XV. 13% de contacts
Karin
Elle se redressa vivement, observant l'espace autour d'elle. Elle s'était endormie. Elle grogna, contrariée. Elle était supposée dormir chez elle ce soir, pas chez Suigestu. Elle détestait ce genre d'imprévu. Attrapant son cellulaire, elle rédigea un court message pour Hinata histoire qu'elle ne s'inquiète pas. Elle en profita pour s'offrir un moment nocturne aux toilettes où elle faillit se rendormir sur la cuvette. Dans moins de ving-quatre heures, la Feuille publierait sa tribune. Elle avait vu Nonô il y a sept jours et avait signé le contrat en début de semaine. Elle avait le ventre tout retourné.
Suigestu avait hâte d'aller acheter le quotidien dès sa sortie, il avait même regardé l'horaire d'ouverture du tabac-presse de son quartier. Hinata aussi était très enthousiaste mais Naruto les battait à plate couture. Quand il avait su qu'elle allait être publiée dans le célèbre quotidien, il avait acheté une cadre photo pour découper sa tribune et lui offrir une place d'honneur. Ils étaient tous adorables et elle se sentait bien entourée.
Bien sûr, Sasuke n'avait pas refait surface, elle savait qu'il avait été infecte avec Naruto et Hinata le week-end dernier. Cela ne l'avait pas vraiment étonné, il n'était pas du genre à contrôler sa colère. Et la situation avait de quoi énerver n'importe qui de proche d'un de ces deux-là. Enfin, ce maudit bleu avait disparu et vu comme Hinata avait souris d'une oreille à l'autre en lui montrant son avant-bras de nouveau intacte, elle n'était pas prête de laisser cela se reproduire.
Karin se traîna jusqu'au lit de Suigestu et rejoignit avec plaisir l'amas de couettes. Elle ne tarda pas à se rendormir, pressée d'être au lendemain.
Elle n'avait pas encore ouvert les yeux que sa sonnerie l'agaçait. Qui pouvait lui vouloir autant de mal ? L'appeler ainsi un dimanche matin, le jour consacré de la flemme et du repos. Elle répondit en grognant, sans cacher sa mauvaise humeur.
— Tu es publiée ! s'extasia Hinata de l'autre côté de la ligne. Ton texte est tellement convainquant, félicitations !
Karin s'était redressée dès les premiers mots, elle ne cracherait pas sur quelques compliments. Jamais. Elle écouta Hinata qui s'était carrément mise à lui lire le texte qu'elle avait écrit. Mais cela ne la gêna pas, en fait c'était flatteur d'entendre ses mots portés par quelqu'un d'autre. Elles se quittèrent après quelques minutes seulement, elles savaient qu'elles se retrouveraient dans la journée. Peut-être même qu'elles pourraient fêter cet évènement historique au restaurant.
Après un rapide tour de l'appartement, Karin dut se rendre à l'évidence. Elle était seule. C'était étonnant venant de Suigestu qui était jusque là un amant aux manières irréprochables, si on n'était pas trop regardant sur le vocabulaire. Et puisqu'il devait aller acheter le journal, elle décida de préparer le petit-déjeuner en attendant.
Une fois affairée, le temps s'écoula rapidement et Suigestu réapparut. Il brandit le feuillet haut au dessus de sa tête, un grand sourire aux lèvres. Ses traits joyeux la mirent aussitôt de très bonne humeur, ses lèvres s'étirèrent sans même qu'elle en ait conscience. Elle coupa le feu et se rapprocha de lui ; elle avait tellement hâte de voir son nom imprimé.
Suigestu ouvrit vite le quotidien, passa les pages à toute vitesse et s'arrêta enfin. Sur la page de droite s'étalait sa tribune sur une demi-page. « Écrit par Karin Uzumaki » Le voir lui fit un effet monstre, elle pinça les lèvres dans une tentative timide de se contenir. La main crispée sur le bras de Suigestu, elle n'en revenait pas.
L'homme s'en rendit compte, contrairement à la pique attendue, il la gratifia d'un sourire indulgent. Incapable de se retenir, elle sauta dans ses bras le cœur comme un tambour. Plusieurs centaines de personnes liraient ses mots. Peut-être même qu'elle ferait la différence auprès du jury - elle se plaisait à l'imaginer en tout cas.
Puis, elle ne rendit compte de quelque chose qui la laissa pantoise. Sasuke aussi allait la lire.
Hinata
Elle ramassait ses affaires de cours après avoir corrigé un paquet de copies. Elle se détestait d'avoir mis au point une évaluation de musique si alambiquée. Elle mit sa veste, battaillant pour ne pas éloigner son oreille de son téléphone. Naruto l'avait appelée sur sa pause de midi.
— Je ne vois pas ce que tu pourrais ajouter d'autre, soupirait Hinata quand il évoqua de nouveau la piètre tentative de diner chez Sasuke.
— Je suis bien d'accord mais il y a du nouveau. Sasuke aimerait s'excuser et il t'invite pour un vrai diner...
Le ton de Naruto était précautionneux. Elle n'avait pas caché ses sentiments concernant les événement de samedi dernier. Enfin samedi d'avant. Elle demanda des précisions en sortant du bâtiment.
— Ce serait un court diner, mardi, enfin demain, par exemple. Il y aurait aussi Sakura, Sarada et moi bien entendu. Ambiance détendue garantie.
La Hyuga avait bien du mal à croire en ces paroles. Elle n'imaginait rien d'informel dans cet espèce de penthouse gigantesque. Constatant son silence, Naruto enchaîna :
— Prends la journée pour y réfléchir et tiens moi au courant. Et je te promets qu'il n'y aura aucune mauvaise surprise. Sasuke ne peut pas faire pire que ce qu'il t'a déjà montré.
Hinata rit doucement ; même en sachant que sa colère partait d'une bonne intention, elle avait bien du mal à réviser son jugement sur l'Uchiha. Il avait éclaté tellement brusquement, sans crier garde. Il y avait encore une gamine de douze ans apeurée au fond d'elle...
Ils mirent rapidement fin à la conversion ; Naruto pour un audit budgetaire et elle pour manger avant le début de ses cours. Elle ne vit pas les heures passer et s'affala bientôt sur le canapé. Elle arrivait beaucoup mieux à gérer ses classes mais cela la laissait épuisée.
Karin était déjà là, un livre à la main en train de préparer ses cours. Elle lui offrit un court sourire avant de se replonger dans son travail. Hinata dut s'endormir car elle se réveilla toute froissée.
— Faudrait peut-être que Naruto te laisse te reposer, ricana Karin en pyjama.
Son cœur acceléra brusquement.
— Quelle heure est-il ? Je devais répondre à Naruto, paniqua-t-elle en attrapant son téléphone.
— Il est pas encore ving heures trente, impossible qu'il soit rentrer chez lui à cette heure, la rassura sa colocatrice. Qu'est-ce qu'il se passe de si important ?
— Sasuke m'a invitée diner.
— Un tête à tête avec Naruto et Sasuke qui lui tient la main ? Veinarde, se moqua la rousse avec force.
— Il y aura aussi Sakura et sa fille, ça devrait aller.
Hinata avait livré sa réponse dans un murmure distant aussi elle ne s'apperçut pas que son amie s'était immobilisée.
— Pourquoi elle sera là ?
— Euh... je crois qu'elle vit là-bas...
En même temps que les mots passaient ses lèvres, Hinata voyait l'air de son amie. Ses traits autrefois détendus étaient figés que ce soit d'effroi ou de surprise. Ses doigts se crispaient sur la télécommande. Hinata se tendit avec elle, pleinement consciente que toute quiétude avait quitté son amie :
— Je m'amène, déclara Karin.
Des heures plus tard, Hinata ressentait encore l'anxiété de cet instant voir davantage. L'attitude de Karin ne la bernait pas, elle voyait qu'elle était un peu plus tendue, un peu plus impatiente aussi. Suigestu aussi l'avait vu, ce qui était bien dommage pour le coup ; il avait decrété qu'il viendrait aussi demain soir. Pour soutenir Karin.
Sa tête menaçait d'exploser sous peu. Elle revoyait les traits inexpressifs de Sasuke et craignait sa réaction devant Karin et Suigestu. Elle ne savait même pas s'il était au courant ou non de leur aventure. En tout cas il ne l'avait jamais questionnée à ce propos et elle priait pour que cela reste ainsi.
Elle n'avait pas eu d'autre choix que de laisser un message anxieux à Naruto. La situation devenait hors de contrôle de son point de vu, elle espérait qu'il y mettrait un terme mais fut vite deçue :
— Hinata, empêcher Sasuke et Karin de se voir ne va pas les aider à s'entendre. Je vais lui dire, à mon avis il ne refusera ni l'un ni l'autre.
— Cette soirée ne va pas bien se passer, prédit-elle.
— Dis toi que c'est pas notre problème, et ça leur fera du bien de s'engueuler.
Comme Naruto l'avait predit, Sasuke ne refusa aucun de ses deux invités supplémentaires et dès le lendemain, ils se retrouvèrent tous les trois à Odakana pour le dîner.
Suigestu n'arrêtait pas de charrier sa collocataire sur le train de vie qu'elle avait abandonné. De toute évidence, il n'y avait qu'elle qui était soumise à ce stress intense. Arrivé à la porte de leur splendide duplex, Karin n'hésita pas une minute à ouvrir la porte avant même qu'Hinata ait pu les annoncer de manière plus conventionnelle. Elle ne pensait pas fabuler en se disant que c'était de mauvais augure pour la suite.
Karin
Sasuke s'avança vers l'entrée en entendant le bruit de l'ouverture de la porte, le patin qui glissait paresseusement sur le sol en pvc. Quand Karin croisa son regard, elle se rendit compte qu'elle balisait complètement. Comment lui dire bonjour ? Un baiser était complètement inapproprié. Devaient-ils alors se serrer la main ?
Complètement figée, Karin regarda Suigestu et Sasuke se serrer la main en toute cordialité. Son mari et son amant. Elle sentit un haut-de-cœur monter qu'elle réfréna aussitôt. Ce n'était pas le moment. La voix douce de Hinata la fit sortir de son carcan, elle remerciait son hôte pour son invitation.
Après avoir abandonné sa veste sur le canapé, elle rejoignit la cuisine ou leur petit groupe faisait connaissance. Comme l'avait dit Hinata, Sakura était présente. Elles se serrèrent la main en se croisant, Karin l'observait de loin.
Naruto collait sa petite amie, Suigestu avait proposé de préparer un léger cocktail. Il y en aurait même un sans alcool pour la petite Sarada, Hinata en réclama un aussi. Sakura finissait de remplir des papillotes alors que Sasuke secondait la fillette qui remuait une salade composée.
Elle sentit son ventre lourd comme s'il avait gagné en densité d'un seul coup. Ses ongles s'enfoncèrent dans le creux de sa main devant la scène si naturelle et touchante qui se déroulait. Sasuke aurait pu être le père de cette petite, il aurait pu être père et assurer. Pourquoi elle avait abandonné tout ça déjà ?
Tout le repas fut un vrai supplice.
La discussion allait de bon train. Dès le début, Sakura et Naruto dirigèrent la conversation permettant à tout le monde de faire connaissance. Sakura était la meilleure amie de Naruto et de Sasuke. Elle avait dû composer avec sa présence malgré une insécurité latente et toujours présente visiblement. Elle l'avait toujours suspectée d'aimer son mari plus que comme un ami et la façon dont elle se tournait régulièrement vers lui ne lui donnait pas tort.
— Tu fais vraiment parti du syndicat SyPSec ? s'étonnait Naruto. Il va falloir que je fasse attention à ce que je dis.
L'ambiance était bonne, Suigestu s'était facilement adapté à leur trio de choc et même Hinata semblait se détendre au fil de la discussion. Ça lui aurait presque fait plaisir.
— N'aie pas peur, je me tiens loin des analystes du mouvement. J'y suis surtout pour participer aux études scientifiques. Parfois je suis correcteur, d'autres fois assistant...
— Vous touchez aussi à la médecine ?
Sakura et Suigestu s'étaient trouvé et pendant un moment, il n'y eut plus moyen d'obtenir leur attention. Sasuke s'occupait de faire manger la petite Sarada alors qu'il faisait des efforts pour converser avec Hinata.
La bouche sèche, la femme mariée regarda son verre avec envie. Il était plein mais d'alcool et elle se sentait incapable de boire ça. Pas en se sentant aussi mal. Elle devait se détendre, profiter de cette soirée. Même si rien allait.
Même si elle voyait son mari dans un simulacre de famille avec Sakura. Même si elle détestait cet appartement, encore plus maintenant qu'elle remarquait les changements effectués depuis son départ. Même si elle tentait de se souvenir de pourquoi elle avait avorté.
Après avoir vidé le verre d'Hinata, dans l'espoir fou que le sucre l'aiderait à garder le moral, elle se leva d'un coup prétextant une envie pressante. Elle n'arrivait pas vraiment à comprendre l'immense colère qu'elle ressentait. D'accord ses rapports avec Sasuke étaient conflictuels, mais n'aurait-elle pas dû calmer le jeu ?
Peut-être qu'il n'avait pas encore dirigé son avortement... Le coup de fil concernant Orochimaru n'était peut-être qu'un sursaut de politesse ou de pitié... En tout cas, ça ne disait rien de ses sentiments pour elle.
Alors que cet appart' transpirait de sentiment pour les autres. D'abord la chambre qu'il avait donné à la petite : colorée, meublée et decorée avec soin, comprenant même un beau lit à baldaquin et une bibliotheque blanche remplie à ras bord. C'était une chambre de princesse, celle qu'il aurait offert à leur enfant ; elle le savait.
Est-ce qu'il avait juste tenté de la remplacer ? Cette question la glaça, ça semblait si irréel. Pourtant son cœur battait fort et la douleur était tangible. Elle avança encore le long du couloir jusqu'à pousser la porte de la chambre conjugale. Karin ne savait pas ce qu'elle allait y trouver mais elle devait obtenir une réponse.
Rien. Elle avança plus. Regarda mieux. Rien, encore rien. Elle ne figea à l'entente de bruit de pas feutrés, c'était comme si elle avait fait une betise. Comme si elle avait perdu le droit d'être ici.
— Je ne couche pas avec Sakura. Moi, je ne suis pas comme toi.
Un rire bas l'étrangla. Le connard et ses reproches puérils. Elle entendit le clic de l'interrupteur, la chambre fut envahie de lumière, aucune affaire étrangère n'était ici. La table de chevet qu'elle avait quitté était toujours dans le même état. Et Sasuke l'observait avec sa colère latente qui ne demandait qu'à exploser.
— Tu n'as peut-être pas trouvé le temps, railla Karin.
— Hilarant. Dis-moi ce que tu veux et dégage.
Elle avait dû louper quelque chose, sa réaction était bizarre. Qu'est-ce qui retenait sa colère ? Il était bien plus explosif d'habitude.
— Une chance de m'expliquer, proposa-t-elle.
— Déjà fait.
Théoriquement, il ne lui avait pas coupé la parole mais c'était tout comme. Il parlait vite, d'une voix pressante, ne lui laissait aucune possibilité de s'étaler.
— Tu as avorté sans rien me dire.
— Ce sont des faits, pas mes ressentis, opposa directement Karin.
Elle connaissait la confrontation, elle était une bonne joueuse dans ce domaine. Et il était vain d'y glisser quelconques sentiments. De toute façon, il était hors de question qu'elle tente d'expliquer son mal-être alors qu'il était aussi tendu et énervé. Ce serait donner le bâton pour se faire battre.
— Mille excuses, grinça son mari. Vraiment navré d'avoir manqué de considération pour madame.
— Immaturité niveau huit, jaugea-t-elle avec hauteur.
Elle ne faisait rien pour le calmer, elle savait qu'elle le regretterait. Sasuke n'était pas du genre à mâcher ses mots. Mais elle préférait les entendre une fois pour toute que subir encore son silence culpabilisant.
— Je suis immature d'avoir voulu fonder une famille avec toi, décomposa lentement le brun en plissant les yeux.
— Pas de l'avoir voulu mais de l'avoir attendu. C'était pas le plan.
Il se crispa davantage, avança vers elle d'un pas rigide.
— Ensemble depuis neuf, mariés depuis six, à quel moment ce n'est pas le plan de faire des enfants ?
Elle n'avait pas besoin de plus pour faire grimper sa rage. Alors quoi elle avait arrêté d'être elle à son mariage, à sa mise en couple ? Il croyait qu'il suffisait de la « convertir » pour qu'elle se range à son avis ?
— Ouais, je fais référence à toutes les putains de discussions qu'on a eues et que tu t'es mis à ignorer, aux capotes qu'on a enfilées à chaque fois. Cette grossesse n'était pas un projet espèce de con, c'était un imprévu que j'ai résolu !
Son cœur battait à tout rompre, elle se retenait de se rouler en boule dans un coin et de faire la sourde oreille jusqu'à ce que quelqu'un de gentil vienne l'aider. Mais elle savait depuis le temps que cette méthode ne fonctionnait pas.
— Tu veux que je te dise ; tant mieux ! Tant mieux que tu ne sois jamais la mère de mes enfants parce que tu aurais été abominable. Aucun cœur, que de l'égoïsme, tu aurais eu le niveau d'amour maternel d'Orochimaru !
Pourquoi... attaquait-il sur ce terrain ? Pourquoi... ? Elle ne devait pas se laisser destabiliser, elle se sentait suffoquer, et il était hors de question de craquer. Chaque inspiration lui semblait brulante mais peu importe.
— Je comprends mieux pourquoi tu joues au parfait petit père de famille. N'oublie pas que ça va se finir par ton abandon, et peut-être de la même façon qu'avec ta dernière famille.
La bassesse n'avait pas de limite.
Elle ne pouvait que constater ses traits tirés au maximum alors qu'elle quittait précipitamment la pièce. Le salon était plongé dans un tel silence qu'elle n'eut aucun doute sur le fait que leurs amis les aient entendu. Au moins en partie.
Maintenant que la honte s'ajoutait à la tristesse et à la colère, Karin mit rapidement son manteau et les salua gauchement annonçant son départ. Suigestu et Hinata se levèrent comme un seul homme et l'accompagnèrent dehors.
L'air frais de la soirée lui fit du bien, elle put enfin respirer pleinement. Mais le souvenir des mots échangés ne lui permit pas de profiter de cet instant. Elle pinça les lèvres alors que ses amis l'entouraient pour la faire avancer.
Aucun des deux ne parlait ce qui lui convenait tout à fait. La soirée avait été assez longue sans la rallonger sans raison. Elle voulait de la tranquillité, et malheureusement, elle n'était pas sûre d'avoir la recette pour ça. Elle les entraina en direction de l'appartement de Suigestu, elle avait beaucoup trop repoussé ce moment. Il ne servait à rien de faire durer cette situation.
Encore maintenant, son bras chaud autour de son corps lui donnait une sensation de paisibilité complètement factice. Rien n'allait, ni son comportement, ni sa situation et toute leur relation n'avait aucun sens. C'était trop facile de simplement profiter de son contact pour faire abstraction du reste. C'était juste un cache-misère efficace et elle devait apprendre à vivre sans.
Hinata dut sentir son changement d'humeur, parce qu'en arrivant dans la rue du professeur, elle s'arrêta à un distributeur et se contenta de saluer rapidement l'homme. Il n'y avait plus qu'eux devant la porte, l'un devant l'autre. Elle ne voulait pas regarder Suigestu dans les yeux, elle se contentait d'un regard amorphe posé sur ses lèvres. Des lèvres qu'elle avait embrassées encore et encore, qui l'avaient faite se sentir si bien...
— Je pense qu'on devrait arrêter de se voir, commença-t-elle d'une voix faible. Ça mène à rien, autant arrêter les frais.
— Ok, donne-moi une raison.
Elle fut obligé de le regarder, de voir ses traits, pour être sûr d'avoir bien compris. Qu'est-ce qu'il pouvait être agaçant ! Il avait l'air serein, détendu,... Au moins, il ne devenait pas pitoyable, c'était toujours ça.
— Je te quitte, on se verra comme collègue rien de plus, clarifia-t-elle.
— C'est pas une raison, donne-moi la raison meuf.
Elle leva les yeux au ciel de contrariété. Il voulait juste une occasion de s'opposer à ce qu'elle voulait et elle n'avait pas l'énergie pour débattre. Elle allait s'éloigner mais Suigestu glissa une nouvelle fois un bras dans le bas de son dos.
— Meuf tu fais ta flipette.
— Va te faire foutre, je vais ce que je veux !
— T'as raison ; ce que tu veux.
Il s'avança encore vers elle, inclina la tête comme pour l'embrasser puis se mit à murmurer à son oreille.
— Mais j'adore te voir heureuse alors quand t'auras envie d'être bien, reviens.
Hinata
C'était la première fois depuis longtemps qu'elle dormait avec quelqu'un d'autre que Naruto. C'était curieux. Pas très confortable aussi parce qu'elle était sur le canapé, la nuque cassée. Le dos dans le même état. Et la lourde tête de Karin sur ses cuisses.
Elles étaient restées collées l'une à l'autre la veille et s'étaient endormies devant des rediffusions d'un soap opera. Son réveil sonna, fit vibrer la table basse. Karin grogna et s'accrocha à elle.
— Karin, appela-t-elle à mi-voix, réveille-toi.
On aurait pu dire qu'elles avaient la gueule de bois mais ça aurait été une mauvaise interprétation. Le problème c'était qu'elles avaient bénéficié de quatre heures de sommeil et peinaient maintenant à retrouver les fonctionnalités de base de leur corps.
Hinata se saisit de son appareil pour l'éteindre, il devenait de plus en plus strident. Elle s'apperçut que Naruto confirmait leur rendez-vous à onze heures. Elle vit aussi une alarme qui lui disait que Karin avait des copies à corriger et qu'elle-même était supposée préparer un cours.
Pourquoi n'avaient-elles pas directement dormi une fois arrivées chez elles ?
Hinata se retira du canapé et laissa sa colocataire se rendormir. L'important était qu'elle ne loupe pas ses cours donc elle enclencha l'alarme sur son appareil.
De son côté, elle partit prendre une rapide douche histoire de se réveiller. Même si elle n'était pas obligée de préparer son cours aujourd'hui, elle voulait le faire pour être conforme à son plan. Alors elle rejoignit sa chambre, travailla jusqu'à ce qu'elle doive partir pour rejoindre Naruto.
La veille il lui avait proposé de rencontrer un de ses amis en petit comité. Soit disant parce que Sasuke et Shikamaru étaient des algues sociales et qu'ils n'étaient pas représentatifs de ses proches. Et puisque ça semblait lui tenir à cœur, Hinata avait dit oui malgré le manque d'envie effectif.
Elle se retrouva devant la devanture d'un restaurant convivial. Un petit brouhaha s'entendait alors que des personnes entraient et sortaient régulièrement. C'était un buffet à volonté et Naruto arriva sans tarder.
Il la serra contre lui avant de l'entrainer rapidement à l'intérieur. Vu la froideur de ses mains, c'était urgent. Ils passèrent entre les tables avant de trouver une banquette ronde avec une table déja bien garnie. Un homme était assis et mangeait tranquillement.
— Hey Chôji ! Comment ça va ?
L'homme releva la tête vers eux et leur sourit doucement. Il présenta sa main pour les saluer tour à tour. Naruto se chargea des présentations alors que son ami leur composait leur assiette.
— Choji est chercheur, il fait beaucoup économie, un peu de sociologie et d'histoire. Est-ce que tu connais l'ICSH ? C'est son œuvre.
Hinata écarquilla les yeux. L'Institut clanique des sciences humaines était une entité phare dans le domaine. Tout au long de ses études, elle avait lu plusieurs de leurs rapports et dossiers. Le dénommé Chôji lui offrit un doux sourire, elle ne savait pas si c'était par timidité ou modestie.
— Alors le rapport d'erreur de la commission Mitokado est de votre fait ? C'était tellement impressionnant.
Ce rapport avait mis au jour une série d'erreurs statistiques dans une étude commandée par le Hokage et ses conseillers. Plusieurs politiques avaient été mises en place sous de fausses conclusions et la relecture de l'étude avait rapidement été mise en cause.
— Oui, mais c'est simplement dû au hasard des exercices. Vous êtes historienne c'est bien ça ? J'ai lu vos livrets sur les droits des enfants et la violence contre et par les femmes. Vraiment passionnant à lire et super rigoureux.
Ça faisait tellement longtemps qu'elle n'avait pas parlé de cela avec qui que ce soit. Ses professeurs l'avaient lue, soutenue et complimentée mais cela faisait partie de leur travail. Savoir que quelqu'un l'avait volontairement lue lui faisait chaud au cœur. Et en plus ça lui avait plu !
Il n'en fallut pas plus pour la mettre à l'aise. Ils discutèrent tellement longtemps, mangeant tout du long, que Naruto dut les saluer pour partir. Hinata pensa furtivement à son cours qu'elle n'avait pas fini de préparer mais elle renonça à partir pour une fois qu'elle rencontrait quelqu'un avec qui elle se sentait à l'aise.
Elle laissa Naruto partir et resta aux côtés de Chôji. Elle avait fini de manger depuis un bon moment mais l'endurance de Chôji tenait bon. Ils avaient comparé leur vision des sciences humaines, leur projet, échangé des conseils de lecture, et même plusieurs plaisanteries.
— Tu devrais passer au club, lui sortit d'un coup Chôji. Peut-être que tu pourrais rejoindre l'équipe.
— Je suis vraiment pas sûre, j'ai déjà un travail...
— Je comprends. Mais tu as les qualifications alors n'hésites pas à passer, on fera une période d'essai.
Hinata regarda l'économiste aux traits doux et à l'attitude sereine. Elle était tentée c'était certain mais elle avait peur de ne pas faire face à la masse de travail que cela représentait.
Elle se demanda si Naruto savait que son ami lui avait proposé du boulot, si c'était lui qui lui avait donné l'idée. Argh, ça n'avait aucun sens, ils avaient déjà du mal à se voir, ça n'avait aucun intérêt pour lui de la pousser à accepter un deuxième boulot.
Elle promit de passer quand il lui remit sa carte de visite. Elle devait vraiment aller au collège si elle voulait se préparer avant son cours. Elle remercia Chôji qui leur avait offert le repas et partit. Hinata n'en revenait pas.
Bonjour, j'espère que vous allez bien et que ce nouveau chapitre vous a plu. Enfin la confrontation Karin/Sasuke, qu'en avez-vous pensé ?Merci à Snoupiix pour ton message enjoué ! J'adore toujours vous lire.J'ai un peu de mal à écrire ces derniers temps donc vous affolez pas si je prends un peu plus de temps que prévu. À bientôt et bonne journée !
