IV. 60% de choix

Karin

Elle avait avorté. Il n'y avait plus de petit début de vie dans son bidon, il n'y avait plus rien. Elle accueillit le vent sec avec humeur alors que Suigestu en face d'elle grignotait sa glace en silence.

Il avait été un très bon accompagnateur même s'il avait trouvé étrange qu'elle lui demande à lui ce service. En fait, elle n'avait parlé à personne d'autre de sa grossesse ça aussi ça avait déclenché un froncement de sourcils.

Et pourtant, il l'avait accompagnée à chaque étape, sans remettre son choix en cause, en restant à son écoute. Il lui avait dit de demander une prise de sang pour savoir combien de temps il lui restait et d'évoquer dès le début son choix pour enclencher la procédure. Elle ne le savait pas mais deux rendez-vous préalables étaient nécessaires pour cette opération.

Et l'avortement avait eu lieu aujourd'hui. Elle ne s'était pas vraiment sentie différente mais elle se disait qu'elle pourrait arrêter de mentir à Sasuke. Il devait la trouver bizarre à force.

— N'oublie pas ta prise de sang dans deux semaines, lui rappela-t-il.

— Oui, de toute façon je vois ma gynéco demain histoire de discuter de comment je me sens et d'un contraceptif plus adapté.

— C'est un oubli de pilule qui t'a mise dans cette situation ?

La question aurait pu paraître abrupte mais Suigestu lui avait déjà montré qu'il la soutenait à fond.

— Non c'est une vieille capote. Sasuke les range souvent dans son porte-feuille sauf que les frottements peuvent provoquer de petites lésions avec le temps.

— Merde, vraiment pas de bol.

— Tu l'as dit. En tout cas, tu as géré ton rôle de second, c'est le côté prof de bio qui ressort ?

— J'aimerais bien, sourit Suigestu en léchant sa cuillère. Mais la vérité c'est que j'ai déjà tenu ce rôle, pour ma petite-amie de l'époque.

Devant le regard fixe et attentif de Karin, il développa :

— Notre relation n'était pas stable, d'ailleurs on savait même pas si c'était le mien. Mais elle voulait pas être une fille-mère alors elle a pris la décision. C'était pas facile pour elle, sa famille est très traditionnelle sur la question.

Sa voix n'était pas aussi cynique que d'habitude. Il semblait penser à son ancienne amie avec douceur et tendresse, il ne regrettait pas de l'avoir accompagnée.

— Et tu n'as jamais regretté ?

— Non, jamais. Les enfants c'est... un gros truc.

Karin éclata de rire. Elle n'aurait pas mieux dit. On lui attribuait souvent une haine des gosses parce qu'elle ne rêvait pas de maternité mais cela n'avait rien à voir. Elle avait fait du baby-sitting, elle était maintenant prof, si elle pouvait aider un mioche elle le faisait. Juste, elle ne pouvait pas avoir le sien.

Cette idée la rendait fébrile, elle s'en sentait complètement incapable.

— C'est quoi la suite pour toi ? questionna Suigestu en abandonnant son pot vide.

— Rentrer et profiter de la vie sans enfant, blagua Karin avec un enthousiasme vide.

Un nouvel froncement de sourcils apparut en face d'elle et Suigestu ne tarda pas à s'exprimer :

— C'est pas un peu lâche de continuer cette mascarade ? Basiquement, il veut des gosses et toi non. Vous comptez aller jusqu'où avant d'être officiellement dans une impasse ?

— T'es dur, grinça Karin en se levant.

Il fit de même et la suivit jusqu'à la consigne où ils rendirent leur pot et cuillère.

— Je voulais pas te blesser... Juste, ça va te faire quoi de devoir le repousser quand le sujet reviendra ?

— T'es très fort pour me blesser, croassa la jeune femme en enfourchant son vélo et son casque. À demain et merci.

Karin préférait fuir. Elle n'avait pas vraiment d'ami proche et le jour où elle se confiait à quelqu'un, il annonçait la condamnation de son couple. Elle ne pouvait pas bien le prendre.

Hinata

Pendant ce temps, Hinata voyait les travaux avancer à bon rythme. La salle de bain était finie et la cuisine commençait à prendre forme. Elle savait aussi qu'une des chambre devait être faite pour qu'elle puisse toujours avoir un endroit où se poser quand ils attaqueraient le salon.

Le rencard avec Naruto n'avait toujours pas eu lieu mais elle gardait patience. En attendant, ils se voyaient dans le secret de cet appartement. Et c'était magique.

Elle avait arrêté de se mentir, elle était bel et bien amoureuse de Naruto. Heureusement, cela avait l'air réciproque même s'il n'y avait eu aucune déclaration officielle.

Hinata était aussi ravie de mieux s'entendre avec les deux classes dont elle avait la charge. Elle comprenait de mieux en mieux ce qu'elle devait leur apporter et ce qu'ils attendaient d'elle. L'amélioration de sa situation économique était aussi une source de joie et d'apaisement.

Elle en avait même profité pour voir Neji la semaine passée et son regard d'analyste lui fit du bien. Et il n'avait jamais honte de veiller sur elle.

— Wesh Madame Hyuga !

— Bonjour Tenzin.

Elle avait abandonné l'idée de reprendre les collégiens sur leur tenue ou leur langage. C'était un travail trop colossal à ses yeux. Néanmoins, elle savait qu'ils devraient apprendre certains codes sociaux avant de quitter l'école, des codes utiles en société.

Elle avait dans l'idée de profiter d'une des semaines de découverte pour les sensibiliser à la question.

Hinata venait de s'installer à une table dans la salle des profs que Karin débarqua comme une furie :

— Écoute-moi ça « la question elle est vite répondue », ça a été écrit par un grammar terrorist on est d'accord ?

Ces derniers temps, le moral de la professeur de littérature oscillait beaucoup trop pour que Hinata puisse suivre le rythme. Elle essayait d'être présente malgré le fait qu'elle ignorait tout de sa situation.

— Ça te dit de faire la peinture avec moi ? enchaîna Karin passant du coq à l'âne. On va faire les chambres vu que ça met du temps à bien sécher puis la cuisine avant qu'ils n'aient fini d'installer les meubles.

— D'accord mais je termine à 14h30, prévint la jeune femme.

— On commencera sans toi, j'amène Suigestu, précisa-t-elle devant son incompréhension. Tu as des trucs à cacher ? Comme un gode géant en bois ?

Hinata secoua la tête incapable de répondre verbalement. Elle était plus choquée par les mots en eux-même que par ce qu'ils désignaient. Ce qui rendait perplexe son entourage proche.

— Alors j'y vais avant de décéder sur ces copies de malheur.

— Karin, appela la petite brune, tu es restée toute la matinée ?

— Oui, je suis de la team « super prof » ! s'exclama sa collègue en tendant son poing.

Avec quelques secondes de latence, Hinata répondit en y entrechoquant son poing. Karin semblait fuir sa maison mais elle lui avait déjà tendu la perche pour parler, elle ne pouvait pas faire grand chose d'autre.

Son dernier cours se passa dans un calme relatif, elle avait essayé de faire chanter ses élèves pour la classe de musique mais l'idée n'était pas brillante. Elle n'arrêta pas de jouer aux gendarmes pour arrêter les moqueries des uns et des autres.

Elle rentra chez elle en vitesse et se mit en jogging pour plus de confort. Karin et Suigestu étaient dans la deuxième chambre et passaient du blanc absolument partout y compris le plafond. Un troisième ustensile attendait Hinata qui le prit en main sans tarder.

— Lunettes, rappela Suigestu de sa voix roque.

La jeune femme le remercia timidement et s'exécuta sans tarder. Si sa présence ne la gênait pas en soi, elle l'intimidait tout de même. De manière générale, elle était plutôt du genre à éviter de parler directement aux hommes. Leur assurance faisait souvent ressortir son inexpérience et leur voix avait tendance à couvrir la sienne. Au final, chaque intervention, même minime, lui demandait beaucoup d'efforts.

Les trois professeurs travaillèrent en silence jusqu'à ce que Karin leur impose un débat : pour ou contre les élèves étrangers dans les écoles militaires ? Hinata observa ses deux collègues se disputer longuement alors qu'elle même construisait son argumentaire. Quand Karine commença à s'égosiller contre les arguments fallacieux de l'homme, elle se tourna désespéramment vers elle en quête de soutien :

— Je pense que c'est une bonne chose, les points de vue extérieurs évitent les dérives de l'entre-soi et c'est une bonne façon de jauger la réputation d'une école. Par contre je ne vois pas l'utilité de leur discerner un diplôme militaire en fin de parcours puisque personne ne peut changer de nationalité. (Suigestu était ravi qu'elle lui donne ici raison. ) Un diplôme académique suffit. Quant au scénario catastrophe de Suigestu..., il faudrait avoir au moins 1/7 de nos effectifs qui soit étranger. On en est loin.

— Si à chaque fois que t'ouvres la bouche c'est pour avoir raison, on va pas s'entendre meuf, grogna Karin pour la taquiner.

Hinata sourit d'une oreille à l'autre. Parce qu'elle avait l'impression d'avoir une amie en entendant Karin si familière. Et parce qu'on l'avait laissée exposer tout son blabla sans la couper et que c'était merveilleux.

Karin

« C'est pas un peu lâche ? » la voix de Suigestu lui revenait encore et encore. « Continuer cette mascarade. » C'était pas une mascarade, c'était son mariage. Son mariage, neuf ans de vie et de projets communs. Qu'est-ce qu'il y comprenait ? « Il veut des gosses et toi non. » Il n'en savait rien, point final !

C'était facile de faire celle qui ne comprenait pas chez Hinata ou au collège mais chez elle tout devenait plus... abrupte. Elle savait qu'elle n'aimait pas cet appartement et pourtant c'était elle qui l'avait entièrement redécoré du sol au plafond il y a trois ou quatre ans. Elle avait tenu à garder la surprise et Sasuke avait dû loger chez Naruto durant un mois. À son retour, il avait regardé les lieux en détail complètement ébahi. Cela l'avait surpris que ce soit elle qui propose ce type de décoration presque aseptisé. Il fallait dire que lui s'en ficher la plupart du temps.

En fait, elle avait voulu lui faire plaisir. Lui offrir le bel appartement d'adultes engagés et bien installés dans lequel il avait investi. Et bien entendu, il avait commencé à lui parler d'enfant, évoquant l'idée sans lui demander de réponse frontale. Puis il lui avait clairement demandé face à ses ironies constantes ; « ça te plairait de fonder une famille ? » « Pas tout de suite » avait-elle répondu. Elle voulait retarder l'échéance.

Karin fit un tour sur elle-même, admirant la hauteur sous plafond et la lumière de la pièce. Elle ne s'y sentait plus tout à fait chez elle. L'absence ou la présence de Sasuke ne changeait plus rien désormais, elle y était une intruse. Et cela depuis un petit bout de temps. Elle avait simplement peiné à le reconnaître. Elle ne voulait pas tourner le dos à tout ce que Sasuke et elle avaient construit ensemble, vécu ensemble. Et pourtant elle devait reconnaître qu'elle se sentait mieux loin de chez elle.

La mort dans l'âme, Karin prépara un sac de voyage conséquent et se mit à attendre son mari. Comme tous les soirs. Elle bouquina attablée à l'immense comptoir en regardant fréquemment l'heure. Qu'est-ce qu'il mettait du temps. Elle feuilleta des magazines de décoration et patienta encore. Les mots si violents de Suigedtu lui revenaient en tête : « mascarade » « lâche » « et toi non » et même ce « encore longtemps ». Qu'il se mêle de ses affaires. Peut-être qu'elle allait mal mais elle n'allait pas bazardée neuf ans de sa vie pour si peu.

Enfin Sasuke entra. Il enleva sa veste et sa cravate avec soulagement.

— Bonjour ! Comment s'est passé ta journée de repos ?

Il vit alors sa valise et lui jeta un regard d'incompréhension pure.

— Qu'est-ce qu'il se passe au juste ?

— Je pars, j'ai besoin d'une... pause.

Sasuke était tellement surpris qu'il bafouilla nerveusement.

— Je sais que c'est soudain mais je suis... Je me sens pas très bien, j'ai besoin de temps pour moi.

Son mari resta un moment interdit. Il regarda un de leurs murs crème comme s'il pouvait lui apporter la moindre réponse.

— Tu vas aller chez la petite locataire ? questionna-t-il finalement sans la regarder.

— Oui.

Karin se leva sans savoir si elle pouvait partir ou s'il fallait se dire au revoir plus formellement. Elle prit nerveusement sa valise et se dirigea vers la porte. Sasuke lui suivit jusque là, il se pencha pour embrasser sa joue avant de lui murmurer :

— Prends soin de toi.

Elle hocha la tête avant de se faufiler dehors. Elle voulait échapper à sa gentillesse et sa douceur sinon elle ne voudrait que revenir en courant. Et elle avait plus que tout besoin de distance. Pour digérer sa tristesse. Pour digérer son avortement. Et pour trouver comment arranger les choses. Elle mit bien trente minutes pour arriver chez Hinata à cause du poids de sa valise et l'encombrement de son vélo.

Elle fut grandement soulagée de le poser au local privé et monta les escaliers avec bien plus de légèreté. Elle se dit en frappant la porte qu'elle aurait sans doute du prévenir sa locataire. Même si elles étaient pas des inconnues, c'était plutôt malpoli de débarquer ainsi sans s'annoncer. Elle se promit d'opter pour l'hôtel si Hinata avait l'air trop embêtée. Cette dernière lui ouvrit la porte et elle fut gênée de voir son sourire se figer littéralement. Elle portait un leggings et une haut plus large qui découvrait la naissance de ses seins. C'était presque un décolleté à ce niveau-là.

— Désolée, je vais repasser, marmonna Karin en faisant directement marche arrière.

— Hors de question, s'opposa sa locataire en lui prenant la valise des mains. Entre je t'en prie.

Même si elle avait été prise de court, son hôte se révéla parfaite. Elle la fit s'asseoir sur le canapé d'infortune et lui demanda ce qu'elle voulait boire. Sachant que Hinata n'aurait pas de gin ou de vodka, elle se contenta de quémander un thé. Hinata en prépara deux et s'installa tranquillement à ses côtés. Elle s'était remise de sa surprise et l'accueillait maintenant le plus normalement du monde.

— Tu as besoin de rester ici quelques jours ?

— Quelques semaines, corrigea Karin en se mordant la lèvre. J'ai eu besoin de m'éloigner de chez moi.

Hinata hocha la tête et trempa ses lèvres dans sa boisson chaude. Elle n'était plus surprise de rien, Karin se demanda si elle devait en être vexée ou pas. Elle se souvenait ne pas avoir toujours été correcte avec sa collègue. Mais la jeune Hyuga ne lui en avait pas voulu visiblement.

— D'accord, on ira acheter un deuxième futon demain pour que tu sois plus à l'aise, décréta-t-elle gentiment. Il te faut autre chose ?

— Pas du tout, mais c'est gentil. Tu attendais quelqu'un ? Je savais pas que tu avais un petit ami.

Immédiatement, Hinata rougit jusqu'aux oreilles. Elle posa tellement brusquement son thé qu'il lui éclaboussa la main.

— Je suis plutôt fière de mon effet, nargua Karin sans lui laisser la possibilité de mentir.

— Je... Je préfère ne pas en parler, marmonna son amie difficilement.

Karin haussa les épaules pour signifier qu'elle lâchait l'affaire. C'était bien marrant d'embêter la jolie prude mais elle ne comptait pas s'acharner. Après tout, c'était plutôt rassurant qu'elle prenne le temps de s'envoyer en l'air comme n'importe quelle jeune femme dans la vingtaine.

— J'ai pas envie de gâcher ta soirée donc je peux sortir. Ça te va ?

Le regard nacré d'Hinata se perdit sur le mur nu.

— Mon... ami ne va pas arriver avant 22h, précisa-t-elle d'un ton plein de gêne.

— Si je t'offre 4 heures de 22h à 2h du mat, c'est suffisant pour vos ébats passionnés ?

Hinata qui commençait à retrouver son air habituel ne mit pas longtemps à se colorer de nouveau.

— Je ne suis pas rassurée de te savoir seule en pleine nuit.

—T'inquiètes meuf, je serai aussi avec un ami.

Karin accompagna ses dires d'un clin d'œil suggestif. Devant son sourire immensément gêné, elle ajouta en riant :

— Tu finiras bien par t'habituer, bientôt tu pourras même dire des gros mots.

Son acolyte leva les yeux au ciel pour signifier son incrédulité. Elle préféra changer de sujet et évoquer leur première semaine de découverte ainsi que la réunion parent-prof qui s'organisait doucement.

— Je déteste c'est histoire de thème. Et puis, la vie de tous les jours. C'est vraiment trop naze.

— Fais attention, les élèves vont dire que tu leur piques du vocabulaire.

— Jamais je ferai ça, s'exclama Karin avec un geste de recul évident. Je me respecte !

— J'avais une idée... Ce serait sur les gros mots que j'entends habituellement dans les couloirs.

— Mmh, tu pensais faire quoi ?

— Juste une sensibilisation sur leur construction de base et l'utilisation qu'on en fait aujourd'hui. Du coup ce serait davantage les injures que les gros mots en général.

Karin se leva pour récupérer son carnet et commençait à noter leurs idées. Elles commencèrent par faire une liste des insultes qu'utilisaient fréquemment leurs élèves voir leurs collègues. C'était drôle que Hinata n'ose prononcer aucun des termes décriés et se contentait donc de les écrire à côté des siens.

Mais une fois qu'elles eurent classé et analysé leur liste, elles se demandèrent comment tourner leurs activités. C'était bien beau de dire aux jeunes que ces termes étaient sexistes et dévoyés, mais ce n'était pas comme si les uns et les autres arrêteraient de s'insulter. Le plus intéressant serait de les aider à construire une alternative signifiante.

— On peut leur proposer d'inventer des termes, proposa Karin. Si on travaille un peu l'étymologie et la construction sémiologique, ça peut être intéressant...

— Tu t'y connais ?

— De manière amateur. Je devrais bosser d'ici là pour être au point. Tu pourrais appuyer avec des exemples historiques tu penses ?

— Bien sûr ! Il y a de nombreux pamphlets très salés ou originaux qui pourront servir d'exemples.

Hinata

La jeune femme écrivait frénétiquement ses idées sur son cahier alors que Karin faisait la vaisselle dans la salle de bain. C'était bientôt 22h et sa nouvelle colocataire avait prévu de rejoindre le nouveau centre. Elle lui avait révélé qu'elle comptait y rejoindre Suigestu qui taguait fréquemment.

Hinata se demanda s'il y avait quelque chose entre ses deux collègues. Ils passaient pas mal de temps ensemble ces derniers temps et elle les voyait tout à fait se rapprocher ainsi. Elle avait même l'impression qu'ils faisaient la paire quand elle se retrouvait témoin de leur joute verbale. Naruto devrait arrivé bientôt, il avait dit qu'il terminait un rapport et le projet de communication. Le SMS qu'elle reçut lui indiqua qu'il en avait à peu près pour une heure.

— Je peux annuler ce soir si tu es fatiguée, proposa une nouvelle fois Hinata qui s'en voulait et avait encore l'impression de la virer de chez elle.

— Détends-toi et profite de ton homme.

Karin fit claquer la porte en partant, elle ne semblait pas lui en vouloir vu la grimace mi-coquine mi-comique qu'elle lui avait faite. Il fallait maintenant qu'elle s'occupe en attendant son... petit-ami ? Non, c'était trop tôt pour le désigner ainsi. Même si elle le trouvait magnifique, attentionné et gentil. Et qu'il l'écoutait avec attention. Et qu'elle commençait à être vraiment à l'aise à ses côtés.

Elle fit quelques recherches et réserva les livres qu'elles comptaient utiliser pour leur module. La chose prit tellement de temps qu'elle n'eut pas le cœur de commencer autre chose, elle préféra s'allonger dans son canapé de fortune. Il était assez fréquent que Naruto arrive en retard à tel point qu'elle lui avait remis un double des clefs au cas où elle s'endormirait. À chaque fois que cela était arrivé, il s'était glissé à ses côtés pour finir la nuit. Sans doute que cela ne serait plus possible avec l'emménagement récent de Karin. D'ailleurs, elle devrait sûrement récupérer ce double.

Le bruit des clefs la fit sortir de son demi-sommeil, elle papillonnait des yeux quand Naruto déposait ses affaires à l'entrée. Il était vêtu d'un chemise claire et d'un pantalon de couleur. Il était aussi impressionnant qu'en complet.

— Bonsoir toi, sourit Naruto en s'approchant. Tu peux continuer à dormir.

— C'est pas la peine, assura la brune en se redressant. Tu as passé une bonne journée ? Je t'ai vu sur une nouvelle affiche aujourd'hui.

Naruto fronça les sourcils de manière comique. Il était semi-désespéré des représentations qui étaient faites de lui, même s'il les savait nécessaires.

— Laquelle ? Pas celle pour les profs quand même ?

— Non, rit-elle, celle pour les transports en commun. C'est quoi cette nouvelle campagne ?

— De recrutement, encore. Il y a une déficience en particulier pour les classes de maternelle et primaire. Tu voudras bien me donner ton avis ?

— Bien sûr mais ce sera en amatrice, précisa Hinata. Tu as une petite tête, cette journée ne devait-elle pas être moins lourde ?

— Normalement si mais la Racine s'est joint au Consistoire au budget alors qu'elle se contente de l'audit habituellement. Bref, c'était complètement inaudible et inutile. Même Sai était dégoûté.

Hinata se mordit nerveusement la langue. La Racine était la principale source de contre-pouvoir au Hokage, elle savait qu'ils avaient pour principal objectif de pousser ce dernier dans ses retranchements argumentaires pour renforcer ses positions. Malheureusement, cela faisait cinquante ans que l'organe était accaparé par Shimura Danzo. Son but était clairement de gangrener les autres organes de pouvoir.

— Est-ce qu'il va être renouvelé du coup ? questionna timidement Hinata.

Sa formation lui donnait déjà une compréhension plus poussée que la moyenne sur leur système politique néanmoins sa réalité pratique et administrative demeurait très souvent un mystère.

— Non j'ai refusé. J'ai commandé un rapport d'incidence du greffier et une vue d'ensemble des cohortes pour que je puisse préparer l'audit. Enfin, moi et mon équipe bien sûr, corrigea-t-il devant son regard effaré.

— Mon équipe et moi, corrigea Hinata sans parvenir à se départir de son froncement de sourcils.

— Oui, c'est vrai, souffla-t-il dramatiquement comme très heureux d'avoir été surpris fautif. Tu as été récupéré d'autres de tes affaires ?

Naruto posait un regard curieux sur la valise de Karin. Elle se chargea donc de lui expliquer la situation ce qui le surprit grandement :

— Elle a largué Sasuke ?

— Je ne sais pas, elle a parlé de distance seulement.

— Tu l'avais vu venir ?

— Pas vraiment mais elle a été étrange ces derniers temps.

— Alors j'essaierais de lui tirer les vers du nez. Première attaque demain matin !

Hinata cligna bêtement des yeux. Il lui paraissait tellement curieux qu'il évoque ainsi le lendemain matin.

— Comptes-tu rester dormir ?

Devant son acquiescement plein d'évidence, elle dut répondre le cœur battant :

— Je pensais que nous essayerions d'être discrets, y compris avec nos proches.

Naruto se redressa à l'entente de ses paroles, il caressait distraitement la jambe laiteuse posée sur lui.

— Pourquoi ça ?

— Parce que je suis une jeune professeure et que tu es Hokage. Parce que ce n'est que le début de notre relation.

Il pencha la tête légèrement, tout sauf convaincu. Il lui parla lentement :

— Hinata, je veux bien prendre mon temps mais il y a un moment où il faut s'engager. J'aime venir te voir mais je souhaite plus que de courtes nuits à tes côtés.

La jeune fille détourna les yeux de son regard décidé. Il était tellement sûr de lui, jamais elle n'arriverait à ce niveau de confiance en elle ou en ses désirs. Elle considérait encore comme une bénédiction d'avoir rencontré et plu à Naruto. C'était complètement inespéré alors qu'allaient penser leurs proches ? Les siens s'inquiéteraient comme toujours mais ceux de Naruto seraient sceptiques voire déçus de son choix. Elle n'était qu'une recluse de clan reconvertie quand Naruto s'était illustré brillamment.

— J'ai peur de ce qu'on en dira, avoua la jeune femme en serrant sa main droite.

Elle y mit tellement de force que ses ongles s'enfoncèrent et rougirent sa peau. Surprenant le regard de son petit-ami, elle desserra sa poigne.

— Nos proches veulent notre bonheur, tu n'as rien à craindre d'eux, raisonna Naruto de sa voix la plus apaisante.


Bonjour merci d'être là et merci à Elodouuu pour son message qui m'a ravie. Ce week-end c'est le Z-event sur Twitch, en partenariat avec Amnesty International. Ça va être génial !

À la semaine prochaine !