pourquoi lui dessiner des fleurs sur le bras lui avait-il semblé être une bonne idée ? Bon sang. Des fleurs ? Ce dessin qu'elle trouvait satisfaisant il y a un instant lui paraissait maintenant des plus ridicules et digne d'être celui d'une enfant de 5 ans. Est-ce qu'un Récurvite suffirait à le faire disparaitre ?
« Merci. » glissa-t-il, mettant fin à ses élucubrations mentales.
Son ton était sobre et mesuré. Le sourire qu'il esquissa ensuite, tendre et reconnaissant. Hermione sentit une chaleur incontrôlable lui monter aux joues. Incontrôlable et surtout inexplicable. Depuis quand rougissait-elle à la simple vue d'un sourire du Serpentard ? Et depuis quand les trouvait-elle tendres ?
Jugeant le moment plus qu'opportun, elle décida de redonner sa couleur d'origine à son encre et préféra se concentrer sur le sortilège plutôt que sur ce sourire ou ses joues rosies. Lorsqu'elle attrapa son sac afin d'y ranger ses affaires, elle aperçut au loin un hibou de couleur sombre et d'une taille minuscule. A chaque nouveau battement d'ailes, l'oiseau se rapprochait de la glycine. Mais alors qu'il se trouvait à quelques mètres de la Gryffondor, le hibou changea subitement de direction, lui arrachant un soupir sonore.
« Tu attends du courrier, Granger ?
— Hein ? Qu- Non, pas du tout, marmonna-t-elle.
— Ah. Donc si tu fixes tous les hiboux depuis qu'on est là, c'est parce que tu t'es découvert une passion soudaine pour l'ornithologie ?
— ... Exactement. »
Hermione glissa sans précaution sa plume et sa bouteille d'encre dans son sac. Ignorant son regard insistant, elle dévia la conversation sur les ASPIC. Les épreuves étant dans trois mois, la Gryffondor ne comptait pas attendre les vacances de Pâques pour entamer ses révisions. Malheureusement, la description du planning qu'elle s'était établie ne passionnait pas le Serpentard qui continuait de la fixer silencieusement.
« C'est terriblement énervant quand tu fais ça, soupira-t-elle.
— Quand je fais quoi ? demanda-t-il, un sourire en coin.
— Quand tu me dévisages jusqu'à ce que je me décide à parler. »
Le regard inquisiteur de Drago fut remplacé par une moue innocente à laquelle Hermione ne crut pas une seule seconde.
Et pourtant, elle céda. Une énième fois.
« Je n'ai plus de nouvelles de Ron, avoua-t-elle. Encore. »
— Ah. » fit-il en fronçant le regard.
Ah, en effet.
Si Coquecigrue ne pointait pas le bout de son bec avant la fin du week-end, Ron entamerait sa quatrième semaine de silence. Depuis fin-février, il semblait de nouveau avoir perdu la capacité d'écrire.
Cette fois, elle n'en avait pas parlé à Ginny. Elle soupçonnait la rousse d'avoir passé un savon monumental à son frère pendant les vacances de Noël et Hermione ne voulait pas que Ron se conduise comme un petit-ami décent parce que sa soeur le lui demandait, mais parce qu'il en avait envie.
« Du coup, j'ai... j'ai arrêté de lui écrire. » ajouta-t-elle, en baisant le regard vers l'ourlet de sa jupe.
Une décision prise après avoir eu l'étrange impression que la chouette qu'elle s'obstinait à lui envoyer lui avait ri au nez. Hermione avait quitté la volière, la lettre toujours à la main.
« Je pensais que ça le ferait réagir. Mais visiblement, je me suis aussi trompée là-dessus.
— Sur quoi d'autre ?
— De quoi ? demanda-t-elle en relevant la tête vers Drago.
— Tu as dit "je me suis aussi trompée là-dessus." Alors, sur quoi d'autre est-ce que tu t'es trompée ? »
La réponse à cette question était limpide. Tellement limpide que c'en était angoissant. Pourtant, est-ce qu'Hermione était prête à le dire à voix haute ? Non. Le confier à Drago ? Encore moins. S'il venait à l'apprendre, Ron en serait dévasté.
« Je crois que je préfère quand tu me dévisages en restant totalement muet. » marmonna-t-elle en baissant de nouveau la tête.
Ses doutes, Hermione préférait les taire. A part à Luna et Eden, en début d'année, elle n'en avait parlé à personne. Les dire à voix haute, c'était leur donner corps. Mais, ainsi enfouis, elle les oubliait. Du moins, elle pouvait le prétendre.
Ces dernières semaines, ils étaient plus vifs que jamais. Avant qu'elle n'arrête de lui en envoyer, les lettres étaient de plus en plus difficiles à écrire. A chaque fois qu'elle prenait sa plume, ce n'était pas à Ron le petit-ami à qui elle voulait s'adresser, mais Ron, le meilleur ami.
C'était lui qui lui manquait. Lui, qu'elle avait affreusement peur de perdre. Lui, qu'elle aimait d'un amour qu'elle s'évertuait à trouver suffisant. Car il fallait à tout prix que cet amour le soit. Il ne pouvait pas en être autrement.
« C'est juste que... murmura-t-elle. Je ne pensais pas que ce serait aussi compliqué.
— De quoi ?
— D'aimer, soupira-t-elle en fixant l'horizon. J'ai toujours imaginé ça comme quelque chose d'évident. Peut-être même... d'instinctif ? Mes parents s'aimaient- s'aiment comme ça. Alors je pensais que... Je pensais que ce serait pareil pour moi. »
Hermione ne s'attendait pas spécialement à une réponse de la part de Drago, et pourtant. « Au contraire, lança-t-il sans une once d'hésitation. Il n'y a rien de plus compliqué et de moins évident que... Ça. »
Ça. Triste réalité que Drago ne chercha même pas à enjoliver. Pourtant, cette évidence, Hermione continuait d'y croire. Elle l'avait vue chez ses parents et la voyait tous les jours chez Ginny, même si cette dernière se trouvait à des kilomètres d'Harry.
Cette foutue évidence qu'elle ne ressentait plus lorsqu'elle songeait à Ron.
Est-ce que de son côté, Ron la ressentait ? Ou au contraire, partageait-il les mêmes doutes qu'elle ? Est-ce que, lui aussi, craignait de mettre un terme à leur relation, de peur de mettre un terme à leur amitié ? Etait-ce la raison de ce second silence ?
« Granger, fit Drago en lui faisant signe de se retourner. Je crois que Weasley a retrouvé sa plume. »
Hermione suivit le regard du Serpentard et aperçut une chouette voler vers la Glycine. Cette fois-ci, elle ne changea pas de direction et vint se poser fièrement sur son sac.
« C'est- ce n'est pas Coquecigrue. » observa-t-elle.
Ignorant les rires que le nom du hibou de Ron inspirait à Drago, Hermione décrocha le courrier de la patte de l'oiseau. Il ne s'envola pas immédiatement, comme s'il devait s'assurer que la lettre serait bien lue. Un seul type de hibou avait cette habitude et le sceau apposé sur le parchemin confirma les soupçons de la Gryffondor. Fébrilement, elle le déroula.
Il ne fallut que quelques mots avant que ses mains ne se mettent à trembler.
« Granger ? »
Quelques mots de plus pour que ses yeux ne s'embuent.
« Granger ? »
Quelques lignes pour qu'une première larme ne coule.
« Pourquoi est-ce que tu pleures ? »
Et une dernière phrase pour qu'enfin, cette douleur lancinante lui étreignant le coeur ne s'envole définitivement.
« Granger, qu'est-ce q- » commença Drago, avant qu'Hermione ne l'interrompe en se jetant dans ses bras.
« Mes parents... » articula-t-elle, la gorge serrée et la voix étouffée par l'épaule du Serpentard qu'elle enlaçait de toutes ses forces. Comme si le sentir contre elle rendait la situation plus réelle, comme si son odeur lui confirmait qu'elle ne rêvait pas. « Ils viennent de se souvenir de ma naissance. »
Hermione sentit les bras de Drago se refermer doucement autour d'elle, et tandis qu'une main hésitante se perdait dans ses cheveux, elle cessa de retenir ses larmes. Des larmes de joie qu'elle craignait de ne jamais avoir la chance de verser.
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- Dimanche 21 mars 1999 -
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Dressée sur la pointe des pieds, Ginny fouillait l'étagère la plus haute de son armoire, jetant sans précaution sur son matelas tout ce qui composait sa tenue de Quidditch. Elle se débarrassa ensuite de son jean et de son tee-shirt qu'elle laissa trainer sur le sol. Parmi le monticule de vêtements présent sur son lit, elle tira un pantalon en coton qu'elle enfila. S'apprêtant à échanger son soutien-gorge pour une brassière de sport, la rousse s'arrêta.
« Vu ton sourire, je conclus que le spectacle est plaisant. » lança-t-elle, hilare.
Assise sur son lit, un livre entre les mains, Hermione s'aperçut qu'elle scrutait la rousse plus qu'elle ne lisait.
« Excuse-moi, fit-elle en posant son livre sur sa table de chevet. J'étais perdue dans mes pensées.
— Je comprends, sourit Ginny tout en enfilant un sous-pull. Tu dois être tellement soulagée.
— Oui. Je n'arrive pas à y croire. J'ai- j'ai dû lire la lettre de Ste-Mangouste une centaine de fois depuis hier soir. J'essaie de ne pas m'emballer parce que c'est encore trop tôt pour l'envisager, mais... Je vais enfin pouvoir les voir. »
Les voir, autrement qu'à travers une vitre sans tain. Hermione étant le portrait craché de sa mère, les médicomages avaient toujours redouté ce qu'une rencontre pourrait engendrer chez ses parents. Maintenant qu'ils se rappelaient de sa naissance, de son existence finalement, cette rencontre était possible. Il fallait néanmoins les préparer aux dix-neuf années s'étant écoulées depuis, le nourrisson dont ils se souvenaient étant maintenant devenu une jeune femme.
Après plus d'un an et demi sans les voir, ces quelques semaines de plus lui paraissaient insoutenables. Alors depuis hier soir, parce qu'elle espérait rendre l'attente plus douce, Hermione s'autorisait à rêvasser en s'imaginant dans les bras de ses parents.
Vêtue de sa tenue de Quidditch, Ginny s'accroupit près de son lit et glissa son bras en-dessous. Elle tâtonna quelques secondes et en sortit victorieusement ses genouillères qu'elle enfila sans attendre. D'un coup de pied, elle envoya sous son lit tous les vêtements qu'elle venait de retirer et qui jonchaient le sol.
« Ginny, c'est incroyable que même avec de la magie, tu refuses de ranger.
— Pourquoi s'embêter à ranger quand on a un système aussi bien établi que le mien ? »
Les rires des Gryffondor furent interrompus par la porte du dortoir s'ouvrant et se refermant avec fracas. Eden fonça vers son lit et s'écroula dessus, les bras en croix. Roulant sur le dos dans un gémissement des plus plaintifs, elle attrapa l'un de ses oreillers qu'elle écrasa sur son visage. Après quelques secondes, Hermione et Ginny l'entendirent gémir de plus belle.
« Est-ce que l'une d'entre vous aurait l'amabilité de m'étouffer avec ? » marmonna Eden, sa voix étouffée par le coussin. « Je ne vais pas y arriver toute seule.
— Ça aurait été avec plaisir mais mon entrainement commence dans 5 minutes, fit Ginny en attrapant son balai. Et je suis déjà en retard.
— Est-ce qu'on pourrait savoir ce qui t'arrive ? demanda Hermione en s'asseyant près d'elle.
— Léo... » gémit Eden.
Ginny balança son balai sur son lit et se précipita sur celui d'Eden. « Je ne suis pas si pressée après tout. Raconte. »
Cette dernière ôta l'oreiller recouvrant son visage et fixa le plafond du dortoir d'un air dépité.
« Il vient de me demander si je voulais aller voir le match Serpentard-Serdaigle la semaine prochaine. Je lui ai répondu que je n'en voyais pas l'intérêt puisque ni mon frère, ni toi ne jouiez. »
Ginny et Hermione grimacèrent et Eden poussa un nouveau gémissement.
« Je sais. Il m'invitait à y aller avec lui, c'est ça ? Je l'ai compris quand je montais les escaliers pour vous rejoindre.
— Oui, c'est possible, souffla Hermione avec précaution.
— Possible ? C'était clairement son intention, s'exclama Ginny. Les Serdaigles sont désastreux cette année, ce ne sera même pas un bon match. Pour quelle autre raison il voudrait s'infliger ç... »
Hermione donna un coup de coude à Ginny, espérant l'interrompre avant que le tact légendaire des Weasley ne fasse trop de dégâts.
« Où est Luna ? demanda Eden. J'ai besoin de l'entendre me dire que son invitation n'était pas si évidente que ça.
— Elle est introuvable depuis ce matin, répondit Hermione. Comme tous les dimanches.
— Elle n'est même pas venue manger ce midi, ajouta Ginny. Je vous jure que je suis à deux doigts de commencer à la suivre... »
Trois coups résonnèrent à la porte du dortoir et la tête d'une 3ème année apparut dans l'encadrement.
« Hermione ? Il y a quelqu'un pour toi dans la cheminée.
— Ah ? Merci, j'arrive tout de suite. »
Eden se redressa pour s'assoir sur le bord de son lit. « Allez-y les filles. Je survivrai. »
Ginny se leva et attrapa la veste d'Eden reposant sur son lit. « Habille-toi, fit-elle en lui la jetant. Tu viens avec moi à l'entrainement.
— Mais...
— Pas de "mais", lança Ginny, son balai de nouveau en main. Léo y sera et tu dois lui dire à quel point tu serais ravie d'aller au match avec lui. »
Eden soupira et enfila sa veste tout en marmonnant que se jeter du haut des gradins serait sans doute plus efficace qu'un étouffement à l'oreiller.
Les trois Gryffondor descendirent les escaliers afin de rejoindre la Salle commune. Quasiment déserte, seul un petit groupe de 3ème années discutait dans un coin de la pièce. Hermione se dirigea vers la cheminée et tandis que ses deux amies passaient la porte, elle entendit Ginny promettre à Eden que si cette dernière continuait de s'apitoyer comme elle le faisait, elle l'étoufferait dans son sommeil.
« Ma soeur, ce rayon de soleil... »
Hermione se figea à quelques pas de la cheminée.
Arrêter de lui écrire avait donc fonctionné, Ron réapparaissait enfin. Peut-être qu'une lettre aurait été préférable. A l'écrit, Hermione aurait pu entretenir l'illusion encore un peu, jusqu'à ce qu'ils puissent avoir une vraie conversation.
Une conversation qui risquait d'être la dernière. C'était cette idée qui terrassait Hermione et l'empêchait d'avancer vers l'âtre. Elle le savait, elle s'apprêtait à briser quelque chose qu'elle ne parviendrait jamais à réparer.
A moins qu'il ne ressente les mêmes doutes.
Hermione prit une profonde inspiration et s'approcha de la cheminée.
A moins qu'il ne ressente les mêmes doutes, se répétait-elle.
« Bonjour Ron, fit-elle en s'asseyant face au foyer.
— Salut Mione, répondit-il d'une voix qu'elle trouva anormalement éteinte. Comment vas-tu ?
— Bien. Et toi ?
— Mieux, maintenant. Je-je suis content de te voir. J'attendais ce moment depuis des semaines... »
Dans les cendres, le visage de Ron paraissait être celui d'un autre tant ses traits étaient tirés, fatigués.
« Je suis désolé de ne pas t'avoir écrit. En fait, je-je ne pouvais pas. Le lendemain de ma dernière lettre... On nous a envoyés en mission à l'étranger. Avec Harry, on avait beau leur dire que c'était trop tôt, qu'on n'avait même pas terminé notre formation... Ils n'ont rien voulu entendre, ils disaient que ça en faisait partie. Je n'ai pas eu le temps de te prévenir. J'ai été envoyé en Moldavie et Harry je-ne-sais-où. Je n'avais pas le droit d'envoyer de courrier, au risque de faire repérer l'opération. On était en planque, pour une histoire de trafic de Potion Tue-Loup. Enfin bref, je viens juste de rentrer en Angleterre et de voir tes lettres. Je... Je suis épuisé, mais je voulais te parler avant d'aller me coucher.
— J'ai cru que...
— Que j'avais encore arrêté de t'écrire ? Mione, je t'ai promis que je ferais des efforts. Je sais que je me suis conduit comme le dernier des abrutis, mais je ne ferais plus la même erreur. Je- je me suis rendu compte de la chance que j'avais d'être avec toi... »
Ces quelques mots, Hermione avait rêvé de les entendre. Il y a peu, ils lui auraient empli le coeur. Aujourd'hui, ces mêmes-mots le lui tordaient douloureusement et tombaient comme un couperet.
Ron ne doutait pas.
Hermione baissa la tête, dirigeant son regard sur ses propres mains qu'elle triturait nerveusement. Elle sentait celui de Ron se poser sur elle, un regard fiévreux qu'elle ne parvenait pas à lui rendre. Un regard amoureux.
Frottant frénétiquement son pouce sur son index, Hermione remarqua sur celui-ci une petite tache violette. Si petite, qu'elle avait échappé à son sort de nettoyage de la veille. Au moment de quitter la glycine, convaincue que Drago trouvait ce dessin ridicule mais n'osait pas le lui dire, Hermione lui avait proposé de le faire disparaître en même temps que les taches d'encre qu'elle avait sur les mains.
Il avait catégoriquement refusé. Et lorsqu'ils étaient arrivés au château, Drago l'avait traversé sans même baisser la manche de son pull.
Oubliant la présence de Ron juste en face d'elle, Hermione laissa un sourire fleurir sur ses lèvres.
« En tout cas, tu es... Tu as l'air en forme, observa-t-il.
— Oh- Euh, oui, fit Hermione en relevant la tête. J'ai appris une bonne nouvelle hier soir. Mes parents ont retrouvé les tout premiers souvenirs me concernant.
— Vraiment ? Mais c'est super ! Quand est-ce que tu vas les voir ?
— Je ne sais pas encore. Bientôt, j'espère.
— Je suis tellement content pour toi. Si seulement... Si seulement je pouvais sauter dans la cheminée, je te prendrais dans mes bras ! »
La tache d'encre qui venait de la faire sourire lui brûla soudainement la peau, comme pour lui rappeler qu'il y a quelques heures à peine, elle se trouvait dans ceux de Drago. Si l'idée qu'Hermione confie ses états d'âme au Serpentard pouvait dévaster Ron, apprendre qu'elle avait choisi ses bras pour laisser exploser sa joie l'achèverait.
Choisi ses bras. La nuance avait son importance. Certes, la Gryffondor pouvait justifier cette étreinte en se disant qu'il était la seule personne présente à ce moment-là. Un piètre mensonge, elle le savait. Elle ne s'était pas jetée dans ses bras parce qu'il était la seule option mais parce qu'elle en avait envie. Une envie rendue irrépressible par la ferveur du moment.
Hermione avait été surprise de le sentir lui rendre son étreinte. Lui qui semblait abhorrer le moindre contact physique, même fortuit, l'avait enlacée jusqu'à ce qu'elle cesse de pleurer. Encore une chose qui dévasterait Ron, s'il l'apprenait. Surtout s'il savait à quel point elle avait apprécié. C'était peut-être pour cette raison que cette tache d'encre la brûlait autant.
Cette tache d'encre, ou sa conscience.
« Tu sais Hermione, depuis que tu es à Poudlard, je me rends vraiment compte que je- enfin je le savais déjà, mais le fait de ne pas t'avoir près de moi, ça m'a fait réaliser à quel point je t'...
— Ron, attends. » Hermione l'arrêta, le coeur battant. Elle ne pouvait pas le laisser continuer. Elle ne pouvait pas l'entendre lui dire qu'il l'aimait. « Il faut que je te... »
« Hermione ! » l'appela une voix lointaine. « Malefoy t'attend devant la Grosse-Dame. »
La Gryffondor se figea, l'aveu de ses doutes aux bords des lèvres. Dans les cendres, le visage de Ron se décomposa.
« Malefoy ? J'ai bien entendu ? Malefoy t'attend ? répéta-t-il froidement.
— Oui, confirma inutilement Hermione. Mais je ne...
— Donc tu le vois toujours, dit-il d'une voix mêlant colère et affliction. Pourquoi est-ce que tu ne me l'as jamais dit ? Pourtant, tu me parles en long et en large de tout ce que tu fais à Poudlard... J'ai presque l'impression de connaitre Eden et Marius. Même Mme Pince a le droit à sa ligne dans chacune de tes lettres. Mais pas Malefoy ! Jamais Malefoy ! Pourquoi ? Je n'ai pas le droit de savoir ce que tu fais avec cette fouine ? »
Hermione tenta de garder son calme, espérant ainsi apaiser Ron. Par miracle, ou peut-être parce que les premiers éclats de voix les y avaient poussés, les 3ème années avaient quitté la Salle commune.
« Ron, si j'ai choisi de ne plus te parler de lui, ce n'est pas parce que je voulais te cacher quoi que ce soit, mais parce que je ne voulais pas me disputer avec toi par lettres interposées. Je n'ai pas non plus envie qu'on se dispute en plein milieu de la Salle Commune. Alors, je t'en prie, calme-toi et laisse-moi t'expliquer.
— M'expliquer quoi ? Qu'il a "changé" ? cracha-t-il.
— Oui. C'est difficile à croire, je le conçois. Pourtant c'est vrai. Nous n'avons pas fait partie du même camp, mais...
— Il n'avait qu'à en changer ! la coupa-t-il.
— Ce n'est pas aussi simple que ça, tu le sais très bien ! Nous n'avons pas fait partie du même camp, mais nous avons traversé la même guerre. Ron, il a vécu les mêmes horreurs que nous.
— Ah, vraiment ? Vraiment ? Il a perdu son frère, lui aussi ? cria-t-il d'une voix brisée par cette douleur qui ne le quitterait jamais. Tu ne m'en voudras pas si je ne ressens pas une once de compassion pour lui quand j'entends encore ma mère s'endormir en pleurant. Alors que lui, LUI, peut dormir sur ses deux oreilles. »
Ron fulminait. La fureur qu'il ressentait embrasa les restes de charbon du foyer. Ce n'était plus un visage de cendre qui toisait Hermione, mais un tas de braises ardentes déformé par la rage.
Jamais. Jamais il ne pourrait comprendre.
« Ron... Ce n'est pas ce que je voulais dire. Mais je- je te demande de me faire confiance.
— Mais c'est à lui que je ne fais pas confiance. Lui, le connard qui a passé des années à t'insulter. Putain, il t'a regardée te faire torturer sans bouger le petit doigt ! »
Jamais.
Hermione lui demandait l'impossible.
« Ron, on a déjà eu cette discussion, tu sais qu'elle ne mène à rien. Je n'arrêterai pas de le voir parce que tu me le demandes. »
La pièce plongea dans un silence absolu. Ron resta muet. Hermione vit la fureur quitter son visage et être remplacée par l'éclair d'une prise de conscience soudaine.
« Hermione. » commença-t-il. Son ton était calme mais glaçant. « C'est à cause de lui que tu as arrêté de m'écrire ? J'ai vu les dates sur tes lettres, tu ne m'en as pas envoyées depuis deux semaines. C'est à cause de Malefoy, c'est ça ? Il s'est passé quelque chose entre vous ?
— Pardon ? ... Ron, si j'ai arrêté de t'écrire, c'est parce que je n'avais plus de nouvelles de toi. Pour la deuxième fois ! Alors je sais maintenant pourquoi, mais tu ne peux pas m'en vouloir d'avoir décidé d'arrêter d'écrire dans le vide. Cette décision n'a rien à voir avec Drago ! »
Merlin.
Non, non, non.
« Drago ?
— Ecoute-m...
— Drago ? répéta Ron, de plus en plus amer. C'est bon, t'embêtes pas Hermione, j'ai compris.
— Ron, tu n'as rien compris du tout. Tu es fatigué, tu te fais des idées.
— C'est ça. Tu sais quoi, ne le fais pas attendre plus longtemps. Et donne-lui le mot de passe de la Salle commune, ça vous fera gagner du temps.
— Ron, arrête... »
Les paroles d'Hermione s'évanouirent, plongeant de nouveau la Salle commune dans un silence des plus oppressants. Le visage de Ron avait disparu du foyer. Hermione faisait maintenant face à un tas de braises fumants. Dernières traces de sa colère.
Une colère qu'elle avait redoutée et qu'elle pensait récolter lorsqu'elle lui annoncerait qu'elle n'était plus sûre de ses sentiments. Qu'elle avait besoin de temps pour réfléchir.
Elle n'avait même pas pu le lui dire. Et tandis qu'Hermione observait les volutes de fumée s'échapper de la cheminée, elle douta d'en être un jour capable.
.
Assise par terre, contre le même muret de pierre où s'étaient adossés Blaise et Drago pendant le vin d'honneur, Hermione savourait ce léger vent frais qui, depuis une heure, lui faisait oublier la chaleur étouffante de la tente.
D'ici, elle pouvait observer les allées et venues des invités, sans risquer d'être vue.
Elle venait d'apercevoir Luna et Blaise quitter la soirée après les avoir entendus appeler son prénom plusieurs fois. A contre-coeur, Hermione était restée assise contre le muret et les avait regardé transplaner, main dans la main. Elle s'était sentie incapable d'affronter leur regard, persuadée qu'elle ne pourrait pas leur cacher son désarroi.
Pourquoi Drago avait-il choisi de rendre éternel ce souvenir qui les liait ?
Cette question résonnait dans son esprit depuis qu'elle avait fuit la tente. Hermione savait que l'après-midi qu'elle avait passé à dessiner ces quelques pétales de glycine à même la peau de Drago avait marqué l'éveil de ses propres sentiments. Elle qui, à l'époque, tentait de faire taire ses doutes concernant Ron, ignorait qu'elle s'apprêtait à connaitre cette évidence qu'elle enviait à Ginny et Harry.
« Hermione ? »
Harry justement, se tenait près de la tente. Scrutant l'obscurité, il espérait sûrement y discerner la silhouette de sa meilleure amie.
« Hermione ? T'es là ? »
Hermione pouvait sentir l'inquiétude dans sa voix. Une inquiétude accentuée par l'effet de l'alcool et qui la força à sortir sa baguette.
« Lumos. »
La lumière émanant de l'extrémité de sa baguette attira immédiatement l'attention d'Harry, qui s'approcha d'elle d'un pas pressé, mais chancelant.
« Bon sang Hermione, ça fait une heure qu'on te cherche. Tu peux pas disparaitre comme ça, on était m... »
Les reproches d'Harry s'envolèrent lorsqu'il fut suffisamment près d'Hermione. Cette dernière devina que ses yeux n'avaient probablement pas dégonflés.
« Nox. » murmura-t-elle, replongeant son visage dans l'obscurité.
Sans un mot, Harry s'approcha et se laissa tomber près d'elle, reposant sa tête contre le muret.
« Ça tourne, souffla-t-il tout en fixant le ciel. J'ai marché trop vite.
— Non, tu as trop bu, rectifia-t-elle. Comme à chaque fois que Blaise et toi vous lancez dans un pari de ce genre. Ferme les yeux, tu sais bien que c'est pire si tu fixes un point. »
Harry s'exécuta. Un bref instant seulement.
« Merde, Ginny ! Elle doit encore te chercher. » Il tâtonna les poches de sa veste avant d'en sortir sa baguette. « Expecto Patronum. »
Du bâton s'échappa un mince filet lumineux, argenté et éthéré, qui se transforma en un cerf si familier. L'animal se dressa fièrement devant son maitre, qui, même enivré par l'alcool, parvenait à le convoquer sans difficulté.
« Va la chercher. » lui souffla Harry, avant de refermer les yeux.
Le cervidé s'éloigna, emportant avec lui ce halo si apaisant. Lorsqu'il disparut derrière la tente, Hermione vit les pans de tissu de celle-ci s'entrouvrir et deux personnes rejoindre la fraîcheur extérieure.
Même de dos, elle les reconnut immédiatement.
Erin riait, de ce rire toujours aussi mélodieux, toujours aussi insupportable. La lumière qui filtrait par la tente lui permit de remarquer que la jeune femme portait sur ses épaules une veste d'homme. A ses côtés, simplement vêtu de sa chemise blanche, Drago semblait chercher du regard le chemin de gravier menant à la longère. Silencieusement, il s'y engagea, Erin à sa suite.
Impuissante, Hermione les regarda s'enfoncer dans cette obscurité qui leur assurait toute l'intimité dont ils avaient besoin et qu'ils devaient avidement rechercher. Une intimité qu'Hermione craignait, imaginant sans mal ce qui allait s'y dérouler. Au bout de ce chemin, il y avait Drago et Erin, s'abandonnant l'un à l'autre dans l'une des chambres de la longère. Il n'y avait, pour Hermione, pas d'autre issue possible que leurs deux corps nus s'entremêlant. Une image qui lui donnait la nausée autant qu'elle lui donnait envie d'hurler.
« J'ai cru plusieurs fois que les verres qu'arrêtait pas de me servir Blaise me filaient des hallucinations. » Harry avait vraisemblablement cessé de suivre le conseil d'Hermione en rouvrant les yeux. Il fixait, comme elle, le chemin de gravier où venaient de disparaitre Drago et Erin. « Parce que ça ne pouvait être que ça, des hallucinations.
— De quoi tu parles ?
— Tu sais que tu peux tout me dire, Hermione. Tu le sais, non ? C'est pas une phrase en l'air, tu peux vraiment tout me dire.
— Parce que tu auras tout oublier demain matin ? » répondit-elle avec une légèreté manquant de conviction.
Ce trait d'humour ne fit pas rire Harry. Habituée à l'obscurité, Hermione parvenait à discerner le visage de son meilleur ami. Un visage préoccupé qu'il tourna vers elle pour ajouter :
« Je suis sérieux, Hermione. Je peux tout entendre, dit-il, l'encourageant d'un léger coup de coude. Tu ne devrais pas avoir à te cacher là.
— Je ne me cache pas, se défendit-elle. Je suis juste sortie prendre l'air. »
Harry soupira.
« Très bien, je vais être plus direct. Si tu as besoin de parler de Malefoy, je peux t'écouter.
— Qu-C'est Ginny qui...
— Ginny ne m'a absolument rien dit. D'ailleurs, je devrais peut-être m'inquiéter de sa facilité à me cacher des choses. » Harry laissa échapper un léger gloussement empli d'ivresse mais dénué de crainte. « Non, c'est juste la manière dont tu l'as regardé toute la soirée... Comme si tu étais prête à lui lancer un Sectumsempra et en même temps, prête à subir le sort à sa place. »
Un sourire triste se dessina sur les lèvres d'Hermione.
« C'est... étonnement bien résumé.
— Je suis encore à moitié lucide tu sais. Ted m'a dit de boire deux verres d'eau après chaque verre d'alcool. J'ai passé la soirée à pisser mais j'ai gagné. » Harry amena son index à sa bouche et souffla un Chut trainant, priant sa meilleure amie de garder ce secret. Puis, réalisant à quel point son geste paraissait enfantin, il éclata de rire. Un rire qu'Hermione accompagna du sien tant celui d'Harry était communicatif. L'hilarité s'empara alors des deux amis, à tel point que leurs yeux s'embuèrent et qu'elle en oublia la raison de sa présence contre ce petit muret de pierre.
Mais rapidement, son rire se fit plus léger, jusqu'à disparaître totalement ; l'image de cette branche de glycine gravée sur l'avant-bras de Drago s'insinuant de nouveau dans son esprit. Une image qui s'accompagna de celle d'Erin, déboutonnant sa chemise dans l'une des chambres de la longère.
« Donc c'est bien à cause de lui que tu es assise ici. »
Harry, lui aussi, ne riait plus. Sans en avoir conscience, Hermione fixait de nouveau le chemin de gravier. Elle acquiesça avant de poser sa tête sur l'épaule du brun.
« Quand j'ai vu la façon dont tu le regardais, j'ai cru qu'il s'était passé quelque chose entre vous cette année. Mais d'un coup, ça m'est revenu. Pendant ta 7ème année, Ron m'avait dit que Malefoy et toi, vous passiez du temps ensemble. Franchement, je ne sais pas comment j'ai pu oublier ça. Il était en boucle là-dessus. Il m'en parlait tout le temps, il était terrifié à l'idée que tu puisses le quitter pour Malefoy.
— Ce- Ce n'est pas ce qu'il s'est passé. Je l'ai quitté cette année-là parce que je doutais de notre relation depuis un moment déjà. Je n'avais pas encore conscience de mes sentiments pour Drago. Nous deux, c'est arrivé plus tard. J'ai mis du temps à reconnaître que je l'aimais. »
Hermione sentit l'épaule d'Harry sur laquelle reposait sa tête se contracter légèrement. De toute évidence, il était troublé d'entendre sa meilleure amie admettre qu'elle était tombée amoureuse de celui qui avait tant de fois été à l'origine de leur souffrance.
Seulement, Harry lui avait dit qu'il pourrait tout entendre.
« Je ne sais pas pourquoi je parle au passé. C'est ridicule... Je l'aime toujours. »
Alors, Hermione allait tout lui dire.
« Tu sais, si je suis retournée à Poudlard après la guerre, ce n'était pas uniquement pour les ASPIC. En réalité, je fuyais. Je fuyais l'amnésie de mes parents en même temps que mes doutes concernant Ron. Avec le recul, je sais aussi que je fuyais un avenir qui pendant plusieurs années était plus qu'incertain. Je n'étais pas sûre de survivre à la guerre et en effaçant la mémoire de mes parents, je les protégeais autant que je leur épargnais un deuil plus que certain... Mais voilà, au lendemain de cette guerre où j'avais plus d'une fois cru y laisser la vie, mon avenir se dessinait enfin et pour une raison qui m'échappait, il restait incroyablement flou. Drago, lui, fuyait autre chose. Une culpabilité écrasante, un père qui lui rappelait des choix qui n'avaient pas été les siens et un avenir qu'il se refusait d'avoir, convaincu de ne pas le mériter. Tu l'aurais vu, Harry. Il sombrait et ne luttait même pas.
« Dans notre fuite, on s'est trouvé. Je ne sais pas si sous ses préjugés et cette éducation archaïque, Drago avait toujours été celui que j'ai réussi à découvrir cette année-là. Mais dans tous les cas, j'en suis tombée amoureuse... Et j'ai cru que mes sentiments étaient partagés. Alors un soir, le dernier avant la fin de l'année, j'ai sauté le pas et il ne m'a pas repoussée... Seulement, le lendemain matin, il était introuvable. Il n'a pas pris le train, il a juste quitté le château, sans un mot. J'ai attendu de ses nouvelles pendant des mois. Je n'en ai jamais eues. »
Une nouvelle fois, l'épaule d'Harry remua sous l'effet d'une profonde expiration qu'Hermione n'eut aucun mal à interpréter.
« Heureusement qu'il vient de partir parce que je crois que je lui aurais balancé mon poing dans la gueule.
— Pour ça, il aurait déjà fallu que tu sois en état de te lever, s'amusa-t-elle.
— Touché. » admit-il dans un sourire. Tandis qu'il cherchait ses mots, Hermione sentit la main d'Harry s'enrouler autour de la sienne. « Je ne te l'ai jamais dit, mais en témoignant aux procès de ses parents, j'ai entendu une grande partie des atrocités auxquelles il a été forcé d'assister pendant que Voldemort occupait le Manoir. En fait, toute sa vie a été décortiquée à travers celles de ses parents, toute son éducation et... Merlin. Alors, bien sûr, ça n'excuse pas le merdeux qu'il a été mais, je suis forcé de reconnaitre que ça m'a aidé à le comprendre... Ça m'aide à te comprendre, aussi. » Harry tourna la tête et déposa un baiser sur le front d'Hermione. « Merci de m'avoir dit tout ça. Je comprends mieux le froid qu'il y a entre vous. J'imagine que ses explications ne t'ont pas convaincue.
— Ses explications ?
— Oui. Quand tu lui as demandé pourquoi il était parti. »
Harry le savait, Hermione ne restait jamais sans réponse. Elle ne pouvait pas avoir éludé cette question quand enfin, elle s'était retrouvée face à Drago. Et pourtant, elle n'avait pas eu à lui la poser. En six ans, Hermione avait trouvé les réponses toute seule.
Si Drago était parti, c'était pour ne pas avoir à lui dire que la nuit qu'ils venaient de partager n'aurait aucun lendemain. Il était parti parce qu'il ne partageait pas ses sentiments et préférait disparaitre plutôt que d'avoir à lui l'avouer. Il était parti parce que finalement, cette amitié ne comptait pas tant que ça pour lui. Hermione ne comptait pas tant que ça.
De nouveau, ces quelques fleurs de glycine sur le bras de Drago s'emparèrent de son esprit. Se pouvait-il qu'elle se soit trompée ? Y avait-il une autre raison expliquant son départ et ces six années de silence ?
Harry pressa la main d'Hermione, la ramenant à elle. Sa réponse fut presque inaudible. « Je- en fait, je ne lui ai pas demandé.
— Quoi ? Mais... Tu ne crois pas que ça t'aiderait de savoir pourquoi il est parti ? »
Sur ces mots, le Patronus d'Harry apparut sur le chemin de gravier, Ginny marchant à ses côtés. Lorsque la rousse arriva à leur hauteur, le cerf s'évapora dans une explosion lumineuse les enveloppant tous les trois. Hermione releva la tête, délaissant l'épaule d'Harry. D'un simple regard, elle fit comprendre à Ginny que le secret qu'elle gardait depuis quelques mois n'avait plus lieu d'être. A son tour, l'attrapeuse s'approcha pour s'assoir près d'Hermione. Imitant sans le savoir son mari, elle attrapa sa seconde main, sur laquelle elle dessina quelques ronds avec son pouce.
Un geste doux accompagné d'un silence protecteur, mais criant.
Ginny revenait de la longère et Hermione devinait sans mal que, sur le chemin, elle les avait forcément croisés.
Drago et Erin.
« Peut-être que je me trompe, souffla Harry. Peut-être que c'est l'alcool qui parle, mais je pense vraiment qu'il faudrait que tu lui demandes. »
Hermione resserra ses doigts autour de ceux de ses meilleurs amis et pour la première fois, accepta cette idée.
« Oui. Je vais le faire. »
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Helloooooo,
Ça va ? Je ne vous ai pas perdu.e.s avec ce long chapitre ?
Maintenant qu'Hermione prend conscience de certaines choses, c'est Drago qui fait des siennes (c'était bien la peine de changer d'avis et de rester plus longtemps que le vin d'honneur !) On m'a dit dans une review que je faisais preuve de "malice" et soyons honnête... Je plaide coupable, votre honneur ! :D Malheureusement pour eux, c'est comme ça que j'ai imaginé cette histoire, ils ont un chemin à parcourir avant de se retrouver (et je vous assure, ça approche !)
Je suis curieuse de savoir s'il y a une scène que vous avez préféré dans ce chapitre beaucoup trop long ? Etonnamment j'ai bien aimé écrire la scène de la dispute avec Ron, j'espère qu'elle était réaliste. La scène de la glycine et de la lettre de Ste Mangouste, j'ai hâte de la relater du pdv de Drago :)
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Je voulais vous dire un grand MERCI pour toutes vos reviews sur le dernier chapitre, vous êtes de plus en plus à m'en laisser. On a d'ailleurs passé la centaine de reviews, je suis JOIE ! Ce sont des petits instants de bonheur que de les lire et autant vous dire que je ne m'en lasse pas :) Ça motive énormément à se poser devant son clavier !
Ça me fait penser que j'écris en musique depuis quelques temps maintenant. J'ai un peu fait le tour de ma playlist, alors si vous avez des recommandations qui collent à l'ambiance de cette histoire, qu'importe le genre musical, je vous écoute !
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J'espère poster le prochain chapitre rapidement. Il sera normalement plus court (parce qu'on va peut-être arrêter les conneries, des chapitres à 18 000 mots, c'est trop long à relire !)
En attendant, prenez soin de vous :)
A bientôt !
