XIV. 37% de malheurs
Karin
Hinata avait raison, il ne fallait pas s'avouer vaincu. Ce n'est qu'un ralentissement, se persuadait Karin en cherchant furieusement des informations. Elle cherchait les journalistes des hebdomadaires de Konoha dans l'espoir de pouvoir en rencontrer un et être publié. Elle avait commencé par les rédacteurs en chef, les secrétaires de rédaction et des essayistes réguliers.
L'essentiel de sa recherche se passait sur le Cercle, le premier réseau social du continent. Il avait l'avantage de permettre de faire cohabiter différents cercles sociaux en laissant les usagers choisir le degré de transparence. Karin pouvait ainsi connaître les professionnels ainsi que les cercles impersonnels mais publics auxquels ils appartenaient. Elle espérait trouver une porte d'entrée un peu informelle pour bénéficier d'un traitement de faveur.
Malheureusement ses recherches se heurtèrent à un certain manque d'information mais aussi au fait qu'elle participait à peu d'évènements communautaires. Elle avait beau avoir travaillé bénévolement à l'organisation de l'Open Event, elle avait refusé de joindre l'association bénévole de Tanmei. Elle pensait que ce ne serait pas suffisent pour l'intéresser sur le long terme. Elle avait beaucoup regretté depuis et encore plus maintenant que ça lui aurait été utile.
Malgré les défauts de son approche, elle essaya tout de même d'envoyer quelques mails au moins pour ne pas rester sur un échec. À vrai dire, elle ne voyait pas quoi faire d'autres. Elle ne se voyait pas aller directement à leur locaux, elle n'aurait même pas été sûre d'y trouver quelqu'un de compétent pour son problème. Suigestu arriva à ce moment, alors qu'elle était toujours penchée nerveusement sur son écran.
— Je pensais avoir un réveil plus chaleureux que ça, grogna-t-il en se laissant tomber à côté d'elle.
Karin s'excusa mollement et lui passa sa tasse de thé en dédommagement. Il grimaça quand il s'aperçut qu'il était froid et partit directement le réchauffer au micro-ondes.
— Tu l'as fait n'importe comment, remarqua-t-il avec humeur. Combien de temps tu as laissé la boule infuser ?
— Chais pas.
Karine était toujours en train de naviguer d'une page à l'autre espérant tomber sur la personne susceptible de résoudre tous ses problèmes. Évidemment, une telle méthode de recherche ne donnait aucun résultat satisfaisant. Elle sentit la présence de Suigestu dans son dos, derrière le canapé mais ne s'en préoccupa pas. Elle n'avait rien à cacher et n'était pas gênée de le savoir en train de lire par dessus ses épaules.
— Tu vas te ré-orienter ? tenta-t-il de deviner.
— Non, je cherche à faire publier une tribune.
— Faut que tu m'expliques plus meuf.
Karin posa son PC sur la table basse et se tourna vers son compagnon. Dès qu'il fut installé à ses côtés, elle lui raconta la discussion qu'elle avait eu avec le procureur et l'idée qu'avait eu Hinata. Puisqu'elle voulait convaincre les jurés autant qu'elle s'adresse à une population similaire. Les tribunes des journaux étaient les lieux parfaits pour cela mais le problème c'était qu'elle n'était ni une intellectuelle ni une personnalité connue. Se faire publier restait donc très compliqué.
— Tu sais déjà ce que tu veux mettre dedans ? questionna Suigestu avec ce regard attentif qu'elle adorait.
— En gros, oui.
— C'est pas suffisant, il faut au moins que tu ais un premier jet sinon personne ne te laissera une chance. Écris-le, moi j'appelle des gens pour te mettre en contact.
Le scientifique était déjà en train de sortir son portable et de passer au crible ses contacts. La jeune professeure n'en croyait pas ses yeux, il était vraiment en train de résoudre son problème d'un claquement de doigts. Quand il la surprit à le fixer les yeux ronds, il lui administra un coup de coude bien placé accompagné d'un sévère « Au travail ! » Alors il était vraiment sérieux.
Elle récupéra son PC et ouvrit un document vierge. C'était le moment d'être claire et concise ; autant que possible.
Il fallait d'abord que le lecteur sache qui parlait puisqu'elle n'était qu'une illustre inconnue. Une présentation s'imposait : elle donna son prénom, son âge et sa profession puis expliqua qu'elle avait jadis été adoptée par Orochimaru et avait travaillé pour lui. Elle raconta qu'il n'était ni aimant ni solidaire : elle devait se débrouiller seule la plupart du temps, il était toujours en voyage ou occupé. Ses seuls intérêts avaient toujours été sa recherche.
Il fallait insister sur le déterminant car il était capital. Son seul objectif était d'être immortel, il pensait pouvoir réaliser son vœux et était prêt à tout pour s'en donner les moyens. Le trafic d'êtres humains et d'organes dans lequel il s'était lancé servait uniquement à avoir les ressources. Il était égoïste de nature et les bienfaits collatéraux qui découlaient de ses actions ne pouvaient lui être attribués.
Il fallait finir sur quelque chose de marquant mais elle n'avait aucune idée pour cela. Elle décida qu'elle en parlerait à Suigestu dès qu'il aurait fini sa conversation. L'homme n'avait pas chaumé à côté d'elle et il avait réussi à démarcher plusieurs personnes qui travaillaient dans des journaux. Dès qu'il eut fini, il lui expliqué que c'étaient des personnes qu'il connaissait par le Syndicat du Professorat du Secondaire. Plusieurs avaient déjà publié en leur propre nom ou travaillé plus globalement à la gestion de tel ou tel quotidien.
Elle pourrait rencontrer ceux qui avaient semblé intéressés par son papier dans la journée et elle n'aurait qu'à retravailler sa tribune pour qu'elle soit plus professionnelle. En attendant, Suigestu lui offrit une première relecture. La structure allait bien mais certaines idées étaient trop peu claires alors que d'autres s'étendaient sans raison. Elle corrigea de bon cœur.
Karin sortait enfin de l'impasse.
— Qu'avait fait ton frère pour nuire à Orochimaru ? questionna-t-elle soudainement. Il est pas vraiment du genre à porter plainte.
L'homme ricana d'un ton aigre.
— Mon frère a été con, reconnut-il. Junbi-Sabi était la banque avec qui traitait cette ordure. Certainement celle aussi qui a soutenu son évasion et ses années de planque. Mon frère s'est fait embauché et a détourné leur argent pendant plusieurs années, des milliards sont partis pour la fondation Enfance aux Enfants.
Les banques ne plaisantaient pas quand on attaquait leur porte-feuille, son frère avait dû écoper d'une lourde peine. Au moins, il avait été assez intelligent pour tout envoyer à une fondation à but non lucratif. Cela signifiait que la banque n'avait pu récupéré cet argent en totalité, tout juste aurait-elle reçu un indemnité de son assurance.
— Classe, vraiment dommage qu'il se soit fait prendre.
Hinata
Finalement, ils n'avaient même pas utilisé les préservatifs qu'elle avait amené dans le salon par précaution. Naruto avait débarqué en peu de temps et s'était déshabillé en moins de deux minutes. Contrairement à ce qu'elle aurait pensé, il ne l'avait pas rejointe. Il l'avait plutôt suppliée qu'elle continue à se toucher sous ses yeux une pratique avec laquelle elle était habituellement peu à l'aise. L'instant était pourtant si particulier qu'elle s'était laissée entraîner.
Et elle ne le regrettait pas du tout ; sous son regard, elle s'était donné un orgasme plus fort que jamais.
Il annonça qu'il allait chercher une serviette pour essuyer le sperme qui avait giclé sur son ventre. Hinata inspira doucement détendue. Une petite voix en elle se demandait si Naruto allait retourner directement au travail mais elle choisit de l'ignorer. De un ce n'était pas son genre, de deux elle avait toujours la sensation d'avoir été capricieuse en requérant ainsi sa présence.
Dès qu'il revint, il s'installa à ses côtés et la prit tendrement dans ses bras. La tête au creux de son épaule, Hinata respira tranquillement son odeur. Peu importe comment finalement, elle était réellement heureuse d'avoir retrouvé son petit-ami.
— Juste pour qu'on soit raccord, je n'ai pas l'habitude d'acheter de la lingerie dans le dos de la concernée.
— Ah oui, tu as juste l'habitude d'acheter de la lingerie ? sourit Hinata sans le regarder.
— On peut dire ça, reconnut-il. Désolé de ne pas t'en avoir parlé.
Hinata l'excusa d'un baiser sur la joue.
— J'ai un peu froid, je vais me changer.
Immédiatement, les mains de Naruto se crispèrent sur ses hanches pour la retenir.
— Je peux te prendre en photo ?
Avant même d'avoir pensé à une réponse, Hinata cacha maladroitement sa poitrine alors qu'elle secouait la tête. Il était hors de question qu'une telle présentation d'elle passe à la postérité. Ce serait beaucoup trop humiliant à ses yeux. Heureusement, Naruto comprit immédiatement ses pensées et n'insista pas. Au contraire, il lui proposa la chemise qu'il avait abandonné sur le fauteuil. Il s'approcha pour la boutonner doucement.
— Et comme ça je peux ? Je veux juste un souvenir de ce jour magique.
Hinata gloussa sans pouvoir s'en empêcher, elle accepta d'un hochement de tête et essaya maladroitement de se recoiffer. Une fois qu'il eut sa photo, il vint se recoller à elle, lui assurant qu'il n'avait jamais eu de plus belle surprise.
— Il faudra m'expliquer pourquoi cette coupe est si bien protégée, commenta doucement la professeure pour cacher sa gêne.
— C'est très simple : c'est ma première victoire contre Sasuke. Concours de rhétorique en classe de 3e.
— Donc ce n'est pas très précieux comprit-t-elle aisément. Pourquoi déployer un telle protection ?
— Sasuke m'a assuré que j'en aurais rien à faire dans quelques années et que me connaissant j'allais la casser ou la perdre. Donc dès que j'ai pu investir un peu, j'ai protégé ma petite fierté !
L'anecdote la fit sourire grandement. Elle aimait le ton amusé et décidé qu'il avait. Mais bien sûr, ce moment ne dura pas. Son téléphone se mit à sonner avec insistance la mise sous silence avait dû s'achever. Naruto répondit, argumenta avec son second, ils échangèrent même quelques mots d'oiseaux qui la mirent un peu plus mal à l'aise.
— Tu te rapelles que j'avais pris mon week-end quand même ?
À peine avait-il fini sa question que Naruto levait les yeux au ciel face à la réponse de son interlocuteur. Il se retrouva bientôt à acquiescer la mine contrainte.
— Donne-moi trente minutes, dit-il avant de raccrocher d'un geste sec.
Hinata se fit discrète, touchée par la contrariété qu'elle observait chez son petit-ami. Il finit néanmoins par se laisser tomber sur le dossier et passa son bras autour de ses épaules. Elle entendit nettement ses regrets quand il s'excuse mollement.
— Qu'est-ce qui t'est tombé dessus cette fois ?
— Les associations de consommateurs ont épinglé plusieurs agriculteurs bénéficiant de subventions. Ils auraient utilisé un pesticide prohibé. On aimerait régler ça avant que les journaux s'en emparent.
Hinata passa une main encourageante dans ses doux cheveux blonds. Elle avait tellement était déçue quand il avait été candidat au poste de Hokage et qu'il s'était coupé les cheveux pour appaître plus sérieux.
— Va te doucher mon cœur, tu te sentiras déjà plus d'attaque pour le travail.
Il lui offrit un doux sourire et un baiser plus tard, il prenait la direction de la salle d'eau. Hinata comprit que ce week-end était mal tombé encore une fois. La déception se mêlait à la lassitude. Il y aurait toujours plus urgent, plus important, plus décisif qu'elle dans la vie de Naruto. Et elle ne savait pas si elle était capable de supporter cela.
Elle prit la décision d'abréger cette visite. Naruto avait de toute évidence beaucoup de travail et elle ne voulait pas continuer à l'attendre ainsi. Autant rentrer chez elle, bouquiner un peu et qu'il passe s'il avait le temps. Elle se changea elle aussi et ramassa les quelques affaires sorties de son sac à dos.
— Hinata je peux récupérer ma chemise ? Je vais vraiment me faire charrier si je change de fringues.
La concernée sourit en entendant ces mots, elle sortit avec la chemise et son sac. Elle était un peu froissée et Hinata s'en voulut directement. Elle aurait dû faire plus attention, elle avait vraiment la tête ailleurs. Pourtant, il l'enfila sans brocher s'arrêtant simplement sur son sac qu'elle avait déposé dans le couloir.
— Je pensais rentrer chez moi pour la fin du week-end. Tu as beaucoup de travail alors ça ne sert pas à grand chose que je t'attente toute la journée.
Elle vit immédiatement que cette solution ne lui convenait pas du tout. Sa grimace était parlante. Il se pinça l'arrête du nez avant d'offrir sa contre-proposition :
— Ou sinon, tu m'attends chez Sasuke et on se retrouve en fin d'après-midi. J'habite chez lui depuis un petit moment ce sera pas si différent. Tu ne seras pas seule et tu auras facilement de quoi t'occuper.
Hinata cligna des yeux complètement hébétée par sa proposition. Il l'envoyait chez son meilleur pote.
Karin
Ils mourraient littéralement de faim. Après s'être contentés d'un thé pour commencer leur journée, ils avaient sauté leur repas pour trouver quelqu'un à même de publier la tribune de Karin. Elle avait reçu certains conseils qui l'avaient poussé à retravailler son premier jet et en était maintenant à la version cinq de son article. Suigestu avait vraiment été efficace et il avait rapidement pu sortir une liste de quinze personnes qui avaient semblé intéressés par sa démarche. Peut-être qu'elle aussi devrait adhérer au SyPSec... Quoi qu'elle était une vraie bille en droit.
Karin avait dû rappeler les professionnels pour leur lire un passage de la tribune ou leur expliquer son plan. Certains avaient dit non à ce moment là soit parce que ça ne correspondait pas à leur ligne éditoriale soit que le point de vue ne les intéressait pas. D'autres avaient demandé à ce qu'elle leur envoie le document en pièce-joint et une des secrétaires de rédaction avait simplement demandé si c'était possible qu'elles se voient entre midi et deux.
La jeune professeure avait sauté sur l'occasion bien entendue. C'était vraiment trop bien de rencontrer quelqu'un d'aussi motivée alors Karin ne perdit pas une minute. Elle prit une douche rapide et se questionna cinq minutes sur le statut de ce rendez-vous. Était-ce informel ? Ou bien professionnel ? Quelle tenue devait-elle avoir ? Dans le doute, elle choisit ce qu'elle avait de plus neutre.
Suigestu l'accompagna jusqu'au lieu de rendez-vous mais ne resta pas. Il lui dit simplement d'envoyer un texto quand elle aurait fini. Karin n'eut plus qu'à patienter trois minutes jusqu'à ce qu'il soit précisément treize heures et qu'une femme s'avance vers elle. Elle portait un long cardigan, une ample jupe encore plus longue et un haut à motif fleuri. Ses lunettes rondes adoucissaient un peu plus ses traits en une expression maternelle tandis qu'elle avança sa main pour les présentations :
— Nonô Yakushi, ravie de vous rencontrer. Je peux vous appeler Karin ?
La rousse s'empressa de hocher la tête. Les odeurs de nourriture lui faisaient un peu tourner la tête et elle fut très heureuse de voir son acolyte commander une salade de fruits. Elle en prit une elle aussi.
— J'ai beaucoup aimé votre tribune c'est tout à fait le style de La Feuille. Est-ce que vous avez déjà publié quoi que ce soit auparavant ?
— Non jamais, il y a peu de chance que je recommence. C'est simplement un sujet qui m'hérisse le poil.
— Qu'on soit clair, vous avez exprimé ce que je pense de cet appel et ce stupide marchandage au titre. Si Orochimaru voulait aider qui que ce soit, ça se saurait. C'est pour ça que j'aimerais vous publier.
Ses paroles étaient du miel pour Karin qui n'imaginait pas que cela puisse se passer aussi bien. Et elle n'avait pas tort.
— Par contre, il va falloir que je vérifie votre identité.
La femme en face marqua un temps d'arrêter pour vérifier que Karin était toujours d'accord. De toute façon, elle ne pouvait rien faire d'autre qu'acquiescer. Elle n'avait rien à cacher sur sa vie, et elle n'avait pas menti. Mais elle devait reconnaître qu'elle était très mal à l'aise de voir sa vie passée au crible par une inconnue totale. Surtout que son interlocutrice ne lui avait pas fourni de preuves d'identité pour sa part. En la voyant sortir ce qui ressemblait à un question, Karin prit son courage à deux mains.
— Excusez-moi, est-ce que je pourrais voir une pièce d'identité et un papier certifiant que vous êtes bien affiliée à La Feuille s'il vous plaît ?
Yakushi ne fit aucune difficulté, elle mit sur la table sa carte d'identité, sa carte de presse et ce qui ressemblait à une carte professionnelle et la laissa prendre le tout en photo. Rassurée, Karin l'enjoignit à poser ses questions. Ce ne fut clairement pas son moment préféré mais la journaliste savait faire preuve de tact donc ce ne fut pas l'horreur totale non plus.
Elles parlèrent de son changement de nom de famille, de son enfance. Le foyer où elle avait vécu, le processus d'adoption, les écoles qu'elle avait fréquentées, les lieux où elle avait habité. Il n'était pas difficile de comprendre que la journaliste posait des questions dont elle pourrait aisément vérifier les réponses. Une fois satisfaite, la professionnelle lui fournit une relecture de sa tribune ; il y avait encore des points à changer ce qui commençait à désespérer Karin.
Le dernier point à aborder fut la rémunération. Étant donné qu'il s'agissait d'une unique publication, elle toucherait une pige et en cas de réutilisation de son article, elle toucherait des droits d'auteur. Pour finir l'entrevue, Yakushi lui laissa ses coordonnées pour la joindre, le contrat de publication vierge qu'ils signeraient, et les remarques pour remanier sa tribune. Après s'être assurée que la jeune femme n'avait aucune question, elle paya pour elles deux et partit.
Karin était littéralement épuisée. Elle avait l'impression d'avoir subi une immense journée de travail qui la laissait sur le carreau. Après avoir rangé les documents qu'elle avait récupéré, elle téléphona à Suigestu pour le retrouver. Il était passé à une boulangerie leur prendre des immenses sandwich et ça ne pouvait pas mieux tomber. lls dévorèrent ça en marchant, trop pressé de manger même s'ils avaient hâte de rejoindre l'appartement pour se poser.
À peine eurent-ils passé la porte qu'ils convinrent que retourner dormir était la bonne chose à faire. Allongés ainsi, l'un tourné vers l'autre, ils restèrent un long moment silencieux juste occupés par l'attention de l'autre. Karin sentit son ventre tanguer face à l'intensité de son regard. Deux orbes d'un violet pâle qui lui donnaient l'impression que plus rien d'autre n'existait autour.
Disparu son sourire sardonique, ses traits étaient sérieux, concentrés. Elle s'aperçut qu'il fronçait même les sourcils.
— Pourquoi tu me regardes comme ça ? chuchota Karin en étouffant un bâillement.
— Je trouve ça dingue ce que tu as fait, répondit-il sur le même ton. Je te suis tellement reconnaissant. Tu sais que j'ai grandi dans une maison d'amendement je crois.
Karin hocha mollement la tête, elle se souvenait de s'être demandé ce qu'avait fait le petit Suigestu pour mériter d'être envoyer là-bas aussi longtemps.
— À partir de tes huit ans si j'ai bonne mémoire.
— Ouais, avant ça j'ai eu pas mal de merde. Mes parents sont morts dans un accident de la route, on allait voir un match de mon frère. J'étais blessé plutôt gravement alors on m'a transféré dans une des cliniques d'Orochimaru.
La jeune femme se tendit immédiatement. Ces cliniques avaient fermé à cause des divers scandales et elle avait peur de ce qu'elle allait entendre.
— J'ai été soigné puis on m'a réclamé des services pour payer l'opération. Mon frère me soutenait et quand il a su qu'on me demandait de voler des cadavres à la morgue, il a dit niet. On a préféré voler de l'argent pour rembourser notre dette.
— C'est plus simple à porter, surtout pour un gosse, commenta Karin en essayant de mettre cette triste histoire à distance.
— La clinique a eu son argent et nous bah une condamnation. J'avais pas de casier mais mon frère si alors la maison d'amendement était le seul moyen de rester ensemble. C'est ce qu'on a choisi. Et ça nous a plutôt réussi jusqu'à ce que mon frère parte en vendetta.
Touchée, Karin s'avança vers lui pour le prendre doucement dans ses bras. Personne ne méritait un tel enchaînement de merdes.
— Et du coup c'est après que vous avez déménagé à Konoha ? demanda-t-elle en essayant de retrouver un peu de légèreté.
— Non, la maison était dans les environs de Konoha. On a quitté Kiri pour que Mizuki, mon frère, se défasse de ses mauvaises fréquentations. Il est reparti à Kiri quand il s'est installé avec sa copine et moi je suis resté.
N'ayant rien à répondre, Karin leva une main pour caressa sa joue encore fraîche. Elle embrassa la commissure de ses lèvres doucement. Elle rêvait d'être un soutien pour lui, comme il l'avait été pour elle. C'était la seule chose qui comptait à l'instant.
Hinata
L'historienne regarda le canapé gigantesque sur lequel elle s'était jadis assise il y a des lustres. Quand Karin lui avait proposé de lui louer leur T3 et qu'elle n'en revenait pas de sa chance. Et voici qu'elle était de retour sauf que cette fois, une petite fille dessinait des mandalas à côté d'elle et qu'elle entendait Sasuke taper régulièrement sur le clavier de son ordinateur. Ils avaient mangé tous les trois à midi et heureusement que la petite Sarada était là, c'était clairement elle qui avait mené la discussion.
Hinata attrapa le livre qu'elle avait choisi dans l'immense bibliothèque qu'elle avait vue plus tôt. Elle sentait dans tout son corps qu'elle n'avait rien à faire ici. Son sac à dos était abandonné sous le porte-manteau comme si elle voulait pouvoir fuir à tout moment. Et elle voulait fuir, c'était ça le pire. Le problème c'était qu'elle s'était engagée auprès de Naruto, elle avait dit « à ce soir » et elle avait hâte que ce moment arrive.
Et puis ça aurait pu être pire. Sasuke l'avait accueillie avec distance et elle ne savait pas si c'était parce que Naruto lui avait imposé sa présence ou parce qu'elle était proche de Karin. Elle avait proposé son aide pour finir de préparer le repas et mettre la table puis avait dû faire des efforts pour manger suffisamment. L'expérience lui avait appris que le stress était un vrai coupe-faim chez elle et qu'elle finissait toujours par le regretter.
Son hôte lui avait offert un rapide tour de l'appartement. Elle apprit qu'en ce moment, Sasuke, Sakura, Naruto et Sarada vivaient tous ici et que chacun avait sa chambre. L'appartement était gigantesque à ce point. Et il comprenait une grande salle qui avait deux bureaux et une belle bibliothèque. Sasuke avait précisé que Karin s'était chargée de monter cette impressionnante collection. Ça l'avait faite sourire.
Il l'avait laissée là, précisant qu'elle pouvait prendre ce qu'il lui plaisait. Elle avait choisi Qu'est-ce que la littérature ? pour explorer de nouveaux horizons.
Maintenant elle devait faire passer le temps en attendant que Naruto arrive. Elle n'avait reçu aucun message de sa part pour l'instant mais c'était souvent ainsi quand il était pris par le travail. Arrivée au trois quart de cet essai, Hinata fut contente de passer à autre chose. Sarada et elle essayèrent le kit à tricot que la petite fille s'était vu offrir par son père. Hinata trouva le cadeau étrange mais c'était une activité tranquille qui demandait de la dextérité et la jeune Sarada l'impressionnait avec son air concentré. Elle enchaîna les points mousse à ses côtés.
Quand elle s'aperçut que la petite fille commençait à remuer, elle lui proposa de finir sa ligne et de ranger les pelotes et aiguilles ; autant ne pas continuer si cela l'agaçait. Une fois cela fait, Sarada en profita pour se mettre debout sur le canapé très heureuse de sauter mollement.
— Tu es l'amoureuse de Naruto ?
Hinata acquiesça, déjà attendrie par la jeune enfant.
— Pourquoi tu n'étais pas là avant ?
— Cela ne fait pas longtemps que j'ai rencontré Naruto, quelques mois à peine.
— C'est long je trouve.
— Et toi qu'est-ce que tu fais à Konoha ?
— Maman et moi on a déménagé à Konoha pour mon CP. Maman travaille beaucoup et je dois faire pareil pour apprendre à lire.
Hinata se réjouit s'intéressant un peu plus aux occupations de la jeune fille. Elle avait rarement eu l'occasion de fréquenter de jeunes enfants hors de son clan et peut-être que ça lui manquait un peu. Elle se sentait un peu isolée à fréquenter les mêmes personnes soit les collégiens soit ses collègues et parfois Naruto. Et il fallait dire qu'elle n'avait pas eu l'occasion de se rapprocher de ses camarades de roller ; ou plutôt sa timidité l'en avait empêchée encore une fois.
Elles migrèrent toutes les deux à la cuisine quand Sasuke leur demanda un coup de main. Il répartit les tâches et elles furent charger de la découpe. L'activité stressa grandement de Hinata qui devait surveiller cette enfant qu'elle connaissait peu et qui se concentrait intensément pour couper les poivrons. Heureusement, Sasuke ne lui en demanda pas plus, lui demandant plutôt d'aller se doucher et se mettre en pyjama pour ne pas avoir à le faire fatiguée.
Seule avec l'impressionnant ténébreux, Hinata prit sur elle pour engager la conversation. Se remémorant les rares évocations de Karin ou Naruto, elle tenta :
— Tu travaillais pour ton clan cet après-midi ?
Et dès qu'elle eut poser cette question, elle se sentit infiniment plus mal à l'aise. Elle savait pourtant qu'il ne fallait pas parler du clan Uchiha. Il y a un peu moins de vingt ans, une unité d'intervention avait « nettoyé » violemment leur quartier résidentiel. Une cinquante d'agents militaires qui avaient envahi les lieux, avec pour résultat cinq morts, une quinzaine de blessés et l'arrestation autoritaire de tout le clan. Une opération rude qui s'était vu justifier par la divulgation des sous-tables et la condamnation sans procès par le Daimyo.
L'histoire était restée un traumatisme plus ou moins général : le frère de Sasuke, Itachi, était à l'origine de la publication des sous-tables et avait été tué peu après les évènements. Impossible donc de savoir ce qu'il s'était vraiment passé et qui était coupable de quoi. Aujourd'hui encore, les trois quart des membres du clan Uchiha étaient emprisonnés et les autres avaient perdu toutes les protections qu'offrait auparavant leur clan.
Elle venait de mettre les pieds dans le plan. Elle voyait qu'il était davantage sur ses gardes.
— Oui. Pour obtenir le rétablissement des tables principales, je dois innocenter mon clan de chaque accusation une à une.
— Tu fais ça depuis longtemps ?
— Sept ans.
Hinata resta un moment coite, elle avait l'impression de ne vraiment pas être à sa place en ce moment. La sensation d'être une enfant capricieuse ne la quittait pas : son clan n'avait aucune histoire tragique tout juste un fonctionnement rigide mais elle avait tout de même été protégée et choyée durant son enfance. Au contraire, Sasuke avait dû passer du tout au rien avec violence.
— Désolée pour ce qu'il s'est passé... Ça a du être très difficile.
— Vu où je suis maintenant, ce serait mal venu de me plaindre, rétorqua l'homme sans cesser de s'activer.
Hinata hocha gauchement la tête, très gênée d'avoir abordé le sujet. Elle fit quelques pas sans savoir quoi faire pour s'occuper ou paraître occupée dans cette immense cuisine. Elle se creusa la tête pour trouver un sujet plus neutre à aborder.
— Naruto m'a dit que vous vous connaissiez depuis la primaire, tenta-t-elle.
— Exact, il a toujours été là.
Le ton de Sasuke était devenu un peu plus doux et Hinata en fut toute attendrie.
— Comment êtes-vous devenu ami ? osa-t-elle.
— Au cœur de la tempête. J'étais alité à cause du bertholite utilisé pendant leur descente. Dévasté parce qu'on m'avait privé de ma famille et mort d'inquiétude car chaque nouvelle était pire que la précédente. Et Naruto venait me voir parce qu'on était ensemble pour les exercices de sciences.
Malgré le contexte sombre et pesant, sa voix s'était faite douce. Hinata sourit lentement, elle était vraiment attendrie de les voir si attachés l'un à l'autre.
— Il disait qu'il était hors de question qu'il ait une mauvaise note, alors j'étais obligé de tout lui expliquer. Quand je suis sorti de l'hôpital, il était le seul à me traiter normalement.
— Alors vous êtes le genre d'amis fusionnels, questionna Hinata en souriant d'un air taquin. Toujours ensemble sur les photos ? Toujours dans la même équipe ?
Pour la première fois, elle entendit le rire clair et doux de son hôte. Il remua rapidement sa préparation avant de lui répondre :
— Oui pour les photos, définitivement non pour les équipes.
— Bonsoir, tonna une voix forte provenant de l'entrée. J'ai super super super faim.
Naruto débarqua directement, Hinata se sentit rapidement happée dans sa chaude étreinte. Elle fut néanmoins rassurée qu'il se contente d'un baiser sur sa joue. Sasuke les observait de son coin et elle avait l'impression de s'exhiber.
— Où est Sarada ? questionna Naruto après avoir salué son ami.
— Je crois qu'elle s'est encore mise à lire.
— C'est tellement la fille de Sakura...
— Alors vous êtes ensemble ? questionna abruptement leur hôte en coupant le gaz d'un geste sec.
Naruto posa sa tête sur son épaule et passa les bras autour d'elle d'un air ravi.
— Eh oui, regarde comme on est mignon !
Cette fois, Hinata se sentit rougir jusqu'aux oreilles mais ce n'était rien vu ce qui allait venir :
— Et tu la frappes.
Cela ne sonnait pas du tout comme une question, c'était une accusation d'un ton ironique et moqueur qui les gêna autant l'un que l'autre. Naruto s'avança en première ligne tandis que Hinata vérifiait nerveusement que sa manche recouvrait bien son immonde bleu. Accrochée à sa chemise, elle observa la confrontation des deux meilleurs amis le cœur battant. Naruto était en train d'expliquer qu'ils avaient fait une erreur, il n'osait cependant pas expliquer clairement la situation voulant préserver leur intimité.
— Tu t'enfonces, critiqua Sasuke. Tu n'as vraiment aucune excuse plus convaincante ? Je te conseille l'argument « elle l'a bien cherché » c'est passe-partout et-
— Mais va te faire foutre ! s'énerva brusquement le blond d'habitude si enjoué. Tu me connais, jamais je l'aurais frappée intentionnellement !
Sasuke hocha la tête, son regard sombre ne témoignait d'aucune once d'amitié. L'homme qu'elle avait vu se remémorer ses souvenirs d'enfance avait disparu lança la place à une sorte de robot mesquin. Hinata n'osa même pas prendre la parole, elle avait l'impression qu'elle ne pouvait absolument rien dire pour aider Naruto. Même plaider son innocence n'aurait pu qu'attirer d'autres problèmes, d'autres accusations.
— Alors la seule chose qui t'empêche d'être un petit-ami violent c'est ma parole. Quelle blague.
Naruto s'avança encore, comme s'il voulait parler mais Sasuke ne lui en laissa pas le temps.
— J'avais plutôt l'impression que tu sortais avec une jeune prof pas encore titulaire, bannie de son clan, sans aucune ressources et que tu l'avais blessée alors que t'es le Hokage de ce pays !
Hinata recula face aux cris, elle voulait fuir cet endroit le plus vite possible. De toute façon, ils ne la regardaient pas, elle pouvait s'enfuir. Disparaître. Naruto ne répondait plus rien, il se tenait la tête entre les mains et elle savait pour quoi. Leur erreur avait mis en danger une carrière et une réputation qu'il avait mis quinze ans à bâtir. Il pouvait s'en vouloir ouais. Il pouvait aussi lui en vouloir à elle.
Elle dut se faire violence pour prendre la parole dans ce silence tendu.
— Sasuke je te remercie de m'avoir accueillie chez toi, Naruto merci pour ce court week-end. Je vais rentrer chez moi, passez une bonne soirée.
Les mots coulaient tous seuls, elle les avait répété encore et encore à toutes les sauces à un nombre incalculable de personnes. Les dire lui apportait un sentiment illusoire de normalité, assez pour qu'elle retrouve l'usage de ses jambes pour prendre son manteau et son sac et partir. Elle n'avait pas attendu leur réponse, elle ne voulait pas les attendre. Pourtant, Naruto lui courut après et en l'entendant l'appeler, elle s'arrêta immédiatement. Elle n'était pas une rebelle.
— Je suis désolé pour tout ça, tu vas bien ?
— Oui, répondit-elle d'une voix contrôlée. Je suis fatiguée donc je vais rentrer chez moi.
Elle vit le visage inquiet de Naruto et se détesta immédiatement. Elle aurait tellement voulu pouvoir le réconforter. Malheureusement, c'était pour l'instant hors de portée.
— Parles-moi s'il te plaît. Qu'est-ce que tu ressens ?
Cette mention de ses sentiments la ramena à ses premiers stages, à tout le travail qu'elle avait fait pour s'exprimer et non refouler. Alors pourquoi ça lui semblait toujours aussi compliqué ? Elle aurait dû savoir qu'elle ne risquait rien ici. Il n'y avait que Naruto et elle, elle devait croire en sa bienveillance.
— Je me suis rarement sentie aussi humiliée, révéla-t-elle d'une voix morne. J'ai hâte qu'une semaine passe et que tout ça soit derrière nous.
La mine soucieuse, Naruto hocha la tête avant de l'entraîner doucement dans une étreinte aussi enveloppante que réconfortante. Après cela, Hinata put enfin rentrer chez elle.
La vache, ce chapitre est plutôt triste, je m'en rends compte à la correction. Merci à toutes celles et ceux qui sont encore là. Merci en particulier à Snoupiix pour son message. N'hésitez pas à me laisser un mot, j'en serais ravie.
À bientôt !
